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La Réconciliation selon Saint Paul

Ce passage décrit comment Paul utilise un procédé rabbinique appelé midrash pour réinterpréter l'histoire du peuple d'Israël dans le désert et l'appliquer à la situation des Corinthiens. Bien que libérés par Dieu, les Israélites sont morts dans le désert à cause de leur péché, tout comme les Corinthiens pourraient perdre leur salut malgré le baptême et l'eucharistie.

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La Réconciliation selon Saint Paul

Ce passage décrit comment Paul utilise un procédé rabbinique appelé midrash pour réinterpréter l'histoire du peuple d'Israël dans le désert et l'appliquer à la situation des Corinthiens. Bien que libérés par Dieu, les Israélites sont morts dans le désert à cause de leur péché, tout comme les Corinthiens pourraient perdre leur salut malgré le baptême et l'eucharistie.

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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

7- La RECONCILIATION
1 et 2 Co
Depuis le début de nos rencontres, vous avez compris que le salut apporté par
le Christ, en raison de sa vie d’amour donnée jusqu’au bout, n’avait rien
d’automatique. D’ailleurs, nous le percevons bien dans nos vies. Le péché nous
hante et nous atteint plus souvent que nous le voudrions. Dès que nous
examinons notre conscience, nous avons du mal à y reconnaître le reflet de
l’amour de Dieu qui pourtant nous habite.

Paul lui-même nous explique qu’il fait le mal qu’il ne voudrait pas faire et qu’il
ne fait pas le bien que pourtant il voudrait ! Oh, malheureux hommes que nous
sommes !

Paul s’en explique dans un passage de 1 Co sur lequel peu de prédicateurs


s’arrêtent.

Le peuple d’Israël dans le désert

1 Co 10, 1-Je ne veux pas vous le laisser ignorer, frères : nos pères étaient
tous sous la nuée, tous ils passèrent à travers la mer 2-et tous furent baptisés
en Moïse dans la nuée et dans la mer. 3-Tous mangèrent la même nourriture
spirituelle, 4-et tous burent le même breuvage spirituel ; car ils buvaient à un
rocher spirituel qui les suivait : ce rocher, c’était le Christ. 5-Cependant, la
plupart d’entre eux ne furent pas agréables à Dieu, puisque leurs cadavres
jonchèrent le désert. 6-Ces évènements sont arrivés pour nous servir
d’exemples, afin que nous ne convoitions pas le mal comme eux le
convoitèrent. 7-Ne devenez pas idolâtres comme certains d’entre eux, ainsi
qu’il est écrit : Le peuple s’assit pour manger et pour boire, puis ils se levèrent
pour se divertir. 8-Ne nous livrons pas non plus à la débauche, comme le

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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

firent certains d’entre eux : en un seul jour il en tomba vingt-trois mille. 9-Ne
tentons pas non plus le Seigneur, comme le firent certains d’entre eux : des
serpents les firent périr. 10-Enfin, ne murmurez pas comme murmurèrent
certains d’entre eux : l’exterminateur les fit périr. 11-Ces événements leur
arrivaient pour servir d’exemple et furent mis par écrit pour nous instruire,
nous qui touchons à la fin des temps.

12-Ainsi donc, que celui qui pense être debout prenne garde de tomber. 13-
Les tentations auxquelles vous avez été exposés ont été à la mesure de
l’homme, Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà
de vos forces. Avec la tentation, il vous donnera le moyen d’en sortir et la
force de la supporter.

Un midrash

Dans ces quelques versets, Paul utilise un procédé très fréquent dans toute la
Bible et dans la tradition rabbinique : le midrash. Ce procédé fait une relecture
d’événements déjà passés pour les adapter à une situation présente. Souvent,
cette relecture opère un déplacement par rapport à l’événement de départ.
Ainsi s’ouvrent des sens nouveaux.

Ici, Paul va rechercher l’expérience du peuple d’Israël, 40 ans dans le désert,


pour l’appliquer à ce que vivent les Corinthiens. Paul fait « parler » ce qui est
dit de cette expérience du désert pour faire jaillir une actualisation pour l’Eglise
de Corinthe. En l’occurrence, il fait le lien entre le fait qu’Israël ait été libéré
mais que, malgré cela, ils soient retombés dans l’idolâtrie. Souvent la tradition
n’a retenu de ces événements que la libération… en oubliant les drames qui ont
suivi cette libération.

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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

Paul veut démontrer que leur libération, pure grâce de Dieu, n’est pas
irrémissible. Il est possible de tout perdre ! Et cela uniquement par notre
faute !

Relecture de l’histoire d’Israël

L’expérience du peuple d’Israël doit leur servir de « tupos » (v 6. 11),


d’exemple… Un petit mot fait le lien entre plusieurs textes : « tous ». « Tous »
dans ce texte fait écho aux « tous » de l’Eglise de Corinthe. En 1 Co 8, 1,
« Tous » ont été libérés par Dieu. Mais cette liberté n’est pas sans risque,
comme la libération d’Egypte n’a pas été sans risque pour Israël.

Qu’a fait Dieu pour libérer son peuple ?

Israël a été libéré de l’Egypte et de l’esclavage qu’il y a vécu (Ex 12- 13). Mais
cela ne s’arrête pas là.

- Ils ont été guidés par la nuée (Ex 13, 21).


- Ils ont traversé la mer à pieds secs (Ex 14).
- Ils ont mangé la manne (Ex 16).
- Au désert, ils avaient très soif. Ils se sont abreuvés à l’eau du rocher. A
Mara, en Ex 15, 22-25, l’eau amère se transforme en eau douce et
buvable. A l’Horeb, Moïse fait jaillir de l’eau d’un rocher (Ex 17, 6). Ce
lieu a alors porté le nom de Massa et Mériba (« Epreuve » et
« Querelle »), en mémoire des murmures du peuple contre Moïse et
contre Dieu. Le miracle s’est reproduit à Qadesh (Nb 20, 1- 13) et l’eau a
jailli du rocher, une fois que le bâton de Moïse l’eut frappé deux fois. Ce
rocher s’est alors appelé Mériba (« Querelle ») car le peuple s’est à
nouveau rebellé. En Nb 21, 16, le rédacteur fait le rappel d’un puits à
Beer où le peuple a pu boire de l’eau donnée par Dieu. Est-ce le même
miracle raconté plusieurs fois ? La tradition a préféré retenir que le
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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

miracle a eu lieu à plusieurs endroits différents. D’où l’idée que le rocher


voyage.
- Comme la nuée se déplaçait afin de guider le peuple, le rocher semblait
suivre le peuple pour l’abreuver. Philon d’Alexandrie a identifié le rocher
avec la Sagesse de Dieu : « Le rocher abrupt, c’est la sagesse de Dieu, des
puissances qu’il détache des siennes, elle était la plus haute et la
première et il en abreuve les âmes amies de Dieu » (Legum allegoriae II,
86). La sagesse ayant été comprise comme la préfiguration du Christ par
la tradition chrétienne hellénistique, le raccourci opéré par Paul semble
plus compréhensible : «  ce rocher, c’était le Christ  ! » (v 4).

Donc, du point de vue de Dieu, tout a été fait pour la libération du peuple
esclave en Egypte.

Ils ont été libérés mais ils sont morts dans le désert !

Le peuple d’Israël s’est cru sauvé définitivement et il ne se s’est pas méfié. Il a


erré 40 ans dans un désert où la mort était potentiellement partout : la faim, la
soif, les morsures de serpent…

Or les textes nous rappellent qu’ils ne sont pas rentrés en Terre Promise (Nb
14, 23), leurs cadavres ont jonché le désert (Nb 14, 29. 32. 33).

- La révolte de Coré a provoqué un châtiment avec de nombreux morts


(Nb 16, 31-33).
- Les serpents ont provoqué des morsures brûlantes (Nb 21, 4- 9).
- Ils ont été coupables d’idolâtrie lors de l’épisode du Veau d’or en Ex 32.
- Coupables aussi de débauches en Nb 25, 9, ce qui a causé le châtiment
de 24 000 personnes. Un détour par un Targum permet de comprendre
le v 7 : « là où le peuple s’est assis pour manger et boire, là un grand
péché s’est commis » (Tg d’Ex 32, 6). Paul utilise ce Targum, connu à
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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

cette époque, pour faire du repas un lieu de jugement et de mort, ce


qu’il développera en 1 Co 11, 29.

Cette réinterprétation de Paul veut être un exemple pour les Corinthiens. D’où
les analogies faites entre ce qu’ont vécu les Hébreux dans le désert et ce qu’ont
vécu les Corinthiens en devenant chrétiens.

Ce qu’ont vécu les Corinthiens

Les Corinthiens ont vécu une expérience de libération :

- Ils ont été baptisés en Moïse dans la nuée (rappel du don de l’Esprit)
- … et dans la mer (rappel de l’eau du baptême) (v 1-2).
- Ils partagent le pain eucharistique qui a été annoncé par le don du la
Manne, pain donné par Dieu (v 3).
- Et ils sont abreuvés de l’eau qui sort du rocher spirituel que Paul affirme
être le Christ : allusion à l’eau vive et au sang du Christ de l’Eucharistie.
- Partager la Manne a constitué le peuple du désert. De même, partager
l’Eucharistie constitue l’Eglise.

Par le mot « baptisés » (v 2), qui n’est pas dans les textes cités de l’Exode et du
livre des Nombres, mais qui signifie « être plongés dans », Paul fait glisser le
sens pour les interroger sur le sens profond de ce qu’ils célèbrent.

Ils ont été libérés mais le péché n’est jamais loin !

Les Corinthiens ont été baptisés dans le Christ, ils communient à son Corps et à
son Sang, vont-ils périr eux aussi, comme les Hébreux ? La question est si grave
que Paul va la reprendre au chapitre suivant. Il ne s’agit de rien de moins que
de leur salut ! Le baptême et l’Eucharistie ne sont pas une assurance tout

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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

risque qui les autoriserait à faire n’importe quoi. Ils peuvent encore mourir de
leur péché et de leur idolâtrie.

L’idolâtrie est encore un risque aujourd’hui, il y a tant de façons de tomber


dans ce péché, comme au temps des Corinthiens. La débauche : ces péchés
n’ont pas encore perdu leur force d’attraction. Les murmures contre Dieu : cela
peut être accuser Dieu d’événements dont les hommes seuls sont
responsables, ou l’accuser de ne pas exaucer nos prières. Tenter Dieu, c’est
exiger de Lui un miracle. Souvent l’homme, dans sa prière, veut dicter à Dieu ce
qu’Il doit faire ! Le modèle de prière de demande est celle de Jésus à
Gethsémani : « Père, que cette coupe s’éloigne de moi ! » Mais
simultanément : « Non pas ma volonté, mais la tienne ». L’adhésion au Christ a
pour corollaire l’humilité et la confiance en Lui : confiance et foi !

Comme le peuple d’Israël autrefois, ils peuvent ne pas arriver en Terre Promise.
Ils peuvent ne pas être « choisis » (du vocabulaire de l’élection), c’est-à-dire
qu’ils peuvent être rejetés. C’est un avertissement pour ceux qui se croient
arrivés au but, sans avoir fourni beaucoup d’efforts. Les Corinthiens, riches de
nombreux charismes, pensaient justement appartenir au nouveau peuple, élu
par Dieu, et constitué pour former son Eglise. C’est donc un avertissement
sévère.

La vigilance est nécessaire

Rien n’est acquis définitivement et il leur faut rester vigilants. Paul les ramène
au réel de leur existence et cherche à les libérer de leurs illusions. Certes, les
Chrétiens ont été libérés par le Christ. Paul ne cesse de le répéter depuis le
début de sa lettre. Mais de quoi ont-ils été libérés ? Du joug pesant des codes
législatifs juifs où les interdits sont si nombreux qu’ils en deviennent

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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

impossibles à suivre. Les interdits visés touchent à la ritualité du culte et de leur


vie courante.

Mais ils ne sont en rien dégagés des lois morales du Décalogue.

Leur attachement au Christ, qu’ils ont choisi de suivre, en toute liberté, apporte
tout naturellement, non pas un autre code législatif, mais une Loi nouvelle.
Nous avons vu qu’il s’agit de l’AMOUR : amour de Dieu et amour de nos frères.

Pour cette vigilance, nous avons besoin de l’aide de l’Esprit Saint.

Au v 13, Paul rassure les inquiets : ils ne seront pas tentés au-delà de leurs
forces car Dieu donne la force qui est nécessaire : mais il faut demander cette
force ! Nos tentations sont humaines et non surhumaines. Le texte n’est pas
écrit pour faire peur mais pour faire entrer dans la confiance en Dieu qui mène
toujours vers la vraie Vie. Dieu est puissant, fidèle, vigilant et sa force permet
de traverser l’épreuve de la tentation. Dieu n’est pas l’auteur de la tentation,
c’est notre faiblesse qui en est la cause et surtout notre rapport à la Vérité de
notre être.

Le temps de la fin est proche (v 11), mieux vaut prévenir que guérir !

Le PECHE

1 Co 10, 14- C’est pourquoi, mes bien-aimés, fuyez l’idolâtrie. 15-Je vous parle
comme à des personnes raisonnables ; jugez vous-mêmes de ce que je dis. 16-
La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas une communion
au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas une communion au
corps du Christ ? 17-Puisqu’il y a un seul pain, nous sommes tous un seul
corps : car tous nous participons à cet unique pain.

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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

La deuxième étape de l’argumentation est introduite par un « c’est pourquoi » :


« C’est pourquoi, fuyez l’idolâtrie ». En effet, dans les versets précédents, la
première étape montrait que l’idolâtrie conduit à la mort.

La communion

Dans ces quelques versets, il y a 2 fois le mot de koïnonia - communion. Que


recouvre ce terme au premier siècle ?

- Dans le monde juif, certains repas sacrificiels étaient des repas de


« communion ». Dans un repas cultuel, l’offrant communie avec l’autel et
donc avec ce que cet autel représente, c’est à dire Dieu. Lv 7 montre qu’il
y a des restrictions pour pouvoir participer à ce repas de communion : il
ne faut pas avoir de souillure : en effet, la communion à l’autel de Dieu
doit se vivre dans la pureté. Négliger ce point important exposerait
l’offrant à des conséquences graves.
- Le mot de koïnonia, communion, a le sens de participation. La coupe de
bénédiction puis le pain sont des expressions liturgiques. La coupe de
bénédiction est la troisième coupe du Seder pascal juif. Elle est
accompagnée d’une louange. Si Paul ajoute « que nous bénissons »,
c’est sans doute que les Eglises chrétiennes ont ajouté une autre
bénédiction à celle du Seder et cette autre bénédiction serait constituée
des paroles de Jésus. Dans le Repas du Seigneur, il y a un dépassement
de la bénédiction du Seder, et la coupe devient alors communion au
Sang, c’est-à-dire participation à la vie livrée, du Christ. Nous avons vu
cela lors d’une précédente rencontre.

Communion à qui et à quoi ?

En communiant à la coupe de bénédiction/ sang et au pain/ corps, le fidèle


communie à une personne, le Christ. Ainsi le fidèle est associé à Lui. Le fidèle
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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

participe à son mystère de mort et de résurrection car il fait corps avec lui. Le
pain est rompu mais ce à quoi le fidèle participe par ce geste, c’est ce que ce
pain re-présente : le mystère d’une mort et d’une résurrection. Dans la
perspective de cette lette de Paul transparaît le langage de la Croix.

Corps et sang ont ici un sens sacramentel : le Christ est sacramentellement


présent dans la coupe de bénédiction et dans le pain devenus Sang et Corps. Le
repas du Seigneur n’est pas seulement un acte de piété où il est fait mémoire
des événements passés, mais ces événements sont le présent de ce qui est
célébré. Celui qui communie ne fait qu’un avec Celui dont il reçoit le Corps. Un
horizon s’ouvre à lui : atteindre à une connaturalité avec le Corps livré de
l’amour donné parce que reçu.

C’est tellement grand que l’on perçoit, dans nos vies, des moments où nous ne
vivons pas cette communion au Corps livré ! Nous ne correspondons pas à
l’acte posé en communiant !

On a vu aussi lors de la dernière rencontre que le mot de koïnonia introduit


aussitôt la dimension ecclésiale. Il faut tenir les deux sens. Le corps
eucharistique et le corps ecclésial sont comme les deux faces d’une même
pièce. En 1 Co 11, Paul va montrer que si l’une est défigurée, l’autre est
détruite. Partager le repas du Seigneur engage la vie des commensaux ! Il s’agit
pour la Communauté de vivre le plus possible l’amour, alors que Paul a
constaté ses manques d’amour.

Nous voyons bien que cet engagement n’est pas toujours présent dans nos
vies.

Et donc cette communion au Christ peut être détruite !

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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

Le discernement spirituel met bien en évidence que la fréquentation de nos


idoles modernes est très pernicieuse et nous éloigne du Christ : trop d’argent,
trop de médias, la pornographie… Si les actes de charité construisent la
communion, tout péché la détériore.

C’est là que les avertissements de Paul prennent tout leur sens : la


fréquentation des idoles modernes tue l’âme, comme elle a tué les Hébreux
dans leur traversée du désert. C’est la conscience de chacun qui permet de
s’examiner et de comprendre la nécessité du pardon.

Alors le pécheur, humble, reçoit la miséricorde de Dieu.

Dans sa 2e lettre aux Chrétiens de Corinthe, Paul aborde la question de la


réconciliation de l’homme avec Dieu, lorsque l’homme s’est séparé de Lui en
commettant des fautes graves.

La nécessité de la réconciliation

2 Co 5, 18- Tout vient de Dieu, qui nous a réconcilié avec lui par le Christ et
nous a confié le ministère de réconciliation. 19- Car de toute façon, c’était
Dieu qui en Christ réconciliait le monde avec lui-même, ne mettant pas leurs
fautes au compte des hommes, et mettant en nous la parole de
réconciliation.
Tout vient de Dieu (v18).
C’est une affirmation centrale : tout vient de Dieu car Dieu est amour. C’est de
cet amour de Dieu pour l’humanité que tout découle depuis la Création,
l’Incarnation et le salut donné. Tout cela procède de cet amour infini.
Dans son plan de salut, Dieu a créé l’homme libre. Fort de cette liberté que
l’homme a mal orientée, il a donc la possibilité de pécher. Mais Dieu offre

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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

encore et toujours une possibilité de salut. En effet, la réconciliation appartient


aussi à son plan divin.
Après notre baptême, nous avons encore à combattre le péché.
En 1 Co 6, 11, nous avons vu que nous avons été lavés, sanctifiés, justifiés « au
nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu », lors de notre
baptême. Cela, nous le croyons. Mais nous expérimentons que le péché est
toujours possible pour l’homme en raison de notre faiblesse devant la
tentation. Nous avons toujours à combattre le péché et ce combat s’inscrit
dans un mouvement de conversion à l’œuvre dans toute vie chrétienne. Durant
toute notre vie, nous avons à répondre de l’amour miséricordieux de Dieu qui
nous a aimés le premier. Le combat spirituel va durer jusqu’au bout, jusqu’à ce
que nous soyons configurés au Christ.
La vie dans le Christ ne se vit pas seulement dans des actes extérieurs, mais
aussi et surtout dans le cœur. Un péché naît d’abord dans la pensée. Le péché
de David a commencé dans le regard de convoitise posé sur cette femme en
train de se baigner… Et il est allé jusqu’à l’adultère puis au meurtre ! La
conversion du cœur commence en soi. Il ne faut pas s’étonner de nos péchés si
nos pensées ne sont pas converties…
La conversion, c’est cesser de pécher par aversion du mal en nous-mêmes et
avec le grand désir de changer de vie, à partir de la force donnée par la
miséricorde divine. La conversion est l’œuvre de l’Esprit Saint en nous et cela se
produit rarement en une fois. L’Esprit Saint éclaire l’homme sur son péché et
donne la force de s’en préserver après en avoir été pardonné.
Seul Dieu pardonne le péché.
Le ministre de la réconciliation
Petit détour dans les Evangiles synoptiques. Jésus a donné à Pierre le « pouvoir
des clés » (Mt 16, 19) et à sa suite aux membres du collège des apôtres qui

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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

poursuivent ce ministère dans la suite des siècles (Mt 18, 18). Ce que dit
Matthieu est une véritable révolution religieuse : auparavant, seul Dieu pouvait
pardonner les péchés ! Avec Jésus, puis avec ses prêtres, ce pouvoir est confié à
des hommes qui agissent au nom du Christ !
Être pardonné, c’est être « délié » c’est-à-dire que l’homme pourra de nouveau
être reçu dans la communauté, réconcilié avec l’Eglise. En effet, le péché blesse
la communion dans l’Eglise. C’est visible dans la Communauté de Corinthe :
leur manque de charité entre chaque membre empêche la communion de
l’Eglise.
Le ministre du Christ, c’est le prêtre. Il est celui qui rend accessible cette
réconciliation toujours offerte par Dieu.
Dans l’esprit de Paul, il y a un préalable : le prêtre vit de la vie du Christ par qui
il a été appelé. Il proclame la mort et la résurrection du Christ par ses paroles
mais aussi et surtout par sa façon d’être toujours dans l’amour.
Les Corinthiens peuvent percevoir cette dynamique du mystère pascal en
regardant Paul : « Car je suis le plus petit des apôtres, moi qui ne suis pas
digne d’être appelé apôtre parce que j’ai persécuté l’Eglise de Dieu. Mais ce
que je suis, je le dois à la grâce de Dieu et sa grâce n’a pas été vaine. Au
contraire, j’ai travaillé plus qu’eux tous : non pas moi, mais la grâce de Dieu
qui est avec moi.» (1 Co 15, 9- 10). Après sa vie de persécuteur des Chrétiens,
Paul a bénéficié de la miséricorde de Dieu. Cela a bouleversé sa vie. Il est
désormais heureux d’être médiateur de cette miséricorde divine pour les
pauvres pécheurs que nous sommes. Le prêtre a déjà fait l’expérience du
pardon !
La réconciliation
Ce mot était utilisé à Corinthe avant Paul. César a reconstruit la ville de
Corinthe sur des ruines séculaires afin d’y faire vivre des gens au passé peu

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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

glorieux : des esclaves affranchis, d’anciens brigands repentis… En s’installant à


Corinthe, leur passé est oublié et un avenir neuf s’ouvre devant eux. César leur
offre une possibilité de réconciliation.
Quand Paul utilise ce mot (en Rm et en 1 et 2 Co), il garde l’ancien sens : un
avenir est ouvert pour ceux qui n‘en avaient plus : le pécheur étant voué à la
mort, il est réconcilié et va vers une vie nouvelle. Mais il lui ajoute un sens
nouveau, théologique : cet avenir ouvert n’est pas qu’humain, c’est un avenir
avec Dieu !
Cette réconciliation vient de Dieu qui en a toujours l’initiative. Dieu ne va pas
tenir compte des fautes des hommes (v 19), son pardon est toujours offert,
mais jamais imposé : chacun est libre de l’accueillir ou non. Ce pardon de Dieu
nous vient par le Christ dans son mystère d’amour. Par la réconciliation, le
pécheur est ouvert de l’intérieur à une vie renouvelée par le Christ. Sa relation
avec le Christ en est complètement transformée.
Si cette réconciliation est l’œuvre de Dieu, elle est confiée à des hommes, les
ministres du Christ.
Le v 19 est rythmé :
1- C’est en Christ que Dieu réconcilie le monde avec lui-même.
2- Dieu ne met pas leurs fautes au compte des hommes. Les fautes existent
toujours mais elles ne sont plus comptabilisées. Ce n’est pas comme une
ardoise qu’on efface d’un coup de chiffon ! C’est l’expérience de Paul sur
le chemin de Damas : il a été totalement pardonné et sans condition
préalable. Mais toute sa vie, il s’est compris comme un pécheur
pardonné!
3- Dieu met en ses ministres la parole de réconciliation. La réconciliation a
déjà eu lieu. Paul l’a vécue ! Si cette réconciliation a pris effet sur la Croix,
à un moment du temps, ses effets se poursuivent dans le cours de

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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

l’histoire. Cette réconciliation est universelle car elle concerne le monde


et traverse les âges. Elle est complète et définitive. A son tour, Paul en
témoigne. C’est le cœur de sa mission d’apôtre : Dieu veut le salut des
hommes et c’est ce qu’il annonce, lui, Paul.

Si la réconciliation est offerte, elle attend une réponse de l’homme !


2 Co 5, 20- C’est au nom du Christ que nous sommes en ambassade, et par
nous, c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du
Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu. 21- Celui
qui n’avait pas connu le péché, il l’a, pour nous, identifié au péché, afin que,
par lui nous devenions justice de Dieu.
Paul est en ambassade, comme pouvait l’être un légat de César. Il y a une idée
forte derrière ce mot d’ambassade : dans l’antiquité, celui qui était en
ambassade était porteur de la présence de celui qui l’envoyait. Lui, Paul, est
ambassadeur du Christ. Par Paul, Dieu est présent puisque c’est Dieu qui
l’envoie. De la même façon, par les paroles de réconciliation de Paul, c’est Dieu
qui réconcilie !
Paul s’adresse à l’Eglise universelle dont Corinthe est une partie. Dieu veut
réconcilier tous les croyants et Paul est agent de cette réconciliation.
La traduction, « Réconciliez-vous » est en fait un verbe médio passif : « laissez-
vous réconcilier ». La réconciliation est opérée par Dieu en son Fils. Le croyant
rentre alors dans une dynamique offerte par Dieu. Il est appelé à se laisser
réconcilier…
Jésus « a été fait péché » …
Paul donne la raison de cette réconciliation au v 21. « Celui qui n’a pas connu
le péché », c’est celui qui n’en a jamais fait l’expérience car il est le seul dont
on puisse dire qu’il est sans péché : c’est Jésus.

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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

Mais « Dieu l’a fait péché ». Expression très difficile à comprendre


théologiquement.
Il y a la notion d’échange : il a pris notre place, pour que nous restions en vie
malgré notre péché. Il est excessif d’aller jusqu’à une interprétation sacrificielle
qui a eu cours dans l’histoire, tant chez les catholiques que chez les
protestants. Ce n’est pas un « sacrifice pour le péché ». Sa mort sur la croix est
la conséquence inéluctable de la présence d’un «  sans péché » dans un monde
marqué par le péché : le refus de l’amour peut aller jusqu’à tuer !
Le Père accueille le don du Fils dans son mouvement d’offrande totale de sa
vie. Dans le sacrifice de l’Ancien Testament, l’homme demande pardon à Dieu
de ses fautes. Ce n’est pas le sang de l’animal qui obtient ce pardon : c’est Dieu
qui le donne devant la supplication de l’offrant.
Si le Père accueille le don du Fils, il accueille dans le même mouvement ceux
qui, dans le Christ, implorent son pardon. Le Christ est la figure centrale de la
réconciliation opérée par Dieu. C’est dans le Christ, crucifié et ressuscité, que
l’homme est justifié/ pardonné.
Ainsi le croyant découvre que la mort de Jésus est sa propre mort au péché. Rm
6, 2 : « nous sommes morts au péché », et cela à partir de notre baptême, si
nous vivons notre état de baptisé tout au long des jours.
Nous sommes réconciliés afin que nous devenions justice de Dieu, c’est-à-dire
que nous répercutions la justice de Dieu qui est celle de l’Amour.
Cela amène à parler du culte spirituel
Si nous reprenons ce qui a été dit dans l’Ancien Testament sur le pardon des
péchés, nous pouvons regarder ce qui a été dit sur le culte spirituel. Loin du
Temple (ou après la disparition du Temple), le culte sacrificiel a dû évoluer : un
culte de sacrifice du cœur a remplacé le sacrifice des animaux. C’est tout le
thème du Ps 50.

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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

Dans le NT, on ne voit pas Jésus offrant des sacrifices au Temple. Par contre,
durant sa vie terrestre, il a pratiqué un culte spirituel : il a prié son Père. Il a
pratiqué les œuvres de miséricorde en faveur des plus pauvres et des blessés
de la vie. Pour Jésus on parle de « pro existence » car il n’a, à aucun moment,
vécu pour lui : il a toujours vécu pour les autres.
La notion de culte spirituel sera reprise par Paul : « Je vous exhorte donc,
frères, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en
sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : ce sera là votre culte spirituel » (Rm
12, 1). Ce qui est premier, c’est la miséricorde de Dieu. Le culte spirituel de
l’homme n’est que réponse à cet amour premier et à sa miséricorde.
Le salut n’a rien d’automatique ni de magique. La Croix révèle que le Christ est
l’unique médiation de la réconciliation définitive de Dieu avec l’humanité. C’est
en s’inscrivant dans cette même attitude d’offrande de soi et de miséricorde
que le salut donné peut être reçu.
La réconciliation déborde ce que l’on entend par « pardon des péchés ». Être
réconcilié avec Dieu, c’est avoir le cœur changé, au moins un peu !
Le pardon sacramentel est confié aux prêtres, à partir de leur ordination par
l’évêque qui leur confie cette charge. Le prêtre est envoyé par le Christ et, de sa
part, exhorte et supplie de se laisser réconcilier avec Dieu. Le prêtre est
l’instrument de l’amour miséricordieux envers le pécheur. Le pécheur est alors
réintégré dans la communauté dont il s’était éloigné, du fait même de son
péché.
Il y a un déplacement de la théologie du pardon par rapport à l’Ancien
Testament. Paul invite à comprendre ce pardon des péchés par rapport à
l’amour et non par rapport aux commandements. Le grand commandement de
Dieu, c’est d’aimer ! C’est ce qui est manifesté à la Croix, lieu source du pardon
chrétien.

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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

- L’homme y est mis à découvert, c’est-à-dire jugé à partir d’un regard


aimant qui connait les pensées profondes de cet homme, ses faiblesses,
ses envies… Ce n’est pas un juge extérieur.
- L’homme qui a rencontré le Christ est « étreint » par l’amour, même si ce
n’est pas avec l’intensité vécue par Paul.

L’appel à la réconciliation
6, 1-Puisque nous sommes à l’œuvre avec lui, nous vous exhortons à ne pas
laisser sans effet la grâce de Dieu. 2-Car il dit : « Au moment favorable, je
t’exauce, et au jour du salut, je viens à ton secours. » Voici maintenant le
moment tout à fait favorable. Voici maintenant le jour du salut.
Le moment favorable (en grec, kairos), c’est celui où l’on perçoit la grâce de
Dieu. Grâce donnée gratuitement. C’est donc lorsque j’en prends conscience,
soit par un éveil à la voix de l’Esprit Saint en moi, soit par l’effet d’une
prédication… que le moment est favorable ! C’est aujourd’hui et non pas
lorsque les conditions idéales d’une conversion seront remplies. Au temps
favorable, le chrétien est invité à répondre sans tarder à cet appel. En effet la
grâce du salut est pour un aujourd’hui.
Conclusion
L’amour du Seigneur nous étreint comme Dieu est saisi aux entrailles (mais ce
n’est pas le même mot grec) devant la détresse des hommes. Dans ces
quelques versets, nous avons le sommet théologique et spirituel de cette lettre
de 2 Co. Ce sommet nous invite à un déplacement majeur vis-à-vis du pardon
de Dieu et cela parce qu’il nous fait prendre une autre posture spirituelle.
- La faute, le péché, ne sont pas dévoilés devant le « tribunal de Dieu »
comme un tribunal qui accuse et qui sanctionne. Ce serait une
conception païenne du pardon qu’on trouve souvent chez ceux qui n’ont

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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

pas la foi. Parfois cela peut hanter nos consciences, à force d’être sans
cesse répété !
- Paul situe le pardon à l’intérieur d’un amour. Il nous fait prendre place
sous le regard aimant de Dieu, du Christ. Nos péchés sont alors dévoilés,
comme le reste de notre vie, avec aussi nos actes bons, à partir du regard
aimant de Dieu. Nos péchés sont des manquements à l’amour. Nos
regrets sont ceux des occasions manquées d’aimer… Si nous examinons
notre vie selon ce prisme, nous aurons progressé dans la compréhension
de la vie spirituelle.
- Notre cri vers Dieu est une supplication afin qu’Il envoie son Esprit
d’amour, sa force, pour ne plus tomber dans ce qui est contraire à
l’amour. Son pardon nous ouvre un avenir dans l’amour car il reconstruit
en nous tout ce que le péché a abimé.
Notre cœur a besoin d’une parole extérieure, sacramentelle, pour marquer le
moment de cette vie nouvelle de pécheur pardonné.

PISTES DE REFLEXION
- Quand me suis-je confessé pour la dernière fois ? Cela tombe bien, en ce
début de Carême, de nombreux prêtres nous attendent : des prêtres
qu’on connait et des prêtres qu’on ne connait pas.
- Est-ce que je suis attentif aux motions discrètes que l’Esprit m’adresse
pour me montrer où est mon péché et à quelle conversion Il m’appelle ?
- Est-ce que j’ose recourir aux conseils de l’Eglise pour sortir de ma
dépendance à tel ou tel péché ?
- Le pardon des péchés compris à l’intérieur d’un amour : est-ce que cela
m’ouvre des perspectives différentes ? Le Carême est-il pour moi un
moment de privations ou un rendez-vous avec l’Amour qu’est Dieu ?

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Sur les pas de Saint Paul, Saint François de Sales, 2019, Françoise de Lauzon.

- Par quels moyens concrets vais-je manifester que je désire revenir au


Seigneur ?

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