Manuel Mondialisation
Manuel Mondialisation
Angela Barthes
Si ce manuel est personnel dans les analyses et les conclusions qui émaillent
les chapitres, il emprunte sans scrupule aux uns et aux autres la plus grande
partie des éléments de ces démonstrations. L. Carroué, M. Collon, et bien
d’autres, dont les autorisations m’ont été d’un grand secours, se
reconnaîtront au fil des lignes. Qu’ils en soient remerciés.
Cet ouvrage se veut simple, c’est à dire dégagé des fioritures ou
phénomènes secondaires. L’analyse brute est privilégiée pour permettre au
lecteur de se construire une grille de compréhension des faits historiques et
des évènements actuels dans le processus de mondialisation libérale. A lui
aussi de considérer que cette trame est insuffisante et qu’il convient de
rajouter tous les éléments lacunaires : tout ce qui fait la richesse et la
complexité du monde actuel. Adopter une démarche critique vis-à-vis de la
multitude d’informations dont nous disposons, savoir aller à l’essentiel et
mettre un temps le superflu entre parenthèses, permet de se doter d’éléments
de compréhension et d’agir à son échelle.
S’il a été conçu pour des premiers cycles universitaires en sciences
humaines, cet ouvrage a aussi l’ambition d’être utile à ceux que l’ordre du
monde révulse, aux résistants, aux militants. Il relève d’un volontarisme,
d’un parti pris, d’un optimisme aussi, à travers la preuve qu’aucune situation
n’est immuable, d’une modestie enfin, car chacun peut dans la diversité
apporter une brique au grand mur qu’il reste à construire.
Sommaire
5
2.5. Un système de dépendance asymétrique ...............................................................55
2.5.1. Les instruments économiques de la dépendance asymétrique : la
dégradation des termes de l’échange et la dette...................................................55
2.5.2. La fragilité des pays dans lesquels les capitaux étrangers sont présents. ..58
2.6. Un système mondialisé qui présente des contradictions internes ..........................61
Conclusion ...........................................................................................................................75
Bibliographie ......................................................................................................................77
Annexe 1 : l’indice de développement humain ................................................................79
Annexe 2 : sigles utilisés dans cet ouvrage .......................................................................83
Liste des fiches ....................................................................................................................85
6
Aujourd’hui, la mondialisation est fréquemment comparée à une
immense machine qui s’est emballée, incontrôlable, à l’intérieur de laquelle
les individus seraient libres et égaux et seuls responsables de leur situation
personnelle. Rien n’est plus inexact. S’interroger permet d’appréhender la
complexité du monde actuel. Qu’entend-on exactement par mondialisation ?
Quelles sont les conséquences des dynamiques libérales? Quels sont les
enjeux à l’oeuvre? Quels sont les acteurs ? Y a-t-il des responsables ? C’est
à ces interrogations que répond cet ouvrage, en s’appuyant sur des données
nombreuses issues d’organismes officiels. Il s’organise en quatre temps. Un
cadrage contextuel permet d’assimiler les dynamiques historiques et de
comprendre les évolutions actuelles. Une brève description des principes
fondateurs et des grandes caractéristiques de la mondialisation permet
d’anéantir quelques idées reçues, communément admises. L’identification
des principaux acteurs, entreprises transnationales, organismes
internationaux et états, concède la possibilité de déterminer d’éventuels
responsables. Enfin un rapide éclairage des conséquences, en termes
sociaux, des politiques libérales est essentiel à l’évaluation de la portée des
processus en cours.
7
1. Cadrage conceptuel et historique
9
rentables. Notons que la somme d’emplois disponibles pour une même
production est alors plus réduite. La fermeture des commerces de proximité
dans les campagnes au profit de quelques supermarchés de périphérie
urbaine est exemplaire. Les données fournies par l’INSEE (Tableau 2)
signalent la vivacité de ces disparitions ces trente dernières années. La
concentration économique et l’arrêt des petites unités productives sont donc
des processus étroitement associés par le principe de la concurrence (Fiche
1).
10
Fiche 1 :
La concentration économique et la disparition des petites unités
productives sont des processus étroitement associés
Tableau 1 :
L’accroissement des fusions en milliards de dollars dans le monde entre 1990 et 2000
4000
3540
3500
3305
M illiard d e D o llars
3000
2500
2530
2000
1500 1605
1000 1 136
975
500 407
328 286 325 465
0
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000
11
Tableau 2 :
Le commerce de proximité en France entre 1966 et 1998
12
1.2. Les processus historiques de la mondialisation
Le système capitaliste et mondial s’est développé progressivement mais
ne s’affirme réellement comme système universel qu’à partir du XIXème
siècle. L’histoire de la mondialisation est classiquement divisée en trois
phases.
13
1.2.2. La deuxième phase s’illustre par le regroupement du capital
industriel qui induit la colonisation
Cette seconde période historique est caractérisée par le passage d’un état
où une multitude de petites entreprises diverses s’ignoraient réciproquement
et produisaient pour le marché local, à celui où un seuil de concentration
suffisant des exploitations permet à ces dernières de s’entendre aux dépens
des autres. Cette époque, contemporaine de la révolution industrielle, est
aussi celle de la formation des monopoles d’Europe occidentale. Alors
qu’en 1860 les grands regroupements industriels sont quasiment inexistants,
seulement quarante ans plus tard, ils deviennent une base de la vie
économique. L’analyse des principales étapes de la formation des
monopoles permet d’identifier les tournants historiques des prises de
pouvoir économique et politique à l’origine de la hiérarchie mondiale
actuelle:
- Les années 1860-1880 constituent le point culminant du
développement de la libre concurrence. Les monopoles ne sont que des
embryons à peine perceptibles.
- La crise de 1873 inaugure une période de large développement des
cartels. S’ils manquent encore de stabilité, ils prennent cependant une large
part des marchés manufacturiers.
- Durant la période d’essor de la fin du XIXème siècle et la crise de
1900-1903, les cartels deviennent irrémédiablement une des bases de la vie
économique. Ils s’accordent sur les conditions de vente, les échéances, se
répartissent les débouchés, déterminent la quantité de produits à fabriquer,
fixent les prix et répartissent les bénéfices entre les diverses entreprises, etc.
Les ententes et les économies d’échelle permettent un accroissement rapide
des chiffres d’affaires et accentuent les mécanismes de concentration.
L’exemple états-uniens est à ce titre très probant (Tableau 3)
14
Tableau 3 :
La concentration industrielle entre 1904 et 1909 aux Etats-Unis
15
Fiche 2 :
Les conquêtes coloniales et la finitude de l’espace géographique
Tableau 4 :
Territoires appartenant aux puissances colonisatrices
(en pourcentage)
1876 1900
Afrique 10,8 90,4
Polynésie 56,8 98,9
Asie 51,5 56,6
Australie 100,0 100,0
Amérique 27,5 27,2
Source : Supan A., (1906), modifié
Tableau 5 :
Possessions coloniales des grandes puissances en 1876 et 1914
(En millions de kilomètres carrés et en millions d’habitants)
1876 1914
Km² hab. Km² hab.
Angleterre 22,5 251,9 33,8 440,0
Russie 17,0 15,9 22,8 169,4
France 0,9 6,0 11,1 95,1
Allemagne 0 0 3,4 77,2
États-Unis 0 0 9,7 106,7
Japon 0 0 0,7 72,2
Total pour
40,4 273,8 81,5 960,6
les 6 grandes puissances
Colonies des autres
puissances 0 0 9,9 45,3
(Belgique, Hollande, etc.)
Source : Hubner J., (1916), modifié
16
Tableau 6 :
Possessions coloniales des grandes puissances en 1938
1938
en millions de km 2 en millions d’habitants
Angleterre 33,6 496,7
France 12,1 70,5
Pays Bas 2,1 68,3
Portugal 2,1 10,6
Belgique 5,4 14,3
Allemagne 0 0
Italie 3,4 1
Japon 0,3 30,9
États-Unis 0,3 18,5
Total 59,4 711
Source : Etemad B., (2000), modifié
17
1.3. La troisième phase est marquée par le nouveau rôle des banques et
l’hégémonie du capital financier
Cette période historique est caractérisée par le nouveau rôle des banques
dans le secteur industriel. En effet, la fonction initiale des banques est de
servir d’intermédiaire dans les paiements. En collectant l’épargne pour la
prêter aux industriels, elles transforment l’argent passif qui leur est confié
en argent actif, c’est-à-dire générateur de profit. Au fur et à mesure que les
banques se développent, elles se regroupent et disposent alors d’une grande
quantité d’argent utilisé par le secteur productif du pays (Fiche 3). En
Europe, la fin du XIXème siècle et le début du XXème constituent les périodes
clés de l’affirmation de ce processus (Tableau 8a et 8b). Au « Crédit
Lyonnais », le nombre des comptes bancaires est passé de 28 535 en 1875 à
633 539 en 1912. Aujourd’hui, le secteur bancaire est très concentré
(Tableau 9) et les dix principales banques mondiales appartiennent à la
triade (Japon, USA, Europe).
18
Fiche 3 :
La concentration financière
est un processus structurel de la mondialisation
Tableau 8a :
La concentration bancaire en France entre 1870 et 1909
* ces chiffres concernent les trois plus importantes banques françaises en millions de francs
Source : Lescure J., (1914), modifié
Tableau 8b :
La concentration bancaire en Allemagne entre 1895 et 1911
19
Tableau 9 :
Les 10 principales banques classées selon leurs avoirs totaux en septembre 2000
appartiennent à la triade (Japon, USA, Europe)
Avoirs
Banque Pays
(Milliards de $)
Fuji-IBJ-DKB 1.480
Sanwa-Asahi-Tokai 1.050
Japon
Sumitomo-Sakura 960
Bank of Tokyo-
690
Mitsubishi
BNB-Parisbas France 670
Cytigroup 670
Etats Unis
Bank of America 620
Deutsche Bank Allemagne 600
UBS Suisse 570
Grande-
HSBC Holdings 480
Bretagne
20
L’époque contemporaine fait donc partie de la troisième étape historique
d’un long processus de mondialisation. Les nouveautés introduites sont :
- une intensité d’échanges commerciaux, de concentration
industrielle et bancaire accélérée depuis 1990. Cette période est aussi celle
de la création d’organismes tels que le FMI ou l’OMC et le renforcement de
groupements de pays tels que l’OCDE .
- l’importance hégémonique du capital financier et le nouveau rôle
des banques. Les effets sur les populations sont considérables car la gestion
des productions est réalisée en fonction d’une rentabilité à court terme, et
non en fonction des besoins.
- la contradiction de plus en plus importante entre le niveau de
production et le niveau de consommation oblige les grandes puissances à
trouver des débouchés nouveaux, à exporter leurs capitaux.
- la finitude de l’espace géographique (il n’y a plus de nouveaux
espaces à coloniser) implique des luttes d’influence pour le contrôle des
matières premières, des nouveaux débouchés et des lieux d’investissement.
Par conséquent, le nombre de conflits armés augmente.
21
2. Les caractéristiques actuelles de la mondialisation
Tableau 10 :
L’accroissement des échanges internationaux depuis 1950
23
2.1. Une hiérarchie importante des pôles de décision
2.1.1. La polarisation importante des moyens financiers amène des
processus de décision de plus en plus centralisés
La concentration financière aboutit à une polarisation importante des
lieux de détention des capitaux. Les statistiques industrielles et bancaires
contemporaines donnent sur ce processus des renseignements complets et
précis (Fiche 4). La triade (Japon, Amérique du Nord, Europe occidentale)
représente 94 % du chiffre d’affaires mondial. D’après les données de la
CNUCED, sur les 104 premières entreprises transnationales mondiales,
seules 5 ne font pas partie de la triade (Tableau 11). Si l’on limite l’analyse
aux 50 premières sociétés mondiales, seuls 8 pays sont concernés et sont
tous membres de la triade (Tableau 12). Le quasi-monopole des activités de
recherche dans leur pays leur confère une avance indéniable dans le
domaine de la maîtrise technologique (Tableau 13). C’est donc dans ces
pays que les moyens financiers sont concentrés, c’est donc également à
partir d’eux que les principales décisions émergent. Ces pays, tenant à
maintenir leur « leadership », favorisent des décisions qui leur permettent de
conserver et d’accroître leurs avantages. Les centres décisionnels ont ainsi la
capacité d’imposer aux autres leurs intérêts propres aux dépens de l’intérêt
plus global, d’où les déséquilibres constatés entre les pays dits du sud et
ceux du nord. Il faut noter cependant que ces centres d’impulsion évoluent
en fonction des rapports de force et qu’ils se sont déplacés à plusieurs
reprises au cours de l’histoire. Actuellement aux Etats-Unis, ils ont d’abord
été focalisés au Portugal et en Espagne au XIVème et XVème siècle, en
Hollande au début du XVIIème siècle, puis au Royaume-Uni au XVIIIème et
XIXème siècle. Différents rapports officiels, dont ceux de la CIA, indiquent
que nous sommes actuellement de nouveau en phase de glissement des
pouvoirs d’une part vers l’Europe, d’autre part vers la Chine et l’Inde. Le
taux de croissance annuel de ces deux derniers pays est respectivement de
6.8 et 4.4 % tandis que celui des Etats-Unis est de 2,8 %. De nombreux
conflits attestent des tentatives de conservation du pouvoir de décision par
les Etats-Unis où une bonne partie de l’économie repose sur l’exercice de
guerre.
24
Fiche 4 :
L’extrême polarisation des lieux de détention des capitaux
Tableau 11 :
La mise en évidence des pouvoirs de la triade : localisation géographique
des cent premières sociétés aux profits les plus élevés en mars 2000
Tableau 12 :
L’extrême polarisation des 50 sociétés aux profits les plus élevés en mars 2000
(millions de $ US)
25
17 Chase Manhattan Corp. 33.710 5.446 406.105 USA
19 Wal-Mart Stores 166.809 5.377 70.245 USA
22 American International
40.656 5.055 268.238 USA
Group
24 Morgan Stanley Dean Witter 33.928 4.791 366.967 USA
25 Lucent Technologies 38.303 4.766 38.775 USA
27 Verizon Communications 33.174 4.202 62.614 USA
29 Johnson & Johnson 27.471 4.167 29.163 USA
30 Bristol-Myers Squibb 20.222 4.167 17.114 USA
32 GTE 25.336 4.032 50.831 USA
33 WorldCom 37.120 4.013 91.000 USA
34 Fannie Mae 36.968 3.911 575.167 USA
37 Procter & Gamble 38.125 3.763 32.113 USA
38 Wells Fargo 21.795 3.747 218.102 USA
40 Hewlett-Packard 48.253 3.491 35.297 USA
41 Bank One Corp. 25.986 3.479 269.425 USA
43 BellSouth 25.224 3.448 42.453 USA
44 AT & T 62.391 3.428 169.406 USA
47 Zurich Financial Services 39.962 3.260 221.178 USA
48 First Union Corp. 22.084 3.223 253.024 USA
49 Pfizer 16.204 3.179 20.574 USA
35 Volvo 15.120 3.897 22.897 S
3 Royal Dutch/Shell Group 105.366 8.584 113.883 NL
21 ING Group 62.492 5.250 493.948 NL
39 Toyota Motor 115.670 3.653 160.571 JAP
45 Nippon Life Insurance 78.515 3.405 423.281 JAP
20 Olivetti 30.087 5.268 75.699 IT
16 Cable & Wireless 14.825 5.758 34.343 GB
18 HSBC Holdings 39.348 5.407 567.793 GB
23 BP Amoco 83.566 5.008 89.561 GB
31 Lloyds TSB Group 22.836 4.067 283.803 GB
46 BT 30.545 3.311 59.963 GB
13 DaimlerChrysler 159.985 6.129 175.068 D
26
26 Novartis 21.608 4.432 40.935 CH
28 UBS 27.651 4.193 613.198 CH
36 Roche Group 18.348 3.836 43.998 CH
42 Credit Suisse 49.361 3.475 451.506 CH
50 Nestlé 49.694 3.144 36.819 CH
Tableau 13 :
La concentration de la recherche en 2000
Japon 16%
C hine e t
Ind e 7 %
Europe 33%
N P I A sie 4 %
USA-
C a na d a
40%
27
2.1.2. L’économie dominante impose aux autres les règles du jeu
De par leur supériorité économique et leur capacité d’investissement, les
centres de décisions (économies dominantes) imposent aux autres les règles
de leur comportement. Par exemple, le poids écrasant du dollar dans les
dépôts bancaires en Amérique latine, montre la dépendance de ces pays vis-
à-vis des Etats-Unis (Tableau 14). La triade contrôle 80 % des flux
d’investissements (Tableau 15) dont 92 % sont investis dans les même pays
(Tableau 16). Du point de vue d’un pays, l’origine géographique des
capitaux induit des contraintes politiques vis-à-vis des pays investisseurs.
Prenons par exemple la Thaïlande (Tableau 17), pays largement dominé par
les investissements en provenance de l’étranger qui représentent 56 % du
total. Dans ces investissements, 64 % proviennent de la triade, le reste étant
essentiellement le fait des pays voisins asiatiques. Le degré de dépendance
vis-à-vis de la triade est donc plus important que celui vis-à-vis de son
ensemble géographique naturel, l’Asie du Sud-Est.
Par ailleurs, les pays occidentaux contrôlent une bonne partie des moyens
d’information et de communication (Tableau 18). La concentration des
médias en quelques mains est connue. Ces pays ont ainsi la capacité
d’imposer leur modèle culturel, idéologique et leur politique. La
terminologie occidentale devient donc utilisée partout, comme les idées qui
sous-tendent le modèle économique et l’imposent comme référence
universelle. Citons en exemple la mobilisation des concepts de « sous
développement » (Truman, 1949), « tiers monde » (Sauvy, 1952), « pays en
voie de développement » (années 1970), « nouveaux pays industrialisés »
(années 1980), « pays émergents » (années 1990). L’UNESCO l’affirme
dans un rapport sur la communication dans le monde : « Le facteur qui, plus
que tout autre, a modifié la base économique des mass media a été la
jonction des entreprises de mass media avec d’autres secteurs de l’industrie
de l’information, par le biais d’un processus de rationalisation et de
concentration dans lequel les grandes firmes, les conglomérats et les
multinationales ont été très largement engagés » (Rapport sur la
communication dans le monde, Unesco, Paris, 1991).
Au sein de cet appareil moderne figurent les médias eux-mêmes, c’est-à-
dire l’industrie du contenu de l’information, l’industrie des services qui
traite et diffuse l’information, et l’industrie des équipements qui devient de
plus en plus une économie mondiale. Les Etats-Unis, la CEE et le Japon
représentent environ 70 % du produit intérieur brut mondial, et leur part
dans la production de biens et de services d’information avoisine 90 %. Sur
28
les quelque 300 premières firmes de l’information et de la communication,
144 sont américaines, 80 ouest-européennes, 49 japonaises. Sur les 75
premières firmes de médias, 39 sont américaines, 19 ouest-européennes, 7
japonaises. En ce qui concerne les équipements, sur les 158 premières
firmes, 75 sont nord-américaines, 36 ouest-européennes, 33 japonaises. Le
« reste » se situe, dans sa quasi-totalité, dans les autres pays occidentaux
(Australie, Canada, etc.). En 1986, l’économie de l’information et de la
communication avait un chiffre d’affaires mondial de 1 185 milliards de
dollars : 515 milliards pour les Etats-Unis, 267 pour la CEE, 253 pour le
Japon. Un tel degré de concentration explique la faculté de ces pays à
imposer les règles du jeu mondialisé.
29
Fiche 5 :
La supériorité économique des pays dominants
Tableau 14 :
L’importance du dollar dans les dépôts bancaires en Amérique Latine en 2001
(en pourcentage du total des dépôts bancaires)
30
Tableau 15 :
Les pays occidentaux et les investissements directs à l’étranger (en %)
100
90 USA
80
E u ro p e o ccid e n tale
Jap o n
70
E x té rie u r à la triad e
% m o n d ia u x
60
50
40
30
20
10
0
1914 1970 1980 1990 2000
Tableau 16 :
Les pays occidentaux accueillent 92 % des investissements directs de l’étranger
R e ste d u
M o nd e
8% U SA
A utre s p a y s 26%
d é v e lo p p é s
12%
Ja p o n
11%
Euro p e
o ccid e nta le
43%
31
Tableau 17 :
Origine des investissements en Thaïlande entre 1970 et 1999
Tableau 18 :
Réseaux informatiques et équipements pour la transmission des données
dans le monde en 2001
A f riq ue
1%
Mo y e n o rie nt
3% Euro p e
A sie -p a cif iq ue
o ccid e nt a le
14%
25%
Japon
8%
A mé riq ue d u
no rd
49%
32
2.2. Une instabilité inévitable dans le cadre de la finitude géographique
du système Terre
Si les médias donnent souvent l’impression d’un système bien établi dans
lequel il est difficile de modifier les bases structurelles, l’histoire enseigne
pourtant le contraire. Le nombre de conflits armés de la dernière décennie et
la déstabilisation de régions entières par des délocalisations d’entreprises en
sont une bonne illustration. Le mécanisme de l’instabilité est lié à la
structure même de la mondialisation et peut se lire à deux échelles. A
l’échelle supranationale, nous le savons, les économies sont concurrentes.
Tout changement de rapport de forces dans la lutte pour la conquête des
marchés et l’expatriation du capital accumulé modifie la domination
mondiale. La colonisation achevée, l’extension des marchés devient ardue,
dans un contexte où les entreprises doivent s’agrandir pour survivre. La
conquête indispensable de nouveaux marchés est l’apanage des économies
les plus puissantes, aux dépens des économies plus fragiles. Cela s’opère par
la force et génère donc des conflits. Ainsi l’instabilité est structurelle du
système mondialisé libéral. A l’échelle locale, les entreprises transnationales
effectuent des investissements dont le but est la rentabilité à court terme
sans tenir compte des besoins des populations. La déstabilisation de régions
entières par la destruction de pans entiers d’activité donne lieu à des
migrations importantes dont les modalités se déclinent de l’exode rural à
l’immigration transcontinentale.
33
est plus puissant économiquement qu’auparavant, il va chercher à capter des
parts de marchés supplémentaires au détriment d’autres pays dont le poids
relatif est moindre. Le PIB relatif des pays les uns par rapport aux autres
donnent de bonnes indications, bien qu’incomplètes, répétons-le, sur les
rapports de forces à l’œuvre dans le monde.
Au cours de l’histoire de l’économie mondiale, un déplacement
géographique des centres dominants s’est effectué. Ce processus donne lieu
à des situations conflictuelles pour la redéfinition de la hiérarchie mondiale.
Ainsi, en analysant les niveaux relatifs des PIB des pays (Tableau 19), on
constate une relation directe entre les faits géopolitiques et les changements
de rapports de forces économiques. Par exemple, sont bien visibles la
montée en puissance des Etats-Unis au cours du XIXème siècle aux dépens
de la Grande Bretagne avec des bonds quantitatifs qui se calquent sur les
dates des grandes guerres, la baisse d’influence depuis les années 80 de la
Russie sur la scène géopolitique mondiale, ou encore l’émergence récente
de la Chine ou de l’Inde. Ces résultats sont corroborés par les indicateurs de
croissance économique (Tableau 20) où l’on constate un taux de croissance
pour la Chine et l’Inde bien supérieurs à ceux des Etats-Unis en perte de
vitesse relative. Notons tout de même que si le PIB par habitant s’accroît
régulièrement (Tableau 21), la richesse continue son mouvement de
concentration et si les inégalités augmentent considérablement entre les
différents groupes sociaux, il y a aussi des pays dans lesquels le PIB par
habitant diminue (Tableau 22).
34
Fiche 6 :
Les niveaux relatifs des produits intérieurs bruts
définissent les rapports de forces
Tableau 19 :
Niveaux relatifs du PIB de certains pays en référence aux Etats-Unis (réf : USA = 100)
Tableau 20 :
Croissance réelle en % du PIB par habitant dans certains pays
35
Inde 0,5 -0,2 1,4 2,4 4,4
Source : : FMI (2001), Madisson A., (2001)
Tableau 21 :
PIB par habitant, (dollars internationaux de 1990)
Tableau 22 :
Evolution du PIB par habitants entre 1975 et 1990
(en % de la moyenne annuelle arrondie)
Chine +9 Zambie -3
Corée Sud +7 Nicaragua -4
Thaïlande +6 Emirat arabe unis -4
Hong Kong +6 Congo -6
Irlande +4 Tadjikistan -7
Viêt-Nam +4 Ukraine -8
Indonésie +4 Azerbaïdjan - 10
Source : PNUD (2000)
36
2.2.2. Un système générateur de conflits
La recherche obligatoire de nouveaux marchés engendre des batailles
pour la domination. Ces conflits ont pour objet le contrôle de matières
premières, de richesses, ou la recherche d’une position stratégique, et
impliquent plusieurs grandes puissances qui s’affrontent sous forme de
conflits délocalisés. Le but est la prise de pouvoir d’une région aux dépens
de l’autre. Nombres de faits actuels peuvent témoigner de cette dynamique :
conflits israélo-arabes ou balkaniques ou encore guerre irakienne qui oppose
les Etats-Unis et quelques pays occidentaux depuis maintenant une dizaine
d’années. Notons au passage que les conflits dits ethniques ou religieux,
bien réels, sont cependant la plupart du temps réactivés au moment
opportuns par des stratégies de fournitures d’armes entre autres, et destinés
à servir d’alibi à des causes économiques inacceptables aux yeux de la
population. Les conflits peuvent parfois prendre une forme non délocalisée,
à l’exemple des deux dernières guerres mondiales. Bien entendu, le
maintien de l’hégémonie coûte de plus en plus cher comme le montrent les
frais engagés dans les principales interventions des Etats-Unis depuis 1900
(Fiche 7, Tableau 23) ou encore l’accroissement du budget de la défense
américaine depuis 50 ans (Tableau 24). Mais les opérations de guerre sont
rentables, grâce à la prise de contrôle des richesses d’un pays, la possibilité
de lui imposer des politiques favorables au pays « ingérant » sans compter
les bénéfices directs des industries d’armement (Tableau 25 et 26) et de
reconstruction.
37
Fiche 7 :
Les Etats-Unis et la guerre
Tableau 23 :
Les coûts des principales guerres et interventions des Etats-Unis depuis 1900
Tableau 24 :
Budget de la défense du gouvernement national entre 1945 et 2007
(en millions de dollars US)
700
500
400
300
200
100
0
45
48
51
54
57
60
63
66
69
72
75
78
81
84
87
90
93
96
99
02
05
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
20
20
38
Tableau 25 :
Les 50 plus grosses entreprises d’armement au monde, selon leurs ventes 2000
(en millions de dollars US)*
Vente Vente
Société (pays) Société (pays)
d’armes d’armes
1 Lockheed martin (USA) 18610 26 Saab (Suède) 1210
2 Boeing (USA) 16900 27 Textron (USA) 1200
3 BAE system (GB) 14400 28 United defense (USA) 1180
4 Raytheon (USA) 10100 29 Ordnance factory (Inde) 1130
5 Northrop grumman (USA) 6660 30 Mitsubishi electric (Jap) 1120
6 General dynamic (USA) 6520 CEA (Fr) 1050
31
7 EADS
5340 32 SNECMA (Fr) 970
(Fr, All, Esp)
8 Thales (Fr) 5160 33 EDS (USA) 950
9 Litton (USA) 3950 34 Dassault aviation (Fr) 930
10 TRW (USA) 3370 35 Kawasaki ind. (Jap) 920
11 United tech. (USA) 2880 36 Alliant tech system (USA) 900
12 Mitsubishi ind. (jap) 2850 37 SAGEM (Fra) 820
13 Finmecanica (It) 2440 38 Dyncorp (USA) 800
14 Rolls royce (GB) 2130 39 Titan (USA) 780
15 Nexport news (USA) 2030 40 Singapore tech., ST 770
(Singapour)
16 Science application (USA) 1950 41 Elbit system (Isr) 700
17 GKN (GB) 1740 42 Rockwell int. (USA) 700
18 Computer science corp 1610 43 Rafael (Isr) 670
(USA)
19 DCN (Fr) 1600 44 FIAT (It) 670
20 General electric (USA) 1600 45 Krauss maffei wegmann 640
(All)
21 Honeywell int. (USA) 1550 46 Marconi (GB) 610
22 Rheinmeatl (All) 1460 47 Harris (USA) 620
23 Israel aircraft ind. (Isr) 1350 48 Veridian (USA) 550
24 L 3 com. (USA) 1340 49 General motors (USA) 540
25 ITT ind. (USA) 1330 50 Smiths ind. (GB) 530
Source : Facts on international relations and security trends (FIRST) – international
relations and security network (ISN), (2002)
39
Tableau 26 :
Total des transferts d’armes des Etats-Unis à l’étranger entre 1997-2001
(en milliards de dollars US)
Etats-Unis 44,821
Russie 17,354
France 9,808
Grande-Bretagne 6,699
Allemagne 4,821
Ukraine 2,627
Pays-Bas 1,862
Italie 1,671
Chine 1,555
Biélorussie 1,518
Suède 1,123
Israël 0,975
Espagne 0,870
Canada 0,644
Australie 0,618
Autres 3,768
Source : Facts on international relations and security trends (FIRST) – international
relations and security network (ISN), (2002)
40
2.2.3. Un remodelage permanent des alliances
L’assise de la hiérarchie mondiale repose sur un processus d’unification
d’un pouvoir central, illustré par la mise en place de groupements de pays.
La construction de l’Union européenne ou de l’OCDE relève de cette
volonté. L’unification du pouvoir au sein de groupements n’est pas un
caractère permanent et peut être rompu si les intérêts divergent.
Historiquement, on assiste donc à un remodelage permanent des alliances,
en fonctions des conditions économiques globales. Par ailleurs, la
domination repose sur la fragmentation des processus de production dont la
manifestation la plus visible est la délocalisation des filiales de production
dans tous les pays du monde.
41
Fiche 8 :
L’instabilité des investissements dans les productions
Tableau 27 :
L’instabilité des investissements de la triade (en %)
70
A friq u e
P roch e e t m oye n O rie n t
60
P a ys d e l’E st
A sie
50
A m é riq u e la tin e
40
30
20
10
0
1961- 1970 1971- 1980 1981-1990 1991-2000
42
Tableau 28 :
Spécialisation et déspécialisation des industries textiles des états entre 1990 et1999
(variation en % des exportations)
-5 C h in e
-8 T h a ïla n d e
-9 P o rtu g a l
-1 0 ,5 M a ro c
-1 1 ,5 C o ré e S u d
-1 2 G rè ce
-1 8 P h ilip p in e
P a kista n 8
Ja m a ïq u e 10
M a ca o 13
R o u m a n ie 17
B u lg a rie 20
B a n g la d e sh 21
S ri L a n ka 22
-2 0 -1 0 0 10 20 30
Tableau 29 :
L’instabilité structurelle des prix mondiaux des matières premières (%)
1996-1997 1998-1999
Huile soja -1 -32
Caoutchouc -27 -12
Blé -23 -13
Cobalt -11 -22
Cacao -11,2 -32
Café +31 -21
Nickel -7,7 +30
Zinc +28 +5
Palladium +38 +50
Source : Carroué L., (2000), modifié
43
2.3. L’importance hégémonique du capital financier
2.3.1. L’accroissement du volume d’argent disponible accentue le
pouvoir des banques sur le secteur productif
Le capital financier a vu son volume croître rapidement au cours de la
dernière décennie (Fiche 9, Tableau 30). Ainsi, la capitalisation représentait
42 % du PIB en 1990 et, à peine 8 ans plus tard, elle s’élevait à 120 %. Elle
a donc considérablement augmenté malgré la crise des années 2000. La
concentration bancaire est en phase d’accélération, accroissant le pouvoir
des banques puisqu’elles possèdent la majeure partie de l’argent confié par
le secteur productif, à l’exemple de Merryl Lynch, une banque d’affaire
mondiale. Entre 1993 et 2000, son chiffre d’affaires croit de 170 % avec des
résultats nets de + 359 % ce qui fait un volume d’argent passant de 1,359
milliards de dollars à 3,787 milliards de dollars (Carroué L., (2000)) La
dépendance de la grande industrie vis-à-vis des banques s’accroît. De plus
en plus de banques gèrent alors le secteur productif comme en témoigne le
nombre de grandes banques d’affaires impliquées dans le conseil en fusion
et acquisition (Tableau 31).
44
Fiche 9 :
L’importance hégémonique du capital financier
Tableau 30 :
Evolution comparée du PIB mondial et de la capitalisation boursière
dans le monde 1990-1999 (en milliards de dollars)
40 000
35 000
30 000
25 000
20 000
15 000
10 000 P IB m o nd ia l
0
1990 1991 1992 1993 1994 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000
Source : FMI pour le PIB mondial, Standard & Poor’s pour la capitalisation boursière
(2000)
45
Tableau 31 :
Les grandes banques d’affaires dans le conseil en fusion et acquisition en 2000
Rang
Chiffre d’affaires Montant des opérations
Salarié dans
total 2000 Siège de fusion conseillées
s les
(en millions de dollars) (en milliards de dollars)
fusions
Goldmann New
33000 22627 1633,5 1
Sachs York
Morgan
New
Stanley Dean 45448 64500 1371,5 2
York
Witter
New
Merrill Lynch 44872 72000 1160,2 3
York
JP Morgan
New
Chase 60665 120000 888,1 4
York
Manhattan
Crédit Suisse New
12635 28000 877,1 5
FB York
UBS Warburg 12120 Londres 38445 608,9 6
Salomon Smith New
30772 45457 607,5 7
Barney York
Rotschild 669,2 Londres 725 424,6 8
Lehman New
7707 11326 334,7 9
Brothers York
Source : Carroué L., (2000)
46
2.3.2. Le développement des paradis fiscaux
La croissance de la finance mondiale s’est largement appuyée sur le
développement des paradis fiscaux. Ce sont des territoires bénéficiant d’une
juridiction exceptionnelle qui permet à l’activité financière d’être
déconnectée de l’économie nationale. Depuis 1945, on assiste à leur
multiplication, de sorte qu’ils gèrent actuellement entre 30 % et 40 % des
fortunes privées mondiales, accueillent 25 % des dépôts bancaires
transfrontaliers, 8 % des titres de la dette mondiale et voient transiter 50 %
des actifs financiers circulant dans le monde. C’est ainsi que Georgetown,
capitale des îles Caïmans, est devenue la 5e place financière mondiale
(Tableau 32). Ce territoire britannique de 35 km sur 20 km accueille 600
banques, dont les filiales de 46 des 50 premières banques mondiales, 2 200
fonds spéculatifs et fonds de pension et quelque 40 000 sociétés écrans. En
2000, ces sociétés financières y gèrent 656 milliards de dollars de dépôts de
non-résidents à 80 % d’origine nord-américaine. La finance y représente
10 000 emplois et y explique la présence de 22 000 expatriés sur 45 000
habitants (Carroué L., 2000). Ce succès s’explique par les avantages qu’ils
procurent : secret bancaire, réglementation des plus limitées, sociétés écrans
garantissant l’anonymat, fiscalité faible ou inexistante. Ces territoires sont
des paradis fiscaux mais aussi des paradis juridiques car ils refusent de
coopérer avec les différentes institutions judiciaires nationales et
internationales dans la recherche et la sanction des fautes ou crimes commis.
47
Tableau 32 :
La montée en puissance des dépôts bancaires dans les paradis fiscaux
(en milliards de dollars)
48
Fiche 10 :
L’évolution différentielle des niveaux de vie de la population
Tableau 33 :
L’évolution différentielle du niveau de vie par habitant
dans le monde en parité de pouvoir d’achat (OCDE = 100 pour 1975 et 2000)
1 9 7 5 /2 0 0 0
A u tre s p a ys d ’A s ie
P ro c h e O rie n t s a n s p é tro le
P a ys p é tro lie rs
C h in e
D ra g o n s a s ia tiq u e s
OCDE
-3 0 -2 0 -1 0 0 10 20 30 40
Tableau 34 :
Evolution de la part du pour-cent le plus riche dans les avoirs nets aux Etats-Unis (en %)
(%)
45
40
35
30
25
20
15
10
0
1962 1969 1972 1976 1983 1989 1992 1995 1998 2000
an n ées
49
2.4.2. Une conséquence directe et inéluctable : la fracture sociale
Un système mondialisé libéral dans lequel les inégalités sont structurelles
produit une pauvreté aux conséquences dramatiques (Fiche 11). Citons-en
quelques-unes :
- La faim dans le monde alors qu’il est produit bien plus d’aliments que
nécessaire pour nourrir la planète. D’après la FAO, 45 pays, soit 1
milliard de personnes, sont en dessous de la norme de ration alimentaire
et déclarés en déséquilibre, 1,3 milliard de personnes n’ont pas accès à
l’eau.
- La mobilité des populations qui, pour survivre, changent de lieu de vie.
Selon la Banque mondiale, 2 à 3 millions de personnes s’expatrient pour
trouver du travail.
- Une mortalité accrue faute de médicaments
- Des conditions de travail exécrables, y compris pour les enfants dans un
contexte général d’accroissement des richesses de plus en plus concentrées
50
Fiche 11 :
La pauvreté dans le monde et ses conséquences
Tableau 35 :
La pauvreté par aire géographique en 2000
E uro p e d e l’e st
A m é riq ue la tine e t
M o ye n o rie nt e t
ca ra ïb e s
A friq ue d u no rd
A friq ue
sub sa ha rie nne
A sie d e l’e st
E nse m b le s d e s
p a ys e n
d é ve lo p p e m e nt
A sie d u sud
51
Tableau 36 :
L’accroissement du nombre de pauvres
7000
P o p ula tio n m o nd ia le
6000
N o m b re s d e p a uvre s (e n m illio ns)
5000
4000
3000
2000
1000
0
1820 1870 1910 1950 1980 1990 2000
100
90
80
70
60
50
40
30 P o u rc e n ta g e d e p a u vre s
20
P o u rc e n ta g e d e trè s p a u vre s
10
0
1820 1870 1910 1950 1980 1990 2000
52
Tableau 37 :
La distribution des revenus : un indicateur de la concentration des richesses,
de l’augmentation de la pauvreté et de paupérisation des classes moyennes.
Tableau 38 :
La pauvreté depuis 1980 aux Etats-Unis :
une augmentation en nombre absolu et une forte disparité entre les groupes sociaux
53
Tableau 39 :
Les effectifs dans les prisons d’états et fédérales de 1970 à 1996
(taux pour 100000 habitants)
450
421
400
375
taux pour 100 000 habi tants
350
325
300
283
250
237
200 207
182
169
150
132 141
125
100 98 92 100
50
1970 1972 1974 1976 1978 1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996
Tableau 40 :
Les transferts des travailleurs expatriés vers les pays d’origine (en millions de dollars/an)
Tableau 41 :
La fuite des cerveaux : diplômés vivant dans les pays de l’OCDE (en %)
Afrique
Inde Chine Egypte Philippines Corée Iran Ghana Jamaïque
du sud
2,7 3 7,5 8 10 25 25 26 77
Source : FMI (1999), Carroué L.(2000)
54
2.5. Un système de dépendance asymétrique
Chaque territoire devient un rouage des autres. On assiste donc à la mise
en place de dépendances. Ces dépendances sont asymétriques.
55
travail, baisse des prestations sociales, des subventions aux produits de base
et des protections douanières, libéralisation du commerce international,
réformes fiscales avantageuses. Si de telles mesures permettent de dégager
des fonds à court terme, elles ont surtout pour conséquence un grave
appauvrissement des populations et une augmentation des inégalités. La
dette de ces pays ne pourra dans les conditions de remboursement imposées
par les pays occidentaux être un jour payée entièrement. Entre 1982 et 1998,
les pays de la périphérie ont, ensemble, remboursé plus de quatre fois ce
qu’ils devaient. Néanmoins, le montant de leur dette extérieure était en 1998
quatre fois plus élevé qu’en 1982.
56
Fiche 12 :
Les instruments de la dépendance asymétrique
Tableau 42 :
La dégradation des termes de l’échange
Tableau 43 :
Evolution de la dette du Tiers-monde 1970-2000 (en milliards de dollars et en %)
3000
2 4 9 2 ,0 0
2500
D e tte s % R e ve n u n a tio n a l d e tte s to ta le s
2000
1 4 5 8 ,4 0
1500
1000
6 0 9 ,4
500
1 0 ,9 1 7 2 ,8 2 1 ,0 0 3 4 ,1 0 3 9 ,1 0
0
1970 1980 1990 2000
57
2.5.2. La fragilité des pays dans lesquels les capitaux étrangers sont
présents.
La présence de capitaux étrangers dans les économies nationales
détermine le degré de dépendance des états par rapport aux autres. Leur
répartition est donc fondamentale pour comprendre les enjeux géopolitiques
et les négociations mondiales (Fiche 13). L’ingérence des Etats-Unis en
Amérique latine est possible par le biais des exportations de capitaux vers
ces pays (Tableau 44). La complexité des relations trans-atlantiques ne se
comprend que par la lecture des interactions. 43 % des investissements
américains s’effectuent dans la finance, dont la moitié en Europe (Tableau
45). Evidemment, s’il y a un changement d’intérêt stratégique ou politique,
ou tout simplement des possibilités d’investissement accrues ailleurs, il peut
y avoir retrait rapide des capitaux accompagné d’une déstabilisation sociale
locale. Il en va de même pour les productions en direction de l’exportation
qui peuvent représenter, comme au Mexique, 30 % du PIB avec 90 % des
exportations qui s’acheminent uniquement vers les Etats-Unis (Tableau 46).
58
Fiche 13 :
La répartition à l’étranger des investissements
des principaux pays dominants
Tableau 44 :
Exportations de capitaux ('IDE') (en milliard de dollars)
Amérique Europe de
Afrique Asie Total
latine l’est
Tableau 45 :
Répartition de la position à l’étranger des investissements directs américains
sur base des coûts, 2000 (% du total)
Finance, assurances,
bien immobiliers
Services aux
Commerce
industries
Industrie
Pétrole
Autres
59
Tableau 46 :
La fragilité différenciée des pays émergents
face aux retournements conjoncturels des Etats-Unis
60
2.6. Un système mondialisé qui présente des contradictions internes
La mondialisation libérale constitue un système qui présente de
nombreuses contradictions internes, l’extrême pauvreté côtoie la grande
richesse et le rééquilibrage semble utopique. En effet, pour survivre à une
concurrence de plus en plus prégnante, les entreprises doivent se regrouper
afin d’effectuer des économies d’échelle lors de toutes les phases de
production et de distribution. Elles sont donc contraintes de resserrer au
mieux les coûts inhérents à la main d’œuvre, ce qui a pour conséquence
directe la précarité et la pauvreté de la majeure partie de la population. De
ce fait, la capacité des consommateurs à acheter est faible, en tout cas
insuffisante pour écouler l’ensemble de la production du marché. En
conséquence, les crises de surproduction et les gaspillages qui en découlent,
sont fréquents. Alors que des populations entières n’accèdent pas à leurs
besoins fondamentaux, des tonnes de denrées agricoles sont purement et
simplement jetées.
En parallèle, la trop grande concentration des avoirs financiers en
quelques mains provoque des crises de suraccumulation du capital, dont
l’issue se règle actuellement par l’intermédiaire de guerres dont le but est
double : à la fois écouler le capital accumulé et contrôler de nouveaux
territoires économiques.
61
3. Le rôle des acteurs dans la troisième mondialisation
63
économiques mondiales, le chiffre d’affaires des filiales étrangères explose
(Tableau 49) alors que le nombre de personnes qu’elles emploient
n’augmente que de 15 %. Elles sont donc les principales bénéficiaires de la
mondialisation. Si les entreprises transnationales sont en concurrence
impitoyable, elles s’accordent sur l’essentiel : la définition des conditions
économiques, juridiques et politiques les plus favorables à leurs profits.
Leur capacité à présenter la défense de leurs intérêts particuliers comme
étant une donnée universelle (fabrication de l’idéologie libérale à travers les
médias) leur permettent d’obtenir un pouvoir d’influence historiquement
inconnu jusqu’ici.
64
Fiche 14 :
L’essor des entreprises transnationales
Tableau 47 :
L’essor des entreprises transnationales
Tableau 48 :
L’accroissement du taux de transnationalisation des 100 premières entreprises
(par pays d’origine)
65
Tableau 49 :
L’essor des entreprises transnationales et du poids des filiales à l’étranger depuis 20 ans
(en milliard de dollars en % et en milliers)
1982/2000 1982/2000
1982 1990 2000
(en vol) (en %)
Chiffre d’affaires 2 462 5 467 15 680 +13 218 +537 %
Actifs totaux 1 886 5 744 21 102 +19 216 +981 %
Nombre
d’employés 17 433 23 721 45 587 +28 154 +161 %
(milliers)
66
3.1.2. Des stratégies de contrôle des marchés qui influent les dynamiques
locales
La première stratégie des entreprises transnationales est de s’assurer de
l’approvisionnement continu en matière première. Elles utilisent la plupart
du temps leurs anciens réseaux des empires coloniaux dans lesquelles elles
installent une partie de leurs filiales. Leur seconde stratégie est de conquérir
des marchés manufacturiers afin de pouvoir écouler leur marchandise. Ces
deux stratégies fondamentales participent largement aux dynamiques locales
et influent sur les conditions de vie de millions de personnes. Elles
définissent également une grande partie des enjeux géopolitiques. Très
souvent, afin de se garantir d’une certaine stabilité, les entreprises
bénéficient du soutien d’un appui militaire des états. Cependant, les rivalités
entre puissances pour le contrôle des ressources provoquent des conflits
armés fréquents.
67
Fiche 15 :
Les entreprises transnationales et les emplois délocalisés
Tableau 50 :
Produit brut, mise de fonds et emploi dans les entreprises transnationales non bancaires
américaines, les maisons mères américaines et les filiales étrangères, 1982, 1989, 1999
68
Tableau 51 :
Evolution des emplois totaux et à l’étranger de quelques entreprises transnationales
69
Tableau 52 :
Evolution des emplois des filiales des entreprises françaises à l’étranger
(en milliers et en %)
Tableau 53 :
Les investissements étrangers dans l’investissement productif national, en moyenne de la
période 1996/1998, en % ou la dépendance économique des états face aux entreprises
transnationales
70
3.2. Les organismes internationaux favorisent la libéralisation des
échanges
Les principaux membres des organismes internationaux sont des
décideurs issus des grandes puissances économiques. Ils sont les pilotes de
la mondialisation. Ces organismes, localisés dans les principales capitales
mondiales, sont l’OCDE (Paris), le G8 (Siège tournant) , l’OMC (Genève),
le FMI (Washington) et la Banque Mondiale (Washington). Ce sont des
organisations internationales à vocation économique et monétaire qui
travaillent à une reconstruction systématique des cadres juridiques,
commerciaux et financiers des nations et des instances internationales. Ils
disposent d’énormes pouvoirs et leur intervention installe systématiquement
une libéralisation des marchés. L’ONU, la PNUD, la CNUCED et l’OIT,
qui accompagnent le développement des pays du Sud et défendent les
salariés, sont marginalisés.
71
Par exemple l’Afrique consacre près de 40 % de son budget à sa dette
extérieure.
L’OMC (l’Organisation Mondiale du Commerce) a été créée en 1995
pour remplacer le GATT (Accord Général sur les Tarifs Douaniers et le
Commerce). C’est une organisation internationale de plus de 130 membres
disposant d’un arsenal de règles contraignantes, de sanctions et de
mécanismes obligatoires d’arbitrage. Elle promeut le commerce
international par la déréglementation des échanges et tente de capter les
nouveaux marchés souvent au détriment du respect des droits humains et
environnementaux. De plus, elle entend élargir ses champs d’intervention à
de nouveaux secteurs comme les marchés publics.
Tableau 54 :
Les grands cycles commerciaux internationaux de GATT puis de l’OMC
72
libre-échange et de contribuer à la croissance des pays aussi bien
industrialisés qu’en développement. L’OCDE rassemble 30 pays membres
qui élaborent les politiques économiques et sociales. L’OCDE est donc un
« club de riches » : ses membres produisent les deux tiers des biens et
services de la planète et concourent largement au maintien des intérêts de
leurs entreprises transnationales. Le G8, agit sur le même principe dans un
cercle plus restreint. C’est un groupe informel des huit pays les plus riches
du monde : le Canada, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, la Russie,
le Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique. L’Union européenne y
participe également, représentée par son président et par le dirigeant du pays
qui assure la présidence du Conseil européen au moment du Sommet du G8.
Le but est de s’accorder sur les actions cruciales à mener pour un bon
fonctionnement de la mondialisation libérale.
73
consolidation de la paix. Les Etats-Unis sont le principal financeur du
PNUD.
Tableau 55 :
L’accroissement des accords bilatéraux favorisant les investissements directs à l’étranger
74
Conclusion
75
Bibliographie
Africa J.E., (2002), « Un tigre de papier : la lutte de l’impérialisme américain contre la
crise économique », EM 62, EPO, Bruxelles
77
Maddison A., (2001), « L’Economie mondiale. Une perspective millénaire », Centre de
développement, OCDE, Paris.
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Rapports :
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PNUD, « Rapport mondial sur le développement humain », Annuel.
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78
Annexe 1 : l’indice de développement humain
Fiche 16 :
L’indice de développement humain (IDH) en 2001
Classement selon Espérance de % % de PIB par Valeur
l’IDH vie à la d’alphabétisation scolarisation habitant de
naissance en des adultes de (du primaire au (dollars) l’IDH
année plus de 15 ans supérieur)
Développement humain élevé
1. Norvège 78,7 -(4) 98 29620 0,944
2. Islande 79,6 -(4) 91 29990 0,942
3. Suède 79,9 -(4) 113 24180 0,941
4. Australie 79,0 -(4) 114 25370 0,939
5. Pays-Bas 78,2 -(4) 99 27190 0,938
6. Belgique 78,5 -(4) 107 25520 0,937
7. Etats-Unis 76,9 -(4) 94 34320 0,937
8. Canada 79,2 -(4) 94 27130 0,937
9. Japon 81,3 -(4) 83 25130 0,932
10. Suisse 79,0 -(4) 83 28100 0,932
17. France 78,7 -(4) 91 23990 0,925
18. Allemagne 78,0 -(4) 89 25350 0,921
Développement humain moyen
71. Sainte Lucie 72,2 90,2 82 5260 0,775
72. Roumanie 70,5 98,2 68 5830 0,773
73. Arabie Saoudite 71,9 77,1 58 13300 0,769
74. Thaïlande 68,9 95,7 72 6400 0,768
75. Ukraine 69,2 99,6 81 4350 0,766
76. Kazakhstan 65,8 99,4 78 6500 0,765
77. Surinam 70,8 94,0 77 4599 0,762
78. Jamaïque 75,5 87,3 74 3720 0,757
79. Oman 72,2 73,0 58 12040 0,755
80. Saint Vincent les 73,8 88,9 58 5300 0,755
Grenadines
Développement humain faible
166. Guinée-Bissau 45,0 39,6 43 970 0,373
167. Congo 40,6 62,7 27 680 0,363
168.Rép. 40,4 48,2 24 1300 0,363
Centrafricaine
169. Ethiopie 45,7 40,3 34 810 0,359
170.Mozambique 39,2 45,2 37 1140 0,356
171. Burundi 40,4 49,2 31 690 0,337
172. Mali 48,4 26,4 29 810 0,337
79
173. Bukina Faso 45,8 24,8 22 1120 0,33
174. Niger 45,6 16,5 17 890 0,292
175. Sierra Leone 34,5 36,0 51 470 0,275
Pays en 64,4 74,5 60 3850 0,655
développement
Pays les moins 50,4 53,3 43 1274 0,448
avancés
Pays arabes 66,0 60,8 60 5038 0,662
Asie de l’est et 69,5 87,1 65 4233 0,722
Pacifique
Amérique latine et 70,3 89,2 81 7050 0,777
Caraïbes
Asie du sud 62,8 56,3 54 2730 0,582
Afrique subsaharienne 46,5 62,4 44 1831 0,468
Europe centrale et 69,3 99,3 79 6598 0,787
orientale et CEI
OCDE 77,0 - 87 23363 0,905
Pays de l’OCDE à 78,1 - 93 27169 0,929
revenu élevé
Monde 66,7 - 64 7376 0,722
Source : PNUD (2002)
80
2003, la France recule de la 12e à la 17e place et se classe juste devant
l’Allemagne. En termes de PIB par habitant, la France n’occupe que la 20e
place (23990 dollars en 2001). L’hexagone fait ainsi partie des pays dont la
performance économique est relativement moins bonne que ses
performances sociales. Le rang de la France s’explique, par exemple, par un
bon score en termes d’espérance de vie à la naissance (78,7 en 2001). Au
Sierra Léone, dernier pays de la liste, le PIB par tête ne s’élève qu’à 470
dollars et l’espérance de vie est à 34,5 ans.
Au delà du classement proprement dit, l’IDH donne une idée de
l’évolution du développement humain dans le monde. En règle générale,
l’IDH progresse peu, mais de manière régulière, car trois de ses
composantes (espérance de vie, taux d’alphabétisation et de scolarité) ne
changent que très lentement. Si la plupart de pays profitent donc d’une lente
amélioration de leurs conditions de vie, certains connaissent des périodes de
stagnation ou même de retournements de tendance. Les années 90 en
donnent de bons exemples. Elles illustrent surtout le lien étroit entre la
croissance économique et la lutte contre la pauvreté. La Chine qui enregistre
depuis dix ans une forte croissance, compte parmi les pays ayant réalisé des
progrès considérables : le nombre de personnes vivant avec moins de 1
dollar par jour a chuté de 33 % en 1990 à 16 % en 2000. En Inde, ou on a
commencé un peu plus tard qu’en Chine à instaurer des réformes visant un
libéralisation, le taux est passé de 42 % en 1993 à 35 % en 2001. Le lien
n’est cependant pas automatique : en Pologne ou en Indonésie, la pauvreté
s’est aggravée depuis 1990 malgré la croissance économique.
Le recul du développement humain dans certains pays est probablement
le phénomène le plus préoccupant de années 90. Au cours de cette période,
21 états ont vu leur indice de développement décliner. Il s’agit de 7 pays
issus de l’URSS, dont la Russie elle-même et de 14 pays africains, dont
l’Afrique de Sud, très touchée par le virus du SIDA, le Lesotho et le
Botswana.
81
Annexe 2 : sigles utilisés dans cet ouvrage
83
Liste des fiches
85
Quart de page
87