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Promoteur
Andrea Catellani
Remerciements
À mon promoteur, monsieur Catellani pour ses conseils et son
suivi. À monsieur Fieremans pour ses relectures minutieuses. Et à
toutes les personnes qui m’ont donné de leur temps pour me parler
de leur expérience et qui ont enrichi de près ou de loin ce travail.
1
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION 2
PREMIÈRE PARTIE 5
1. DESIGN GRAPHIQUE 5
1. Brève histoire du design graphique et de l’image de marque. 5
2. Qu’est-ce que le design graphique ? 10
3. Les fonctions du design graphique 16
4. Typologie des designers graphiques 18
2. ENVIRONNEMENT NUMERIQUE 19
1. Web 2.0 20
2. Les usagers 21
3. Design graphique et démocratisation technologique 22
3. CONSTRUCTION DES HYPOTHESES 26
DEUXIÈME PARTIE 25
1. LE CHOIX DES ENTREPRISES 25
1. Entreprises 26
2. Secteur de l’alimentaiton durable 26
3. Les petites structures et la communication 28
TROISÈME PARTIE 32
1. METHODOLOGIE : ENTRETIEN SEMI-DIRECTIF 32
1. Grilles d’entretiens 32
2. Corpus 33
3. Pertinence de l’échantillon 35
4. Production de sens 36
2. ANALYSE 38
3. CONSTATS 41
1. Le processus de conception graphique 41
2. Banalisation et invisibilité 43
3. Difficulté du métier et compréhension du design graphique 44
4. REPONSES AUX HYPOTHESES 47
CONCLUSION 50
BIBLIOGRAPHIE 53
2
INTRODUCTION
Le projet de ce mémoire est né d’une réflexion à propos du design graphique
en tant qu’élément de communication et particulièrement au sein de l’envi-
ronnement digital. Cette réflexion a comme point de départ l’intérêt pour la
communication visuelle et sa légitimité dans le processus communicationnel
de toutes organisations.
Si la mise en place d’une identité visuelle peut être une action de communi-
cation universelle et intemporelle (en effet, chaque entreprise possède, au
moins, un logotype), cette mise en place est-elle intégrée à une stratégie de
positionnement et de communication ?
Pour ce faire, nous avons établi deux hypothèses que nous détaillerons plus
loin :
1. Les enjeux et l’impact du design graphique comme élément de com-
munication à part entière sont méconnus par les entreprises.
3
2. Les petites structures et les start-up ne disposant pas de moyen finan-
cier se tournent vers des solutions à petits budgets pour réaliser eux
même leur communication visuelle.
4
PREMIÈRE PARTIE
1. Design graphique
1. Brève histoire du design graphique et de l’image de
marque.
1
Weill, A. (2003). Le design graphique. France: découvertes Gallimard.
2
Henry Van de Velde est un architecte, graphiste et décorateur Belge né en 1863 à Anvers. Il est
connu en Allemagne, en Suisse, en Belgique et au Pays-Bas pour ses nombreux travaux et est consi-
déré avec Victor Horta et Paul Hankar comme le père du courant Art Nouveau.
5
une série d’affiches, d’emballages et de prospectus basée sur un même cadre
de lignes ornementales.3
Mais ces derniers ont fini par perdre également le monopole de l’image au
bénéfice des usagers des réseaux sociaux. Avec l’apparition d’internet et
l’évolution constante des logiciels et des possibilités illimitées qu’offrent les
ordinateurs personnels, le design graphique n’est-il pas en train de disparaître
« après avoir été au sommet de la grande vague du digital ? ».6 Nous abor-
derons plus en détail ce point dans la partie consacrée à l’environnement di-
gital.
3
op. cit.
4
Weibel, P. (2012). The power of images: from visual media to social media. Perspective, 1. P.5-7.
5
Bundi, S. (2000) Quel avenir pour le design graphique ?, Graphic Poster Annual.
6
Ibid.
6
fondamentale d’une économie industrielle était la fabrication d’objet et la pu-
blicité avait pour rôle d’informer les consommateurs d’une invention, d’un
nouveau produit qui allait changer leur vie. Les inventions comme l’automo-
bile, le téléphone ou la lampe électrique étaient de telles nouveautés que
c’était presque une publicité suffisante. Les réclames se devaient de simple-
ment les annoncer.7
7
médias et des produits porteurs de la marque. Avec la nécessité d’être cohé-
rentes entre les supports, les produits et la marque, les entreprises ont planché
sur des stratégies de branding.
C’est ainsi que le design graphique est un outil qui apparut comme primordial
pour représenter la marque. Les designers graphiques commencent à aider et
à conseiller les entreprises dans la mise en visibilité de leur identité, en-
semble, ils créent avant tout l’identité visuelle de la marque.12 Celle-ci est
intrinsèquement liée à l’image de marque puisqu’elle est censée la traduire
visuellement. « Il y a une interaction permanente entre le logo, l’identité vi-
suelle et l’image de marque ».13 L’ensemble des composantes assure une co-
hérence des images chargées de représenter l’entreprise (son positionnement,
ses messages, son offre…).
Définir le design graphique est difficile puisqu’il existe une multitude de dé-
finitions en fonction de l’utilisation que l’on en fait. Par exemple, dans le
cadre entrepreneurial et des identités visuelles, Philippe Quinton définit le
12
Semprini, A. Op. Cit.
13
Joannès, A. (2005). Communiquer par l'image : utiliser la dimension visuelle pour valoriser sa com-
munication. Paris: Dunod.
14
Les termes « design graphique », « graphisme », « conception graphique » et « communication vi-
suelle » seront considérés dans le cadre de ce travail comme équivalents puisqu’ils se rapportent tous
à la même discipline.
15
[Link] consulté le 25 avril 2017.
16
Barnard, M. (2013). Graphic Design as Communication: Taylor & Francis.
8
design graphique comme un « système sémiotique utile à l’entreprise pour
faire connaître en interne et en externe son dynamisme ».17
À noter que ces deux auteurs excluent les productions artistiques de la disci-
pline. En effet, selon eux, l’art est la construction d’une image ponctuelle et
individuelle (one-off) tandis que le design graphique relève de la production
de masse et de stratégie globale, ce que nous soutenons dans le cadre de ce
travail.
Les applications et les supports du design graphique sont vastes. Ce qui suit
présente une série non exhaustive de concepts et notions liés au graphisme
qui nous semble pertinente à aborder dans le cadre de cette étude tournée vers
la communication visuelle des entreprises.
a. Le logotype
Le logo est une personnalité, une identité sous forme de symbole
ou de forme. Une entreprise vit avec son logotype : il est la preuve
de son existence, un moyen de reconnaissance et de différencia-
tion dans l’océan d’images de marque.19 Et ce qui fait « la véri-
table densité sémiotique » d’un logo ce sont bien les éléments for-
mels et visuels tels que la forme, les couleurs, l’organisation de
17
Quinton, P. (1998). Les designs comme processus de communication. Communication et langages,
115(1), 81-86.
18
Barnard, M. Op. Cit.
19
Libaert, T. (2009). Communicator : toute la communication d'entreprise (5e éd ed.). Paris: Dunod.
9
l’ensemble. Les dimensions visuelles du logo jouent un rôle im-
portant dans la reconnaissance d’une marque, il convient de le
penser avec pertinence et efficacité. 20
Le logo est conçu pour être décliné sur les différents supports in-
ternes et externes de l’entreprise afin que les parties prenantes
puissent identifier facilement les activités, les valeurs et les pro-
duits. C’est pourquoi un logo doit correspondre à l’image que l’en-
treprise veut donner d’elle-même et s’inscrire dans son discours et
sa communication.
20
Semprini, A. (2016). Communiquer par l'image : trois essais de culture visuelle. Limoges: PULIM.
21
Ibid.
10
c’est déstabilisant pour tous. Mais dans certains cas, c’est un acte
incontournable, quand le logotype est devenu trop banal, indiffé-
rencié ou obsolète, quand il a été mal pensé ou encore quand qu’il
ne correspond plus à l’évolution de l’entreprise.
b. Identité visuelle
L’identité visuelle est l’ensemble des représentations picturales de
l’image de marque d’une entreprise. « Elle disperse les caracté-
ristiques de l’image de marque comme un prisme disperse la lu-
mière en reflet coloré. »22 Une identité visuelle se doit d’être le
résultat d’une réflexion stratégique sur l’image de marque et est
traduite en charte graphique.
La charte permet de diversifier et de structurer les éléments gra-
phiques autour du logo et de l’image de marque. Elle détermine la
manière dont les signes de l’entreprise doivent être utilisés dans le
but d’assurer une cohérence visuelle entre tous les supports. Une
transgression ou une mauvaise utilisation des signes peuvent por-
ter préjudice à l’identité de l’entreprise, c’est pourquoi une charte
se doit de définir clairement les éléments suivants :
• Le dessin du logotype ;
• Les typographies ;
• Les couleurs ;
• Les tailles et proportions spécifiques aux différents sup-
ports ;
• Les placements des éléments : espaces à respecter, etc.23
22
Joannès, A. Op. Cit.
23
Joannès, A. Op. Cit.
11
c. Éléments du design graphique
Une marque, bien qu’elle ne soit pas une personne, peut être per-
sonnifiée24, et l’aspect visuel d’une composition (packaging, site
internet…) semble être en mesure d’appuyer les traits de person-
nalité de celle-ci. Par le biais de différents éléments visuels tels
que les couleurs et les typographies, le design graphique joue à
influencer les perceptions.
Les couleurs
Pour l’œil, la perception de la couleur est immédiate25 ; il y a une
sensation instantanée et claire qui vient en deçà du reste de la
forme, de la typographie et surtout du contenu du message. « Cette
perception élémentaire est donc déjà chargée d’un sens »26 qu’il
convient d’exploiter à bon escient dans la construction d’un mes-
sage visuel afin d’installer un climat propice à l’émergence
d’idées et de sensations.27
24
Pantin-Sohier, G., & Bree, J. (2004). L'influence de la couleur sur la perception des traits de person-
nalité de la marque. Revue Française du Marketing(n° 196).
25
Libaert, T., Op. Cit.
26
Merleau-Ponty, M. (1985). Phénoménologie de la perception (Réimpr. de l'éd. 1945 ed.). Paris: Gal-
limard.
27
Joannès, A. Op. Cit.
28
Libaert, T. Op. Cit.
29
Joannès, A. Op. Cit.
30
Hornung, D. (2017). La couleur, cours pratique (2e ed.). Paris: Eyrolles.
31
Pastoureau, M., & Simonnet, D. (2005). Le petit livre des couleurs. Paris: Panama.
12
exemple, peut être perçu comme chaleureux et clair mais égale-
ment comme excentrique et agressif.32
C’est pourquoi, il est important de prendre en compte les ressentis
que peuvent faire émerger l’association de couleurs en les reliant,
d’une part, au contexte culturel dans lequel les couleurs vont
vivre, et d’autre part, à l’encyclopédie personnelle et aux conven-
tions des « lecteurs » à qui sont adressées les compositions gra-
phiques.
La typographie
Elle fait partie de notre environnement ; elle est quasiment aussi
présente que le design graphique, c’est d’ailleurs, un métier à part
entière.
Malgré cela, si tout designer graphique n’est pas typographe, jouer
avec les polices de caractères dans la conception graphique est une
évidence. Elle révèle, au même titre que la couleur, une certaine
personnalité à la composition. « Chaque police est porteuse d’un
ton spécifique capable de renforcer un sens, de le subvertir ou de
l’ignorer. »33
32
Hornung, D. Op. Cit.
33
Wilhide, E. (2012). Design de polices de caractères. Paris: Pyramid.
34
Ambrose, G., & Harris, P. (2010). Les fondamentaux de la typographie. Paris: Pyramyd.
35
Semprini, A. Op. Cit.
36
Wilhide, E. Op. Cit.
13
Au-delà de cette fonction première d’être un véhicule au service
du contenu37, la structure et le dessin d’une typographie peuvent
s’avérer être imposants, dynamiques, fragiles, abracadabrantes,
neutres… Il existe un nombre incalculable de polices de caractères
et des nouvelles ne cessent d’être créées. Pour pouvoir s’y retrou-
ver, les typographes ont proposé des classifications. La plus
simple et la plus connue est celle de Thibaudeau qui divise les
polices suivant 4 grandes familles en fonction des empattements38:
les élzévirs (empattements triangulaires), les didots (empatte-
ments filiformes), les antiques (sans empattement) et les égyp-
tiennes (empattements quadrangulaires).39
d. Applications et supports
Le travail du designer consiste à mettre en page des textes et des
images sur différents supports. Pour n’en citer que quelques-uns :
affiches, cartes de visite, sites web, feuillets, livres... « Pour le
graphiste, chaque page, chaque encart, chaque espace qui délivre
un message est une image. »40
Aménager l’espace sur tous ces supports, c’est réfléchir à l’har-
monisation des masses, les rapports entre les caractères, les para-
graphes, mais aussi les images, les « blancs », les éléments gra-
phiques, etc. afin d’apporter des sensations visuelles telles que la
stabilité, l’équilibre, l’harmonie, l’aération…
Mais le travail du graphiste ne s’arrête pas là. En effet, de concert
avec l’harmonisation des masses, le design doit assurer le confort
de lecture en fonction de la quantité d’informations, de l’espace
disponible et du support utilisé.
37
Semprini, A. Op. Cit.
38
Empattement : embout rajouté à l’extrémité d’un fût ou d’une traverse (autrement dit d’une
lettre).
39
[Link] consultation le 5 mai 2017
40
Joannes, A. Op. Cit
14
La nature des supports sur laquelle un message doit vivre est à
prendre en compte lors du processus de création. En effet, les in-
formations ne sont pas assimilées de la même manière à l’écrit
qu’à l’écran. Les textes sont plus difficiles à lire sur les supports
numériques, la lecture y est plus rapide et transversale, les infor-
mations y sont survolées. C’est pourquoi, sur les écrans, les
images sont appelées à devenir la source d’information en rempla-
çant le texte. Le message peut alors prendre différentes formes :
infographies, cartes, photos, vidéos…41
Si les designs sont issus et se nourrissent de l’art, ils ne relèvent pas unique-
ment de ce domaine.42 Dans un monde qui banalise le beau, cantonner le de-
sign graphique à une fonction esthétique, le considérer comme une décoration
accompagnant un message est réducteur et impertinent.
Ce qui suit propose une série de fonctions que nous avons relevées de diffé-
rentes lectures, mais cette liste n’a pas la prétention d’être exhaustive. D’une
part, car nous n’avons pas lu l’entièreté des publications sur le sujet et d’autre
part, le design graphique, intimement lié à la société, est en perpétuelle évo-
lution. C’est pourquoi, lors de l’investigation, nous tenterons de comprendre
la réalité du terrain actuel en posant la question des fonctions du design gra-
phique lors d’entretiens.
41
Op Cit. p.113
42
Quinton, P. Op. Cit.
43
Barnard, M. Op. Cit.
15
Production de sens : le design graphique soutient une autre forme de com-
munication. Effectivement, il révèle le sens, les valeurs, le style de vie prônée
par une marque sous forme d’expressions visuelles. Il est l’un des vecteurs
propices à la diffusion de messages (image de marque, informations…). Une
expression graphique est porteuse d’un sens spécifique inévitablement en in-
teraction avec le contenu littéral des messages.44
44
Quinton, P. Op. Cit.
45
Quinton, P. Op. Cit.
46
Barnard, M. Op. Cit.
47
Blanchard Gérard. Le discours de la marque : le logotype. In: Communication et langages, n°36,
1977.
pp. 65-78.
48
Quinton, P. Op. Cit.
16
sion fait partie des fonctions du design graphique. Un bon design est un de-
sign qui, en plus de répondre à d’autres fonctions, est amusant, divertissant,
beau. Il peut être source de joie et de plaisir et répondre au plaisir des sens.49
La fonction décorative et esthétique répond également à un besoin d’harmo-
nie et de cohérence visuelle.
Ici encore, il n’y a pas de définition claire. Ainsi, dans le cadre de ce travail,
nous appellerons les professionnels que nous allons interroger « les créatifs ».
Ci-dessous 4 types de professionnels qui nous semblent pertinents de men-
tionner dans le cadre d’un travail orienté vers le graphisme et le digital :
49
Barnard, M. Op. Cit.
50
[Link] consulté le 23 mai 2017
51
[Link] consulté le 23 mai 2017
17
Webdesigner et webmaster : Tous deux s’occupent de la conception d’in-
terface web. Ils pensent l’ergonomie, l’organisation des pages, l’arbores-
cence, la navigation, la maintenance… Ce qui différencie les deux est l’ap-
proche du métier : le webmaster est plus technicien que le webdesigner, qui
lui, est tourné davantage vers le design et la conception graphique.
52
[Link] consulté le 24 mai 2017
18
2. Environnement numérique
Dans le cadre de ce travail, nous allons nous attarder à contextualiser cet en-
vironnement numérique, d’abord par une brève présentation du web 2.0 et de
la place de l’utilisateur. Nous nous attarderons ensuite sur le design graphique
et le numérique avant d’aborder l’entreprise et le milieu digital.
1. Web 2.0
53
Choquet, I., Environnements numériques et PME : figures du chaos et nouveaux usages., p.14
Sciences de l'information et de la communication. Université Michel de Montaigne - Bordeaux III,
2015.
19
ternet possède depuis lors certaines caractéristiques qui ont engendré une mu-
tation de la communication, des comportements des utilisateurs et des entre-
prises que nous détaillerons dans les points suivants.
2. Les usagers
Les architectures « souples » des plateformes du web 2.0 sont des leviers pour
l’émergence des usages tels que le partage, la transparence et la collabora-
tion.56 Les usagers communiquent via des systèmes de « likes» , de commen-
taire, de partage, mais deviennent également créateurs d’images, de vidéos,
d’informations, ils deviennent autant acteurs et auteurs de la communication
sur le web que le sont les plateformes et les médias. Ils ne sont pas seulement
représentés, ils ne sont plus uniquement des récepteurs, mais des acteurs : «
Si, dans la culture visuelle des médias de masse, « le médium est le message
» (McLuhan), dans les médias sociaux « chacun est destinateur » (Weibel) »
54
Renard D., (2016). Sigle : Marketing et stratégies communicationnelles [Présentation PowerPoint],
UCL.
55
Choquet, I., Op. Cit.
56
ibid
20
57
. De ce fait, chacun participe à la production et à la diffusion de messages
et d’images.
Sur l’internet participatif, tout un chacun peut se former dans bon nombre de
domaines, les logiciels de création ne font pas l’exception à ce constat. Les
forums, les chaînes vidéo, les blogs, les sites web des fabricants de logiciels
57
Peter Weibel. (2012). The power of images: from visual media to social media. perspective.
58
J.P. Durand, J. Sebag, S. Calle, N. Gorgon, & M. Raffenne. (2009). Les métiers du graphisme. Univer-
sité d’Evry, Evry. P.43.
59
Alain, W. Op. Cit.
21
sont des mines d’or pour les créatifs, mais aussi pour le non-professionnel :
des astuces et des tutoriels sont disponibles gratuitement ou presque pour ré-
aliser des visuels.
60
[Link] consulté le 26 mai 2017
22
Le design sur les écrans
Designer pour les écrans oblige à reconsidérer les hiérarchies et les habitudes
acquises dans la communication graphique.61 D’une part, l’utilisateur
n’aborde pas l’information de la même manière que sur papier et d’autre part,
les éléments visuels ne vivent pas de la même manière dans un environnement
digital. Par exemple, un logo pensé dans le cadre d’une identité visuelle im-
primée et figée ne pourra peut-être pas trouver sa place dans l’univers inte-
ractif du web.
Aujourd’hui, il est essentiel de composer avec une identité visuelle à la fois
souple (adaptable à de nombreux supports et de nombreuses contraintes) et
conceptuellement forte. Pour qu’elle fasse « trace mentale », l’enjeu de la
marque est de créer un véritable cadre visuel et narratif autour de ses éléments
graphiques.62 Il s’agit pour le créatif d’anticiper les futures applications des
éléments graphiques et de créer tout un univers graphique autour du logo qui
va pouvoir être décliné en fonction des supports.
61
Quinton, P. (2000). Montrer ou dire : la communication graphique dans la course à l’identification.
Communication et organisation (18).
62
Berthelot, P. (2008). Le design graphique ou l’intelligence des médias Mise en perspective du nou-
veau périmètre d’intervention d’une « pensée de l’écran » au service de la communication des orga-
nisations. Communication & langages, 2008,
63
Ibid.
64
ibid.
23
3. Construction des hypothèses
Les deux hypothèses que nous voulons vérifier sont le fruit de la rencontre
entre une réflexion personnelle effectuée en amont de ce travail et les lectures
consommées pour rédiger la première partie de ce mémoire.
De facto la construction des hypothèses et l’explication de celles-ci repren-
nent des concepts d’auteurs et de lectures que nous avons déjà abordés et no-
tifiés dans les pages précédentes.
24
DEUXIÈME PARTIE
1. Le choix des entreprises
Tout d’abord, en Belgique, comme dans de nombreux pays, les PME et TPE
composent la majeure partie du tissu économique ; il y a donc matière à faire
auprès de ces organisations.
65
Loyer, C. (2016). Réconcilier communication et création. In : Étape:, n°230. Mars-Avril 2016.
66
[Link] consulté le 29 avril 2017
25
Grâce à un terroir reconnu de qualité, la Belgique est un terrain favorable au
développement de concepts innovants dans le domaine de l’alimentation bio-
logique, du local et des circuits-courts. 67
1. Entreprises
TPE : sont les très petites entreprises. En Belgique, une TPE compte
moins de 10 travailleurs et n’excède pas les 2 millions d’euros de
chiffre d’affaires annuel.69
67
[Link] consulté
le 29 avril 2017
68
: [Link]
prises, consulté le 29 avril 2017
69
[Link] consulté le 29 avril
2017
70
[Link] consulté le 24 mai 2017
26
Pour ce faire, nous reprendrons le compendium défini en 1987 par Brundtand
et communément cité pour déclarer que le développement durable est « un
développement qui permette aux générations présentes de satisfaire leurs be-
soins sans remettre en cause la capacité des générations futures à satisfaire
les leurs. » 71
Cette tendance « durable » semble orienter les consommateurs vers l’achat de
produits locaux, biologiques, équitables et par l’approvisionnement auprès
des circuits courts. Cette consommation durable est définie durant le Sommet
d’Oslo de 1994 comme étant : « L’usage de biens et de services qui répond
aux besoins fondamentaux et apporte une meilleure qualité de vie en minimi-
sant l’usage des ressources naturelles… de façon à ne pas nuire aux besoins
des générations futures ».72
71
Lavorata, L., Gurviez, P., Robert-Demontrond, P., Vernier, M.-F., Bouthelier, A., & Capron, M.
(2016). Marketing et développement durable : du distributeur au consommateur. Paris: Economica.
72
Ibid.
73
Ibid.
74
Libaert, T., Communication et développement durable : des relations ambiguës . In: Communica-
tion et langages, n°150, 2006. La «valeur» de la médiation littéraire. pp. 127-133.
75
Ibid.
76
Ibid.
27
le marketing a ce pouvoir de mettre en place une démarche qui prend en
compte les problèmes environnementaux et qui pousse à consommer diffé-
remment.77
Identité d’entreprise
L’identité d’entreprise est un projet complet et cohérent qui va bien plus loin
que la conception d’un logo.78 Ce « marquage », ce logo, s’il est indispen-
sable n’est que la dernière étape du processus de conception de l’identité
d’une organisation.79
77
Lavorata, L., Op. Cit.
78
J.P. Durand, J. Op. Cit.
79
Kapferer, J.-N. Op. Cit.
80
Blanchard, G. (1977). Op. Cit.
81
Kapferer, J.-N Op. Cit.
28
Les organisations et l’identité visuelle
Lorsque le design graphique est au service de l’entreprise, il s’agit avant tout
de l’identité visuelle. Les signes et les images composés pour elle vont lui
permettre d’habiter l’espace public. Ces images ont du pouvoir et de l’in-
fluence à deux niveaux : elles apportent d’abord une influence de présence,
elles existent, elles apportent ensuite une influence d’évidence, elles sont re-
connues. 82
Ainsi les signes non verbaux jouent un rôle primordial dans les stratégies
d’identifications des organisations. Grâce à eux, l’organisation se montre,
peut exister visuellement avant d’être en mesure de pouvoir « dire », de con-
vaincre et d’argumenter verbalement. Dans le cas des identités visuelles, le
design graphique tend à construire des situations d’échange par une mise en
place visuelle qui préparent le terrain pour le contenu des messages. 83
Communication digitale
L’intégration des outils et des plateformes du web dans l’entreprise est sou-
vent un facteur de développement ou de survie mais les entreprises et plus
encore les petites structures telles que les PME et les TPE sont souvent peu
organisées et compétentes pour se lancer dans l’aventure du numérique.84
Bien qu’elles aient perçu l’importance d’être présentes sur les réseaux so-
ciaux ou d’avoir un site internet85, il est important que ces structures com-
prennent comment et pourquoi utiliser Internet dans le cadre de leurs activi-
tés.
En effet, au-delà « d’aller sur Internet », les entreprises doivent intégrer de
nouvelles dynamiques communicationnelles pour la pérennité de l’organisa-
tion. D’une part, par rapport à l’image de la marque qui doit être adaptée aux
nouveaux supports numériques et répondre aux questions du sens (est-ce co-
hérent avec mon image ?) et de l’usage (quels sont les usages et les habitudes
82
Quinton, P. (1997) Design graphique et changement: L'Harmattan, p.11
83
Quinton, P. Op. Cit.
84
Choquet, I. Op. Cit.
85
Berthelot, P. Op. Cit.
29
sur internet ?).86 Surtout que l’image est devenue centrale dans l’environne-
ment digital pour au moins deux raisons. D’abord, internet intensifie les pro-
cessus de médiatisation.87 Ensuite, les interfaces graphiques sont le premier
contact avec les utilisateurs. De ce fait, pourvu qu’elles plaisent afin de don-
ner envie d’aller plus loin.88
D’autre part, le web aujourd’hui est avant tout social. Les entreprises se doi-
vent de passer d’une posture verticale à une posture transversale dans laquelle
le consommateur co-construit le discours de la marque.89
Il y a donc un enjeu stratégique qui pousse à plus de cohérence et de transpa-
rence. Malgré une apparente logique d’instantanéité et de spontanéité, avoir
une communication aléatoire et irréfléchie peut avoir des conséquences sur
l’image de la marque.90
La marque et l’agro-alimentaire
Généralement, « On décode les produits à travers le prisme de la marque, ses
lunettes »91. Mais dans le cadre de l’alimentation durable, la marque n’est pas
le seul signe de la qualité d’un produit. Les labels, les certificats de conformité
des normes ou encore les appellations d’origine contrôlée permettent à des
entreprises d’apposer un sens, une position, une typicité à leur produit, malgré
quelque fois l’absence de marque connue.92
Ces signes vont avoir toute leur importance puisqu’ils ne peuvent pas tromper
du fait de leur fonction normative, les produits se devant de répondre à cer-
taines exigences pour être labélisées. Ils permettent de valoriser un produit,
de lui administrer une notoriété tout en guidant l’acheteur dans sa consom-
mation.93 C’est pourquoi, il est indispensable qu’ils soient mis en avant sur
les packagings et communications liées aux produits labélisés.
86
Choquet, I. Op. Cit.
87
Choquet, I. Op. Cit.
88
Berthelot, P. Op. Cit.
89
Tran, S. (2011). Le Web 2.0 comme nouveau paradigme de l’entreprise ?1. Université Paris
Dauphine, Paris.
90
Choquet, I. Op. Cit.
91
Kapferer, J.-N. Op. Cit.
92
Kapferer, J.-N. Op. Cit.
93
Filloz, V., & Colomb, V. (2011). De l’étiquette à la marque : la labellisation comme unificateur des
projets territoriaux ? Développement durable et territoires(Vol. 2, n° 2).
30
Cependant, si ces signes font office d’arguments d’autorité incontestable, que
deviennent la marque et l’univers de celle-ci ? L’image de marque et la com-
munication visuelle qui en découle sont-elles encore pertinentes dans le sec-
teur de l’alimentation durable ?
31
TROISIÈME PARTIE
1. Méthodologie : entretien semi-directif
Dans la première partie, nous avons d’abord placé le cadre théorique et pra-
tique de notre travail, principalement grâce à des lectures. Ce qui nous a per-
mis, dans un deuxième temps d’aboutir à des questionnements précis et d’éla-
borer des thématiques pour répondre à notre question de recherche.
32
1. Grille d’entretien96
Nous avons interrogé deux types de professionnels comme nous
l’avons dit précédemment. Dès lors, nous avons effectué deux grilles
d’entretiens qui correspondent aux profils des répondants. Les grilles
s’articulent de la manière suivante :
Introduction : dans un premier temps nous expliquerons le but de la
recherche et nous laisserons l’interrogé se présenter (son parcours, sa
place dans son entreprise) ou présenter l’entreprise dans laquelle il
travaille (ses produits, son positionnement).
Le design graphique : dans un deuxième temps, nous dirigerons l’en-
tretien vers des questions liées au design graphique. D’une part, pour
sonder l’interrogé sur sa compréhension du sujet et d’autre part pour
essayer de comprendre la vision qu’il en a.
La communication : Réservée aux entreprises, cette partie permettra
de parler de la stratégie qu’elles ont implémenté sur les réseaux so-
ciaux, en confectionnant leur image de marque et dans leur discours
en général.
Invisibilité et réception : Cette partie sera l’occasion d’aborder des
points clés relevés de nos lectures et de notre première hypothèse.
Web et technologie : Enfin cette dernière partie traitera de la deu-
xième hypothèse.
2. Corpus :
Nous avons effectué 11 entretiens, 6 créatifs et 5 entreprises.
a. Les créatifs
Milan Cambier
Directeur artistique chez KingSize, studio graphique basé à Namur et
spécialisé dans l’identité visuelle des organisations (Start-ups et TPE
principalement).
96
Les grilles d’entretiens sont reprises en annexe.
33
Marc Van den Bossche
Cofondateur de 20something, agence de création et de stratégie de
communication basée à Bruxelles et spécialisée dans la conception de
solutions visuelles pour les marques dont le public est la génération Y
et Z.
Branislav Milić
Freelance polyvalent dans le monde du design graphique, basé à
Bruxelles. Il est spécialisé dans la conception de projet d’édition digi-
tale.
Olivier Goldstein
Directeur artistique de l’agence créative Manythink, basée à
Bruxelles. L’agence propose des solutions de communication « trans-
média ».
Michael Debecker
Fondateur de Poush!, agence de communication basée à Gembloux
spécialisée dans l’image de marque et la notoriété des entreprises et
qui offre différents moyens de déclinaison d’action (digitale et tradi-
tionnelle).
Benjamin Chasseur
Web designer chez Expansion, agence de communication et de mar-
keting. Avec ses quelque 35 employés à temps plein, Expansion est la
plus grosse agence de communication du Namurois.
b. Les entreprises
Szandra Gonzalez
Fondatrice de Little Green Box, start-up qui proposera dès septembre
des boîtes hebdomadaires contenants le nécessaire pour réaliser 4 re-
cettes avec des aliments belges et bios. Pour toutes ses décisions, elle
34
privilégie les circuits-court et le local, de l’impression des fiches re-
cettes aux aliments qui composent les boîtes. (Bousval)
Sophie Goffard
Co-créatrice de Aldento. Ce sont des pâtes artisanales fabriquées à
base de farine d’insectes. L’idée des deux créatrices est de vendre un
produit bio et belge et non une marque. Elles sont surtout productrices
du produit, ce qui leur tient à cœur, c’est la fabrication artisanale des
pâtes. (Liège)
Philippe Corbisier
Créateur de Befruity. Il livre deux jours par semaine des smoothies
frais aux entreprises de Louvain-la-Neuve. L’idée est de proposer une
collation saine pour remplacer les produits industriels. (Ottignies-
Louvain-la-Neuve)
Laurence Meeùs
Fondatrice de Turtle. Seule marque de mélange de porridge bio en
Belgique, distribuée en Belgique et en France depuis septembre
2015. Ils sous-traitent leur production et s’occupent de la distribution.
(Bruxelles)
Catherine Bodson
Créatrice de Pipaillon, une conserverie artisanale et locale qui propose
des chutneys, confitures, tapenades et autres, le tout réalisé dans un
atelier à Bruxelles. Ils s’occupent autant de la production que de la
vente.
3. Pertinence de l’échantillon
Notre corpus est composé d’effectifs caractéristiques des deux popu-
lations interviewées mais non strictement représentatif. Effective-
ment, notre enquête ne comprenant pas suffisamment d’entretiens,
35
nous ne pourrons pas généraliser les résultats statistiquement.97 À no-
ter que dans le cadre de ce travail, la représentativité statistique n’est
pas recherchée.
4. Production de sens
a. Méthodologie
Nous avons choisi d’effectuer une analyse thématique, cela per-
met de chercher une cohérence inter-entretiens.98 Ce choix est
justifié d’un côté par le besoin de la recherche qui est de comparer
97
Ibid.
98
ibid.
36
les avis des créatifs et ceux des entreprises. Mais aussi par la cons-
truction des discours qui sont quelques fois incohérents ou imper-
tinents par rapport aux thématiques, conséquence de l’entretien
semi-directif.
b. Grille d’analyse100
La composition de la grille d’analyse reprend les thématiques de
la grille d’entretien.
99
ibid.
100
La grille d’analyse est reprise intégrallement en annexe.
37
2. Analyse
Définitions et fonctions
La première thématique que nous allons aborder dans cette analyse est celle
de la définition du design graphique et de ses fonctions. Nous avons souhaité
vérifier que les entreprises interrogées comprenaient bien de quoi il s’agit et
nous étions curieux d’entendre les créatifs parler de la discipline. La réalité
du terrain correspond-elle à nos lectures ?
De prime à bord, rappelons que nous avions émis l’idée que le design gra-
phique est une discipline difficile à définir en raison de la diversité de ses
approches et de ses utilités.
D’après notre investigation auprès des créatifs, nous retiendrons les deux no-
tions suivantes :
- La notion de « véhiculer un message » a été exprimée par trois créatifs.
Selon Marc VdB., le design graphique est « la réflexion et la compré-
hension d’un message qu’il faut traduire en image » et pour Michael
D., le design porte bien son nom, car « il a un côté fonctionnel et émo-
tionnel qui fait transparaître une idée, des valeurs d’entreprises… ».
- La notion de design graphique comme étant une étude et une réflexion
a quant à elle été énoncée par 3 créatifs.
Il semblerait que pour les interrogés, le design graphique soit comme le défi-
nit Olivier G. : « Une étude conceptuelle qui s'exprime sous une forme esthé-
tique ou formelle pour exprimer un message ».
38
visible et pour Laurence M. elle n’a pas réellement répondu à la question,
mais à surtout défini le designer graphique comme un ouvrier.
En ce qui concerne les fonctions du design graphique, les créatifs ont tous
énoncé la fonction d’information101 sous différentes formes telles que « Por-
ter un message » (Milan C.) et « un support à l’information » (Branislav M.).
La deuxième fonction la plus formulée est celle de la production de sens102
et celle de la fonction esthétique chacune abordée deux fois.
Les fonctions énoncées par les entreprises ne sont pas réellement en rapport
avec celles que nous avons pu énumérer dans ce travail. Par exemple, pour
Laurence M. le design graphique a d’abord un rôle fonctionnel qui répond à
un besoin de mise en page des informations, elle explique que pour qu’un
gabarit de packaging parte en impression, il doit impérativement être fait par
un graphiste. L’aspect pratique et technique prime dans son cas. Pour Cathe-
rine B. le design graphique a, entre autres, un rôle de vitrine du projet et doit,
pour ce faire correspondre à celui-ci. Cette fonction de cohérence est énon-
cée également par Szandra G. et Philippe C. Pour ces deux derniers, un design
graphique a aussi un rôle dans l’image professionnelle.
On s’aperçoit ici que les fonctions et les définitions données par les entre-
prises sont essentiellement liées à leurs expériences et à la vision que chacune
porte sur les designers graphiques ou le design graphique en général. Tandis
que les créatifs se rapprochent notablement de nos lectures avec une forte
tendance à considérer leur travail comme un moyen de transmettre un mes-
sage.
101
Comme énoncé en page 18 de ce travail.
102
Comme énoncé en page 18 de ce travail.
39
Outil et ouvrier. Pour Philippe C., le design graphique est un outil qui lui
permet d’inscrire sa marque dans un logo et sur des étiquettes. Pour Laurence,
le graphiste est un ouvrier. Dans ce sens, ils ont tous deux « dirigé » le gra-
phiste avec qui ils ont travaillé. Ils ne semblent pas avoir reçu de conseils et
semblent avoir dû définir eux-mêmes les couleurs, l’ambiance, la typogra-
phie, le style.
Le constat que nous pouvons tirer à ce stade de l’analyse est que les défini-
tions et fonctions que les entreprises nous ont données sont liées d’une part à
des préconstruits et d’autre part à l’expérience qu’ils ont eue lors de la con-
fection de leur communication visuelle.
40
3. Constats
1. Le processus de conception graphique
Deux entreprises sur les cinq ont créé leur identité visuelle via une ressource
numérique. Deux sur cinq ont également créé leur site internet sur des plate-
formes ne nécessitant pas de compétences en web particulières.
Szandra G., par manque de budget, mais par conscience a créé son logo pour
35 euros sur [Link]. C’est grâce à GroupeOne et à des forma-
tions qu’elle a reçues qu’elle a connu cet outil. Cependant, dès le départ, il
était évident pour elle que c’était temporaire. Par la suite, elle a fait appel à
un graphiste et une weddesigner pour l’aider et la conseiller.
Enfin, en ce qui concerne les entreprises, nous finirons avec Laurence M. qui
a réalisé son site internet sur [Link], avec l’aide d’une graphiste au
début avant de s’en occuper elle-même aujourd’hui.
41
Pour trois des créatifs, même s’ils sont nuancés sur la considération de ses
plateformes comme étant des concurrents, ils ont tous trois récupéré des
clients qui sont passés par là, comme nous le disions.
Pour Milan C. ses plateformes sont une bonne solution pour se lancer
puisqu’au départ de tout business il est normal de manquer de financement.
Mais finalement, « Les gens qui sont venus vers moi après être passés par
là, étaient conscients que d'une manière ou d'une autre c'était quelque chose
qui ne pouvait pas durer ». Selon lui, les gens sont généralement conscients
que ce qu’ils font avec ce genre de plateformes n’est pas à caractère unique
et manque de réflexion.
Olivier G. a le même avis que Milan C., il ajoute même qu’il n’a aucun mal
à proposer à un client qui semble séduit par ce genre d’offres de les tester.
Puisque selon lui « ils se cassent la gueule et reviennent vers nous après ».
Les trois autres entreprises ont quant à elles réalisé dès le départ leur commu-
nication visuelle avec un créatif.
Pour Catherine B. et Laurence M., faire appel à un créatif a été une évidence
dès le départ, les deux entrepreneuses ne possédant pas les compétences pour
le faire, que ce soit d’un point de vue pratique et technique pour Laurence M.,
ou d’un point de vue de la cohérence et de la valeur ajoutée pour Catherine B.
En effet, la valeur ajoutée du design graphique est importante pour Catherine
B. Pipaillon étant une marque de confiture « haute couture », le visuel se doit
d’inscrire le produit dans une dynamique luxueuse.
42
2. Banalisation et invisibilité
En page 24 de ce travail, nous affirmions que le graphisme souffre d’une perte
de reconnaissance, ce que les témoignages des créatifs confirment.
Pour plusieurs raisons, cependant, ils ont tous abordé l’idée de décalage entre
ce que les plateformes de créations à petit budget proposent et l’incompré-
hension de la valeur ajoutée d’un graphisme professionnel. Pour chacun, la
notion de recherche et de stratégie est au cœur de leur travail.
Marc DdB. explique que « la démocratisation des outils donne souvent l’im-
pression que tout le monde pourrait le faire », Benjamin C. va dans ce sens
lorsqu’il dit qu’il « n'est plus nécessaire de connaître Photoshop sur le bout
des doigts pour faire quelque chose ».
Malgré tout, ces programmes restent des outils et Marc VdB. ajoute que « si
tu ne sais pas ce que tu veux dire, ça ne va pas marcher ». Leurs propos
appuient ce que nous notions en page 24, c’est-à-dire que l’évolution techno-
logique et internet procurent à tout en chacun un sentiment de créateur
d’image.
43
n’est pas facile à trouver ». Enfin, il y aurait selon lui une apparente médio-
crité causée par l’informatique qui « pilote le travail du graphiste » puisque
ce dernier est influencé par les possibilités techniques, ce qui encore fois fait
référence à ce que nous abordions page 25.
Nous pouvons confirmer que les témoignages, bien que différents ou du
moins nuancés font écho aux propos tenus dans la première partie de ce mé-
moire.
L’exception est Sophie G. pour qui le design graphique ne semble pas avoir
d’importance dans son secteur. Elle nous dit néanmoins, « on s'est bien dit
qu'il fallait quelque chose. On savait qu'il fallait nous identifier » ; mais il est
clair pour elle, que « pinailler sur telles couleurs, l’épaisseur des traits sur
un graphisme… » ça ne l’intéresse pas. Ce qu’elle souhaite, c’est créer un lien
entre le produit et qui l’a fabriqué, avoir une communication orale, humaine
et transparente. Mais inventer une marque, faire du marketing, ça non. Elle
44
justifie son point de vue en évoquant notamment le secteur de l’alimentation
en vrac. Pour elle, ce qui importe c’est la provenance du produit, le côté arti-
sanat et bio. En ce sens, elle illustre nos propos sur la labélisation dans le
secteur de l’alimentation durable103. C’est-à-dire que les signes qualitatifs ap-
posent une typicité, une position sur le produit et engendrent une certaine ina-
nité de la marque.
Bien qu’il s’agisse d’un cas isolé dans nos entretiens, il nous semble conce-
vable que les propos de Sophie G. puissent trouver un écho auprès des adeptes
de l’alimentation en vrac. Aussi, cette piste pourrait être exploitée dans un
autre travail orienté sur la communication du secteur de la consommation zéro
déchet.
Pour Szandra G., il nous paraît évident qu’elle montre une certaine sensibilité
au design graphique. Probablement de par ses études en communication et sa
sensibilité pour le visuel, elle nous dit « je suis convaincue qu'un bon design,
ça fait vendre ». De plus, ses actions correspondent à ces dires. Il est vrai
qu’elle est passée par une plateforme de création de logos à petit budget, dont
elle était fière mais elle a toujours su que c'était temporaire. Elle a d’ailleurs
travaillé avec un graphiste et une web designer pour la refonte de son identité
visuelle et de son site internet.
Dans le même sens, nous pouvons nommer Catherine B. Cette dernière nous
avoue que le sujet ne l’intéressait pas du tout avant de créer son entreprise,
mais elle semble s’être laissée guider par les différents créatifs qu’elle a ren-
contrés et aujourd’hui le résultat est qu’elle apporte un soin minutieux à ses
packagings, mais également à sa cohérence visuelle sur Instagram.
103
Énoncé en page 35 de ce travail.
45
très clair, relativement moderne ». Elle souhaite réellement traduire ses va-
leurs et son envie de « dépoussiérer » le porridge passe par un positionnement
particulier. Par exemple, elle savait qu’elle ne voulait pas utiliser les mêmes
couleurs et la même dynamique sur ses visuels (packagings, site internet, pho-
tos Instagram) que ce que l’on voit en bio.
Finalement pour Philippe C., le constat est un peu mitigé. Il nous dit avoir
conscience que c’est vraiment important, mais en même temps avoue ne pas
percevoir la valeur à 100% de la communication en général. De facto, il né-
glige cet aspect-là de son entreprise, mais selon lui, ce n’est pas une priorité.
Du côté des créatifs, il faut nuancer également. Trois affirment penser que les
petites entreprises ont compris les enjeux du design graphique ou du moins,
qu’il ne soit pas possible qu’une entreprise petite ou grande ne soit pas pré-
occupée par son image, selon les propos d’Olivier G. Et deux ne font pas une
généralité à ce sujet, la compréhension n’est pas toujours présente. Cepen-
dant, lorsque l’on aborde les difficultés du design graphique, quasiment tous
nous ont parlé de la relation avec les clients.
Il est apparemment difficile de faire comprendre le processus de confection
d’un design graphique.
D’un côté, selon Michael D., les petites structures ne se rendent pas compte
qu’un budget de 1500€ ne suffira pas pour obtenir une « identité visuelle, un
site internet, du référencement et de la pub Facebook ». Ce que Benjamin C.
appuie en disant qu’« il faut sans cesse prouver que notre métier est utile aux
gens ». Propos tenus également par d’autres professionnels.
Il est souvent difficile de cadrer le client, c’est pourquoi Olivier G. consacre
une partie de son travail à « éduquer » le client, afin « d'amener sa clientèle
à comprendre la démarche et que le design n’est pas gratuit (en temps et en
argent) pour arriver à accepter une solution ».
Pour conclure, nous pouvons affirmer que sur les 5 entreprises interviewées,
une seule semble avoir bénéficié de l’expérience idéale lors de la conception
46
de sa communication visuelle, Szandra G. Elle est aussi la seule à avoir en-
tamé un processus complet de communication visuelle avec des profession-
nels. Il existe donc une incompréhension des métiers du design graphique et
toutes les entreprises ne montrent pas une sensibilité pour le graphisme mal-
gré ce que pourraient penser les créatifs. Même s’il ne faut pas oublier, rap-
pelons-le, de nuancer leurs propos évidemment.
4. Réponses aux hypothèses
Les enjeux et l’impact du design graphique comme élément de com-
munication à part entière sont méconnus par les entreprises du sec-
teur traité dans ce travail.
D’une part, parce qu’il nous semble difficile de considérer le design gra-
phique comme un élément à part entière. En effet, comme l’annonce Oli-
vier G. « Le design tout seul, c'est mort », il doit faire partie d’un proces-
sus global et répondre à des fonctions que nous avons déjà abordées. De
facto, il paraît difficile de faire comprendre le design graphique séparé-
ment du reste de la communication.
D’une autre part, les propos des entreprises et des créatifs ne vont pas
dans le même sens.
Sur cinq entreprises, seulement trois semblent l’intégrer pleinement à leur
stratégie. Pour les deux autres, il paraît évident qu’elles n’ont pas compris
les enjeux de la communication de manière générale, au-delà de la com-
munication visuelle.
Trois créatifs avancent que les entreprises ont compris les enjeux tandis
que deux autres ont un discours plus nuancé sur le sujet. Ce qui est certain,
c’est que là où ça blesse, c’est au niveau du budget.
47
Il est évident que dans le cadre de ce mémoire nous ne pouvons pas géné-
raliser nos résultats, ce faisant nous pouvons néanmoins continuer à nous
interroger. Est-ce que les créatifs, en affirmant en majorité que les entre-
prises comprennent les enjeux, connaissent la réalité des petites struc-
tures ? Les entreprises, si elles avaient plus de budget, feraient-elles de
leur communication une priorité et seraient-elles plus à même de com-
prendre les enjeux ? Ou pour reprendre l’avis de Sophie G. le secteur du
bio semble-t-il bénéficier quelque peu d’un climat favorable à l’absence
d’image de marque ?
Tant du point de vue des créatifs que de celui des entreprises. Il s’agirait
en effet que le budget nuise aux métiers du design graphique. Cependant,
la notion de budget ne semble pas être une simple question de ressources
financières.
48
Ensuite, le prospect est influencé par des offres alléchantes sur des plate-
formes qui proposent pléthore de solutions graphiques à des prix défiant
toutes concurrences. Si ce prospect devient un client pour une agence ou
un graphiste, il va probablement être très étonné de la somme que lui de-
mandera le professionnel pour réaliser un travail qu’il aurait pu, selon lui,
créer en ligne de manière souvent plus rapide et à moindre coût. De facto,
les utilisateurs d’internet n’ont-ils pas une fausse idée de ce que coûte
réellement l’intervention d’un professionnel ? La compréhension des
compétences des métiers du graphisme n’est-elle pas altérée par ces soi-
disant solutions à bas prix ?
49
CONCLUSION
Les lectures et les entretiens nous permettent de confirmer la deuxième hypo-
thèse selon laquelle, « Les petites structures et les start-up ne disposant pas
de moyens financiers se tournent vers des solutions à petits budgets pour ré-
aliser elles-mêmes leur communication visuelle.».
En effet, nous avons pu constater que trois entreprises sur cinq ont profité de
ces opportunités. Malgré tout, il est nécessaire de nuancer cette affirmation
puisque cela n’a pas été le cas pour toutes les entreprises. En ce sens, il s’agit
plutôt d’une tendance. De plus, il convient de rappeler que pour une de ses
trois entreprises, cette étape n’était pas définitive et elle a fini par faire appel
à des professionnels. Finalement, mentionnons à nouveau que pour les créa-
tifs, il peut s’agir effectivement de solutions de dépannage à court terme.
Quoi qu’il en soit, nous avons pu remarquer que la procédure de création gra-
phique (d’une identité visuelle ou d’un site internet) est différente pour
chaque entreprise. En effet, les préconstruits, les valeurs et les expériences de
chacune jouent un rôle déterminant dans la conception de leur communication
visuelle. Nous avons surtout observé deux tendances. D’une part, les entre-
prises qui intègrent le visuel dans la stratégie globale de positionnement et de
communication et d’autre part, les entreprises qui déconsidèrent, par manque
de connaissance ou par rejet du marketing, la communication visuelle. C’est
pourquoi, ce mémoire apporte une réponse nuancée à notre question de re-
cherche et se présente plutôt comme une première piste de réflexion qu’il
conviendrait de continuer à explorer.
50
Selon nous, les causes de cette méconnaissance sont partagées entre les créa-
tifs eux-mêmes et les publics.
Les créatifs n’ayant pas toujours les arguments pour convaincre, se considé-
rant tantôt comme des artistes, tantôt comme des professionnels de la com-
munication, semblent souffrir eux-mêmes de cette situation ambiguë. De
plus, la discipline du design graphique est cantonnée aux écoles d’arts et de
techniques infographiques. Cela doit quelque part avoir un impact sur la re-
connaissance de la discipline et l’éloigner d’une réelle réflexion académique.
104
Quinton, P. Op. Cit.
51
d’une étude à part entière et que nous n’avons pas eu l’occasion de traiter
dans le temps et le nombre de pages qui nous étaient impartis.
Pour finir, ce qui est irréfutable, c’est que ce travail n’est que le début d’une
réflexion et que les résultats ne sont pas irrévocables. En effet, loin d’avoir
assouvi notre curiosité sur le design graphique et les sujets qui gravitent au-
tour, ce travail présente l’avantage d’ouvrir des portes qu’il conviendrait
d’explorer pour affiner nos recherches et nos connaissances.
52
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54
Si la mise en place d’une identité visuelle est une action de communication universelle et intemporelle
(chaque entreprise possède, au moins, un logotype), le design graphique trouve-t-il une place dans les
stratégies de communication des micro-entreprises du secteur de l’alimentation durable en Belgique
francophone ?
Ce mémoire est l’aboutissement de lectures et d’une investigation effectuée dans le but d’apporter une
réponse à cette question. Après un état de l’art permettant de définir le design graphique, l’environnement
numérique et le contexte des micro-entreprises du secteur étudié, ce travail présente une analyse de la
réalité du terrain. Pour ce faire, onze entretiens ont été réalisés auprès de professionnels du design
graphique et d’entreprises afin de comparer les visions.
Mots-clefs
Design graphique ; communication digitale ; identité visuelle ; entreprise ; alimentation durable