Dédoublement identitaire féminin en littérature
Dédoublement identitaire féminin en littérature
DOMAINE : LETTRES ET
FACULTE DES LETTRES ET DES LANGUE ETRANGERES
LANGUES FILIERE : LANGUE FRANCAISE OPTION :
DEPARTEMENT DES LETTRES ET
LITTERATURE GENERALE ET
LANGUE FRANCAISE
N° :…………… COMPAREE
Farida
Dédicace
dans le mécanisme de cette l’écriture. Les personnages de nos deux écrivaines devenus
fissure mais qui finalement acceptent la pluralité comme valeur constituant le soi. Enfin ,
la crise d’identité chez les personnages de Huston et Bouraoui est aggravée par un
l’identité.
: الملخص
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(آالت اسظل ددددد تInstruments des ténèbres وا تهددددد فدددددNancy Huston
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: الكلمات المفتاحية
REMERCIEMENTS
dédicace
Résumés
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION GÈNÈRALE……………………………………...……….…….02
CHAPITREI : Autour des textes ……………………………………..…………..07
Conclusion générale……………………………………………………….……..55
Bibliographie ……………………………………………………………..…...…..59
1
INTRODUCTION
GÉNÉRALE
Jacob, 1991
Introduction générale
L’œuvre littéraire est comme l’arbre, elle est, d’une certaine manière,
implantée et fixe ses racines dans un contexte sociohistorique donné, dans lequel , les
contemporains ou à ceux qui les précèdent, donc il n’est pas étonnant de trouver la
même pensée pendant un bref ou un long moment chez deux ou plusieurs auteurs qui
s’inspirent d’une façon ou d’une autre de leur vécu qui peut être figuré dans leurs
textes .
crier leurs douleurs au monde entier. On parlera d’une littérature initiée par un groupe
de femmes écrivaines. Cette littérature féminine s’est octroyé une place très
particulièrement.
pas assez de liens pour justifier une étude littéraire comparative qui les place en
relation étroite. Mais si l’on s’intéresse de près à leur biographie, c’est à partir
2
De ce fait l’écriture est, dans les deux cas, le reflet d’un retour en arrière
douloureux.
générale mais aussi l’injustice à l’égard surtout de la petite fille avant qu’elle
seulement d’une lecture du sexe chez nos deux auteures, mais c’est surtout de
l’écriture dont il sera question : une écriture du féminin, une écriture au féminin.
Et si les personnages dans nos deux textes ont l’impression d’avoir une identité
en train de se fragmenter pour se construire, c’est vers ce fil tendu que notre
le « soi » en morceaux d’où l’intérêt de se recoudre par l’écriture chez Nina Bouraoui
et Nancy Huston ?
3
Les multiples identités, que Nina Bouraoui a inventées, ne sont qu'un
moyen pour fuir un destin inévitable qui aurait pu l'amener à la folie. Nancy
constituer pour ses personnages une identité duelle qui serait à l’image de la
sienne.
comme femme qui est souvent seulement devinée dans une société où on la
dissimule.
Et pour ce qui est des figures du dédoublement, nous aspirons à démontrer dans
Afin d'analyser les figures du dédoublement identitaire, nous avons opté pour
l’approche qui nous semble être mieux placée que les autres approches pour
4
Et pour des raisons purement méthodologiques, nous avons choisi dans ce
travail de disposer notre étude qui allie théorie littéraire et analyse en même
temps et ce, en vue d'élaborer une étude harmonieuse qui va de pair avec le
Il est à signaler que cette étude n'est qu'une tentative d'approcher les écrits d'une
écrivaine - qui, jusqu'à présent reste inconnue chez bon nombre de critique
autre Nancy Huston dans son roman Instruments des ténèbres à une autre
écrivaine, très connue dans la scène de la critique littéraire qui est Nina
notre corpus, nous avons décidé de recourir à une critique dont les fondements
vont de pair avec la nature des sujets traités par Nancy Huston et Nina
Bouraoui dans leurs romans. Une Critique thématique s’impose afin d’obtenir
Cette critique est dite thématique née en 1950, la critique thématique a été
1
Cette nouvelle critique s’est surtout développée a l’enseigne de la linguistique, du structuralisme et
de la psychanalyse, trois courants par rapport auxquels la critique thématique a toujours entendu
préserver son autonomie. Elle est en réalité peu soucieuse de rigueur scientifique. Parmi les figures
emblématiques de cette nouvelle critique, on cite: Georges Poulet, Jean Rousset, Jean Starobinski,
Jean-Pierre Richard, tous influencés par les travaux de Gaston Bachelard et qui ont découvert la place
prépondérante prise par certains thèmes, la présence contraignante de certaines structures, signifiant
les uns et les autres la présence d'une manière d'être et d'un projet particulier qu'il s'agit de faire
revivre.
5
Nous allons nous appuyer sur les théories de la critique thématique pour en
expliquer les fondements. L'idée prépondérante est que la littérature n'est pas
un objet de savoir mais une expérience d'essence spirituelle. Georges poulet dit
Nous tenterons dans un premier chapitre intitulé : Autour des textes de traiter les
des ténèbres ».
Dans le cadre du deuxième chapitre intitulé : crise identitaire, nous allons voir
2
POULET, Georges, La conscience critique, Paris, édition du Seul, 1967, p. 45.
6
CHAPITRE I
Autour des textes
Préambule
arsenal d’outils qui peuvent approfondir le texte pour faire paraitre le sens
latent qui échappe souvent du premier regard ou qui pourrait être mal
Etant donné que le roman est un produit social qui renvoie : « Au contexte
global des phénomènes historiques. Des valeurs des coutumes et des concepts
de son époque »2, il est utile de voir le lien qui unit les différentes parties qui
produits objets de notre étude. D’après les propos ci-dessus, l’écriture est
sa réception.
1
Texte littéraire : approches plurielles, les cahiers du CRASC (centre de recherche en anthropologie
sociale et culturelle) coordonnés par M. Daoud, éd. Du CRASC, Oran, N° 7, 2004.p. 07.
2
ZIMA, P.V. Pour une sociologie du romain littéraire. Paris, 1011 8, UGE, 1978, p. 51.
8
Kleiber met l’accent sur le rôle du contexte, quoiqu’il soit linguistique,
Tous ces éléments sont appelés à mettre côte à côte le passé et le présent et
croisement d’écriture
Nina Bouraoui née en France, passe ses premières années d'enfance, les
plus précieuses en Algérie, elle qui porte déjà les prémisses d’une autre culture
et d’une autre langue. A l'âge de quatorze ans, elle retourne avec sa famille en
traditions, deux langues, etc. Donc, dans son roman Garçon manqué, elle
raconte sa déprime, sa douleur et les malheurs qu’elle a vécus entre ces deux
sociétés. Elle raconte avec amertume ce qu’elle a vécu, toute jeune, en Algérie.
Elle raconte comment, pour contourner les regards et la violence des hommes,
elle a effacé un corps féminin, elle raconte comment elle a caché ce corps sous
elle retrouve sa féminité et, le racisme français avec. Cet état de fait a créé, chez
Canada, Mère de deux enfants,. L'auteure est née en 1953 à Calgary (Canada) ,
9
Elle a choisis volontairement l’expatriation elle habite en France, Elle y
habite encore aujourd'hui et écrit en français. Elle n’est pas française car elle
n’est pas née en France et elle n’ya jamais passé son enfance. Et par
Attirée par le mouvement féministe des années 1970, elle a enseigné pendant six
Columbia à Paris. Les Variations Goldberg (1981), son premier roman, est écrit
d'Omaya (1985), Trois fois septembre (1989), Cantique des plaines (1993), La
(1998), Prodige (1999), Visages de l'aube (2001), Dolce agonia (2001) et Son
aux livres de Huston; notamment, Instruments des ténèbres a été en lice pour le
revue « Elle ». Huston a vécu de l'intérieur la dualité dont elle traite dans ses
œuvres. Malgré le succès remporté par ses derniers, très peu d'études sont
encore consacrées à Huston - la majorité des articles abordant son œuvre sont
10
I.2. Garçon manqué, Instruments des ténèbres : entrecroisement
Un double discours est rapporté : d’une part celui des grands-parents maternels
l’aimer notre gendre. Il n’était pas comme les autres » (G.M. p32) , d’autre
part celui de la doxa, ses insultes racistes projetées au-delà de la guerre sur
« La guerre pour tous. » La chevelure blonde de la mère est souillée par les
crachats. Partir, quitter son ami Amine, ne plus être les « Pieds-noirs de la
11
Si l’ambigüité et la perte correspond aux origines de l’écriture, il y a un procédé de
feed-back : c’est incontestablement à partir de l’écriture que les maux et les troubles
peuvent se dire, il faut une certaine maturation des réflexions et des mots pour que
naisse la tentative dans les textes de connaissance du soi. L’écriture permet de donner
vie, donner une nouvelle naissance mais aussi à l’écriture elle-même, à l’auteur qui ne
sait pas nécessairement pour quelles raisons il écrit, mais qui a la conviction qu’il doit
écrire.
de son enveloppe, de sa condition, et c’est encore plus vrai lorsque l’écrivain est une
femme.
instrument de meurtre :
« Nous n'y pouvons rien. Nina, verrouillée de l'intérieur. C'est moi qu'il faut
sauver. Me faire parler de force. Parle Ahmed ! Parle, Brio ! Seul le langage
(G.M.p64).
Le meurtre de « Yasmina » est ici avant tout un acte de langage, et « l'assassinat » est
Nina en tant que pseudonyme auctorial, et Ahmed et Brio. Cette mise en scène d'une
affilie le récit à ceux qui font de « l'aventure du langage » une motivation centrale du
récit de soi3.
3
CF. Serge Doubrovsky, Fils (Le), Paris, 2001. Serge Doubrovsky est l'inventeur du terme «
autofiction ». Voici la fameuse phrase où il distingue autobiographie et autofiction :
12
Si l'on lit Garçon manqué en restant attentif au déploiement lexical d'une
j'oublie la voix de l'homme. Ainsi j'efface ses mains douces sur mon visage.
Certes, l'homme auquel il est fait référence désigne l'inconnu qui a tenté de la
kidnapper, mais le fait que le personnage reste anonyme est aussi un moyen de
noté quelques lignes plus loin : « Je plaque mes cheveux en arrière. Je porte un
(G.M.p111).
décrites comme des mascarades, des jeux au sein desquels les signes de la
13
Par analogie, c'est le travail de fictionnalisation qui échoue à effacer entièrement
déni et l'image du masque pour rendre compte du désir lesbien dessiné en creux
Puis je retrouve l'inconnu. Ses traits derrière mes traits. Son masque sur mon
masque. Je me travestis. Seule. Sans ma sœur. Sans Amine. C'est une négation.
est un des arguments homophobes que Judith Butler déconstruit dans Ces corps
qui comptent en montrant que cette forme de stigmatisation est une manière de
désir lesbien : ce désir est représenté comme l'effet fatal d'un déraillement de la
jamais faux.4
4
Judith Butler, Ces corps qui comptent, op cit, p.135.
14
Cependant, si les performances de masculinité relèvent du domaine de
Nina avance ainsi, pendant son enfance, comme une bête traquée, objet de
entretient avec son fils a des accents homo-érotiques. Par peur « que son fils ne
pris eux aussi d'un doute, mettent alors en place un système de genre classiste :
Nina ne fréquentera plus que des filles, Amine ira avec les garçons. Traquée de
toute part, Nina est forcée de se taire, de dissimuler. Ainsi, Amine restera l'ami-
Mais c'est aussi, non seulement parce qu'elle ne se sait pas lesbienne, mais que
précisément ce qu'elle doit taire. Ici, le but n'est pas de déterminer si la relation entre
15
l'ignorance au travers duquel le « je » s'appréhende est interdépendant d'une remise en
intrigue plus complexes. Dans ce roman, Huston trace deux histoires alternées
Française du 17e siècle, tout en notant dans son journal les vicissitudes de sa
propre vie. Peu à peu, nous découvrons qu’à trois siècles de distance, ces deux
rebaptisée Nada, le rien, car c’est ainsi qu’elle veut qu’on l’appelle, depuis
qu’elle a compris « que I, le je, n’existait pas ». Nada se présente comme une
d’hommes qu’elle aimés et qui ne sont plus là ou ne sont plus rien. Elle écrit,
aimerait écrire mais n’y parvient pas. Pour ce faire elle fait intervenir un
qu’elle nomme « mon daimon » avec qui elle entraine plusieurs conversations et
qui est son inspirateur. De plus, il ya un secret qui la hante et qui n’a cessé de
16
Biber ou il utilise une scrodatura, une discordance. Il s’agit du roman qu’écrit
Barbe. Sans mère pour s’occuper d’eux, la vie parait dès le début une succession
chaotique, bouleversée par les famines et les épidémies qui la font changer
régulièrement de famille. Elle est trainée dés son plus jeune âge, de maison en
maison, tout juste bonne à servir de souillon. Elle ne connaît qu’une brève
tout à fait seule s’il n’y avait, au fond d’elle, l’espoir de retrouver un jour son
chacun de leur coté, unis toutefois par la pensée de l’autre. Le malheur qui les
attend est le fait que Barbe tombe enceinte de l’un de ses employeurs. Elle est
foyer. Elle cache alors sa grossesse, mais son secret ne tardera pas à être connu
entre elle et son frère jumeau fait que ce dernier la remplace et meurt à sa place.
Nadia, notre narratrice s’identifie à Barbe, elle partage avec elle les douleurs de
étouffante de démon.
17
L'évolution du roman nous montre alors l'entrecroisement des récits, Barbe
serait lointaine parente de Nadia mais dans des époques différentes, vivent la
même histoire. Nadia se sert du roman qu'elle écrit pour trouver une
fait resurgir des fantômes du passé ; celui de frère jumeau de Nadia, mort-né,
au caractère difficile. Couple que Nadia devenue Nada ne souhaite que perdre
de vue. Et enfin ce « Tom Pouce », fœtus non désiré qui eu le temps de grossir
éléments qui sont intervenus dans la production de ces deux œuvres, à l’instar de
Et c’est à travers une écriture originelle dans nos romans que nos deux
écrivaines ont refusé de créer un sujet unique et de ce fait constituer pour leurs
personnages une identité duelle qui serait à l’image des leurs. Ces personnages
sans fissure mais qui finalement acceptent la pluralité comme valeur constituant
18
CHAPITRE II
Crise identitaire
II-1-Définition de l’identité
couramment les papiers d’identité. Ce terme est très employé dans les
Par conséquent, pour cerner le terme identité, il s’avère nécessaire d’en faire l'étude
historique. Selon Kaufman : «les papiers de l'identité sont liés à l'émergence de l'Etat.»2
Ceci signifie, comme nous l'avons dit, que l'identité est apparue avec la manifestation des
1
KAFMAN. J. Claude. Emission proposée par Elodie Coutejoie. Référence : Foc.207,. Adresse directe du
fichier : MP3 :http://www.canalacadémie.com/emission/ Foc207.mp3. Adresse de cet article
:http://www.canalacadémie.com/ L-identité.htm1/.Site Consulté le 2O/2/2O18.
2
Idem.
20
" papiers d'identité". Ces derniers sont apparus avec l'émergence de l'Etat qui est définie
« Avant l'Etat, dans une communauté, il n’y a pas besoin de papiers pour que la communauté
connaît soi-même, mais à cause de la séparation entre l'Etat et la société, l'Etat a besoin de
papiers pour connaître ses administratifs, qui n'a pas de papiers, il n'a pas d'existence.»4.
encore, flou. Pour Paul Ricoeur : « Identifier quelque chose, c'est pouvoir faire
celle dont nous avons l'intention de parler. »6 .Ceci implique que, pour prouver
comparant à d'autres personnes qui appartiennent à un groupe social précis, tel que :
le sexe, la profession, l'état civile, etc. Le concept de l'identité a une relation directe
L’identité est donc, un phénomène actif qui subit, à tout moment, de changements. Par
population qui constitue un Etat et son support est instrumental (la carte
3
Idem.
4
Idem
5
Dictionnaire Le Petit Robert. Nathan.2003.
6
RICOEUR. Paul. Soi-même comme un autre. Paris Seuil. 1990. p. 39.
21
l'appartenance religieuse ou ethnique à une communauté et son support
devient complexe car, si nous rattachons le terme identité aux papiers d'identité, le
sens de l'identité restera toujours vague. Les papiers d'identité sont un ensemble de
La carte d'identité n’englobe pas toutes les particularités d'un individu par rapport
aux autres individus. Elle contient des « données qui déterminent chaque personne
toutes les caractéristiques et les valeurs communes entre l'individu et l'autre, et entre
l'individu et autrui.
De ce fait, nous ne pouvons plus étudier l'identité d'un individu sans le comparer à un
autre individu qui appartient au même groupe social car quand nous parlons de l'identité
d'un individu, nous pensons que cet individu porte les caractéristiques d'un autre individu.
L'autre est ainsi, toujours présent en lui et, comme l'a dit Kaufman : « On ne peut pas se
construire tout seul soi-même, c'est toujours dans l'échange avec les autres, sous le
regard des autres qu'on se le construit. »9 . Le Dr. Mohamed Meslem a aussi défini le
concept identité :
7
LARONDE. Michel. Autour du roman Beur, Immigration et identité. L’Harmattan, 2004, p. 144.
8
www. Dictionnaire de la langue française.com.
9
KAFMAN. J. Claude. Op. Cit. p.77-78.
22
« L'identité en général, c'est la représentation de soi qui permet à l'individu de
les objets sont des facteurs déterminants, c'est donc la différence avec l'autre et
la similitude avec soi même qui constituent les variables les plus pertinentes
L'identité de l'individu est l'image de soi. Ce sont des paramètres qui le défèrentie
de autres et en même temps qui lui sont propre. Ces paramètres sont la preuve de
son existence et lui permettent de s'affirmer. La même idée est exprimée par
Erikson.
existentielle dans les temps et dans l'espace, et la perception du fait que les
En effet, il nous semble que le Dr. Mohamed Meslem et Erikson partagent avec
Kaufman l'idée que l'identité de chaque individu se construit à partir des échanges
avec les identités des autres personnes ; ils ajoutent aussi une autre idée à celle de
Kaufman, celle qui affirme que l'identité de chaque personne se forme à partir de
deux expressions qui joignent "l'autre" à "soi-même". Ceci signifie que, l'identité de
toute personne, comprend deux parties : le côté qui la rassemble à l'autre, aux
autres, d'une part et d'autre part, le côté qui la différencie et qui la diversifie des
10
Dr. MESLEM. Mohamed. Psychologie et culture : la femme ; la valeur Mystifiée. Kortoba. 2006. p. 49.
11
ERIKSON.E.H. Adolescence et crise, la quête de l’identité. Flammarion. 1977. p. 49.
23
En plus, l'identité se réalise au niveau de deux cotés : le côté psychologique qui
A partir de ces définitions citées par Michel Laronde, Erikson et le Dr. Meslem
veut dire que chaque identité comprend une part individuelle substituée par
En effet, les deux dernières définitions de l'identité annoncées par Michel Laronde,
nous conduisent à analyser deux autres termes très essentiels dans le discours
collective. Une identité individuelle qui se projette dans les autres et c’est
Le féminin et la féminité sont des notions assez floues, tant du point de vue
conscience féminine, fait appel à d’autres travaux pour les définir : « Jean et
Monique Cournut ont distingué le féminin de la féminité : le premier est une qualité
psychologique présente aussi bien chez la femme que chez l’homme, il est interne ;
la seconde est la forme que prend chez la femme ce féminin ; ces expressions sont
donc secondes, celles qui se donnent à voir au monde, sans toutefois tout montrer,
mais assez pour suggérer à l’homme que chez la femme il y a un féminin à prendre
dont il peut jouir. Par moments défensive, la féminité s’érige alors en porte-
étendard. ».12
12
Eiguer, Alberto, L’Eveil de la conscience féminine, Paris, Bayard, 2002, p. 21.
24
La féminité serait donc purement féminine et inaccessible à l’homme en tant
que sentiment et vise vers çà, mais l’être humain pourrait en revanche disposer du
féminin ou du masculin (selon le sexe), le vivre. C’est sur ce présupposé que nous
nous baserons pour pouvoir nous interroger sur une éventuelle «écriture au féminin
s’agit pour chacune des femmes et de ne se référer qu’à sa propre perception pour
« Le discours sur ce qu’est une femme se présente comme une évidence, il est
étayé par des arguments, des histoires, des légendes. A partir de là, elle doit à la
Huston. A travers cette écriture, elle se place en porte-à-faux par rapport aux
pas uniquement dans la reconnaissance d’une unité féminine : il est aussi question
« Qu’une femme soit de sexe féminin ne dit rien sur la perception qu’elle aura d’elle -
même comme femme. (…) Le rapport à soi d’une femme n’est jamais une
13
Ibid. , p. 22 .
25
identification sans reste au féminin ; elle consiste plutôt en une forme d’identité par
couches […], à la fois cet être humain particulier que je suis et la femme que je
suis. »14.
Outre les précisions qu’elle nous donne sur la définition de la femme, cette phrase nous
conforte dans une volonté de ne pas évoluer dans une critique systématique de la
différence des sexes. Si une femme est femme, il ne faut pas oublier qu’elle est d’abord
être humain, et c’est en premier lieu en tant qu’auteure qu’elle doit, selon nous, être
abordée.
avec le frère, lorsqu’ils étaient enfants et chez Bouraoui c’est surtout la recherche
dépasser, il semble qu’il y ait une perpétuelle quête de l’Autre, autrement dit de
l’autre sexe, souvent à travers l’être aimé. Chez nos deux auteures le lien entre
toute l’ambiguïté des rapports entre les sexes, les liens entre masculin et féminin.
Ces deux écrivaines, revendiquent donc, une bisexualité, présente chez les femmes,
dans la mesure où ces dernières acceptent la part de masculin qui se trouve en elles.
14
Monique Canto-Sperber, Identité en question, Folio , 2002, p. 27.
26
II .4 . « Je » est une autre
narrataire à qui s’adresse un "Je" narrateur. Le texte se présente, pour une grande
"Tu". Cela peut être un choix de l’auteure, car Philippe Lejeune à propos de cette
"tu" ».15
Nina, supposée être auteure, narratrice et personnage s’adresse dans son dialogue
intérieur à Amine, son ami d’enfance imaginaire et culturellement marqué par son
prénom, se décèle une communication entre deux « Moi », celui du présent et celui
du passé laissé en Algérie et qui ne cesse de hanter la narration. Sur cet aspect
un tiers, l’éventuel auditeur ou lecteur : celui-ci assiste à un discours qui lui est
destiné, même s’il ne lui est pas adressé ».16 A ce narrataire intra diégétique
l’écriture de l’auteure, et vu comme celui qui connaît son œuvre. Il s’agit d’une
15
LEJEUNE, Philippe. Le Pacte autobiographique. Paris : Seuil, 1975, p. 17.
16 LEJEUNE, Philippe. Je est un autre. Paris : Seuil, 1980. “Coll. Poétique », p.37.
27
signale alors comme celui qui incarne ses représentations intérieures en restituant
les interprétations idéales attendues. C’est l’autre « Moi » qui fait en sorte de
Ce n’est pas la honte. Non. Certainement pas. Je n’ai pas honte d’être aussi
algérienne. Jamais, d’ailleurs. J’en serai fière. J’en userai. Par provocation. Par
arrogance. J’étoufferai mon côté français. Par vengeance de ses silences enfantins.
Ces omissions. Ce n’est pas la peur non plus. Je n’ai pas peur des mots, bougnoule,
bicot, melon. Je peux les entendre. Les laisser me traverser. Me noyer. Ils me
Mais cela ne va pas sans un penchant pour la mise en scène de soi dans
l’affrontement et l’affirmation d’un lieu d’écriture et d’une parole qui ne sont donc
Bivona17, qui admet le caractère ambigu et ouvert de cette démarche initiée par
dans un espace migrant, qui n’est ni celui des français sur le Maghreb, ni celui des
Maghrébins sur eux-mêmes, ni celui des Maghrébins sur la France. L’intérêt de cette
écriture est –entre autre- dans l’intégration, sous forme fantasmatique, d’une vision
17
Rosalia BIVONA est l’une des premières chercheuses à s’être penchée sur l’œuvre de Nina Bouraoui.
28
phallique telle qu’on peut la voir dans le regard d’écrivains comme Georges Bataille
du côté occidental ou Rachid Boudjedra du côté algérien, mais dans une matière
son œuvre.
Que faire de cette personnalité qui se défait en même temps qu’elle se tisse ?
l’écriture de Nina Bouraoui se fait instable, irrégulière et passe d’un état à un autre,
première vie.
velléité d’homogénéité.
18
BIVONA, Rosalia. « Un symptôme de greffe à l’intérieur de la littérature algérienne d’expression
française : Georges Bataille et Nina Bouraoui ». Dans Revista Complutense de estudios, n°7, Thélème,
1995, pp.45-51.
29
II.6. Eclatement du moi
Huston c’est donc en premier lieu, le résultat d’une appartenance à un pays qui
conçoit comme richesse créatrice mais aussi comme déchirure identitaire .Cette
mais aussi d’une pluri-appartenance. Cette nouvelle identité qu’elle doit s’inventer
propre terrain pour la mettre à l’épreuve d’autres domaines tels que la science, la
philosophie ou l’éthique.
L’émigration est le fruit des multiples changements que connait notre univers
depuis plus d’un siècle. Certains écrivains émigrent pour échapper à la violence et
les guerres dans leur sociétés Il y a aussi ceux qui quittent leurs terres natales non
pas à cause des guerres et des problèmes de malnutrition mais ils partent juste pour
Nancy Huston comme Nina Bouraoui, figure parmi les écrivains d’expression
littéraires. L’exil dans l’œuvre de Nancy Huston se traduit par une recherche
30
Nancy Huston ainsi que chez tous les autres écrivains de l’exil des années 1980,
phénomène qu’il vit, soit comme douleur existentielle, soit comme un processus
Nous estimons qu’il est nécessaire de procéder à une analyse titrologique du roman
en entier ainsi qu’à ces deux récits internes. Les titres de ce roman ont une
Couperin composé au nombre de trois et pour des voix de femmes en 1714 et 1715.
Ces trois voix de femmes pourraient être dans notre roman Nancy Huston elle-
19
La scordatura est une manière d'accorder les instruments à cordes (violon, violoncelle, viole,
luth, guitare, viole d'amour, etc.) qui s'écarte de l'accord usuel. Cette technique est utilisée à la Renaissance
sur les instruments à cordes pincées (luth, guiterne) et les pièces comportant cet artifice sont précédées des
expressions à cordes ravallées, à corde avalée ou avallée. L'un des premiers compositeurs1 à publier une
pièce pour violon en scordatura est Biagio Marini, dans son opus 82, en 1629. Cet usage permet d'utiliser
des accords inhabituels et modifie la tension des cordes, ce qui produit aussi des effets sonores
nouveaux.Cf. Dictionnaire Robert.
31
Par la suite, nous avons le titre du « Carnet Scordatura ». Récit intime de la
Von Biber à la lumière des paroles de Gilbert Durand qui estime que «c’est dans les
la musicalité ».
présente dans ce texte pour compléter la parole et l’image littéraire. Pour rendre
plus explicite cette idée, nous tenterons une explication du texte qui nous révélera
Nadia dans et ce, tout en respectant le principe de la musique sérielle qui est le fait
de répéter tout en variant, des figures qui élaborent le cadre structurel du récit.
32
Quant à Nadia, elle devient en quelque sorte le fil conducteur qui sous-tend toute
pour l’élaboration d’un cadre structurel qui servira à organiser son histoire.
offre au lecteur cette définition avec une conclusion qui sera le point de départ de
compositeurs de la période baroque s’amusaient à tripoter l’accord des violes et des violons,
montant d’un ton par-ci, baissant par-là, pour permettre au musicien de jouer des intervalles
Ce violon devenu à présent désaccordé, permet à Nadia de s’identifier à lui : dès que
amples détails sur ce fait musical, des détails que seul un musicien peut donner :
L’accord normal des quatre cordes, c’est Sol, ré, la, mi, n’est-ce pas ? Bon. Alors
dans un premier temps, tu prends les deux cordes médianes et tu les croises derrière
le chevalet, ensuite tu les croises encore sur le chevillier, et enfin tu abaisses la corde
de la d’un ton à sol. Le résultat de cet ajustement c’est que les première et troisième
cordes se retrouvent côte à côte et accordées à l’octave (ré), tandis que les deuxième
33
Elle ajoute aussi :
Ainsi, poursuivit Stella, la musique étant notée comme si le violon était accordé
normalement, le son qui sort de l’instrument n’a rien à voir avec ce qui est écrit sur
la partition. On peut, par exemple, suivre sur la portée des notes qui montent tout
en s’entendant jouer des notes qui descendent. Ou lire un accord majeur et produire
Nadia ose même dire que sa mère -qui était musicienne- a vécu un moment
Rosaire de Biber fut pour Elisa un moment d’extase pure : elle avait
l’impression, par ce décalage inouï entre les notes écrites et les sons produits,
mariage et les cinq enfants qu’elle a eus l’ont presque tuée en la désaccordant :
Quand elle était jeune. Avant qu’on ne la tue. Nous tous, séparément et
Ce désaccord que les enfants ont causé à leur mère apparaît au niveau d’une
peut-on dire encore qu’il s’agisse de la même personne, peut-on lui donner
34
En outre, l’image de l’instrument désaccordé qu’est Nadia et sa mère ne cesse de
revenir dans le récit de notre narratrice. Des instruments musicaux à qui on a fait
Hôlderlin ?
clavier, il s’est mis à improviser, sans jamais savoir quelles notes allaient
ténèbres, p.57)
Nadia insiste encore une fois sur sa discordance et cette fois-ci, en racontant son
Ce jour-là, j’étais assise sur ses (Eric, l’ami à Elisa) genoux, et une fois
pendant que lui bougeait ses doigts sur le manche et, stupidement bien
sûr, j’étais fière, étonnée, ravie par la beauté des sons qui en sortaient.
m’en vantai devant mon père, Elisa dit sèchement : « ne sois pas
Voilà.
35
Nada. (Instruments des ténèbres. p. 6l)
ne serai insouciante. La lame était sous ma peau. C’était ainsi : j’avais cru
être heureuse, alors qu’en fait je n’avais été que ridicule. Scordatura. On
Cordes, plume, sourire, cœur- tout chez moi est tordu. Tu avais beau me
ténèbres, p.61)
comme un violon qui ne produit pas les sons qu’on attend de lui. Ce sentiment rend
Eric, qui l’avait remplacée comme premier violon dans l’Ensemble, était
venu à la maison (il est mort maintenant, tout cela est mort depuis
longtemps, tout sauf les dégâts- nada nada napalm- qui en ont résulté).
Napalm ! Cela ne voudrait-il pas renvoyer à l’essence gélifiée utilisée dans les
36
Comme si ces mielleuseries n’avaient rien à voir avec moi -alors qu’en
réalité si, elles avaient même tout à voir avec moi puisque, au moment
suis mal, mal, ma main pèse une tonne. (Instruments des ténèbres, p. 88).
D’ailleurs le mariage des parents de Nadia n’a été qu’une erreur qui a mis fin à la
famille. Nadia donne même un exemple de la discorde de son père lors d’un concert
d’Elisa :
(...) et, s’asseyant au clavier, se lança -avec force gestes parodiques des
Je suis persuadée que dans son esprit la famille était conçue à l’avance comme le
violon, aidant les autres à s’accorder puis les dirigeants avec son archet.
Le père est donc à l’origine de toute la discordance de sa famille et la fin de carrière de sa femme.
Il avait épousé l’oiseau pour étouffer son chant. (Instruments des ténèbres, p. 119)
37
Ce mariage n’était en fait qu’une fausse de note :
Elle ne se sentait pas bien ou elle était encore enceinte à nouveau ou il manquait
une corde à son violon. (...) de plus en plus de fausses notes. (Instruments des
ténèbres, p. 122)
Mis à part le mariage, les discordes de tout genre viennent à l’esprit d’Elisa. Elle pense
« Elisa dut sentir que Dieu l’avait abandonnée ; elle dut se demander
Elle qui connaissait par cœur les dissonances insensées des Sonates sur les mystères
du Rosaire de Heinrich Ignaz Franz Von Biber n’arrivait simplement pas à croire
que sa réalité était désormais celle- là, et que l’homme qu’elle aimait, tout en
retourner contre elle, furibard, et de lui lancer une chemise à la figure. (Instruments
En fait, tout le mariage était construit sur une fausse note et Nadia en était la cause :
« Leur discorde semblait être un message adressé à moi, le résultat d’une faute que je
devais racheter coûte que coûte. » (Instruments des ténèbres, p. 175) .Elle est elle-même
le produit d’une dissonance, par extension, le produit de deux sons qui ne s’accordent
pas : « Mes parents étaient diabolus in musica fait chair. Et moi, je suis le produit de
cette dissonance. Scordatura. Sans doute. Sans blague ». (Instruments des ténèbres, p.
253)
38
Et de même que pour sa mère, Nadia se rappelle des dissonances qu’elle a rencontrées
dans sa vie et qui deviennent obsédantes. Elle se rappelle un rêve où des notes musicales
s’échappaient d’elle :
Rêve dans lequel (...) je suis en train de jouer du violon, mais les notes n’arrêtent
seule note, et de petites tomates cerises se mettent à rouler moqueusement parmi les
De même, elle considère le bébé dont elle a avorté aussi comme une Scordatura de plus
dans sa vie :
Avait-elle oublié que depuis la dernière fausse couche- innommable, presque fatale,
trente ans plus tôt- ils faisaient chambre à part ? Scordare : désaccorder. Oublier.
discordance dans le plan de la conception narrative. Elle se manifeste cette fois-ci sous la
forme d’une transformation de l’histoire originelle de Barbe Durand qui, au lieu d’accepter
son sort, se substitue à son frère et exécute le principe musical de la fugue qui a travaillé
tout le texte. La fugue, c’est aussi la fuite et dans une fugue, la première voix fuit au
moment où la réponse arrive, ou bien les deux voix s’entrecoupent se fuyant l’une l’autre
récit de Nadia et cette dernière dit même que Barbe aura une aventure avec Jean-Jacques
39
Rousseau qui lui apprendra à lire la musique et à chanter, chose qu’il ne lui était pas
permise avant.
aussi à des extraits de comptines pour enfants, des mélodies ou des pastorales. Par ce
processus d’imbrication, Nancy Huston privilégie les renvois, les rappels, ou les
correspondances à établir entre les différents textes ainsi juxtaposés. Ces extraits sont
souvent chantés par Bamabé ou par sa mère Marthe et comme le précise Patricia-Léa
Paillot dans son article « cacophonie corporelle dans Instruments des ténèbres de Nancy
Huston20 », la musique est corollaire de l’imaginaire du corps. Les visions que Bamabé a
de sa mère sont toutes associées à la musique qui les génère. Les chants s’immiscent dans
une langue défaillante, et ils servent de relais dans un univers où les personnages sont
écartés des lignes directes, divisés, séparés même de leur propre corps où la brisure est
toujours imminente.
Tes moutons, ma bergère, ils sont bien écartés, Ils sont dedans la plaine, on les voit
plus aller. Tes moutons, ma bergère, ils sont bien écartés, Ils sont dedans la plaine,
on les voit plus aller. - Mes moutons, ils marchent au courant de l’eau.
Mon Berger les rassemble, au chant des oiseaux. (Instruments des ténèbres, p. 129)
Cette même chanson a été reprise par Elisa, la mère de Nadia, et son ami Edmund
quelques pages plus loin, signes que les deux récits sont en échos.
Barbe quant à elle, n’a jamais chanté avant sa fuite. Elle se contentait seulement
d’écouter les autres. D’ailleurs, le jour de son accouchement qui était la veille de
Cité in Vision, division : l’œuvre de Nancy Huston / sous la direction de Marta Dvorak et Jane Koustas.
20
Une nouvelle fois, Dieu acquiesce : il fait entendre à Barbe les sublimes Vêpres de
p.273)
voix. Nous y retrouve une écriture qu’on pourrait qualifier de contrapuntique (qui
En effet elle agence des récits comme autant de règles, en répondant les diverses «
voix » qui élaborent parfois un même motif, mais leurs discours sont décalés les
uns par rapport aux autres. Et comme l’explique Patricia-Léa Paillot21, la musique
est donc la clef de voûte d’un système de correspondances qui efface les frontières
entre temps, espaces, codes et conventions littéraires comme la rupture des accords
et qui est apte à représenter le corps en entier dans son refus d’obéir et de se laisser
trame narrative, le lecteur doit accepter de rapprocher toutes les fausses notes du
21
L’Article intitulé « Cacophonie corporelle dans Instruments des ténèbres de Nancy Huston » cité in «
Vision et division : l’œuvre de Nancy Huston », op. cit.
41
Au sortir de ce point, nous pouvons arguer que de la figure de la Scordatura
d’Heinrich Von Biber qui hante le récit de Nadia n’est qu’une métaphore des
identités multiples de Nancy Huston qui n’arrivent pas à s’accorder entre elles et
qui ne sont que de fausses notes en échos constants qui ne peuvent pas former un
tout cohérent. Ainsi, la musique de laquelle s’est inspirée notre auteure a structuré
un récit où tous les éléments d’une même personne n’aboutissent pas à la fusion et
ténèbres de Nancy Huston ne sont que des processus semblables qui mènent
A la fin de cette analyse de la discordance de l’etre chez Huston, nous estimons que
c’est le choix de l’estampille musicale qui sera la facture textuelle du roman dont la
Pour Huston, le « moi » est une entité fragile et constamment menacée. Ses
personnages sont conscients qu’ils pèsent peu face à un monde qui les ignore et les
menace.
atteindre ce type de stabilité. Dans Instruments des ténèbres, quand Barbe parle à
son frère, elle semble parler à son reflet. Son frère, pour sa part, a des visions de sa
42
mère morte qui sont une sorte de projection de ses propres désirs et élans
mystiques. Quand il parle avec cette vision, c’est comme s’il se parlait.
Naturellement, quand il retrouve Barbe, cet autre moi beaucoup plus réel et présent,
il n’a plus besoin de la vision de sa mère, qui cesse de lui rendre visite.
Nadia, qui prend le nom Nada pour illustrer le fait d’avoir perdu son identité et qui
se compare à «la page blanche» (Instruments des Ténèbres, p.369), acquiert une
jamais à se retrouver, elle finit par déclarer qu’au contraire, elle s’est retrouvée :
sur la vie de Barbe porte le titre La Sonate de la résurrection, ce qui indique que,
grâce à son écriture, elle renaît. Elle dit, à propos de ce récit : «Enfin, grâce à La
Enfin, pour sortir de toutes ces apories identitaires dont souffre nos deux écrivaines, il
quête de son intégrité initiale. Ceci nous mène au dernier chapitre de notre travail :
43
CHAPITRE III
Écriture /musique : échappatoire à une
conscience tourmentée
Préambule
dans un parcours généalogique fondé sur des rapports de rejet et d’amour et qui
ne peut être que problématique au sein d’une culture qui l’accueille ; notamment
lorsque surgissent des discours assignant à l’identité des catégories bien définies.
Cette écriture, de l’entre deux institue une démarche créatrice spécifique qui
dans l’écriture.
« Tous les matins je vérifie mon identité. J'ai qu atre problèmes. Française ?
est à l’œuvre, un sujet fictif dont le corrélat est la figure de l'auteur qui signe
45
narration intradiégétique dont l’objet est son -Propre Moi. Au
on tombe dans la facilité qui consiste à opposer les noms algériens ou arabes
la force d'assertion. Le nom propre est le signe d'un signifié plein, fixe et,
mère, voici le premier postul at que le texte énonce. Le nom propre est le
46
"Être française, c'est être sans mon père, sans sa force, sans ses yeux, sans
sa main qui conduit. Être \ algérienne, c'est être sans ma mère, sans son
visage, sans sa ' voix, sans ses mains qui protègent" "(G.M.p.22)
facile.
Moi, je suis terriblement libre et entravée. "Tu n'es pas française." "Tu n'es
pas algérienne." Je suis tout. Je ne suis rien. Ma peau. Mes yeux. Ma voix.
Mon corps s'enferme par deux fois. Je reste avec ma mère. Je reste avec mon
père. Je prends des deux. Je perds des deux. Chaque partie se fond à l'autre
puis s'en détache. Elles s'embrassent et se disputent. C'est une guerre. C'est
une union. C'est un rejet. C'est une séduction. Je ne choisis pas. Je vais et je
Je cours immobile. Mes nuits sont algériennes. [...] Mes jours sont français
[...]. Nous sommes entre la France et l'Algérie, pris dans , l'hiver du Sud, une
être double :
« J'ai deux passeports. Je n'ai qu'un seul visage. Les Algériens ne me voient
pas. Les Français ne comprennent pas. Je construis un mur contre les autres.
Les autres. Leurs lèvres. Leurs yeux qui cherchent sur mon corps une trace
47
de ma mère, un signe de mon père. "Elle a le sourire de Maryvonne." "Elle a
les gestes de Rachid." Être séparée toujours de l'un et de l'autre. Porter une
Qui a gagné sur moi ? Sur ma voix ? Sur mon visage ? Sur mon corps qui
"Je deviens une étrangère par ma mère. [...] je deviens algérienne avec
mon père"(G.M.p.15).
jouissance.
48
La dernière partie, une lettre-prologue, propose un dépassement du
Cette partie s'énonce comme un résumé de ce qui précède et, aussi, comme
algérien marqué par l'odeur — « Nous étions fin août, début septembre.
me souviens pas. C'est un instant blanc. [...] C'est un camp. C'est une
concentration » (G.M.p.49-5O).
49
La narratrice/protagoniste se projette en tant qu'auteur fictif pour produire
désertion. Mais quel camp devrais -je choisir ? Quelle partie de moi
violence »(G.M.p.(59).
L’écriture devient vengeance chez Nina Bouraoui . Mais l’identité se fantasme pas
à partir de l’état civil de son auteur ; elle se dévoile – ou se voile – dans son substrat.
Huston, nous retenons les stratégies de mise en forme déployées dans certains de ses
textes romanesques en correspondance avec une musicalité qui mérite qu’on s’y
polyphoniques par les critiques. Ce terme, même s’il renvoi à une pluralité des voix, il
est d’abord un terme relevant du champ lexical de la musique. Dans cette optique, le
Concernant la fugue musicale dan le roman, ce qui nous incite à penser à cette
technique c’est l’entrelacement des chants de divers personnages et parfois mêmes des
multiples voix d’un seul personnage. En vérité, la fugue se compose de plusieurs voix
50
qui se répondent les unes aux autres de sorte que de voix disparates, elles s’entremêlent
pour composer un ensemble uni. Cet ensemble, au lieu de faire l’unité du texte, appuie
Nancy Huston fait comprendre d’une façon pénétrante et en variant constamment son
plus souvent de la vie d’une musicienne. David A. Powell pense surtout à Liliane dans
Les Variations Goldberg, mais aussi à Marthe, la mère des jumeaux dans Instruments
des ténèbres. Tous, des personnages ayant un rapport conflictuel ou paisible avec la
En effet, elle-même musicienne, notre auteure entretient une relation assez délicate
avec ses instruments de musique. Ils représentent pour elle ce que représentent ses
deux langues, tantôt indispensables l’une à l’autre, tantôt secondaires l’une vis-à-vis de
l’autre.
2
Nuncy Huston , (1999). Nord perdu, suivi de Douze France. Montréal: Lémeac ,., p.64.
51
Elle explique même la place que tiennent ces deux paires dans sa vie d’aujourd’hui :
Nancy Huston. De même, la musique possède le même statut que l’identité à savoir le
rapport conflictuel. Et de ce fait, le travail du lecteur qui lit une œuvre musico-littéraire
Nancy Huston nous explique dans l’interview d’El Watan4 la présence fréquente de
La structure de ces variations de Bach m’a beaucoup aidée pour ce premier livre.
souvent de la musique en écrivant, en mettant des boules Quiès pour que ça me vienne de
loin. La littérature est pour moi quelque chose de très auditif. Je relis moi- même à voix
haute plusieurs fois mes livres. J’ai envie que chaque mot soit aussi nécessaire dans la
page qu’une note dans une phrase musicale. La musique est pour moi un idéal de densité
significative. Elle ajoute dans son entretien publié dans le magazine Lire5 :
piano ou du clavecin. Rameau, Couperin, Bach, Schubert. Plus tard, la musique reste
3
Idem., p. 64-65.
4
Interviewé par Ferhani Ameziane, op. cit.
5
Interviewé par Catherine Argand, op. cit.
52
présente, mais sur disque cette fois. Je l’écoute avec des boules Quiès. Cela me donne
habituellement avant d’entreprendre son écriture. Elle agit ainsi afin que le ton soit
même, la littérature devient pour elle quelque chose d’auditif où chaque mot
de Nancy Huston et c’est ce rapport étroit entre la musique et son « moi » intime
Si Huston et Bouraoui ont fini par trouver une solution au problème de l’identité, c’est
fond, que le dilemme de tous les êtres humains. Nous sommes tous doubles : individus
libres et victimes de toutes sortes de forces qui nous menacent, sujets parlants
transformés en objets par le discours des autres. En même temps, nous sommes des
exilés, des êtres aliénés dans un monde qui ne tient pas compte de nous, et Huston elle-
même reconnaît cela quand elle écrit : «Dans l’histoire d’une vie il est toujours
En tant que femme et écrivaine, Huston est évidement hypersensible à ces problèmes.
Dans ses écrits elle soulève sans cesse la question qu’elle trouve également chez
Romain Gary, «celle de l’identité au sens le plus mathématique du terme, à savoir, être
un, coïncider avec soi-même» (Tombeau, 14. C’est Huston qui souligne). Mais c’est
grâce au fait d’avoir illustré ce problème dans ses écrits qu’elle a réussi à dévoiler la
présence du double, à se tenir à distance de celui-ci, et, enfin, à coïncider avec elle-
53
CONCLUSION
GÉNÉRALE
« Sois Sage, Ô Ma Douleur, Et Tiens-Toi
Plus Tranquille ! » Charles Baudelaire
Conclusion générale
en l’occurrence Nina Bouraoui dans son roman Garçon manqué et Nancy Huston
Nous avons tout au plus tenté de proposer des chemins qui pourraient nous
rapprocher d’une identité en train de se fragmenter pour se construire.
écrivaines, ce dernier se manifeste dans le mécanisme de cette ’écriture car les multiples
identités, que Nina Bouraoui et Nancy Huston ont inventées, ne sont qu'un moyen pour
fuir un destin inévitable. Elles refusent de créer un sujet unique et de ce fait constituer
pour leurs personnages une identité duelle qui serait à l’image de la leurs.
aspirent à l’harmonisation d’un sujet sans fissure mais qui finalement acceptent la
pluralité comme valeur constituant le soi. Enfin , la crise d’identité chez les personnages
56
de Huston et Bouraoui est aggravée par un sentiment de dédoublement, l’impression
d’être scindé en deux personnalités distinctes. Mais ce dédoublement même contient une
Nous avons choisi de commencer par l'étude du contexte d’émergence des deux
œuvres de notre corpus, car si l’on retrouve la question de l’identité chez nos deux
écrivaine c’est donc en premier lieu, le résultat d’une appartenance à un pays qui
moi résultant d’une souffrance féminine et ceci a été l’objet d’étude de notre
deuxième chapitre.
Enfin, pour sortir de toutes ces apories identitaires dont souffre les personnages
identitaires et ceci a été l’objet d’étude de notre dernier chapitre de notre travail.
Au terme de cette étude nous nous rendons compte que cette dernière n'est
finalement qu'une ouverture à un travail à venir. Une ébauche qui devrait gagner en
57
Bibliographie
Œuvres de Corpus :
Ouvrages et dictionnaires :
. BARTHES R., Roland Barthes par Roland Barthes, Paris : Seuil, 1975 et 1995
française : Georges Bataille et Nina Bouraoui ». Dans Revista Complutense de estudios, n°7, Thélème,
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CHITOUR. Chems Eddine. Histoire religieuse de l’Algérie, l’identité et la religion face à la modernité.
ENAG Edition.2002.
Ruth Amossy, Les Idées reçues. Sémiologie du stéréotype, Paris, Natha n, 1991
édition. 2000.
ZIMA, P.V. Pour une sociologie du romain littéraire. Paris, 1011 8, UGE, 1978.
60
Articles
Pages.135-148.
45-51.
SZMDT (dir.). Algérie : Nouvelles écritures. Paris : L’Harmattan, 2001. Pages 63-73.
http://www.amazon.fr/exec/obidos/tg/feature/-/63663/171-7845551-5405065
61
Sites internet :
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KAFMAN. J. Claude. Emission proposée par Elodie Coutejoie. Référence : Foc.207,. Adresse directe du fichier
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