Cours Code des Marchés
Chapitre 3: Passation Des marchés publics
I. Mode passation des marchés publics
Les marchés publics sont passés selon la procédure d’appel d’offres, qui constitue la règle
générale ou la procédure de gré à gré.
I.1. Différentes formes de l’appel d’offres
L’appel d’offres peut être national et/ou international, il peut se faire sous l’une des formes
suivantes:
- l’appel d’offres ouvert
- l’appel d’offres restreint ;
- la consultation sélective ;
- l’adjudication ;
- le concours.
I.1.1 L’appel d’offres ouvert
L’appel d’offres ouvert est la procédure de passation d’un marché qui offre la possibilité à tout
candidat, sans distinction, de soumissionner.
I.1.2 L’appel d’offres restreint
L’appel d’offres restreint est la procédure selon laquelle seuls les candidats répondant à
certaines conditions minimales d’éligibilité, préalablement définies par le service contractant
peuvent soumissionner. Les conditions minimales exigibles en matière de qualification , de
classification et de références professionnelles, doivent être proportionnées à la nature,
complexité et l’importance du projet, de manière à permettre aux entreprises de droit algérien
de participer aux appels d’offres, dans le respect des conditions optimales relatives à la qualité,
au coût et au délai de réalisation.
I.1.3 La consultation sélective
C’est une procédure de passation qui se déroule en deux phases :
La première phase consiste à choisir, au moyen d’un avis d’appel à la présélection , les
entreprises intéressées par la réalisation d’un projet en répondant aux conditions et critères de
qualification définis par le service contractant.
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La deuxième phase consiste à inviter les entreprises présélectionnées sur la base du dossier de
consultation qui leur est fourni et à attribuer le marché au soumissionnaire présentant l’offre la
plus compétitive.
Néanmoins, le service contractant peut procéder, à l’occasion d’opérations d’ingénierie
complexes et/ou d’acquisition de fournitures spécifiques à caractère répétitif, à une consultation
directe d’entreprises qualifiées inscrites sur une short-liste sur la base d’une présélection
renouvelable tous les trois(03) ans.
I.1.4 Adjudication
L’adjudication est une procédure de mise en concurrence qui consiste à attribuer le marché,
après ouverture des plis en séance publique, au candidat le mieux disant lorsque le service
contractant est en position de vendre, par contre lorsque le service contractant est en position
d’acheteur la priorité est accordée au moins disant.
L’adjudication porte sur des opérations simples de types courant et ne concerne que les
candidats nationaux ou étrangers installés en Algérie.
I.1.5 Concours
Le concours est une procédure qui met en compétition des hommes de l’art en vue de la
réalisation d’une opération comportant des aspects techniques, économiques, esthétiques ou
artistiques. Il peut porter en principe sur l’établissement d’un projet et/ou sur son exécution.
Il est généralement lancé sur la base d’un programme qui fixe :
- les critères de choix des lauréats ;
- les prix et récompenses à allouer aux lauréats les mieux classés, proposés par un jury désigné
à cet effet.
I.2 Les différentes formes du gré à gré
Le gré à gré est la procédure d’attribution d’un marché à un partenaire cocontractant sans appel
formel à la concurrence. Le gré à gré peut revêtir la forme d’un gré à gré simple ou la forme
d’un gré à gré après consultation, cette consultation est organisée par tous moyens écrits
appropriés.
I.2.1 Le gré à gré simple
La procédure du gré à gré simple est une règle de passation de contrat exceptionnelle sans
(concurrence), le recours à cette procédure est exclusivement dans les cas suivants :
- situation monopolistique ou détention, à titre exclusif, d’un procédé technologique ;
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- urgence impérieuse motivée par un danger imminent que court un bien ou un investissement
déjà matérialisé sur le terrain et qui ne peut s’accommoder des délais de l’appel d’offres, à
condition que les circonstances à l’origine de cette urgence n’aient pu être prévues par le
service contractant et n’aient pas été le résultat de manœuvres dilatoires de sa part ;
- approvisionnement urgent destiné à sauvegarder le fonctionnement de l’économie ou les
besoins essentiels de la population, à conditions que les circonstances à l’origine de cette
urgence n’aient pu être prévues par le service contractant et n’aient pas été le résultat de
manœuvres dilatoires de sa part ;
- projet prioritaire et d’importance nationale, après accord préalable du conseil des ministres ;
- texte législatif ou réglementaire attribuant à un établissement public un droit exclusif pour
exercer une mission de service public, selon liste déterminée par arrêté conjoint du ministre des
finances et des ministres concerné ;
- promotion de l’outil national public de production. Dans ce cas, le recours à ce mode de
passation exceptionnel, doit être soumis à l’accord préalable du conseil des ministres.
I.2.2 Le gré à gré à consultation
Le gré à gré après consultation est une règle de passation du contrat exceptionnel qui permet
d’attribuer le marché après une consultation menée auprès de candidats par les moyens écrits
appropriés, sans autres formalités.
Le service contractant a recours au gré à gré après consultation dans les cas suivants :
- l’appel à la concurrence s’avère infructueux, si seulement une offre est réceptionnée ou si,
après évaluation des offres reçues, seulement une offre est pré qualifiée techniquement ;
- si aucune offre n’est réceptionnée ou si les offres reçues ne sont pas conformes au cahier des
charges de l’appel d’offres ;
- pour les marchés d’études , de fournitures et de services spécifiques dont la nature ne
nécessite pas le recours à un appel d’offres ainsi que les marchés de travaux relevant
directement des institutions nationales de souveraineté de l’Etat (liste de ces études, fournitures,
services et travaux fixée par arrêté conjoint du ministre chargé des finances et du ministre ou de
l’autorité de l’institution nationale de souveraineté concerné) ;
- pour les opérations réalisées dans le cadre de la stratégie de coopération du gouvernement ou
d’accords bilatéraux de financement concessionnels, de conversion de dette en projets de
développement ou de dons, lorsque ces le prévoient (limitation de la consultation aux seules
entreprises du pays concerné pour le premier cas ou le pays bailleur de fonds pour les autres
cas).
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En plus d’au moins trois (3) opérateurs économiques qualifiés, le service contractant doit
consulté tous les soumissionnaires ayant répondu à l’appel d’offres, sauf exception dûment
motivée.
II. Les procédures de passation d’un marché public
La procédure de l’appel d’offres se présente comme suit :
- cahier des charges ;
- La publication ;
- Le dossier d’appel d’offres ;
- Choix et qualification du partenaire cocontractant
II.1 Le cahier des charges
Ce sont des documents contractuels qui précisent les conditions dans lesquelles les marchés
sont passés et exécutés. Ils comprennent notamment :
- le cahier des clauses administratives générales applicables à tous les marchés de travaux ou de
fournitures approuvé par arrêté interministériel.
- le cahier des prescriptions communes qui fixe les dispositions techniques applicables à tous
les marchés portant sur la même nature de travaux, de fournitures ou de services. Il est
approuvé par arrêté du ministre intéressé.
- le cahier des prescriptions spéciales (CPS) qui fixe les clauses propres à chaque marché. Il est
établi préalablement et unilatéralement par le service contractant
II.2 La publication
La publication est constituée des supports d’information que le service contractant doit
obligatoirement mettre en œuvre lors de l’appel à la concurrence (appel d’offres ouvert, appel
restreint, appel à la présélection, concours, adjudication).
Cette publication se fait par le biais d’un avis d’appel d’offres lancée par le service contractant
et publié en langue nationale et, au moins dans une langue étrangère, au bulletin officiel des
marchés de l’opérateur public (BOMOP).
II.2.1 L’avis d’appel d’offres
L’avis d’appel d’offres est un document destiné à fournir un certain nombre d’informations aux
candidats à un marché public. L’avis d’appel d’offres, obligatoire dans la procédure de mise en
concurrence, doit contenir les informations suivantes :
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La raison sociale et dresse du service contractant ;
Le mode de l’appel d’offres retenu ;
L’objet de l’opération ;
Les pièces exigées par le service contractant ;
La date limitée et lieu de dépôt des offres ;
L’obligation de caution de soumission s’il y a lieu ;
La présentation sous double plis cacheté avec mention « à ne pas ouvrir » et références
de l’appel d’offres ;
Le prix de la concurrence, le cas échéant.
II.2.2 Le lancement de l’avis d’appel d’offres
L’avis d’appel d’offre est publié obligatoirement dans le BOMOP (bulletin officiel des marchés
de l’opérateur public) et, au moins dans deux quotidiens nationaux, dont un en langue nationale.
Un avis de prolongation de délai de remise des offres peut toutes fois, être publié si le service
contractant constaterait que les plis reçus sont insuffisants pour jouer pleinement la
concurrence. Cet avis doit comporter la date limite fixée pour le dépôt des offres.
II.3 Le dossier d’appel d’offres
Le dossier d’appel d’offres est un ensemble de documents interdépendants et traités comme un
tout à élaborer à l’occasion d’un appel d’offre. Il doit être rédigé de manière à encourager la
concurrence.
II.3.1 Les éléments constitutifs
Le dossier de l’appel d’offres comprend :
L’avis d’appel d’offres ;
L’instruction aux soumissionnaires, incluant la formule de soumission, les critères de
sélection et les principaux renseignements sur la durée, les garanties, l’assurance et natures
arrangements financiers du marché.
Les conditions générales du marché ainsi que les conditions d’application particulière
définissant le cadre dans lequel la prestation doit de dérouler, les spécifications et normes
techniques décrivant la qualité des matériaux et les normes d’exécution à utiliser.
Les bordereaux classant les rubriques, les quantités et la liste des prestations à fournir en
indiquant la nature des prix unitaires.
Les plans d’exécution donnant les détails sur le site et l’étendue des travaux pouvant
comprendre la liste des matériaux et des installations spécifiques.
Le projet de marché ainsi que la liste des documents à considérer comme pièces constitutives,
du marché.
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II.3.2 Retrait et dépôt des offres
II.3.2.1 Retrait du dossier d’appel d’offres
Le service contractant doit indiquer avec précision, dans l’avis d’appel d’offres le lieu où l’on
peut prendre connaissance du dossier.
II.3.2.2 Dépôt des offres
Chaque offre est insérée dans une enveloppe fermée et cachetée, Les plis des candidats doivent
parvenir à la structure prévue sur l’avis d’appel d’offres, avant la date limite du dépôt des
offres, fixée dans l’avis d’insertion. Ces plis sont numérotés, dotés et inscrits, dans leur ordre
d’arrivée sur un registre spécial sous la responsabilité de l’agent désigné à cet effet.
Les soumissions doivent obligatoirement comporter une offre technique et une offre financière.
A) L’offre technique qui contient
Une déclaration à souscrire ;
L’offre technique proprement dite établie conformément au cahier des chargés de l’appel
d’offre ;
Une caution de soumission supérieure à un pour cent (1%) du montant de l’offre, pour les
marchés de travaux et de fournitures dont le montant relève de la compétence des commissions
nationales des marchés, à prévoir dans les cahier des charges des appels d’offres. La caution de
soumission de l’entreprise étrangère doit être émise par une banque de droit algérien, couverte
par une contre garantie émise par une banque étrangère de premier ordre ;
Tous les documents intéressant la qualification du soumissionnaire dans le domaine
concerné (le certificat de qualification et de classification pour les marchés de travaux et
l’agrément pour les marchés d’études), ainsi que les références professionnelles ;
Tous autres documents exigés par le service contractant tels que les statuts de l’entreprise
soumissionnaire, le registre de commerce ; les bilans financiers, les références bancaires, la
carte professionnelle d’artisan ou l’extrait du registre de l’artisanat et des métiers, pour les
artisans d’art ;
Les attestations fiscales et sociales peuvent être produites avec l’accord du service
contractant, après la remise des offres mais avant la signature du marché de travaux ;
Les statuts de l’entreprise, ses bilans financiers et tout autre document jugé nécessaire pour
un choix fiable du cocontractant ;
La déclaration de probité ;
Le numéro d’identification fiscale (NIF), pour les soumissionnaires nationaux et les
soumissionnaires étrangers ayant déjà travaillé en Algérie.
B) L’offre financière qui contient
La lettre de soumission ;
Le bordereau des prix unitaires qui est un document contractuel d’un marché dont le
montant est déterminé en partie ou en totalité sur la base de prix unitaires ;
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Le détail estimatif et quantitatif.
N.B : Les modèles de la lettre de soumission, de la déclaration à souscrire et de la déclaration
de probité sont fixés par arrêté du ministre chargé des financiers.
II.4 Le choix et la qualification du partenaire cocontractant
II.4.1 Le choix du partenaire cocontractant
Le choix du cocontractant est la décision de la personne responsable représentant le service
contractant qui consiste, après exploitation des résultats des travaux de la commission
d’évaluation des offres, à déterminer le soumissionnaire attributaire du marché.
II.4.1.1 Les critères de choix du partenaire cocontractant
Les critères de choix du cocontractant et leurs poids respectifs doivent être obligatoirement
mentionnés dans le cahier des charges de l’appel d’offres.
Ce choix doit s’appuyer sur un système de notation basé notamment sur :
Les garanties techniques et financières ;
Le prix, la qualité et les délais d’exécution ;
Les conditions de financement et la réduction de la part transférable, offertes par les
entreprises étrangères, les garanties commerciales et les conditions de soutien aux produits
(service après-vente, maintenance et formation) ;
Le choix des bureaux d’études, après mise en concurrence, doit être principalement basé
sur l’aspect technique des propositions ;
L’origine algérienne ou étrangère du produit, l’intégration à l’économie nationale et
l’importance des lots ou produits sous-traités sur le marché algérien.
Les modalités d’application du dernier tiret seront déterminées par un arrêté conjoint du
ministre chargé des finances, du ministre chargé du commerce et des ministres concernés.
D’autres critères peuvent être utilisés, à condition qu’ils soient spécifiés dans le cahier des
charges de l’appel d’offres
II.4.1.2 Fichier de l’opérateur public (FOP)
Le fichier de l’opérateur public est un support d’information sur les fournisseurs et
entrepreneurs potentiels susceptibles de répondre à la commande publique, celui-ci doit être
régulièrement mis à jour par le service contractant.
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II.4.2 La qualification
Ce terme désigne le fait, pour une entreprise, de réunir toutes les conditions et les capacités
(juridiques, techniques et financières) ainsi que les références professionnelles nécessaires pour
la réalisation, selon les normes contractuelles, les prestations objet du marché.
La qualification peut prendre la forme d’un agrément par des organismes spécialisés habilités à
cet effet.
III. Conclusion
Le poids de la commande en équipements publics, constitue un motif assez pertinent de l’utilité
d’étudier les marchés publics, car ces derniers constituent le seul mécanisme institutionnel de
dépenses publiques et de réalisation des projets d’équipements publics.
Le code des marchés publics définie et précise l’objet du marché et les critères de sélection des
candidats et prévoit la diffusion large de l’information.
La passation des marchés publics est soumise à une réglementation précise contenue dans le
code des marchés publics et donc l’appel à la concurrence qui permet d’obtenir les meilleures
conditions de prix et de qualité pour la réalisation des projets dans le respect de l’intérêt
générale.