0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
232 vues83 pages

Intercession et guérison dans Luc 5.17-26

Transféré par

Yves
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
232 vues83 pages

Intercession et guérison dans Luc 5.17-26

Transféré par

Yves
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Campus adventiste du Salève

Faculté adventiste de théologie

Rôle et impact de l’intercession dans la


guérison spirituelle et physique de
l’intercédé
Réflexions à partir de l’étude narrative du récit de la guérison de
l’homme atteint d’une paralysie en Lc 5.17-26

Mémoire
présenté en vue de l’obtention
du Master en théologie adventiste

par
Mélanie BARRETO-COGNE

Directeur de recherche : Luca MARULLI


Assesseur : Rivan DOS SANTOS

Collonges-sous-Salève
Avril 2015
Remerciements

Je tiens à remercier Dieu, qui m’a accompagné tout le long de ce travail et qui m’a
permis de le terminer et de vivre concrètement le sujet d’étude de ce mémoire.

Je remercie mon formidable époux pour son encouragement permanent et son


intercession à mon égard. Il a su me soutenir dans les moments les plus difficiles.

Je tiens à dire merci d’une manière spéciale à mon directeur, Luca Marulli, pour sa
disponibilité et ses précieux conseils qui m’ont permis de mieux comprendre mon
sujet d’étude.

Je remercie Rivan Dos Santos pour son soutien spirituel durant mes études ainsi que
d’avoir accepté de critiquer ce travail et de partager ses connaissances.

Je suis également reconnaissante à Yvan Bourquin pour le cours d’analyse narrative


qu’il a dispensé à la FAT lors de ma seconde année de master ainsi que pour la
relecture de la partie exégétique de mon travail.

Je souhaite remercier tous les professeurs de la Faculté pour leur enseignement et


leur soutient qu’ils m’ont apportés durant ma formation et notamment les
discussions échangées concernant mon étude.

J’adresse aussi mes remerciements aux administrateurs du Campus, à l’église du


Genevois et celle du Salève, à ma famille et mes amis qui n’ont pas cessé de
m’encourager et de me soutenir durant tout mon parcours.

Je remercie Renaud Bruel pour le temps qu’il a accordé à la relecture pointilleuse de


ce travail.

Enfin, j’aimerai dire merci à toutes les personnes qui m’ont gardé Mélissa à savoir
la famille Laviolette, mes voisins du Parc, Christelle Hoareau, Amel Bettache et
d’autres encore car elles m’ont permis de travailler sur mon mémoire.

2
Introduction

Une simple lecture de l’évangile de Luc nous permet de comprendre l’intérêt que
Jésus portait aux malades en les guérissant. Il y a la guérison de la belle mère de
Simon (Lc1 4.38-39), de l’homme à la main paralysée (Lc 6.6-11), de la résurrection
de la petite fille du chef de la synagogue (Lc 8.40-47, 49-56), la guérison de la
femme hémorragique (Lc 8.43-48), le recouvrement de la vue de l’aveugle (Lc
18.35-43), la guérison du serviteur du Grand Prêtre venu l’arrêter, celui qui avait été
frappé par l’épée par un des disciples de Jésus (Lc 22.50-51) et encore beaucoup
d’autres (Lc 5.15, 6.17-18, 9.11 etc.). Seulement aucune des guérisons miraculeuses
n’est associée explicitement au pardon des péchés mise à part la guérison de
l’homme atteint d’une paralysie en Lc 5.17-26.

Explicitement, car l’histoire de la purification du lépreux précédant notre récit


suggère que cet homme a été pardonné. Le mot utilisé dans ce récit miraculeux de
Lc 5.12-14 n’est pas «guérir» mais «purifier». «Guérir» par contre se retrouve dans
l’histoire de la guérison de la femme hémorragique en Lc 8.43-48. Le lépreux,
comme la femme aux pertes de sang étaient considérés comme des personnes
impures (Lv 13.8, 15.25), mais à la différence de la femme aux pertes de sang,
l’impureté du lépreux, comme le flux de sang chez l’homme, étaient associés à une
condition de péché moral, de jugement et de punition de Dieu (Lv 14.34, Nb 12.10,
2 Ro 5.27, 2 Sam 3.29 etc.). A Qumran aussi l’écoulement chez l’homme et la lèpre
étaient considérés comme des conditions qui demandaient la repentance. Dans le
fragment qumrâniens du Document de Damas 4Q270 ii, on trouve une liste de
pécheurs, et parmi eux on trouve seulement deux cas d’impureté : le lépreux et le «
zab » (homme qui a un écoulement)2.

1
Nous suivrons, tout le long de ce travail, le standard d’abréviation des livres bibliques de la NSB,
2
Hannah K. HARRINGTON, “The Nature of Impurity at Qumran”, in Lawrence W. SCHIFFMAN,
Emanuel TOV, James C. VANDERKAM (éd.), The Dead Sea Scrolls Fifty Years After Their Discovery.
Proceedings Of The Jerusalem Congress. July 20-25. 1997, Jerusalem, Israel Exploration Society / The
Shrine Book /Israel Museum, 2000, p. 610-616.

3
Cela laisse entendre à un lecteur juif de l’époque que la guérison du lépreux de Lc
5.12-14 était associée à son péché, donc en le guérissant, son péché était pardonné.
D’ailleurs, après l’avoir purifié, Jésus l’envoie au Temple pour offrir le sacrifice
d’expiation. Il montre ainsi qu’il est d’accord avec la fonction du Temple.
Cependant, Jésus pardonne directement les péchés de l’homme atteint d’une
paralysie de Lc 5.17-26 sans passer par le Temple. Cela montre à la fois qu’il est
conscient et d’accord sur le fond de la fonction du Temple où s’y pratiquaient les
sacrifices pour l’expiation des péchés du peuple, mais aussi, qu’il est venu le
remplacer. Nous voyons alors, entre les deux histoires du lépreux et de l’homme
atteint d’une paralysie, une évolution de Jésus : il passe d’un Jésus simplement
guérisseur, à un Jésus qui se charge aussi du pardon des péchés.

De plus, ce récit est polémique car Jésus pardonne les péchés de l’homme
handicapé et le guérit en voyant la foi de ses porteurs. L’homme infirme ne fait
aucune confession alors que Jésus suggérait que pour être pardonné il fallait le
demander à Dieu (Lc 11.4). Cela nous interroge donc sur la fonction des porteurs
vis-à-vis de l’homme atteint d’une paralysie et plus généralement sur la fonction de
l’intercesseur vis-à-vis de l’intercédé.

Cet acte d’intercession a permis aux péchés de cet homme d’être pardonnés, mais
aussi à l’homme d’être guéris. Luc laisse clairement apparaitre dans ce texte le lien
entre le pardon des péchés et la guérison physique3 notamment par la question de
Jésus posée aux maîtres de la loi « Qu’est ce qui est plus facile, dire : “tes péchés
t’ont été pardonnés, ou bien dire : lève-toi et marche ?” ».

Nous nous demandons alors, à la lumière de ce texte, quel est aujourd’hui le rôle et
l’impact de l’intercession dans le pardon des péchés et la guérison physique d’une
personne.

Pour apporter des réponses à cette problématique, nous diviserons notre travail en
cinq chapitres. Premièrement nous comprendrons qui était l’auteur de l’évangile de
Luc, ainsi que le message qu’il a voulu transmettre à son lectorat par son œuvre.

3
François VOUGA, Evangile et vie quotidienne, Genève, Labor et fides, 2006, p. 176.

4
Cela nous aidera à saisir le contexte dans lequel le récit de la guérison de l’homme
atteint d’une paralysie à été rapporté.

Ayant compris la vision générale de l’œuvre lucanienne ainsi que le contexte de


notre texte d’étude, nous pourrons alors l’étudier en second temps grâce au moyen
que propose l’analyse narrative. Nous verrons comment le narrateur a su mettre en
avant la révélation de l’autorité de Jésus par ses différents commentaires et les
deux intrigues du texte. Nous y découvrirons la fonction des personnages ainsi que
le rôle primaire qu’a joué la foi dans le miracle.

Avant d’interpréter ces nouvelles découvertes et comprendre le rôle et l’impact de


l’intercession dans la guérison spirituelle et physique de l’intercédé, nous verrons,
dans notre troisième chapitre, comment l’acte de médiation était compris à
l’époque du récit. Nous saisirons alors la portée et le rôle du ministère de guérison
de Jésus sur terre.

Nous comprendrons dans un quatrième temps, en quoi les porteurs de notre récit
ont été des intercesseurs. Nous y découvrirons les impacts qu’a eus leur acte
d’amitié, notamment en ce qui concerne la révélation du ministère de Jésus.

Enfin, en cinquième et dernière chapitre, nous établirons un bilan de notre étude en


tirant les applications de l’acte d’intercession des porteurs et en saisissant
l’importance de devenir aujourd’hui des médiateurs du salut divin.

5
Chapitre 1 : introduction générale et
établissement du texte

6
L’intercession dans la guérison spirituelle et physique de l’intercédé fait écho à
l’histoire de la guérison de l’homme atteint d’une paralysie, rapportée dans les trois
évangiles synoptiques dont celui de Luc en Lc 5.17-26. En effet ce texte parle du
pardon des péchés de l’homme handicapé porté par ses amis et de sa guérison
physique. Avant de comprendre ce processus d’intercession, il nous paraît
important de comprendre le contexte dans lequel le récit a été écrit. C’est la raison
pour laquelle, nous allons, premièrement, le replacer dans son contexte puis nous
en ferons la traduction qui servira de base à notre étude.

1. L’évangile selon Luc

1.1. L’auteur
L’auteur de l’évangile selon Luc ne nous livre pas beaucoup d’informations sur son
identité. La tradition le considère comme l’auteur de l’évangile de Luc et celui des
Actes des Apôtres à cause des nombreuses ressemblances stylistiques, de
vocabulaire, et de langue4.

Le prologue nous renseigne sur le fait qu’il n’est pas un témoin directe de ce qu’il
relate car il appartient aux chrétiens de la seconde ou de la troisième génération 5. Il
se peut que l’auteur ait été un Grec qui s’était rapproché d’abord de la religion juive
avant de se convertir au christianisme6. Le récit de l’enfance (Lc 1 et 2) par exemple,
est écrit dans un « style biblique7 » et montre ainsi l’attachement de l’auteur aux
Ecritures même si sa connaissance en reste partielle. Effectivement, il connaissait
mal les vieux rituels juifs8 comme la purification de l’accouchée qui ne nécessitait
pas la présence du nouveau né (Lv 12)9.

4
Pour plus de détails, voir Daniel MARGUERAT, « L’évangile selon Luc », in Daniel MARGUERAT (éd.),
Introduction au Nouveau Testament. Son histoire. Son écriture. Sa théologie, Genève, Labor et fides,
2004, p. 84, 97.
5
François BOVON, L’Evangile selon saint Luc. 1.1-9.50, Genève, Labor et fides, 1991, p. 27.
6
Ibid.
7
Daniel MARGUERAT, « L’évangile selon Luc », p. 96. Luc fait référence à plusieurs textes de l’Ancien
Testament, comme la promesse de So 3.14-17 concernant la conception virginale de Marie (Lc 1.26-
33), ou bien la référence à la lignée de David de 2 Sa 7.12-16 à Jésus (Lc 1.32-33). François BOVON,
Luc le théologien, Genève, Labor et fides, 2006, p. 172.
8
Charles AUGRAIN, L’Evangile selon saint Luc, Paris, Mediaspaul, 1987, p. 7.
9
Daniel MARGUERAT, « L’évangile selon Luc », p. 96.

7
En revanche, sa maîtrise du grec et ses connaissances de la rhétorique nous font
deviner qu’il était un « écrivain de bonne éducation doté d’une formation scolaire
supérieure10 ». D’ailleurs, c’est un des arguments utilisés pour montrer que l’auteur
de l’Evangile de Luc était un médecin. En effet, la position traditionnelle de l’Eglise
l’identifie comme le médecin et disciple de Paul salué en Col 4.14 originaire
d’Antioche. Selon elle, l’auteur de l’évangile fait preuve d’une bonne connaissance
médicale en décrivant la maladie (Lc 4.38, 13.11) ou les remèdes médicaux (Lc
10.34) avec précision. De plus l’auteur omet la critique des médecins de Mc 5.26 (Lc
8.43)11. Cette argumentation reste limitée car la description médicale n’est pas
aussi précise que cela.

1.2. Date et lieu de rédaction


L’évangile de Luc et les Actes des Apôtres n’ont pas été rédigés à la même date. Le
livre des Actes des Apôtres est postérieur à l’évangile12. Il semble rapporter des
évènements contemporains aux années 80 à 95 13. En ce qui concerne la rédaction
de l’évangile, plusieurs commentateurs pensent qu’il a été écrit après la destruction
de temple de Jérusalem, soit après les années 70. Ils s’appuient sur l’allusion de la
prise de Jérusalem par les armées en Lc 21.20. Selon eux, Luc aurait vécu cet
évènement et la rédaction de son évangile prendrait en compte les conséquences
que la prise de Jérusalem a eues sur la communauté. Ils datent alors l’évangile de
Luc autour des années 8014.

Il n’est pas facile de déterminer le lieu de rédaction des deux œuvres de Luc. Des
indices penseraient à dire qu’il l’aurait écrit à Rome, d’autres font penser plutôt à
Ephèse, Antioche, la Macédoine, l’Achaïe15.

10
Daniel MARGUERAT, « L’évangile selon Luc », p. 95.
11
Ibid., p. 97
12
Ibid.
13
Donald JUEL, Luc-Actes. La promesse de l’histoire, Paris, Cerf, 1987, p. 17.
14
Daniel MARGUERAT, « L’évangile selon Luc », p. 96 ; Donald JUEL, Luc-Actes, p. 17 ; Hans
CONZELMANN, Andreas LINDEMANN, Guide pour l’étude du Nouveau Testament, Genève, Labor et
fides, 1999, p. 369 ; Roselyne DUPONT-ROC, Saint Luc, Paris, Editions de l’atelier, 2003, p. 17-18.
15
On pense à Rome parce que les Actes des apôtres s’y terminent, à Antioche ou Ephèse à cause
d’une mention des Reconnaissances pseudo clémentines 10.71, à l’Achaïe pour des prologues
antimarcionites et à la Macédoine car la première section en « nous » dans les Actes des apôtres s’y
déroule. Pour plus d’informations, voir Daniel MARGUERAT, « L’évangile selon Luc », p. 97.

8
1.3. Destinataires de l’évangile
Luc dédie son ouvrage « au très excellent Théophile ». Certains commentateurs
pensent que ce dernier était un haut fonctionnaire à cause de l’adjectif
« excellent », kra,tistoj qu’utilise Luc pour le qualifier. Luc emploie effectivement ce
terme pour parler de personnages officiels (Ac 23.26, 24.3, 26.23) 16. François Bovon
émet tout de même une objection en rappelant que cet adjectif n’était pas utilisé
seulement pour désigner d’éminents personnages, mais qu’il était souvent employé
dans des dédicaces d’œuvres littéraires dont les dédicataires n’étaient pas
forcément des personnalités officielles17. Que Théophile soit un haut fonctionnaire
ou non, la tradition antique voulait que ce soit le dédicataire qui s’occupe de la
première diffusion de l’œuvre en la faisant recopier par des esclave-scribes pour les
premiers lecteurs, lesquels en faisaient de même pour leurs amis18.

L’œuvre de Luc visait à la fois Théophile, mais aussi des chrétiens convertis comme
des personnes intéressés par le christianisme ou voulant en être plus informées. Ce
qui est sûr, c’est que tous étaient de culture grecque19. En effet, plusieurs indices
dans l’évangile de Luc nous indiquent qu’il s’adresse à un public de cette culture. En
le comparant avec l’évangile de Marc, qui est un judéo-chrétien20, nous nous
rendons compte qu’il efface plusieurs particularités typiquement palestiniennes
comme le fait de considérer les maisons de Galilée avec un toit de tuile (style
architectural grec) au lieu d’une terrasse (style architectural palestinien)21 (Mc 2.4
et Lc 5.19) ; il remplace des tournures palestiniennes par des tournures grecques
comme rabbouni, par ku,rie (Mc 9.5 et Lc 9.33)22, donne plusieurs indications
géographiques comme d’expliquer que Nazareth est en Galilée (Lc 1.26) 23.

16
George B. CAIRD, Saint Luke, Philadelphia, The Westminster Press, 1963, p. 44 ; Alfred KUEN,
Soixante-six en un Introduction aux livres de la Bible, Saint-Légier-sur-Vevey, Emmaüs, 1998, p. 173 ;
Donald JUEL, Luc-Actes, p. 23.
17
François BOVON, L’Evangile selon saint Luc. 1.1-9.50, p. 41.
18
Alfred KUEN, Soixante-six en un, p. 172.
19
François BASSIN, Frank HORTON, Alfred KUEN, Evangiles et Actes, Saint-Légier-sur-Vevey, Emmaüs,
1990, p. 259.
20
Corina COMBERT-GALLAND, « L’évangile selon Marc », in Daniel MARGUERAT (éd.), Introduction
au Nouveau Testament. Son histoire. Son écriture. Sa théologie, Genève, Labor et fides, 2004, p. 48.
21
Voir infra p. 25.
22
Daniel MARGUERAT, « L’évangile selon Luc », p. 98.
23
Alfred KUEN, Soixante-six en un, p. 173.

9
1.4. Une théologie de la compassion
Luc, appelé « l’évangéliste de la compassion24 », ce qui en dit long sur l’orientation
de son évangile. Le thème de la libération et de la miséricorde sont centraux dans
son évangile25. L’auteur fait preuve d’un profond intérêt pour les malheureux, les
pauvres, les affligés, les samaritains, les femmes, et souhaite transmettre le
message que le Royaume de Dieu est aussi pour eux26. D’ailleurs, Luc confère à la
péricope de la prédication de Jésus à Nazareth (4.16-30) un rôle programmatique.
En effet, « l’évangélisation des pauvres et la libération des captifs annoncent la
dimension éthique de l’Evangile lucanien27 ». L’exemple de la veuve de Sarepta et
de Naaman en Lc 4.24-27 exprime l’intérêt de Jésus pour des personnes qui sont
considérées comme des exclus du peuple juif du fait qu’elles soient païennes28.

Luc construit son évangile en fonction des trois grandes périodes qui ordonnent la
vie de Jésus : son ministère en Galilée (3.14-9.50), son voyage vers Jérusalem au
cours duquel il apporte son enseignement et opère des guérisons (9.51-19.27) et
enfin son œuvre à Jérusalem, sa passion, sa mort, sa résurrection et son ascension
(19.28-24.53)29. Le voyage vers Jérusalem est la partie centrale de l’évangile. Il a été
interprété comme l’antitype de voyage du peuple d’Israël vers la terre promise.
Dans cette lecture typologique, Jésus est le nouveau Moïse, le dernier prophète 30,
celui qui conduit le peuple de Dieu vers la Nouvelle Terre. Les nombreuses allusions
à l’Ancien testament (Lc 2.22-24, 3.3-4, 4.1-13, 19.46 etc.) montrent que Jésus est
totalement immergé dans le judaïsme. Emmanuel Steffek pense que ce balisage
vétérotestamentaire de la vie de Jésus prouve qu’il est, aux yeux de Luc, le messie
d’Israël que les prophètes ont annoncé (Es 7.14, 53, Za 9.9 etc.)31.

24
André GILBERT, « Où fut écrit l’évangile de Luc ? », Science et Esprit 39 (1987/2), p. 230.
25
Eric FUCHS, L’éthique chrétienne. Du Nouveau Testament aux défis contemporains, Genève, Labor
et fides, 2003, p. 70.
26
Alfred KUEN, Soixante-six en un, p. 175-176.
27
Daniel MARGUERAT, « L’évangile selon Luc », p. 92.
28
Pierre HAUDEBERT, Théologie lucanienne. Quelques aperçus, Paris, l'Harmattan, 2010, p. 119.
29
François BOVON, L’Evangile selon saint Luc. 1.1-9.50, p. 21.
30
François BOVON, Luc le théologien, Genève, Labor et fides, 2006, p. 455.
31
Emmanuel STEFFEK, « Luc-Actes et l’Ancien Testament », Foi et vie 100 (2001/4), p. 34.

10
2. Jésus au centre de la scène

2.1. La séquence narrative : Les maîtres de la loi contre


Jésus
Notre texte d’étude appartient à la première partie de l’évangile, lorsque Jésus était
encore en Galilée, et notamment à une séquence narrative composée de quatre
micro-récits rapportant chacun une controverse entre Jésus et les maîtres de la loi
(Lc 5.17-26, Lc 5.27-39, Lc 6. 1-5, Lc 6.6-11).

Les maîtres de la loi sont toujours les amorceurs de la controverse et Jésus, le


« héro » de notre séquence, les conclut chaque fois. Alors qu’il reste toujours serein
face à ses adversaires, ces derniers en revanche s’agacent vite. Les premiers micro-
récits montrent les pharisiens et les spécialistes de la loi murmurer entre eux et
poser des questions à Jésus, ou à ses disciples, qui pourraient les déstabiliser.
Même lorsque ces questions et reproches s’adressent aux disciples, c’est Jésus, leur
Maître, qui répond, tel un héro qui vole au secours de celui qui est en danger. Le
dernier micro-récit de la séquence narrative marque une évolution importante dans
leur relation avec Jésus : les maîtres de la loi cherchent cette fois-ci à piéger Jésus,
et, voyant qu’une fois de plus celui-ci a le dernier mot, « ils furent remplis de fureur
et se consultèrent pour chercher ce qu’ils feraient à Jésus » (6.11). Le récit
correspondant dans l’évangile de Marc va jusqu’à dire que les pharisiens tinrent
conseil avec les hérodiens sur le moyen de faire mourir Jésus (Mc 3.6).

Les quatre micro-récits sont tous dotés de leur propre intrigue épisodique32, et
thématisent la reconnaissance de l’autorité de Jésus. En effet, le narrateur revient
sans cesse à ce thème : autorité face au pardon, autorité face au jeûne, autorité
face au sabbat, autorité face au vrai sens de la loi. Chacune de leur intrigue s’inscrit
au sein de l’intrigue unifiante de Lc 5.17-6.11 (la reconnaissance de l’autorité de

32
Lc 5.27-39 révèle l’autorité de Jésus comme celle de pardonner les péchés ; Lc 5.27-39 se focalise
autour de la toute suffisance de la présence de Jésus ; Lc 6.1-5 se centre sur le fait que Jésus est
maître du sabbat ; et enfin Lc 6.6-11 montre Jésus comme ayant compris le sens de la loi
contrairement aux spécialistes de la loi.

11
Jésus) qui est elle-même surplombée par l’intrigue de l’évangile : reconnaître Jésus
comme le Christ33.

Roland Meynet distingue un arrangement concentrique dans les récits composant


la séquence narrative avec comme centre la parabole du vieux et du neuf (5.36-39).
Les deux épisodes des extrémités sont des guérisons (5.17-26 et 6.6-11), puis ceux
se rapprochant du centre sont des controverses (5.27-35 et 6.1-5). Selon lui, le
centre de cette structure vient montrer que les maîtres de la loi, s’attachant au
vieux, ne peuvent s’attacher au neuf que Jésus apporte. S’ils n’y arrivent pas c’est
qu’ils ne sont pas prêts à reconnaître Jésus comme ayant reçu tout pouvoir du
Père34.

Cette séquence de micro-récits débute avec le récit que nous étudions. Il est
différent du récit précédent car le temps n’est plus le même : « un de ces jours-là »
(5.17). De plus, le lieu change. Jésus est dans un endroit abrité par un toit comme
une maison (5.19) alors qu’il sort d’une ville pour prier dans un lieu désert dans le
récit précédent (5.15). Enfin, de nouveaux personnages interviennent : les
pharisiens et docteurs de la loi (5.17), autrement dit, les maîtres de la loi.

La seconde histoire (5.27-39) est distincte de la première car il y a un changement


de temps : « après cela » (5.27). L’endroit où se trouve Jésus est également
différent : il sort du lieu où il a guéri l’homme atteint d’une paralysie et se retrouve
dans la maison de Levi, le collecteur d’impôt (5.29). De nouveaux personnages
comme Levi (5.27), les collecteurs d’impôts (5.29), les disciples (5.30) apparaissent.
Le sujet de la controverse est tout de même différent puisque dans le premier récit
il concerne le pouvoir de pardonner de Jésus, alors que dans le second il se centre
sur le fait de manger avec « des collecteurs d’impôt et des pécheurs » et sur le
jeûne.

Le troisième micro-récit est clôturé par un indicateur de temps : « un jour de


sabbat » (6.1), par un indicateur de lieu : Jésus et ses disciples sont à présent dans

33
Voir infra p. 49.
34
Roland MEYNET, Avez-vous lu saint Luc ? Guide pour la rencontre, Paris, Cerf, 1990, p. 75-76.

12
« des champs » (6.1). La controverse entre Jésus et les maîtres de la loi porte cette
fois-ci sur l’essence du sabbat.

Enfin, le dernier micro-récit de la séquence narrative se distingue de celui qui le


précède par un marqueur de temps : « un autre jour de sabbat », et un marqueur
de lieu « la synagogue » (6.6). Un nouveau personnage apparait « un homme qui
avait la main paralysée » (6.8). La controverse a pour sujet la guérison le jour du
sabbat.

La séquence narrative est encadrée par deux versets qui montrent Jésus se retirant
dans un lieu désert ou sur une montagne pour prier (5.16 ; 6.12).

2.2. La « caméra » centrée sur Jésus


Un récit est constitué de deux composantes indissociables : l’histoire racontée et la
mise en récit35. L’histoire racontée peut être la même mais narrée de manière
différente. Les évangiles en présentent un grand nombre. Le récit de Lc 5.17-26 en
est un exemple. Il est un épisode composé de 6 tableaux36.

Premier tableau (v. 17) : Jésus enseigne en présence de Pharisiens et docteurs de la


loi. Il a la puissance d’opérer des guérisons.

Second tableau (v.18, 19) : des hommes cherchent à faire entrer un homme atteint
d’une paralysie. Ne trouvant aucune ouverture à cause de la foule, ils le descendent
par le toit pour le placer au milieu, devant Jésus.

Troisième tableau (v. 20) : Jésus, voyant la foi de ces hommes, pardonne les péchés
de l’homme atteint d’une paralysie.

Quatrième tableau (v. 21-23) : controverse opposant les Pharisiens et scribes contre
Jésus au sujet du fait que Jésus pardonne les péchés.

35
Daniel MARGUERAT, Yvan BOURQUIN, Pour lire les récits bibliques. Initiation à l’analyse narrative,
Paris, Cerf, 2004, p. 27.
36
Nous avons choisi de découper l’épisode ainsi en nous fondant sur les différentes actions des
personnages : Jésus enseigne ; les hommes porteurs font descendre le malade ; Jésus pardonne ;
Jésus débat avec les maîtres de la loi ; Jésus guéris ; l’homme guéri et les témoins de la scène
glorifient Dieu.

13
Cinquième tableaux (v.24) : Cette discussion se conclut par la guérison miraculeuse
de l’homme atteint d’une paralysie.

Sixième tableau (v.25, 26) : l’homme se lève, prend sa civière et s’en va dans sa
maison en glorifiant Dieu. Tous sont stupéfaits et glorifient Dieu.

La mise en récit, quant à elle, est différente de celles de Matthieu et de Marc. La


« camera » lucanienne cible un Jésus qui enseigne, opère des guérisons. Il semble
être le centre d’attention de beaucoup. D’une part, les maîtres de la loi sont venus
de tous villages de Judée, Galilée et de Jérusalem pour l’écouter (v. 17) et d’autre
part une foule nombreuse37 était présente pour le rencontrer. La suite du texte
nous dit, contrairement aux récits des deux autres évangélistes (Mt 9.2 ; Mc 2.2),
que l’homme atteint d’une paralysie fut déposé devant Jésus. Le narrateur, citant
encore Jésus, en fait le centre de la scène. Le Jésus de Marc est aussi en train
d’enseigner. La composition de son auditoire n’est pas précisée, mais le narrateur
laisse entendre qu’il y avait aussi beaucoup du monde (Mc 2.2). Matthieu, quant à
lui, ne donne aucune précision sur ce que fait Jésus, ni même sur ceux qui sont
présents. Nous savons seulement que Jésus « vint dans sa ville » (Mt 9.2).

Jésus s’adresse dans ce récit à deux reprises à l’homme handicapé (v. 20, 24). Lors
de la première intervention, l’homme reste passif, alors qu’à la seconde il devient
actif. Le narrateur de Luc introduit les premières paroles de Jésus à l’homme
malade par « il dit » (v. 20). Les narrateurs de Matthieu et de Marc rajoutent « au
paralytique » et appellent l’homme handicapé « enfant ». Matthieu précède ce titre
par qa,rsei « prend courage » (Mt 9.2 ; Mc 2.5) alors que Luc l’appelle simplement
« homme ». L’homme reste passif à cette déclaration. En revanche, lors de la
seconde intervention verbale de Jésus, l’homme réagit : il se lève, prend sa civière,
rentre chez lui en glorifiant Dieu. Cette scène se trouve aussi chez Matthieu et
Marc.

La comparaison de ces mises en récit nous montre que Jésus, chez Matthieu et
Marc, semble plus proche, plus doux, plus paternel envers l’homme atteint d’une

37
Nombreuse puisqu’elle empêchait les hommes portant l’homme atteint d’une paralysie de
l’introduire là où se trouvait Jésus (v.19).

14
paralysie que celui de chez Luc. Cela peut se comprendre par le fait que Matthieu et
Marc ciblent leur « caméra » sur le paralysé, tandis que Luc se focalise sur Jésus, le
centre de la scène.

3. Etablissement du texte
Pour proposer une traduction qui se rapproche le plus fidèlement du texte grec,
nous nous devons d’analyser la critique textuelle, verset, par verset.

3.1. Critique textuelle


v.17

La phrase kai. auvto.j h=n dida,skwn( kai. h=san kaqh,menoi Farisai/oi kai.
nomodida,skaloi oi] h=san evlhluqo,tej38 retenue dans le Nouveau Testament grec39
laisse entendre que ce sont les pharisiens et docteurs de la loi qui sont venus voir et
entendre Jésus Christ. Cela grâce au mot oi] qui reprend Farisai/oi kai.
nomodida,skaloi..

Le texte occidental (D) remplace cette phrase par autou dida,skontoj sunelqeivvn touj
Farisai/ouj kai. nomodida,skalou^ h=san de sunelhluqo,tej40. Selon ce texte, ce ne
seraient pas les pharisiens et docteurs de la loi qui seraient venus voir Jésus, mais
d’autres personnes. Metzger interprète ces autres personnes comme étant des
malades41. Cela se comprend grâce au point en haut qui marque une séparation
entre autou dida,skontoj sunelqeivvn touj Farisai/ouj kai. Nomodida,skalouj et h=san
de sunelhluqo,tej ; mais aussi grâce à la particule dequi a le sens de « mais », « au
contraire » marquant le contraste entre ce qui précède et ce qui suit42. Il est vrai
que la variante proposée par D est plus facile à lire que le texte retenu, mais selon le

38
« et lui était en train d’enseigner, et étaient assis des pharisiens et des docteurs de la loi qui
étaient venus ».
39
Nous nous appuyons sur la 28ème édition du Nouveau testament grec, de Eberhad Nestle et kurt
Aland. NESTLE Eberhad, ALAND Kurt, Novum Testamentum Graece. 28, Stuttgart, Deutsche
bibelgesellschaft, 2012.
40
« lui enseignant, ce sont rassemblés des pharisiens et des docteurs de la loi. Mais d’autres étaient
venus ».
41
Bruce M. METZGER, A Textual Commentary On The Greek New Testament, London, United Bible
Societies, 1975, p. 138.
42
Cependant, cette particule peut aussi avoir le sens de « et » et faire tout simplement le lien entre
la phrase qui précède et celle qui suit. Dans ce sens, elle n’est souvent pas traduite. Danielle ELLUL,
Odile FLICHY, Pour apprendre le grec biblique par les textes, Paris, Cerf, 2004, p. 238.

15
principe de la lectio difficilior, le texte le plus compliqué à lire est probablement le
plus ancien. En effet il est plus logique qu’un scribe ait voulu simplifier un texte que
le compliquer. Nous ne retiendrons pas la proposition de D car la variante qu’il
propose est sûrement une simplification du texte retenu. La difficulté du texte
pourrait se comprendre comme étant de l’ironie de l’auteur : les « ennemis de
Jésus »43 viennent apprendre de lui !

Le texte occidental omet Ierousalh,m de la phrase kw,mhj thj Galilai,aj kai. Ioudai,aj
kai. Ierousalh,m. Cette omission est logique avec la variante précédente car les
pharisiens et docteurs de la loi viennent de Jérusalem. Garder καὶ Ἰερουσαλήμ
laisserait entendre que les pharisiens et docteurs de la loi feraient partie de ceux
qui sont venus de tous les villages. Nous ne retiendrons donc pas cette proposition.
Le manuscrit H (6ème siècle) ainsi qu’un manuscrit de la Vulgate omettent thj
Galilai,aj. Les manuscrits 1241 et la tradition bohaïrique omettent le mot kw,mhj.
Ces textes ne font pas partie des textes les plus fiables pour l’évangile de Luc. Nous
ne retiendrons donc pas ces propositions.

La phrase kai. du,namij ku,riou h=vn eij to iasqai auto,n peut se traduire de deux
manières : soit « et la puissance du seigneur était pour le guérir » (dans ce cas,
αὐτόν est l’objet) ; soit « et la puissance du seigneur était pour qu’il guérisse » :
dans cette manière de traduire, auto,n, bien que soit conjugué à l’accusatif, est le
sujet de l’infinitif. En effet un accusatif peut être sujet lorsque le verbe est conjugué
à l’infinitif44. Nous retenons donc cette seconde proposition. Beaucoup de témoins
comme A, C et D remplacent auto,n par autouj. Dans ce sens-là, ce dernier mot
serait à prendre en tant qu’objet et le sujet sous-entendu : « et la puissance du
Seigneur était pour les guérir ». Nous préférons le texte retenu car les témoins
Aleph et B, qui ont bien le auto,n, ont plus de poids ensemble que A, C et D.

v.18

Le mot aut,on est omis de plusieurs manuscrits comme Aleph, A, C, D et W. Ceux qui
ont choisi de le garder dans le texte grec ont quand même mis ce mot entre

43
Danielle ELLUL, Odile FLICHY, Pour apprendre le grec biblique par les textes, p. 138.
44
Ibid., p. 176.

16
crochets. Cela montre qu’il y a un doute à ce qu’il soit primitif. Ce choix s’explique
certainement du fait que le témoin Aleph et le témoin B sont presque toujours en
accord. Et dans ce cas ils ne le sont pas. Si nous gardons ce mot nous traduisons « à
le placer » ; si nous l’enlevons, cela donne : « à placer ». Les scribes ayant choisi de
le garder ont certainement trouvé plus adéquat de le maintenir car cela est en
accord avec le contexte. En effet les hommes portant celui qui était comme
paralysé cherchaient à le faire entrer et le placer, lui, celui qui était comme
paralysé, devant Jésus, d’où la présence de auto,n.

v.19

Au lieu de avnaba,ntej evpi. to. dw/ma dia. tw/n kera,mwn kaqh/kan auvto.n su.n tw/|
klinidi,w|45, le texte occidental (D) propose anebh,san evpi. to. dw/ma kai.
apostegasantej touj opou hn kaqhkan ton krabatton sun tw/| paralutikw|46. Cette
variante a été influencée par un ou plusieurs évangiles. En effet, nous ne retrouvons
jamais le mot paralutiko,j dans la péricope de Luc, mais nous le retrouvons dans
celles de Matthieu et de Marc (Mt 9.2 ; Mc 2.4). De même le mot kra,batton ne se
trouve pas en Lc 5.17-26 mais en Mc 2.4. Nous ne retiendrons pas cette proposition
car elle a certainement été influencée par un désir d’harmonisation.

Le texte B remplace vIhsou par pa,ntwn. Celui qui est comme paralysé serait déposé
devant tout le monde et non devant Jésus. Selon le principe de la lectio difficilior,
nous pourrions garder pa,ntwn qui est moins logique (donc plus difficile), mais nous
ne le ferons pas car le poids des témoins (tous les autres mss 47) est tellement grand
que la lectio difficilior ne peut pas être appliquée.

v.21

Le texte occidental (D, it) rajoute en tai,j kardi,aij auvtw/n. Ce texte aussi est
influencé par l’évangile de Marc (en tai/j kardi,aij auvtw/n « dans leur cœur » Mc
2.6). Le verbe le,gw qui suit est conjugué au participe présent actif nominatif

45
« ils montèrent sur le toit à travers les tuiles, ils le firent descendre avec la civière ».
46
« ils montèrent sur le toit et, ayant enlevé les tuiles là où il était, ils firent descendre le grabat avec
le paralytique ».
47
Abréviation de « manuscrits »

17
masculin pluriel et se traduit « en disant ». Le participe indique souvent la modalité
de l’action principale : ils commencèrent à réfléchir en disant etc. (à haute voix ?).
Jésus dit au verset 22 : ti, dialogi,zesqe evn tai/j kardi,aij u`mw/n (dans ce cas le
raisonnement est dans le cœur, siège de l’intelligence). Si Jésus a discerné que les
pharisiens et docteurs de la loi débattaient dans leur cœur, c’est certainement qu’ils
le faisaient vraiment mais à cause du fait que les meilleurs mss n’ont pas cette
version, nous ne garderons pas la proposition du témoin D it.

v.22

Le texte D rajoute πονηρα après e,n tai/j kardi,aij u`mw/n. Ce rajout est influencé par
Mt 9.4. Nous ne retiendrons donc pas cette proposition qui semble moins
authentique que la version retenue.

v.23

Des témoins importants pour l’évangile de Luc comme Aleph, D et W omettent le


mot soi à soi ai` a`marti,ai sou : « tes péchés » plutôt que « à toi tes péchés ».
D’autres comme N et Ψ omettent sou et se traduit « à toi les péchés ». Du fait de
l’importance des mss et de la fiabilité de A et B pour l’évangile de Luc, qui ont soi
ai` a`marti,ai sou, nous retiendrons cette leçon. La redondance est certainement
voulue par Luc pour souligner que ce sont effectivement les péchés de l’homme
atteint d’une paralysie qui sont pardonnés et non ceux de quelqu’un d’autre.

v.24

Le témoin D conjugue le verbe le,gw à la troisième personne du présent de l’indicatif


actif (le,gei), alors que le texte retenu le conjugue à la troisième personne de
l’aoriste de l’indicatif actif (ei=pei). Nous retiendrons la conjugaison à l’aoriste car les
verbes utilisés dans la narration de la péricope sont conjugués à l’aoriste ou à
l’imparfait, mais pas au présent.

Le texte D ainsi que d’autres témoins remplacent paralelume,nw| par paralutikw.


Nous ne retiendrons pas cette proposition car elle a été influencée par l’évangile de

18
Matthieu et de Marc, de plus, nous retrouvons toujours le verbe paralu,w sous la
forme d’un participe aoriste.

Le texte D remplace a;raj to. klini,dio,n par aron ton κράββατόν. Le verbe αἴρω est
conjugué dans le premier cas comme un participe aoriste actif nominatif masculin
singulier, alors que, dans le second cas, le verbe est un impératif aoriste actif
deuxième personne du singulier. Le texte D étant influencé par l’évangile de
Matthieu et de Marc (Mt 9.6 ; Mc 2.11) est certainement moins primitif que celui
retenu. Nous garderons donc la proposition a;raj to. klini,dio,n.

v.25

Le texte D remplace evfV o] kate,keito par thn kli,nhn. Cette proposition est étrange
car le texte occidental utilise toujours to,n krabbato,n plutôt que thn kli,nhn. Nous ne
retiendrons pas cette variante.

v.26

La phrase kai e,kstasij e,laben a,pantaj kai evdo,xazon to.n qeo.n est omise chez
plusieurs témoins comme D, W et Ψ et est présente dans la plupart et les plus
importants mss.

3.2. Traduction
Voici à présent la traduction que nous utiliserons pour l’étude narrative de Lc 5.17-
26.

17 « Un de ces jours-là, il était en train d’enseigner. Des Pharisiens et docteurs de la


loi qui étaient venus de tous les villages de Galilée et de Judée, et de Jérusalem,
étaient assis. La puissance du Seigneur était à l’œuvre pour qu’il opère des
guérisons.

18 Et voici que des hommes, portant sur une civière un homme qui était atteint
d’une paralysie48, cherchaient à le conduire et le placer devant lui.

48
L’évangile de Luc est le seul parmi les synoptiques à utiliser le mot paralelme,noj. Marc et Matthieu
utilisent le mot paralutiko,j (Mt 9.2 ; Mc 2.4). paralelme,noj vient de la racine paralu,w qui se divise
en deux mot para signifiant « contre » et lu,w « délier », « libérer ». Jean-Claude INGELAREE, Pierre

19
19 N’ayant pas trouvé par où ils le conduiraient à cause de la foule, ils montèrent
sur le toit et, à travers les tuiles, ils le firent descendre avec la civière au milieu,
devant Jésus.

20 Ayant vu leur foi, il dit : « Homme, tes péchés t’ont été pardonnés »

21 Et les scribes et les Pharisiens commencèrent à raisonner en disant : « Qui est


celui-ci qui prononce des blasphèmes ? Qui est capable de pardonner les péchés
sinon Dieu seul ? »

22 Mais Jésus, ayant discerné leurs pensées, répondit : « De quelle chose débattez-
vous dans vos cœurs ? »

23 Qu’est-ce qui est plus facile, dire : tes péchés t’ont été pardonnés, ou bien dire :
lève-toi et marche ?

24 Mais afin que vous sachiez bien que le Fils de l’homme a l’autorité sur la terre de
pardonner les péchés, il dit à celui qui était atteint d’une paralysie : je te dis, lève-toi
et prends ta civière et va dans ta maison.

25 Immédiatement, s’étant levé en face d’eux, et ayant pris ce sur quoi il était
couché, il s’en alla dans sa maison glorifiant Dieu.

26 La stupeur saisit tout le monde et ils glorifiaient Dieu. Ils furent remplis de
crainte disant : « Nous avons vu aujourd’hui des choses contres ce qu’on
pensait49 ».

MARAVAL, Pierre PRIGENT, Dictionnaire Grec-Français du Nouveau Testament, Villiers-le-Bel, Société


biblique française, 2008, p. 111, 92.
Littéralement paralu,w voudrait dire « contre la libération », en d’autres termes, ce verbe
exprimeraitune condamnation à un mal être, et pas forcément une paralysie, comme il est souvent
compris. Hb 12.12 utilise paralelume,na pour parler des « genoux affaiblis », Es 36.10 utilise le même
mot pour qualifier les genoux comme « chancelants ». Dt 32.36 utilise le verbe paralu,w pour
exprimer le manque de force de ses serviteurs. Nous voyons donc que le verbe paralu,w n’exprime
pas toujours la paralysie physique ; mais plutôt un état d’impuissance, de faiblesse, qui peut être la
cause d’une paralysie. Paralutiko,j correspondrait au fait d’être paralysé tandis que paralelume,noj
exprimerait d’avantage l’état de faiblesse qui pourrait être une cause à la paralysie. William F.
ARNDT, Wilbur F. GINGRICH, Frederick W. DANKER, A Greek-English Lexicon Of The New Testament
And Other Early Christian Literature, Chicago/London, The University Of Chicago Press, 2000, p. 768-
769.
49
Anatole BAILLY, Abrégé du dictionnaire grec-français, Paris, Hachette, 1984, p 225-226.

20
conclusion
Parvenu à ce terme, nous pouvons déjà relever plusieurs éléments intéressants
pour notre étude du texte. Luc était un évangéliste très attaché aux pauvres, aux
malades, aux malheureux... Si Jésus est venu sur terre, c’est aussi pour montrer à
ces personnes que le Royaume de Dieu leur était accessible. Durant son ministère,
Jésus a redonné de la valeur à ces personnes en les guérissant, en leur pardonnant
les péchés. C’est d’ailleurs ce qu’annonce son programme missionnaire en Lc 4.18-
19. En plus de redonner de l’importance à ces personnes souvent exclues de la
société ancienne, Luc replace Jésus comme le centre de l’évangile car Jésus a reçu
l’autorité du Père. Cette conception n’est pas partagée par les maîtres de la loi
puisqu’ils s’opposent à son autorité dans les quatre micro-récits de la séquence
narrative dont notre récit est le premier. Nous allons pouvoir à présent continuer
notre étude grâce aux outils que propose l’analyse narrative.

21
Chapitre 2 : analyse narrative du récit de
Lc 5.17-26

22
En pardonnant les péchés et en guérissant les hommes, Jésus leur montre la
bienveillance de Dieu à leur égard. Notre récit d’étude (Lc 5.17-26) en est un
exemple car il parle du rétablissement spirituel et physique de l’homme handicapé.
Ce rétablissement a été rendu possible grâce aux porteurs, et nous allons
comprendre comment. Pour cela, nous étudierons le récit de la guérison de
l’homme atteint d’une paralysie grâce aux moyens que propose l’analyse
narrative50. Nous analyserons premièrement le cadre et la temporalité du texte ;
puis nous saisirons secondement le sens des deux intrigues du texte ; nous
comprendrons troisièmement le rôle des personnages et actants ; et enfin nous
analyserons les commentaires narratifs.

1. Le cadre et la Temporalité
Le narrateur utilise le cadre social et les mouvements géographiques des
personnages pour communiquer son message au lecteur. En ce qui concerne le
cadre temporel, il reste imprécis et vague « un de ces jours-là ». Quant aux
indicateurs géopolitiques, nous savons que la scène se passe en terre juive : Jésus
est en Galilée. Les maîtres de la loi viennent de tout près, de Galilée, puis d’un peu
plus loin : de Judée et de Jérusalem, capitale théologique et religieuse.

1.1. Le cadre socioreligieux lourd à porter


Le récit de Lc 5.17-26 s’inscrit dans un contexte social qui n’est pas à négliger. La
tradition juive considérait à l’époque de l’histoire racontée, les personnes atteintes
d’un handicap, de cécité, de lèpre, comme profanes. Les aveugles et les lépreux
étaient même jugés comme responsables de leur état à cause d’un péché qu’ils
auraient commis (Lv 13.45-46, Jn 9.2-3). La mise à l’écart qui en résultait était le
signe d’une punition divine51. Cette idée s’appuyait sur les exemples où Dieu avait
frappé certaines personnes de la lèpre à cause de leur désobéissance.
Effectivement, Myriam, la sœur de Moïse, a été frappée par la lèpre parce qu’elle
avait critiqué son frère et revendiqué une part de son autorité (Nb 12.10). Ozias a

50
Nous utiliserons la méthode expliquée dans le manuel d’analyse narrative de Daniel Marguerat et
d’Yvan Bourquin tout le long de notre étude narrative. Daniel MARGUERAT, Yvan BOURQUIN, Pour
lire les récits bibliques.
51
Emmanuel BELLUTEAU, Quand la Bible parle du handicap. Un autre regard, Paris, Salvator, 2007, p.
100.

23
été atteint de la lèpre car il a offert du parfum dans le temple alors que cela était
réservé aux sacrificateurs (2 Ch 26.16-21)52. Ces textes laissent apparaître que la
maladie était le signe du péché entré sur terre53, le signe de la présence du mal
dans ce monde. Elle ne signifie pas pour autant qu’elle était systématiquement une
punition divine à cause d’un péché54.

Quant à l’homme atteint d’une paralysie, il était considéré comme profane. (Lv
21.16-24, 2 Sa 5.8). En effet, le boiteux, comme celui qui présentait un défaut
corporel, ne pouvait devenir prêtre même s’il descendait de la lignée d’Aaron. Il ne
pouvait pas entrer dans le sanctuaire et s‘approcher du voile séparant le lieu saint
du lieu très saint de peur de le profaner. Selon Christian Grappe, le profane se
définit par l’absence de sainteté. Celui qui avait un défaut corporel n’était pas saint
et par conséquent ne pouvait pas entrer en relation avec Dieu, contrairement aux
sacrificateurs qui, eux, étaient saints (Lv 21.6)55.

En ce qui concerne celui qui peut accorder le pardon des péchés, la tradition juive
est claire : seul Dieu peut le faire. Giorgio Giradet explique que le pardon des
péchés, ou plus techniquement la remise des péchés, signifie dans la conscience
collective d’Israël être libre de l’esclavage infligé par Dieu pour une mauvaise
conduite. En effet, « les prophètes avaient annoncé que l’esclavage politique allait
de pair avec la révolte contre la volonté de Dieu56 ». Faire l’objet d’une remise des
péchés signifie dans la tradition juive ne plus être ennemi de Dieu et par
conséquent, l’homme pardonné avait une relation nouvelle avec Dieu et avec les
hommes. Il était libre. Le pardon c’est la restauration de la relation homme/Dieu.
Lorsque Jésus remet les péchés de cet homme, il montre qu’il a les lettres de
créance qui lui permettent d’annoncer une telle libération57. Cela devient

52
André ADOUL, Foi et guérison, Mont de Marsan, France évangélisation communication, 1994, p.
93.
53
Voir infra, p. 50.
54
Philippe GAUER, Le Christ-médecin. Soigner. La découverte d'une mission à la lumière du Christ-
médecin, Paris, Editions de l’Emmanuel, 1995, p. 35
55
Christian GRAPPE, « Jésus et l’impureté », Revue d’histoire et de philosophie religieuse 84 (2004/4),
p. 398.
56
Giorgio GIRARDET, Lecture politique de l’évangile de Luc, Bruxelles, Vie ouvrière, 1978, p. 52.
57
Ibid., p. 52-53.

24
insupportable pour les « défenseurs de la stricte interprétation traditionnelle de la
loi Mosaïque58 » et de la tradition qui l’entoure.

1.2. Des jeux de positions et de mouvement révélateurs


La séquence narrative est encadrée par une escale de Jésus dans le désert59. Le
narrateur nous fait passer d’un lieu désertique à un lieu habité. La maison où se
trouve Jésus semble être de style grec et non palestinien60.

Sur le plan architectural, on notera une prédominance de déplacements de


l’extérieur vers l’intérieur : les maîtres de la loi viennent, des hommes entrent avec
l’homme handicapé. Personne ne sort de la pièce si ce n’est l’homme guéri qui
rentre chez lui.

Les mouvements des personnages sont situés sur le plan vertical : les maîtres de la
loi sont assis, les porteurs montent sur le toit, ils descendent l’homme atteint d’une
paralysie, Jésus lui ordonne de se lever, il se lève. Jésus est quant à lui statique et
est présenté par le narrateur comme étant au centre de l’espace puisque le texte
nous dit qu’on dépose l’homme au milieu devant Jésus.

Les mouvements des porteurs et de l’homme paralysé sont tout aussi parlants.
L’homme handicapé est descendu par le toit, à travers les tuiles. Le fait de monter
et d’enlever une partie du toit, laisse apparaitre le ciel qui n’était pas visible de
l’extérieur. Le narrateur précise que, une fois déposé, l’homme handicapé est face à
Jésus et couché sur sa civière. Lorsque Jésus lui pardonne et lui ordonne de se
lever, il se met debout en face des maîtres de la loi qui eux restent assis. L’homme
guéri, en se mettant debout face à eux leur montre que Jésus l’a bien guéri et qu’il
est une nouvelle personne.

58
Léopold SABOURIN, L'Evangile de Luc, p. 148.
59
Voir supra p. 13.
60
Odon Vallet, spécialiste des religions pense que Luc fait une erreur de rédaction car les maisons
palestiniennes avaient une terrasse et non un toit. Odon VALLET, L’évangile des païens. Une lecture
laïque de l’évangile de Luc, Paris, Albin Michel, 2006, p. 71.
Tout comme Léopold Sabourin, nous pensons que ce choix est volontaire, il est comme un « clin
d’œil » du narrateur à un lectorat composé de juifs mais aussi d’hellénistes. Léopold SABOURIN,
L'Evangile de Luc, p. 148.

25
Ces mouvements réalisés tout autour de Jésus expriment une fois de plus la volonté
de l’auteur de faire de Jésus un personnage central, un pilier61.

1.3. La vitesse du récit et ses bons en arrière et en avant


Notre récit s’inscrit dans l’ordre de la scène c'est-à-dire qu’il avance à la même
vitesse que l’histoire racontée. Sa vitesse est normale et nous ne retrouvons ni
sommaire, ni ellipse, ni pause descriptive62. De plus, il est singulatif au niveau de la
fréquence : le narrateur raconte une fois ce qui s’est passé.

Le narrateur insère un commentaire implicite qui entre dans le cadre de


l’intertextualité pour montrer que Jésus, désigné comme Fils de l’homme, est le
même que celui dont nous parlent les textes apocalyptiques (Da 7.13; Ap 1.13). Ce
titre est employé pour parler de la puissance et de la suprématie de cet individu. Il
se trouve 74 fois dans les évangiles pour montrer la condition humaine de Jésus (Lc
7.34), l’annonce de la passion (Lc 9.22), mais aussi la glorification (Lc 9.26) et la
seconde venue de Jésus (Lc 12.40). La fonction de cette intertextualité pourrait être
de faire le lien entre le Fils de l’homme dont parle l’Ancien Testament et Jésus 63,
dans le but d’aider l’assistance à comprendre qu’il a l’autorité sur la terre de
pardonner les péchés.

Cette autorité qu’il a sur la terre peut être aussi une prolepse interne à l’évangile,
c'est-à-dire un bond en avant dans le sens où Jésus est celui par qui le grand pardon
de l’humanité se réalisera, par son sacrifice (Lc 24.46-47) comme le prophète Esaïe
avait annoncé : « il s’est livré lui-même à la mort et il a été compté parmi les
coupables parce qu’il a porté le péché de beaucoup », Es 53.12b. Le chapitre 53 du
livre d’Esaïe à fait l’objet d’une relecture messianique64 par les chrétiens (Luc y

61
Voir supra p. 14-15.
62
Il n’y a peut être pas de pause descriptive qui marquerait un temps zéro dans le récit, mais nous
trouvons une description : la démarche pour faire entrer l’homme atteint d’une paralysie. Le
narrateur aurait pu dire que des hommes firent entrer l’homme et le placèrent devant Jésus, mais au
lieu de cela, il décrit la raison et le processus utilisé pour le faire entrer. Ce passage n’est pas pause
descriptive, car il comporte plusieurs verbes d’action, mais il a la même fonction dans le sens qu’il
vient justifier la foi de ces hommes discernée par Jésus.
63
Jacques BONNET, Joseph CHESSERON, Philippe GRUSON et al., 50 mots de la Bible, Paris, Cerf,
2003, p. 22.
64
Les ressemblances de ce qui arrive à cet homme et ce qui est arrivé à Jésus sont marquantes : il a
été compté parmi les coupables (Es 53.12, Lc 23.33), il a été méprisé (Es 53.3, Lc 23.11), il s’est livré

26
compris en Lc 22.37), mais il s’agit d’une relecture qui exprime, à la fois la continuité
avec le texte d’Isaïe, mais aussi le dépassement, puisque c’est Jésus qui pardonne
indépendamment de son sacrifice.

2. L’intrigue double
Yvan Bourquin explique qu’il existe deux styles d’intrigues : l’intrigue de situation et
l’intrigue de révélation. La première consiste en la solution d’un problème ou bien
d’une crise qui finit par se dénouer alors que la seconde correspond à la révélation
progressive d’un personnage65. Le narrateur nous laisse percevoir ces deux
intrigues.

2.1. L’histoire d’une belle amitié


Une intrigue possible est celle de situation. Le problème se traduit par des hommes
cherchant à faire se rencontrer Jésus et un homme atteint d’une paralysie. Le
schéma quinaire que nous allons dresser nous parle d’une belle histoire d’amitié.

La situation initiale correspond au verset 17. Le narrateur donne les informations


nécessaires pour comprendre la situation, et que le récit va modifier : Jésus
enseigne, il a la puissance d’opérer des guérisons ; des maîtres de la loi sont venus
et sont assis. Le suspense est déjà présent : qui va être guéri ? Pour le moment les
auditeurs sont des autorités religieuses. La surprise est que ce ne sont pas eux qui
recevront la guérison.

Le nouement se comprend aux versets 18 et 19. C’est ici que la tension narrative
s’amorce et que se déclenche l’action. Des hommes cherchent à faire entrer un
homme atteint d’une paralysie pour l’amener devant Jésus. Remarquons qu’aucune
demande n’est formulée de la part de ces hommes. Ce qui est sûr c’est qu’ils ont le
désir que l’homme qu’ils portent rencontre Jésus. Nous pouvons imaginer, vu l’état
de cet homme, que c’est pour obtenir la guérison de son handicap.

pour porté comme un sacrifice (Lc 24.7, Es 53.10, 12) etc. De plus, l’image du rejeton et de la racine
employé par le prophète en Es 53.2 est le même qu’il utilise pour comparer le messie en Es 11.1-10.
65
Yvan BOURQUIN, La confession du centurion. Le Fils de Dieu en croix selon l’évangile de Marc,
Poliez-le-Grand, Editions du moulin, 1996, p. 15.

27
Le lecteur s’attend à ce que l’action transformatrice consiste en un acte ponctuel de
guérison, mais, en réalité, elle s’inscrit dans un plus long processus de changement
(v. 20-24). Jésus pardonne les péchés de l’homme, ce qui entraîne une controverse
avec les maîtres de la loi. Pour la conclure, il guérit l’homme atteint d’une paralysie
montrant ainsi qu’il a autorité de pardonner les péchés. Ce décalage produit
plusieurs questionnements chez le lecteur66.

Le dénouement, parallèlement au nouement, se situe au verset 25. L’homme se


lève, prend sa civière et retourne dans sa maison en glorifiant Dieu.

La situation finale est décrite au verset 26. Tous67 sont remplis de crainte et rendent
gloire Dieu.

Le fait que la demande ne soit pas explicite rend l’interprétation de cette intrigue
difficile. Cependant le commentaire du narrateur fait au début de l’histoire (v.17)
nous invite à comprendre que la volonté des porteurs était la guérison de leur ami.

2.2. La révélation de l’autorité de Jésus


Les intrigues des quatre micro-récits révèlent l’autorité de Jésus par rapport à
quelque chose, comme le sabbat, le jeûne etc. L’approche sémiotique par les
modalités de notre récit révèle elle aussi l’autorité de Jésus. Elle présente un
scénario organisé en six phases. La première est la même que la situation initiale du
schéma quinaire.

La seconde phase, dite de la manipulation, exprime un vouloir et un devoir-faire.


Les hommes portant l’homme handicapé cherchent à le faire entrer dans l’endroit
où se trouve Jésus pour le placer devant lui. Ne trouvant pas d’ouverture, ils

66
La question qui pose problème dans cette étape de l’intrigue c’est pourquoi Jésus n’a-t-il pas guéri
l’homme avant de lui pardonner, répondant ainsi à la quête des porteurs, ainsi qu’à celle de tous les
témoins de la scène? Cela remet en question le réel besoin de l’homme handicapé. Avait-il plus
besoin du pardon ou de marcher ? Est-ce que les hommes qui le portaient avaient pour seul objectif
qu’il soit guéri ? Est-ce que Jésus le pardonne dans le seul but d’affirmer son autorité ? Voilà tant de
questions qui se posent dans cette étape. Nous proposerons des réponses dans la suite de notre
travail.
67
Nous pourrions nous poser la question de savoir si les maîtres de la loi sont compris dans le
« tous ». Nous aurions tendance à répondre négativement à cause de l’hostilité des maîtres de la loi
envers Jésus, telle que témoignée par les récits de la séquence narrative.

28
décident de le faire passer par le toit, acte allant à l’encontre des usages. Ils se
doivent de réussir ce qu’ils avaient l’attention de faire. (v. 18-19).

La troisième, dite de la compétence (v. 20-24), atteste du savoir et du pouvoir-faire


de Jésus. Il pardonne les péchés de l’homme atteint d’une paralysie en voyant la foi
des porteurs. Cette action, qui pourrait être comprise comme le « faire » de l’étape
suivante est en fait un processus utilisé par Jésus pour montrer que s’il guérit, c’est
qu’il a l’autorité de pardonner.

L’étape suivante, dite de la Performance (v.25 a), montre la réalisation du pouvoir-


faire de l’étape précédente : tout le monde voit enfin s’accomplir la guérison de
l’homme. Ce dernier obéit à l’ordre de Jésus en se levant. Le miracle a bien opéré !

L’avant dernière étape est celle de la sanction. Cette étape a pour but de
reconnaître la nouvelle situation créée (v.25 b.) : cet homme, debout, face aux
maîtres de la loi s’en va, glorifiant Dieu. Il reconnait ainsi l’intervention divine en sa
faveur, donc l’autorité de Jésus. En se mettant debout, l’homme est le signe que
Jésus a l’autorité sur la terre de pardonner les péchés.

La dernière étape, celle de la situation finale (v.26), est la même que celle du
schéma quinaire : tous sont stupéfaits et glorifient Dieu comme l’homme guéri.

3. Les personnages
Plusieurs personnages coexistent dans cette scène et assument chacun un rôle
mineur ou majeur dans l’intrigue. Après une brève présentation des personnages,
nous tenterons de comprendre en quoi la foi des porteurs est si importante dans
l’intrigue et enfin nous écouterons la voix narrative de ce récit.

3.1. Une brève présentation des personnages

3.1.1. Jésus
Jésus est un protagoniste car il joue un rôle important dans le développement de
l’intrigue. C’est lui qui accorde le pardon et la guérison de l’homme atteint d’une
paralysie. Nous pouvons le considérer comme un personnage rond car le narrateur
le décrit comme un enseignant ; il a la puissance d’opérer des guérisons (5.17) et

29
l’autorité sur la terre de pardonner les péchés (5.24). Il sait discerner les pensées
(5.22). Il est le Fils de l’homme (5.24). Le texte nous montre aussi qu’il a du
répondant et qu’il ne se laisse pas impressionner par les maîtres de la loi.

3.1.2. Les pharisiens et docteurs de la loi


C’est la première fois qu’apparaissent les maîtres de la loi dans l’évangile de Luc. Ils
sont composés de Pharisiens et de docteurs de la loi. Au niveau historique, la
majorité68 des Pharisiens étaient considérés comme des hypocrites car leurs actes
ne reflétaient pas leurs dires69. Jésus a d’ailleurs dit en Mt 23.3 : « Faites donc et
observez tout ce qu'ils vous disent; mais n'agissez pas selon leurs œuvres. Car ils
disent, et ne font pas ». Les scribes ou docteurs de la loi70 étaient majoritairement
Pharisiens et avaient étudié plusieurs années pour obtenir le titre de docteur de la
loi. Ils assumaient une triple fonction : celle de faire comprendre les Ecritures en les
interprétant et les actualisant, celle d’enseigner la Torah et celle de tenir un rôle
juridique en siégeant dans les tribunaux juifs71.

Ils semblent être nombreux car le narrateur précise qu’ils viennent de tous les
villages de Galilée et de Judée et de Jérusalem. Le fait d’accuser Jésus de proférer
des blasphèmes et de se prendre pour Dieu (5.21) montre leur hostilité à l’égard de
Jésus. La séquence narrative mettant en scène plusieurs controverses entre eux et

68
Il ne faut pas généraliser le parti des Pharisiens car il en existait qui étaient amis de Jésus et était
d’accord avec son enseignement comme Nicodème, Joseph d’Arimathée et même Gamaliel. Ces
derniers appartenaient à l’école d’Hillel, rabbin à tendance libérale, alors que la grande majorité se
réclamait de son concurrent : Shammaï, rabbin rigoureux à tendance agressive. D’ailleurs, Emile
Moreau parle de sept types de Pharisiens allant du Pharisien « fort d’épaule » au Pharisien du
« devoir » en passant par le Pharisien de « la peur ». Emile MOREAU, Ce que les chrétiens devraient
savoir. S’ils veulent comprendre la Bible, Paris, Lethielleux, 2010, p. 71-72.
69
Alexandre Jannée, le roi saducéen des années 103 à 76 av J.C. parlait d’eux comme des « hommes
maquillés ». David FLUSSER, Jésus, Paris/Tel Aviv, Editions de l’éclat, 2005, p. 64.
La cause de cela était due à la radicalisation de la plupart des Pharisiens. En effet, le parti juif des
Pharisiens s’était fortement attaché au respect de la loi de Moïse à la suite de l’influence qu’avaient
eue les hellénistes sur le peuple juif. Cet objectif, bien qu’honorable, s’est malheureusement
radicalisé. André PAUL, Le Nouveau Testament et son milieu 1. Le Monde des juifs à l'heure de Jésus.
Histoire politique, Paris, Desclée de brouwer, 1981, p. 61.
André Trocme va même jusqu’à dire que la plupart des Pharisiens ont enfermé le judaïsme dans une
« prison de prescriptions négatives » où l’amour et la foi ne primaient pas69. André TROCME, Jésus-
Christ et la révolution non-violente, Genève, Labor et fides, 1961, p. 97-98.
70
Le terme « docteurs de la loi » est la traduction élogieuse pour parler des scribes. Béda RIGAUX,
Témoignage de l’évangile de Luc. Pour une histoire de Jésus, Paris, Desclée de brouwer, 1980, p. 158.
71
Luc AERENS, Jean-Philippe DEPREZ, Jacqueline JARDON et al., Bible ouverte. Itinéraires de lecture
pour la catéchèse, Bruxelles, Lumen vitae, 1992, p. 90-91.

30
Jésus nous laisse entendre qu’ils sont des protagonistes. Cependant malgré
l’importance de leur rôle dans l’intrigue, le narrateur les considère comme un
groupe de personnages plats : ils ne changent pas. Ils sont même des personnages
blocs, car leur rôle est invariable dans la séquence.

3.1.3. La foule
La foule, dans l’évangile de Luc, est souvent à la recherche de Jésus, elle le suit,
l’entoure, l’écoute, bénéficie peut être de guérisons72. Elle est présentée comme
figurante même si son rôle n’est pas tout à fait passif puisqu’elle empêche d’entrer
les hommes portant l’homme malade à cause du nombre de personne qui la
compose. Elle est cependant un personnage collectif rond vu sa complexité : elle
accepte de voir Jésus, mais s’acharne au point d’empêcher les porteurs de passer
avec l’handicapé, mais finit par glorifier Dieu.

3.1.4. L’homme atteint d’une paralysie


L’homme atteint d’une paralysie pourrait être, à première vue, un personnage
jouant un rôle important. Malgré son importance dans l’intrigue (il est le récepteur
du pardon et de la guérison), il reste un personnage-ficelle et rond. Son rôle est
simple mais évolue au cours de l’intrigue : il est d’abord paralysé, puis va ensuite se
mettre debout, prendre sa civière, et glorifier Dieu en s’en allant.

3.1.5. Les porteurs


Ces hommes jouent un rôle très important dans le développement de l’intrigue.
Sans eux, la scène n’aurait pas eu lieu. Nous pouvons les considérer comme un
personnage collectif rond car ils évoluent au cours de l’intrigue : ils désirent
présenter l’homme handicapé à Jésus mais sont empêchés par la foule. Au lieu de
se décourager, ils montent sur le toit, passent à travers les tuiles pour déposer
l’homme atteint d’une paralysie aux pieds de Jésus. En plus de cela, le narrateur
précise qu’ils ont la foi.

72
Jean Noël ALETTI, L’art de raconter Jésus Christ. L’écriture narrative de l’évangile de Luc, Paris,
Seuil, 1989, p. 91.

31
3.2. La foi qui va tout déclencher
Le narrateur fait de la foi une pièce importante de l’intrigue car sans elle il n’y aurait
pas de miracle. Nous comprendrons cela grâce au schéma actantiel et au concept
telling/showing (disant/montrant)73.

3.2.1. Schéma actantiel : la foi mise en avant


Le schéma actantiel nous permet de comprendre la dimension fonctionnelle des
rôles appelés « actants »74 au service de l’intrigue. Le récit met en scène des
hommes (destinateurs) portant l’homme atteint d’une paralysie (destinataire) à
Jésus (sujet), dans le but de rencontrer Jésus, certainement pour obtenir la guérison
(objet désiré) de l’homme atteint d’une paralysie. Pour cela, la foi (adjuvant) de ces
hommes va contribuer à la quête de l’objet. La foule fait barrage et les maîtres de la
loi s’indignent face à l’intervention de Jésus (opposants).

Ce schéma n’est pas clairement identifiable, notamment en ce qui concerne l’objet


désiré. Il n’y a pas de demande précise du fait du destinateur comme on pourrait
avoir dans d’autre récits de guérison (la demande de guérison de l’esclave par
l’officier romain en Lc 7.2-3 ; la demande de délivrance d’un fils par son père en Lc
9.38). La demande est implicite : on suppose que ces hommes amenaient l’homme
handicapé à Jésus dans le but de le guérir. Le premier verset du récit nous aide à
comprendre cela car il dit que Jésus avait la puissance d’opérer des guérisons (5.17).

Ce qui est plus clair c’est que ce sont bien les hommes portant l’homme malade
ainsi que Jésus qui mènent l’action. Tout d’abord, les destinateurs (les hommes
portant l’handicapé) mènent le destinataire (l’handicapé) vers le sujet (Jésus) qui
pardonne et guérit le destinataire. Les destinateurs s’effacent après avoir fait ce
73
Ces deux termes proviennent de la terminologie de l’analyse narrative. Lorsque le narrateur décrit
une scène ou bien utilise le style indirect pour un discours, on dit qu’il est dans le telling. Il dit plutôt
que de montrer. Sa présence est donc bien marquée. Lorsqu’il retranscrit un discours de manière
directe ou bien montre un évènement sans le qualifier, il est dans un mode d’exposition type
showing. Il montre plutôt qu’il dit. Sa présence se fait plus discrète.
74
Julien Greimas s’est intéressé à la fonction narrative des personnages et s’est rendu compte que le
terme de personnage n’était pas tout à fait approprié et il préfère parler d’ « actant » pour « toute
fonction narrative qui sert à l’intrigue ». L’actant, contrairement au personnage, peut être plusieurs
personnes en même temps, ou bien il peut être un objet ou un sentiment etc. Le schéma actantiel
vient de ce terme et nous aide à mieux comprendre les choix du narrateur. Algirdas Julien GREIMAS,
Sémantique structurale. Recherche de méthode, Paris, Presses universitaires de France, 1986, p.
172,176-180.

32
qu’ils devaient faire, laissant l’homme entre les mains de Jésus. Ce que l’on peut
dire par rapport à la position et au déplacement des personnages, c’est que Jésus
est la pièce centrale : il reste statique tout au long de l’épisode et tout se fait vers
lui : on part de là où il est. Les maîtres de la loi vont vers lui pour l’écouter, les
hommes portant l’homme malade vont également vers lui. L’homme atteint d’une
paralysie, lorsqu’il reçoit la guérison, part de là où Jésus est. Jésus est central, il est
comme un point de rencontre ; on s’y arrête, puis on en repart75.

3.2.2. Telling/Showing : la foi dite et montrée


Cette foi est non seulement dite explicitement par le narrateur, mais est aussi
montrée et cela grâce au mode d’exposition du et du showing. A part le verset 17,
qui a comme mode, le telling, le reste du récit est sous le mode du showing, aussi
appelé le mode dramatique. Le narrateur se fait discret et laisse la première place
aux personnages. Il relate des évènements sans les qualifier, puis retranscrit
directement le discours entre Jésus, l’homme atteint d’une paralysie et les maîtres
de la loi. Jusqu’à la fin du récit, il n’évalue pas les évènements mais se contente de
les montrer. Un évènement vu est plus marquant et réaliste qu’un évènement
décrit par un tiers. C’est peut être la raison de son choix.

Remarquons que les hommes aidant l’homme atteint d’une paralysie sont vus par
Jésus comme ayant la foi. Le narrateur utilise à ce moment le mode telling. En plus
de dire cette foi, il la montre par la mise en action des porteurs poussés par leur
foi : ils descendent par le toit pour amener l’handicapé. La foi est visible de tous.
Elle est un point important de notre intrigue et joue un rôle primordial.

3.3. Focalisation et utilisation narrative des personnages

3.3.1. La foi remarquée par Jésus


Les jeux de focalisation nous montrent aussi que le narrateur laisse toute leur place
aux personnages. A part le premier verset de notre récit, où il fourni les
informations où dominent le temps et l’espace, le reste des points de vue est celui
des personnages. La « caméra » se focalise sur les personnages de sorte que tous,

75
Voir supra p. 25.

33
acteurs comme lecteurs, voient ce qu’il se passe. Cependant, Le narrateur donne
une information qui est cachée à tous les personnages sauf à Jésus puisqu’il la
partage avec le lecteur, c’est le sentiment intérieur de Jésus concernant les
porteurs, « voyant leur foi ». Les personnages du récit ne comprennent pas la raison
pour laquelle Jésus pardonne les péchés de cet homme, mais le lecteur la comprend
grâce à cette mention. Il y a une forme de supériorité du lecteur face aux
personnages.

3.3.2. Sentiments produits par les personnages


Les acteurs du récit provoquent chez le lecteur des sentiments qui, pour certains,
évoluent au cours de l’intrigue. C’est ce qu’on appelle le point de vue évaluatif du
narrateur.

Jésus produit chez nous de l’empathie. Il a de la compassion pour un homme atteint


d’une paralysie. Il le rétablit tant sur le plan spirituel que physique. Cette
démonstration d’amour est un exemple pour le lecteur l’invitant à ne pas juger les
personnes différentes, mais au contraire, à les accepter. De plus, Jésus reste fort
face aux attaques des maîtres de la loi. Cette force lui venait certainement des
moments passés avec Dieu le Père dans la prière lorsqu’il se trouvait dans des lieux
déserts76.

La foule est au début sympathique car elle vient écouter et voir Jésus, peut être
même espérer des guérisons qu’il opérait. Elle fait ensuite barrage aux hommes
portant l’homme atteint d’une paralysie et apparaît cette fois-ci antipathique. Après
la guérison, elle réapparaît comme sympathique parce qu’elle glorifie Dieu et
reconnaît avoir vu « des choses contre ce qu’on croyait77 ».

Les maîtres de la loi sont premièrement sympathiques puisqu’ils viennent voir et


écouter Jésus. Puis, ils deviennent antipathiques en s’opposant à Jésus. Ils le
resteront tout le long de la séquence narrative.

76
Voir supra p. 13.
77
Le terme « contre ce qu’on pensait » peut faire référence à l’autorité de pardonner les péchés que
Jésus a sur la terre.

34
L’homme atteint d’une paralysie est un personnage sympathique. Il produit même
en nous de la pitié à cause de son état de paralysie, d’immobilité, surtout
connaissant le contexte socioreligieux d’un tel homme78. Lorsque Jésus lui pardonne
et le guérit, cet homme se lève en face des maîtres de la loi, prend sa civière, et part
en glorifiant Dieu. Il passe alors de sympathique à empathique car il reconnaît que
Dieu, par l’intermédiaire de Jésus, lui a pardonné et l’a guéris.

Les hommes qui portent l’homme atteint d’une paralysie sont des personnages
empathiques. Le lecteur s’y identifie fortement. Il souhaite avoir le même courage,
la même foi reconnue par Jésus, la même persévérance pour affronter les obstacles.

4. La voix narrative : une demande plus qu’honorée


Le narrateur, bien qu’il ne soit pas présent et qu’il n’intervienne pas dans le récit79
reste fiable dans ses propos et ses interprétations, ainsi qu’omniscient : Le verset 17
le montre bien, car, là, il annonce la guérison qui se réalisera. Le narrateur fait
plusieurs commentaires pour orienter le lecteur dans la lecture.

4.1. Des commentaires inversant la tendance


Le narrateur fait intervenir les Pharisiens et docteurs de la loi, hommes de Dieu. Ils
sont venus voir et écouter Jésus. La station assise nous rappelle Marie qui était
assise aux pieds de Jésus pour écouter sa Parole (Luc 10.39). Le texte est ironique
car les maîtres de la loi, qui sont présentés par la séquence narrative comme les
opposants à Jésus, viennent apprendre de lui 80 ! L’utilisation de ce commentaire
implicite peut avoir comme objectif de préparer le lecteur à la controverse qui va
suivre.

78
Voir supra p. 23-24.
79
Nous ne remarquons aucun signe de la première personne qui montrerait l’intervention du
narrateur dans le texte, et le texte ne nous laisse pas entendre qu’il était présent au moment de
l’histoire racontée. Il est donc extradiégétique et hétérodiégétique. Pour plus d’informations sur ces
deux termes, voir Yvan BOURQUIN et Daniel MARGUERAT, Pour lire les récits bibliques, p. 35-36.
80
Afin de lever cette ambiguïté qui pourrait gêner, certains tentent de donner des raisons à leur
venue. Ils seraient venus examiner ce nouveau « leader » pour lui faire passer un jugement.
Philippe BOSSUYT, Jean RADERMAKERS, Jésus Parole de la grâce 2. Lecture continue, Bruxelles,
Institut d'études théologiques, 1984, p. 185 ; Giorgio GIRARDET, Lecture politique de l’évangile de
Luc, p. 52.

35
Il fait aussi un commentaire explicite en introduisant une glose explicative au verset
19. C’est la raison qui a empêché les hommes d’entrer normalement, à savoir la
foule. Ce commentaire induit que ceux qui viennent écouter et voir Jésus peuvent
constituer un barrage pour d’autres.

Après avoir prévenu le lecteur, le narrateur use d’humour pour montrer la


démarche des porteurs. Ils amènent l’homme atteint d’une paralysie à Jésus en
passant par le toit. Cette manière d’entrer n’était pas commode, et très
surprenante. Le fait de retirer les tuiles devait faire tomber de la poussière, des
morceaux de tuiles etc. On peut imaginer que Jésus a dû arrêter d’enseigner et que
tous les regards étaient fixés vers le toit se défaisant. L’utilisation de l’humour par le
narrateur transcrit peut être la revanche des hommes sur la foule qui lui faisait
obstacle. Il montre ainsi qu’ils ont réussi à atteindre leur objectif malgré les
barrages.

4.2. L’ambiguïté de la situation


Il existe deux ambigüités dans le texte qui pourraient nous faire penser que le
narrateur s’est trompé. Jésus pardonne avant de guérir alors que le texte précise
qu’il avait la puissance d’opérer des guérisons. On s’attendrait plus à ce qu’il
guérisse l’homme atteint d’une paralysie (v.20) plutôt qu’il lui pardonne ses péchés.
L’autre ambiguïté du texte concerne la conjugaison du verbe a=fi,hmi (v. 20). Jésus,
pour déclarer à l’homme que ses péchés lui sont pardonnés, emploie un passif
parfait81 qui se comprend comme « tes péchés t’ont été pardonnés », alors que
Matthieu et Marc emploient un présent. Si ses péchés lui ont été pardonnés dans le
passé, alors ce n’est pas Jésus qui lui pardonne ses péchés dans le récit et donc sa
déclaration qu’il a autorité de pardonner les péchés sur terre n’a pas de sens.

Pour comprendre cette ambiguïté, François Bovon explique qu’en effet le pardon lui
a été accordé dans le passé, mais que ce pardon entre en vigueur au moment où
Jésus le lui annonce82. Rolland Minerath, quant à lui, comprend cet emploi comme
étant un passif divin. Jésus est celui par qui le pardon arrive, mais qu’il est accordé

81
Cette conjugaison exprime une action réalisée dans le passé qui a des implications qui durent dans
le présent.
82
François BOVON, L’Evangile selon saint Luc. 1.1-9.50, p. 241.

36
par Dieu83. Jésus, en tant que médiateur du Père84, exprime la volonté du Père en
accord avec son programme missiologique de Lc 4.18-1985. Cette dernière
compréhension est plus logique avec la suite du texte car Jésus exprime que
l’autorité lui a été accordée pour pardonner les péchés. Cela sous-entend qu’il ne
fait rien de lui-même.

Après avoir compris cela, nous pouvons saisir le choix d’avoir pardonné avant de
guérir. Lorsque Jésus déclare à l’handicapé ses péchés pardonnés, les maîtres de la
loi s’indignent en se demandant comment cet homme qui n’est pas Dieu peut
pardonner les péchés d’un homme (v.21). La question posée par Jésus aux maîtres
de la loi « qu’est-ce qui est plus facile, dire : “tes péchés te sont pardonnés“ ou
dire : “lève toi et marche ! “» est purement rhétorique et fait comprendre que si
Jésus guérit, c’est qu’il a pu pardonner les péchés car il en a l’autorité. La guérison
n’est que l’exemple utilisé par Jésus pour révéler qu’il était le Fils de l’homme, celui
qui a autorité sur terre de pardonner les péchés.

4.3. Le parallélisme : la clef de l’ambiguïté


Le parallélisme présenté par le narrateur entre le pardon des péchés et la guérison
de la paralysie exprime le lien entre ces deux guérisons. Le péché, selon Odon
Vallet est « une erreur d’itinéraire, un écart de conduite, qui, répété, peut conduire
à la perdition 86». Pardonner les péchés, littéralement « les laisser aller », « les
relâcher » est une sorte de leçon de bonne marche : redonner le bon chemin. La
paralysie, quant à elle, traduit un état d’inertie, de non marche. Etre couché et se
laisser porter par d’autres montre l’incapacité de l’homme à se prendre en charge 87.
En affirmant que ses péchés lui ont été relâchés, Jésus lui donne la possibilité de
remarcher socialement et religieusement. Cette réalité invisible devient visible car
Jésus lui ordonne de se lever, de se remettre en marche88. Tous sont témoins de
cette résurrection spirituelle s’exprimant par une résurrection physique. La guérison

83
Roland MINNERATH, Jésus et le pouvoir, Paris, Beauchesne, 1987, p. 61.
84
Voir infra p. 42-44.
85
Voir infra p. 43-44.
86
Odon VALLET, L’évangile des païens, p. 70.
87
Lytta BASSET, Culpabilité. Paralysie du cœur. La guérison du paralysé (Luc 5,17-26). Sentiment.
Ambivalence et dépassement de la culpabilité, Genève, Labor et fides, 2003, p. 22.
88
François BOVON, L’Evangile selon saint Luc. 1.1-9.50, p. 243.

37
physique et la guérison spirituelle sont liées. La demande implicite des hommes
porteurs a été plus qu’honorée, puisque cet homme a une double chance de
revivre.

Conclusion
L’étude faite dans ce chapitre nous a permis de nous rendre compte qu’un homme
handicapé au temps du récit n’était pas considéré comme l’égal de tous car son
handicap faisait de lui un homme profane. Jésus ayant à cœur de rétablir cet
homme, le guérit, mais avant il lui pardonne car il est le Fils de l’homme qui a
autorité sur la terre de pardonner les péchés. Ces deux indications intertextuelles
nous montrent que Jésus est celui que les prophètes ont annoncé, celui qui est venu
donner sa vie en sacrifice et porter péchés des hommes (Es 53. 10, 12). De plus, les
jeux de positions indiquent qu’il est le personnage central. L’intrigue de révélation
va dans le même sens car elle révèle justement l’autorité de Jésus rendue possible
par la guérison du malade. Sans la foi des porteurs, le miracle et la révélation de
Jésus n’auraient pas eu lieu. La foi des hommes porteurs les a poussés à braver
l’obstacle de la foule en passant par le toit. L’opposition des maîtres de la loi vis-à-
vis de Jésus fait aussi d’eux des obstacles car en s’opposant à Jésus, ils s’opposent à
la guérison qui a été utilisée pour révéler l’autorité de Jésus. Le lecteur s’identifie
fortement aux porteurs qui ont été braves, à l’ex-paralysé qui reconnaît Dieu,
l’auteur de son miracle, et à la foule qui fut un moment antipathique mais redevient
sympathique grâce à la louange de l’ex malade.

Avant d’interpréter ce que nous venons de repérer dans le texte par les moyens que
propose l’analyse narrative, nous allons étudier le thème de la guérison et de
l’intercession dans l’œuvre de Luc.

38
Chapitre 3 : l’intercession et la guérison
dans l’évangile de Luc

39
Pour répondre à notre problématique concernant le rôle et l’impact de
l’intercession dans la guérison de l’intercédée, nous nous demandons comment ces
deux concept étaient perçu par Luc ? Pour répondre à cette question, nous
comprendrons d’abord l’intercession à la lumière de l’époque du récit, puis nous
saisirons l’importance du ministère de guérison de Jésus et ses implications.

1. L’intercession dans l’évangile de Luc


Le verbe entugcavw pour parler de l’intercession se trouve une seule fois dans
l’œuvre de Luc (Ac 25.24). Il a le sens d’ « en appeler à », « adresser une demande à
quelqu’un »89. L’idée de médiation ressort de ce verbe où l’intercesseur a le rôle de
médiateur vis-à-vis de l’intercédé et de celui à qui il adresse la demande, à savoir
Dieu. Cette idée de médiation se retrouve dans l’œuvre de Luc comme la médiation
religieuse et comme la médiation socio-économique. Nous allons étudier ces deux
sortes de médiation qui existaient à l’époque de l’histoire racontée et nous
comprendrons ensuite en quoi l’intercession/médiation tend à l’entraide.

1.1. La médiation religieuse


Jésus, en pardonnant les péchés de l’homme atteint d’une paralysie, répond à
l’intercession des porteurs qui ont déposé l’homme aux pieds de Jésus. Ce qui est
étonnant, c’est que le rôle d’intercesseur était tenu exclusivement par les prêtres
au Temple, « centre de la vie nationale juive90 » et lieu de la manifestation de la
présence de Dieu (Ex 25.8). Les prêtres étaient tous des descendants d’Aaron (Nb
3.10) et devaient se conformer à certaines règles car ils étaient des modèles de
pureté91. Les prêtres présidaient les cérémonies des sacrifices du soir et du matin
qui invitaient Dieu à rencontrer et communiquer avec le peuple (Ex 29.42-43) qui
s’accompagnaient de nombreux sacrifices privés. Si un homme avait péché, le
prêtre faisait pour cet homme l'expiation du péché qu'il avait commis pour qu’il soit

89
William F. ARNDT, Wilbur F. GINGRICH, Frederick W. DANKER, A Greek-English Lexicon Of The New
Testament And Other Early Christian Literature, p. 341.
90
Le Temple était au centre de la vie nationale juive car c’était dans cet endroit que se faisaient
toutes les cérémonies religieuses, et sur les parvis extérieurs se tenaient toutes sortes de réunions.
Charles GUIGNEBE, Le Monde juif vers le temps de Jésus, Paris, Albin Michel, 1969, p. 76, 78.
91
Ils ne devaient être ni boiteux, ni aveugles, ni affecté d’une malformation physique. Ils ne devaient
pas prendre de femme répudiée, ni prostituée. Leurs filles devaient avoir une conduite pure car si
l’une d’entre elles se prostituait par exemple, elle rendait son père profane (Lv 21).

40
pardonné (Lv 4.27-35). Les prêtres assuraient donc la médiation entre Dieu et le
peuple sur le plan religieux92.

Jésus, en pardonnant les péchés de cet homme, rend le récit polémique envers la
prêtrise. Premièrement il prend la place du prêtre en déclarant le pécheur
pardonné. Normalement, c’était le prêtre qui faisait l’expiation du péché de
l’homme devant l’Eternel pour qu’il lui soit pardonné. Deuxièmement il laisse
entendre que le pardon des péchés ne nécessite plus de sacrifice. Finalement, il
annonce une nouvelle économie où l’intercession « professionnelle » n’est plus
nécessaire, car le « Fils de l’homme » est désormais là et assure la communion
directe avec Dieu.

S’il assure la communion directe avec Dieu, c’est parce qu’il a pris sa fonction de
Christ après sa mort et sa résurrection. Cela a été rendu est possible parce qu’il est
Christ dans son être93. En effet, dès le début de l’évangile selon Luc, Jésus est
présenté comme le messie. Il est appelé Fils du Très Haut lors de l’annonce à Marie
de sa naissance (Lc 1.32) ; Syméon l’appelle salut (Lc 2.30) et annonce qu’il est venu
pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël (Lc 2.34) ; la prophétesse Anne
parlait de l’enfant Jésus à tous ceux qui attendait la rédemption (Lc 2.38). Durant
son ministère Jésus annonce sa mort et sa résurrection aux disciples (Lc 9.22, 18.32-
33) et notamment que son sang sera pour le peuple le signe d’une nouvelle alliance
(Lc 22.20). Effectivement tout ce qu’il avait annoncé s’est produit. Jésus est mort et
ressuscité le troisième jour pour le pardon des péchés (Lc 24.46-47).

Au moment de sa mort, le voile du temple, celui qui séparait le lieu saint du lieu très
saint, s’est déchiré par le milieu. En plus de séparer ces deux lieux, il couvrait ce qui
se trouvait derrière lui dans le lieu très saint, à savoir le coffre de l’alliance et le
propitiatoire posé dessus (Ex 35.12) considéré comme le trône de Dieu (1 Sa 4.4).
Personne ne pouvait entrer dans le lieu très saint et voir l’Arche de peur d’y laisser
sa vie (1 Sa 6.19), mis à part le grand prêtre qui assumait le rôle de médiateur une

92
Bernard GUILLIERON, Dictionnaire biblique, p. 169.
93
Etienne CHARPENTIER, Pour lire le Nouveau Testament, Paris, Cerf, 1981, p. 88.

41
fois dans l’année en entrant dans ce lieu très saint pour y offrir le sang d’un animal
comme moyen d’expiation des péchés du peuple (Lv 16)94.

Une fois ce voile déchiré à la mort de Jésus, il n’y a plus de séparation des deux lieux
donc plus de séparation entre Dieu et l’homme. Par sa mort, Jésus inaugure un
nouvel ordre des relations entre l’homme et Dieu95 et signe la fin du culte
sacrificiel96. C’est d’ailleurs ce qu’exprime l’auteur de l’épître aux Hébreux en
disant qu’au moyen du sang de Jésus, nous avons « une libre entrée dans le
sanctuaire par la route nouvelle et vivante qu'il a inaugurée pour nous au travers du
voile, c'est-à-dire, de sa chair » He 10. 19-20. Jésus est à la fois le dernier sacrifice,
mais aussi le grand prêtre qui a amené son propre sang derrière le voile. (He 9.11-
12). Voilà comment il permet à l’être humain la communication directe avec Dieu.

Cette idée trouve sa continuité dans le livre des Actes des Apôtres où Jésus est
désormais appelé Jésus-Christ (Ac 2.38, 4.10, 10.36 etc.). La mort et la résurrection
de Jésus sont aussi prêchées par les apôtres (Ac 2.31, 4.33) pour montrer que Jésus
était « cet agneau sacrifié pour le péché de tous. L’auteur des Actes des Apôtres
rapporte l’histoire de l’eunuque éthiopien qui lisait et s’interrogeait sur la prophétie
d’Es 53.1-12 annonçant la venue et la mort du messie (Ac 8.26-40). Philippe lui parla
de la bonne nouvelle de Jésus-Christ, celui dont la prophétie parle, car Jésus est
bien celui qui a livré sa vie en sacrifice pour le péché de beaucoup d’hommes et qui
a intercédé pour les coupables (Es 53.10, 12).

1.2. La médiation socio-économique


Il existait à l’époque du récit une autre sorte de médiation, la médiation socio-
économique assurée par les intendants.

Le mot intendant se traduit dans l’œuvre de Luc par deux mots : epi,tropoj qui
désigne l’intendant d’Hérode, Chuza (Lc 8.3) et oikono,moj qu’on retrouve dans la
parabole du fidèle intendant et dans celle de l’intendant habile (Lc 12.42, 16.3). Ce

94
Jean-Eudes RENAULT, La Loi et la Croix. L'écriture de la Croix dans l'écriture de la Loi, Lugano,
Editions kinor, 2009, p. 427.
95
Roland MEYNET, L'Evangile selon saint Luc. Analyse rhétorique, Paris, Cerf, 1988, p. 913.
96
François BOVON, L'Evangile selon saint Luc. 19.28-24.53, Genève, Labor et fides, 2009, p. 389.

42
dernier mot est l’association du mot oiko,j désignant la « maison97 » et ne,mw
signifiant « gérer 98». L’intendant est littéralement celui qui gère la maison99. Mais
dans son sens plus large, il est celui à qui ont délègue une responsabilité. Elle peut
être par exemple d’ordre matériel comme dans le cas des intendants à qui leur
maître a confié de l’argent (Lc 12.42-48, 16.1-8), ou bien celle de la trésorerie d’une
ville comme celle qu’on a déléguée à Eraste, l’intendant de Corinthe (Rm 16.23) 100.
Cette responsabilité peut aussi être d’ordre religieux101. Paul parle d’intendant des
mystères de Dieu (1 Co 4.1) et de l’épiscope qui est l’intendant de Dieu et par
conséquent doit être sans reproche (Tit 1.7). Pierre, quant à lui, parle des
intendants de la grâce qui doivent mettre au service des autres les dons qu’ils ont
reçus de Dieu (1 Pi 4.10).

L’intendant, qu’il ait une responsabilité matérielle ou spirituelle, est appelé à être
fidèle dans sa gérance. Il représente un intermédiaire entre deux personnes ou
instances. Par exemple en sciences sociales, l’intendant est celui qui est
l’intermédiaire entre le patron et le client. C’est lui qui s’assure de la satisfaction des
deux parties102.

En ce sens, Jésus, lorsqu’il était sur terre, était l’intendant représentant le Père vis-
à-vis de l’homme. Luc exprime cette idée en mentionnant que Jésus est bien celui
qui a été envoyé par Dieu (Lc 4.18, 4.43, 9.48, 10.16, 11.20 etc.), et qu’il a tout reçu
du Père (Lc 10.22). Luc explicite la notion de Jubilé comme signe de la venue du
Royaume de Dieu et de sa grâce103. C’est ce texte qui est lu par Jésus dans la
synagogue de Nazareth (Lc 4.18-19). Les quatre propositions jubilatoires
correspondent aux responsabilités confiées par le Père à Jésus : annoncer la bonne

97
Maurice CARREZ, Dictionnaire grec-français du Nouveau Testament, Genève/Paris, Labor et
fides/Cerf, 1998, p. 174.
98
William F. ARNDT, Wilbur F. GINGRICH, Frederick W. DANKER, A Greek-English Lexicon Of The New
Testament And Other Early Christian Literature, p. 668.
99
René PACHE, Nouveau dictionnaire biblique, Saint-Légier-sur-Vevey, Emmaüs, 1979, p. 749.
100
William F. ARNDT, Wilbur F. GINGRICH, Frederick W. DANKER, A Greek-English Lexicon Of The
New Testament And Other Early Christian Literature, p. 698.
101
Charles PERROT, Après Jésus. Le ministère chez les premiers chrétiens, Paris, Editions de l’atelier/
Editions ouvrières, 2000, p. 128.
102
Jerome H. NEYREY, « Jesus, The Broker In Hebrews: Insights From The Social Sciences », in Eric F.
MASON, Kevin B. MC CRUDEN (éd.), Reading The Epistle To The Hebrews. A Ressource For Students,
Atlanta, Society Of Biblical Literature, 2011, p. 155.
103
André TROCME, Jésus-Christ et la révolution non-violente, p. 55

43
nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs la
délivrance104, publier une année de grâce du Seigneur.

1.3. La communauté : médiatrice du salut


Avant son ascension vers le Père (Ac 1.9), Jésus confère aux apôtres la
responsabilité d’être ses témoins partout sur la terre (Lc 24.48, Ac 1.8) et pour les
aider le Saint Esprit, promis par le Père, leur sera envoyé (Lc 24.49, Ac 1.4, 2.33).
Après avoir entendu cette promesse, ils sont retournés à Jérusalem dans le Temple
et ont loué Dieu. Remarquons que l’Evangile de Luc commence dans le Temple avec
l’offrande du prêtre Zacharie et finit dans le même Temple, lieu de la manifestation
de Dieu au milieu de son peuple105, mais cette fois-ci avec la louange des disciples.
En adorant le Très Haut au Temple, ils restent reliés à Jésus qui a rejoint le Père106.
Cette louange exprime leur reconnaissance pour tout ce qui est raconté dans
l’évangile et surtout la résurrection du Christ107, à laquelle est annoncée d’ailleurs
par la prophétie de Syméon dans le Temple (Lc 2.38-39)108. En effet, si la mort et la
résurrection constituaient le point d’arrivée de l’évangile de Luc, ces deux
évènements deviennent le point de départ dans les Actes des Apôtres sur lesquels
la communauté base sa foi109.

Leur fonction fondatrice était de répandre cette vérité libératrice, le salut en Jésus
Christ110 à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités

104
Les captifs peuvent être les pécheurs, et la délivrance peut désigner le pardon des péchés. La
parabole du fils prodigue peut se lire à la lumière du Jubilé où le fils prodigue devenu pauvre et
esclave à cause de son péché (quitter son père en prenant la part d’héritage qui lui revenait) et
s’étant repenti (rentrant en lui-même Lc 15.17) est retourné chez son père. Cette expression
« retourner chez son père » fait écho à l’expression jubilatoire de Lv 25.10 « retourner dans son
clan ». Dans ce sens, « retourner chez son père » signifie retrouver la liberté. Kim SUN-JONG,
« Lecture de la parabole du fils retrouvé à la lumière du Jubilé», Novum Testamentum 53 (2011/3),
p. 217-218.,
105
Voir supra p. 40.
106
Roland MEYNET, L'Evangile selon saint Luc, p. 953
107
Yves SAOUT, Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc, Paris, Cerf, 2006, p. 107.
108
Ibid.
109
Jean-Paul MICHAUD, « Les premières communautés chrétiennes. Diversité et unité », Science et
Esprit 59 (2007/2-3), p. 155.
110
Le salut est annoncé par la proclamation du Royaume de Dieu (Ac 8.12, 14.22, 19.8 etc.), par la
rémission des péchés moyennant la foi en Jésus Christ (Ac 10.43, 13.38, 26.16 etc.), la désignation de
Jésus comme Jésus Christ (voir supra p. 45), par l’évocation directe du salut (Ac 13.26, 16.17, 28.28
etc.). Jacques DUPONT, « L’apôtre comme intermédiaire du salut », Revue de théologie et de
philosophie 112 (1980/4).p. 354-356.

44
de la terre (Ac 1.8). Les personnes juives et non juives qui ont accepté ce message
ont formé la première communauté, l’Eglise, dont la foi reposait sur le message
prêché par les apôtres, témoins de la résurrection de Jésus Christ. A la mort de ces
derniers, l’Eglise a alors repris la médiation des apôtres pour prêcher le salut en
Jésus Christ, mort et ressuscité. « L’Eglise ne peut être à son tour médiatrice de
salut que dans la mesure où elle maintient vivant ce témoignage fondateur 111 ».

Alors que la communauté était médiatrice de la proclamation de la mort et de la


résurrection du Christ, il lui arrivait de faire obstacle au plan de Dieu comme la foule
de notre récit d’étude qui a empêché les porteurs d’entrer dans la maison pour
rencontrer Jésus. La raison à cela reposait essentiellement sur la tension qui existait
entre les « circoncis » et les « incirconcis » par rapport à la Torah et son observance.

On peut retrouver par exemple cette tension dans l’histoire de Corneille et sa


maison en Actes 10. Corneille le centurion et sa famille, bien que craignant Dieu,
étaient considérés par les juifs comme des étrangers (Ac 10.28). C’est pour cette
raison que les « les croyants circoncis qui accompagnaient Pierre » et qui faisaient
partie de l’Eglise pensaient que de telles personnes ne pouvaient pas se faire
baptiser et encore moins recevoir le Saint Esprit. Effectivement, l’idée populaire
juive disait que l’impureté pouvait contaminer la pureté, laquelle était la condition
de communion avec Dieu112. En ce sens, ces croyants circoncis, comme la foule de
notre récit d’étude, ont été un obstacle à la réalisation du plan de Dieu. Mais Pierre
a su franchir cette barrière et après que Corneille et sa famille reçurent le Saint
Esprit et parlèrent en langue, il ordonna qu’on les baptise (Ac 10.44-48).

Quelles que soient les discordances qu’il pouvait y avoir entre circoncis et
incirconcis, leur unité se maintenait dans la proclamation unanime de la mort et de
la résurrection de Jésus.

2. La guérison dans l’évangile de Luc


La responsabilité de Jésus était aussi de manifester la bienveillance de Dieu envers
les malades en leur accordant la guérison. Cette dynamique ainsi mise à l’œuvre

111
Jacques DUPONT, « L’apôtre comme intermédiaire du salut », p. 357.
112
Voir infra p. 49.

45
dans le micro-récit de la guérison de l’homme atteint d’une paralysie se retrouve
ailleurs dans l’évangile de Luc.

De retour du désert ou le diable a tenté de le séduire, Jésus, rempli d’Esprit Saint


(4.1), a annoncé dans la synagogue de Nazareth sa mission : proclamer la bonne
nouvelle de la délivrance des pauvres, des malades et des opprimés (4.18). En effet,
il commença son ministère de guérison à Capernaüm où il guérit la belle mère de
Simon que qu’on l’avait prié de venir guérir (4.38-39). Puis, il continua de guérir les
malades qu’on lui apportait (4.40). Toujours en Galilée, il purifia un lépreux qui a
reconnu en Jésus le pouvoir de le purifier de sa lèpre (5.12-13). Sa réputation de
guérisseur grandissait et beaucoup de malades se précipitaient vers lui pour qu’il les
guérisse (5.15).

Notre micro-récit de la guérison de l’homme atteint d’une paralysie, rappelons-le,


est le premier d’une séquence narrative montrant l’opposition des docteurs de la loi
vis-à-vis de Jésus113. Dans cette séquence, Jésus a opéré deux guérisons : celle de
l’homme atteint d’une paralysie (5.17-26) et celle de l’homme à la main paralysée
(6.6-11). Dans cette dernière guérison, réalisée le jour du sabbat, Jésus a expliqué
que le sabbat était un jour de libération, où l’on donne la vie C’est la raison pour
laquelle il « sauva » la vie de cet homme en rétablissant sa main malade. Luc
rapporte à la suite de ce miracle encore d’autres guérisons opérées par Jésus envers
ceux qui étaient venus l’entendre et se faire guérir (6.17-18). Le narrateur a
d’ailleurs inséré un commentaire qui renforce l’idée d’autorité supérieure de Jésus :
une force sortait de lui (6.19).

Jésus a aussi guéri le serviteur du centurion romain qui avait envoyé des anciens
juifs pour qu’il le guérisse (7.1-10). Il redonne aussi la vie au fils unique d’une veuve
accablée par la tristesse. En délivrant cette mère de son chagrin, il accomplit sa
mission : délivrer les opprimés. Il a d’ailleurs rappelé la raison de sa présence sur
terre (4.18-19) aux disciples que Jean lui a envoyés (7.18-22). Continuant son
voyage à travers les villes avec ses disciples et quelques femmes qu’il avait guéries

113
Voir supra p. 11-13.

46
(8.1-2), il continuait à annoncer la bonne nouvelle du Royaume de Dieu 114 et à
guérir les malades, comme cette petite fille dont le père, chef de la synagogue, le
supplia de venir chez lui (8.40-47, 49-56), ou bien cette femme qui, en lui touchant
son manteau, fut guérie de ses hémorragies (8.43-48).

Désireux d’annoncer la bonne nouvelle du règne de Dieu et de guérir les malades,


Jésus envoya ses disciples l’aider, en leur conférant l’autorité d’opérer des
guérisons (9.1-2). A leur retour, il enseigna encore cette bonne nouvelle et guérit les
malades avant de nourrir la foule nombreuse (9.11). Continuant sa route vers
Jérusalem, Jésus envoya de nouveau soixante-dix disciples dans toutes les villes
pour annoncer que le règne de Dieu s’était approché d’eux et pour guérir les
malades qui se trouveraient dans les foyers qui leur ouvriraient leur porte (10.1-12).
Jésus, quant à lui, continuait son ministère en guérissant un jour de sabbat un
homme hydropique (14.1-6).

Jésus avait à cœur de redonner la vie à ces personnes malades et malheureuses.


D’ailleurs il les met en avant en racontant une parabole aux convives d’un repas
desquels il faisait partie : un homme a invité beaucoup de personnes pour son repas
mais personne ne s’est présenté, alors, en colère contre leur attitude, il envoie son
serviteur chercher les pauvres, les estropiés, les aveugles et les infirmes pour qu’ils
se réjouissent autour d’un grand festin. Ces personnes qui sont d’ailleurs celles à qui
Jésus a annoncé la délivrance lors de l’annonce de son ministère (4.18-19), sont
celles qui participeront au repas du Royaume de Dieu (14.15-24). En effet, le
Royaume de Dieu s’est approché d’elles (10.9).

Toujours en se rendant à Jérusalem, Jésus guérit dix lépreux qui s’étaient approchés
de lui, et un seul d’entre eux, un samaritain, a rendu grâce à Jésus. Le maître lui
ordonna de se lever et d’aller car sa foi l’avait sauvé (17.11-19). Puis, arrivant à

114
Luc ne donne pas de définition exacte du Royaume de Dieu, mais laisse entendre qu’il est plus
important de l’expérimenter que de le définir. Cette expérience peut se vivre en l’entendant
proclamer, mais aussi en observant les réalités de la terre comme le grain de sénevé qui devient un
grand arbre (Lc 13.9) ou bien la pâte qui lève grâce au levain (Lc 13.21). Ces expériences du quotidien
comparées au Royaume de Dieu visent à faire comprendre que le Royaume, à notre insu, est parmi
nous (Lc 17.20-21). Etienne CHARPENTIER, Une lecture des Actes des apôtres, Paris, Cerf, 1977, p. 14.

47
Jéricho, il redonna la vue à un aveugle (18.35-43) comme il l’avait annoncé (4.18-
19).

Enfin il guérit le serviteur du grand prêtre qui avait été frappé par l’épée d’un des
disciples de Jésus (22.50-51). Par cette dernière guérison, Jésus montre son amour
pour autrui car cet homme qui a reçu la guérison faisait partie de ceux qui avaient
arrêté Jésus au mont des Oliviers.

3. Rapport entre la foi, la guérison, le pardon et le salut


C’est dans le contexte de la mission de Jésus que la foi prend toute sa valeur pour
Luc. Cette foi » permet en effet d’avoir accès à une réalité nouvelle, mais seulement
parce qu’elle est rendue disponible par le héraut de Dieu comme nous l’avons vu
précédemment115. Ayant compris cela, nous allons alors saisir la relation entre la foi,
la guérison, le pardon et salut.

3.1. La foi en Jésus


Comme nous l’avons vu dans ce retour sur l’évangile de Luc, Jésus met en avant à
plusieurs reprises la foi du malade ou celle de celui ou ceux qui apportent le malade
(Lc 5.20, 7.9, 8.48, 17.19, 18.42).

La foi dont il est question dans ces passages bibliques ne réside pas en la
reconnaissance christologique du Christ mais en la volonté de guérir exprimée par le
malade à son thaumaturge116. Ces personnes avaient foi en « la puissance
miraculeuse de Jésus117 ». C’est ce qui fait d’ailleurs la différence entre Jésus et les
autres guérisseurs de l’époque. Jésus était animé de la puissance du Seigneur pour
opérer des guérisons Lc 5.17.

En revanche l’auteur implicite oriente le lecteur implicite118 à avoir la foi en Christ.


En effet, Jésus étant au centre de l’espace et ayant l’autorité de pardonner sur la
terre les péchés, cela fait de lui le pilier fondateur du récit119. Le lecteur implicite

115
Voir supra p. 41-44.
116
Hubert THOMAS, Foi et délivrance. Figures du Christ thérapeute, Bruxelles, Lessius, 2013, p. 50.
Guy VANHOOMISSEN, Maladie et guérison. Que dit la Bible, Bruxelles, Lumen vitae, 2007, p. 72.
117
Joachim Heinz HELD, « Matthieu, interprète des récits de miracle », Foi et Vie 69 (1970/3), p. 109.
118
Daniel MARGUERAT, Yvan BOURQUIN, Pour lire les récits bibliques, p. 19-21.
119
Voir supra p. 25-26.

48
connaissant la suite du récit et surtout le plan du salut manifesté en Jésus-Christ ne
peut qu’avoir foi en Jésus-Christ comme le Messie. C’est d’ailleurs ce qu’exprime
Guy Vanhoomissen : cette reconnaissance christologique ne peut se manifester
qu’après la mort et la résurrection de Jésus120.

La foi en le pouvoir de guérir de Jésus, bien qu’elle ne soit pas une foi en Christ,
n’est pas pour autant superficielle. Les personnages animés de cette foi ont souvent
été à l’encontre des mœurs de la société pour rencontrer Jésus, comme les porteurs
de notre récit en montant par le toit, découvrant et descendant le malade. De plus,
certains de ces malades ont bravé l’interdit des lois de pureté comme la femme
atteinte d’une hémorragie qui a touché le manteau de Jésus. En effet, la femme aux
pertes de sang était considérée comme impure et toute personne qui aurait été en
contact avec elle le serait aussi (Lv 15.25-27).

Cette règle était fermement respectée par les Pharisiens car pour eux la pureté était
la condition à la communion avec Dieu. Il fallait donc protéger cette pureté de toute
impureté qui pourrait la contaminer et donc briser la communion avec Dieu. Cet
espace de pureté ne se limitait pas seulement au Temple, mais à toute la sphère
profane, c’est pour cela qu’ils ne mangeaient pas en compagnie des pécheurs car la
table des pharisiens était comme l’autel du Temple121, et tous les commensaux
devaient être purs. Nous saisissons mieux leur indignation en voyant Jésus manger à
la table des collecteurs de taxe et des pécheurs (Lc 5.27-32 ; 15, 1-2). En revanche,
Jésus avait un rapport à l’impureté tout différent. Il dit en Luc 11.20 que « si c’est
par le doigt de Dieu que je chasse les démons, c’est donc que le règne de Dieu est
parvenu jusqu’à vous ». Cela signifie que là où il y a le doigt (ou l’esprit selon Mt
12.28), il y a le règne de Dieu. L’esprit de Dieu est capable de rendre pur celui qui
était contaminé par l’impureté. L’Esprit instaure ainsi un espace de pureté dans la
sphère profane où rien ne saurait entraver son action purificatrice. Il est victorieux
et submerge l’impureté122. Jésus animé de l’Esprit Saint (Lc 4.1) est donc pur et
partout où il va il instaure cet espace de pureté.

120
Guy VANHOOMISSEN, Maladie et guérison, p. 72.
121
Christian GRAPPE, « Jésus et l’impureté », p. 399-400.
122
Ibid. p. 410.

49
3.2. La guérison en vue du salut
Les quatre épisodes où Jésus dit « ta foi t’a sauvé » (Lc 7.50, 8.48, 17.19, 18.42)
utilisent le verbe sw,|zw. Celui-ci est employé dans le Nouveau Testament presque
toujours dans le cadre du salut éternel et de la rédemption (Lc 9.24, 18.42, 19.10
etc.)123. Il se trouve une cinquantaine de fois dans les évangiles et est utilisé treize
fois dans un contexte médical. Ce mot a le sens de « sauver », « mettre à l’abri du
danger », « conserver »124. Il désigne « un état d’intégrité et de bien-être personnel
qui couvre tous les domaines125 ».

Selon Xavier Lerolle, la phrase « ta foi t’a sauvé » ne veut pas dire « ta foi t’a guéri ».
La guérison n’est pas de l’ordre du dû, mais du don gracieux de Dieu. « L’homme qui
sait rendre gloire à Dieu se découvre libéré intérieurement dans son être profond
[…] il retrouve sa foi en la vie, sa foi en lui-même et en ses possibilités126 ». La
guérison c’est réapprendre à aimer et goûter la condition de créature car,
présupposant la maladie, elle révèle combien la vie peut être fragile et pourtant si
désirable127.

De plus, la maladie était considérée comme le signe de l’entrée du péché sur la


terre. Il va de soi que la guérison représente la résurrection ouvrant les portes du
salut. Selon Bernard Sesboüé « Le retour à la santé devient le symbole efficace du
salut et de l’entrée dans le Royaume128 ». C’est d’ailleurs ce qu’exprime la guérison
des dix lépreux (Lc 17.11-19). Parmi les dix guéris, un seul un a rendu gloire à Dieu,
se prosternant devant Jésus. C’est à lui que Jésus a dit « ta foi t’a sauvé ». En lui
ordonnant de se lever, il ne le guérit pas puisque celui-ci a déjà reçu la guérison,
mais il lui déclare que le salut lui est offert129.

123
René PACHE, Nouveau Dictionnaire Biblique, Saint-Légier-sur Vevey, Emmaüs, 1979, p. 673.
124
William F. ARNDT, Wilbur F. GINGRICH, Frederick W. DANKER, A Greek-English Lexicon Of The
New Testament And Other Early Christian Literature, p. 982-983.
125
Alexander DESMOND, Brian S. ROSNER (éd.), Dictionnaire de Théologie Biblique, Cléon d'Andran,
Excelsis, 2006, p. 926.
126
Xavier LEROLLE, Une lecture psychanalytique de l'évangile de Luc, p. 238.
127
Christelle JAVARY, La guérison. Quand le salut prend corps, Paris, Cerf, 2004, p. 35.
128
Bernard SESBOÜE, Jésus-Christ l'unique médiateur. Essai sur la rédemption et le salut, Paris,
Desclée de brouwer, 2003, p. 16.
129
Xavier LEROLLE, Une lecture psychanalytique de l'évangile de Luc, p. 238.

50
Lorsque Jésus dit « ta foi t’a sauvé », nous comprenons alors « ta foi t’a donné une
nouvelle direction à prendre pour le salut de ton âme ». Pierre déclare dans le livre
d’Actes (Ac 10.38) que « Jésus de Nazareth, là où il passait, faisait du bien et
guérissait tous ceux qui étaient opprimés par le diable ». La guérison physique n’est
en fait qu’un signe, celui de la promesse du véritable salut, de la victoire sur le
mal130.

3.3. Le pardon en vue du salut


Le pardon aussi est un signe du véritable salut. Le verbe le plus souvent utilisé pour
parler de pardon est afi,hmi et désigne « le rétablissement d’une relation rompue à
cause d’une offense.131 » Un autre mot utilisé par Luc pour parler du pardon est
celui de carizo,mai (Lc 7.21, 42, 43, Ac 3.14…). Il a le sens de « faire plaisir »,
« accorder »132 mais aussi de faire grâce. En effet ce verbe vient du mot ca,rij qui
signifie « grâce »133.

Il est utilisé par Luc (Lc 7.42-43) dans un contexte financier pour parler d’une remise
de dette. Jésus raconte qu’un créancier remet la dette à celui qui lui doit beaucoup,
comme à celui qui lui doit peu car tous deux n’avaient pas de quoi le rembourser.
Dieu, le créancier, remet la dette aux débiteurs car il aime et souhaite restaurer sa
relation avec l’homme. En effet, « l’amour existe puisque le pardon existe134 ». La
trilogie de paraboles de Lc 15 exprime l’amour divin inconditionnel pour l’homme.
Le pardon apparaît comme un don gracieux envers l’homme, lui offrant ainsi une vie
ouverte au salut135, une vie libérée de la culpabilité du péché136.

Dieu aime le pécheur, mais le pécheur qui rencontre Jésus l’aime aussi comme cette
femme à qui les nombreux péchés ont été pardonnés. Cette femme s’est introduite

130
Augustin GEORGES, « Jésus Sauveur, les miracles selon saint Luc », in N.C. Les miracles de
l’Evangile, Paris, Cerf, 1974, p. 37-38.
131
Jean ZUMSTEIN, « Le pardon dans le Nouveau Testament », in Jean LAMBERT (éd.), Pardonner,
Bruxelles, Facultés Universitaires Saint-Louis, 1994, p. 74.
132
François BOVON, L’Evangile selon saint Luc. 1.1-9.50, p. 383.
133
CENTRE INFORMATIQUE ET BIBLE, Dictionnaire encyclopédique de la Bible, Turnhout/Paris,
Brepols, 1987, p. 555.
134
Helmut JASCHKE, Jésus le guérisseur, Turnhout/Paris, Brepols, 1997, p. 121.
135
Charles KASEREKA PATAYA, Jalons pour une théologie du pardon et de la réconciliation en Afrique.
Cas de la République Démocratique du Congo (RDC), Louvain-la Neuve, Academia, 2013, p. 184.
136
Paul WELLS, De la croix à l'Evangile de la croix. La dynamique biblique de la réconciliation, Charols,
Excelsis, 2007, p. 88.

51
dans la maison de Simon le Pharisien sans y avoir été invitée137, elle s’est prosternée
devant Jésus pour lui oindre les pieds avec du parfum et avec ses larmes. Jésus
déclare à cette femme que ses nombreux péchés lui ont été pardonnés car elle a
beaucoup aimé. En effet, « le grand amour attire le grand pardon138 » et pas
uniquement l’inverse. La femme a d’abord aimé avant d’être pardonnée, son amour
pour Jésus n’est pas seulement un amour de reconnaissance du pardon accordé139.
Après avoir déclaré que ses péchés lui ont été pardonnés, Jésus lui dit « ta foi t’a
sauvée, va en paix » (Lc 7.50). La foi qui a inspiré l’amour a fait que cette femme a
reçu la grâce divine du pardon de ses péchés, lui offrant ainsi une vie ouverte au
salut.

conclusion
Au terme de ce chapitre, nous avons compris la restauration de la relation
s’effectuait au temps de l’Ancien Testament uniquement par le système sacrificiel
orchestré par les prêtres. Ils étaient les médiateurs entre le peuple et Dieu. Jésus,
par sa mort et sa résurrection a permis la communication directe avec Dieu car il a
été à la fois le dernier sacrifice portant les péchés de l’humanité et le grand prêtre
découvrant le voile séparant le lieu saint du très saint. De plus, Jésus est l’intendant
de Dieu le Père, s’occupant de ses biens. Il est celui qui est venu pour délivrer les
captifs, du péché et de la maladie, dans le but d’annoncer la venue du Royaume. A
sa mort, il a chargé les apôtres ses témoins d’être les médiateurs du salut divin. La
communauté qui a basé sa foi sur le témoignage des apôtres est devenue à son tour
médiatrice du salut divin.

La guérison des malades, quant à elle, était un thème cher à Luc car elle s’inscrivait
dans la mission de Jésus : délivrer les captifs. La guérison, tout comme le pardon sur
terre, sont des signes de l’entrée dans le Royaume. Car en effet, si on croit que la
maladie est un signe de l’entrée du péché sur la terre, alors la guérison devient un

137
Les lois de pureté, selon les pharisiens, ne se limitaient pas au Temple, mais aussi à leur maison et
cette femme impure risquait alors de contaminer l’espace de pureté de la maison du pharisien.
138
Léonard RAMAROSON, « Paraboles évangéliques et autres textes néotestamentaires “à double ou
à triple pointe“ », Science et Esprit 49 (1997/2), p. 176-177.
139
Léonard RAMAROSON « Simon et la pécheresse anonyme (Lc 7,36-50) », Science et Esprit 24,
(1972/3), 1972, p. 380, 386.

52
signe du salut. Le pardon, quant à lui, est un cadeau que Dieu offre à l’homme pour
restaurer sa relation avec lui.

C’est à la lumière de cette recherche que nous pouvons interpréter notre texte et
comprendre le rôle de l’intercession dans la guérison spirituelle et physique de
l’intercédé.

53
Chapitre 4 : des porteurs-intercesseurs

54
Jésus, lorsqu’il était sur terre, avait pour mission d’annoncer la délivrance des
captifs en guérissant les malades et en pardonnant les péchés des pécheurs en vue
du Royaume de Dieu qui leur était montré. Les porteurs de l’homme handicapé, en
l’amenant devant l’intendant de Dieu, deviennent les intercesseurs de l’homme
atteint d’une paralysie. Nous allons voir dans ce chapitre en quoi leur intercession à
tendu a l’entraide, puis nous saisirons l’importance de leur foi et enfin nous
analyserons l’impact qu’a eu l’acte d’intercession.

1. L’intercession tend à l’entraide


L’homme atteint d’une paralysie était dans l’incapacité de se déplacer avait
constamment besoin d’aide. De plus, il est possible qu’il dût se sentir
psychologiquement et spirituellement faible car la santé du corps a souvent un
impact sur la santé psychologique et spirituelle de l’être humain. Le dicton « Un
esprit sain dans un corps sain140» illustre bien cette idée. Ses amis porteurs, en
l’amenant à Jésus, l’aident dans son déplacement, mais lui redonnent aussi l’espoir
que Jésus va le guérir car ils en ont la foi. Bernard Martin dit que la foi est
contagieuse141. Peut être que les porteurs l’ont contaminé de leur foi car après
avoir été pardonné et guéri, il a loué Dieu.

Les porteurs, en intercédant pour leur ami, admettent leur insuffisance à l’aider car
sinon, ils l’auraient guéri. Comme dit Jean Ansaldi, « On peut bien combler un
manque de pain ou de logement, mais on ne saurait soigner facilement les
blessures que provoque la pauvreté ». En l’amenant à Jésus, ils reconnaissent que
lui peut guérir les blessures de cet homme. Cette humilité qui les caractérise ne les
a pas fait tomber dans les travers du concept qu’on appelle le triangle
dramatique142 où les personnages dits « les sauveurs » volent au secours de leurs
« victimes », parfois même à leur insu, pour se sentir exister et être reconnus. Les
porteurs n’ont tiré aucune gloire de leur acte d’amitié et le narrateur ne les fait plus

140
Formule venant du poète satirique latin Juvénal. Jacques H. PAGET, Le pouvoir de la force
mentale. Les clés d'un moral d'acier, Paris, Plon, 2013, p. 94.
141
Ibid.
142
Stephan Karpmann qui s’est beaucoup penché sur les travaux d’Eric Berne concernant les « jeux
psychologiques » a synthétisé sa pensée par le concept du « triangle dramatique » issu du langage
de l’analyse transactionnelle. Agnès LE GUERNIC, Sortir des conflits. A chaque type de conflit. Petit
ou grand. Sa solution, Paris, Inter Editions, 2014, p. 73.

55
intervenir directement143 dans le texte. Ils étaient certes des médiateurs entre
l’homme et Jésus, mais Jésus était celui sur qui les regards devaient se tourner.

2. Une intercession animée par la foi


Cette foi est non seulement remarquée par Jésus mais vue de toute l’assistance.

2.1. Une foi sentie par Jésus


Sans la foi de ces hommes, il n’y aurait pas eu de miracle. Selon le schéma actantiel
étudié en première partie de notre travail, la foi est un actant144 et elle représente
la partenaire de Jésus dans le processus de guérison du malade145. En effet, sans
elle, il n’y aurait pas eu de miracle car les opposants (la foule et les pharisiens)
n’auraient pas permis aux destinateurs (les porteurs) d’apporter le destinataire
(l’homme atteint d’une paralysie) au sujet (Jésus) pour qu’il réponde à l’objet
demandé (le rétablissement de l’homme paralysé) 146. Bernard Martin souligne que
la foi ne sauve pas en elle-même, elle est plutôt l’état d’esprit psychologique qui
permet à Dieu de s’approcher suffisamment de l’homme pour y accomplir son
œuvre. Croire en la guérison sur un plan spirituel chrétien, « ce n’est pas croire
qu’on ira mieux, mais c’est croire que Dieu peut intervenir et nous guérir
totalement147 ». Cela nous conduit à penser que les intercesseurs de cet homme
handicapé sont acteurs de sa guérison. Jésus a vu en ces hommes leur foi, et
l’assistance l’a remarquée en voyant les effets cette foi.

2.2. Une foi vue par l’assistance


Les porteurs en passant par le toit pour déposer l’homme atteint d’une paralysie
devant Jésus ont exprimé leur détermination, leur foi. Toute l’assistance a vu cette
foi en action car les porteurs ont surmonté plusieurs obstacles dont le premier était
la foule.

143
Ils font certainement partie des personnes rendant gloire à Dieu, mais cela ne reste qu’une
supposition.
144
Voir supra p. 32-33.
145
Patrice ROLIN, Les controverses dans l’évangile de Marc, Paris, J. Gabalda et cie, 2001, p. 46.
146
Voir supra p. 32-33.
147
Bernard MARTIN, Le ministère de la Guérison dans l’Eglise, p. 104.

56
2.2.1. La foule
La foule dans l’évangile de Luc est souvent dense (Lc 7.11, 9.4, 9.37) au point que
Jésus peut être obligé de s’écarter d’elle pour lui parler (Lc 5.3). Elle était
certainement composée des premiers sympathisants chrétiens148. Gustave Le Bon,
spécialiste en psychologie des foules explique qu’une foule n’est pas une assemblée
de personnes au hasard, mais c’est la réunion d’individus ayant un but, une pensée
collective similaire, « un être provisoire, composé d’éléments hétérogènes pour un
instant soudés149 ». Cette foule dans l’évangile, constituée de personnes de classes
sociales, de sexes, de caractères, d’origines différentes, avait malgré tout un point
en commun : ces personnes connaissaient ce dont elles avaient besoin et ce qui leur
était profitable150, c'est-à-dire rencontrer Jésus, l’entendre et peut être même
espérer un miracle. Ce qui est pourtant paradoxal car selon notre texte d’étude, elle
fait obstacle à ceux qui veulent le rencontrer ! Dominique Bourdin, reprenant les
travaux de Gustave Le Bon comprend ce paradoxe par le fait que l’individu isolé
n’est pas le même que celui compris dans la foule. En effet, la foule agit souvent de
manière inconsciente, les aptitudes intellectuelles de l’individu s’effacent151.
Comme dit Le Bon, « l’hétérogène se noie dans l’homogène152 ». Peut être que
l’individu isolé aurait laissé passer ces hommes portant l’homme atteint d’une
paralysie, mais ses sentiments et principes se sont effacés dans la masse aux
détriments du petit groupe : les porteurs et l’homme handicapé. Le second obstacle
humain indirect était les maîtres de la loi.

[Link] maîtres de la loi.


Il existait au temps de Jésus trois courants parmi les juifs 153 : les saducéens qui
restaient fermement attachés à la loi écrite, les esséniens qui vivaient loin de la
société jugée perverse, et les pharisiens proches du peuple, ayant la vocation de

148
Bernard GUILLIERON, Les gens du Nouveau Testament. Dictionnaire des personnes, des groupes,
et des institutions, Poliez-le-Grand, Editions du moulin, 2002, p. 57.
149
Gustave LE BON, Psychologie des foules, Paris, Presses universitaires de France, 1947, p. 21.
150
Karl BARTH, L’Eglise, Genève, Labor et fides, 1964, p. 195.
151
Dominique BOURDIN, La psychanalyse de Freud à aujourd'hui. Histoire. Concepts. Pratiques,
Levallois-Perret, Bréal, 2007, p. 129.
152
Gustave LE BON, Psychologie des foules, p. 22.
153
L’historien Josèphe en ajoute un quatrième, les zélotes. TUCKETT Christopher, « Les pharisiens
avant 70 et le nouveau testament », in MARGUERAT Daniel (éd.), Le déchirement. Juifs et chrétiens
au premier siècle, Genève, Labor et fides, 1996, p. 69.

57
l’élever et de l’instruire154. Hillel, le célèbre pharisien, disait même : « augmenter la
charité, c’est augmenter la paix155 ». Cette vocation était aussi celle de Jésus qui, en
tant que médiateur du Père, se devait de transmettre l’amour du Dieu bon et
compatissant. En revanche, le récit ne laisse à aucun moment entrevoir des signes
de compassion des maîtres de la loi vis-à-vis de l’homme handicapé. Pourquoi cela ?
Peut-être jugeaient-ils cet homme profane du fait qu’un handicapé ne pouvait
devenir prêtre à cause de sa malformation physique qui aurait profané le saint
sanctuaire. Leur immobilité vis-à-vis de l’homme atteint d’une paralysie n’était pas
en adéquation avec leur raison d’être156.

De plus, leur opposition à Jésus dans ce texte comme dans toute la séquence
narrative montre bien qu’ils n’ont pas compris la mission du Fils de l’Homme. Alors
que Jésus voulait délivrer les captifs (Luc 4.18-19), eux s’opposaient à cette
délivrance. Cette opposition est peut être due au fait qu’ils restaient attachés au
vieux et qu’ils ne voyaient pas le neuf que Jésus apportait157. Etant donné que la
guérison est le signe utilisé par Jésus pour révéler son autorité, les maîtres de la loi
ont été des obstacles indirects à l’acte d’intercession des porteurs.

3. L’impact de l’intercession de ces hommes


L’intercession des porteurs de l’homme atteint d’une paralysie, a permis à Jésus de
révéler qu’il était le Fils de l’Homme, celui qui a autorité de pardonner les péchés.
Dans le sens que le pardon des péchés fait aussi référence au grand pardon de
l’humanité qui s’est réalisé par le sacrifice de Jésus à la croix 158, les porteurs de
l’homme infirme ont été des médiateurs du salut divin.

De plus, l’intercession de ces hommes a permis la conversion de l’ex-malade. Dès


que Jésus ordonne à l’homme handicapé de se lever, ce dernier se lève non pas
devant Jésus mais devant les maîtres de la loi leur montrant ainsi que Jésus l’a guéri.

154
Mireille Hadas-Lebel cite le traité d’Abot de la Mishna (Abot 2.8). Mireille HADAS-LEBEL, Hillel. Un
sage au temps de Jésus, Paris, Albin Michel, 1999, p. 74.
155
Ibid., p. 74. Hillel était un homme qui se souciait des autres et en particulier de ceux que la vie
n’avait pas épargnés.
Sébastien ALLALI, Les Divines chamailleries. Etudes talmudiques, Paris, Lichma, 2010, p. 158.
156
Olivier LEBOUTEUX, Construire sa vie, Ivry-sur-Seine, Editions de l’atelier, 2004, p. 37.
157
Voir supra p. 12.
158
Voir supra p. 26-27.

58
Il est pour l’assistance une preuve de l’autorité que Jésus a sur la terre de
pardonner les péchés. Après cela, l’homme prend sa civière, et s’en va glorifiant
Dieu. La foi de ses amis l’a contaminé car l’homme reconnaît en Dieu le pouvoir de
changer sa vie. De plus, le fait de prendre sa civière nous fait comprendre qu’il
prend son passé entre ses mains et s’en va chez lui. L’homme est aussi guéri
spirituellement et peut reprendre un nouveau départ avec Dieu. Jésus, étant animé
du Saint Esprit (Lc 4.1), libère l’infirme du caractère profane que lui donnait sa
paralysie159 et le restaure ainsi socialement et religieusement. Cette guérison est
comme le cadeau offert par Dieu en signe de la relation rétablie entre eux deux160.
Daniel J. Simundson exprime que cette histoire est une «petite indication de la
lumière et du salut qui est venu dans le monde161 ».

L’homme atteint d’une paralysie n’est pas le seul bénéficiaire du miracle car,
d’après le récit, Jésus a aussi touché la foule162. Cette dernière, qui était au début
sympathique au lecteur dans le sens qu’elle était venue rencontrer Jésus, est
devenue antipathique car elle a empêché les porteurs de rencontrer Jésus. Mais,
après avoir vu l’handicapé debout et glorifier Dieu, la foule, à son tour, se met à
rendre gloire à Dieu et redevient sympathique163. Elle a dit qu’aujourd’hui elle a vu
des choses para,doxa, littéralement « contre ce qu’on croyait164 », contre l’idée que
Jésus pouvait pardonner les péchés de l’homme.

conclusion
Nous avons compris dans ce chapitre qu’en portant leur ami, les porteurs ont été
des porteurs d’espoir car ils avaient la foi que Jésus pouvait le guérir. La foi a été la
partenaire de Jésus. Elle a été non seulement remarquée par le guérisseur mais vue

159
Voir supra p. 24.
160
Pierre VIANIN, François-Xavier AMHERDT, A l'école du Christ pédagogue. Comment enseigner à la
suite du Maître ?, Saint-Maurice, Saint-Augustin, 2011, p. 165.
161
Traduction personnelle. Daniel J. SIMUNDSON, « Health And Healing In The Bible », Word And
World 2 (1982/4), p. 330-339.
162
On pourrait inclure dans la foule les pharisiens et maîtres de la loi. Mais étant donné que ces
derniers sont présentés par la séquence narrative comme étant en controverse avec Jésus jusqu’à
chercher ce qu’ils feront de lui, nous doutons fort qu’ils glorifient Dieu du miracle que Jésus vient de
réaliser.
163
Voir supra p. 34.
164
Anatole BAILLY, Abrégé du dictionnaire grec-français, p 225-226.

59
par toute l’assistance dans le sens qu’elle a permis aux porteurs de dépasser les
obstacles tels que la foule, le toit et, indirectement, les maîtres de la loi.

La médiation qu’ils ont accomplie en déposant leur ami aux pieds de Jésus a permis
à ce dernier de révéler son autorité. Aux yeux du lecteur implicite, les porteurs ont
été médiateurs du salut divin car l’autorité sur terre de pardonner les péchés fait
aussi référence au grand pardon accompli par Jésus à la croix permettant le
rétablissement de la relation homme/Dieu. Ce qui est par contre visible au niveau
de l’histoire, c’est que leur acte d’intercession animé par la foi à permis à l’homme
infirme et à la foule de se convertir en glorifiant Dieu.

Parvenus à ce terme, nous pouvons tirer les applications de cette étude qui nous
donneront des pistes à la lumière de ce récit sur le rôle de l’intercession dans la
guérison spirituelle et physique de l’intercédé.

60
Chapitre 5 : devenir des médiateurs du
salut divin

61
Le récit de la guérison de l’homme atteint d’une paralysie de Lc 5.17-26 ne
s’adressait pas uniquement à la communauté lucanienne, mais aussi à nous, les
lecteurs implicites du texte. Nous verrons dans cette partie finale comment
l’intercesseur peut être porteur du salut ? Nous allons d’abord saisir l’importance
de l’héritage que nous avons reçu des apôtres, puis nous comprendrons que notre
intercession devrait être animé par la foi Christ pour enfin réaliser que l’objectif de
l’intercession est de favoriser la rencontre de l’intercédé avec Dieu.

1. Un héritage reçu des apôtres


L’intercession des porteurs de l’homme atteint d’une paralysie, a non seulement
permis à Jésus de révéler qu’il était le Fils de l’homme, celui qui a autorité de
pardonner les péchés, mais aussi le plan qu’il prévoyait pour restaurer
complètement la relation homme/Dieu. Cette autorité qui lui a été confiée par le
Père s’inscrit dans sa fonction médiatrice qu’il a assurée sur terre. Jésus a été
envoyé par Dieu le Père pour annoncer la Bonne nouvelle de la délivrance des
captifs de la maladie, du péché et de la pauvreté (Lc 4.18-19). Le point final de
l’évangile de Luc et le point de commencement des Actes des Apôtres est la mort et
la résurrection de Jésus, qui assure la communion directe entre l’homme et Dieu.
Les apôtres, témoins de cela, ont reçu de la part de Jésus la responsabilité de
prêcher cette vérité nouvelle jusqu’aux extrémités de la terre. Les personnes ayant
accepté cela ont formé l’Eglise. Leur foi s’est basée sur le témoignage des apôtres et
par conséquent l’Eglise est devenue à son tour médiatrice du salut divin165. Etant
donné que nous formons l’Eglise en basant notre foi sur la mort et la résurrection
de Jésus, nous sommes aussi appelés à être des médiateurs du salut divin.

2. Etre animé de la foi en Christ


Etre des médiateurs du salut divin demande à avoir la foi en Christ. La foi des
porteurs, comme nous l’avons dit, est la foi en Jésus capable de guérir les malades.
Elle ne peut devenir la foi en Christ qu’après la mort et la résurrection de Jésus. Leur
foi n’a pas été secondaire dans ce récit, mais primaire car elle était la partenaire de
Jésus dans la réalisation du miracle. Sans elle, le pardon, la guérison et ce qui en a

165
Voir supra p. 44-45.

62
découlé n’aurait pas eu lieu. Cette foi remarquée par Jésus est aussi vue de tous car
elle a poussé les porteurs à dépasser les obstacles qui les empêchaient de
rencontrer Jésus et de guérir leur ami166. Les obstacles des porteurs ont été certes
matériels (le toit, les tuiles) mais surtout humains. D’ailleurs c’est à cause d’un
obstacle humain que s’est rajouté l’obstacle matériel. En effet, si la foule les avait
laissés passer, ils ne seraient pas passés par le toit.

Le premier obstacle qu’ils ont rencontré était la foule. Cette dernière était venue
rencontrer Jésus et peut être espérer d’une guérison. Cependant, elle a empêché
les porteurs de rencontrer Jésus ce qui les a poussés à passer par le toit. Le second
obstacle humain ont été les maître de la loi. Alors que Jésus était envoyé pour
délivrer les captifs (Lc 4.18-19), les maîtres de la loi se sont opposés à cette
délivrance. La foule et les chefs religieux dans notre histoire sont représentatifs de
ce que l’on peut retrouver dans l’Eglise. Tous deux venaient avec de bonnes
intentions, rencontrer Jésus. La foule nombreuse peut représenter une grande
partie de chrétiens venant à l’Eglise, écouter et profiter des privilèges de la Parole
de Dieu, sans s’engager comme « des consommateurs » de la Parole de Dieu sans
savoir donner en retour. Cela est peut être dû à la modernisation de la société,
société qui a tendance à se laïciser, s’émanciper de toutes règle, valeur édictée par
les institutions religieuses167. Les maîtres de la loi, quant à eux, peuvent
correspondre à ceux qui connaissent la Bible sur le bout des doigts, qui connaissent
les procédures ecclésiales par cœur, mais qui malheureusement restent attachés au
vieux, à la tradition, et ne voient plus l’essentiel168.

La foi des intercesseurs de l’homme atteint d’une paralysie leur a permis de braver
ces obstacles afin de parvenir à leur objectif. Cette foi en Jésus, qui évolue en la foi
en Jésus-Christ grâce à sa mort et sa résurrection, représente dans le langage
théologique la « foi adulte » qui engage par elle-même une cohérence de

166
Voir supra p. 33.
167
Danièle HERVIEU-LEGER, Le pèlerin et le converti. La religion en mouvement, Paris, Flammarion,
1999, p. 32
168
Voir supra p. 58.

63
comportement chrétien169. Les médiateurs d’aujourd’hui devraient cultiver cette
foi.

3. Permettre la rencontre entre l’intercédé et Dieu


L’intercession des porteurs a non seulement permis la révélation du plan
merveilleux que Jésus allait accomplir pour le salut de l’humanité, mais aussi la
conversion de l’ancien infirme. En effet, après avoir été rétabli spirituellement,
physiquement et socialement il reconnaît que Dieu, par l’intermédiaire de Jésus,
est l’auteur de son rétablissement car il le glorifie. De plus, sa louange contamine la
foule car elle qui était devenue antipathique, est redevenue sympathique et glorifie
Dieu.

A la lumière de cette histoire, nous nous rendons compte que le but de


l’intercession n’est pas tant la guérison du malade, mais plutôt sa rencontre avec
Dieu. La guérison n’a été qu’un cadeau offert par Dieu à l’ex-malade par rapport à
sa relation rétablie avec Dieu qui est le réel miracle. Donc, lorsque nous intercédons
pour une personne malade, notre objectif est qu’elle expérimente la puissance de
Dieu en vue qu’elle lui donne sa vie et pourquoi pas aussi son entourage comme la
foule de notre histoire. Souvenons-nous que la maladie est le signe de l’entrée du
péché sur terre, et que la guérison symbolise la résurrection, le salut 170. Le véritable
miracle réside en la conversion de l’intercédé. En tant que membre de l’Eglise de
Dieu, nous avons reçu la responsabilité d’être des médiateurs du salut divin. Les
personnes affaiblies pour lesquelles nous intercédons devraient savoir que l’on
demande à Dieu son secours pour que, lorsqu’elles auront été secourus par lui171,
elles reconnaissent Dieu comme l’auteur du miracle et le loue come l’ex-malade et
la foule. C’est grâce à cette expérience concrète qu’elles pourront passer du statut
d’handicapé à celui de porteur et répandre à leur tour la Bonne Nouvelle du salut
de Dieu.

169
Gérard REYNAL, « Pour une "foi adulte": petite histoire récente d'une formule théologique et
pastorale », Bulletin de Littérature Ecclésiastique 109 (2008/2), p. 108.
170
Voir supra p. 50.
171
Il arrive qu’une personne ne guérisse pas. Est-ce que cela signifie qu’elle n’était pas importante
aux yeux de Dieu ? Nous ne le pensons pas, mais cela fait partie des mystères célestes dont nous
n’avons pas les clés de réponses. Cela pourrait faire l’objet d’étude d’un autre travail de recherche.

64
Conclusion
Nous avons réalisé dans ce dernier chapitre que nous sommes appelés à être des
intercesseurs comme ces porteurs basant notre foi non seulement en Jésus le
guérisseur mais en Jésus-Christ, celui par qui le salut a été possible par sa mort et sa
résurrection. De plus, nous avons compris que la guérison apparait en faite comme
un cadeau en guise de la relation rétablie. C’est la raison pour laquelle, nous
voulons prier pour les personnes malades et affaiblies afin qu’elle bénéficie du
cadeau divin de la guérison physique, mais surtout qu’elles acceptent le
rétablissement de leur relation avec Dieu.

65
Conclusion générale

Nous avons vu dans le premier chapitre que le récit de la guérison de l’homme


atteint d’une paralysie a été rédigé par Luc, « l’évangéliste de la compassion ». Son
écrit montre une sensibilité toute particulière à l’égard des pauvres, des femmes,
des malheureux et des malades. Une des raisons de la venue sur terre de Jésus, est
de montrer à ces personnes, que le Royaume de Dieu leur est accessible. Durant
son ministère, il a redonné de la valeur à ces personnes notamment en les
guérissant. Cela a été l’expression divine de la réintégration bienveillante de Dieu
envers son peuple. L’homme atteint d’une paralysie en Lc 5.17-26 a bénéficié de
cette bienveillance divine. L’histoire de sa guérison, comme nous l’avons vu s’insère
dans une séquence narrative présentant l’opposition des maîtres de la loi vis-à-vis
de l’autorité de Jésus, comme celle de pardonner les péchés, dans le cas de notre
histoire (Lc 5.21). La comparaison synoptique de notre texte nous fait comprendre
que la « caméra » lucanienne vise d’avantage Jésus, alors que celle de Matthieu et
de Marc qui se focalise sur l’homme paralysé.

Cette centralisation sur Jésus et notamment sur son autorité a trouvé son
prolongement dans le second chapitre de notre travail. En effet, nous avons
compris grâce au moyen de l’analyse narrative, que la révélation de l’autorité de
Jésus sur la terre de pardonner les péchés était la pièce centrale de l’histoire.
L’intrigue de révélation nous a fait comprendre que la guérison de l’homme atteint
d’une paralysie était le moyen utilisé par Jésus pour révéler son autorité. Le fait que
le narrateur remarque que Jésus est le Fils de l’homme, il rappelle ainsi les textes
prophétiques de Da 7.13 et Ap 1.13 où le Fils de l’homme détient la puissance et la
suprématie. Luc emploie ce titre pour parler de la condition humaine de Jésus (Lc
7.34), mais aussi de l’annonce de la passion (Lc 9.22), de la glorification (Lc 9.26) et
de la seconde venue de Jésus (Lc 12.40). Cette intertextualité montre alors que
Jésus est le Fils de l’homme dont parle l’Ancien testament. De plus, son autorité sur
terre de pardonner les péchés peut être une prolepse interne à l’évangile, un bond
en avant, annonçant le sacrifice de Jésus sur la croix pour le péché des hommes

66
comme le dernier sacrifice sur la terre. L’étude des personnages et notamment, le
schéma actantiel a mis en avant la foi des porteurs, qui a joué un rôle primordial
dans la réalisation du miracle. Sans elle, le miracle et ce qui en a découlé, n’auraient
pas eu lieu. La foi des hommes porteurs les a poussée à braver l’obstacle de la foule
en passant par le toit. L’opposition des maîtres de la loi vis-à-vis de Jésus fait aussi
d’eux des obstacles car, en s’opposant à Jésus, ils se sont opposés à la guérison qui
a été utilisée pour révéler l’autorité de Jésus. Le lecteur s’identifie fortement aux
porteurs qui ont été braves en déposant leur ami aux pieds de Jésus malgré les
barrages qui se présentaient à eux, à l’ancien handicapé et à la foule qui glorifient
Dieu.

Les porteurs de notre récit on été des intercesseurs de l’homme atteint d’une
paralysie dans le sens qu’en déposant leur ami aux pieds de Jésus, ils ont été des
intermédiaires entre lui et Jésus pour obtenir la guérison de l’homme handicapé.
Nous avons jugé bon de comprendre l’intercession à la lumière de l’époque du récit,
ainsi que le ministère de guérison de Jésus dans l’évangile de Luc pour interpréter
les résultats de notre étude narrative. Nous avons analysé dans notre troisième
partie deux sortes d’intercession au temps du récit : l’intercession religieuse et
l’intercession socio-économique. L’intercession religieuse s’effectuait autrefois,
uniquement par le système sacrificiel, orchestré par les prêtres qui étaient les
médiateurs entre le peuple et Dieu. Jésus, par sa mort et sa résurrection, a permis la
communication directe avec Dieu car il a été à la fois, le dernier sacrifice portant les
péchés de l’humanité (Lc 24.46-47), et le grand prêtre découvrant le voile du
sanctuaire séparant le lieu saint du très saint (Lc 23.45). L’intercession socio-
économique était assurée par les intendants. Ils avaient reçus de leur maître la
responsabilité de gérer fidèlement ses biens. Ce terme a été utilisé dans un
contexte spirituel comme par exemple en Tit 1.7 où Paul parle de l’épiscope comme
de l’intendant de Dieu et par conséquent doit être sans reproche. Si l’intendant est
celui qui a reçu la délégation de s’occuper des biens de son maître, alors Jésus a été
l’intendant du Père vis-à-vis de l’homme. Luc exprime cette idée en mentionnant
que Jésus est bien celui qui a été envoyé par Dieu (Lc 4.18, 4.43, 9.48, 10.16, 11.20
etc.), et qu’il a tout reçu du Père (Lc 10.22). Les quatre propositions jubilatoires (Lc

67
4.18-19) correspondent aux responsabilités confiées par le Père à Jésus : annoncer
la Bonne Nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux
captifs la délivrance, publier une année de grâce du Seigneur et cela dans le but de
restaurer la relation entre Dieu et l’homme. Nous comprenons alors que l’autorité
de Jésus sur terre de pardonner les péchés lui a été confiée par son Père et c’est
donc par Lui qu’il guérit et pardonne. A sa mort, il a chargé les apôtres d’être les
témoins de sa mort et de sa résurrection et par conséquent d’être les médiateurs
du salut divin. La communauté, qui a basé sa foi sur le témoignage des apôtres, est
devenue à son tour médiatrice du salut divin. Nous avons pu voir qu’il lui arrive
toutefois de faire obstacle au plan de Dieu comme ceux qui accompagnaient Pierre
chez Corneille et pensaient que l’Esprit Saint ne pouvait habiter chez des non juifs
(Ac 10). Mais Pierre a su braver l’obstacle comme les porteurs de notre histoire et
permettre la réalisation du plan divin pour Corneille et sa famille en les baptisant
(Ac 10.44-48).

La responsabilité de Jésus était aussi de manifester la bienveillance de Dieu envers


les malades en leur accordant la guérison. Cette dynamique ainsi mise à l’œuvre
dans le micro-récit de la guérison de l’homme atteint d’une paralysie se retrouve
ailleurs dans l’évangile de Luc (4.38-39, 6.6-11, 17-18, 7.1-10, 8.1-2 etc.). La
guérison est souvent associée dans l’évangile de Luc à la notion du salut et à la foi
du malade ou de ceux qui intercèdent pour lui comme le centurion romain (Lc 7.2-
10), le chef de la synagogue (Lc 8.40-42, 49-56), les porteurs de notre récit d’étude
(Lc 5.17-26) etc. Nous avons compris à la fin du troisième chapitre, que la guérison
était un signe de l’entrée dans le Royaume de Dieu. Car en effet, si on croit que la
maladie est un signe de l’entrée du péché sur la terre, alors la guérison devient un
signe du salut. Le pardon, quant à lui, exprime la volonté divine de la restauration
de la relation homme/Dieu.

C’est à la lumière de cette recherche sur l’intercession et la guérison dans l’évangile


de Luc que nous avons pu comprendre au quatrième chapitre la fonction
d’intercesseur des porteurs du récit de la guérison de l’homme atteint d’une
paralysie et l’impact qu’elle a eu. En portant leur ami, ils ont été des porteurs
d’espoir car ils avaient la foi que Jésus pouvait le guérir. Cette foi, partenaire de

68
Jésus, a été, non seulement, remarquée par le guérisseur, mais vue de toute
l’assistance car elle a permis aux porteurs de dépasser les obstacles tels que la
foule, le toit, et indirectement les maîtres de la loi. De plus, leur intercession a
permis la révélation de l’autorité de Jésus sur la terre de pardonner les péchés. Aux
yeux du lecteur implicite, cette autorité peut faire référence au grand pardon
accompli par Jésus à la croix permettant le rétablissement de la relation
homme/Dieu. Enfin l’intercession des porteurs a permis à leur ami d’être pardonné,
guéri, mais aussi de se convertir. Effectivement, après qu’il se soit mis debout et prit
son lit, il est retourné chez lui en glorifiant Dieu. Il a donc reconnu que Dieu, par
l’intermédiaire de Jésus, a été l’auteur du miracle. Sa louange a également
contaminé la foule qui, alors qu’elle avait été un obstacle aux porteurs, s’est mise à
son tour à glorifier Dieu et par conséquent, redevenue sympathique aux yeux du
lecteur.

Enfin, nous avons réalisé au cinquième chapitre, que cette histoire nous
encourageait à devenir des intercesseurs comme ces porteurs. Nous avons compris
que le véritable miracle de cette histoire n’est pas tant la guérison de l’homme
atteint d’une paralysie, mais sa conversion et celle de la foule. La guérison est
apparue certes, comme signe de l’autorité de Jésus pour pardonner les péchés,
mais aussi comme un cadeau en guise de la relation rétablie. Contrairement aux
porteurs, notre foi correspond à la foi en Jésus-Christ, car nous avons accepté le
témoignage de la mort et de la résurrection prêché par les apôtres. Cette foi en
Christ nous invite à être des médiateurs du salut divin. C’est pour cela que, lorsque
nous intercédons pour une personne malade ou affaiblie, notre objectif est qu’elle
expérimente la puissance de Dieu en vue d’accepter le rétablissement de sa relation
avec Lui. L’intercession envers cette personne pourrait être l’occasion à son
entourage d’être témoin de la grâce de Dieu envers l’intercédé comme la foule de
notre histoire.

Au terme de ce travail, nous avons compris que le rôle de l’intercession dans la


guérison spirituelle et physique de l’intercédée est important car c’est pour
l’intercesseur, une manière d’être un médiateur du salut divin. En effet, si le péché
est le signe de l’entrée du péché sur terre, la guérison est le signe d’une vie

69
arrachée au péché, l’entrée dans le Royaume de Dieu. Lorsque l’intercesseur prie
pour la guérison de l’intercédé, Dieu peut faire bien au delà de guérir
physiquement l’intercédé comme nous l’a montré notre étude et permettre une
guérison complète entendue comme le rétablissement de sa relation avec Dieu.
Cette expérience concrète que j’ai personnellement vécue172 permet alors au porté
de devenir à son tour porteur.

172
Voir annexe.

70
Annexe

Dieu a changé l’homme atteint d’une paralysie, il a changé la foule, et j’ai


également bénéficié d’un miracle divin. Lorsque j’étais enceinte de deux mois, j’ai
eu un décollement placentaire c'est-à-dire que le placenta qui reliait l’embryon à
mon corps n’était pas solidement accroché à la paroi utérine. Cela a créé un
important hématome qui provoquait des hémorragies. Je risquais de perdre le bébé
à tout moment. Après avoir passé toute une nuit à l’hôpital en ne sachant pas si le
cœur du bébé battait encore, le médecin qui me suivait pendant cette épreuve me
préparait à une éventuelle fausse couche. Mais heureusement, le cœur battait
toujours, seulement le placenta restait très fragile. Aucun médecin, aucun
médicament ne pouvait résorber cet hématome et recoller le placenta à ma paroi
utérine. La seule recommandation était de ne pas me mettre debout et de me
reposer au maximum. Alors que suis une personne dynamique et qui se débrouille
par elle-même, cet alitement m’éteignait petit à petit du fait je dépendais
totalement des autres. Cet état de faiblesse dans lequel j’étais en affectait aussi sur
ma santé spirituelle. Je n’avais plus le moral à prier, ni à lire la Bible. Je passais mes
journées alitée soit sur le canapé, soit dans le lit.

Mais heureusement, Dieu m’a suscité des porteurs qui ont intercédé pour moi en
priant pour ma guérison physique, et qui visitaient à la maison. Ces visites ont été
un rayon de soleil car mes intercesseurs me transmettaient de la joie et de l’espoir.
Ils m’ont nourrie, aidée dans les tâches ménagères rendant ainsi mon quotidien plus
agréable. Avant de partir, ils priaient avec moi. Ce n’est peut être pas grand-chose,
mais je me suis sentie tout simplement aimée et importante pour eux. Cela m’a
redonné de la valeur et m’a donné envie de me battre et de devenir à mon tour
porteur pour offrir à d’autres ce qu’elles m’avaient offert. Et le miracle a été
accompli car Dieu, après deux mois d’alitement, a permis que le placenta se
ressoude à la paroi utérine et par conséquent sauve mon bébé. Quelques mois plus
tard, je me relevais spirituellement et je suis devenue à mon tour porteuse de
personnes en difficulté.

71
Bibliographie
Instruments de travail
ARNDT William F., GINGRICH Wilbur F., DANKER Frederick W., A Greek-English
Lexicon Of The New Testament And Other Early Christian Literature,
Chicago/London, The University Of Chicago Press, 2000.

BAILLY Anatole, Abrégé du dictionnaire grec-français, Paris, Hachette, 1984.

BLÖCHER Henri, DUBS Jean-Claude, ECHTLER Mario, et al., La Nouvelle Bible Segond.
Edition d'étude, Paris/Villiers-le-Bel, Alliance biblique universelle/Société biblique
française, 2002.

BONNET Jacques, CHESSERON Joseph, GRUSON Philippe et al., 50 mots de la Bible,


Paris, Cerf, 2003.

CARREZ Maurice, Dictionnaire grec-français du Nouveau Testament, Genève/Paris,


Labor et fides/Cerf, 1998.

CARREZ Maurice, Nouveau Testament interlinéaire grec/Français. Avec en regard, le


texte de la Traduction œcuménique de la Bible et de la Bible en français courant,
Pierrefitte, Société biblique française, 1993.

CENTRE INFORMATIQUE ET BIBLE, Dictionnaire encyclopédique de la Bible,


Turnhout/Paris, Brepols, 1987.

DESMOND Alexander, ROSNER Brian S. (éd.), Dictionnaire de Théologie Biblique,


Cléon d'Andran, Excelsis, 2006.

GABRIEL Martin R., Le dictionnaire du christianisme. The Dictionary Of Christian


Words, Paris, Publibook, 2007.

GREIMAS Algirdas J., Sémantique structurale. Recherche de méthode, Paris, Presses


universitaires de France, 1986.

GUILLIERON Bernard, Les gens du Nouveau Testament. Dictionnaire des personnes.


Des groupes. Et des institutions, Poliez-le-Grand, Edition du moulin, 2002.

INGELAERE Jean-Claude, MARAVAL Pierre, PRIGENT Pierre, Dictionnaire Grec-


Français du Nouveau Testament, Villiers-le-Bel, Société biblique française, 2008.

MARGUERAT Daniel, BOURQUIN Yvan, Pour lire les récits bibliques. Initiation à
l’analyse narrative, Genève, Labor et fides, 2004.

METZGER Bruce M., A Textual Commentary On The Greek New Testament, London,
United Bible Societies, 1975.

72
NESTLE Eberhad, ALAND Kurt, Novum Testamentum Graece. 28, Stuttgart, Deutsche
bibelgesellschaft, 2012.

PACHE René, Nouveau Dictionnaire Biblique, Saint-Legier-sur-Vevey, Emmaüs, 1979.

SECOND Louis, Nouvelle Bible Second. Edition d’étude, Alliance biblique universelle,
Paris, 2012.

Commentaire de Luc
ARC Jeanne d', Evangile selon Luc, Paris, Les belles lettres, 1986.

AUGRAIN Charles, L’évangile selon saint Luc, Paris, Mediaspaul, 1987.

BOVON François, L’évangile selon saint Luc. 1.1-9.50, Genève, Labor et fides, 1991.

BOVON François, L'évangile selon saint Luc. 19.28-24.53, Genève, Labor et fides,
2009.

BOVON François, Luc le théologien, Genève, Labor et fides, 2006.

CAIRD George B., Saint Luke, Philadelphia, The Westminster Press, 1963.

DUPONT-ROC Roselyne, Saint Luc, Paris, Editions de l’atelier, 2003.

FLYNN Leslie B., The Other Twelve, Weaton, Victor Books, 1988.

FITZMYER Joseph H., The Gospel According To Luke I-IX. Volume 28, New York,
Doubleday, 1981.

GIRARDET Giorgio, Lecture politique de l’évangile de Luc, Bruxelles, Vie ouvrière,


1978.

JUEL Donald, Luc-Actes. La promesse de l’histoire, Paris, Cerf, 1987.

HAUDEBERT Pierre, Théologie lucanienne. Quelques aperçus, Paris, l'Harmattan,


2010.

LEROLLE Xavier, Une lecture psychanalytique de l'évangile de Luc, Paris,


l’Harmattan, 2013.

MEYNET Roland, Avez-vous lu saint Luc ? Guide pour la rencontre, Paris, Cerf, 1990.

MEYNET Roland, L'Evangile selon saint Luc. Analyse rhétorique, Paris, Cerf, 1988.

RIGAUX Béda, Témoignage de l’évangile de Luc. Pour une histoire de Jésus, Paris,
Desclée de brouwer, 1980.

SABOURIN Léopold, L'Evangile de Luc. Introduction et commentaire, Roma, Editrice


pontifcia università gregoriana, 1987.

73
SAOUT Yves, Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc, Paris, Cerf, 2006.

VALLET Odon, L’évangile des païens. Une lecture laïque de l’évangile de Luc, Paris,
Albin Michel, 2006.

Ouvrages généraux et autres commentaires


ADOUL André, Foi et guérison, Mont de Marsan, France évangélisation
communication, 1994.

AERENS Luc, DEPREZ Jean-Philippe, JARDON Jacqueline et al., Bible ouverte.


Itinéraires de lecture pour la catéchèse, Bruxelles, Lumen vitae, 1992.

ALETTI Jean Noël, L’art de raconter Jésus Christ. L’écriture narrative de l’évangile de
Luc, Paris, Seuil, 1989.

ALLALI Sébastien, Les Divines chamailleries. Etudes talmudiques, Paris, Lichma,


2010.

ALTER Robert, L'art du récit biblique, Bruxelles, Lessius, 1999.

ANSALDI Jean, Le combat de la prière. De l’infantilisme à l’esprit d’enfance, Poliez-


Le-Grand, Editions du moulin, 2001.

BARTH Karl, L’Eglise, Genève, Labor et fides, 1964.

BASSET Lytta, Culpabilité, Genève/Paris, Labor et fides, Cerf, 2000.

BASSET Lytta, Culpabilité. Paralysie du cœur. La guérison du paralysé (Luc 5,17-26).


Sentiment. Ambivalence et dépassement de la culpabilité, Genève, Labor et fides,
2003.

BASSIN François, HORTON Frank, KUEN Alfred, Evangiles et Actes, Saint-Légier-sur-


Vevey, Emmaüs, 1990.

BELLUTEAU Emmanuel, Quand la Bible parle du handicap. Un autre regard, Paris,


Salvator, 2007.

BOSSUYT Philippe, RADERMAKERS Jean, Jésus Parole de la grâce 2. Lecture continue,


Bruxelles, Institut d'études théologiques, 1984.

BOURDIN Dominique, La psychanalyse de Freud à aujourd'hui. Histoire. Concepts.


Pratiques, Levallois-Perret, Bréal, 2007.

BOURQUIN Yvan, La confession du centurion. Le Fils de Dieu en croix selon l’évangile


de Marc, Poliez-le-Grand, Editions du moulin, 1996.

CHARPENTIER Etienne, Pour lire le Nouveau Testament, Paris, Cerf, 1981.

CHARPENTIER Etienne, Une lecture des Actes des apôtres, Paris, Cerf, 1977.

74
CONZELMANN Hans, LINDEMANN Andreas, Guide pour l’étude du Nouveau
Testament, Genève, Labor et fides, 1999.

CRESPY Georges, La guérison par la foi, Neuchâtel, Delachaux et niestlé, 1952.

ELLUL Danielle, FLICHY Odile, Pour apprendre le grec biblique par les textes, Paris,
Cerf, 2004.

FLUSSER David, Jésus, Paris/Tel Aviv, Editions de l’éclat, 2005.

FUCHS Eric, L’éthique chrétienne. Du Nouveau Testament aux défis contemporains,


Genève, Labor et fides, 2003.

GAUER Philippe, Le Christ-médecin. Soigner. La découverte d'une mission à la


lumière du Christ-médecin, Paris, Edition de l’Emmanuel, 1995.

GIRI Jacques, Nouvelles hypothèses sur les origines du christianisme. Enquête sur les
recherches récentes, Paris, Karthala, 2011.

HADAS-LEBEL Mireille, Hillel. Un sage au temps de Jésus, Paris, Albin Michel, 1999.

HALE Thomas, Commentaire sur Le Nouveau Testament, Marne-la-Vallée, Farel,


2009.

HERMANS Michel, SAUVAGE Pierre (éd.), Bible et médecine. Le corps et l’esprit,


Namur/Bruxelles, Presses universitaire de Namur/Lessius, 2004.

HERVIEU-LEGER Danièle, Le pèlerin et le converti. La religion en mouvement, Paris,


Flammarion, 1999.

HULTGREN Gunnar, Le commandement d'amour chez Saint Augustin. Interprétation


philosophique et théologique d’après les écrits de la période 386-400, Paris, Librairie
philosophique J. Vrin, 2012.

JASCHKE Helmut, Jésus le guérisseur, Turnhout/Paris, Brepols, 1997.

JAVARY Christelle, La guérison. Quand le salut prend corps, Paris, Cerf, 2004.

KASEREKA PATAYA Charles, Jalons pour une théologie du pardon et de la


réconciliation en Afrique. Cas de la République Démocratique du Congo (RDC),
Louvain-la Neuve, Academia, 2013.

KOCH Kurt, Chrétiens en Europe. Nouvelles évangélisations et transmission des


valeurs, Saint-Maurice, Editions saint-augustin, 2004.

KUEN Alfred, Soixante-six en un. Introduction aux livres de la Bible, Saint-Légier-sur-


Vevey, Emmaüs, 1998.

LAPISSE Serge, Le Christianisme éclairé. Un chemin de vie, Paris, Publibook, 2006.

75
LE BON Gustave, Psychologie des foules, Paris, Presses universitaires de France,
1947.

LEBOUTEUX Olivier, Construire sa vie, Ivry-sur-Seine, Editions de l’atelier, 2004.

LE GUERNIC Agnès, Sortir des conflits. A chaque type de conflit. Petit ou grand. Sa
solution, Paris, InterEditions, 2014.

MAILLOT Alphonse, Ces miracles qui nous dérangent. Pour ne pas se tromper de
signe, Poliez-le-Grand, Editions du moulin, 2006.

MARGUERAT Daniel, WENIN André, ESCAFFRE Bernadette, Autour des récits, Paris,
Cerf, 2004.

MARTIN Bernard, Le ministère de la Guérison dans l’Eglise, Genève, Labor et fides,


1952.

MINNERATH Roland, Jésus et le pouvoir, Paris, Beauchesne, 1987.

MOENS Jean-Luc, L'imitation de Jésus-Christ missionnaire, Paris, Editions de


l’Emmanuel, 2007.

MOREAU Emile, Ce que les chrétiens devraient savoir. S’ils veulent comprendre la
Bible, Paris, Lethielleux, 2010.

PAGET Jacques H., Le pouvoir de la force mentale. Les clés d'un moral d'acier, Paris,
Plon, 2013.

PAUL André, Le Nouveau Testament et son milieu 1. Le Monde des juifs à l'heure de
Jésus. Histoire politique, Paris, Desclée de brouwer, 1981.

PAMPLONA-ROGER Georges D., Un corps sain. Guide pratique pour le soin du corps,
Colmenar Viejo, Safeliz, 2011.

PELLETIER Marcel, Les Pharisiens. Histoire d'un parti méconnu, Paris, Cerf, 1990.

PERROT Charles, Après Jésus. Le ministère chez les premiers chrétiens, Paris, Editions
de l’atelier/ Editions ouvrières, 2000.

PETITCOLLIN Christel, Victime. Bourreau ou sauveur. Comment sortir du piège,


Thonex, Editions jouvence, 2013.

RENAULT Jean-Eudes, La Loi et la Croix. L'écriture de la Croix dans l'écriture de la Loi,


Lugano, Editions Kinor, 2009.

ROLIN Patrice, Les controverses dans l’évangile de Marc, Paris, J. Gabalda et cie,
2001.

SESBOÜE Bernard, Jésus-Christ l'unique médiateur. Essai sur la rédemption et le


salut, Paris, Desclée de brouwer, 2003.

76
THOMAS Hubert, Foi et délivrance. Figures du Christ thérapeute, Bruxelles, Lessius,
2013.

TRAUBE Patrick, Le triangle magique. Suivi de trois essais sur la psychothérapie,


Namur, Les éditions namuroises, 2007.

TROCME André, Jésus-Christ et la révolution non-violente, Genève, Labor et fides,


1961.

VANHOOMISSEN Guy, Maladie et guérison. Que dit la Bible, Bruxelles, Lumen vitae,
2007.

VIANIN Pierre, AMHERDT François-Xavier, A l'école du Christ pédagogue. Comment


enseigner à la suite du Maître ?, Saint-Maurice, Saint-Augustin, 2011.

VOUGA François, Evangile et vie quotidienne, Genève, Labor et fides, 2006.

WELLS Paul, De la croix à l'Evangile de la croix. La dynamique biblique de la


réconciliation, Charols, Excelsis, 2007.

Articles et contributions
BAILEY Jon Nelson, «Looking For Luke's Fingerprints: Identifying Evidence Of
Redactional Activity In "The Healing Of The Paralytic" (Luke 5:17-26) », Restoration
Quarterly 48 (2006/3), p. 143-156.

BASSET Lytta, « La culpabilité, paralysie du cœur. Réinterprétation de la guérison du


paralysé Lc 5.17-26 », Etudes théologiques et religieuses 71 (1996/3), p. 331-345.

BRANCHI Stéphanie, TARQUINIO Cyril, « Les formes psychothérapeutiques de la


prière », in TARQUINIO Cyril (éd.), Manuel des psychothérapies complémentaires.
Fondamentaux de la psychothérapie. Approches psycho-cognitives. Psychothérapies
de la méditation et de la relaxation, Paris, Dunod, 2002, p. 499-514.

BOLT Peter, « “With A View To The Forgiveness Of Sins”: Jesus And Forgiveness In
Mark’s Gospel », The Reformed Theological Review 57 (1998/2), p. 53-69.

COMBERT-GALLAND Corina, « L’évangile selon Marc », in Daniel MARGUERAT (éd.),


Introduction au Nouveau Testament. Son histoire. Son écriture. Sa théologie,
Genève, Labor et fides, 2004, p. 35-61.

DUPONT Jacques, « L’apôtre comme intermédiaire du salut », Revue de théologie et


de philosophie 112 (1980/4).p. 342-358.

ELLUL Jacques, « L'œuvre de Luc », Foi et vie 70 (1971/5), p 3-84.

GEORGES Augustin, « Jésus Sauveur, les miracles selon saint Luc », in N.C. Les
miracles de l’Evangile, Paris, Cerf, 1974, p. 35-38.

77
GILBERT André, « Où fut écrit l’évangile de Luc ? », Science et Esprit 39 (1987/2), p.
211-228.

GRAPPE Christian, « Jésus et l’impureté », Revue d’histoire et de philosophie


religieuse 84 (2004/4), p. 393-417.

HAN Kyu Sam, « Theology Of Prayer In The Gospel Of Luke », Journal Of The
Evangelical Theological Society 43 (2000/4), p. 675-693.

HARRINGTON Hannah K., “The Nature of Impurity at Qumran”, in SCHIFFMAN


Lawrence W., TOV Emanuel, VANDERKAM James C. (éd.), The Dead Sea Scrolls Fifty
Years After Their Discovery. Proceedings Of The Jerusalem Congress. July 20-25.
1997, Jerusalem, Israel Exploration Society / The Shrine Book /Israel Museum, 2000,
p. 610-616.

HELD Joachim Heinz, « Matthieu, interprète des récits de miracle », Foi et vie 69
(1970/3), p. 91-110.

JOBIN Guy « Quand narrer, c'est (re)construire : intrigue et récit en temps de


vulnérabilité », in COLLOQUE INTERNATIONAL D'ANALYSE NARRATIVE DES TEXTES
DE LA BIBLE, L'Intrigue dans le récit biblique. Quatrième colloque international du
RRENAB, Leuven, Peeters, 2010, p. 87-107.

KAEMPF Bernard, « Rites et types psychologiques », Cahier de l’institut romand de


pastorale 29 (1997/septembre), p. 33-39.

LIGHT Gary W., « Luke 5:15-26 », Interpretation 48 (1994/3), p. 279-282.

MARGUERAT Daniel, « Entrer dans le monde du récit », in MARGUERAT Daniel,


WENIN André, ESCAFFRE Bernadette, Autour des récits bibliques, Paris, Cerf, 2004,
p. 6-22.

MARGUERAT Daniel, « Jésus et la loi dans la mémoire des premiers chrétiens », in


MARGUERAT Daniel, La mémoire et le temps. Mélanges offerts à Pierre Bonnard,
Genève, Labor et fides, 1991, p. 55-74.

MARGUERAT Daniel, « L’évangile selon Luc », in MARGUERAT Daniel (éd.),


Introduction au Nouveau Testament. Son histoire. Son écriture. Sa théologie,
Genève, Labor et fides, 2004, p. 83-104.

MC COLL Mary Ann, ASCOUGH Richard S., « Jesus And People With Disabilities: Old
Stories, New Approaches », Journal Of Pastoral Care And Counseling 63 (2009/ 3-4),
p. 1-10.

MICHAUD Jean-Paul, « Les premières communautés chrétiennes. Diversité et


unité », Science et Esprit 59 (2007/2-3), p. 153-172.

NEYREY Jerome H., « Jesus, The Broker In Hebrews : Insights From The Social
Sciences », in MASON Eric F., MC CRUDEN Kevin B. (éd.), Reading The Epistle To The

78
Hebrews. A Ressource For Students, Atlanta, Society Of Biblical Literature, 2011, p.
145-170

PERSOZ Henri, « Guérison à distance, Lc 7.1-10 », Evangile et liberté 263 (2012), p.


19.

PICKETT Raymond, « Luke As Counter-Narrative: The Gospel As Social Vision And


Practice », Currents In Theology And Mission 36 (2009/6), p. 424-433.

RAMAROSON Léonard, « Paraboles évangéliques et autres textes


néotestamentaires “à double ou a triple pointe“ », Science et Esprit 49 (1997/2), p.
175-185.

RAMAROSON Léonard « Simon et la pécheresse anonyme (Lc 7,36-50) », Science et


Esprit 24 (1972/3), 1972, p. 379-383.

REYNAL Gérard, « Pour une "foi adulte": petite histoire récente d'une formule
théologique et pastorale », Bulletin de Littérature Ecclésiastique 109 (2008/2), p.
107-120.

SIMUNDSON Daniel J., « Health And Healing In The Bible », Word and World 2
(1982/4), p. STEFFEK Emmanuel, « Luc-Actes et l’Ancien Testament », Foi et vie 100
(2001/4), p. 31-40.

SUN-JONG Kim, « Lecture de la parabole du fils retrouvé à la lumière du Jubilé»,


Novum Testamentum 53 (2011/3), p. 211-221.

TUCKETT Christopher, « Les pharisiens avant 70 et le nouveau testament », in


MARGUERAT Daniel (éd.), Le déchirement. Juifs et chrétiens au premier siècle,
Genève, Labor et fides, 1996, p. 67-95.

VAN MEENEN Bernard, « Jésus, l’autre, et la guérison dans les évangiles »,


HERMANS Michel, SAUVAGE Pierre (éd.), Bible et médecine. Le corps et l'esprit,
Bruxelles/ Namur, Lessius/Presses universitaires de Namur, 2004, p. 57-78.

ZUMSTEIN Jean, « Le pardon dans le Nouveau Testament », in LAMBERT Jean (éd.),


Pardonner, Bruxelles, Facultés Universitaires Saint-Louis, 1994, p. 73-88.

Document électronique
AUROUX Sylvain, Pourquoi je ne suis pas chrétien… [en ligne], 2009, disponible sur
<[Link]
%A9tien+pourquoi+je+ne+suis&hl=fr&sa=X&ei=QlL4VPTwHsj8UIyagNgG&ved=0CCI
Q6wEwAA#v=onepage&q=orgueil%20chr%C3%A9tien%20pourquoi%20je%20ne%2
0suis&f=false>, (consulté le 5 mars 2015).

79
Table des matières

Remerciements ..................................................................................2

Introduction.......................................................................................3

Chapitre 1 : introduction générale et établissement du texte ..............6

1. L’évangile selon Luc.............................................................................................. 7

1.1. L’auteur ......................................................................................................... 7

1.2. Date et lieu de rédaction............................................................................... 8

1.3. Destinataires de l’évangile ............................................................................ 9

1.4. Une théologie de la compassion ................................................................. 10

2. Jésus au centre de la scène ................................................................................ 11

2.1. La séquence narrative : Les maîtres de la loi contre Jésus ......................... 11

2.2. La « caméra » centrée sur Jésus ................................................................. 13

3. Etablissement du texte ...................................................................................... 15

3.1. Critique textuelle......................................................................................... 15

3.2. Traduction ................................................................................................... 19

conclusion .............................................................................................................. 21

Chapitre 2 : analyse narrative du récit de Lc 5.17-26 ......................... 22

1. Le cadre et la Temporalité ................................................................................. 23

1.1. Le cadre socioreligieux lourd à porter ........................................................ 23

1.2. Des jeux de positions et de mouvement révélateurs ................................. 25

1.3. La vitesse du récit et ses bons en arrière et en avant ................................. 26

2. L’intrigue double ................................................................................................ 27

80
2.1. L’histoire d’une belle amitié........................................................................ 27

2.2. La révélation de l’autorité de Jésus ............................................................ 28

3. Les personnages ................................................................................................. 29

3.1. Une brève présentation des personnages .................................................. 29

3.1.1. Jésus ..................................................................................................... 29

3.1.2. Les pharisiens et docteurs de la loi ...................................................... 30

3.1.3. La foule ................................................................................................. 31

3.1.4. L’homme atteint d’une paralysie ......................................................... 31

3.1.5. Les porteurs.......................................................................................... 31

3.2. La foi qui va tout déclencher ....................................................................... 32

3.2.1. Schéma actantiel : la foi mise en avant................................................ 32

3.2.2. Telling/Showing : la foi dite et montrée .............................................. 33

3.3. Focalisation et utilisation narrative des personnages ................................ 33

3.3.1. La foi remarquée par Jésus .................................................................. 33

3.3.2. Sentiments produits par les personnages ........................................... 34

4. La voix narrative : une demande plus qu’honorée ............................................ 35

4.1. Des commentaires inversant la tendance .................................................. 35

4.2. L’ambiguïté de la situation .......................................................................... 36

4.3. Le parallélisme : la clef de l’ambiguïté ........................................................ 37

Conclusion .............................................................................................................. 38

Chapitre 3 : l’intercession et la guérison dans l’évangile de Luc ......... 39

1. L’intercession dans l’évangile de Luc ................................................................. 40

1.1. La médiation religieuse ............................................................................... 40

1.2. La médiation socio-économique ................................................................. 42

1.3. La communauté : médiatrice du salut ........................................................ 44

2. La guérison dans l’évangile de Luc ..................................................................... 45

81
3. Rapport entre la foi, la guérison, le pardon et le salut ...................................... 48

3.1. La foi en Jésus.............................................................................................. 48

3.2. La guérison en vue du salut......................................................................... 50

3.3. Le pardon en vue du salut ........................................................................... 51

conclusion .............................................................................................................. 52

Chapitre 4 : des porteurs-intercesseurs............................................. 54

1. L’intercession tend à l’entraide.......................................................................... 55

2. Une intercession animée par la foi .................................................................... 56

2.1. Une foi sentie par Jésus .............................................................................. 56

2.2. Une foi vue par l’assistance ........................................................................ 56

2.2.1. La foule ................................................................................................. 57

[Link] maîtres de la loi............................................................................... 57

3. L’impact de l’intercession de ces hommes ........................................................ 58

conclusion .............................................................................................................. 59

Chapitre 5 : devenir des médiateurs du salut divin ............................ 61

1. Un héritage reçu des apôtres ............................................................................. 62

2. Etre animé de la foi en Christ ............................................................................. 62

3. Permettre la rencontre entre l’intercédé et Dieu .............................................. 64

Conclusion .............................................................................................................. 65

Conclusion générale ......................................................................... 66

Annexe ............................................................................................ 71

Bibliographie ................................................................................... 72

Instruments de travail ............................................................................................ 72

Commentaire de Luc .............................................................................................. 73

Ouvrages généraux et autres commentaires ......................................................... 74

82
Articles et contributions ......................................................................................... 77

Document électronique ......................................................................................... 79

Table des matières ........................................................................... 80

83

Vous aimerez peut-être aussi