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Langues de spécialité : définitions et caractéristiques

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Introduction aux langues de spécialité

 Introduction 

Les différents spécialistes (chercheurs, terminologues, lexicographes, linguistes et traducteurs)


s’entendent pour dire qu’il n’existe encore aucune mesure permettant de délimiter sans
équivoque langue générale (appelée également langue usuelle ou langue commune) et langue de
spécialité. Les langues de spécialité sont composées de textes spécialisés qui eux contiennent des mots
(le vocabulaire usuel) et des termes (le vocabulaire spécialisé). Entre ces deux extrémitésdu spectre
lexical se trouve un éventail de vocabulaires que nous définirons dans les sections  qui suivent dans
ce travail.

1. Les langues de spécialité et leurs caractéristiques


 
Le terme de « langue de spécialité » fait référence à la terminologie propre à une situation de
communication circonscrite à un domaine particulier. Les terminologues opposent souvent langue de
spécialité (LSP) composée de termes, et langue générale (LG), composée du vocabulaire commun
utilisé et compris par les locuteurs d’une communauté linguistique. Plusieurs définitions ont été
données à la LSP, et différentes dénominations en ont découlé. Kocourek (1991: 16) 1dresse une liste
des principales appellations: langue spéciale et langue technique (Vendryès 1968: 276-277), langues
spéciales, (Meillet 1975: 247), langue des sciences (Fuchs 1966: 675), 
 
Le terme générique “langue(s) de spécialité(s)” constitue une notion purement linguistique,
utilisée depuis les années 1960 pour désigner les langues utilisées dans des situations de
communication orales ou écrites qui impliquent la transmission d’une information, d’un champ
d’expérience particulier, d’une discipline, d’une science, d’un savoir-faire lié à une profession
déterminée. Les langues de spécialité(s) se caractériseraient par une syntaxe réduite et un vocabulaire
spécialisé. Il s’agirait, selon certaines approches des terminologues, d’un soussystème moins complet
de la langue générale qui privilégie certaines tournures ou constructions, comme les procédés de
distanciation (ex. passivation, locutions impersonnelles) dans le discours scientifique, juridique. Les
langues de spécialité(s) ont souvent été réduites à une question de terminologie. 
 
Bien d’autres étiquettes ont été utilisées, dont le terme “discours de spécialité” (Moirand, 1993),
une notion bien plus riche, puisqu’elle intègre la dimension discursive. 
 

1
Dans un autre ordre de structuration la langue de spécialité peut aussi être conçue comme langue
à ou sur objectifs spécifiques. On parle ainsi de FOS, Français sur Objectifs Spécifiques,
d’ESP, English for Specific 
Purposes (cf. Binon et Cornu, 1985, Challe et Lehmann, 
1990, Lehmann, 1993), avec ses variantes hyponymiques: EAP, English for Academic
Purposes; EOP, English for Occupational Purposes; mentionnons en outre le terme “Fachsprache”, en
allemand2. 
 
La langue de spécialité ne se définit plus alors par ses caractéristiques terminologiques,
linguisticostylistiques, mais par les conditions de son utilisation prévue, d’où découlent les conditions
de son enseignement. L’anglais scientifique par exemple devient, en ce sens, l’anglais que l’on
enseigne à un public d’étudiants scientifiques en fonction de ce que l’on estime être leurs besoins
actuels et futurs d’utilisation de l’anglais (lire et comprendre des textes spécialisés de leur domaine en
anglais; rédiger et présenter oralement en anglais leurs travaux de recherché. 
 
1. Langue générale et langue de spécialité 
Maria Teresa Cabré a décrit la langue générale, prise dans le sens de langue commune, de  la
façon suivante: 
 
Une langue donnée est donc constituée par un ensemble diversifié de sous-codes que le locuteur
emploie en fonction de ses modalités dialectales et qu'il sélectionne en fonction de ses besoins
d'expression et selon les caractéristiques de chaque situation de communication. Cependant, au-delà
de cette diversité foisonnante, toute langue possède un ensemble d'unités et de règles que tous ses
locuteurs connaissent. Cet ensemble de règles, d'unités et de restrictions qui font partie des
connaissances de la majorité des locuteurs d'une langue constitue ce qu'on appelle la langue commune
ou générale. (Cabré, 1998: p. 115).
Nous pouvons aussi préciser cette définition en ajoutant que la langue générale: 
[Est un réservoir général où puisent les différentes langues de spécialité] (Pitch et Draskau,
1985: p. 33). 
 
Quant à la définition de la “ langue de spécialité, il  nous semble qu’il n’y a pas de consensus
sur l’appellation, ni sur la définition. Suivant les auteurs, on parle de langue spécialisée, de langue de
spécialité, de langage technique, de vocabulaire spécialisé, de vocabulaire scientifico-technique, etc.
Galisson et Coste donnent des “ langues de spécialité ” la définition suivante: 
 

2
‘ Expression générique pour designer les langues utilisées dans des situations de communication
(orales ou écrites) qui impliquent la transmission d’une information relevant d’un champ d’expérience
particulier. (Galisson et Coste 1976: 511)’ 
 
Pour Lerat, La notion de langue spécialisée réfère à: ‘ une langue naturelle considérée en tant
que vecteur de connaissances spécialisées. (Lerat 1995: 20).
 
La définition donnée par Dubois et al. est la suivante:
‘ On appelle langue de spécialité un sous-système linguistique tel qu’il rassemble les spécificités
linguistiques d’un domaine particulier. (Dubois et al. 
2001: 40)’
 
La définition de Cabré insiste, quant à elle, sur l’aspect terminologique des langues de
spécialité: « Les langues de spécialité sont les instruments de base de la communication entre
spécialistes. La terminologie est l’aspect le plus important qui différencie non seulement les langues
de spécialité de la langue générale, mais également les différentes langues de spécialité. » (Cabré
1998: 90) 
 
Il convient de remarquer la circularité de ces définitions, ce qui traduit la difficulté de définir
précisément la notion de “ langue de spécialité ”. Mais, il convient aussi  de noter que selon ces
définitions, les langues de spécialités ne sont pas à dissocier de la langue générale, car elles en font
partie intégrante. Elles utilisent le même système de règles en syntaxe et en grammaire et ne font
qu'une en ce sens. Ces approches  envisagent  ainsi la langue de spécialité comme un sous-ensemble
de la langue générale et donc le vocabulaire de spécialité comme le continuum de la langue générale.
C’est au niveau sémantique que se note la distinction et c'est au niveau du vocabulaire que l'analyse
doit porter.
 
Notons enfin, que malgré les nombreuses études qui ont été menées sur la langue de spécialité
(LSP), il est encore difficile de bien la définir, Les chercheurs n’étant pas toujours d’accord sur
l’extension à donner à ce concept. Nous la définirons en ces termes: la langue de spécialité témoigne
d'un usage particulier de la langue générale lorsqu’elle est utilisée dans une situation de
communication qui implique la transmission d'information relevant d'un champ d’expériences
particulières. 

2. De la langue générale à la langue de spécialité 

3
Il importe de positionner la notion de langue de spécialité par rapport à la langue générale. Il
apparaît pertinent ici de distinguer, à l'intérieur de la langue générale, entre langue
commune normalement partagée par tous les membres de la communauté linguistique et langue
courante enrichie d'emprunts à des champs d'expérience spécialisés. 
 
Si une langue de spécialité se définit par rapport à la langue commune, quelles relations les
unissent? Les langues de spécialités sont-elles des sous-ensembles de la langue commune, des
variantes lexicales de la langue commune (dans le sens où seul le lexique ferait la différence entre
langue commune et langue de spécialité)? 
 
Il convient de préciser que nous entendons par “ langue commune ” la langue non-marquée,
nonspécialisée ‘(“ Langue de spécialité s’oppose à langue commune ” Dubois et al. 2001: 440)’, et
que “ langue générale ” désignerait la totalité de la langue, c’est-à-dire “ langue commune ” + “
langues de spécialité ”. Pour Cabré (1998: 112), entre la langue commune et les langues de spécialité,
il existe une différence de degré plutôt que de nature, et la spécificité des langues de spécialité se
manifeste surtout au niveau de l’usage. Ainsi: 
 
‘ Les unités de la langue commune sont employées dans les situations que l’on peut qualifier de
non-marquées, (...) les situations dans lesquelles on emploie les langues de spécialité peuvent être
considérées comme marquées. (Cabré 1998: 115)’ Les langues de spécialité se distingueraient de la
langue commune par leurs situations d’utilisation et par le type d’information qu’elles véhiculent. 
 
Les mouvements entre langue commune et langue spécialisée ont fait l’objet de plusieurs
travaux4. On a observé que ces mouvements  se font à double sens. Or, le transit des unités lexicales
ne se fait pas par sauts quantiques et il n'existe pas de bande interdite entre les niveaux de langue. Au
contraire, les migrations terminologiques se font en continu, passant de la langue  commune à la
langue spécialisée et inversement par une zone mixte où des unités de la langue commune se chargent
de valeurs spécialisées et où des unités d'une langue spécialisée, étant devenues tellement
banalisées, sont prêtes à s'intégrer à la langue commune. De plus, cette zone mixte intermédiaire subit
une évolution dans le temps. Elle peut d'abord se démarquer de la langue spécialisée, d'une part, et de
la langue commune, d'autre part, acquérant un statut indépendant parfois éphémère mais qui, en tout
état de cause, n'a pas pour mission de perdurer. Ensuite, elle assure la transition entre langue
spécialisée et langue  commune avant d'être l'agent support de l'intersection entre les deux. On
observe finalement un recouvrement partiel de la langue  commune courante par la langue spécialisée
banalisée au point qu'il soit impossible de distinguer l'une de l'autre, sinon dans la nuance de tel ou tel
usage. Ce phénomène de fusion diachronique garantit, en quelque sorte, l'existence d'un continuum
dans l'échelle des niveaux de la  langue. 

4
 
On trouve dans Cabré (1998: 118-121) un regroupement des différences qui  distinguent les
langues de spécialité des langues communes, selon trois positions: 
 
1- “ les langues de spécialité sont des codes de type linguistique, différenciés de la langue commune,
constitués de règles et d’unités spécifiques ”. Selon cette position, une langue de spécialité serait donc
une langue à part entière; mais dans ce cas, comment établir une frontière nette entre langue de
spécialité et langue commune, et “ les phénomènes linguistiques qui différencient la langue de
spécialité de la langue commune sont-ils suffisamment importants pour maintenir cette séparation ”?
Cette conception nous semble trop “ exclusive ”; en effet, si une langue de spécialité était un véritable
code spécifique, elle serait difficilement compréhensible par un non-spécialiste qui ne connaît pas ce
code, or ce n’est pas toujours le cas. De plus, un discours scientifique de vulgarisation, donc d’un
degré de spécialisation moindre, et compréhensible par un grand nombre de locuteurs, entrerait-il
toujours dans cette conception? 
 
2- Une autre position, qui est plutôt celle des linguistes théoriques ou descriptifs, considère que ‘“
toutelangue de spécialité est une simple variante de la langue générale ” (Cabré 1998: 119)’, voire une
simple variante lexicale. Ainsi, il n’y aurait pas de langue de spécialité à proprement parler, mais
seulement des vocabulaires spécialisés. Le fait de ne voir dans les langues de spécialité que des
vocabulaires spécialisés nous semble un peu restrictif. C’est oublier leur potentiel de communication,
et les “ décontextualiser ”. De plus, c’est oublier qu’une langue de spécialité peut utiliser des moyens
non lexicaux voire extralinguistiques: illustrations, formules mathématiques, etc. 
 
3- Finalement, ‘“ les langues de spécialité seraient des sous-ensembles, fondamentalement
pragmatiques, de la langue dans son sens global ” (Cabré 1998: 119)’. Cette notion de “ sous-
ensemble ” nous semble très intéressante, car elle sous-entend que la langue commune et les langues
de spécialité peuvent partager certains éléments, et qu’elles sont perméables les unes aux autres.
Ainsi, ‘“ les langues de spécialité sont en relation d’inclusion par rapport à la langue générale et en
relation d’intersection avec la langue commune ” (Cabré 1998: 126)’. La notion de “ langue générale
” désigne ici la langue dans son ensemble (langues de spécialité + langue commune), et la notion de “
langue commune ” désigne la langue non marquée, celle des échanges quotidiens non spécialisés. Ce
même auteur (1998: 120) souligne le fait que cette conception se fonde sur le principe qu’il est
difficile de définir les langues de spécialité selon des critères uniquement linguistiques, leur côté
pragmatique étant fondamental. Les langues de spécialité seraient ainsi des systèmes sémiotiques
complexes, semiautonomes, utilisés dans un contexte spécifique et pour des besoins spécifiques,
c’est-à-dire communiquer des informations de nature spécialisée; cette communication d’information

5
peut se faire dans un cercle restreint de spécialistes, ou être dirigée à des non-spécialistes
(vulgarisation). 
 

 
3. La langue de spécialité véhicule des connaissances 
La langue de spécialité mobilise, pour l'usage, les connaissances de la langue générale et en ce
sens, il existe bien un continuum entre la langue générale et la langue de spécialité. Malgré tout il
subsiste une zone d'ombre pour toute personne extérieure à la communauté d'experts utilisant cette
langue de spécialité, à savoir la connaissance et le savoir. Même si les experts parlent la même langue
que les autres, les connaissances que véhiculent leurs discours n'en sont pas pour autant plus
accessibles. C'est pour cette raison, et  à cause de cette séparation des connaissances et des savoirs,
que nous préférons parler de la notion de "langue de spécialité”. Aussi retiendrons-nous la définition
de Dubois et al. 
donnée à l’article "spécialité": 
 
On appelle langue de spécialité un sous-système linguistique tel qu'il rassemble les spécificités
linguistiques d'un domaine particulier. En fait, la terminologie, à l'origine de ce concept, se satisfait
très généralement de relever les notions et les termes considérés comme propres à ce
domaine. (Dubois, 1994: p. 440).
 
Bernard Quemada argumente aussi en ce sens lorsqu'il écrit: La linguistique descriptive […]
condamne les désignations de "langue" technique et scientifique qui sont également impropres. Il
convient plutôt de parler de "vocabulaires", s'agissant d'emplois particuliers du français et de ses
variétés qui font appel, pour la prononciation, la morphologie et la syntaxe, au fonds de la langue
commune, caractère à partir duquel notre analyse établit des rapports fonctionnels mais non
hiérarchisés (Quemada, 1978: p. 1153). 
 
A. Spécificités linguistiques des LSP 
Cette deuxième section du travail sera consacrée à l’étude des spécificités des langues de
spécialité. 
 
Durant les années 80, période où les débats portaient sur les fondements théoriques de la
Terminologie, aussi bien que sur un concept problématique comme celui de « langue de spécialité »,
des auteurs comme Kocourek (1982), Rey (1983), Rondeau (1984) et Lerat (1988,1995), entre autres,
ont apporté leurs contributions au débat sur la distinction entre langue générale et langue de spécialité,
les uns adoptant des positions parfois radicales et d’autres des positions plus modérées. 

6
 
On peut notamment lire chez Lerat, citant Wüster, « seules les dénominations des concepts, le
vocabulaire, importent dans les terminologies, et non pas la morphologie et la syntaxe. Les règles qui
s’y appliquent peuvent être tirées de la langue générale. » (1988: 22), laissant ainsi l’idée véhiculée
depuis Wüster que ce qui différencie la langue de spécialité de la langue générale est à peine d’ordre
lexical et que du reste, s’agissant d’un seul et unique système, elles partagent les mêmes règles de
fonctionnement syntaxique et de formation morphologique. 
 
Nous avançons l’hypothèse, que les discours spécialisés, tout en se dispersant dans plusieurs
domaines de référence, présentent des nuances et des différences, mais cela n’empêche de reconnaitre
que ces modalités d’usage de la langue partagent des traits qui attestent leur spécificité tant au niveau
lexical, qu’au niveau sémantique, syntaxique et discursif. 
 
B. Spécificités lexicales des L S P 
Les terminologues ont toujours considéré que le lexique est l’un des aspects les plus  marquants
des langues de spécialité. On peut opposer lexique général et lexique spécialisé: Le lexique général est
marqué de polysémie et de connotations; le lexique spécialisé tend vers l'univocité, tend à être mono
référentiel, et est dépourvu de traits de type connotatif. Le lexique général est relativement stable; le
lexique spécialisé subit un renouvellement et un enrichissement rapides. 
L'enrichissement du lexique général provient surtout de la diversification sémantique de termes déjà
existants; l'enrichissement du lexique spécialisé se fait par la création de nouveaux mots liés à
l'apparition de nouveaux objets, de nouvelles réalités physiques et conceptuelles. Le lexique général
englobe peu de «mots savants» et utilise des schémas de dérivation usuels; alors que le lexique
spécialisé emploie abondamment des bases grecques et latines et des mécanismes et des schémas de
dérivation typiques (avec l'usage aussi typique de certains affixes). Le lexique général est moins
perméable aux emprunts aux langues étrangères; le lexique spécialisé s'ouvre facilement aux
emprunts. 
 
On a souvent insisté sur le fait que les caractéristiques du lexique spécialisé, que l'on vient
d'évoquer très sommairement, découlent toutes de son mode tout à fait spécifique de signification: le
terme spécialisé a une relation très directe et très proche à la réalité qu'il désigne. On parle
d’«adhésion» du signe spécialisé à son réfèrent, qu'il dénomme. 
 
Ce mode tout particulier de signification, qui est propre au terme  spécialisé est à la base de son
caractère mono référentiel. Mais il a  d'autres implications immédiates. On retiendra surtout qu'il
entraîne  une priorité de l'aspect référentiel sur l'aspect morphologique du signe. De ce fait, l'objet
référé propre à un domaine spécifique s'imposant en tant que création de la science, de la technique ou

7
des activités professionnelles aux spécialistes, le signe lui-même tend à prendre une valeur
universelle. 
 
a. Les strates lexicales de la LSP
Le travail de Normand Maillet  a contribué  à définir les différentes strates lexicales de la LSP,
il s’appuie  dans sa thèse5  sur les principes et méthodes de la statistique lexicale développés par
Muller6. Selon Maillet: « Dans les textes techniques, nous observons une stratification lexicale allant
des termes spécialisés propres à un domaine, aux mots de la langue générale, en passant par un espace
intermédiaire qui permet l’expression technique. Cet espace renferme un vocabulaire commun à
plusieurs domaines, une sorte de stock lexical situé entre la langue générale et la langue de spécialité.
» (Maillet 1998: 260). 
 
Rondeau (1981: 27), schématise l’ensemble lexical général d’une langue. Selon lui les LSP se
répartissent sur trois zones, soit la zone mitoyenne, la zone centrale des LSP et la zone des ensembles
ultraspécialisés. La zone centrale correspond à la zone de la langue commune. La zone mitoyenne
correspond à la frontière entre la zone de la langue commune et l’ensemble des zones des LSP. Dans
cette zone, une forme linguistique peut se retrouver à la fois dans les LSP et dans la langue commune.
Selon Lerat (1995: 135), le vocabulaire ultra-spécialisé, ou jargon, est une barrière entre les initiés et
les non-initiés. Les nonspécialistes ont accès à la zone mitoyenne des langues de spécialité (toujours
selon le schéma de Rondeau (1983: 25), éventuellement à la zone centrale (processus de
vulgarisation), mais pas à la zone des ensembles ultraspécialisés. Il existe donc des degrés de
spécialisation au sein des langues de spécialité. Nous développerons cette idée dans le paragraphe qui
suit.  
 
C. Spécificités sémantiques des  L S P 
L’approche qu’on adoptait traditionnellement pour étudier les spécificités  sémantiques de  la
langue de spécialité, est une approche catégorielle. Cette approche catégorielle se caractérise, d’une
part, par un classement catégoriel ou binaire des unités linguistiques, c’est-à-dire par la dichotomie
termes - mots. D’autre part, elle se caractérise par un classement catégoriel ou binaire au niveau
sémantique, à savoir l’opposition monosémie - polysémie. 
 
a) L’univocité  et la monosémie du terme  
En terminologie, l’univocité notion-terme est primordiale, et ceci d’autant plus que l’on se situe
dans la sphère des vocabulaires ultra-spécialisés.
 
Mais, il est à noter que l’univocité terme-notion, à laquelle les terminologues sont attachés, ainsi
que la monosémie  sont rarement respectées dans les discours spécialisés. L’actualisation des termes

8
en discours les “ expose ”, à la polysémie. Des unités lexicales de la langue commune peuvent devenir
des termes, mais là aussi, leur signification va être différente (métaphore ou glissement de sens). La
mobilité des termes se ferait donc au prix d’une altération de sens. Cette altération se ferait avec un
gain de signification dans le sens : langue de spécialité → langue commune (non-respect de la
monosémie, “ interprétation ” de sens), et avec une réduction de signification dans le sens: langue
commune → langue de spécialité (parmi tous les sens possibles d’une unité lexicale, un seul est
actualisé en langue de spécialité). On rejoint ici Pavel (1991): 
 
‘ Les mots de la langue commune acquièrent un sens restreint ou spécialisé en passant dans
l’usage d’un groupe particulier, et inversement, ils élargissent leur sens, deviennent plus généraux
lorsqu’ils sont adoptés par un cercle plus étendu, de sorte que la généralité d’un sens est souvent
proportionnelle à l’étendue du groupe 
qui l’emploie. (Pavel 1991: 44)’
 
Une autre remarque de ‘Rondeau (1983: 24) qui nous semble fondamentale est le fait que plus
on s’éloigne de la langue commune pour aller vers les sphères des vocabulaires ultra-spécialisés, plus
le nombre de locuteurs diminue: “ le vocabulaire ultra-spécialisé des techniques de pointe et de la
recherche d’avant-garde est utilisé par un nombre relativement restreint d’initiés ”.
Inversement, lorsqu’on se rapproche de la langue commune, c’est-à-dire lorsqu’on se situe à un degré
de spécialisation moins élevé, la monosémie peut être moins respectée, et l’on peut se trouver face à
des cas de synonymie, tout au moins partielle. 
 
C’est le cas des spécialités dont le vocabulaire n’a pas fait l’objet d’une normalisation, et où un
même concept peut avoir plusieurs dénominations, suivant les auteurs ou suivant les courants de
pensée. La terminologie s’attache plus au concept (qui est extralinguistique) qu’au signifié (qui est
linguistique), ainsi ‘les langues de spécialité “ forcent à concevoir la sémantique de façonnon-
ethnocentrique, du fait de l’universalité potentielle des notions scientifiques et techniques ” (Lerat
1995: 29)’. Mais là encore, le degré de spécialité va avoir une incidence. Les champs notionnels sont
structurés sur la base de relations logiques, et les champs lexicaux, structurés à partir de signifiés, ne
correspondent pas toujours à cette “ logique ”, et ceci d’autant plus que l’on se rapproche de la sphère
de la langue commune. Ainsi, l’affirmation de Lerat (1995: 83) selon laquelle “ la sémantique des
langues de spécialité est [donc] plus simple que celle des langues en général ”’ ne se vérifierait qu’en
partie. La prévisibilité sémantique, notamment des groupes syntagmatiques, est réelle dans le cadre de
disciplines précises.  La polysémie des unités lexicales de la langue commune est en effet réduite dans
les langues de spécialité, mais la polysémie ne disparaît pas complètement lorsqu’on se situe dans une
spécialité. Il nous semble donc possible de dire que plus le degré de spécialité d’une langue se réduit,
plus cette langue présente des caractéristiques propres à la langue commune, notamment au niveau

9
sémantique. Et inversement, plus le degré de spécialité d’une langue s’accroit plus cette langue
présente des caractéristiques propres à elle, qui la distinguent de la langue commune. 
 
b) L’approche de la sémantique quantitative
Alors que la terminologie traditionnelle préconise l’univocité et la monosémie des termes d’une
langue de spécialité, la sémantique quantitative adopte une approche scalaire. Au classement
catégoriel des unités linguistiques (termes - mots), elle oppose un continuum de spécificité, allant des
unités linguistiques les plus spécifiques aux moins spécifiques, et où les mots-clés sont situés en
fonction de leur degré de spécificité. Les spécificités ou mots-clés (keywords) ne sont pas les mots les
plus fréquents du corpus technique d’analyse: ce sont en revanche les mots les plus représentatifs, qui
caractérisent thématiquement le corpus de la langue de spécialité. En termes relatifs, les spécificités
sont significativement plus fréquentes dans le corpus spécialisé que dans un corpus de référence de
langue générale.
 
Le classement catégoriel au niveau sémantique (monosémie vs polysémie) est remplacé par un
continuum sémantique de monosémie, allant des unités plus monosémiques aux moins monosémiques
ou, ce qui revient au même, plus polysémiques.). 
 
La linguistique de corpus ainsi que l’analyse de corpus spécialisés ont remis en question
l’approche onomasiologique prescriptive et normative de la terminologie traditionnelle et ont
contribué à l’essor de la terminologie descriptive. Sur le plan des unités linguistiques, les partisans de
la terminologie descriptive rejettent la dichotomie entre langue générale et langue spécialisée et
adoptent une approche sémasiologique et linguistique (Condamines & Rebeyrolle 19977). Les termes
font partie intégrante de la langue naturelle, mais ils se caractérisent par le fait qu’ils véhiculent des
connaissances spécialisées (Lerat 1995). En plus, le vocabulaire d’un corpus technique ne contient pas
uniquement des mots techniques ou « termes » au sens strict, qui sont propres au domaine de
spécialité, mais également des mots du VGOS (vocabulaire général d’orientation scientifique) (Phal
1971). Ces mots s’emploient dans plusieurs domaines scientifiques et techniques et leur  sens est
déterminé par les contextes spécialisés. Finalement, le vocabulaire d’un corpus technique comprend
également des mots de la langue générale. 
 
Sur le plan de l’analyse sémantique, la monosémie et l’univocité de la langue de spécialité ont
été remises en question notamment par la théorie communicative de la terminologie (Cabré 1998 et
2000)8, par la socioterminologie (Gaudin 1993) 9 et par la terminologie sociocognitive (Temmerman
1997 et 
2000)10.  
 

10
Ces remises en questions nous incitent à adopter une approche par continuum, aussi bien au
niveau des unités linguistiques (continuum de spécificité) qu’au niveau sémantique (continuum de
sens ou continuum de monosémie). 
 
D. L’enseignement et l’apprentissage des langues de spécialité  
Le terme "langue de spécialité" désigne en didactique une approche particulière qui consiste à
organiser l'enseignement d'une langue à partir d'un besoin clairement identifié, professionnel ou
universitaire. Cette situation a très souvent pour corollaire de lier l'enseignement linguistique à des
contenus à priori inconnus du professeur de langue ce qui implique de sa part des démarches
différentes de celles d'un cours traditionnel de langue générale. Quelle est la spécificité d'une langue
de spécialité? En quoi son enseignement est-il différent de celui d'un cours traditionnel de langue?   

Partant de l’idée que les LSP peuvent comporter des mécanismes linguistiques qui leurs sont
propres, elles doivent être apprises au même titre que l’on apprend les mécanismes de la langue
générale, mais peut-être en adoptant une démarche proche des méthodes utilisées pour l’apprentissage
des langues étrangères. En effet, les processus d’acquisition d’une LSP sont variables en fonction de
la situation d’apprentissage et du profil linguistique de l’apprenant. 
 
Lorsqu’il s’agit d’apprendre une LSP dans sa langue maternelle, l’apprenant se retrouve, a
priori, à son avantage puisqu’il maîtrise le code dans lequel se fera le transfert des savoirs
scientifiques et/ou techniques et ceci parce qu’il a tout au long de sa vie développé, dans sa langue
maternelle, toutes ses compétences langagières, mais aussi, tous les automatismes et toutes les
intuitions de la langue qui est la sienne. 
 
L’autre situation est celle d’apprendre une LSP dans une langue étrangère. L’apprenant qui se
trouve dans cette situation fait normalement, au préalable ou en simultané, un apprentissage conscient,
réfléchi et systématisé de la langue étrangère en cause car, comme le mentionne Rey-Debove, il sait :
« beaucoup de choses sur le monde (connaissances et culture), maîtrise moins bien l’oral que l’écrit (à
la différence des francophones) et ne possède pas les automatismes hérités de la langue maternelle »
(1999: XI). Il connaît d’ailleurs souvent mieux que l’apprenant natif les mécanismes internes de la
langue maternelle de celui-ci, mais face à une LSP en langue étrangère, il se retrouve doublement en
situation d’apprenant d’une langue étrangère, l’une générale et l’autre spécialisée. Nous pouvons alors
en déduire que, pour le premier cas comme pour le second, le parcours des deux apprenants face à la
même LSP sera donc proche du processus adopté par un apprenant face à une langue étrangère.  Il faut
néanmoins prendre en compte les connaissances linguistiques et encyclopédiques du premier comme
du second. Le code de la langue de spécialité, c’est-à-dire l’ensemble de ses structures
morphosyntaxiques, lexicales et sémantiques sont aussi bien inconnues de l’un comme de l’autre, si

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l’on considère que les deux individus se trouvent à des stades équivalents d’apprentissage de la langue
de spécialité. 
 
L’apprentissage d’une langue de spécialité présuppose des méthodes adaptées aux objectifs des
apprenants, tout en tenant compte de leurs connaissances encyclopédiques ainsi que de leurs
compétences linguistiques, aussi bien en langue maternelle qu’en langue étrangère. Les outils que la
Terminologie peut leur proposer, dans le cadre d’une Lexicographie spécialisée d’apprentissage,
doivent prendre en considération ces critères et présenter des descriptions extrêmement complètes sur
toutes les structures de la langue de spécialité. Les travaux actuellement en cours sur la langue de
spécialité portant sur la construction morphologique de certains termes dans les discours spécialisés,
sur les réseaux morphosyntaxiques liés aux comportements du verbe dans les collocations
terminologiques, laissent entrevoir des particularités spécifiques au fonctionnement de cette langue de
spécialité. C’est pourquoi nous défendons l’inclusion des structures comme les collocations
terminologiques dans les dictionnaires à caractère terminologique. 
 
Cela nous permet d’insister sur le rôle des collocations terminologiquesdans la conception de
ces outils pour l’apprentissage des LSP. À la différence des dictionnaires de langue générale qui sont,
soit pour des apprenants natifs soit pour des non-natifs, un dictionnaire de langue de spécialité  peut,
s’adapter aussi bien à l’un qu’à l’autre, bien que les deux aient des parcours d’apprentissage
différents, puisque le premier le fait depuis sa langue maternelle et le second dans une langue
étrangère. On peut aider l’apprenant non-natif en introduisant dans le dictionnaire les équivalents
terminologiques dans sa langue maternelle, ce qui lui permettra de faire un détour d’apprentissage, au
lieu d’entrer en LSP par la langue  étrangère, il peut y accéder par sa langue maternelle, à travers les
équivalents puis, dans un second temps, refaire la trajectoire vers la langue de spécialité en langue
étrangère ou encore, à partir de là, développer de nouvelles stratégies d’apprentissage pour pénétrer
dans les réseaux notionnels que lui offre le dictionnaire. Pour le natif, les équivalents ont  une valeur
encyclopédique, mais aussi didactique. 
 
 Conclusion  
Au terme de cette étude et au vu de tout ce qui précède, je me vois tentée de reformuler le titre
de mon travail, pour me demander si les spécialistes de la terminologie ont bien une conception claire
des caractéristiques générales et spécificités de  la langue de spécialité. Il me semble en effet que, les
approches  générales et la formulation des définitions de certains terminologues, révèlent que la
plupart d’entre eux ne voient dans la langue de spécialité qu’un continuum d’usages diversifiés de la
langue générale ou commune, et qu’ils  ne reconnaissent  pas de spécificité a priori de la langue  de
spécialité. 
 

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En effet la notion de spécialité suppose l’existence d’une langue générale par rapport à laquelle
les langues spécialisées se définiraient. En d’autres termes, il y aurait une langue commune aux
locuteurs et des langues variables en fonction des compétences plus ou moins spécialisées des uns et
des autres. Ce point de vue constitue une façon d’essayer de créer un lien entre la langue-système et
les usages réels. Il suppose d’identifier des domaines auxquels on pourrait associer des usages stables.
Or, la variation dans les usages peut être très présente et ne pas correspondre à des domaines
d’activités identifiés a priori.  
 
Nous soulignons, en fin que ce n’est pas au seul niveau lexical et terminologique que la
spécificité des langues des spécialités s’affirme, des traits particuliers marquent aussi, la sémantique
ainsi que le fonctionnement discursif   et l’enseignement des  langues de spécialité. 
 

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