ONG : Nouveaux Acteurs de Richesse
ONG : Nouveaux Acteurs de Richesse
n° 02-67
Gervais DOUBA*
Institut Universitaire de Technologie
Université de Rouen
3, avenue Pasteur
76186 – ROUEN Cedex
e-mail : douba@[Link]
1
Résumé
En revanche, l’intérêt que portent les sciences de gestion aux O.N.G. ; en terme d’approche
« entrepreneuriale » est à son balbutiement. Et pourtant, elles deviennent de véritables entreprises –
au sens où l’entend Joseph Schumpeter. En raison de leur poids dans le monde, de leur contribution
à la déconstruction des modèles d’analyse des mécanismes économiques traditionnels, de leur
contribution à la redéfinition des facteurs de richesse et de l’effort qu’elles déploient pour faire
émerger des mécanismes d’alternatives de redistribution de richesse, les sciences de gestion ne
sauraient les tenir longtemps à la marge.
L’intérêt de cette recherche – qui n’en est qu’à son début – est de placer le phénomène au
centre des préoccupations à venir des sciences de gestion, notamment à travers l’adaptation de
certains modèles d’analyse appliqués dans le champ « entrepreneurial ».
Abstract
In its sense « lobby or pressure group”, the phenomenon of Non Governmental Organisation
(NGO) emerged in 1919. Those organisations managed to play a little role in some commissions of
the League of Nations. They experienced some decline and even a break in their history from 1934
to 1945. From 1949 till today, they became an institution like the non-governmental organisations.
They became efficient thanks to their expertise and their capacity of analysis to such an extent that
they became the representative the governmental institutions prefer to deal with.
On the other hand, the interest that Science of Management have in NGOs as far as their
entrepreneurial capacities are concerned seems to be still in its infancy. Yet, owing to their influence
throughout the world, to the fact that they contribute on the one hand to calling into question the
traditional economic mechanisms, on the other hand to re-defining the factors of wealth and its
redistribution, Science of Management can’t afford to ignore them for a long time.
The interest of this note is to focus the attention of Science of Management on this
phenomenon especially through some models of analysis...
2
Introduction :
Dans son célèbre ouvrage publié en 1942, Capitalisme, socialisme et démocratie1
Joseph Schumpeter, le théoricien de l’innovation et de l’esprit d’entreprise écrivait dans un
sous chapitre intitulé « le crépuscule de la fonction d’entrepreneur » :
1
Jacques Marseille ; Professeur à l’Université de Paris 1 Sorbonne « La création d’entreprise, une exception
française ou un trouble de la mémoire ? « Actes du colloque de l’ADHE sous sa propre direction ». Joseph
Schumpéter ,Capitalisme, socialisme et démocratie, traduction Payot, 1965 p. 186.
2
Michel Foucault « L’usage des plaisirs, Paris , Gallimard, N.R.F. 1984, p. 14. »
3
balbutiement à en croire les travaux de ATD-Quart Monde et de l’Université sur « vaincre
l’exclusion ».
Ce sont des hommes d’action qui n’avaient pas hésité à saisir toute opportunité de
créer une nouvelle organisation marchande pour les uns et non marchande pour les autres
et qui, se sont rendus célèbres sur le plan économique et social à partir de cette réalisation.
De cette aptitude, toutes les sociétés auxquelles ils appartiennent et au-delà de sa sphère,
les reconnaît comme non conformistes, ayant une vision large de la vie, endurants et
patients.
S’agissant du domaine du non marchand, que le commun des mortels les identifie
sous le nom de « Médecin Sans Frontière. » ou « Médecin Du Monde » ou ATD-Quart
monde ou d’Amnisty Internationale ou de Croix Rouge Internationale ou de Terre des
Hommes ou Défense de l’Enfant Internationale ou de RADI (réseau africain de
développement intégré), pour ne citer que celles dont la notoriété spontanée ne fait plus de
doute, selon un rapport du PNUD3 le nombre des ONG recensé dans le monde est passé de
23600 en 1991 à 44000 en 1999. Elles sont multiformes mais ont en commun la
préoccupation de privilégier la proximité et d’impulser la construction d’une société civile
dont les composantes maîtrisent les instruments clés du développement durable et de la
lutte contre la pauvreté. Elles posent clairement et de façon non conformiste la question de
l’urgente nécessité de faire des pauvres, des citoyens à part entière, accédant à tous les
droits économiques, sociaux et politiques puis exerçant et jouissant pleinement de tous ces
droits à savoir l’ensemble des droits humains, puis remettent en question les instruments
classiques de mesure de richesse d’il y a cinquante ans qu’est le P.I.B, enfin proposent
avec audace la recherche et l’expérimentation de nouveaux indicateurs l’indice de
développement humain ( I.D.H)4
3 AFP 29/06/00 cité par le journal « Le monde interactif ( actualité en continu) du 29/06/ 00
4 Alternatives Economiques n°193 de juin 2001 « Comprendre la macroéconomique »
4
reconstitution de l’espace des possibles à l’intérieur duquel se prennent les décisions. Que
l’on se situe sur le plan théorique ou opérationnel, l’entrepreneuriat oppose et opposera une
résistance à définition simple à cause de son caractère protéiforme et de l’usage
inflationniste auquel la notion d’entrepreneur et d’entreprise donne lieu ; c’est-à-dire réduit
au seul domaine marchand. L’entrepreneuriat, c’est l’esprit d’entreprendre qui comprend
d’un côté la création d’entreprise et de l’autre la création d’activité relevant de l’économie
solidaire ou l’activité humanitaire. Alors que l’entrepreneuriat traditionnel repose sur
l’existence d’un marché solvable, l’entrepreneuriat associatif ne se pose nécessairement
pas la question de la contrepartie financière et semble considérer le cas de ressources quasi
illimitées où le souci premier est de satisfaire une demande (toujours croissante)
5 Philippe Merlant « Qu’est-ce que ça vaut ». Transversales n° 70 août 2001. Commentaire de la première
partie du Rapport d’étape de Patrick Viveret sur les nouveaux facteurs de richesse. Et Dominique Méda «
Qu’est-ce que la richesse » éditions Aubier Paris 1999.
6
Bernard Guilhot « soixante–dix ans d’analyses de défaillances d’entreprise "Problèmes économiques"
n° 2700 du 14 Février 2001. Source revue française de gestion n° 130 septembre-octobre 2000 (FNEGE)
5
ses propres travaux, Bruyat ( 1993) propose un schéma original sur la notion de
« dialogique » entrepreneur/entreprise nouvelle. Ce terme forgé par Edgar Morin en 1989
signifie que deux ou plusieurs logiques différentes sont liées en une unité de façon
complexe (complémentaire, concurrente et antagoniste) sans que la dualité se perde dans
l’unité.
6
disent-elles pas que l’homme ne vivra pas de pain seulement mais de toute parole qui sort
de la bouche de Dieu !).
Faim
La Faim
L’Ignorance La maladie
Mais, pour trouver des réponses aux problèmes qu’induit le triangle de la misère, il
a recours à un second outil de diagnostic ; le triangle du dialogue de la solidarité et du
partage. (que nous appelons le Triangle de l’Herméneutique ou de l’interprétation de la
misère).
7
Ce triangle nous est inspiré par les travaux de Bruyat et de la notion de dialogique
d’Edgar Morin mais également des réflexions de Michel Foucault sur l’herméneutique de
l’individu face à la richesse, aux mutations du monde. Celui-ci, également de forme
isocèle, qu’on peut inscrire dans un cercle pour en faire un système, est composé de :
Pouvoir/Dominatio
( trav de Hobbes)
Quête de sens
Le Lien (Durkheim)
* Le lien : Supérieur au bien parce que le bien (échange est réduit à la dimension
utilitaire). On doit avoir des liens même quant on a rien à échanger. Alors que l’absence de
bien ou son insuffisance « castre », le lien, lui, « encastre ». Le premier joue un rôle
exclusif sur l’individu dans ses rapports à l’échange ( le marché, la main invisible) avec le
groupe ou la société, l’autre joue un rôle inclusif dans la communauté. C’est en cela que
nous considérons le lien(travaux de Durkheim) comme étant supérieur au bien (l’espace
occupé est fait de lien, de liberté et de conviction forte).
L’individu est épais et complexe, seul le lien fort – et non le bien - permet de vivre
ensemble. Le marché (La main invisible) ne répond pas au besoin mais à la demande
solvable.
* Pouvoir/Domination (autorité légitime) (Travaux de Hobbes). Représenté par
l’Etat et la société civile dont la famille. L’individu ou la famille transmette un patrimoine
spirituel. L’individu doit se l’approprier et savoir le remettre en cause. L’Etat et la société
civile ont une mission de régulation afin de faire coexister sans obscurantisme les
différentes vérités, les économies plurielles et les libertés plurielles. C’est l’une des
composantes du concept de gouvernance ; gouvernance urbaine, gouvernance locale.
L’autorité doit trouver des règle de régulation des libertés et des convictions fortes et non
interdire leur expression ou procéder par « castration » ou bâillonnement.
* La quête de Sens. (L’être humain est soit passionné,soit virtuose de la vérité).
Face à la problématique de création de richesse, il se pose un certain nombre de questions
parmi lesquelles celles-ci : au nom de quoi et de qui, certaines ne peuvent pas vivre de
leurs activités parce que le marché en a décidé autrement ! Pourquoi tout est marchand et
tout ce se ramène à la marchandisation ! Quel est le sens de la vie ? Pourquoi seul
l’entrepreneuriat marchand est digne d’être labellisé comme tel. Pourquoi seule la
démarche de marché est rationnelle, on ne vit pas pour vivre mais on vit pour consommer ?
Ce n’est pas sans raison que Amartya Sen souligne que l’économie moderne s’est trouvée
considérablement appauvrie par la distance qui l’a éloigné de l’éthique12.
Enfin, les travaux de Polanyi qui ont influencé l’économie solidaire s’appliquent
naturellement à l’entrepreneuriat associatif. Cet auteur identifie quatre principes
économiques : le marché, la redistribution, la réciprocité et l’administration économique.
12 Amartya Sen « L’économie est une science morale » édition La Découverte 1999, éthique et économie ,
8
L’entrepreneuriat associatif favorise le développement de l’économie solidaire dont
l’ambition est de combiner la réciprocité, et la redistribution dans un cadre légal et fondé
sur la liberté d’adhésion et l’égalité (selon Laville). L’entrepreneuriat associatif cherche à
promouvoir la cohabitation de l’économie monétaire avec l’économie non monétaire. Dans
l’économie monétaire, la liberté individuelle s’exprime uniquement par le marché alors que
l’économie non monétaire sort les échanges de l’anonymat et construit une communauté.
La communauté est l’ensemble de gens qui vivent ensemble parce qu’ils ont lien,
parce qu’ils adhèrent ou sont attachés aux mêmes valeurs fondatrices et garantissant la paix
et la liberté des uns et des autres. La socialisation ne peut réussir que si la
communautarisation est réussie. Ces valeurs essentielles sont celles de la solidarité et de la
responsabilité. Si les éléments appartenant à un groupe sont plutôt surcommunautarisés que
socialisés, il est impossible de réussir à construire une société. La société, quant à elle, est
l’ensemble des personnes qui décident de vivre ensemble parce qu’elles considèrent qu’il
est de leur devoir de se forger un avenir commun en dépit du fait qu’elles ne s’aiment pas,
qu’elles ne se ressemblent pas, qu’elles ne partagent pas toujours les mêmes valeurs, en un
mot qu’elles n’iraient pas pique-niquer ensemble tous les dimanches. La société revient à
vivre différemment ensemble. Ce ne sont pas les articles 1832 et suivants du code civil qui
nous démentiront !
En présence des gens qui ont de la peine à faire cette distinction, le marché seul et
ses règles classiques de l’échange ne suffisent pas. Dans un contexte de difficultés d’accès
à la consommation pour une grande majorité d’individus à travers le monde, quand le bien
s’éloigne c’est le lien qui rapproche et la véritable œuvre entrepreneuriale consiste à rendre
lisibles et identifiables et appropriables - pour tout un chacun, les fondements de la
communauté, la nécessité d’une socialisation réussie afin de faire les de l’appartenance à
une société et d’y assumer ses droits et obligations. C’est une véritable œuvre
entrepreneuriale que de conduire un projet de développement durable.
Pratiquement, lorsque l’analyse des causes de la misère est faite, suivie de son
l’interprétation, le mode opératoire pour tout projet de développement durable va être de
faire affleurer les problèmes de société à travers les rapports entre les sciences, les
technologies et leurs influences réciproques entre l’image de soi, et celle de la
communauté. Dans un projet de développement local, l’entrepreneuriat associatif amènent
les acteurs à s’approprier les instruments-clés de développement durable et de lutte contre
la pauvreté. Au cours de cette démarche, l’outil épistémologique qu’est l’approche S.T.S.
(Sciences-Techniques-Sociétés).
9
On fait relever les indications claires du lien avec la société (par exemple la relation
existant entre les développements technologiques ou scientifiques et les questions de
société correspondante telles que l’analphabétisme, l’illétrisme, la faim et la maladie)13.
Cette grille permet de corriger des fausses représentations :
13 En Belgique, le courrier du CETHES a popularisé cette approche sous l’appellation de « grille STS » n° du
mois d’Août 1987.
14
Philippe Mathy « Donner du Sens aux cours de sciences , des outils pour la formation éthique et
épistémologique des enseignants » éditions De Boeck Université Paris Bruxelles 1997 ( notre adaptation)
15
Rapport mondial sur le développement humain PNUD 1996.
16
Lettre de mission datée du 25 juillet 2000 du Secrétaire d’Etat à l’économie solidaire M. Guy Mascoët à
M. Patrick Viveret. Transversales n°70 Août 2001 « Reconsidérer la richesse. » n° spécial.
10
2. La remise en cause de la pertinence des facteurs classiques de
production de richesse ?
Un important cadre théorique a été exploré par le prix Nobel d’économie, Amartya
Sen, celui des indicateurs de développement humain. Cette théorie a été consacrée par le
PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement)
Très longtemps ignoré par les agrégats économiques habituels (PIB, PNB) par le fait
que leur initiative n’est ni créatrice de richesse ni créatrice d’emplois, l’entrepreneuriat
associatif entre par la grande porte à partir des travaux de Amartya Sen et du rapport du
PNUD. Il est désormais un entrepreneuriat alternatif. Si la définition de la richesse induit
choix de société, cela signifie qu’en diversifiant la définition de la richesse, ceux qui
prenne le risque dans le domaine de l’économie solidaire sont aussi des entrepreneurs !
Cette théorie est complétée par la théorie du capital social selon Robert Putnam. Le
capital social- à la différence de la théorie du capital humain, qui se réduit à l’ individu -
fait référence à des caractéristiques de l’organisation sociale telles que les réseaux, les
normes et la confiance sociale, qui facilitent la coordination et la coopération en vue d’un
bénéfice mutuel. Contrairement à la théorie du capital humain [théorie développée par
Becker (un prix nobel d’économie dont les fondements des travaux ont commencé dans les
années 1964-65 ; période où la concurrence des deux systèmes dominants – capitalisme
américain contre socialisme soviétique-atteignaient son niveau de paroxisme17] dont le
centre d’intérêt est le niveau de formation, la courbe d’expérience et la productivité de
l’individu, l’ensemble servant à mesurer l’efficacité, l’efficience et l’effectivité de la
ressource humaine dans un contexte de compétition, le capital social ne se réfère pas aux
Paris 2001.
11
compétences des individus mais aux compétences collectives qui résultent de la qualité de
leurs relations. Par exemple les réseaux d’engagement civique tels que les syndicats, les
clubs et les partis politiques, toutes sortes d’association, de réseaux informels de voisinage,
les clubs sportifs et les coopératives, sont des manifestations typiques du capital social.
Plus ces réseaux sont denses et plus il est vraisemblable que les membres d’une
communauté coopèrent en vue d’un bénéfice mutuel. Le capital social est important pour la
vie économique parce que les réseaux, les normes et la confiance facilitent la coopération.
Il faut toutefois faire remarquer que le capital social ne recouvre pas l’ensemble des
indicateurs sociaux. En revanche, lorsque Amartya Sens aborde la question des inégalités,
il établit un lien avec l’idée de capital social. Prenant en compte le besoin fondamental
qu’ont les gens de donner un sens à leur mode de vie, l’auteur en vient à considérer que la
véritable valeur des richesses économiques résident dans leur capacité à élargir la liberté de
choix des individus. Comme théoriciens du capital social, Sens met l’accent sur la capacité
qu’ont les gens d’agir au sein de la société en vue de leur propre bien-être, ce qui le
conduit à insister sur les inégalités affectant l’autonomie et le pouvoir social des personnes
et des groupes.
12
I°) Sur le plan international18
2°) Sur le plan national (cas français notamment en Seine Maritime et dans la ville
de Rouen)( promotion de l’entrepreneuriat péri urbain et rural)
En règle générale, le travail se fait autour de trois axes (qui tiennent compte non
sulement du Triangle de la misère mais aussi du Triangle de l’herméneutique et de la
démarche STS)
2°) défense des droits sociaux de catégories de la population où ils sont particulièrement
bafoués- notamment les paysans dans les campagnes et les habitants des bidonvilles, en
organisant des comités de quartier autour de questions vitales comme l’accès à l’eau et à
l’électricité, de même qu’à l’équipement collectif en matière de santé et d’éducation ;
Enfin, nous entendons par « sans imputation » le fait de ne pas se contenter d’accuser
l’Etat, les collectivités territoriales ou les légitimités supranationales mais de renverser leur
habituelle injonction paradoxale en prouvant que le capital social du territoire ou du local
est à même de proposer un projet viable. C’est aussi le fait de relier le local au global en
s’impliquant dans des actions ou toute initiative de nature ou d’effet à faire vivre des
personnes d’autres lieux
18 Conférence internationale sur l’économie sociale au Nord et au Sud à Ostende (400 délégués venant d’une
trentaine de pays).
13
Conclusion
Les ONG sont des entrepreneurs de nouvelles activités. La spécificité de cet
entrepreneuriat réside dans l’utilisation adaptée à chaque situation de l’épistémologie mais
avec une lecture éthique des instruments d’analyse systémique de la misère et du triangle
de l’herméneutique des situations mises en évidence. L’entrepreneuriat associatif – par son
développement - bouscule le marché sans remettre en cause ce dernier dans ces principes
fondamentaux ; c’est-à-dire en tentant tant bien que mal de replacer l’humain au centre des
préoccupations du marché ou en favorisant l’émergence des économies plurielles de
marché par ses spécificités selon Maurice Parodi19 – citant [Link]-Lainé à savoir les
quatre fonction des associations qui sont :
1°) La fonction d’avant garde ou d’innovation sociale qui implique d’une part, une aptitude
particulière à déceler les besoins sociaux, et d’autre part part, à les satisfaire ou tout au
moins à les signaler ou à les réveler
2°) La fonction de production de services de proximité à moindre coût pour la collectivité
ou fonction de création de gratuité
3°) La fonction de réfection du tissu social ou de socialisation
4°) La fonction d’accompagnement des personnes démunies, exclues - que Gérald
Orange20 appelle la médiation citoyenne. L’auteur inscrit la médiation citoyenne dans la
troisième typologie de la démocratie ; le partenariat ou la démocratie de médiation. Les
collectivités territoriales n’étant donc pas toujours en mesure de répondre à une demande.
Alors elles construisent une offre complexe, que l’on retrouve dans maints dispositifs
publics, capables d’apporter une réponse personnalisée à des personnes dont les besoins, en
leur absence, demeureraient non révélés. Dans cette offre de proximité, les pouvoirs
publics ne peuvent plus être les seuls acteurs .Ils doivent décentraliser leurs compétences,
composer avec l’environnement, coproduire le bien collectif avec des acteurs privés,
regroupés au sein d’associations et de structures juridiques aux caractéristiques hybrides.
Pour Gérald Orange, si l’action non marchande de quelques-uns améliore le sort de
certains,la société augmente la satisfaction globale. La médiation citoyenne, exercée
librement par des entreprises ou des associations, le plus souvent en coopération avec les
acteurs publics, a pour but de contribuer au bien-être collectif des citoyens. Lorsque l’Etat
ou les collectivités publiques ne parviennent plus à maîtriser la complexité des situations
économiques, sociales ou culturelles que l’évolution des sociétés créée d’une façon
inéluctable, ces derniers, par toutes les formes de délégation, de déconcentration, de
décentralisation ou de dévolution- les quatre « D. » répartissent les compétences et tentent
de faire en sorte que la prise de décision se rapproche de son terrain d’action.
19 Maurice Parodi « Sciences Sociales : spécificités méritoires des associations » Une seule solution,
14
Les sciences de gestion sont en quelque sorte sommées d’explorer l’entrepreneuriat
associatif. Sa contribution est gigantestque. D’une part la théorie du droit d’ingérance
humanitaire du milieu des années quatre-vingts et quatre-vingts et dix a été la nouvelle
force du droit international pour prévenir les conflits et faire avancer la paix, il est à parier
que la théorie des indices de développement humain emprunte le même chemin en sciences
de gestion D’autre part, la littérature managériale relève l’intérêt porté sur l’idée de
responsabilité sociale attendue de la part des entreprises et renforce ainsi , la prise de
conscience sur l’importance de la dimension humaine ; on fait référence à des valeurs telles
« l’éthique » « l’équitable » pour indiquer que les engagements de l’entreprise ne se
limitent plus qu’aux salariés et aux clients mais s’étendent à l’ensemble de toute la
communauté : contribution directe à la protection de l’environnement, à la protection de la
culture, à la préservation de la santé primaire etc ; on parle d’entreprise citoyenne. Enfin,
l’intérêt pour les sciences de gestion d’approfondir la question de l’entrepreneuriat
associatif est aussi de démontrer scientifiquement que dans le domaine de la motivation
des entrepreneurs associatifs, tout dépend de la hiérarchie des besoins de chacun. Le slogan
d’une association caritative se résumant par « servir d’abord » n’empêche pas la possibilité
pour certains acteurs de « se servir d’abord ». Le credo n’est pas toujours le bénévolat’ ;
valeur ajoutée essentielle mais le privilège de travailler pour telle ONG à des fins de
prestiges ou de rémunération conséquente.. D’ores et déjà, on parle depuis un certain
nombre d’années de la gouvernance ; depuis la gouvernance urbaine jusqu’au niveau du
territoire et niveau internationale. Les effets d’externalité imposent qu’on élabore des
instruments clés pour lutter contre la pauvreté et consolider le développement -qui doit être
durable.
Compléments de bibliographie
1) Une seule solution, l’association ? (La revue du M.A.U.S.S. édition Ladécouverte/
MAUSS 1998).
15
7) Les sociétés civiles face au marché. Editions Karthala Paris 2000.
8) Le développement local. Editions Syros ( 2è édition revue et augmentée) Paris 2001.
11) Rapport mondial sur le développement humain 2000 ( PNUD publié par éditions
DeBoeck Université Paris 2000.
12) Rapport général sur la pauvreté « Fondation Roi Baudouin, Editions ATD Quart
Monde Belgique 2000.
13) Exclusion et liens financiers « Rapport du centre Walras 2001 sous la direction de J.M.
Servet . » Economica Paris 2001.
14) Le croisement des savoirs ; Quand le quart monde et l’Université pensent ensemble,
Editions Quart Monde Paris 2000.
15) L’Afrique politique ; réformes des Etats [Link] Karthala Paris 2001.
16