2018NICED024
2018NICED024
Odontologie
Inès Toucas
THÈSE
Examinateurs :
Madame le Professeur Laurence LUPI- Président du jury
PEGURIER
Madame le Docteur Hélène RAYBAUD Assesseur
Madame le Docteur Catherine PESCI-BARDON Directeur de thèse
Madame le Docteur Christine VOHA Assesseur
Monsieur le Docteur Thomas GEMMI Membre invité
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2
Remerciements :
Je vous suis très reconnaissante d’avoir accepté la présidence de ce jury. Votre bienveillance, votre
optimisme et votre sincère gentillesse ont toujours été des exemples et des lignes de conduite à suivre. Je
vous remercie de votre présence et de votre soutien sans faille, tout au long de ces années.
Soyez assurée de ma sincère gratitude et de ma profonde reconnaissance.
Vous m’avez fait le grand honneur de diriger ma thèse et je vous remercie de l’intérêt que vous y avez
apporté. Je ne pouvais envisager quelqu’un d’autre à cette place. Outre vos connaissances et votre
expérience, vous avez su me transmettre votre dynamisme, votre bonne humeur, et votre spontanéité.
Grâce à elles, les vacations d’urgences furent des moments privilégiés. Je suis très reconnaissante et vous
remercie encore une fois pour votre apprentissage, au sens large du terme.
Je suis très sensible à l’honneur que vous m’avez fait en acceptant de participer à ce jury de thèse.
J’ai eu beaucoup de plaisir à vous seconder lors des vos vacations, et j’en garde de très bons
souvenirs. Veuillez trouver dans ce travail l'expression de ma plus grande estime et mes
remerciements les plus sincères.
Je vous remercie d’avoir accepté de faire partie de mon jury et de juger ce travail, je vous en suis très
reconnaissante. Merci pour votre écoute et votre enseignement tout au long de mes études. Recevez le
témoignage de mon estime et de ma plus vive gratitude.
Je tiens à vous remercier pour avoir accepté de siéger dans ce jury avec spontanéité. Merci pour
vos conseils au fil de vacations, qui m’ont permis de prendre confiance et de m’affirmer dans ma
pratique. Merci également pour votre joie de vivre et cet humour qui vous est propre, et que
j’apprécie. Et enfin merci de donner de votre temps et de votre énergie aux étudiants qui vous
sollicitent.
3
A ma Mamie, je te remercie pour tout ce que tu m’apportes chaque jour. Tu es un exemple de force,
d’intelligence, et de gentillesse. Je suis fière d’être ta petite fille et de ce lien qui nous unit. Je
t’aime.
A Mama, merci pour me soutenir et me guider dans la vie, tu as toujours eu les mots justes. A Fred,
je suis heureuse que tu partages sa vie et encore plus la mienne. Je vous aime.
A Papounet, je te remercie de tout ce que j’ai appris avec toi. Grâce à toi je me sens plus forte. Je
sais que quoiqu’il arrive tu seras toujours là pour nous, merci. A Agnès, merci pour ces bons
moments passés ensemble, montagne, lavandou… mais toujours autour de rouge. Je vous aime.
A mes frères et sœurs, Léonore, Eugénie, Orane et Cyprien, sans qui je ne serais pas qui je suis
aujourd’hui. Je vous aime, et je suis très fière de notre tribu.
A Eve, merci pour ce que tu es, pour tes conseils, et pour ta présence auprès de moi pendant toutes
ces années. A ton frère aussi, Colin cette victime, mais tous les trois on s’est forgé de magnifiques
souvenirs. A toute ta famille, nos vacances étaient à chaque fois mémorables.
A Fanny, tu m’as toujours soutenu, que ce soit à l‘hôpital (..pour toutes mes étourderies), ou dans
ma vie de tous les jours, je sais que tu seras toujours là et que tu essayera de me conseiller au mieux,
pour ça, je t’en remercie mille fois. A Sabine, ma deuxième jumelle apparemment.. haha
A Edgar, je te remercie pour ta patience envers moi (surtout ces derniers mois..). De nombreux et
beaux moments nous attendent, j’ai hâte de t’entendre dire, «el nino bebe el leche » à un lama
chilien grincheux. Je t’aime Bibi.
A ma tata et mon tonton, Béa et Ber, je vous remercie pour votre gentillesse, votre générosité, et
bien entendu pour l’huile, et l’ail que j’aime tant, que ce soit dans l’anchoïade ou les farcis. Mention
spécial pour le délicieux..
A ma bande de cousins, Florent, Gaëtan, Samuel, Nathan, Léopold, et à leurs épouses Vanessa,
Johana, Aurélie, Angélique, je suis heureuse que vous soyez présent, on forme une belle famille et
j’en suis fière.
A mes débilos de copains : Gazan ta taille est à la hauteur de nos soirées, et n’oublie pas : avant
d’être un grand chêne on est d’abord un gland, merci pour ces leçons de vie haha ;Fifi tes cheveux
roux et maintenant longs me répugnent mais malheureusement je t’aime malgré ça ;Truji tu es mon
gros caca à moi et non l’inverse ne l’oublie pas ;Tutur le non respect nous caractérise et j’aime
assez cette proximité qui s’est créée entre le sol du Ghost et mon nez (le tien aussi d’ailleurs..)
A JuCi, je n’ai jamais su s’il y avait un seul N ou un seul R, personne ne le sait d’ailleurs... mais
en tous cas la chartreuse des pères chartreux t’attend dans le repère de Toutou. Et j’espère pouvoir
regoûter le fameux Thé des alpes de papi Jeannot, qui conserve magnifiquement bien.
A Julia mon influenceuse et ma globe trotteuse préférée ;à Laurianne surfeuse à la poigne de fer..
hein fifi.. ;à Levana la Parisienne de cœur qui a retrouvé sa Tour Eiffel, je suis contente que tu sois
épanouie, à Margot petite boule d’amour et de joie..
4
LISTE DES FIGURES:
LISTE DES TABLEAUX:
LISTE DES ANNEXES :
GLOSSAIRE:
1ERE PARTIE : LES BIOMEDICAMENTS
1 DEFINITION:
2 HISTORIQUE:
3 CLASSIFICATION ET NOMENCLATURE:
3.1 CLASSIFICATION DES BIOMEDICAMENTS :
3.1.1 Les anticorps monoclonaux
3.1.2 Les protéines thérapeutiques
3.1.2.1 Les facteurs de croissance
3.1.2.1.1 Erythropoïétines
3.1.2.1.2 G-CSF et GM-CSF
3.1.2.1.3 Gonadotrophine
3.1.2.2 Les hormones
3.1.2.2.1 L’insuline
3.1.2.2.2 Les hormones de croissance
3.1.2.3 Les cytokines
3.1.2.3.1 Les interférons
3.1.2.3.2 Les interleukines
3.1.2.4 Les protéines de fusion
3.1.2.5 Les facteurs plasmatiques
3.1.2.6 Les enzymes
3.1.3 Les vaccins
3.2 NOMENCLATURE INTERNATIONALE :
4 MODE D’ACTION
4.1 … GENERAL :
4.2 … SPECIFIQUE A LA CIBLE :
4.2.1 Lymphocytes B
4.2.1.1 CD20
4.2.1.2 CD22
4.2.1.3 BlyS ou BAFF
4.2.2 Costimulation
4.2.3 Lymphocytes T
4.2.4 Lymphocytes B et T
4.2.5 Réseaux cytokinique
4.2.5.1 TNF- α
4.2.5.2 IL-1
4.2.5.3 IL-2
4.2.5.4 IL-5
4.2.5.5 IL-6
4.2.5.6 IL-10
4.2.6 Système du complément
4.2.7 Recrutement cellulaire
4.2.8 Ostéoclastes
5
4.2.9 Facteurs de croissance
4.2.9.1 VEGF (Vascular endothelial growth factor)
4.2.9.2 HER-2, ErbB-2
4.2.9.3 EGFR (Epidermal Growth Factor)
4.2.10 Entités étrangères
4.2.10.1 Virus
4.2.10.2 Toxines
4.2.10.3 Agent thérapeutique
5 INDICATION :
6 RISQUES ET REPERCUSSIONS:
6.1 ... D’ORDRE GENERAL
6.1.1 Risque liés a l’administration
6.1.2 Risque infectieux
6.1.3 Risque néoplasique
6.1.4 Répercussion cutanées
6.1.4.1 Anti TNFα
6.1.4.2 EGFR
6.1.4.2.1 Éruption acnéiforme
6.1.4.2.2 Xérose cutanée
6.1.4.2.3 Anomalies de phanères
6.1.4.2.4 Manifesatations unguéales
6.1.4.2.5 Radiodermites
6.1.4.3 Anti VEGFR
6.1.5 Répercussion cardiovasculaire
6.1.6 Répercussion métabolique et rénales
6.1.7 Répercussion gastro-intestinale
6.1.8 Répercussion hématologique
6.1.9 Répercussion pulmonaire
6.2 ... D’ORDRE BUCCAL
6.2.1 Répercussion sur les tissus mous
6.2.1.1 Muqueuses orales
6.2.1.1.1 Mucites et ulcérations aphtoïdes
6.2.1.1.2 Réaction lichénoïdes
6.2.1.1.2.1 Étiologie
6.2.1.1.2.2 Présentation clinique
6.2.1.1.2.3 Prévalence
6.2.1.1.3 Glossite migratoire bénigne
6.2.1.2 Glandes salivaires
6.2.1.2.1 Xérostomie
6.2.1.2.1.1 Étiologie
6.2.1.2.1.2 Présentation clinique :
6.2.1.2.1.3 Classification
6.2.1.2.2 Dysgueusie
6.2.1.2.2.1 Étiologie
6.2.1.2.2.2 Présentation clinique
6.2.2 Répercussion sur les tissus durs
6.2.2.1 Parodontite
6.2.2.2 Ostéonécrose des maxillaires
6.2.2.2.1 Étiologie
6.2.2.2.2 Classification
6.2.2.2.3 Prévalence
6.2.2.2.4 Présentation clinique :
6
2EME PARTIE : CONDUITE A TENIR
1 PRISE EN CHARGE D’UN PATIENT CANDIDAT A UN TRAITEMENT
BIOTHERAPEUTIQUE
1.1 Information et enseignement à l’hygiène bucco dentaire favorables
1.2 Eliminer les foyers infectieux bucco dentaire
2 PRISE EN CHARGE D’UN PATIENT SOUS TRAITEMENT BIOTHERAPEUTIQUE
2.1 Pendant traitement
2.1.1 Risque Infectieux
2.1.1.1 Examen clinique
2.1.1.2 Soins non chirurgicaux
2.1.1.2.1 Soins conservateurs
2.1.1.2.2 Sondage parodontale, détartrage
2.1.1.2.3 Anesthésie
2.1.1.3 Soins chirurgicaux à risque infectieux
2.1.1.3.1 Anti TNF α
2.1.1.3.2 Rituximab
2.1.1.3.3 Abatacept
2.1.1.3.4 Tocilizumab
2.1.1.3.5 Bevacizumab
2.1.1.3.6 Dénosumab
2.1.1.4 Implant
2.1.2 Risque Hémorragique
2.1.2.1 Soins non chirurgicaux
2.1.2.2 Soins chirurgicaux
2.1.3 Retard de cicatrisation
2.2 Après traitement
3 PRISE EN CHARGE DES EFFETS SECONDAIRES DE BIOMEDICAMENTS
3.1 Mucites.
3.1.1 Prévention :
3.1.1.1 Au niveau alimentaire
3.1.1.2 Au niveau de l’hygiène buccale
3.1.2 Traitement curatifs :
3.2 Réactions lichénoïdes
3.3 Xérostomie
3.3.1 Prévention
3.3.1.1 Au niveau alimentaire
3.3.1.2 Au niveau de l’hygiène buccale
3.3.2 Curatif
3.4 Dysgeusie
3.5 Ostéonécrose des mâchoires liées au médicaments
3.5.1 Prévention
3.5.1.1 Avant l’intervention
3.5.1.2 Pendant l’intervention
3.5.1.3 Après intervention
3.5.2 En présence d’d’ostéonécrose des mâchoires d’origine médicamenteuse (ONMM)
7
Liste des figures :
Figure 1: Différence entre Aspirine 1nm et 180 Da (à gauche) et Anticorps
monoclonaux 16nm et environ 150 000 Da(à droite) (Mantej Chhina- FDA, 2013). 13
Figure 2: Les grandes dates de l’immunité et de l’immunothérapie ................................... 14
Figure 3: Représentation schématique d’un anticorps .......................................................... 16
Figure 4: Production d’anticorps monoclonaux par la technique des hybridomes.
(L’italien, Roselyne, 2008). ................................................................................................ 17
Figure 5: Evolution des anticorps monoclonaux (Kyla Rodgers et Richard Chou, 2016)
................................................................................................................................................ 18
Figure 6: Classification pharmacologique des 173 biomédicaments commercialisés en
France en 2014 – LEEM .................................................................................................... 22
Figure 7: Mode d’action de l’abatacept, inhibiteur de la co-stimulation .............................. 25
Figure 8: Mode d’action de Pembrolizumab + :activation du LT, - : inhibition du LT
(GEOQ. 2015) ...................................................................................................................... 26
Figure 9: Cibles des biothérapies immunologiques (Arnaud, Laurent et al mai 2009) ... 29
Figure 10: Mode d’action du Dénosumab (inhibteur de RANK) (Josse R-G. 2009)......... 30
Figure 11: Mécanisme d’action des principaux inhibiteurs de VEGF- Clarke et al .2014 31
Figure 12: Action de l’idarucizumab (Rathmell. J-P. 2015) .................................................. 32
Figure 13: Lésions psoriasiformes sous anti TNFα A) Pustulose palmo-plantaire ; B)
Kératodermie palmo plantaire ........................................................................................... 39
Figure 14: Éruption acnéiforme sous anti-EGFR au niveau du visage(a) et du torse(b)
(Hello -2012 et Routier -2016)........................................................................................... 40
Figure 15: Dermite fissuraire atteignant le pouce et toutes les dernières phalanges sous
anti-EGFR (Hello -2012 et Routier 2016) ...................................................................... 41
Figure 16: Eventuels effets des anti-EGFR sur les phanères : ........................................... 41
Figure 17: Paronychies atteignant la main sous anti-EGFR (Doebelin 2008)................... 42
Figure 18: Radiodermite sous anti-EGFR (Bernier et col-2011) ......................................... 42
Figure 19: Fasciites nécrosantes sous anti VEGFR (Mandragore Medecine d’urgence-
2017) ..................................................................................................................................... 43
Figure 20: Mucite de grade 1 induite par Panitumumab (inhibiteur du EGFR) (Vigarios
2017) ..................................................................................................................................... 46
Figure 21: Lésion lichénoïde a)sous nivolumab du palais mou (Vigarios 2017) b)sous
interféron-α (Campana 2016) ............................................................................................ 47
Figure 22: Langue géographique a)induite sous bévacizumab b)régression apès arrêt
du bévacizumab (Vigarios 2017) ...................................................................................... 48
Figure 23: Implication du TNF-α dans la voie d’activation des ostéoclastes. (Doucet et
Lowenstein, 2006) ............................................................................................................... 51
Figure 24: Signes radiologique d’ostéonécrose : a) Panoramique dentaire montrant une
ostéolyse (grande flèche blanche) et une ostéosclérose (petites flèches blanches)
b) TDM montrant une séquestration mandibulaire linguale importante (*) et un canal
mandibulaire proéminent (flèches blanches) (Otto, Sven, 2014.) .............................. 55
Figure 25 : Récapitulatif prévention des mucites : alimentation .......................................... 65
Figure 26 : Récapitulatif prévention des mucites : hygiène buccale ................................... 66
Figure 27 : Récapitulatif prévention xérostomie : alimentation ............................................ 69
8
Liste des tableaux:
Tableau I : Principales différences entre médicaments chimiques et biomédicaments .. 13
Tableau II: Nomenclature des biomédicaments ..................................................................... 23
Tableau III: Les principales indications des biomédicaments. ............................................. 36
Tableau IV: Echelle des mucites ou mucosites (NCI- CTCAE-2017) ................................. 45
Tableau V: Echelle des xérostomies (CTCAE). Version 5.0 2017)..................................... 49
Tableau VI: Echelle des MRONJ d’après AAOMS, (photographie Russmueller et col
2016). .................................................................................................................................... 53
Tableau VII: Moyen de prévention avant mise en place d’une thérapie sous
biomédicaments (SFCO-2012 et AGIRC/ARRCO-2014) ............................................. 58
Tableau VIII: Antibiothérapie prophylactique (ANSM -2011) ............................................... 60
Tableau IX: Prises en charge des mucites (AFSOS 2017). ................................................. 67
Tableau X : Prise en charge des lésions lichénoïdes (Campana et col 2016) .................. 68
Tableau XI: Evaluation du risque du geste chirurgical Campana et col 2016 .................. 72
Tableau XII: Antibiothérapie (ANSM -2011) .......................................................................... 73
Tableau XIII: Stratégies de traitement en fonction des stades de la maladie (Ruggiero,
2014. AAOMS, 2014.Otto, 2014)...................................................................................... 74
Tableau XIV: Affiche récapitulative portant sur les biothérapies et la pratique dentaire . 79
9
Glossaire:
AAOMS : American Association of Oral LEMP : Leucoencéphalopathie
and Maxillofacial Surgeons multifocale progressive
AcM : Anticorps monoclonaux M : Macrophage
ACP : Analgésie Contrôlée par le Patient mg : Milligramme
AFSSAPS : Agence Française de MRONJ : Ostéonécrose de la mâchoire
sécurité Sanitaire des Produits de Santé liée aux médicaments
AFSOS : Association Francophones des NCI : Institut National du cancer
Soins Oncologiques de Support OCN : Ostéochimionécrose
Ag : Antigène OMS : Organisation mondiale de la
ANSM : Agence Nationale de Sécurité santé
du Médicament et des produits de santé ONMM : Ostéonécrose des mâchoires
ATBpro : Antibioprophylaxie d’origine médicamenteuse
ATBthérapie : Antibiothérapie ONM : Ostéonécrose des mâchoires
CBCT : tomographies à faisceau RCP : Réunion de Concertation
conique Pluridisciplinaire.
CDR : Complementarity determining SFCO : Société française de chirurgie
region orale
CPA : Cellules présentatrices TDM : Tomodensitométrie
d’antigènes TNF-α : Tumor necrosis factor- α
CRI : Club Rhumatismes et TTT : traitement
Inflammations UFSBD : Union Française pour la Santé
CTCAE : Common Terminology Criteria Bucco-Dentaire
for Adverse Events VEGF / VEGFR : Vascular endothelial
EGFR : Epidermal Growth Factor growth factor / Vascular endothelial
EPO : Érythropoïétine growth factor receptor
FDA : Food and Drug Administration V.O : Voie orale
g : Gramme
HAMAs: Human anti-mouse antibody
Ig: Immunoglobulines
IL : Interleukine
IRM : Imageries à résonances
magnétique
I.V : Intraveineuse
LB : Lymphocyte B
LT : Lymphocyte T ;
10
Introduction :
Prenant une place de plus en plus importante dans le milieu de la santé, de par
l’élargissement de leurs champs d’indications et de par la quantité de recherches
menées, les biothérapies sont en pole position dans le traitement de nombreuses
pathologies. Qu‘elles soient utilisées en association avec d’autres thérapies ou en
monothérapie elles vont se démocratiser au fur et à mesure des années.
11
1ere PARTIE : LES BIOMEDICAMENTS
Ils ont la capacité de cibler très précisément et spécifiquement une molécule ou une
cellule clé intervenant dans le processus de la maladie. Cette cible peut être une
protéine circulant dans le sang ou bien son récepteur présent à la surface des cellules.
12
Médicaments chimiques Biomédicaments
13
2 HISTORIQUE (54, 55, 96, 103)
A la fin du XVIIIe siècle on assiste aux premières utilisations du vivant avec les travaux
du Dr Jenner portant sur la vaccination contre la variole.
Puis en 1890, Adolf Von Behring et Shibasaburo Kitasato (1er prix Nobel de médecine en
1901) mettent au point la sérothérapie antidiphtérique.
Mais le progrès le plus important sur la compréhension de l’immunité sera fourni par
Burnet en 1957 avec sa théorie de sélection clonale, se basant sur celle qu’avait avancée
Niels Jerne en 1955.
Il faut également souligner l’existence de l’ancêtre indiscutable de la théorie des anticorps
à savoir : la théorie de la chaine latérale de Paul Ehrlich et la description du complément
de Bordet qui leur vaudront deux prix Nobel (respectivement en 1908 et 1919).
En 1975, Köhler et Milstein mettent au point une méthode révolutionnaire permettant de
créer des anticorps monoclonaux (AcM) c’est-à-dire des anticorps identiques produits par
14
un clone unique ; cette technique de l’hybridome les récompensera d’un prix Nobel en
1984 (figure 2).
3- Les vaccins
Notons que l’ADN et les oligonucléotides ainsi que les ARN non codants font également
partie de la famille des biomédicaments. Ils sont en phase de développement et de
recherche, c’est pourquoi nous ne les développerons pas dans notre travail.
15
3.1.1 Les anticorps monoclonaux (figure 3)
Partie Fab :
spécificité de
l’anticorps,
fixation à
l’antigène
Les AcM sont des anticorps ayant le même paratope (c’est à dire le site de liaison présent
sur l’anticorps) et dirigés contre un seul épitope (c’est à dire le déterminant antigénique).
16
Ils sont produits par un même clone de plasmocytes.
17
Mais la première génération d’AcM étant entièrement d’origine murine (figure 5A) des
problèmes se sont posés:
- défaut de liaison de la partie Fc des AcM avec le complément humain (défaut dans
l’élimination des cibles)
Mais grâce au progrès de la technologie et du génie génétique, les AcM recombinant ont
vus le jour. D’abord en 1984 avec les AcM chimériques, constitués des domaines
constants humains associées aux domaines variables murins. (figure 5B) puis en 1989
les AcM humanisés où seule la partie reconnaissant l’antigène (c’est à dire le CDR) est
murine (figure 5C). Et enfin en 1994 les AcM entièrement humains (figure 5D).
La qualité de vie des patient s’est améliorer car ils ont pu bénéficier de traitements
mieux tolérées avec des prises plus espacées.
18
3.1.2 Les protéines thérapeutiques
Elles représentent 48% de l’ensemble des biomédicaments (Bernard, J. & LEEM 2014).
Elles sont produites par des cellules dont l’ADN a été modifié par recombinaison
génétique.
3.1.2.1.1Erythropoïétines
L’EPO stimule la croissance des érythrocytes, elle est principalement indiquée dans le
cadre d’anémies sévères.
3.1.2.1.2G-CSF et GM-CSF
Les G-CSF (Granulocyte colony-stimulating factor) et GM-CSF (Granulocyte
macrophage-colony-stimulating factor) stimulent la croissance des granulocytes (globules
blancs) ils sont utilisés en cas de neutropénies. Ces désordres hématologiques font partis
des effets secondaires suite à la mise en place d’une chimiothérapie.
3.1.2.1.3Gonadotrophine
La gonadotrophine quant à elle, stimule la croissance des gamètes. Elle est indiquée
lorsqu’une stimulation de l’ovulation ou de la spermatogénèse est souhaitée.
19
3.1.2.2 Les hormones
Cette classe regroupe les insulines et les hormones de croissance.
3.1.2.2.1L’insuline
Au milieu du 20ème siècle, l’insuline était extraite de pancréas de bœufs et de porcs. En
1984 grâce au génie génétique, des chercheurs ont mis au point l’insuline humaine : elle
fut la première protéine recombinante française. Actuellement l’insuline animale ne
détient plus que 30% du marché (essentiellement dans les pays en voie de
développement). Elle permet une régulation de la glycémie, elle est indiquée dans le
traitement du diabète insulino-dépendant.
3.1.2.2.2Les hormones de croissance
Egalement appelées somatotropines, elles ont un effet anabolisant et stimulent la division
cellulaire par induction de la somatomédine (IGF-1)
Elles sont utilisées lors de retard de croissance lié à un déficit de cette hormone, à un
syndrome de Turner ou à une insuffisance rénale chronique.
3.1.2.3.2Les interleukines
Elles modulent l’activité des cellules responsables de la réaction immunitaire, elles sont
indiquées dans le traitement de l’adénocarcinome rénal métastatique.
20
3.1.2.4 Les protéines de fusion
Egalement appelées immuno-adhésines, elles ont une structure assez semblable à celle
des AcM. En effet elles sont obtenues par génie génétique avec la combinaison de
différentes protéines, ou partie de protéines. Elles combinent le domaine fonctionnel d’une
protéine (récepteur ou ligand) à un domaine Fc d’anticorps. Grâce à cette fusion la demi
vie de ces molécules est alors allongée et comme elles sont complètement humanisées
elles sont peu immunogènes.
Elles sont proposées dans les maladies inflammatoires, en oncologie, et en
ophtalmologie.
Quelques exemples :
Etanercept (Enbrel ®) : récepteur du TNFa de type I
Alefacept : de la molécule LFA-3
Abatacept (Orencia ®) : récepteur CTLA-4
Ce sont des molécules immunomodulatrices, puisqu’ elles servent de leurre en bloquant
l’interaction des ligands naturels du récepteur du TNFa, de la molécule CD2 et des
molécules CD80 et CD86, respectivement.
21
3.1.3 Les vaccins
Ils représentent 35% de l’ensemble des biomédicaments (Bernard, J. & LEEM-2014).
Leur objectif est de stimuler l’immunité pour assurer une défense contre certaines
maladies infectieuses.
Il existe :
- les vaccins produits à partir d’agents infectieux inactivés ou atténués,
- les vaccins produits à partir de toxines inactivées,
- les vaccins synthétiques ou recombinants.
Leur principal inconvénient est leur coût de développement, en effet l’antigène doit être
localisé, cloné, exprimé puis purifié (figure 6).
22
3.2 Nomenclature internationale :
-vi- : virus
23
4 MODE D’ACTION
4.1 … général :
Ils peuvent être :
-substitutifs : ils ont pour fonction de combler les déficits du corps humains, les
insuffisances génétiques ou non. C’est le cas par exemple des facteurs de coagulation,
des hormones et de certaines cytokines. (exemple : EPO)
-modificatifs : ils possèdent des actions neutralisantes, agonistes ou antagonistes et sont
capables de déclencher des réactions immunitaires, comme les vaccins, les anticorps
recombinants, ou encore les protéines de fusion.
4.2 … spécifique à la cible : (1, 11, 27, 39, 41, 60, 73, 74, 69, 84, 85, 90, 97, 98,
106)
24
4.2.2 Costimulation (Figure9-2)
Les cellules présentatrices d’antigènes (CPA) présentent sur leurs surfaces, des
molécules de costimulation : B7 et CD40 se liant respectivement à CD28 et CD40 ligands,
exprimés sur les lymphocyte T (LT).
L’abatacept (Orencia®) est une protéine de fusion composée du CTLA-4 et d’une IgG.
CTLA-4 se fixe sur B7, présente sur CD80/86, inhibant alors le signal de co-stimulation
entre CD80/86–CD28 nécessaire à l’activation des LT (Figure 7).
25
Figure 8: Mode d’action de Pembrolizumab + :activation du LT, - : inhibition du LT
(GEOQ. 2015)
26
4.2.5.1 TNF- α
Impliquée dans la prolifération, la différenciation et l’apoptose cellulaire, ainsi que dans le
métabolisme des lipides, la coagulation et la réaction inflammatoire, cette cytokine joue
un rôle primordial dans la défense anti-infectieuse de l’organisme. Elle est produite en
quantité excessive et de manière prolongée dans de nombreuses pathologies
inflammatoires, comme dans la polyarthrite rhumatoïde ou la spondylarthrite ankylosante.
4.2.5.2 IL-1
Principalement secrétées par les monocytes et macrophages, elles existent sous deux
formes : IL-1 α et IL1- β. Ces cytokines stimulent le recrutement de l’infiltrat
inflammatoire et l’inflammation en stimulant la production de chimiokines d’une part et
en libérant des prostaglandines d’autre part.
Il existe deux anti IL1 :
-L’anakinra (Kineret®) inhibe de façon compétitive la fixation de l’IL1 sur son récepteur et
possède donc une action sur IL-1 α et IL1- β.
-Le canakinumab (Ilaris®) est spécifique a l’IL1 β, en effet en se liant à ce dernier, il
inhibe son activité biologique.
4.2.5.3 IL-2
Cette cytokine joue un rôle clé dans l’activation des LT en induisant leur prolifération. Les
deux molécules à notre disposition sont le daclizumab (Zenapax®) et le basiliximab
(Simulect®). Ce sont des anti-récepteurs de l’IL2.
27
4.2.5.4 IL-5
Constituant à la fois un facteur de croissance, de différenciation et d’activation des
polynucléaires éosinophiles, l’IL5 détient donc un rôle important dans les maladies
allergiques ou s’accompagnant d’une hyper-éosinophilie.
Ainsi le mépolizumab (Mépolizumab®) est un antagoniste de l’IL5, et est principalement
utilisé pour le traitement de l’asthme.
4.2.5.5 IL-6
Agissant à la fois sur les LB, les LT, la thrombopoièse, la résorption osseuse et sur la
production de protéines pro-inflammatoires, la production excessive d’IL6 entraine des
signes systémiques (comme de la fièvre), des synovites et des lésions ostéoarticulaires.
4.2.5.6 IL-10
Cytokine a une double facette car elle possède des propriétés anti-inflammatoires mais
permet aussi la différenciation des LB capables alors de produire des auto-anticorps
pathogènes. Il est donc nécessaire d’arriver à la moduler. Pour l’instant aucune molécule
n’est présente sur le marché.
28
4.2.7 Recrutement cellulaire (Figure 9-7)
C’est un processus complexe il se décompose en plusieurs étapes faisant intervenir :
1- Les séléctines : qui sont responsables du roulement des cellules sur la surface de
l’endothélium vasculaire.
2- Les intégrines : qui vont ensuite, grâce a une forte affinité, ralentir et stopper les
cellules recrutées
3- Les chimiokines : qui vont amorcer la diapédèse (migration des éléments sanguins,
en particulier les globules blancs hors des capillaires) puis la migration des cellules
recrutées.
Ainsi les biomédicaments peuvent agir à différents niveaux, actuellement il existe deux
molécules : le natalizumab (Tysabri®) qui est un anti-intégrine α4, et l’anti-intégrine α4β7
vedolizumab (Entyvio®) inhibant tous deux l’adhésion lymphocytaire et donc la migration
cellulaire.
29
4.2.8 Ostéoclastes (Figure 10)
Constamment remanié, l’os subit des phénomènes de résorption osseuse, par les
ostéoclastes, et des phases de néoformation osseuse par les ostéoblastes.
Un déséquilibre peut toutefois se créer, lorsque les cellules cancéreuses (tumeurs
osseuses par exemple) produisent excessivement des RANK-L, ligand de RANK, qui est
un récepteur présent sur les ostéoclastes et est responsable de la maturation de ces
derniers.
Ainsi le Dénosumab (Prolia®) cible RANK-L afin d’inhiber les fonctions des ostéoclastes
et à terme diminuer la résorption osseuse et augmenter la densité osseuse.
30
4.2.9.1 VEGF (Vascular endothelial growth factor) (Figure 11)
C’est le facteur de croissance de l’endothélium vasculaire, et il est souvent détourné par
les tumeurs pour assurer leur survie.
Le bévacizumab (Avastin®), l’aflibercept (Zaltrap®) et le ranibizumab (Lucentis®)
permettent de neutraliser VEGF et d’inhiber l’angiogenèse. Ils sont utilisés dans les
traitements de certains cancers mais aussi de certaines maladies caractérisées par une
vascularisation anormale (exemple : Dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA)).
(Furuya et al., 2005).
Figure 11: Mécanisme d’action des principaux inhibiteurs de VEGF- (Clarke et al., 2014)
31
4.2.10Entités étrangères
4.2.10.1 Virus
Le virus respiratoire syncytial est responsables de graves infections respiratoires, deux
protéines permettent à ce virus de se fixer : la glycoprotéine G permettant l’attachement
du virus a l’épithélium bronchique, et la F permettant la fusion entre virus et cellule hôte.
Il existe un biomédicament : le.palivizumab (Synagis®) qui inhibe l’entrée du virus en se
liant à la protéine F.
4.2.10.2 Toxines
Il existe aussi deux antitoxines raxibacumab (ABthrax®) et l'obiltoxaximab (Anthim®)
qui en se fixant sur l’antigène protecteur de Bacillus anthracis, empêchent l’entrée du
facteur d’œdème des exotoxines et de la toxine létale dans la cellule.(Reichert, 2016 et
Tsai et Morris, 2015)
4.2.10.3 Agent thérapeutique
Récemment l'idarucizumab (Praxbind®) a été approuvé pour neutraliser un anticoagulant
oral utilisé pour réduire le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) : le dabigatran
(Pradaxa®). Présenté comme substitut de la warfarine, ce médicament possède
malheureusement des effets pharmacologiques ne pouvant être inversés de manière
facile et rapide. Ainsi l'idarucizumab offre une alternative pour contrer les effets
indésirables du dabigatran en cas d’hémorragie par exemple. (Figure 12)
32
5 INDICATION : (6, 24, 27, 52, 55, 61, 108, 111)
Au cours de ces dernières années, les biotechnologies ont permis de mieux connaître,
diagnostiquer, prévenir ou soigner diverses maladies.
En effet ils sont utilisés dans le traitement de plus en plus de pathologies telles que les
maladies tumorales, auto-immunes, inflammatoires, allergiques, infectieuses,
métaboliques ou encore dans la prévention de rejet de greffe. Les biomédicaments ont
souvent une application dans plusieurs domaines, comme par exemple le Rituximab
(Mabthera®) qui est utilisé à la fois dans le cadre de polyarthrite rhumatoïde, de maladie
de Wegener, de lymphome non hodgkinien et de leucémie lymphoïde chronique.
Ainsi les produits biologiques constituent un arsenal thérapeutique varié et de plus en
plus important.
Nous avons regroupé, sous forme d’un tableau, les principaux domaines d’application
des biomédicaments (Tableau III).
33
Aires Pathologie traitée Biomédicament utilisé
thérapeutiques
34
Leucémie aigüe myéloblastique Gemtuzumab ozogamicine
Myélome multiple Daratumumab,
elotuzumab,interféron alfa-2b
Maladie de Castleman Siltuximab
Purpura thrombopénique auto- Romiplostim
immun
Hémoglobinurie nocturne Eculizumab
paroxystique
Allergique Omalizumab (Xolair®)
Pneumologie Asthme
Eosinophilique Mepolizumab
sévère
Polyarthrite rhumatoïde: Abatacept, Adalimumab, Anakinra,
Certolizumab pegol, Etanercept,
Golimumab, Infliximab, Rituximab,
Tocilizumab
Abatacept, adalimumab,
Arthrite juvénile idiopathique canakinumab, Etanercept,
Tocilizumab.
Arthrite goutteuse Canakimumab
Ostéoporose Dénosumab
Sclérose en plaque Natalizumab, Alemtuzumab,
Neurologie Daclizuma, interferon-β 1a et 1b
Neutropénie Filgrastim
Cryopyrinopathie Canakinumab
Lupus érythémateux Belimumab
35
Maladie des os de verres : Interferon gamma -1b humain
ostéopétrose recombinant
Infertilité / Hypofertilité Follitropine α
Gynécologie
Dégénérescence maculaire liée à Aflibercept, Ranibizumab,
l’âge (DMLA) bévacizumab
Ophtalmologie Œdème maculaire et Aflibercept, Ranibizumab
Néovascularisation choroïdienne
myopique
6.1 ... d’ordre GENERAL (17, 22, 23, 25, 48, 72, 99)
Les principaux risques qu’encourent les patients sous biothérapie sont des risques
infectieux, allergiques, néoplasiques et de réactivation de la tuberculose.
36
6.1.1 Risque liés a l’administration
La majorité des effets secondaires se produit pendant ou après la première perfusion ou
injection.
Pendant la perfusion les manifestations les plus fréquentes sont de la fièvre, des
frissons, des céphalées, des nausées, une sensation d’asthénie. D’autres symptômes
pseudo allergiques, plus rares, sont également rapportés :
- Au niveau respiratoire : toux, bronchospasmes, dyspnée.
- Au niveau cardiovasculaire : hypotension
- Au niveau cutané : prurit, éruption et urticaire.
Concernant les injections sous cutanées, une réaction locale peut être rencontrée :
rougeur et douleur. Il semble que ces effets soient liés à la vitesse d’injection, et dus à
un relargage cytokinique massif (essentiellement de TNFα, interféron- γ et IL-6).
Chez les patients avec une masse tumorale importante, il peut être constaté dans les
heures ou premiers jours suivant l’injection, des déséquilibres comme une
hyperuricémie, ou hyperphospohorémie : c’est le syndrome de lyse tumorale.
37
De rares cas de leucoencéphalopathie multifocale progressive (LEMP) ont été rapportés
sous Rituximab et Natalizumab, nécessitant également sa recherche avant et pendant le
traitement sous biomédicaments.
38
Figure 13: Lésions psoriasiformes sous anti TNFα
A) Pustulose palmo-plantaire ; B) Kératodermie palmo plantaire
(Darrigade et Seneschal, 2015)
Aussi, les anti TNFα peuvent être liés à l’apparition de vascularites (prévalence de 5%)
qui s’accompagne d’un purpura dans la majorité des cas, et parfois d’ulcérations
cutanées, de nodules, de vascularites digitales ou d’exanthèmes maculopapuleux.
Des cas de lupus ont été rapportés, pouvant être soit d’authentiques lupus révélés par la
prise d’anti TNFα soit des lupus induits.
- Sarcoïdose cutanée
- Granulome annulaire
- Dermatite interstitielle granulomateuse
Effets paradoxaux :
39
6.1.4.2 EGFR
Cétuximab est un AcM indiqué en oncologie, il provoque des effets secondaires
nommés PRIDE pour : Papulopustules or paronychia, Regulatory abnormalities of hair
growth, Itching, Dryness caused by Epidermal growth factor inhibitors (Papulopustules ou
paronychie , Régulation anormale de la croissance capillaire, Démangeaisons, Sécheresse causée
par inhibiteurs de facteur de croissance épidermique)
6.1.4.2.1Éruption acnéiforme
Observée dans 70% des cas, elle touche essentiellement les zones séborrhéiques, c’est
à dire, le cuir chevelu, le visage, les zones médianes du torse et du dos et
s’accompagne souvent de prurit et de douleurs. Elle est réversible et dose-dépendante.
(figure 14a-14b)
a b
40
6.1.4.2.2Xérose cutanée
Décrite dans 30% des cas, elle se situe au niveau des pulpes, où elle revêt l’aspect de
crevasses, de dermites fissuraires. Elle est très douloureuse. (Figure 15)
Figure 15: Dermite fissuraire atteignant le pouce et toutes les dernières phalanges sous
anti-EGFR (Hello, 2012 et Routier, 2016)
a b c
41
6.1.4.2.4Manifestations unguéales
Les paronychies ou périonyxis sont des atteintes péri-unguéale, très douloureuses, qui
se présentent généralement sous l’aspect de bourrelets inflammatoires, et se situent
préférentiellement au niveau des ongles des gros orteils. On les rencontre dans 15%
des cas. (Figures 17)
6.1.4.2.5Radiodermites
L’association cétuximab-radiothérapie dans le cadre de cancer ORL, peut provoquer
des radiodermites de grande étendue. (Figure 18)
42
6.1.4.3 Anti VEGFR
Le bévacizumab est responsable de manifestations non spécifiques, à savoir :
exanthèmes maculopapuleux et des œdèmes du visage.
Il est aussi associé, comme le panitumumab, à des cas de fasciites nécrosantes
(complications infectieuses cutanées sévères). (Figure 19)
43
Ciblant RANKL (ligant participant dans le métabolisme osseux), le dénosumab est lui
impliqué dans plusieurs cas d’hypocalcémie. (Body et al. 2015, Stopeck et al. 2016)
L’anti-VEGF, Bévacizumab, est impliqué dans la survenue d’insuffisance rénale chez les
patients traités par inhibiteurs angiogéniques, et des cas de néphrotoxicités ont pu être
observé avec le Basiliximab.
44
6.2 ... d’ordre BUCCAL (19, 30, 33, 34, 78, 95, 102, 109, 110, 112)
45
Certains anti-angiogénique (bévacizumab et aflibercept), anti-EGFR (cetuximab et
panitumumab) et anti HER-2 (trastuzumab) présentent une forte imputabilité quant à
l’apparition de mucites. Rarement utilisé en monothérapie, leur association à une
radiothérapie majore le risque de survenue de mucosites. Par exemple dans l’étude de
Yokota de 2015, il a été montré que l’association radiothérapie-cetuximab provoquait
77% de stomatites de grade 3.
46
6.2.1.1.2Réaction lichénoïdes (Figure 21)
Ce sont des lésions très proches du lichen plan, à la fois sur le plan clinique que sur le
plan histologique. Elles se diffèrent de ce dernier par leur capacité à régresser
progressivement après arrêt du traitement.
6.2.1.1.2.1Étiologie
Les principaux biomédicaments inducteurs de lésions lichénoïdes sont :
- interféron α
- infliximab, adalimumab (anti TNFα)
- nivolumab, pembrolizumab, atezolizumab (anti PD-1/ PD-L1)
6.2.1.1.2.2Présentation clinique
Elles peuvent se présenter sous quatre formes : érythème, érosion, ulcération et
kératose (aspect strié ou en feuille de fougère).
6.2.1.1.2.3Prévalence
Siégeant le plus souvent sur la face ventrale de la langue et sur les joues, elles sont
plus fréquemment unilatérales et érosives mais ce ne sont pas des critères spécifiques
car elles peuvent être aussi bilatérales.
Figure 21: Lésion lichénoïde a)sous nivolumab du palais mou (Vigarios 2017)
b)sous interféron-α (Campana 2016)
47
6.2.1.1.3Glossite migratoire bénigne
Aussi appelée langue géographique, cette manifestation a été décrite le plus souvent
avec le Bévacizumab. Elle peut être faiblement douloureuse et régresse après arrêt de
l’anticorps monoclonal (Figures 22a et b).
48
6.2.1.2.1.1Étiologie
De nombreuses thérapies sont susceptibles de provoquer une xérostomie (Annexe 1)
dont certains biomédicaments comme :
- Abciximab (anti récepteur GP IIb/IIIa)
- Bévacizumab (anti VEGF)
- Etanercept, Infliximab (anti TNFα)
- Interféron α-2b
- Nivolumab, Pembrolizumab, Atezolizumab (anti PD-1/PD-L1)
6.2.1.2.1.2Présentation clinique :
- Au niveau des muqueuses : la langue présente un aspect lobulé (puis lisse ou
crouteux dans les formes sévères), la muqueuse peut facilement s’ulcérer, des
perlèches (fissures au niveau des commissures de lèvres) peuvent être
observées.
- Au niveau dentaire : des caries cervicales sont fréquentes
- Au niveau salivaire : un dépôt blanchâtre est visible
6.2.1.2.1.3Classification
L’institut national de la santé a élaboré une classification, mise à jour en 2017 (Tableau
V).
0 Aucun symptômes
49
6.2.1.2.2Dysgueusie (36, 71, 109)
On la définit comme une altération ou distorsion du goût qui peut être liée à une
diminution du sens de l'odorat.
6.2.1.2.2.1Étiologie
Elle a de nombreuses étiologies, mais l’origine médicamenteuse est très fréquente, les
principaux biomédicaments impliqués dans cette manifestation étant :
- Trastuzumab (anti HER-2)
- Nivolumab et pembrolizumab (anti PD-1/PD-L1)
- Ipilimumab (anti CTLA-4)
- Interférons
Elle peut apparaître très précocement au début du traitement et disparaître après arrêt
de ce dernier.
6.2.1.2.2.2Présentation clinique
On distingue quatre subdivisions :
- la cacogueusie (goût exécrable)
- la torquegueusie (goût chimique: très salé, amer, métallique, brûlé)
- la paragueusie ou l’hétérogueusie (goût non usuel plus ou moins plaisant)
- mixte.
Il est important de la diagnostiquer et de la prendre en charge car l’inappétence qu’elle
est susceptible de provoquer, entraine des carences nutritionnelles, des dépressions,
l’inobservance médicamenteuse et des pertes de poids allant jusqu'à l’anorexie dans les
cas extrêmes.
50
6.2.2.1 Parodontite (30, 32, 101)
La parodontite et la polyarthrite rhumatoïde possèdent en commun de nombreuses
caractéristiques dont une activation excessive de cytokines pro-inflammatoires (par
exemple le TNF-α et les interleukines - IL-1β, IL-6, IL-11, IL-17) responsable de la
maturation des ostéoclastes et a terme des résorptions osseuses (Figure 23).
Deux études, celle de Kadkhoda et al. (Iran J Immunol. 2016) et celle de Ancuta et al
(Rev Chim (Bucharest), 2017) s’accordent à dire que les anti TNF-α pourraient avoir un
effet souhaitable sur le parodonte et pourraient réduire le niveau de TNF-α dans le fluide
créviculaire gingival des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde.
51
6.2.2.2 Ostéonécrose des maxillaires (9, 10, 30, 40, 79, 80, 82, 87, 107)
L’ostéonécrose des maxillaires est une destruction progressive de l’os situé dans la
région maxillo-faciale.
Pour qu’une ostéonécrose de la mâchoire liée aux médicaments (MRONJ)
(anciennement appelé BRONJ pour ostéonécrose de la mâchoire liée aux
biphosphonates) soit déclarée comme telle, trois critères sont nécessaires :
1- avoir un traitement en cours ou avoir des antécédents de prise de médicaments
anti-angiogénique ou anti-résorptifs,
2- n’avoir pas eu d’antécédent de radiothérapie ou de métastase à la mâchoire
3- présenter un os exposé ou une fistule intra ou extra-orale dans la région maxillo-
faciale persistant pendant plus de 8 semaines.
6.2.2.2.1Étiologie
Elle survient généralement après une extraction dentaire ou chirurgie dento-alvéolaire
mais dans de rares cas elle peut survenir spontanément. Les MRONJ peuvent être liées
à différentes molécules (Annexe 2) dont trois biomédicaments :
- Dénosumab (anti RANKL)
- Bévacizumab (anti VEGF)
- Aflibercept (anti VEGF)
Une étude datant de 2017 portant sur le Rituximab (anti-CD20) met en relief le fait, qu’il
pourrait être lui aussi impliqué dans certaines apparitions d’ostéonécroses, il faudrait
néanmoins plus d’études sur le sujet pour valider cette hypothèse. (Keribin et col 2017)
6.2.2.2.2Classification
En 2014, l’Association américaine des chirurgiens oraux et maxillo-faciaux (AAOMS) a
mis à jour la classification de 2007 concernant les MRONJ (Tableau VI).
52
Stade Description clinique
2
Os exposé et nécrosé ou fistules communiquant avec l’os sous
jacent / présence d’une infection avec des douleurs et un
érythème dans la région de l’os exposé / avec ou sans drainage
purulent.
53
6.2.2.2.3Prévalence
L’incidence pour l’anti-RANK-L est estimée entre 0,02-0,04% lorsqu’il est utilisé dans le
cadre de pathologies bénignes et de 1 à 7% dans le cadre de cancers ; concernant
l’anti-VEGF son incidence est de l’ordre de 0,2%.
Comme le montrent différentes analyses, en l’occurrence celle de Saad et al (2012),
Otto et al (2012) et Russmueller et al (2016) l’atteinte mandibulaire est prédominante.
En effet G. Russmueller a démontré que sur une cohorte de 111 patients avec une
MRONJ cliniquement diagnostiquée : 72 d’entre eux présentaient une localisation
mandibulaire, 34 maxillaire et 5 les deux. Il a aussi souligné que les MRONJ étaient le
plus souvent féminines et diagnostiqués au stade 2 (55 patients sur 111). (Annexe 3)
6.2.2.2.4Présentation clinique :
Cliniquement les manifestations révélatrices d’une MRONJ sont : une inflammation des
muqueuses, des douleurs, une exposition osseuse, des mobilités dentaires, des
adénopathies et un écoulement purulent.
Au niveau radiologique on constate une apparence « mangée par les mites », et
d’autres signes (Figure 24):
54
b
55
2ème PARTIE : CONDUITE A TENIR
Actuellement il n’existe pas de consensus concernant la prise en charge d’un patient
sous biomédicaments en odontologie. Par ailleurs deux organismes ont édité des
recommandations : l’ANSM concernant les patients immunodéprimés auxquels peuvent
s’apparenter les patients traités par immunomodulateur, et le Club Rhumatismes et
Inflammations (CRI) concernant les patients traités par biothérapies dans le cadre de
leurs maladies rhumatismales.
56
1.2 Eliminer les foyers infectieux bucco dentaires
D’après la Société Française de Chirurgie Orale (SFCO) il est recommandé de
réaliser un examen bucco-dentaire approfondi avant l’instauration d’un traitement par
biomédicament.
En effet comme nous l’avons vu précédemment (4.2), qu’ils ciblent les
lymphocytes B (ofatumumab) ou les voies de costimulation (abatacept), la majorité des
biomédicaments ont en commun de fragiliser les défenses immunitaires, et ainsi de
favoriser les infections, il est donc primordial de traiter ou d’éliminer les foyers infectieux
cliniquement et radiologiquement décelables.
La suppression des foyers infectieux visant à assainir la sphère buccale devra être
entreprise le plus tôt possible, à savoir au minimum 2 semaines avant le début du
traitement à risque infectieux afin de permettre une cicatrisation muqueuse adéquate.
Aucun traitement par anti-angiogénique ni par Dénosumab ne devra être entrepris chez
un patient présentant une affection dentaire ou une lésion buccale non cicatrisée. (88)
57
Prévention avant traitement sous biomédicament
à action anti-angiogénique ou anti-résorbatif
Examen
radiographique Complémentaire : Clichés rétro-alvéolaires ;Cone
beam ;Scanner
Tableau VII: Moyen de prévention avant mise en place d’une thérapie sous
biomédicaments (SFCO-2012 et AGIRC/ARRCO-2014)
58
Concernant les patients candidats prenant des traitements anti-résorbeurs et anti-
angiogéniques, l’assainissement de la cavité buccale se voudra agressif, tout en prenant
en compte l’historique dentaire, le profil psychologique et la motivation.
Devront être extraites : les racines résiduelles, les dents mobiles/ non reconstituables/
présentant des atteintes de furcation ou des infections péri-apicales, les dents de
sagesse en désinclusion. De même les restaurations défectueuses seront
réinstrumentées et les prothèses mal adaptées rebasées et rééquilibrées.
59
2.1 Pendant le traitement (30, 105)
2.1.1 Risque Infectieux
Certains biomédicaments immunomodulateurs entrainent une immunodépression,
obligeant le praticien à mettre en place des précautions particulières telle qu’une
antibioprophylaxie pouvant être complémentaire à l’arrêt du traitement.
Adulte Enfant
Posologies quotidiennes établies Posologies quotidiennes établies
pour un adulte à la fonction rénale pour un adulte à la fonction rénale
normale normale
Sans allergie aux Amoxicilline 2g, 1h avant Amoxicilline 50mg/kg- v.o ou
pénicillines l’acte i.v
Allergie aux Clindamycine 600mg, 1h Clindamycine 20mg/kg- v.o
pénicillines avant l’acte ou i.v
(v.o :voie orale ;i.v :intraveineuse)
60
2.1.1.2 Soins non chirurgicaux
2.1.1.2.1Soins conservateurs
La plupart des biomédicaments ne nécessite pas d’antibioprophylaxie dans le cadre de
soins conservateurs ou prothétiques. Il est pourtant recommandé de prendre contact
avec le médecin prescripteur afin de connaître l’état d’immunodépression du patient.
Cependant concernant l’abatacept, une antibioprophylaxie pourra être proposée.
2.1.1.2.2 Sondage parodontal, détartrage
Selon l’ANSM, une antibioprohylaxie est recommandée, si prise de tocilizumab.
2.1.1.2.3Anesthésie
L’anesthésie sera obligatoirement sans vasoconstricteurs si prise de dénosumab.
2.1.1.3.2Rituximab
La non réalisation de la 2ème perfusion de rituximab est recommandée si le soin doit
intervenir entre 2 perfusions.
Le plus souvent le cycle de 2 perfusions aura été réalisé avec des conséquences sur
l’immunité pendant au moins 6 mois. Il sera alors recommandé de proposer une
antibioprophylaxie pour tout acte à risque infectieux.
61
2.1.1.3.3Abatacept
Il est recommandé de mettre en place une antibioprophylaxie et de décaler la perfusion
de l’abatacept, en effet 2 mois sont nécessaires entre la dernière perfusion et
l’intervention chirurgicale.
2.1.1.3.4Tocilizumab
Il est recommandé d’arrêter le tocilizumab au moins 4 semaines avant un soin dentaire
à risque infectieux et de mettre en place une antibioprophylaxie.
2.1.1.3.5Bevacizumab
Un arrêt de 4 à 5 semaines avant intervention est recommandé, associé a une
antibioprophylaxie.
2.1.1.4 Implant
Dans la majorité des biothérapies, il n’y a pas d’indication formelle à arrêter le traitement
en cours, tout en restant vigilant quant aux risques infectieux potentiels.
Concernant le Dénosumab, la pose d’implant est contre indiquée pour l’ANSM, toutefois
pour la SFSCMFCO la pose d’implant est possible si le patient est traité pour une
pathologie osseuse bénigne, mais reste contre indiquée si le traitement est dans le
cadre d’une pathologie osseuse maligne.
62
La décision thérapeutique est prise avec le médecin prescripteur, en fonction de chaque
patient en pesant le rapport bénéfice/risque.
63
Actuellement bien qu’il n’existe pas de recommandations officielles concernant la
conduite à tenir lors d’actes chirurgicaux sous molécules anti-angiogéniques, il est
recommandé d’éviter au maximum toute chirurgie au cours du traitement.
64
3.1 Mucites (3, 15, 28, 51, 56, 100).
3.1.1 Prévention :
3.1.1.1 Au niveau alimentaire
On recommande une bonne hydratation (2 litres par jour) via des boissons froides ou
tièdes comme des eaux minérales, des thés, des tisanes.
On privilégiera des repas légers et fréquents, faisant intervenir des aliments mous ou
mixés.
Il faudra éviter les aliments acides (agrumes, vinaigre, moutarde…), durs ou croquants,
irritants (noix, gruyère, ananas…), frits ou trop salés, ainsi que les épices, et les piments.
L’alcool et le tabac sont déconseillés. Il en est de même pour les aliments ou boissons
chaudes. (Figure 25)
65
Les bains de bouche non agressifs, comme le bicarbonate de sodium à 1,4% ou le sérum
physiologique sont conseillés, contrairement aux bains de bouche contenant des
antiseptiques (chlorhexidine) ou des antifongiques (amphotéricine B) qui ne doivent être
utilisés qu’en présence d’indications spécifiques (figure 26).
Sérum physiologique /
Bicarbonate de sodium 1,4%
Chlohexidine/Amphotéricine B
Figure 26 : Récapitulatif prévention des mucites : hygiène buccale
66
Les traitements curatifs doivent être adaptés et parfois même interrompus en fonction
de la sévérité́ de la mucite. Ils sont résumés dans le tableau suivant: (Tableau IX)
0 Hygiène bucco-dentaire
Le laser de faible puissance peut réduire l’incidence et la sévérité́ des mucites. Utilisé
quotidiennement (3 à 5 séances) le laser à basse énergie, ayant une longueur d’onde
entre 633 et 685nm, stimule la prolifération fibroblastique et collagénique, favorisant
ainsi la cicatrisation et l’antalgie.
67
3.2 Réactions lichénoïdes
Comme nous l’avons vu (6.2.1.1.2) l’arrêt du médicament source des lésions
lichénoïdes permet une régression progressive de cet effet indésirable (en plusieurs
semaines ou mois). De plus il est primordial de déceler un facteur traumatique qui
pourrait être associé, comme une prothèse ou restauration conservatrice iatrogène.
Leur prise en charge sera fonction de l’aspects clinique : (Tableau X)
Aucune biopsie
Kératose atypique, Si lésion lichénoïde révélée rechercher une cause
épaisse, inhomogène, +/- médicamenteuse, et prévoir l’éviction du médicament*.
indurée
Biopsie nécessaire
Kératose typique de Traitement par corticothérapie locale (clobétasol)
lichen, ulcération Si les lésions restent inflammatoires, rechercher une
multiples, souples à la cause médicamenteuse, et prévoir l’éviction du
palpation médicament*.
68
3.3 Xérostomie (14, 20)
3.3.1 Prévention
3.3.1.1 Au niveau alimentaire
Les moyens préventifs pour éviter une sécheresse buccale sont proche de ceux
évoquer pour la prévention des mucites (7.3.1.1.1). En effet afin de maintenir un apport
hydrique convenable, il est conseillé de boire 1,5L par jour de façon régulière et par
petites quantités, sous forme d’eau, de jus de fruits, de tisane, et de lait. En plus de sa
capacité à neutraliser les acides buccaux, le lait possède des propriétés lubrificatrices.
69
3.3.1.2 Au niveau de l’hygiène buccale
Une hygiène rigoureuse après chaque repas avec une brosse à dents souple est
recommandée, associée à un dentifrice mentholé, non abrasif ainsi que des bains de
bouche de bicarbonate de sodium à 1,4% qui possèdent l’avantage, par rapport aux
solutions alcoolisées, de ne pas accentuer la sécheresse buccale.
3.3.2 Curatif
Il est difficile d’arrêter ou de remplacer les médicaments responsables d’une xérostomie,
car ils traitent généralement des problèmes de santé majeurs. Toutefois une diminution
des doses peut être envisagée en accord avec le médecin prescripteur.
Le traitement est principalement substitutif, reposant sur l’utilisation de substituts
salivaires sous forme de spray ou gel humectant : Aequasyal®, Artisial®, Elgydium
Clinic® spray bouche sèche, GC Dry Mouth®, Gum Hydral® ; et de comprimés
Sulfarlem®, Sulfarlem S25®
On peut y ajouter des sialogogues, qui ont pour effet de stimuler la sécrétion salivaire,
comme le chlorydrate de pilocarpine Salagen® (remboursé si prescrit dans le cadre du
syndrome de Gougerot-Sjögren et d’hyposialie postradique, hors de ses indications son
coût élevé limite son utilisation).
3.4 Dysgeusie
Actuellement il n’existe pas de traitement curatif ou préventif. La prise en charge est
essentiellement diététique.
En effet le tabac et l’alcool sont à proscrire car ils aggravent cette sensation.
70
Il existe toutefois quelques recommandations :
• Boire en grande quantité durant les repas afin de diluer les différents composants
du goût et de faciliter leurs translocations dans les bourgeons gustatifs.
• Mastiquer lentement stimulant la sécrétion salivaire et libérant des saveurs
supplémentaires.
• Utiliser des substituts salivaires pour réduire le caractère insipide des aliments.
• Diversifier l’alimentation afin de prévenir l’adaptation des récepteurs gustatifs.
• Palier les carences d’une alimentation non équilibrée grâce à des compléments
alimentaires.
• Privilégier des aliments dont le goût n’est pas dénaturé.
• Utiliser des assaisonnements et des arômes.
• Consommer des aliments froids, et éviter ceux trop parfumés.
3.5.1 Prévention
Les actes dentaires non invasifs tels que : Détartrage, soins conservateurs, soins
prothétiques sont considérés sans risque et peuvent être effectués sans protocole
particulier.
Les actes de chirurgie orale tels que : Avulsions dentaires, chirurgie parodontale,
chirurgie implantaire, chirurgie endodontique, sont quant à eux, à risque d’ONMM et
nécessitent de prendre quelques précautions.
Afin de prévenir au mieux la survenue d’ONMM nous rappelons que les extractions
doivent se limiter aux dents non conservables : présence de foyers infectieux actifs ou
d’une mobilité de type 3. Concernant les mobilités de type 1 et 2, il est recommandé de
mettre en place une attelle, dans la même optique il est préférable de réaliser un
traitement endodontique suivi d’une réhabilitation prothétique sur une dent présentant
une importante perte de substance coronaire.
71
3.5.1.1 Avant l’intervention
Il est donc primordial d’évaluer, dans un premier temps, le rapport bénéfice/ risque qui
dépend de plusieurs critères réunis dans le tableau suivant :
Suite à cette évaluation et après avoir informé le patient sur les risques associés à l’acte
et après avoir recueilli son consentement, le praticien devra prendre contact avec le
médecin prescripteur pour adapter ou arrêter le traitement en cours.
L’arrêt du traitement dépendra :
-de l’indication thérapeutique de la molécule (pathologie bénigne ou maligne)
-de la nature propre de la molécule. En effet, contrairement aux biphosphonates qui ont
une durée de demi vie longue, celle des biomédicaments impliqués dans la survenue
d’ONMM, ont une demi vie plus courte (quelques semaines).
72
Une antibiothérapie (Tableau XII) est recommandée, et devra débuter la veille de
l’intervention et jusqu’à cicatrisation muqueuse complète.
Adulte Enfant
Posologies quotidiennes établies Posologies quotidiennes établies
pour un adulte à la fonction rénale pour un enfant à la fonction rénale
normale normale, sans dépasser la dose
adulte
Sans allergie aux Amoxicilline 2g/jours en 2 Amoxicilline 50 à 100 mg/kg-
pénicillines prises en 2 prises - v.o ou i.v
Allergie aux Clindamycine 1200mg/ jours Clindamycine 25mg/kg- en 3
pénicillines en 2 prises ou 4 prises- v.o ou i.v
Tableau XII: Antibiothérapie (ANSM -2011)
73
3.5.2 En présence d’d’ostéonécrose des mâchoires d’origine médicamenteuse
(ONMM) (Tableau XII) (7, 8, 33, 86, 91)
La prise en charge des patients avec une ONMM avérée doit être la plus précoce
possible et impérativement hospitalière que ce soit au service d’odontologie, de
chirurgie maxillo-faciale ou d’ORL. En effet ses conséquences peuvent être
dramatiques : communications bucco-sinusiennes, fractures, septicémies et décès.
Plusieurs entités comme la société française de stomatologie et de chirurgie maxillo-
faciale (SFSCMF) ou the American Association of Oral and Maxillofacial Surgeons
(AAOMS) ont édités des recommandations sur la conduite à tenir face aux ONMM.
74
Conduite à tenir quel que soit le stade de la pathologie :
-Les séquestres osseux mobiles doivent être supprimés afin de diminuer
l’irritation des tissus mous.
-Ils doivent être analysés afin de diagnostiquer d’éventuelles métastases
osseuses chez un patient avec des antécédents de pathologies malignes.
-L’avulsion des dents symptomatiques présentes dans la zone de nécrose doit
être effectuée.
L’étude de Owosho AA et col. datant de 2016 porte sur la proposition d’un nouveau
protocole pour traiter les ostéonécroses des maxillaires, appelé PENT-E. Ce dernier,
basé sur la co-admnisitration de pentoxiphylline (400mg, 2 fois par jour) et de
tocophérole (400 UI, 2 fois par jour) a permis, lors de cette étude, une disparition
complète des symptômes et une cicatrisation osseuse nulle dans 1 cas sur 7 ; partielle
dans 4 cas et totale dans 2 cas. Toutefois, de part son petit effectif et ces moyens de
mesures de cicatrisation peu précis, ce protocole doit encore faire ses preuves afin de
valider son efficacité.
75
3ème PARTIE : AFFICHE RECAPITULATIVE A DESTINATION
DU SERVICE DES URGENCES DE L’HÔPITAL SAINT ROCH
Dans cette dernière partie, nous nous sommes efforcés de réaliser une affiche
regroupant les conduites à tenir, pour la prise en charge d’un patient sous biothérapies
ainsi que les répercussions que ces dernières sont susceptibles de causer. Il faut
néanmoins rappeler l’importance de prendre contact avec le médecin prescripteur afin
de décider de manière collégiale, des précautions à mettre en œuvre.
Cette affiche a pour vocation d’aider les praticiens dans leurs prises de décisions
suivant l’acte dentaire envisagé sur un patient ayant pris, prenant ou allant prendre des
biomédicaments.
76
Soins non Soins chirurgicaux Implantologie Précautions
chirurgicaux (abcès, extraction, particulières –
(Détartrage, surfaçage Répercussions
Action Médicament
prothèse, radiculaire..)
lésions
carieuses…)
Aucun arrêt Préférable de retarder Pas d’indication ∅
nécessaire la chirurgie au moins 2 formelle à arrêter,
Inhibiteurs de la ATBpro mois après la dernière tout en restant
Abatacept
costimulation
(Orencia®) optionnelle perfusion (1) vigilant aux risque
Cible LT infectieux potentiels
ATBpro optionnelle
Aucun arrêt Arrêt recommandé Pas d’indication Lésions
nécessaire minimum 4 semaines formelle à arrêter, lichénoïdes
Immunosuppression Adalimumab ATBpro avant intervention + tout en restant
Cible TNF-α (Humira®) optionnelle ATBpro (1) vigilant aux risque
infectieux potentiels
Basiliximab ∅ ∅ ∅ Néphrotoxicités
Cible LT
(Simulect®)
Aucun arrêt Arrêt 4 à 5 semaines ∅ Risque
nécessaire avant intervention + hémorragique
ATBpro ATBpro recommandée Retard de
Inhibiteurs optionnelle + ATBthérapie jusqu’à cicatrisation
Bevacizumab
angiogenèse cicatrisation muqueuse Risque OCN
(Avastin®)
Cible VEGF Mucites, Langues
géographiques,
xérostomies.
77
Aucun arrêt Arrêt recommandé Pas d’indication ∅
Certolizumab nécessaire minimum 4 semaines formelle à arrêter,
Immunosuppression
pegol ATBpro avant intervention tout en restant
Cible TNF-α
(Cimzia®) optionnelle ATBpro recommandée vigilant aux risque
infectieux potentiels
Inhibiteurs ∅ ∅ ∅ Mucites
prolifération Cetuximab
cellulaire (Erbitux®)
Cible EGFR
Aucun arrêt Arrêt éventuel, -CI (ANSM) Anesthésie sans
nécessaire -CI des ttt parodontaux -Possible si traité vasoconstricteurs
ATBpro chirurgicaux pour pathologies
optionnelle -Préférer le ttt osseuses bénignes Risque OCN
endodontique/mise à (SFSCMFCO)
Inhibiteurs de
Denosumab plat de la dent (plutôt -CI si traité pour
l’ostéoclasie
(Prolia®) qu’extraction) pathologies
Cible RANK-L
-ATBthérapie démarrée osseuses malignes
la veille jusqu'à (SFSCMFCO)
cicatrisation complète
du site opératoire.
-Avulsions mobilité 3
Aucun arrêt Arrêt recommandé Pas d’indication Xérostomies,
nécessaire minimum 15 jours formelle à arrêter,
Immunosuppression Etanercept
ATBpro avant intervention tout en restant
Cible TNF-α (Enbrel®)
optionnelle vigilant aux risque
infectieux potentiels.
Aucun arrêt Arrêt recommandé Pas d’indication & à Xérostomies,
nécessaire minimum 4 semaines arrêter, tout en Lésions
Immunosuppression Infliximab
ATBpro avant intervention restant vigilant aux lichénoïdes
Cible TNF-α (Remicade®)
optionnelle ATBpro recommandée risque infectieux
potentiels.
78
∅ Non réalisation de la Pas d’indication ∅
Rituximab 2eme perfusion formelle à arrêter,
Cible LB (Mabthera®, Si les 2 perfusions ont tout en restant
Rituxan®) été réalisées, ATBpro vigilant aux risque
recommandée infectieux potentiels.
ATBpro si Arrêt 4semaines avant Pas d’indication Retard de
détartrage, le soin dentaire + formelle à arrêter, cicatrisation
sondage ATBpro tout en restant
Tocilizumab parodontal, vigilant aux risque
Immunosuppression
(Actemra®, soins infectieux potentiels
Cible IL-6
RoActemra®) endodontique
sur dent
vivante ou
non
Inhibition ∅ ∅ ∅ Mucites
prolifération cellules Trastuzumab Dysgueusie
tumorales Cible (Herceptin®)
HER-2
Tableau XIV : Affiche récapitulative portant sur les biothérapies et la pratique dentaire
79
CONCLUSION
Les biothérapies, notamment grâce aux anti TNF alpha, ont révolutionné la prise en
charge des maladies chroniques graves et invalidantes comme la polyarthrite
rhumatoïde, les spondylarthrites, le psoriasis ou encore les maladies inflammatoires
chroniques de l’intestin. Cela a permis d’améliorer considérablement la qualité de vie
des malades.
Toutefois des effets secondaires à ce type de traitement sont à souligner, tant au niveau
de la santé générale (thrombocytopénies, HTA, etc.) qu’au niveau de la cavité buccale
(mucites, ONM, etc.). L’immunodépression acquise causée par certaines de ces
thérapies, oblige le chirurgien dentiste à être très attentif aux effets secondaires
observés, et à adapter sa pratique quotidienne à chaque cas (antibioprophylaxie etc.).
80
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Annexe 1: 348 Medications and drugs that cause xerostomia (26)
90
91
92
93
Annexe 2 : Medication related of the jaw (87)
94
Annexe 3: Demographiucs of the MRONJ study population (89)
95
Annexe 4: Virulence présumée dans diverses situation cliniques (93)
96
97
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Serment d’Hippocrate
En présence des Maîtres de cette Faculté, de mes chers
condisciples, devant l’effigie d’Hippocrate,
99
INES TOUCAS
Mots-clés :
-biomédicaments
-chirurgie
-biothérapies
-ostéochimionécroses
-mucites
-immunodépression
Résumé :
Depuis quelques années nous assistons à l’essor des biothérapies dans de multiples
domaines médicaux. Elles ont permis une meilleure prise en charge concernant
certaines pathologies, pour lesquelles les thérapeutiques mises en place étaient peu
efficaces voire inexistantes. Ainsi, le nombre de patients bénéficiant de ces traitements
est susceptible de croitre au sein du cabinet dentaire, obligeant le chirurgien dentiste à
avoir connaissance des risques et des répercussions de ces biothérapies.
Dans un premier temps, après avoir définis les biothérapies et présenté leurs principales
indications, ce travail mettra en avant leurs effets secondaires. Puis, les conduites à
tenir en odontologie seront abordées dans la prise en charge globale d’un patient traité
par biomédicaments. Enfin, une affiche synthétique et pédagogique reprenant les
risques, les précautions particulières et les conduites à tenir en fonction de chaque
molécule sera proposée.
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