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Manuel Mondialisation

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Petit manuel simplifiépour comprendre la mondialisation

Angela Barthes

To cite this version:


Angela Barthes. Petit manuel simplifiépour comprendre la mondialisation. Publibook université,
2005. �halshs-00009134�

HAL Id: halshs-00009134


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Petit manuel simplifié
pour comprendre la mondialisation
Angela BARTHES

Attention version de l’ouvrage non mise en page.

Pour acquérir l’ouvrage : en commande dans toutes les librairies :


Références : A. BARTHES, (2005), Petit manuel simplifié pour
comprendre la mondialisation à l’usage des premiers cycles en sciences
humaines et sociales, EPU, Coll. Economie et gestion, Paris, 85 p
ISBN : 2748306511
En commande sur le site internet de la fnac : (http://www.fnac.com/)
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Avant-Propos

Si ce manuel est personnel dans les analyses et les conclusions qui émaillent
les chapitres, il emprunte sans scrupule aux uns et aux autres la plus grande
partie des éléments de ces démonstrations. L. Carroué, M. Collon, et bien
d’autres, dont les autorisations m’ont été d’un grand secours, se
reconnaîtront au fil des lignes. Qu’ils en soient remerciés.
Cet ouvrage se veut simple, c’est à dire dégagé des fioritures ou
phénomènes secondaires. L’analyse brute est privilégiée pour permettre au
lecteur de se construire une grille de compréhension des faits historiques et
des évènements actuels dans le processus de mondialisation libérale. A lui
aussi de considérer que cette trame est insuffisante et qu’il convient de
rajouter tous les éléments lacunaires : tout ce qui fait la richesse et la
complexité du monde actuel. Adopter une démarche critique vis-à-vis de la
multitude d’informations dont nous disposons, savoir aller à l’essentiel et
mettre un temps le superflu entre parenthèses, permet de se doter d’éléments
de compréhension et d’agir à son échelle.
S’il a été conçu pour des premiers cycles universitaires en sciences
humaines, cet ouvrage a aussi l’ambition d’être utile à ceux que l’ordre du
monde révulse, aux résistants, aux militants. Il relève d’un volontarisme,
d’un parti pris, d’un optimisme aussi, à travers la preuve qu’aucune situation
n’est immuable, d’une modestie enfin, car chacun peut dans la diversité
apporter une brique au grand mur qu’il reste à construire.
Sommaire

1. Cadrage conceptuel et historique.................................................................................... 9


1.1. Que veut-on dire lorsque l’on parle de « mondialisation » et quels sont les
principes fondateurs ? .................................................................................................... 9
1.1.1. Une définition simple pour mieux saisir les enjeux .................................... 9
1.1.2. Un principe : la libre entreprise, une conséquence : la concentration
inéluctable des entreprises ..................................................................................... 9
1.2. Les processus historiques de la mondialisation .................................................... 13
1.2.1. La première phase est marquée par la construction d’économies régionales
et l’extension du modèle marchand européen ..................................................... 13
1.2.2. La deuxième phase s’illustre par le regroupement du capital industriel qui
induit la colonisation ........................................................................................... 14
1.3. La troisième phase est marquée par le nouveau rôle des banques et l’hégémonie
du capital financier ...................................................................................................... 18

2. Les caractéristiques actuelles de la mondialisation ..................................................... 23


2.1. Une hiérarchie importante des pôles de décision .................................................. 24
2.1.1. La polarisation importante des moyens financiers amène des processus de
décision de plus en plus centralisés ..................................................................... 24
2.1.2. L’économie dominante impose aux autres les règles du jeu ..................... 28
2.2. Une instabilité inévitable dans le cadre de la finitude géographique du système
Terre ............................................................................................................................ 33
2.2.1. La lutte économique à l’origine de l’instabilité mondiale ou l’histoire des
déplacements géographiques des centres de décisions ........................................ 33
2.2.2. Un système générateur de conflits............................................................. 37
2.2.3. Un remodelage permanent des alliances ................................................... 41
2.2.4. Des investissements pour la rentabilité à court terme et non en fonction des
besoins................................................................................................................. 41
2.3. L’importance hégémonique du capital financier .................................................. 44
2.3.1. L’accroissement du volume d’argent disponible accentue le pouvoir des
banques sur le secteur productif .......................................................................... 44
2.3.2. Le développement des paradis fiscaux ...................................................... 47
2.4. Un système dans lequel la production d’inégalités est structurelle ....................... 48
2.4.1. Pourquoi les inégalités sont-elles structurelles de la mondialisation ? ...... 48
2.4.2. Une conséquence directe et inéluctable : la fracture sociale ..................... 50

5
2.5. Un système de dépendance asymétrique ...............................................................55
2.5.1. Les instruments économiques de la dépendance asymétrique : la
dégradation des termes de l’échange et la dette...................................................55
2.5.2. La fragilité des pays dans lesquels les capitaux étrangers sont présents. ..58
2.6. Un système mondialisé qui présente des contradictions internes ..........................61

3. Le rôle des acteurs dans la troisième mondialisation ..................................................63


3.1. Les firmes transnationales sont des centres de décision de première importance .63
3.1.1. La prégnance de plus en plus grande des entreprises transnationales ........63
3.1.2. Des stratégies de contrôle des marchés qui influent les dynamiques locales
.............................................................................................................................67
3.1.3. Une influence prépondérante dans la vie politique ....................................67
3.2. Les organismes internationaux favorisent la libéralisation des échanges .............71
3.2.1. Le FMI, la BM et l’OMC diffusent les normes libérales ...........................71
3.2.2. L’OCDE et le G8 permettent de s’entendre sur l’essentiel........................72
3.2.3. Le PNUD et la CNUCED sont des organisations marginalisées ...............73
3.3. Les états sont des relais politiques fondamentaux ................................................74

Conclusion ...........................................................................................................................75
Bibliographie ......................................................................................................................77
Annexe 1 : l’indice de développement humain ................................................................79
Annexe 2 : sigles utilisés dans cet ouvrage .......................................................................83
Liste des fiches ....................................................................................................................85

6
Aujourd’hui, la mondialisation est fréquemment comparée à une
immense machine qui s’est emballée, incontrôlable, à l’intérieur de laquelle
les individus seraient libres et égaux et seuls responsables de leur situation
personnelle. Rien n’est plus inexact. S’interroger permet d’appréhender la
complexité du monde actuel. Qu’entend-on exactement par mondialisation ?
Quelles sont les conséquences des dynamiques libérales? Quels sont les
enjeux à l’oeuvre? Quels sont les acteurs ? Y a-t-il des responsables ? C’est
à ces interrogations que répond cet ouvrage, en s’appuyant sur des données
nombreuses issues d’organismes officiels. Il s’organise en quatre temps. Un
cadrage contextuel permet d’assimiler les dynamiques historiques et de
comprendre les évolutions actuelles. Une brève description des principes
fondateurs et des grandes caractéristiques de la mondialisation permet
d’anéantir quelques idées reçues, communément admises. L’identification
des principaux acteurs, entreprises transnationales, organismes
internationaux et états, concède la possibilité de déterminer d’éventuels
responsables. Enfin un rapide éclairage des conséquences, en termes
sociaux, des politiques libérales est essentiel à l’évaluation de la portée des
processus en cours.

7
1. Cadrage conceptuel et historique

1.1. Que veut-on dire lorsque l’on parle de « mondialisation » et quels


sont les principes fondateurs ?
1.1.1. Une définition simple pour mieux saisir les enjeux
La mondialisation est définie comme la mise en relation de différents
ensembles géographiques par un processus historique d’extension
progressive du système capitaliste dans l’espace mondial.

Traditionnellement expliquée par ses conséquences, dont l’accroissement


des échanges commerciaux et des flux constituent le corpus majeur, les
fondements qui génèrent la mondialisation sont très souvent minimisés,
voire occultés. La fusion progressive des économies locales en une seule
économie-monde de plus en plus intégrée s’opère dans le cadre d’une base
idéologique et économique de fonctionnement unique, le libéralisme, dont
les règles régissent une grande partie des évolutions sociétales actuelles.
Aucun espace sur la planète, même lointain, n’échappe à cette intégration,
aucun groupe humain ne peut se soustraire de ce contexte.

1.1.2. Un principe : la libre entreprise, une conséquence : la concentration


inéluctable des entreprises
La liberté d’entreprendre et la concurrence constituent les principes
fondateurs du système libéral actuel. Loin d’être anodin, le précepte
concurrentiel, implique des comportements collectifs dont les conséquences
méritent d’être soulignées. Il oblige les entreprises à se renforcer
perpétuellement pour éviter leur vulnérabilité face aux autres. Elles ont donc
à plus ou moins grande échéance l'impératif de s’agrandir, sous peine de
disparaître. L’aboutissement est donc le regroupement de plus en plus
important des entreprises, comme le montre la croissance exponentielle des
volumes financiers en jeu dans les mécanismes de fusion économique
(tableau 1). Si les grosses unités productives résistent, cela implique
inéluctablement la disparition des petites qui deviennent caduques, non

9
rentables. Notons que la somme d’emplois disponibles pour une même
production est alors plus réduite. La fermeture des commerces de proximité
dans les campagnes au profit de quelques supermarchés de périphérie
urbaine est exemplaire. Les données fournies par l’INSEE (Tableau 2)
signalent la vivacité de ces disparitions ces trente dernières années. La
concentration économique et l’arrêt des petites unités productives sont donc
des processus étroitement associés par le principe de la concurrence (Fiche
1).

10
Fiche 1 :
La concentration économique et la disparition des petites unités
productives sont des processus étroitement associés

Tableau 1 :
L’accroissement des fusions en milliards de dollars dans le monde entre 1990 et 2000

4000

3540
3500
3305
M illiard d e D o llars
3000

2500
2530

2000

1500 1605

1000 1 136
975

500 407
328 286 325 465

0
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000

Source : CNUCED (2000)

11
Tableau 2 :
Le commerce de proximité en France entre 1966 et 1998

TYPE D’ACTIVITÉ Nombre d’entreprises Evolution


1966 1998 1966/1998
Boulangerie, Pâtisserie 40 200 22 400 -17 800
Boucherie, Poissonnerie, Charcuterie 67 900 23 200 -44 700
Epicerie, Alimentation générale 87 600 13 800 -73 800
Crémerie, Fromagerie 4 600 1 100 -3 500
Commerce de fleurs 5 900 9 900 + 4 000
Librairie, Commerce de journaux 13 200 11 900 -1 300
Horlogerie, Bijouterie 8 900 3 800 -5 100
Commerce de chaussures et de vêtements 56900 31800 -25 100
Commerce d’appareils électroménagers 8 100 5 500 -2 600
Quincaillerie, Coutellerie 9 300 5 000 -4 300

Source : INSEE (2002)

12
1.2. Les processus historiques de la mondialisation
Le système capitaliste et mondial s’est développé progressivement mais
ne s’affirme réellement comme système universel qu’à partir du XIXème
siècle. L’histoire de la mondialisation est classiquement divisée en trois
phases.

1.2.1. La première phase est marquée par la construction d’économies


régionales et l’extension du modèle marchand européen
Cette première étape vers la mondialisation libérale réalise la
construction progressive d’économies régionales dont les bases de
production sont essentiellement agricoles et artisanales. Parallèlement,
l’Europe étend progressivement son modèle d’économie marchande lors de
sa pénétration militaire dans des espaces lointains. C’est le début du
capitalisme marchand. Les grandes découvertes inaugurent le début de la
domination européenne et du transfert des règles marchandes vers les
Amériques, l’Afrique ou l’Asie. Jusqu'à la fin de l’époque moderne, ce
processus s’accentue et s’accompagne de la destruction ou de la prise de
contrôle des anciens réseaux commerciaux internationaux existants, comme
les pistes transsahariennes ou la route de la soie.

Cette première période historique se résume ainsi :

Caractéristique économique principale Mise en place progressive d’économies régionales


Etape dans la mondialisation Extension du modèle marchand européen
Période Epoque moderne
Désignation Capitalisme marchand

13
1.2.2. La deuxième phase s’illustre par le regroupement du capital
industriel qui induit la colonisation
Cette seconde période historique est caractérisée par le passage d’un état
où une multitude de petites entreprises diverses s’ignoraient réciproquement
et produisaient pour le marché local, à celui où un seuil de concentration
suffisant des exploitations permet à ces dernières de s’entendre aux dépens
des autres. Cette époque, contemporaine de la révolution industrielle, est
aussi celle de la formation des monopoles d’Europe occidentale. Alors
qu’en 1860 les grands regroupements industriels sont quasiment inexistants,
seulement quarante ans plus tard, ils deviennent une base de la vie
économique. L’analyse des principales étapes de la formation des
monopoles permet d’identifier les tournants historiques des prises de
pouvoir économique et politique à l’origine de la hiérarchie mondiale
actuelle:
- Les années 1860-1880 constituent le point culminant du
développement de la libre concurrence. Les monopoles ne sont que des
embryons à peine perceptibles.
- La crise de 1873 inaugure une période de large développement des
cartels. S’ils manquent encore de stabilité, ils prennent cependant une large
part des marchés manufacturiers.
- Durant la période d’essor de la fin du XIXème siècle et la crise de
1900-1903, les cartels deviennent irrémédiablement une des bases de la vie
économique. Ils s’accordent sur les conditions de vente, les échéances, se
répartissent les débouchés, déterminent la quantité de produits à fabriquer,
fixent les prix et répartissent les bénéfices entre les diverses entreprises, etc.
Les ententes et les économies d’échelle permettent un accroissement rapide
des chiffres d’affaires et accentuent les mécanismes de concentration.
L’exemple états-uniens est à ce titre très probant (Tableau 3)

14
Tableau 3 :
La concentration industrielle entre 1904 et 1909 aux Etats-Unis

Année 1904 1909


1 900 3 060
Nombre d’entreprises de plus de 50 salariés
dont 185 trusts dont 268 trusts
Nombre d’entreprises 216 180 268 491
Pourcentage des entreprises de plus de 50 salariés
0,9 % 1,1 %
(en fonction du nombre d’entreprises)
Production (en milliards de dollars) 5,6 9

Pourcentage de la production des grosses entreprises (en


38 % 43,8 %
fonction du nombre d’entreprises)
Emplois (en millions d’ouvriers) 1,4 2
et pourcentage de la population ouvrière totale 25,6 % 30,5 %
Source: Statistical Abstract of the United States (1912)

L’établissement des monopoles a au moins deux conséquences : il est


désormais possible de faire l’inventaire approximatif des ressources
disponibles et des débouchés potentiels, et cette connaissance accroît
considérablement le pouvoir des groupements monopolistes vis-à-vis des
autres exploitations.
Devant s’assurer le contrôle des matières premières au maximum, la
colonisation devient alors nécessaire. Les travaux des géographes
contemporains de l’époque exposent la concomitance des événements
(Tableaux 4 et 5). Les travaux plus récents (Tableau 6) indiquent également
le ralentissement du processus de colonisation, lié à la finitude de l’espace
géographique.

La deuxième phase de la mondialisation est donc marquée par le fait


colonial qui est un corollaire de la révolution industrielle et de l’extension
des monopoles.

Cette seconde période historique se résume ainsi :

Caractéristique économique principale Concentration et formation de monopoles


Etape dans la mondialisation Colonisation
Période Révolution industrielle
Désignation Capitalisme industriel

15
Fiche 2 :
Les conquêtes coloniales et la finitude de l’espace géographique

Tableau 4 :
Territoires appartenant aux puissances colonisatrices
(en pourcentage)

1876 1900
Afrique 10,8 90,4
Polynésie 56,8 98,9
Asie 51,5 56,6
Australie 100,0 100,0
Amérique 27,5 27,2
Source : Supan A., (1906), modifié

Tableau 5 :
Possessions coloniales des grandes puissances en 1876 et 1914
(En millions de kilomètres carrés et en millions d’habitants)

1876 1914
Km² hab. Km² hab.
Angleterre 22,5 251,9 33,8 440,0
Russie 17,0 15,9 22,8 169,4
France 0,9 6,0 11,1 95,1
Allemagne 0 0 3,4 77,2
États-Unis 0 0 9,7 106,7
Japon 0 0 0,7 72,2
Total pour
40,4 273,8 81,5 960,6
les 6 grandes puissances
Colonies des autres
puissances 0 0 9,9 45,3
(Belgique, Hollande, etc.)
Source : Hubner J., (1916), modifié

16
Tableau 6 :
Possessions coloniales des grandes puissances en 1938

1938
en millions de km 2 en millions d’habitants
Angleterre 33,6 496,7
France 12,1 70,5
Pays Bas 2,1 68,3
Portugal 2,1 10,6
Belgique 5,4 14,3
Allemagne 0 0
Italie 3,4 1
Japon 0,3 30,9
États-Unis 0,3 18,5
Total 59,4 711
Source : Etemad B., (2000), modifié

17
1.3. La troisième phase est marquée par le nouveau rôle des banques et
l’hégémonie du capital financier
Cette période historique est caractérisée par le nouveau rôle des banques
dans le secteur industriel. En effet, la fonction initiale des banques est de
servir d’intermédiaire dans les paiements. En collectant l’épargne pour la
prêter aux industriels, elles transforment l’argent passif qui leur est confié
en argent actif, c’est-à-dire générateur de profit. Au fur et à mesure que les
banques se développent, elles se regroupent et disposent alors d’une grande
quantité d’argent utilisé par le secteur productif du pays (Fiche 3). En
Europe, la fin du XIXème siècle et le début du XXème constituent les périodes
clés de l’affirmation de ce processus (Tableau 8a et 8b). Au « Crédit
Lyonnais », le nombre des comptes bancaires est passé de 28 535 en 1875 à
633 539 en 1912. Aujourd’hui, le secteur bancaire est très concentré
(Tableau 9) et les dix principales banques mondiales appartiennent à la
triade (Japon, USA, Europe).

Les banques ne sont alors plus cantonnées dans un rôle d’intermédiaires.


Elles peuvent, grâce à la gestion des opérations bancaires, évaluer
précisément la situation de secteurs entiers de l’industrie, puis les contrôler,
en facilitant ou en entravant l’accès aux capitaux. L’argent utilisé dans le
secteur productif n’appartient pas aux entrepreneurs qui l’utilisent. Ces
derniers n’en disposent que par le biais de la banque. Autrement dit, le
secteur productif ne possède pas réellement ses moyens de production et le
regroupement des banques resserre les possibilités de demande de crédit,
d’où une dépendance accrue de l’industrie à l’égard d’un petit nombre de
groupes bancaires. Le capital financier est donc un capital dont disposent les
banques et qu’utilisent les industriels. De plus en plus de directeurs de
banque sont membres de conseils d’administration des sociétés industrielles.

Cette troisième période historique se résume ainsi :

La prise de contrôle des banques sur les industries, la


Caractéristique économique principale
nécessité de l’exportation des capitaux
Les guerres d’influences des principales puissances
Etape dans la mondialisation
occidentales
Période XXème siècle
Désignation Capitalisme financier

18
Fiche 3 :
La concentration financière
est un processus structurel de la mondialisation

Tableau 8a :
La concentration bancaire en France entre 1870 et 1909

Succursales Fonds propres Dépôt

1870 64* 200 427

1909 1229 887 4363

* ces chiffres concernent les trois plus importantes banques françaises en millions de francs
Source : Lescure J., (1914), modifié

Tableau 8b :
La concentration bancaire en Allemagne entre 1895 et 1911

Années 1895 1900 1911


Succursales en Allemagne 16* 21 104
Caisse de dépôts
14 40 276
et Bureaux de change
Participations constantes
aux sociétés anonymes 1 8 63
bancaires allemandes
Total des établissements 42 80 450
*ces chiffres concernent six grandes banques berlinoise en millions de francs
Source : Riesser D., (1910), modifié

19
Tableau 9 :
Les 10 principales banques classées selon leurs avoirs totaux en septembre 2000
appartiennent à la triade (Japon, USA, Europe)

Avoirs
Banque Pays
(Milliards de $)
Fuji-IBJ-DKB 1.480
Sanwa-Asahi-Tokai 1.050

Japon
Sumitomo-Sakura 960
Bank of Tokyo-
690
Mitsubishi
BNB-Parisbas France 670
Cytigroup 670
Etats Unis
Bank of America 620
Deutsche Bank Allemagne 600
UBS Suisse 570
Grande-
HSBC Holdings 480
Bretagne

Source : CNUCED (2000)

20
L’époque contemporaine fait donc partie de la troisième étape historique
d’un long processus de mondialisation. Les nouveautés introduites sont :
- une intensité d’échanges commerciaux, de concentration
industrielle et bancaire accélérée depuis 1990. Cette période est aussi celle
de la création d’organismes tels que le FMI ou l’OMC et le renforcement de
groupements de pays tels que l’OCDE .
- l’importance hégémonique du capital financier et le nouveau rôle
des banques. Les effets sur les populations sont considérables car la gestion
des productions est réalisée en fonction d’une rentabilité à court terme, et
non en fonction des besoins.
- la contradiction de plus en plus importante entre le niveau de
production et le niveau de consommation oblige les grandes puissances à
trouver des débouchés nouveaux, à exporter leurs capitaux.
- la finitude de l’espace géographique (il n’y a plus de nouveaux
espaces à coloniser) implique des luttes d’influence pour le contrôle des
matières premières, des nouveaux débouchés et des lieux d’investissement.
Par conséquent, le nombre de conflits armés augmente.

21
2. Les caractéristiques actuelles de la mondialisation

La mondialisation est communément caractérisée par ses conséquences :


l’augmentation de la production, des échanges, du trafic, et du commerce.
Ainsi entre 1950 et 2000, le PIB a été multiplié par 6 et les exportations par
80 (Tableau 10).

Tableau 10 :
L’accroissement des échanges internationaux depuis 1950

1950 1960 1970 1980 1990 2000


PIB mondial
(valeur avec base 100 en 17 25 42 62 84 100
2000)
Exportations mondiales
(valeur avec base 100 en 1 2 5 37 63 100
2000)
Volumes moyens des
transactions quotidiennes 5 10 20 80 600 1200
(milliards de dollars)
Source : OMC (2000)

Identifier les effets visibles et immédiats de la mondialisation revient à se


placer dans le cas de la caverne de Platon où l’observateur ne discerne que
des ombres et ne maîtrise pas les outils de réflexion et d’analyse pour
appréhender la situation. Poser correctement les principales caractéristiques
de la mondialisation est indispensable pour en saisir la structure, en
comprendre le fonctionnement et pointer les erreurs de logique. Citons
quelques idées reçues : la mondialisation est un vaste chaos, les individus,
sont libres et égaux et plus ou moins aptes à s’intégrer, en tout cas fautifs
s’ils n’y arrivent pas. La situation est stable et immuable. La guerre et le
chômage sont des fatalités. La mondialisation est au contraire un système
extrêmement ordonné, hiérarchisé et instable comme nous allons le voir
dans ce chapitre, avec des conséquences structurelles en terme d’exclusion
sociale, qui ne relèvent pas du pur facteur individuel.

23
2.1. Une hiérarchie importante des pôles de décision
2.1.1. La polarisation importante des moyens financiers amène des
processus de décision de plus en plus centralisés
La concentration financière aboutit à une polarisation importante des
lieux de détention des capitaux. Les statistiques industrielles et bancaires
contemporaines donnent sur ce processus des renseignements complets et
précis (Fiche 4). La triade (Japon, Amérique du Nord, Europe occidentale)
représente 94 % du chiffre d’affaires mondial. D’après les données de la
CNUCED, sur les 104 premières entreprises transnationales mondiales,
seules 5 ne font pas partie de la triade (Tableau 11). Si l’on limite l’analyse
aux 50 premières sociétés mondiales, seuls 8 pays sont concernés et sont
tous membres de la triade (Tableau 12). Le quasi-monopole des activités de
recherche dans leur pays leur confère une avance indéniable dans le
domaine de la maîtrise technologique (Tableau 13). C’est donc dans ces
pays que les moyens financiers sont concentrés, c’est donc également à
partir d’eux que les principales décisions émergent. Ces pays, tenant à
maintenir leur « leadership », favorisent des décisions qui leur permettent de
conserver et d’accroître leurs avantages. Les centres décisionnels ont ainsi la
capacité d’imposer aux autres leurs intérêts propres aux dépens de l’intérêt
plus global, d’où les déséquilibres constatés entre les pays dits du sud et
ceux du nord. Il faut noter cependant que ces centres d’impulsion évoluent
en fonction des rapports de force et qu’ils se sont déplacés à plusieurs
reprises au cours de l’histoire. Actuellement aux Etats-Unis, ils ont d’abord
été focalisés au Portugal et en Espagne au XIVème et XVème siècle, en
Hollande au début du XVIIème siècle, puis au Royaume-Uni au XVIIIème et
XIXème siècle. Différents rapports officiels, dont ceux de la CIA, indiquent
que nous sommes actuellement de nouveau en phase de glissement des
pouvoirs d’une part vers l’Europe, d’autre part vers la Chine et l’Inde. Le
taux de croissance annuel de ces deux derniers pays est respectivement de
6.8 et 4.4 % tandis que celui des Etats-Unis est de 2,8 %. De nombreux
conflits attestent des tentatives de conservation du pouvoir de décision par
les Etats-Unis où une bonne partie de l’économie repose sur l’exercice de
guerre.

24
Fiche 4 :
L’extrême polarisation des lieux de détention des capitaux

Tableau 11 :
La mise en évidence des pouvoirs de la triade : localisation géographique
des cent premières sociétés aux profits les plus élevés en mars 2000

Etats Chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Nombre de firmes


(billions de dollars) (% mondial)
Amérique du nord 1 391 32,6 31
Europe occidentale 1 498 31,1 50
Japon 1 276.8 30.0 18
Autres 93,4 2,3 5
Total 4 259.2 100 104
Source : CNUCED, World Invest Report, (2000)

Tableau 12 :
L’extrême polarisation des 50 sociétés aux profits les plus élevés en mars 2000
(millions de $ US)

Rang Société Revenus Profits Avoirs Pays


1 General Electric 111.630 10.717 405.200 USA
2 Citigroup 82.005 9.867 716.900 USA
4 SBC Communications 49.489 8.159 83.215 USA
5 Exxon Mobil 163.881 7.910 144.521 USA
6 Bank of America Corp. 51.392 7.882 632.574 USA
7 Microsoft 19.747 7.785 37.156 USA
8 Intl. Business Machines 87.548 7.712 87.495 USA
9 E.I. du Pont de Nemours 27.892 7.690 40.777 USA
10 Philip Morris 61.751 7.675 61.381 USA
11 Intel 29.389 7.314 43.849 USA
12 Ford Motor 162.558 7.237 276.229 USA
14 General Motors 176.558 6.002 273.921 USA
15 Merck 32.714 5.890 35.634 USA

25
17 Chase Manhattan Corp. 33.710 5.446 406.105 USA
19 Wal-Mart Stores 166.809 5.377 70.245 USA
22 American International
40.656 5.055 268.238 USA
Group
24 Morgan Stanley Dean Witter 33.928 4.791 366.967 USA
25 Lucent Technologies 38.303 4.766 38.775 USA
27 Verizon Communications 33.174 4.202 62.614 USA
29 Johnson & Johnson 27.471 4.167 29.163 USA
30 Bristol-Myers Squibb 20.222 4.167 17.114 USA
32 GTE 25.336 4.032 50.831 USA
33 WorldCom 37.120 4.013 91.000 USA
34 Fannie Mae 36.968 3.911 575.167 USA
37 Procter & Gamble 38.125 3.763 32.113 USA
38 Wells Fargo 21.795 3.747 218.102 USA
40 Hewlett-Packard 48.253 3.491 35.297 USA
41 Bank One Corp. 25.986 3.479 269.425 USA
43 BellSouth 25.224 3.448 42.453 USA
44 AT & T 62.391 3.428 169.406 USA
47 Zurich Financial Services 39.962 3.260 221.178 USA
48 First Union Corp. 22.084 3.223 253.024 USA
49 Pfizer 16.204 3.179 20.574 USA
35 Volvo 15.120 3.897 22.897 S
3 Royal Dutch/Shell Group 105.366 8.584 113.883 NL
21 ING Group 62.492 5.250 493.948 NL
39 Toyota Motor 115.670 3.653 160.571 JAP
45 Nippon Life Insurance 78.515 3.405 423.281 JAP
20 Olivetti 30.087 5.268 75.699 IT
16 Cable & Wireless 14.825 5.758 34.343 GB
18 HSBC Holdings 39.348 5.407 567.793 GB
23 BP Amoco 83.566 5.008 89.561 GB
31 Lloyds TSB Group 22.836 4.067 283.803 GB
46 BT 30.545 3.311 59.963 GB
13 DaimlerChrysler 159.985 6.129 175.068 D

26
26 Novartis 21.608 4.432 40.935 CH
28 UBS 27.651 4.193 613.198 CH
36 Roche Group 18.348 3.836 43.998 CH
42 Credit Suisse 49.361 3.475 451.506 CH
50 Nestlé 49.694 3.144 36.819 CH

Source : CNUCED, World Invest Report, (2000)

Tableau 13 :
La concentration de la recherche en 2000

Japon 16%

C hine e t
Ind e 7 %
Europe 33%
N P I A sie 4 %

USA-
C a na d a
40%

Source : Ministère de la recherche (2003)

27
2.1.2. L’économie dominante impose aux autres les règles du jeu
De par leur supériorité économique et leur capacité d’investissement, les
centres de décisions (économies dominantes) imposent aux autres les règles
de leur comportement. Par exemple, le poids écrasant du dollar dans les
dépôts bancaires en Amérique latine, montre la dépendance de ces pays vis-
à-vis des Etats-Unis (Tableau 14). La triade contrôle 80 % des flux
d’investissements (Tableau 15) dont 92 % sont investis dans les même pays
(Tableau 16). Du point de vue d’un pays, l’origine géographique des
capitaux induit des contraintes politiques vis-à-vis des pays investisseurs.
Prenons par exemple la Thaïlande (Tableau 17), pays largement dominé par
les investissements en provenance de l’étranger qui représentent 56 % du
total. Dans ces investissements, 64 % proviennent de la triade, le reste étant
essentiellement le fait des pays voisins asiatiques. Le degré de dépendance
vis-à-vis de la triade est donc plus important que celui vis-à-vis de son
ensemble géographique naturel, l’Asie du Sud-Est.
Par ailleurs, les pays occidentaux contrôlent une bonne partie des moyens
d’information et de communication (Tableau 18). La concentration des
médias en quelques mains est connue. Ces pays ont ainsi la capacité
d’imposer leur modèle culturel, idéologique et leur politique. La
terminologie occidentale devient donc utilisée partout, comme les idées qui
sous-tendent le modèle économique et l’imposent comme référence
universelle. Citons en exemple la mobilisation des concepts de « sous
développement » (Truman, 1949), « tiers monde » (Sauvy, 1952), « pays en
voie de développement » (années 1970), « nouveaux pays industrialisés »
(années 1980), « pays émergents » (années 1990). L’UNESCO l’affirme
dans un rapport sur la communication dans le monde : « Le facteur qui, plus
que tout autre, a modifié la base économique des mass media a été la
jonction des entreprises de mass media avec d’autres secteurs de l’industrie
de l’information, par le biais d’un processus de rationalisation et de
concentration dans lequel les grandes firmes, les conglomérats et les
multinationales ont été très largement engagés » (Rapport sur la
communication dans le monde, Unesco, Paris, 1991).
Au sein de cet appareil moderne figurent les médias eux-mêmes, c’est-à-
dire l’industrie du contenu de l’information, l’industrie des services qui
traite et diffuse l’information, et l’industrie des équipements qui devient de
plus en plus une économie mondiale. Les Etats-Unis, la CEE et le Japon
représentent environ 70 % du produit intérieur brut mondial, et leur part
dans la production de biens et de services d’information avoisine 90 %. Sur

28
les quelque 300 premières firmes de l’information et de la communication,
144 sont américaines, 80 ouest-européennes, 49 japonaises. Sur les 75
premières firmes de médias, 39 sont américaines, 19 ouest-européennes, 7
japonaises. En ce qui concerne les équipements, sur les 158 premières
firmes, 75 sont nord-américaines, 36 ouest-européennes, 33 japonaises. Le
« reste » se situe, dans sa quasi-totalité, dans les autres pays occidentaux
(Australie, Canada, etc.). En 1986, l’économie de l’information et de la
communication avait un chiffre d’affaires mondial de 1 185 milliards de
dollars : 515 milliards pour les Etats-Unis, 267 pour la CEE, 253 pour le
Japon. Un tel degré de concentration explique la faculté de ces pays à
imposer les règles du jeu mondialisé.

29
Fiche 5 :
La supériorité économique des pays dominants

Tableau 14 :
L’importance du dollar dans les dépôts bancaires en Amérique Latine en 2001
(en pourcentage du total des dépôts bancaires)

Source : FMI (2002), Carroué L. (2000), modifié

30
Tableau 15 :
Les pays occidentaux et les investissements directs à l’étranger (en %)
100

90 USA
80
E u ro p e o ccid e n tale
Jap o n
70
E x té rie u r à la triad e
% m o n d ia u x

60

50

40

30

20

10

0
1914 1970 1980 1990 2000

Source : FMI (2001)

Tableau 16 :
Les pays occidentaux accueillent 92 % des investissements directs de l’étranger
R e ste d u
M o nd e
8% U SA
A utre s p a y s 26%
d é v e lo p p é s
12%

Ja p o n
11%

Euro p e
o ccid e nta le
43%

Source : FMI (2000)

31
Tableau 17 :
Origine des investissements en Thaïlande entre 1970 et 1999

Japon 28,6 % Hong Kong 12,4 %

Etats-Unis 17,4 % Asean² 11,8 %

Union européenne 14,4 % Singapour 11,1%

dont Pays Bas 4,8 Taïwan 4,5 %

Source : DREE (2000), Carroué L. (2000)

Tableau 18 :
Réseaux informatiques et équipements pour la transmission des données
dans le monde en 2001

A f riq ue
1%
Mo y e n o rie nt
3% Euro p e
A sie -p a cif iq ue
o ccid e nt a le
14%
25%

Japon
8%

A mé riq ue d u
no rd
49%

Source : Center for defence information (2002)

32
2.2. Une instabilité inévitable dans le cadre de la finitude géographique
du système Terre
Si les médias donnent souvent l’impression d’un système bien établi dans
lequel il est difficile de modifier les bases structurelles, l’histoire enseigne
pourtant le contraire. Le nombre de conflits armés de la dernière décennie et
la déstabilisation de régions entières par des délocalisations d’entreprises en
sont une bonne illustration. Le mécanisme de l’instabilité est lié à la
structure même de la mondialisation et peut se lire à deux échelles. A
l’échelle supranationale, nous le savons, les économies sont concurrentes.
Tout changement de rapport de forces dans la lutte pour la conquête des
marchés et l’expatriation du capital accumulé modifie la domination
mondiale. La colonisation achevée, l’extension des marchés devient ardue,
dans un contexte où les entreprises doivent s’agrandir pour survivre. La
conquête indispensable de nouveaux marchés est l’apanage des économies
les plus puissantes, aux dépens des économies plus fragiles. Cela s’opère par
la force et génère donc des conflits. Ainsi l’instabilité est structurelle du
système mondialisé libéral. A l’échelle locale, les entreprises transnationales
effectuent des investissements dont le but est la rentabilité à court terme
sans tenir compte des besoins des populations. La déstabilisation de régions
entières par la destruction de pans entiers d’activité donne lieu à des
migrations importantes dont les modalités se déclinent de l’exode rural à
l’immigration transcontinentale.

2.2.1. La lutte économique à l’origine de l’instabilité mondiale ou


l’histoire des déplacements géographiques des centres de décisions
Les liens géostratégiques des rapports de forces permettent de
comprendre l’origine des conflits. Ceux-ci sont connectés en priorité à la
production de richesses et à l’activité économique. Les indicateurs dont
nous disposons à l’heure actuelle sont imparfaits : d’une part ils imposent un
raisonnement par pays, ce qui ne correspond pas à la réalité (ce n’est pas un
état qui contrôle les richesses mais les banques et multinationales), d’autre
part ils ne donnent qu’une idée partielle de la situation. Néanmoins, le poids
respectif de l’économie d’un pays, illustré par son produit intérieur brut
(PIB) nous servira de point de départ du raisonnement. Les déplacements
géographiques des pôles de décision sont déterminés par le poids respectif
des économies des pays. A chaque fois qu’un pays ou qu’un groupe de pays

33
est plus puissant économiquement qu’auparavant, il va chercher à capter des
parts de marchés supplémentaires au détriment d’autres pays dont le poids
relatif est moindre. Le PIB relatif des pays les uns par rapport aux autres
donnent de bonnes indications, bien qu’incomplètes, répétons-le, sur les
rapports de forces à l’œuvre dans le monde.
Au cours de l’histoire de l’économie mondiale, un déplacement
géographique des centres dominants s’est effectué. Ce processus donne lieu
à des situations conflictuelles pour la redéfinition de la hiérarchie mondiale.
Ainsi, en analysant les niveaux relatifs des PIB des pays (Tableau 19), on
constate une relation directe entre les faits géopolitiques et les changements
de rapports de forces économiques. Par exemple, sont bien visibles la
montée en puissance des Etats-Unis au cours du XIXème siècle aux dépens
de la Grande Bretagne avec des bonds quantitatifs qui se calquent sur les
dates des grandes guerres, la baisse d’influence depuis les années 80 de la
Russie sur la scène géopolitique mondiale, ou encore l’émergence récente
de la Chine ou de l’Inde. Ces résultats sont corroborés par les indicateurs de
croissance économique (Tableau 20) où l’on constate un taux de croissance
pour la Chine et l’Inde bien supérieurs à ceux des Etats-Unis en perte de
vitesse relative. Notons tout de même que si le PIB par habitant s’accroît
régulièrement (Tableau 21), la richesse continue son mouvement de
concentration et si les inégalités augmentent considérablement entre les
différents groupes sociaux, il y a aussi des pays dans lesquels le PIB par
habitant diminue (Tableau 22).

34
Fiche 6 :
Les niveaux relatifs des produits intérieurs bruts
définissent les rapports de forces

Tableau 19 :
Niveaux relatifs du PIB de certains pays en référence aux Etats-Unis (réf : USA = 100)

1870 1913 1950 1973 2000


Chine 190,2 60,4 16,5 21 59,7
Inde 120,4 35,5 14,7 14,1 25,7
USA 100 100 100 100 100
Grande 97,2 43 23,7 19,2 15,2
Bretagne
France 72,6 28,7 15 19,2 16,2
Allemagne 44,8 29,1 14,7 23,2 20,5
Italie 41 18,7 11,1 16,2 14,1
Japon 25,9 13,8 10,7 34 34,2
Russie-URSS 85 46,6 35 43 8,8

Source : FMI (2001), Madisson A, (2001)

Tableau 20 :
Croissance réelle en % du PIB par habitant dans certains pays

1950- 1973- 1992-


1870-1913 1913-1950
1973 1992 2000
Monde 1,3 0,9 4,1 1,8 1,7
USA 1,8 1,6 2,4 1,4 2,8
Europe
1,3 0,8 2,9 1,2 2,0
occidentale
Japon 1,5 0,9 8 3,0 0,6
Russie-URSS 1,1 1,8 3,4 -1,4 -2,4
Chine 0,1 -0,6 2,9 5,2 6,8

35
Inde 0,5 -0,2 1,4 2,4 4,4
Source : : FMI (2001), Madisson A., (2001)

Tableau 21 :
PIB par habitant, (dollars internationaux de 1990)

1950 1960 1970 1990 2001


Europe occidentale 4594 7512 11534 15998 19196
Amérique du nord,
Australie, Nouvelle- 9288 11537 16172 22356 27892
Zélande
Japon 1926 4778 11439 18789 20722
Occident 5663 8466 13141 18798 22832
Europe de l’est 2120 3250 4985 5437 5875
Ex-URSS 2834 4130 6058 6871 4634
Amérique latine 2554 3268 4531 5055 5815
Asie hors Japon 635 837 1231 2117 3219
Afrique 852 1038 1365 1385 1410
Reste 1091 1478 2073 2707 3339
Monde 2114 2921 4104 5154 6043
Source : FMI (2000)

Tableau 22 :
Evolution du PIB par habitants entre 1975 et 1990
(en % de la moyenne annuelle arrondie)

Chine +9 Zambie -3
Corée Sud +7 Nicaragua -4
Thaïlande +6 Emirat arabe unis -4
Hong Kong +6 Congo -6
Irlande +4 Tadjikistan -7
Viêt-Nam +4 Ukraine -8
Indonésie +4 Azerbaïdjan - 10
Source : PNUD (2000)

36
2.2.2. Un système générateur de conflits
La recherche obligatoire de nouveaux marchés engendre des batailles
pour la domination. Ces conflits ont pour objet le contrôle de matières
premières, de richesses, ou la recherche d’une position stratégique, et
impliquent plusieurs grandes puissances qui s’affrontent sous forme de
conflits délocalisés. Le but est la prise de pouvoir d’une région aux dépens
de l’autre. Nombres de faits actuels peuvent témoigner de cette dynamique :
conflits israélo-arabes ou balkaniques ou encore guerre irakienne qui oppose
les Etats-Unis et quelques pays occidentaux depuis maintenant une dizaine
d’années. Notons au passage que les conflits dits ethniques ou religieux,
bien réels, sont cependant la plupart du temps réactivés au moment
opportuns par des stratégies de fournitures d’armes entre autres, et destinés
à servir d’alibi à des causes économiques inacceptables aux yeux de la
population. Les conflits peuvent parfois prendre une forme non délocalisée,
à l’exemple des deux dernières guerres mondiales. Bien entendu, le
maintien de l’hégémonie coûte de plus en plus cher comme le montrent les
frais engagés dans les principales interventions des Etats-Unis depuis 1900
(Fiche 7, Tableau 23) ou encore l’accroissement du budget de la défense
américaine depuis 50 ans (Tableau 24). Mais les opérations de guerre sont
rentables, grâce à la prise de contrôle des richesses d’un pays, la possibilité
de lui imposer des politiques favorables au pays « ingérant » sans compter
les bénéfices directs des industries d’armement (Tableau 25 et 26) et de
reconstruction.

37
Fiche 7 :
Les Etats-Unis et la guerre

Tableau 23 :
Les coûts des principales guerres et interventions des Etats-Unis depuis 1900

Coût financier Déclarée


Années Guerre/intervention
(en dollars US 2000) par le Congrès
1917-18 Première guerre mondiale 555,6 Milliards Oui
1941 Deuxième guerre mondiale 4530 Milliards Oui
1950-53 Guerre de Corée 385,6 Milliards Non déclarée
1961-75 Guerre du Vietnam 826,8 Milliards Non déclarée
1982-84 Liban 73,6 Millions Non déclarée
1983-85 Grenade 88,6 Millions Non déclarée
1989-90 Panama 191,3 Millions Non déclarée
1991 Guerre du golfe (Irak) 8,5 Milliards Non déclarée
1991-2001 Asie du sud-ouest 9,9 Milliards Non déclarée
1992-95 Somalie 2,4 Milliards Non déclarée
1992-95 Haïti 1,8 Milliards Non déclarée
1992-95 Rwanda 628 Milliards Non déclarée
1999 Guerre du Kosovo (Serbie) 2,3 Milliards Non déclarée
1992-2001 Ex-Yougoslavie 20,1 Milliards Non déclarée
Source : Center for defence information (2002)

Tableau 24 :
Budget de la défense du gouvernement national entre 1945 et 2007
(en millions de dollars US)

700

D o lla rs de l’é po que

600 D o lla rs a c tue ls (2 0 0 3 )

500

400

300

200

100

0
45

48

51

54

57

60

63

66

69

72

75

78

81

84

87

90

93

96

99

02

05
19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

20

20

Source : Center for defence information (2002)

38
Tableau 25 :
Les 50 plus grosses entreprises d’armement au monde, selon leurs ventes 2000
(en millions de dollars US)*

Vente Vente
Société (pays) Société (pays)
d’armes d’armes
1 Lockheed martin (USA) 18610 26 Saab (Suède) 1210
2 Boeing (USA) 16900 27 Textron (USA) 1200
3 BAE system (GB) 14400 28 United defense (USA) 1180
4 Raytheon (USA) 10100 29 Ordnance factory (Inde) 1130
5 Northrop grumman (USA) 6660 30 Mitsubishi electric (Jap) 1120
6 General dynamic (USA) 6520 CEA (Fr) 1050
31
7 EADS
5340 32 SNECMA (Fr) 970
(Fr, All, Esp)
8 Thales (Fr) 5160 33 EDS (USA) 950
9 Litton (USA) 3950 34 Dassault aviation (Fr) 930
10 TRW (USA) 3370 35 Kawasaki ind. (Jap) 920
11 United tech. (USA) 2880 36 Alliant tech system (USA) 900
12 Mitsubishi ind. (jap) 2850 37 SAGEM (Fra) 820
13 Finmecanica (It) 2440 38 Dyncorp (USA) 800
14 Rolls royce (GB) 2130 39 Titan (USA) 780
15 Nexport news (USA) 2030 40 Singapore tech., ST 770
(Singapour)
16 Science application (USA) 1950 41 Elbit system (Isr) 700
17 GKN (GB) 1740 42 Rockwell int. (USA) 700
18 Computer science corp 1610 43 Rafael (Isr) 670
(USA)
19 DCN (Fr) 1600 44 FIAT (It) 670
20 General electric (USA) 1600 45 Krauss maffei wegmann 640
(All)
21 Honeywell int. (USA) 1550 46 Marconi (GB) 610
22 Rheinmeatl (All) 1460 47 Harris (USA) 620
23 Israel aircraft ind. (Isr) 1350 48 Veridian (USA) 550
24 L 3 com. (USA) 1340 49 General motors (USA) 540
25 ITT ind. (USA) 1330 50 Smiths ind. (GB) 530
Source : Facts on international relations and security trends (FIRST) – international
relations and security network (ISN), (2002)

39
Tableau 26 :
Total des transferts d’armes des Etats-Unis à l’étranger entre 1997-2001
(en milliards de dollars US)

Etats-Unis 44,821
Russie 17,354
France 9,808
Grande-Bretagne 6,699
Allemagne 4,821
Ukraine 2,627
Pays-Bas 1,862
Italie 1,671
Chine 1,555
Biélorussie 1,518
Suède 1,123
Israël 0,975
Espagne 0,870
Canada 0,644
Australie 0,618
Autres 3,768
Source : Facts on international relations and security trends (FIRST) – international
relations and security network (ISN), (2002)

40
2.2.3. Un remodelage permanent des alliances
L’assise de la hiérarchie mondiale repose sur un processus d’unification
d’un pouvoir central, illustré par la mise en place de groupements de pays.
La construction de l’Union européenne ou de l’OCDE relève de cette
volonté. L’unification du pouvoir au sein de groupements n’est pas un
caractère permanent et peut être rompu si les intérêts divergent.
Historiquement, on assiste donc à un remodelage permanent des alliances,
en fonctions des conditions économiques globales. Par ailleurs, la
domination repose sur la fragmentation des processus de production dont la
manifestation la plus visible est la délocalisation des filiales de production
dans tous les pays du monde.

2.2.4. Des investissements pour la rentabilité à court terme et non en


fonction des besoins
Les investissements des entreprises sont réalisés selon toute logique en
fonction de leur plus grande rentabilité. Ils dépendent donc de la
conjoncture. L’histoire des investissements de la triade qui est, rappelons-le
l’investisseur principal, donne un aperçu de la mobilité structurelle et ce
malgré l’échelle géographique et temporelle importante (Fiche 8, Tableau
27). Dans ce contexte, les déplacements de capitaux peuvent évidemment
être très rapides et ne tiennent pas compte des processus de développement
locaux. L’exemple de l’industrie du textile est frappant. Après avoir déserté
les pays industrialisés, les entreprises continuent leurs délocalisation vers
des pays de plus en plus avantageux, abandonnant les lieux auparavant
prisés et une population active spécialisée dans ce domaine (Tableau 28).
Parfois, les fuites de capitaux sont si soudaines et les économies si
dépendantes qu’elles peuvent déstabiliser des régions entières, à l’image de
la crise de l’Asie du Sud-Est dans les années 90. Cette région, qualifiée de
« miracle asiatique », a subi un brutal reflux de capitaux qui a conduit à une
crise économique et placé sous le seuil de pauvreté un nombre important de
ses habitants. Ainsi, Des régions entières se spécialisent dans un type de
production et leur développement devient mono-dépendant. Une fluctuation,
parfois annuelle, des prix d’une matière première, orchestrée par les
organismes dont les sièges se situent dans les pays occidentaux, modifie
considérablement les conditions de vie locale (Tableau 29).

41
Fiche 8 :
L’instabilité des investissements dans les productions

Tableau 27 :
L’instabilité des investissements de la triade (en %)

70
A friq u e
P roch e e t m oye n O rie n t
60
P a ys d e l’E st
A sie
50
A m é riq u e la tin e

40

30

20

10

0
1961- 1970 1971- 1980 1981-1990 1991-2000

Source : Banque Mondiale (2000)

42
Tableau 28 :
Spécialisation et déspécialisation des industries textiles des états entre 1990 et1999
(variation en % des exportations)

-5 C h in e

-8 T h a ïla n d e

-9 P o rtu g a l

-1 0 ,5 M a ro c

-1 1 ,5 C o ré e S u d

-1 2 G rè ce

-1 8 P h ilip p in e

P a kista n 8

Ja m a ïq u e 10

M a ca o 13

R o u m a n ie 17

B u lg a rie 20

B a n g la d e sh 21

S ri L a n ka 22

-2 0 -1 0 0 10 20 30

Source : OMC (2000), Carroué L., (2000), modifié

Tableau 29 :
L’instabilité structurelle des prix mondiaux des matières premières (%)

1996-1997 1998-1999
Huile soja -1 -32
Caoutchouc -27 -12
Blé -23 -13
Cobalt -11 -22
Cacao -11,2 -32
Café +31 -21
Nickel -7,7 +30
Zinc +28 +5
Palladium +38 +50
Source : Carroué L., (2000), modifié

43
2.3. L’importance hégémonique du capital financier
2.3.1. L’accroissement du volume d’argent disponible accentue le
pouvoir des banques sur le secteur productif
Le capital financier a vu son volume croître rapidement au cours de la
dernière décennie (Fiche 9, Tableau 30). Ainsi, la capitalisation représentait
42 % du PIB en 1990 et, à peine 8 ans plus tard, elle s’élevait à 120 %. Elle
a donc considérablement augmenté malgré la crise des années 2000. La
concentration bancaire est en phase d’accélération, accroissant le pouvoir
des banques puisqu’elles possèdent la majeure partie de l’argent confié par
le secteur productif, à l’exemple de Merryl Lynch, une banque d’affaire
mondiale. Entre 1993 et 2000, son chiffre d’affaires croit de 170 % avec des
résultats nets de + 359 % ce qui fait un volume d’argent passant de 1,359
milliards de dollars à 3,787 milliards de dollars (Carroué L., (2000)) La
dépendance de la grande industrie vis-à-vis des banques s’accroît. De plus
en plus de banques gèrent alors le secteur productif comme en témoigne le
nombre de grandes banques d’affaires impliquées dans le conseil en fusion
et acquisition (Tableau 31).

44
Fiche 9 :
L’importance hégémonique du capital financier

Tableau 30 :
Evolution comparée du PIB mondial et de la capitalisation boursière
dans le monde 1990-1999 (en milliards de dollars)

40 000

35 000

30 000

25 000

20 000

15 000

10 000 P IB m o nd ia l

C a p ita lisa tio n


5 000

0
1990 1991 1992 1993 1994 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000

Source : FMI pour le PIB mondial, Standard & Poor’s pour la capitalisation boursière
(2000)

45
Tableau 31 :
Les grandes banques d’affaires dans le conseil en fusion et acquisition en 2000

Rang
Chiffre d’affaires Montant des opérations
Salarié dans
total 2000 Siège de fusion conseillées
s les
(en millions de dollars) (en milliards de dollars)
fusions
Goldmann New
33000 22627 1633,5 1
Sachs York
Morgan
New
Stanley Dean 45448 64500 1371,5 2
York
Witter
New
Merrill Lynch 44872 72000 1160,2 3
York
JP Morgan
New
Chase 60665 120000 888,1 4
York
Manhattan
Crédit Suisse New
12635 28000 877,1 5
FB York
UBS Warburg 12120 Londres 38445 608,9 6
Salomon Smith New
30772 45457 607,5 7
Barney York
Rotschild 669,2 Londres 725 424,6 8
Lehman New
7707 11326 334,7 9
Brothers York
Source : Carroué L., (2000)

46
2.3.2. Le développement des paradis fiscaux
La croissance de la finance mondiale s’est largement appuyée sur le
développement des paradis fiscaux. Ce sont des territoires bénéficiant d’une
juridiction exceptionnelle qui permet à l’activité financière d’être
déconnectée de l’économie nationale. Depuis 1945, on assiste à leur
multiplication, de sorte qu’ils gèrent actuellement entre 30 % et 40 % des
fortunes privées mondiales, accueillent 25 % des dépôts bancaires
transfrontaliers, 8 % des titres de la dette mondiale et voient transiter 50 %
des actifs financiers circulant dans le monde. C’est ainsi que Georgetown,
capitale des îles Caïmans, est devenue la 5e place financière mondiale
(Tableau 32). Ce territoire britannique de 35 km sur 20 km accueille 600
banques, dont les filiales de 46 des 50 premières banques mondiales, 2 200
fonds spéculatifs et fonds de pension et quelque 40 000 sociétés écrans. En
2000, ces sociétés financières y gèrent 656 milliards de dollars de dépôts de
non-résidents à 80 % d’origine nord-américaine. La finance y représente
10 000 emplois et y explique la présence de 22 000 expatriés sur 45 000
habitants (Carroué L., 2000). Ce succès s’explique par les avantages qu’ils
procurent : secret bancaire, réglementation des plus limitées, sociétés écrans
garantissant l’anonymat, fiscalité faible ou inexistante. Ces territoires sont
des paradis fiscaux mais aussi des paradis juridiques car ils refusent de
coopérer avec les différentes institutions judiciaires nationales et
internationales dans la recherche et la sanction des fautes ou crimes commis.

Selon l’office des Nations Unies pour le contrôle des drogues et la


prévention du crime, 50 % des 4 800 milliards de francs annuels dégagés
par l’ensemble des activités criminelles dans le monde (trafic de drogues,
d’armes, fausse monnaie, réseaux d’immigration, de prostitution, fraude,
piratage, contrefaçon) seraient blanchis dans ces paradis avant de réintégrer
l’économie légale. La seule réelle mesure de contrôle serait de rendre illicite
toute transaction vers ces territoires. Mais jusqu’où sont disposés à aller les
grands Etats alors que leurs banques, entreprises transnationales, services
secrets ou banques centrales sont les premiers et principaux utilisateurs de
ces structures opaques ou criminelles ?

47
Tableau 32 :
La montée en puissance des dépôts bancaires dans les paradis fiscaux
(en milliards de dollars)

1994 1998 2000 94/2000 en %


Suisse 441.9 591.3 687.8 +55.6
Iles Caïmans 248.2 426.4 529.1 +113
Source : Carroué L., (2000)

2.4. Un système dans lequel la production d’inégalités est structurelle


2.4.1. Pourquoi les inégalités sont-elles structurelles de la
mondialisation ?
La dynamique des processus issue de la mondialisation libérale repose
sur une logique différenciée de production. Pour dominer, il faut proposer
des coûts de production inférieurs aux autres concurrents, ce qui implique
d’imposer un ratio faibles salaires/ forte productivité le plus avantageux
possible. Le maintien d’une partie de la population dans la précarité est
indispensable aux entreprises transnationales dans un cadre compétitif. La
dualité est donc inhérente au fonctionnement du système libéral et
l’inégalité constitue une réalité structurelle. Cela signifie qu’une bonne
volonté sociale ou morale n’est pas réellement possible dans ce cadre.
L’évolution des niveaux de vies par groupe de pays (Tableau 33), nous
montre que s’il augmente depuis 1975 dans les pays occidentaux, les
« dragons asiatiques » et la Chine, il diminue dans un grand nombre de
pays. Mais les différences sont surtout importantes à l’intérieur même des
pays. Aux Etats-Unis par exemple, la possession financière du pour cent de
population la plus riche représente 30 % des richesses en 1958 et 40 % en
2000. (Tableau 34) La part qui revient aux 10 % les plus pauvres s’en
trouve évidemment diminuée.

48
Fiche 10 :
L’évolution différentielle des niveaux de vie de la population

Tableau 33 :
L’évolution différentielle du niveau de vie par habitant
dans le monde en parité de pouvoir d’achat (OCDE = 100 pour 1975 et 2000)

1 9 7 5 /2 0 0 0

A u tre s p a ys d ’A s ie

P ro c h e O rie n t s a n s p é tro le

A friq u e (h o rs p a ys p é tro lie rs )

A m é riq u e la tin e (h o rs p a ys p é tro lie rs ) e t C a ra ïb e s

P a ys p é tro lie rs

C h in e

D ra g o n s a s ia tiq u e s

OCDE

-3 0 -2 0 -1 0 0 10 20 30 40

Source : PNUD (2000)

Tableau 34 :
Evolution de la part du pour-cent le plus riche dans les avoirs nets aux Etats-Unis (en %)

(%)
45

40

35

30

25

20

15

10

0
1962 1969 1972 1976 1983 1989 1992 1995 1998 2000

an n ées

Source : Wolff E., (1994, 2000)

49
2.4.2. Une conséquence directe et inéluctable : la fracture sociale
Un système mondialisé libéral dans lequel les inégalités sont structurelles
produit une pauvreté aux conséquences dramatiques (Fiche 11). Citons-en
quelques-unes :
- La faim dans le monde alors qu’il est produit bien plus d’aliments que
nécessaire pour nourrir la planète. D’après la FAO, 45 pays, soit 1
milliard de personnes, sont en dessous de la norme de ration alimentaire
et déclarés en déséquilibre, 1,3 milliard de personnes n’ont pas accès à
l’eau.
- La mobilité des populations qui, pour survivre, changent de lieu de vie.
Selon la Banque mondiale, 2 à 3 millions de personnes s’expatrient pour
trouver du travail.
- Une mortalité accrue faute de médicaments
- Des conditions de travail exécrables, y compris pour les enfants dans un
contexte général d’accroissement des richesses de plus en plus concentrées

Le nombre de pauvres par aire géographique est disparate (Tableau 35)


mais augmente globalement (Tableau 36).La distribution mondiale de la
pauvreté (Tableau 37) montre que la part des 20 % les plus pauvres a
diminué de 2,5 % entre 1820 et 1992, ce qui correspond à 1800 millions de
pauvres en plus dans le monde (du fait de l’augmentation de la population).
A l’échelle d’un pays, par exemple les Etats-Unis (Tableau 38), le
mouvement général est semblable et on dénombre en 2000, 34 millions de
personnes en dessous de seuil de pauvreté contre 29 millions en 1980, créant
son cortège de délinquance (Tableau 39). La mobilité (ou immigration)
correspond alors aux mouvements souvent contraints des populations vers
une meilleure situation. Ainsi, si nombre d’ouvriers non qualifiés se
déplacent et renvoient vers leur pays d’origine une bonne partie de leur
salaire (Tableau 40), les diplômés de l’enseignement supérieur sont
également contraints de trouver un emploi hors de leur pays d’origine
(Tableau 41).

50
Fiche 11 :
La pauvreté dans le monde et ses conséquences

Tableau 35 :
La pauvreté par aire géographique en 2000

E uro p e d e l’e st
A m é riq ue la tine e t
M o ye n o rie nt e t
ca ra ïb e s
A friq ue d u no rd

A friq ue
sub sa ha rie nne

A sie d e l’e st
E nse m b le s d e s
p a ys e n
d é ve lo p p e m e nt

A sie d u sud

Source : Banque Mondiale, (2000)

51
Tableau 36 :
L’accroissement du nombre de pauvres

7000

P o p ula tio n m o nd ia le
6000
N o m b re s d e p a uvre s (e n m illio ns)

5000

4000

3000

2000

1000

0
1820 1870 1910 1950 1980 1990 2000

100
90
80
70
60
50
40
30 P o u rc e n ta g e d e p a u vre s

20
P o u rc e n ta g e d e trè s p a u vre s
10
0
1820 1870 1910 1950 1980 1990 2000

Source : PNUD (2000)

52
Tableau 37 :
La distribution des revenus : un indicateur de la concentration des richesses,
de l’augmentation de la pauvreté et de paupérisation des classes moyennes.

60 Part des 10%


les plus
riches
50
Part des 5%
40 les plus
riches Part des 80%
les plus
30 pauvres
Part des 40%
les plus
20 pauvres
Part des 60%
Part des 20% les plus
10 les plus pauvres
pauvres
0
(%) 1820 1870 1910 1950 1980 1990

Source : PNUD (1994), Goussot M., modifié

Tableau 38 :
La pauvreté depuis 1980 aux Etats-Unis :
une augmentation en nombre absolu et une forte disparité entre les groupes sociaux

Familles en dessous Personnes en dessous


du seuil de pauvreté du seuil de pauvreté
Nombre en Nombre en
% %
millions millions
1980 6,2 10,3 29,3 13
1990 7,1 10,7 33,6 13,5
2000 7,4 10,3 35,2 13,2
Blancs
1980 4,2 8 19,7 10,2
1990 4,6 8,1 22,3 10,7
2000 5,1 8,1 23,5 10,5
Noirs
1980 1,8 28,9 8,6 32,5
1990 2,2 29,3 9,8 31,9
2000 2,3 23,5 9,6 26,4
Source : PNUD (2002), Goussot M., modifié

53
Tableau 39 :
Les effectifs dans les prisons d’états et fédérales de 1970 à 1996
(taux pour 100000 habitants)

450
421
400
375
taux pour 100 000 habi tants

350
325
300
283
250
237
200 207
182
169
150
132 141
125
100 98 92 100

50

1970 1972 1974 1976 1978 1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996

Source : Goussot M., (2000), modifié

Tableau 40 :
Les transferts des travailleurs expatriés vers les pays d’origine (en millions de dollars/an)

Inde 9326 Jordanie 1544 Croatie 985


Mexique 4224 Pakistan 1461 Nigeria 947
République
Turquie 3542 Bangladesh 1217 847
Dominicaine
Egypte 2798 Brésil 1213 Sri Lanka 832
Liban 2503 Yémen 1123 Indonésie 796
Maroc 2165 Salvador 1086 Tunisie 736
Chine 1672 Algérie 1045 Total des 20 40062

Source : CNUCED (1999),Carroué L.(2000)

Tableau 41 :
La fuite des cerveaux : diplômés vivant dans les pays de l’OCDE (en %)

Afrique
Inde Chine Egypte Philippines Corée Iran Ghana Jamaïque
du sud
2,7 3 7,5 8 10 25 25 26 77
Source : FMI (1999), Carroué L.(2000)

54
2.5. Un système de dépendance asymétrique
Chaque territoire devient un rouage des autres. On assiste donc à la mise
en place de dépendances. Ces dépendances sont asymétriques.

2.5.1. Les instruments économiques de la dépendance asymétrique : la


dégradation des termes de l’échange et la dette
L’accentuation du processus de mondialisation se traduit par une
dégradation des termes de l’échange (Fiche 1) au détriment des producteurs
de matière première. Deux raisons essentielles sont invoquées : une
tendance longue à la chute ou à la stagnation des cours mondiaux non
énergétiques liée au principe économique appelé « la baisse tendancielle des
taux de profits », et un décalage croissant avec le prix des services et des
produits industriels. Les pays dit « du sud » doivent donc fournir de plus en
plus de matière première, pour obtenir un même produit manufacturé
usuellement issus des usines occidentales. Entre 1960 et 2000, les matières
premières perdent ainsi 40 % de leur pouvoir d’achat face aux produits
manufacturés. (Tableau 42).
Par ailleurs, la dette de plus en plus importante des pays du sud (Tableau
43) permet aux pays prêteurs de s’immiscer dans la politique nationale et
d’imposer des règles dont le but est d’accroître pour eux-mêmes les profits
de leurs propres entreprises. Jusqu’à la fin des années 70, les banques
internationales ont mené une politique active de prêts à bas taux d’intérêt,
voire à taux d’intérêt négatifs. Pour les pays du sud, il était donc très
intéressant de s’endetter, d’autant que leurs revenus d’exportation
croissaient, ce qui leur permettait de rembourser facilement les intérêts et le
capital. La crise de l’endettement du tiers-monde, révélée en 1982, est due à
l’effet conjugué de la hausse subite des taux d’intérêt décidée par la Réserve
fédérale des Etats-Unis et de la baisse des revenus d’exportation. Gérée par
les gouvernements des pays dominants et par les institutions financières
internationales, en particulier le Fond Monétaire International, la Banque
Mondiale et les grandes banques privées, la crise a pour but de faire rentrer
les pays du Tiers-monde et d’Europe orientale qui avaient atteint une
certaine puissance industrielle sous la dépendance des pays dominants. Les
premières mesures de ce processus sont souvent orchestrées par le FMI :
dévaluation de la monnaie locale, hausse des taux d’intérêt à l’intérieur du
pays suivies de réformes de privatisations, déréglementation du marché du

55
travail, baisse des prestations sociales, des subventions aux produits de base
et des protections douanières, libéralisation du commerce international,
réformes fiscales avantageuses. Si de telles mesures permettent de dégager
des fonds à court terme, elles ont surtout pour conséquence un grave
appauvrissement des populations et une augmentation des inégalités. La
dette de ces pays ne pourra dans les conditions de remboursement imposées
par les pays occidentaux être un jour payée entièrement. Entre 1982 et 1998,
les pays de la périphérie ont, ensemble, remboursé plus de quatre fois ce
qu’ils devaient. Néanmoins, le montant de leur dette extérieure était en 1998
quatre fois plus élevé qu’en 1982.

56
Fiche 12 :
Les instruments de la dépendance asymétrique

Tableau 42 :
La dégradation des termes de l’échange

Pour acheter une tonne d’acier importé En 1951 En 1991 Augmentation


Le Ghana
90 kg 255 kg 283 %
devait exporter un poids de cacao de
Le Brésil
70 kg 169 kg 241 %
devait exporter un poids de café de
La Malaisie devait
58 kg 196 kg 332 %
exporter un poids de caoutchouc

Source : Banque Mondiale (1990)

Tableau 43 :
Evolution de la dette du Tiers-monde 1970-2000 (en milliards de dollars et en %)

3000

2 4 9 2 ,0 0
2500
D e tte s % R e ve n u n a tio n a l d e tte s to ta le s

2000

1 4 5 8 ,4 0
1500

1000

6 0 9 ,4

500

1 0 ,9 1 7 2 ,8 2 1 ,0 0 3 4 ,1 0 3 9 ,1 0

0
1970 1980 1990 2000

Source : Banque Mondiale (2001)

57
2.5.2. La fragilité des pays dans lesquels les capitaux étrangers sont
présents.
La présence de capitaux étrangers dans les économies nationales
détermine le degré de dépendance des états par rapport aux autres. Leur
répartition est donc fondamentale pour comprendre les enjeux géopolitiques
et les négociations mondiales (Fiche 13). L’ingérence des Etats-Unis en
Amérique latine est possible par le biais des exportations de capitaux vers
ces pays (Tableau 44). La complexité des relations trans-atlantiques ne se
comprend que par la lecture des interactions. 43 % des investissements
américains s’effectuent dans la finance, dont la moitié en Europe (Tableau
45). Evidemment, s’il y a un changement d’intérêt stratégique ou politique,
ou tout simplement des possibilités d’investissement accrues ailleurs, il peut
y avoir retrait rapide des capitaux accompagné d’une déstabilisation sociale
locale. Il en va de même pour les productions en direction de l’exportation
qui peuvent représenter, comme au Mexique, 30 % du PIB avec 90 % des
exportations qui s’acheminent uniquement vers les Etats-Unis (Tableau 46).

58
Fiche 13 :
La répartition à l’étranger des investissements
des principaux pays dominants

Tableau 44 :
Exportations de capitaux ('IDE') (en milliard de dollars)

Amérique Europe de
Afrique Asie Total
latine l’est

France 3.976 6.470 17.791 2.229 30.466


Allemagne 2.707 11.230 16.477 11.887 42.301
Japon 5.138 85.820 58.422 209 149.589
G.B. 8.200 29.067 22.377 3.067 62.711
Etats-Unis 6.832 76.015 147.535 8.127 238.509

Source : Banque Mondiale (2000)

Tableau 45 :
Répartition de la position à l’étranger des investissements directs américains
sur base des coûts, 2000 (% du total)
Finance, assurances,
bien immobiliers

Services aux
Commerce

industries
Industrie
Pétrole

Autres

Tout pays 8,48 27,64 7,08 42,94 6,42 7,46


Europe 2,62 14,26 4,09 23,80 3,98 3,38
Japon - 1,22 0,38 1,72 0,69 -
Amérique latine 0,73 4,07 0,73 11,17 0,59 1,95
Canada 1,45 4,05 0,79 2,50 0,67 0,70
Asie et Pacifique (sauf 2,39 4,88 1,43 5,06 1,10 1,19
Japon et Chine)
Chine 0,15 0,45 0,03 0,07 0,02 0,05
Afrique 0,81 0,18 0,02 0,14 0,01 0,10
Source : Bureau of economic analysis, US departement of commerce (2000)

59
Tableau 46 :
La fragilité différenciée des pays émergents
face aux retournements conjoncturels des Etats-Unis

Brésil Chili Russie Indonésie Corée Thaïlande Taiwan Chine Mexique


% exportations/PIB 10 21 40 35 35 48 43 20 30
% des exportations
20 19 5 18 20 20 23 40 90
vers les USA
Assez
Dépendance Faible Faible Moyen Moyen Assez fort Assez fort Fort Très fort
fort

Source : Les échos, avril 2000

60
2.6. Un système mondialisé qui présente des contradictions internes
La mondialisation libérale constitue un système qui présente de
nombreuses contradictions internes, l’extrême pauvreté côtoie la grande
richesse et le rééquilibrage semble utopique. En effet, pour survivre à une
concurrence de plus en plus prégnante, les entreprises doivent se regrouper
afin d’effectuer des économies d’échelle lors de toutes les phases de
production et de distribution. Elles sont donc contraintes de resserrer au
mieux les coûts inhérents à la main d’œuvre, ce qui a pour conséquence
directe la précarité et la pauvreté de la majeure partie de la population. De
ce fait, la capacité des consommateurs à acheter est faible, en tout cas
insuffisante pour écouler l’ensemble de la production du marché. En
conséquence, les crises de surproduction et les gaspillages qui en découlent,
sont fréquents. Alors que des populations entières n’accèdent pas à leurs
besoins fondamentaux, des tonnes de denrées agricoles sont purement et
simplement jetées.
En parallèle, la trop grande concentration des avoirs financiers en
quelques mains provoque des crises de suraccumulation du capital, dont
l’issue se règle actuellement par l’intermédiaire de guerres dont le but est
double : à la fois écouler le capital accumulé et contrôler de nouveaux
territoires économiques.

61
3. Le rôle des acteurs dans la troisième mondialisation

Les grandes sociétés transnationales sont des acteurs dont le poids


économique est de plus en plus considérable. Leur taille leur assure
d’énormes économies d’échelle dans la production et la couverture des
marchés. Leur implantation au sein de plusieurs pays leur permettent de
peser sur les gouvernements nationaux, relayés par les organismes
internationaux tels que le FMI ou l’OMC. Ces derniers concourent à la
libéralisation des marchés par la déréglementation et à la mise en place
d’interdépendances asymétriques. Dans ce cadre, les états deviennent alors
des relais politiques et juridiques importants et permettent l’extension du
capitalisme à l’échelle mondiale par l’ouverture des frontières.

3.1. Les firmes transnationales sont des centres de décision de première


importance
En 1973, l’ONU définissait la firme transnationale comme une entité
juridique, économique et technique complexe, dite firme, dont la société
mère avait un chiffre d’affaires d’au moins 500 millions de dollars et
réalisant 25 % de ses productions et échanges avec des filiales implantées
dans au moins 6 pays différents. C’est la capacité à maîtriser l’organisation
d’activité à une échelle plurinationale pour une meilleure rentabilité qui
définit la transnationale.

3.1.1. La prégnance de plus en plus grande des entreprises transnationales


Depuis les années 60, le nombre d’entreprises transnationales et leurs
filiales augmente considérablement (Fiche 14, Tableau 47 et 48).
Aujourd’hui, on estime qu’un tiers seulement du commerce mondial
échappe aux transnationales puisqu’un tiers est constitué directement
d’échanges internes entre maisons mères et filiales et que l’autre tiers est le
fruit d’échanges entre maisons mères et fournisseurs. Mais si les ventes des
200 premières entreprises transnationales représentent 25 % des activités

63
économiques mondiales, le chiffre d’affaires des filiales étrangères explose
(Tableau 49) alors que le nombre de personnes qu’elles emploient
n’augmente que de 15 %. Elles sont donc les principales bénéficiaires de la
mondialisation. Si les entreprises transnationales sont en concurrence
impitoyable, elles s’accordent sur l’essentiel : la définition des conditions
économiques, juridiques et politiques les plus favorables à leurs profits.
Leur capacité à présenter la défense de leurs intérêts particuliers comme
étant une donnée universelle (fabrication de l’idéologie libérale à travers les
médias) leur permettent d’obtenir un pouvoir d’influence historiquement
inconnu jusqu’ici.

64
Fiche 14 :
L’essor des entreprises transnationales

Tableau 47 :
L’essor des entreprises transnationales

Nombre de sociétés mères Nombre de filiales


1967 6000 27 000
2001 63 000 820 000
Source : CNUCED (2001)

Tableau 48 :
L’accroissement du taux de transnationalisation des 100 premières entreprises
(par pays d’origine)

1990 1998 1990-1998


Belgique 60,4 92,3 +32
Suisse 84,3 88,1 +4
Canada 79,2 86,7 +7,5
R-U 68,5 75,7 +7
Pays-Bas 68,5 73,1 +4,5
Suède 71,7 72,8 +1
Australie 51,8 69,5 +17,5
France 50,9 58,8 +8
Allemagne 44,4 51,4 +7
Italie 38,7 48,2 +9,5
Etats-Unis 38,5 41,6 +3
Japon 35,5 38,7 +3
Source : CNUCED (2000), Carroué L., (2000)

65
Tableau 49 :
L’essor des entreprises transnationales et du poids des filiales à l’étranger depuis 20 ans
(en milliard de dollars en % et en milliers)

1982/2000 1982/2000
1982 1990 2000
(en vol) (en %)
Chiffre d’affaires 2 462 5 467 15 680 +13 218 +537 %
Actifs totaux 1 886 5 744 21 102 +19 216 +981 %

Exportations 637 11 166 3 572 +2 935 +461 %

Nombre
d’employés 17 433 23 721 45 587 +28 154 +161 %
(milliers)

Source : CNUCED (2000), Carroué L., (2000)

66
3.1.2. Des stratégies de contrôle des marchés qui influent les dynamiques
locales
La première stratégie des entreprises transnationales est de s’assurer de
l’approvisionnement continu en matière première. Elles utilisent la plupart
du temps leurs anciens réseaux des empires coloniaux dans lesquelles elles
installent une partie de leurs filiales. Leur seconde stratégie est de conquérir
des marchés manufacturiers afin de pouvoir écouler leur marchandise. Ces
deux stratégies fondamentales participent largement aux dynamiques locales
et influent sur les conditions de vie de millions de personnes. Elles
définissent également une grande partie des enjeux géopolitiques. Très
souvent, afin de se garantir d’une certaine stabilité, les entreprises
bénéficient du soutien d’un appui militaire des états. Cependant, les rivalités
entre puissances pour le contrôle des ressources provoquent des conflits
armés fréquents.

3.1.3. Une influence prépondérante dans la vie politique


Par leur poids économique et leur influence, les entreprises
transnationales sont devenues des entités fondamentales de la
mondialisation libérale. Elles participent activement à la division spatiale du
travail. L’utilisation différenciée des territoires leur assure une meilleure
rentabilité financière. Le renforcement de la puissance des entreprises
transnationales augmente le degré de dépendance des politiques et
économies des états. L’évaluation du poids des investissements étrangers
dans l’investissement productif du pays est un indicateur utile.

67
Fiche 15 :
Les entreprises transnationales et les emplois délocalisés

Tableau 50 :
Produit brut, mise de fonds et emploi dans les entreprises transnationales non bancaires
américaines, les maisons mères américaines et les filiales étrangères, 1982, 1989, 1999

En millions de dollars US,


Part dans le total
en milliers d’employés

Ensemble des Maisons Filiales à Ensemble des Maisons Filiales à


multinationales mères l’étranger multinationales mères l’étranger

Produit brut (en millions de dollars US)


1982 1019734 796017 223717 100,0 78,1 21,9
1989 1364878 1044884 319994 100 76,6 23,4
1999 2369688 1808530 561158 100 76,3 23,7
Mise de fonds (en millions de dollars US)
1982 233078 188266 44812 100 80,8 19,2
1989 260488 201808 58680 100 77,5 22,5
1999 471225 357819 113406 100 75,9 24,1
Nombre d’employés (par 1000)
1982 23727 18705 5022 100 78,8 21,2
1989 23879 18765 5114 100 78,6 21,4
1999 28851 21380 7471 100 74,1 25,9
Source : Mataloni R. et Yorgason D., (2002)

68
Tableau 51 :
Evolution des emplois totaux et à l’étranger de quelques entreprises transnationales

Salariés total monde Salariés à l’étranger Salariés à l’étranger


Firme
1990 1999 Solde 1990 1999 Solde % 1990 % 1999
Siemens 373000 416000 +43000 143000 222000 +79000 38 53
Ford 370383 345175 -25508 188904 171276 -17628 51 50
Volkswagen 268744 297916 +29172 95934 142481 +46547 36 48
General
298000 293000 -5000 62580 130000 +67420 21 44
Electric
IBM 373816 291067 -82749 167868 149934 -17934 45 52
Matsushita
210848 282153 +71305 67000 133629 +66629 32 47
Elect.
Unilever 304000 265103 -38897 261000 240845 -20155 86 91
Philips 272800 233686 -39114 217149 189210 -27939 80 81
Nestlé 199021 231881 +32860 192070 225665 +33595 97 97
Robert
179636 189537 +9901 62087 94180 +32093 35 50
Bosch
Toyota 96849 183879 +87030 11326 113216 +101890 12 62
Sony 112900 173000 +60100 62100 102468 +40368 55 59
AB 215154 162793 -52361 200177 154263 -45914 93 95
Bayer 172000 145100 -25900 80000 80900 +900 47 56
Renault 157378 138321 -19057 42492 92854 +50362 27 67
Michelin 140829 127241 -13588 111533 87160 -24373 79 68
Alcatel
205500 118272 -87228 112966 80005 -32961 55 68
Alsthom
BASF 134647 105945 -28702 46059 46730 +671 34 44
Royal Dutch
137000 102000 -35000 99000 61000 -38000 72 60
Shell
Dupont 124900 101000 -23900 36400 35000 -1400 29 35
Electrolux 150892 99322 -51570 123337 89573 -33764 82 90
Source : CNUCED (2000), Carroué L,. (2000)

69
Tableau 52 :
Evolution des emplois des filiales des entreprises françaises à l’étranger
(en milliers et en %)

1998 2000 1998/2000 (en 1998/2000


1998 2000
(en %) (en %) milliers de…) (en %)
Total 2528 100 3565 100 +1037 +41
Pays industrialisés 1592 63 2332 65,4 +740 +46,5
dont
- Union européenne 1132 44,8 1273 35,7 +141 +12,4
- hors UE 460 18,2 1059 29,7 +599 +130
PVD/transition 936 37 1162 34,6 +226 +31,7
PECO/CEI 121 4,8 164 4,6 +43 +35
Amérique latine 268 10,6 394 11,1 +126 +47
Asie 184 7,3 327 9,2 +143 +77,5
Proche
49 2 83 2,4 +34 +70
et Moyen Orient
Afrique 313 12,4 163 7,4 -50 -16
Dont
649,3 25,7 923 25,9 +274 +42
32 pays émergents
Source : DREE (2001), Carroué L., (2000), modifié

Tableau 53 :
Les investissements étrangers dans l’investissement productif national, en moyenne de la
période 1996/1998, en % ou la dépendance économique des états face aux entreprises
transnationales

Europe Afrique Asie Pacifique Amérique latine


Suède 35 Lesotho 53 Azerbaïdjan 70 Bolivie 47,9
Pays-Bas 31 Angola 44 Géorgie 40 Panama 41,2
Guinée
Benelux 29 43 Viêt-Nam 33 Venezuela 27,5
Equat
Irlande 28 Zambie 36 Kazakhstan 32,8 Chili 26,4
R-U 19 Seychelles 25 Cambodge 32 Costa Rica 25,4
Source : CNUCED (1999), Carroué L., (2000), modifié

70
3.2. Les organismes internationaux favorisent la libéralisation des
échanges
Les principaux membres des organismes internationaux sont des
décideurs issus des grandes puissances économiques. Ils sont les pilotes de
la mondialisation. Ces organismes, localisés dans les principales capitales
mondiales, sont l’OCDE (Paris), le G8 (Siège tournant) , l’OMC (Genève),
le FMI (Washington) et la Banque Mondiale (Washington). Ce sont des
organisations internationales à vocation économique et monétaire qui
travaillent à une reconstruction systématique des cadres juridiques,
commerciaux et financiers des nations et des instances internationales. Ils
disposent d’énormes pouvoirs et leur intervention installe systématiquement
une libéralisation des marchés. L’ONU, la PNUD, la CNUCED et l’OIT,
qui accompagnent le développement des pays du Sud et défendent les
salariés, sont marginalisés.

3.2.1. Le FMI, la BM et l’OMC diffusent les normes libérales


Le FMI (Fond Monétaire International) et la BM (Banque Mondiale) ont
été crées en 1944 à la suite des accords de Bretton Woods. Les mesures
dites « d’ajustement structurel » diffusent les normes libérales dans les pays
dits « bénéficiaires ». Par l’intermédiaire de prêts, ces organismes imposent
l’ouverture des marchés, les privatisations, le contrôle des budgets des états.
Ces stratégies, inadaptées aux conditions politiques, économiques et
culturelles locales ont le plus souvent des conséquences catastrophiques
comme en témoigne la crise des pays émergents d’Asie en 1997 ou de
l’Argentine en 2001. Car ces choix renforcent la masse de capitaux
spéculatifs, la destruction des industries locales par la concurrence,
l’appauvrissement, la dépendance (tout à l’exportation) et l’instabilité
(crises politiques), voire, comme dans une partie de l’Afrique, la
criminalisation de certains états impliqués dans des trafics de drogue, le
racket militaire, ou douanier. Après deux décennies de programmes
« d’ajustement structurel », la dette des pays du Tiers-monde a quadruplé,
bien qu’elle ait été remboursée plusieurs fois. Les montants à rembourser
augmentent d’année en année, avec une dette qui dépasse 350 milliards de
dollars, soit sept fois plus que l’aide publique pour le développement reçue,
au point que le transfert net est négatif pour les pays du Tiers-monde alors
que les besoins sociaux des populations locales sont sans cesse croissants.

71
Par exemple l’Afrique consacre près de 40 % de son budget à sa dette
extérieure.
L’OMC (l’Organisation Mondiale du Commerce) a été créée en 1995
pour remplacer le GATT (Accord Général sur les Tarifs Douaniers et le
Commerce). C’est une organisation internationale de plus de 130 membres
disposant d’un arsenal de règles contraignantes, de sanctions et de
mécanismes obligatoires d’arbitrage. Elle promeut le commerce
international par la déréglementation des échanges et tente de capter les
nouveaux marchés souvent au détriment du respect des droits humains et
environnementaux. De plus, elle entend élargir ses champs d’intervention à
de nouveaux secteurs comme les marchés publics.

Tableau 54 :
Les grands cycles commerciaux internationaux de GATT puis de l’OMC

Cycle Date Nombre d’états Principaux actes


Réduction tarifaire
Genève 1947 23
sur 50 % commerce mondial
Réduction tarifaire
Annecy 1949 13
de 45 % des droits de douane
Torquay 1950/1951 38 Réduction tarifaire 25 % sur 55000 produits
Genève 1956 26 Faibles résultats
Réduction tarifaire sur 60000 produits ;
Dilon 1961/1962 26 négociations des produits agricoles, produit par
produit
Kennedy 1964/1967 48 Réduction tarifaire 35 %
Tokyo 1973/1979 102 Réduction tarifaire 33 %
Création OMC, agriculture, règles sanitaires,
Uruguay 1986/1994 116
textile, propriété intellectuelle
Seattle 1999 135 Echec du lancement du cycle du millénaire
Doha 2000 143 Lancement du “cycle du développement”
Source : Carroué L., (2000)

3.2.2. L’OCDE et le G8 permettent de s’entendre sur l’essentiel


L’OCDE, Organisation de Coopération et de Développement
Economique, a succédé à l’Organisation Européenne de Coopération
Economique (OECE), créée pour administrer l’aide des Etats-Unis et du
Canada dans le cadre du Plan Marshall destiné à accompagner la
reconstruction de l’Europe au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Depuis qu’elle a pris la relève de l’OECE en 1961, l’OCDE a pour mission
de renforcer l’efficacité des économies des pays membres, de développer le

72
libre-échange et de contribuer à la croissance des pays aussi bien
industrialisés qu’en développement. L’OCDE rassemble 30 pays membres
qui élaborent les politiques économiques et sociales. L’OCDE est donc un
« club de riches » : ses membres produisent les deux tiers des biens et
services de la planète et concourent largement au maintien des intérêts de
leurs entreprises transnationales. Le G8, agit sur le même principe dans un
cercle plus restreint. C’est un groupe informel des huit pays les plus riches
du monde : le Canada, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, la Russie,
le Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique. L’Union européenne y
participe également, représentée par son président et par le dirigeant du pays
qui assure la présidence du Conseil européen au moment du Sommet du G8.
Le but est de s’accorder sur les actions cruciales à mener pour un bon
fonctionnement de la mondialisation libérale.

3.2.3. Le PNUD et la CNUCED sont des organisations marginalisées


Créée en 1964, la CNUCED, Conférence des Nations Unies sur le
Commerce et le Développement, est le principal organe de l’Assemblée
générale des Nations Unies dans les domaines afférents. Ses principaux
objectifs officiels sont d’aider les pays du Tiers-monde à profiter des
opportunités commerciales, d’investissement et de développement, à faire
face aux problèmes et à s’intégrer de façon équitable dans l’économie
mondiale. La CNUCED déploie plusieurs types d’activités : travaux de
recherche et d’analyse, délibérations intergouvernementales, coopération
technique, interaction avec la société civile et les entreprises. La CNUCED
compte actuellement 190 états membres. Beaucoup d’organismes
intergouvernementaux et d’organisations non gouvernementales participent
à ses travaux en qualité d’observateurs.
Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a pour
objectif de promouvoir le développement national, de réduire la pauvreté et
d’instaurer la paix grâce à des activités qui peuvent être gérées et soutenues
localement. Le PNUD a défini quatre domaines d’interventions
interdépendants : l’amélioration de la gestion des affaires publiques, des
moyens d’existence durables pour les pauvres, de la condition féminine, et
la régénération de l’environnement. Le PNUD coordonne ses activités avec
d’autres programmes des Nations Unies et les institutions financières
internationales (BM et FMI), pour réunir leur fonds. Le PNUD soutient
l’ONU pour l’ensemble de ses activités de développement humanitaire et de

73
consolidation de la paix. Les Etats-Unis sont le principal financeur du
PNUD.

3.3. Les états sont des relais politiques fondamentaux


Les états sont des relais importants de la mise en place de la
mondialisation libérale. Ils permettent par l’instauration de politiques
adéquates, l’ouverture du commerce national, la privatisation des secteurs
productifs rentables et la mise en place des accords multilatéraux favorisant
les investissements (Tableau 55). A travers ces tactiques, les états défendent
en priorité les intérêts de leurs sociétés transnationales en leur offrant des
possibilités de redéploiement inespérées dans le monde entier.
Ces entreprises transnationales ont acquis un tel pouvoir d’influence
politique qu’elles sont aujourd’hui en capacité d’induire des législations
favorables pour elles.

Tableau 55 :
L’accroissement des accords bilatéraux favorisant les investissements directs à l’étranger

1950-1959 1960-1969 1970-1979 1980-1989 1990-1999


25 50 167 386 1616
Source : PNUD (2000), Carroué L., (2000)

74
Conclusion

La mondialisation, issue d’un long processus historique d’extension


progressive du système capitaliste, aboutit à l’adoption, plus ou moins
contrainte, par tous les pays du monde d’une économie libérale qui s’est
imposée avec l’aide des médias, contrôlés par les grands capitaux
internationaux, comme référence et valeur universelle. A l’aide d’un arsenal
institutionnel (FMI, BM) et législatif (les états), les principaux acteurs de
cette mondialisation, les entreprises transnationales, ont participé à la mise
en place d’un monde polarisé, hiérarchisé, où la dépendance des pays du sud
est considérable (dette, dégradation des termes de l’échange). Les
conséquences sociales dramatiques sont doublées de l’impossibilité des
populations à élever leur niveau de vie. Si une partie des populations se
maintient dans une situation acceptable (classe moyenne) contre un travail
plus ou moins contraignant, les inégalités s’accroissent avec de plus en plus
d’extrême pauvreté dans un monde de plus en plus riche. Dans un tel
système, la concurrence contraint les grandes entreprises à accroître leurs
performances pour survivre. En outre, les conséquences de la subordination
du secteur productif aux grandes banques, et l’absence de libertés
individuelles réelles, oblige les entreprises transnationales à économiser,
entre autres, sur le coût de la main d’œuvre. Le maintien de la population à
des niveaux de vie bas est donc structurel du système concurrentiel. En
conséquence, seul l’abandon total de ce principe fondamental permettra
d’envisager un rééquilibrage de la répartition des richesses et d’évoluer vers
un monde plus humain. La mondialisation est issue d’un processus
historique évolutif, qui a superposé plusieurs modèles économiques et
sociétaux, et il est certain malgré l’avis des médias, que le système
n’existera pas toujours sous cette forme.

75
Bibliographie
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PNUD, « Rapport mondial sur le développement humain », Annuel.
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78
Annexe 1 : l’indice de développement humain

Fiche 16 :
L’indice de développement humain (IDH) en 2001
Classement selon Espérance de % % de PIB par Valeur
l’IDH vie à la d’alphabétisation scolarisation habitant de
naissance en des adultes de (du primaire au (dollars) l’IDH
année plus de 15 ans supérieur)
Développement humain élevé
1. Norvège 78,7 -(4) 98 29620 0,944
2. Islande 79,6 -(4) 91 29990 0,942
3. Suède 79,9 -(4) 113 24180 0,941
4. Australie 79,0 -(4) 114 25370 0,939
5. Pays-Bas 78,2 -(4) 99 27190 0,938
6. Belgique 78,5 -(4) 107 25520 0,937
7. Etats-Unis 76,9 -(4) 94 34320 0,937
8. Canada 79,2 -(4) 94 27130 0,937
9. Japon 81,3 -(4) 83 25130 0,932
10. Suisse 79,0 -(4) 83 28100 0,932
17. France 78,7 -(4) 91 23990 0,925
18. Allemagne 78,0 -(4) 89 25350 0,921
Développement humain moyen
71. Sainte Lucie 72,2 90,2 82 5260 0,775
72. Roumanie 70,5 98,2 68 5830 0,773
73. Arabie Saoudite 71,9 77,1 58 13300 0,769
74. Thaïlande 68,9 95,7 72 6400 0,768
75. Ukraine 69,2 99,6 81 4350 0,766
76. Kazakhstan 65,8 99,4 78 6500 0,765
77. Surinam 70,8 94,0 77 4599 0,762
78. Jamaïque 75,5 87,3 74 3720 0,757
79. Oman 72,2 73,0 58 12040 0,755
80. Saint Vincent les 73,8 88,9 58 5300 0,755
Grenadines
Développement humain faible
166. Guinée-Bissau 45,0 39,6 43 970 0,373
167. Congo 40,6 62,7 27 680 0,363
168.Rép. 40,4 48,2 24 1300 0,363
Centrafricaine
169. Ethiopie 45,7 40,3 34 810 0,359
170.Mozambique 39,2 45,2 37 1140 0,356
171. Burundi 40,4 49,2 31 690 0,337
172. Mali 48,4 26,4 29 810 0,337

79
173. Bukina Faso 45,8 24,8 22 1120 0,33
174. Niger 45,6 16,5 17 890 0,292
175. Sierra Leone 34,5 36,0 51 470 0,275
Pays en 64,4 74,5 60 3850 0,655
développement
Pays les moins 50,4 53,3 43 1274 0,448
avancés
Pays arabes 66,0 60,8 60 5038 0,662
Asie de l’est et 69,5 87,1 65 4233 0,722
Pacifique
Amérique latine et 70,3 89,2 81 7050 0,777
Caraïbes
Asie du sud 62,8 56,3 54 2730 0,582
Afrique subsaharienne 46,5 62,4 44 1831 0,468
Europe centrale et 69,3 99,3 79 6598 0,787
orientale et CEI
OCDE 77,0 - 87 23363 0,905
Pays de l’OCDE à 78,1 - 93 27169 0,929
revenu élevé
Monde 66,7 - 64 7376 0,722
Source : PNUD (2002)

L’indicateur du développement humain (IDH), calculé par l’ONU dans le


cadre du programme des Nations Unies pour le développement et publié
annuellement dans le rapport mondial pour le développement humain est un
indicateur composite qui varie entre 0 et 1. Il est construit à partir de trois
éléments :
- la durée de vie (mesurée d’après l’espérance de vie à la naissance),
- le niveau d’éducation (évalué par un indicateur associant pour les
deux tiers le taux d’alphabétisation des adultes et pour un tiers le
taux brut de scolarité combiné (tous niveaux combinés),
- le niveau de vie (calculé d’après le PIB réel par habitant, exprimé
en parité de pouvoir d’achat, PPA).

L’indicateur classe les pays en trois catégories : les pays à


développement humain élevé dont l’IDH est supérieur ou égal à 0,8 ; les
pays à développement humain moyen, dont l’IDH est compris entre 0,5 et
0,799 ; et les pays à faible développement humain, dont l’IDH est inférieur à
0,5. Dans l’édition 2003 du rapport du PNUD, la Norvège arrive, pour la
troisième année consécutive, en tête devant l’Islande et la Suède. L’Afrique
se trouve régulièrement en fin de liste : d’après l’indicateur actuel, les 25
derniers pays appartiennent tous à l’Afrique. Avec un IDH de 0,925 en

80
2003, la France recule de la 12e à la 17e place et se classe juste devant
l’Allemagne. En termes de PIB par habitant, la France n’occupe que la 20e
place (23990 dollars en 2001). L’hexagone fait ainsi partie des pays dont la
performance économique est relativement moins bonne que ses
performances sociales. Le rang de la France s’explique, par exemple, par un
bon score en termes d’espérance de vie à la naissance (78,7 en 2001). Au
Sierra Léone, dernier pays de la liste, le PIB par tête ne s’élève qu’à 470
dollars et l’espérance de vie est à 34,5 ans.
Au delà du classement proprement dit, l’IDH donne une idée de
l’évolution du développement humain dans le monde. En règle générale,
l’IDH progresse peu, mais de manière régulière, car trois de ses
composantes (espérance de vie, taux d’alphabétisation et de scolarité) ne
changent que très lentement. Si la plupart de pays profitent donc d’une lente
amélioration de leurs conditions de vie, certains connaissent des périodes de
stagnation ou même de retournements de tendance. Les années 90 en
donnent de bons exemples. Elles illustrent surtout le lien étroit entre la
croissance économique et la lutte contre la pauvreté. La Chine qui enregistre
depuis dix ans une forte croissance, compte parmi les pays ayant réalisé des
progrès considérables : le nombre de personnes vivant avec moins de 1
dollar par jour a chuté de 33 % en 1990 à 16 % en 2000. En Inde, ou on a
commencé un peu plus tard qu’en Chine à instaurer des réformes visant un
libéralisation, le taux est passé de 42 % en 1993 à 35 % en 2001. Le lien
n’est cependant pas automatique : en Pologne ou en Indonésie, la pauvreté
s’est aggravée depuis 1990 malgré la croissance économique.
Le recul du développement humain dans certains pays est probablement
le phénomène le plus préoccupant de années 90. Au cours de cette période,
21 états ont vu leur indice de développement décliner. Il s’agit de 7 pays
issus de l’URSS, dont la Russie elle-même et de 14 pays africains, dont
l’Afrique de Sud, très touchée par le virus du SIDA, le Lesotho et le
Botswana.

81
Annexe 2 : sigles utilisés dans cet ouvrage

BRI : Banque des Règlements Internationaux

CNUCED : Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le


Développement

G8 : Groupe informel des huit pays les plus riches du monde

PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement

FMI : Fond Monétaire International

OMC : Organisation Mondiale du Commerce

ONU : Organisation des Nations Unies

GATT : Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce

OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economique

OIT : Organisation Internationale du Travail

INSEE : Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques

83
Liste des fiches

Fiche 1 : La concentration économique et la disparition des petites unités productives


sont des processus étroitement associés ............................................................................ 11
Fiche 2 : Les conquêtes coloniales et la finitude de l’espace géographique ................... 16
Fiche 3 : La concentration financière est un processus structurel de la mondialisation
............................................................................................................................................. 19
Fiche 4 : L’extrême polarisation des lieux de détention des capitaux ........................... 25
Fiche 5 : La supériorité économique des pays dominants .............................................. 30
Fiche 6 : Les niveaux relatifs des produits intérieurs bruts définissent les rapports de
forces ................................................................................................................................... 35
Fiche 7 : Les Etats-Unis et la guerre ................................................................................. 38
Fiche 8 : L’instabilité des investissements dans les productions .................................... 42
Fiche 9 : L’importance hégémonique du capital financier ............................................. 45
Fiche 10 : L’évolution différentielle des niveaux de vie de la population ...................... 49
Fiche 11 : La pauvreté dans le monde et ses conséquences ............................................ 51
Fiche 12 : Les instruments de la dépendance asymétrique ............................................. 57
Fiche 13 : La répartition à l’étranger des investissements des principaux pays
dominants............................................................................................................................ 59
Fiche 14 : L’essor des entreprises transnationales .......................................................... 65
Fiche 15 : Les entreprises transnationales et les emplois délocalisés ............................. 68
Fiche 16 : L’indice de développement humain (IDH) en 2001 ....................................... 79

85
Quart de page

Après un rapide rappel des processus historiques et des logiques de


la mondialisation libérale, l’auteure décortique, grâce à de nombreuses
données d’organismes officiels, les mécanismes fondamentaux à l’oeuvre.
Elle explique l’importance hégémonique du capital financier, la
hiérarchisation des pôles mondiaux de décisions et son système associé
d’interdépendance asymétrique (la dette, la dégradation des termes de
l’échange). Elle montre que la fracture sociale (la pauvreté, l’immigration
ou la délinquance) est une résultante structurelle de la mondialisation ainsi
que les multiples conflits armés ou guerres qui se déroulent actuellement
sous nos yeux.
L’auteure engage également une réflexion sur le rôle des principaux
acteurs en montrant l’action prépondérante des grandes sociétés
transnationales et des organismes internationaux tels que le FMI ou l’OMC.

Angela BARTHES est maître de conférences à l’Université de Provence. Elle enseigne la


géopolitique à l’IUT de Digne les Bain, mais réalise également des séminaires de
formation dans le cadre de l’Université Rurale Ouverte des Alpes de haute Provence. Cette
université populaire, gérée par de nombreuses associations, jouit du soutien du conseil
général.

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