INTRODUCTION À LA
LINGUISTIQUE
1re année
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Plan
• I. Linguistique / sciences du langage. Objet d’étude. Langue, langage.
• II. Écoles linguistiques.
• II.1. Grammaires générales. Grammaire comparée. Linguistique historique.
Néo-grammairiens.
• II.2. Ferdinand de Saussure : une nouvelle approche en linguistique. Le signe
linguistique. Les distinctions saussuriennes.
II.3. Écoles structuralistes.
II.3.1. Structuralismes fonctionnels. Fonctions du langage. Glossématique.
[Link] formalismes. Descriptivisme. Distributionnalisme. Grammaire
générative.
• III. Vers une linguistique de la parole / du discours. La dimension
énonciative.
• IV. Domaines.
• IV.1. Les composants de la description linguistique.
• IV.2. Géolinguistique.
• IV.3. Éléments de sociolinguistique.
• IV.4. Éléments de psycholinguistique. Acquisition du langage.
• V. Synthèse : données, méthodes et constitution de l’objet d‘étude par le
linguiste.
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Bibliographie
• Benveniste, Émile, Problèmes de linguistique générale, I, II, Paris, Gallimard, 1966, 1974
• Ducrot, Oswald, Schaeffer, Jean-Marie (dir.), Nouveau dictionnaire encyclopédique des sciences du
langage, Paris, Ed. du Seuil, 1995
• Hjelmslev, Louis, Prolégomènes à une théorie du langage, Paris, Editions de Minuit, 1968
• Jakobson, Roman, Essais de linguistique générale, Paris, Minuit, 2003
• Kerbrat-Orecchioni, Catherine, L’énonciation. De la subjectivité dans le langage, Paris, Armand
Colin, 1999 (4e éd.)
• Klinkenberg, Jean-Marie, Précis de sémiotique générale, Louvain-la-Neuve, De Boeck Université,
1996
• Martinet, André, Éléments de linguistique générale, Paris, Armand Colin, 1967
• Meillet, Antoine, Linguistique historique et linguistique générale, Paris, H. Champion 1958
• Paveau, Marie-Anne, Sarfati, Georges-Elia, Les grandes théories de la linguistique. De la
grammaire comparée à la pragmatique, Paris, Armand Colin, 2003
• Pottier, Bernard, Linguistique générale. Théorie et description, Paris, Klincksieck, 1974
• Ruhlen, Merrit, L’origine des langues, Paris, Gallimard, 2007
• Saussure, Ferdinand de, Cours de linguistique générale, Paris, Payot, 1967
• L'aménagement linguistique dans le monde, [Link]
• Trésor de la langue française informatisé, [Link]
• [Link]
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Evaluation
1) Evaluation orale sur la base des devoirs (50 %)
- date à établir (période de la session d’examens)
2) Evaluation des devoirs réalisés le long du semestre
(50 %)
- date à établir (période de la session d’examens)
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I. Linguistique / sciences du langage. Objet d’étude. Langue, langage.
• « La linguistique est l'étude scientifique du langage humain. Une étude
est dite scientifique lorsqu'elle se fonde sur l'observation des faits et
s'abstient de proposer un choix parmi ces faits au nom de certains
principes esthétiques ou moraux. "Scientifique" s'oppose donc à
"prescriptif". Dans le cas de la linguistique, il est particulièrement
important d'insister sur le caractère scientifique et non prescriptif de
l'étude : l'objet de cette science étant une activité humaine, la tentation
est grande de quitter le domaine de l'observation impartiale pour
recommander un certain comportement, de ne plus noter ce qu'on dit
réellement, mais d'édicter ce qu'il faut dire » (Martinet, 1967 : 6).
• description du fonctionnement des langues
• langage / langue(s) naturelles
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II. Écoles linguistiques.
II.1. Grammaires générales. Grammaire comparée. Linguistique
historique. Néo-grammairiens.
• Grammaires générales /vs/ grammaire d’une langue
particulière
• Identifier les principes régissant le fonctionnement de
toutes les langues
• Grammaire de Port-Royal (Claude Lancelot, Antoine
Arnauld, Grammaire générale et raisonnée, 1660)
• + autres grammaires des 17e et 18e siècles (N. Beauzée,
Grammaire générale, 1767; C. Chesneau du Marsais,
Logique et principes de grammaire, 1769)
- l’apprentissage des langues doit s’appuyer sur ces
principes
L’intérêt pour les différentes langues – lié à la découverte
de nouvelles langues lors de l’expansion coloniale (à
partir du 16e siècle)
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• Langue – reflet de la pensée (rapport avec la logique),
générale
• Exemple : correspondance entre catégories de mots et
constituants de la pensée
• Objets des pensées : noms, adjectifs
• Forme, manière des pensées : verbes
• Choses – noms jugement – attribuer
• Propriétés – adjectifs une propriété à une
• chose
• Être
• Autres verbes : être + adjectif : le chien court = le chien
est courant
• Analyse de la pensée + exigences de la communication
• Nom commun, accord nom-adjectif, ordre des mots
(exception : allemand, latin ; figures)
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• Apport des grammaires générales
• - prise en compte d’autres langues que le latin
• - dépassement de la vision du Moyen Âge
(traités consacrés à l’acte de signifier), de celle
de Vaugelas (grammaire – « bons usages »)
• - les grammaires générales rendent compte des
usages particuliers sur la base de règles
générales déduites – analyse de la pensée ;
rapport avec la communication
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Grammaire comparée
• 19e siècle (1810-1875)
• 2 volets :
• GC – établir la parenté entre 2 / plusieurs idiomes (temps, espace)
• linguistique historique (à partir de 1860) – analyse des éléments de filiation
entre une langue B et une autre langue A chronologiquement antérieure
- coup d’envoi : découverte du sanskrit (langue brahmi) (fin du 18e s., 1784), par
des érudits anglais, comparaison avec le latin et le grec, existence de similitudes
- Études indo-européennes
Précurseurs
- 1756 – A. Turgot, article « Étymologie » dans l’Encyclopédie
- J.C. Adelung (1732-1806), Dictionnaire, Mithridates – proximité géographique
pour rendre compte de la parenté des langues
- P. S. Pallas (1741-1811) – Vocabulaire comparé des langues du monde
- auteurs travaillant sur des langues non indo-européennes
- P. Sanovics, Démonstration que le hongrois et le lapon sont une seule et
même langue (1770)
- S. Gyarnathi, Démonstration de l’affinité linguistique du hongrois et du
finnois (1799)
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Méthode comparative
• constat de parentés :
– héritage – à partir d’une langue-souche (indo-
européen) reconstruite
- comparaison des éléments grammaticaux, pour
établir l’évolution :
- langue mère / grandes langues (italique,
germanique, slave, etc.) / familles de langues
…emprunts / interférences ; motivation ; hasard
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Italien
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Néerlandais
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• Études indo-européennes – érudits allemands (romantisme)
• 1) Les frères Schlegel
• Cercle romantique d’Iéna
• F. von Schlegel – grammaire comparée (vergleichende Grammatik)
• A. W. von Schlegel – typologie tripartite des langues : isolantes, affixantes, flexionnelles
• 2) Les frères Grimm
• J. Grimm – « loi de Grimm » / loi phonétique ; mutation consonantique (germanique
préhistorique)
• Correspondances : «f» ([Link]) - «p» (grec, latin)
• «p» ([Link]) - «b» (grec, latin)
• «th» ([Link]) - «t» (grec, latin)
• «t» ([Link]) - «d» (autres langues)
• les frères Grimm – collecte et transcription du folklore
• 3) R. Rask – linguiste danois
• - applique les principes du rationalisme empiriste du 18e s. (description et classement des
données)
• - Recherches sur l’origine de l’ancienne langue nordique ou islandaise (1818) – parenté
islandais – lg. slaves, balte, grecque, latine (sons); application de l’étymologie
• - parmi les premiers à avoir reconnu l’existence de la famille indo-européenne 26
• 4) F. Bopp
• - sanskrit – langue souche, dont découlent les lg. i-e par transformation (influence de la
théorie évolutionniste de Darwin
• Grammaire comparée du sanskrit, du zend, du latin, du lituanien, du vieux slave, du
gothique et de l’allemand
• entreprend avec les instruments de l’enquête étymologique l’analyse de l’origine des
formes flexionnelles (qui résulteraient d’un stade d’affixation antérieur de termes
auxiliaires)
• 5) W. von Humboldt – anthropologie linguistique
• Plus une conception dynamique et structurale du langage qu’historique
• Une approche empirique (à partir d’un grand nombre de langues) /vs/ préoccupation
pour le fonctionnement du langage
• Herder : langue – expression du génie du peuple; langue / culture
• Goethe : langue – organisme vivant – comprend ses développements ultérieurs
• « forme interne du langage» (chaque idiome – organisation interne qui rend compte
du rapport avec les perceptions)
• Principes :
• - langage – mode d’activité de l’esprit humain ; energeia (production) + ergon (produit)
• - langage = dimension spirituelle + matière sonore sensible
• - « forme interne du langage» : chaque idiome – mode d’organisation particulier
• Langue – vision du monde ; développements ultérieurs (« hypothèse Sapir-Whorf »)27
• Linguistique historique
• A. Schleicher
• - autre développement de la GC
• Grammaire historique de l’allemand (1860)
• Recherches sur les langues d’Europe (1850)
• Abrégé de la grammaire comparée des langues indo-européennes (1861-
1862)
• La théorie darwinienne et l’esprit des langues (1865)
• - reconstituer les différentes étapes de l’évolution d’une langue
• - rejette l’idée sanskrit – langue mère; l’hypothèse de l’indo-européen
(Ursprache – langue première)
• - méthodologie :
– schéma de l’arbre généalogique (Stammbaumtheorie): langue mère (tronc de l’arbre) –
langues filles (branches)
– reconstruction de l’indo-européen primitif
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• Rapport linguistique – sciences naturelles
• linguistique – philologie
• Envisage les branches de la « science linguistique» : théorie du phonétisme, t.
de la forme des mots (morphologie), t. de la fonction (fonctionnelle), t. de la
structure des phrases (syntaxe)
• Ø lexicographie
• Langues – organismes vivants
• Stades d’évolution :
– - stade préhistorique (émergence de formations idiomatiques de plus en plus complexes)
– - stade historique (involution de l’organisation formelle des langues)
• Indo-européen – entre deux époques ; langues flexionnelles – stade
d’organisation supérieure
• - Comme Humboldt, langage – manifestation à travers une forme sonore rapport de la
pensée
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Lg. historique
• 1) changement lg. – déterminé par
– des mécanismes internes (héritage) (hôtel) (causes internes)
– + action consciente (emprunt) (hôpital)
2) changement lg. – régulier
- en tenant compte de l’organisation grammaticale de la langue (composants
grammaticaux)
- régularité au niveau des composants phonétiques (lois phonétiques)
Fr. c+a – ch : campus – champ
cantare - chanter
calvus – chauve
casa – chez
Roumain a acc.+n+cons.m > î a acc.+n+voy > î
blandus > blînd fontana > fîntînă
campus > cîmp canis > cîne
canto > cînt lana > lînă
prandium > prînz mane > mîne
manus > mînă
- Lois phonétiques – résultat de la tendance au moindre effort (langue – moyen de
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communication)
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• Classification des langues
• A)- classification génétique
• B) classification géographique (Sprachbund) : Balkans (lg. romanes, slaves, grec,
albanais); lg. baltes – lg. slaves
• C) classification typologique – mêmes mécanismes
– Lg. tonales (chinois) /vs/ lg. non tonales
– Lg. avec marques de nombre /vs/ lg. sans marques de nombre, etc.
– Universaux du langage (catégorie du verbe, du nom)
Typologie classique - selon le mode de relation entre radicaux et affixes :
- lg. isolantes (ø variation des mots; les fonctions – marquées par des relations
syntaxiques : chinois, vietnamien)
- lg. agglutinantes (ø variation des mots ; les uns après les autres : hongrois, turc
- Ex. turc : çocuk « l’enfant» ; çocuklar « les enfants » ; çocuklarim « mes enfants »
- Inuktitut : natssiviqtulauqsimavilli « As-tu mangé de la viande de phoque ?»
- base de la construction natsiq « phoque »;
- Suffixes lexicaux : viniq « viande » ; tuq « manger » ; lauk « avant » ; sima « déjà »
- Suffixes grammaticaux : vi (interrogation) « est-ce que » ; t – marque de la seconde
personne
- suffixe enclitique : -li « mais » 36
• lg. flexionnelles : une partie du mot varie avec la fonction
(cette partie n’est pas toujours délimitable et présentant des
fonctions différentes, contrairement aux langues
agglutinantes)
• Français – flexionnelle au départ - vers modèle isolant +
éléments des langues agglutinantes (composés en super-,
hyper-)
• Typologie de Greenberg
• - lg. romanes – SVC / Prép / Nadj / NGen (comme albanais,
khmer, malais, langues bantoues, etc.)
• Analytique - synthétique
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Néo-grammairiens
• Tentative de renouvellement / remise en cause de la grammaire
comparée par l’introduction des principes positivistes (deuxième
moitié du 19e siècle, A. Comte)
• A) nécessité d’introduire une dimension explicative dans la lg.
historique (causes) (observation inductive et déductive)
• B) à partir des principes d’une approche positiviste (sciences de la
nature)
• C) analyse d’états de langue proches
• D) cause articulatoire (physiologique) – action « aveugle » des lois
phonétiques
• E) cause psychologique – analogie : solutionner, actionner
(fonctionner) ; se rappeler de (se souvenir de)
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• F) approche historique – explicative +
• la seule explication linguistique pertinente est
historique
• Rapport sens premier-sens dérivé (punaise, canard,
pied, bras, bouche…)
• Dérivation (maisonnette – maison)
• G. Curtius, Grundzüge des griechishen Etymologie /
Fondements de l’étymologie grecque, 1858-1868
• G.I. Ascoli, H. Paul, F. de Saussure…
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Sémantique historique
• phonétique historique – sémantique historique
• Michel Bréal, Essai de sémantique : science des significations
(Paris, 1890)
• - principes généraux régissant le changement du sens (causes –
intelligence, volonté des usagers)
• Amant, maîtresse – sens « noble » (17e siècle) – sens
« péjoratif » (19e siècle) : tendance (psychologique) à
l’euphémisme
• Spécialisation des mots, métaphore – tendances générales de
l’esprit humain, psychologiques, gouvernant aussi les
changements phonétiques
• Contrairement aux comparatistes, Bréal considère la linguistique
comme une science humaine et historique
• Remet en question le caractère naturel des lois phonétiques
(elles seraient aussi de nature psychologique) 41