Économie industrielle
et des organisations
Section 3 : Le monopole
Bertrand Quélin
Email : [email protected]
Poste 72.70
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 1
3. LE MONOPOLE
3.1. Les différentes causes du monopole
Absence de substituts proches
Élasticités-prix croisées doivent être faibles voire nulles
Cela accroît le pouvoir de marché de l’entreprise
Cependant,
L’évolution technologique peut modifier l’élasticité-prix croisée :
apparition de nouveaux produits
Ex: terminal téléphonique mobile vs. Organizer
Windows vs. Linux
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 2
3.1. Les causes du monopole
Barrières à l’entrée, à la sortie, à la mobilité
Le monopole est protégé de l’entrée de
nouveaux concurrents potentiels par des
barrières telles que :
Le contrôle de matières premières essentielles à la production du
bien
La franchise : donne le pouvoir à un producteur d’offrir un
bien/service dans une région donnée
Les brevets ou la propriété intellectuelle
Etc…
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 3
3.1. Les causes du monopole
Barrières :
Droits d’auteur :
donnent le droit d’exploiter une invention pendant une période
donnée
Contexte variable selon les pays
Économies d’échelle (economics of scale) :
productions caractérisées par un coût fixe important et un coût
marginal constant et relativement faible
Dans ces conditions, le coût moyen est sans cesse décroissant
Cette situation peut conduire naturellement à un monopole ou un
quasi-monopole
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 4
3.1 Les causes du monopole
Barrières :
Droits de douane
Barrières non tarifaires
Économies de variété (economics of scope)
Coûts fixes irrécupérables
Coûts de publicité …
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 5
3. Le Monopole
3.2. Le calcul du monopole
Objectif : maximisation du profit total
Le profit est la différence entre les ventes et les charges
Déterminer Q* tel que :
Π(Q*) = RT(Q*) – CT(Q*) soit maximum
Condition du premier ordre :
Rm(Q*) = Cm(Q*)
Recette marginale et coût marginal sont égaux
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 6
3.2 Le calcul du monopole
A. Recette du monopole
En concurrence, les entreprises considèrent le prix de vente comme
une donnée exogène
Cause : atomicité et petite taille des entreprises (cf. section 2)
Au contraire, le monopole est seul face à la
demande
il connaît le prix maximum que les
consommateurs sont prêts à payer pour acquérir
une certaine quantité du bien ou du service qu’il
offre sur le marché
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 7
A. Recette totale du monopole
|epD| > 1
P A
|epD| = 1
B
P1 |epD| < 1
Demande
P: prix
Q: quantités
D: demande
C
epD: élasticité-prix de la demande Q1 Q
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 8
A. Recette totale du monopole
Lorsque l’élasticité-prix de la demande est
supérieure à 1 en valeur absolue, |epD| > 1
une hausse de la quantité vendue se traduit par une
baisse du prix sur le marché
Mais, cette diminution est plus que compensée,
en termes relatifs, par l’accroissement relatif des
ventes
Alors, la recette totale du monopole s’accroît
(zone située entre les points A et B)
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 9
A. Recette totale
RT(Q) = Q.P(Q) [produit: Quantités vendues fois prix unitaire]
Du point B au point C, une hausse
B de la quantité écoulée par le
RT monopole se traduit par une baisse
de la recette totale ; la demande
est relativement inélastique
A C
RT: recette totale Q
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 10
A. Recette marginale
[Recette marginale : ce que rapporte la dernière unité vendue]
En passant du point 1 au point 2,
P le monopole subit deux effets
contradictoires sur sa recette
P1 1 totale :
une hausse (surface hachurée)
P2 2 liée à
l’augmentation de
la quantité vendue (Q1 => Q2 )
B
Demande
Q1 Q2 Q
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 11
A. Recette marginale
P
1 … et une baisse (zone hachurée)
liée à la
2 diminution
du prix de vente par unité
Demande
Q
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 12
A. Recette marginale
Le premier effet est lié à la variation de la quantité
produite
Il peut être être appréhendé, de manière
approximative, par le terme :
∆Q.P = (Q2-Q1).P2 > 0 (dans ce cas)
Le deuxième effet, lié à la variation du prix, est
mesuré approximativement par le terme :
∆P.Q = (P2-P1).Q1 < 0 (dans ce cas)
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 13
A. Recette marginale
La variation de la recette totale du monopole peut
donc être exprimée de la manière suivante :
∆RT = ∆P.Q + ∆Q.P
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 14
A. Recette marginale
∆ RT ∆ P .Q
= + P
∆ Q ∆ Q
⎡ ∆ P Q ⎤
= P ⎢ + 1⎥
⎣ ∆ Q P ⎦
⎛ 1 ⎞
Rm = P ⎜1 + ⎟
⎜ e d ⎟
⎝ p ⎠
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 15
Recette marginale
Si epd = – 1 alors la recette marginale, Rm = 0
Si epd tend vers l’infini, en valeur absolue, la
recette marginale tend vers P
Si epd est inférieure à 1, en valeur absolue, la
recette marginale est négative
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 16
A. Recette marginale du
monopole
|epD| > 1
P
A
|epD| = 1
B
P1 |epD| < 1
Rm Dde
C
Rm: recette marginale Q1 Q
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 17
B. Détermination de la
quantité produite
La condition de premier ordre de maximisation
du profit total de l’entreprise implique
qu’à l’équilibre, elle doit produire une quantité Q*
telle que :
Rm(Q*) = Cm(Q*)
Pour approfondir : Analyse du monopole
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 18
B. Détermination de la
quantité produite
P Coût marginal
P* Coût Moyen
Profit
total
Dde
Rm
CM: coût moyen : CT/Q Q* Q
Le coût marginal (Cm) est égal, à l’équilibre, à la recette marginale (Rm)
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 19
C. 5 Remarques
Remarque 1:
La quantité qui permet de maximiser le profit
total de l’entreprise se situe toujours
dans une zone de la fonction de demande où
l’élasticité-prix est, en valeur absolue,
supérieure (ou égale) à 1
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 20
C. 5 Remarques
Remarque 2:
A la différence de l’entreprise placée en
situation de concurrence,
le monopole maximise son profit total en
produisant une quantité telle que
son coût marginal de production est inférieur au
prix payé par les consommateurs
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 21
C. 5 Remarques
Remarque 3:
Le taux de majoration du prix par rapport au
coût marginal de production (« Price mark-up »)
est
un indicateur du pouvoir de marché détenu par
l’entreprise en monopole
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 22
« Price Mark-up »
P 1
= > 1
Cm 1 + 1
d
ep
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 23
Indice de Lerner
P − Cm 1
L= = d >0
P ep
Quand la demande adressée a un vendeur réagit peu au prix qu’il tarifie, alors
l’élasticité est faible.
L est jugé élevé et le vendeur peut accroître son prix nettement au-dessus de son coût
marginal.
On dit que le vendeur possède un pouvoir de marché important.
Exemple: ordre de grandeur pour une branche concentrée : e ≅ 2, L ≅ 0, 5
Soit, le prix est le double du coût marginal !
Conclusion : L’indice de Lerner de l’entreprise i est égal à sa part de marché divisée
par l’élasticité de la demande
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 24
C. 5 Remarques
Remarque 4:
Le monopole peut maximiser son profit total en
produisant une quantité telle que l’élasticité-prix
est égale à –1
Cette solution est retenue si son coût marginal
de production est nul
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 25
C. 5 Remarques
Remarque 5:
Le monopole peut fort bien maximiser son
profit total dans une phase où son coût marginal
est encore décroissant (phase de rendements
marginaux croissants)
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 26
C. Autres Remarques
P
Cm
D
Rm
Q1 Q
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 27
C. Autres Remarques
P
Cm
D
Rm
Q0 Q1 Q
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 28
C. Autres Remarques
Entre Q0 et Q1, quelle quantité l’entreprise doit-
elle choisir pour maximiser son profit total ?
d 2Π
< 0
dQ 2
Condition de deuxième
ordre
dRm dCm
<
dQ dQ
Le choix doit se porter sur Q1 qui satisfait cette condition
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 29
3.3 Les effets économiques
du monopole
A. Allocation des ressources et inefficacité du
monopole
Le monopole est socialement inefficace
Parce qu’il contribue à réduire le bien-être de la
collectivité en créant une situation de mauvaise
allocation des ressources (au regard du modèle micro-
économique néo-classique)
Pour approfondir : Analyse de la concurrence pure et parfaite
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 30
A. Allocation des ressources
Soit, P Cm
M
PM
PC C
Demande
Rm
QM QC Q
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 31
3.3 Les effets économiques
du monopole
B. Mesure du coût social (passage de la
concurrence vers le monopole)
Consommateurs :
deux effets liés à :
la hausse de prix subie sur l’achat de la quantité QM (surface A)
la baisse de la quantité disponible de QC à QM (réduction du surplus
des consommateurs - surface B)
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 32
B. Coût social
(consommateurs)
P Cm
M
PM
A B C
PC
D
Rm
QM QC Q
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 33
3.3 Les effets économiques
du monopole
Producteurs :
deux effets liés à :
La hausse de la recette totale obtenue sur la production QM (surface
A)
La baisse de la quantité produite oblige l’entreprise à renoncer à un
profit qui est égal à la surface C
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 34
B. Coût social (producteur)
P Cm
M
PM
AA
PC C
C
Demande
Rm
QM QC Q
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 35
B. Coût social
P Cm
Le coût pour la collectivité
est mesuré par la surface
M « B + C » qui représente
PM le coût lié à l’inefficacité
La sociale du monopole
B
surface A PC C
est C
NEUTRE
Demande
Rm
QM QC Q
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 36
3.3 Les effets économiques
du monopole
C. Conclusions
Le monopole pose quatre types de problèmes :
Allocation inefficace des ressources, donc perte sociale nette
Redistribution des revenus des consommateurs vers les producteurs
Autres formes d’inefficience :
inefficience technologique,
qualité des produits,
innovation….
Le monopole capture une rente
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 37
Les deux logiques
économiques-types
La logique concurrentielle
une fois le point mort atteint,
la baisse des coûts unitaires est répercutée à travers la baisse du prix de
marché dans le but de favoriser l'élargissement du marché, de
l'audience
La logique du monopole
brider son offre, grâce à des prix maintenus élevés pour limiter la
demande
pour un prix de marché maintenu, la recette retirée du client infra-
marginal (supplémentaire) est supérieure à celle retirée si le prix est
baissé
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 38
L’approche économique
de la rente
deux types de rente :
la rente différentielle
la rente de monopole
la rente différentielle est liée à un avantage
relatif de coût
justifiée par un différentiel de coût par rapport
aux concurrents directs
ou aux nouveaux entrants
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 39
La rente de monopole
la rente de monopole est associée à une
situation de domination monopolistique
c'est une notion économique qui ne recoupe
pas complètement les notions comptables
La rente en elle-même n’est pas à condamner
C'est l'usage de la rente qui est à analyser et
son contrôle par les Pouvoirs publics, s'ils
ont eu à voir avec sa création
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 40
La rente de monopole
Elle se traduit par une capture d'un sur-prix sur le
consommateur (expliquée par une structure de
marché particulière)
Pas de baisse de prix :
le monopole ne répercute pas la baisse des coûts de production
Recette supplémentaire tirée de la consommation au prix de monopole
> recette supplémentaire qui pourrait être tirée de la concurrence
Le marché est bridé dans son développement en volume
Le coût moyen total est en dessous de la recette moyenne totale
Pour approfondir : Les monopoles et les rentes
Pour approfondir : Analyse économique de la rente
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 41
3.3 Les effets économiques
du monopole
Pourquoi alors accepter une situation de
monopole ?
Brevets
Objectifs de politique sociale ou culturelle
Monopole naturel
Quelle forme d’intervention ?
Pour :
Contrôler
Réguler
Démanteler
© Bertrand Quélin - Groupe HEC 42