Les Déficits Immunitaires congénitaux
Introduction
Réponse Immune
Rappel : Ontogenèse des cellules immunocompétentes
I- Les Déficits Immunitaires Congénitaux
On appelle déficit immunitaire (D.I.) toute anomalie qualitative ou quantitative congénitale touchant une ou
plusieurs lignées cellulaires impliquées dans la réponse immune spécifique et / ou non spécifique.
Ces anomalies fragilisent l’organisme de façon durable ou passagère en favorisant la survenue d’infections
récidivantes et parfois de tumeurs.
II- Classification des déficits immunitaires congénitaux
Déficits lymphocytaires primitifs
• Déficits purs / prédominants de l’immunité humorale
• Déficit purs / prédominants de l’immunité cellulaire
• Déficits combinés ou mixtes
Déficits des cellules phagocytaires
• Anomalies quantitatives
• Anomalies qualitatives
Déficits génétiques du complément
Défaut de différenciation
Anomalies de la régulation immunologique
Déficits enzymatiques
Anomalies chromosomiques
III- Symptomatologie clinique des déficits immunitaires
La manifestation clinique évocatrice d’un déficit immunitaire est :
La susceptibilité accrue aux infections
Augmentation de la fréquence
Augmentation de la sévérité
Augmentation de la durée
Infections répétées sans intervalle libre
Augmentation de la dépendance vis à vis des antibiotiques
IV- Déficits lymphocytaires primitifs
IV.1- Déficits purs / prédominants de l’immunité humorale
L’Agammaglobulinémie liée au sexe
Absence de lymphocytes B dans le sang et les organes lymphoïdes périphériques, chez un garçon.
Aspects cliniques
• Début précoce : 3 mois
• Syndrome de déficit de l’immunité humorale
Diagnostic
• Absence de lymphocytes B (sang, organes périphériques)
• Déficit en IgA
IV.2- Déficits purs / prédominants de l’immunité cellulaire
Aplasie et Hypoplasie Thymique ou syndrome de Di George « syndrome de délétion 22q11,2 » : Absence
congénitale de thymus liée à une anomalie de développement des 3ème et 4ème arcs branchiaux.
Aspects cliniques
à la naissance
• Tétanie néonatale
• Malformations cardiaques sévères
• Absence de l’opacité thymique
Plus tard
• Syndrome de déficit de l’immunité cellulaire
Approches thérapeutiques
• Traitement symptomatique des infections
• Transplantation d’épithélium thymique
• Hormones thymiques
IV.3- Déficits immunitaire mixtes
Déficits immunitaire combinés sévères: DICS
Groupe hétérogène de désordres caractérisés par :
• Un développement défectueux des T et B
• Une lymphopénie profonde
• Un déficit de l’immunité humorale et cellulaire
Aspects cliniques
• Le début est précoce < 3 mois
• Syndrome de déficit de l’immunité humorale et cellulaire
Traitement
• Transplantation de moelle osseuse
• HLA – identique +++
• HLA semi-identique
V- Déficits des cellules phagocytaires
V.1- Neutropénies et Agranulocytoses
Représentent un groupe hétérogène d’affections génétiques ou constitutionnelles liées à des anomalies de
différenciation et de maturation des granulocytes
Aspects cliniques
• Infections bactériennes cutanées et pulmonaires peu purulentes dès les 1 ers mois.
• Ulcérations sanieuses douloureuses.
Approches thérapeutiques
• Transplantation de moelle HLA-identique :
• Corticothérapie
• Antibiothérapie
V.2- Anomalies qualitatives des Granulocytes
Granulomatose septique chronique (GSC)
Affection due à un défaut de génération des ions super oxydes par les neutrophiles.
Transmission récessive liée à L’X (2/3 des cas) ou autosomique récessive
Aspects cliniques
• Débute dans la 1 ère année de la vie par le syndrome de déficit de la phagocytose et de la bactéricidie
• Hépato-splénomégalie plus poly-adénopathie
Diagnostic
• Polynucléose – hyper-éosinophilie
• Hypergammaglobulinémie
VI- Déficits génétiques du complément
VI.1- Rappel physiopathologique
VI.2- Déficit des composants de la voie classique
Ils intéressent et C 2 C1q, C 4
S’accompagnant dans 2/3 des cas de syndrome lupique
Particularités
Signes cutanés
Dépôt d’Ig et C en peau lésée
VI.3- Déficit en C3
• S’accompagnent d’une susceptibilité accrue aux infections secondaire à un déficit du chimiotactisme et
de la phagocytose.
• Le déficit en C3 peut également s’associer à un syndrome lupique
VI.4- Déficit en composants terminaux
• Ils intéressent C5, C6, C7 et C8.
• Ils sont responsables d’infections répétées et sévères par les bactéries du genre pneumocoque
• Défaut de l’activité bactéricide du sérum
VII- Exploration des déficits immunitaires
En se basant sur les éléments cliniques d’orientation (Bilans biologiques)
VII.1- Bilan de première intention
VII.2- Bilan de 2éme intention
- Dosage des classes et sous-classes d’immunoglobulines
- Dosage fonctionnel du complément
- Phénotypage lymphocytaire (T, B)
- Exploration de l’activité phagocytaire proprement dite (cytométrie en flux)
VII.2- Bilan de 3éme intention
- Phénotypage lymphocytaire (stades de maturation des T, B )
- Etude de la production in vitro d’anticorps par les LB
- Étude de la prolifération des lymphocytes T
- Production de cytokines
- Étude de l’activité cytotoxique des T vis à vis de cellules cibles
- Étude de certaines activités enzymatiques
Déficits Immunitaires secondaires
I- Déficits associés aux hémopathies malignes et aux cancers
• Leucémies
Hypogammaglobulinémie
Déficit de production des Ac
• Cancers
Dépression de l’immunité cellulaire : Réaction HSR (-)
II- Syndrome immunodéficitaire acquis SIDA: TD3
SIGNES CLINIQUES D’ALERTE DEVANT FAIRE RECHERCHER UN DIH
Un DIH doit être recherché devant un ou plusieurs signes cliniques d’alerte. L’interrogatoire du
patient ou de sa famille cherchera à préciser et à compléter le tableau clinique.
A. Hémogramme :
La formule leucocytaire doit être interprétée en valeur absolue, et selon l’âge du patient, Il faudra rechercher la
présence des anomalies suivantes.
Une neutropénie
Une anémie et/ou une thrombopénie, qui peuvent re- présenter des arguments en faveur d’une
complication auto-immune d’un déficit de l’immunité cellulaire.
des plaquettes de petites tailles, per- mettant d’évoquer, syndrome de Wiskott-Aldrich.
Une lymphopénie, qui doit faire rechercher un déficit de l’immunité cellulaire (immunité dépendante des
lymphocytes T)
B. Dosage pondéral des immunoglobulines sériques (IgG, IgA, IgM)
Les taux sériques des IgG, IgA et IgM doivent être interprétés en fonction de l’âge, en raison de grandes
variations dans la petite enfance. Ils sont ininterprétables avant l’âge de 4 mois à cause de la persistance d’IgG
d’origine maternelle chez les nourrissons.
Chez l’adulte, une électrophorèse des protéines peut être réalisée en première intention avant le dosage
pondéral des Ig, car les taux des Ig sont stables à l’âge adulte.
Le dosage des sous-classes des IgG (IgG1, 2, 3 et 4) n’est pas interprétable avant l’âge de 18 à 24 mois
et n’est pas à faire en première intention ; il est indiqué en cas de manifestations infectieuses récurrentes malgré
un taux d’IgG normal.
Ces dosages permettent d’apprécier la production globale d’anticorps, indépendamment de leur spécificité, afin
d’apporter des arguments pour le diagnostic des déficits immunitaires humoraux touchant les lymphocytes B, et
des déficits immunitaires combinés touchant les lymphocytes B et T.
C. Sérologies post-vaccinales et/ou post-infectieuses
Elles permettent d’évaluer la capacité de production d’anticorps spécifiques en réponse à la stimulation par un
pathogène ou un composé vaccinal. Elles sont également ininterprétables avant l’âge de 6 mois en raison de la
per- sistance d’IgG maternelles pouvant entraîner des résultats faussement positifs. Il existe deux types
d’anticorps produits :
i. les anticorps de type anti-protidique, produits après une infection ou une vaccination et qui nécessitent
une coopération des lymphocytes B et T.
ii. les anticorps de type anti-poly- saccharidique, qui ne font appel qu’aux lymphocytes B et qui sont
produits après une infection par une bactérie encapsulée (ex. : pneumocoque) ou après vaccination par
un vaccin non conjugué. Ils ne sont pas évaluables avant l’âge de 2 ans en raison d’un défaut de
production physiologique de ce type d’anti- corps chez le petit enfant.
D. Autres examens Des examens d’imagerie peuvent être utiles pour compléter le bilan initial :
une radiographie du thorax chez l’enfant, afin de rechercher l’ombre thymique et/ou une pneumopathie ;
un scanner thoracique, pour identifier un thymome, une dilatation des bronches, des nodules
pulmonaires ou des adénopathies médiastinales ;
un scanner sinusien en cas de sinusites répétées ;
une échographie ou un scanner abdominal à la recherche d’adénopathies profondes et d’une spléno-
mégalie ou bien d’une asplénie.
Conclusion
L’identification de signes d’alerte – de type infectieux généralement – associée à des examens biologiques
simples, permettent d’orienter le diagnostic de DIH ainsi que les analyses immunologiques spécialisées à
réaliser pour compléter et étayer le bilan diagnostique.
Un diagnostic précoce permettra ainsi une prise en charge efficace du patient afin de diminuer la morbidité
et la mortalité associées, ainsi qu’une prise en charge préventive, éventuelle- ment, d’autres membres de la
famille pouvant être atteints du même déficit immunitaire. De plus, l’identification génétique du déficit
immunitaire permet le conseil génétique aux patients et à leur famille.