Logique et ensembles en mathématiques
Logique et ensembles en mathématiques
II Ensembles 7
II.A La notion d’ensemble . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
II.B Parties d’un ensemble . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
II.C Opérations sur les parties d’un ensemble . . . . . . . . . . . . . . 9
II.D Ensembles produits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
II.E Structure algébrique des ensembles . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
III Applications 13
III.A Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
III.B Injections, surjections, bijections . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
III.B.1 Notion intuitive d’ensembles en bijection . . . . . . . . . . 14
III.B.2 Applications injectives et surjectives . . . . . . . . . . . . 16
III.C Compléments sur les applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
III.C.1 Composée de deux applications et application réciproque 17
III.C.2 Prolongement et restriction d’une application . . . . . . . 19
Exemples 1.
– "2 + 2 = 4" est une assertion vraie.
– "2 + 2 = 5" est une assertion fausse.
– "π est un nombre entier" est une assertion fausse.
1
Remarque 1. Pour certaines assertions, on peut décider du caractère vrai ou
faux (par exemple, on peut décider que l’assertion x > 0 est vraie), mais cela
provoque parfois des contradictions. Par exemple, l’assertion "toute règle admet
une exception" ne peut pas être vraie. Les deux possibilités sont consignées dans
une table de vérité :
P
V
F
Remarques 2.
1. Le "ou" mathématique n’est pas exclusif : si les assertions P et Q sont
toutes les deux vraies, alors l’assertion (P ou Q) est vraie.
2. (P ⇒ Q) signifie (non P) est vraie ou (P est vraie et dans ce cas) Q est
vraie.
Cette assertion s’écrit donc aussi "Si P (vraie), alors Q (vraie)", ou encore
"P est une condition suffisante pour Q", ou enfin "Q est une condition
nécessaire pour P"
3. (P ⇔ Q) s’écrit aussi "P si et seulement si Q", ou encore "P est une
condition nécessaire et suffisante pour Q"
On peut résumer les différentes valeurs logiques prises par ces connecteurs
logiques en fonction des valeurs logiques de P et Q dans la table de vérité
suivante :
2
P Q P et Q P ou Q P ⇒ Q P ⇔ Q
V V V V V V
V F F V F F
F V F V V F
F F F F V V
Remarques 3.
1. Si P et Q sont simultanément fausses, alors (P ⇒ Q) est vraie. Par
exemple ((1 > 2) ⇒ (2 > 3)) est une assertion vraie.
2. P ⇒ Q n’a pas même valeur logique que Q ⇒ P.
Par exemple, pour x ∈ R, (x = 1 ⇒ x > 0) est une assertion vraie, mais
(x > 0 ⇒ x = 1) est une assertion fausse.
Démonstration. Toutes ces propriétés se retrouvent à l’aide de tables de vérité. Par exemple,
nous allons démontrer 3) :
Ce tableau nous permet de constater que les valeurs logiques prises par la propriété non(P et Q)
coïncident avec celles de la propriété (non P) ou(non Q).
On pourra démontrer le reste de la même façon à titre d’exercice.
3
Définition 2. Soit E un ensemble. Pour un élément x de E, on note P(x) une
assertion dont la valeur logique dépend d’une variable notée x. P(x) est appelé
un prédicat. Par exemple, pour E = R, le prédicat P(x) : ”x > 0” est vrai pour
la valeur x = 1, et faux pour la valeur x = −1.
I.B Quantificateurs
Définition 3.
1. On définit le quantificateur universel, noté ∀ (quelque soit) de la manière
suivante :
∀x ∈ E, P(x)
signifie que le prédicat P(x) est vrai pour toute valeur de x prise dans E,
ou encore :
{x ∈ E/ P(x) est vrai } = E
2. On définit le quantificateur existentiel, noté ∃ (il existe) de la manière
suivante :
∃x ∈ E, P(x)
signifie que le prédicat P(x) est vrai pour au moins une valeur de x prise
dans E, ou encore :
Exemples 3.
1. Si E = R∗− , et F = R∗+ , alors on a (∀x < 0, ∀y > 0, xy < 0), ce qui
équivaut à (∀y > 0, ∀x < 0, xy < 0)
4
2. Si E = F = R∗+ , alors l’assertion (∀x > 0, ∃y > 0, xy = 1) est vraie.
En effet, pour tout x réel strictement positif, il existe y = x1 > 0 tel que
xy = 1.
En revanche, l’assertion (∃y > 0, ∀x > 0, xy = 1) est fausse. On peut le
prouver à l’aide de la remarque 4. La négation de cette assertion est :
∀y > 0, ∃x > 0, xy 6= 1
Cette nouvelle assertion est vraie car pour y réel strictement positif quel-
conque, il existe x = y2 > 0 tel que xy = 2 6= 1.
I.C.1 Syllogisme
On veut démontrer la proposition Q. On procède en trois étapes :
1. On démontre la proposition P (celle-ci se vérifie en général directement).
2. On vérifie que l’assertion (P ⇒ Q) est vraie.
3. On en déduit la proposition Q.
C’est le mode de raisonnement le plus couramment utilisé, et qu’on fait souvent
sans y penser dans la vie courante. Par exemple :
"Socrate est un homme (proposition P). Tous les hommes sont mortels (propo-
sition P ⇒ Q). Donc Socrate est mortel (proposition Q).
5
"Si le triangle ABC est rectangle en A, alors BC 2 = AB 2 + AC 2 "
Sa contraposée devient :
Donc il faut chercher un entier n tel que n est divisible par 6 et par 4, mais
pas par 24. L’entier n = 12 convient.
6
I.C.7 Exemples
Exercice 2.
1. Soit p un entier. Montrer que si p2 est pair, alors p est pair (on pourra
raisonner par contraposée).
√
2. Montrer que 2 est irrationnel (on pourra raisonner par l’absurde).
√
2
3. Montrer qu’il existe un nombre irrationnel a tel que a est rationnel√(on
√ 2
pourra raisonner par disjonction des cas en considérant le nombre 2 ).
Solution.
1. On suppose que p est impair, alors il existe en entier k tel que p = 2k + 1. On calcule
alors :
p2 = (2k + 1)2 = 4k2 + 4k + 1 = 2(2k2 + 2k) + 1 = 2k0 + 1
donc p2 est impair.
√
2. Supposons que 2 est un nombre rationnel, alors on peut écrire :
√ p
2=
q
p p2
où q
est une fraction irréductible. Par élévation au carré, on obtient 2 = q2
et donc :
p2 = 2q 2
ce qui prouve que p2 est pair. Donc d’après 1), p est pair et on peut alors écrire p = 2p1 .
Par suite, comme p2 = 2q 2 , on obtient 4p21 = 2q 2 , donc q 2 = 2p21 , ce qui prouve que q 2
est pair, et donc que q est pair (q = 2q1 ). Finalement, on a :
p 2p1
=
q 2q1
ce qui contredit le fait que pq est une fraction irréductible. En conclusion, on a montré
√
par l’absurde que 2 est un irrationnel.
√ √2
3. On considère le nombre 2 :
√
1er cas : S’il est rationnel, on choisit a = 2, ce qui répond à la question.
ème
√ √2
2 cas : S’il est irrationnel, alors on choisit a = 2 . Dans ce cas :
√ √
√
2
√ 2 2 √ 2
a = 2 = 2 =2∈Q
ce qui répond à la question.
II Ensembles
II.A La notion d’ensemble
On ne donnera pas la définition mathématique, mais plutôt une définition
intuitive de ce qu’est un ensemble. Il s’agit d’une "collection d’objets" mathéma-
tiques à laquelle peut appartenir (ou non) un objet donné. Lorsque x appartient
à l’ensemble E, on note x ∈ E et on dit que x est un élément de E. Dans le cas
contraire, on note x ∈ / E.
Exemple 5. On peut définir un ensemble E par les méthodes suivantes :
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1. En énonçant un à un les éléments. Par exemple, E1 = {A, B, C, D},
E2 = {vert,rouge}, E3 = {1, 2, 3, . . . , 12}, N = {0, 1, 2, . . . , n, . . .}.
2. Par une liste de règles (axiomes). On peut ainsi définir N (axiomatique de
Péano), et construire les ensembles Z, Q, R et C à partir de N.
3. À l’aide d’un ensemble de référence E0 et d’un prédicat P(x).
E = {x ∈ E0 / P(x)}
Remarque 6. F ⊂
/ E si ∃x ∈ F, x ∈
/ E.
Démonstration.
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II.C Opérations sur les parties d’un ensemble
{E A A A
B B
A∪B A∩B
Proposition 5. Les opérations sur les ensembles respectent les propriétés sui-
vantes :
1. Avec la réunion :
a) A ∪ ∅ = ∅ ∪ A = A
b) A ∪ A = A
c) A ∪ E = E
d) A ∪ B = B ∪ A
e) (A ∪ B) ∪ C = A ∪ (B ∪ C)
f) A ∪ B = A ⇔ B ⊂ A
2. Avec l’intersection :
a) A ∩ ∅ = ∅ ∩ A = ∅
b) A ∩ A = A
c) A ∩ E = A
d) A ∩ B = B ∩ A
e) (A ∩ B) ∩ C = A ∩ (B ∩ C)
f) A ∩ B = A ⇔ A ⊂ B
3. Avec le complémentaire :
a) {E ∅ = E
b) {E E = ∅
c) {E {E A = A
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Proposition 6. Les opérations sur les ensembles respectent les propriétés sui-
vantes :
1. Les lois de Morgan :
a) {E (A ∪ B) = ({E A) ∩ ({E B)
b) {E (A ∩ B) = ({E A) ∪ ({E B)
2. Union et intersection :
a) A ∩ (B ∪ C) = (A ∩ B) ∪ (A ∩ C) (distributivité de ∩ par rapport à ∪).
b) A ∪ (B ∩ C) = (A ∪ B) ∩ (A ∪ C) (distributivité de ∪ par rapport à ∩).
c) A ∩ (A ∪ B) = A ∪ (A ∩ B) = A
3. Différence :
a) A \ B = ∅ ⇔ A ⊂ B
b) A \ ∅ = A
c) A \ B = A ∩ {E B = A \ (A ∩ B)
Démonstration. Nous allons effectuer une démonstration partielle de ces propriétés. La dé-
monstration des autres propriétés est similaire et pourra être faite à titre d’exercice :
• Montrons d’abord directement par équivalences la propriété 1a). Soit x ∈ E, alors :
x ∈ {E (A ∪ B) ⇔ non(x ∈ A ou x ∈ B)
⇔ non(x ∈ A) et non(x ∈ B)
⇔ x ∈ {E A et x ∈ {E B
⇔ x ∈ ({E A) ∩ ({E B)
• Montrons maintenant la propriété 2a). On veut montrer une égalité d’ensembles et pour
cela, on va montrer les inclusions réciproques :
– A ∩ (B ∪ C) ⊂ (A ∩ B) ∪ (A ∩ C)
Soit x ∈ A ∩ (B ∪ C), alors x ∈ A et(x ∈ B ou x ∈ C).
1er cas : x ∈ A et x ∈ B, alors x ∈ A ∩ B.
2ème cas : x ∈ A et x ∈ C, alors x ∈ A ∩ C.
En conclusion, x ∈ A ∩ B ou x ∈ A ∩ C, donc x ∈ (A ∩ B) ∪ (A ∩ C).
– (A ∩ B) ∪ (A ∩ C) ⊂ A ∩ (B ∪ C)
Soit x ∈ (A ∩ B) ∪ (A ∩ C), alors (x ∈ A ∩ B) ou(x ∈ A ∩ C).
1er cas : x ∈ A ∩ B, alors x ∈ A et x ∈ B, donc x ∈ A et x ∈ B ∪ C.
2ème cas : x ∈ A ∩ C, alors x ∈ A et x ∈ C, donc x ∈ A et x ∈ B ∪ C.
En conclusion, on a démontré que x ∈ A ∩ (B ∪ C).
E × F = {(A, 1), (A, 2), (B, 1), (B, 2), (C, 1), (C, 2)}
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F
E×F
2
E
A B C
Exemples 8.
– (Z, +),(Q, +),(Q∗ , ×),(R, +) et (R∗ , ×) sont des groupes commutatifs.
Pour le groupe (R, +), l’élément neutre est 0 et le symétrique de a est −a
(appelé opposé de a). Pour le groupe (R∗ , ×), l’élément neutre est 1 et le
symétrique de a est a1 (appelé inverse de a).
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– (N, +) et (Z∗ , ×) ne sont pas des groupes.
1+3 = 4
7+8 = 15 = 3
Dans l’exemple de la pendule, on peut par exemple vérifier que {0, 3, 6, 9} est
un sous-groupe du groupe des heures.
Exercice 3.
1. Montrer que l’ensemble C, muni des lois de composition + et × est un
corps commutatif.
2. Montrer que l’ensemble (U, ×) des nombres complexes de module 1 est un
sous-groupe de (C∗ , ×).
12
3. Montrer que l’ensemble (Un , ×) des racines nimes de l’unité est un sous-
groupe de U.
III Applications
III.A Généralités
On rappelle que f est une application d’un ensemble E vers un ensemble F si
tout élément x de E admet une image f (x) dans F , et si cette image est unique.
Autrement dit :
N → N
Exemple 10. Soit l’application f : .
n 7 → n+1
On a par exemple f ({0, 1}) = {1, 2}, et f (N) = N∗ (car ∀n ∈ N∗ , n = f (n − 1)
et 0 n’a pas d’antécédent par f dans N).
f −1 (B) = {x ∈ E / f (x) ∈ B}
R → R
Exemple 11. Considérons l’application f :
x 7 → x2
13
2
√ 0 √
− 2 2
Image réciproque de [0, 2]
1 2 3
N∗
N →
f:
n 7→ n + 1
14
– N et N × N sont en bijection.
On a les associations (voir schéma pour la suite) :
(0, 0) ↔ 0, (1, 0) ↔ 1, (0, 1) ↔ 2, (2, 0) ↔ 3, . . .
N
9 18
5 8
2 4 7 11
1
0 1 3 6 10 N
0 1
N → Z
n
Solution. Il suffit de considérer la relation : n 7 → 2
si n est pair.
n 7 → − n+1 si n est impair.
2
Définition 15. Un ensemble en bijection avec N est dit dénombrable (on peut
"numéroter" ses éléments). L’ensemble R n’est pas dénombrable (résultat établi
par Cantor ).
Demandons nous maintenant quelle condition nous assure que deux ensembles
E et F sont en bijection. Il doit exister une relation f : E → F telle que :
1) Tout élément de E admet une image dans F .
2) Cette image est unique. E F
15
III.B.2 Applications injectives et surjectives
∀y ∈ F, ∃x ∈ E, y = f (x)
E F E F
Définition 18. Soit f : E → F une application. On dit que f est bijective (ou
une bijection) si tout élément de F a un et un seul antécédent (par f ), ce qui
s’énonce de la manière suivante avec les quantificateurs :
E F
∀y ∈ F, ∃!x ∈ E, y = f (x)
Avec les définitions précédentes, on constate donc que f est bijective si et seule-
ment si elle est injective et surjective.
16
Remarque 11. La propriété de surjectivité traduit l’existence d’un antécédent
par f de tout élément y de F . La propriété d’injectivité traduit l’unicité d’un
éventuel antécédent de y. La propriété de bijectivité traduit donc l’existence et
l’unicité d’un tel antécédent.
Cf Cf
Cf
Cf Cf
lim f (x) = −∞
x→±∞
17
1. Si f : E → F et g : F → G sont deux applications, alors on définit la
composée de f suivie de g par :
E → G
g◦f :
x 7→ g[f (x)]
y = f (x) ⇔ x = f −1 (y)
E → E
3. L’application IdE : est appelée application identique (ou
x 7 → x
identité) de E.
g◦f
f g
E F G
f −1 g −1
(g ◦ f )−1
1. Montrer que s’il existe g : F → E tel que g ◦ f = IdE , alors f est injective.
2. Montrer que s’il existe h : F → E tel que f ◦h = IdF , alors f est surjective.
3. Montrer que si les deux conditions précédentes sont réunies, alors f est
bijective et f −1 = g = h.
18
III.C.2 Prolongement et restriction d’une application
R+ → √R
Exemple 13. Soit f :
x 7→ x
L’application : Cf
R → pR
g1 :
x 7→ |x|
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