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Introduction à la transformation de Laplace

Ce document introduit la transformation de Laplace et ses applications. La transformation de Laplace est une transformation intégrale liée à la transformation de Fourier. Elle est particulièrement utile pour résoudre des équations décrivant l'évolution temporelle de systèmes, en donnant leur état à un instant donné en fonction des conditions initiales.

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Introduction à la transformation de Laplace

Ce document introduit la transformation de Laplace et ses applications. La transformation de Laplace est une transformation intégrale liée à la transformation de Fourier. Elle est particulièrement utile pour résoudre des équations décrivant l'évolution temporelle de systèmes, en donnant leur état à un instant donné en fonction des conditions initiales.

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Chapitre 7

Transformation de Laplace

Le but de ce chapitre est d’introduire


la transformation de Laplace
et d’en présenter les applications les plus usuelles

7.1 Présentation

La transformation de Laplace est une transformation intégrale ayant un grand lien de parenté avec la transfor-
mation de Fourier, mais qui s’en démarque nettement sur plusieurs points. Notamment, on verra que la classe
des fonctions admettant une transformation de Laplace est beaucoup plus vaste que celles des fonctions pour
lesquelles l’intégrale de Fourier est définie.

En outre, la transformation de Laplace est particulièrement adaptée pour l’étude de la dynamique de


systèmes supposés dans un état connu à un certain instant, que l’on peut toujours prendre comme origine
des temps. Cette situation est très banale en Physique, qu’il s’agisse de résoudre un problème de dynamique
classique, d’évolution d’un système quantique, ou de relaxation d’un système macroscopique à partir d’un
état hors d’équilibre. Dans toutes ces situations, si on note f la quantité physique d’intérêt, la question est
donc de résoudre l’équation décrivant l’évolution de la grandeur f et d’en obtenir l’expression, f (t), à un
instant t postérieur à celui où on a “déclenché le chronomètre”, après avoir préparé le système dans un état
dûment caractérisé. Comme on l’a vu, au contraire, la transformation de Fourier est très commode pour l’étude
des régimes forcés qui, pour un système amorti, prévalent après extinction des régimes transitoires (oubli des
conditions initiales), auquel cas le régime physique s’obtient en rejetant formellement l’instant initial infiniment
loin dans le passé.

Les équations d’évolution exigent toujours la donnée additionnelle de condition(s) initiale(s). Le nombre
de ces conditions dépend de la nature de l’équation dynamique. Si celle-ci est une équation différentielle d’ordre
p, et si le nombre de degrés de liberté est égal à N , il faut N p conditions initiales. Si la quantité cherchée obéit
à une équation aux dérivées partielles du premier ordre en temps, l’état initial est complètement défini par la
donnée du champ à t = 0 : c’est le cas de l’équation de Schrödinger1, qui ne peut être complètement résolue
pour un système quantique donné (à température nulle) que si la fonction d’onde de départ a été précisée.

Dans les problèmes d’évolution temporelle, un état initial étant donné (à un instant pris conventionnelle-
ment comme origine des temps, t = 0), l’objectif est d’obtenir la fonction f (t) à t > 0. Dans ces conditions, la
fonction f à t < 0 n’est pas définie, ou plus précisément, on se moque de savoir ce qu’elle vaut. C’est pourquoi
il est usuel (et conventionnel) de la prendre nulle. D’ailleurs, ce choix est souvent ce que dicte la situation
physique d’intérêt ; soit par exemple un oscillateur harmonique à l’équilibre (position d’équilibre, vitesse nulle).
S’il reçoit instantanément un choc à un certain instant (t = 0), son abscisse (et sa vitesse) vont par la suite
osciller dans le temps : nulles à t < 0, ces fonctions ne le sont plus après de l’instant du choc.
1 La situation est la même pour l’équation classique de la diffusion, ∂tP = D∂ P (D = constante de diffusion), ou l’équation
xx
de la chaleur ∂T = κ∂xx T (κ = coefficient de diffusivité thermique.
180 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

Dans toute la suite, la transformée de Laplace sera définie exclusivement pour de telles fonctions, nulles
pour t < 0, non-nulles pour t > 0. Remarquons tout de suite que ce n’est pas toujours la variable temps t qui
intervient : si on étudie le mouvement d’une particule confinée dans le demi-espace R+ , toute grandeur relative
à cette particule sera une fonction de l’abscisse x, φ(x), identiquement nulle ∀ x < 0. Toutefois, la variable-type
utilisée ci-dessous sera notée t, afin de respecter les usages.

La transformation de Laplace est souvent associée aux calculs de circuits électriques, car c’est dans le
souci de développer un calcul symbolique (on dit aussi opérationnel) pour ces systèmes qu’elle a été historique-
ment introduite. Il faut bien voir que ses propriétés, et sa puissance en tant qu’outil, ne la rende en aucune façon
tributaire des circonstances de son émergence historique. La transformation de Laplace est l’une des transfor-
mations intégrales importantes de l’Analyse – tout comme les transformations de Fourier, Hilbert, Mellin,... –,
et présente un grand intérêt en soi, en-dehors du fait que, dans presque tous les domaines des sciences, elle est
très souvent un outil d’une extrême utilité – quand il n’est pas tout simplement irremplaçable.

7.2 Définition et formule d’inversion

Tout comme la transformation de Fourier, la transformation de Laplace est une transformation intégrale asso-
ciant une fonction à une autre. On notera :

L
F = L[f ] ⇐⇒ f → F (7.1)

La correspondance précise est la suivante. Soit une certaine fonction, f (t) continue par morceaux sur2 .R+ , et
ayant au plus un nombre fini de discontinuités dans tout intervalle fini de R ; sa transformée de Laplace F (z)
est donnée par la relation intégrale suivante3 :
Z +∞
déf
F (z) = f (t)e−zt dt (7.2)
0

f (t) est appelé original et sa transformée F (z) est appelée image. Sur cette définition, et par comparaison avec
la transformation de Fourier, on voit bien que tout se passe comme si la fonction f (t) était de fait nulle à tout
temps négatif, avec la relation L[f ](z) = F [f ](−iω). z est la variable conjuguée de t, et cette notation affiche la
couleur : dans (7.2), z est a priori un nombre complexe, de sorte que F (z) est une fonction à valeurs complexes
même si f (t) est réelle.

La toute première question à régler est de savoir dans quelles circonstances l’intégrale (7.2) existe. Si on
pose z = x + iy, on a :
Z +∞ Z +∞ Z +∞
−(x+iy)t −(x+iy)t
|f (t)| e−xt dt .

|F (z)| =
f (t) e dt ≤
|f (t)| |e | dt = (7.3)
0 0 0

Il en résulte immédiatement que si ∀ t > 0, f (t) est bornée4 en module par une certaine exponentielle (|f (t)| <
M ex0 t , M > 0), alors le module |F (z)| est borné ∀ z, ℜz > x0 :
+∞
M
Z
|F (z)| < M e−(x−x0 )t dt = (x > x0 ) . (7.4)
0 x − x0

Ainsi, pour toute fonction f ne croissant pas plus vite que ex0 t la transformation intégrale de Laplace définit
une fonction F (z) qui est bornée dans le demi-plan ℜz > x0 . L’abscisse x0 est appelée abscisse de sommabilité.
2 On peut en fait encore définir l’intégrale si f (t) diverge en certains points t de R mais pas trop vite, de façon à être localement
n +
sommable ; par exemple, pour une divergence algébrique ∼ |t − tn |α , il faut que α (négatif puisqu’il est question de divergence) soit
plus grand que −1 – voir par exemple L[tα ], écrite en (7.15)
3 Si t est un temps, z est l’inverse d’un temps, une pulsation par exemple.
4 On peut énoncer une condition un peu moins restrictive : il faut et suffit qu’il existe t > 0 tel que f soit sommable entre 0 et
0
t0 et que ∀ t > t0 , |f (t)| < M0 ex0 t .

Mathématiques pour physiciens 21 Novembre 2008 Cl. A.


LP 311 – 2008/2009
7.2. DÉFINITION ET FORMULE D’INVERSION 181

La fonction F (z) est ainsi définie dans le demi-plan complexe situé à la droite de la droite verticale d’abscisse
x0 . L’inégalité (7.4) montre aussi que :

∀ F (z), lim |F (z)| = 0 (ℜz > x0 ) (7.5)


|z|→+∞

Une fonction donnée Φ(z) qui n’a pas cette propriété ne saurait être une transformée de Laplace au sens ci-
dessus5 .

Notons que l’intégrale dans (7.2), qui va à l’infini, converge absolument et uniformément en z pour
ℜz > x0 : pour tout z = x + iy donné, il suffit de remplacer partout
R x par x1 tel que x ≥ x1 > x0 pour avoir une
majoration indépendante de z. De plus, F (z) est de la forme C φ(z ; t) dt où la dépendance en z est uniquement
via l’exponentielle e−zt , qui est une fonction holomorphe. Autrement dit, φ(z ; t) est holomorphe en z pour tout
t fixé. Comme l’intégrale converge uniformément en z, la fonction F (z) est elle-même holomorphe6 .

La conclusion importante est donc, compte tenu de la forme spécifique de la transformation intégrale (7.2) :

|f (t)| < M ex0 t =⇒ F (z) holomorphe ∀ z, ℜz > x0 . (7.6)

LeRcaractère holomorphe peut d’ailleurs se démontrer directement comme suit. L’intégrale (7.2) est de
la forme C φ(z ; t) dt, et la dérivée ∂φ
∂z = −te
−zt
f (t) est bornée au même titre que f (t) ; il en résulte que la

dérivée F (z) s’obtient par dérivation sous le signe somme ([2], théorème 3.8 p. 56) :
Z +∞

F (z) = f (t) (−t)e−zt dt . (7.7)
0

Compte tenu des hypothèses sur f (t), on a :


+∞
M
Z

|F (z)| < M te−(x−x0 )t dt = ∀ z, ℜz > x0 . (7.8)
0 (x − x0 )2

F a donc une dérivée bornée en module partout dans le demi-plan ℜz > x0 , donnée par (7.7).

L’abscisse de sommabilité x0 n’est pas toujours positive, même si c’est souvent le cas. Par exemple, la
fonction-porte P (t) : 
déf 1 si 0 < t < 1
P (t) = , (7.9)
0 autrement
a pour transformée de Laplace :
1
1
Z
P(z) = e−zt dt = (1 − e−z ) . (7.10)
0 z
Cette fonction, ainsi définie par l’intégrale, est holomorphe dans C (la singularité en z = 0 est clairement
éliminable) ; ceci montre que pour toute fonction à support borné7 , l’abscisse de sommabilité est égale à −∞.
Tout polynôme et toute fraction rationnelle ont une abscisse de sommabilité égale à zéro puisque e−x0 t , x0 > 0,
décroı̂t à l’infini plus vite que toute puissance de x (l’exponentielle appartient à la classe des fonctions dites à
décroissance rapide).

Il est bien évident que, comparée à la transformation de Fourier, la transformation de Laplace permet de
considérer une classe beaucoup plus grande de fonctions : quand x0 est strictement positif, la fonction f (t) peut
diverger comme exf t avec xf < x0 , sa transformée de Laplace existe quand même. La contrainte essentielle est
donc ici que l’original ne croisse pas plus vite qu’une exponentielle, alors que la transformation de Fourier, avec
son exponentielle oscillante, n’a trivialement de sens que pour des fonctions absolument intégrables (rappelons
5 On peut cependant donner un sens, en tant que transformées de Laplace en un sens généralisé, à des fonctions n’ayant pas

cette propriété (voir p. 186). C’est ainsi que z n = L[δ(+) (n) (t)], où δ(+) (t) est la fonction définie en (7.36), δ(+) (n) (t) désignant sa
dérivée d’ordre n.
6 En effet, si l’intégrale F (z) déf
R
= C φ(z ; t) dt converge uniformément ∀z ∈ D, et si les points singuliers de φ ne dépendent pas du
R R ˆR ˜
paramètre z, alors Γ F (z) dz = 0, où Γ est un contour fermé situé dans D – une conséquence du fait que Γ C φ(z ; t) dt dz =
R ˆR ˜ R
C Γ
φ(z ; t) dz dt avec Γ φ(z ; t) dz = 0 en vertu du théorème de Cauchy.
7 Pour une fonction f (t) nulle pour t > t , on a visiblement f (t) = 0 < ex0 t , ∀ t > t , quel que soit x réel, y compris −∞ !
0 0 0

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LP 311 – 2008/2009
182 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

toutefois qu’une fonction intégrable mais non-absolument intégrable peut néanmoins avoir une transformée de
Fourier, par exemple8 sinx x ). Inversement, il est bien clair qu’il existe des fonctions croissant trop vite à l’infini
2
pour avoir une transformée de Laplace : c’est le cas de eαt , par exemple (voir Remarque p. 186) ; pour de telles
fonctions, on peut dire que l’abscisse de sommabilité x0 est égale à +∞.

Quand la variable est une abscisse de position, x, la transformée de Laplace spatiale s’écrit :
Z +∞
F (k) = f (x)e−kx dx ; (7.11)
0

k a la dimension de l’inverse d’une longueur, c’est par exemple un vecteur d’onde. À nouveau, les grandeurs x
et k sont souvent dites conjuguées l’une de l’autre. Ce formalisme est bien adapté pour la résolution d’équations
aux dérivées partielles linéaires dans un demi-espace (par exemple, l’équation de la diffusion dans R+ avec un
mur parfaitement réfléchissant en x = 0).

À titre d’exemple, considérons la fonction de Heaviside9 (échelon-unité) :



déf 0 ∀t < 0
Y (t) = , (7.12)
1 ∀t > 0

D’après la définition intégrale (7.2), sa transformée de Laplace est :


Z +∞
1
F1 (z) = e−zt dt = ∀z, ℜz > 0 . (7.13)
0 z
La fonction Y (t) est bornée par e−xt ∀ x > 0, ∀t > 0. L’abscisse de sommabilité x0 est donc nulle : F1 (z) est
holomorphe dans le demi-plan ouvert de droite, ℜz > 0 ; c’est bien ce que dit (7.13), la fonction z1 l’étant dans
ce demi-plan10 .

Cet exemple simple permet d’illustrer une fois encore la notion de prolongement analytique, une étape
indispensable pour l’utilité de la transformation de Laplace, notamment pour l’efficacité de la formule d’inversion.
déf
En effet, la fonction F2 (z) = z1 est définie dans le domaine D2 = C\{0} (le plan privé de l’origine). D’un autre
côté, la relation intégrale (7.13) définit une fonction F1( z) = z1 dans le domaine D1 = {z, ℜz > 0}. Les deux
domaines se recouvrent (largement !), D1 ⊂ D2 , et dans la région commune, on a bien F1 (z) = F2 (z). On peut
donc dire que F2 (z) est le prolongement analytique de F1 (z) du côté ℜz < 0. En définitive, la transformée
de Laplace de Y (t) est la fonction Y(z) = z1 prolongée dans tout le plan complexe et analytique partout dans
C\{0} :
1
Y(z) ≡ L[Y ](z) = ∀z, z 6= 0 (7.14)
z
Il convient de bien saisir la distinction entre (7.13) et (7.14), qui est d’importance.

Ainsi, et de façon générale, l’opération de prolongement étant faite, on n’est plus confiné au demi-plan
ℜz > x0 (ici ℜz > 0 puisque x0 = 0) ; c’est ce qui autorisera des promenades dans C affranchies de cette condition
– nécessaire pour que la définition par l’intégrale (7.13) ait un sens –, tout juste contraintes, comme toujours,
à contourner les singularités de F (z), dûment et préalablement identifiées, lors des déformations continues des
chemins d’intégration.

Citons un autre exemple, également très important. Soit la fonction tα ; sa transformée de Laplace est11
:
+∞
Γ(α + 1)
Z
α
L[t ] = tα e−zt dt = (ℜα > −1) (7.16)
0 z α+1
2
8 Autre exemple : les deux fonctions cos x2 et sin x2 ont aussi une transformée de Fourier, respectivement π/2 e−k /4 et
p
2 R +∞ ikx ix2
− π/2 e−k /4 (obtenues par calcul de l’intégrale gaussienne −∞
p
e e dx).
9 On note qu’il n’est nullement nécessaire de préciser ce que vaut cette fonction en x = 0.
10 Une fois prolongée, elle n’a en fait qu’une seule singularité, un pôle simple en z = 0.
11 On rappelle que :
Z +∞
Γ(z) = xz−1 e−x dx (ℜz > 0) . (7.15)
0

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7.2. DÉFINITION ET FORMULE D’INVERSION 183

L’intégrale n’existe que si α > −1 et ℜz > 0 ; la relation (7.16) est vraie partout dans le plan de droite, mais le
prolongement en z se fait par continuité, le seul point singulier étant le point de branchement en z = 0. Noter
aussi que, avec ℜα > −1, la transformée ainsi obtenue satisfait bien (7.5).

Pour la transformation de Laplace, la possibilité d’effectuer le prolongement analytique peut se compren-


dre comme suit12 . Avec la définition intégrale (7.2) de F (z), il est possible de jouer avec l’intervalle d’intégration,
qui n’est autre qu’un certain contour dans le plan complexe. En effet, soit l’intégrale :
Z
e−zτ dτ (7.17)
C

où le contour fermé C est formé de l’intervalle [0, R] ⊂ R, de l’arc de cercle de rayon R, 0 ≤ φ ≤ φ0 < π2 et du
segment joignant le point Reiφ0 à l’origine. Ce contour délimite un domaine (secteur) où e−zτ est holomorphe.
Le théorème de Cauchy permet donc d’écrire :
Z
e−zτ dτ = 0 . (7.18)
C

En décomposant l’intégrale, on peut écrire :


Z +R Z φ0 Z 0
iφ iφ0
e−zt dt + e−Rte iReiφ dφ + e−ztρe eiφ0 dρ = 0 . (7.19)
0 0 +R

L’intégrale du milieu tend vers zéro exponentiellement avec R. À la limite R = +∞, on a donc :
Z +∞ Z +∞
iφ0
−zt iφ0
e dt = e e−ztρe dρ . (7.20)
0 0

Maintenant, z = reiθ étant donné, l’argument de l’exponentielle est −rtρei(φ0 +θ) : il suffit de prendre |φ0 + θ| < π2
pour que l’exponentielle dans l’intégrale de droite soit de la forme e−(quantité positive)ρ , assurant que l’intégrale au
second membre de (7.20) converge à l’infini et donc existe ; par exemple, quand z quitte l’axe réel en montant,
il suffit d’incliner la demi-droite d’intégration vers le bas afin de respecter |φ0 + θ| < π2 . Ainsi, simplement
en jouant avec le contour d’intégration, on voit d’avance que L[f ](z) va pouvoir être prolongée bien au-delà
de {z, ℜz > 0}. Bien évidemment, lorsque l’abscisse de sommabilité est égale à −∞, aucun prolongement
analytique n’est nécessaire ; c’est le cas pour la fonction-porte (7.9) : d’emblée, la transformation intégrale
produit à elle toute seule la fonction donnée en (7.10), qui est holomorphe dans le plan entier ouvert.

Tout comme pour la transformation de Fourier, se pose naturellement la question de l’inversion de la


transformation intégrale (7.2) : étant donné une fonction F (z), considérée comme une image par Laplace,
existe-t-il une formule donnant son original f (t), et si oui, quelle est-elle :

L−1
f = L−1 [F ] ⇐⇒ F → f ? (7.21)

La fonction F (z) étant donnée, l’analyse vigilante de son expression permet l’identification complète de ses
singularités ; la question est donc de trouver la formule permettant d’obtenir son original f (t).

Pour établir la formule d’inversion, on s’appuie sur ce que l’on sait de la transformation de Fourier. x0
désignant toujours l’abscisse de sommabilité, l’introduction de Y (t) permet de récrire (7.2) sous la forme (on
remplace la borne inférieure 0 par −∞) :
Z +∞
F (z = x − iy) = Y (t)f (t)e−(x−iy)t dt ∀ x > x0 , (7.22)
−∞

soit : Z +∞
F (x − iy) = eiyt Y (t)f (t)e−xt dt ∀ x > x0 . (7.23)
−∞
12 On sait que le prolongement analytique n’est pas toujours possible.

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LP 311 – 2008/2009
184 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

Figure 7.1: Droite de Bromwich utilisée pour l’inversion de la transformation de Laplace (voir (7.26)). Les
points schématisent les singularités de F (z), qui sont toutes situées à la gauche de cette droite.

Le maintien de la contrainte x > x0 est indispensable puisque l’on manipule explicitement la relation intégrale
de définition de F (z). Cette dernière écriture montre que F (x − iy) est la transformée de Fourier de la fonction
Y (t)f (t)e−xt ; en utilisant la formule d’inversion de Fourier, on a :
+∞ +∞
1 1
Z Z
Y (t)f (t)e−xt = e−iyt F (x − iy) dy ⇐⇒ Y (t)f (t) = e(x−iy)t F (x − iy) dy . (7.24)
2π −∞ 2π −∞

Posons maintenant z = x − iy (dy = idz) : x étant fixé, z décrit une droite verticale quand y varie entre ±∞ ;

Figure 7.2: Un contour possible pour l’inversion de Laplace, les points figurant les singularités de F (z) (pôles,
points de branchement, . . . ).

notant que quand y varie de −∞ à +∞, z décrit sa droite de haut en bas, il vient ∀ t > 0 :
x−i∞
i
Z
Y (t)f (t) = ezt F (z) dz , (7.25)
2π x+i∞

soit, en inversant le sens de parcours de la droite B :

1
Z
Y (t)f (t) = ezt F (z) dz (7.26)
2iπ B

où B est une droite parallèle à l’axe imaginaire d’abscisse x > x0 parcourue de bas en haut, appelée droite de
Bromwich. Par construction, toutes les singularités de F (z) sont à gauche de cette droite, puisque celle-ci est
située à la droite de l’abscisse de sommabilité x0 . Ceci étant acquis, toutes les déformations de B sont toujours
autorisées à condition de ne pas franchir de singularité de F (z). Le contour en spaghetti de la fig. 7.2 est tout
aussi légitime que B, ni plus, ni moins.

Il est très instructif de voir la formule d’inversion à l’œuvre pour la fonction Y (t), dont la tranformée
est 1z . Dans ce cas, le second membre de (7.26) est :

1 1
Z
ezt dz . (7.27)
2iπ B z

Dans un premier temps, limitons la droite entre les deux points x1 ± iR (x1 > x0 ), et calculons l’intégrale en
refermant le contour par un grand arc de cercle de rayon R. Quand t > 0, la contribution du grand arc tendra

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7.2. DÉFINITION ET FORMULE D’INVERSION 185

vers zéro (exponentiellement) à la limite R → +∞ si ℜz < 0 : pour t > 0, on referme à gauche ; l’intégrand de
(7.27) a un pôle simple en z = 0, dont le résidu vaut 1, de sorte que l’intégrale vaut 2iπ. Il vient donc :

1 1
Z
ezt dz = 1 , t>0 . (7.28)
2iπ B z

À l’inverse, si t < 0, on referme par la droite ; alors le contour fermé ne contient aucune singularité et, par le
théorème de Cauchy, l’intégrale est nulle :
1 1
Z
ezt dz = 0 , t<0 . (7.29)
2iπ B z

Au total, on a bien :
1 1
Z
ezt dz = Y (t) . (7.30)
2iπ B z
Remarquons que si l’on fait t = 0 sous l’intégrale dans (7.27), on obtient une intégrale qui se calcule immédiate-
ment puisqu’une primitive, ln z, est connue :
1 1 1
Z
dz = |ln z|B . (7.31)
2iπ B z 2iπ

La droite B étant dans le demi-plan de droite, la variation de la partie imaginaire du logarithme, quelle que soit
la détermination choisie, est +iπ. Il en résulte que, pour t = 0, l’inversion de Laplace fournit la valeur 21 , qui
est la demi-somme des valeurs à gauche et à droite de Y (t) (qui n’est pas définie en t = 0).

Cet exemple montre bien la nécessité d’effectuer (le plus souvent mentalement et implicitement) le pro-
longement analytique, faute de quoi aucune incursion dans le demi-plan de gauche ℜz ≤ x0 ne serait autorisée,
ce que l’on vient pourtant de faire pour trouver L−1 [ 1z ] lorsque t > 0.

Il est clair que quand l’original f (t) a un (ou plusieurs) saut(s) (fini(s)), on peut en compléter la définition
en convenant d’une valeur ou d’une autre au point de discontinuité13 : ceci ne change en aucune façon la valeur
de la fonction obtenue par la transformation intégrale (on change l’original sur un ensemble de mesure nulle).
D’un autre côté, la formule inverse fournit une valeur unique, qui n’a aucune raison de coı̈ncider avec la valeur
conventionnelle définie antérieurement. C’est pourquoi on précise usuellement que l’inversion de Laplace redonne
l’original, aux valeurs aux points de discontinuité près. De fait, L−1 [f ](t) et f (t) sont presque partout égales.
Ce phénomène, déjà rencontré à propos des séries et de l’intégrale de Fourier ne devrait plus surprendre.
1
Un autre exemple ; soit f (t) = eαt , α ∈ C (donc x0 > ℜα), dont la transformée est z−α , fonction
holomorphe dans C\{α}. La droite de Bromwich est n’importe quelle droite14 parallèle à l’axe imaginaire et
coupant l’axe réel en un point d’abscisse strictement supérieure à α. La formule d’inversion (7.26) est ici :

1 1
Z
ezt dz . (7.32)
2iπ B z−α

On referme le contour comme ci-dessus : par la gauche si t > 0, le pôle simple en z = α donnant au total eαt ,
par la droite si t < 0, auquel cas le contour ne contient aucune singularité et l’intégrale est nulle. En définitive :
1 1
Z
ezt dz = Y (t) eαt , ∀ t (7.33)
2iπ B z−α

comme il se doit. Noter que, au vu de (7.16), on a aussi l’important résultat :

1
L−1 [z β ] = (β < 0) (7.34)
Γ(−β)t(β+1)
13 Souvent, on prend la valeur limite d’un côté, mais on pourrait prendre aussi n’importe quelle autre valeur – la demi-somme, un

choix parmi d’autres – étant a priori naturel (et c’est d’ailleurs ce que donne L−1 ).
14 ou, bien sûr, n’importe quelle ligne laissant à sa gauche toutes les singularités de l’image.

Cl. A. 21 Novembre 2008 Mathématiques pour physiciens


LP 311 – 2008/2009
186 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

Tout comme pour la transformation de Fourier, il est parfois nécessaire (ou en tout cas très utile) de
définir la transformée de Laplace de “fonctions” obtenues comme limite de certaines suites. Le cas le plus utile
est celui de la fonction δ∆t (t) définie comme :
 1
∆t si 0 < t < ∆t
δ∆t (t) = . (7.35)
0 autrement

Si ∆t ≪ 1, cette fonction est très étroite et l’aire de son graphe vaut 1 : c’est un précurseur de la fonction de
Dirac centrée juste à droite de t = 0, que l’on peut noter δ (+) (t) :

lim δ∆t (t) = δ (+) (t) . (7.36)


∆t→ 0

La transformée de Laplace de δ∆t (t) est :


∆t
1 1 − e−z∆t
Z
L[δ∆t (t)] ≡ ∆∆t (z) = e−zt dt = . (7.37)
0 ∆t z∆t
1
Ceci montre que la largeur en z de δ∆t (z) est ∆t : tout comme pour la transformation de Fourier, le produit de
la largeur ∆t de l’original et ∆z de son image – qui ici vaut strictement 1 – est d’une façon générale un nombre
d’ordre unité15 :
∆t ∆z ∼ 1 . (7.38)
Maintenant, pour tout z fixé, la limite de ∆∆t (z) quand ∆t → 0 donne :

déf 1 − e−z∆t
|z| > 0 : ∆(z) = lim ∆∆t (z) = lim =1 ; (7.39)
∆t→0 ∆t→0 z∆t
ceci permet d’écrire :
L[δ (+) (t)] = 1 (7.40)

où δ (+) (t) = lim∆t→0 δ∆t (t). Réciproquement, on a :

L−1 [1] = δ (+) (t) (7.41)

Ces relations sont clairement la traduction dans le langage de Laplace des égalités F [δ(x)] = 1 et F −1 [1] = δ(x)
obtenues dans le chapitre précédent.

Notons qu’il existe plusieurs familles de fonctions (en fait, autant qu’on veut) qui, ayant toutes la même
limite δ (+) (t), ont également toutes F (z) = 1 pour transformée de Laplace. Par exemple, soit :
1 −t 1 1
f∆t (t) = e ∆t ⇐⇒ F∆t (z) ≡ L[f∆t ] = 1 . (7.42)
∆t ∆t z + ∆t

Dans la limite ∆t → 0, on trouve F0+ (z) = 1, tout comme pour la fonction δ (+) (t) ci-dessus.

 Remarque

De la définition de la transformée de Laplace F (z) d’une fonction f (t), il résulte que lim |F (z)| = 0 (voir
|z|→∞
(7.5)). Cette propriété triviale n’est pas anodine : elle permet de dire d’emblée si une fonction H(z) “tirée
au hasard” peut être ou non une transformée de Laplace au sens strict.
2 2
À titre d’exemple, soit la gaussienne G(z) = eτ z (τ ∈ R), qui n’est pas bornée lorsque |z| → ∞, quand z
est dans le double secteur |Arg z| < π4 (π). La propriété ci-dessus permet d’affirmer a priori qu’il n’existe
pas de fonction g(t) nulle à t < 0 dont G(z) est la transformée de Laplace :
1
Z
2 2
∄ g(t) : g(t) = ezt eτ z dz (t > 0) , g(t) = 0 (t < 0) . (7.43)
2iπ B
15 Comme pour les couples de Fourier, ceci tient à la nature même de la transformation intégrale de définition, qui conduit

immédiatement à la relation de dilatation (voir (7.64)) : plus l’original est concentré dans le temps, plus l’image est étendue en z,
et inversement.

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7.3. PROPRIÉTÉS DE LA TRANSFORMATION DE LAPLACE 187

D’un autre côté, rien n’interdit de considérer l’intégrale I(t) :


1
Z
déf 2 2
I(t) = ezt eτ z dz , (7.44)
2iπ D
où D est une certaine droite verticale dans C, d’abscisse a ∈ R, parcourue de bas en haut. L’intégrale
(7.44) peut s’effectuer directement en posant z = a + iy ; ainsi :
Z +∞
1 1 at a2 τ 2 +∞ iyt −τ 2 (ay2 −2iay)
Z
2 2
I(t) = e(a+iy)t eτ (a+iy) idy = e e e e dy ; (7.45)
2iπ −∞ 2π −∞
R +∞ 2 1/2 β2
utilisant −∞ e−αu +βu du = πa e 4α , ∀ α, ℜα > 0, ∀ β ∈ C, on trouve :
1 t2
I(t) = √ e− 4τ 2 . (7.46)
2 πτ
Au passage, on note que l’abscisse a de la droite D disparaı̂t ; ceci est une simple conséquence du fait que
2 2
ezt eτ z est une fonction entière et que l’on peut déplacer la droite (et aussi la déformer en un spaghetti)
sans changer la valeur de I(t) : on ne risque pas de tomber sur des singularités qui n’existent pas.
Plus important est de noter que le résultat (7.46) est vrai quel que soit t, positif ou négatif. Ainsi, il
existe bien une fonction I(t) obtenue par intégration suivant la recette d’inversion de Laplace, mais en
l’occurrence (7.44) ne peut être interprétée comme une relation d’inversion, en dépit des apparences :
c’est juste une relation de définition d’une certaine fonction, I(t) en la circonstance. Il s’avère que cette
fonction n’est pas de la forme Y (t)×quelque chose, et n’est donc pas un original dont la gaussienne serait
l’image par L.
On peut résumer les choses ainsi. Pour la transformation de Laplace, la succession des étapes est :
Z +∞
L
étape (I) : f (t) → F (z) = e−zt f (t) dt ≡ L[f ](z)
0
1
Z
L−1
étape (II) : F (z) → f (t) = ezt F (z) dz ≡ L−1 [L[f ](z)](t) = f (t) . (7.47)
2iπ B
F est l’image d’une certaine fonction f (original), obtenue suivant la prescription de Laplace, impliquant
automatiquement une abscisse de sommabilité x0 < +∞, et mettant en jeu la droite B située à la droite
de toutes les singularités de F (z). Dès lors, la fonction f “retrouvée” par la formule d’inversion est
nécessairement nulle pour t < 0.
D’un autre côté, si on “débarque” avec une fonction H(z) tirée d’un chapeau, on peut toujours définir une
certaine fonction h(t) (si cette écriture a un sens dans le cas particulier considéré, évidemment) :
1
Z
h(t) = ezt H(z) dz ; (7.48)
2iπ D
déf R +∞
maisR rien n’assure que la relation H̃(z) = 0 e−zt h(t) dt existe. En d’autres termes, la recette inverse
1 zt
2iπ D e • dz renvoie dans un ensemble plus vaste que celui des fonctions nulles à t < 0. 

7.3 Propriétés de la transformation de Laplace

À l’instar de la transformation de Fourier, la transformation de Laplace possède des propriétés importantes, qui
résultent directement de la définition (7.2). On note toujours :
L L−1
f (t) → F (z) , F = L[f ] ; F (z) → f (t) , f = L−1 [F ] . (7.49)

 Linéarité L’intégrale étant une opération linéaire, on a de toute évidence :


L[λf + µg] = λL[f ] + µL[g] (7.50)
où λ et µ sont des scalaires. La transformation de Laplace est donc elle aussi bien adaptée à la résolution
d’équations linéaires, et produira aisément les solutions admettant une transformée de Laplace, c’est-à-dire ne
croissant pas plus vite qu’une certaine exponentielle.

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188 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

déf
 Translation Étant donné une fonction f (t), sa translatée de t0 est la fonction (Tt0 f )(t) = f (t − t0 ) ; cette
fonction est non nulle seulement pour t > t0 . La transformée de Tt0 f est :
Z +∞ Z +∞ Z +∞

L[Tt0 f ] = e−zt f (t − t0 ) dt = e−zt f (t − t0 ) dt = e−zt0 e−zt f (t′ ) dt′ = e−zt0 L[f ] . (7.51)
0 t0 0

Dans le contexte traditionnel de la transformation de Laplace, ce résultat s’appelle parfois théorème du retard.

• Exemple À titre d’illustration élémentaire, soit l’équation :

f (t) = f (t − t0 ) + a , f (t < 0) = 0 (a, t0 ∈ R+ ) , (7.52)

qui peut être résolue par la transformation de Laplace. Remarquons d’abord que la solution se trouve à vue :
quand 0 < t < t0 , l’équation est f (t) = 0 + a = a ; quand t0 < t < 2t0 , l’équation est f (t) = a + a = 2a et ainsi
de suite. La solution nulle à t < 0 vaut donc à t positif :
  
t
f (t) = a 1 + E (t > 0) (7.53)
t0

où E(x) désigne la partie entière du réel x : c’est une fonction en escalier, qui vaut a entre 0 et t0 , 2a entre t0
et 2t0 , etc.

Ce résultat peut aussi s’obtenir comme suit. La transformation de Laplace appliquée à (7.52) donne :

a a 1 a
Z
F (z) = e−zt0 F (z) + ⇐⇒ F (z) = −zt
⇐⇒ f (t) = ezt dz . (7.54)
z z(1 − e 0 ) 2iπ B z(1 − e−zt0 )

L’intégrale se calcule par résidus. Les pôles sont z0 = 0 d’une part, les zéros de 1 − e−zt0 soit zk = 2ikπ
t0 , k ∈ Z,
1 t
d’autre part ; le pôle en 0 est double, le résidu vaut 2 + t0 , tous les autres sont simples et donnent chacun le
t
1 2ikπ t
résidu 2ikπ e
0 (k 6= 0). L’expression de f (t) qui résulte de l’application du théorème des résidus est ainsi :

1 1 t X e2ikπ tt0
f (t) = + + , (7.55)
a 2 t0 2ikπ
∗ k∈Z

étant sous-entendu que f (t < 0) = 0. Le second terme de l’expression (7.55) est une série de Fourier, qui
représente la fonction 21 − tt0 entre 0 et t0 , t0 -périodisée sur R. Au total, l’expression au second membre de
(7.55) coı̈ncide avec (7.53).

La série de (7.55) peut aussi se calculer en passant par l’intermédiaire de la dérivée f ′ (t), qui donne un
peigne de Dirac, à un terme près, et a pour expression (toujours pour t > 0) :
 
1 ′ 1 1 X 2ikπ tt 2π X t 1 X
f (t) = + e 0 = δ 2π − 2pπ = δ (t − pt0 ) ; (7.56)
a t0 t0 t0 t0 t0
∗ k∈Z p∈Z p∈N

l’écriture de la dernière somme (N au lieu de Z) anticipe le fait que f et f ′ sont nulles ∀ t < 0, de sorte que les
δ(t − pt0 ), p < 0, peuvent être omis. Par intégration, et après calage de la constante d’intégration sachant que
f (0 < t < t0 ) = a, on en déduit16 :
X
f (t) = a Y (t − pt0 ) = a[Y (t) + Y (t − t0 ) + Y (t − 2t0 ) + . . .] ∀t (7.57)
p∈N

qui a bien les mêmes valeurs que la fonction f (t) donnée en (7.53) ou en (7.55). À tout t fini, la série (7.57) ne
contient qu’un nombre fini de termes non-nuls.
16 Unefois connues les règles (exposées plus loin) concernant les relations entre les dérivées et les primitives d’un original et de
son image, l’inversion de (7.54) se fait plus rapidement.

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7.3. PROPRIÉTÉS DE LA TRANSFORMATION DE LAPLACE 189

L’inversion peut enfin se faire comme suit. La transformée F (z) dans (7.54) se développe en série entière :
+∞
a a X −nzt0
F (z) = = e . (7.58)
z(1 − e−zt0 ) z n=0

Ce développement converge uniformément ∀ z, |e−zt0 | < 1, soit ℜz > 0. On peut donc effectuer la transformation
−1 1
inverse en intégrant terme  à terme ; se souvenant que L [ z ] = Y (t) et compte tenu du théorème du retard
−1 0 1
 −nzt
donnant ici L e z = Y (t − nt0 ) :

+∞   +∞ +∞
X 1 X X
L−1 [F ](t) = a L−1 e−nzt0 (t) = a Tnt0 Y (t) = a Y (t − nt0 ) . (7.59)
n=0
z n=0 n=0

Pour tout t fini, la série est en fait tronquée au plus grand entier n tel que nt0 < t, soit E( tt0 ) (tous les termes
d’après sont nuls). En définitive, on retrouve bien l’expression (7.57), qui est partout égale à (7.53). •

Revenons sur l’important résultat pratique énoncé en (7.34), récrit sous la forme :

tα−1
 
−1 1
L = Y (t) (ℜα > 0) (7.60)
zα Γ(α)

Maintenant, par le théorème de translation, on en déduit :

e−zt0 tα−1 (t − t0 )α−1


 
L−1 = Tt0 Y (t) = Y (t − t0 ) (ℜα > 0) (7.61)
zα Γ(α) Γ(α)

 Modulation Étant donnée une fonction f (t), sa modulée à ω0 est e−iω0 t f (t). On a :
Z +∞
−iω0 t
L[e f (t)] = e−(z+iω0 )t f (t) dt = L[f ](z + iω0 ) ≡ F (z + iω0 ) . (7.62)
0

Plus généralement, on a :
L[e−γt f (t)] = F (z + γ) (7.63)
z
Exemple : on trouve sans peine que la fonction f (t) = Y (t) cos ωt a pour transformée F (z) = z2 +ω 2 . Soit la
1 z−iδω z+iδω
fonction modulée fmod = sin δωt f (t) ; sa trans formée de Laplace est Fmod (z) = 2i [ (z−iδω)2 +ω2 − (z+iδω) 2 +ω 2 ].

 Dilatation Un changement d’échelle sur la variable d’une fonction f (t) définit une nouvelle fonction fλ
déf
telle que fλ (t) = f (λt). On a :
Z +∞
1 +∞ −z t′ 1 z 1 z
Z
L[fλ (t)] = e−zt f (λt) dt = e λ f (t′ ) dt′ = L[f ]( ) ≡ F ( ) . (7.64)
0 λ 0 λ λ λ λ
Fondamentalement, c’est cette propriété qui est à l’origine de la “relation d’incertitude” entre ∆t et ∆z (voir
(7.38)) : tout comme un couple de Fourier, plus f est ramassée, plus F est étendue, et réciproquement.

• Exemple À titre d’illustration, montrons comment la relation (7.64) permet d’obtenir astucieusement
la transformée de la fonction17 f (t) = Y (t) ln τt . En effet, posant F (z) = L[ln τt ] on a d’après (7.64) :
t 1 z
L[ln λ ] = F ( ) ; (7.65)
τ λ λ
En utilisant ln λ τt = ln λ + ln τt , on obtient :
ln λ 1 z
F (z) + = F( ) ; (7.66)
z λ λ
17 On note que cette fonction n’a pas de transformée de Fourier.

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190 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

maintenant, dérivant membre à membre par rapport à λ et faisant ensuite λ = 1, on trouve que F (z) satisfait
l’équation différentielle zF ′ (z) + F (z) = − z1 , dont la solution générale est − z1 ln zz0 , où z0 est une constante
d’intégration, que l’on peut trouver en connaissant une valeur particulière de l’intégrale de définition de F (z).
Si on fait z = τ −1 , on a :
Z +∞ Z +∞
−1 − τt t
F (z = τ ) = e ln dt = τ e−u ln u du . (7.67)
0 τ 0

La dernière intégrale est connue et est égale à l’opposé de la constante d’Euler18 traditionnellement notée C :
Z +∞
e−u ln u du = −C = −0.577 . . . . (7.69)
0

D’où, notant γ = eC = 1.781 . . . comme le font la plupart des auteurs :

t 1
L[ln ] = − ln(γτ z) (7.70)
τ z

La branche du logarithme à retenir est celle satisfaisant la relation ln(z ∗ ) = (ln z)∗ (voir juste ci-après). L’échelle
de variation de l’original au premier membre est τ , celle de l’image est (γτ )−1 , en conformité avec la relation
(7.38). •

 Conjugaison
Z +∞ Z +∞ ∗
∗ −zt ∗ −z ∗ t
L[f ] = e f (t) dt = e f (t) dt = F ∗ (z ∗ ) . (7.71)
0 0
Cette propriété joue un rôle important lorsque F (z) est une fonction multiforme, car elle permet de lever toute
ambiguı̈té sur la détermination à considérer. Par exemple (avec α > −1) :
Z +∞
1
L[tα ] = e−zt tα dt = α+1 Γ(α + 1) , (7.72)
0 z
où, à nouveau, référence a été faite à la définition de la fonction Γ d’Euler. Lorsque α n’est pas entier, la fonction
z α+1 a un point de branchement en z = 0, mais la coupure est ici complètement déterminée par la définition
même de la transformation de Laplace. En effet, compte tenu de la relation de conjugaison (7.71), la coupure
est nécessairement le demi-axe réel négatif, et on a sans ambiguı̈té :

z = r eiθ , z α+1 = rα+1 ei(α+1)θ (−π < θ < +π) . (7.73)

 Dérivation Un résultat particulièrement utile en pratique est le lien entre les transformées de Laplace d’une
fonction et de ses dérivées. La transformée de la dérivée f ′ est par définition :
Z +∞

L[f ] = e−zt f ′ (t) dt (∀ z, ℜz > x0 ) . (7.74)
0

Une intégration par parties donne :


+∞
Z +∞
L[f ′ ] = f (t)e−zt 0 − (−z) e−zt f (t) dt .

(7.75)
0

Le terme tout intégré vaut19 −f (0), d’où :

L[f ′ ] = −f (0) + zL[f ](z) , (7.76)


18 Onsait plus précisément (!) que C = 0.577 215 664 901 532 860 606 512 090 082 402 431 042 159 335 939 923 598 805 767 234 884 . . ..
Cette constante apparaı̂t fréquemment en Analyse et en théorie des nombres ; on peut la définir comme :
N
!
X 1
C = lim − ln N . (7.68)
N→+∞
n=1
n

19 Il faut bien sûr comprendre que f (0) désigne la limite à droite f (0+). Par ailleurs lim −zt f (t) = 0, puisque f (t) ne croı̂t
z→∞ e
pas plus vite que ex0 t .

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7.3. PROPRIÉTÉS DE LA TRANSFORMATION DE LAPLACE 191

d’où la règle très importante :


L[f ′ ] = zF (z) − f (0) (7.77)

De la même façon :

L[f ′′ ] = zL[f ′ ](z) − f ′ (0) = z[zF (z) − f (0)] − f ′ (0) = z 2 F (z) − zf (0) − f ′ (0) , (7.78)
dm f
et plus généralement (f (m) (t) = dtm ) :
m−1
X
(m) m m−1 m−2 ′ (m−1) m
F [f ] = z F (z) − z f (0) − z f (0) − . . . − f (0) = z F (z) − z m−r−1f (r) (0) . (7.79)
r=0

• Exemple À titre d’exemple, soit l’équation :

f ′ (t) − γf (t − t0 ) = φ(t) (7.80)

où φ(t) est une source donnée, et sachant que f (0) = f0 (avec toujours f (t < 0) = 0) ; cette équation est à la
fois différentielle et aux différences finies. La transformation de Laplace donne (Φ = L[φ]) :

Φ(z) + f0
zF (z) − f0 − γe−zt0 F (z) = Φ(z) ⇐⇒ F (z) = . (7.81)
z − γe−zt0
La fonction cherchée est donc :
1 f0 ezt 1 Φ(z)ezt
Z Z
f (t) = dz + dz ≡ fh (t) + fsource (t) . (7.82)
2iπ B z − γe−zt0 2iπ B z − γe−zt0

Le terme contenant la source Φ(z) ne peut être explicité davantage tant que l’on ne sait pas précisément ce
qu’est φ(t). En revanche, le terme homogène peut s’inverser en développant en série la fraction rationnelle :
  " +∞ # +∞  
f 1 X γ n 1
0 −1
X
−1 −1 −zt0 n
fh (t) = L = f0 L e = f0 γ Tnt0 L . (7.83)
z − γe−zt0 z n=0 z n=0
z n+1

En utilisant maintenant (7.34), il vient :


“ ”
t
E
+∞ n +∞ t0
γn γn
 
f0 X t Y (t) X X
L−1 = f0 n
γ Tnt0 = f0 n
(t − nt0 ) Y (t − nt0 ) = f0 (t − nt0 )n . (7.84)
z − γe−zt0 n=0
Γ(n + 1) n=0
n! n=0
n!

Explicitement, la fonction fh (t) définie en (7.84) est :




 f0 si 0 < t < t0
 f [1 + γ(t − t )] si t0 < t < 2t0
0 0
fh (t) = γ2 2 . (7.85)
f [1 + γ(t − t0 ) + 2 (t − 2t0 ) ] si 2t0 < t < 3t0
 0


...

Cette fonction un peu bizarre a un saut de la ne dérivée en t = nt0 : nulle avant, la dérivée en question vaut γ n
à nt0 + 0. On ne s’en douterait pas au seul vu du graphe (voir fig. 7.3) : un graphe d’apparence anodine peut se
référer à une fonction un peu étrange20 . Sur l’expression (7.84), on voit vite que limt0 →0 fh (t) = f0 eγt , comme
il se doit.

Notons que l’usage de la transformation de Laplace n’est pas ici absolument nécessaire. En effet, la
solution de l’équation homogène :
f ′ (t) − γf (t − t0 ) = 0 (7.86)
20 Une discontinuité de la fonction saute aux yeux, tout comme une rupture de pente ; en revanche, un saut de dérivée seconde

est quasi invisible, et a fortiori pour les dérivées d’ordre supérieur.

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LP 311 – 2008/2009
192 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

50

40

30

20

10

0
0,0 1,0 2,0 3,0 4,0 5,0 6,0 7,0 8,0

Figure 7.3: Graphe de la fonction définie en (7.85).

peut aussi se trouver de proche en proche, en raisonnant successivement dans les intervalles [nt0 , (n + 1)t0 ].
Pour 0 < t < t0 , l’équation est f ′ (t) = 0, soit f (t) = f0 ; pour t0 < t < 2t0 , l’équation est f ′ (t) − γf0 = 0, qui
donne f (t) = f0 γ(t − t0 ) + f0 . Pour 2t0 < t < 3t0 , on a f ′ (t) − γf (t − t0 ) = 0 avec f (t) = f0 γ(t − t0 ) + f0 , soit
f ′ (t) − γ[γf0 (t − 2t0 ) + f0 ] = 0, et ainsi de suite. •

Montrons maintenant comment il est possible de définir les transformées de Laplace des dérivées de la
fonction δ∆t définie en (7.35), en acceptant de se placer sur le même terrain quelque peu symbolique. Notons
qu’un précurseur gaussien de la fonction de Dirac δ(x) a pour dérivée une fonction impaire croissant très vite
pour x . 0, et s’annule en x = 0 et décroı̂t très vite pour x & 0. D’où l’idée de considérer la fonction :
 1
 ∆t 0 < t < ∆t
2
(1)
δ∆t (t) = 1
− ∆t ∆t 2 < t < ∆t . (7.87)
0 autrement

1 1
On trouve facilement que sa transformée de Laplace est z∆t (1 − e− 2 z∆t )2 . Dans la limite ∆t → 0, on obtient :

(1)
lim L[δ∆t (t)](z) = z (7.88)
∆t→0

(1)
Revenant à la définition de δ (+) (t), (7.40), et compte tenu de (7.77), on voit que l’on peut bien considérer δ∆t (t)
comme la dérivée de δ (+) (t). Plus généralement, z m sera la transformée de Laplace de la me dérivée δ (+) (m) (t)
de δ (+) (t) :
L[δ (+)(m) ](t) = z m ⇐⇒ L−1 [z m ](t) = δ (+)(m) (t) (7.89)
Il est clair que, en raison de leur statut quelque peu symbolique, ces définitions (conventionnelles) conduisent à
des images ne possédant pas la propriété lim|z|→∞ |F (z)| = 0, propre à toute “bonne” transformée de Laplace.

Notons enfin que (7.77) se lit aussi :

zF (z) = L[f ′ ](z) + f (0) , (7.90)

de sorte que pour des “bonnes fonctions” (telles que leur transformée de Laplace est nulle à l’infini), on a :

lim zF (z) = f (0) (7.91)


z→∞

Rt
 Intégration Soit 0 f (t′ )dt′ la primitive de f qui s’annule en t = 0. Sa dérivée est égale à f (t), dont la
Rt
transformée de Laplace est L[f ] = F (z), mais d’après (7.76), elle vaut aussi zL[ 0 f (t′ )dt′ ] − 0. On en déduit :
Z t 
1 F (z)
L f (t′ )dt′ (z) = L[f ](z) = (7.92)
0 z z

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7.3. PROPRIÉTÉS DE LA TRANSFORMATION DE LAPLACE 193

Comme pour la transformation de Fourier, la symétrie entre L et L−1 permet d’établir des propriétés
duales. Par exemple, si on translate la transformée F (z) d’une fonction f (t), Tz0 F (z) = F (z −z0 ), la transformée
inverse est :
Z +∞
1 1
Z

L−1 [Tz0 F ] = ezt F (z − z0 ) dz = ez0 t ez t F (z ′ ) dz ′ = ez0 t L−1 [F ] . (7.93)
2iπ B 2iπ B
Ceci
R ∞ est′ en ′quelque sorte le théorème dual du théorème du retard. Dans le même ordre d’idée, considérons
z
F (z ) dz , qui est l’opposé de la primitive de F (z) s’annulant à l’infini. On a :
Z ∞ Z ∞ Z +∞ 

F (z ′ ) dz ′ = e−z t f (t) dt dz ′ (7.94)
z z 0

En prenant le chemin d’intégration en z dans le demi-plan ℜz ≥ x1 > x0 , l’intégrale interne est majorée comme
suit (f (t) < M ex0 t ) : Z +∞ Z +∞
−z ′ t
e−(x1 −x0 )t dt .


e f (t) dt ≤ M
(7.95)
0 0

L’intégrale interne converge donc uniformément en z ; en intervertissant l’ordre des intégrations dans (7.94) :
Z ∞ Z +∞ Z ∞  Z +∞
e−zt
 
′ ′ −z ′ t ′ f (t)
F (z ) dz = f (t) dt e dz = f (t) dt =L . (7.96)
z 0 z 0 t t
En définitive : ∞   Z ∞ 
f (t)
f (t)
Z
F (z ′ ) dz ′ = L = L−1 F (z ′ ) dz ′ .
⇐⇒ (7.97)
z t
t z
h −at −bt i
Ceci est la propriété duale de (7.92). Par exemple, soit à trouver L e −e t :
 Z ∞ Z ∞
e−at − e−bt
 
1 1 z+b
L = L[e−at − e−bt ](z ′ ) dz ′ = ′
− ′
dz ′ = ln . (7.98)
t z z z +a z +b z+a

Enfin, on peut noter que :



dm F dm F
Z  
m −zt m m −1
= (−t) f (t) e dt ⇐⇒ t f (t) = (−1) L (7.99)
dz m 0 dz m

 Convolution La convolution de deux fonctions a été définie au ch. 6 ; toujours notée f ∗ g, elle s’obtient
par l’opération suivante : Z +∞
(f ∗ g)(t) = f (t′ )g(t − t′ ) dt′ . (7.100)
−∞

Ici, toutes les fonctions sont nulles pour t < 0, de sorte que l’intégrale de (7.100) s’étend de fait de 0 à t
seulement : Z t
(f ∗ g)(t) = f (t′ )g(t − t′ ) dt′ . (7.101)
0
La transformée de f ∗ g est :
Z +∞ Z t
L[f ∗ g](z) = e−zt dt f (t′ )g(t − t′ ) dt′ . (7.102)
0 0

L’interversion de l’ordre d’intégration donne :


Z +∞ Z +∞ Z +∞ Z +∞
′ ′
L[f ∗ g](z) = f (t′ ) dt′ g(t − t′ )e−zt dt = f (t′ )e−zt dt′ g(t − t′ )e−z(t−t ) dt , (7.103)
0 t′ 0 t′

soit : Z +∞ Z +∞
′ ′′
L[f ∗ g](z) = f (t′ )e−zt dt′ g(t′′ )e−zt dt′′ , (7.104)
0 0

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194 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

d’où :
L[f ∗ g](z) = F (z) G(z) (7.105)

Enfin, on peut aussi montrer que la transformée de Laplace du produit de deux fonctions est la convolution
de leurs transformées :
Z +∞ Z a+i∞
déf −zt 1
L[f g](z) = f (t)g(t) e dt = F (z ′ )G(z − z ′ ) dz ′ ; (7.106)
0 2iπ a−i∞

Si x0 et x′0 désignent les abscisses de sommablité de f et g respectivement, on a a > x0 et ℜz > x′0 + a. L[f g](z)
est de fait holomorphe dans le demi-plan ℜz > x0 + x′0 . Schématiquement, (7.106) résulte de la suite d’égalités :
Z +∞ Z
dz ′ z′ t dz ′′ z′′ t 1 F (z ′ )G(z ′′ )
Z Z Z
L[f g](z) = e F (z ′ ) e G(z ′′ ) e−zt dt = 2
dz ′
dz ′′ , (7.107)
0 B′ 2iπ B′′ 2iπ (2iπ) B′ B′′ z − z ′ − z ′′
la dernière écriture venant de l’intégration sur la variable t. Maintenant, on effectue l’intégration en z ′′ en
refermant par un demi-cercle à droite : F et G étant analytiques dans le demi-plan de droite, la seule singularité
est le pôle simple en z0′′ = z − z ′ ; le résidu est −F (z ′ )G(z − z ′ ), mais comme on tourne dans le sens négatif,
c’est (−2iπ) qui apparaı̂t dans l’expression du théorème des résidus, d’où (7.106).

7.4 Propriétés asymptotiques

On se doute intuitivement que, tout comme pour la transformation de Fourier, il existe une relation étroite entre
le comportement de f (t) à l’infini et celui de F (z) aux petits z. Ceci est d’ailleurs évident au vu de la définition
(7.2) : si t devient très grand, l’intégrand est quasi nul sauf quand z est très petit, typiquement |z| . t−1 .
Autrement dit, les grandes valeurs de t filtrent les petites valeurs de |z|. Montrons ceci en commençant par
démontrer un résultat utile en pratique :

Si une fonction f (t) admet une limite pour t → +∞, alors on a l’égalité :

f (+∞) = lim [zF (z)] (7.108)


z→ 0

où F (z) = L[f ](z).

En effet, une fonction g(t) étant donnée, on a (G = L[g]) :


Z +∞ Z +∞
lim G(z) = g(t) dt ≡ L−1 [G](t)dt , (7.109)
z→ 0 0 0

d’une part. D’autre part, zF (z) = L[f ′ ](z) + f (0) ⇐⇒ L−1 [zF (z)] = f ′ (t) + L−1 [f (0)](t), d’où :
Z +∞ Z +∞
L−1 [zF (z)](t) dt =
 ′
f (t) + L−1 [f (0)](t) dt .

lim zF (z) = (7.110)
z→ 0 0 0

f (0) est une constante, donc d’après (7.41), L−1 [f (0)](t) = f (0)δ (+) (t). D’où :
Z +∞
lim zF (z) = [f ′ (t) + f (0)δ (+) (t)] dt , (7.111)
z→ 0 0

soit finalement :
f (+∞) = lim zF (z) (7.112)
z→ 0

ω
L’existence de la limite f (+∞) est une hypothèse essentielle : la fonction F (z) ≡ L[sin ωt] = z2 +ω 2 est

telle que limz→ 0 zF (z) = 0, et pourtant sin ωt n’a pas de limite à l’infini (tout au plus peut-on remarquer que
limz→ 0 zF (z) donne une sorte “moyenne” de sin ωt. . . )

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7.4. PROPRIÉTÉS ASYMPTOTIQUES 195

En pratique, l’usage de la transformation de Laplace est une méthode commode et puissante pour obtenir
des informations précises sur une fonction f (t) que l’on cherche à analyser. Le résultat ci-dessus permet de
trouver la valeur de la limite quand on sait par ailleurs qu’elle existe. Il est également intéressant de savoir
comment f (t) approche sa limite (quand elle existe), ou plus généralement quel est le comportement de f (t) aux
grands temps, que cette fonction ait une limite ou pas. Le plus souvent, F (z) est une fonction trop compliquée
pour que l’on sache faire exactement l’inversion, mais il est néanmoins possible, en analysant finement L[f ],
d’obtenir le comportement asymptotique de f (t).

La réponse est apportée par une suite de théorèmes appelés théorèmes tauberiens, qui s’établissent tous
par application de la méthode suivante : on effectue le développement de F (z) aux petits21 z, et on inverse
terme à terme. Par exemple, si on trouve22 :
X
F (z) ≃ aα z α , z→ 0 . (7.113)
α>0

on peut alors montrer que23 quand t → +∞ :

X t−α−1
f (t) ∼ aα (7.114)
α>0
Γ(−α)

il importe de noter que le développement ainsi obtenu est en général asymptotique – d’où le symbole caractéris-
tique ∼ –, et que tout renseignement a priori sur les propriétés analytiques de f et/ou F est donc le bienvenu.
Par ailleurs, on note que ceci est symboliquement le résultat établi en (7.60), prolongé aux valeurs quelconques
de α.

La mise en œuvre de ce type d’analyse exige un peu de savoir-faire et de vigilance, comme le montre
l’exemple suivant. Supposons que l’on obtienne d’une façon ou d’une autre la transformée de Laplace suivante :
1
F (z) = , (7.115)
1 + Φ(z)

où Φ(z) est une fonction compliquée interdisant l’espoir de pouvoir effectuer exactement l’inversion de Laplace.
En revanche, on suppose connu le comportement de Φ aux petits z ; admettons qu’il soit de la forme24 :

Φ(z) ≃ Cz α (α > 0 non-entier) , (7.116)

ce qui autorise à écrire :


1
F (z) ≃ ≡ Fap (z) , z→ 0 . (7.117)
1 + Cz α
L’idée est d’approximer f (t) aux grands temps par L−1 [Fap ] ≡ fap (t).

L’erreur consisterait à dire que, quand z est petit et si α > 0, z α peut être négligé devant 1, d’où l’on
déduirait que f (t) ∼ L−1 [1] = δ (+) (t). . . La règle absolue est de conserver le terme multiforme dominant. On
s’en convainc en écrivant en détail l’expression de fap (t) = L−1 [Fap ] résultant d’une déformation continue de
la droite de Bromwich25 pour lui faire entourer la coupure de z α , choisie le long du demi-axe réel négatif, de
façon à écrire l’inversion de Laplace sous la forme d’une intégration portant sur une variable réelle, une écriture
21 Comme toujours, si t désigne le temps, parler des “petits z” veut dire que vis-à-vis d’une autre échelle de temps τ préalablement

définie, on a zτ ≪ 1.
22 A priori les α ne sont nullement tenus d’être entiers.
23 Ce résultat s’obtient en rabattant la droite de Bromwich le long de la coupure R
− et en remarquant que les éventuels pôles
situés à gauche de l’axe imaginaire donnent des termes exponentiellement petits ∼ e−γk t , γk > 0, alors que le “lacet” associé aux
deux bords de la coupure donnent des lois en puissance ∼ t−ν . Pour t ≫ Mink γk−1 , les lois-puissance dominent les exponentielles.
Noter aussi que (7.114) est une généralisation de (7.34) aux puissances positives de z.
24 Ne pas écrire F (z) ≃ 1 − Cz α au motif que z α est petit ! Une telle écriture conduirait à des objets ressemblant à des dérivées

fractionnaires de δ(+) (t) et ne serait vraiment ici d’aucune utilité.


25 Ce faisant, il faut bien sûr contourner les autres éventuelles singularités, d’où l’importance d’en savoir le plus possible sur les

propriétés analytiques de la vraie transformée F (z) ! On suppose ici que F (z) n’a pas d’autres singularités que la coupure – ou
que tous ses pôles ont une partie réelle négative, auquel cas la conclusion qui suit n’est pas altérée, une fois éteints les transitoires
correspondants.

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196 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

évitant l’apparition de canulars. Après un petit calcul (z = xe±iπ sur les bords supérieure et inférieur de la
coupure, x > 0), on trouve finalement que fap (t) se met en effet sous la forme de l’intégrale réelle :
Z +∞
C xα
fap (t) = − sin απ e−xt dx . (7.118)
π 0 1 + 2Cxα cos απ + C 2 x2α

? Établir ce résultat.

Sur cette expression, on peut maintenant sans risque exploiter le fait que t est très grand : quand t est grand,
l’exponentielle e−zt “casse” l’intégrand pour z & t−1 (on dit que e−zt effectue une “coupure” de l’intégrand),
rendant a priori secondaire ce qui se passe loin de l’origine26 . On peut ainsi maintenant en toute sécurité faire
un développement limité de l’intégrand pour les petits x et écrire :
Z +∞
C
f (t) ∼ fap (t) ∼ − sin απ xα e−xt [1 + O(xα )] dx . (7.119)
π 0

d’où finalement :
C Γ(α + 1)
f (t) ∼ − sin απ (α > 0, t → +∞) (7.120)
π tα+1
Retenir que ce scénario est typique de l’apparition d’une relaxation en loi-puissance, et noter que ce terme est
bien nul pour les valeurs entières de α, auquel cas la fonction Fap (z) n’a pas de coupure et prend les mêmes
valeurs de part et d’autre de l’axe réel négatif : l’expression (éventuellement asymptotique) de f (t) dépend alors
d’autres singularités de F (z) non envisagées dans le calcul précédent, donnant précisément des contributions
sous-dominantes quand α n’est pas entier.

Par ailleurs, quand α augmente, il faut se poser tôt ou tard la question des termes omis dans l’expression
approchée (7.116) de Φ(z) : on pourrait tout à fait avoir quelque chose comme Φ(z) ≃ Cz α + Dz 2 auquel cas
l’analyse ci-dessus peut sembler incorrecte quand α > 2. À nouveau, on est tenté de penser que si α > 2 le terme
multiforme peut être omis car infiniment petit devant le terme en z 2 (au motif que |z|α ≪ |z|2 si z tend vers zéro
et si α > 2). C’est faux : le même type de calcul montre que les termes non-multiformes se compensent et que
la puissance de t donnant le comportement asymptotique est inchangée ! Ce constat valide l’affirmation suivant
laquelle il faut conserver le terme multiforme dominant (ce qui veut dire que l’on peut oublier z β comparé à z α
si β > α, α et β non-entiers), même si sa puissance (non-entière) est supérieure à d’autres termes en puissance
entière (voir la sous-section 7.5.4 pour un exemple).

Le résultat intéressant est le suivant : la présence d’une puissance quelconque (i.e. non-entière) dans Fap (z)
donne à f (t) un déclin en loi-puissance avec un exposant non entier. Depuis une bonne vingtaine d’années, les
comportements en loi-puissance sont massivement apparus en Physique (notamment à propos des systèmes
fractals caractérisés par une certaine invariance d’échelle, dans les phénomènes de diffusion anormale, pour
décrire les relaxations lentes, . . . ). Un déclin en loi-puissance donne en général une physique qualitativement
différente d’un déclin exponentiel banal : pour ce dernier, on peut sans ambiguı̈té définir un temps de relaxation,
ce qui n’est pas possible pour une relaxation en loi-puissance quand l’exposant est petit ; à la limite, cet exposant
1 1 −α
peut être nul : c’est le cas lorsque f (t) ∝ ln(t/τ ) , la fonction ln x décroissant plus lentement que x quel que
soit α > 0.

7.5 Quelques applications de la transformation de Laplace

7.5.1 Équations différentielles linéaires à coefficients constants

Il s’agit sans doute de l’application la plus élémentaire (et c’est d’ailleurs pour résoudre de telles équations que
la transformation de Laplace – ou ses avatars – a été inventée). Soit l’équation linéaire :
n
X dp f
ap = φ(t) , f (t < 0) = 0 , (7.121)
p=0
dtp
26 Il convient toutefois de rester prudent, et de vérifier que le dénominateur dans (7.118) ne peut pas s’annuler sur R . Dans le
+
cas contraire, l’intégrale exige une régularisation – se souvenir de la mésaventure de Vlasov !

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LP 311 – 2008/2009
7.5. QUELQUES APPLICATIONS DE LA TRANSFORMATION DE LAPLACE 197

complétée par la donnée d’autant de conditions initiales que nécessaire, par exemple les n nombres f (0),
f ′ (0), . . . , f (n−1) (0). En prenant la transformée de Laplace, compte tenu de (7.79), il vient :
n p−1
" #
X X
p p−r−1 (r)
a0 F (z) + ap z F (z) − z f (0) = Φ(z) , (7.122)
p=1 r=0

d’où :
n p−1
" #
1 X X
p−r−1 (r)
F (z) = Pn p′
Φ(z) + ap z f (0) . (7.123)
p′ =0 ap′ z p=1 r=0

Sur cette expression, on retrouve bien le fait que la solution s’obtient comme la somme d’une combinaison linéaire
(dépendant des n conditions initiales) représentant la solution générale de l’équation homogène, et d’une solution
particulière de l’équation complète qui contient la source φ(t). L’expression formelle de f (t) est donc :
n−1 n
1 z p−r−1 1 Φ(z)
X X Z Z
(r) zt
f (t) = f (0) ap Pn p′ e dz+ Pn p′
ezt dz ≡ fh (t)+fsource (t) . (7.124)
r=0 p=r+1
2iπ B p ′ =0 ap z
′ 2iπ B p′ =0 ap′ z

déf Pn p 27
La fonction au dénominateur, Z(z) = p=0 ap z , s’appelle fonction de transfert ; sauf coı̈ncidence acciden-
28
telle , ses n zéros zk donnent des pôles pour F (z). Par le seul fait de la présence de Z(z) – et sans préjuger
d’autres contributions venant de singularités du crochet dans (7.123) –, l’expression de f (t) contiendra donc une
combinaison linéaire d’exponentielles ezk t . Si toutes les parties réelles des zk sont négatives, ces termes tendent
vers zéro quand t tend vers l’infini et représentent les régimes transitoires qui disparaissent rapidement. Les
autres résidus (ceux venant des singularités de Φ(z)) décrivent le régime forcé.

Il est possible d’expliciter le terme homogène fh (t) de la solution (7.124). Si Z(z) n’a Q que des zéros
n
simples, notés zk = γk + iωk , on peut écrire (par le théorème fondamental de l’algèbre) Z(z) = an k=1 (z − zk ),
où les n zéros zk sont tous différents – et apparaissent par paires conjuguées si les coefficients ap sont tous réels.
Alors, le théorème des résidus29 permet d’écrire30 :
n
"n−1 n
# n n−1 n
zkp−r−1 ezk t X (r)
ap zkp−r−1 . (7.126)
X X X X X
(r) zk t
fh (t) = f (0) ap Qn e = ′ (z )
f (0)
r=0 p=r+1
a n l=1, l6=k (z k − z l ) Z k r=0 p=r+1
k=1 k=1

Au total, fh (t) est de la forme31 :


n
X ez k t
fh (t) = Ak , (7.127)
Z ′ (zk )
k=1

où les Ak incorporent les n valeurs initiales {f (m) (0)}0≤m≤n−1 .

Pour un système physique stable 32 , on a ℜzk = γk ≤ 0. Si tous les γk sont strictement négatifs, le
terme homogène disparaı̂t de fait pour t ≫ mink1 |γk | ; au-delà de cet instant, l’oubli des conditions initiales est
quasi-total et f (t) se réduit en pratique à fsource (t) : c’est le régime forcé.

Si un zk est imaginaire pur33 , par exemple zk0 = iωk0 , alors le terme homogène ne tend pas vers zéro ;
après extinction des autres termes (transitoires, eux, puisqu’ayant γk 6= 0), et pour des ap ∈ R ∀ p :
n−1 n
eiωk0 t X (r) X 1
fh (t) ≃ 2ℜ ′ f (0) ap (iωk0 t)p−r−1 , t≫ . (7.128)
Z (iωk0 t) r=0 p=r+1
mink6=k0 |γk |
27 Attention, 1
la terminologie est variable d’un auteur à l’autre : c’est parfois Z(z) qui porte ce nom. L’essentiel est de savoir, dans
chaque cas, de quoi on parle.
28 avec des zéros des numérateurs. Notons un effet intéressant : si la source possède un zéro commun z avec la fonction de
0
transfert, z0 devient une singularité éliminable. Un choix judicieux de la source permet ainsi d’éliminer des réponses indésirables.
29 ou l’application systématique de :
1
L−1 = ezk t . (7.125)
z − zk
30 Le dénominateur dans (7.126) n’est autre que la dérivée de Z(z) calculée au pôle, soit Z ′ (zk ).
31 Toujours dans l’hypothèse où tous les zéros de Z(z) sont simples.
32 Par là, on entend ici qu’aucune divergence de nature exponentielle ne peut se produire. Alors l’abscisse de sommabilité est
1
non-positive ; tous les pôles de la fonction méromorphe Z(z) ont une partie réelle négative ou nulle.
33 Si les coefficients a sont tous réels, les zéros imaginaires purs arrivent aussi par paires complexes conjuguées.
p

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LP 311 – 2008/2009
198 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

Ainsi, seules subsistent aux grands temps des oscillations non-amorties relatives au(x) pôle(s) imaginaire(s)
1
pur(s) de Z(z) .

1
Clairement, la fonction χ̂(z) = Z(z) joue un rôle essentiel ; toutes les autres quantités apparaissant dans
l’expression (7.124) de la solution dépendent de la préparation du système (les conditions initiales) et de la
source externe φ(t) qui lui est imposée : on peut donc dire que χ̂ décrit la dynamique propre irréductible du
système étudié34 .

Le terme de source est de la forme :


1 1
Z
fsource (t) = χ̂(z)Φ(z) ezt dz , χ̂(z) = . (7.129)
2iπ B Z(z)

Cette expression montre que L[fsource ](z) = χ̂(z)Φ(z), donc que fsource (t) est la convolution (L−1 [χ̂]) ∗ φ. On
peut donc écrire : Z t
fsource (t) = χ(t − t′ )φ(t′ ) dt′ . (7.130)
0

où la fonction χ = L−1 [χ̂] est de ce fait égale à :


" #  
−1 1 −1 1
χ(t) = L Pn ≡ L . (7.131)
p=0 ap z p Z(z)

Faisant à nouveau l’hypothèse que les zéros zk de Z(z) sont tous différents les uns des autres, il vient :
n n
X ez k t X
χ(t) = Y (t) ≡ Y (t) Γk ez k t , Z(zk ) = 0 . (7.132)
Z ′ (zk )
k=1 k=1

 Remarque

Si deux zk coı̈ncident (on parle alors de dégénérescence), zk1 = zk2 , il existe un pôle double. Plutôt que
de faire le calcul idoine du résidu, le plus simple est prendre la limite dans la forme générale (7.132), en
isolant deux zki quelconques et en imaginant que que l’un tend vers l’autre, par exemple zk2 → zk1 . La
somme au second membre de (7.132) contient donc les deux termes à analyser plus particulièrement :

ezk1 t ezk2 t
+ , (7.133)
(zk1 − zk2 )Z ′ (zk1 ) (zk2 − zk1 )Z ′ (zk2 )
soit :
ezk1 t ezk2 t
 
1
− , (7.134)
zk1 − zk2 Z ′ (zk1 ) Z ′ (zk2 )
Les deux dérivées Z ′ dans les dénominateurs deviennent égales quand zk2 → zk1 ; les autres termes se
combinent en restituant formellement la dérivée de ezt par rapport à z ; à la limite, on trouve pour ces
deux termes :
ezk1 t Z ′′ (zk1 )
 
t− ′ . (7.135)
Z ′ (zk1 ) Z (zk1 )
Un pôle double produit donc typiquement un terme en t ezk t ; plus généralement, un pôle d’ordre n en zk
fournira des contributions ∝ tn−1 ezk t . 

L’expression (7.130) est caractéristique des systèmes linéaires et exprime le fait que la réponse35 du
système à une source extérieure est caractérisée par une susceptibilité36 χ(t), laquelle ne dépend clairement que
du système (c’est donc un attribut intrinsèque de ce système). On note également que cette expression respecte
34 Pour 1 1
l’oscillateur harmonique ẍ + γ ẋ + ω02 = m Φ(z) avec Z(z) = z 2 + γz + ω02 .
ˆ ˜
f (t), on a X(z) = [Z(z)]−1 zx(0) + ẋ(0) + m
35 après extinction des transitoires.
36 Le vocable est à prendre dans le même sens que celui du langage ordinaire : on dit d’une personne qu’elle est susceptible si elle

réagit au quart de tour. De la même façon, un système réagit plus ou moins à une sollicitation extérieure selon que sa susceptibilité
est plus ou moins grande.

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LP 311 – 2008/2009
7.5. QUELQUES APPLICATIONS DE LA TRANSFORMATION DE LAPLACE 199

le Principe de causalité : la réponse (effet) à l’instant t ne dépend que des valeurs de la source (cause) aux
instants antérieurs, puisque l’intégrale n’implique que les instants t′ ≤ t.

Pour un système dont tous les modes sont amortis (ℜzk = γk < 0 ∀ k), il est par ailleurs possible de
définir la transformée de Fourier de χ(t), χ̂F :
Z +∞
χ̂F (ω) = eiωt χ(t) dt ≡ χ̂(z = −iω) . (7.136)
−∞

D’après (7.132), on a :
n n
X iΓk X iΓk
χ̂F (ω) = = . (7.137)
ω − izk ω − (iγk − ωk )
k=1 k=1

Toutes les singularités de χ̂F (ω) sont des pôles en −ωk − i|γk | et sont donc toutes situées dans le demi-plan
1
R +∞ −iωt
inférieur. L’expression de χ(t) par la transformation de Fourier inverse, χ(t) = 2π −∞
e χ̂F (ω)dω, montre
que χ(t) est bien nulle ∀ t < 0 : en pareil cas, on referme le contour par un grand demi-cercle du côté ℑω > 0
et on ne ramasse aucune singularité ; par le théorème de Cauchy, l’intégrale donnant χ(t) est alors nulle37 .

7.5.2 Équations aux différences finies

Une équation aux différences finies est une équation où figurent les valeurs d’une fonction inconnue en plusieurs
points séparés d’une distance finie, alors qu’une équation différentielle ordinaire, par les dérivées qu’elle contient,
n’implique que des valeurs distinctes infiniment proches d’une même fonction38 . Notamment, une relation
de récurrence entre des quantités fm , fm+1 , fm+2 , . . . (m entier) relève de cette catégorie : en définissant
une fonction f (t) telle que f (t) = fm quand m ≤ t < m + 1, la relation de récurrence implique les valeurs
f (t), f (t + 1), f (t + 2), . . . de la fonction en différents points.

De telles équations surviennent souvent en Physique, où il est parfois utile de discrétiser une variable
continue. L’exemple-type est celui où on préfère travailler sur un réseau isomorphe à Z, plutôt que de raisonner
dans l’espace continu R, quitte à revenir vers le continuum en bout de course, quand on analyse le problème à
grande échelle ; c’est ainsi que la marche de l’ivrogne sur réseau (avec des déplacements vers les sites premiers
voisins) reproduit l’équation classique de la diffusion quand on regarde le réseau de loin39 . Par ailleurs, la
discrétisation intervient forcément dès que l’on doit résoudre un problème numériquement : les machines ne
connaissent pas les infiniment petits !

Soit donc une relation de récurrence linéaire d’ordre n, impliquant n + 1 termes consécutifs ∀ m ≥ 0 :
n
X
ap fm+p = 0 , m = 0, 1, , 2, . . . (7.138)
p=0

d’une suite de quantités fm définies pour m ≥ 0, qu’il s’agit de trouver ; les coefficients ap sont supposés
indépendants de m, au même titre que les coefficients de (7.121) étaient supposés indépendants40 de la variable
t. On voit tout de suite que l’on ne pourra résoudre cette équation que moyennant la donnée supplémentaire
de n valeurs “initiales”, par exemple les n valeurs fq , q = 0, 1, 2, . . . , n − 1 : alors la valeur suivante fn est
déterminée par l’équation (7.138), et de proche en proche toutes les valeurs fm>n le sont aussi. Définissons
maintenant la fonction f (t) :
déf
f (t) = fm m≤t <m+1 ; (7.139)
37 Ces considérations pourraient faire croire qu’il existe un lien direct entre stabilité et causalité : il n’en est rien. En fait, tous les

systèmes physiques, qu’ils soient stables ou instables, obéissent au Principe de causalité. Le seul fait, pour l’argument, d’utiliser la
transformation de Fourier élimine de facto les systèmes instables et il ne reste que les systèmes qui à la fois sont stables et satisfont
la causalité. Le lien apparent entre causalité et stabilité est donc illusoire.
38 De ce point de vue, l’équation (7.80) est une équation qui est à la fois différentielle et aux différences finies.
39 Ce que l’on réalise en prenant formellement la limite nulle pour le pas du réseau.
40 Dans un cas comme dans l’autre, le problème est d’une tout autre difficulté si les coefficients sont variables – en général, on ne

sait pas alors trouver la solution sous une forme exploitable. . .

Cl. A. 21 Novembre 2008 Mathématiques pour physiciens


LP 311 – 2008/2009
200 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

alors, l’équation (7.138) devient :


n
X
ap f (t + p) = 0 ∀t > 0 . (7.140)
p=0

Pour transformer par Laplace une telle équation, il faut connaı̂tre L[f (t + p)] en fonction de F (z) = L[F ](z).
On a par exemple :
Z +∞ Z +∞  Z 1 
L[f (t + 1)](z) = e−zt f (t + 1) dt = ez e−z(t+1) f (t + 1) dt = ez F (z) − e−zt f (t) dt . (7.141)
0 0 0

On sait, par les conditions initiales, que f (t) = f0 quand 0 ≤ t < 1 ; il vient donc :
Z 1
1 − e−z ez − 1
   
L[f (t + 1)](z) = ez F (z) − f0 e−zt dt = ez F (z) − f0 = ez F (z) − f0 . (7.142)
0 z z

De la même façon, on trouve (f1 est la valeur de f (t) pour 1 ≤ t < 2, qu’il faut aussi se donner) :

ez (ez − 1) ez − 1
L[f (t + 2)](z) = e2z F (z) − f0 − f1 , (7.143)
z z
et ainsi de suite. Au total, la transformée de l’équation (7.138) est de la forme :
" n #
X
pz
ap e F (z) = Λ(f0 , f1 , . . . , fn−1 ; z) , (7.144)
p=0

où Λ(f0 , f1 , . . . , fn−1 ; z) est une forme linéaire des n conditions initiales, paramétrée par la variable z, que l’on
sait trouver dans chaque cas particulier. La solution est donc :

Λ(f0 , f1 , . . . , fn−1 ; z)
F (z) = Pn pz
, (7.145)
p=0 ap e
Pn
où Z(ez ) = p=0 ap epz est un polynôme de degré n dans la variable ez et joue le rôle d’une fonction de transfert
discrète.

L’analyse de l’expression (7.145) procède suivant les mêmes lignes que précédemment, à propos des
équations différentielles. Elle montre un résultat général intéressant : f (m ≤ t < m + P1) ≡ fm est une combi-
naison linéaire des ezk m ≡ (ezk )m , où Z(ezk ) = 0 : chaque fm est donc de la forme k ck Xkm où Z(Xk ) = 0,
les constantes ck étant trouvées à partir des conditions initiales. Ce résultat est l’équivalent, pour les équations
aux différences finies, du résultat retrouvé dans la sous-section 7.5.1 : pour une équation Pn telle que (7.121), les
solutions sont des combinaisons linéaires des ezk t où les zk sont les zéros41 de Z(X) = p=0 ap X p .

Bien sûr, la méthode fonctionne aussi pour une équation inhomogène, du genre :
n
X
ap fm+p = φm , m = 0, 1, , 2, . . . , (7.146)
p=0

en définissant la fonction φ(t) = φm si m ≤ t < m + 1.

• Exemple 1 Cette technique, appliquée à l’équation du second ordre (n = 2) :

fm+2 − 5fm+1 + 6fm = 0 , f0 = 0, f1 = 1 , (7.147)

donne la solution fm = 3m − 2m (qui est bien une combinaison linéaire des zéros de Z(X) = X 2 − 5X + 6).
Pour l’équation inhomogène :
fm+2 − 5fm+1 + 6fm = 4m , (7.148)
on trouve fm = 12 (4m − 2m ). •
41 On dit parfois que Z(X) = 0 est l’équation caractéristique de l’équation différentielle.

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LP 311 – 2008/2009
7.5. QUELQUES APPLICATIONS DE LA TRANSFORMATION DE LAPLACE 201

• Exemple 2 Traitons un autre exemple simple, montrant le lien entre équations aux différences finies
et équations différentielles, et donnant l’occasion d’attirer l’attention sur une difficulté propre aux équations
non-linéaires. Soit l’équation linéaire :

fm+1 = α fm , f0 donné . (7.149)

Bien évidemment, on voit immédiatement que la solution est fm = αm f0 . L’exercice consiste à retrouver ce
résultat en utilisant la transformation de Laplace.

Pour la clarté des grandeurs introduites, t désigne le temps ; on définit maintenant la fonction f (t) :

f (t) = fm m∆t ≤ t < (m + 1)∆t (7.150)

où ∆t est un intervalle de temps donné, ce qui permet de récrire (7.149) comme suit :

f (t + ∆t) = α f (t) , f0 donné . (7.151)

On a :
" #
Z +∞ Z +∞ Z ∆t
−zt z∆t −z(t+∆t) z∆t −zt
L[f (t + ∆t)](z) = e f (t + ∆t) dt = e e f (t + ∆t) dt = e F (z) − e f (t) dt
0 0 0
(7.152)
soit :
" #
∆t
1 − e−z∆t ez∆t − 1
Z  
z∆t −zt z∆t
L[f (t + ∆t)](z) = e F (z) − f0 e dt = e F (z) − f0 = ez∆t F (z) − f0 .
0 z z
(7.153)
Au total, la transformation de Laplace sur (7.151) produit :

ez∆t − 1 1 − e−z∆t
ez∆t F (z) − f0 = αF (z) ⇐⇒ F (z) = f0 , (7.154)
z z(1 − αe−z∆t )
d’où :
1 − e−z∆t
 
f (t) = L−1 f0 . (7.155)
z(1 − αe−z∆t )
En développant en série la fraction rationnelle en e−z∆t , il vient :
+∞
" #
−z∆t X
−1 1 − e n −nz∆t
f (t) = f0 L α e . (7.156)
z n=0
−n∆t
Utilisant L−1 [ e z ] = Y (t − n∆t), on trouve :
+∞
X
f (t) = f0 αn [Y (t − n∆t) − Y (t − (n + 1)∆t)] . (7.157)
n=0

Ceci est une fonction en escalier, dont la marche située entre n∆t et (n + 1)∆t est à la hauteur αn f0 . On peut
donc aussi l’écrire (E désigne toujours la partie entière) :

f (t) = f0 αE ( ∆t ) .
t
(7.158)

En quelque sorte, f (t) est une exponentielle discrétisée, décroissante si α < 1, croissante dans le cas contraire.

Ceci peut aussi se voir en envisageant la limite continue en temps de l’équation aux différences, qui devient
différentielle dans cette limite. Clairement, pour que ceci soit possible, il faut simultanément faire tendre ∆t
vers zéro et α vers 1, puisque si ∆t devient très petit, f (t + ∆t) tend vers42 f (t). D’ailleurs, il est évident que
la limite différentielle n’existe que si α est de la forme :

α → 1 + γ∆t ∆t → 0 ; (7.159)
42 On fait bien sûr l’hypothèse que f est une fonction continue.

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202 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

1,0

0,8

0,6

0,4

0,2

0,0
0,0 5,0 10,0 15,0 20,0

Figure 7.4: Variations comparées de la fonction (7.158) et de sa limite en temps continu (l’abscisse est t/∆t,
f0 = 1).

ceci assure que pour les petits ∆t, (7.151) prend l’aspect d’une équation “pré-différentielle”.

Effectuons donc la limite suivant cette procédure dans la solution (7.154). En développant l’exponentielle
ez∆t ≃ 1 + z∆t + O(t≥2 ) et tenant compte de (7.159), il vient :

z∆t 1
F (z) → f0 = f0 ≡ Fcont (z) . (7.160)
z[z∆t − γ∆t] z−γ

La fonction fcont (t) = L−1 [Fcont ] est f0 eγt , c’est bien la solution de la limite ∆t → 0 de l’équation aux différences
(7.151), qui devient alors f ′ (t) = αf . C’est aussi la limite de αn = en ln(1+γ∆t+...) (voir (7.158)) dans la limite
n
n → +∞, n∆t = Cste = t, avec lim αn =limn→+∞ 1 + γ nt = eγt . γ est ≷ 0 selon que α ≷ 1.

On voit ainsi que les deux équations cousines, aux différences et différentielles, donnent essentiellement le
même résultat, quand on regarde la solution de la première à grande échelle (vu de loin, le ∆t est petit). Cette
coı̈ncidence est très rassurante, mais elle ne tient que pour les équations linéaires. Il est possible de fabriquer
des équations non-linéaires très simples, dont les deux versions discrète et continue n’ont pas du tout les mêmes
solutions (dans la version discrète, on assiste souvent à la génération spontanée de points dits singuliers, qui
changent radicalement la nature des solutions43 ) ; l’inverse peut aussi se produire : il arrive aussi que la solution
discrète soit régulière partout, alors que sa cousine continue a des comportements singuliers (voir l’exemple
de la note 43). Ce fait peut légitimement déclencher quelque inquiétude, car les équations non-linéaires sont
le plus souvent insolubles analytiquement : l’obligation de recourir à un calcul sur ordinateur (pour lequel la
discrétisation est une nécessité incontournable) permet de suspecter d’avance de grandes difficultés pour ne
pas dénaturer le problème posé et en trouver bel et bien les solutions. En la matière, un immense savoir-faire
est clairement de rigueur, et il est essentiel de procéder à des analyses locales des solutions qui permettent de
trancher dans le vif si la machine fournit des solutions délirantes. •

7.5.3 Équations aux dérivées partielles

Une équation aux dérivées partielles est une relation entre une fonction de plusieurs variables et ses dérivées. Un
chapitre ultérieur du cours sera consacré à de telles équations ; il s’agit ici, à propos d’un exemple particulier,
de montrer comment les transformations intégrales de Laplace et de Fourier permettent d’obtenir rapidement
la solution.
43 On rencontrera des exemples au ch. 9, mais on peut déjà en donner un. L’équation f ′ = f 2 − f , f (0) = 2, a pour solution
2 2 2
f (x) = 2−e x , qui diverge en x0 = ln 2. D’un autre côté, l’équation aux différences an+1 = an s’écrit aussi an+1 − an = an − an et
n
partage un cousinage évident avec l’équation différentielle. Pourtant, ses solutions sont an = 22 et sont finies quel que soit n !

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7.5. QUELQUES APPLICATIONS DE LA TRANSFORMATION DE LAPLACE 203

L’exemple choisi est celui du propagateur d’une particule libre en Mécanique quantique, c’est-à-dire de
l’objet mathématique qui permet de construire la fonction d’onde à tout instant, connaissant la fonction d’onde
au départ, à l’instant t0 pris comme origine des temps.

On verra dans le cours de Mécanique quantique que la fonction d’onde Ψ(x, t) pour une particule libre
de masse m se déplaçant dans R obéit à l’équation de Schrödinger44 :

∂ ~2 ∂ 2
i~ Ψ(x, t) = − Ψ(x, t) (7.161)
∂t 2m ∂x2
où ~ est la célébrissime constante de Planck divisée par 2π. C’est une équation du premier ordre en temps (et
du second ordre en espace). Autrement dit, pour trouver Ψ(x, t) à un instant quelconque, il faut se donner un
état initial Ψ(x, t0 ). Cette équation est en un sens infiniment plus compliquée qu’une équation différentielle : on
peut dire qu’elle nécessite en fait une infinité de conditions initiales, toutes les valeurs du champ Ψ au départ,
contenues dans la donnée de la fonction Ψ(x, t0 ).

Il se révèle commode d’introduire le propagateur 45 U (x, t; x0 , t0 ) qui relie l’état à l’instant t à l’état
initial selon : Z
Ψ(x, t) = U (x, t ; x0 , t0 ) Ψ(x0 , t0 ) dx0 , (7.162)

cette relation tenant quel que soit Ψ(x, t0 ) ; le noyau U (x, t ; x0 , t0 ) est en quelque sorte une “matrice continue”.
Compte tenu de (7.161), le propagateur satisfait l’équation :
∂ ~2 ∂ 2
i~ U (x, t ; x0 , t0 ) = − U (x, t ; x0 , t0 ) (7.163)
∂t 2m ∂x2
avec la condition initiale :
U (x, t = t0 ; x0 , t0 ) = δ(x − x0 ) , (7.164)
exprimant que U (x, t0 ; x0 , t0 ) est le noyau de l’opérateur identité 1 (entre t0 et t = t0 , le système n’évolue
et reste ce qu’il est). Physiquement, U (x, t ; x0 , t0 ) ne dépend que de la différence des temps : on peut donc
toujours prendre t0 = 0 ; dans la suite, on pose :
U (x, t ; x0 , t0 = 0) ≡ U (x, t ; x0 ) . (7.165)
Il est facile de voir directement à partir de (7.161) que l’intégrale de |Ψ(x, t)|2 est une constante du mouvement
(la probabilité totale se conserve, la particule ne “disparaı̂t” pas, elle est toujours forcément quelque part), ce
qui est assuré46 par le fait que U est un opérateur unitaire satisfaisant :
U −1 (x, t ; x0 ) = U ∗ (x, t ; x0 ) = U (x, −t ; x0 ) . (7.167)
Il suffit donc de déterminer une fonction U+ égale à U si t > 0 et nulle si t < 0 ; le noyau U à t < 0 s’en déduit
par (7.167). U+ est appelé propagateur causal, ou avancé.

L’équation (7.163), écrite pour U+ , se résout aisément en effectuant successivement la transformation de


Laplace en t, puis celle de Fourier en x. On commence par poser47 :
Z +∞
K(x, z ; x0 ) = dt U+ (x, t ; x0 ) e−zt (ℜz > 0) . (7.168)
0
44 La particule étant libre, il n’y a pas d’énergie potentielle V (x) dans (7.161).
45 Une fois connu le propagateur pour un problème donné, le calcul de Ψ(x, t) se réduit à une simple intégration avec l’état initial
donné, conformément à (7.162).
La terminologie est fluctuante : le propagateur s’appelle aussi fonction de Green ; par ailleurs, le terme propagateur est aussi
utilisé aussi dans une acception plus vaste : dans tous les cas, il s’agit d’une représentation ou d’une autre de ce qui permet de relier
explicitement un “ancêtre” à sa descendance. Il doit être clair que la notion de propagateur n’est pas spécifiquement quantique :
d’une façon générale, le propagateur est l’objet qui fait évoluer le système dans l’espace-temps.
46 La conservation de la probabilité totale est assurée par le fait que de l’équation fondamentale (7.161) on peut déduire une

équation de conservation locale entre une densité ρ et un courant ~j :


∂ρ
+ div~j = 0 , (7.166)
∂t
où ρ = Ψ∗ Ψ ≡ |Ψ|2 et ~j = ~ ~
[Ψ∗ ∇Ψ ~ ∗ ].
− Ψ∇Ψ
2im
47 Pour être tout à fait explicite, il conviendrait de noter K cette transformée de Laplace. On se souviendra qu’elle est reliée au
+
propagateur avancé U+ .

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LP 311 – 2008/2009
204 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

La restriction ℜz > 0 est suffisante ; il est possible de s’en convaincre intuitivement comme suit. U+ est un
opérateur unitaire dont toutes les valeurs propres sont de module égal à 1 et sont bornées. L’intégrale (7.168)
converge dès que z a une partie réelle finie, aussi petite soit-elle ; K(x, z ; x0 ) n’a donc aucune singularité dans
le demi-plan de droite ℜz > 0.

La transformée de Laplace de l’équation (7.163) pour U+ (x, t ; x0 ) se construit suivant la règle (7.76) et
s’écrit :
~2 ∂ 2
i~ [z K(x, z ; x0 ) − δ(x − x0 )] = − K(x, z ; x0 ) , (7.169)
2m ∂x2
de sorte que l’équation pour K reste différentielle en x. Réarrangeant les termes :
i~ ∂ 2
z K(x, z ; x0 ) − K(x, z ; x0 ) = δ(x − x0 ) . (7.170)
2m ∂x2
Pour résoudre (7.170), il est maintenant commode de faire une transformation de Fourier en x et de poser :
Z +∞ Z +∞
1
K(x, z ; x0 ) = U(k, z ; x0 ) e−ikx dk ⇐⇒ U(k, z ; x0 ) = dx K(x, z; x0 ) e+ikx . (7.171)
2π −∞ −∞

La transformée de Fourier de δ(x − x0 ) est eikx0 ; la transformée de Fourier de l’équation (7.170) est donc :
i~ 2
z U(k, z ; x0 ) + k U(k, z ; x0 ) = eikx0 , (7.172)
2m
d’où l’on déduit immédiatement :
eikx0
U(k, z ; x0 ) = 2 . (7.173)
z + i~k
2m

Soit K(k, t ; x0 ) la transformée de Laplace inverse de U(k, z ; x0 ) ; comme L−1 (z + a)−1 = e−at :
~k2
K(k, t ; x0 ) = eikx0 e−i 2m t
. (7.174)

On note au passage la relation :


[K(k, t ; x0 )]∗ = K(−k, −t ; x0 ) , (7.175)
qui exprime la symétrie dans le renversement du temps : en renversant le temps et la vitesse (~k étant l’impulsion
mv de la particule, inverser la vitesse c’est changer k en son opposé), on obtient le complexe conjugué de K.
Ceci est en accord avec le fait que si Ψ(x, t) est solution de l’équation de Schrödinger, Ψ(x, −t)∗ l’est aussi.
Pour avoir enfin U+ (x, t ; x0 ) il suffit maintenant de prendre la transformée de Fourier inverse de K ; compte
tenu de (7.174) :
Z +∞
1 ~k2
U+ (x, t ; x0 ) = dk e−ikx eikx0 e− i 2m t . (7.176)
2π −∞
Cette intégrale gaussienne se calcule aisément, par un changement de variable élémentaire. On trouve ainsi
finalement : r
m i m(x−x0 )
2
U+ (x, t ; x0 ) = e~ 2t ≡ U (x, t ; x0 ) ∀ t > 0 (7.177)
2iπ~t
qui est donc le propagateur U pour t > 0. On reconnaı̂t dans l’exponentielle donnant U+ l’action classique
2
Sclass = m(x−x
2t
0)
de la particule libre partie de x0 à t = 0 et arrivée en x à l’instant t – un fait pour le moins
surprenant à première vue, qui est le point de départ de la formulation de Feynman de la Mécanique quantique
dans le formalisme de l’intégrale de chemins (voir aussi la remarque de la note 49).

Pour avoir U pour t < 0, il suffit d’utiliser l’unitarité de U (voir (7.167)). Il vient ainsi :
r ∗
∗ m i m(x−x0 )
2
U (x, t < 0 ; x0 ) = [U+ (x, −t ; x0 )] = e~ 2t . (7.178)
2iπ~t
La branche de la racine carrée est celle qui prend des valeurs réelles positives sur l’axe réel positif ; il en résulte
que48 : √ √
( z)∗ = z ∗ (7.179)
48 C’est un exemple montrant comment une prescription physique (ici l’unitarité de U ) verrouille la coupure d’une fonction

multiforme.

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7.5. QUELQUES APPLICATIONS DE LA TRANSFORMATION DE LAPLACE 205

et finalement : r
m m(x−x0 )2 m
r
i i m(x−x0 )2
U (x, t < 0 ; x0 ) = e− ~ 2(−t) = e~ 2t . (7.180)
2(−i)π~(−t) 2iπ~t
Ainsi, l’expression de U est la même, que t soit positif ou négatif49 ; rétablissant t0 50 :

  21 2
  21
m i m(x−x0 ) m i
U (x, t ; x0 , t0 ) = e ~ 2~(t−t0 )
≡ e ~ Sclass (x, x0 ; t, t0 ) ∀t (7.182)
2iπ~(t − t0 ) 2iπ~(t − t0 )

Il n’est pas diffficile – en se souvenant de l’expression du précurseur gaussien de la fonction de Dirac (et en
effectuant le prolongement analytique) –, de se convaincre que limt→t0 U (x, t ; x0 , t0 ) = δ(x − x0 ), comme il se
doit (un bon exemple d’ailleurs où la méthode de la phase stationnaire se confond avec la méthode du col).

Ce résultat fournit aussi le propagateur pour l’équation de diffusion libre d’une particule classique (~ = 0).
En effet, en conséquence de la loi de Fick affirmant que le courant est proportionnel au gradient de la den-
sité, j = −D ∂P ∂P
∂x , l’équation de conservation ∂t + div j = 0 donne l’équation de diffusion (en une dimension
51
d’espace ) :
∂ ∂2
P (x, t) = D 2 P (x, t) , (7.183)
∂t ∂x
où P (x, t) et la densité de probabilité (c’est cette fois une quantité positive ou nulle, alors que Ψ(x, t), essen-
tiellement à valeurs complexes, est une amplitude de probabilité). Les deux équations (7.161) et (7.183) sont
formellement identiques, on passe de l’une à l’autre par la substitution :
i~ m i
→ D ⇐⇒ → . (7.184)
2m ~ 2D
Il en résulte que le propagateur pour l’équation de la diffusion, usuellement noté W , s’obtient de l’expression
(7.182) en y faisant la substitution ci-dessus et vaut donc :

1 (x−x0 )2

W (x, t ; x0 , t0 ) = p e 4D(t−t0 ) (7.185)
4πD(t − t0 )

Il est intéressant de noter que les deux équations (7.161) et (7.183), quoique formellement identiques,
produisent des comportements en temps radicalement différents. L’équation de Schrödinger est invariante par
renversement du temps52 , alors que l’équation de la diffusion donne une évolution irréversible (la tache d’encre
à la surface de l’eau s’étale toujours !). La différence tient à l’absence ou à la présence du nombre imaginaire
fondamental i, un détail (!) qui a donc son importance. . .

Noter que W (x, t ; x0 , t0 ) est plus précisément une (densité de) probabilité conditionnelle ; comme on a
choisi la condition initiale δ(x − x0 ), W (x, t ; x0 , t0 ) est la (densité de) probabilité de trouver la particule en x
à l’instant t sachant qu’elle était en x0 à t = t0 avec probabilité 1 (certitude).
49 Indépendamment du préfacteur contenant la constante de Planck, il est remarquable que la fonction action classique S
class
apparaisse aussi simplement dans l’expression du propagateur. Il n’en va pas toujours ainsi, mais c’est vrai pour tous les Hamiltoniens
au plus quadratiques en p ~ et ~
r (par exemple : oscillateur harmonique, particule accélérée par un champ constant). Ce fait, très
surprenant de prime abord, est le point de départ de la formulation de Feynman en intégrale fonctionnelle de la Mécanique quantique.
50 La généralisation à trois dimensions d’espace est immédiate :

„ «3 i m(~ r0 )2
r −~
m 2
2~(t−t0 )
U (~
r, t ; ~
r0 , t0 ) = e~ . (7.181)
2iπ~(t − t0 )

51 La généralisation à R3 est immédiate : la loi de Fick s’écrit alors ~j = −∇P ~ et l’équation de conservation est ∂P + div ~j = 0.
∂t

L’équation de la diffusion qui en résulte est alors ∂t P (~
r , t) = D∆P (~ r , t) où ∆ est le Laplacien.
52 On sait qu’un paquet d’ondes s’étale toujours, mais c’est simplement parce que la relation de dispersion n’est pas linéaire (au

contraire du champ électromagnétique), de sorte que les différentes composantes n’avancent pas à la même vitesse (la vitesse de
groupe n’est pas égale à la vitesse de phase).

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206 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

7.5.4 Équations intégro-différentielles

La transformation de Laplace s’impose pour les équations contenant à la fois des opérateurs différentiels et
intégraux, quand ceux-ci se présentent sous forme de convolutions. Typiquement, ces équations sont de la
forme : Z
L[f (t)] = φ(t) + K(t − t′ )f (t′ )dt′ , (7.186)
R
où L est un opérateur différentiel linéaire à coefficients constants, f (t) la fonction cherchée et φ(t) une source.
L’image par Laplace du premier membre produit un polynôme en z qui multiplie F (z) ≡ L[f ] et une combinaison
linéaire des conditions initiales. Quant au second membre, par le théorème de convolution (7.105), sa transformée
de Laplace est simplement Φ(z)+K(z)F (z), dans des notations évidentes ; au total, la solution formelle de (7.186)
s’écrit à vue, et le travail s’achève en effectuant la transformation inverse.

À titre d’exemple physique, considérons le mouvement d’une grosse particule53 dans un fluide (mouvement
Brownien) : en raison des multiples impacts incessants des petites particules du fluide sur la grosse particule,
celle-ci effectue un mouvement en tous sens, que l’on peut comprendre comme le résultat de l’action sur la grosse
particule d’une force F (t) contenant une composante aléatoire. En réalité, le fluide sert à la fois de moteur et
de frein : s’il est le siège de la force erratique qui pousse la grosse particule tantôt dans un sens, tantôt dans
l’autre, le mouvement de celle-ci est freiné par le fluide lui-même. Au total, désignant par vp (t) la vitesse de la
grosse particule, une bonne équation (phénoménologique) simulant bien l’ensemble des effets physiques est :

dvp
m = −αvp + F (t) (7.187)
dt

où le premier terme au second membre est la force de freinage dans l’hypothèse du frottement fluide et où F (t)
est la force dite de Langevin, variant aléatoirement très vite (comparée àl’échelle de temps τR introduite plus
loin), et de moyenne nulle. (7.187) porte le nom d’équation de Langevin. Si on prend la moyenne de (7.187) sur
un ensemble statistique, on obtient : :
dv déf
m = −αv (v = hvp i) , (7.188)
dt
α
les h. . .i représentant la moyenne statistique. Cette équation s’intègre à vue et donne v(t) = v(0)e−γt , γ = m :
si on donne une impulsion au départ à la particule, son mouvement (en moyenne) s’amortit au bout du temps54
τR = m α.

Le terme de frottement dans (7.187), −αv, est un terme instantané. Il est parfois nécessaire d’introduire
un terme de frottement retardé, par exemple pour traduire certains effets collectifs qui induisent une mémoire, ou
pour incorporer la réaction de la grosse particule sur le bain. Alors, l’équation de Langevin (7.187) se généralise
α
en (γ = m ):
Z t Z t
dvp dvp 1
m = −α ω(t − t′ )vp (t′ )dt′ + F (t) ⇐⇒ = −γ ω(t − t′ )vp (t′ )dt′ + F (t) ; (7.189)
dt t0 dt t0 m

la mémoire est décrite par ω(t− t′ ) (noyau), qui tend vers zéro à l’infini (amnésie totale aux temps infinis). t0 est
le temps de départ du mouvement (on peut toujours le choisir comme origine, t0 = 0). L’intégrale n’implique que
des instants t′ < t, en respect du Principe de causalité. Si ω(t−t′ ) est une fonction très piquée (mémoire courte),
aucun changement qualitatif important n’est à attendre par rapport au frottement instantané. En revanche,
quand ω(t) décroı̂t lentement, des changements qualitatifs sont possibles, surtout quand ω(t) est positive à tout
temps (ce que l’on supposera) : alors, si la vitesse devient négative, le second membre peut être positif, donnant
une accélération positive.

La moyenne statistique de (7.189) donne :


t
dv
Z
= −γ ω(t − t′ )v(t′ )dt′ , (7.190)
dt t0
53 Tout est relatif : la grosse particule a typiquement un diamètre de l’ordre du micron, qui est gigantesque relativement à la taille

(atomique) des particules du fluide.


54 Le temps de relaxation τ est d’autant plus long que le frottement est faible et la masse élevée.
R

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7.5. QUELQUES APPLICATIONS DE LA TRANSFORMATION DE LAPLACE 207

dont la transformée par Laplace est :

zV (z) − v0 = −γΩ(z)V (z) , (7.191)

d’où la transformée de Laplace de la solution V (z) ≡ L[v(t)] :


v0
V (z) = . (7.192)
z + γΩ(z)

La solution v(t) s’obtient par v(t) = L−1 [V (z)], et tout dépend de la variation de Ω en z, c’est-à-dire, par
dualité, de la forme précise du noyau de mémoire ω(t − t′ ).

Supposons d’abord que ω est une fonction positive décroissant vite, sur une échelle de temps bien carac-
térisée τm . Alors, par la relation (7.38), Ω(z) est une fonction lentement variable sur l’échelle τ1m , et v(t) a
v0
essentiellement un comportement exponentiel aux grands temps : pour |z|τm ≪ 1, on a V (z) ≃ z+γΩ(0) , soit
v(t) ≃ e−Ω(0)γt pour t ≫ τm . Précisons les choses en prenant :
1 − τt
ω(t) = e m ; (7.193)
τm
1 1
alors Ω(z) = τm z+τm−1 , et :
v0
V (z) = . (7.194)
z + γ zτm1+1
Par inversion L−1 , il est facile d’obtenir l’expression exacte de v(t) (laissé à titre d’exercice55 ). On voit sans
v0
calcul que pour |z|τm ≪ 1, V (z) ≃ z+γ , de sorte que pour les temps t ≫ τm , et pour γτm ≪ 1, on a
−γt
v(t) ≃ v0 e : la mémoire finie n’introduit de changement notable que pour t . τm . Noter que si l’on prend
τm = 0+, ω(t) = δ (+) (t), et on a exactement v(t) = v0 e−γt à tout temps. On remarque aussi que, même avec un
noyau exponentiel, il apparaı̂t un changement qualitatif si τm devient assez grand : si γτm > 21 les pôles de V (z)
deviennent complexes et la vitesse moyenne . . . oscille ! L’examen intuitif de l’équation elle-même confirme cette
possibilité : si ω décroı̂t avec une échelle de temps assez longue, la dérivée de la vitesse prend de grandes valeurs
négatives au début du mouvement, et la vitesse devient alors négative. Comme on s’attend physiquement à
ce que la vitesse moyenne v(t) tende vers zéro, on voit qu’un régime oscillatoire (amorti) va survenir, qui peut
être compris comme un effet de sillage. Tout se passe comme si le fluide, polarisé par la particule, opposait une
force antagoniste pour supprimer les lacunes de densité crées en son sein antérieurement par le mouvement de
la grosse particule.

Prenons maintenant au contraire une fonction ω(t−t′ ) décroissant lentement, ce qui signifie physiquement
que la particule a une grande mémoire du passé (mémoire à longue portée). Une modélisation possible est :
1 1
ω(t) = ; (7.195)
τm 1 + ( τtm )2

avec ce choix, Ω(z) ne s’exprime pas à l’aide des fonctions élémentaires : on trouve les fonctions spéciales
dites cosinus intégral, ci(z), et sinus intégral, si(z), qui sont répertoriées, et dont on connaı̂t notamment le
développement pour |z| ≪ 1. Ceci permet d’obtenir des informations précises sur le régime aux grands temps de
la vitesse. Dans la phase t ≫ τm , le développement de Ω(z) est trouvé de la forme Ω(z) ≃ π2 +Czτm +zτm ln zτm
(C est la constante d’Euler). En utilisant les techniques de la section 7.4, tous calculs faits, on trouve :

4v0 1
v(t) ≃ − (t ≫ τm ) (7.196)
π 2 (1 + Cγτm ) (γt)2

La vitesse moyenne relaxe suivant une loi-puissance ∼ t−2 , et non plus essentiellement suivant une exponentielle
comme dans le cas de la mémoire courte.
55 On notera que la dynamique change qualitativement quand 2γτm = 1.

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208 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

7.5.5 Réduction de l’ordre d’une équation différentielle

Afin de montrer l’utilité de la transformation de Laplace pour ce propos, le mieux est de traiter un exemple56 .
Soit l’équation différentielle du second ordre :
1
−ψ ′′ + xψ(x) = k02 ψ , ψ(x < 0) = 0 . (7.197)
a3
Cette équation apparaı̂t en Mécanique quantique : c’est l’équation aux valeurs propres donnant les états propres
ψ(x) d’une particule chargée négativement, soumise à un champ électrique constant dirigé vers les x croissants,
et confinée sur le demi-axe R+ ; a et k0 sont des réels. Physiquement, il est évident que seuls des états liés
peuvent exister57 , d’énergie positive (c’est pourquoi k0 est réel58), et on ne s’intéresse donc qu’aux solutions
ψ(x) qui tendent vers zéro quand x → +∞.

L’exemple qui suit est donné à titre d’illustration, car on sait résoudre directement l’équation59 (7.197).
Les solutions qui s’annulent à l’origine et à l’infini sont les fonctions ψn (x) définies comme suit60 :
x 
ψn (x) = Cn Ai − (k0, n a)2 (n ∈ N∗ ) , x > 0 , (7.199)
a
où Ai(x) est une fonction spéciale répertoriée (c’est l’une des deux fonctions conventionnellement appelées
fonctions d’Airy). Ai(x) tend vers zéro quand x → +∞ et oscille autour de zéro pour x négatif (voir fig. 7.5).
Géométriquement, les graphes des ψn (x) s’obtiennent donc à partir de celui de la seule et unique fonction Ai(x),
en le translatant vers la droite de sorte que son premier zéro, puis son deuxième zéro, . . . , coı̈ncide avec l’origine,
et en effaçant toute la partie située à gauche. Les fonctions ψn (x) sont orthogonales au sens où61 :
Z +∞ Z +∞ 
∗ x  x 
ψn (x)ψn′ (x) dx ≡ Cn Cn′ Ai − (k0, n a)2 Ai − (k0, n′ a)2 dx = δnn′ . (7.200)
0 0 a a
Ceci n’est pas facile à démontrer, mais résulte de l’orthogonalité de deux fonctions propres associées à deux
valeurs propres distinctes.

Le décalage de l’argument dans l’expression (7.199) assure que ψn (0) = 0 car les −(k0, n a)2 sont précisé-
ment les abscisses des zéros de Ai(x) (c’est comme toujours une condition aux limites, ici ψ(x = 0) = 0, qui
produit la quantification) ; les trois premières valeurs sont (k0, 1 a)2 = 2.33810743 . . ., (k0, 2 a)2 = 4.087949445 . . .,
(k0, 3 a)2 = 5.520559819 . . . et les fonctions correspondantes sont représentées sur la fig. 7.6. On note que si ψn (x)
est continue en x = 0 (la fonction d’onde est toujours continue), sa dérivée ne l’est pas : elle est nulle en 0−,
finie en 0+, en conséquence du mur infranchissable vers les x négatifs, traduit par le saut infini de potentiel en
~2 k0,
2
n
x = 0. Les énergies de la particule sont donc les quantités discrètes En = 2m .

L’équation (7.197) permet de trouver directement le comportement des solutions à l’infini62 ; en effet,
pour x “grand” (à préciser le cas échéant), on peut oublier k02 ψ comparé à xψ ; l’équation (7.197) est alors
approximativement :
1
−ψ ′′ + 3 xψ(x) ≃ 0 . (7.201)
a
56 Une variante de cette méthode permet de résoudre généralement les équations différentielles dont les coefficients sont au plus

des fonctions linéaires de la variable. Sur cette méthode (dite aussi Méthode de Laplace), voir par exemple L. Laudau & E. Lifchitz,
Mécanique Quantique, Appendice p. 691 (Ed. Mir, Moscou, 1967).
57 La particule est soumise à deux effets antagonistes : le mur en x = 0 sur lequel elle ne peut que se réfléchir et la renvoie vers

x > 0, et le champ qui la tire vers l’origine.


58 L’énergie ~ 2 k2
E de la particule est E = 2m0 . Elle est forcément supérieure au minimum d’énergie potentielle, ici égal à zéro.
59 En effet, en posant ψ(x) = f (X) avec X = x a
− (k0 a)2 , l’équation (7.197) s’écrit :
f ′′ (X) = Xf (X) , (7.198)
qui est précisément l’équation dite d’Airy. La condition aux limites ψ(x = 0) = 0 se traduit par f (−(k0 a)2 )
= 0 : les −(k0 a)2 sont
donc bien les zéros de la bonne fonction d’Airy, celle qui, en outre, s’annule à l’infini (on cherche des états liés) – d’où la solution
(7.199).
60 C est une constante de normalisation.
n
61 Comme pour tout état lié à une dimension, les fonctions propres sont en fait réelles, à une phase constante près, qui n’a aucun

sens physique.
62 On sait aussi le faire sur la définition conventionnelle de Ai(x), mais c’est assez délicat. L’autre fonction d’Airy, notée Bi(x),

diverge exponentiellement quand x → +∞ (voir fig. 7.5).

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7.5. QUELQUES APPLICATIONS DE LA TRANSFORMATION DE LAPLACE 209

3,0

2,5
Bi(x)
2,0

1,5

1,0

0,5
Ai(x)
0,0

-0,5

-1,0
-20,0 -15,0 -10,0 -5,0 0,0 5,0

Figure 7.5: Les deux solutions conventionnelles linéairement indépendantes de l’équation d’Airy (7.198).

Il s’agit de trouver le comportement dominant de ψ(x) à l’infini. En allant du plus simple au plus compliqué, on
constate qu’un comportement du genre x−α ne convient pas : on ne peut pas équilibrer les termes dominants.
En revanche, un comportement du genre exponentielle étirée convient :
α α
ψ ≃ e−λx =⇒ ψ ′′ (x) ≃ [−λα(α − 1)xα−2 + λ2 α2 x2α−2 ] e−λx . (7.202)

0,6 1,0
n=1
n=1
n=2
0,5
n=2 n=3
0,5

0,4

n=3

0,3 0,0

0,2

-0,5

0,1

0,0 -1,0
0,0 1,0 2,0 3,0 4,0 5,0 6,0 7,0 8,0 0,0 1,0 2,0 3,0 4,0 5,0 6,0 7,0 8,0

R +∞
Figure 7.6: À droite : premiers états propres normalisés ψn (x) ( 0 |ψn (x)|2 dx = 1) de la particule (généra-
lement donnés en (7.199)) ; l’état fondamental ne s’annule pas pour x > 0, le premier état excité s’annule
une fois, le second deux fois, etc. À gauche les densités |ψn (x)|2 correspondantes. L’abscisse est xa . Plus n
augmente, plus le maximum maximorum de la densité se décale vers la droite : plus l’état est excité, plus la
position moyenne de la particule s’éloigne de l’origine.

3
Les termes dominants satisfont (7.201) à condition de prendre 2α − 2 = 1, soit α = 2 et λ = ± 32 a−3/2 .
Les solutions cherchées se comportent donc comme :
2 x 3/2
ψ(x) ≃ Ce± 3 ( a ) ≡ ψas (x) , (7.203)

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210 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

où C est une constante indéterminée, visiblement proportionnelle63 à ψ ′ (0). Cherchant des états liés, seules
2 x 3/2
les solutions e− 3 ( a ) sont à retenir. C’est cette information qui, convenablement traduite dans le langage de
Laplace, permettra d’achever la résolution du problème.

Montrons maintenant l’utilité de la transformation de Laplace ; posant :


Z +∞
Ψ(k) = L[ψ](k) = e−kx ψ(x)dx , (7.204)
0

l’image de Laplace de l’équation (7.197) est64 :


1
−[k 2 Ψ(k) − ψ ′ (0)] + L[xψ(x)](k) = k02 Ψ(k) . (7.205)
a3
Or on a :
+∞ +∞
d d
Z Z
L[xψ(x)](k) = e−kx [xψ(x)] dx = − e−kx ψ(x) dx = − Ψ(k) . (7.206)
0 dk 0 dk
L’équation (7.205) se transforme en :
1 ′
Ψ (k) + (k 2 + k02 )Ψ(k) = ψ ′ (0) . (7.207)
a3
Il s’agit d’une équation différentielle du premier ordre : la transformation de Laplace réduit d’une unité l’ordre
de l’équation à résoudre. La solution de (7.207) est :
Z k
3 3 k′ 3
3 ′ −a3 ( k3 +k02 k) +k02 k′ )
Ψ(k) = a ψ (0)e ea ( 3
dk ′ , (7.208)
K

où K est une constante d’intégration65.

Pour trouver K, on peut utiliser le raisonnement suivant. Les propriétés de ψ(x) à l’infini sont reliées au
comportement de Ψ(k) pour k ∼ 0. Par conséquent, la transformée de Laplace Ψas de la forme asymptotique
(7.203) se comporte près de k = 0 comme la vraie transformée de Laplace Ψ(k). On a :
Z +∞ Z +∞
− 32 ( x )3/2 −kx 2 x 3/2
Ψas (k) = e a e dx = e− 3 ( a ) (1 − kx + . . .) dx . (7.209)
0 0

En particulier, on sait calculer l’intégrale66 pour k = 0 :


+∞   31  
2 2
Z
2 x 3/2
Ψas (k = 0) = e− 3 ( a ) dx = a Γ . (7.210)
0 3 3

Ceci est aussi la valeur de Ψ(k = 0). Il en résulte que l’égalité suivante doit être satisfaite (voir (7.208)) :
0   31  
2 2
Z ′3
2 ′ a3 ( k3 +k02 k′ ) ′
a ψ (0) e dk = Γ , (7.211)
K 3 3

ce qui permet d’écrire la solution (7.208) sous la forme :


"Z #
3 k ′3
3 ′ −a3 ( k3 +k02 k) a3 ( k3 +k02 k′ ) ′
Ψ(k) = a ψ (0)e e dk + C ≡ ψ ′ (0) Φ(k) , (7.212)
0

63 De toute façon, l’équation (7.197) est homogène : elle ne permet donc de trouver ψ(x) qu’à un facteur près. Tout facteur

arbitraire se reporte à la fois sur C et ψ′ (0), ce qui convainc que seul le rapport ψ′ (0)/C est pertinent.
64 La fonction d’onde est toujours continue ; nulle à gauche, elle est donc nulle en x = 0, c’est pourquoi le terme −kψ(0) venant

de L[ψ′′ ] est omis. Tant que le potentiel n’a que des sauts finis, la dérivée de la fonction d’onde est elle aussi toujours continue ;
elle ne présente un saut (fini) que lorsque le potentiel a un saut infini (exemple : le puits infiniment profond).
65 On peut se demander pourquoi une seule constante d’intégration apparaı̂t alors que l’équation de départ (7.197) est du second

ordre. Ceci est visiblement lié à la procédure de réduction de l’ordre, qui élimine les solutions dénuées de transformées de Laplace
2 x 3/2
(l’autre famille, ayant le comportement asymptotique e+ 3 ( a ) , n’a visiblement pas de transformée de Laplace). Si on ne perd ici
aucune solution acceptable, c’est juste que de telles solutions sont physiquement à rejeter
66 Faire le changement de variable 2 ( x )3/2 = X.
3 a

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LP 311 – 2008/2009
7.5. QUELQUES APPLICATIONS DE LA TRANSFORMATION DE LAPLACE 211

où C est une nouvelle constante à déterminer. Pour la trouver, on raisonne comme suit. Ici, on a simplement
L[ψ ′′ ] = k 2 Ψ(k) − ψ ′ (0) puisque ψ(x = 0) = 0 ; d’un autre côté, L[ψ ′′ ] tend vers zéro quand k → +∞, d’où :

lim [k 2 Ψ(k) − ψ ′ (0)] = 0 ⇐⇒ ψ ′ (0) = lim k 2 Ψ(k) . (7.213)


k→+∞ k→+∞

Compte tenu de (7.212), on en déduit que :


" !#
3
Z k ′3
2 3 −a3 ( k3 +k02 k) a3 ( k3 +k02 k′ ) ′
lim k a e e dk + C =1 . (7.214)
k→+∞ 0

Ceci permet en principe de trouver la constante C, ce qui achève de déterminer Ψ(k).

Le retour vers ψ(x) exige l’inversion de Laplace de Ψ(k), qui n’est pas simple. On peut toutefois
toucher du doigt le phénomène important de quantification de l’énergie de la particule. En effet, puisque
ψ ′ (x) = L−1 [kF (k](x), on trouve finalement (voir (7.212)) :

ψ ′ (x) = ψ ′ (0)L−1 [kΦ(k)](x) . (7.215)

Il en résulte que l’on doit avoir :


ψ ′ (0) = ψ ′ (0)L−1 [kΦ(k)](x = 0) , (7.216)
soit :
L−1 [kΦ(k)](0) − 1 = 0 . (7.217)
Le premier membre de (7.217) est une certaine fonction du seul paramètre sans dimension du problème à savoir
k0 a. Cette équation signifie donc que seules les valeurs de ce paramètre qui annulent le premier membre satisfont
toutes les conditions requises67 . a est une donnée liée au champ électrique, c’est donc k0 qui est contraint de
prendre certaines valeurs discrètes k0, n : l’énergie de la particle est quantifiée, toutes les énergies (positives) ne
sont pas accessibles. Pour une particule quantique liée, il existe un ensemble fini ou isomorphe à N (c’est ce cas
ici) d’énergies possibles, au contraire de ce qu’envisage implicitement la Mécanique classique, où l’énergie peut
prendre n’importe quelle valeur.

67 Les conditions essentielles sont d’imposer aux solutions de tendre vers zéro à l’infini, donc de représenter des états liés (seuls les

états liés ont une énergie quantifiée), et de s’annuler à l’origine pour tenir compte du mur infranchissable : il faut retenir que ce sont
les conditions imposées à la fonction d’onde qui produisent spontanément le miracle de la quantification de l’énergie. D’ailleurs, un
phénomène analogue de quantification se produit pour une corde vibrante dont les extrémités sont maintenues fixes : la longueur
d’onde λ ne peut pas avoir n’importe quelle valeur, seules les valeurs entier × λ 2
= L sont possibles (L = distance entre les extrémités
fixes).

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LP 311 – 2008/2009
282 CHAPITRE 7. TRANSFORMATION DE LAPLACE

Mathématiques pour physiciens 21 Novembre 2008 Cl. A.


LP 311 – 2008/2009

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