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Chapitre VI

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Chapitre VI.

Les facteurs de dégradation de la biosphère

Chapitre VI. Les facteurs de dégradation de la biosphère

VI.1. Les facteurs de dégradation de la biosphère : leur nature et leur importance


Les écosystèmes se modifient naturellement au cours du temps. L’intervention de
l'homme accélère cette transformation qui d’abord lente du fait du faible effectif de la
population humaine et de la pauvreté de moyens technologiques, la pression de l’homme sur la
biosphère devient énorme avec pour corollaire la disparition des espèces animales et végétales,
la dégradation des sols, la transformation des forets en savanes ou en déserts, l'accumulation
des déchets de toutes sortes qui sont à l’origine des pollutions diverses, l'épuisement des
ressources naturelles,…etc. L’homme apparaît comme le seul et l’unique responsable de la
dégradation de la biosphère. Les principaux facteurs de dégradation sont entre autres la
technologie associée à la démographie galopante.
VI.1.1. Les impacts de la technologie
VI.1.1.1. Altération par les hommes primitifs
Jusqu’au paléolithique, les hommes préhistoriques peu nombreux vivaient en parfaite
harmonie avec la nature, se nourrissaient comme des animaux des produit de pêche et de chasse
et de cueillette et n’avait qu’une action limitée voire négligeable sur la nature.
Avec la découverte du feu, premier acquis technologique de l’humanité, les chasseurs
du paléolithique ont commencé par avoir une action dégradante sur la nature. Le feu est alors
allumé pour faire fuir le gibier, pour favoriser la repousse de l’herbe tendre et pour la faune
d’onglet (biches, antilopes …etc.). Les incendies volontaires et involontaires étaient alors
fréquents ce qui a entrainé le changement de la flore. Les forets se transformant en steppes ou
en savanes.
Toujours avec le feu, les chasseurs du paléolithique ont commencé par fabriquer les
outils et ont entrepris l’extermination des grands mammifères qui peuplaient la plupart des
régions à cette époque. Les plus grands atteintes aux biomes continentaux ont véritablement
commencé au néolithique (l’âge de la pierre polie) avec la découverte de l’agriculture
(deuxième acquis technologique de l’humanité) et de l’élevage.

VI.1.1.2. La Révolution du Néolithique


L’agriculture naquit aux Proche-Orients vers le 8ème siècle av J C ; elle est
essentiellement fondée sur la culture itinérante sur brûlie (on aménage un coin de terre, qu'on
défriche avec le feu et on fait des cultures. Une fois que le rendement diminue, on abandonne
cette terre pour d’autres). Cette agriculture s’est traduit par une déforestation massive sur de

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Chapitre VI. Les facteurs de dégradation de la biosphère

grandes surfaces avec pour corollaire une succession régressive d’écosystèmes de moins en
moins diversifiés dans le sens Sylva (foret climatique) – saltus (savane, steppe) – ager (agro
système) – desertus (désert).
Dans les agro systèmes, la diversité est très réduite, l’homme cultive seulement quelques
plantes qu’il juge utiles et qu’il débarrasse de tous les autres espèces concurrentes.
Alors qu’au paléolithique les chasseurs utilisaient toute la surface disponible pour se
nourrir, l’agriculteur du néolithique à cause de ses cultures est obligé de se sédentariser. Ce qui
favorise la sédentarisation des populations autres fois nomades avec la construction des
premières cités.
La zoocénose subit elle aussi de profondes modifications. L’élevage commence alors
par la domestication d’un petit nombre d’animaux sauvages. Très tôt les pasteurs ont eu recours
au feu pour aménager des terrains de parcours ou de pasture et pour favoriser la repousse
d’herbes plus tendres ce qui altère de nombreux boisement au détriment des herbacées.
En même temps que l’effectif des animaux augmente, on aboutit au surpâturage.
L’agriculture itinérante sur brûlie et le surpâturage ont entrainé l’érosion des sols, l’élimination
du couvert végétal, favorisant l’installation du désert dans les pays où naquirent les premières
civilisations agraires.
Les régions du Proche-Orient jadis couvertes de végétation luxuriantes sont aujourd’hui
couvertes de déserts.
Malgré ces atteintes aux biocénoses, la civilisation agraire n’a pas modifiée de façon
irréversible le cycle de la matière et de l’énergie.
Le cycle de la matière n’est pas perturbés, tous les déchets produits sont biodégradables
et sont minéralisés par des décomposeurs. Les mécanismes d’autoépuration (élimination par
voie biologique) fonctionnaient parfaitement. L’énergie provenait essentiellement de l’énergie
solaire fixée par les végétaux qui eux même sont consommés par les êtres vivants. À cette
énergie s’ajoute une faible part d’énergie calorifique (feu) et de l’énergie mécanique (traction
animale).

VI.1.1.3. Impact de la technologie contemporaine


Les transformations les plus radicales ont lieu à partir de la deuxième moitié du 18ème
siècle et ont entraîné trois grandes perturbations :
a. Perturbation de la biocénose
Par des aménagements de toutes sortes : urbanisation, routes assèchement des marais,
pêches et chasses excessives, création et introduction de nouvelles espèces,…etc.

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Chapitre VI. Les facteurs de dégradation de la biosphère

b. Rupture du cycle de la matière


Par des accumulations des déchets biodégradables qui dépassent la capacité
d’autoépuration du milieu, ou des substances non biodégradables tel que les substances
organiques de synthèse, les plastiques, les pesticides,…etc.
c. Perturbation du flux de l’énergie
Par une consommation accrue des énergies fossiles, l’homme perturbe l’énergie
incidente et rayonnante. Avec le développement de l’industriel, on trouve de plus en plus dans
l’air des gaz, des fumées, des poussières qui réduisent l’énergie solaire incidente : c’est l’effet
d’écran. Cet effet réduit l’ensoleillement au sol d’où la perte de la visibilité et la baisse de la
température ambiante, baisse de la photosynthèse et de productivité primaire. La plupart des
gaz sont transparents aux radiations solaires cependant la vapeur d’eau, le dioxyde de carbone,
l’ozone et les oxydes d’azote absorbent une grande partie des IR longues. La terre se trouvant
donc entourée d’une ceinture de feu va s’échauffer : c’est l’effet de serre qui entraine des
modifications profondes du climat.
VI.1.1.4. L’explosion démographique
L’amélioration des conditions de vie et d’hygiène a fait augmenter l’espérance vie un
peu partout à travers le monde (même si beaucoup reste encore à faire dans certaines régions).
Ce fait a provoqué une augmentation de la population mondiale, qui a pour corolaire
l’augmentation de besoins en nourriture, logement, transport, en énergie, etc.
La croissance démographique a une incidence sur l’environnement. L’équilibre entre
population et environnement est fondé sur le style de vie. Le seuil d’exploitation de la nature
est fonction des mutations culturelles et du croît démographique. «La question démographique
recoupe dans une mesure certaine la question écologique. La démographie est un domaine
mixte, incertain, flottant qui participe d’une part de la liberté de l’être humain, d’autre part de
l’équilibre des espèces vivantes de la planète référées aux «enveloppes» écologiques
disponibles.
L'ampleur de la déforestation, en Amazonie ou à Bornéo, est loin de tenir seulement à
l'augmentation de la population dans ces zones : il apparaît clairement que la déforestation dont
elles souffrent s'inscrit dans le cadre d'une mondialisation des échanges.
Selon une estimation, entre 1985 et 2100, la croissance démographique sera responsable
de 35% de l'augmentation des émissions de CO2 au niveau mondial et de 48% dans les pays en
voie de développement.

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Chapitre VI. Les facteurs de dégradation de la biosphère

VI.2. Le problème des pollutions et ses implications écologiques


Il y a pollution lorsqu’il y a augmentation anormale au-dessus d’un certain seuil d’une
substance dans l’environnement ; cette substance peut être naturelle (comme le CO2), qui sature
les mécanismes d’autoépuration, ou suffisamment rare à l’état naturel comme le mercure. Elle
peut aussi être des substances de synthèse qui n’existent pas à l’état naturel dans la biosphère :
les substances organiques de synthèse (pesticides matière plastiques…etc.).
Le terme nuisance désigne toute dégradation de l'environnement qui ne présente pas
d'impact éco-toxicologique mais qui a pour conséquence d'induire une gêne pour les personnes
qui la subissent. À la différence des pollutions, les nuisances ne provoquent pas d'effet néfaste
sur la santé humaine et/ou sur le plan écologique. Toutefois, elles sont perçues à juste titre par
ceux qui y sont exposés comme une modification défavorable de l'environnement.
On peut citer, entre autres, les nuisances esthétiques dues à l’altération de la qualité des
paysages, les nuisances sonores dues aux bruits, ces bruits ayant des intensités inférieures au
seuil de lésions physiologiques, les nuisances olfactives résultant de l'émanation d'odeurs
nauséabondes...etc.
VI.2.1. Notion de Polluants
Un polluant est un élément physique, chimique ou biologique qui provoque une gêne ou
une nuisance dans un milieu. Produit responsable d'une pollution.
Notons que le polluant n’est pas forcément toxique pour les êtres vivants, une substance
non toxique peut, à une concentration donnée, devenir polluant. C’est le cas par exemple du
CO2 qui est indispensable au métabolisme des plantes, mais en quantité importante, devient
toxique pour les animaux. Ceci est valable pour la majorité des substances chimiques, les
nitrates et les phosphates dans le sol et dans l’eau.
VI.2.1.1. Différents types de polluants
Étant donné le grand nombre de polluants, la classification de ceux-ci peut se faire soit
sur des critères physico-chimiques, soit sur les modalités de dispersion ou encore sur le type de
biotope contaminé. Dans le cas présent, nous ordonnerons les polluants selon leur nature : Selon
leur nature, il est possible de définir différentes catégorie de polluants :
Nature du polluant Principaux polluants
Les polluants de nature La chaleur
physique Les radio-isotopes
Le bruit et les vibrations à basse fréquence
Les polluants de nature Dérivés gazeux du chlore et hydrocarbures liquides
chimique Détersifs, tensioactifs
Matières plastiques
Pesticides et autres composés organiques de synthèse

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Chapitre VI. Les facteurs de dégradation de la biosphère

Dérivés du soufre
Dérivés de l’azote et du phosphore (ions eutrophisants)
Métaux lourds (plomb, mercure,…etc.)
Matières organiques fermentescibles
Toxines algales
Les polluants de nature 1. Les germes pathogènes (peuvent êtres inhalés, ou avalés) :
biologique - Virus
- Bactéries
- Champignons (levures)
2. Les parasites des animaux
- Helminthes
- Protozoaires

VI.2.1.2. Classification des types de pollution


Les écologues insistent sur le milieu au sein duquel se déroule la pollution. On parlera
par exemple de pollution de l’atmosphère ou pollution de l'air, de pollution des sols, de pollution
des eaux, la pollution intérieure …etc.
- On peut se fonder sur la nature de la pollution. On parle alors là de pollution
chimique, physique et biologique.
- On peut se fonder sur l’organe de l’homme qui subit la pollution ; on parlera de la
pollution visuelle, la pollution lumineuse, pollution sonore,
- On peut aussi se baser sur le secteur d’activité qui est source de pollution : on parlera
par exemple de pollution industrielle, pollution agricole...etc.
VI.2.1. Les causes générales de la pollution
La civilisation moderne a développé trois principales causes de contamination de la
biosphère auxquelles on peut ajouter une quatrième. Il s’agit entre autres de :
a. La production de l’énergie
Cette cause est principalement liée à l’utilisation des énergies fossiles. Cela entraîne des
pollutions aussi bien en amont ou lieu d’extraction (fuite, perte…) qu’en aval (les gaz
d’échappement, marée noire, collision…etc.).
L’extension des réseaux routiers, l’eau de refroidissement des centrales thermiques
provoquent une pollution thermique des eaux des cours d’eau avec une modification du climat
local. L’utilisation des centrales nucléaires constitue un danger pour l’homme et pour
l’environnement à cause des radiations ionisantes.
b. L’agriculture moderne
L’utilisation des engrais et des pesticides ont rendu un grand service à l’agriculture. Elle
a permis une augmentation des rendements. Mais elle est aussi accompagnée d'effets nocifs
indésirables : destruction et stérilisation des sols, pollution des eaux de surface et des eaux

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Chapitre VI. Les facteurs de dégradation de la biosphère

souterraines, accumulation des déchets agricoles entraînant la rupture du cycle de la matière


pour le phosphore, l’azote, le potassium…etc.
c. L’industrie chimique et métallurgique
L’industrie chimique a permis la mise en circulation de nombreuses substances
organiques de synthèse non biodégradables. Il s’agit des plastiques, des détergent, des
pesticides, des radionucléaire,… qui perturbent le fonctionnement de la biosphère ; de même
que l’industrie métallurgique par l’exploitation des métaux notamment les métaux lourds. La
concentration des industries et de l’habitat dans les mêmes lieux aggrave la pollution en
empiétant sur le couvert végétal nécessaire à l’épuration de la biosphère.
d. Les facteurs sociologiques
L’état d’esprit de la société occidentale de consommation qui consiste à jeter tout ce qui
est vieux, démodé, mais encore utilisable : voitures, appareils, vêtements…etc.
VI.2.2. Dispersion et circulation des substances polluantes
Les substances rejetées dans la biosphère ne restent pas toujours sur place. Dans la
majeure partie des cas, elles sont transportées des sources de rejet par des courants
atmosphériques et hydrosphériques. Des organismes interviennent également dans la dispersion
des polluants.
 Circulation atmosphérique
La circulation atmosphérique joue un rôle fondamental dans la dispersion des polluants
; toutes les substances sont susceptibles de passer dans l’atmosphère. Que ce soit les gaz, les
solides sous forme de poussières, et les liquides sous forme de vapeur (eau, aérosol…). Les
couches troposphériques jouent un rôle important dans cette circulation qui se fait soit
verticalement, soit horizontalement.
 Circulation horizontale
Elle dépend des régimes du vent. En Europe occidentale par exemple, les vents des
secteurs Ouest entrainent les polluants vers l’Est. Ainsi, les pays scandinaves reçoivent les
oxydes de soufre acidifiant leurs lacs provenant des régions fortement industrialisées de l’Ouest
comme la Grande Bretagne, l’Allemagne, la France.
En Afrique de l’Ouest, les alizés du Nord-est (harmattan) ou alizé continental qui
provient essentiellement du Sahara, recouvre entre décembre et février les régions méridionale
d’une épaisse couche de poussière riche en organismes pathogènes, particulièrement les
méningocoques.
 Circulation verticale

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Chapitre VI. Les facteurs de dégradation de la biosphère

En cas d’instabilité atmosphérique, l’air chaud s’élève parfois même à plus de 18Km au
niveau des cellules de Harley. Ces courants ascendants entrainent les polluants en altitude.
La combinaison des mouvements ascendants et horizontaux favorise un mélange ou
échange de polluants entre les 2 hémisphères.
La dispersion horizontale est lente au niveau de la stratosphère ou les vents ont une
vitesse plus faible (1cm/s) de sortes qu'un polluant déposé à ce niveau y séjourne longtemps.
Notons cependant que les polluants ne restent pas indéfiniment dans l’atmosphère, ils
sont ramené au sol par la gravité, les précipitations ou transformés en d’autres substances.
 Dispersion par les êtres vivants
Étant capable de se mouvoir, un animale contaminé dans une région peut se retrouver
dans une autre région et peut être proie à d’autres organismes qui seront contaminés à leur tour
et la pollution peut s’étendre sur plusieurs biocénoses.
 La bioconcentration
De nombreux êtres vivants peuvent accumuler dans leurs tissus et supporter sans danger
des substances diverses à des doses supérieures à celles du milieu ; ces substances peuvent être
des substances naturelles, des substances organiques de synthèse, des métaux lourds, des
radionucléides …etc.
Des algues brunes, les fucus laminaires peuvent concentrer dans leurs tissus de l’iode à
des doses supérieures à celles de l’eau de mer. L’exploitation de l’iode a pendant longtemps été
faite à partir des algues.
La concentration en polluant est très importante chez les saprophages (ex : annélides,
décomposeurs), les lichens et les fruits de mers ce qui fait d'eux des bio-indicateurs. Une analyse
des polluants de ces organismes témoigne du niveau de pollution du milieu.
 La bioaccumulation
C’est une accumulation des substances à travers la chaine alimentaire. Les substances
peuvent être absorbées par les êtres vivants. Comme elles sont peu ou pas biodégradables, les
doses absorbées restent intactes et augmentent d’un niveau trophique à une autre. On a alors
une pyramide de concentration inverse à celle des biomasses.
Les métaux lourds s'accumulent au niveau des cellules hépatiques, les molécules
liposolubles s'accumulent dans les graisses.
On appelle facteur de concentration (FC) le rapport de la concentration d’un polluant
par la concentration du polluant dans le milieu.

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Chapitre VI. Les facteurs de dégradation de la biosphère

On appelle facteur de transfert (FT) le rapport de la concentration du polluant dans un


organisme de rang n+1 par sa concentration chez l’individu de rang n (l’organisme n+1 étant le
prédateur de l'organisme n).
L'homme étant le super-prédateur, il est au sommet de la chaîne alimentaire et accumule
dans son organisme, ses propres polluants en quantités. La bioaccumulation est responsable de
beaucoup de cancers. Par le jeu de des chaines alimentaire et des courants atmosphériques et
hydrosphériques, les polluants vont s’étendre à toute la biosphère.
VI.4. Les limites des ressources de la biosphère
Dans son ouvrage « Le temps du monde fini », Geneviève Azam nous rappelle la belle
formule de Paul Valéry, écrite en 1931 : « le temps du monde fini commence ». Et s’étonne
qu’un tel appel n’ait pas été entendu.
Cette surdité, l’aveuglement qui l’accompagne, deviennent aujourd’hui
particulièrement préoccupants : la démesure qui s’est emparé de nos sociétés modernes, dans
le droit fil d’une révolution techno-industrielle expansionniste, déstabilise dangereusement la
biosphère. Ou plutôt, s’attaque sans relâche à la nature – et donc à l’humain, ne nous y trompons
pas. Car les sociétés reposent sur le vivant – comme leurs économies !
VI.4.1. La question des limites
Que l’on remonte à Malthus (1798), ou seulement au Rapport du Club de Rome dit «
Rapport Meadows » (Limits to growth, traduit maladroitement en français par «Halte à la
croissance»), publié en 1972 pour le Sommet planétaire de Stockholm – qui devait mettre à
l’Agenda des Etats la problématique de l’environnement – la question des limites est rejetée
sans mesure.
Rappelons les trois principales conclusions de ce Rapport :
1. Si les rythmes actuels de croissance de la population mondiale, de l’industrialisation,
de la pollution et des prélèvements sur les ressources naturelles, se poursuivent inchangés, les
limites à la croissance dans cette planète seront atteintes dans la prochaine centaine d’années,
avec pour résultat probable un déclin incontrôlable à la fois de la population et de notre capacité
industrielle.
2. Il est possible de corriger cette dérive et d’établir les conditions d’une stabilité
écologique et économique soutenable durablement permettant à chaque habitant de la Terre de
satisfaire ses besoins naturels et de réaliser équitablement, son potentiel humain personnel.
3. Si la population mondiale opte pour cette seconde stratégie, plus tôt elle le fera, plus
grandes seront ses chances de succès.

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Chapitre VI. Les facteurs de dégradation de la biosphère

Le Rapport Brundtland paru en 1987 a fini par imposer l’idée que notre développement
n’était pas durable – parce que ne respectant pas l’idée de limites – et qu’il fallait s’orienter vers
un développement soutenable. Mais faute d’avoir changé les modes de pensée dominants, qui
nous conduisent aujourd’hui à une crise économique et écologique planétaire, on n’en est
encore trop largement qu’à du «développement pourvu que ça dure» ! L’hypothèse encore
largement admise chez les économistes de la « soutenabilité faible », qui admet que les pertes
de biodiversité et autres détériorations du « capital naturel » peuvent être compensées par des
innovations techniques ou industrielles.
Changer les modes de pensée dominants sur le fonctionnement des sociétés humaines,
c’est adopter une vision écologique du monde. C’est reconnaître que l’état et la dynamique des
sociétés, et notamment leur économie, reposent sur le vivant. C’est rompre avec le divorce
occidental entre les humains et la nature.
VI.4.2. La Biosphère et ses limites
Inquiétant qu’il soit devenu nécessaire de rappeler que nous dépendons totalement de la
biosphère. De rappeler que la première source d’énergie dont nous avons un besoin vital est la
photosynthèse. Merci, phytoplancton, algues et plantes terrestres pour l’oxygène que vous
émettez ; merci de votre production, qu’on appelle primaire parce qu’elle est la première, base
de toutes les autres dans les réseaux du vivant. Une production variable au fil des temps
géologiques, mais nécessairement limitée : 130 milliards de tonnes actuellement par an sur
terre, 110 en mer (Barbault et Weber, 2010).
Forte aujourd’hui de sept milliards d’habitants – environ neuf milliards attendus pour
2050. Notre espèce aux besoins énergétiques élevés détourne à son usage environ 25% de la
production primaire terrestre mondiale (Haberl et al, 2007). Une proportion croissante qui,
associée à la destruction des habitats qui l’accompagne, menace le futur de bien des espèces (ex
: Teyssèdre, 2004).
L’espace est en effet lui-même une ressource limitée. La conversion de forêts, prairies
et autres habitats semi-naturels en champs cultivés et autres milieux « anthropisés » réduit
d’autant l’espace disponible pour les espèces inféodées à ces habitats semi-naturels. Ainsi la
relation empirique aire-espèces bien connue des écologues depuis près de cent ans, dite loi
d’Arrhenius, montre que la disparition massive des habitats à l’échelle mondiale doit se solder
par une réduction importante du nombre total d’espèces sur Terre d’ici quelques décennies (cf.
Rosenzweig, 1995, 2001). Notons au passage que, puisque les exigences spatiales des
organismes vivants augmentent avec leurs besoins énergétiques, les mammifères et oiseaux (au

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Chapitre VI. Les facteurs de dégradation de la biosphère

métabolisme élevé) sont particulièrement menacés par la réduction et la fragmentation actuelle


des habitats (cf. UICN/ Balmford et Bond, 2005 et les regards n°6 et n°45).
La loi d’Arrhenius S = [Link], cette équation générale relie le nombre d’espèces à
l’équilibre S d’une communauté d’organismes similaires (même niveau trophique) à la surface
A occupée par cette communauté. Dans cette équation, le coefficient c varie notamment avec
la densité des communautés concernées (en nombre d’individus par unité de surface), donc avec
le taxon et la latitude, et l’exposant z notamment avec l’isolement géographique (ainsi les
communautés insulaires sont davantage menacées que les communautés régionales non
isolées).
La transformation des conditions de vie physicochimiques (ex. : teneur en azote,
température, taux d’humidité, pH…) et biologiques descriptives des habitats se heurte quant à
elle aux limites d’adaptation et d’organisation des espèces qui les peuplent, et charpentent les
écosystèmes. Ainsi la modification progressive et massive des habitats terrestres et marins sous
l’effet des activités humaines (agriculture intensive, autres pollutions chimiques des sols et
cours d’eau, augmentation des émissions de CO2 et CH4, …) cause la raréfaction des espèces
spécialistes d’habitats non anthropisés au profit d’espèces généralistes ou commensales de
l’Homme (ex. Clavel et al. 2010, Teyssèdre et Robert 2014).
Les réserves de ressources matérielles prélevées ou détruites dans les écosystèmes par
les humains sont bien entendu limitées, comme l’a souligné le rapport Meadows. Ainsi la pêche
industrielle, peu ou pas régulée aux échelles nationale et internationale, épuise localement et
réduit globalement les stocks de poissons – principalement les grandes espèces, situées en haut
des chaînes trophiques – depuis quelques décennies, tout en modifiant la structure et le
fonctionnement des réseaux écologiques (Pauly et al. 1998).
La biosphère, en outre, n’est pas qu’un réservoir d’espèces et de ressources vitales pour
les humains. C’est un vaste complexe d’écosystèmes organisés et interconnectés, dont non
seulement la productivité mais aussi la stabilité et la résilience sont limitées. Par leurs multiples
interactions, les réseaux d’organismes qui structurent les écosystèmes modèrent les variations
des conditions de vie locales et régionales, voire globales. Ainsi les zones humides recyclent la
matière organique, purifient les eaux de surface, modèrent les crues et les périodes de sécheresse
à l’échelle locale et régionale.
La résistance de ces réseaux aux perturbations, ainsi que leur résilience après
dégradation sont elles aussi limitées : au-delà d’un certain seuil – généralement méconnu des
acteurs humains – la perturbation d’un écosystème le fait basculer vers un autre régime de
fonctionnement, défavorable à la survie de tout ou partie des organismes présents (Scheller et

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Chapitre VI. Les facteurs de dégradation de la biosphère

al. 2001, Kefi et al. 2007). Exemple classique : Le déversement d’engrais azotés dans les zones
d’agriculture intensive cause l’eutrophisation des cours d’eau, nappes phréatiques et
écosystèmes littoraux régionaux. (Les écosystèmes aquatiques euthrophisés accumulent les
bactéries anaérobies émettrices de CO2, de méthane ou de sulfure d’hydrogène ainsi que les
déchets organiques, tout en perdant leur limpidité, leur capacité à recycler l’oxygène, leurs
poissons et autres animaux par définition aérobies…)
Les écosystèmes, et la biosphère elle-même, sont dotés d’une résilience limitée. La
Terre ne pourra rester accueillante pour les humains que si ceux-ci réduisent notablement leurs
pressions sur la plupart des écosystèmes terrestres et marins. Tout projet de domination de la
biosphère est mortel pour les humains que nous voulons être ! Toute trajectoire d’amplification
des impacts sur les écosystèmes, planifiée ou non, met en péril les sociétés humaines avec
l’effondrement des écosystèmes et l’épuisement des fameux « services » qu’ils rendent aux
sociétés. En d’autres termes, rien ne sert aujourd’hui d’ignorer les interdépendances entre
humains et biodiversité. L’urgence est au contraire de décrypter les mécanismes écologiques,
économiques et sociaux qui sous-tendent le fonctionnement des socio-écosystèmes et de les
faire connaître à l’ensemble des acteurs des sociétés, pour favoriser la gestion collective,
équitable et adaptative des ressources en même temps que la préservation de la biodiversité et
des milieux de vie (Couvet et Teyssèdre 2010).

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