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Cours d'Analyse Mathématique S1&S2

Ce chapitre présente la construction des nombres réels à partir des nombres rationnels, en utilisant la méthode des suites de Cauchy. Il définit d'abord les nombres réels et leurs propriétés fondamentales, puis décrit la construction des réels selon l'approche de Cantor basée sur les suites de Cauchy dans les rationnels.

Transféré par

Emmanuel Vianney
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Cours d'Analyse Mathématique S1&S2

Ce chapitre présente la construction des nombres réels à partir des nombres rationnels, en utilisant la méthode des suites de Cauchy. Il définit d'abord les nombres réels et leurs propriétés fondamentales, puis décrit la construction des réels selon l'approche de Cantor basée sur les suites de Cauchy dans les rationnels.

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A. Charifi, B. Bouikhalene, S. Kabbaj, E. Elqorachi.

Tome I

ANALYSE DANS R

Partie COURS

1er et 2e Semestre de la 1re année (S1&S2)


Facultés des Sciences,
Section Mathématique CRMEF,
Classes Préparatoires
et Classes Integrées aux grandes écoles.

Colletion : Enseignants Etudiants (EE)


2015
Tome I

ANALYSE DANS R

Partie COURS

1er et 2e Semestre de la 1re année (S1&S2)


Facultés des Sciences,
Section Mathématique CRMEF,
Classes Préparatoires
et Classes Integrées aux grandes écoles.

Par

A. Charifi, B. Bouikhalene,
PES, CRMEF Rabat-Salé-Kénitra PH, FP Beni Mellal

S. Kabbaj, E. Elqorachi,
PES, FS Kénitra PES, FS Agadir

Collection : Enseignants Etudiants (EE)


Version : OPEN ACCESS
2015
Tous les droits sont réservés.

Dépôt légal N ◦ : 2010 MO 2240


ISBN : 978 9954-30-015-2
ISSN : 2028-2729
Préface

Cet ouvrage issu d’un cours d’analyse professé en MP1


(Mathématique et Physique) aux universités marocaines, depuis les an-
nées quatre vingt dix, est destiné aux étudiants du premier semestre de la
première année (filières SMA, SMI, MIP, SMP, SMC, SVT et STU) des
différentes facultés des sciences. C’est, également une réfèrence précieuse
pour les étudiants en première année des classes intégrées et classes pré-
paratoires, aux grandes écoles. Il pourra aussi être utile aux candidats
aux concours de recrutement de personnels enseignants dans des lycées
et collèges, aux étudiants du C.R.M.E.F ( Centres Régionaux des Mé-
tiers de l’Education et de la Formation) et à tous ceux qui veulent se
familiariser avec les méthodes mathématiques de bases en analyse telle
qu’elles sont actuellement enseignées au premier cycle universitaire.
L’analyse sur R est à la base de la plus part des branches Ma-
thématiques à savoir
– la topologie,
– les suites et series,
– l’integration,
– l’analyse de Fourier,
– les équations aux dérivées partielles etc...
C’est pourquoi nous avons tenu à mettre cet ouvrage à la disposition du
lecteur. Les connaissances requises pour la lecture sont celles des pro-
grammes de l’enseignement secondaire.

i
ii

Le contenu de cet ouvrage traite des concepts classiques de l’Ana-


lyse mathématique qui sont étudies dans tous les livres du premier cycle
universitaire ( Dieudonné Tome1, Dixmier, Collection U et etc...). C’est
en faite la réforme instaurée en 2003 et le plan d’urgence mis en place
en 2008 par le ministère de tutelle qui en est le fil conducteur et qui en
justifie le plan. Ce contenu englobe deux éléments de module,
– l’analyse et
– la topologie
de l’ensemble R des nombres réels.
Outre la description des savoirs traités dans ce livre ( définitions
des concepts, propositions, théorèmes, interprétations et applications ) on
y trouve aussi, dans la partie exercice attaché à ce document une centaine
d’exercices et problèmes dont une quarantaine corrigés. Ces exercices sont
d’un degré de difficulté couramment rencontré dans les examens et les
devoirs surveillés. Ils sont choisis pour être des situations pertinentes, non
seulement pour permettre l’assimilation, des concepts, des formules et des
théorèmes utilisés dans le cours, mais aussi pour permettre l’acquisition
des heuristiques de bases, pour résoudre des problèmes dont les solutions
utilisent des molèles, des techniques et des outiles de bases de l’analyse
mathématique.
Les auteurs espèrent que le présent ouvrage, malgré ses imper-
fections, pourra rendre service aux étudiants et aux lecteurs. C’est pour
ce but qu’il a été écrit et publié.

Les auteurs.
Table des matières

1 CONSTRUCTION DE R. 1
1.1 Rappels. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 Suites dans Q. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.3 Propriétés de R. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.3.1 Structure de R. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.3.2 Relation d’ordre. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.3.3 Valeur absolue sur R. . . . . . . . . . . . . . . . . 19

2 TOPOLOGIE DE LA DROITE RÉELLE 21


2.1 Ouverts et fermés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2.2 Point adhérent-Point d’accumulation . . . . . . . . . . . 25
2.3 Majorants et Minorants . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.4 Adhérence et Intérieur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31

3 SUITES NUMÉRIQUES 39
3.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
3.2 Suites convergentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
3.3 Opérations sur les suites convergentes . . . . . . . . . . . 42
3.4 Critères de convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
3.5 Suites adjacentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
3.6 Suites de Cauchy . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
3.7 Suites récurrentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49

4 FONCTIONS NUMÉRIQUES 53
4.1 Limite d’une fonction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
4.2 Opérations sur les limites . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
4.3 Fonctions équivalentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
4.4 Fonctions continues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
4.5 Opérations sur les fonctions continues . . . . . . . . . . . 62

iii
iv TABLE DES MATIÈRES

4.6 Propriétés des fonctions continues . . . . . . . . . . . . . 65


4.7 Fonctions réciproques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
4.8 Fonctions uniformément continues . . . . . . . . . . . . . 71
4.9 Dérivée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
4.10 Théorème de Rolle et applications . . . . . . . . . . . . 80
4.10.1 Théorème des accroissements finis. . . . . . . . . 82
4.10.2 Règle de l’hopital . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
4.11 Formule de Taylor-Lagrange . . . . . . . . . . . . . . . . 87

5 DÉVELOPPEMENT LIMITÉ 91
5.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
5.2 Opérations sur les développements limités . . . . . . . . 96
5.2.1 Développement limité d’une composition . . . . . 98
5.2.2 Développement limité d’une dérivation . . . . . . 100
5.2.3 Développement limité d’une primitive . . . . . . . 101
5.2.4 Développements limités usuels. . . . . . . . . . . 102
5.3 Extension du développement limité. . . . . . . . . . . . . 102
5.3.1 Développement limité au voisinage de l’infini. . . 102
5.3.2 Développement limité généralisé. . . . . . . . . . 103
5.3.3 Applications des développements limités. . . . . . 104
Chapitre 1

CONSTRUCTION DE R.

Les nombres réels possèdent une place particulière dans le monde


mathématique. Tant l’intuition de leur existence √ est ancienne (depuis
ème
Pythagore et sa preuve de l’irrationnalité de 2, 6 siécle), tant est
tardive leur construction rigoureuse (datant du 19ème siécle par CantorCn.
et DedekindDd. ).
En mathématiques, il existe différentes constructions des nombres réels,
dont les deux plus connues sont :
. les coupures de Dedekind,
. les suites de CauchyCu. .
Nous allons exposé dans ce chapitre la construction des réels selon la
méthode élaborée par Cantor par l’utilisation des suites de Cauchy.
L’objectif donc de ce chapitre est de donner une construction complète
des nombres réels ainsi que leurs propriétés fondamentales. La constuc-
tion sera basée sur l’ idée de Cantor qui réside dans le fait que l’on peut
atteindre tout nombre réel par une suite de Cauchy de rationnels. L’élé-
ment limite, auquel il va falloir donner un sens, sera alors défini comme
un nombre réel. Cette idée joue un rôle majeur dans l’analyse pour la
construction de nombreux espaces complets.
L’ensemble des nombres réels R sera alors construit comme étant un sur-
corps de Q (c’est-à-dire comme un corps contenant strictement le corps
Q des fractions rationnelles). Enfin, l’ensemble R ainsi construit est muni
des opérations usuelles ( à savoir la multiplication et l’addition ) et de
la relation d’ordre, relevant celles déjà connues sur Q. Elles lui confèrent
une structure de corps totalement ordonné.
Cn. : mathém. Allemand 1845-1918 ; Dd. : mathém. Allemand 1831-1916
Cu. : mathém. Français 1789-1857.

1
2 CHAPITRE 1. CONSTRUCTION DE R.

1.1 Rappels.
On note N = {0, 1, 2, 3, ....} l’ensemble des entiers naturels, à partir
du quel nous construisons de manière naturelle l’anneau des nombres
entiers relatifs Z = {±n / n ∈ N}. Nous avons N est strictement contenu
dans Z du faite que −1 ∈ Z, mais −1 ∈ / N.
Avec Z∗ = Z − {0}, l’ensemble des fractions rationnelles est
 
p ∗
Q = / (p, q) ∈ Z × Z
q
 
p ∗
= ± / (p, q) ∈ N × N p et q premiers entre eux
q
= {x /qx + p = 0 où (p, q) ∈ Z × Z∗ } .
N.B : Les nombres p et q sont dits premiers entre eux s’ils n’ont aucun
diviseur commun autre que 1 et −1.
Opérations sur les rationnels.
Pour deux nombres rationnels ab et dc ,
L’addition est donnée par : ab + dc = ad+bc
bd
,
La multiplication par : ab × dc = ac
bd
,
L’opposé et l’inverse par − ab = −a b
et ( ab )−1 = ab si a 6= 0.
L’ensemble Q, muni des lois d’addition et de multiplication données plus
haut, forme un corps, le corps des fractions des entiers relatifs.
1. (Q, +) forme un groupe commutatif, dont l’élément neutre est 0 :
Loi de composition interne : Pour tous a et b éléments de Q, le
résultat a + b est aussi dans Q.
i. Associativité : Pour tous éléments a, b et c de Q, l’égalité
(a + b) + c = a + (b + c)
est vraie.
ii. Élément neutre : Il existe un élément 0 de Q tel que, pour tout a
dans Q,
0 + a = a + 0 = a.
0 est appelé élément neutre du groupe (Q, +).
iii. Symétrique Pour tout élément a de Q, il existe b dans Q tel que
a + b = b + a = 0,
où 0 est l’élément neutre. b est appelé symétrique de a ( ou opposé de a).
iv. Commutativité :
a + b = b + a,
1.1. RAPPELS. 3

Pour tous éléments a, b de Q.


2. (Q − {0}, ×) forme aussi un groupe multiplicatif.
[Link]é/ La multiplication est distributive à droite et à gauche
par rapport à l’addition :
∀ a, b, c ∈ Q
a × (b + c) = a × b + a × c
et
(b + c) × a = b × a + c × a.
Relation d’ordre sur Q : ab est strictement positif si et seulement si
ab > 0 ; ab est strictement négatif si et seulement si ab < 0.
Notations : On note Q+ ∗ l’ensemble des rationnels strictement positifs,
Q∗ l’ensemble des rationnels strictement négatifs ; on note Q+ (resp. Q− )

0 − 0
l’ensemble Q+ ∗ t { 1 } (resp. l’ensemble Q∗ t { 1 }). On a alors

a
∈ Q+ ⇐⇒ ab ≥ 0.
b
De ces propriétés, on déduit des propriétés de signe de la somme et du
produit de deux rationnels :
α, β ∈ Q+ =⇒ α + β ∈ Q+ et αβ ∈ Q+ . De même α, β ∈ Q− =⇒ α + β ∈
Q− et αβ ∈ Q+ . Enfin α ∈ Q− , β ∈ Q+ =⇒ αβ ∈ Q− . On est désormais
en mesure de définir la relation d’ordre sur Q : ab ≤ dc ⇐⇒ dc − ab ∈ Q+ .
La relation ≤ est une relation d’ordre total sur Q, de plus La relation
d’ordre
 ≤ est compatible avec la loi + sur Q, et avec la loi × sur Q+ :
a ≤ b,
i. ⇒a+c≤b+d
 c ≤ d, 
0 ≤ a ≤ b, a ≤ b ≤ 0,
ii. ⇒ 0 ≤ ac ≤ bd et ⇒ 0 ≤ bd ≤ ac
0 ≤ c ≤ d, c ≤ d ≤ 0,
Q est archimédien.
Soit G un groupe (additif) ordonné. On note G+ l’ensemble des éléments
de G supérieurs ou égaux à l’élément neutre 0. G+ ∗ désigne l’ensemble
+
G \{0}. Etant donné un élément a du groupe G, et n un entier naturel,
n.a désigne l’élément a + a + + a (n occurences de l’élément a).

Définition 1.1.1. Le groupe G est dit archimédien s’il vérifie la pro-


priété :
∀b ∈ G+ , ∀a ∈ G+∗ , ∃n ∈ N tels que n.a ≥ b.
4 CHAPITRE 1. CONSTRUCTION DE R.

Q est archimédien :

∀β ∈ Q+ , ∀α ∈ Q+
∗ , ∃n ∈ N tels que n × α ≥ β.

En effet soit β un rationnel positif et α un rationnel strictement positif.


Si β = 0, il n’y a rien à démontrer. Sinon, quitte à réduire au même
dénominateur, on peut supposer α de la forme aq et β de la forme qb , où
a, b et q sont des entiers naturels non nuls. On a alors a ≥ 1, et donc
a × β ≥ β (la relation d’ordre est compatible avec la multiplication, sur
Q+ ). Or,
b
a × β = a = b × α, donc b × α ≥ β.
q
Valeur absolue sur Q. On définit sur Q la valeur absolue en posant,
pour tout rationnel α : |α| =max (α, −α).
Cette définition est justifiée car ≤ est un ordre total sur Q (et donc, pour
tout rationnel α, l’ensemble {α, −α} admet un plus grand élément). En
particulier, on a |−α| = |α| pour tout α. Pour tous rationnels α et β, on a

|α × β| = |α| × |β|; |α| = |β| ⇐⇒ α2 = β 2 ;


|α + β| ≤ |α| + |β| (Inéqualité triangulaire)
et
||α| − |β|| ≤ |α − β|.

Remarques 1.1.1. 1) Entre Z et Q il y a un autre ensemble noté


D appelé ensemble des nombres décimaux.
3 3
2) On a 2

/ Z, car 2
= 1, 5.
−n
3) D = {a10 / a ∈ Z et n ∈ N} est strictement contenu dans Q,
car 31 6∈ D.

L’ensemble des rationnels est insuffisant : En termes d’approxi-


mations numériques, Q peut paraître suffisant en sciences appliquées. Le
problème se pose lorsqu’on a besoin de connaître la valeur exacte de cer-
taines grandeurs. Par exemple, peut - on mesurer dans Q la longueur de
la diagonale d’un carré de côté 1 ? D’après le théorème de Pythagore, cela
revient à se demander s’il√existe un rationnel dont le carré est égal à 2 ?
La réponse est négative ( 2 6∈ Q.) En effet supposons qu’il existe deux
 2
entiers naturels p et q (non nuls) premiers entre eux et tel que pq = 2.
Alors p2 = 2q 2 , ce qui montre que p est un nombre pair. Soit r ∈ N tel
1.1. RAPPELS. 5

que p = 2r, on a 2r2 = q 2 . Autrement dit q est lui même un nombre pair.
Mais cela voudrait dire que 2 est un diviseur commun de p et q, ce qui
contredit l’hypothèse.
Ce qui a conduit les mathématiciens à introduire de nouveaux nombres,
les irrationnels, en concevant un ensemble plus vaste que Q, l’ensemble
des nombres réels noté R.

Relation d’équivalence.
La notion de relation d’équivalence est un outil merveilleux. Elle permet
tout d’abord de réunir des objets "équivalents" dans une même classe et
ainsi de les réunir et de les traiter comme un seul. Un exemple plus élé-
mentaire, est donné par la relation d’équivalence suivante : " l’entier n est
équivalent à l’entier m si |m−n| est pair". On aura alors une partition de
N en deux sous ensembles : ceux qui sont équivalents à 1 c’est-à-dire les
nombre impaires et ceux qui sont équivalents à 2 c’est-à-dire les nombres
pairs.

Une relation R entre les éléments d’un ensemble E est dite relation
d’équivalence si elle vérifie les trois conditions suivantes
i) R est reflexive : ∀ x ∈ E, on a xRx. On dit que x est en relation
avec lui même;
ii) R est symétrique : ∀x, y ∈ E, on a xRy =⇒ yRx. On dit que x
est en relation avec y implique que y est en relation avec x;
iii) R est transitive : ∀x, y, z ∈ E, on a ( xRy et yRz) =⇒ xRz.
Une classe d’équivalence x0 d’un élément x0 de E est l’ensemble
de tous les éléments x de E qui sont équivalents [i.e. en relation
avec x0 ]
x0 = {x ∈ E / xRx0 } .
Tout élément de x0 est appelé représentant de la classe d’équiva-
lence x0 . De plus pour tout élément x ∈ x0 , on a : x = x0 .
Les classes d’équivalence de E modulo R, forment un nouvel en-
semble appelé ensemble quotient qu’on note E/R.
Exemple 1.1.1. On prend E = N et R la relation définie par
nRm ⇔ |n − m| est un multiple de 5.
La relation R est une relation d’équivalence sur N car :
i. Réfléxivité : ∀n ∈ N, n − n = 0 = 0.5 donc, nRn c’est-à-dire
que R est réflixive.
6 CHAPITRE 1. CONSTRUCTION DE R.

ii. Symétrie : si

nRm ⇒ |n − m| = 5k, k ∈ N
⇒ |m − n| = 5k
⇒ mRn

d’où R est symétrique.


iii. Transitivité : si nRm et mRp ⇒ ∃k, h ∈ N tel que |n − m| =
5k et |m − p| = 5h ce qui donne

|n − p| = (n − p)
= (n − m + m − p)
= (0 5k + 00 5h)
= 5(0 k + 00 h), , ε0 , 00 ∈ {−1, 1}
⇒ nRp

R est donc transitive.


Ainsi R est une relation d’équivalence sur N et son ensemble quo-
tient est
E\R = {0, 1, 2, 3, 4}

n = n + 5N, 0 ≤ n ≤ 4.
Remarque 1.1.1.
1. Une classe d’équivalence n’est jamais vide.
2. Si des éléments x et y de E sont dans une même classe d’équi-
valence alors leurs classes d’équivalences sont identiques.
3. L’ensemble des classes d’équivalence d’un ensemble E pour une
relation d’équivalence donnée R définie une partition de E.
4. Une fois on a R relation d’équivalence sur E, on peut associer
a tout élément de E la classe d’équivalence correspondante. Cela
définit donc une application surjective, appelé la surjection cano-
nique : E −→ E/R, x 7−→ s(x) = x. Cette application n’est pas en
général injective, mais on a

s(x) = s(y) ⇐⇒ x = y ⇐⇒ xRy.

Cette surjection est ainsi une bijection si la relation d’équivalence


concernée n’est autre que la relation d’égalité.
1.2. SUITES DANS Q. 7

Exemples 1.1.1.

a) Pour E = Q, la relation R définie sur Q par

xRy ⇐⇒ y − x ∈ Z.

est une relation d’équivalence. En effet cette relation est reflexive


car 0 appartient à Z. Elle est symétrique car si y − x appartient
à Z alors x − y appartient aussi à Z. Enfin si y − x et z − y
appartiennent à Z alors z − x qui est égale à (z − y) + (y − x)
appartient à Z puisqu’il est stable par addition. En conclusion R
est une relation d’équivalence sur Q. La classe d’équivalence de tout
élément z de Z est z = Z. En général pour tout élément r de Q la
classe d’équivalence de r est égale à r + Z.
b) Pour E = Q, la relation R définie sur Q par xRy si et seulement si
y −x ∈ N n’est pas symétrique car si y −x est dans N∗ alors forcém-
ment x − y est négatif donc n’appartient pas à N. Par conséquent
R n’est pas une relation d’équivalence.

1.2 Suites dans Q.


Une suite dans Q est une application r de N dans Q qui associe à
l’entier naturel n le nombre rationnel r(n),

r : N −→ Q.
n −→ r(n)

Une telle suite est notée (r0 , r1 , r2 ,...rn , ...) ou bien (rn )n∈N . Le nombre
rn est appelé le terme général de la suite.

Exemples 1.2.1.
Les suites suivantes sont des suites dans Q.
a) La suite (rn )n≥1 dont le premier terme est r0 = 1 et le terme général
est rn = rn−1 + 10nn , n ≥ 1.
1
b) La suite (rn )n≥0 dont le terme général rn = n+1
.
c) La suite (rn )n≥0 dont le terme général rn = (−1)n .
d) La suite constante (rn )n≥0 où rn = Cte pour tout n ∈ N.
8 CHAPITRE 1. CONSTRUCTION DE R.

Notation : On notera par S l’ensemble de toutes les suites ration-


nelles.
Addition sur S. Pour deux suites u et v de S, on définit la somme de
ces suites, de façon naturelle, comme leur somme en tant qu’applications,
c’est-à-dire : u + v = (un + vn )n∈N . Muni de la loi +, l’ensemble S pos-
sède une structure de groupe commutatif : Les propriétés de l’addition
sur S découlent immédiatement des propriétés correspondantes dans Q :
la commutativité de l’addition sur Q implique la commutativité sur S ;
de même pour l’associativité, pour l’élément neutre (0)n∈N , et enfin pour
le symétrique de toute suite u = (un )n∈N qui n’est autre que la suite
(−un )n∈N , que l’on notera bien sûr −u.
Multiplication sur S : On définit également le produit de deux suites
u et v de S comme le produit terme à terme : u × v = (un × vn )n∈N .
Tout comme pour l’addition, les propriétés de la multiplication sur Q
permettent d’obtenir : la multiplication sur S est commutative, associa-
tive, distributive par rapport à l’addition, et possède l’élément neutre
(1)n∈N .
Les éléments de S inversibles pour la multiplication sont les suites dont
tous les termes sont non nuls. A cette condition, on trouve un inverse
pour la suite en considérant la suite des inverses.
1.2. SUITES DANS Q. 9

Quelques sous-ensembles remarquables de S


Définition 1.2.1. La suite rationnelle u = (un )n∈N converge vers 0 si
et seulement si elle vérifie la propriété :
∀ ε ∈ Q+
∗ ∃ n0 ∈ N tels que ∀n ∈ N n ≥ n0 =⇒ |un | ≤ ε.

L’ensemble des suites convergeantes vers 0 sera noté I. De la même


façon, on a la notion de convergence vers un rationnel l autre que 0 en
remplaçant |un | par |un − l| dans la définition.
Définition 1.2.2. La suite rationnelle u = (un )n∈N est bornée si et
seulement si :
∃ A ∈ Q+ tel que : |un | ≤ A, ∀n ∈ N.
Leur ensemble sera noté B.
Définition 1.2.3. On appelle suite de Cauchy dans Q une suite (rn )n≥0
d’éléments de Q ayant la propriété suivante
∀ε > 0 (ε ∈ Q), ∃N ∈ N tels que (n ≥ N et m ≥ N ) =⇒ |rn − rm | < ε.
On note par E l’ensemble de toutes les suites de Cauchy dans Q.
Exemples 1.2.2.

a) La suite un = n1 converge dans Q vers 0.


b) Montrer que la suite (an )n∈N de nombres rationnels définie par a0 =
2 et an+1 = 2 + a1n est de Cauchy, mais non convergente dans Q :
On vérifie par récurrence que cette suite est bien définie et à valeurs
dans Q.
On vérifie également par récurrence que an > 1 pour tout n ∈ N. Il
en résulte que an an+1 = an + 2 > 2 pour tout n ∈ N
1 1
| an+1 − an | = | − |
an an−1
an − an−1
= | |
an an−1
1
< | an − an−1 | .
2
Par récurence sur n, on montre :
1
| an+1 − an |< | a1 − a0 | .
2n
10 CHAPITRE 1. CONSTRUCTION DE R.

On pose a = 21 , donc pour m > n :

k=m−1
X
| am − an | = | (ak+1 − ak ) |
k=n
k=m−1
X
≤ | (ak+1 − ak ) |
k=n
k=m−1
X
≤ ak | a1 − a0 |
k=n
n
a
≤ | a1 − a0 |−→ 0
1−a
quand n −→ +∞ ce qui implique que (an )n∈N est de Cauchy car
a = 21 < 1. Supposons que la suite (an )n∈N est conergente dans Q
et soit l sa limite, donc forcèment l verfie l’équation
1
l =2+ ,
l
√ √
or les solutions de cette
√ dernière équation (1 − 2 et 1 + 2) ne
sont pas dans Q car 2 n’est pas rationnel, d’où la suite (an )n∈N
n’est pas convergente dans Q.
c) Montrons
P que la suite (an )n∈N de nombres rationnels définie par
an = k=n 1
k=0 k! est de Cauchy, mais non convergente dans Q : On
vérifie facilement que cette suite est bien définie et à valeurs dans
Q : Pour m > n > 2 ; on a :
k=n+1
X 1 1 1 1
| am − an | = = (1 + + ... + )
k=m
k! (n + 1)! n+2 (n + 2)...(m − 1)m
1 1 1 1
≤ (1 + + 2
+ ... + )
(n + 1)! n + 2 (n + 2) (n + 2)m−n−1
1 1 n+2
≤ 1 =
(n + 1)! 1 − n+2 (n + 1)2 n!
1

n
ce qui implique que (an )n∈N est de Cauchy.
p
Supposons qu’elle soit convergente vers un rationnel r = q
où p; q
1.2. SUITES DANS Q. 11

sont deux entiers strictement positifs premiers entre eux. Pour tout
n > q ; le nombre

pn = n!(r − an ) = n!limm−→+∞ (am − an )

est un entier strictement positif avec :


n+2
0 < n! × (am − an ) ≤ n!
(n + 1)2 n!
1

2
pour m > n > 2; ce qui implique

0 < pn < 1

dans N qui est impossible. En effet pn est un entier naturel puisque


pour n > q et
p
n!(rn − an ) = n! − n!an ∈ N,
q
(an )n∈N strictement croissante et r = limn→+∞ an donc r > an , (∀n ∈
N). La suite (an )n∈N est donc non convergente dans Q.

Exercice 1.2.1.
1. Montrer que ∀ u ∈ E, ∀ v ∈ E, u + v ∈ E ; u × v ∈ E et λu ∈ E. (pour
tout λ ∈ Q)
2. Montrer que ∀ u ∈ E, ∀ v ∈ E, u − v ∈ E
3. Montrer que ∀ u ∈ E, ∀ v ∈ E, u × v ∈ E :

Solution. Soient (rn )n∈N ; (rn0 )n∈N deux suites de Cauchy rationnelles.
∀ ε > 0 (ε ∈ Q)

∃N1 ∈ N tel que (n ≥ N1 et m ≥ N1 ) ⇒ |rn − rm | < ε/2,



0 0
∃N2 ∈ N tel que (p ≥ N2 et q ≥ N2 ) ⇒ rp − rq < ε/2.

0
Ce qui exprime que (rn )n≥0 et (rp )p≥0 sont dans E . Soit N = max(N1 , N2 ),
alors (∀ n ≥ N et ∀m ≥ N ) on a

0 0 0 0
(rn + rn ) − (rm + rm ) ≤ |rn − rm | + rn − rm

≤ ε.
12 CHAPITRE 1. CONSTRUCTION DE R.

Maintenant nous allons montrer que la multiplication d’une suite de Cau-


chy par un scalaire est une suite de Cauchy. Soit (rn )n∈N une suite de
Cauchy et λ ∈ Q∗ . Pour un  > 0, il existe un entier N tel que pour tous
entiers n et m, n ≥ N et m ≥ N, |λ||rn − rm | < |λ|. Ceci montre que la
suite (λrn )n∈N est de Cauchy. En effet, l’application
Q −→ Q
 −→ |λ|
est une bijection.
Pour montrer que la multiplication de deux suite de Cauchy est une suite
de Cauchy, on a besoin du résultat suivant.
Lemme 1.2.1. Toute suite de Cauchy d’élément de Q (i.e. appartenant
à E) est bornée.
Preuve.
Soit (rn )n∈N une suite de Cauchy. Pour  = 1, ∃N1 ∈ N :
∀n ≥ N1 , ∀m ≥ N1 on a
|rn − rm | < 
ce qui veut dire que
− + rm < rn <  + rm .
Pour m = N on a :
∀n ≥ N, − + rN < rn <  + rN
ce qui donne
|rn | ≤ sup(| + rN |, | −  + rN |) = α.
Soit β = sup(|r0 |, |r1 |, .., |rN |) alors |rn | ≤ sup(α, β) ∀n ∈ N,
ce qui montre que la suite est bornée.
Maintenant, on est en mesure de montrer que le produit de deux suites
0
de Cauchy est une suite de Cauchy. Soient (rn )n∈N et (rn )n∈N deux suites
de Cauchy. On a
0 0 0 0 0 0
|rn rn − rm rm | = |rn (rn − rm ) + rn rm − rm rm |
0 0 0
≤ |rn |rn − rm | + |rn − rm ||rm |
 0 
≤ |rn | + |rm |
2 2
0
|rn | + |rm |
≤ ( )
2
≤  supn∈N {|rn |, |rn0 |}.
On résume donc les propriétés précédentes dans la proposition suivante
1.2. SUITES DANS Q. 13

Proposition 1.2.1. 1) Une suite qui converge dans Q est une suite de
Cauchy.
2) La somme, le produit de deux suites de Cauchy est une suite de Cau-
chy.
3) Toute suite de Cauchy est bornée.
4. Il existe des suites de Cauchy dans Q qui ne sont pas convergentes
dans Q.

L’objet de la proposition suivante est de montrer qu’une suite de


Cauchy qui ne converge pas vers zero est "loin" de zero.

Proposition 1.2.2. Pour tout u ∈ E\{I}, il existe a ∈ Q+ ∗ et un


n0 ∈ N tels que
ou bien ∀n ≥ n0 ; un ≥ a
ou bien ∀n ≥ n0 ; un ≤ −a.
De plus la suite rationelle : b0 = 1 = b1 = ... = bn0 et bn = u1n pour
n > n0 est une suite de Cauchy.
Une suite de Cauchy qui ne converge pas vers 0 dans Q est, à partir d’un
certain rang, minorée par un rationnel strictement positif ou majorée par
un rationnel strictement négatif. En particulier, la suite est alors de signe
constant et ne s’annule pas (toujours à partir d’un certain rang).

Démonstration. Soit donc u une suite de Cauchy ne convergeant pas


vers 0, et supposons le résultat faux, c’est-à-dire que pour tout rationnel
a strictement positif et tout entier n, on puisse trouver : Un entier n1 ≥ n
tel que un1 < a ; un entier n2 ≥ n tel que un2 > −a. Soit ε > 0 et n0
tel que pour n ≥ n0 et p ≥ n0 , on ait |un − up | < 3ε . En appliquant
notre hypothèse de raisonnement par l’absurde à a = 3ε et n = n0 , on
trouve deux entiers n1 ≥ n0 et n2 ≥ n0 , tels que un1 < 3ε et un2 > − 3ε .
Mais alors, par définition de n0 , on a donc |un1 − un2 | < 3ε , et donc :
un1 = un2 + (un1 − un2 ) > − 3ε − 3ε c’est-à-dire −2 3ε < un1 < 3ε et donc
|un1 | < 2 3ε . Pour tout entier n ≥ n0 , on a donc |un | = |un1 +(un −un1 )| ≤
|un1 | + |un − un1 | < ε. Cela signifie donc que la suite u converge vers 0,
ce qui contredit notre hypothése.
D’autre part pour m, n ∈ N avec m ≥ n0 et n ≥ n0 on a
1 1 | um − un | | um − un |
| bm − bn |=| − |= ≤ ,
um un | un um | a2

on peut donc vérifier facilement que la suite (bn )n∈N est une suite de Cau-
chy rationnelle.
14 CHAPITRE 1. CONSTRUCTION DE R.

On veut définir les nombres réels R comme les limites des suites de Cau-
chy dans Q. Mais il est clair qu’on peut avoir plusieurs suites qui ont "la
même limite" donc il faut prendre les classes d’équivalence des suites :
Définition 1.2.4. Sur l’ensemble E des suites de Cauchy rationnelles,
on définit la relation binaire ∼ par :
u ∼ v ⇐⇒ u − v ∈ I,
c’est à dire pour (rn )n∈N et (sn )n∈N de E
(rn )n ∼ (sn )n ⇐⇒ lim sn − rn = 0.
n−→+∞

Remarque 1.2.1. On vérifie sans difficulté que ∼ est bien une relation
d’équivalence sur E. Elle vérifie les trois propriétés suivantes.
i) Reflexivité : on a (rn )n ∼ (rn )n ∀ (rn )n ∈ E.
ii) Symétrie : on a (rn )n ∼ (sn )n =⇒ (sn )n ∼ (rn )n .
iii) Transitivité : On a (rn )n ∼ (sn )n : limn−→+∞ (sn − rn ) = 0
(sn )n ∼ (tn )n : limn−→+∞ (tn − sn ) = 0. Par conséquent,
lim tn − rn = lim sn − rn + lim tn − sn = 0.
n−→+∞ n−→+∞ n−→+∞

Définition 1.2.5. On appelle nombre réel une classe d’équivalence de


suites rattionelle de Cauchy pour la relation ∼. L’ensemble des réels, noté
R, peut donc être défini comme l’ensemble quotient E/ ∼ (encore noté
E/I).
Exercice 1.2.2. Montrer que
0 0 0 0
i) (rn )n ∼ (rn )n et (sn )n ∼ (sn )n entraine (rn + sn )n ∼ (rn + sn )n .
ii) (rn + sn )n≥0 ne dépend pas des représentants choisis pour
(rn )n≥0 et (sn )n≥0 .
Solution.
0 0
i/ On a (rn )n ∼ (rn )n est équivaut à limn−→+∞ rn − rn = 0, de même
0 0
(sn )n ∼ (sn )n est équivaut à limn−→+∞ sn − sn = 0.
Donc on a
0 0 0 0
lim (rn + sn ) − (rn + sn ) = lim rn − rn + lim sn − sn = 0
n−→+∞ n−→+∞ n−→+∞

0 0
ii/ Il suffit de voir que si (rn )n ∼ (rn )n et (sn )n ∼ (sn )n alors
(rn + sn )n≥0 = (rn0 + s0n )n≥0 .
1.3. PROPRIÉTÉS DE R. 15

1.3 Propriétés de R.
On définit sur R les lois suivantes qui prolongent celles de Q.

1) Addition.

R × R −→ R
((xn )n , (yn )n ) −→ (xn )n + (yn )n = (xn + yn )n

2) Multiplication.

R × R −→ R
((xn )n , (yn )n ) −→ (xn )n (yn )n = (xn yn )n

3) Multiplication par un scalaire. C’est un cas particulier de la multi-


plication, car il s’agit de multiplier par une suite constante.
R × R −→ R
(λ, (yn )n ) −→ λ(yn )n = (λyn )n

Les deux premières lois sont des lois de compositions internes.


Soient (xn )n , (yn )n et (zn )n des représentants respectifs des nombres
réels x, y et z. Alors (x + y) + z est la classe d’équivalence de la suite
((xn + yn ) + zn )n et x + (y + z) est la classe d’équivalence de la suite
(xn + (yn + zn ))n . Or dans Q, on a (xn + (yn + zn )) = ((xn + yn ) + zn ).
Il en résulte donc que (x + y) + z = x + (y + z). L’addition est donc
associative. On montre de la même façon qu’elle est commutative. La
classe de la suite nulle en l’occurence l’application

N → Q
n 7→ rn = 0

notée aussi (0, 0, ..0, ..) ou tout simplement 0 ∈ R, est l’élément neutre
pour l’addition dans R. La classe x de (xn )n≥0 admet pour opposé, la
classe (−xn )n≥0 (notée −x). En conclusion l’ensemble R muni de l’addi-
tion est un groupe abélien.

1.3.1 Structure de R.
A) L’ensemble R muni de l’addition et de la multiplication est un an-
neau commutatif unitaire. En effet
16 CHAPITRE 1. CONSTRUCTION DE R.

i) D’aprés ce qui precéde R muni de l’addition est un groupe


commutatif.
ii) La classe de la suite (1, ..1, ..) est l’élément neutre pour la
multiplication. Cette classe est notée 1.
iii) xy = yx car dans Q, les deux suites (xn yn )n et (yn xn )n sont
égales vue que Q est commutatif pour la multiplication.
iv) La multiplication est distributive par rapport à l’addition. En
effet

((xn (yn + zn ))n = (xn yn + xn zn )n


= (xn yn )n + (xn zn )n .

Ce qui nous permet d’écrire que x(y + z) = xy + xz.


B) L’ensemble R muni de l’addition et de la multiplication est un corps
commutatif. Il reste à démontrer que tout élément non nul α de R,
admet un inverse noté α−1 tel que

αα−1 = α−1 α = 1.

Mais avant, nous remarquons que si α est un nombre réel non nul,
et si a = (a1 , ..an , ..) est un représentant de α (c’est-à-dire il existe
une suite de Cauchy dans Q tel que :

(an )n≥0 = α,

alors les termes de la suite sont tous non nuls à partir d’un certain
rang (Proposition 1.2.2 ; pp :19).

[i.e. ∃N ∈ N, tel que ∀n ≥ N , on a : an 6= 0].

Soit alors b la suite définie par : b0 = ... = bN = 1 et pour n >


N , bn = an . La suite b ainsi construite ne s’annulle pas, donc est
inversible, d’inverse 1b = ( b1n )n∈N . D’autre part, la suite a − b étant
par construction nulle à partir du rang N , elle est dans I, et d’après
la proposition 1.2.2, la suite b est de Cauchy, donc b ∈ u. Il vient
a × 1b = b × 1b = (1)n∈N c’est-à-dire que le réel a = α est inversible.
1.3. PROPRIÉTÉS DE R. 17

1.3.2 Relation d’ordre.


Notations et préliminaires
On note R+ (resp. R− ) l’ensemble des nombres réels admettant un
représentant (rn ) tel que

∀n ∈ N, rn ≥ 0 (resp. rn ≤ 0).

On a 0 ∈ R+ et 0 ∈ R− . De plus, il est facile de vérifier que

R+ + R+ ⊂ R+
R+ R+ ⊂ R+
R+ ∩ R− = {0}
R+ ∪ R− = R.

Nous allons montrer que R ⊆ R+ ∪ R− . Soit (xn )n un élément de R. Si


(xn )n ∼ 0 ( la suite nulle ) alors (xn )n ∼ ( n1 )n et (xn )n ∼ ( −1
n n
) donc
(xn )n ∈ R+ ∩ R− . Si par contre (xn )n n’est pas équivalente à la suite
nulle alors :

∃0 > 0, (0 ∈ Q), ∀N ∈ N, ∃n ≥ N tel que |xn | ≥ 0 .

Posons I = {n ∈ N/xn ≥ 0 } et J = {n ∈ N/xn ≤ −0 }. L’un de ces


deux sous-ensemble de N est fini. Car sinon,

∀N ∈ N ∃n ∈ I, n ≥ N tel que xn ≥ 0

et
∃m ∈ J, m ≥ N tel que xm ≤ −0 .
Cela implique que

∀N ∈ N ∃(n, m) ∈ I × J tel que n ≥ N, m ≥ N et xn − xm > 20

ce qui montre que la suite (xn )n n’est pas de Cauchy (absurde). Supposons
que I est infini et que J est fini. Posons N1 = max(J). Alors

∀n ∈ I, n ≥ N1 ; xn ≥ 0

ce qui veut dire que (xn )n ∈ R+ . Il faut remarquer que si on suppose que
J est infini et que I est fini alors, on aura (xn )n ∈ R− .
18 CHAPITRE 1. CONSTRUCTION DE R.

Relation d’ordre
Soient x et y deux éléments de R. On définit la relation ≤ par

x ≤ y ⇔ y − x ∈ R+ .

c’est une relation d’ordre total sur R. En effet


i/ Réflexivité, ∀ x ∈ R on a x ≤ x car 0 ∈ R+ .
ii/ Antisymétrie,

x ≤ y et y ≤ x ⇒ y − x ∈ R+ et x − y ∈ R+
x ≤ y et y ≤ x ⇒ y − x ∈ R+ et y − x ∈ R−
x ≤ y et y ≤ x ⇒ y − x ∈ R+ ∩ R− .

On en déduit que x = y.
iii/ Transitivité,

x ≤ y et y ≤ z ⇒ y − x ∈ R+ et z − y ∈ R+
x ≤ y et y ≤ z ⇒ z − x ∈ R+
x ≤ y et y ≤ z ⇒ x ≤ z.

iv/ L’ordre est total car pour tous x, y éléments de R on a,

x − y ∈ R+ ou bien y − x ∈ R+

donc x ≤ y ou bien y ≤ x. Avant d’achever cette preuve il faut signaler


que la suite (un )n∈N∗ = (−1, 1, −1, 1, −1, 1, ....) dont le terme générale est
un = (−1)n , n’est pas de Cauchy. Donc, elle n’appartient pas à E.

Remarque 1.3.1. Voici un eexemple de corps qui n’est pas ordonné.


Soit E = Z/2Z = {0, 1} muni de l’addition et de la multiplication défi-
nient par les tables suivantes
+ 0 1 × 0 1
0 0 1 0 0 1
1 1 0 1 1 0
IL est claire que {E, +, ×} est un corps. Ce corps ne peut être ordonné
par un ordre compatible avec ses lois : puisque 0 6< 1 et 1 6< 0. En effet,
si 0 < 1 (la démonstration est la même si on supose que 1 < 0), alors
0 + 1 < 1 + 1 ce qui veut dire que 1 < 0. Par conséquent 0 = 1 ce qui
absurde.
1.3. PROPRIÉTÉS DE R. 19

1.3.3 Valeur absolue sur R.


Définition 1.3.1. Soit a ∈ R. On appelle
 valeur absolue de a le nombre
a, si a ≥ 0 ;
réel positif, noté |a|, donné par |a| =
−a, si a < 0.
Proposition 1.3.1. Pour tous a, b ∈ R, la valeur absolue vérifie les
propriétés suivantes
1. |a| ≥ 0, l’égalité a lieu si et seulement si a = 0;
2. |ab| = |a||b|;
3. Inégalité triangulaire : |a + b| ≤ |a| + |b|.
Preuve. 1) Découle directement de la définition de la valeur absolue.
−ab = |a||b|, si a et b sont de signe opposé ;
2) On a |ab| =
ab = |a||b|, si a et b sont de même signe.
3) Si ab ≥ 0, on a |a + b| 
= |a| + |b| puisque a et b sont de même signe.
−a − b ≤ |a| + |b|, si a + b < 0 ;
Si ab < 0, on a |a + b| =
a + b ≤ |a| + |b|, si a + b ≥ 0.
Exercice 1.3.1. Montrer, que pour tous a, b ∈ R les propriétés sui-
vantes sont vérifiées
i. ||a| − |b|| ≤ |a − b|;
ii. ||a| − |b|| ≤ |a + b|.
Solution. i) Par l’inégalité trianguloaire, on a
|a| = |a − b + b| ≤ |a − b| + |b| et |b| = |b − a + a| ≤ |b − a| + |a|.
Ceci donne
|a| − |b| ≤ |a − b| et − (|a| − |b|) ≤ |a − b|
c’est à dire
||a| − |b|| ≤ |a − b|.
ii) Un calcul similaire au précédent montre que la propriété ii) est aussi
vérifié.
Exercice 1.3.2. Soient a, b,  ∈ R et  > 0. Écrire, sans utiliser la
valeur absolue les assertions suivantes
i. |a| ≤ ;
ii. |a| > ;
iii. |a − b| > .
20 CHAPITRE 1. CONSTRUCTION DE R.
Chapitre 2

TOPOLOGIE DE LA DROITE
RÉELLE

Par topologie de R, nous visons une géométrie sur ses sous-ensembles


ne tenant compte ni de la distance ni de la forme. C’est donc une géomé-
trie qui étudie les propriétés des sous-ensemble de R, qui sont invariants
par des déformations continues. En ce sens, quand on jette dans la pou-
belle une feuille de papier aprés l’avoir froissée, elle ne change pas de
topologie.
Dans ce deuxième chapitre, nous introduisons la définition d’un inter-
valle, d’un ouvert et d’un fermé. Nous définissons aussi la notion de point
d’adhérence, de point d’accumulation et d’un point isolé. Nous précisons
ensuite la notion de majorant, minorant, borne superieure, borne infe-
rieure, plus grand élément et plus petit élément d’un sous-ensemble non
vide de R. La fin de ce chapitre est consacrée aux ensembles compacts et
aux ensembles connexes de R.
Le lecteur trouvera des situations pertinentes pour développer des
compétences de bases et résoudre des problèmes dont les solutions uti-
lisent des techniques et des méthodes topologiques.

2.1 Ouverts et fermés


Définition 2.1.1. Un intervalle ouvert ]a, b[ (a < b), de R est l’en-
semble des x ∈ R tels que a < x < b

]a, b[= {x ∈ R/ a < x < b}.

21
22 CHAPITRE 2. TOPOLOGIE DE LA DROITE RÉELLE

Exercice 2.1.1.
i) Montrer que x ∈ ]a, b[ ⇔ ∃λ ∈ ]0, 1[ telle que x = λb + (1 − λ)a.
ii) Montrer que tout intervalle ]a, b[ de R, avec a < b, contient au moins
un rationnel.
Rappels : Q est archimédien, c’est-à-dire

∀a ∈ Q∗+ , ∀b ∈ Q, ∃n ∈ N tel que b ≤ na.

Il est facile de remarquer que cette propriété provient du faite que N n’est
pas borné. On a alors la proposition suivante

Proposition 2.1.1. R est archimédien, c’est-à-dire

∀A ∈ R∗+ , ∀B ∈ R, ∃n ∈ N tel que B ≤ nA.

Solution de l’exercice 2.1.1


i/ Il suffit de remarquer que l’application définie comme suit

]0, 1[ −→ ]a, b[
λ 7−→ λb + (1 − λ)a

est une bijection (c’est-à-dire à la fois injective et surjective). En effet,


0 0
· Pour l’injection, si λb − (1 − λ)a = λ b − (1 − λ )a alors
0 0 0 0
(λ − λ )b + (λ − λ)a = 0 ⇔ (λ − λ )(b − a) = 0 ⇒ λ = λ car b 6= a.
· Pour la surjection, si x ∈]a, b[ alors x−a
b−a
b + (1 − x−a
b−a
)a = x et on a
x−a
b−a
∈]0, 1[.
0 0
ii/ Soit ]a, b[ un intervalle non vide de R. Soit b ∈]a, b[, alors b ∈ R et
0
a < b < b. Posons x = b0 − a > 0, n ∈ N tel que 0 < x1 ≤ n. De plus il
0
existe k appartenant à N tel que nb < k, du faite que N n’est pas borné.
Soit k0 le plus petit entier naturel tel que
0 0
nb < k0 ce qui entaîne que nb ≥ k0 − 1.

Alors
k0 − 1 0
a< 6b <b
n
car sinon
k0 − 1 k0 − 1 k0 k0 − 1 1
a≥ ⇒ b0 − a ≤ b0 − < − =
n n n n n
2.1. OUVERTS ET FERMÉS 23

ce qui est absurde.


Preuve de la proposition 2.1.1 :
D’après l’exercice 2.1.1 ii/ il existe a ∈ ]0, A[ et b ∈ ]B, B + 1[
rationnels. Or Q est archimédien donc il existe n ∈ N tel que b ≤ na d’où
B < b ≤ na ≤ nA.

Définitions 2.1.1. Soit U un sous-ensemble de R.


• On dit que U est un ouvert de R s’il est vide ou si

∀x ∈ U, ∃ ]a, b[ tel que x ∈ ]a, b[ ⊂ U.

• On dit que F est un fermé de R s’il est le complémentaire d’un


U
ouvert dans R (i.e. ∃ U ouvert de R tel que F = {R ).

Remarque 2.1.1. Un ouvert non vide de R est une réunion d’inter-


valles ouverts de R.

En effet soit U un ouvert de R. Pour tout S x ∈ U il exite ax et bx ,


ax < bx , tels que x ∈]ax , bx [⊂ U. Donc U = x∈U ]ax , bx [.

Proposition 2.1.2.
O1 ) Toute réunion finie ou infinie d’ouverts de R est un ouvert de R.
O2 ) Toute intersection finie d’ouverts de R est un ouvert de R.
O3 ) R et ∅ sont des ouverts de R.

S O1 ) Soit (U i )i∈I une famille quelconque d’ouverts de R.


Preuve.
Soit x ∈ Ui , alors il existe au moins i0 ∈ I tel que x ∈ Ui0 , qui est
i∈I
ouvert. Donc il existe a, b ∈ R, (a < b) tels que x ∈ ]a, b[ ⊂ Ui0 . Ce qui
entraîne que [
x ∈ ]a, b[ ⊂ Ui .
i∈I
T
O2 ) Soit J un ensemble fini d’indices et soit x ∈ Uj supposée non
j∈J
vide. Alors, pour tout j dans J, x ∈ Uj . Comme Uj est un ouvert, il existe
aj , bj ∈ R, (aj < bj ) tels que x ∈ ]aj , bj [ ⊂ Uj . Ce qui implique que
\ \
x ∈]α, β[= ]aj , bj [ ⊂ Uj ,
j∈J j∈J

où α (resp.β) est le plus grand des aj (resp. le plus petit des bj ), j ∈ I.


Puisque le plus grand des aj (resp. le plus petit des bj ) existe, car on a un
24 CHAPITRE 2. TOPOLOGIE DE LA DROITE RÉELLE

nombre fini de nombres réels et R est muni d’un ordre total, alors on peut
les ordonner du plus
T petit au plus grand. Donc, pour tout sous ensemble
fini d’indices J, Uj est un ouvert. On achève cette démonstration en
j∈J
signalant que l’intersection de deux intervalles ouverts qui ont au moins
un point commun est un intervalle ouvert. La définition des fermés, nous
permet d’énoncer l’exercice suivant

Exercice 2.1.2.
F1 ) Toute intersection finie ou infinie de fermés est un fermé ;
F2 ) Une réunion finie de fermés est un fermé ;
F3 ) R et ∅ sont des ouverts et des fermés.
solution : Soient (Fi )i∈I une famille de fermés et Ui = {FRi , i ∈ I.
Les Ui sont alors des ouverts de R. D’un coté, on a
T
F
[
Ui = {R i∈I i
i∈I
T
ce qui montre que i∈I Fi est fermé. D’un autre coté, pour tout sous-
ensemble fini J de I, on a
S
F
\
Ui = {R i∈J i
i∈J
S
ce qui montre que i∈J Fi est un fermé de R.

Remarques 2.1.1.
1) L’intersection d’une
T infinité
 1 1 d’ouverts n’est pas toujours un ouvert. Il
suffit de considérer − n , n = {0} qui est fermé car
n>0

{0}
{R = ]−∞, 0[ ∪ ]0, +∞[ est un ouvert.

2) La réunion infinie de fermés n’est pas toujours fermée. Il suffit de


considérer
−1 + n1 , 1 − n1 = ]−1, 1[ qui est un ouvert.
S  
n>0
3) Un ensemble peut être ni ouvert ni fermé. Prendre pour exemples ]0, 1]
et Q. En effet : pour l’intervalle ]0, 1],

∀ > 0, ]1 − , 1 + [ 6⊂ ]0, 1[
2.2. POINT ADHÉRENT-POINT D’ACCUMULATION 25

ce qui montre qu’on ne peut pas trouver des nombres réels a < b tels que

1 ∈]a, b[ ⊂ ]0, 1[.

Pour Q, il suffit de remarquer que tout intervalle ]a, b[ contient des nombres
irrationnels, (voir exercice).

Définition 2.1.2. On appelle voisinage d’un élément x de R, tout sous


ensemble V de R contenant un ouvert O qui contient x. Autrement dit,
V est un voisinage de x si, et seulement si,

∃O ouvert, tel que x ∈ O ⊂ V .

Proposition 2.1.3. A ⊂ R est un ouvert si, et seulement si, A est


voisinage de chacun de ses points.

Preuve. Si A est un ouvert de R, alors pour tout a appartenant à A


on a : a ∈ A ⊂ A, ce qui montre que A est voisinage de chacun de ses
points. Réciproquement, si A est voisinage de chacun de ses points, alors

∀a ∈ A, ∃Oa ouvert tel que a ∈ Oa ⊂ A

ce qui entraîne que [


Oa ⊂ A
a∈A

d’où l’égalité [
Oa = A
a∈A

ce qui montre que A est un ouvert de R, comme étant réunion d’ouverts.

2.2 Point adhérent-Point d’accumulation


Définitions 2.2.1. Soient A une partie de R et x ∈ R.

• On dit que x est un point adhérent à A si tout voisinage V de x


rencontre A,
(i.e. ∀ V voisinage de x, on a V ∩ A 6= ∅.)
• On dit que x est un point d’accumulation de A si tout voisinage V
de x contient un point de A autreTque x.
(i.e. ∀ V voisinage de x; (V \{x}) A 6= ∅.)
26 CHAPITRE 2. TOPOLOGIE DE LA DROITE RÉELLE

• On dit que x est un point isolé de A si x ∈ A sans être un point


d’accumulation. T
( i.e. ∃V voisinage de x tel que V A = {x}).

Exemples 2.2.1.
a) Tout point de [0, 1] est adhérent à ]0, 1[.

1
b) 0 est un point d’accumulation des ensembles : ]0, 1[ et n
/ n ∈ N .

1
c) Tous les points de n / n ∈ N sont isolés.

Preuve. a) Tous les éléments de ]0, 1[ sont adhérents à ]0, 1[ car pour
tout élément x ∈]0, 1[ et pour tout nombre  strictement positif on a
\
]x − , x + [ ]0, 1[6= ∅.

De plus, \
] − , [ ]0, 1[6= ∅
ceci entraîne que 0 est adhérent à ]0, 1[, et
\
]1 − , 1 + [ ]0, 1[6= ∅

implique que 1 est adhérentTà ]0, 1[.


b) Nous avons (]−, [\{0}) ]0, 1[6= ∅ et (]−, [\{0}) { n1 /n ∈ N∗ } =
T
6 ∅
car, pour tout nombre  > 0, il existe un entier naturel n ∈ N∗ tel que
1

< n.
c) Pour tout entier naturel n ∈ N∗ , les nombres n+1
1 1
et n−1 encadrent n1 .
1
On a n+1 < n1 < n−1
1 1
. D’où si α = n(n−1) , on a
1 α 1 α 1 ∗ 1
T
] n − 2 , n + 2 [ { n /n ∈ N } = { n }.

Proposition 2.2.1. Une partie non vide A de R, est fermée si et


seulement si A contient tous ses points d’accumulation.

Preuve. Soit A une partie non vide fermée dans R et soit x un point
d’accumulation de A. Supposons que x ∈ / A, alors x ∈ {A R qui est un
ouvert de R. Donc il vaTcontenir un point de A autre que x, ce qui est
absurde (i.e. ({AR \{x}) A 6= ∅). Donc x ∈ A. Supposons maintenant
que A contient tous ses points d’accumulation. Cela veut dire qu’aucun
point de {AR n’est point d’accumulation de A. Soit x un élément de {R ,
A

il existe V voisinage de x tel que V ∩ A = ∅. Ceci montre qu’il existe V


voisinage de x tel que V ⊂ {A A
R . Donc {R est voisinage de chacun de ses
points, donc {AR est un ouvert de R, ce qui montre que A est fermé.
2.3. MAJORANTS ET MINORANTS 27

2.3 Majorants et Minorants


Définitions 2.3.1. Soit A une partie non vide de R :
• M ∈ R est un majorant de A, si ∀a ∈ A, on a : a ≤ M.
• m ∈ R est un minorant de A, si ∀a ∈ A, on a : a > m.
• A est bornée si ∃k > 0, tel que |a| ≤ k pour tout a ∈ A.
• α ∈ R est dit plus grand élément de A, si α ∈ A et α est un
majorant de A.
• β ∈ R est dit plus petit élément de A, si β ∈ A et β est un
minorant de A.
• On appelle borne supérieure de A, lorsqu’elle existe, le plus petit
des majorants de A. On la note sup A.
• On appelle borne inférieure de A, lorsqu’elle existe, le plus grand
des minorants de A. On la note inf A.
Remarques 2.3.1. Une partie de R peut avoir une borne supérieure
sans avoir de plus grand élément, exemple : A = [0, 1[.
La borne supérieure et le plus grand élément lorsqu’ils existent, sont
égaux. C’est le cas pour un intervalle fermé à droite.
Théorème 1. (Théorème de caractérisation)
Soit X ⊂ R
i) M = sup X ⇔ [∀x ∈ X, x ≤ M et ∀ε > 0, ∃xε ∈ X tel que
xε > M − ε].
ii) m = inf X ⇔ [∀x ∈ X, x > m et ∀ε > 0, ∃yε ∈ X tel que
yε < m + ε].
Preuve. L’hypothèse M = sup X, entraîne que M est un majorant
de X donc
x 6 M, ∀x ∈ X.
De plus M est le plus petit des majorants de A, c’est-à-dire
∀ε > 0, M − ε n’est pas un majorant de A.
Donc ∃xε ∈ X tel que xε > M − ε.
Exercice 2.3.1. Toute partie non vide majorée (resp. minorée) de R
admet une borne supérieure (resp. inférieure).
Preuve. Soit X un sous ensemble non vide majoré de R. Alors il
existe M ∈ R tels que
x ≤ M (∀x ∈ X).
Notons B = {b ∈ R/b ≥ x, ∀x ∈ X} et C = R\B On a
28 CHAPITRE 2. TOPOLOGIE DE LA DROITE RÉELLE

i) B est non vide car M ∈ B,


ii) [M, +∞[⊂ B,
iii) B ∩ C = ∅ et B ∪ C = R,
iv) C est non vide car si x ∈ X alors ] − ∞, x[⊂ C.
D’autre part, on a
∀a ∈ C et ∀b ∈ B; c < b.
En effet, pour tout c ∈ C, s’il existe b ∈ B tel que c ≥ b, alors b va appar-
tenir à C ce qui est absurde. Maintenant du fait que R est archimédien,
alors
∀ > 0, ∀(c, b) ∈ C × B, ∃(p, q) ∈ Z × Z
tels que
p > −c et q > b,
ce qui s’écrit aussi
−p < c < b < q.
Notons pour  > 0 donné ZC = {p ∈ Z/ − p ∈ C}. ZC est non
vide (d’après ce qui précéde)
 et est minoré car C est majoré. Soit n =
−n  ∈ C
.
min(ZC ), alors on a : et −(n − 1). − (−n .) = .
−(n − 1). ∈ B
Remplaçons  par 1r , r ∈ N∗ ; alors il existe (cr , br ) ∈ C ×B telles que :cr =
−nr . 1r ∈ C, br = −(nr − 1). 1r ∈ B et br − cr = 1r . On  construit anisi
cr < br ,
deux suites (cr )r∈N∗ ⊂ C et (br )r∈N∗ ⊂ B telles que
br − cr = 1r .
Ces suites (cr )r et (br )r qui sont adjacentes. En effet ∀p ∈ N∗ , on a
1
c p ≤ bn ⇒ c p − c n ≤ bn − c n ≤
n
et on a
1
c n ≤ bp ⇒ c n − c p ≤ b p − c p ≤ .
p
Ce qui entraine que |cn − cp | ≤ sup( n1 , p1 ) et cela montre que la suite (cn )n
est de Cauchy, donc (cn )n est une suite convergente. De plus les inégalités
1
0 < bn − cn ≤
n
montre que
lim cn = lim bn .
n→+∞ n→+∞
2.3. MAJORANTS ET MINORANTS 29

Montrons que
α = inf B = sup C = sup X.
En effet,
∀x ∈ X; x ≤ α,
car sinon, il existe x0 ∈ X et x0 > α. Donc pour :  = x0 − α > 0, il va
exister b ∈ B vérifiant

α ≤ b0 < α + < x0
2
ce qui est impossible car b0 est un majorant de X. De plus α −  n’est
pas un majorant de X donc

∀, ∃x1 ∈ X tel que : α −  < x1 ≤ α.

Ainsi α vérifie bien : α = sup X.

Théorème 2. (Théorème de Cantor.)


Pour tout système d’intervalles fermés emboités In = [an , bn ] c’est-
à-dire (an 6 bTn et In+1 ⊂ In , ∀n ∈ N), il existe x ∈ In , ∀n ∈ N.
Autrement dit In 6= ∅.
n∈N

Preuve. Par hypothèse, ∀n, m ∈ N avec n 6 m, on a

an 6 am 6 bm et bn > bm > am

donc I = {an / n ∈ N} est non vide majoré par b1


et J = {bn / n ∈ N} est non vide minoré par a1 .
Donc d’après le théorème précédent, I (resp. J) admet une borne supé-
rieure a (resp. une borne inférieure b). On montre que a ≤ b. En effet si
a > b alors a − b > 0 or pour tout  > 0

∃N1 : n ≥ N1 ⇒ a −  < an ≤ a

∃N2 : m ≥ N2 ⇒ b ≤ bm < b + .
a−b
Posons alors  = 2
> 0. Donc pour tout n ∈ N, n ≥ max(N1 , N2 ) on
a:  a+b
 2 = a − a−b 2
< an
a+b
bn < 2
an ≤ b n

30 CHAPITRE 2. TOPOLOGIE DE LA DROITE RÉELLE

ce qui est absurde. Ainsi on a pour tout entier naturel n

[a, b] ⊂ [an , bn ]
T
car an 6 a 6 b 6 bn ce qui implique que [a, b] ⊂ [an , bn ] donc
T n∈N
In 6= ∅.
n∈N

Corollaire 2.3.1. SoitTIn = [an , bn ], (n ∈ N), un système d’intervalles


fermés emboités. Alors In est réduite à un point si, et seulement si,
n∈N

∀ε > 0, ∃n ∈ N tel que bn − an < ε.

T Preuve. On a
[an , bn ] = {α} ⇐⇒ sup {an / n ∈ N} = inf {bn / n ∈ N} = α.
n∈N T
Supposons que [an , bn ] = {α}, alors
n∈N

ε ε
∀ε > 0 ∃p ∈ N tel que α − < ap 6 α et ∃q ∈ N tel que α 6 bq < α + .
2 2

En posant N = max(p, q), on aura

α − ε/2 < aN 6 α 6 bN < α + ε

donc
bN − aN 6 bp − ap 6 (α + ε/2) − (α − ε/2) = ε.

Inversement, supposons que ∀ε > 0, ∃n ∈ N tel que bn − an < ε, alors

inf {bm / m ∈ N} 6 bn 6 an + ε 6 sup {am / m ∈ N} + ε.

Comme ces deux inégalités sont vraies pour tout ε strictement positif,
alors
inf {bm / m ∈ N} 6 sup {am / m ∈ N} .

On en déduit que inf{bm /m ∈ N} = sup{am /m ∈ N} égalité des deux


termes, car le sup{an /n ∈ N} est toujours inferieur ou égal à l’inf{bn /n ∈
N}.
2.4. ADHÉRENCE ET INTÉRIEUR 31

2.4 Adhérence et Intérieur


Définitions 2.4.1. Soit A une partie de R.
• On appelle adhérence de A et on note A, l’ensemble des points
adhérents à A. o
• On appelle intérieur de A et on note A, le plus grand des ouverts
contenus dans A.

Exemples 2.4.1.
o
1. Pour A =]0, 1] on a A = [0, 1] et A =]0, 1[
o
1
S
2. Pour B = { n+1 / n ∈ N}, B = B {0} et B = ∅
o
3. Pour C = {x ∈ R/ √ 1 ≤ 1}, C = {0} et C = ∅
1−|x|
S S o
4. Pour D = [−1, 2[ {3}, D = [−1, 2] {3} et D =] − 1, 2[

Exercices 2.4.1. Montrer les assertions suivantes


i) A est le plus petit fermé contenant A.
o
ii) A est la réunion de tous les ouverts contenus dans A.

Preuve. i/ A est fermé car pour tout x ∈ {AR , x n’est pas un point
adhérent à A. Donc il existe V voisinage ouvert de x tel que x ∈ V et
V ∩ A = ∅. Ce qui entraîne que V ⊂ {A R puisque aucun élément de V
n’est adhérent à A. Ce qui veut dire que {A
R est voisinage de chacun de
ses points, ou encore que A est un fermé. D’autre part, il est facile de
voir que A ⊂ A .
Inversement soit F un fermé contenant A. Alors

A ⊂ F ⇐⇒ {FR ⊂ {A
R.

Soit x ∈ {FR , il existe alors V voisinage ouvert de x vérifiant

x ∈ V et V ⊂ {FR du faite que {FR est un ouvert.

Ce qui entraîne que x ∈ V et V ∩ F = ∅ donc x ∈ V et V ∩ A = ∅


ce qui implique que x ∈ {A F A
R , et donc {R ⊂ {R .
ii/ La réunion de tous les ouverts contenus dans A est un ouvert contenu
dans A. De plus c’est le plus grand ouvert ayant cette propriété. Donc
o
elle est égale à A .
32 CHAPITRE 2. TOPOLOGIE DE LA DROITE RÉELLE

Proposition 2.4.1. Soit A une partie non vide de R. On a les équi-


valences suivantes
i) A est fermée ⇐⇒ A = A;
o
ii) A est ouverte ⇐⇒ A = A.

Preuve. i) Si A est une partie fermée, alors A est un fermé contenant


A et c’est le plus petit ayant cette propriété. Donc A = A.
ii) si A est un ouvert, alors A est le plus grand ouvert contenu dans A.
o
Par conséquent A = A. Les deux réciproques sont triviales.

Proposition 2.4.2. On a les égalités et les inclusions suivantes


o
(A)
1. = {AR,
{R
A o

2. {A
R = {R ,
3. A = A, A ∪ B = A ∪ B et A ∩ B ⊂ A ∩ B,
o
o o o o o o
4. A = A, (A ∩ B)o = A ∩ B et A ∪ B ⊂ (A ∪ B)o .

Preuve. Il faut d’abord remarquer que si A ⊂ B alors A ⊂ B. En


effet, x appartenant à A est équivalent à

∀ V ∈ V(x) ; V ∩ A 6= ∅,

où V(x) indique l’emsenble de tous les voisinages de x. Et, comme A ⊂ B,


ceci implique que
∀ V ∈ V(x) ; V ∩ B 6= ∅.
Il en résulte donc que x ∈ B et par conséquent que A ⊂ B.
1) On a les équivalence suivantes :
o o
x 6∈ {A
R ⇔ x ∈ A
⇔ ∃ V voisinage de x tel que V ⊂ A
⇔ ∃ V voisinage de x tel que V ∩ {A
R = ∅

⇔ x 6∈ {A
R.

o
A
Ceci montre que {A
R = {R .
Remarquer que,
o
A
{A
R ⊂ {R
2.4. ADHÉRENCE ET INTÉRIEUR 33

o o
est facile à montrer. En effet comme A ⊂ A on a {A A
R ⊂ {R
o o o o
A A
ce qui donne {AR ⊂ {R A = {R , car A (resp. {R ) est un ouvert (resp. un
fermé.
2) On a les équivalence suivantes

x ∈ {A
R ⇔ x 6∈ A
⇔ ∃ V voisinage de x tel que V ∩ A = ∅
⇔ ∃ V voisinage de x tel que V ⊂ {A
R
o
⇔ x ∈ {A
R.

o
Remarquer aussi que la démonstration de {A A
R ⊂ {R est immédiate du
faite que l’on a A ⊂ A implique {A A
R ⊂ {R . Ceci donne le résultat cherché
o
puisque {A A A
R est le plus grand ouvert contenu dans {R et que {R est un
A
ouvert contenu dans {R .
3) D’aprés i) de l’exercice 2.4.1, A est un fermé donc A = A. Nous avons,

A ⊂ A et B ⊂ B,

donc
A∪B ⊂A∪B
qui est un fermé contenant A ∪ B, donc

A∪B ⊂A∪B

car A ∪ B est le plus petit fermé contenant A ∪ B.


Réciproquement, A (resp. B) est contenu dans A ∪ B. Donc A (resp. B)
est contenu dans A ∪ B. On en déduit que

A ∪ B ⊂ A ∪ B.

Montrons l’inclusion pour l’intersection. Nous avons

A ∩ B ⊂ A et A ∩ B ⊂ B

donc
A ∩ B ⊂ A et A ∩ B ⊂ B
34 CHAPITRE 2. TOPOLOGIE DE LA DROITE RÉELLE

ce qui implique que


A ∩ B ⊂ A ∩ B.
Nous allons donner un exemple où

A ∩ B ( A ∩ B.

Prenons A = [0, 1[ et B =]1, 2]. Nous avons A = [0, 1] et B = [1, 2] et par


conséquent
A ∩ B = {1} et A ∩ B = ∅
puisque A ∩ B = ∅.
o
o o o
4) D’aprés ii) de l’exercice 2.4.1, A est un ouvert donc A = A. Ensuite
pour la réunion, nous avons
o o
A ⊂ A et B ⊂ B
o o o o o o
ce qui donne A ∪ B ⊂ A ∪ B. Donc, A ∪ B ⊂ A ∪ B puisque A ∪ B est
le plus grand ouvert contenu dans A ∪ B.
L’exemple suivant, montre que l’inclusion peut être sticte. Il suffit de
o o
prendre A =]0, 1] et B = [1, 2]. Nous avons alors A =]0, 1[ et B =]1, 2[
o o o
d’où A ∪ B =]0, 1[∪]1, 2[ et A ∪ B =]0, 2[.
Pour l’intersection, nous avons
o o
A ⊂ A et B ⊂ B
o o o o o o o
ce qui donne A ∩ B ⊂ A ∩ B. Donc, A ∩ B ⊂ A ∩ B car d’une part A ∩ B
o
est un ouvert, d’autre part A ∩ B est le plus grand ouvert contenu dans
A ∩ B. ( o o

A∩B ⊂A A∩B ⊂A
Réciproquement . Ceci implique que o o Il en
A∩B ⊂B A∩B ⊂B
o o o
résulte l’inclusion, A ∩ B ⊂ A ∩ B.
Remarque 2.4.1. Pour toute partie non vide A de R on a

|A = Aac ∪ Aiso |

où A, Aac et Aiso désignent respectivement les points adhérents, les points


d’accumulations et les points isolés de A.
2.4. ADHÉRENCE ET INTÉRIEUR 35

Définitions 2.4.2. Soit A une partie de R et (Ai )i∈I une famille de


sous-ensembles de R, où I est un ensemble quelconque d’indices.
• On
S dit que la famille (Ai )i∈I est un recouvrement de A, si A ⊂
Ai .
i∈I
• On dit que c’est un recouvrement ouvert (resp. fermé) si les Ai sont
ouverts (resp. fermés).
• On dit que c’est un recouvrement fini, si I est fini ( c’est-à-dire de
cardinal fini ).

Exemples 2.4.2. 
1 1

i) On pose Ai = i+3 , i+1 (avec i ∈ N). C’est un recouvrement ouvert
 1
de A = 0, 2 .
ii) On pose : A1 = 0, 15 ; A2 = 15 , 41 ; A3 = 14 , 13 ; A4 = 13 , 12 .
       

C’est un recouvrement fini (qui n’est ni ouvert ni fermé) de A =]0, 21 [.

Définition 2.4.1. Soit A une partie de R. On dit que A est un compact


de R, si de tout recouvrement de A, on peut extraire un sous recouvrement
fini.

Contre-exemple. Soit Ai = ]i, i + 2[ (avec i ∈ Z). (Ai )i∈Z est une


famille qui recouvre R. Donc c’est un recouvrement ouvert de R. Mais
aucune sous famille finie de ce recouvrement ne peut recouvrir R. En
effet une telle sous famille va admettre un plus grand et un plus petit
élément ce qui contredit le fait que R n’est pas borné. Donc, R considéré
comme une partie de lui même n’est pas compact.

Théorème 3. Tout compact K de R est à la fois fermé et borné.

Preuve. Soit  ∈ R∗+ , il est claire que,


[
K⊂ ]x − , x + [.
x∈K

Il existe donc un nombre fini d’élément de K, x1 , x2 ....xn tels que


[
K⊂ ]xi − , xi + [.
1≤i≤n

Posons, a = inf1≤i≤n {xi − } et b = sup1≤i≤n {xi + }. On a alors,

K ⊂ [a, b]
36 CHAPITRE 2. TOPOLOGIE DE LA DROITE RÉELLE

ce qui montre que K est borné. Montrons que K est fermé. D’abord si K
est fini, il est fermé. Supposons donc que K est infini (i.e. K contient un
nombre infini de nombre réels) et supposons que K n’est pas fermé. Dans
ce cas (d’aprés 2.4.1) il existe x0 point d’accumulation de K et x0 6∈ K.
Soit x ∈ K, alors x 6= x0 . Donc ∃rx > 0 tel que ]x − rx , x + rx [∩]x0 −
rx , x0 + rx [= ∅. Il suffit de prendre : 0 < rx < |x−x
2
0|
. Or
[
K⊂ ]x − rx , x + rx [
x∈K

et comme K est compact, alors on peut en extraire un sous recouvrement


fini de K. Soient x1 , x2 ....xn des élément de K tels que
[
K⊂ ]xi − rxi , xi + rxi [
1≤i≤n

et soit \
V0 = ]x0 − rxi , x0 + rxi [
1≤i≤n

V0 est un voisinage ouvert de x0 et


[
V0 ∩ ( ]xi − rxi , xi + rxi [) = ∅
1≤i≤n

T
en conséquence, V0 K = ∅; ce qui contredit le faite que x0 ∈ K.

Définition 2.4.2. Un sous ensemble non vide C de R est dit connexe


si C ne peut pas s’écrire comme réunion de deux ouverts (resp. fermés)
disjoints de R.

Exemples 2.4.3.
1. C = [0, 1] est connexe et
2. C = R est aussi connexe.

Contre exemple. Les parties R∗ et [0, 1] [2, 3] ne sont pas connexe,


S
( R∗ =] − ∞, 0[∪]0, +∞[ ).

Théorème 4. (Théorème de Heine).


Tout intervalle fermé borné de R est un compact.
2.4. ADHÉRENCE ET INTÉRIEUR 37

Preuve. SoitSa < b deux réels et soit (Oi )i∈I une famille d’ouverts
telle que [a, b] ⊂ Oi . Notons
i∈I
A = {x ∈ [a, b] / [a, x] est recouvert par une famille finie des Oi }. A est
non vide car a ∈ A. Si b ∈ A, alors [a, b] est un compact. D’autre part A
est majorée par b, donc A admet une borne supérieure, soit α = sup A.
On a alors α 6 b, donc il existe i0 ∈ I tel que α ∈ Oi0 . De plus A∩Oi0 est
non vide ( car α est la borne supérieure de A). Soit x un élément S de l’in-
tersection, alors il existe J fini contenu dans I tel que [a, x] ⊂ Aj , donc
S j∈J
[a, α] ⊂ ( Aj ) ∪ Oi0 . Ce qui veut dire que α ∈ A. D’autre part si α < b,
j∈J
alors Oi0 va contenir un élément y plus grand strictement que S α et plus
petit strictement que b. Cela veut dire que y ∈ A car [a, y] ⊂ ( Aj )∪Oi0
j∈J
ce qui est absurde et donc α = b.
38 CHAPITRE 2. TOPOLOGIE DE LA DROITE RÉELLE
Chapitre 3

SUITES NUMÉRIQUES

Dans ce chapitre, nous définissons la notion de suite numérique. Nous


étudions les suites convergentes et la structure de l’ensemble de ces suites.
En suite nous introduisons les notions de suites adjacentes, de suites
récurentes et de suites de Cauchy et nous les caractérisons.
Des critères de convergence ont été utilisés pour étudier ces suites et
calculer leurs limites lorsqu’ elle sont convergentes.

3.1 Généralités
Définition 3.1.1.
• On appelle suite numérique toute application u de N dans R. On
la note (un )n∈N . Le nombre réel un = u(n) est appelé terme général
d’ordre n de la suite.
• On appelle suite extraite ou encore sous-suite d’une suite (un )n∈N ,
toute suite (vn )n∈N = uϕ(n) n∈N , où ϕ est une application stric-
tement croissante de N dans N. son terme général est donné par
vn = uϕ(n) .
• {un , n ∈ N}, est appelé ensemble des valeurs prises par la suite.

cos x
Exercice 3.1.1. Montrer que la suite de terme général vn = 4n+1 est
1 π
une suite extraite de la suite de terme général un = n sin(x + n 2 ).

Preuve. l’application ϕ : N → N, n 7→ 4n + 1 est strictement crois-


sin(x+(4n+1) π2 ) sin(x+ π2 )
sante. Et on a uϕ(n) = 4n+1
= 4n+1
= cos(x)
4n+1
= vn . Alors
(vn )n∈N est une sous suite extraite de la suite (un )n∈N .

39
40 CHAPITRE 3. SUITES NUMÉRIQUES

Définition 3.1.2.
• Une suite (un )n∈N est dite majorée (resp. minorée) s’il existe M ∈ R
(resp. m ∈ R) tels que un 6 M (resp. un > m) ∀n ∈ N.
• Une suite (un )n∈N est dite bornée si elle est à la fois majorée et mino-
rée, ce qui est équivaut à dire ∃M ∈ R∗ , ∀n ∈ N, on a |un | 6 M .
• Une suite est dite croissante (resp. décroissante) si ∀(m, n) ∈ N2 avec
n 6 m alors un 6 um (resp. un > um ), ou de manière équivalente
un+1 > un (resp. un+1 6 un ) ∀n ∈ N.
• Une suite est dite monotone quand elle est soit croissante, soit décrois-
sante.

• Structure de l’ensemble des suites :


L’ensemble des suites numériques est muni des opérations suivantes

(un )n + (vn )n = (un + vn )n


λ(un )n = (λun )n
(un )n (vn )n = (un vn )n .

Muni de ces trois opérations, l’ensemble des suites numériques est une
algèbre unitaire et commutative sur R (i.e un espace-vectoriel sur R et
un anneau commutatif et unitaire).

Définition 3.1.3. On dit que a ∈ R est un point d’accumulation de


la suite (un )n si, pour tout ε > 0, il existe une infinité de termes de la
suite tels que |un − a| < ε.

Il faut remarquer que cette définition est la même que celle du point
d’accumulation donnée dans le chapitre II. Par ailleurs si a est un terme
de la suite, il est un point adhérent à la suite.

Remarques 3.1.1. Les assertions suivantes sont équivalentes


(i) a est un point d’accumulation de la suite (un )n ;
(ii) ∀ε > 0, ∀N ∈ N, ∃n > N tel que |un − a| < ε ;
iii) ∀ε > 0, l’ensemble {n ∈ N / |un − a| < ε} est infini.

Exercice 3.1.2. Notons A0 = {un / n ∈ N} , An = {uk / k > n} et


A l’ensemble des points d’accumulation de la suite (un )n . Montrer que
A0 = A0 ∪ A.
3.2. SUITES CONVERGENTES 41

Preuve. Nous avons les équivalences suivantes


x ∈ A ⇔ ∀ > 0, ∀N ∈ N, ∃n ≥ N tel que un ∈]x − , x + [ et un 6= x
⇔ ∀ > 0, ∀N ∈ N; ]x − , x + [∩AN 6= ∅
⇔ x ∈ An , ∀n ∈ N
\
⇔ x∈ An .
n∈N

Maintenant, Nous somme en mesure de montrer que A0 = A0 ∪ A. Nous


avons
A0 ⊂ A0 et A ⊂ A0
ce qui montre que
A0 ∪ A ⊂ A0 .
D’autre part, si x ∈ A0 alors x ∈ A0 ou bien x est un point d’accumulation
de A0 . Ce qui montre que x ∈ A0 ∪ A, d’où l’égalité.

3.2 Suites convergentes


Définition 3.2.1.
• On dit que la suite (un )n converge vers l ∈ R si,
∀ε > 0, ∃N ∈ N tel que n > N ⇒ |un − l| < ε.
On écrit alors lim un = l ou bien un → l quand (n → ∞).
n→∞
• On dit que (un )n tend vers +∞ (resp. vers -∞) si,
∀A > 0, ∃N ∈ N tel que n > N ⇒ un > A (resp. un < −A).
Proposition 3.2.1. La limite d’une suite convergente est unique.
Preuve. Supposons que la suite (un )n tend vers deux limites l1 et l2 .
On aura alors
∀ε > 0, ∃N1 ∈ N tel que n > N1 ⇒ |un − l1 | < ε/2
et
∀ε > 0, ∃N2 ∈ N tel que n > N2 ⇒ |un − l2 | < ε/2.
Ainsi, pour n > max(N1 , N2 ) on aura
|l1 − l2 | 6 |un − l1 | + |un − l2 | < ε.
Donc ∀ε > 0, |l1 − l2 | < ε d’où l1 = l2 .
42 CHAPITRE 3. SUITES NUMÉRIQUES

Remarques 3.2.1.
i) Une suite qui admet une limite infinie est dite divergente.
ii) On ne change pas la nature d’une suite (convergente ou divergente)
ni sa limite, si on modifie ou si on supprime un nombre fini de termes
de la suite.
iii) Si lim un = l, alors toute suite extraite est convergente et converge
n→∞
vers la même limite l.
iv) Si lim un = l, alors l est l’unique point d’accumulation de la suite
n→∞
(un )n . La réciproque est fausse, par exemple la suite
(un )n∈N = (1/2, 2, 1/3, 3, ..., 1/n, n, ...)
admet un seul point d’accumulation 0, mais elle n’est pas convergente.
Proposition 3.2.2. Toute suite convergente est bornée.
Preuve. Si lim un = l , alors pour ε = 1,
n→∞

∃N ∈ N, tel que ∀n ∈ N, n > N ⇒ |un − l| < 1.


Donc pour n > N, on a
|un | < |l| + 1.

Posons M = sup(|u0 | , |u1 | , ..., |uN | , |l| + 1), on a alors :


|un | < M, ∀n ∈ N.

Conséquenses :
i) Une suite non bornée est soit divergente, soit qu’elle n’admet pas de
limite ( il suffit de considérer : un = (−1)n n qui n’a pas de limite et qui
n’est pas bornée ).
ii) La réciproque de la Proposition 3.2.2 n’est pas vraie. En effet, une
suite bornée n’est pas nécessairement convergente. Il suffit de considérer
pour tout n ∈ N, les suites un = (−1)n et vn = sin(nπ) qui sont bornées
mais non convergentes.

3.3 Opérations sur les suites convergentes


0
Proposition 3.3.1. Supposons que lim un = l et que lim vn = l .
n→∞ n→∞
Alors
3.3. OPÉRATIONS SUR LES SUITES CONVERGENTES 43

0 0
i) lim( un + vn ) = l + l . ii) lim(λ.un ) = λ.l. iii) lim( un .vn ) = l.l . iv) Si
n→∞ n→∞ n→∞
l 6= 0, on a lim(1/un ) = 1/l.
n→∞

Preuve. i) et ii) sont des conséquences faciles de la définition. Pour


0 0

iii) il suffit de remarquer que un .vn − l.l 6 vn − l |l| + |un − l| |vn | et

que (vn ) est bornée.
Pour iv) remarquons d’abord qu’on a pas supposé un 6= 0 pour tout
n ∈ N. Cependant, nous allons vérifier que (un )n ne peut s’annuler que
pour un nombre fini d’indices. En effet

∀ε > 0, ∃N1 ∈ N, ∀n ∈ N : n > N1 ⇒ |un − l| < ε.


|l|
Puisque l est non nul, on peut prendre ε = 2
et on a : n > N1 implique
|un − l| < |l|2 . Or
|l|
|un | = |un − l + l| > |l| − |un − l| > |l| − > 0.
2
D’où un 6= 0 pour n > N1 . D’autre part ;
|l|2
∀ε > 0, ∃N2 ∈ N, ∀n ∈ N : n > N2 ⇒ |un − l| < ε .
2
2
On a juste rempalcé  par  |l|2 , vu que  est quelconque dans R∗+ . Posons
N = max(N1 , N2 ), on a :
|l|2
1 1 |un − l| ε
n > N ⇒ − = < |l| 2
un l |un | |l| |l|
2

ce qui entraîne que u1n − 1l < ε. D’où l’on a


1 1
∃N ∈ N, ∀n ∈ N, n > N ⇒ − < ε.

un l
Théorème 5. (Théorème de Bolzano-Weierstrass.) Un nombre réel a
est un point d’accumulation de la suite (un )n si, et seulement si, il existe
une suite extraite vn = uϕ(n) de (un )n qui converge vers a.
Preuve. Soit (vn )n = (uϕ(n) )n une suite extraite de (un )n qui converge
vers a, i.e.

∀ε > 0, ∃N ∈ N, ∀n ∈ N, n > N ⇒ uϕ(n) − a < ε.
44 CHAPITRE 3. SUITES NUMÉRIQUES

Puisque ϕ est strictement croissante, {n > N / |uϕ(n) − a| < } est


infini, donc il y a une infinité de termes de la suite (un )n qui vérifient
|un − a| < ε, par conséquent a est un point d’accumulation de la suite
(un )n .
Réciproquement, soit a un point d’accumulation de la suite (un )n , il existe
alors une infinité d’indices n ∈ N tels que |un − a| < 1.
Soit p1 un tel indice. Posons ϕ(1) = p1 . La construction de ϕ(n) se fait par
récurrence sur n de la manière suivante. Supposons
que l’on a construit
ϕ(1) < ϕ(2) < ... < ϕ(n − 1) tels que uϕ(k) − a < k1 , k = 1, 2, ..., n − 1.
Dans la définition de a valeur d’accumulation et pour ε = n1 , il y a une
infinité de termes de la suite tels que |up − a| < n1 . Soit pn un tel indice
qui vérifie en plus pn > ϕ(n − 1) et en posant ϕ(n) = pn , on a :

uϕ(n) − a < 1 et ϕ(n − 1) < ϕ(n).



n
La suite (uϕ(n) )n est donc une suite extraite de la suite (un )n et elle vérifie

uϕ(n) − a < 1 , ∀n ∈ N∗ .

n
Pour achever cette démonstration, on rappelle que R est archmédien,
donc
∀ε > 0, ∃N ∈ N, ∀n ∈ N, n > N ⇒ uϕ(n) − a < ε
c’est-à-dire que lim uϕ(n) = a.
n→∞

Théorème 6. (Théorème Bolzano-Weierstrass.) De toute suite bor-


née, on peut en extraire une sous-suite convergente.
Preuve. Soit (un )n une suite bornée et notons An = {uk / k > n}.
Ces ensembles An sont bornés. Soit alors an = inf An et soit a = sup an .
Montrons que a est un point d’accumulation de la suite (un )n . D’abord
remarquons que la suite (an )n∈N est croissante, car

An = {uk / k > n} ⊃ An+1 = {uk / k > n + 1}

ce qui implique que


inf (An ) ≤ inf (An+1 ).
D’autre part si a n’est pas un point d’accumulation de la suite (an )n∈N ,
alors
∃0 > 0, tel que ]a − 0 , a + 0 [∩A = ∅
3.3. OPÉRATIONS SUR LES SUITES CONVERGENTES 45

où A = {uk / k ∈ N} = A0 .
Cela s’exprime par
∀n ∈ N, un ≥ a + 0 ou bien un ≤ a − 0 .
Notons A = {n ∈ N / un ≥ a + 0 } et B = {n ∈ N / un ≤ a − 0 }.
On remarque que A ∪ B = N et que A ∩ B = ∅. Nous avons trois cas
possibles :
1er cas : Si A est fini et B est en bijection avec N. Soit alors p0 = max(A).
Donc
∀n ≥ p0 , un ≤ a − 0
ce qui implique que
∀n ≥ p0 , an ≤ un ≤ a − 0
ceci donne
a = supn∈N {an } ≤ a − 0
ce qui absurde.
2eme cas : Si B est fini et A est en bijection avec N. Soit q0 = max(B).
On a
∀n ≥ p0 , un ≥ a + 0 ,
donc
∀n ≥ p0 , an ≥ a + 0 .
Il en résulte que
a = supn∈N {an } ≥ a + 0
ce qui est absurde.
3eme cas : Il existe deux applications bijectives stictement croissantes
ϕ : N −→ A ψ : N −→ B
et telles que, pour tout n ∈ N, on a
n −→ ϕ(n) n −→ ψ(n)

uϕ(n) ≥ a + 0
uψ(n) ≤ a − 0 .
Ceci implique que la sous-suite extraite (aψ(n) )n∈N (resp. (aϕ(n) )n∈N ) vé-
rifie pour tout n ∈ N, aψ(n) ≥ a + 0 (resp. aϕ(n) ≤ a − 0 ), donc
limn→+∞ aψ(n) ≥ a + 0 (resp. limn→+∞ aϕ(n) ≤ a − 0 ).
Or toute sous-suite extraite d’une suite convergente est aussi une suite
convergente et elles convergent vers la même limite. C’est-à-dire que
limn→+∞ aψ(n) = a ≥ a + 0 ( resp. limn→+∞ aϕ(n) = a ≤ a − 0 ),
ce qui est absurde. On en conclut que a est un point d’accumulation
de la suite (un )n∈N . Donc il existe une sous-suite extraite (uθ(n) )n∈N qui
converge vers a.
46 CHAPITRE 3. SUITES NUMÉRIQUES

3.4 Critères de convergence


Théorème 7. Toute suite croissante majorée (resp. décroissante mi-
norée) est convergente et converge vers sa borne supérieure (resp. sa borne
inférieure).
Preuve. Considérons une suite (un )n croissante et majorée, i.e.

∀n ∈ N, un 6 un+1
∃M ∈ R, ∀n ∈ N, un 6 M.
Posons A = {un / n ∈ N}, A 6= ∅ et A est majoré, donc A admet une
borne supérieure l ∈ R. Or

∀n ∈ N, un 6 l
l = sup A ⇔
∀ε > 0, ∃N ∈ N tel que : l − ε < uN 6 l < l + ε.
Mais, comme la suite (un )n est croissante, alors
∀ε > 0, ∃N ∈ N, ∀n ∈ N, n > N ⇒ l − ε < uN < un 6 l < l + ε.
Ce qui montre que l = lim un .
n→∞

Remarque 3.4.1. Une suite croissante non majorée tend vers +∞ et


une suite décroissante non minorée tend vers −∞.
Exercices 3.4.1.
i) Montrer que la suite de terme général
1 1 1
un = + + ... + (n ∈ N∗ )
n+1 n+2 2n
est convergente.
ii) Soit (un )n une suite vérifiant

un+1
∃N ∈ N fixé, telle que n > N ⇒
6 k < 1.
un
Montrer que (un )n converge vers 0.
Solution : i/ On a
1 1 1
un+1 − un = + −
2n + 1 2n + 2 n + 1
n−1
=
(n + 1)(2n + 1)(2n + 2)
3.5. SUITES ADJACENTES 47

qui est strictement positif à partir de n = 2. On en déduit que (un )n est


croissante. D’autre part, on a ∀n ∈ N∗ , 21 6 un 6 n+1 n
ce qui veut dire
que la suite est majorée. Donc elle est convergente.
ii/ Si k = 0, alors la suite est constante à partir du rang N . Donc, elle
est convergente.
Si k 6= 0 on a par hypothèse pour tout n > N

|un+1 | 6 k |un | < |un | .

On en déduit que |un | 6 k n−N |uN | . Or k n−N tend vers 0 quand n tend
vers +∞. Donc lim |un | = 0. Ce qui veut dire que lim un = 0.
n→∞ n→∞

3.5 Suites adjacentes


Définition 3.5.1. Deux suites (un )n et (vn )n sont dites adjacentes si
les deux assertions suivantes sont vérifiées
a) l’une des suites est croissante et l’autre est décroissante.
b) limn−→+∞ (vn − un ) = 0.

Théorème 8. Deux suites adjacentes sont convergentes et convergent


vers la même limite.

Preuve. Supposons que la suite (un )n est croissante et que la suite


(vn )n est décroissante, et posons wn = vn − un . On a

wn+1 − wn = (vn+1 − vn ) + (un − un+1 ) 6 0.

La suite (wn )n est donc décroissante. Comme elle tend vers 0, elle est
positive (i.e. wn > 0, ∀n ∈ N). On en déduit que

u0 6 u1 6 ... 6 un 6 vn 6 vn−1 6 ... 6 v0 .

Ce qui montre que (un )n , (resp. (vn )n ) est croissante majorée par v0 (resp.
décroissante minorée par u0 ), donc conergente. Dans ce cas, on sait que
la somme des limites est égale à la limite de la somme, c’est-à-dire

lim (vn − un ) = 0 = lim vn − lim un .


n→+∞ n→+∞ n→+∞

Autrement dit
lim vn = lim un .
n→+∞ n→+∞
48 CHAPITRE 3. SUITES NUMÉRIQUES

Exemple 3.5.1. Soit un = 1 + 21 + 1


2.3
+ ... + 1
2.3...n
et vn − un = 1
2.3...n
.
Ces deux suites sont adjacentes.
1
En effet un+1 − un = 2.3...n.(n+1) > 0, donc (un )n est croissante.
n−1
vn − vn+1 = 2.3...n.(n+1) > 0 (à partir de n > 1), donc (vn )n est décrois-
1
sante. Et on a lim (vn − un ) = lim 2.3...n = 0.
n→∞ n→∞

3.6 Suites de Cauchy


Définition 3.6.1. Une suite numérique (un )n est dite de Cauchy si, et
seulement si :

∀ε > 0, ∃N ∈ N, ∀(m, n) ∈ N2 , n > N et m > N ⇒ |um − un | < ε.

Théorème 9. Une suite (un )n de nombres réels est convergente si, et


seulement si, elle est de Cauchy.

Preuve. Soit (un )n une suite convergente vers l (i.e. lim un = l). On
n→∞
a
∀ε > 0, ∃N ∈ N, n > N ⇒ |un − l| < ε/2.
Donc pour n > N et m > N, on a |um − un | 6 |um − l| + |un − l| < ε.
Par conséquent, la suite (un )n est de Cauchy.
Inversement, soit (un )n une suite de Cauchy. On commence par montrer
qu’elle est bornée. En effet

∀ε > 0, ∃N ∈ N, ∀(m, n) ∈ N2 , n > N et m > N ⇒ |um − un | < ε.

Pour ε = 1 et m = N + 1, ∀n ∈ N, n > N ⇒ |un − uN +1 | < 1. Donc


n > N ⇒ |un | < |uN +1 | + 1.
Posons M = sup(|u0 | , |u1 | , ..., |uN | , |uN +1 | + 1), on a ∀n ∈ N, |un | 6 M.
Notons An = {uk / k > n}. La famille (An )n est décroissante pour l’in-
clusion (i.e. An ⊂ An−1 ⊂ ... ⊂ A0 ). De plus tous les An sont non vides et
bornés car, comme on vient de le voir ci-dessus la suite (un )n est bornée.
Donc, chaque An admet une borne supérieure bn et une borne inférieure
an et on a ∀n ∈ N, [an+1 , bn+1 ] ⊂ [an , bn ] c’est-à-dire que la suite (an )n
(resp. (bn )n ) est croissante (resp. décroissante). En utilisant la caracté-
risation de la borne supérieure et de la borne inférieure, on obtient

∀ε > 0, ∃p > n tel que an 6 up < an + ε/3


3.7. SUITES RÉCURRENTES 49

et
∀ε > 0, ∃q > n tel que bn − ε/3 < uq 6 bn .
Mais, nous savons que (un )n est de Cauchy, donc

∀ε > 0, ∃N ∈ N, p > N et q > N ⇒ |up − uq | < ε/3.

De plus, on a |bn − an | 6 |bn − up | + |up − uq | + |uq − an | .


Et pour n > N , on a

p ≥ n > N ⇒ 0 ≤ up − an < ε/3

et
q ≥ n > N ⇒ −ε/3 < uq − bn ≤ 0.
On en déduit que

∀ε > 0, ∃N ∈ N, n > N ⇒ |bn − an | < ε.

D’où les suites (an )n et (bn )n sont adjacentes et convergent vers la même
limite l. Enfin, puisque ∀n ∈ N, an 6 un 6 bn alors la suite (un )n est
convergente et sa limite est l.

3.7 Suites récurrentes


Définition 3.7.1. Soit f : R −→ R une fonction. Une suite récurrente
est définie par la donnée de son premier terme u0 ∈ R et par la relation
un+1 = f (un ) pour tout n ∈ N.

Remarque 3.7.1. Notons Df le domaine de définition de f (i.e. Df =


{x ∈ R/f (x) ∈ R}). Une suite récurrente un est définie s’il existe une
partie D ⊂ Df telle que : u0 ∈ D et f (D) ⊂ D.

Proposition 3.7.1. Si f est croissante sur D alors la suite recurrente


un est monotone et on a

i) un est croissante si et seulement si f (u0 ) ≥ u0 ;


ii) un est décroissante si et seulement si f (u0 ) ≤ u0 .

Preuve : Soit f une fonction croissante sur D.


50 CHAPITRE 3. SUITES NUMÉRIQUES

i) u0 ≤ u1 = f (u0 ) alors pour tout n ∈ N, un ≤ un+1 . En effet, cette


relation est vraie pour n = 0. Supposons qu’ elle est vraie à l’ordre
n, on a
un ≤ un+1 implique f (un ) ≤ f (un+1 ) car f est croissante c. à. d.
un+1 ≤ un+2 . Donc un est croissante.
ii) Si f (u0 ) ≤ u0 , un raisonnement analogue au précédent montre que
un est décroissante.

Proposition 3.7.2. Si f est continue sur D ( domaine ouvert ) et


si la suite récurrente un est convergente alors sa limite est solution de
l’équation f (x) = x (on dit que x est un point fixe de f ).

Preuve : limn→+∞ un = l ⇔ ∀ > 0∃N ∈ N : n ≥ N ⇒ |un − l| < .


DE même, f continue en l ∈ D ⇔  ∀α > 0, ∃q > 0; ∀x ∈ D, |x − l| <
0<α<
η ⇒ |f (x) − f (l)| < α. Prenons, alors
0 < α < η,

|f (l) − l| = |f (l) − f (un ) + f (un ) − l|


≤ |f (l) − f (un )| + |f (un ) − l|
≤ α+
≤ 2.

Comme  est quelconque dans R∗+ alors |f (l) − l| = 0 donc f (l) + l.

Remarque 3.7.2. Si f n’admet pas de point fixe alors un est diver-


gente.

Exercice 3.7.1. Etudier


p unla convergence des suites récurrentes suivantes
1) u0 = 0, un+1 = 3 − .
√2
2) u0 = a ≥ 0, un+1 = un + 2.

Solution :
1) La fonction f : x −→ 3 − x2 est définie de [0, +∞[ dans ] − ∞, 3] et
p
elle est décroissante. L’ensemble D = [0, 3], répond donc parfaitement à
la condition f (D) ⊂ D ⊂ Df .
i) On a u0 = 0 ∈ D.
ii) si (un )n converge sa limite l est solution de l’équation f (l) = l ce qui
est équivalent à dire que l est solution de l’équation x2 − 13 2
x + 9 = 0, ou
9 9
encore que l = 2 ou bien l = 2 . Et comme 2 ∈ / [0, 3] donc l = 2.
3.7. SUITES RÉCURRENTES 51

2) Le domaine de définition de la fonction f : x −→ x + 2 est évi-
demment Df = [−2, +∞[. Et comme u0 ≥ 0, nous prenons l’ensemble
D = [0, +∞[⊂ Df . Nous avons f (D) ⊂ D. f est continue et strictement
croissante sur D. D’autre part on a f (u0 ) − u0 = (a+1)(2−a)

a+2+a
. Le signe de
f (u0 ) − u0 dépend de celui de (2 − a).
i) Si a = 2, on a f (u0 ) = u0 et donc la suite (un )n est stationaire et
converge vers u0 = a.
ii) Si 0 ≤ a < 2, on aura f (u0 ) ≥ u0 et la suite (un )n est croissante et
majorée par 2. Donc (un )n est convergente et converge vers f√ (l) = l avec
l ∈ D. Ceci est équivalent à dire que f (l) = l. Ou encore 2 + l = l,
c’est-à-dire l = 2 ou l = −1. Et comme l = −1 ∈ / D on a l = 2.
iii) si a > 2, un raisonnement analogue au précèdent montre que (un )n
est une suite décroissante et minorée par 2 donc converge vers l = 2.
52 CHAPITRE 3. SUITES NUMÉRIQUES
Chapitre 4

FONCTIONS NUMÉRIQUES

Dans ce chapitre, nous définissons la limite d’une fonction en un point,


et nous étudions les différentes opérations usuelles sur ces limites. Nous
définissons ensuite les fonctions continues et les fonctions dérivables en
étudiant leurs structures. Nous donnons avec démonstration les théo-
rèmes des valeurs intermédiaires, de RolleRl , des accroissements finis, des
accroissements finis généralisés, la formule de l’hopital et la formule de
TaylorT y -LagrangeLg .
L’objectif visé est l’étude analytique des fonctions réelles à valeurs réelles.

4.1 Limite d’une fonction


Soit A une partie non vide de R, on dit que f est une fonction définie
sur A à valeurs dans R et on note f : A −→ R si f est une applica-
tion d’une partie B de A dans R, qui à chaque élément de B ( appelé
antécédent) fait correspondre au plus un réel (appelé son image par f ).
On signale que si x0 ∈ A, alors f n’est peut être pas (ou bien n’est pas
nécessairement) définie en x0 . C’est pourquoi on définit le domaine de
définition de f noté Df et pour lequel : ∀x ∈ Df ; f (x) ∈ R ( i.e. admet
un sens).
Rl. : mathécien Français 1652-1719 ; Lg. : mathécien Français 1736-1813
Ty. : mathécien Anglais 1685-1731.

53
54 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

Définitions 4.1.1.
• On dit que f (x) tend vers l quand x tend vers x0 si, et seulement
si,

∀ε > 0, ∃η > 0, tel que x ∈ A et 0 < |x − x0 | < η ⇒ |f (x) − l| < ε

on écrit dans ce cas lim f (x) = l.


x→x0
• On dit que f (x) tend vers l quand x tend vers x0 par valeurs supé-
rieures si, et seulement si,

∀ε > 0, ∃η > 0, tel que x ∈ A et 0 < x − x0 < η ⇒ |f (x) − l| < ε

on écrit dans ce cas lim+ f (x) = l et l est appelé limite à droite de


x→x0
f en x0 .

On définit de la même façon la limite par valeurs inférieures. Il faut


signaler que dans la définition de la limite donnée ci-dessus, η dépend
à la fois de ε et de x0 . Si par exemple on veut montrer en utilisant la
définition que
lim ln(x + 1) = 0,
x→0

on écrit

∀ε > 0, ∃?η > 0, tel que |x − 0| < η ⇒ |ln(x + 1) − 0| < ε.

Or
|ln(x + 1) − 0| < ε ⇔ e−ε − 1 < x < eε − 1.
Donc si on prend 0 < η < min(|e−ε − 1| , eε − 1), on obtient que
|x − 0| < η ⇒ |ln(x + 1) − 0| < ε.

Exercices 4.1.1. Montrer les assertions suivantes


i) lim f (x) = l ⇐⇒ lim+ f (x) = lim− f (x) = l.
x→x0 x→x0 x→x0
ii) Si lim f (x) = l, alors l est unique.
x→x0

Solution.
i/ lim f (x) = l ⇔ (∀ε > 0, ∃η > 0, tel que x ∈ A et 0 < |x − x0 | < η ⇒
x→x0
|f (x) − l| < ε). Ce qui implique en particulier que

0 < x − x0 < η ⇒ |f (x) − l| < ε


4.1. LIMITE D’UNE FONCTION 55

et que
0 < x0 − x < η ⇒ |f (x) − l| < ε .
Donc
lim f (x) = lim− f (x) = l .
x→x+
0 x→x0

Réciproquement si lim+ f (x) = lim− f (x) = l, alors


x→x0 x→x0

∀ε > 0, ∃η1 > 0, tel que x ∈ A et 0 < x − x0 < η1 ⇒ |f (x) − l| < ε

et

∀ε > 0, ∃η2 > 0, tel que x ∈ A et 0 < x0 − x < η2 ⇒ |f (x) − l| < ε .

Si on pose η = inf(η1 , η2 ) alors

x ∈ A et 0 < |x − x0 | < η ⇒ |f (x) − l| < ε

ce qui montre que lim f (x) = l.


x→x0
ii/ Si lim f (x) = l, montrons l’unicité de l. Supposons le contraire, c’est-
x→x0
à-dire, supposons que

∀ε > 0, ∃η1 > 0, tel que x ∈ A et 0 < |x − x0 | < η1 ⇒ |f (x) − l1 | < ε

et

∀ε > 0, ∃η2 > 0, tel que x ∈ A et 0 < |x − x0 | < η2 ⇒ |f (x) − l2 | < ε .

Si on pose η = inf(η1 , η2 ) alors

x ∈ A et 0 < |x − x0 | < η ⇒ |f (x) − l1 | < ε

et
x ∈ A et 0 < |x − x0 | < η ⇒ |f (x) − l2 | < ε .
Or pour (x ∈ A et 0 < |x − x0 | < η), on peut écrire

|l1 − l2 | 6 |f (x) − l2 | + |f (x) − l1 | < 2ε .

On en déduit que l1 = l2 car ε est quelconque dans R∗+ .


Exemples 4.1.1. Calculer les limites suivantes
lim x sin x et lim xe−x
x→0 x→+∞
56 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

Solution. On sait que pour tout x appartenant à R, on a

−1 6 sin x 6 1

donc |x sin x| 6 |x| . Or |x| tend vers 0 quand x tend vers 0 donc,

lim (x sin x) = 0.
x→0

Montrons en utilisant la définition que lim xe−x = 0.


x→+∞
x
∀ε > 0, ∃?M > 0, tel que x > M ⇒ x < ε.

e
Si on sait que la fonction qui à x fait correspondre exx est strictement
décroissante sur [1, +∞[, il suffit de s’assurer qu’il existe M > 1 tel que :
M
eM
< ε. Cette proposition est vraie car sinon

∃ε > 0, ∀M > 1, on a : M > εeM .

Ce qui entraîne en particulier que la suite de terme général enn est minorée
par un ε strictement positif. Ce qui est absurde car la suite ( enn )n≥0 est
convergente et sa limite est 0 ( puisque elle est décroissante et minoré
par 0 ).

4.2 Opérations sur les limites


Soient f et g deux fonctions définies sur A ⊂ R et x0 ∈ A.

Proposition 4.2.1. Si lim f (x) = l et lim g(x) = l0 , alors


x→x0 x→x0
i) lim (f + g)(x) = l + l0 ;
x→x0
ii) lim (λf )(x) = λl;
x→x0
iii) lim (f g)(x) = l l0 ;
x→x0
0 f (x)
iv) si l 6= 0, alors lim = ll0 .
x→x0 g(x)

Preuve. iii/ Pour tout x élément de A, on peut écrire

(f g)(x) − ll0 = f (x)g(x) − ll0


0
= (f (x) − l)l + (g(x) − l0 )f (x).
4.2. OPÉRATIONS SUR LES LIMITES 57

On sait de plus que lim f (x) = l , est équivaut à


x→x0

∀ε > 0, ∃η > 0, x ∈ A et 0 < |x − x0 | < η ⇒ l − ε < f (x) < l + ε.


Donc l’ensemble { f (x) / x ∈ A et 0 < |x − x0 | < η } est un sous-ensemble
borné de R. Il existe donc M > 0 tel que
x ∈ A et 0 < |x − x0 | < η ⇒ −M < f (x) < M .
0
De plus lim g(x) = l , est équivaut à
x→x0
0 0
∀ε > 0, ∃η > 0, x ∈ A et 0 < |x − x0 | < η ⇒ l0 − ε < g(x) < l0 + ε.
0
Posons ν = min(η,η ), on a x ∈ A et
0 < |x − x0 | < ν ⇒ |(f g)(x) − ll0 | 6 |f (x) − l| |l0 | + |g(x) − l0 | |f (x)|
0
ce qui entraîne que |(f g)(x) − ll0 | < ε |l0 |+εM . En posant ε = ε |l|+εM ,
alors
0
∃α > 0, x ∈ A et 0 < |x − x0 | < α ⇒ |(f g)(x) − ll0 | < ε
ce qui exprime que lim( f g)(x) = ll0 .
x→x0
1 1
iv/ Nous allons nous contenter de montrer que lim = l0
. Mais avant,
x→x0 g(x)
0
nous allons montrer, du fait que l 6= 0, qu’il existe un voisinage V de x0
0
tel que |g(x)| > 0, ∀x ∈ V. En effet, puisque lim g(x) = l , alors
x→x0
0 0
∀ε > 0, ∃η > 0, x ∈ A et 0 < |x − x0 | < η ⇒ l − ε < g(x) < l + ε.
0

, alors ∃η1 > 0, x ∈ A et
l
Prenons ε = 2
( 0
l 3 0 0

0 < |x − x0 | < η1 ⇒ 0 < 2


< g(x) < 2
l , si l >0 .
3 0 1 0 0

− 2 l < g(x) < − 2 l < 0, si l < 0

Ce qui montre que g(x) 6= 0 pour tout x ∈ ]x0 − η1 , x0 + η1 [ qui est un


0
0 l
voisinage de x0 . Et donc pour 0 < ε < 2 , en posant ν = min(η, η1 ), on
a
0
1 1 l − g(x)
x ∈ A et 0 < |x − x0 | < ν ⇒ − =
g(x) l0 g(x)l0
g(x) − l0 0

1 1 2ε
⇒ − 0 6 2 < .
g(x) l |l0 |2 |l0 |2
58 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

1 1 0
Ce qui montre que lim = l0
car ε est aussi petit que l’on veut et il
x→x0 g(x)
est strictement positif (i.e. l’application  −→ 2
|l0 |
est une bijection de R∗+
vers lui même).
Proposition 4.2.2. (composition.)
Soient f : A → R et g : B → R telles que f (A) ⊂ B. Si lim f (x) = l
x→x0
0 0
et limg(y) = l , alors lim gof (x) = l .
y→l x→x0
0
Preuve. limg(y) = l est équivaut à
y→l

0
∀ε > 0, ∃η > 0, y ∈ B et |y − l| < η ⇒ g(y) − l < ε.

De plus pour ce η, ∃ν > 0, x ∈ A et |x − x0 | < ν ⇒ |f (x) − l| < η.


Comme f (x) ∈ B, en posant y = f (x), on aura

0
∀ε > 0, ∃ν > 0, x ∈ A et |x − x0 | < ν ⇒ gof (x) − l < ε.

4.3 Fonctions équivalentes


Définition 4.3.1. Deux fonctions f et g sont dites équivalentes quand
x tend vers x0 s’il existe une fonction h définie sur un voisinage de x0 ,
]x0 − α, x0 + α[ où α un nombre réel positif assez petit, tel que
(
f (x) = g(x)h(x)
lim h(x) = 1
x→x0

On écrit alors f ∼ g(x → x0 ) ou bien f ∼ g.


x0

Exemples 4.3.1. On a, au voisinage de zéro les équivalences suivantes


1) sin(x) ∼ x; 4) cos(x) ∼ 1 − x2 /2;
0 0
n
x i
P
2) e ∼ 1 + x; 5) ai x ∼ a0 + a1 x;
0 i=0 0
3) tg(x) ∼ x; 6) ln(1 + x) ∼ x.
0 0

Remarque 4.3.1. Si f ∼ f1 et g ∼ g1 , on n’a pas toujours


x0 x0

f + g ∼ f1 + g1
x0

.
4.3. FONCTIONS ÉQUIVALENTES 59

Contre exemple : f (x) = x + x2 et f1 (x) = x + x3 , g(x) = −x et


g1 (x) = −x.
On a f ∼ f1 et g ∼ g1 mais x2 n’est pas équivalente à x3 au voisinage de
0 0
0, car
(f + g)(x) 1 −
= → +∞.
(f1 + g1 )(x) x x→0
Exercice 4.3.1. Montrer que si f ∼ f1 et g ∼ g1 , alors f g ∼ f1 g1 .
x0 x0 x0

En effet : ∃h (resp. k) définie sur un voisinage U (resp. W ) de x0 ,


avec
lim h(x) = 1 (resp. lim k(x) = 1),
x→x0 x→x0
T
et telles que si V = U W (qui est bien un voisinage de x0 ) alors :

∀x ∈ V, f (x) = g(x)h(x)
∀x ∈ V, f1 (x) = g1 (x)k(x).

Donc
∀x ∈ V, f (x)g(x) = f1 (x)g1 (x)H(x)

H(x) = h(x)k(x).
De plus, pour tout x dans V, on a

lim H(x) = lim (hk)(x) = lim h(x) lim k(x) = 1.1 = 1.


x→x0 x→x0 x→x0 x→x0

Applications. Calculer en utilisant les fonctions équivalentes, les limites


suivantes
x
−1)tg (x) 2
i) lim (ex(1−cos x)
ii) lim 1−cos x
tg 2 (x)
x→0 x→0
−1 x
iii) lim log(x x(e −1)) .
x→+∞

Solution. On sait que ex ∼ 1 + x, que cos(x) ∼ 1 − x2 /2 et que


0 0
tg(x) ∼ x, donc d’après l’exercice 4.3.1, tg 2 (x) ∼ x2 . On en déduit que
0 0
i/ (ex − 1)tg 2 (x) ∼ x3 et que x(1 − cos x) ∼ x3 /2. Par conséquent
0 0

(ex − 1)tg 2 (x) 1 x3 1


∼ 3
−→ .
x(1 − cos x) 0 2 x x→0 2
60 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

ii/
1 − cos x x2 /2 1
2
∼ 2
−→ .
tg (x) 0 x x→0 2

iii/ On sait que ln(1 + x) ∼ x et que x−1 (ex − 1) ∼ 1 + x2 . Donc


0 0

x
ln(x−1 (ex − 1)) ∼ .
0 2
Ce qui nous permet de déduire que

log(x−1 (ex − 1)) x/2 1


∼ −→ .
x 0 x x→0 2

4.4 Fonctions continues


Soit f une fonction réelle définie sur un intervalle ouvert I de R, et
soit x0 ∈ I.

Définitions 4.4.1.

• On dit que f est continue en x0 , si lim f (x) = f (x0 ), ce qui est


x→x0
équivaut à

∀ε > 0, ∃η > 0, x ∈ I et 0 < |x − x0 | < η =⇒ |f (x) − f (x0 )| < ε.

• On dit que f est continue à droite en x0 , si lim+ f (x) = f (x0 ), ce


x→x0
qui est équivaut à

∀ε > 0, ∃η > 0, x ∈ I et 0 < x − x0 < η =⇒ |f (x) − f (x0 )| < ε.

• On dit que f est continue à gauche en x0 , si lim− f (x) = f (x0 ), ce


x→x0
qui est équivaut à

∀ε > 0, ∃η > 0, x ∈ I et 0 < x0 − x < η =⇒ |f (x) − f (x0 )| < ε.

• On dit que f est continue sur R si f est continue en tout point de


R.
4.4. FONCTIONS CONTINUES 61

Proposition 4.4.1. Soient f : I −→ R et a ∈ I.


f est continue en a si, et seulement si, pour toute suite (xn )n≥0 d’élé-
ments de I, qui converge vers a, la suite (f (xn ))n≥0 converge vers f (a).
i.e.[ f continue en a] ⇐⇒ [∀(xn )n>0 , tels que xn ∈ I et xn −→ a, alors
n→∞
f (xn ) −→ f (a)].
n→∞

Preuve. Supposons par hypothèse que f est continue en a. Alors

∀ε > 0, ∃η > 0, x ∈ I et 0 < |x − a| < η =⇒ |f (x) − f (a)| < ε.

Soit (xn )n>0 , une suite d’éléments de I qui converge vers a. Alors pour
le nombre η défini ci-dessus,

∃N ∈ N, n > N ⇒ |xn − a| < η

ce qui entraîne d’aprés la continuité de f en a que |f (xn ) − f (a)| < ε


c’est-à-dire que lim f (xn ) = f (a). Réciproquement, nous allons utiliser
n→∞
la négation. Supposons que lim f (y) 6= f (a). Cela se traduit par,
y→a

∃ε0 > 0, ∀η > 0, ∃yη ∈ I vérifiant 0 < |yη − a| < η et |f (yη ) − f (a)| > ε0 .
1
En prenant η = n+1 (n ∈ N) ∃yn ∈ I vérifiant 0 < |yn − a| < η et
|f (yn ) − f (a)| > ε0 . Ainsi, on aura construit une suite (yn )n≥0 d’éléments
de I qui converge vers a mais telle que la suite des images (f (yn ))n>0 ne
converge pas vers f (a).
Exercice 4.4.1. Soit f : R −→ R. Montrer que les trois assertions
suivantes sont équivalentes
i) f est continue sur R ;
ii) ∀O ouvert de R, f −1 (O) est un ouvert de R ;
iii) ∀F fermé de R, f −1 (F ) est un fermé de R.
Preuve. i/⇒ii/ Soit O un ouvert non vide de R, et soit y ∈ O. Il
existe α > 0, tel que ]y − α, y + α[ ⊂ O. Soit x ∈ R tel que f (x) = y.
Comme f est continue en x, alors

0 0
∀ε > 0, ∃η > 0, 0 < x − x < η =⇒ f (x) − f (x ) < ε.

Ce qui montre que

∀ε, 0 < ε 6 α, ]x − η, x + η[ ⊂ f −1 (]y − ε, y + ε[).


62 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

Autrement dit, f −1 (O) est voisinage de chacun de ses points donc un


ouvert de R. Car, en choisissant

 = α, x ∈]x − η, x + η[ ⊂ f −1 (]x − α, x + α[) ⊂ f −1 (O).

ii/⇒i/ Soit x ∈ R, et notons y = f (x). ∀ ε > 0, ]f (x) − ε, f (x) + ε[ est un


ouvert de R contenant y. Mais par hypothèse f −1 (]f (x) − ε, f (x) + ε[) est
un ouvert de R. De plus il contient x, donc il contient un ouvert contenant
x. Il existe alors η > 0 tel que ]x − η, x + η[ ⊂ f −1 (]f (x) − ε, f (x) + ε[).
Autrement dit, on a

f (]x − η, x + η[) ⊂ ]f (x) − ε, f (x) + ε[

ce qui montre que f est continue en x quelconque dans R, donc f est


continue sur R tout entier.
f −1 (F )
ii/⇔iii/ Il suffit de remarquer que f −1 ({FR ) = {R . En effet
f −1 (F )
x ∈ {R ⇔ x 6∈ f −1 (F )
⇔ f (x) 6∈ F
⇔ f (x) ∈ {FR
⇔ x ∈ f −1 ({FR ).

Ce qui justifie le résultat cherché.

4.5 Opérations sur les fonctions continues


Proposition 4.5.1. Soient f et g deux fonctions continues en x et soit
λ ∈ R. Alors
i) f + g, f g, λf , sup(f, g) et inf(f, g) sont continues en x ;
ii) Si f (x) 6= 0, alors fg est continue en x ;
iii) Si f : I −→ R continue en x et g : J −→ R telles que
f (I) ⊂ J et g continue en f (x), alors gof est continue en x.
Preuve. i) Montrons que f + g est continue en x. Nous avons par
hypothèse

∀ε > 0, ∃η1 > 0, y ∈ I et 0 < |y − x| < η1 ⇒ |f (y) − f (x)| < ε/2

et

∀ε > 0, ∃η2 > 0, y ∈ I et 0 < |y − x| < η2 ⇒ |g(y) − g(x)| < ε/2.


4.5. OPÉRATIONS SUR LES FONCTIONS CONTINUES 63

Donc si on pose η = inf(η1 , η2 ), on aura

∀ε > 0, y ∈ I et 0 < |y − x| < η ⇒ |(f + g)(y) − (f + g)(x)| < ε

ce qui montre que la fonction f + g est continue en x. Soit (xn )n∈N une
suite qui converge vers x. Comme f et g sont continues en x alors

lim f (xn ) = f (x) et lim g(xn ) = g(x).


n−→+∞ n−→+∞

Donc

lim f (xn )g(xn ) = lim f (xn ) lim g(xn ) = f (x)g(x) = (f g)(x)


n−→+∞ n−→+∞ n−→+∞

et pour tout λ ∈ R,

lim λf (xn ) = λ lim f (xn ) = λf (x).


n−→+∞ n−→+∞

Donc, λf et f g sont aussi continues en x ( d’aprés la proposition 4.4.1 ).


Pour la fonction sup(f, g). Si, f (x) > g(x), alors il existe un intervalle
pointé en x de type ]x − α , x + α[ tel que

f (y) > g(y), ∀y ∈ ]x − α , x + α[ .

Donc sup(f, g)(y) = f (y), pour tout y, y ∈ ]x − α , x + α[ (α > 0). Par


conséquent, sup(f, g) est continue en x. Si f (x) = g(x) et s’il existe α > 0
telles que 
f (y) , ∀y ∈ ]x − α, x[
sup(f, g)(y) =
g(y) , ∀y ∈ ]x, x + α[
alors sup(f, g) est continue à droite (resp. à gauche) de x, et on a

lim sup(f, g)(y) = g(x)


y→x+

et
lim sup(f, g)(y) = f (x),
y→x−

car f et g sont continues en x. On en déduit que

lim sup(f, g)(y) = lim− sup(f, g)(y) = lim sup(f, g)(y)


y→x+ y→x y→x

= sup(f, g)(x).
64 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

On peut aussi voir cette continuité en remarquant que


f (x) + g(x) + |f (x) − g(x)|
sup(f, g)(x) =
2
qui n’est autre que la somme et la composée de fonctions continues en
x, ( ici on a composé avec la valeur absolue qui est continue sur R ).
Nous allons maintenant montrer que f1 est continue en x. En effet, si f
est continue en x et f (x) 6= 0, alors
∀ε > 0, ∃η > 0, |y − x| < η ⇒ |f (y) − f (x)| < ε
|f (x)|
pour ε 6 2
, il va exister ηx > 0 tel que
|y − x| < ηx ⇒ |f (y) − f (x)| < ε.
Autrement dit
|f (x)| 3
|y − x| < ηx ⇒ < |f (y)| < |f (x)| .
2 2
Ce qui montre au passage que f ne s’annule pas sur l’intervalle de centre x
et de rayon ηx , ]x − ηx , x + ηx [. D’autre part, si on prend ν = inf(η, ηx ),
alors

1 1 |f (y) − f (x)|
f (x) − f (y) 6 |f (x)| |f (y)|


6
|f (x)|2
ce qui montre que f1 est continue en x car  st aussi petit que l’on veut
et |f (x)| est une constante. On en déduit que
limn→+∞ fg (xn ) = fg (x),
ce qui montre que fg est continue en x, d’où ii).
Pour iii) comme limn→+∞ xn = x et f est continue en x alors la suite
(f (xn ))n∈N converge vers f (x) quand n tend vers l’infini. Si on considère
de plus que (f (xn ))n∈N ⊂ J alors comme f (I) ⊂ J et que g est continue
en f (x) ∈ J, alors la suite g(f (xn ))n∈N tend vers g(f (x)) quand n tend
vers l’infini. Ce qui veut dire
∀(xn )n∈N ⊂ I tel que lim xn = x
n→+∞

on a limn→+∞ g ◦ f (xn ) = g ◦ f (x). Ce qui veut dire que g ◦ f est continue


en x.
4.6. PROPRIÉTÉS DES FONCTIONS CONTINUES 65

4.6 Propriétés des fonctions continues


Théorème 10. L’image par une fonction continue d’un compact de R
est un compact de R.

Théorème 11. Soit K un compact de R, et soit f : K −→ R une


fonction continue. Alors f est bornée et atteint ses bornes.

Théorème 12. Soit f une fonction continue sur l’intervalle [a, b] telle
que f (a)f (b) < 0, alors il existe c ∈ ]a, b[ telle que f (c) = 0.

Théorème 13. L’image continue d’un connexe de R est un connexe


de R.

Preuve. Pour le théorème 10, si f est continue sur R, alors pour un


compact K de R on va prendre (Oi )i∈I un recouvrement ouvert de f (K).
Nous savons que
[ [
K ⊂ f −1 ( Oi ) = f −1 (Oi ).
i∈I i∈I

Or f est continue donc pour tout i ∈ I, f −1 (Oi ) est un ouvert de R et


(f −1 (Oi ))i∈I est un recouvrement ouvert de K qui est un compact. On
peut alors en extraire un sous-recouvrement
S −1fini. Autrement Sdit, il existe
J fini contenu dans I tels que K ⊂ f (Oj ) = f −1 ( Oj). D’où
S j∈J j∈J
f (K) ⊂ ( Oj).
j∈J
Ainsi, on a montré que de tout recouvrement ouvert de f (K), on peut
extraire un sous-recouvrement fini. Ce qui veut dire que f (K) est un
compact.
Si maintenant K est un compact de R et f une fonction continue sur K,
alors f (K) est un compact donc f (K) est borné. Comme f (K) n’est pas
vide, alors il existe m et M deux nombres réels tels que

m = inf f (x) et M = supf (x).


x∈K x∈K

Mais d’une part, on sait que l’inf et le sup sont dans l’adhérence de
f (K) car ce sont deux points d’adhérence de f (K). Autrement dit que
m ∈ f (K) et M ∈ f (K). D’autre part on sait que f (K) = f (K) car
f (K) est fermé (étant un compact), ce qui achève la démonstration du
théorème 11 car tout compact de R est à la fois fermé et borné. Pour
66 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

le théorème 12, supposons que f (a) < 0 et que f (b) > 0 et posons
E = { x ∈ [a, b] / f (x) 6 0 } . E est un sous-ensemble non vide de R car
il contient a, de plus il est borné par a et b. On en déduit que E admet
une borne supérieure et une borne inférieure. Soit c = sup E, c appartient
à [a, b].
Montrons que f (c) = 0. Supposons que f (c) < 0, d’après la continuité
de f à droite de c, on a

∀ε > 0, ∃η > 0, c < x < c + η ⇒ |f (x) − f (c)| < ε;



∀ε > 0, ∃η > 0, c < x < c + η ⇒ f (c) − ε < f (x) < f (c) + ε.

Remarquons que pour ε = −f (c) > 0, si x = c + η/2 alors, on a f (c +


η/2) < 0. Donc c + η/2 ∈ E et c ne serait pas un majorant ce qui est
absurde.
Supposons que f (c) > 0, d’après la continuité de f à gauche de c, on a

∀ε > 0, ∃η > 0, c − η < x < c ⇒ |f (x) − f (c)| < ε, x ∈ E



∀ε > 0, ∃η > 0, c − η < x < c ⇒ f (c) − ε < f (x) < f (c) + ε, x ∈ E.

Si on prend ε = f (c) > 0, alors ∃η > 0, c − η < x < c ⇒ 0 < f (x) (i).
D’autre part c = sup E ⇒ ∃η =  > 0 et ∃x0 ∈ E (donc f (x0 ) 6 0) tel
que c −  < x0 < c (ii).
Mais si on prend  = η, alors on aura à la fois f (x0 ) > 0 (i) et f (x0 ) ≤ 0
(iii). On en conclut que f (c) = 0.
Pour le Théorème 13, on considère C un connexe de R. Si f (C) ⊂ O1 ∪O2
tels que O1 et O2 sont deux ouvert non vides de R et O1 ∩ O2 = ∅ alors
C ⊂ f −1 (O1 ) ∪ f −1 (O2 ). Mais f est continue donc f −1 (O1 ) et f −1 (O2 )
sont deux ouverts de R tels que

C ⊂ f −1 (O1 ) ∪ f −1 (O2 ) et f −1 (O1 ) ∩ f −1 (O2 ) = ∅

ce qui est absurde, car C est connexe. Donc, f (C) est connexe.

Théorème 14. (Théorème des valeurs intermédiaires (T.V.I))


Soit f : [a, b] → R continue, et soit α < β deux éléments de [a, b].
Alors pour toute valeur λ comprise entre f (α) et f (β), il existe c ∈ ]a, b[
tel que f (c) = λ.
4.7. FONCTIONS RÉCIPROQUES 67

Preuve. On suppose que f (α) 6= f (β). Considérons la fonction g


définie sur [a, b] comme suit

∀x ∈ [a, b] , g(x) = f (x) − λ,

avec f (α) < λ < f (β) ou bien f (β) < λ < f (α). On constate que g est
continue sur [a, b] comme somme de deux fonctions continues sur [a, b].
Donc g est continue sur [α, β]. De plus on a

g(α)g(β) < 0.

On déduit (d’après le théorème 12) qu’il existe un élément c ∈ ]α, β[ tel


que g(c) = 0, c’est-à-dire que f (c) = λ.

Exercice 4.6.1. Montrer que le polynôme P (x) = x3 − 2x2 + 4x − 1


admet une racine réelle dans l’intervalle ]0, 1[.

En effet, le polynôme est une fonction continue sur l’intervalle [0, 1].
De plus P (0) = −1 < 0 et P (1) = 2 > 0. donc d’après le théorème 14,
l’équation P (x) = 0 admet une solution dans l’intervalle ]0, 1[.

4.7 Fonctions réciproques


Définition 4.7.1. Soient A et B deux parties non vides de R, et
f : A → B. La fonction réciproque (notée f −1 ) de f , quand elle existe,
est définie comme suit
f −1 : B → A
∀b ∈ B, f −1 (b) = a ⇔ f (a) = b et a ∈ A.

Théorème 15. Soit f : [a, b] → R une fonction continue et stricte-


ment croissante (resp. strictement décroissante), alors f est une bijection
de [a, b] sur [f (a), f (b)] (resp. [f (b), f (a)] et l’application f −1 définie sur
[f (a), f (b)] (resp. sur [f (b), f (a)] ) est continue et est strictement crois-
sante (resp. strictement décroissante).

Preuve. Nous supposons que f est strictement croissante de [a, b]


dans [f (a), f (b)]. Commençons par montrer que f ([a, b]) = [f (a), f (b)].
En effet, ∀x ∈ [a, b] , on a : a 6 x 6 b, donc

f (a) 6 f (x) 6 f (b)


68 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

ce qui veut dire que f (x) ∈ [f (a), f (b)] donc f ([a, b]) ⊂ [f (a), f (b)] .
Pour l’autre inclusion, on va utiliser le théorème des valeurs intermé-
diaires. Soit λ ∈ [f (a), f (b)], il existe x ∈ [a, b] tel que λ = f (x) c’est-à-
dire que λ ∈ f ([a, b]). Il faut signaler que nous avons montré au passage
que f est surjective de [a, b] sur [f (a), f (b)]. Montrons maintenant que f
est injective. Comme f est strictement croissante, alors :
a 6 x < y 6 b ⇒ f (a) 6 f (x) < f (y) 6 f (b).
On en déduit que f est une bijection de [a, b] sur [f (a), f (b)]. Montrons
que g = f −1 est une fonction continue de [f (a), f (b)] vers [a, b] et qu’elle
est strictement croissante. Soit alors, y1 = f (x1 ) et y2 = f (x2 ) appar-
tenant tous les deux à [f (a), f (b)] avec x1 , x2 appartenant à [a, b]. On
a
y1 < y2 ⇔ f (x1 ) < f (x2 )
ce qui implique que x1 < x2 car f est strictement croissante. Donc, on
a g(y1 ) < g(y2 ) ce qui montre que g est strictement croissante. Mon-
trons qu’elle est continue. Pour cela soit y0 appartenant à ]f (a), f (b)[
et soit x0 appartenant à ]a, b[ tel que y0 = f (x0 ) ce qui est équivaut
à dire que x0 = g(y0 ). Soit ε > 0, telles que x0 − ε et x0 + ε ap-
partiennent à ]a, b[, et posons y1 = f (x0 − ε) et y2 = f (x0 + ε). On
a : x0 − ε < x0 < x0 + ε ce qui entraîne que y1 < y0 < y2 . Posons
η = inf(y2 − y0 , y0 − y1 ) qui est strictement positif. Pour tout y appar-
tenant à ]f (a), f (b)[, vérifiant |y − y0 | < η, on a
y1 < y0 − η < y < y0 + η < y2 .
La fonction g étant strictement croissante, implique que
x0 − ε < g(y) < x0 + ε
c’est-à-dire : g(y0 ) − ε < g(y) < g(y0 ) + ε. D’où
∀ε > 0, ∃η > 0, y ∈ [f (a), f (b)] avec 0 < |y − y0 | < η implique que
|g(y) − g(y0 )| < ε. g est donc continue sur ]f (a), f (b)[ car y0 est quel-
conque. Pour achever cette démonstration, il faut montrer que g est
continue à droite (resp. à gauche) de f (a) (resp. de f (b)). En effet, il
est facile de voir que
∀ε > 0, ∃η > 0, y ∈ [f (a), f (b)] avec 0 < y − f (a) < η implique que
|g(y) − g(f (a))| < ε ce qui montre que lim g(y) = a, ce qui montre que
y→f (a)
g est continue à droite de f (a).
4.7. FONCTIONS RÉCIPROQUES 69

Remarques 4.7.1.
i) Il ne faut pas confondre f −1 avec 1
f
quand elles existent.
ii) Quand f −1 existe, on a

f of −1 : B −→ B
y −→ y

notée aussi idB , et on a

f −1 of : A −→ A
x −→ x
notée aussi idA , si A = B on a idA = idB notée simplement I et elle
s’appelle l’application identique de A.
−−→
iii) Si M (x, f (x)) ∈ Cf alors N (f (x), x) ∈ Cf −1 . De plus le vecteur M N
est perpendiculaire au vecteur → −u (1, 1) qui est le vecteur directeur de la
première bissectrice. En effet,
−−→ −
< MN, →
u >= (x − f (x)).1 + (f (x) − x).1 = 0 (F IG.4.1).

Figure 4.1 –

On conclut que dans un repère orthonormé, les courbes représentatives


de f et de f −1 sont symétriques par rapport à la première bissectrice, car
si (x, f (x)) appartient à la courbe de f alors (f (x), x) appartient à la
courbe de f −1 .
70 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

Exemples 4.7.1.

1) La fonctiuon f (x) = sin x

f : [−π/2, π/2] −→ [−1, 1]

est continue strictement croissante, donc sa fonction réciproque f −1 no-

Figure 4.2 – sin et arcsin

tée arcsin, définie par


 
arcsin y = x y = sin x
⇐⇒
−1 6 y 6 1 −π/2 6 x 6 π/2

est continue strictement croissante de [−1, 1] sur [−π/2 , π/2] (FIG.


4.2).
2) La fonction f (x) = ex

f : ]−∞, +∞[ −→ ]0, +∞[


est continue strictement croissante, donc sa fonction réciproque notée
ln(x) définie par
 
ln(y) = x y = ex
⇐⇒
y ∈ ]0, +∞[ x∈R
4.8. FONCTIONS UNIFORMÉMENT CONTINUES 71

Figure 4.3 – les fonctions ln ; et exp

est continue strictement croissante de ]0, +∞[ sur ]−∞, +∞[ (FIG. 4.3).
3) La fonction f (x) = tg(x)
f : ]−π/2, +π/2[ −→ ]−∞, +∞[
est continue strictement croissante, donc sa fonction réciproque notée

Figure 4.4 – Les fonctions tg et arctg.

arctan définie par


 
arctan(y) = x y = tg(x)
⇐⇒
y∈R x ∈ ]−π/2, +π/2[
est continue strictement croissante (FIG. 4.4).

4.8 Fonctions uniformément continues


Définition 4.8.1. Une fonction f : I → R est dite uniformément
72 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

continue sur I si

0 0 0
∀ε > 0, ∃η > 0, x ∈ I, x ∈ I et x − x < η ⇒ f (x) − f (x ) < ε.

Remarque 4.8.1. i) Toute fonction uniformément continue sur I est


continue sur I. La réciproque est fausse, il suffit de prendre f (x) = x2
qui est continue sur R. Supposons qu’elle est uniformément continue sur
0 0
2

1, il existe η > 0, telles que ∀(x, x ) ∈ R , x − x < η ⇒
2 Soit 0ε 2=
R.
x − (x ) < 1. Alors pour x = 1 et x0 = η + 1 , on aura x − x0 =
η 2 η
0 2 η2
2
η/2 < η mais x − (x ) = 4 + 1 > 1, ce qui est absurde. Donc ce

qu’on a supposé est faux, par conséquent la fonction x → x2 n’est pas
uniformément continue.
ii) La continuité est une notion ponctuelle c’est-à-dire point par point.
Alors que la continuité uniforme est une notion globale c’est-à-dire sur
l’ensemble tout entier.
Théorème 16. Soit K un compact de R et f : K → R continue. Alors
f est uniformément continue sur K.
Preuve. f continue sur K veut dire que f continue en tout point de
K. Soit a ∈ K, alors
∀ε > 0, ∃η(a) > 0, ∀x ∈ K avec |x − a| < η ⇒ |f (x) − f (a)| < ε/2.
S i h
On a : K ⊂ a − η(a)
2
, a + η(a)
2
. K étant compact, on peut en
a∈K
extraire un sous-recouvrement fini. Il existe des points a1 , a2 ,..., an ∈ K
n i h
ai − η(a2 i ) , ai + η(a2 i ) . Posons,
S
tel que K ⊂
i=1
1
η= inf(η(a1 ), η(a2 ), ..., η(an )),
2
0 0

si (x,i x ) ∈ K 2 et x − x h< η, on a x ∈ K, donc ∃i, 1 6 i 6 n tel que
x ∈ ai − η(a2 i ) , ai + η(a2 i ) . D’autre part
0
x − ai 6 x0 − x + |x − ai | < η + η(ai ) 6 η(ai ),

i h 2
0
d’où x ∈ ai − η(a2 i ) , ai + η(a2 i ) et donc on a

0 0
f (x) − f (x ) 6 |f (x) − f (ai )| + f (x ) − f (ai ) < ε/2 + ε/2.

Ce qui montre que



0 2 0 0
∀ε > 0, ∃η > 0, (x, x ) ∈ K et x − x < η ⇒ f (x) − f (x ) < ε

ce qui signifie que f est uniformément continue sur K.


4.9. DÉRIVÉE. 73

4.9 Dérivée.
Motivation. Soit f une fonction définie sur un intervalle I de R et
x0 ∈ I. Soient A(x0 , f (x0 )) et M (x, f (x)) deux points du plan. La pente
de la droite AM est donnée par
HM f (x) − f (x0 )
tan(β) = =
AM x − x0
Quand x tend vers x0 le point M tend vers le point A et la droite
(AM ) tend vers une position limite qui est la tangente en A à la courbe
et on a tan(α) = limx−→x0 f (x)−f
x−x0
(x0 )
(FIG. 4.5).

Figure 4.5 – représentation graphique de la dérivée

Définitions 4.9.1. Soit I un intervalle de R, soit f : I → R et soit


o
x0 ∈ I.
f (x)−f (x0 )
• On dit que f est dérivable en x0 si lim x−x0
existe, et on note
x→x0
x6=x0
0
cette limite f (x0 ).
74 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

f (x)−f (x0 )
• On dit que f est dérivable à droite en x0 si lim x−x0
existe,
x→x0
x>x0
0
et on note cette limite fd (x0 ).
f (x)−f (x0 )
• On dit que f est dérivable à gauche en x0 si lim x−x0
existe,
x→x0
x<x0
0
et on note cette limite fg (x0 ).
 
R→R R→R
Exemples 4.9.1. f : (resp. g : ) est dérivable
x → ex x → xn
en 0 (resp. en 1).
ex −1
En effet, on sait que ex ∼ 1 + x, donc x
∼ xx −→ 1. On en déduit
0 0 x→0
f (x)−f (0) xn −1 n−1 n−2
que lim x
= 1 et que x−1
=x +x + ... + x + 1 −→ n, car
x→0 x→1
x6=0

chacun des n termes de cette somme tend vers 1. Ainsi on a montré que
0 0
f (0) = 1 et que g (1) = n.
Proposition 4.9.1.
1) f est dérivable en x0 si, et seulement si, les dérivées à gauche et à
droite de f en x0 existent et sont égales.
0 0 0
f (x0 ) existe ⇔ fd (x0 ) = fg (x0 ) ∈ R.
0
2) Si f est dérivable en x0 , alors f (x0 + h) = f (x0 ) + hf (x0 ) + hε(h)
avec lim ε(h) = 0.
h→0
3) Si f est dérivable en x0 , alors f est continue en x0 . La réciproque est
fausse (voir le contre exemple de la valeur absolue qui est continue en 0
mais n’est pas dérivable en 0).
Preuve. 1/ Considérons g la fonction définie sur I\ {x0 } comme suit
f (x) − f (x0 )
g(x) = , ∀x ∈ I\ {x0 } .
x − x0
0
f (x0 ) existe est équivaut à dire que lim g(x) = l existe si et seulement
x→x0
si lim g(x) = lim g(x) = l. Ce qui exprime que f est dérivable à droite
x→x0 x→x0
x>x0 x<x0
0 0
et à gauche en x0 et que fd (x0 ) = fg (x0 ) = l.
2/ Comme f est dérivable en x0 on a

f (x) − f (x0 ) 0
∀η > 0, ∃α > 0, ∀x ∈ ]x0 − α, x0 + α[ ∩ I, − f (x0 ) < η.
x − x0
4.9. DÉRIVÉE. 75

En particulier si on pose x = x0 + h avec |h| < α, on aura



f (x0 + h) − f (x0 ) 0
− f (x0 ) < η.
h
f (x0 +h)−f (x0 ) 0
Notons alors ε(h) = h
− f (x0 ). Il est claire que lim ε(h) = 0.
h→0
0
De plus, on a f (x0 + h) = f (x0 ) + hf (x0 ) + hε(h).
3/ D’après le 2/ de cette proposition, on peut écrire au voisinage de x0
0
f (x) − f (x0 ) = (x − x0 )f (x0 ) + (x − x0 )ε(x − x0 ).

La limite du membre de droite quand x tend vers x0 , est égale à 0 car


0
f (x0 ) ∈ R et (x − x0 ) −→ 0
x→x0

implique que
0
lim (x − x0 )f (x0 ) = 0.
x→x0

Ainsi, on a montré que lim f (x) = f (x0 ). Ce qui est suffisant pour dire
x→x0
que f est continue en x0 . Il faut signaler que la réciproque de cette pro-
priété est fausse. Pour cela il suffit de prendre la fonction f , valeur absolue
sur R. Elle est continue sur R, mais elle n’est pas dérivable sur R car elle
n’est pas dérivable en 0.
0 0
fd (0) = 1 et fg (0) = −1
o
Définitions 4.9.2. Soit f : I −→ R et soit x0 ∈ I.
0
• Si f est dérivable en x0 , alors la fonction f définie par
o
I −→ R
0
x 7−→ f (x)

est appelée fonction dérivée de f . On peut définir par récurrence


sur n, les dérivées successives de f par
0
f (n) = (f (n−1) ) avec f (0) = f .

• L’ensemble des fonctions qui admettent des dérivées jusqu’à l’ordre


n, tel que f (n) soit continue sur I est noté C n (I). Cet ensemble
muni de l’addition des fonctions et de la multiplication par un sca-
laire (i.e. (C n (I), +, .)) est un espace-vectoriel sur R.
76 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

• Pour n = 1, les fonctions de C 1 (I) sont dites continûment déri-


vables.

Remarque 4.9.1. Pour qu’une fonction f soit dérivable en x0 , il faut


d’abord que f soit définie sur un intervalle ouvert contenant x0 .

Proposition 4.9.2. Structure des fonctions dérivables.


o
1) Si f et g sont dérivables en x0 ∈ I, alors f + g et f g sont dérivables
en x0 , et on a
0 0 0
(f + g) (x0 ) = f (x0 ) + g (x0 )
et
0 0 0
(f g) (x0 ) = f (x0 )g(x0 ) + f (x0 )g (x0 ).

0 1
2) Si f est dérivable en x0 et f (x0 ) 6= 0, alors f
est dérivable en x0 et
on a 0
1 0 f (x0 )
( ) (x0 ) = − .
f [f (x0 )]2

3) Si f est dérivable en x0 et g est dérivable en f (x0 ), alors gof est


dérivable en x0 et on a
0 0 0
(gof ) (x0 ) = g (f (x0 ))f (x0 ).

0
4) Si f est dérivable en x0 , f strictement monotone et f (x0 ) 6= 0 alors
f −1 est dérivable en f (x0 ) et on a

0 1
(f −1 ) (f (x0 )) = 0 .
f (x0 )

Preuve. 1/ Pour le produit on a

(f g)(x0 + h) − (f g)(x0 ) f (x0 + h) − f (x0 )


= g(x0 + h)
h h
g(x0 + h) − g(x0 )
+ f (x0 )
h
quand on fait tendre h vers 0, le membre de droite sera égale à
0 0
f (x0 )g(x0 ) + f (x0 )g (x0 ),
4.9. DÉRIVÉE. 77

0
et le membre de gauche n’est autre que (f g) (x0 ).
Pour 2/, on sait d’après la continuité de f en x0 , qu’il existe un intervalle
I ouvert contenant x0 , tel que f (x) 6= 0, ∀x ∈ I. Donc pour x ∈ I, on a
1 1
f (x)
− f (x0 ) f (x) − f (x0 ) 1
=−
x − x0 x − x0 f (x)f (x0 )
et au passage à la limite (x → x0 ), on obtient ce qu’il faut.
3/ On Note
f (x0 + h) − f (x0 )
ϕ(h) =
h
et
g(y0 + k) − g(y0 )
ψ(k) = .
k
On a
0 0
lim ϕ(h) = f (x0 ) et lim ψ(k) = g (y0 )
h→0 k→0

et on a aussi

gof (x0 + h) = g(f (x0 + h))


= g(f (x0 ) + hϕ(h)).

Posons y0 = f (x0 ) et k = hϕ(h), alors

gof (x0 + h) = g(f (x0 )) + hϕ(h)ψ(hϕ(h)) = g(y0 ) + kψ(k).

On en déduit que
gof (x0 + h) − gof (x0 )
= ψ(hϕ(h))ϕ(h).
h
Quand on fait tendre h vers 0, on a hϕ(h) tend vers 0, donc le membre
0 0
de droite tend vers g (f (x0 ))f (x0 ). Alors que le membre de gauche n’est
0
autre que (gof ) (x0 ).
4/ Posons g = f −1 , y = f (x) et y0 = f (x0 ).
g(y) − g(y0 ) x − x0 1
= = f (x)−f (x0 )
.
y − y0 f (x) − f (x0 )
x−x0

Or
1 1
−→
f (x)−f (x0 ) x→x0 0 .
f (x0 )
x−x0
78 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

Exercices 4.9.1. Montrer les formules suivantes


0 1 0 0
√ 1 1
1) i) arcsin (x) = √1−x 2 ; ii) arccos (x) = − 1−x2 ; iii) arctg (x) = 1+x2
.
2) Formule de Leïbniz

n
X
(n)
(f g) = {kn f (n−k) g (k) .
k=0

n!
où {kn = k!(n−k)! est toujours un entier naturel. Pour retrouver la valeur
k
de {n , on peut lire dans le triangle de Pascal quand n (resp. k) désigne
la ligne (resp. la colonne) tout en respectant la formule {kn + {k+1
n = {k+1
n+1

1
1 1
1 2 1
1 3 3 1
1 4 6 4 1
1 5 10 10 5 1
......................................
................................................

Preuve. 1/ Sur l’intervalle [−1, 1], la fonction arcsin est la réciproque


de la fonction sin sur l’intervalle [− Π2 , Π2 ]. Donc d’après la formule de la
Proposition 4.9.2 4/, si x = sin(y) on a

0 1
arcsin (x) = 0
sin (y)
1
=
cos(y)
1
= p
1 − sin2 (y)
1
= √ ,
1 − x2

pour tout x ∈] − 1, 1[. Sur l’intervalle [−1, 1] arccos(x) est la fonction


réciproque de la fonction cos(y) sur l’intervalle [0, π]. Donc, si x = cos(y)
4.9. DÉRIVÉE. 79

on a
0 1 1
arccos (x) = = −
cos0 (y) sin(y)
1
= −p
1 − cos2 (y)
1
= −√ ,
1 − x2
pour tout x ∈] − 1, 1[.
Sur R, arctg(x) est la fonction réciproque de la fonction tg(x) sur l’in-
tervalle ] − π2 , π2 [. Donc, si x=tg(y)
1 1
arctg 0 (x) = =
tg 0 (y) 1 + tg 2 (y)
1
= ,
1 + x2
pour tout x ∈ R.
2/ On va montrer la formule par récurrence sur n. C’est vrai pour n = 1
car
0 0 0
(f g) (x) = f (x)g(x) + f (x)g (x).
Supposons que la formule est vraie jusqu’à l’ordre n − 1 et montrons
qu’elle est encore vraie pour n. On sait que
0
(f g)(n) = ((f g)(n−1) ) .
Or par hypothèse de récurrence
n−1
X
(f g)(n−1) = k
Cn−1 f (n−1−k) g (k) .
k=0

Donc en utilisant la formule de la dérivée de la somme, on obtient


n−1
0
X
(n) k
(f g) = Cn−1 (f (n−1−k) g (k) ) .
k=0

Puis en utilisant la formule de la dérivée du produit, on obtient


n−1
0 0
X
(n) k
(f g) = Cn−1 [(f (n−1−k) ) g (k) + f (n−1−k) (g (k) ) ]
k=0
n−1
X
(f g)(n) = k
Cn−1 [f (n−k) g (k) + f (n−1−k) g (k+1) ].
k=0
80 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

Donc si on pose h = k + 1, la formule devient


n−1
X n
X
(n) k
(f g) = Cn−1 f (n−k) g (k) + h−1 (n−h) (h)
Cn−1 f g .
k=0 h=1

0
(f g)(n) = f (n) g + [Cn−1
1 0
+ Cn−1 ]f (n−1) g + ...
k k−1 (n−k) (k)
+ [Cn−1 + Cn−1 ]f g + ... + f g (n) .

Mais il est facile de vérifier que


k k−1
Cn−1 + Cn−1 = Cnk .

D’où n
X
(n)
(f g) = Cnk f (n−k) g (k) .
k=0

4.10 Théorème de Rolle et applications


o
Définitions 4.10.1. Soient f : I −→ R et x0 ∈ I.
• On dit que f admet un maximum (resp. un minimum) local en x0
si

∃α > 0, ∀x ∈ ]x0 − α, x0 + α[ , f (x) 6 f (x0 ) (resp. f (x) > f (x0 ).

• On dit que f admet un extrêmum local en x0 si elle admet un maxi-


mum local en x0 ou bien si f admet un minimum local en x0 .
o
Proposition 4.10.1. Soit f : I −→ R dérivable en x0 ∈ I. Si f admet
un extrêmum local en x0 , alors
0
f (x0 ) = 0

Preuve. Supposons que f admet un maximum local en x0 . Alors

∃α > 0, tel que x ∈ ]x0 − α, x0 + α[ =⇒ f (x) 6 f (x0 ).

D’autre part, comme f est dérivable en x0 , alors


0 0 0
f (x0 ) = fd (x0 ) = fg (x0 ).
4.10. THÉORÈME DE ROLLE ET APPLICATIONS 81

Or
0 f (x) − f (x0 )
fd (x0 ) = lim 6 0, car f (x) ≤ f (x0 )
x→x0
x>x
x − x0
0

et
0 f (x) − f (x0 )
fg (x0 ) = lim > 0, car x − x0 < 0.
x→x0
x<x
x − x 0
0

0 0 0 0
On en déduit que f (x0 ) = 0, car f (x0 ) = fg (x0 ) = fd (x0 ).

Théorème 17. (Enoncé du théorème de Rolle)


Soit f : [a, b] −→ R vérifiant
i) f continue sur [a, b] ;
ii) f dérivable sur ]a, b[ ;
iii) f (a) = f (b).
0
Alors il existe c ∈ ]a, b[ telle que f (c) = 0.
0
Preuve. Si f est constante sur [a, b], alors f (x) = 0 pour tout x ∈
]a, b[. Sinon, et comme f est continue sur [a, b], alors f est uniformèment
continue sur [a, b], bornée et atteint ses bornes. Soit

M = sup f (x) et m = inf f (x),


a6x6b a≤x≤b

alors on a soit M > f (a) ou bien m < f (a). Supposons qu’il existe
c ∈ ]a, b[ tel que
f (c) = M > f (a).
Nous avons un maximum local en c. Donc d’après la proposition 4.10.1
0
f (c) = 0.
Ce théorème s’interprète géométriquement en disant que la courbe de f
admet une tangente horizontale au moins en un point c ∈ ]a, b[ (FIG.
4.6).
82 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

Figure 4.6 – Interprétation géométrique.

4.10.1 Théorème des accroissements finis.


A) 1re application :
Théorème 18. Théorème des accroissements finis (T.A.F)
Soit f : [a, b] −→ R une fonction continue sur [a, b], dérivable sur ]a, b[
avec a 6= b. Alors il existe c appartenant à ]a, b[ telle que : f (b) − f (a) =
0
(b − a)f (c). i.e.
f (b) − f (a) 0
∃c ∈ ]a, b[ ; = f (c).
b−a
Preuve. Posons
g : [a, b] −→ R
f (b)−f (a)
x 7−→ f (x) − b−a
x

Il est facile de vérifier que g est une fonction bien définie sur [a, b] et qu’elle
vérifie : g est continue sur [a, b], g est dérivable sur ]a, b[ et g(a) = g(b).
D’après le théorème de Rolle appliqué à g sur l’intervalle [a, b], il existe
0
c ∈ ]a, b[ telle que g (c) = 0. Ce qui est équivaut à dire que
0 f (b) − f (a)
∃c ∈ ]a, b[ , tel que f (c) = .
b−a
4.10. THÉORÈME DE ROLLE ET APPLICATIONS 83

Autre formulation : Pour tout (x1 , x2 ) appartenant à [a, b]2 avec x1 < x2 ,
on a f est continue sur [x1 , x2 ] et f dérivable sur ]x1 , x2 [ car d’une part
[x1 , x2 ] ⊂ [a, b], d’autre part f est continue (resp. dérivable) sur [a, b]
(resp. sur ]a, b[). Donc d’après le T.A.F appliqué à f sur [x1 , x2 ], il existe
0
c appartenant à ]x1 , x2 [ telle que (x2 − x1 )f (c) = f (x2 ) − f (x1 ).
Interprétation géométrique :
Le théorème des accroissements finis veut dire que si f est continue sur
[a, b], et est dérivable sur ]a, b[, alors il existe c ∈ ]a, b[ telle que la tangente
à la courbe de f en c soit parallèle à la doite joignant les points A et B
qui sont respectivement de coordonnées (a, f (a)) et (b, f (b)) (FIG. 4.7).

Figure 4.7 – représentation graphique du T. A. F.

Exercices 4.10.1. Montrer que


0
1) f constante sur [a, b] ⇐⇒ f (x) = 0 ∀x ∈ ]a, b[ .
0
2) f dérivable et strictement croissante sur [a, b] ⇐⇒ f (x) > 0, ∀x ∈
]a, b[ .
0
3) f dérivable et strictement décroissante sur [a, b] ⇐⇒ f (x) < 0, ∀x ∈
]a, b[ .
Preuve. Pour 1/ l’implication dirécte est facile car la dérivée d’une
fonction constante est nulle. Pour la réciproque, soit x appartenant à
]a, b[. f est continue sur [a, x], et dérivable sur ]a, x[. Le théorème des
accroissements finis appliqué à f sur [a, x], montre qu’il existe c ∈ ]a, x[
telle que
f (x) − f (a) 0
= f (c) = 0.
x−a
84 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

Ce qui implique que


f (x) = f (a)
donc f est constante. Il faut signaler que cette réciproque est fausse si
l’ensemble de départ de f n’est pas connexe (ici ça veut dire que cet
ensemble de départ n’est pas un intervalle). On peut prendre comme
contre exemple
f : [0, 1] ∪ [2, 3] −→ R
définie de la façon suivante. f est constante sur [0, 1] et vaut -1, puis
0
f est constante sur [2, 3] et vaut 1. Il est facile de voir que f (x) = 0
∀x ∈ ]0, 1[ ∪ ]2, 3[, mais f n’est pas constante sur [0, 1] ∪ [2, 3] .
2/ Soit (x1 , x2 ) ∈ [a, b]2 avec x1 < x2 . Le T.A.F appliqué à f sur [x1 , x2 ]
montre qu’il existe c ∈ ]x1 , x2 [ telle que
f (x2 ) − f (x1 ) 0
= f (c).
x2 − x1
Pour l’implication directe ⇒), on sait que f est dérivable en c pour tout
c appartenant à ]a, b[ donc
0 f (x) − f (c)
f (c) = lim >0
x→c
x>c
x−c

car f est strictement croissante sur [c, x] . Donc pour tout c appartenant à
0
]a, b[, on a f (c) > 0. Pour la réciproque ⇐), si x1 < x2 , et ]x1 , x2 [ ⊂ ]a, b[,
et comme
0
f (x2 ) − f (x1 ) = (x2 − x1 )f (c) avec c ∈ ]x1 , x2 [
alors
f (x2 ) > f (x1 )
0
car par hypothèse f (c) > 0. On en déduit que f est strictement crois-
sante.
3/ même démonstration qu’en 2/.
B) 2me application :
Théorème 19. (Théorème des accroissements finis généralisé)
Soient f et g deux fonctions continues sur [a, b] et dérivables sur ]a, b[ .
0
Si de plus g ne s’annule pas sur ]a, b[, alors
0
f (b) − f (a) f (c)
∃c ∈ ]a, b[ telle que = 0 .
g(b) − g(a) g (c)
4.10. THÉORÈME DE ROLLE ET APPLICATIONS 85

Preuve. On commence par remarquer que g(b) 6= g(a) car sinon


d’après le théorème de Rolle appliqué à g sur [a, b], il existe c ∈ ]a, b[ tel
0
que g (c) = 0 ce qui contredit l’hypothèse. Soit F la fonction définie de
[a, b] dans R par
f (b) − f (a)
F (x) = f (x) − g(x), pour tout x ∈ [a, b].
g(b) − g(a)
La fonction F est à la fois continue sur [a, b] et dérivable sur ]a, b[ . De
plus
f (a)g(b) − f (b)g(a)
F (a) = F (b) = .
g(b) − g(a)
Le théorème de Rolle appliqué à F sur [a, b], montre qu’il existe c appar-
tenant à ]a, b[ tel que
0
0 f (b) − f (a) f (c)
F (c) = 0 ⇐⇒ = 0 .
g(b) − g(a) g (c)

4.10.2 Règle de l’hopital


Théorème 20. Soient f et g deux fonctions continues et dérivables sur
0
un voisinage I centré en x0 , sauf peut être en x0 . Supposons que g (x) 6= 0
pour x 6= x0 et que lim fg(x)
(x)
se présente sous forme indéterminée ( 00 , ou
x→x0
0
bien ∞

). Alors si lim fg0 (x)
(x)
= l, on a aussi lim f (x)
= l.
x→x0 x→x0 g(x)

Preuve. Supposons d’abord que lim f (x) = lim g(x) = 0. On peut


x→x0 x→x0
dans ce cas pronlonger par continuité f et g en x0 et ce en posant :
f (x0 ) = g(x0 ) = 0. Comme f et g sont continues sur [x0 , x] et dérivables
sur ]x0 , x[ , alors d’après le théorème 18, il existe c appartenant à ]x0 , x[
telle que
0
f (x) − f (x0 ) f (c)
= 0
g(x) − g(x0 ) g (c)
ce qui implique que
0
f (x) f (c)
= 0 .
g(x) g (c)
Du fait que c tend vers x0 quand x tend vers x0 , on déduit que
0
f (x) f (c)
lim = lim 0 = l.
x→x0 g(x) c→x0 g (c)
86 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

Supposons maintenant que lim f (x) = lim g(x) = +∞.


x→x0 x→x0
Soient a < x0 < x < x1 < b des nombres réels appartenant à I. D’après
le théorème 18 il existe ξ appartenant à ]x, x1 [ tel que
0
f (x) − f (x1 ) f (ξ)
= 0 .
g(x) − g(x1 ) g (ξ)
0
f (x)
D’autre part l’hypothèse lim 0 = l, se traduit par
x→x0 g (x)

0
f (x)
∀ε > 0, ∃η > 0, tel que |x − x0 | < η ⇒ 0
− l < ε.
g (x)

Choisissons x1 de telle sorte que x1 < x0 + η alors

f (x) − f (x1 )
lim = l.
x→x0 g(x) − g(x1 )

Or
f (x1 )
f (x) − f (x1 ) f (x) 1 − f (x)
= ( )
g(x) − g(x1 ) g(x) 1 − g(x1 )
g(x)

donc
g(x1 )
f (x) f (x) − f (x1 ) 1 − g(x)
= .
g(x) g(x) − g(x1 ) 1 − f (x1 )
f (x)

Quand on fixe x1 et on fait tendre x vers x0 , on obtient


g(x1 )
1− g(x)
lim f (x1 )
=1
x→x0 1 − f (x)

car
| lim g(x)| = | lim f (x)| = +∞,
x→x0 x→x0

et f (x1 ) et g(x1 ) sont des nombres réels fixés, ce qui entaîne que

f (x)
lim = l.
x→x0 g(x)

x2
Exercices 4.10.2. Calculer lim+ e1/x
1/x , lim 2x 2 et lim sin(x)
tg(x)
.
x→0 x→∞ x→0
4.11. FORMULE DE TAYLOR-LAGRANGE 87

1
Solution. Pour la première limite, on pose f (x) = x
, g(x) = e1/x ,
I = R∗ et x0 = 0. On a
1
lim+ = lim e1/x = +∞.
x→0 x x→0+
De plus f et g sont dérivables sur R∗ , donc d’après la régle de l’hopital,
on a
1/x 1
lim+ 1/x = lim+ 1/x = 0.
x→0 e x→0 e

Pour la deuxième limite, on utilise deux fois la régle de l’hopital et on


trouve
x2 1
lim 2 = .
x→∞ 2x 2
La troisième limite est une forme indéterminée de type 00 . En appliquant
la régle de l’hopital, on obtient

sin(x)
lim = lim cos3 (x) = 1.
x→0 tg(x) x→0

4.11 Formule de Taylor-Lagrange


Théorème 21. Soit f : [a, b] −→ R une fonction de classe C n sur
[a, b], admettant une dérivée d’ordre (n + 1) en tout point de ]a, b[. Alors
il existe c ∈ ]a, b[ tel que
n
X (b − a)k (b − a)n+1 (n+1)
f (b) − f (a) = f (k) (a) + f (c).
k=1
k! (n + 1)!

Preuve. Posons ψ : [a, b] −→ R définie pour tout t ∈ [a, b] par


n
X (b − t)k (b − t)n+1
ψ(t) = f (b) − f (t) − f (k) (t) − α .
k=1
k! (n + 1)!

où α est un nombre réel quelconque. ψ est continue sur [a, b] , dérivable


sur ]a, b[ et ψ(b) = 0.
Choisissons α de telle sorte que ψ(a) = 0. Autrement dit
k
(n + 1)! n (b − a)
α= [f (b) − f (a) − Σi=1 f (k) (a)]
(b − a)n+1 k!
88 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES

Le théorème de Rolle appliqué à ψ sur [a, b], montre qu’il existe c ∈ ]a, b[
0
tel que ψ (c) = 0. Or pour tout t ∈ ]a, b[

n n−1
0 0
X (b − t)k (k+1)
X (b − t)k (b − t)n
ψ (t) = −f (t) − f (t) + f (k+1) (t) + α .
k=1
k! k=0
k! n!

0
En c, on a ψ (c) = 0, ce qui est équivaut à

n n−1
0
X (b − c)k (k+1)
X (b − c)k (k+1) (b − c)n
0 = −f (c) − f (c) + f (c) + α
k=1
k! k=0
k! n!

en conséquence et après implification, on obtient :

α = f (n+1) (c).

D’où la formule désirée en écrivant ψ(a) = 0.

Applications

1. Considérons P (X) = i=n i


P
Pi=n i=0 αi X la fonction associée au polynôme,
P (T ) = i=0 αi T i de degré n à coefficients αi réels. Il est claire
que P est une fonction de classe C n sur R donc sur n’importe
quel intervalle [a, b] de R. D’aprés le théorème précèdent il existe c
appartenant à ]a, b[ tel que

k=n
X (X − a)k k (X − a)k+1 n+1
P (X) = P (a) + P (a) + P (c).
k=1
k! (k + 1)!

Mais P n+1 (t) = 0 (∀t ∈ R), donc

k=n
X (X − a)k k
P (X) = P (a) + P (a).
k=1
k!

2. Si en particulier a = 0, alors P k (0) = αk k! ce qui entraine que

k=n
X
P (X) = αk X k .
k=1
4.11. FORMULE DE TAYLOR-LAGRANGE 89

3. Prenons P (X) = X 5 − X 3 + 10X − 1. On a d’aprés ce qui précède,


5
X (X − 1)k (k)
P (X) = P (1)
k=
k!

or,
0 00
P (t) = 5t4 − 3t2 + 10; P (t) = 20t3 − 6t; P (3) (t) = 60t2 −
6; P (4) (t) = 120t et P (5) (t) = 120 ce qui implique que
0 00
P (1) = 13; P (1) = 12; P (1) = 14; P (3) (1) = 54; P (4) (1) = 120
P (5) (1) = 120. On en déduit que

P (X) = 13+12(X −1)+7(X −1)2 +9(X −1)3 +5(X −1)4 +(X −1)5 .
90 CHAPITRE 4. FONCTIONS NUMÉRIQUES
Chapitre 5

DÉVELOPPEMENT LIMITÉ

5.1 Généralités
o
Si f est de classe C n sur un intervalle I et f (n+1) existe sur I, nous
savons à l’aide de la formule de Taylor-Lagrange qu’on peut approcher
o
f (x) (x ∈ I) par un polynôme de degré n au voisinage de x. Il faut remar-
quer que dans la démonstration on a utilisé les hypothèses du théorème
de Rolle. Toutefois ces conditions ne sont pas nécessaires.
Par-exemple : Soit f definie de R dans R par :
1 + x + x2 + x3 sin x1 si x 6= 0

x 7−→
1 en 0
f est approchée au voisinage de 0 par 1 + x + x2 car x3 sin x1 tend vers 0
quand x tend vers 0, mais f n’est pas de classe C 2 sur R. En effet
0 1 1
f (x) = 1 + 2x + 3x2 sin − x cos ,
x x
00 1 1 1 1 1
f (x) = 2 + 6x sin − 3 cos − cos − cos
x x x x x
qui n’admet pas de limite au voisinage de 0. Ceci nous motive à introduire
la définition suivante :
Définition 5.1.1. Soit f une fonction définie sur un intervalle ouvert
contenant 0 (sauf peut être en 0). On dit que f admet un développement
limité à l’ordre n au voisinage de 0, s’il existe un polynôme P de degré
inférieur ou égal à n non identiquement nul tel que
f (x) = P (x) + xn ε(x)

91
92 CHAPITRE 5. DÉVELOPPEMENT LIMITÉ

avec
lim ε(x) = 0.
x→0

P (x) est appelé partie régulière et xn ε(x) est appelée partie négligeable ou
bien terme complémentaire.
Remarque 5.1.1. La fonction f définie dans l’exemple précédent ad-
met un développement limité d’ordre un ( resp. un développement limité
d’ordre deux ) au voisinage de 0. En effet
1
f (x) = 1 + x + x(x2 sin( ))
x
avec ε(x) = x2 sin( x1 ) est un terme qui tend vers 0 quand x tend vers 0
(resp. f (x) = 1 + x + x2 + x2 (xsin( x1 )) avec ε(x) = xsin( x1 ) → 0 quand
x → 0).
1
Exemple 5.1.1. Soit, pour tout x ∈ R\{1}, f (x) = 1−x
. On a

xn+1 − 1
= xn + xn−1 + ... + x + 1
x−1
d’où
1 xn+1
= xn + xn−1 + ... + x + 1 +
1−x 1−x
= P (x) + xn ε(x)
xn+1
avec P (x) = xn + xn−1 + ... + x + 1 et ε(x) = −→
1−x x→0
0.

Propriétés 5.1.1.
i) Si f admet un développement limité (D.L) d’ordre n au voisinage
de 0, alors elle admet un (D.L) à tout ordre q 6 n.
ii) Si f admet un développement limité (D.L) d’ordre n au voisinage
de 0, il est unique.
iii) Si f est une fonction paire (resp. impaire) qui admet un (D.L)
d’ordre n au voisinage de 0, alors sa partie régulière est paire (resp.
impaire).
Preuve.
i/ Posons f (x) = a0 + a1 x + ... + an xn + xn ε(x) avec lim ε(x) = 0. Alors
x→0
on peut écrire
f (x) = a0 + a1 x + ...aq xq + xq (aq+1 x + ... + an xn−q ) + xn ε(x).
5.1. GÉNÉRALITÉS 93

On pose
0
ε (x) = (aq+1 x + ... + an xn−q ) + xn−q ε(x)
0
il est clair que lim ε (x) = 0. Donc f admet un développement limité
x→0
d’ordre q au voisinage de 0.
ii/ Si on a à la fois

f (x) = a0 + a1 x + ... + an xn + xn ε(x)

et
f (x) = b0 + b1 x + ... + bn xn + xn α(x)
avec lim ε(x) = lim α(x) = 0. Alors
x→0 x→0

0 = (a0 − b0 ) + (a1 − b1 )x + ... + (an − bn )xn + xn (ε(x) − α(x)).

Remplaçons dans l’équation ci dessus x par 0, on obtient a0 = b0 . Ainsi,


l’équation précédente devient

0 = (a1 − b1 )x + ... + (an − bn )xn + xn (ε(x) − α(x)).

En simplifiant par x on obtient

0 = (a1 − b1 ) + (a2 − b2 )x... + (an − bn−1 )xn + xn−1 (ε(x) − α(x)).

Donnons à x la valeur 0, on obtient a1 = b1 . Ainsi de suite on montre


que ak = bk pour tout k, k = 0, 1, ..., n. Puis finalement, on montre que
ε(x) = α(x).
iii/ Soit f (x) = a0 + a1 x + ... + an xn + xn ε(x) avec lim ε(x) = 0. Si f est
x→0
paire [i.e. f (−x) = f (x)] alors

a0 − a1 x + ... + (−1)k a2k+1 x2k+1 + .. + (−1)n an xn + (−1)n xn ε(−x)

= a0 + a1 x + ... + an xn + xn ε(x).

D’après l’unicité du développement limité, on aura pour tout k tel


que 2k + 1 6 n
a1 = a3 = ... = a2k+1 = 0.
Donc
f (x) = a0 + a2 x2 + ... + a2k x2k + ... + xn ε(x).
94 CHAPITRE 5. DÉVELOPPEMENT LIMITÉ

o
Remarque 5.1.2. Si f ∈ C n (I) et f (n+1) existe en 0 ∈ I, alors f admet
un (D.L) à l’ordre n au voisinage de 0 qui n’est autre que la formule de
Taylor-Lagrange. C’est-à-dire pour tout x ∈ I, x 6= 0
n
X f k (0) xn+1
f (x) = xk + f (n+1) (c)
k=0
k! (n + 1)!

où c ∈]0, x[ ou bien c ∈]x, 0[ suivant que x > 0 ou bien que x < 0.


Ainsi,
n
X
f (x) = ( ai xi ) + xn ε(x)
i=0
f (k) (0) (n+1)
où (pour 0 ≤ k ≤ n), ak = k!
et ε(x) = x f (n+1)!(c) .
Propriété 5.1.1.
i) Si f admet un (D.L) d’ordre n au voisinage de 0, alors

lim f (x) = a0 .
x→0

ii) Si f admet un (D.L) d’ordre > 1 au voisinage de 0, alors f est


dérivable en 0.
Preuve. i/ Si f (x) = a0 + a1 x + ... + an xn + xn ε(x) avec lim ε(x) = 0,
x→0
alors
lim f (x) = a0 .
x→0

ii/ Si n > 1 alors


f (x) − f (0)
= a1 + a2 x + ... + an xn−1 + xn−1 ε(x)
x
0
donc lim f (x)−f
x
(0)
(x) = f (0) = a1 .
x→0

Exemples 5.1.1.
1) Soit f (x) = ex , cette fonction appartient à C n (R) pour tout n ap-
partenant à N. De plus, on a f (k) (x) = ex pour tout k ∈ N. Ce qui
implique que : f (k) (0) = 1 pour tout k ∈ N. D’après la formule de
Taylor-Lagrange, il existe c ∈ ]0, x[ ou bien c ∈ ]x, 0[ telle que
x2 xn xn+1 c
ex = 1 + x + + ... + + e.
2! n! (n + 1)!
5.1. GÉNÉRALITÉS 95

d’où
x2 xn
ex = 1 + x + + ... + + xn ε(x)
2! n!
avec ε(x) = xec −→ 0.
x→0
2) Soit g(x) = sin(x), c’est une fonction impaire de classe C ∞ . On a

g (n) (x) = sin(x + )
2
pour tout n ∈ N. D’où pour x = 0, on a

g (2k) (0) = 0 et g (2k+1) (0) = (−1)k .

On a alors
x3 x5 k x
2k+1
sin x = x − + + ... + (−1) + x2k+1 ε(x)
3! 5! (2k + 1)!

avec lim x2k+1 ε(x) = 0.


x→0
3) Pour la fonction cos x on obtient le développement limité suivant

x2 x4 x2k
cos x = 1 − + + ... + (−1)k + x2k ε(x)
2! 4! 2k!
avec lim x2k ε(x) = 0.
x→0
4) Soit la fonction h(x) = (1 + x)α où α ∈ Z. On obtient grâce à la
formule de Taylor-Lagrange, le développement limité suivant
α(α − 1) 2
(1 + x)α = 1 + αx + x + ..
2!
α(α − 1)..(α − n + 1) n
+ x + xn ε(x)
n!
x
où ε(x) = (n+1)! h(n+1) (c), où c est compris entre 0 et x.
En particulier pour α = −1, on a
1 xn+1 1 (n+1)
= 1 − x + x2 − x3 + .. + (−1)n xn + ( )
1+x (n + 1)! 1 + c
ce qui nous permet de déduire que
1
= 1 + x + x2 + .. + xn + xn ε(x).
1−x
96 CHAPITRE 5. DÉVELOPPEMENT LIMITÉ

De même pour α = − 12 , on a
1 1 3 3.5
√ = 1 − x + 2 x2 − 3 x3 + ..
1+x 2! 2 .2! 2 .3!
3.5...(2n − 1) n
+ (−1)n n
x + xn ε(x).
2 .n!
ce qui nous permet de déduire que
1 1 3 3.5 3.5...(2n − 1) n
√ = 1 + x + 2 x2 + 3 x3 + .. + x
1−x 2! 2 .2! 2 .3! 2n .n!
+ xn ε(x).
Pour α = 1/2 on a
√ 1 1 3
1 + x = 1 + x − 2 x2 + 3 x3 + ...
2 2 .2! 2 .3!
3.5...(2n − 3) n
+(−1)n+1 n
x + xn ε(x), ( n > 2).
2 .n!

5.2 Opérations sur les développements limi-


tés
Proposition 5.2.1. Si f et g admettent des (D.L) au voisinage de
0, d’ordre respectivement n1 et n2 . Alors f + g admet un (D.L) d’ordre
n = min(n1 , n2 ) au voisinage de 0.
Preuve. Si
f (x) = a0 + a1 x + ... + an1 xn1 + xn1 ε(x)
et
g(x) = b0 + b1 x + ... + bn2 xn2 + xn2 α(x)
avec lim ε(x) = lim α(x) = 0. Supposons que n1 6 n2 alors
x→0 x→0

(f + g)(x) = a0 + b0 + (a1 + b1 )x + .. + (an1 + bn1 )xn1 +


xn1 (ε(x) + bn1 +1 x + .. + bn2 xn2 −n1 ) + xn2 α(x).
Proposition 5.2.2. Si f et g admettent des (D.L) d’ordre n au voi-
sinage de 0, alors f g admet un (D.L) d’ordre n au voisinage de 0, dont
la partie régulière est obtenue en faisant le produit des deux parties ré-
gulières et en ne gardant que les monômes de degré inférieur ou égale à
n.
5.2. OPÉRATIONS SUR LES DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS 97

Preuve. Si f (x) = P (x) + xn ε(x) et g(x) = Q(x) + xn α(x) alors

f (x)g(x) = P (x)Q(x) + xn (Q(x)ε(x) + P (x)α(x) + ε(x)α(x)).

Exemple √ 5.2.1. Le développement limité à l’ordre 2 de la fonction


f (x) = ex 1 + x est donné comme suit
x2
ex = 1 + x + + x2 ε(x)
2!
et
√ x x2
1+x=1+ − + x2 α(x).
2 8
Donc
√ 3 7
ex 1 + x = 1 + x + x2 + x2 β(x)
2 8
2 2 2
où lim x ε(x) = lim x α(x) = lim x β(x) = 0.
x→0 x→0 x→0

Proposition 5.2.3. Si f et g admettent des (D.L) d’ordre n au voi-


sinage de 0 et si lim g(x) 6= 0, alors fg admet un (D.L) d’ordre n au
x→0
voisinage de 0 dont la partie régulière est obtenue en effectuant la divi-
sion suivant les puissances croissantes de la partie régulière de f par celle
de g à l’ordre n.
Preuve. Si f (x) = A(x) + xn (x) et g(x) = B(x) + xn α(x), avec
limx−→0 (x) = limx−→0 α(x) = 0. D’abord, comme limx−→0 g(x) 6= 0 alors
P pas sur un voisinage de 0. De plus limx−→0 g(x) = b 6= 0
g ne s’annule
(B(x) = ni=0 bi xi ). D’autre part, en effectuant la division suivant les
puissances croissantes à l’ordre n de A(x) par B(x). On obtient

A(x) = B(x)Q(x) + xn 1 (x)

où 1 (x) = xR(x) est un terme qui tend vers zéro quand x tend vers zéro.
Ce qui entraîne que

f (x) = B(x)Q(x) + xn 1 (x) + xn (x)

f (x) = [g(x) − xn α(x)]Q(x) + xn 1 (x)) + xn (x)),


f (x) = g(x)Q(x) + xn (1 (x) + (x) − α(x)Q(x)).
D’où
f (x) xn
= Q(x) + (1 (x) + (x) − α(x)Q(x)).
g(x) g(x)
98 CHAPITRE 5. DÉVELOPPEMENT LIMITÉ

On a bien
1 (x) + (x) − α(x)Q(x)
2 (x) =
g(x)
tend vers zéro quand x tend vers zéro, puisque g(x) 6= 0 au voisinage de
0 et sa limite est finie et vaut b.
Exemple 5.2.2. Le (D.L) à l’ordre 5 au voisinage de 0 de la fonction
sin x
= tgx est donné comme suit
cos x

x3 x5
sin x = x − + + x5 ε(x)
6 120
et
x2 x4
cos x = 1 − + + x5 α(x).
2 24
En effectuant la division suivant les puissances croissantes de la partie
régulière de sin x par celle de cos x, on obtient
3 5
x − x6 x
+ 120
3 5
−x + x2 − x24
1 − x2 + x4
x3 5 2 24
0 − x30

3 x + x33 + 15
2 5

3 5 x
− x3 + x6
2x5
0 15

d’où
x3 2
tgx = x + + x5 + x5 ε(x).
3 15

5.2.1 Développement limité d’une composition


Proposition 5.2.4. Soient f et g deux fonctions admettant des dé-
veloppements limités d’ordre n au voisinage de 0, de parties principales
respectives P (X) et Q(X). Si lim f (x) = 0, alors gof admet un dévelop-
x→0
pement limité d’ordre n au voisinage de 0 dont la partie principale est
obtenue en ne gardant que les termes de degré inférieur ou égal à n, dans
le polynôme Q(P (X)).
Preuve. Si

f (x) = P (x) + xn ε(x) avec lim ε(x) = 0


x→0
5.2. OPÉRATIONS SUR LES DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS 99

et
g(x) = Q(x) + xn γ(x) avec lim γ(x) = 0
x→0

et puisque lim f (x) = 0, alors on a :


x→0

g(f (x)) = Q(f (x)) + f (x)n γ(f (x)) ,

d’autre part, on a

P (x) = a1 x + a2 x2 + ... + an xn
= xP1 (x)

d’où

f (x)n γ(f (x)) = (xP1 (x) + xn ε(x))n γ(f (x))


= xn (P1 (x) + xn−1 ε(x))n γ(f (x))
= xn δ(x)

avec δ(x) = (P1 (x) + xn−1 ε(x))n γ(f (x))


ce qui implique que lim δ(x) = 0, car lim γf (x) = 0, lim xn−1 ε(x) = 0 et
x→0 x→0 x→0
lim P1 (x) = a1 . D’un autre côté, si nous supposons que
x→0

Q(x) = b0 + b1 x + ... + bn xn ,

alors

Q(f (x)) = b0 + b1 (P (x) + xn ε(x) ) + ... + bn (P (x) + xn ε(x) )n .

Le développement de cette expression peut s’écrire sous la forme suivante

Q(f (x)) = b0 + a1 b1 x + (a2 b1 + a21 b2 )x2 + (a3 b1 + 2a1 a2 b2 + a31 b3 )x3 +


+..(an b1 + ..an1 bn )xn + xn θ(x)

avec
lim θ(x) = 0.
x→0

Enfin, en posant,  = δ + θ, on obtient

g(f (x)) = Q(P (x)) + xn (x) avec lim (x) = 0.


x→0

Exemple 5.2.3. Soit à développer à l’ordre 4 la fonction


f (x) = ln(cos x).
100 CHAPITRE 5. DÉVELOPPEMENT LIMITÉ

On a
x2 x4
cos x = 1 − + + x4 ε(x) avec lim ε(x) = 0.
2 4! x→0
2 x4
Posons, cos x = 1 + u (avec u = − x2 + 4!
). Comme
u2 u3 u4
ln(1 + u) = u − + − + u4 γ(u) avec lim γ(u) = 0
2 3 4 u→0

alors
x2 x4 1 x2 x4 1 x2 x4 1 x2
ln(cos x) = (− + ) − (− + )2 + (− + )3 − (− +
2 4! 2 2 4! 3 2 4! 4 2
x4 4
) + x4 θ(x) avec lim θ(x) = 0.
4! x→0

En négligeant les puissances de x d’ordre supérieur à 4, on obtient


x2 x4
ln(cos x) = − − + x4 θ(x).
2 12

5.2.2 Développement limité d’une dérivation


Proposition 5.2.5. Soit f une fonction de classe C 1 dans un voisinage
de 0 sur lequel elle admet un développement limité d’ordre n au voisinage
de 0. Si f 0 admet un développement limité d’ordre n − 1, au voisinage
de 0, alors sa partie principale est exactement la dérivée de la partie
principale du (D.L) de f .
Preuve. Si
0
f (x) = a1 + a2 x + ... + an xn−1 + xn−1 (x)
alors
a2 x 2 an x n
f (x) = f (0) + a1 x + + ... + + xn 1 (x),
2 n
avec limx→0 1 (x) = 0.
Exemple 5.2.4. Nous avons vu grâce à la formule de Taylor que
x2 x3 n x
n+1
ln(1 + x) = x − + + ... + (−1) + xn+1 ε(x) avec lim ε(x) = 0,
2 3 n+1 x→0
et que
1
= 1 − x + x2 + ... + (−1)n xn + xn θ(x) avec lim θ(x) = 0.
1+x x→0
1
On voit bien que la partie principale du développement limité de 1+x
s’obtient en dérivant la partie principale du développement de ln(1 + x).
5.2. OPÉRATIONS SUR LES DÉVELOPPEMENTS LIMITÉS 101

5.2.3 Développement limité d’une primitive


Proposition 5.2.6. Soit f une fonction continue sur un voisinage V
de 0 et admettant dans ce voisinage le développement limité d’ordre n
suivant

f (x) = a0 + a1 x + ... + an xn + xn ε(x) avec limε(x) = 0,


x→0

alors toute primitive F de f (i.e. F 0 (x) = f (x) pour tout x ∈ V ), admet


le développement limité d’ordre n + 1 suivant

x2 xn+1
F (x) = a0 x + a1 + ... + an + xn+1 ε1 (x) avec lim ε1 (x) = 0.
2 n+1 x→0

1
Exemple 5.2.5. On sait qu’une primitive de 1+x2
est arctgx et que

1
2
= 1 − x2 + x4 + ... + (−1)n x2n + x2n α(x) avec lim α(x) = 0,
1+x x→0

d’où
x3 x5 x2n+1
arctgx = x − + + ... + (−1)n + x2n+1 θ(x) avec lim θ(x) = 0.
3 5 2n + 1 x→0
102 CHAPITRE 5. DÉVELOPPEMENT LIMITÉ

5.2.4 Développements limités usuels.

Fonctions Développements limités

x x2 xn
ex 1+ 1!
+ 2!
+ ... + n!
+ xn ε(x)

x2 x4 2n
cos x 1− 2!
+ 4!
+ ... + (−1)n x2n! + x2n ε(x)

x3 x5 x 2n+1
sin x x− 3!
+ 5!
+ ... + (−1)n (2n+1)! + x2n+1 ε(x)

α α(α−1) 2 α(α−1)...(α−n+1) n
(1 + x)α 1+ 1!
x + 2!
x + ... + n!
x + xn ε(x)
√ x2
1+x 1+ x
2
− 8
+ ... + (−1)n−1 1.3.5...(2n−3)
2.4...2n
xn + xn ε(x)

1
1+x
1 − x + x2 + ... + (−1)n xn + xn ε(x)

x2 x3 n
ln(1 + x) x− 2
+ 3
+ ... + (−1)n−1 xn + xn ε(x)

1
1−x
1 + x + x2 + ... + xn + xn ε(x)

x3 x5 2n+1
arctgx x− 3
+ 5
+ ... + (−1)n x2n+1 + x2n+1 ε(x)

x3 3 x5 1.3.5...(2n−1) x2n+1
arcsinx x+ 2.3
+ 8 5
+ ... + 2.4...2n 2n+1
+ x2n+1 ε(x)

√1
1+x
1− x
2
+ 1.3 2
2.4
x + ... + (−1)n 1.3.5...(2n−1)
2.4...2n
xn + xn ε(x).

5.3 Extension du développement limité.


5.3.1 Développement limité au voisinage de l’infini.
Soit f une fonction définie sur un intervalle de la forme [a, +∞[ ou
]−∞, a], a ∈ R. On dit que la fonction f admet un développement d’ordre
n au voisinage de l’infini, si la fonction F (x) = f ( x1 ) admet un dévelop-
pement au voisinage de 0 à l’ordre n. Dans ce cas, on a

F (x) = a0 + a1 x + ... + an xn + xn ε(x) avec lim ε(x) = 0


x→0
5.3. EXTENSION DU DÉVELOPPEMENT LIMITÉ. 103

et donc
1 1 1 1
f (x) = a0 + a1 + ... + an n + n ε( ).
x x x x
Une condition nécessaire pour que f admette un développement limité
au voisinage de l’infini est que lim f (x) soit finie.
x→∞

Exercice 5.3.1. Donner


√ le développement limité au voisinage de +∞
de la fonction f (x) = x2 + x + 1.
On pose F (x) = f ( x1 ),
1
F (x) = f ( )
rx
1 1
= 2
+ +1
x x
1√
= 1 + x + x2 (car x > 0).
x
Or
p y y2
1+y =1+ − + y 2 δ(y) avec lim δ(y) = 0,
2 8 y→0

d’où
√ (x + x2 ) (x + x2 )2
1 + x + x2 = 1 + − + x2 δ1 (x) avec lim δ1 (x) = 0
2 8 x→0

et
1 x 3x2
F (x) = (1 + + + x2 δ1 (x))
x 2 8
1 1 3x
= + + + xδ1 (x),
x 2 8
d’où
1 3 1 1
f (x) = x ++ + δ1 ( )
2 8x x x
c’est donc le développement limité de f à l’ordre 1 au voisinage de l’infini.

5.3.2 Développement limité généralisé.


Soit f une fonction définie au voisinage de 0, sauf peut-être en 0.
Nous supposons que la fonction f n’admet pas de développement limité
au voisinage de 0, mais qu’il existe un entier k > 0 tel que la fonction
xk f (x) admet un développement limité d’ordre n au voisinage de 0. On
a pour x 6= 0
104 CHAPITRE 5. DÉVELOPPEMENT LIMITÉ

xk f (x) = a0 + a1 x + ... + an xn + xn ε(x) avec lim ε(x) = 0


x→0
ce qui implique que
f (x) = x−k (a0 + a1 x + ... + an xn + xn ε(x)).
Une telle expression est dite développement limité généralisé d’ordre n−k
de f au voisinage de 0.
Exemple 5.3.1. La fonction f (x) = cotg(x) n’admet pas de dévelop-
pement limité au voisinage de 0, puisque lim cotg(x) = ∞. Mais on peut
x→0
écrire au voisinage de 0
x cos x
xcotg(x) =
sin x
2 4
1 − x2! + x4! + x4 ε(x)
= 2 4 .
1 − x3! + x5! + x4 α(x)
En effectuant la division suivant les puissances croissantes jusqu’à l’ordre
4, on trouve
1 x x3
cotg(x) = − − + x3 β(x),
x 3 45
c’est le développement limité généralisé de f d’ordre 3 au voisinage de 0.

5.3.3 Applications des développements limités.


Application à la recherche des limites.
x(1+cos x)−2tgx
Calculer lim f (x) où f (x) = 2x−sin x−tgx
. Nous avons au voisinage
x→0
de 0
x2
cos x = 1 − + x3 ε1 (x),
2
x3
sin x = x − + x3 ε2 (x)
6
et
2x3
2tgx = 2x + + x3 ε3 (x).
3
Alors au voisinage de 0, on a
x2 2x3
x(2 − 2
+ x3 ε1 (x)) − 2x − 3
− x3 ε3 (x)
f (x) = x3 3
2x − (x − 6
+ x3 ε2 (x)) − (x + x3 + x3 ε4 (x))
− 67 x3 + x3 ε5 (x)
=
− 16 x3 + x3 ε6 (x)
5.3. EXTENSION DU DÉVELOPPEMENT LIMITÉ. 105

avec lim εi (x) = 0 (i = 1, 2, ..., 6). Donc, limf (x) = 7.


x→0 x→0

Etude au voisinage d’un point ( application aux graphiques des


fonctions)
Supposons que f est de classe C 2 au voisinage de a ∈ R. D’après la
formule de Taylor on a

0 h2 00 h2
f (a + h) = f (a) + hf (a) + f (a) + ε(h), lim ε(h) = 0,
2 2 h→0

or l0 équation de la tangente à la courbe de f au point M0 = (a, f (a)) est

y = f (a) + (x − a)f 0 (a)

ou encore, si x = a + h

y = f (a) + hf 0 (a)

Figure 5.1 – représentation graphique de la courbe de f

La position de la courbe par rapport à sa tangente au point M0 est


déterminée par le signe de

P M = f (a + h) − y
h2 00
= (f (a) + ε(h)),
2
ce signe est celui de
f 00 (a) + ε(h).
Mais comme , lim ε(h) = 0, alors le signe est donné par celui de f 00 (a).
h→0
Si f 00 (a) < 0, la courbe est située au-dessous de la tangente en M0 .
106 CHAPITRE 5. DÉVELOPPEMENT LIMITÉ

Si f 00 (a) > 0, la courbe est située au-dessus de la tangente en M0 (FIG.


5.1). Dans le cas où f 00 (a) = 0 et si f 000 (a) existe et si elle est continue
dans un voisinage de a, on effectue le développement limité de f à l’ordre
3 au voisinage de a, on trouve que

h2 00 h3 000 h3
f (a + h) = f (a) + hf 0 (a) + f (a) + f (a) + ε(h), lim ε(h) = 0,.
2 3! 3! h→0

On a alors
h3 000
P M = (f (a) + ε(h)).
3!
Donc le signe de P M dans un voisinage de M0 est donné par le signe de
h3 000
3!
f (a) car l’autre terme est aussi petit que l’on veut. Mais il est facile
de remarquer que ce signe change avec le signe de h, selon que h > 0 ou
bien que h < 0, ce qui se traduit par le fait que la courbe de f traverse sa
tangente au point M0 (FIG. 5.2). On dit que M0 est un point d’inflexion.

Exemple 5.3.2. Soit à étudier au voisinage du point x0 = 1, suivant


les valeurs de a, la fonction définie sur R par f (x) = ax3 + 3x2 + x. Nous
avons les différents cas de figures suivants

Si a = −1

Figure 5.2 –
5.3. EXTENSION DU DÉVELOPPEMENT LIMITÉ. 107

Si a ≤ −1

Figure 5.3 –
Si a ≥ −1

Figure 5.4 –

Étude des branches infinies.


a) Si lim f (x) = +∞, la courbe de f admet pour asymptote la droite
x→x0
d’équation : (X = x0 ).
b) Si lim f (x) = y0 , la courbe de f admet pour asymptote la droite
x→+∞
d’équation : (Y = y0 ).
c) Supposons que lim f (x) = +∞, et que f admet le développement
x→+∞
limité généralisé au voisinage de l’infini
c 1
f (x) = ax + b + + ε(x) avec m ≥ 1 et lim ε(h) = 0.
xm xm h→0

Alors la droite d’équation y = ax + b est asymptote à la courbe de f


f (x)
lim = a et lim (f (x) − ax) = b.
x→+∞ x x→+∞
108 CHAPITRE 5. DÉVELOPPEMENT LIMITÉ

Dans ce cas la position de la courbe par rapport à l’asymptote (FIG. 5.3


et FIG. 5.4) est donnée par le signe de f (x) − (ax + b), c’est-à-dire par
le signe de c ( car xm > 0 lorsque x → +∞).
Exemple 5.3.3. Soit la fonction
x + 2√ 2
f (x) =x − 1.
x
Nous avons lim f (x) = +∞. Cherchons le développement limité de f
x→+∞
au voisinage de +∞ et −∞. En posant X = x1 , on obtient
1
r
f (x) + 2 1
= X 1 −1
x X2
X2
X(1 + 2X) √
= 1 − X 2.
|X|
i/ Si X > 0, au voisinage de 0,
f (x) √
= (1 + 2X) 1 − X 2 .
x
X2
= (1 + 2X)(1 − + X 2 ε(X))
2
X2
= 1 + 2X − + X 2 ε1 (X)
2
2 1 1 1
1 + − 2 + 2 ε1 ( ),
x 2x x x
d’où
1 1 1
f (x) = x + 2 − + ε1 ( ),
2x x x
donc la droite d’équation (y = x + 2) est asymptote à la courbe de f et
1
(f (x) − (x + 2) = − 2x + x1 ε1 ( x1 )) est du signe − 2x
1
qui est négatif, donc
la courbe est située au-dessous de son asymptote.
ii/ Si X < 0, au voisinage de 0,
f (x) √
= −(1 + 2X) 1 − X 2
x
et on trouve
1 1 1
f (x) = −x − 2 ++ ε2 ( ).
2x x x
La droite (y = −x − 2) est asymptote à la courbe de f , qui est située
au-dessus de cette asymptote.
Bibliographie

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