Cinetique Électrochimique
Cinetique Électrochimique
On étudie dans cette leçon les phénomènes associés au passage d’un courant entre une électrode et un milieu ionique
conducteur. Le système étudié pourra fonctionner en générateur ou en récepteur convertissant de l’énergie
électrique en énergie chimique.
a - Interface électrode-solution
1) Convection
Dans les systèmes étudiés, qui sont le plus souvent en équilibre thermique, la convection est assurée par
l’agitation de la solution. Cette convection ne transporte globalement pas de charge électrique puisqu’elle transporte
autant de charge positive que négative. Elle ne contribue donc pas au passage du courant en solution et son rôle est
uniquement d’homogénéiser la solution en maintenant les concentrations constantes dans l’espace. On évite ainsi
l’apparition de gradients de concentration et donc de phénomènes de diffusion au coeur de la solution.
2) Migration
Sous l’action du champ électrique, un ion de charge zie acquiert une vitesse limite :
ze
vi = ui E avec ui = i
6πηa i
où ai est le rayon hydrodynamique de l’ion entouré de sa couche de solvatation. On observe ainsi, par une mesure
conductimétrique, pour les cations alcalins, l’ordre :
qui s’interprète par le fait que l’ion le plus petit, Li+, est le plus solvaté et donc possède le rayon hydrodynamique le
plus important.
H+ Li+ Na+ K+ OH - F- Cl - Br - I-
u/10-4cm2.s-1V-1 36,23 4,01 5,19 7,62 20,64 5,70 7,91 8,09 7,96
On remarque dans ce tableau les valeurs anormalement élevées des mobilités des ions H+ et OH - . On
l’explique classiquement par l’existence de liaisons hydrogène dans des chaînes de molécules.
H ⊕ H H H H H H ⊕ H H H
O O O O O O O O
H H H H H H H H
La réorganisation des liaisons hydrogène dans la chaîne de molécules se traduit par le déplacement d’une charge
positive sans véritable déplacement de matière. La vitesse de propagation n’est alors limitée que par la vitesse de
repositionnement des molécules d’eau pour accepter la liaison hydrogène.
Nombre de transport
Le flux de matière correspondant au déplacement de l’ion est Ji = Ci vi et le flux de charge Jqi = ziFCi vi Le
flux total de charge est donc J =∑ ziFCiuiE et la fraction de charge transportée par l’ion i est donc :
i
ziFCiuiE
ti = ti = nombre de transport de l’ion i
∑ ziFCiuiE
i
On voit ainsi qu’un ion transporte d’autant plus de charge qu’il est mobile (et concentré). Très souvent, dans la
suite, on supposera que la solution contient un électrolyte support en très grande concentration devant celles des espèces
électroactives. Dans ces conditions, les espèces électroactives, c’est à dire réagissant aux électrodes, ne participeront
quasiment pas au transport du courant en solution (ti ≈ 0).
3) Diffusion
Au voisinage de l’électrode, se produit un appauvrissement ou une accumulation en certaines espèces. Ceci est
du aux réactions électrochimiques qui forment ou consomment des espèces et à la migration qui emporte ou apporte des
ions. Il y a donc apparition d’un gradient de concentration entre le coeur de la solution et le voisinage de l’électrode qui
entraîne l’existence de flux de diffusion.
C
On modélise le profil de concentration par un profil
profil modélisé
linéaire s’établissant dans une couche de diffusion
d’épaisseur δ. Le flux de diffusion modélisé est donc
profil réel
constant à l’intérieur de la couche de diffusion et
s’exprime par :
∂C i C - C el
J i = - Di = - Di Sol
∂x δ
L’ épaisseur δ est très supérieure aux dimensions
atomiques, de l’ordre du millimètre au micromètre. (D est
δ
de l’ordre de 10-9 m2.s-1 pour les ions)
Dans la couche de diffusion, il y a donc superposition des flux de migration et diffusion. Pour une espèce
électroactive, la somme des deux flux est égale au flux de matière formé ou consommé à l’électrode, pour une espèce
non électroactive, la somme des deux flux est nulle puisqu’en régime stationnaire, les concentrations des espèces sont
constantes dans la couche de diffusion.
1 1
A la cathode, on observe : H+ + e - → H A l’anode, on observe : Cl - → Cl + e-
2 2 2 2
Les profils de concentration en solution sont donc, pour les trois ions H+, Na+ , Cl - :
⊕ y ⊕ y ⊕ y
E E E
A la cathode (y ) migration et Les flux se compensent aux deux A l’anode, migration et diffusion
diffusion s’ajoutent pour apporter un électrodes pour Na+ qui n’est pas s’ajoutent pour apporter un équivalent
équivalent de H+. A l’anode (⊕ ), les consommé de Cl-. A la cathode, les deux flux se
deux flux se compensent compensent.
a - Convention électrochimique
Par convention, le courant est compté positivement quand il circule de l’électrode vers la solution. Il s’agit
alors d’un courant d’oxydation correspondant au sens : RedSol → OxSol + n e -Métal.
On emploie également le terme de courant anodique pour un courant d’oxydation et de courant cathodique pour
un courant de réduction.
Quand la réaction avance de dξ, la charge dq circulant dans le circuit est dq = nFdξ. L’intensité traversant le
circuit est donc :
dq dξ
i= = nF
dt dt
1 dξ
La réaction électrochimique se déroulant en surface de l’électrode, on a ici v = d’où :
S dt
i = nFSv
Si l’on considère que la réaction globale est la somme des deux sens possibles de la réaction électrochimique,
on peut écrire v = v1 - v-1 = va - vc, d’où :
i = nFS(va - vc) = ia + ic
a - Etape déterminante
Il ne s’agit bien sûr ici que de donner quelques indications générales sur des processus qui peuvent être très
différents les uns des autres.
On peut distinguer deux types de phénomènes :
- transport des espèces entre solution et électrode
- processus se déroulant sur ou au voisinage immédiat de l’électrode qui se décomposent en :
- transferts de charge (souvent en plusieurs étapes quand il y a plusieurs électrons échangés)
- réactions chimiques associées (complexation, transfert de proton, etc...)
- phénomènes de surface (adsorption, croissance de couche cristalline, etc...)
Le phénomène limitant la vitesse peut être n’importe lequel de ces processus élémentaires. En pratique, deux
situations présentent une importance particulière :
- le transfert de matière par diffusion (on se place souvent dans des régimes de diffusion pure) est lent
devant l’ensemble des étapes à l’électrode. Il est alors cinétiquement limitant.
- le transfert de charge est lent donc cinétiquement limitant.
b - Modèle de la double couche
L’établissement d’une différence de potentiel entre solution et électrode correspond à l’accumulation de charges à
l’interface des deux milieux. Dans le modèle le plus simple dit de la double couche d’Helmholtz, on peut considérer
qu’en solution les ions forment un plan parallèle à l’électrode. Il existe donc une zone proche de l’électrode dans laquelle
le potentiel passe de VM à VS. Cette double couche, dans laquelle se produit le transfert de charge, et dont l’épaisseur est
de l’ordre de quelques dimensions moléculaires est le siège d’énormes contraintes électriques. Le champ électrique y est
en effet très fort puisque les différences de potentiel sont de l’ordre du volt sur quelques nanomètres.
a - Généralités
Lorsque le système est en équilibre électrochimique, le courant est nul et le potentiel d’électrode est le potentiel
de repos donné par la loi de Nernst :
0,06 a νOx
E = E0 + log Ox
n aRedνRed
Que se passe-t-il lorsque le potentiel est supérieur ou inférieur à la valeur d’équilibre ? Le système n’est plus en
équilibre, il se produit donc un transfert de charge entre la solution et l’électrode dont le sens peut être déterminé
aisément :
L’affinité de la réaction électrochimique Red → Ox + n e- s’écrit :
A = µRed + zRedFVSol - µOx - zOxFVSol - n µe- + nFVMet = µRed - µOx - n µe- + nF (VMet - VSol)
soit :
A = nF (E - Eeq)
On en déduit que si E > Eeq, il se produit une réaction d’oxydation et inversement une réaction de réduction
si E <Eeq.
On peut aussi plus simplement noter qu’augmenter le potentiel d’électrode revient à augmenter le potentiel
électrique du métal relativement à celui de la solution. On provoque le passage d’électrons vers le métal, donc
l’oxydation, en augmentant le potentiel et inversement, on provoque la réduction en abaissant le potentiel d’électrode.
Il est important de visualiser sur un axe de potentiel les différents domaines :
Eeq
domaine du réducteur domaine de l'oxydant
L’allure générale de la courbe intensité-potentiel sera donc, compte tenu de la convention de signe :
i (ou j = i/S)
i > 0 oxydation
Red Ox
Eeq
Red Ox
i < 0 réduction
La courbe i = f(E) est appelée courbe intensité-potentiel ou courbe de polarisation. L’intensité étant directement
liée à la vitesse, on peut prévoir que l’intensité est fonction du potentiel E mais aussi en général des concentrations de
l’oxydant et du réducteur (l’expression de v ne peut être précisée que si l’on connaît le mécanisme de la réaction
électrochimique).
Remarque
Pour les phénomènes étudiés dans la suite de la leçon, piles électrochimiques et électrolyse, il est plus
commode de raisonner sur l’intensité et donc de tracer les courbes i = f(E). Cependant, on étudie plus souvent en
électrochimie les courbes j = f(E), j étant une mesure de la vitesse surfacique de réaction.
potentiostat
mA V
b1 - Allure de la courbe
Un système rapide est un ensemble électrode/couple redox pour lequel la réaction électrochimique est rapide. La
1 dξ
vitesse de réaction v = est donc grande dès que l’on s’écarte du potentiel d’équilibre et la courbe i = f(E) présente une
S dt
pente importante au voisinage de Eeq.
L’allure de la courbe obtenue, au voisinage de Eeq, pour un système rapide (par exemple Fe3+/Fe2+ sur
platine), est donc :
i > 0 oxydation
Red Ox
Eeq
i < 0 réduction
On voit que pour obtenir une intensité i, le potentiel doit s’écarter de la valeur d’équilibre d’une valeur η que
l’on appelle surtension (définie pour l’intensité i).
i
Eeq
Un système rapide peut donc être caractérisé par la faible valeur de la surtension nécessaire pour obtenir i.
b2 - Courant d’échange
iox
Eeq
ired
Aucune de ces deux courbes iox ou ired n’est accessible expérimentalement puisque l’on ne peut accéder qu’au
courant global d’intensité i = iox + ired. On peut simplement dire que iox et ired sont les limites de i lorsque les
concentrations [Ox] ou [Red] tendent vers 0.
On remarque sur la courbe qu’à l’équilibre iox = - ired prend une valeur d’autant plus grande que la courbe est
pentue.
iox
i0
Eeq
- i0
ired
Les deux courants d’oxydation et de réduction sont opposés en accord avec la notion d’équilibre dynamique. On
appelle courant d’échange i0 la valeur absolue des deux courants à l’équilibre.
On peut alors définir un système rapide comme étant un système possédant un grand courant d’échange à
l’équilibre. On peut aussi dire qu’un système rapide possède une zone de potentiel où oxydation et réduction sont
possibles simultanément.
c - Systèmes lents
Un système lent est un ensemble électrode/couple redox pour lequel la réaction électrochimique est lente. La
1 dξ
vitesse de réaction v = ne prend donc de valeur appréciable que lorsque l’on s’éloigne suffisamment de l’équilibre
S dt
électrochimique. L’allure de la courbe obtenue expérimentalement (exemple classique As(V)/As(II) sur Pt) est :
Eeq
i
η
La surtension η nécessaire pour obtenir un courant d’intensité i est importante pour un système lent et peut
représenter plusieurs centaines de millivolts par rapport au potentiel d’équilibre.
Puisqu’il existe une zone de potentiel où l’intensité reste très faible, c’est donc que iox et ired , qui varient en
sens contraires, sont eux aussi quasiment nuls dans cette zone. Les deux courants iox et ired correspondent donc ici aux
deux branches de la courbe i = f(E). On voit donc que le courant d’échange i0 reste extrêmement faible à l’équilibre, ce
qui constitue une autre définition d’un système lent.
Conséquence :
Le potentiel de repos de l’électrode est fixé par le courant d’échange i0. Compte tenu de sa très faible valeur, ce
courant peut être perturbé par n’importe quel phénomène parasite (impuretés, état de surface, etc...). Il s’ensuit que le
potentiel de repos de l’électrode peut se fixer à peu près n’importe où et ne peut être mesuré de façon reproductible. On
ne peut donc, en conséquence, utiliser de système lent en potentiométrie à courant nul, les seuls couples utilisables étant
les systèmes rapides donnant des potentiels de repos bien définis.
c2 - Potentiel mixte
On constate expérimentalement que de nombreux systèmes lents donnent des potentiels de repos parfaitement
définis. Ainsi, en travaux pratiques, on peut doser par potentiométrie le Fe(II) par le permanganate de potassium. On
constate alors qu’après l’équivalence le potentiel est mesurable mais notablement inférieur au potentiel modélisé
EMnO4-/Mn2+. Ceci s’interprète par l’intervention de deux couples redox O2/H2O et MnO4- /Mn2+. Sur l’électrode
vont se dérouler simultanément les deux réactions électrochimiques :
Mn2+ MnO4-
L’électrode est alors le siège d’un courant d’échange important correspondant à l’oxydation de l’eau par le
permanganate. Le potentiel correspondant est parfaitement défini mais il ne s’agit pas d’un potentiel d’équilibre
thermodynamique. Ce potentiel “cinétique” est appelé potentiel mixte.
d - Exemples
Le caractère rapide ou lent du couple dépend de la nature du couple lui-même et de la nature de l’électrode. Un
couple comme H+/H2 est ainsi assez rapide sur électrode de platine mais lent, voire très lent, sur les autres métaux.
En règle générale les couples sont rapides dès lors que la réaction électrochimique n’implique qu’un transfert de
charge. Ainsi les couples du premier type Mz+/M, du second type X-/MX/M et les couples du troisième type relatifs à
des ions monoatomiques sur platine(Fe3+/Fe2+ par exemple) sont des systèmes rapides.
Les autres couples sont en principe lents. L’interaction des réactifs ou produits avec l’électrode (adsorption,
désorption) est souvent un facteur déterminant. On peut noter, parmi les couples lents, les deux couples de l’eau
O2/H2O et H+/H2 (sauf sur platine).
On a vu que le transport des réactifs vers l’électrode est assuré par diffusion et migration. Très souvent, le flux
de migration de l’espèce électroactive est négligeable devant le flux de diffusion. On dit alors que l’on travaille en régime
de diffusion pure. Ceci est réalisé quand la solution contient un électrolyte indifférent, dit “électrolyte support”, en forte
concentration (dont le but peut être de diminuer la résistance électrique de la solution et donc les pertes par effet Joule).
Dans ce cas, en régime stationnaire, l’intensité surfacique j est égale au flux de charge apportées par diffusion.
Si l’on considère la réaction Red → Ox + ne- , on a donc :
C
i = - nFS DRed grad [Red]
soit, par modélisation du gradient de concentration :
[Red]sol
[Red]sol - [Red]el
i ≈ nFS Dred
δ
[Red]sol
ilimite = nFS Dred
δ
Interprétation
Lorsque i augmente la deuxième étape devient rapide devant l’étape de diffusion. Celle-ci devient alors
cinétiquement déterminante et le réducteur ne peut s’accumuler à l’électrode.
Allure de la courbe
Lorsque l’on s’écarte de Eeq , l’intensité tend vers des
limites imposées par la diffusion des réactifs vers
l’électrode.
On remarque que la hauteur des paliers de diffusion est
proportionnelle aux concentrations des espèces en
solution, ce qui peut être mis à profit pour les mesurer.
Deux types d’espèces ne sont pas concernées par la limitation par diffusion : le solvant et le réducteur quand
celui-ci est le métal de l’électrode utilisée. (On pourrait également considérer l’électrolyte support quand celui ci est
électroactif).
Pour annuler la concentration du solvant à l’électrode, il faudrait des densités de courant extrêmes qui ne peuvent
donc être atteintes expérimentalement. Par conséquent, l’oxydation ou la réduction du solvant peuvent se faire
pratiquement sans limite d’intensité. Ceci a une conséquence importante sur la nature des couples pouvant réagir à
l’électrode :
H2O O2
i maxi
Emaxi
On utilise souvent l’expression “mur du solvant” pour qualifier la courbe intensité-potentiel du solvant. Bien
entendu, cette situation existe également en réduction où de même le mur de réduction du solvant limite la zone de
potentiel accessible. La zone de potentiel comprise entre les deux murs constitue le domaine d’électroactivité du solvant
et on ne peut donc réduire ou oxyder sur l’électrode que les oxydants ou réducteurs dont le potentiel d’équilibre est situé
dans cette zone.
domaine d'électroactivité
du solvant
* Réducteur métallique
Lorsque l’électrode est du premier type, le métal la constituant peut jouer le rôle de réducteur et être oxydé par
réaction électrochimique. L’espèce n’a alors pas à diffuser puisqu’elle est déjà présente sur l’électrode, il n’y a alors pas
d’autre limitation à l’intensité traversant l’électrode que les contraintes expérimentales. La courbe d’oxydation de
l’électrode constitue là encore un mur qui ne peut être dépassé. La courbe intensité potentiel du couple Cu2+/Cu sur
électrode de cuivre a donc l’allure suivante :
Cu Cu 2+
Cu Cu 2+
L’intensité, proportionnelle à la vitesse de réaction, dépend de E mais aussi des concentrations des espèces. Si
l’on considère i = nFS (vox - vred), on voit que i augmente quand [Red] augmente et diminue quand [Ox] augmente (vox
est la vitesse d’oxydation, croissante avec [Red], et de même, vred croît avec [Ox]). La courbe i = f(E) évolue donc au
cours du temps lorsque les concentrations varient.
a - Modèle de Butler-Volmer
On peut donner une équation des courbes intensité-potentiel à l’aide d’un modèle cinétique simple. Supposons
que la réaction électrochimique se ramène à la réaction élémentaire : Red Ox + n e - . On a alors :
∆ G 0≠ox ∆ G0≠red
kox = Aox exp( - r ) et kred = Ared exp( - r )
RT RT
A l’équilibre, on a donc :
∆ G 0≠ox ∆ G0≠red
i = 0 = nFSAox exp( - r ) [Red]e - nFS Ared exp( - r ) [Ox]e
RT RT
∆ G0≠ox ∆ G0≠red
d’où i0 = nFSAox exp( - r ) [Red]e = nFS Ared exp( - r ) [Ox]e
RT RT
G0 G0
T≠
T≠
nF(1-β)η
Red Red
Ox + n e- nFη
Ox + n e-
Lorsque l’on porte l’électrode au potentiel d’électrode E, le potentiel chimique de l’électron est abaissé de Fη où
η est la surtension E - Eeq. L’enthalpie libre de Ox + ne- est donc abaissée de nFη, l’état de transition va être stabilisé
d’une quantité inférieure que l’on pose égale à nF(1 - β)η où β est un facteur dit de symétrie caractéristique du système
couple - électrode. Par rapport à l’équilibre, on a maintenant :
(1-β)nFη βnFη
i = i0 [ exp( ) - exp(- )]
RT RT
Cette expression est l’équation de Butler - Volmer. Lorsque η est suffisamment grand, on peut négliger le
second terme (η > 0), on a alors :
(1-β)nFη nF 1
i = i0 exp( ) soit log i = (1 - β)η + log i0
RT 2,30RT 2,30
βnFη nF 1
i = - i0 exp(- ) soit log i = - βη + log i0
RT 2,30RT 2,30
1 - Piles électrochimiques
a - Généralités
On considère ici une pile en fonctionnement débitant un courant d’intensité i dans le circuit extérieur.
Ox1/Red1 Ox2/Red2
b - Point de fonctionnement
L’intensité et les potentiels pris par chaque électrode sont donnés par les courbes intensité-potentiel traduisant le
fonctionnement de l’anode et de la cathode :
ianode
EC
Eeq1 Eeq2
EA
icathode
ηA
ηC
Les deux potentiels d’électrode, EA et EC, se fixent de telle sorte que l’intensité du courant sortant de la cathode
soit égale à celle du courant entrant à l’anode. Le signe - qui apparaît sur le diagramme intensité-potentiel est du à la
convention électrochimique d’orientation du courant.
Expression de U
La tension aux bornes du générateur est donc la force électromotrice à vide, terme thermodynamique égal à la
différence des potentiels d’équilibre, diminuée des surtensions cinétiques et de la chute ohmique. Ces deux derniers termes
traduisent l’irréversibilité du fonctionnement de la pile.
On voit donc que pour avoir un générateur de qualité, il faut tout d’abord avoir un terme thermodynamique élevé
c’est à dire associer un oxydant fort à la cathode et un réducteur fort à l’anode et d’autre part minimiser les surtensions
cinétiques en choisissant des systèmes les plus rapides possibles et en fortes concentrations. Augmenter les
concentrations permet tout à la fois d’augmenter la capacité de la pile et de diminuer les surtensions. (Il serait
catastrophique pour les performances de la pile qu’un éventuel palier de diffusion soit atteint.)
c - Exemples
Dans ces deux piles, (voir Volta pour l’origine du terme “pile”), l’oxydant est le dioxyde de manganèse MnO2
qui se réduit en manganite MnO(OH) et le réducteur est le zinc parfois amalgamé pour augmenter la surtension de
réduction de H+ en H2. Le dioxyde de manganèse a également pour rôle de réduire le H2 éventuellement formé à la
cathode. La différence entre les deux piles est l’électrolyte formé de NH4Cl + ZnCl2 gélifié dans le cas des piles dites
salines (Leclanché) et de KOH dans le cas des piles alcalines (Mallory). On peut également noter que la constitution de
la pile alcaline où le réducteur est sous forme de poudre entraîne une capacité plus importante que dans le cas de la pile
Leclanché où le réducteur constitue l’enveloppe de la pile.
* Piles au lithium
L’électrolyte doit ici être organique, le lithium qui joue le rôle de réducteur réagissant violemment avec l’eau. Il
peut s’agir de THF contenant LiClO4 ou de SO2, SOCl2, SO2Cl2 contenant LiBr. Dans ce dernier cas c’est le solvant
lui même qui joue le rôle d’oxydant (SVI ou SIV).
* Accumulateurs
Le fonctionnement est le même que celui d’une pile, la différence tenant au fait que l’accumulateur peut
fonctionner en récepteur ce qui autorise la recharge c’est à dire la régénération de l’oxydant du réducteur et de l’oxydant.
Les plus utilisés sont l’accumulateur au plomb dont les équations de fonctionnement sont schématiquement :
Pb + HSO4- PbSO4 + H + + 2 e-
PbO2 + 2 e- + 3 H+ + HSO4- PbSO4 + 2 H2O
2 - Electrolyse
a - Généralités
Dans une cellule d’électrolyse, on fournit de l’énergie électrique au système pour permettre à une réaction
chimique de s’effectuer dans le sens qui lui est interdit dans une évolution spontanée. A T et P constantes, l’évolution
irréversible du système entraîne :
∆G ≤ Welec
On peut augmenter l’enthalpie libre du système chimique en fournissant au système un travail électrique
supérieur à ∆G.
c’est à dire former l’oxydant fort et le réducteur fort à partir des oxydant et réducteur faibles.
Ox1 Red1 Il suffit pour cela d’appliquer une différence de potentiel entre deux électrodes supérieure à
E2 - E1, différence des potentiels d’oxydo - réduction des deux couples en présence.
“ γ” inversé
Intérêt industriel
L’intérêt de l’électrolyse est donc, du point de vue industriel, de permettre l’accès à des oxydants ou réducteurs
forts, difficiles ou impossibles à obtenir par voie chimique. Deux exemples importants sont la préparation de
l’aluminium par électrolyse de l’oxyde d’aluminium et celle du dichlore par électrolyse de la solution de chlorure de
sodium. La branche de la métallurgie utilisant les procédés électrolytiques est appelée hydrométallurgie et nous
l’illustrerons, dans une leçon suivante, par l’exemple de la métallurgie du zinc.
Le pôle positif est donc ici l’anode de la cellule et le potentiel de l’anode est supérieur, en fonctionnement, au
potentiel d’équilibre Eeq2.
Au pôle négatif se produit une réduction, puisque le courant part de la solution :
Ce pôle est donc la cathode de la cellule et le potentiel de la cathode est inférieur, en fonctionnement, au
potentiel d’équilibre Eeq1.
y ⊕
générateur ianode
y ⊕ EC Eeq1 EA
Eeq2
ηC icathode ηA
Ox1/Red1 Ox2/Red2
Les deux potentiels d’anode et de cathode se fixent, bien évidemment, de telle sorte que le courant entrant à
l’anode ait la même intensité que celui sortant à la cathode.
On a :
La tension à appliquer aux bornes de la cellule, donc le coût énergétique de l’électrolyse, augmente donc avec les
surtensions cinétiques et la chute ohmique. L’industriel devra donc rechercher des matériaux d’électrode performants et
travailler à forte concentration pour minimiser les surtensions (par exemple en renouvelant et en recyclant en
permanence l’électrolyte) . Il faut également minimiser les chutes ohmiques principalement dues aux jonctions de
compartiment anodique et cathodique. Dans l’électrolyse chlore-soude, on est ainsi passé d’une tension de 4,3 V dans les
années 1950 à 3,3 V aujourd’hui ce qui représente près de 25 % de gain énergétique.
Si les tensions d’électrolyse sont faibles, de l’ordre de quelques volts, les intensités nécessaires sont énormes ce
qui justifie la localisation des unités d’électrolyse près des régions de production hydroélectriques. Ainsi, une cellule
fournit couramment plusieurs tonnes de produit par jour :
Exemple : Une cellule Hooker produit 4,55 tonnes de Cl2 pour une surface anodique de 64,5 m2.
m
La charge traversant le circuit journellement est donc Q = 2 F = 1,23 1010 Coulomb soit une intensité :
M
Q 1,23 10 10
I= = = 1,42 105 ampères
t 86400
Toutefois, si cette intensité représente un coût énergétique énorme (UI = 0,5 MW par cellule), la densité de
courant est de l’ordre de 2200 A.m-2 soit 220 mA.cm-2 ce qui est un ordre de grandeur tout à fait raisonnable.
c 1 - Prévision thermodynamique
Celle ci se fait à partir du terme thermodynamique Eeq2 - Eeq1 et elle consiste à chercher la différence de
potentiel la plus faible. La réaction d’électrolyse la plus favorable est celle qui nécessite la tension d‘électrolyse la plus
faible. Elle permet donc de réduire l’oxydant le plus fort du milieu (le moins faible devrait on dire car il s’agit d’espèces
faibles) ainsi que d’oxyder le réducteur le plus fort. Il suffit donc de placer sur un axe de potentiel les différents couples et
de faire l’inventaire des espèces présentes.
Exemples
Cl2 Cl-
L’oxydant le plus fort est l’eau : on prévoit donc la formation de H2 à la cathode
O2 H2O Le réducteur le plus fort est également l’eau, on prévoit donc la formation de O2 à
l’anode.
L’expérience montre en fait que l’on obtient du dichlore à l’anode et du dihydrogène à la
H2O H2 cathode, voire du sodium lorsque l’on travaille sur cathode de mercure.
Na + Na
S 2O82- HSO4-
L’oxydant le plus fort est l’ion hydrogénosulfate. On devrait donc obtenir du SO2 à la
O2 H2O cathode.
Le réducteur le plus fort est l’eau, on prévoit donc la formation de O2 à l’anode.
HSO4- SO2 En fait l’électrolyse conduit à un dégagement de O2 à l’anode et à un dépôt de Zn à la
cathode.
H2O H2
Zn2+ Zn
c 2 - Prévision cinétique
Les deux exemples précédents montrent que la prévision thermodynamique n’est pas toujours confirmée par
l’expérience. Il faut donc également tenir compte des facteurs cinétiques. Ceux ci peuvent être examinés dans un
diagramme intensité-potentiel. On trace donc les courbes i = f(E) pour les différents couples susceptibles d’intervenir.
Exemple : Electrolyse de la solution de NaCl
Cl- Cl2
H2O O2
Eeq
1,23 - 0,06pH
P
Le potentiel d’équilibre du couple Cl2/Cl- vaut 1,39 + 0,03 log 0 Cl2- 2 donc supérieur au potentiel
P [Cl ]
d’équilibre du couple O2/H2O. Cependant, le dégagement du dichlore est beaucoup plus rapide que celui de O2 car le
couple O2/H2O est très lent. On peut donc obtenir un courant d’oxydation de Cl- relativement important sans former
pratiquement de dioxygène.
Méthode de prévision
On voit donc que pour prévoir les réactions, il faut en fait comparer les potentiels E = Eeq + η, η étant la
surtension nécessaire pour obtenir un courant d’intensité i. Les deux réactions les plus favorables cinétiquement
correspondent donc :
- à la première courbe d’oxydation rencontrée vers les potentiels croissants pour la réaction à l’anode
- à la première courbe de réduction rencontrée vers les potentiels décroissants pour la réaction cathodique
Remarque : On ne fait souvent figurer que la partie utile de la courbe c’est à dire la branche d’oxydation pour
i2
Eeq2 + η2
Pour cela, il faut que le potentiel se place à “droite” des deux courbes intensité-potentiel. Il doit en effet être au
moins égal à Eeq2 + η2, potentiel nécessaire à l’obtention d’une intensité i2 pour l’oxydation de Red2. On a donc
également à ce potentiel oxydation de Red1 avec une intensité i1. On voit immédiatement que ceci ne sera possible que
si l’on peut effectivement atteindre Eeq2 + η2, c’est à dire, en pratique, si i1 conserve une valeur raisonnable pour
E = Eeq2 + η2. Deux possibilités sont envisageables :
a) les deux courbes intensité-potentiel sont très proches
b) la première courbe est limitée par diffusion
a) b)
i1 i2
i2
i1
Eeq2 + η2
d - Exemples
Cl- Cl2
H2O O2
H+ Sn Sn 2+
Electrolyse à anode soluble
Il s’agit d’un procédé de purification utilisé en métallurgie. On peut ainsi purifier du cuivre impur en le reliant
au pôle positif du générateur, le pôle négatif étant relié à du cuivre pur, l’électrolyte étant une solution de Cu2+, SO42-
Le couple Cu2+/Cu étant un couple rapide, la prévision thermodynamique concorde, pour une fois, avec la
prévision cinétique.
Supposons que le cuivre impur contienne un métal moins réducteur, par exemple Ag, et un métal plus
réducteur, par exemple Ni : (E0 (Ag+/Ag ) = 0,8 V , E0 (Ni2+/Ni) = - 0,28 V E0 (Cu2+/Cu) = 0,34 V).
Le diagramme intensité-potentiel a l’allure suivante :
Cu Cu 2+
Ni Ni2+
Ag Ag+
EC
EA
Ni Ni2+
Le potentiel de l’anode est inférieur au potentiel d’oxydation de l’argent. celui ci n’est donc pas oxydé et les
inclusions d’argent tombent au fond de la cuve au fur et à mesure de la désagrégation de l’anode. Par contre, le potentiel
d’anode est placé au dessus du potentiel d’oxydation du nickel, celui ci est donc oxydé en ions Ni2+ qui passent en
solution. Le potentiel de la cathode étant supérieur au potentiel de réduction des ions Ni2+, ceux ci ne sont pas réduits
sur la cathode et restent en solution. Il y a donc bien purification du cuivre.
a - Lixiviation
La lixiviation est le passage d’un cation métallique en solution par attaque du métal (d’une façon plus générale,
la lixiviation est la dissolution d’un solide). On considère ici l’attaque d’un métal par le cation H+.
Zn
Le zinc est attaqué en présence d’un acide. En soi, cela n’a bien sûr rien d’étonnant puisque cela
correspond à une réaction thermodynamiquement très favorable. Cependant, la
H+ thermodynamique n’explique pas pourquoi la vitesse d’attaque varie allant même jusqu’à devenir
négligeable dans le cas où le zinc est très pur.
Zn Zn2+ On voit que la vitesse d’attaque, qui correspond au courant
d’échange i0 entre les deux couples, va dépendre de la
position respective des deux courbes. Celle ci est
i0 principalement influencée par la surtension η de
E
Eeq1 Eeq2 dégagement de H2 sur le zinc qui dépend en particulier de
- i0 la pureté du zinc. On peut noter également, qu’au départ,
η la concentration [Zn2+] est très faible donc Eeq1 très bas
H2 H+ (Eeq1 = - 0,76 + 0,03 log [Zn2+] ). Au cours de l’attaque,
ce potentiel augmente donc la courbe Zn → Zn2+ dérive
vers la droite.
Le potentiel E pris par la lame de zinc qui correspond à l’égalité des intensités des courants d’oxydation et de
réduction est ici un potentiel mixte. Il doit être situé à “droite” de la courbe Zn → Zn2+ pour permettre l’oxydation de
Zn et à “gauche” de la courbe H+ → H2 pour permettre la réduction de H+. L’attaque du métal est donc possible s’il
existe une zone de potentiel commune permettant oxydation du métal et réduction de H+, ce qui impose la disposition
des deux courbes intensité potentiel du schéma précédent.
Lorsque le zinc est très pur, la surtension de dégagement de H2 est très forte donc la courbe de réduction de H+
passe à “gauche” de la courbe d’oxydation de Zn. Il n’y a plus alors de zone de potentiel permettant d’obtenir un courant
d’échange i0 conséquent :
Zn Zn2+
Eeq1
Eeq2
zone de réduction de H+ E
zone d'oxydation de Zn
H2 H+
Nous verrons que cette propriété est mise à profit dans la préparation du zinc par électrolyse.
Pb n’est pas attaqué par une solution acide, bien que l’attaque soit favorable thermodynamiquement (E0
(Pb2+/Pb) = - 0,13 V). On obtient par contre une attaque lorsque l’on touche Pb avec un fil de platine, le dégagement
Il s’agit de la réduction d’un cation métallique par un métal. Les couples cation /métal étant rapides, les
réactions observées sont celles prévues par la thermodynamique. C’est ainsi que l’on peut par exemple, établir une
classification électrochimique des métaux.
L’écart de potentiel, 1,10 V entre les E0, est à peu près celui que l’on retrouve dans la pile Daniell. Il permet
donc de prévoir un dépôt de cuivre sur le zinc par réduction de Cu2+.
Zn Zn2+
Eeq1 Eeq2
Cu Cu 2+
Ce schéma décrit la situation initiale et, au départ, il semble raisonnable d’imaginer que que l’on atteigne le
palier de diffusion de Cu2+, la situation devenant plus difficile à analyser quand la couche de cuivre sur le zinc croît.
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Bibliographie