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Déterminants de la crise climatique

Ce document décrit les déterminants de la crise climatique, notamment les émissions de gaz à effet de serre, le budget carbone, les risques climatiques et les impacts. Il présente également les objectifs à long terme découlant de ces facteurs et les trajectoires d'émission nécessaires.

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Déterminants de la crise climatique

Ce document décrit les déterminants de la crise climatique, notamment les émissions de gaz à effet de serre, le budget carbone, les risques climatiques et les impacts. Il présente également les objectifs à long terme découlant de ces facteurs et les trajectoires d'émission nécessaires.

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CLIMAT

PARTIE III - La Politique Climatique 50 % (Etienne Hannon)

Cette 3e partie du cours est divisée en 4 sections qui feront l’objet de quatre cours différents donc ce commentaire
s’attarde sur la 1ère partie, la 1ère section décrira les déterminants de la crise climatique en particulier en s’intéressant
à la question des émissions de GES, leur source, le budget carbone, les risque climatiques et les impacts et les objectifs
à long terme qui en découlent et les trajectoires d’émission. Dans une 2ème section on verra les aspects plus liés à la
transition sociétale, donc les questions de mutation et de transformation de la société et de changement de paradigme
vers une société neutre climatiquement parlant ou 0 carbone ou bas carbone. On verra donc dans cette section toutes
les mutations sectorielles requises pour
atteindre cette transition systémique.
La 3ème section s’attardera sur les
aspects de coopération internationale et
en particulier le processus multilatéral
de négociation dans le cadre des
Nations Unies et avec un volet en
particulier sur l’Accord de Paris et le
régime coopératif mis en place par cet
accord international. La dernière partie
sera consacrée aux instruments de la
politique climatique, à la fois au niveau
européen et belge, donc il s’agira d’une
introduction aux aspects institutionnels
de politique énergétique et climatique
au niveau de l’UE et de la Belgique et
nous terminerons ce cours sur des
aspects de gouvernance climatique en
Belgique.

Chapitre 1 – Crise climatique

Nous allons décrire brièvement les déterminants de cette crise à l’heure actuelle en 2020.

Partie 1.1 : Budget carbone et émissions de GES

• État du climat mondial (2019)

Au niveau « température, les observations


météorologiques nous indiquent que nous
sommes actuellement à +1.1°C par rapport
à la période préindustrielle (donc on à pris
un peu plus de 1 degré depuis 1850).

On sait c’est que ce réchauffement ne peut


pas être expliqué par des facteurs de
forçage naturel. La seule explication
scientifiquement robuste aujourd’hui de ce
réchauffement c’est le facteur anthropique,
c’est-à dire les émissions de GES générées
par les différentes activités humaines.

Alors ce réchauffement s’est opéré


graduellement au cours du 20ème siècle en
2 phases successives :

- Durant la 1ère moitié du siècle puis


relative stabilisation ;
- Suivi d’un redémarrage à la hausse des températures à partir des années 1970/80. Nous sommes toujours
actuellement dans cette tendance haussière.

Et ce réchauffement ne va pas s’arrêter là. Pour l’instant, le rythme moyen de réchauffement de l’atmosphère est de
2/10ème de degré par décennie. Compte tenu de l’inertie du système climatique, au minimum pendant les 2 à 3
décennies à venir, ce réchauffement va continuer (du fait des concentrations de GES qui sont actuellement dans
l’atmosphère) et donc si on fait le petit calcul, 1.1°C + 2 décennies avec un réchauffement d’environ 2/10ème de degré
par décennie, d’ici 20 à 30 ans on devrait atteindre ou en tout cas s’approcher très fort de 1.5°C (entre 2030 et 2052).
C’est un peu la limite de réchauffement qui permette d’éviter les impacts les plus amples.

• Records de température

Les tendances récentes confirment ce


phénomène de réchauffement climatique.

- 2019 est la 2ème année la plus chaude


jamais enregistrée.
- Les températures moyennes sur 5 ans
(2015-2019) et 10 ans (2010-2019) ont été les
températures les plus élevées jamais
enregistrées.
- Chaque décennie depuis 1980 (plus
pertinent de prendre des décennies qu’une
année quand on parle de tendances
météorologiques) est plus chaude que les
précédentes.
- Non seulement l’atmosphère se réchauffe,
mais aussi l’océan ce qui est préoccupant
puisque la chaleur contenue dans l’océan
contribuera également, dans le futur, à réchauffer
l’atmosphère.

Donc on voit effectivement ces dernières années de nouveaux records de température régulièrement à différents
endroits du globe. Le réchauffement est clairement plus intense sur les zones continentales que sur les zones
océaniques. Le réchauffement est plus
marqué dans l’hémisphère Nord (que dans
l’HS) et singulièrement en hautes latitudes.
C’est une tendance très forte qu’on
observe et donc on peut avoir localement
des niveaux de réchauffement qui sont
très nettement supérieurs à la moyenne
globale de 1.1°C.

• Événements et anomalies climatiques


en 2019

Alors en 2019, on a aussi observé tout un


cortège d’événements extrêmes qui eux
aussi confirment que le système
climatique est en train d’évoluer vers
quelque chose qu’on n’a pas connu
jusqu’ici. Exemples : Les épisodes de
canicule extrême en Europe l’été dernier.
Les épisodes d’ouragans exceptionnels à
la fois en fréquence et en intensité dans
l’Atlantique et dans le Pacifique. Et de très
nombreux impacts associés à ces
événements climatiques extrêmes ont été observés. Exemple : Les incendies en Australie.
=> Illustrent le fait que le phénomène du réchauffement climatique est actuellement en train de s’emballer et
s’accélérer.

• Concentrations record de Co2

Le responsable principal de ce
réchauffement, c’est l’activité humaine au
travers de ses émissions de GES et parmi
ceux-ci, le premier facteur de forçage
anthropique c’est le CO2. Le CO2 est
naturellement présent dans l’atmosphère
mais sa concentration augmente chaque
année avec une variabilité saisonnière qu’on
observe également chaque année. Il y a
environ cinq ans, on a même atteint le niveau
de 400 parties par million (ppm). Chaque
année, des nouveaux records de CO2
atmosphériques sont atteints.

Ce qui est particulièrement préoccupant,


c’est la durée de vie dans l’atmosphère du
CO2 : une fois émis à l’atmosphère, il
séjourne pendant plusieurs siècles (et plus
longtemps encore dans l’océan). Donc
évidemment en amplifiant cette concentration de CO2 atmosphérique, on induit un signal à très long terme qui va
continuer d’impacter le climat pour plusieurs siècles voire plusieurs millénaires.

• Les 3 principaux GES anthropiques

Le CO2 n’est évidemment pas le seul


GES anthropique, mais c’est le plus
préoccupant parce que le plus
important en termes de forçage radiatif.
C’est celui qui est le plus associé à
l’activité dans la quasi-totalité des
secteurs d’activité économiques du fait
de la consommation de combustibles
fossiles pour la production énergétique.

Donc on observe depuis le début de la


période industrielle une augmentation
de ces émissions/concentrations de
CO2 (+35% depuis 1750), et c’est dû :

- D’une part à la combustion des


fuels fossiles (càd pétrole, charbon et
gaz naturel) pour ¾ ;
- D’autre part à la déforestation pour
1/4.

Les deux autres GES les plus importants sont le méthane et le protoxyde d’azote dont les émissions ont également
augmenté depuis l’industrialisation et par conséquent leurs concentrations dans l’atmosphère également : CH4 +151%
depuis 1750 et N2O +17% depuis 1750.

La source principale du méthane est associée à l’agriculture, donc à la fois à l’élevage (de bétail, les ruminants en
particulier), mais aussi à la culture du riz. Le méthane est aussi émis par les compostières, donc la bio méthanisation
des déchets. Une autre source importante de méthane est liée vient des raffineries, du traitement des combustibles
fossiles, donc des fuites de méthane associées soit à l’exploitation ou au transport ou raffinage de produits pétroliers,
produits gaziers.
Pour le protoxyde d’azote, les deux sources principales sont :

- L’agriculture : l’azote est en effet utilisé largement comme fertilisant dans l’agriculture et une partie de cet
azote se retrouve libéré du sol sous forme de protoxyde d’azote.
- L’industrie chimique : notamment pour fabriquer ces engrais azotés.

• Sources d’émissions de GES au


niveau mondial (2010)

Les données du graphique concernent


l’année 2010 mais ça n’a pas
fondamentalement changé depuis.

1. Grosso modo ¼ des émissions des


GES au niveau mondial sont associées à
la production d’électricité et de chaleur
(zone en beige foncé). Cette production
d’électricité est elle-même consommée
par différents secteurs consommateurs
d’électricité (le secteur industriel, le
secteur des bâtiments étant les plus gros
consommateurs Et l’énergie, les
transports et l’agriculture qui sont plus
marginaux). Donc cela concerne la
production et la consommation
d’électricité.

2. La moitié des émissions se répartit entre :


- D’autres secteurs énergétiques mais non autre que l’électricité donc tout simplement la combustion par
exemple pour la production de chaleur, la consommation de combustibles fossiles
- L’industrie
- Les transports
Ces deux derniers postes sont des postes d’émission importants au niveau mondial.
- Les bâtiments donc la consommation énergétique hors électricité dans les bâtiments.

3. Le ¼ restant des émissions (partie en vert) est associé à l’usage des sols : l’agriculture, la foresterie, et
les autres usages des sols (ce qu’on appelle en français AFAT et qui sont donc tous les aspects
d’utilisation des sols qui sont également générateurs d’émissions de GES).

Donc ce qu’on peut retenir très globalement, c’est que près de ¾ des émissions au niveau mondial sont associées à
la production et la consommation énergétique et au processus industriel et le quart restant des émissions est lié aux
usages des sols, c’est-à-dire la déforestation et l’activité agricole.

• Perturbation anthropique du cycle du carbone

Schéma qui montre dans quelle mesure les activités anthropiques ont bouleversé de manière assez fondamentale le
cycle du carbone.

On y voit les différents réservoirs de carbone (les ronds) au niveau terrestre, océanique et atmosphérique et les flux
qui existent entre ces différents réservoirs Une bonne partie du carbone présent à la surface de la Terre est présent
dans l’océan sous forme de carbone dissout, il est également présent sous forme de carbone organique et dans la
biomasse océanique. De même, sur Terre on a une partie de carbone présent dans la végétation qui recouvre la
surface terrestre, dans les sols, dans le permafrost. On a plus marginalement des petits réservoirs au niveau des
rivières, des lacs et des systèmes côtiers, dans les sédiments marins également. Donc cela représente une partie du
carbone qui est présent à la surface de la Terre. Et entre ces réservoirs, il existe des échanges naturels. Il existe des
flux naturels de carbone qui sont en principe à l’équilibre, donc indépendamment des activités humaines. Ces flux
naturels sont représentés par des petites flèches en très fin sur le diagramme.

Il y a ensuite les autres flux qui sont les flux avec les plus grosses flèches en gras qui sont en fait la perturbation du
système liée aux activités humaines.

D’où vient cette perturbation ?

Elle vient du fait qu’on a en fait ouvert un réservoir qui n’aurait pas dû l’être : celui des réserves fossiles de carbone
(donc sous forme de charbon, de
pétrole et de gaz) qui était
cloisonnées dans les formations
géologiques et qu’on a
décloisonnées en les exploitant à
des fins industrielles et de
production énergétique.

Actuellement, ce flux continue


entre les réservoirs fossiles et
l’atmosphère = la flèche grise = 35
milliards de tonnes de CO2
atteignent chaque année
l’atmosphère du fait de la
consommation de ces
combustibles fossiles. Donc en fait
cela veut dire que c’est un apport
non naturel dans le système qui
vient perturber un cycle naturel du
carbone en apportant une quantité
extrêmement importante (35
milliards de tonnes de CO2)
chaque année dans l’atmosphère. Ce CO2 apporté dans l’atmosphère va lui-même rester en partie dans l’atmosphère,
mais– vu l’excès de CO2 dans l’atmosphère – on va avoir d’autres flux vers l’océan, vers la biosphère = les flèches
vertes qui représentant 12 gigatonnes de CO2 vers la biosphère, 9 gigatonnes de CO2 vers l’océan (donc c’est
l’absorption par les pluies terrestres et océaniques).

Il y a encore un flux qu’il faut noter, c’est le flux associé au changement d’affectation des sols, et en particulier à la
déforestation qui contribue également à augmenter la quantité de CO2 dans l’atmosphère.

• Bilan des émissions anthropiques de CO2 (2009-2018)

Le schéma représente de manière plus


simplifiée ce que l’on vient d’expliquer. On voit
ici le bilan total du CO2 à la surface de la Terre,
bilan qui doit s’équilibrer entre les sources et les
puits de CO2.

Les sources de CO2 anthropiques, ce sont


les émissions fossiles associées à la production
énergétique et industrielle et les émissions liées
au changement d’affectation des terres et en
particulier à la déforestation.

Ces sources d’émission sont balancées par les


puits de carbone.

Le premier puits, c’est le puits océanique qui


absorbe 23% du CO2 émis dans l’atmosphère.
29% du CO2 émis dans l’atmosphère est
absorbé par les forêts (biosphère terrestre), et
ce qui reste, c’est à dire 44%, se retrouve dans l’atmosphère.

=> On a donc un bilan équilibré entre des sources anthropiques et des absorptions par la biosphère et l’océan et le
solde restant, qui se retrouve dans l’atmosphère et qui génère l’augmentation continue annuelle du CO2
atmosphérique.

Rem : Notez qu’il existe un petit déséquilibre (les 4%) dans ce budget lié à des difficultés au niveau des observations
d’appréhender de manière tout à fait précise ces flux. Donc il y a une marge d’incertitude sur ces différents flux ce qui
fait que le bilan n’est pas tout à fait fermé, en tout cas ces chiffres sont grosso modo le reflet de la réalité.

• Budget carbone mondial

Si on regarde comment ces flux ont évolué au


niveau historique depuis le début de
l’industrialisation, on voit que jusqu’en 1950,
la source principale de CO2 dans
l’atmosphère était la déforestation donc le «
land-use change » et que ce n’est qu’à partie
de 1950 que le carbone fossile (c’est-à-dire
celui associé à la combustion du pétrole, du
charbon et du gaz) a pris le dessus sur le
CO2 issu de la déforestation. Donc depuis
1950 on constate une augmentation continue
de ces émissions associées au carbone
fossile et donc pour boucler le bilan du
carbone, on constate une augmentation des
puits terrestres et océaniques et une
augmentation du taux de CO2 dans
l’atmosphère.

• Réchauffement mondial :
perspectives à l’horizon 2100

La question qui se pose aujourd’hui est


de savoir où est-ce que ça va s’arrêter,
où ces tendances haussières des
émissions de CO2 vont nous mener en
termes de température ?

Le GIEC (Groupe Intergouvernemental


d’Experts sur le Climat), dont le mandat
est de réaliser des synthèses sur les
connaissances scientifiques relatives au
climat, a exploré différents scénarios.
Ces scénarios correspondent à
différentes hypothèses par rapport au
futur de nos émissions au niveau
planétaire.

Diagramme 2 : quatre
futurs/scénarios/trajectoires possibles d’émission. Ce sont des scénarios RCP « Reference Concentration Pathways »
qui sont des trajectoires de référence par rapport au forçage radiatif. Les chiffres 2.6, 4.5, 6.0 et 8.5 représentent des
forçages radiatifs (en W/m2), et ces 4 forçages radiatifs croissants correspondent tout simplement à des quantités
d’émission de CO2 et autres GES croissants dans l’atmosphère. Donc plus on émet de CO2, plus le forçage radiatif
associé à ce CO2 est important et donc c’est ça qui est exploré dans ces 4 futurs possibles, dans ces 4 scénarios
d’émission.

Diagramme 1 : Effets de ces scénarios sur les températures : Dans le meilleur des cas (scénario bleu foncé), donc
le cas où les émissions sont rapidement maîtrisées et diminuées, on observe une stabilisation des températures
environ au milieu de ce siècle autour de 1.5°C par rapport au niveau préindustriel et cette température est ensuite
stabilisée. Dans le scénario le plus catastrophique (en rouge), où on laisserait filer les émissions dans une tendance
business as usual (si on continue le trend actuel), les températures, bien loin de se stabiliser, continuent d’augmenter
pour atteindre fin du siècle des températures qui peuvent aller jusqu’à 3 / 4 voire 5 degrés et encore bien plus au-delà
de 2100 si on étendait cette série temporelle.

• Émissions mondiales de CO2


fossile

Donc, clairement, les émissions de


CO2 au niveau mondial devraient
baisser très rapidement.
Malheureusement quand on regarde la
tendance récente de ces émissions, on
voit que ce n’est pas du tout le cas.

Schéma : Emissions de CO2 associées


à la combustion d’énergie fossile de
1990 à aujourd’hui. Ces émissions
n’ont pas cessé d’augmenter depuis
1990 avec des taux surtout élevés dans
la période 2000 à 2010. En fait ce qui a
marqué le ralentissement à la fin de la
décennie 2000/2010, c’est la crise
économique et financière débutée en
2008. Mais on voit que sitôt dépassé
cette crise, la tendance à la hausse est repartie. On a cru voir un début de stabilisation dans les années récentes mais
en fait en 2018/2019 les émissions ont continué d’augmenter et donc on atteint aujourd’hui un niveau supérieur de
62% par rapport à 1990. Donc on n’a pas encore du tout amorcé au niveau mondial une décrue des émissions ce qui
est évidemment préoccupant parce que ça nous engage actuellement plutôt sur le scénario rouge du GIEC (c’est-à-
dire les trajectoires d’émission les plus élevées) et non pas sur le scénario bleu qui devrait nous mener à une
stabilisation des températures à 1.5°C.

• Émissions de CO2 par source

Quelles sont les sources de CO2 au


niveau mondial ?

Si on regarde les différents vecteurs


énergétiques, on voit qu’aujourd’hui
le charbon reste à l’échelle mondiale
le premier émetteur de CO2 dans le
secteur de l’énergie, suivi du pétrole
et du gaz. On voit également sur ce
diagramme les émissions associées
à la production de ciment, ce qui
n’est pas à proprement parlé une
production énergétique, mais c’est
également du carbone fossile qui est
libéré vers l’atmosphère.

=> Le plus préoccupant, c’est


l’importance encore aujourd’hui du
charbon qui reste dans de très
nombreuses régions du monde le premier vecteur énergétique pour la production d’électricité. Ce qui est préoccupant
également c’est de voir que l’exploitation de gaz et de pétrole n’est pas du tout en train de se tasser, au contraire elle
continue d’augmenter chaque année comme on le voit ici sur ces tendances. Donc on est encore très loin d’observer
une stabilisation voire un pic et puis une diminution des émissions de CO2 associées à ces différents vecteurs
énergétiques.

• Émissions de CO2 par les « top emitters »

Sur ce diagramme, on peut observer les principaux pays émetteurs au niveau mondial.

La Chine est actuellement le premier émetteur suivi par les USA, l’UE, l’Inde, la Russie et le Japon. La Chine est
passée 1er émetteur mondial aux alentours de 2005.

Même si la Chine a rattrapé et


dépassé les USA actuellement,
les USA restent le 1er émetteur
historique (donc si on tient
compte de toutes les émissions
cumulées).

Dans les anciens pays


industrialisés, disons les pays
OCDE, la tendance actuelle est
à une relative stabilisation des
émissions alors que les
émissions augmentent
fortement au niveau des
économies émergentes,
comme en Inde ou en Chine La
croissance actuelle est
principalement due aux
économies émergentes.

• Émissions de CO2 par


habitant

Il faut relativiser ces données d’émissions par pays en les rapportant par habitant.

Si la Chine est aujourd’hui le 1er émetteur


mondial, elle est encore loin en termes de
CO2 par habitant d’atteindre ou dépasser
les émissions par personne aux USA. La
Chine aujourd’hui émet plus ou moins la
même chose que l’UE en termes de CO2
/hab càd en moyenne 7 tonnes / an / hab
alors qu’aux USA on est plus près de 17
tonnes. Idem pour l’Inde qui, en valeur
absolue, est un émetteur important au
niveau mondial, mais qui reste à un niveau
très bas au niveau mondial et
certainement comparé aux pays
développés en termes d’émission / hab
puisque le citoyen indien moyen continue
d’émettre 4 ou 5 fois moins que le japonais
ou le russe par exemple et encore
beaucoup moins que le citoyen américain.

Le classement devient : USA – Russie –


Japon – Chine et Europe – Inde).

Il faut également relativiser ces données, en soulignant le fait qu’au sein même de ces pays, il peut y avoir d’énormes
disparités. A l’intérieur de la Chine de l’Inde, ou de n’importe quel pays, il peut y avoir d’énormes disparités entre une
partie de la population qui émet de grandes quantités de CO2 chaque année et une couche plus pauvre qui en émet
nettement moins.

• Émissions basées sur la consommation (empreinte carbone)

On pose souvent la question du


rôle de ce qu’on appelle « les
émissions embarquées », de
l’empreinte des produits importés
et exportés. Les données
relatives aux émissions montrées
précédemment portaient sur les
émissions physiques, réelles, sur
un territoire. Mais on sait qu’une
partie de la production des biens
de consommation dans nos pays
est produite ailleurs dans le
monde et que donc il y a une
certaine forme de délocalisation à
ce moment-là des émissions
générées par notre propre
consommation. Quand on prend
en considération cette empreinte
carbone liée aux biens produits à
différents endroits du monde,
c’est ce qu’on appelle l’approche
basée sur la consommation qui
est représentée dans le schéma par les traits en pointillés.

Pour l’UE par exemple, on voit que l’approche basée sur les consommations donne une empreinte de CO2 plus élevée
que l’approche basée sur la production parce qu’en UE on est des importateurs nets de biens de consommation. On
peut penser à l’ensemble des biens de consommation qui sont produits notamment en Asie qui sont importés et utilisés
par le consommateur européen. Et donc, il y a une empreinte CO2, une énergie embarquée dans ces biens de
consommation (smartphones, téléviseurs, n’importe quel bien manufacturé auquel est associé une consommation en
ressource et une consommation énergétique). C’est l’inverse pour les pays qui sont des exportateurs nets : la Chine
par exemple voit son empreinte CO2 diminuer de manière sensible si on adopte l’approche de consommation par
rapport à l’approche production.

=> l’UE et les USA sont des importateurs nets d’ “émissions embarquées” tandis que la Chine et l’Inde sont des
exportateurs nets.
• Principaux flux (production vers
consommation)

Ces flux qui sont associés à la


production sont représentés sur cette
carte du monde où on voit quels sont
les pays, les régions du monde d’où
partent ces flux et qui en est le
récepteur. Donc les pays qui sont en
bleu sont des importateurs nets, les
pays qui sont en jaune ou orange
rouge sont des exportateurs nets et
donc on voit bien ici que dans le
monde c’est l’UE qui est le plus gros
importateur net d’émissions
embarquées dans les biens et les
services et que la Chine est le plus
important exportateur net de ces
biens et de ces services.

I. Crise climatique

Impacts et risques climatiques

Dans cette 2ème partie, nous allons nous attacher à la caractérisation des impacts des changements climatiques et
des risques associés. Cette dimension d’étude du risque est importante car déterminante pour les choix politiques
opérés et notamment pour la détermination des objectifs de long terme.

• Impacts du réchauffement climatique

Le réchauffement climatique ce n’est


pas qu’une question de température,
c’est évidemment une question d’effets
en cascade liés à la perturbation du
système climatique sur différents
systèmes et cela va se produire à
différentes échelles de temps et
d’espace. On peut schématiser,
catégoriser ces impacts en 3 types :

1. Impacts sur les systèmes


physiques (atmosphère, hydrosphère
et cryosphère) :
- Ce qui va être impacté en premier,
c’est tout ce qui touche à l’eau, donc le
cycle hydrologique. Le fait que le
système climatique soit perturbé va
modifier le cycle de l’eau, le régime des
précipitations et donc forcément les
débits des rivières, des fleuves, de l’eau présente dans les nappes, les lacs etc…
- L’océan et les systèmes côtiers vont également être impactés (augmentation du niveau marin, circulation,
acidification, érosion…)
- La cryosphère (glaciers continentaux, neige, glace de mer, permafrost)

2. Impacts sur les écosystèmes (marins, terrestres) et la biodiversité (= biosphère)


3. Impacts sur les systèmes humains : Impacts sur la Production alimentaire (agriculture, pêche), sur la
Santé, sur la Sécurité (ces 2ers impacts – production alimentaire et santé, ainsi qu’accès à l’eau - vont
accroître certaines tensions éventuellement au niveau régional ou continental et générer des crises
sécuritaires) et enfin de compte, Économie,développement bien-être des systèmes.

• Perturbations du cycle hydrologique et conséquences sur les ressources de l’eau

Quels sont les changements observés / attendus ?

1. Modification du régime des précipitations et de leur répartition géographique : Au niveau du cycle


hydrologique, le principal impact du changement climatique, c’est une modification du régime de
précipitations dans les différentes régions du monde. Alors ces modifications peuvent aller dans tous les
sens : elles peuvent signifier plus de précipitations annuelles ou moins, mais parfois aussi sans
nécessairement changer le volume de précipitation annuelle, c’est surtout le calendrier et la répartition
géographique de ces précipitations qui vont être perturbés.
2. Changement dans le calendrier de fonte des neiges
3. Retrait / disparition des
glaciers (régulent le débit
des fleuves) : le retrait des
glaciers va également
affecter l’écoulement
saisonnier lié à ces glaciers
et qui contribue à réguler le
débit des fleuves.
4. Réchauffement des lacs et
des rivières dans
beaucoup de régions, avec
des effets sur leur
structure thermique et la
qualité de l’eau dans ces
lacs.

Les principales conséquences liées aux


perturbations du cycle hydrologique que
l’on va observer sont les suivantes :

1. Une modification du régime des fleuves : intensification des crues printanières et risque d’accentuation
en été du manque d’eau (pas seulement une question d’eau mais aussi de qualité : risques liés à
l’approvisionnement en eau potable)
2. Un risque accru d’inondations dans certaines régions / à certaines périodes de l’année
3. Un risque de pénurie en eau (impact sur l’agriculture, la santé, …)
4. Dégradation d’écosystèmes
• Retrait des glaciers continentaux

Le retrait des glaciers continentaux est assez


préoccupant :

Un grand nombre de grands fleuves ont un débit


de base assuré par la fonte annuelle de ces
glaciers. Ces glaciers sont donc absolument
essentiels pour assurer un débit de base de ces
grands fleuves, notamment les grands fleuves
qui baignent le Sud et l’Est de l’Asie où sont
concentrés des très grandes quantités de
populations humaines Le retrait des glaciers
continentaux fait peser un risque assez
important en termes d’approvisionnement en
eau potable de cette partie importante de la
population mondiale.

è Impacts dévastateurs pour les communautés


dont l’approvisionnement en eau dépend des glaciers et de la fonte des neiges (1/6ème de la population
mondiale) : Himalaya, Andes, Rocheuses, Alpes…

• Augmentation du niveau de la mer

Un autre impact de la fonte des glaciers continentaux (donc des calottes glaciaires sur le Groenland et une partie de
l’Antarctique) est évidemment l’augmentation des niveaux de la mer. Les prévisions du GIEC pour la fin de ce siècle
ont été revisitées récemment à la hausse : on croyait initialement que cette hausse du niveau marin n’allait pas excéder
1m (de 60 à 90 cm) d’ici 2100. Or les résultats scientifiques les plus récents indiquent qu’on risque fort de dépasser ce
niveau de 1m d’augmentation de niveau marin à l’horizon 2100 (de 1,5 à 2,5 m selon les études).

Les impacts de cette hausse du


niveau marin sont :

1. Des impacts physiques


tels que :

- Érosion côtière et
dégradations
d’infrastructures.
- Pression sur les
écosystèmes côtiers et la
biodiversité (peut
renforcer la vulnérabilité
aux inondations ; ex :
mangroves)
- La salinisation des nappes
phréatiques et des sols.
Cette salinisation des
nappes phréatiques est
particulièrement
importante dans les
zones insulaires ou de basse altitude. On peut penser à ces petites îles, du Pacifique notamment, dont la
survie dépendant d’un accès à l’eau potable et cette eau potable on la trouve dans les nappes phréatiques.
Le fait que le niveau de la mer augmente ne fusse que de quelques dizaines de centimètres va faire peser
un risque important de pollution par le sel. Une fois que des nappes phréatiques sont salinisées, elles
deviennent impropres, d’une part à la consommation humaine, d’autre part à l’irrigation des cultures Bien
avant que ces territoires ne soient submergés par la mer, le fait que les nappes phréatiques soient salinisées
impose de quitter ces territoires. Donc c’est un phénomène actuellement observé dans plusieurs régions du
monde et qui est très préoccupant.

2. Ces impacts sur les systèmes côtiers sont très importants d’un point de vue socio-économique : Si
on regarde les cartes de démographie dans le monde, les populations ne sont pas réparties de façon homogène
sur les continents, elles sont en général concentrées précisément à proximité des côtes, le long des zones
littorales, des estuaires, dans les deltas. Donc forcément tout ce qui affecte ces estuaires et ces zones littorales
va affecter ces communautés qui sont
souvent très fortement dépendantes
des ressources de la mer.

Slide 25 :

Donc, des résultats récents ont révisé à la


hausse le risque d’augmentation du niveau
marin : on pourrait s’approcher s’une
fourchette allant de 1.5 à 2.5 m
d’augmentation en 2100 et de 2.3 à 5.4m en
2300.

Diagramme = extrait d’une modélisation


pour la Belgique et les Pays-Bas On
observe des populations qui pourraient être
affectées par une inondation d’origine
marine pour différents niveaux
d’augmentation du niveau marin. Pour 1m
d’augmentation du niveau marin – donc ce
qui sera très probablement atteint à la fin de
ce siècle – on a déjà des zones
extrêmement importantes du territoire belge et des Pays-Bas qui sont à risque de submersion en cas d’événements
extrêmes, (puisqu’évidemment lorsqu’on parle d’1m, c’est 1m en moyenne et que ce mètre va s’ajouter lors des
tempêtes, des événements où le niveau marin s’élève et c’est cela qui va constituer ce risque de submersion).

On voit que si l’on va au-delà, si on va jusqu’à 2 / 3 voire 4 mètres d’augmentation du niveau marin, ce qui n’est pas
exclu au cours du siècle suivant ou celui d’après, ce risque devient tout à fait significatif, même très loin à l’intérieur
des terres. On voit par exemple un risque significatif jusqu’à la région d’Alost ou de Mechelen (Malines), qui sont des
territoires où sont concentrées de très grandes populations. On voit ici que pour 1m de niveau marin, on aurait
potentiellement de l’ordre de 7 à 8 millions d’habitants qui seraient à risque et pour 4m on s’approcherait de 10 millions
d’habitants dans nos régions.

• Acidification de l’océan & impact sur les récifs coraliens


Un autre effet de
l’augmentation du CO2
dans l’atmosphère est
l’acidification de l’océan :
Le CO2 en excès à
l’atmosphère est en partie
absorbé par l’océan, une
fois dissout dans l’océan il
diminue le pH, c’est-à-dire
qu’il acidifie l’océan, or le
niveau d’acidification est
primordial pour la
possibilité de
développement des récifs
de corail.

Ici on voit sur ces trois


diagrammes de haut en
bas les conditions qui
prévalaient au moment de
l’aire préindustrielle, celles
qui prévalent aujourd’hui
et celles qui dans un
scénario moyen
prévaudraient à l’horizon 2060 ou 2070. On voit que déjà aujourd’hui, les zones de développement optimales de ces
récifs de corail se sont très fortement réduites par rapport à la situation initiale, et que d’ici une cinquantaine d’années,
pratiquement plus aucune zone océanique ne rencontrerait des conditions optimales pour le développement des récifs
de corail.

• Impact de l’acidification sur la


calcification

Le taux d’acidité dans l’océan est


essentiel pour qu’une série
d’organisme zooplanctoniques,
de crustacés et mollusques
puissent fabriquer leur squelette
interne ou externe en utilisant le
processus de calcification. Cette
calcification nécessite certaines
conditions physico-chimiques qui
ne sont plus rencontrées une fois
que l’acidité augmente ou que le
PH diminue.

Ce qui est impacté ce ne sera pas


uniquement les récifs de corail,
mais bien toute la chaîne,
l’écosystème qui vit en en aval de
ces écosystèmes. Ces récifs coralliens sont et hébergent en quelques sortes une série d’écosystèmes qui sont tout à
fait essentiels pour la production halieutique et donc pour les ressources que les populations peuvent tirer de ces zones
marines.

Cette acidification vient s’ajouter à une série d’autres stress qui pèsent lourdement sur l’océan (réchauffement,
surpêche, pollutions multiples (métaux lourds, pesticides, hydrocarbures, eutrophisation…). On a là une conjonction
de facteurs qui fait que l’océan aujourd’hui est à très haut risque de voir chuter très fortement la biodiversité et aussi
les ressources de pêche.

• Retrait de la banquise arctique

Une des régions du monde qui est actuellement


l’une des plus impactée par le réchauffement
climatique est la zone Arctique. C’est dû en
grande partie au fait que l’augmentation de
température observée aux très hautes latitudes
est déjà très largement supérieure à
l’augmentation de température moyenne au
niveau mondial donc au minimum plus du
double de l’augmentation de température. On a
observé ces dernières années des
réchauffements qui pouvaient aller jusqu’à
10/12°C en été par rapport aux normales
météorologiques dans ces zones. Une des
conséquences principales de ce réchauffement,
ou en tout cas le plus spectaculaire, c’est le
retrait de la banquise Arctique à la fin de l’été
boréale et donc ce que les projections indiquent,
c’est que d’ici quelques décennies on pourrait
assister à une disparition quasi-totale de la
banquise Arctique à la fin de l’été.

Ceci ouvrirait potentiellement des routes de navigation dans l’Arctique que certains s’apprêtent déjà à exploiter avec
évidemment des risques accrus d’exploitation de l’Arctique et de pollution qui serait liée à d’éventuelles marées noires
ou catastrophes qu’on pourrait observer dès le moment où on se met à exploiter des routes maritimes et à exploiter
certaines ressources.

• Impact sur les écosystèmes de l’Arctique

- Les impacts dans cette zone


Arctique ne sont pas uniquement
liés au retrait de la banquise, ils
sont aussi liés aux zones
terrestres qui sont fortement
impactées. Dans cette zone
Arctique, on avait jusqu’ici des
zones de désert Arctique ou des
zones de Tundra qui vont
progressivement être remplacées
par des forêts (des forêts
boréales voire forêts tempérées).
C’est une modification tout à fait
profonde de l’environnement, du
biome. Et donc toute une série
d’écosystèmes tout à fait
spécifiques à ces
environnements naturels vont disparaître, tout ou en partie, et être exposés à des espèces invasives. On va
assister de toute façon à une disparition d’habitats (ours polaires, phoques, oiseaux marins…) . Là aussi,
comme pour l’océan, c’est une conjugaison de stress qui va impacter très fortement les systèmes qui sont
propres à l’Arctique.

- Fonte du permafrost (affecte les infrastructures : routes, fondations des bâtiments, aéroports, pipelines…)
- En fin de compte ce sont les communautés humaines de l’Arctique qui vont subir directement ces effets
puisque ces communautés avaient des modes d’existence, de subsistance et de vie très intrinsèquement liés
aux conditions de leur environnement et dès le moment où cet environnement est perturbé en profondeur,
ce sont tous ces modes de vie traditionnels qui sont également compromis

• Impact à long terme sur les écosystèmes et la biodiversité

Les changements climatiques font peser des risques très importants sur les écosystèmes et la biodiversité. Donc à
nouveau ici le changement climatique
est un perturbateur qui vient s’ajouter
à d’autres perturbateurs et donc on
atteint aujourd’hui une limite dans la
capacité qu’ont les systèmes de
s’adapter à des changements
naturels. Les changements sont
tellement multiples et rapides qu’on
dépasse la capacité naturelle
d’adaptation, ce qui explique qu’on
observe aujourd’hui des vagues
d’extinction phénoménales. On parle
de 20 à 30% de chute de biodiversité
d’ici 2050 dans des scénarios
modérés de réchauffement global (>
1,5-2,5°C). Donc, on a aujourd’hui
une conjugaison de facteurs de stress
qui font redouter une extinction
massive, une perte de biodiversité
tout à fait massive et irréversible au
cours de ce siècle.

• Impacts sur la santé

Autres risques liés au changement climatique, ce


sont les impacts sur la santé en lien avec les
éléments suivants :

1. Dégradation de la qualité de l’air :


elle est elle-même en partie liée au
changement climatique lors
notamment des vagues de chaleur.
2. Des problèmes d’accès à l’eau
potable et aux ressources
alimentaires peuvent également être
à l’origine de crises sanitaires.

3. La sécurité du logement, si on
pense aux dégâts, aux infrastructures
comme on a pu l’observer en cas
d’événement climatique extrême.

4. Extension/déplacement des zones endémiques : Le déplacement ou l’extension de zones liées à


certaines maladies, on pense aux zones où on observe l’impact de la malaria qui se déplace vers d’autres
zones où les populations n’étaient pas confrontées précédemment à ces différents vecteurs de maladie
et pourraient devoir être confrontées à ces maladies qui n’ont pas été rencontrées ici dans ces zones.

On peut s’attendre (il existe plusieurs projections qui essayent de donner des ordres de grandeur), à par exemple 250
000 décès supplémentaires par an dû à la malnutrition, au paludisme, à la diarrhée et au stress lié à la chaleur entre
2030 et 2050. Ces chiffres sont évidemment toujours à prendre avec des pincettes, il ne faut pas le prendre au pied
de la lettre. Ce sont simplement des indications d’impacts possibles dans un futur plus ou moins proche.

En termes économiques, on a évalué les dommages qui seraient liés à ces crises sanitaires : On cite des montants de
2 à 4 milliards USD/an d’ici 2030. A nouveau, ici c’est une fourchette indicative. La crise sanitaire dans laquelle nous
sommes illustre de manière assez prégnante qu’une crise sanitaire peut effectivement avoir des impacts économiques
très importants, surtout si elle s’inscrit dans la durée.

• Alimentation

Les changements climatiques font aussi


peser un risque alimentaire puisqu’au
niveau global les différents modèles
indiquent de manière assez certaine que la
production agricole devrait diminuer. Même
si dans certaines régions, il pourrait
potentiellement y avoir un effet positif du
réchauffement climatique (du fait des
quelques degrés en plus qui pourraient
booster la production agricole), quand on
met dans la balance également toutes les
zones où au contraire les impacts seront
négatifs, au bout du compte il y a un risque
très clair qui est identifié en termes de
diminution de la production agricole dans un monde où la population mondiale est appelée à augmenter.

=> Diminution de la production agricole, en particulier dans les régions déjà en insécurité alimentaire.

Il est aussi très important de se pencher sur les ressources halieutiques (càd de pêche) puisqu’au niveau mondial, la
première ressource de protéine animale, ce n’est pas la viande, mais bien les ressources halieutiques qui dans de
nombreuses régions du monde sont déjà aujourd’hui en chute libre sous l’impact de différents stress : le réchauffement
bien entendu, mais aussi acidification dont on a parlé plus tôt, la surpêche, une combinaison des différentes pollutions
(métaux lourds, pesticides…), et les différentes pressions qui existent sur les écosystèmes côtiers (mangroves,
systèmes lagunaires…).

Donc quand on met tous ces facteurs ensemble, on a réellement un risque de crise alimentaire si pas global en tout
cas régional dans un proche avenir.

• Changements abrupts à grande échelle

Enfin, pour terminer ce catalogue des impacts des changements climatiques, on redoute également des changements
abrupts à grande échelle, c’est ce qu’on appelle en anglais « tipping points ». Ce sont des seuils au-delà desquels se
déclenchent des changements de grande ampleur, potentiellement irréversibles et de manière brutale en ce sens qu’ils
interviennent plus brutalement en tout cas que le facteur déclencheur (donc, réponse non linéaire). Le facteur
déclencheur peut être par exemple la température de l’océan qui va augmenter graduellement, et la réponse va être à
un moment donné l’interruption d’un grand courant marin par exemple le courant autour de l’Antarctique ou le courant
dans l’Atlantique Nord. Ou alors le courant va s’inverser, ou en tout cas être modifié de manière assez profonde et de
manière irréversible, en tout cas aux échelles de temps de quelques décennies, quelques siècles ou quelques
millénaires.

On redoute ces « tipping points » puisque ça voudrait dire que ce sont des points de bascule. A ce moment si on
atteint ces seuils, on bascule dans un autre monde, avec d’autres déterminants du système climatique. On peut penser
aux événements El Niño qui se produisent occasionnellement dans l’Océan Pacifique dont on sait que ces événements
perturbent assez profondément le climat, à la fois sur la façade orientale de l’Asie et sur la façade occidentale de
l’Amérique du Sud. Ces événements El Niño pourraient à un moment donné devenir non plus l’exception mais devenir
la règle et se produire chaque année avec des impacts très importants sur ces régions du monde. Donc c’est un des
éléments à tenir à l’œil quand on a une réflexion sur les seuils de température à ne pas dépasser, on devra
certainement veiller
à minimiser en tout
cas le risque
d’atteindre certains
seuils.

• L’Europe est déjà


confrontée à de
nombreux
impacts
climatiques

Pour terminer
également cet
aperçu des

impacts, une courte illustration des impacts


qu’on observe déjà en Europe et
singulièrement au cours de l’année dernière
où on a eu à faire à la fois à des vagues de
chaleur exceptionnelles, des sécheresses,
des inondations dans le centre de l’Europe,
des feux, des tempêtes d’ampleur
exceptionnelles, songez également aux
événements récents à Venise avec une
hausse tout à fait exceptionnelle du niveau de la mer et des inondations exceptionnelles.

Tous ces types d’impacts sont donc déjà aujourd’hui observés en Europe et très clairement les données qui sont
notamment récoltées par l’Agence européenne de l’environnement qui collecte toutes ces observations au niveau
européen indique de façon limpide que ces événements se répètent à un rythme croissant et que leur intensité
s’accentue également chez nous en Europe.

• Risques pour la société et l’économie


L’ensemble de ces impacts font peser un ensemble de risques pour la société et l’économie qu’on peut résumer très
schématiquement comme suit :

- Un risque de pénurie
(alimentaire, en eau potable)
- Un risque de dommages aux
infrastructures du fait
d’événements climatiques
extrêmes
- Un risque de dégradations du
milieu (les environnements
terrestres et marins qui sont
propres à certains écosystèmes
et à toutes les ressources qui en
sont issues)
- Un risque sur la santé
- Un risque de
dégradation/disparition
irréversible d’écosystèmes ou de
territoires uniques avec des
menaces pour les communautés qui vivent sur ces territoires et dans ces écosystèmes
- Une série de secteurs d’activités économiques peuvent être directement ou indirectement impactés par ces
changements climatiques (énergie, transports…).

Ces risques qu’on a décrits ici de façon assez globale sont répartis de manière très inéquitable entre les régions pour
une série de raisons : D’abord ces phénomènes climatiques ne se produisent pas de la même façon partout dans le
monde, des zones sont plus exposées, des zones sont aussi plus vulnérables aussi parce qu’elles ont moins de
capacité à s’adapter et bien souvent on constate qu’en fait des régions du monde qui sont particulièrement exposées
aux aléas climatiques et qui sont particulièrement vulnérables ne sont pas nécessairement celles qui ont le plus
contribué dans la responsabilité historique des changements climatiques, c’est-à-dire que ce ne sont pas des zones
qui ont contribué de manière significative aux émissions GES donc on a une grande iniquité dans la répartition de ce
risque.

Donc au bout du compte, tous ces risques cumulés constituent une menace sévère pour :

- Le développement et l’économie
- La sécurité
- Le bien-être actuel certainement mais aussi et surtout des générations futures avec une dimension ici éthique
très importante qui est de savoir quelle planète nous souhaitons laisser aux générations futures.

• Impact des CC sur les SDGs

Notons enfin que l’atteinte des objectifs de développement durable est elle aussi compromise dans bien des cas par
la crise climatique. Le diagramme représente une estimation sur la mesure dans laquelle les objectifs de
développement durable pourraient être atteints ou pas sans ambition climatique prononcée (« low ambition »), ou avec
au contraire la mise en place de politiques climatiques ambitieuses (« high ambition »). Ce sont deux futurs possibles,
un où on laisse la crise climatique s’emballer, et l’autre où on agit de manière significative, drastique, pour maîtriser ce
réchauffement climatique et les impacts qui en découlent. Ce qu’on voit c’est que pour la quasi-totalité des objectifs de
développement durable, il sera impossible de les réaliser, si on laisse filer dans le même temps la crise climatique.

=> Solutionner la crise climatique est un prérequis pour avoir une chance d’atteindre tous les autres objectifs de
développement durable.
II. Objectifs à long-terme et trajectoires d’émissions

Dans cette 3ème section nous allons voir comment à partir de cette caractérisation des risques associés à la crise
climatique on peut définir des objectifs à long terme en termes de température et de trajectoire d’émissions dont vont
découler des objectifs politiques.

• Risques associés à différents


niveaux de réchauffement

Un premier élément important qui


permettra d’objectiver la définition
d’objectifs climatiques c’est une
synthèse de l’ensemble des risques
qui sont générés par les impacts des
changements climatiques. Le GIEC a
tenté de compiler ces différents
risques sous une forme visuelle
(schéma) :

Ce qui est indiqué sous la barre


horizontale, les RFC, ce sont les «
reasons for concerns », c’est-à-dire
des motifs de préoccupation. C’est
évidemment une vision très agrégée
de ces motifs de préoccupation, on
parle ici de 5 motifs en particulier :

1. La disparition des systèmes uniques et menacés.


2. L’occurrence d’événements climatiques extrêmes.
3. La distribution des impacts : là on parle de la disproportion entre l’impact et la responsabilité du
changement climatique, donc en fait cette distribution peut tout à fait être inhomogène au niveau mondial
et donc générer une tension entre des zones fortement impactées ou fortement vulnérables et d’autres
qui ne le sont pas.
4. Un agrégat des impacts au niveau global et on pense ici en particulier à un agrégat économique. Le
GIEC a fait une tentative sur base de plusieurs études économiques de monétariser, en tout cas de
quantifier en agrégats monétaires l’impact global des changements climatiques.
5. L’apparition d’événements de large échelle donc c’est ce qu’on évoquait précédemment avec les « tipping
points » avec des événements abrupts et le risque de déclencher à l’échelle globale des événements de
grande ampleur et irréversibles.
A côté, on a une gradation des risques représentée par un code de couleur entre (risque modéré, élevé, très élevé).

=> Déjà pour le réchauffement actuel d’environ 1.1°C, on a un risque faible à modéré pour pratiquement chacun
de ces RFC. Évidemment, plus on monte dans les températures, plus ces risques deviennent élevés ou très
élevés.

Ce qui est intéressant ici c’est de noter la différence entre les 1.5°C et les 2°C. Pourquoi s’attarder sur ces deux
niveaux de température ? C’est précisément ces deux niveaux qui ont été repris dans l’Accord de Paris et donc on
peut effectivement se demander
si c’est finalement si différent un
réchauffement de 1.5°C ou de
2°C. C’est une question qui a été
adressée au GIEC à qui on a
demandé de documenter cette
différence.

=> Pour certains de ces RFC, en


passant de 1.5°C à 2°C, on passe
d’un risque modéré à un risque
élevé voire très élevé. C’est
notamment le cas pour la
disparition de systèmes uniques.
On voit qu’avec un réchauffement
de 1°C on reste dans un risque
modéré, il devient élevé pour un
1.5°C, et très élevé dans un
risque de 2°C. Donc c’est le
risque de perte très importante en
termes de perte de biodiversité,
de disparition d’écosystèmes, d’extinction massive. C’est un exemple de risque pour lequel 1.5°C ou 2°C peut
tout à fait faire une différence significative. Idem pour le déclenchement de basculement de tipping points (le
RFC5), on voit bien qu’on passe à un risque relativement élevé lorsqu’on atteint ou dépasse les 2°C.

Le GIEC a appliqué le même raisonnement pour une série de secteurs ou d’activités. Donc, plutôt que de parler des
motifs de préoccupation, on parle ici de l’impact attendu des changements climatiques sur toute une série de secteurs.

=> On constate qu’il peut y avoir une différence tout à fait sensible en termes de risque sur ces différents secteurs
selon qu’on limite le réchauffement climatique à 1.5°C ou si on atteint les 2°C.

Cela aura aussi une importance par rapport aux mesures d’adaptation qui devront être mises en place puisqu’il est
bien évident que pour un risque faible ou modéré on aura beaucoup plus de chance d’avoir la possibilité de mettre en
place des mesures d’adaptation qui vont permettre de gérer le risque et que cette gestion du risque devient beaucoup
plus difficile, coûteuse, voire impossible pour un risque plus élevé.

Slide 40 :

Ce diagramme illustre également la différence qu’on peut observer entre un réchauffement d’1.5°C ou 2°C en termes
de risques encourus pour une série de postes.
Exemples :

1. En passant de 1.5°C à 2°C, on augmente d’un facteur 2.6 le risque d’exposer les populations.
2. Le nombre d’été où on observerait une disparition totale de la banquise Arctique, ce risque serait multiplié
par 10 dans un scénario 2°C comparé à un scénario 1.5°C.
3. Les disparitions d’espèces au niveau des insectes : ce risque serait amplifié par trois dans un scénario
de 2°C.
4. Les pertes des ressources halieutiques, on double le risque.

=> On voit que ces quelques dixièmes de degrés de réchauffement en plus par rapport au réchauffement
inévitable dans lequel on est engagés aujourd’hui qui est de 1.5°C sont tout à fait significatifs. On a d’excellentes
raisons de maintenir le réchauffement global le plus près possible d’1.5°C et d’éviter au maximum de se rapproche
de 2°C puisqu’on voit que pour toute une série de risques, cette différence est tout à fait significative et elle peut
faire la différence entre un risque qui est gérable et un risque qui devient beaucoup plus difficile à gérer ou en
tout cas dans certaines régions du monde qui deviendraient totalement ingérables.

1,5 VS 2°C, cela fait-il une différence ? L’impact à LT


sur le niveau marin.

Le diagramme représente le niveau marin stabilisé, donc


à LT pour différents niveaux de températures. Pour un
certain niveau de réchauffement, on a une évolution
linéaire de l’augmentation du niveau marin. Si on passe
à 1°C puis 1.5°C, on a une augmentation graduelle, on
passe de 0m à quelque chose comme 2 ou 3m
d’augmentation du niveau de marin. Mais à un certain
moment, autour de 1.5°C, la fonte de glaciers
continentaux devient beaucoup plus importante,
probablement induite par une fonte quasi-totale du
glacier du Groenland, une partie du glacier de la
péninsule Ouest Antarctique voire d’autres zones du
continent Antarctique, et cette fonte massive à ce moment là, brutalement, autour de 1.5°C, génère plusieurs mètres
de hausse du niveau marin supplémentaire, d’où cette rupture qu’on voit dans la tendance linéaire. Ici on voit très bien
la différence énorme qui existe entre un maintien climatique à 1.5°C, ou le fait de le laisser filer à 2°C et cette différence
c’est qu’on va soit rester sous 4m de hausse à terme du niveau marin, soir on va avoir une élévation du niveau marin
qui va atteindre ou dépasser 10m. Donc entre 3/4m et 10m, la différence est énorme, et elle est surtout énorme pour
les petits états insulaires ou pour toutes les zones de delta, les zones littorales, toutes les zones situées à un niveau,
à une altitude très faible et très proche du niveau marin.

Donc cet impact du 1.5°C à 2°C est donc tout à fait significatif, d’où la raison pour laquelle cette différence a tant été
débattue au niveau politique parce que il est évident que pour un petit état insulaire, il est très difficile d’apposer sa
signature au bas d’un texte qui parle de limiter le réchauffement climatique à 2°C, puisque ça signifie pour un certain
nombre de ces états une disparition pure et simple de leur territoire. Pour 1.5°C on augmente très fortement les chances
de pouvoir mettre en place des dispositifs qui permettant au minimum de préserver une certaine partie de ces territoires.

• De l’évaluation du risque à la détermination d’un objectif

Ceci illustre le type de données et


d’arguments qu’on va utiliser pour établir
un objectif politique. On est vraiment ici
dans une situation de « Risk management
» : on doit gérer une multitude de risques
associés à la crise climatique et on va
apprécier pour chacun de ces
risques ce qui est envisageable et ce
qui est souhaitable en termes d’objectifs.

On va chercher à réduire de manière


sensible :

• Le risque de perturbations des


systèmes physiques et biologiques qui
pourraient générer des conséquences à
grande échelle, irréversibles, ou
hautement probables, au cours
des prochaines décennies et
prochains siècles.

• Le coût sociétal global du réchauffement.

• Le nombre de personnes affectées négativement par les changements climatiques.

• On va aussi prendre en compte la capacité d’adaptation limitée : Pour certains risques, on dispose d’options
d’adaptation, et pour d’autres types de risques, pas.

C’est en intégrant tous ces facteurs qu’on va émettre un jugement de valeurs sur le niveau de changement climatique
qui est acceptable et qui donnerait lieu à ce que, dans les textes des Nations Unies, on a appelé une « interférence
anthropique dangereuse avec le système climatique ». En 1992, au moment du sommet de la Terre de Rio, a été
établi cet objectif. Donc, en 1992, on n’a pas dit/chiffré quelle était la limite de température, on a dit qu’il fallait stabiliser
le système climatique à un niveau tel qu’on limite ou on empêche une interférence anthropique dangereuse avec le
système climatique. Alors évidemment l’expression « interférence anthropique dangereuse » demande interprétation
puisqu’il faut ensuite traduire ça dans un chiffre, dans une limitation d’augmentation de la température et dans un
budget de carbone qui est associé.

• Objectif 1.5 – 2°C

Ce seuil de 1,5 - 2°C a été établi avec la volonté de limiter / d’éviter de :


• Détruire les écosystèmes à grande échelle et
provoquer des extinctions massives

• Déclencher des changements abrupts et


irréversibles (les tipping points)

• Affecter en profondeur les capacités de production


agro-alimentaire et donc d’affecter la sécurité
alimentaire

• Déplacer massivement les populations des zones


côtières et estuariennes

• Dépasser les capacités d’adaptation dans de


nombreux secteurs (eau, santé, agriculture,
énergie)

• Affecter gravement et déstabiliser l’économie


mondiale et la sécurité :

Ce sont principalement ces arguments qui ont prévalu au niveau politique dans l’interprétation des résultats du GIEC
pour adopter, valider politiquement cet objectif d’1.5°C à 2°C.

• Budget carbone

Une fois qu’on a politiquement validé le fait que le


réchauffement climatique ne devrait pas excéder
1.5°C à 2°C, il reste à le traduire en un budget
carbone pour savoir dans quelle mesure, dans quel
volume, et à quelle rapidité nous devons réduire
nos émissions de GES.

Il existe des données scientifiques qui nous


donnent une relation relativement simple,
relativement linéaire entre une quantité totale de
CO2 émis dans l’atmosphère et un niveau de
température qui sera atteint. Si on part du postulat
qu’on ne peut pas excéder 2°C de réchauffement,
on peut en déduire un budget carbone. Le même
raisonnement s’appliquerait évidemment à 1.5°C
avec un budget carbone qui serait d’autant plus
réduit.

è Pour ne pas excéder un réchauffement de


2°C, il faudrait limiter la quantité totale
historiquement émise à l’atmosphère à 790 Gt de carbone. Donc, c’est ce qu’on appelle le budget carbone
associé à un certain objectif de température.

Le problème c’est qu’aujourd’hui on a déjà mangé une bonne partie de ce budget carbone et d’ailleurs cette figure qui
date de 2013 devrait être actualisée car on est bien au-delà aujourd’hui de ces 515Gt de carbone et on est beaucoup
plus proches en fait des 790Gt.

• L’urgence climatique

Différentes sources scientifiques interprètent ce budget carbone en trajectoires d’émission. Le budget carbone, c’est
la quantité totale de carbone que l’on peut se permettre d’émettre à l’atmosphère pour respecter un certain objectif de
température.
Peu importe le moment où
est émise dans l’atmosphère
une tonne de carbone, ce qui
compte par rapport à la
température qui sera
atteinte, c’est la quantité
cumulée, la quantité totale
émise historiquement. On a
donc plusieurs possibilités
de trajectoires d’émissions
de CO2 pour respecter un
même budget puisqu’en fait
le budget CO2, ce n’est pas
la ligne / trajectoire, c’est
l’intégrale de cette
trajectoire, c’est-à-dire la
surface qui se trouve sous
ces diagrammes.

Pour atteindre un même


objectif, un même budget
CO2, on peut emprunter
différentes trajectoires :

Soit : On peut très rapidement réduire les émissions dans une pente relativement douce pour atteindre une neutralité
carbone, c’est-à-dire un niveau 0 aux alentours de 2040/2050

Soit : Si on tarde à amorcer la décrue des émissions (c’est-à-dire si on laisse encore pendant un certain nombre
d’années augmenter les émissions de CO2), pour respecter le même budget de carbone, on sera à ce moment-là
obligés de réduire beaucoup plus drastiquement la réduction d’émissions, c’est-à-dire en suivant une pente beaucoup
plus raide, jusqu’à atteindre un seuil où il devient impossible de respecter cet objectif. Ceci est une illustration tout à
fait schématique : il est impossible du jour au lendemain en 5 ou en 10 ans de passer d’un niveau d’émissions d’une
quarantaine de milliard de tonnes de CO2 par an à 0.

=> Si on veut mettre toutes les chances de notre côté de respecter le budget carbone compatible avec 1.5°C ou 2°C,
on a tout intérêt à entamer dès aujourd’hui, sans aucun délai, la réduction des émissions. Si on attend quelques années
de plus, on sort de cette fenêtre d’opportunité qu’on a pour respecter ce budget. Cela est évidemment alarmant car on
est en train de se rapprocher dangereusement de la fin de cette fenêtre d’opportunité. C’est pourquoi on entend
aujourd’hui beaucoup de voix s’élever pour parler, décréter l’urgence climatique, puisqu’il y a effectivement très
clairement, de manière indiscutable, une urgence à diminuer nos émissions au niveau mondial.

• Trajectoires d’émissions nettes de CO2 compatibles avec l’objectif 1.5°C

Le GIEC dit exactement la même chose


dans son rapport récent. Le GIEC a produit
un rapport spécial sur les implications de
l’objectif de 1.5°C, qui a été publié en 2018.
Ce rapport indique que pour atteindre
l’objectif de 1.5°C, il faut au niveau mondial,
réduire les émissions autour de 45% en
2030 par rapport à 2010 et qu’il faut
atteindre des émissions nulles, c’est-à-dire
un niveau net 0 aux alentours de 2050.

C’est donc cela l’urgence climatique traduite


en chiffres, c’est aujourd’hui très rapidement
inverser la tendance haussière des
émissions de CO2, diminuer de près de
moitié les émissions mondiales à l’horizon
2030, et atteindre un niveau 0 en 2050. C’est
évidemment en challenge immense mais qui
est la condition sine qua non pour limiter le
réchauffement global à 1.5°C.

Si on vise le scénario 2°C, on s’accorde un petit budget carbone supplémentaire et donc un petit délai supplémentaire.
À ce moment-là on pourrait se satisfaire de diminuer de 20% les émissions en 2030 et de différer légèrement l’atteinte
du niveau 0 autour de 2075 plutôt que 2050. Mais de très nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour dire que ce
serait très risqué parce que cette trajectoire d’émission comporterait le risque de déclencher justement un certain
nombre d’événements que l’on cherche absolument à éviter.

• Accords de Paris : objectif de température et de réduction des émissions

Que dit l’Accord de Paris par rapport à


ces chiffres ?

L’Accord de Paris fixe pour objectif de


limiter l’augmentation de température
au niveau mondial nettement en
dessous de 2°C, c’est ce qui est
représenté par la ligne en pointillés sur
le diagramme du haut, et de
poursuivre les efforts, pour si possible
limiter le réchauffement à 1.5°C. Dans
cette gamme des futurs possibles
explorés par les scénarios du GIEC,
on voit ici par ces deux lignes
pointillées sur le diagramme du haut,
la fourchette établie formellement
dans l’Accord de Paris, l’objectif de
1.5°C à 2°C.

Le diagramme du bas traduit ce que


cela signifie en termes de réduction
d’émissions. Donc l’Accord de Paris spécifie que le « Global peaking », c’est-à-dire le moment historique où le
maximum d’émissions est atteint et où on amorce la décrue des émissions au niveau mondial, doit être atteint selon
les termes de l’Accord de Paris « as soon as possible ». Il faut ensuite opérer des réductions rapides, de telle sorte
qu’on atteigne un niveau 0 durant la 2ème moitié du 21ème siècle, c’est-à-dire entre 2050 et 2100.
Ca c’est la traduction en termes de réduction d’émissions que donne l’Accord de Paris pour traduire cet objectif de
1.5°C à 2°C.

• NDCS : « Reality Check »

Malheureusement, les données récentes indiquent que l’on est pas du tout sur cette trajectoire.

On voit sur diagramme l’évolution historique des GES (trait noir) et la trajectoire d’émissions qui devrait être poursuivie
pour ne pas excéder un réchauffement de 2°C ou de 1.5°C (en vert et en jaune). Donc, fourchette compatible avec
l’objectif de Paris.

è On voit aujourd’hui qu’avec les politiques de réduction de GES actuelles, les émissions au niveau mondial
continuent d’augmenter. Donc, on est tout à fait hors de la route qui est requise pour respecter les objectifs
de 1.5°C à 2°C.

Dans le cadre de l’Accord de Paris, les différentes parties à l’Accord, donc la quasi-totalité des Etats du monde se sont
engagés dans un document qu’on appelle le NDC (les « nationally determined contributions »). Il s’agit des Plans
Climat nationaux dans lesquels les États ont
indiqué leurs engagements en termes de
réduction d’émissions. Avec ces promesses,
si on les compile, on atteint le trait bleu
pointillé. On voit qu’il y a un léger décrochage
par rapport aux politiques actuelles si les
États réalisent ce qu’ils ont promis, mais de
toute façon, même si ces États honorent leurs
engagements, il reste un énorme déficit, ce
qu’on appelle en anglais le « mitigation gap »,
c’est-à-dire un déficit en termes d’atténuation
de réduction des émissions qui est
respectivement de 15 à 19 Gt de CO2 / an
pour l’objectif de 2°C, et de 27 à 30 Gt pour
l’objectif de 1.5°C.

Ce que ce diagramme illustre c’est qu’à


l’heure actuelle, les États dans leurs
engagements, leurs politiques nationales,
sont encore extrêmement éloignés de la
réalisation des objectifs de l’Accord de Paris.
• Un changement systémique est nécessaire

Le GIEC indique clairement le chemin à


suivre pour nos sociétés si on veut avoir
une d’effectivement maîtriser et
solutionner cette crise climatique.

Le GIEC indique que les trajectoires (donc


les scénarios / futurs possibles) permettant
de limiter le réchauffement global à 1.5°C,
nécessite des transitions rapides,
profondes, dans les secteurs de l’énergie,
des sols, du territoire, des villes et des
infrastructures, y compris donc les
transports et les bâtiments et les systèmes
industriels. Cela est donc le signale que
nous donne le GIEC, c’est que la
possibilité de ce scénario 1.5°C est
conditionné à des mutations, à des
transformations profondes dans tous ces
systèmes. Ces transitions sont des
transitions systémiques, ce sont des
transitions qui sont sans précédents historiques en termes d’échelle et qui impliquent des réductions d’émissions
profondes dans tous les secteurs, nécessitant d’activer un large portefeuille d’options d’atténuation.

Le « significant upscaling of investments in those options », donc cela c’est le volet financier qui est souligné par le
GIEC aussi, si on veut avoir une chance d’activer ces différentes options, il est nécessaire de significativement
augmenter les investissements bas carbone dans les différents secteurs en vue de transformer de manière profonde,
de manière structurelle ces secteurs.

C’est ce volet de la transition qui sera le sujet précisément de la 2ème partie du cours.

Séance questions-réponses avec M. Hannon du 23/04

Modalités pratiques sur le reste du cours


J’organise ce soir et dans les 2 semaines qui viennent 2 séances de Q-R pour vous donner l’opportunité de poser
questions sur les différentes parties du cours. Ce soir, je vous propose de poser des questions sur mes 2 premières
parties que vous avez déjà à disposition et avez déjà pu parcourir.

Modalités d’examen
Beaucoup de questionnements là-dessus. Ce qui est déjà certain, c’est que ce sera un examen écrit en ligne. Trop
nombreux pour faire des oraux. Vraisemblement sous forme de QCM mais encore un point d’interrogation là-dessus.
Ca doit être confirmé par les autres titulaires du cours. Ce sera forcément à cours ouvert comme on sera chez nous
avec notes à disposition MAIS évidemment avec durée limitée pour répondre. 3 questionnaires séparés pour les 3
parties. Ne sait pas encore si on fera un temps limité pour répondre à l’ensemble ou temps limité pour répondre à
chaque questionnaire.
→ Infos à venir. Ils confirmeront modalités d’ici peu. Ils attendent encore des infos de la faculté pour tenter d'harmoniser
la manière dont les épreuves vont avoir lieu.

Pour le déroulement du cours, comme j’ai dit il y a eu 2 séances auxquelles vous avez déjà accès sur UV. Une nouvelle
partie arrive ce dimanche (ou lundi) et
1 semaine plus tard encore une dernière partie. Partie 3 est sur les négociations et institutions internationales. Partie
4 est sur le climat et l’énergie européenne et la gouvernance en Belgique. Avec ça, le cours sera terminé.

En fait, ce que vous aurez manqué avec le confinement, c’est surtout la conférence avec Edwin Zaccai pour parler du
green deal européen. On a été obligés d’annuler. C’est dommage mais ça n’affecte pas fondamentalement le contenu
du cours.

Questions-réponses sur le contenu de la partie 1 du cours

Question sur le slide 29 : vous évoquez le déplacement des écosystèmes vers le nord par ex. la toundra serait
remplacée par des forêts ; en même temps, on nous a parlé du permafrost, du fait qu’il dégèle et dégage des GES,
comment peut-on mesurer le bilan parce que si la toundra est remplacée par des forêts, on créé un stock de carbone
dans la forêt. Par contre, le permafrost cela représente pas mal de dangers pour l’environnement au travers des
émissions de GES. Est-ce que le bilan est positif ou négatif?
Je n’ai pas de chiffre à donner. Attention ce n’est pas parce qu’un morceau de territoire est soudainement couvert par
une forêt que cela devient nécessairement un puits net de carbone. On parle de circonstances où les territoires
concernés ne sont pas à l’équilibre puisque précisément c’est un changement des conditions et donc il y a de nouveaux
équilibres qui se créent. Si on parle d’installer un couvert forestier, cela concerne toujours des longues périodes de
temps. Même une forêt qui est a priori dans un dynamique à l’équilibre, avec un sol forestier à l’équilibre, le bilan il est
0. Il ne faut pas toujours considérer qu’une forêt donne un bilan positif. Evidemment, une forêt absorbe du carbone et
elle respire aussi. Elle réémet donc du carbone. Idem pour le sol. Il respire et émet du carbone. Donc normalement,
sur un plan tout à fait théorique, dans un système tout à fait équilibré d’un cycle forestier, le bilan net est zéro. La forêt
respire autant qu’elle ne capte de carbone.

Alors maintenant, dans ces conditions très particulières des modifications dans l’Arctique, je pense, mais de nouveau
je n’ai pas de chiffres à vous donner, que le risque lié aux émissions de méthane dues à la fonte du permafrost est
nettement plus important que le bénéfice très hypothétique que l’on pourrait attendre du couvert forestier. J’abordais
ça dans ce slide pas tellement sous l’angle de la question du puits de carbone mais celui de la modification profonde
d’un écosystème et des bouleversements que cela représente pour la faune et la flore parce qu’évidemment si le désert
arctique1 où la toundra arctique disparaît. C’est tout son écosystème qui disparaît et donc c’est surtout sous cet angle-
là que j’abordais la question.

Question sur le slide 37 : “les impacts du CC sur les SDG” - quel est le lien entre la colonne “confidence” et les risques?
Haute confiance correspond aussi au fait que l’on est à peu près certains que l’on va avoir des risques très élevés en
fait, ou …?
Oui, c’est ça, en fait, cette colonne est un indicateur du niveau de robustesse des études en questions. Parce que les
ODD et les indicateurs qui les caractérisent (qui permettent de les monitorer) sont des indicateurs très agrégés qui
recouvrent en fait, en général, plusieurs indicateurs faisant appel à des méthodologies différentes. Dans ce type
d’études, il y a parfois des dimensions socio économiques, parfois c’est de la science dure, d’autres font plus appel à
des analyses dans le domaine des sciences humaines, de la sociologie ou de l’économie,…Selon le nombre de
références disponibles, de la littérature disponible sur le sujet, de chercheurs qui travaillent sur le sujet,... parfois, des
conclusions sont basées sur peu de choses donc les conclusions de certaines de ces études peuvent être à prendre
avec des pincettes/avec prudence. D’autres études sont considérées comme assez robustes et permettent de conclure
que dans une situation avec une politique climatique ambitieuse, on a le risque ou pas d’atteindre les ODD. Donc c’est
un indicateur de la robustesse des analyses.

Question sur le slide 34 : je ne comprends pas très bien les tipping points - pouvez-vous réexpliquer?

1
Le désert arctique est une écorégion terrestre définie par le Fonds mondial pour la nature (WWF), qui recouvre plusieurs îles de
l'Océan Arctique : la partie septentrionale de la Nouvelle-Zemble, les archipels de Terre du Nord, François-Joseph et Svalbard, ainsi
que l'Île aux Ours, Jan Mayen, Ouchakov et Vizé. Il fait partie du biome de la toundra dans l'écozone paléarctique.
C’est la sémantique que l’on utilise en anglais pour parler des points de basculement ou changements abrupts. De
quoi s’agit-il? En fait, par rapport aux autres types d'impact qui sont présentés dans ce cours, ce qui les différencie,
c’est le caractère non linéaire et brutal du changement en question. C’est-à-dire qu’en fait, ce sont des points de
bascule dont en général on ne connaît pas très bien le seuil. Par exemple, on a parlé tout à l’heure du permafrost. On
sait qu’au delà d’un certain niveau de réchauffement, on risque d’avoir un déclenchement massif de libération de
méthane du permaforst, essentiellement dans l’Arctique mais pas uniquement. Cela peut concerner des zones de
haute altitude aussi mais en termes de volume le plus important, c’est l’Arctique. Il y a évidemment une incertitude
quant au moment de déclenchement. Cela pourrait être à 1,8 degré, à 2 degrés ou 2,5 degrés.

Ces tipping points se déclenchent à des seuils qui sont d’une part indéterminés et qui répondent de manière non
linéaire aux facteurs déclencheurs, en l’occurrence le réchauffement climatique ou un de ces impacts directs. Un autre
exemple, c’est la formation du courant dans Atlantique Nord qui est tout à fait déterminant pour le climat qui règne sur
les façades océaniques autour de l’Atlantique.

On sait que la fonte du glacier sur le Groenland produit de grandes quantités d’eau douce qui s’écoulant dans
l’Atlantique Nord sont en train de ralentir en tout cas cette formation de ce courant dans l’Atlantique Nord mais là non
plus, on en sait pas à quel moment et dans quelles conditions exactes ce courant pourrait diminuer radicalement, voire
s’interrompre. Le danger c’est qu’une fois que ce type de phénomène se déclenche, il n’y a pas de retour en arrière
possible.

Idem aussi pour la calotte glaciaire du Groenland. Une fois que le glacier se disloque dans son coeur, dans sa masse,
la fonte totale prendra plusieurs siècles mais elle est irréversible. Une fois que la fonte est enclenchée, on ne peut pas
revenir en arrière. Donc c’est ça qui caractérise la notion de tipping points.

Et elle est aussi bien illustrée sur le slide qui suit. Il illustre un peu ce genre de phénomène aussi. En fait, c’est un de
ces tippings points, celui de l’augmentation de niveau de la mer. On voit le niveau à l’équilibre l'augmentation du niveau
marin pour une augmentation de température donnée. On voit très bien qu’à un moment donné il y a un saut dans
l’augmentation de température donc on a dans un premier temps une augmentation relativement linéaire du niveau de
la mer par rapport au réchauffement et puis quelque part entre 1,5 degré et 1,7 ou 1,8 degré, on a tout à coup un saut.
A quoi est-il dû? Précisément à cette fonte du glacier du Groenland et à la fonte d’une partie du glacier de la péninsule
antarctique, voire d’une partie de la glace sur le continent antarctique, sur la partie centrale. A ce moment-là
évidemment, si le glacier du Groenland commence à fondre massivement et si une partie de l’Antarctique aussi, c’est
tout de suite plusieurs mètres d’eau supplémentaire qui viennent s’ajouter. Donc, c’est un tipping point. Tant qu’on
reste en dessous de 1,5 degré, on n’excèdera pas 3 m de hausse au niveau marin. Si on dépasse seuil d’un petit
dixième ou deux petits dixièmes de degré, on a tout de suite une hausse de 10 m du niveau marin. Ceci est une
illustration typique d’un tipping point. Il y a un seuil au delà duquel des phénomènes irréversibles se produisent.

Question sur le slide 9 : une des sources de CH4 est le déchet issu de la biométhanisation, mais le CH4 issu de la
biométhanisation n'est-il pas capturé pour être revalorisé?
Oui, alors là, effectivement, dans le meilleur des cas. La biométhanisation est effectivement une des manières de
récupérer et valoriser le méthane dans une chaîne de production énergétique mais on est très loin au niveau mondial
d’avoir une capture importante. Sur la totalité du méthane émis dans les décharges, seule une très petite fraction est
valorisée pour faire de la biométhanisation. Alors, dans les pays développés, en BE, je sais qu’on a un taux assez
élevé par rapport à cette valorisation du méthane des décharges parce que il y a eu une série de directives
européennes qui l’ont rendue obligatoire. Si on remonte 20 ou 30 ans en arrière, on avait des décharges à ciel ouvert
qui comprenaient une fraction organique qui se transformait en méthane et celui-ci était libéré dans l’atmosphère. C’est
encore le cas dans beaucoup de régions du monde qui n’ont pas des normes aussi avancées/strictes que dans le
système législatif européen. Malheureusement, encore aujourd’hui, si on regarde le niveau mondial, une bonne partie
du méthane continue d’être libéré dans l’atmosphère au lieu d’être valorisé via la biométhanisation.

Question de l’interprète de Rebecca : comment doit-on connaître les lois de Boltzmann et la loi de Wien? Comment
sera-t-on interrogés pour l’examen?
Vous faites référence à une autre partie du cours (par M. Pattyn, probablement). Je réalise qu’il y a une confusion liée
au terme “parties”. M. Hannon devrait en fait parler de chapitres quand il fait référence aux subdivisions de son cours.
Il y a 4 chapitres dans le cours de M. Hannon. Et le cours est divisé en 3 parties (celle de M. Pattyn, M. Tison et M.
Hannon). Il conseille de contacter les profs par mail.

Question sur le slide 33 : sur les tipping points, vous décriviez ce qui se passe en Inde avec les moussons, quel est
le régime normal pour les moussons? Qu’est-ce qui se passe en Inde exactement en ce moment?
En fait, j’ai abordé cette question parce que je la trouve d’intérêt général quand on aborde la question des risques
climatiques. Il s’agit plus ici de la dynamique du système climatique qui n’est pas à proprement parler ma spécialité.
On est plus ici sur le terrain de F. Pattyn et J. Tison, spécialistes du climat.

Cette parenthèse étant faite, qu’est-ce qui se passe par rapport au régime de mousson? En fait, le régime de mousson
qui contrôle le régime de pluie sur une bonne partie du continent eurasiatique et du sud-est asiatique, il est déterminé
par la circulation dans l’océan pacifique. Il y a une circulation dominante dans l’océan pacifique (de même que dans
l’océan atlantique) qui fait qu’à une certaine saison de l’année, des masses d’air chargées d’humidité (qui se sont
formées sur l’océan pacifique) déboulent sur le continent asiatique et y apportent de la pluie en abondance et parfois
surabondance, ce qui peut provoquer des catastrophes aussi. Ca, c’est la situation de base.

Il y a un phénomène qui s’appelle El Nino qui est représenté sur le diagramme par “ENSO”, à droite pour “El Niño
Southern Oscillation”. C’est le déclenchement des événements El Niño. C’est quoi? C’est une inversion des courants
dans l’océan Pacifique. Alors, c’est une particularité, une bizarrerie de la circulation des courants
atmosphériques/océaniques dans le Pacifique qui fait que de temps en temps cette circulation s’inverse. Ca a toujours
existé dans le courant des derniers siècles et des derniers millénaires. Avant, cela arrivait avec une fréquence moyenne
de tous les 10 ou 20 ans. Que se passe-t-il à ce moment-là? On observe une sécheresse exceptionnelle sur la façade
asiatique de l’océan Pacifique. Donc on a des catastrophes liées à la sécheresse en Inde notamment et dans d’autres
régions du sud-est asiatique. Et on a, à l’inverse, sur la façade chilienne et péruvienne (+ en Equateur) des inondations
et précipitations exceptionnelles. Quand il y a un El Niño, c’est catastrophique des deux côtés. D’un côté pour
sécheresse et de l’autre pour inondations. Normalement, ca ne se déclenche qu’avec fréquence tous les 10 ou 20 ans
mais avec le réchauffement climatique on a constaté une multiplication des événements El Niño. Maintenant, c’est tous
les 2 ou 3 ans, je pense (notamment l’année passée). On craint que ce cycle particulier ne devienne la norme dans
l’océan Pacifique. A ce moment-là, on aurait ces risques associés à l’inversion beaucoup plus fréquemment. Cette
transformation du régime des moussons est directement à mettre en connexion avec la modification des courants dans
l’océan Pacifique et en particulier de ces événements El Niño.

2e question sur les tipping points : un événement éco politique peut-il en être un? (comme par exemple, une
intensification de la pêche dans l'océan atlantique et la destruction des fonds marins qui est associé?)
Je ne qualifierais pas ça de tipping point. Il faut un peu distinguer différents types de phénomènes. Dans une autre
partie du cours, je décris brièvement le problème lié à l’acidification, au collapse, à la destruction massive des récifs
coralliens et à l’impact que cela a sur les écosystèmes qui sont basés sur ces récifs coralliens et donc les ressources
de pêche aussi qui en découlent. Ca, on pourrait le considérer comme un tipping point aussi parce qu’à partir d’un
certain taux d’acidification, une certaine diminution du pH de l’océan, on va assister à une destruction quasi totale,
dans l’ensemble des océans du monde, de ces écosystèmes océaniques. Ca, on pourrait le qualifier de tipping point.
Maintenant, l’intensification de la pêche peut mener à des conséquences abruptes aussi. On a effectivement observé
que sur certaines populations de poissons, le fait d’intensifier à un tel point les prises de pêche faisait qu’à un certain
moment, ces populations étaient dans l’incapacité totale de recomposer le stock des espèces en question. Donc on a
assisté, pour certaines espèces de poissons, à des chutes brutales (jusqu’à quasi 0) de populations (dans des régions
océaniques dans lesquelles il y avait des stocks de poissons très très importants, l’intensification de la pêche a mené
de manière assez brutale à un effondrement de ces stocks). En ce sens-là, on peut parler éventuellement d’un tipping
point qui serait déclenché, cette fois-ci, par une activité bien spécifique, qui est l’excès des pratiques de pêche.

En fait, ce que je cherchais principalement à illustrer avec cette histoire des changements abrupts, c’est que c’est
toujours à mettre en relation avec la réflexion sur le risque climatique. Dans toute cette partie du cours consacrée aux
impacts et aux risques, on montre qu’il y a des risques pour la sécurité alimentaire, la disponibilité en eau, l’accès à
l’énergie,... qui sont plus ou moins bien identifiés et dont on sait plus ou moins à quel niveau de température ces
risques deviennent élevés. Les tipping points sont un petit peu les mauvaises surprises. Les risques dont le
déclenchement est moins bien identifié mais qui sont d’une ampleur planétaire. Ils ont soit une dimension globale ou
en tout cas continentale et ils ont un impact très important. Ils se déclenchent de manière brutale, à des seuils pas
nécessairement très bien qualifiés, mal déterminés. Mais leur nature est irréversible et l’intensité de l’impact est très
importante.

Questions-réponses sur le contenu de la 2e partie du cours


Question de l’UV sur la dimension écologique et sociale, sur les bénéfices de la transition économique
Ce sujet des bénéfices se trouve tout à la fin du cours. Dans cette partie, je montrais par quelques exemples et quelques
études à combien pouvait se chiffrer les coûts additionnels qui sont associés à la transition bas carbone et en particulier,
parce que c’est le secteur le plus important et où les investissements sont les plus importants, les coûts de transition
associés à la transition énergétique.

Je montrais aussi une étude qui fait référence en Belgique à ce sujet pour montrer qu’en fait que si les coûts
d’investissement dans la transition énergétique sont supérieurs à la situation sans transition, ils sont largement
récupérés par les bénéfices que l’on a sur l’économie des combustibles. Ca c’était une chose.

Je montrais aussi que la transition bas carbone et la transition énergétique en particulier ont un effet de relance
important sur l’économie et sur l’emploi et que (c’est quelque chose que j’explicite un dans les slides) en fait on ne peut
pas tout quantifier en agrégats économiques, notamment d’ailleurs les effets sur la santé. En général, conjointement
aux mesures prises pour maîtriser les émissions de GES, on abat aussi les autres polluants atmosphériques donc il y
a clairement des bénéfices en termes de santé publique, qui vont impacter les dépenses de santé (qui peuvent être
importantes).

Je terminais cette réflexion en expliquant que la mise en place de politiques de transition du système énergétique est
associé à une série de coûts-bénéfices qui sont résumés sur le slide 48: sécurité énergétique, diminution de la facture
énergétique, création d’emploi, qualité de l’air et double dividende qui est une notion économique et fiscale qui est le
fait que en mettant par exemple un prix sur le CO2, via une taxe ou le marché du carbone ou le commerce du droit
d’émissions, on engendre des recettes. Cela permet avec signal prix d’envoyer un signal aux acteurs économiques qui
va faire que les dommages environnementaux vont diminuer. Ils ont un incitant pour adopter un comportement plus
vertueux. Premier dividende. Le 2e : les recettes fiscales engrangées via par exemple une taxe carbone permettront
d’alléger la fiscalité sur d’autres postes comme par exemple les charges sociales ou les charges sur le travail et donc
donner un petit coup de boost au niveau de l’emploi. C’est un exemple de double dividende.

Question de l’interprète : aura-t-on accès à l’enregistrement de cette séance?


Oui, a priori. Si ce n’est pas le cas, signalez-le moi par mail ou via l’UV et je m’assurerai que ce sera le cas.

Question slide 37 : pouvez-vous revenir sur les impacts sur les SDG?
Message principal à retenir : ceci est une représentation tout à fait synthétique d’un très grand nombre d’études qui se
sont posées une question : est-il possible d’atteindre les objectifs en menant ou en ne menant pas une politique
climatique ambitieuse?

Ce que l’ensemble de ces études démontre, de manière agrégée, c’est que si on laisse filer la crise climatique, si on
ne prend pas assez rapidement des mesures drastiques pour contrôler le réchauffement, de le limiter à un certain seuil
de température, on compromet l’atteinte des ODD, c’est-à-dire que dans monde réchauffé, où il fera 2, 3 ou plus de
degrés au-delà du niveau pré-industriel, cela devient impossible de lutter efficacement contre pauvreté, contre
l’absence de sécurité alimentaire,…d’avoir des conditions sanitaires qui soient satisfaisantes pour l’ensemble de la
population mondiale. Ca devient extrêmement difficile voire impossible à atteindre dans un monde où le risque
climatique deviendra incontrôlable. Parce qu’on aura des soucis d’accès à l’eau potable, d’approvisionnement
alimentaire vu les impacts sur les récoltes,... A l’inverse, si on arrive à maîtriser le réchauffement climatique, à rester
sous un certain seuil de risques climatique, on a bcp plus de chance. Alors, ce n’est pas uniquement la politique
climatique qui va permettre d’atteindre les ODD mais c’est un peu une condition sine qua non. Le fait de lutter
efficacement contre le réchauffement climatique permet de rester dans des conditions qui autorisent l’atteinte des
autres ODD. Et c’est le cas pour la plupart des ODD (ce n’est pas nécessairement le cas pour tous et pas de manière
aussi prégnante). Le message général à retenir c’est qu’effectivement avec une politique low ambition, à peu près tous
les ODD sont dans le rouge. Il est très difficile voire impossible de les atteindre et à l’inverse si on a une politique
climatique ambitieuse, on met toutes les chances de son côté pour pouvoir atteindre les ODD. C’est ça le message
central à retenir du diagramme.

Si des questions émergent encore sur mes parties 1 et 2, on peut y revenir lors de la prochaine séance de questions-
réponses ! Mais a priori, la prochaine séance sera consacrée à la 3e partie du cours.

Climat Hannon - partie 2 - cours à distance

Partie 2 : Transition systémique

2.1 Contexte multi-crises

Cette 1ère partie du chapitre 2 consiste en une description du contexte multi-crises dans lequel s’inscrit la crise
climatique.

Tendances globales

Aujourd’hui, nous
vivons dans un monde
qui est profondément
en mutation. En fait,
grosso modo depuis la
Révolution industrielle
vers la moitié du
19ème siècle mais
aussi et surtout au
cours du 20ème
siècle, des
transformations très
rapides ont eu lieu.

Il y a eu un
phénomène
d’accélération après la
2nde GM, à partir des
années 1950 : ce
contexte mondial
d’après-guerre est un
contexte de forte croissance qui a notamment boosté la demande en ressources. Cette forte croissance, elle est liée
d’une part à la croissance démographique, et d’autre part, au modèle de développement industriel dominant en
Occident qui s’est petit à petit répandu dans le monde entier.
On voit ici sur le slide à la fois la transformation démographique : on a quasiment triplé la population mondiale depuis
1950. Et le PIB mondial qui a augmenté énormément dans ce même temps. Et donc également la consommation de
ressources énergétiques, la consommation de fertilisants dans l’agriculture, de l’eau, de la production de papier etc.

Évidemment, ces
consommations croissantes
ont fini par impacter de
manière assez profonde la
terre, la biosphère, les
écosystèmes.

Cette exploitation massive de


ressources qui a crû de
manière exponentielle à
l’échelle globale, a fortement
et profondément impacté de
nombreux indicateurs de
l’environnement qui reflètent la dégradation de cet environnement et le fait que l’on s’approche de certaines limites.

C’est une notion très importante ici c’est qu’on approche des limites du système donc on voit que :

-Les polluants atmosphériques ont été mis à l’atmosphère d’une manière croissante

-Le réchauffement climatique, la température à la surface a crû

-L’acidification de l’océan, l’eutrophisation côtière (c’est-à-dire l’entrée excessive de nutriments dans les zones côtières
et marines)

-La croissance des volumes de pêche qui a fait que les populations de poissons pour certaines espèces sont en chute
libre (conséquence de la surpêche).

-La déforestation, la dégradation d’une série de territoires et de pertes de biosphère

Donc ici c’est une illustration simplement d’un très grand nombre d’indicateurs de l’environnement qui sont le reflet de
cette approche des limites du système terre.
Empreinte écologique et
biocapacité

Ici on peut aborder la notion de


biocapacité du système terre et de
l’empreinte écologique. En identifiant
ces deux notions, on peut se rendre
compte qu’aujourd’hui l’humanité est
effectivement en train de dépasser
largement toutes ses limites donc ce
que vous voyez sur ce graphique ici
c’est :

Ordonnées (axe vertical) : empreinte


écologique par personne

Abscisse (axe horizontal) : Index de


Développement Humain

Comment est estimée l’empreinte écologique par personne ? : de manière très simplifiée, on peut dire qu’elle
représente la demande vis-à-vis de la nature en termes de ressources alimentaires, ressources en fibres, en bois,
capacité à absorber nos déchets également. Donc quand on intègre tous ces indicateurs, on arrive effectivement à
calculer une empreinte écologique par personne exprimée en hectares (donc en surface qui serait requise pour soutenir
notre mode de vie, notre mode de développement)

On peut comparer cela à l’Index de développement humain (IDH) : un index agrégé sur base de ressources, d’accès
aux ressources de base pour assurer sa subsistance, d’accès à la culture, d’accès aux soins de santé etc.

Les petits points de différentes couleurs représentent les Etats des différentes régions du monde.

Comment est-ce qu’on se situe d’une part par rapport à cet IDH, et d’autre part par rapport à cette empreinte écologique
?

Ce qu’on peut observer c’est que pratiquement aucun des pays du monde ne se trouve dans une zone qui est à la fois
favorable du point de vue de son empreinte écologique et favorable du point de vue du développement.

Autrement dit, à l’heure actuelle, tous les pays qui ont des hauts niveaux de développement (estimé sur base de l’IDH
que l’on voit à droite du diagramme), - qui sont essentiellement les pays d’Europe et d’Amérique du Nord, et pour partie
également les pays asiatiques - en fait se trouvent dans ces zones qui dépassent la biocapacité mondiale à l’heure
actuelle très largement.

A l’inverse, les seuls pays qui sont en dessous de la biocapacité à l’heure actuelle (à la gauche du diagramme) sont
largement en dessous de ce qui est considéré comme un critère minimal de standard de vie, disons de « well being »
en anglais, donc basé sur cette espérance de vie, cet accès aux ressources de base etc.

=> A l’heure actuelle, on n’a pas trouvé une manière compatible d’atteindre des hauts standards de développement
tout en étant sobres en termes d’usage des ressources et de préservation de la biocapacité.
Empreinte écologique et limites du système terre

Nous atteignons aujourd’hui les limites du


système, donc sur base de cette même
logique, on peut aussi comparer l’empreinte
écologique à la biocapacité et estimer combien
de planètes terre nous seraient nécessaires
pour soutenir notre mode de développement.

A l’heure actuelle, on peut estimer qu’on aurait


besoin d’1 planète 1⁄2 au niveau mondial pour
soutenir notre développement. Si tout le
monde vivait selon les standards de vie
occidentaux, ce ne serait pas 1 planète 1⁄2
mais de 4 planètes dont on aurait besoin, voire
8 à la fin du siècle si on continue dans cette
voie.

Sur ce diagramme on voit également le détail


entre l’empreinte liée aux émissions de carbone associées à la consommation de carburant, combustibles fossiles et
déforestation et la partie de l’empreinte liée aux autres impacts sur l’environnement.

Ce qu’on voit nettement c’est qu’au cours des 50 dernières années ce qui a tiré l’empreinte écologique de l’humanité
vers le haut c’est essentiellement notre recours excessif aux combustibles fossiles et la déforestation croissante qui
ont donc accru de manière importante notre empreinte carbone.

Limites du système

On atteint aujourd’hui les limites du système terre vu la généralisation d’un mode de production et de consommation
non durable (ou non soutenable) qui a été historiquement prédominant d’abord en Europe, et en Occident d’une
manière générale, et qui a petit à petit au fil
de la mondialisation été étendu à l’ensemble
du monde.

On observe simultanément:

La globalisation d’un mode dominant de


développement, caractérisé par des modes
de production et de consommation non
soutenables (épuisement des ressources)

Une dégradation généralisée des


indicateurs de l’environnement et un
épuisement des ressources non
renouvelables et une série d’indicateurs de
l’environnement qui sont en train de basculer
dans le rouge, ce qui génère un risque
imminent de ruptures qui pourront se passer de manière successive ou simultanée.
Les limites du système sont proches (voire déjà atteintes); plusieurs points de rupture pourraient apparaître dans les
prochaines décennies. On sait qu’il peut y avoir un effet domino, que certaines ruptures de certains systèmes peuvent
en entraîner d’autres, d’où la crainte de plus en plus prégnante et documentée dans la littérature scientifique, d’un
risque d’effondrement du système.

On peut parler d’effondrements au pluriel, cela ne veut pas dire que l’ensemble de notre système va s’effondrer d’un
coup, mais qu’on peut plutôt craindre des ruptures successives qui mènent localement ou globalement à un ou
plusieurs effondrements.

On constate, évidemment, aujourd’hui c’est encore plus prégnant avec la crise sanitaire qu’on est en train de vivre,
que notre système comporte de nombreuses vulnérabilités, et qu’un avenir « business as usual », donc qui serait de
continuer à faire tourner notre société, notre mode de développement tel qu’ils tournent aujourd’hui, n’est en fait pas
une option. C’est une option qui mène au crash, droit dans le mur et donc on est aujourd’hui dans une situation où il
est impératif de réorienter fondamentalement le système de développement dominant.

=> Ce n’est pas une question de choix en fait, il y a un caractère inéluctable à ce changement de paradigme qui doit
se faire, et le seul choix qu’il y a c’est que ce changement de paradigme pourra se faire dans l’ordre de manière
anticipée, organisée, planifiée, partagée par les différents acteurs de la société. Donc c’est-à-dire mené de manière
réfléchie. Ou dans le désordre, c’est-à-dire de manière chaotique au fil des crises qui vont se succéder et évidemment
c’est la 1ère option qui est préférable pour minimiser les impacts sur la population mondiale.

=> Une réorientation fondamentale du système (changement de paradigme) est donc inéluctable ; la façon d’opérer
cette transformation dépendra de la capacité de notre société à l’anticiper et l’organiser autour d’une vision partagée
d’un avenir souhaitable; en l’absence d’une telle capacité, les crises actuelles aboutiront à de multiples points de
rupture et à un risque d’effondrement(s).

Cri d’alarme de la communauté scientifique

Ces différents constats par rapport


aux limites du système et aux
risques de ruptures, ont déjà été
faits depuis longtemps par la
communauté scientifique.

Dès 1992, au moment de


l’organisation du premier Sommet
de la Terre à Rio, déjà à l’époque
plusieurs centaines de scientifiques
avaient signé un manifeste qu’ils
adressaient aux décideurs réunis à
Rio au moment de rédiger les 3
Conventions (sur lesquelles nous
reviendront plus tard dans le cours)
à propos de la biodiversité, des
changements climatiques et de la
désertification. Ils avaient donc déjà
porté à l’attention des gouvernants à
ce moment-là : “si nous voulons éviter de grandes misères humaines, il est indispensable d’opérer un changement
profond dans la gestion du système terre et de la vie qu’elle recèle.”

Ce manifeste était assorti d’un certain nombre de recommandations.


World Scientists’ Warning to Humanity: A Second Notice (Nov. 2017) :

Manifeste signé par 15364 scientifiques de 184 pays

1er manifeste en 1992 (co-signé par 1700 scientifiques): « Si nous voulons éviter de grandes misères humaines, il est
indispensable d’opérer un changement profond dans notre gestion de la Terre et de la vie qu’elle recèle. »

Bilan 25 ans plus tard : Le constat que font aujourd’hui des milliers de scientifiques, c’est qu’à quelques exceptions
près – une exception notable c’est la problématique du trou d’ozone en partie résolu grâce au contrôle des émissions
de gaz fluoré dans le cas du protocole de Montréal -. Mais à cette exception près, l’humanité a globalement échoué au
cours des 25 à 30 dernières années à trouver des solutions pour les problèmes environnementaux globaux dont la
plupart se sont empirés, notamment, on est en train de vivre au niveau de la biodiversité, le 6ème événement
d’extinction de masse enclenché par l’Homme et qui est une bombe à retardement, quelque chose de catastrophique
potentiellement pour l’avenir.

Ces scientifiques qui font ce constat disent qu’on a procrastiné pendant 25 ans, laissé filer de nombreuses occasions,
opportunités d’agir. Maintenant la fenêtre d’opportunité pour agir est en train de se refermer très rapidement donc il est
impératif dans l’immédiat de menée des actions, notamment celles qui sont listées ici :

● Arrêt de la destruction des habitats et extension des aires protégées, inter- connectées, marines et
terrestres
● Shift du régime alimentaire au niveau mondial (réduction de la consommation de viande)
● Maîtriser la croissance démographique (réduction du taux de fertilité)
● Stop immédiat aux subsides pour l’énergie fossile; adoption massive des énergies
renouvelables
● Internalisation des coûts de la pollution (externalités négatives) dans le système économique et dans le
système de marché.
● Réduction des inégalités pour lutter contre la pauvreté extrême.

Risques globaux I

Ces risques globaux sont en


fait parfaitement identifiés et
portés à la connaissance de
tous, et quand je dis de tous,
cela inclut les gouvernants,
les décideurs
gouvernementaux, mais
aussi du monde
économique.
On voit ici une classification
de différents risques en
termes d’impact et de
probabilité donc toute un
inventaire de risques a été
fait, ici c’est extrait d’un
rapport adressé au Forum
Économique Mondial qui se
réunit chaque année à Davos
et qui réunit le gratin du
monde économique et des
capitaines d’industrie etc.
Les risques sont ici représentés en fonction de l’intensité des impacts (sur l’axe vertical) et de la probabilité que ces
risques s’expriment (axe horizontal).

Ce qu’on peut constater sur ce diagramme c’est qu’en fait les risques environnementaux représentés en vert figurent
parmi ceux qui sont à la fois les plus impactants, et les plus probables.

Donc ce sont vraiment les 1ers risques, les risques associés au changement climatique, aux événements climatiques
extrêmes qui apparaissent là bien avant d’autres risques de type guerre, terrorisme, pandémie.

=> Selon cet agrégat on voit


bien que le risque
environnemental, et
climatique en particulier,
apparaît parmi les risques
les plus importants.

Risques globaux II

Ceci est confirmé ici : ce qui


a été fait ici c’est de classer
le top 10 des risques
globaux en termes de
probabilité, et en termes
d’impact.

De nouveau, on voit ici que


les risques
environnementaux
apparaissent tout en haut de
la liste avec le risque
climatique dans le top 3 de ces risques.

Notez que cette évaluation date de 2019, il est probable que la prochaine évaluation révisera un peu cette
catégorisation puisque vous pouvez constater que le risque de pandémie n’apparaît même pas dans les risques en
termes de probabilité et il n’apparaissait qu’en 10ème position en termes d’impact. Il est évident qu’aujourd’hui ce
risque sera revisité à la hausse.

Repenser le développement durable ?

Ce constat de l’approche des limites des risques de ruptures, de basculement, d’effondrement, nous font en fait
repenser le concept de développement durable, et constater que l’approche dominante depuis les années 80 qui était
basée sur cette conception de développement durable qui était sensée trouver l’équilibre entre trois dimensions à
prendre en considération dans nos décisions en termes de développement :

Social
Économique
Environnemental
Cette conception a vraiment été au centre de toutes les politiques de développement durable depuis les années 80.
Elle s’est traduite dans la définition d’objectifs de développement durable qui pour la plupart, vous le savez, sont loin
d’être atteints, voire totalement
hors de portée actuellement.

On voit que cette approche a peut-


être certaines limites. Une des
limites qui était constatée c’est
qu’on a placé l’environnement, la
préservation de l’environnement et
les écosystèmes comme un
élément à équilibrer par rapport à
l’économique et social, à un même
niveau, alors qu’en réalité,
l’économique et le social, le
développement humain d’une
manière générale, ne prend pas
place dans un vacuum, un vide, il
est à l’intérieur de cet écosystème.

Donc quelque part l’erreur qui a


probablement été faite jusqu’ici
était de négocier la préservation de
l’environnement vis-à-vis de deux autres piliers qui étaient l’économique et le social, sans se rendre compte que la
préservation de l’environnement est quelque chose de non négociable car elle est la condition sine qua non pour que
le développement économique et social puisse se faire à l’intérieur d’écosystèmes préservés.

Cela fait partie du changement de paradigme aujourd’hui, c’est de penser le développement technologique,
économique, social et humain à l’intérieur de cet écosystème dont nous ne pouvons pas nous extraire.

A la fois l’écosystème apporte les ressources et les services écosystémiques, il reçoit nos émissions et nos déchets.
C’est à l’intérieur de ce système, en respectant justement ses limites, qu’il est envisageable d’avoir réellement un
avenir, un développement durable, réellement durable.

Caractéristiques de la crise climatique

Dans ce contexte, la crise climatique est un petit


peu la mère de toutes les crises parce qu’elle
catalyse à elle seule un peu tous les
dysfonctionnements du système actuel.

Elle a une caractéristique, c’est d’être un


problème ultra-complexe (on parle de «
super-wicked problem » ou problème ultra
intriqué) car :

● Il concerne une multitude d’acteurs /


secteurs qui sont en interconnexion
● Interconnexion de multiples causes, effets et
acteurs ayant des valeurs et
intérêts divergents
● La réponse du système climatique est
dynamique, elle est ouverte et non-linéaire, il y a des ramifications très nombreuses à la fois dans le
système climatique et dans les autres systèmes que ce soit naturel ou humain.
Échelle temporelle (multi-générationnelle) : Une autre caractéristique majeure à la crise climatique aussi, et cela la
différencie très fort de la crise sanitaire qu’on a aujourd’hui, c’est son échelle temporelle. On parle ici d’effets qui vont
sur des échelles multiséculaires, multigénérationnelles, il y a donc une dimension d’équité intergénérationnelle qui est
au centre de la problématique.

Et cette crise touche aussi à nos structures de gouvernance : structures de gouvernance actuelles inadéquates pour
appréhender des enjeux globaux à long terme : La gouvernance, enfin les systèmes de gouvernance dominants actuels
sont totalement inaptes à traiter un problème de cette nature, notamment au vu de cette dimension temporelle parce
que nos systèmes de gouvernance sont conçus, ont été élaborés pour traiter beaucoup plus au jour le jour. Et même
quand on parle de moyen et de long terme, on parle de quelques années et de quelques décennies. Quand on parle
de décision d’investissement, ce sont ces échelles de temps qui sont considérées, et pas la dimension
intergénérationnelle.

Donc on est aujourd’hui effectivement dans une crise qui nécessite de revisiter ces systèmes de gouvernance et de
revisiter le modèle de marché et l’économie puisque comme il est indiqué ici dans la citation de Nicolas Stern qui est
un éminent économiste, qui a rédigé de nombreuses études économiques à propos des changements climatiques qui
font autorité dans le domaine, et qui considère que le changement climatique est une des plus importantes « market
failure » donc un échec du marché : l’économie de marché ne peut appréhender à elle seule ce problème.

“All in all, [climate change] must be regarded as market failure on the greatest scale the world has seen.”

Le marché libre ne conduit pas naturellement à ce qui serait la solution optimale pour la société dans son ensemble.
Notamment parce que le coût des dégradations environnementales n’est pas internalisé. Donc ce n’est pas une
question de vision idéologique par rapport au marché, c’est simplement une inaptitude du marché tel qu’il est organisé
actuellement à internaliser ces problèmes environnementaux et le problème climatique. C’est tout simplement parce
que le marché ne voit pas, puisque ce n’est pas internalisé.

Objectif à long terme (2050) : neutralité carbone

La finalité (je reprends ici un slide


qui avait déjà été montré dans le
1er cours), c’est d’atteindre le
plus vite possible la neutralité
carbone, c’est-à-dire de mettre
un stop à nos émissions de CO2
fossiles et à la déforestation.

Le GIEC a très bien illustré ça


dans son dernier rapport spécial
consacré au 1.5°C avec
l’identification d’une trajectoire
d’émissions qui passe par 2030
avec pratiquement une
diminution de moitié de nos
émissions et une évolution vers
un niveau 0 en 2050.

=> C’est ça le challenge qui est


face à nous, c’est l’objectif pour
rester dans une limite de
réchauffement de 1.5°C.
La voie à suivre : transition systémique

La voie à suivre c’est la voie de la


transition systémique. Le GIEC l’a
aussi synthétisé dans ce même
rapport spécial en disant qu’il était
nécessaire pour avoir une chance
d’atteindre cette neutralité
carbone, de réaliser une transition
systémique immédiate, profonde,
d’une ampleur qui est
historiquement inédite, que tous les
secteurs ou quasiment tous les
secteurs d’activité sont concernés.
Pour opérer cette transition
systémique, il faudra revisiter de
manière radicale les
investissements qui se font au
niveau mondial. C’est un levier très
important pour opérer cette
transition dans les différents
secteurs. Nous y reviendrons.

2.2 Transition bas carbone

Nous allons maintenant nous pencher un peu plus près sur les caractéristiques de cette transition bas carbone et sur
les solutions concrètes à mettre en œuvre pour la réaliser.

La transition bas carbone

Pourquoi opérer cette transition vers une


société bas-carbone ?

La transition systémique vers une


société bas-carbone est un impératif
écologique, économique et éthique,
impliquant des transformations rapides
et profondes et des innovations dans les
structures et pratiques dominantes, dans
les domaines technologiques, politiques
(gouvernance) et socio-économiques, à
tous les niveaux, en vue de :

- Maintenir le réchauffement mondial


sous un seuil acceptable (1,5 – 2°C),
permettant d’éviter une perturbation
profonde du système climatique et les
conséquences néfastes qui en
découlent pour les écosystèmes et la
biodiversité, et assurer des conditions aptes au développement les systèmes humains. (Cette transition vers
une économie bas-carbone doit permettre de respecter les objectifs qui ont été conclus au niveau
international, en particulier dans l’Accord de Paris avec cette limite de 1.5°C.)
- Assurer la sécurité énergétique, offrir un accès équitable à l’énergie, tout en s’affranchissant des ressources
non renouvelables
- Assurer la sécurité alimentaire
- Offrir de nouvelles opportunités, assurer le développement durable
- Préserver / améliorer le bien-être des générations présentes et futures

=> Cette transformation doit être vue de manière transversale, il ne s’agit pas uniquement d’une transition vers une
stabilisation du système climatique, c’est beaucoup plus large que ça et ça s’inscrit dans les autres grands défis de
notre siècle que sont : la préservation de la biodiversité, la lutte contre la pauvreté au niveau mondial, l’accès à l’énergie
et n’oublions pas non plus les Droits de l’Homme et la justice sociale. Il est donc évident que cette transition devra
s’inscrire dans ces différents objectifs.

Ce qu’il est aussi important de mentionner c’est que cette transition est de nature transformative, c’est-à-dire qu’elle
entre en rupture par rapport aux pratiques dominantes qui ont prévalu jusqu’ici et on parle vraiment d’une nouvelle
révolution industrielle en fait.

Comment enclencher le processus


de transition ?

Cette transition ne va pas se


déclencher spontanément, il est
indispensable de lancer des signaux,
notamment au niveau des autorités
publiques, des gouvernements pour
que cette transition s’engage, qu’on
opère le virage nécessaire.

La transition bas carbone nécessite la


mise en place de mesures de rupture,
de nature transformationnelle (la
simple prolongation ou extension des
politiques en place ne peut suffire). On le voit bien depuis plusieurs années, il existe des politiques dans le domaine
énergétique, dans le domaine des transports… qui d’une manière ou d’une autre prennent en compte les objectifs
environnementaux mais on voir bien que ce n’est pas suffisant pour atteindre ces objectifs. Rem : de nature
transformationnelle, par >< à des modification incrémentales qui sont des petits ajustements. Il faut passer à la vitesse
supérieure !

La transition passe notamment par une transformation en profondeur des principaux secteurs émetteurs de gaz à effet
de serre, et transformer en profondeur tous les secteurs émetteurs de GES dont les principaux sont clairement identifiés
:

L’énergie
Le transport
Les bâtiments
L’industrie
L’usage des sols (agriculture et foresterie)

+ Urbanisme : on peut l’ajouter aussi car l’urbanisation galopante dans le monde est également un facteur de
modification profonde de l’utilisation des sols.
Pour enclencher ce processus
de transition, il est nécessaire
que l’autorité publique pose un
cadre et ce cadre passe par un
recours simultané à toute une
série d’instruments d’action
publique. Dans cet éventail, la
boîte à outils des
gouvernements, on va retrouver
principalement :
- La réglementation :
imposition de normes pour les
services et produits
- L’outil fiscal : très important
et puissant pour donner un
signal prix, notamment aux
agents économiques
- Les politiques
d’investissement sont un signal
très important de la part du
pouvoir public
- Recherche et innovation technologique

Ce ne sont pas les seules conditions, il y a d’autres conditions qui sont à réunir pour enclencher cette transition :
- La mise en place d’un cadre de gouvernance adéquat, au niveau mondial et national : On sait qu’il faut adapter
le cadre de gouvernance au niveau mondial, j’en ai déjà parlé, parce que le cadre de gouvernance actuel,
que ce soit au niveau mondial ou national, n’est pas conçu pour appréhender des enjeux de long terme tels
que celui de la crise climatique.
- Il faut ancrer en fait l’action actuelle dans le contexte d’une vision stratégique à long terme. C’est en général
ce qui manque cruellement dans la mise en place des politiques. On n’a pas un horizon clair, une vision
stratégique de long terme.
- L’implication de l’expertise scientifique dans la prise de décision : Pour ce faire, on doit impliquer toutes les
expertises disponibles, et notamment l’expertise scientifique. On voit donc aujourd’hui plus que jamais, c’est
particulièrement criant aujourd’hui dans la crise du Coronavirus, on a besoin très clairement de fonder les
décisions sur les données scientifiques, sur des données objectives, factuelles. Et c’est très important pour
l’enjeu climatique également.
- La participation large du public et de la société civile, afin de susciter une adhésion large au projet sociétal de
la transition (tous les acteurs en reconnaissent l’intérêt et agissent en conséquence) : une autre condition très
importante pour que la transition bas carbone soit un succès c’est l’enjeu de la participation et d’un processus
démocratique large, c’est-à-dire une large implication de la population et de la société civile, ceci de manière
à nourrir la réflexion sur les voies à suivre dans le cadre de la transition, et pour susciter aussi une adhésion
large à ce projet de société qu’est la transition. Cette transition en effet ne fonctionner que si très largement
dans la communauté, dans la société, les principaux acteurs, le public, reconnaissent l’intérêt et agissent en
conséquence.

De nouveau, on peut faire ici un parallèle avec ce qui se passe aujourd’hui par rapport aux mesures de confinement :
on voit bien que très largement les mesures de confinement sont suivies dans la société de manière remarquable alors
qu’à priori on penserait qu’en Belgique on n’est pas particulièrement disciplinés pour suivre ce genre de consignes et
on remarque une très large adhésion à quelques exceptions près aux mesures mises en place.

C’est lié à quoi ?


Évidemment il y a des facteurs propres à la crise sanitaire et donc à des inquiétudes légitimes, mais il y a aussi le fait
qu’il y a une compréhension des mesures mises en place. On comprend la menace, on comprend la réaction et donc
en comprenant le public est plus à-même de modifier ce comportement en fonction des consignes au niveau public. A
une toute autre échelle,é cela devrait aussi se passer pour les enjeux écologiques et climatiques. Il est nécessaire que
le public adhère largement aux objectifs et aux moyens mis en place.

- La prise en compte des principes d’équité et de justice sociale dans la prise de décision : Cela ne pourra se
faire que si les principes d’équité, de justice sociale sont pris en considération dans la prise de décision. Il est
évidemment exclus de baser la transition sur de la casse sociale, sur des mesures qui impacteraient de
manière inéquitable des pans entiers de la société.

Rôle central du financement


Le financement est également une
condition sine qua non pour que la
transition soit un succès. En effet,
aujourd’hui dans l’économie mondiale,
des milliers de milliards de dollars sont
investis chaque année dans
l’économie réelle – je parle ici de
l’investissement privé, pas du public –
donc ce qui fait tourner l’économie ce
sont les investissements.

Réorientation des flux financiers vers


l’économie bas-carbone et « climate-
proofing » des investissements
publics et privés (« sustainable
finance ») : Ces flux sont gigantesques au niveau mondial et aujourd’hui ils restent largement orientés vers ce que
j’appellerai la “vieille économie”, c’est-à-dire celle basée sur un recours aux combustibles fossiles.

Élimination des subsides aux combustibles fossiles : On continue aujourd’hui de subsidier dans de nombreux pays et
c’est le cas encore en Europe et en Belgique notamment. Ce sont des activités associées très étroitement aux
combustibles fossiles, ou très directement à l’exploitation et l’utilisation de combustibles fossiles. Iil faut bien
évidemment immédiatement cesser, cesser d’investir dans ces secteurs. Il faut assurer ce qu’on appelle un « climate
proofing » des investissements publics et privés, c’est-à-dire rendre la finance durable en assurant que chaque dollar,
chaque euro investi, que ce soit au niveau public ou privé, le soit dans des activités qui seront durables et vont
contribuer à l’objectif de la transition.

Tarification du carbone (signal-prix, via la fiscalité ou le marché du carbone) : Une des manières d’attirer ces
investissements dans la bonne direction, c’est de lancer un signal prix via la tarification du carbone. Cela peut se faire
via l’instrument fiscal, une éventuelle taxe carbone, ou le marché carbone, comme celui qui est mis en place au niveau
européen (nous y reviendrons dans un prochain chapitre).

Obligations vertes : Une manière de mobiliser l’investissement est également de lancer des obligations vertes. La
Belgique et d’autres pays ont lancé au cours des dernières années des obligations, c’est-à-dire de la dette publique,
des obligations sont émises pour financer des investissements publics et donc il s’agit de dettes. Et ces obligations
dans le cas d’obligations vertes sont ciblées spécifiquement vers des activités qui vont contribuer aux objectifs de
développement durable et de la transition écologique.
Politique de relance économique par les investissements publics dans les infrastructures bas carbone (« new green
deal ») : Enfin, et là on est aussi dans un sujet d’actualité parce qu’il est question maintenant de plans de relance
économique dès la fin de la crise sanitaire pour relancer la machine économique, de même que les investissements
doivent être détournés des activités basées sur le recours aux combustibles fossiles. Il est évident que les mesures
qui vont être prises pour relancer la machine économique après la crise du coronavirus devront également être investis,
ces nouveaux moyens, moyens de relance dans des infrastructures et des activités bas carbone, dans la logique de
ce qu’on peut appeler le « new green deal » avec le pacte vert européen.
Plus de temps à perdre ...
La dimension temporelle est
importante dans cette
problématique aussi, je l’ai dit
précédemment, on a procrastiné
pendant des années, aujourd’hui la
fenêtre d’opportunité se réduit pour
agir. Les investissements et choix
que nous faisons aujourd’hui vont
être déterminants, non pas pour
cette année ou l’année prochaine,
mais pour les prochaines
décennies.

Dès qu’on parle en fait


d’infrastructures, d’urbanisation, on
parle d’investissements qui vont
impacter de manière durable le long
terme. Faire un mauvais choix
d’investissement va créer le risque de nous enfermer dans une mauvaise voie de développement, c’est le risque de «
lock- in » = on verrouille à ce moment en construisant aujourd’hui par exemple une nouvelle ville sur des schémas du
passé, non durables, cette ville va rester là pendant 50/100 voire plus. Donc si cette ville n’est pas bas carbone dès le
début, elle ne va pas le devenir par miracle, et idem pour toutes les infrastructures et les investissements massifs.
Donc, il est très important d’axer les investissements faits aujourd’hui directement dans la direction de la durabilité.
=> Les choix effectués au cours de la prochaine décennie en matière d’infrastructures et d’investissements seront
déterminants pour amorcer la transition vers une société bas carbone
=> Les décisions ‘business-as-usual’ induisent un effet de ‘lock-in’, engageant durablement le système sur une
trajectoire à hautes émissions

Barrières et « lock-ins »
Il existe de nombreux risques de « lock-in » et
de barrières, elles sont de natures diverses :
Manque de vision stratégique à long terme :
malheureusement aujourd’hui, et surtout dans la
sphère publique (c’est moins le cas dans la
sphère des investisseurs privés et industriels qui
ont peut-être plus le réflexe, en tout cas à
l’échelle de l’amortissement de leur
investissement, ils réfléchissent en fonction
d’une période d’amortissement qui peut être
assez longue, mais qui ne dépassera jamais les
quelques dizaines d’années dans le meilleur des
cas). Au niveau public en général, il faut bien
reconnaître que les décisions sont souvent
prises avec pour horizon temporel la prochaine élection. On manque donc totalement dans la prise de décision
aujourd’hui de vision stratégique à long terme.
Systèmes de gouvernance inadaptés : c’est particulièrement le cas en Belgique en lien avec la complexité
institutionnelle, on n’a pas une manière d’organiser la prise de décision en Belgique aujourd’hui qui permette à la fois
de dégager une vision intégrée, stratégique à long terme, et de mettre en place des mesures fortes qui vont faire
autorité et nous orienter dans la bonne direction. On est beaucoup trop, encore aujourd’hui, dans une mosaïque de
mesures prises par des échelons différents sans que ces diverses mesures contribuent à un objectif commun.
Refus (à l’échelle individuelle ou collective) de mettre en œuvre des mesures qui peuvent engendrer (temporairement)
des pertes ou Peur de l’inconnu et conservatisme : il y a un intérêt à s’engager mais par peur de l’inconnu ou
conservatisme, on va éviter de s’engager dans cette voie.
Pouvoir des lobbies (secteurs industriels à haute intensité (énergétique, secteur pétrolier...) : il est évident que pour
tous les secteurs d’activité économique qui basent leurs activités, le profit qu’ils dégagent et les rétributions à leur
actionnariat sur une activité pétrolière ou toute activité intense en carbone, ces secteurs vont naturellement avoir le
réflexe de freiner les mesures qui visent précisément à sortir de ces activités ou qui visent à leur faire prendre une
autre direction. Il faut ici être nuancé cependant : on voit aujourd’hui des capitaines d’industrie, des CEO, qui ont réalisé,
pris conscience du caractère inéluctable du virage qui est en train de s’opérer et qui réfléchissent en fonction de ça.
Donc le secteur privé, le monde de l’industrie, de l’investissement, n’est pas monolithique, il y a beaucoup dynamisme.
Facteur temps - lenteur / retard dans la prise de décisions : les décisions doivent être prises de manière rapide, tout
retard ne fait que rendre la tâche plus compliquée et plus coûteuse à l’avenir.

Les précédents historiques


La transition vers une société bas
carbone est une transformation
sociétale majeure, une (r)évolution
comparable, sous certains aspects
(rupture avec le modèle existant,
exigences en termes d’innovation et de
mobilisation de moyens) à d’autres
mutations profondes de la société
telles que:

Les révolutions industrielles (force


vapeur, moteur à explosion,
découverte de l’électricité, découverte
au 20e siècle des technologies de
l’information...) : ce sont à chaque fois
des moments de sauts technologiques,
souvent sur base d’une découverte
technologique, qui créent une rupture avec le modèle existant. Ça s’est passé et la nouvelle rupture inhérente à la
transition bas carbone c’est celle-ci, celle de quitter l’économie basée sur une exploitation illimitée de ressources
fossiles depuis 150 ans et aujourd’hui on doit abandonner et évoluer vers un nouveau modèle et donc on peut comparer
cette révolution qui devrait se mettre en place aujourd’hui avec les révolutions industrielles précédentes.
Plus largement, on peut la comparer aussi à d’autres types de révolutions :
L’abolition de l’esclavage
La conquête de l’espace : intéressant car on pouvait penser dans les années 40/50 qu’il était impossible de quitter la
Terre et voyager dans l’espace ou sur la Lune. Puis on a vu que ce projet un peu fou, décidé dans un contexte de
Guerre Froide et de tension entre les deux blocs, eh bien qu’un président décide de conquérir la Lune, mobilise toutes
les ressources pour cela et moins de 10 ans après cela fonctionne. Aujourd’hui, cela paraît hallucinant qu’une telle
décision ait pu être prise car si on avait à ce moment-là le réflexe qu’on a aujourd’hui de faire une évaluation des coûts,
de voir si c’était rentable, si c’était supportable pour les finances publiques, on n’aurait jamais pris cette décision. C’est
donc une décision forte qui a été prise.
La chute de l’URSS : c’était aussi quelque chose de totalement imprévisible dans les années 80, les analystes,
historiens ne pensaient pas que l’URSS pouvait, quelques années plus tard, s’effondrer.
Il y a plein d’autres exemples d’un point de vue historique !

-> L’histoire montre que les mutations profondes, improbables a priori, peuvent pourtant se produire. Une
caractéristique est qu’elles ont été portées par des « agents précurseurs », individus ou groupes sociaux « pionniers »
dans la soicété qui ont permis à des innovations perçues comme utopiques de devenir réalité. Ils ont convaincu
l’ensemble de la société du bien-fondé de l’innovation en question. Aujourd’hui, ces moteurs de changement sont
présents dans les différentes sphères de la société, tant au niveau individuel que d’organisations, dans la sphère privée
ou publique. Ces pionniers sont bien là et ce sont eux qui sont les petites graines de la transition.

Gestion de la transition
Ces pionniers, nous allons les
retrouver à différents endroits dans
la société, dans ce qu’on pourrait
appeler des niches ou des arènes
de la transition qui peuvent revêtir
des réalités très diverses, ça peut
être à grande ou à petite échelle. On
peut penser ici aux expériences
coopératives, à toute l’innovation
sociétale qui est en cours à des
degrés très divers, les expériences
de transition dans les quartiers, etc.
Ce qui caractérise en général ces
niches, comparativement aux
structures classiques de
gouvernement et aux autorités
publiques, c’est le fait d’avoir une
vision à long terme, d’être innovant,
d’aller à l’avant de l’innovation sociétale au lieu de la suivre.
On imagine en fait le futur et on crée, on trouve des solutions, on cherche des objectifs et on trouve des solutions
innovantes qui sont en rupture avec le modèle dominant contrairement à ce qu’on va retrouver dans les enceintes
politiques traditionnelles où on va plutôt être court-termiste, viser des aménagements à la marge, des petits
ajustements avec les leviers traditionnels, sans être dans une logique de rupture.

-> Tout ça va différencier ce qui se passe au niveau des autorités publiques et dans ces niches d’innovation.

Heureusement, ce qu’il se passe dans ces deux sphères n’est pas étanche et petit à petit les autorités publiques vont
aussi être sensibles à ce qu’il se passe dans la société. Il y a donc heureusement une partie de ces expériences
pionnières qui commencent à percoler et se répercuter sur des décisions de l’autorité publique.

Rôle des « niches d’innovation »


Finalement, on peut représenter schématiquement la transition bas carbone ou la transition écologique d’une manière
plus générale comme l’évolution dans le temps d’un état initial, celui que nous connaissons aujourd’hui, le mode de
développement dominant, vers un état
souhaitable, l’état d’un mode de
développement durable compatible
avec les objectifs de biodiversité, etc.
Le cheminement de l’état initial vers
l’état souhaitable ne se fait pas d’une
manière linéaire, continue et dirigée de
manière centralisée, mais bien par des
évolutions multiples dans la société qui
vont s’appuyer les unes sur les autres
et dont l’ensemble va faire que la
société va au final évoluer vers cet état
souhaitable. C’est là que prennent
place ces niches d’innovation qui vont
chacune contribuer à faire évoluer la
société dans son ensemble.

Mobilisation d’acteurs à tous


niveaux
Ces acteurs, je parlais de niches ou
arènes de transition, on les retrouve un
peu partout. Ici, vous voyez deux
illustrations des villes ou communes
engagées dans le monde entier, en
Belgique en particulier, dans les
processus de transition.

En Europe il existe une convention


qu’on appelle « La Convention des
Maires » qui est un réseau de villes, de
municipalités, communes qui
s’engagent sur une base volontaire,
dans des processus de transition.
Grace à l’existence de ces réseaux,
ces villes et communes échangent
leurs expériences, il y a aussi une
émulation qui se fait entre elles pour
évoluer, faire évoluer ces villes vers la
neutralité carbone. Ces expériences, on les retrouve dans le monde entier donc effectivement il y a une dynamique
qu’on pourrait qualifier de bottom-up :
- On a d’un côté les grands sommets internationaux comme les COPs de l’UNFCCC qui ont abouti à l’Accord
de Paris, c’est très important et ça doit exister et permet la coopération multilatérale
- Mais il est tout aussi important que des acteurs de terrain s’engagent dans la transition et c’est ce qu’on
observe notamment au niveau de ces villes, de ces réseaux qui sont créés au niveau européen et au niveau
mondial.

Appropriation de la transition
Ce qui est important c’est que les
citoyens, le grand public, le plus
largement possible, adhèrent et
s’approprient la réalité de la
transition et donc là aussi on a des
exemples encourageants.
Exemple : coopératives
citoyennes : Propriété des
éoliennes en Allemagne (2012)

-> Ici, à titre d’exemple vous voyez


qu’en Allemagne, une bonne
partie des éoliennes sont la
propriété de coopératives
citoyennes. C’est un signal très
intéressant sur le fait que ces
citoyens s’engagent et
s’approprient ces objectifs en
s’engageant très concrètement
financièrement, et dans
l’organisation et la gestion de
l’exploitation de ces éoliennes.

Rôle de la société civile et des mouvements citoyens


La société civile et les mouvements citoyens (marches pour le climat, etc.) ont un rôle d’une manière générale, très
important dans ces dynamiques de transition, notamment parce que ce sont des viviers d’idées qui permettent de :
Dynamiser le débat sociétal
autour de la transition ;
Atteindre et impliquer des
catégories de la population
habituellement peu représentées
dans ce débat : ils permettent
d’atteindre des publics qui ne sont
pas du tout représentés dans le
débat sur la transition, qui sont
très éloignés des sphères
décisionnelles, donc ces
mouvements citoyens sont des
jonctions, des passerelles, entre
ces catégories de population et
les autorités.
Placer les « décideurs » (du
monde politique et économique)
face à leurs responsabilités : Cela
permet aussi de placer, interpeller
le monde politique et économique
et de les placer face à leurs
responsabilités, donc de jouer leur rôle d’aiguillon et de déplacer le centre de gravité du débat public vers cet enjeu.
Déplacer le centre de gravité du débat public vers l’enjeu de la transition
On l’a bien vu au cours des dernières années, le dynamisme de ces mouvements citoyens a été assez déterminant
sur une série de décisions prises. Je citerai à titre d’exemple le cas du Green Deal européen qui est un projet phare
de la nouvelle Commission européenne, mis en place à la fin de l’année dernière. Il apparaît très clair que la raison
pour laquelle ce projet a été placé comme « top priority » de la Commission européenne, est une conséquence des
mouvements citoyens, des marches pour climat, jeunes pour le climat qui ont eu lieu tout au long des deux dernières
années.
-> Ces mouvements citoyens peuvent donc faire la différence au niveau de la prise de décision.

Importance des innovations sociétales


Pour conclure sur ces moteurs de la transition, sur ces éléments de la société qui vont jouer un rôle important pour
initier la transformation de
notre société, je citerai encore
ces innovations sociétales :
- Renforcer la
responsabilité sociétale des
entreprises : le secteur privé,
industriel, du business en
général, n’est pas monolithique
et on voit effectivement de plus
en plus qu’un certain nombre
de patrons d’entreprises de
plus en plus nombreux, sont
parfaitement conscients de la
responsabilité sociétale de leur
activité et enclenchent au sein
de leur organisation/entreprise
des processus de transition.
C’est un élément très important
et là aussi on a une émulation
positive, il y a une sorte de
concurrence qui s’installe, mais dans le bon sens du terme entre ces différentes entreprises qui cherchent à se
positionner comme des acteurs vertueux dans le domaine économique et industriel.
- Favoriser l’investissement socialement responsable : c’est aussi une notion où les investisseurs cherchent
à placer leurs investissements dans des produits qui sont perçus en tout cas comme contribuant à la transition.
- Sortir du carcan des indicateurs financiers et évoluer vers des indicateurs de bien- être : Un corolaire de
cet investissement durable, c’est de sortir aussi des indicateurs financiers classiques et d’évoluer vers d’autres
indicateurs qui permettraient de mieux penser, orienter les différents investissements publics ou privés.
- Encourager les solutions innovantes en matière d’investissement (micro-finance, financement
participatif...) : Le micro financement, financement participatif sont aussi des solutions qui peuvent avoir leur
importance à certaines échelles.
- Réformer l’architecture de la fiscalité et introduire une taxe sur les transactions financières : Il est important
de revoir l’architecture de la fiscalité et en particulier un projet dont on parle depuis plusieurs années mais qui
peine à émerger c’est l’imposition d’une taxe sur les transactions financières. Les transactions financières, chaque
année au niveau mondial représentent des flux absolument gigantesques en termes de volume de transaction et
l’imposition d’une taxe, même très faible, sur ces transactions représenterait une manne financière très importante
qui permettrait de financer une série d’investissements indispensables pour la transition.
- Réforme du droit international pour appréhender les atteintes sévères aux biens publics de l’humanité
(biodiversité, climat...) : La réforme du droit international peut être aussi un facteur important dans ce contexte de
manière à appréhender dans le droit international en fait les atteintes sévères aux biens publics de l’humanité que
sont la biodiversité, le climat.
- Favoriser l’économie collaborative : sous toutes ses formes. Quand on voit aussi aujourd’hui différentes
expériences à différentes échelles, ça peut être un élément moteur dans une logique de transition.
...
Les changements de comportement, moteurs de la transition
Les changements de comportement sont aussi un moteur important et sous-estimé de la transition. En effet, en tant
que citoyen consommateur, nous
faisons chaque jour des choix dans les
biens et les services auxquels ils font
appel, alors de manière souvent pas
très consciente mais on opère tout de
même des choix.
Les choix de consommation des biens
et services constituent autant de gestes
quotidiens qui influencent l’orientation
générale de l’économie, notamment via
les choix posés en matière de:

● Logement : localisation, type


d’habitat, surface, isolation, chauffage,
éclairage...
● Mobilité : choix du mode de
transport, taille des véhicules, éco-
driving, rationalisation des
déplacements...
● Alimentation : produits locaux et de saison, diminution de la consommation de viande...
● Consommation de biens manufacturés divers (équipements ménagers, informatique, vêtements,
ameublement...)
● Voyage : privilégier les destinations proches, le train, le bateau, type de tourisme qu’on pratique...

Ces exemples de choix quotidiens que prennent les citoyens ont un impact énorme sur les émissions de GES et sur
l’évolution des prestataires de ces biens et services car en réalité les industries qui produisent ces biens, prestent ces
services, sont très attentifs à la demande de leur clientèle. Si le consommateur fait évoluer la demande dans une
direction, par rapport au niveau des modes alimentaires, par exemple si les produits locaux et de saison sont plus
demandés par les consommateurs, il est évident que les producteurs et distributeurs de denrées alimentaires vont
adapter leur offre à cette demande. Le citoyen consommateur est donc lui-même acteur et moteur de la transition.

Certains analystes ont essayé de quantifier


cela, et le GIEC donne une estimation : il
estime que la réduction de GES au niveau
mondial associé au changement de
comportement pourrait atteindre de l’ordre
de 5Gt équivalent CO2 / an en 2030, ce n’est
pas rien, c’est environ 1/7ème ou 1/8ème
des émissions totales.
Exemple : impact d’une modification de
comportement en matière de mobilité
La simple substitution des SUV aux USA par
des véhicules aux normes EU permettrait de
compenser les émissions générées par la
fourniture d’électricité à 1,6 milliard de
personnes dans les pays en développement
Un exemple en fait de cette importance des
choix de comportement, ici c’est pour donner
un ordre de grandeur : cette comparaison
montre qu’une modification potentielle du choix en matière de mobilité des Américains qui passeraient des standards
actuels avec des véhicules type SUV à des standards inférieurs en poids, en volume, en consommation, générerait
une économie d’énergie qui est équivalente à la fourniture d’électricité à 1 600 000 000 de personnes de pays en
développement (= partie de la population mondiale aujourd’hui privée d’une couverture continue et quotidienne
d’électricité).
-> On voit donc à quel point un choix de consommation en l’occurrence peut peser lourd en termes d’économie
d’énergie ou économie de ressources.

2.3. Transformations sectorielles

Nous allons maintenant voir d’un peu plus près les transformations requises au niveau des différents secteurs dans le
cadre d’une transition vers l’économie bas carbone.

Trajectoires des émissions sectorielles dans un scénario 1.5°C


La décarbonation de l’économie, c’est-à-dire l’évolution vers un niveau d’émission proche de 0 à l’horizon 2050, ne
peut se faire qu’en opérant des
réductions très importantes de
l’ordre de près de 100% dans
tous les secteurs en fait. Il n’y a
pas un secteur qui échappe à
cette nécessité, vu précisément
qu’on doit évoluer vers un
niveau d’émission proche de 0,
on ne peut donc pas se
permettre de s’offrirle luxe d’un
secteur qui ne collaborerait pas
à l’effort.

On voit que sur le slide un


scénario développé par la
Commission européenne dans
le cadre de la Communication
que la Commission a publié en
2018 et qui préfigure de la
stratégie à long terme de l’Union
européenne. La Commission
européenne a fait tourner ces modèles et a montré quels étaient les niveaux de réduction et le rythme de réduction des
GES dans les différents secteurs. On voit bien ici qu’il faudra agir simultanément dans les secteurs des bâtiments,
résidentiel et tertiaire, industrie, électricité, agriculture et également dans les puits de carbone.

De quoi s’agit-il quand on parle de puits de carbone ?


Il s’agit d’émissions négatives, d’absorption de carbone. C’est très important dans la perspective de la neutralité
carbone car en réalité, malgré tous les efforts qu’on pourra fournir, il y aura toujours une certaine proportion d’émissions
résiduelles de GES ou de CO2 qu’on ne pourra pas totalement éliminer.
Je vais citer 2 exemples de ces émissions résiduelles qu’on ne pourra pas éliminer.
- Celles issues de l’agriculture : du fait que quelles que soient les pratiques agricoles qu’on a, qu’on met en place,
l’agriculture est intrinsèquement, de par la nature même de l’activité, une source de GES, notamment par exemple la
riziculture, ou certaines pratiques d’élevage. Les sols dans certaines conditions de toute façon sont émetteurs d’azote
ou de CO2 dans certaines conditions d’exploitation, donc on a toujours des émissions résiduelles.

- A l’heure actuelle, l’aviation. On peut évidemment chercher à réduire le trafic aérien au niveau international, on peut
chercher à optimiser les routes, on peut dans le meilleur des cas diminuer le trafic aérien mais dans l’état actuel des
technologies, on n’a pas ou très peu d’alternatives au kérosène utilisé pour propulser les avions. Enfin ce que je dis
n’est pas tout à fait exact, il existe des pistes mais il est peu probable que d’ici 2040 ou 2050 on soit parvenu à
totalement décarboner le secteur de l’aviation compte-tenu des limites technologiques.

Ce sont 2 exemples de secteurs dans lesquels il sera difficile voire impossible d’atteindre un niveau 0 d’émission.
Comment peut-on malgré tout atteindre la neutralité carbone si de toute façon il subsiste des émissions résiduelles
dans certains secteurs ?

La solution est le captage de CO2 via ce qu’on appelle les puits de carbone et ces puits de carbone. Il y a 2 grands
types :
Les puits naturels : ce sont les puits forestiers, donc le reboisement, la reforestation où certaines pratiques forestières
peuvent permettre qu’un couvert forestier agisse comme un puit de carbone, c’est-à-dire qu’il absorbe plus de carbone
qu’il n’en émet. A ce moment-là on a une capture nette de CO2.
Solution technologique, industrielle = CCS « carbon catcher and storage » (capture et séquestration du carbone) : il
s’agit de capter le CO2 à la sortie d’un processus industriel, soit d’une centrale de production d’électricité ou de
n’importe quelle usine qui produirait du CO2. Donc au lieu de libérer ce CO2 à l’atmosphère, on le capture, on le
conditionne en le liquéfiant (via refroidissement) et en l’injectant sous haute pression dans certaines formations
géologiques dans lesquelles ce CO2 va en fait être séquestré, donc ne plus s’échapper de ces formations géologiques.
Là aussi, on va créer une absorption.

A peu près tous les scénarios élaborés actuellement qui envisagent la neutralité carbone à l’horizon 2050 ou un peu
au-delà envisagent ces deux pratiques, d’une part le recours aux puits de carbone forestiers, d’autre part la
séquestration industrielle via une CCS du CO2. C’est uniquement via ces moyens qu’on entrevoit aujourd’hui la
possibilité d’atteindre cette neutralité carbone.

Néanmoins, ce recours sera indispensable si effectivement on veut atteindre un niveau 0 d’émission et donc respecter
les objectifs fixés dans le cadre de l’Accord de Paris.

Le défi énergétique
J’ai dit à l’instant que tous les
secteurs d’activité devraient être
impliqués dans la réduction des
émissions de GES et la transition
mais il est certainement un secteur
qui est tout à fait central, c’est le
secteur énergétique. Là, on a un défi
gigantesque qui est de transformer
notre système d’approvisionnement
énergétique au niveau mondial, de
le faire shifter, évoluer du système
actuel basé sur les ressources
fossiles, vers un nouveau système
qui sera largement basé sur les
énergies renouvelables.
->Plusieurs transitions énergétiques
se sont produites au cours du
dernier siècle
->La demande énergétique
mondiale poursuit une croissance
rapide, tirée par les économies émergentes
->Les combustibles fossiles restent de loin la principale source d’énergie au niveau mondial.

Ce n’est pas la première mutation profonde du système énergétique puisque si on regarde l’évolution sur un siècle de
la demande énergétique mondiale et de la manière avec laquelle cette demande a été assurée par différents vecteurs
énergétiques, on voit qu’elle a évolué de manière drastique car cette demande a d’une part été plus que décuplée en
cent ans et on voit qu’au fil du 20ème siècle le recours aux différents vecteurs énergétiques a fortement évolué. Au
début, on était avec principalement le bois et le charbon, qui étaient les deux vecteurs énergétiques principaux, et petit
à petit on voit que le pétrole en rouge sur ce graphique va prendre de plus en plus d’importance jusqu’à devenir dans
les années 70 au niveau mondial le principal vecteur énergétique et petit à petit le gaz naturel prend également de
l’ampleur.

Ce qu’on remarque aussi ici, c’est que depuis 1950 puis 1970, 2000, jusqu’à aujourd’hui, la demande énergétique
mondiale n’a cessé de croître. On ne le voit pas ici mais si on regardait les projections de croissance de la demande
énergétique, on prévoit toujours un accroissement de cette demande énergétique mondiale tirée essentiellement par
les économies émergentes.

Le défi évidemment est là : comment à la fois changer radicalement la proportion respective de ces différents vecteurs
énergétiques pour favoriser les énergies renouvelables, et continuer d’assurer, de répondre à la demande énergétique
mondiale qui est toujours dans une phase de croissance. C’est là le cœur de la question énergétique et le cadre du
challenge qui se pose à nous aujourd’hui.

Décarbonation du système énergétique


La décarbonation du
système énergétique est
possible, c’est ce que nous
renseignent les scénarios
développés par différentes
institutions. Ici, ce qu’on
voit dans ce diagramme
c’est un scénario
récemment publié par
l’Agence Internationale de
l’Énergie et qui montre
quels sont les leviers à
actionner si on veut
effectivement d’ici la moitié
du siècle parvenir à une
décarbonation très
avancée voire totale du
système
d’approvisionnement
énergétique mondial.

-> Pas de solution simple


pout décarboner le système
énergétique
-> Le recours simultané à un très large éventail de solutions est nécessaire

Sur la partie supérieure, c’est la tendance actuelle si on ne faisait rien, donc de cette croissance mondiale de la
demande énergétique et des émissions de CO2 qui en découleraient. Alors les politiques qui sont actuellement en
place devraient mener à ce scénario- ci mais qui est un scénario on va dire de stabilisation mais qui ne permet pas du
tout de réduire les émissions très élevées annuelles qui se situent actuellement entre 30 et 40 Gt de CO2 chaque
année.
Il n’y a pas de solution simple pour décarboner le système énergétique. Le recours simultané à un très large éventail
de solutions est nécessaire.
Quelles sont les solutions à activer pour parvenir à un scénario durable avec une décarbonation avancée du système
d’approvisionnement énergétique ?
On peut les catégoriser dans 3 catégories, dont 2 principales :

● L’efficacité énergétique : actionner tous les leviers qui nous permettent dans l’industrie, dans les bâtiments,
dans la production électrique, les manufactures, d’augmenter l’efficacité énergétique, c’est-à-dire de maintenir
des biens et des services énergétiques mais en utilisant à la source moins d’énergie, donc augmenter
l’efficacité dans l’utilisation de l’énergie. Ça revient à économiser l’énergie. Dans le graphique, cette solution
est représentée en bleu et permet déjà de décrocher de cette ligne « business as usual ».
● Les énergies renouvelables : une fois qu’on a économisé l’énergie autant qu’on pouvait, l’énergie qui doit être
produite doit l’être sans carbone, c’est-à-dire substituer les combustibles fossiles par les énergies
renouvelables. Là-dedans on va retrouver les différents vecteurs énergétiques dont les principaux sont
l’énergie éolienne, photovoltaïque et la biomasse utilisée notamment comme biocarburant dans les transports.
Il existe quelques autres usages mais ce sont là les principaux leviers au niveau des énergies renouvelables.

On va compléter ces deux leviers par :

● L’innovation technologique devra se poursuivre pour permettre une décarbonation totale du système
énergétique (CCUS, hydrogène, e-fuels (carburants alternatifs d’origine non-fossile)...): elle doit se poursuivre
pour aller plus loin dans la décarbonation du système énergétique. Ici, on pense en fait au CCS « carbon
capture and storage » et à une solution dont on parle de plus en plus qui est le CCUS, où le « U » en plus
signifie utilisation. On ne va donc pas uniquement capturer et séquestrer le CO2 dans des formations
géologiques, on va envisager de l’utiliser dans une logique d’économie circulaire où tous les déchets sont
potentiellement des matériaux qu’on peut revaloriser dans certaines chaînes de productions industrielles. On
capture le carbone et l’utiliser pour en faire des polymères, des carburants alternatifs etc. cela peut être par
exemple dans des chaînes de production de fuel synthétique. L’autre voie est celle de l’hydrogène qui est un
vecteur énergétique totalement non polluant mais qui nécessite une source d’électricité pour être produit.

->C’est en actionnant simultanément tous ces leviers, sobriété énergétique / recours aux renouvelables / innovations
technologiques qu’on peut parvenir à une diminution substantielle des émissions dans le secteur de l’énergie.

Avancées technologiques rapides et baisse des coûts dans les secteurs clefs
La bonne nouvelle c’est que les avancées
technologiques sont très rapides dans
certains secteurs clefs du secteur
énergétique, et notamment dans les énergies
renouvelables et que simultanément les coûts
baissent de manière spectaculaire. Cela va
de pair puisque c’est la baisse des coûts qui
permet à une série de technologies
renouvelables qui permet d’entrer dans le
secteur commercial et de se déployer à
grande échelle. C’est ce qu’on observe au
niveau mondial dans le développement
spectaculaire de l’énergie éolienne et de
l’énergie photovoltaïque, notamment où on
voit une croissance exponentielle au cours
des dernières années au niveau mondial
alors que la phase de démarrage a été très
lente.

Il y a 10 ans encore, y compris en Belgique et en Europe, on voyait les énergies renouvelables augmenter de manière
assez timide dans le portefeuille énergétique. Aujourd’hui, on voit vraiment que la croissance devient exponentielle et
évidemment c’est lié notamment à la réduction des prix, elle-même liée aux avancées technologiques.

Idem pour les véhicules électriques, le démarrage jusqu’ici a été timide mais on voit bien là, à l’heure actuelle, les
constructeurs automobiles sont en train de complètement opérer ce virage vers les véhicules électriques et ici aussi
c’est à mettre en rapport avec l’innovation technologique et l’amélioration des performances des batteries parallèlement
à la diminution du coût de production de ces mêmes batteries.

Additions nettes de capacités électriques


Le résultat de ces déploiements à grande échelle de différentes technologies renouvelables, c’est que les
investissements se font de plus en
plus dans ces secteurs
renouvelables au détriment des
investissements dans les secteurs
de l’énergie traditionnelle (c’est-à-
dire les combustibles fossiles).

Depuis 2015, on observe au


niveau mondial que les nouvelles
capacités de production
énergétique sont essentiellement
aujourd’hui des installations
renouvelables, cela est un
moment charnière.

Jusqu’à 2015 on continuait


d’investir massivement dans des
capacités de production
électrique, basées sur le charbon,
le gaz et le pétrole et aujourd’hui,
chaque année, les capacités installées en renouvelable sont de plus en plus importantes par rapport à ces vecteurs
traditionnels.

Les nouvelles capacités installées en énergies renouvelables dépassent les énergies fossiles depuis 2015 (GW)

Dans cette part de renouvelable, on


trouve essentiellement l’énergie éolienne,
pour les 2/3 (dans les nouvelles capacités
installées), le photovoltaïque,
l’hydroélectricité ainsi qu’une part
d’autres vecteurs dont la biomasse.

Nouvelles options technologiques «


zéro émissions »
A côté de ces développements, je cite
pour terminer sur ce volet consacré au
secteur énergétique, sur des nouvelles
options énergétiques 0 émission qui sont
soit encore en phase pilote, de recherche
et qui ne sont pas encore dans le
domaine du déploiement commercial, ou
qui sont en train d’émerger :

[Link] (utilisation) et séquestration du CO2 (CC(U)S)


Le problème ici, c’est le déploiement commercial incertain (coût élevé de cette technologie ainsi que les risques
environnementaux associés). En effet, il s’agit d’enfuir de grandes quantités de CO2 dans des formations géologiques,
dans le sous-sol. Ces technologies, techniques sont relativement bien maîtrisées à l’échelle industrielle puisque ce
sont des techniques assez semblables à celles utilisées par les exploitants de gaz naturel. On peut donc considérer
qu’on maîtrise ces techniques, néanmoins on ne peut pas tout à fait exclure le risque de fuite et d’accident au moment
de l’injection. Cela est donc un risque qui doit être pris en compte, et compte tenu de ce risque et du coût élevé, jusqu’à
présent ces expériences ne sont développées qu’à des échelles limitées, à des échelles de projet pilote, mais on
n’observe pas actuellement de développement du CCS à grande échelle. Ceci pourra néanmoins changer, notamment
en fonction du prix du CO2 qui va augmenter au cours des prochaines années et viendra probablement un moment où
cette technologie deviendra commercialement rentable vu le coût élevé des permis d’émettre du CO2.
Possibilité de réaliser des « émissions négatives » via la production bioénergétique combinée au CCS ou CCUS
(BECCS) : Ce qui est intéressant avec cette technologie c’est qu’il est aussi potentiellement possible de réaliser des
émissions négatives si on combine ce CCS avec de la production bioénergétique. Ici, le principe est d’utiliser de la
biomasse (= matière organique produite en absorbant du CO2 dans l’atmosphère par la photosynthèse). Ce CO2
capturé dans l’atmosphère par la biomasse est utilisé à des fins énergétiques, sous forme par exemple de bois
énergétique ou de biocarburant, et ensuite on capturerait ce CO2 pour l’utiliser dans des matériaux ou l’enfuir dans
des formations géologiques. A ce moment, on crée des émissions négatives puisqu’il y a un flux net de CO2, de
l’atmosphère vers cette utilisation, via le CCS ou CCUS. C’est ce qu’on désigne sous l’acronyme BECCS « Bio Energy
with CCS ».

2.Énergies marines
Houle, vagues, courants (hydroliennes), marées, ... : ici aussi aujourd’hui en mer, ce qu’on exploite essentiellement
c’est l’énergie éolienne, on a des parcs éoliens, mais les énergies marines en tant que telles , c’est-à-dire l’énergie
marine liée à la houle, aux vagues, aux marées, sont peu ou très marginalement exploitées mais à terme il est aussi
très possible qu’on installe dans certaines zones maritimes des fermes hydroliennes qui exploiteront les courants ou
la houle, il y a différentes technologies qui sont en phase de développement.

Énergie thermique (gradient thermique entre les eaux de surface et profondes) : le gradient thermique entre les eaux
de surface et profondes peut aussi potentiellement être utilisé comme un moyen de production énergétique.

3. Secteur de l’hydrogène et e-fuels (= « e » pour électricité). Ce sont des fuels de synthèse produit à partir de
sources électriques, l’idée est de substituer les carburants actuellement utilisés (carburants fossiles), notamment dans
le transport, on parle de carburant pour les voitures ou avion.
L’hydrogène est disponible en quantité infinie (à partir de l’eau) et n’émet aucune pollution à l’utilisation : l’idée est donc
de substituer ces carburants fossiles par des fuels synthétiques qui sont produits à partir d’électricité. Souvent, cela
est en combinaison avec l’hydrogène (qui est en fait disponible à la surface de la Terre en quantité infinie puisqu’on le
produit à partir de l’eau) qui n’émet aucune pollution à l’utilisation.

Nécessite une source d’énergie (renouvelable) pour être extrait et conditionné : Donc c’est un carburant, un vecteur
énergétique totalement non-polluant. Cependant, il nécessite, de même que les e-fuels une source d’électricité pour
être produit, conditionné. Forcément, cette source d’électricité devra être renouvelable si on veut avoir un effet en
termes de réduction d’émissions, de neutralité carbone.
E-fuels = carburants de synthèse, produits à partir d’une source électrique

[Link] nucléaire
Grande incertitude sur la faisabilité technique : c’est une technologie qu’on ne maîtrise absolument pas encore
aujourd’hui, qui potentiellement sur papier permettrait de générer des très grandes quantités d’énergie de manière
totalement non polluante mais le problème est qu’on ne maîtrise pas la fusion nucléaire. La seule application industrielle
qui existe à l’heure actuelle, c’est la bombe H (bombe à hydrogène), mais il n’existe pas de réacteur qui permette de
façon contrôlée de produire de l’énergie à partir de fusion nucléaire.
Pas de développement attendu avant 2050 au mieux : des projets sont en développement mais on n’attend rien avant
2050 au mieux et il est tout à fait incertain qu’on puisse un jour maîtriser cette technologie.
==> il faut être prudent avec toutes ces technologies, certaines sont très prometteuses, d’autres à des stades avancés.
Il ne faut en tout cas pas tout miser sur les nouvelles technologies, on ne va pas trouver une technologie miracle qui
permettra de tout solutionner. Donc les solutions évoquées précédemment, notamment en lien avec la sobriété
énergétique et l’efficacité énergétique, reste le premier levier à actionner quand on parle de transition du système
énergétique.

Mobilité / transport
Je passe maintenant brièvement sur les autres secteurs qui doivent aussi contribuer à la transition bas carbone. Un
secteur qui est extrêmement important et qui est très étroitement lié au secteur énergétique c’est le secteur de la
mobilité et du transport. Là aussi on a différents leviers :
Rationalisation de la demande de
mobilité et transfert modal
On revient sur cette idée de sobriété. Ca
passe par :
-Augmentation massive de la part du rail
dans le transport passager et
marchandises
-Promotion des transports publics et de la
mobilité douce (vélos, véhicules
électriques légers partagés...)
-Aménagement du territoire & urbanisme
(densification de l’habitat, services de
proximité...) : si on veut rationnaliser la
demande de mobilité, il faut réfléchir à la
façon dont on aménage la zone urbaine,
comment on intègre la mobilité dans le
tissu urbain de manière à maîtriser la
demande de mobilité
-Optimisation/efficacité logistique : augmenter l’efficacité de tout le secteur logistique. Aujourd’hui, beaucoup de biens
circulent sur les routes plutôt que d’être stockés. Pour des raisons de productivité, on peut aussi reconsidérer et
optimiser la manière dont on transporte les biens aujourd’hui.

Électrification du transport, notamment routier : Le transport résiduel, celui qu’on ne pourra pas éliminer sur la
route, devra être opéré via des véhicules électriques ou à hydrogène.

Aviation & transport maritime :


Pour l’aviation, on n’a pas actuellement beaucoup d’innovations technologiques qui pourraient se substituer aux
réacteurs classiques fonctionnant au kérosène. La voie de la rationalisation du transport aérien et de l’optimisation est
particulièrement importante dans ce secteur. Au niveau du transport maritime, pour l’instant, l’essentiel du transport
cargo se fait via des bateaux, cargos fonctionnant avec du fuel lourd, des moteurs qui brûlent du fuel lourd. On n’est
pas encore très avancés dans la mutation technologique de ce secteur. Néanmoins, il y a des projets en cours
importants vers de nouveaux types de transports par cargo qui largement feraient appel à d’autres sources d’énergie.
On songe notamment de plus en plus à un recours accru à la force du vent pour un retour à quelque, mais avec bien
sûr des technologies innovantes, à un transport propulsé par la force.
-Suppression des vols courts (au profit du rail) : la suppression des vols courts serait aussi une façon de rationaliser le
vol aérien, en évitant le saut de puces, de courte distance, voire les interdire et privilégier quand c’est possible les
alternatives via le chemin de fer. Je l’ai également déjà évoqué, le développement de carburants alternatifs ou de tout
ce qui peut permettre une meilleure efficacité énergétique dans le transport.
- Le développement de carburants alternatifs ou de tout ce qui peut permettre une meilleure efficacité énergétique dans
le transport. Donc : Développement d’alternatives/innovation technologique (efficacité énergétique, e-fuels)

Agriculture et usages des sols


Autre domaine très important par rapport à la maîtrise des émissions de GES, c’est tout ce qui concerne l’agriculture
et l’usage des sols, à commencer par :
Forêts:
Arrêt de la déforestation et de la dégradation
des forêts : aujourd’hui malheureusement
en 2020, on est toujours dans une tendance
nette, chaque année, à la réduction des
surface forestières. Donc on continue à
déforester à l’échelle mondiale, de façon
gigantesque. Cela pose d’énormes
problèmes en termes de biodiversité, de
services écosystémiques, de séries de feed-
back sur le changement climatique. Si on se
restreint à la question du CO2, ça reste un
poste très important d’émissions au niveau
mondial, donc la 1ère chose à faire est de
cesser la déforestation.
Restauration des terres dégradées : dans un
2ème temps il est essentiel de restaurer ou
réaménager ces sols pour qu’ils puissent
devenir des puits de carbone.

Agriculture/alimentation:
Recours systématique aux pratiques d’agriculture durables (agroécologie, rationalisation/arrêt du recours aux
fertilisants industriels et pesticides ) : on parle surtout ici de ce qu’on regroupe sous le nom d’agroécologie, qui recouvre
plusieurs pratiques, car il n’y a pas une solution d’agroécologie applicable partout dans le monde. Cela dépend des
types de sols, de la production, des conditions climatiques. En tout cas, ces pratiques d’agroécologie ont en commun
d’être sobres en termes d’utilisation des intrants agricoles, c’est-à-dire les fertilisants et pesticides, et de respecter ou
restaurer la qualité des sols, notamment en augmentant le contenu organique et en carbone et donc de refaire de ces
sols des sols équilibrés et qui vont jouer leur rôle tampon par rapport au CO2 et qui vont avoir une certaine capacité
d’absorption de ce CO2.
Modification des régimes alimentaires : on sait aujourd’hui que l’assiette type du citoyen occidental, si elle était
appliquée à l’ensemble de la population mondiale, ce serait tout à fait non soutenable du point de vue de la production
alimentaire, notamment de la production de viande. Il est donc évident que si on raisonne en termes de population
mondiale et des moyens d’assurer un approvisionnement alimentaire et une sécurité alimentaire pour tous dans le
monde, il conviendra aussi d’avoir une réflexion sur les régimes alimentaires.
Lutte contre le gaspillage alimentaire

Urbanisation durable (« smart cities »)


Enjeu crucial compte tenu de la démographie : enjeu central puisqu’aujourd’hui déjà plus de la moitié de la population
mondiale vit dans des villes et d’ici 2050 selon les projections démographiques, environ 3 milliards d’habitants
supplémentaires viendront s’ajouter dans les villes, soit les villes existantes, soit des nouvelles villes qui seront à
construire.
De nombreuses villes se développeront au cours de la prochaine décennie et leur schéma sera déterminant pour
l’avenir, en termes de durabilité (efficacité en ressources, énergie, transport, gestion des déchets...) et de résilience
(adaptation aux changements climatiques) : En Chine notamment, chaque année, de nouvelles villes apparaissent,
sont construites. Si on parle d’extension de villes existantes ou de construction de nouvelles villes, il est tout à fait
évident que les schémas que devront suivre ces nouvelles villes devront être des schémas de smart cities, c’est-à-dire
de villes 0 carbone, sobres en énergie, à la rigueur produisant plus d’énergie qu’elles n’en consomment, basées sur
une circularité, sur une gestion circulaire des déchets et qui sont résilientes du point de vue des impacts des
changements climatiques.
->Si on revient sur le « lock-in », le risque de s’engager durablement dans une mauvaise direction en termes
d’aménagement urbain, on s’enferme dans ce carcan pour des décennies et il sera très difficile de revenir en arrière.
Donc l’enjeu de l’urbanisation durable aujourd’hui est tout à fait central.

Industrie
Enfin, pour terminer ce tour d’horizon des secteurs, passons à l’industrie : pour l’industrie, c’est difficile d’en parler de
manière unique car les secteurs industriels
sont confrontés chacun à des défis très
différents, spécifiques à leurs activités.
- Décarbonation de l’industrie lourde
via l’optimisation technologique (« best
available technologies ») : De façon
générale, si on parle de l’industrie lourde, il
existe pour la plupart des secteurs de
l’industrie lourde des technologies. Elles
existent aujourd’hui mais n’ont pas encore
largement déployées. On parle des « best
available technologies », c’est-à-dire les
technologies high tech, les meilleurs du
point de vue environnemental, dont l’industrie devrait systématiser l’usage. Il y a donc des investissements à faire.
Chaque nouvel investissement industriel aujourd’hui devrait se faire dans la direction de ces best available
technologies, ce qui minimise leur impact industriel.
- Développement technologique (technologies de rupture) : aussi important ici car on voit apparaître dans
un certain nombre de secteurs des technologies de rupture par rapport aux technologies existantes, qui engagent
les processus industriels dans une voie beaucoup plus vertueuse du point de vue environnemental.
- Développement de nouveaux « business models » : ils vont permettre de s’inscrire dans une logique
d’économie circulaire, c’est-à-dire d’augmenter l’efficacité au niveau énergétique, l’efficacité en ressources et de
s’inscrire autant que possible dans une logique de circularité, c’est-à-dire tout ce qui est métaux, plastique,
matériaux de construction.
- Logique d’économie circulaire
• Augmentation de l’efficacité en énergie et en ressources
• Utilisation circulaire des matériaux (métaux, plastiques, matériaux de construction...)

Il faut également penser la production industrielle avec cette idée centrale qui est qu’un bien aura une vie dans une
chaîne de production et que la fin de vie va rentrer à nouveau dans une nouvelle chaîne de production. La logique de
circularité est intrinsèquement liée au défi de la transition industrielle.

2.4. Dimension économique de la transition


Dans cette 4ème et dernière partie de ce cours, nous allons aborder la dimension économique de la transition.

Politique climatique : quel impact sur l’économie


De nombreuses questions sont suscitées en général par cet aspect économique. On entend fréquemment de la part
des gens qui sont perplexes ou sceptiques par rapport à une mise en place d’une politique climatique, volontariste,
l’argument du coût excessif, que la transition est impayable, va provoquer une récession, des pertes d’emploi et que
cela va générer potentiellement un crash de notre économie et qu’il faut prendre beaucoup de précautions.
C’est un débat complexe, qui
nécessité d’être objectivé.
Heureusement, nous avons
des économistes qui viennent
à la rescousse pour
effectivement donner des
chiffres, fournir des
estimations, des évaluations et
objectiver le débat.

Bien entendu, comme on parle


ici d’une transition systémique,
donc une transformation
profonde de la structure même
de l’économie, il y aura des
impacts économiques
importants qui vont se
retrouver dans la structure-
même de l’économie. Des
coûts supplémentaires
d’investissement vont évidemment apparaître, mais ils pourront, dans une certaine mesure, voire dans la totalité, être
compensés par des réductions de dépenses, des co-bénéfices directs ou indirects. Ceci est donc évidemment à
prendre en compte quand on fait une tentative d’estimation de l’impact économique d’une politique climatique
ambitieuse.

Du fait des mutations profondes qu’elle implique dans de nombreux secteurs, la transition vers une société bas-carbone
entraîne de multiples changements dans la structure de l’économie, et modifie la répartition des coûts:
- Les mesures prises dans les différents secteurs s’accompagnent généralement de nouvelles dépenses (en
investissements)
- Celles-ci peuvent être partiellement ou totalement compensées, à court ou moyen terme, par des réductions
de dépenses sur d’autres postes et/ou une série de co- bénéfices

Les estimations des coûts des changements climatiques et des politiques d’atténuation et d’adaptation se heurtent à
une série de limites inhérentes à :
- La difficulté ou l’impossibilité de monétariser tous les impacts (positifs ou négatifs) des changements
climatiques ou des mesures de réponse, et de quantifier le coût de l’inaction
- La multiplicité des effets secondaires (positifs ou négatifs) associés à la mise en œuvre de ces mesures, et
l’incapacité des modèles à les refléter correctement : On ne peut pas non plus appréhender tous les aspects du
coût de l’inaction. Ce coût est important parce que si l’on veut émettre un jugement par rapport au coût de la mise
en place d’une politique d’atténuation, donc de réduction des émissions, il faut aussi la comparer au coût de
l’inaction pour voir quelle voie est économiquement plus favorable. Or, cette question du coût de l’inaction est très
dure à appréhender, de même que le coût des actions, vu la quantité d’interactions, d’effets indirects des mesures,
les modèles sont incapables de tout prendre en compte donc il faut bien se rendre compte que, dans ces études
économiques, qu’elles soient sur certains secteurs, certaines régions du monde, ou plus macro et globales, les
modèles ne peuvent pas tout dire, ne peuvent pas tout prendre en compte. Ils donnent néanmoins une série
d’informations intéressantes.

Estimation de l’impact économique des changements climatiques (« coût de l’inaction »)


La première question qu’on peut se poser c’est celle du coût de l’inaction : que se passera-t-il au niveau économique
si on continue dans ce « business as usual », les politiques telles qu’elles sont menées aujourd’hui, si on ne cherche
pas à opérer un virage, on continue simplement à mener la politique actuelle et à poursuivre notre développement ?
Que se passe-t-il, quel impact cela a-
t-il sur l’économie ?
Les défis sont :
- Traduire l’impact des
changements climatiques et les
risques associés en termes d’agrégats
monétaires : monétariser les impacts
des changements climatiques et les
risques inhérents.
- Prise en compte de
considérations éthiques (distribution
des revenus, générations futures...),
de la santé et l’environnement : prise
en compte de considérations éthiques
qui ne sont pas de manière évidente
couvertes par ces agrégats
monétaires, d’autant plus quand on
parle d’effet à long terme et de
générations futures.
Malgré ces difficultés, des économistes se sont jetés à l’eau. Une étude qui a connu un écho importnt à cet égard c’est
le “Stern review on the economics of Climate Change” (2006), étude qui a été réalisée par Nicolas Stern et son équipe
à la demande du gouvernement britannique et qui date déjà un peu mais qui continue d’être souvent référencée.
Résultats selon différents scénarios :
- Dans un scénario « business-as-usual » (sans action pour le climat): le coût total associé à l’inaction, au risque
climatique, génèrerait une baisse permanente d’au moins 5% du PIB chaque année, donc uniquement en envisageant
les impacts climatiques tels qu’on peut les estimer.
- En prenant en compte une gamme plus large de risques :
· Si on élargit la gamme à des impacts « hors-marché » (pas d’impact direct sur le marché mais dégradation
de l’envrionnement, de la santé) : on arrive à une fourchette de -5 à -11% de perte du PIB.
· Si on ajoute encore une dimension, c’est-à-dire les risques inhérents aux rétroactions, donc le fameux
déclenchement de certains points de bascule - Feedbacks (libération de méthane, diminution de la
capacité des puits de carbone...) : à -11 à -14%, donc on ajoute encore quelques points de pertes de PIB
supplémentaires.
· En prenant en compte la répartition disproportionnée des dommages (sur toute la surface du globe), en
pesant surtout sur les pays en développement : on arrive à -20%, ce qui est énorme.
A l’inverse, selon ces économistes, le coût des mesures d’atténuation n’affecterait le PIB que d’environ 1%, donc
infiniment moins que le coût de l’inaction. C’est pour ça que cette étude avait beaucoup fait parler d’elle car elle montrait
de façon évidente, en tout cas selon les résultats de ces modèles, et avec toutes les limites inhérentes à ce genre
d’exercice car il y a nettement intérêt à se lancer dans une politique climatique ambitieuse plutôt que de laisser filer les
choses, en tout cas si on se situe du point de vue de l’impact économique.

Estimation du coût des politiques d’atténuation et d’adaptation


Après s’être posé la question du coût de l’inaction, la question qui vient immédiatement est celle du coût des mesures.
Là aussi, il y a une difficulté qui est inhérente aux méthodologies, aux différentes méthodes d’estimation.
Qu’est-ce qu’on entend par coût ?
->Cela peut couvrir beaucoup de choses, selon le type d’étude, de littérature qu’on va consulter, la notion de coût va
recouvrir des choses tout à fait différentes.
Les « coûts » englobent différents éléments, selon les approches :
- Investissements (capex) : ce qu’on appelle dans le jargon des économistes les capex (« capital expenditures
»), donc en quoi est-ce que les investissements vont être modifiés par une politique climatique.
- Maintenance (opex) (et « consommables », [Link]. combustibles) : opex (« operation expenditures »), c’est-
à-dire les coûts de maintenance et de consommable. Par exemple, si on parle du système énergétique,
typiquement l’achat de fuel, de
combustibles fossiles pour la production
énergétique, c’est typiquement une
dépense à mettre dans cette catégorie.
- Coûts macroéconomiques et leurs
impacts sur :

· le PIB

· la consommation des ménages

· l’emploi, le « welfare »,…

=>Donc la notion de coût est très différente


selon les écoles d’économistes et selon le
type de modélisation qu’on va effectuer, ce
qui rend l’exercice difficile et ce qui rend
également les comparaisons entre résultats des différentes études difficiles. C’est une précaution à prendre quand on
examine les résultats de ces études.

Limites des analyses de coûts des politiques d’atténuation


D’autres éléments constituent des limites à
ces analyses des coûts de politiques
d’atténuation, notamment les nombreuses
hypothèses qui sont à faire lorsqu’on mène
ce genre d’études et qui peuvent
rapidement s’avérer fausses en fait.
Exemples :

Les coûts augmentent considérablement en


fonction de:

● L’absence ou la disponibilité limitée


de certaines technologies clés
● Le retard dans la mise en œuvre des
mesures d’atténuation

Les hypothèses qu’on va faire sur la disponibilité des technologies et le rythme auquel ces technologies vont apparaître
sur le marché, être une étape de déploiement commercial, et le rythme dans la mise en œuvre de certaines mesures
de politiques. On est donc obligés, quand on fait des exercices de modélisation économique de faire des hypothèses
sur la disponibilité de ces technologies, et on peut évidemment se tromper en termes de calendrier, de rythme de mise
en œuvre.

Des développements sont nécessaires pour mieux prendre en considération la réduction des coûts associés aux
multiples co- bénéfices des mesures d’atténuation Une autre limite est inhérente à la prise en considération des
multiples co- bénéfices : on sait que les politiques d’atténuation sont souvent associées à de nombreux co-bénéfices,
notamment en termes de :

● Santé (qualité de l’air) car généralement les politiques de réduction des GES vont également impacter
positivement la qualité de l’air parce que d’autres polluants vont être diminués également.
● Incidences sur les écosystèmes (et les services écosystémiques)
● Autosuffisance en ressources, par exemple le déploiement des énergies renouvelables est typiquement une
mesure qui est de nature à accroître l’autosuffisance énergétique puisque les ressources d’énergies
renouvelables sont locales et il ne faut pas aller les importer à l’autre bout du monde.
● Résilience du système énergétique, etc.

Ce sont donc toute une série de co-bénéfices qui vont avoir un impact positif sur le plan économique et qui ne seront
pas nécessairement pris en considération dans les modèles économiques.

Coûts d’investissements associés à la transition énergétique


Les résultats de ces études sont à prendre avec précaution, sont de nature indicative, mais ils sont utiles pour
comprendre et relativiser les
impacts d’une politique
climatique sur notamment les
coûts d’investissement et c’est
ce qui est illustré sur le graphie
pour le cas du système
énergétique.
L’hypothèse qui est examinée ici
est, quel est le coût
d’investissement
supplémentaire ou pas associé
à la transition énergétique au
cours d’une période, ici couvrant
2015 – 2030, par rapport à une
situation de référence.

La situation de référence est


illustrée à gauche du graphique
: le “cas de base” où dans une
situation à l’identique par
rapport à la situation actuelle, le
système énergétique nécessite au cours de cette période de 15 ans 89 milliers de milliards $US d’investissement. Ce
sont simplement les coûts nécessaires au cours de cette période pour investir dans les unités de production
énergétique, dans les raffineries ou toutes les infrastructures du système énergétique qui nécessitent d’être installées,
rénovées.

Les coûts d’investissement dans le système énergétique sont ici de toute façon gigantesques, de l’ordre de 89 trillions
(milliers de milliards) de $US sur cette période.

On va voir comment la transition énergétique va impacter ces investissements. Ce qu’on va voir c’est un premier coût
supplémentaire lié à des dépenses d’investissement pour améliorer l’efficacité énergétique. On pense par exemple au
bâtiment, au transport, à l’industrie. Si on veut améliorer l’efficacité énergétique du transport, la performance
énergétique des bâtiments, il faut investir, idem dans l’industrie : 9 milliers de milliards supplémentaires.

Un 2ème type d’investissement supplémentaire ici concerne les « low carbon technologies » qu’on va devoir installer
comme capacité de production électrique renouvelable. En général, ces technologies sont du renouvelable, donc si on
installe à l’échelle mondiale des grandes quantités de capacité de production électrique renouvelable, qu’il s’agisse
d’éolien, photovoltaïque ou autre, ça représente des investissements supplémentaires de 5 milliers de milliards de $.

On va par contre dans le même temps réduire les investissements dans les installations fossiles, et donc ici on va voir
6 milliers de milliards $ économisés. Donc c’est un basculement, on diminue l’investissement dans le fossile pour
l’augmenter dans le renouvelable, on va avoir certains impacts, mais assez marginaux ici sur les réseaux de
transmission et distribution et d’électricité et on va avoir une économie (diminution d’investissements) liée à la
compacité des nouvelles villes ou la manière dont les villes, dans un scénario de transition bas carbone, seront
aménagées, plus compactes, avec une plus grande capacité de service. Enfin, en tout cas, on aurait des villes plus
performantes sur le plan énergétique, ce qui permet une réduction des investissements.
Au bout du compte, on arrive à un scénario bas carbone avec au total des investissements de l’ordre de 93 milliers de
milliards de $US à comparer aux 89 milliers de milliards $US estimés pour la situation de référence.

Qu’est-ce qu’on peut tirer comme conclusion de ce diagramme ?


Au bout du compte, l’investissement supplémentaire requis est relativement marginal par rapport au volume énorme
d’investissements qui est de toute façon requis dans le système énergétique. Il s’agit donc surtout d’un glissement,
d’un certain type d’investissement vers d’autres. Cependant la manne totale d’investissement n’est pas fortement
impactée par la transition énergétique.

Cela tord donc le coup à une idée reçue qui est de se dire : le système énergétique actuel ne coûte pas grand-chose,
ou en tout cas on est habitués à ce coût, et le fait de faire transiter le système énergétique vers un système décarboné
va coûter énormément et va impacter énormément l’économie. Eh bien non ! les modèles ont tendance à montrer qu’en
termes de coûts d’investissement, la modification n’est pas spectaculaire.

Impact de la transition bas-carbone sur les coûts du système énergétique en Belgique


Le même type d’étude a été réalisé au niveau belge, avec l’avantage ici de ne pas seulement prendre en compte les
coûts d’investissement mais également les coûts d’opération et de maintenance, et les coûts de combustibles.

Cette étude, qu’est-ce qu’elle montre ?


Elle prend ici un scénario de référence, donc la situation « business as usual », pour explorer 4 scénarios différents :
-Un scénario central: scénario
vers la neutralité carbone de
référence, choisi par les
modélisateurs.
-Scénario alternatif 1 basé sur
une modification des
comportements
-Scénario alternatif 2 basé sur la
technologie
-Scénario ambitieux visant la
neutralité carbone à l’horizon
2050 (-95% de réduction de
GES), ce qui correspond grosso
modo à la neutralité carbone si
on prend en compte la possibilité
d’absorber les 5% restants.

Qu’est-ce qu’on voit ?


On voit qu’on a une
augmentation des coûts
d’investissement dans les différents scénarios de transition, liée aux investissements qui doivent être faits dans le
système énergétique en Belgique pour faire basculer vers les énergies renouvelables.

Donc on a effectivement de façon substantielle des coûts d’investissement qui sont supérieurs, mais qui sont largement
rattrapés par les coûts de maintenance, et surtout les coûts de combustibles (= facture énergétique, essentiellement
les combustibles que nous importons chaque année au niveau belge et européen et qui représentent une facture
gigantesque).

Cette facture est forcément réduite si on bascule vers un système largement basé sur la production électrique
renouvelable puisqu’on s’affranchit à ce moment-là de cette obligation d’importer d’autres régions du monde, du
charbon, du pétrole, ou du gaz naturel.
On voit qu’au bout du compte on a un coût du système énergétique en Belgique qui est inférieur à ce qu’il serait dans
une situation inchangée, même dans le scénario le plus ambitieux des 95% de réduction de GES, on a encore un
bénéfice d’1% en termes de coût du système énergétique en Belgique.

La hausse du coût des investissements est compensée par la baisse de la facture énergétique

Impacts macro-économiques de la transition bas-carbone en Belgique


Dans le cadre de cette même étude, l’impact macro-économique de la transition bas carbone a été examiné. Donc ici,
l’un des résultats importants de
cette analyse, est illustré sur ce
diagramme où on voit d’une part
la croissance du PIB, jusqu’à
l’horizon 2030, et parallèlement la
diminution des émissions de CO2.
Donc on voit jusqu’à 2015 ici
l’évolution historique des
émissions de CO2 en Belgique,
l’évolution historique du PIB en
Belgique.

On voit 2 scénarios :
-Un scénario « business as usual
»
-Un scenario de décarbonation de
transition bas carbone en
Belgique.

On voit que la différence en


termes de CO2 ici est qu’on
diminue de 46% les émissions de
CO2 dans le cadre du scénario transition bas carbone par rapport au niveau de 1990. On voit aussi que cette réduction
supplémentaire CO2 s’accompagne en fait d’une augmentation du PIB de 2% en 2030.

Ce qui se passe en fait, la mécanique qui permet cette augmentation du PIB, résulte principalement de 3 moteurs :

1. Efficacité énergétique : réduction de la facture énergétique qui permet à l’économie belge d’économiser sur sa
facture énergétique et de réduire la facture énergétique de 2% du PIB en 2030

2. Relance par l’investissement : l’investissement dans des structures bas carbone va créer ce qu’on appelle un «
demand push » donc une demande accrue qui va en fait cataliser une relance (relance par l’investissement)

3. Glissement fiscal (« tax shift »): recettes d’une taxe carbone ([Link]. 40 euros/tCO2) utilisées pour réduire les
cotisations de sécurité sociale (double dividende) : lié à l’imposition d’une taxe carbone dans le cas d’un scénario de
transition, on prélève une taxe qui va générer des revenus et permettre un glissement fiscal qui permettra par exemple
le double dividende, c’est-à-dire de diminuer les taxes sur le travail ou les cotisations de sécurité sociale.

Tout cela, l’un dans l’autre, va aboutir à ce que le PIB ne soit pas pénalisé par la mise en œuvre d’une politique de
transition mais au contraire en bénéficier.
On a donc des impacts macro-économiques qui sont globalement positifs :
- Augmentation du revenu net disponible
- Emploi en 2030 : +80 000 (augmentation la plus importante : secteur des bâtiments), création de gisements
d’emplois vu la politique de relance par l’investissement.
- PIB en 2030: +2%
On va aussi créer d’autres co-bénéfices, comme une amélioration de la qualité de l’air, et donc de la santé, ainsi qu’une
plus grande indépendance et donc une plus grande sécurité énergétique puisqu’on s’affranchit en grande partie des
importations de combustibles à l’étranger.

Co-bénéfices
Ces questions de co-bénéfices
qui sont justement précidément
difficiles à aborder dans les
exercices de modélisation
économiques, je les passe
rapidement en revue ici. On peut
les catégoriser selon ces 5
catégories importantes :

- Indépendance énergétique
et si on raisonne au niveau
mondial, le fait de shifter vers des
sources énergétiques plus
diversifiées et renouvelables, va
augmenter l’équité dans la
distribution mondiale des
ressources énergétiques
puisqu’aujourd’hui les ressources
énergétiques fossiles sont
concentrées dans les mains de
quelques pays et tous les autres
sont dépendants de cet
approvisionnement. On gagne ainsi en sécurité en équitabilité de l’accès à l’énergie.
- Bénéfice sur la santé : dans une grande majorité de cas, les politiques d’atténuation des GES s’accompagnent
d’une amélioration de la pollution atmosphérique.
- Double dividende : fait d’imposer par exemple des taxes ou un prix sur le CO2, va générer d’une part un
premier dividende qui est le bénéfice environnemental, et le 2ème c’est la recette qui est générée par cette
taxe, et qui permettra de réinvestir dans d’autres postes ou diminuer la fiscalité sur d’autres postes.
- Création d’emplois : elle est couramment associée à ces politiques d’investissement parce qu’en glissant vers
de nouvelles activités industrielles, vers les énergies renouvelables, par un vaste programme de rénovation
des bâtiments, vu l’impulsion donnée dans les secteurs des hautes technologies, et donc de manière générale
la relance par l’investissement, il y aurait création d’emplois.
- Diminution de la facture énergétique à relier au 1er avantage qui est celui de la sécurité énergétique.

=> Tous ces co-bénéfices rassemblés donnent des résultats très positifs pour l’économie également.

Co-bénéfices de la transition
Pour se faire une idée quantitative de cet impact positif des co-bénéfices de la transition bas carbone sur l’économie,
je cite ici une étude qui date de 2018. De
nouveau, ces chiffres sont à prendre
avec beaucoup de précautions, ils n’ont
qu’une valeur indicative, mais tout de
même intéressant à voir.

Les économies liées à l’arrêt des


subventions aux combustibles fossiles +
les revenus du marché du carbone /
d’une taxe carbone vont avoir un impact
positif sur les dépenses publiques avec
des co- bénéfices sur :
• Croissance d’emploi / qualité d’emploi /
accessibilité à l’emploi (niveau mondial,
notamment pour les femmes).
• Réduction de la pollution
atmosphérique qui va permettre d’éviter
une grande quantité de morts
prématurés associés à cette pollution
atmosphérique.

=> Quand on prend en compte l’ensemble des co-bénéfices, on pourrait bénéficier, d’ici 2030, d’un bénéfice
économique de l’ordre de 26 trillions (milliers de milliards de $US) – de nouveau indicatif – donc d’un avantage
économique important de par la mise en place d’une politique climatique ambitieuse.

Même si ce n’était pas pour protéger le climat, on a de toute façon un intérêt au niveau de notre société de s’engager
dans la transition bas carbone vu les énormes co-bénéfices qui sont générés par ces politiques.

Partie 3 du cours de M. Hannon

Partie 3 : Coopération internationale en matière de réchauffement climatique

Il y aura 2 sections dans cette partie, la première sera consacrée à l’historique, aux origines du régime mis en place
au niveau international pour la question du CC, le cadre de la convention cadre des Nations Unies sur les changements
climatiques (UNFCCC) et dans la deuxième partie, nous verrons les contours de l’Accord de Paris et les
développements récents autour de cet accord.

3.1 Historique et cadre du processus multilatéral (UNFCCC)


2 : UNFCCC : Les origines
La prise en considération des problèmes environnementaux à l’échelle mondiale date du début des années 70. Avant,
l’environnement n’existe pas en tant que question politique, ce n’est pas une priorité car il est seulement appréhendé
sous la forme de conservation de la nature. Il y a des programmes de protection, mais c’est plus dans une logique de
sanctuarisation : on va protéger des réserves naturelles, des Parcs Nationaux mais dans une logique de conservation
de la nature. Il n’y a pas encore de prise en considération au niveau politique de la logique systémique de l’écologie
(c’est-à-dire du lien entre les écosystèmes, des dynamiques propres aux écosystèmes et des liens avec les systèmes
humains et les systèmes naturels). Cette logique émerge dans la pensée scientifique mais non dans la pensée
politique.

L’écologie politique émerge dans les années 70, dans le contexte des premières crises pétrolières liées à l’instabilité
au moyen orient avec une augmentation du prix des produits pétroliers. En même temps, différents pays vont lancer
des programmes nucléaires. Tout cela se mêle pour faire émerger des mouvements d’écologie politique et petit à petit
la question environnementale s’invite en politique.

En 1972, une première


conférence internationale aura
lieu à Stockholm. Elle est
consacrée à l’environnement et
c’est lors de cette première
conférence que l'on va créer le
programme des nations unies
pour l’environnement.

À l’issue de cette conférence, il


y a une déclaration qui est
signée par les gouvernements et
qui pose quelques jalons qu’on
va retrouver plus tard dans des
traités internationaux :

- Les ressources naturelles


doivent être sauvegardées.
- La capacité de la terre à
produire des ressources
renouvelables doit être
sauvegardée.
- La flore et la faune sauvages doivent être sauvegardées.
- Les ressources non renouvelables doivent être partagées et non pas épuisées.
- Le développement est nécessaire pour améliorer l’environnement.
- Il doit exister une coopération sur les questions internationales.

3 : De Stockholm à Rio
Suite à cette première conférence, on
va avoir fin des années 70 et surtout
dans les années 80 différents sommets
(ou conférences) consacrés au climat.

La première conférence consacrée au


climat a eu lieu en 1979.

En 1987 : un rapport qui fera date : le


rapport Brundtland (nom de leur auteur)
qui va lancer le concept de
développement durable qui consiste à
répondre, selon les termes du rapport,
“aux besoins du présent sans
compromettre la possibilité pour les
générations futures de satisfaire les
leurs”.

En 1988 : Les nations unies établissent


le GIEC, agence créée sous l’égide de
l’OMM (l’organisation météorologique
mondiale) et du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement) dont l’objectif est de procéder à un
examen de la littérature scientifique et de fournir aux décideurs politiques des synthèses de cette littérature pour que
les décisions prises au niveau politiques le soient sur une base scientifique fiable. Ce qu’ils doivent évaluer, c’est
surtout la science climat, ses impacts, et également les mesures et stratégies de réponses.

1990: Publication du Premier rapport du GIEC qui sera disponible pour le premier sommet de la terre à Rio en 1992.

1992: Sommet de la terre à Rio qui porte 3 conventions : La convention sur la biodiversité, la convention cadre sur le
climat et la convention sur la lutte contre la désertification. Ce sont les 3 grandes conventions internationales
consacrées à l’environnement qui seront adoptées à ce sommet de la terre de Rio, de même que l’agenda 21, qui est
un guide de mise en œuvre du développement durable pour le 21ème siècle. L’agenda 21 sera suivi de différents
sommets au cours des années 90 et 2000.

4 : Convention-cadre sur le climat (UNFCCC)


Cette convention contient
premièrement des objectifs :
“L’objectif ultime de la présente
convention… est de stabiliser... les
concentrations de gaz à effet de
serre dans l’atmosphère à une
niveau qui empêche toute
perturbation anthropique
dangereuse du système
climatique”.

Cet article 2 mentionne en


particulier la nécessité de stabiliser
le système climatique de telle sorte
:

- que les écosystèmes puissent


s’adapter naturellement

- de ne pas compromettre la
production alimentaire au niveau
mondial

- que le développement économique puisse se poursuivre d’une manière durable.

Ces objectifs ont fait l’objet d’un consensus au Sommet de la terre à Rio, ils sont louables mais contiennent une
faiblesse : ils ont un caractère vague, ambigu et surtout non quantitatif. On ne parle pas d’objectifs en termes de
réduction d’émissions ni de calendrier : c’est flou. Et ce flou va faire que pendant des années (même des décennies),
on ne parviendra pas à s’entendre au niveau international sur des objectifs qui soient compatibles avec celui de
stabilisation du système climatique.

Cette convention contient déjà aussi des engagements. Un principe très important de ces engagements est qu’ils sont
différenciés entre les pays développés et les pays en voie de développement. Mais il y a quand même des
engagements communs à toutes les parties :

l’obligation de publier ce qu’on appelle des communications nationales, càd des rapports officiels qui servent
à communiquer officiellement, publiquement l’état de mise en œuvre des programmes nationaux visant la
réduction des GES et l’adaptation et à rapporter sur la manière dont les différents pays coopèrent dans le
domaine du transfert technologique, de l’éducation… Ce sont donc des rapports nationaux qui permettent
d’être transparents sur les actions menées au niveau national en termes de lutte contre le CC.

Concernant les engagements spécifiquement attribués aux pays développés : seuls ces pays ont l’obligation de
mettre en place des politiques nationales de réduction des émissions de GES.

Il est important de noter ici que dans ces premiers temps de la convention climat des nations unies, seuls les pays
historiquement développés (les pays OCDE et les économies en transition issues de l’éclatement de l’ex-Union
soviétique) vont avoir ces engagements. A l’époque, ça peut se comprendre pcq le reste du monde, y compris la Chine,
Inde et tous ces pays qui vont plus tard devenir des économies émergentes et qui vont contribuer de façon très
importante à l’émission des GES ne sont à l’époque (au début des années 90) pas encore des émetteurs importants.
Ils ne seront donc pas pris en compte dans ces engagements.

Les pays développés sont aussi dans l’obligation d’apporter un support financier et technologique aux PVD pour leur
permettre de mener des politiques d’atténuation et d’adaptation.

On va aussi, dans cette convention cadre, mentionner le support particulier qui est requis pour supporter les pays les
plus vulnérables en particulier en matière d’adaptation.

La convention pose des principes


(article 3) qui sont toujours à l’heure
actuelle les bases sur lesquelles
reposent les négociations
internationales.

Ces principes, ce sont :

- L’équité : Les actions


(atténuation, adaptation ou de
support de la part des parties)
doivent être fondées sur ce principe
d’équité en fonction des
responsabilités communes mais
différenciées. C’est un principe très
important: la responsabilité est
certes collective, mais elle est
différenciée selon le rôle historique.
Ce qui est sous-entendu
implicitement, c’est la question de
la responsabilité historique au changement climatique. Les pays agissent aussi selon leurs capacités respectives:
chaque agit, non seulement selon sa propre responsabilité, mais aussi selon sa capacité à mener des actions.
Cette différenciation est donc au coeur de la Convention et elle dicte le fait que ce sont les pays développés qui
doivent être meneurs et être à l’avant garde dans la lutte contre le CC.

- La précaution : Il faut prévenir, atténuer les causes des CC et on ne peut pas utiliser le prétexte de l’incertitude
scientifique pour différer l’adoption de
mesures.

- Le droit des parties à se développer


durablement : On ancre dans la convention le
fait que les parties doivent agir mais elles ont
aussi le droit de se développer
économiquement, mais elles doivent le faire
durablement.

Ces 4 principes vont rester le cadre de référence


dans les négociations jusqu’à aujourd’hui. La
difficulté repose sur le fait qu’aucun de ces
principes n’est assorti d’un indicateur précis qui
permet par exemple d’attribuer quelle est la part de
responsabilité, de quantifier quelle est la capacité
d’agir, d’évaluer la vulnérabilité respective des
différentes parties à la convention ni de traduire de manière concrète ce principe d’équité.
On est là dans un système de valeurs, de critères qui devront être pris en compte dans la prise de décision dans le
contexte de la coopération internationale sur le climat mais il y a peu de critères objectifs pour concrétiser, mettre en
oeuvre ces principes.

7 : Responsabilité : émissions de co2


On peut se poser la question
: « Comment peut-on
effectivement attribuer la
responsabilité dans le
phénomène de changement
climatique au niveau mondial
? ».

Un moyen simple d’évaluer


cette responsabilité est de
regarder quelles sont les
émissions de co2 des
différentes parties.

Sur ce diagramme, on voit


une carte du monde avec une
distorsion : la surface de
chaque pays représente sa
contribution aux émissions de
GES en 2013. On voit bien ici
que le premier émetteur au
niveau mondial est la Chine.
L’UE et les USA sont aussi
des émetteurs importants. C’est une première indication de qui porte la responsabilité si pas du CC des émissions de
co2.

On peut aussi se pencher sur un autre indicateur représenté par les codes de couleur : les émissions de co2/habitant.
Si on se base sur l’empreinte carbone de chaque habitant, on voit que c’est déjà différent. Si la Chine est de loin le
premier émetteur en quantité absolue de CO2, elle n’est plus le premier responsable si on parle de tonnes de co2 par
habitant →Les USA et les états du golfe qui sont des producteurs pétroliers et qui ont aussi des niveaux de PIB par
habitant très élevés ont des empreintes carbone plus élevées.

→ Simplement sur cette question de la responsabilité au CC, on va avoir deux approches qui vont donner des
indicateurs différents.

8 : Responsabilité : émissions historiques


Une autre manière de se poser la question de la responsabilité, c’est de regarder historiquement comment les pays
ont contribué aux émissions historiques.

On a encore utilisé ce code de surface pour comparer la contribution aux émissions historiques.

C’est différent que la situation actuelle → L’Europe et le continent nord-américain deviennent de loin les premiers
responsables. C’est logique vu que la révolution industrielle est née en Europe et s’est rapidement étendue aux USA.

Il y a quand même une nuance à apporter : ce sont les émissions cumulées jusqu'en 2011. Si on regardait les émissions
cumulées jusqu’en 2020, on aurait une image différente pour la Chine car les émissions de la Chine dans les 10
dernières années ont tellement augmenté qu’aujourd’hui, même du point de vue historique, la Chine est devenue au
niveau mondial, le premier responsable.
La couleur représente
l’évolution par rapport à
1990. Et c’est une autre
manière de poser la
question de la
responsabilité, en se
disant “On va oublier ce
qui se passe avant 1990
en partant du principe
qu’avant, on n’était pas
aussi conscients du
problème. On va donc se
poser la question de la
responsabilité en se
demandant depuis qu’on
sait, qu’est-ce que chacun
a fait pour atténuer les
émissions de CO2. On voit
que l’Europe s’en tire
assez bien, les émissions
d’aujourd’hui étant plus
faibles que celles de 1990.
Ce n’est évidemment pas
le cas dans les économies émergentes, au Brésil, en Inde, en Chine. Ces Etats ont connu une croissance économique
et démographique importantes depuis 1990 et forcément, les émissions ont augmenté.

Donc, de nouveau ici, c’est une illustration de la difficulté d’isoler un indicateur qui plairait à tout le monde et qui
permettrait d’objectiver la question de la responsabilité.

9 : Vulnérabilité : Populations exposées


Comment va-t-on évaluer la
vulnérabilité? Le critère
retenu ici est le nombre
d’habitants, les populations
exposés à des risques
climatiques importants de
manière agrégée. On voit que
les surfaces représentent ces
populations exposées avec
un chiffre énorme au niveau
de l’Asie. C’est lié à la
démographie de la Chine, de
l’Inde et d’autres états du Sud
Est asiatique dans des
régions du monde qui sont
exposées à différents risques
(inondations…).

On peut aussi attribuer la


vulnérabilité à une situation
économique individuelle :
face à un même aléa
climatique, des personnes/pays disposant de plus d’argent vont mieux y faire face. C’est ce que représente le code
couleurs → La Chine qui est très vulnérable du point de vue du nombre d’habitants exposés devient bien moins
vulnérable si on considère la question du revenu/habitant. Les états africains deviennent les plus vulnérables.

10 : Vulnérabilité : Pauvreté
Ici, c'est un peu la même
logique mais on ne parle
pas de revenu par
habitant mais du nombre
de personnes vivant
sous le seuil de pauvreté
(avec moins de 1,25 $
par jour). On voit encore
une autre répartition
avec de nouveau
l’Afrique qui est très
vulnérable, de même que
l’Asie.

11 : capacité : PIB
Concernant le critère de capacité
économique d’un pays, ce qui paraît
le plus évident, c’est de l’évaluer sur
base du PIB → On va retrouver les
états les plus développés qui ont le
plus de capacité: l’Europe, le
continent américain et les
économies émergentes en Chine, en
Inde, en amérique latine.

Couleurs : On peut aussi rapporter


ce PIB/personne, ce qui va encore
une fois donner une image différente
: la Chine a un PIB nettement
supérieur dans le top mondial mais
ce n’est plus le cas si on le rapporte
par personne. C’est alors les USA et
les économies pétrolières qui arrivent dans le top.

→ Selon le choix des indicateurs, on va avoir des interprétations différentes.


12 : Accès à l’énergie
Un dernier critère qu’on pourrait utiliser
pour évaluer la capacité des Etats, c’est
l’accès à l’énergie. Il suffit, pour s’en
rendre compte, de regarder la carte
nocturne de la planète où on voit très
nettement les disparités dans les régions
du monde.

13 : Disparités dans l’accès


à l’énergie
C’est une autre illustration des
disparités en termes d’accès à
l’énergie où on compare la
consommation énergétique de
l’Afrique sub-saharienne (pop de
800.000 000 d’habitants) avec l’état
de New-York (moins de 20.000
d’habitants). La surface de ces
diagrammes représente la
population et la hauteur représente
la quantité d’électricité consommée
par habitant. Et le produit des deux,
donc population x consommation
individuelle = consommation
électrique totale.

→ L’état de New York consomme la


même quantité d’électricité que l’Afrique sub-saharienne.

→ La manière de se conformer aux objectifs de la Convention cadre sur le climat et d’agir en termes soit d’atténuation,
soit d'adaptation va dépendre d’un tas de facteurs qui va faire que les réactions gouvernementales vont être
extrêmement diverses selon la façon dont les Etats se situent par rapport à ces critères.

14 : Des pays aux priorités très diverses


Le résultat de ces contextes nationaux très différents est que chaque Etat va venir dans les négociations internationales
avec des préoccupations spécifiques liées à des contextes, des circonstances nationales propres qui constituent des
priorités pour les gouvernements.

Certains pays ont des enjeux liés à leur contexte industriel (avec un souci pour leur compétitivité sur le marché
international), d’autres vont venir avec des enjeux de sécurité ou de migration, d’autres vont être préoccupés par la
diversification économique qu’ils devront affronter du fait que leur économie repose très fort sur une économie
carbonée (exploitation de charbon ou de pétrole), d’autres vont venir avec une menace quasi existentielle (les petits
états insulaires par exemple), d’autres ont comme priorité d’éradiquer la pauvreté, de permettre l’accès à l’énergie...

Tous ces enjeux sont importants et très spécifiques à certains pays : chaque acteur de la négociation va poursuivre un
objectif différent.

Il y aura beaucoup des non-dits (c’est ce qu’on


appelle “L’elephant in the room” ? : ce qui est au
centre des préoccupations et qui va dicter la
position d’un acteur dans la négociation mais qu’on
ne dit pas). L’exemple type de l’Elephant in the
room : La sortie des combustibles fossiles. Tout le
monde sait que la question de l’exploitation et de la
consommation de combustibles fossiles est au
cœur de la question climatique mais on n’en parle
jamais dans les négociations climatiques. On parle
de réduire les émissions de GES, d’apporter du
support financier, du support technologique mais
on ne va jamais faire le lien avec le budget carbone
qui est autorisé en 2030, en 2050, le fait de devoir
réduire les émissions à zéro... car on sait très bien
que c’est un “no go” pour certains pays, notamment
les pays exportateurs de pétrole qui ne veulent pas
commencer à négocier dans le cadre de la Convention climat sur ces questions d’énergies fossiles. Pourtant, on sait
que c’est incontournable si on veut lutter contre le CC mais on en parle pas.

→ Donc, il y a de grandes difficultés dans ces conventions internationales à élaborer des consensus car chacun vient
avec des problématiques qui sont propres à son contexte national. C’est une des raisons pour lesquelles le cycle de
négociation internationale sur le climat est si lent et donne si peu de résultats, c’est pcq les décisions doivent être
prises au consensus et que ce consensus est très difficile à obtenir d’acteurs qui ont des préoccupations aussi
divergentes.

15 : UNFCCC parties & grouping


Une difficulté dans les négociations est aussi liée à la grande quantité d’acteurs. Quasiment tous les états reconnus
par les Nations Unies sont signataires de la convention cadre des nations unies sur le CC. Ca fait 190 et quelques
parties et donc la participation à cette Convention est quasi-universelle.
D’un point de vue
pratique, il est
impossible de
négocier à 190
autour d’une table.
Ce qui se passe
alors, c’est que les
partenaires de
négociation se
regroupent dans
des alliances pour
défendre des
intérêts communs
et pour faire force
dans les
négociations.

Une première
grande division
dans l’ensemble
des parties à la
Convention est
Pays industrialisés
et Pays non
industrialisés :

- Les pays industrialisés se retrouvent dans l’annexe 1 de la Convention (il s’agit essentiellement des pays OCDE
- dont font partie la plupart des pays de l’union européenne et les économies en transition càd ces pays qui sont issus
de l’éclatement de l’ex Union Soviétique). Donc, dans ce premier grand groupe, on retrouve d’une part l’UE avec ses
28 états membres, et d'autre part, “l’umbrella group” qui comprend les USA, le Canada, l’Australie, la Nouvelle Zélande,
et quelques pays d’Europe comme la Norvège, l’Islande, la Russie, le Kazakhstan. Donc, deux grands groupes.

- De l’autre côté, on a le reste du monde, dit en développement, qui est regroupé au niveau des négociation dans
une grande coalition qui s’appelle le G77 and China (à la base, il y avait 77 états mais maintenant, il y a 130 parties).

Il s’agit d’une coalition très hétéroclite. On a une constellation de pays très différents. On y retrouve des économies
émergentes : Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, qui sont certes des pays en développement mais qui talonnent, voire
dépassent le développement de pays industrialisés.

Et donc, finalement, cette distinction “en voie de développement” ou “développés” devient très artificielle.

Et puis, on retrouve dans ce G77, des pays avec de très faibles capacités, avec de très faibles revenus par habitant,
par exemple, le groupe LDC (Least developped countries càd les pays les moins avancés) dans lequel on retrouve
beaucoup de pays africains.

Et puis, on va retrouver toute une série d’autres alliances basées soit sur des bases régionales (groupe africain, groupe
arabe, l’AILAC qui est une alliance des pays d’amérique latine et des Caraïbes) soit sur des préoccupations communes
(Exemples: 1) Les LDC ont une faible capacité,: ils sont vulnérables par rapport aux CC et ils sont en attente d’un
support financier ou technologique, 2) Le groupe des états ou sites insulaires qui sont très vulnérables aux CC).

Et d’autres coalitions sont basées sur des intérêts communs et une même approche politique ( Exemples: 1) LMDC’s
: Like minded developing countries = états qui ont une approche commune dans la négociation, assez conservatrice
par rapport aux fondamentaux de la Convention Climat càd ce sont ceux qui vont vouloir rester dans une logique de
différenciation des efforts entre pays développés et pays en voie de développement. 2) L’ALBA = Alliance bolivarienne
des Amériques : Ce sont des pays qui ont des gouvernements qui s’inscrivent dans les mouvements de libération
bolivarienne en Amérique latine. On va y retrouver la Bolivie, Cuba, le Venezuela et certains états des caraïbes). Ces
alliances sont à géométrie variable : selon que l'on va discuter d’un sujet ou de l’autre, ces différents pays qui sont
souvent à l’intersection de plusieurs alliances vont s’allier dans l’un ou l’autre groupe en fonction de l’intérêt qu’ils
défendent à ce moment-là.

Tout cela montre la complexité des négociations climatiques : on va avoir des acteurs défendant des choses très
différentes → Il est difficile de coordonner tout ça. Du côté des pays industrialisés, c’est encore relativement simple.
L’Union Européenne dispose d’institutions, notamment au niveau du Conseil, qui lui permettent d’élaborer des positions
communes. L’umbrella group est déjà beaucoup plus à géométrie variable: parfois ils vont agir de manière commune
et parfois pas. Mais dans cette grande coalition au sein du G77 et de la Chine (et donc au sein des pays en voie de
développement), la coordination des position est un challenge énorme et il n’est pas rare de devoir attendre plusieurs
jours de réunions internes pour que ces groupes élaborent une position commune.

16 : UNFCCC : Observer organizations


Dans les négociations climatiques, on ne trouve pas que les états et leurs gouvernements mais on trouve aussi les
observateurs, càd des organisations qui sont invitées, autorisées, non pas à participer aux négociations, mais bien à
les observer, à y assister. Elles n’ont donc pas de rôle actif, mais elles exercent un contrôle des négociations et du
lobby.

On va retrouver des agences spécialisées des nations unies, par exemple, la FAO, l’organisation de la santé mondiale,
l’organisation météorologique mondiale…
Une série d’organisations inter-
gouvernementales sont aussi présentes (agence
internationale de l’énergie).
Des organisations non gouvernementales très
diverses y sont aussi : on y retrouve à la fois le
business et l’industrie (ce qu’on appelle les
BINGO), les organisations environnementales
(GreenPeace, WWF…), les organisations de
fermiers et agriculteurs, les populations
indigènes, les gouvernements locaux (les
autorités locales, municipales des villes), les
institutions académiques et de recherche, les
syndicats, les groupes de jeunes, les
organisations de défense des femmes et des
questions des genres.

17 : UNFCCC : Non-governmental observers


Au sein des organisations non gouvernementales, on retrouve essentiellement, en termes de représentation et de
nombre les organisations
environnementales, les
organisations de recherche
et académiques et le
business/industrie (les
BINGO).

Ces trois types


d’organisations constituent
le gros des organisations
représentées dans les
négociations.
Diagramme du bas : la
distribution régionale de ces
organisations. Il y a une sur-
représentation des états
occidentaux par rapport aux
autres régions du monde.
Ca pose un problème. Et ce
n’est pas pcq ces autres
pays ne sont pas invités
mais c’est une question de
capacité et d’ouverture
démocratique : toutes les
régions du monde ne sont
pas égales en termes
d’ouverture à la société civile, en termes de possibilité pour des organisations de se constituer et d’exercer un rôle de
contre-pouvoir face au gouvernement. On retrouve évidemment au niveau mondial tout un éventail depuis la plus
vertueuse des démocraties à la pire des dictatures.

→ Cette représentation n’est pas parfaitement équilibrée et équitable entre les états occidentaux qui sont représentés
et les autres.

18 : UNFCCC : Milestones
Cette ligne du temps illustre quelques jalons importants dans l’histoire des négociations dans le contexte UNFCCC
depuis son établissement au sommet de Rio.

L’histoire des négociations est émaillée de quelques progrès, de lenteur, de retours en arrière, quelques avancées
comme l’accord de Paris en 2015.

On peut noter quelques étapes importantes :

- Adoption du protocole de Kyoto en 1997 (COP 3) = le premier traité qui traduisait en chiffres l’objectif de
stabilisation du climat figurant dans la convention climat. Le protocole de Kyoto a établi, pour un certain nombre
de pays, des plafonds d’émissions. C’était une première avancée même si c’était insuffisant comparé à l’objectif
environnemental.

- COP7 Marrakech, 2001 (COP 7) : Il a fallu plusieurs années pour que le protocole de Kyoto entre en vigueur
et que ses règles de mise en œuvre soient adoptées. Ca s’est passé à Marrakech, à la COP 7 en 2001. Les
accords à Marrakech ont donc permis l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto mais il est très rapidement devenu
évident qu’il était trop faible, en termes de réduction des GES pour parvenir à l’objectif de la convention.

- En 2007 suite à la sortie d’un rapport de l’évaluation climatique du GIEC qui soulignait l’urgence climatique,
le GIEC a reçu le prix Nobel de la paix : ça a relancé une dynamique pour évoluer vers un nouvel accord qui
serait plus ambitieux. Le problème avec ce nouvel accord plus ambitieux, c’est qu’il a nécessité encore de
nombreuses années de négociations pour parvenir à quelque chose de concret (il faudra attendre les Accords de
Paris en 2015).

- COP21 de Paris (2015) : Après de nombreux échecs (échec retentissant à la COP de Copenhague en 2009,
suivi d’un relancement pénible des négociations), il y a finalement eu un succès engrangé à la COP 21 à Paris en
2015 suivi de décisions plus récentes qui permettront la mise en œuvre totale des accords de Paris.

19 : Protocole de Kyoto : éléments clés


Le protocole de
Kyoto, adopté en
1997, était une
première tentative
de quantifier les
objectifs établis par
la convention climat
et d’attribuer des
plafonds
d’émissions à un
certain nombre de
pays (pas tous les
pays car on était
dans la logique de
différenciations des
objectifs entre les
pays industrialisés
et les PVD).

Les objectifs de
réductions
quantitatives ne
s’appliquaient donc
qu’aux pays
industrialisés. À l’intérieur de ces pays industrialisés, il y avait une différenciation des engagements.

Au total, ces engagements représentaient un objectif de réduction des émissions de 5,2 % des réductions en 2008-
2012 (donc une période de 5 ans) par rapport à 1990. Cet objectif était vraiment inférieur à ce qui est requis pour limiter
le réchauffement mais c’était une première étape. L’idée du protocole de Kyoto était que, par périodes successives de
5 ans, on augmentait les objectifs.

Mais donc, un premier problème était lié à cette différenciation entre pays développés et pays non développés, car
l’atmosphère ne fait pas la différence.

Par ailleurs, un certain nombre d’exemptions ont été prévues. Notamment, les émissions du transport aérien et
maritime international, qui sont des postes d’émissions qui sont loin d'être négligeables, ont été mis de côté (choix
politique) du fait d’une part des intérêts économique de ces secteurs et aussi et surtout, de la difficulté d’attribuer la
responsabilité des émissions du transport international (aérien ou maritime) vu que ce transport se passe
essentiellement dans des zones internationales, extraterritoriales.

→ Engagements qui ne portaient que sur un petit nombre de pays ne représentant que moins du tiers des émissions
mondiales + la permission d’exemptions + la permission d’un certain nombre de flexilibités faisant que les réductions
effectives sur les territoires de ces pays effectivement engagés étaient est très insuffisantes (ces flexibiltés = autre
caractéristique du protocole de Kyoto: si on avait du mal au niveau national à réduire les émissions de GES et
d’atteindre les objectifs, on pouvait recourir à des mécanismes de marché, notamment l‘achat des permis de polluer
qui sont des droits d’émissions ou recourir aux puits de carbone pour compenser les émissions).

Une originalité, et une innovation, tout de même du protocole de Kyoto a été de mettre en place un mécanisme
d’observance basé sur un système de communications, des rapports nationaux pour permettre de notifier et
d’examiner les progrès. Un comité de contrôle avait été mis en place pour vérifier le respect des dispositions et, en cas
de non-respect, suite à des examens des rapports nationaux, un régime de sanctions s’appliquait.

Donc, le protocole de Kyoto a empiété en quelque sorte sur les souverainetés nationales en ayant mis en place des
comités de contrôle au niveau international habilités à prendre des dispositions et à appliquer des sanctions en cas de
non-respect de l’objectif. En l’occurrence, il s’agissait d’une pénalité de 30 % de report (donc le manque de réduction
était reporté à la période d’engagement suivante avec un malus de 30%).
20 : Protocole de Kyoto : diversité des moyens pour la réalisation des engagements
Le système de
flexibilité reposait
sur le fait que,
pour atteindre
son objectif
national, il était
possible de
compléter les
réductions
d’émissions par
un certain
nombre d’autres
crédits issus de
diverses
activités.

Ce système
fonctionnait sur
base d’une
double
comptabilité : on
comptabilisait les
émissions réelles
(sur le graphe:
les emissions
side, donc un système de statistiques et d’inventaires nationaux permettait de faire le monitoring des émissions sur le
territoire). Et cette comptabilisation réelle était complétée par une comptabilisation de droit d’émettre (assigned amount
side).

Assigned amount = la quantité attribuée de droit d’émissions. Chaque pays recevait cette quantité de droit d’émission
qui correspondait à son objectif du titre du protocole et le pays en question devait faire en sorte que ses émissions
réelles ne dépassent pas ce Assigned amount. Si le pays avait une difficulté à atteindre cette réduction, il pouvait
compléter ces réductions par l’acquisition des crédits sur un marché du carbone international (dans le cadre de ces
mécanismes de flexibilité) ou procédant à des activités de puits de carbone forestiers (les LULUCF activities).

→ Grâce à ça, chaque pays y arrivait relativement facilement. Surtout en raison de la faible contrainte qui était posée
par des objectifs peu ambitieux, ça n’a pas mis réellement une pression énorme sur les états qui étaient parties au
protocole de Kyoto de faire des efforts importants.

21 : Protocole de Kyoto : bilan


Le bilan est très mitigé :

Points positifs : Son architecture innovante. On a mis en place un système avec :

- Des engagements quantifiés et révisables


- Un mécanisme d’observance qui permettait de vérifier le respect des engagements et de sanctionner si
nécessaire.
- Un certain nombre de flexibilités dans les moyens de mise en œuvre
- Un système de double comptabilité (inventaire d’émissions et inventaire de quotas ou de droit d’émission)

Mais, cela n’a pas


empêché l’échec
environnemental quasi-
total du Protocole de Kyoto
pcq :

- L’objectif collectif de
5,2% de réduction
d’émissions de GES par
rapport à 1990 pour
seulement quelques pays
était très inférieur à ce qui
aurait été nécessaire pour
pouvoir observer un réel
bénéfice environnemental,
càd un ralentissement de
la croissance de la
concentration de co2 dans
l’atmosphère (qu’on a
jamais observé). Lors de la
première période
d’engagement du
Protocole de Kyoto, on a d’ailleurs absolument pas observé un ralentissement des émissions dans l’atmosphère.
- Les objectifs individuels ont été accordés avec beaucoup de complaisance : ces objectifs individuels n’ont pas
été établis sur base d’une clé objective, scientifique, mais ils ont été le résultat de négociations, d’une palabre
politique et non d’une méthodologie objective. Finalement, on est resté dans la trajectoire “business as usual” sans
effort et avec pas mal d’aubaines pour différents pays.
- La couverture était insuffisante : les pays concernés de l’annexe 1 ne représentaient même pas le tiers des
émissions totales.
- Il y avait trop de moyens de s’échapper de ses objectifs (mécanismes flexibles et puits de carbone).

→ Ce Protocole a échoué à atteindre son objectif!

22 : Développements significatifs avant la COP21


S’en est suivie une période assez longue avant la la conclusion d’un traité plus ambitieux, à la COP 21 à Paris en 2015.
Au cours de ces années là, il y a eu des hauts et des bas dans le cycle des négociations et quelques outils ont rejoint
la boîte à outils de la convention. Il s’agit notamment :

- De nouveaux instruments par rapport aux mécanismes de financement avec l’établissement d’un fond vert
pour le climat : “le Green Climate Fund” assorti d’un comité de supervision du financement au niveau
international (un standing commitee of finance), un comité d’adaptation, un mécanisme technologique (pour
promouvoir et faciliter le transfert de technologies entre les pays développés et les PVD).
- D’un amendement qui a été fait au protocole de Kyoto qui permet de s’engager dans une deuxième période
d’engagement après la période [Link] de nouveaux engagements pour 2013-2020.
- D’un mécanisme international pour les pertes et préjudices associés aux impacts des CC.
- D’un cadre de lutte contre
la déforestation, ce qui faisait défaut
précédemment (il n’y avait pas
d’action coordonnée au niveau
international qui permettait de lutter
contre la déforestation). C’est le
programme REDD+ = Reduce
emission from deforestation and
degradation.

Ce sont quelques petits acquis qui


ont posé quelques jalons importants
avant les négociations de l’accord
de Paris.

3.2 Accord de Paris : un régime coopératif « bottom-up »


24 : Le momentum
L’accord de Paris a pu être conclu grâce à une conjonction
favorable de toute une série de facteurs qui avaient manqué
les années précédentes.

Cet accord, on l’attendait depuis des années. La pression


politico-médiatique était devenue gigantesque, ainsi que les
pressions des ONG environnementales et les mobilisations
autour de ce sommet étaient inédites : il y a eu un très haut
niveau de participation: 150 chefs d’Etats ou de
gouvernements étaient présents. Inédit! 36 276 participants.

Il y a eu un intense effort diplomatique en amont, on a


assimilé les échecs des négociations précédentes. Toutes
les parties étaient invitées aux tables de négociations.

Un dernier élément qui a joué en faveur de la COP21 :


L’urgence climatique qui était de plus en plus évidente à la
lecture du dernier rapport du GIEC (5èmerapport d’évaluation
qui démontrait de manière criante l’urgence climatique et
que les efforts accomplis étaient très insuffisants).

25 : Facteurs de succès de la COP21


Donc, différents éléments ont contribué à faire de la COP 21 un succès et à convaincre les différents pays
d'apposer leur signature au bas de cet accord (puisque les décisions prises dans le cadre de l’UNFCCC sont
prises au consensus).

- Il était très important que chaque gouvernement puisse trouver dans l’accord un minimum de ses exigences
de départ : il fallait donc trouver un équilibre général et le meilleur équilibre possible a, à ce moment là, été
trouvé, ce qui a permis de convaincre tous les pays de signer l’Accord.
- Le principe d’équité était bien présent, avec ce qu’on a appelé un “solidarity package”càd un ensemble de
dispositions pour aider les pays les plus vulnérables ou avec un manque de capacités.
- Le processus de négociation était transparent et inclusif : les négociations se sont passées de manière très
ouverte, et inclusives y compris vis à vis des petites délégations (qui sont normalement souvent exclu des
négociations).
- L’invitation avant la COP21
a été faite à tous les pays à
communiquer des engagements
nationaux (ce qui était repris sou
l’acronyme INDCs = des
contributions nationales sur les
intentions des états à mettre en
œuvre telle ou telle politiques
climatique et à s’engager à telle
ou telle réduction). Et donc, le
fait d’avoir invité tous les pays à
faire cette communication + le
fait qu’on a une réponse
massive, de la part de quasi tous
les pays est un signal
encourageant et a créé ent une
émulation entre les Parties.
- La création d’une coalition
un peu hétéroclite de l’ambition :
au cours de ces négociations,
une large coalition de pays qui
étaient en faveur d’une forte ambition climatique s’est créée. Et cette coalition concernait à la fois des pays
développés et des PVD.
- La présidence française avait admirablement bien préparé le terrain au niveau diplomatique et mené sans
faille la COP 21.
- La mobilisation inédite au niveau étatique et non étatique : la pression était énorme et c’était impossible de
sortir de là sans accord.

26 : Structure de l’accord de Paris


Cet accord de Paris est structuré autour d’objectifs et de dispositions de mises en œuvre.
Les objectifs sont repris dans
l’article 2 : ce sont des objectifs
en matière d’atténuation
(=réduction des émissions des
GES), d’adaptation et
d’orientation des flux financiers.

L’article 3 précise que les Etats


doivent mettre en place des
plans, les communiquer et les
renforcer. C’est ce qu’on appelle
le cycle d’ambition.

Puis, on a une série d’articles


comprenant des dispositions
spécifiques sur les différents
building blocks, càd les
différents secteurs
traditionnellement repris dans
l’action climatique : le support
financier, le support
technologique, l’adaptation,
l’atténuation, le renforcement de
capacités et la transparence →
La transparence est importante pour bâtir la confiance et vérifier la mise en œuvre réelle des objectifs.

Puis, de manière transversale, a aussi été établi un mécanisme qu’on a appelé “Le global stocktake” qui permet de
faire un bilan tous les 5 ans des progrès collectifs dans l’atteinte des objectifs.

27 : Un accord universel
Ce qui différencie l’accord de Paris
par rapport aux traités internationaux
qui précédaient est son caractère
universel : c’est une avancée
majeure de l’accord de Paris.

Dans la convention de 1992, il y avait


la différenciation entre les parties à
l’annexe 1 et les autres. Et donc, on
isolait au niveau des PVD les efforts
et on oubliait les autres en termes
d’atténuation. Le protocole de Kyoto
restait basé sur la même logique :
seuls les pays industrialisés étaient
tenus de faire des efforts de
réduction.

Et ici, avec l’accord de Paris, on


change de paradigme puisqu’on a
une participation quasi universelle
basée sur ces déclarations des
différents pays sur leurs efforts internes.

Carte à droite : la toute grande majorité des états ont dans leurs communications défini un objectif en termes de
réduction de GES. D’autres parties ont préféré faire d’autres choix et qualifier différemment leurs objectifs (exemple :
objectif en termes de couverture énergétique renouvelable).
28 : Et presque contraignant
Un élément qui a été beaucoup discuté et qui a fait l’objet
de bcp de critiques, c’est la question du caractère
contraignant ou non de cet accord de Paris.

Il s’agit d’un traité au sens du droit international : une fois


ratifié par les états, il devient contraignant. Les obligations
sont ancrées, on peut parler d’un traité contraignant, au
sens juridique. Seulement, il n’y a pas de sanction prévue.

Contrairement au protocole de Kyoto qui établissait un


Compliance Committee, un régime d’observance et la
possibilité d’imposer des sanctions aux états, ici on a des
obligations des états qui seront vérifiées mais il n’y a pas
de sanctions prévues : c’est une faiblesse. C’est lié au
multilatéralisme de l’ONU. Les Etats n’acceptent de mettre
dans ces traités multilatéraux que ce qu’ils acceptent de
déléguer et on sait que certains états comme les USA et la
Chine sont très frileux quand il s’agit de perdre une partie
de leur souveraineté nationale et de la déléguer à une
instance supranationale. C’est cela qui a justifié qu’il n’y a pas eu système de sanction prévue. C’était aussi une
condition sine qua none, à l’époque, pour que ces états qui n’acceptaient pas de perdre une partie de leur souveraineté
acceptent d'apposer leur signature au bas de l’accord.

Ce qu’on retrouve dans ces accords de Paris, c’est une gradation en termes d’obligation entre des obligations fermes
et des invitations plus ou moins fortes à agir. Avec toutes des nuances entre les deux extrêmes. Et cette dégradation
se traduit dans le langage (shall, aim to, are encouraged…).

29 : Vision et approche générale


Ce qui caractérise l’accord de Paris, c’est la
vision centrale qui est cette notion de
transformation économique et cet
engagement pour TOUTES les parties (sans
distinction) à développer des stratégies de
développement bas carbone.

Un élément très important aussi, c’est la


nécessité de rendre les flux financiers
compatibles avec ce développement bas
carbone.

Un autre principe central dans l’accord de


Paris, c'est le lien avec les autres grands
défis mondiaux : on ancre la lutte contre le
CC dans la lutte contre la pauvreté et pour le
développement durable avec une référence
aux droits de l’homme, à l’égalité des genres,
à l’équité intergénérationnelle, la transition
juste (donc la notion de justice sociale). L’action climatique devrait être compatible avec tous ces autres principes.

Une nouveauté : l’approche nuancée de la différenciation. On prend donc en compte l’évolution du monde puisqu'en
2015, le monde n’est plus le même qu’en 1992 où on avait une vision très dichotomique entre les pays historiquement
industrialisés et les autres à l'arrière qui ne devaient pas faire d’efforts. Cette vision ne correspond plus à la réalité.

En 2015, dans cette grande diversité de pays en développement, il y a une série d’économies émergentes qui en
termes de développement économique sont quasi au même niveau que les pays historiquement industrialisés. Cette
différenciation n’a donc plus de sens. Il faut en tout cas la réinventer ou la réinterpréter.
Les principes d’équité et de responsabilité n’ont pas été abolis, ils restent la base mais on assouplit cette notion de
différenciation. On ne fait plus référence aux annexes de la convention (les engagements s’appliquent à tout le monde)
mais on est vigilants à la nécessité d’accorder une attention particulière aux besoins spécifiques des pays les plus
vulnérables. Cette réinterprétation de la différenciation, c’est qu’on laisse finalement à chaque partie le soin de se situer
elle-même dans ce différentiel de développement et donc de s’auto-différencier. C’est un principe bottom-up: chaque
pays définit lui-même quelle est sa contribution qu’il détermine au niveau national. C’est à la fois une force (les états
décident eux même de ce qu’ils vont faire dans l’effort climatique) et une faiblesse (puisqu’on ne peut pas lui imposer
des sanctions).

30 : Paris agreement : objectives


Les objectifs de l’accord de Paris, c’est d’abord un objectif de t°. Il fixe enfin le seuil à 1,5°C qui était suggéré depuis
longtemps scientifiquement.

- Il faut maintenir l’augmentation de t° nettement en dessous de 2°C et si possible, la limiter à 1,5°C.


- Un autre objectif moins quantitatif, c’est un objectif d’adaptation et de développement bas carbone (pas facile de
quantifier cet objectif en raison du fait que l’adaptation est variable en fonction des situations géographiques et
nationales particulières).
- Objectif financier : rendre les flux financiers cohérents avec les trajectoires vers un développement bas
carbone.
31 : Paris agreement : mitigation objectives
Ces objectifs de t° et de
réduction d’émissions
sont représentés sur le
slide par rapport au
scénario du GIEC.

Diagramme du haut :
l’évolution historique de
la t° et les différents
scénarios correspondant
à différentes trajectoires
d’émissions. L’objectif
de l’accord de paris se
trouve entre les deux
lignes pointillées rouges.
Cela correspond au
scénario le plus
ambitieux étudié par le
GIEC, le seul qui permet
de rester, à l’horizon
2100, dans cette gamme
de t°.

L’accord de Paris prévoit


également que, pour
atteindre l’objectif de 1,5 à 2°C, il faut atteindre un pic d’émissions mondiales le plus vite possible et mener des
réductions rapides par après.

L’accord de Paris précise aussi qu’un niveau net 0 doit être atteint dans la deuxième partie du 21ème siècle (donc entre
2050 et 2100).

2ème diagramme: Qu’est-ce que ça signifie par rapport aux trajectoires explorées dans les scénarios du GIEC? On se
situe avec un pic très rapidement et un niveau 0 au mieux qui interviendrait en 2050, au pire au plus tard en 2100 (on
se situe dans cette gamme)

32 : Contributions nationales
Un des éléments clés dans
l’architecture installée dans les
accords de Paris est que chaque
partie est tenue d’établir une
contribution nationale (les CDN ou
NDC). Y sont inscrits :

- La contribution qu’elle prévoit


de réaliser. Cette contribution doit
toujours engendre une progression
par rapport à la période
précédente, il est hors de question
de régresser.
- La fréquence prévue pour
cette contribution (qui est de 5 ans).
- Les ambitions sont consignées
dans un registre public.
Vu qu’on est dans un registre bottom-up, où les Etats établissent eux-mêmes leur contribution, ils ont aussi le choix de
déterminer comment ils quantifient leurs objectifs. Par exemple, concernant les objectif de réduction des GES:

UE: -40% en 2030 par rapport à 1990

USA: -26%-28% en 2025 par rapport à 2005

Brésil : -37% en 2025 par rapport à 2005

→ Difficulté avec ce système Bottom-up, c’est qu’en laissant trop de marge de manoeuvre aux gouvernements, on court
le risque que chacun exprime ça selon ses propres échéances. Donc, quand on va devoir comparer, on va comparer
des pommes et des poires. Pour pallier à ce problème, dans les négociations qui ont suivi, on a posé un certain nombre
de balises concernant la manière de définir et de rapporter sur ces engagements nationaux.

D’autres pays ont décidé d’exprimer leur contribution, non pas seulement en termes de réduction relative mais en
termes de réduction absolue. C’est le cas de l’Arabie Saoudite qui parle d’une réduction de 130 millions de tonnes
d'équivalent de cO2 à partir de 2030. Les Îles Fidji 100 % d’énergie renouvelable en 2030 moyennant un financement
de 500 millions de dollars. → Objectif relativement ambitieux mais conditionné à un support financier international.
Donc, différence entre des objectifs conditionné et non conditionnels.

33 : NDC’s : reality check


Le problème c’est que ces contributions nationales restent fort éloignées des trajectoires requises pour atteindre
l’objectif de 1,5 ou de 2°C.

On voit qu’à politique inchangée (Current


policies) ou même avec les promesses
nationales, il reste un déficit de
réductions d’émissions important pour
atteindre les objectifs de l’accord de
Paris.

34 : Current NDC’s are


insufficient
Si on s’en tient aux politiques actuelles ou
aux promesses nationales, on s’oriente
vers un réchauffement à l’horizon 2100
qui atteindra ou dépassera les 3°C. C’est
une autre manière d’illustrer ce gap, ce
déficit.
2020 : On est à 1,1°C.

35 : (non-)conformité des NDC’s avec


l’objectif de 1,5-2°C
Une grande majorité des états parties à l’accord de Paris situent
leurs objectifs de réduction d’émissions nettement en deçà de
ce qui serait nécessaire pour atteindre l’ objectif de 1,5 à 2
degrés.

On voit ici une évaluation de la situation des engagements


nationaux par rapport à l’objectifs de 1,5 à 2 degrés. Dans le
vert : les pays qui ont une trajectoire d’émission au niveau
national compatible avec l'objectif de 1,5 à 2 degrés,
contrairement à ceux qui se trouve dans l’orange, le rouge ou le
brun qui excèdent cet objectif.

À l’exception d’un certain nombre de pays en développement, il


s’agit essentiellement de pays d’Afrique sub-
saharienne qui ont des niveaux d’émissions
très bas, mais qui ont aussi des niveaux de
développement très très bas et des niveaux
de vie très bas donc c’est évidemment
compatible avec les objectifs de 1,5-2°C.

A l’exception de ces pays (en vert), tous les


pays se sont définis des objectifs insuffisants.

36 : Adaptation, pertes et
préjudices
L’accord de Paris comporte également des
objectifs d’adaptation, et également de pertes
et préjudices. Et ça c’est une innovation.

En ce qui concerne l'objectif


d’adaptation : on est dans le flou, ce
ne sont pas des objectifs concrets
comme pour l'atténuation à nouveau
pcq cette adaptation va revêtir des
réalités différentes selon les pays.
En tout cas, ce qui est ancré dans
l’accord de Paris, c’est le fait que
autant d'efforts doivent être investis
et autant de support financier
doivent être investis dans
l’adaptation que dans l’atténuation.

Souvent, quand on regarde les


investissements financiers dans les
actions climatiques, le gros part
dans des technologies ou des
projets de réduction d’émission des
GES, par exemple dans le domaine
de l’énergie ou du transport où il y a
des intérêts, des profits
économiques. On ne va pas
retrouver des politiques d’adaptation dans le domaine de l'agriculture ou le domaine hydrique, par exemple. Ce sont
pourtant des secteurs très importants en termes d’adaptation mais qui ne vont pas rapporter à l’investisseur (va avoir
plus d’intérêt à investir dans une capacité de production d’électricité).

Mais donc, des efforts doivent être faits pour mieux équilibrer les investissements faits d’une part dans les atténuations
et d’autres part dans l’adaptation.

Concernant la question des pertes et préjudices : Il s’agit de pouvoir prévenir ou compenser les dommages
occasionnés par des impacts des CC et ce malgré les mesures qui auront été prises soit de réduction d’émission soit
d'adaptation. Une fois que les dommages sont là, les pays ciblés par ces dommages souhaitent disposer d’un certain
nombre d’accords, de dispositions internationales pour couvrir ces dommages. Evidemment, cela est un peu critique
car quand on dit dédommagement, on pense à dédommagement en termes financiers. Se pose alors la question de la
responsabilité. Et donc, les pays historiquement industrialisés voyaient venir une sorte de cour de justice internationale
qui évaluerait, en cas de catastrophe climatique, et pointerait du doigt les responsables historiques du réchauffement
et donc des aléas climatiques avec l’obligation de dédommager les pays victimes de ces aléas.

Cette crainte de la part des états historiquement responsables du CC a fait que cette question des pertes et préjudices
est restée pendant des années hors de la table des négociations. Cette question faisait partie des demandes fortes
des pays les plus vulnérables et c’était une condition pour que ces états accepter l’accord de Paris.

Une ébauche d’un dispositif des pertes et préjudices a été mis en place dans le contexte de l’Accord de Paris.
Maintenant cette question est formellement reconnue. Il y a donc maintenant une reconnaissance formelle de cette
question. Mais à ce stade, si les principes sont là, concernant l’opérationnalisation, on en est encore nul part. On parle
dans l’accord de Paris de mécanismes basés sur la coopération en vue de réduire les risques, de mettre en place des
systèmes d’alerte, d’assurances. A ce stade, on reste plus sur le volet préventif et non sur le volet compensation. A ce
stade, il n’est pas question de compensation, et encore moins d’obligation de compensation financière liée à la
responsabilité des émetteurs. Il est encore hors de question de compenser financièrement.

En lien avec cette question des pertes et préjudice, il a été établi une task-force sur les questions migratoires en lien
avec la crise climatique.

37 : Adaptation
Le principe central dans ce principe d’adaptation qui est ancré dans l’accord de Paris (avec cette intention de renforcer
les capacités et de promouvoir la résilience), c’est de réduire le risque aujourd’hui et dans le futur lié aux impacts des
CC.

Ce à quoi sert la mise en


place de politique
d’adaptation, c’est de réduire
ce risque.

Graphique : niveaux de
risques actuels liés à l’aléa
climatique. Ce risque
deviendra plus important à
moyen, puis à long terme. À
long terme, le niveau de
risque absolu va dépendre du
réchauffement: il sera plus
élevé avec 4 degrés qu’avec
2 degrés. Le but de ces
politiques d'adaptation, c’est
de réduire ce risque, le
ramener à une valeur plus
supportable pour les états.

Ce qu’il faut noter, c’est qu’il y


a aussi des limites à la
possibilité de réduire ce
risque : partie hachurée = partie du risque qui peut potentiellement être réduite via la mise en place d’actions dans le
domaine de l’adaptation. Cette possibilité est grande pour des conditions où le réchauffement serait limité à deux
degrés mais cette possibilité potentielle de réduction de risques se réduit très fort pour un climat plus chaud.

C’est compréhensible. Si on pense par exemple à la hausse du niveau marin : un certain niveau d’aménagement des
systèmes côtiers peut permettre de réduire les dommages/les risques de submersion pour un niveau modéré
d’augmentation de niveau marin. Mais une fois qu’on atteint des niveaux plus importants (scénario de 4°C), on atteint
les limites des possibilités techniques. Et c’est le cas dans d’autres domaines.

38 : L’enjeu financier : rediriger les flux d’investissement


L’objectif de 1,5 ou 2°C nécessite d’augmenter significativement les investissements mondiaux. L’accord de Paris y
fait référence. Le financement climatique public ne
peut être qu’une goutte d’eau par rapport aux besoins
financiers réels pour par exemple convertir le système
d’approvisionnement énergétique mondial dans des
systèmes bas carbone ou pour améliorer l’efficacité
énergétique.

Ce qui est illustré : La nécessité de tripler les


investissements au niveau mondial dans des
capacités de production électrique bas carbone et de
multiplier par 8 les investissements si on veut
atteindre les objectifs d'efficacité énergétique, par
exemple dans les transports, dans les bâtiments
(chauffage, climatisation …). Ca nous donne une
idée quantitative des montants nécessaires dans un
proche avenir pour parvenir à des solutions bas
carbone. Ce sont des montants énormes et on est
bien au-delà des capacités de financement public.
Les gouvernements n’ont pas la capacité de mobiliser
de tels volumes pour l’investissement. Et donc, Il faut mobiliser l’investissement privé. C'est bien un objectif de l’accord
de Paris que de réorienter ces flux financiers existants. Et l’appel est lancé aux gouvernements pour mettre en place
les cadres qui permettent justement de promouvoir et de réorienter ces flux financiers.

39 : Financement climatique
Qui est soumis à ces obligations de
financement climatique - Qui paye?

Ce sont prioritairement les pays


développés qui sont d’ailleurs tenus
de fournir d’ici 2020 un planning
précis sur leurs intentions de
contribution au financement
climatique international.

Mais, contrairement au protocole de


Kyoto ou à la convention climat dans
lesquels les PVD n’étaient pas invités
à contribuer au financement
climatique, on a cette fois-ci un appel
à toutes les parties d’y contribuer,
mais ça reste à titre volontaire.

Quel est le montant de prévu -


combien ?
En 2010, un montant de 100 milliards de dollars par an à l’horizon 2020 jusqu’en 2025 a été établi. C’est le plancher à
partir duquel les nouvelles promesses d'investissements vont devoir être revues à la hausse. Donc d’ici 2025, il faudra
réviser l’objectif de financement climatique international.

Un moyen d’augmenter, c’est d’élargir la base de contributeurs. Un autre moyen = progresser par rapport aux efforts
antérieurs.

Qui sont les destinataires ?

Il faut un équilibre entre les programmes d’atténuation et les programmes d’adaptation. Il n’est pas question de
privilégier l’atténuation dans les investissements. Le financement climatique devra aussi toucher les actions
d’adaptation et prendre en compte les besoins prioritaires des pays les plus vulnérables où les capacités sont
insuffisantes (états les moins avancés et états insulaires).

Les sources :

un large éventail de sources et d’instruments doivent être mobilisés pour parvenir à mobiliser les montants requis (avec
un rôle moteur, facilitateur des fonds publics)

40 : Financement climatique
L’objectif actuel en termes de financement climatique, c’est de parvenir d’ici 2020 à un volume de 100 milliards de
dollars par an et de maintenir ce taux jusqu’en 2025.

L’accord de Paris prévoit que dans cet intervalle de temps un nouvel objectif de financement international doit être
établi.

L’idée, c’est de progressivement, depuis 2010 où on avait alloué une première enveloppe, càd 30 milliards de dollars
par an pendant 3 ans, augmenter ce montant de manière linéaire ou pas (ce n’était pas précisé dans l’accord) jusqu’à
cette mobilisation de 100 milliards de dollars.

Ce problème du financement
climatique reste très critique et
sensible dans les négociations car
on est très loin de cette somme. Ca
devient d’ailleurs une requête très
pressante des pays en
développement vis à vis des états
développés de démontrer qu’ils ont
effectivement contribué à cette
mobilisation de 100 milliards de
dollars et ça reste à l’heure actuelle
non réalisé.

41 : Le cycle d’ambition :
un élément clé de Paris
On reste dans la situation actuelle
avec les contributions nationales à
des objectifs insuffisants par rapport à l’objectif de 1,5 degrés, d’où l’importance de renforcer graduellement cette
ambition : c’est l’objet du cycle d’ambition qui a été mis en place via l’Accord de Paris, avec ce système quinquennal
d’un “global stocktake”, càd d’un bilan mondial où on évalue les progrès dans la réalisation des objectifs. Le principe
de ce bilan, c’est de s’asseoir autour de la table tous les 5 ans, de regarder où on en est au niveau des objectifs. Les
résultats sont publiés et portés à la connaissance de toutes les parties et les parties doivent s’en emparer et en tenir
compte dans l’actualisation et le renforcement de leur contribution nationale avec un niveau d’ambition le plus élevé
possible et une progression par rapport à la dernière contribution (système du cliquet).

Un calendrier a été établi


sur cette base, avec:

- une première notification


des plans juste avant la
COP21,

- un premier dialogue qui a


permis de faire un premier
pré-bilan de ces plans
nationaux en 2018

- Et un premier
renforcement attendu en
2020.

→ Cette année, tous les


pays partis à l’accord de
Paris sont tenus de
soumettre un nouveau
plan national (un nouveau
CDN) avec une ambition
renforcée par rapport au
précédent. Cet enjeu sera
discuté dans l’année au niveau européen avec une question très importantes de combien va-t-on rehausser l’objectif
climatique à l’horizon 2030. L'objectif antérieur était de diminuer les émissions européennes de 40 % par rapport à
1990 en 2030

Suite à ces nouveaux plans, un nouveau global stocktake (donc un nouveau bilan) sera opéré en 2023 qui mènera à
une nouvelle communication de plan renforcé en 2025 etc. → Donc tous les 5 ans interviendra ce processus qui vise
à rehausser le niveau d’ambition des plans nationaux.
42 : transparence et
vérification des progrès :
Un élément aussi très important pour la
confiance dans toute l’architecture mise en
place par l’accord de Paris est la
transparence via la communication
d'informations et la vérification des progrès
: les parties sont obligées de communiquer
tous les deux ans les progrès dans
l’exécution de leurs engagements, l’appui
technologique et financiers qu’ils ont
consentis.

Pour pouvoir interpréter, comparer ces


communications, il est essentiel de mettre
en place des méthodologies, des règles
communes.

Pour prendre en compte les réalités


différentes entre les différents pays et leurs capacités, une certaine flexibilité est accordée aux pays qui ont une certains
difficulté en matière de gouvernance, en matière de capacités nationales dans leurs obligations de reportage. Et donc,
ils bénéficient d’un support au niveau statistique, au niveau méthodologique pour remplir leurs obligations en matière
de transparence.

Ces rapports servent au final à vérifier la conformité aux engagements :

- un examen technique est réalisé sur chacune des communications nationales de différentes parties. Par contre, cett
examen n’aboutit pas à des sanctions (contrairement au Protocole de Kyoto). L’approche est ici axée sur la facilitation
càd une approche qui n’est ni intrusive ni punitive et qui respecte la souveraineté nationale, évitant d’imposer une
charge excessive aux parties. C’est le langage de l’Accord de Paris et qui répondait à une exigence des USA et de la
Chine qui ne souhaitaient pas se voir imposer des actions au niveau multilatéral suite à des manquements qui seraient
apparus suite aux vérifications de leurs communications nationales.

43 : Ratification et entrée en vigueur de l’accord de Paris (COP22)


La ratification est intervenue très rapidement
après la COP21 : dans les mois qui suivent,
de nombreux états ont entamé le processus
de ratification.

Les ratifications ne sont pas toujours simples,


elles doivent parfois passer par plusieurs
organes, plusieurs institutions et ça prend un
certain temps (selon les états). Parfois, les
pays mettent du temps (parfois des années)
avant de ratifier.

Dans le cas de l’accord de Paris, ça s’est


passé vite. On a vu que très rapidement, les
parties ont entamé leur processus de
ratification car elles avaient confiance en cet
accord. C’était très positif.

Dès novembre 2016, pendant la COP suivante (COP 22), l’accord de Paris est entré en vigueur. On peut parler d’une
participation quasi universelle.
44 : Nouveaux défis géopolitiques
L’accord de Paris a été très rapidement
soumis au stress de l’élection de
Donald Trump. Il avait annoncé la
couleur lors de sa campagne càd qu’il
comptait se retirer de l’accord de Paris
et il a fait des annonces dans ce sens
dans les premiers mois de son élection
avec des communications qui partaient
un peu dans toutes les directions. Ca
ne s’est pas fait du jour au lendemain,
il y a des procédures, notamment un
préavis de 4 ans.

Mais c'était un gros stress test car la


grosse question qui se posait était de
voir quelle allait être l’attitude des
autres pays du monde face à cette
décision d’un acteur si important, n’y
allait-il pas y avoir un effet domino et
des retraits en cascade.

45 : Réactions internes : mobilisations sans précédent de différents leaders


Les réactions en cascade ne se sont pas
produites. Il y a eu de la part de nombreux
acteurs une réaffirmation que l’accord de
paris était la seule voie à suivre pour le
climat.

Et il y a eu une mobilisation interne sans


précédent aux USA d’une série d’acteurs
politiques (gouverneurs, sénateurs,
maires, capitaines d’inductries,
représentants du monde économique et
busisness…) en disant que Trump se
retirait des accords mais qu’eux
s’engageaient à continuer de respecter
(sans leurs villes, industries, états…)
l’Accords de Paris.

Ca a été très manifeste en 2017, lors de


la COP 23 où une série de ces acteurs
sont venus à la COP malgré le retrait de
Trump pour affirmer leur adhésion. Une
délégation non officielles s’est ainsi constituée et à financé un pavillon alors que la délégation officielles annonçait son
retrait de l’Accord.
46 : Réactions externes : réaffirmation des engagements pris à Paris
Au niveau international, on a très rapidement eu
des réaffirmations des engagements pris à Paris,
notamment des leaders du G20 qui ont dit que pour
eux, cet accord était irréversible.

47 : Résultats récents : COP24


Katowice, 2018 : Paris rulebook
Plus récemment, ce qui a suivi et qui était important
pour la mise en place effective de l’Accord de Paris,
c’est l’adoption d’une série de modalités assez
techniques mais importantes qui couvrent les
différents articles de l’accord de Paris (en termes
d’adaptation, atténuation, de pertes et préjudices,
de financement, tranfert technologique, renforcement de capacités, transparence, de l’organisation du global stoktake
et le volet compliance donc de vérification des engagements…). Pour rendre opérationnels tous ces volets, il fallait
mettre en place une série de guidelines qui permettent de les concrétiser et qui permettent d'assurer la crédibilité de
la mise en œuvre de l’accord de Paris.

L’Accord de Paris est un


accord qui ne contient pas
tous les détails de mise en
oeuvre et il était nécessaire
de définir ces détails dans un
set de décisions dans ce
qu’on a appelé le “Paris
Rulebook”.

Mais un des articles des


accords de Paris à posé un
peu problème. Il s’agit de
l’article 6 relatif à ce qu’on
appelé les “approches
coopératives”, euphémisme
qui traite en réalité des
marchés du carbone. Ces
marchés du carbone ne font
pas du tout consensus au
niveau international: il y en a
qui sont pour, d’autres qui
sont contre. Et il y a surtout
beaucoup de petits détails
techniques mais qui ont leur
importance en termes d’intégrité environnementale qui font qu’aucun accord n’a été trouvé là-dessus. Ca reste une
faiblesse dans l’assemblage. Toute l’architecture dans l’Accord de Paris a été mis en place à l’exception de ces
approches coopératives et donc des modalités pour la mise en oeuvre de ces marchés du carbone.

48 : Résultats récents COP 25 Madrid, 2019 : Chile madrid time for action
Ce qui était particulièrement attendu de cette COP 25, c’était un signal politique très fort sur la volonté partagée de
combler le déficit des efforts et de rejoindre les trajectoires 1,5 à 2°C (suite notamment au nouveau rapport du GIEC
qui rappelait l’urgence d’agir).

Mais la COP 25 n’a pas abouti à ce


signal fort qu’on attendait,
malheureusement de la part de
certains acteurs qui étaient très
réfractaires à aller plus loin que le
langage qui était adopté dès
l’Accord de Paris. Donc, ils
acceptaient de resouligner ce
qu’on avait dit à Paris mais pas
d’aller plus loin. On trouve cette
décision de cette COP 25 bien en
deçà de ce qu’on attendait
(notamment la société civile).

49 : COP 25 Madrid 2019


Néanmoins, il y a eu un certain nombre
d’avancées mais pas spectaculaires, plus
dans le domaine technique. Et c’est pas
très facile à communiquer au public, c’est
assez procédural et complexe.

Ces avancées ont principalement


concerné la question des pertes et des
préjudices. Un mécanisme avait été mis en
place à la COP de Varsovie: le “Warsaw
international mechanism for loss and
damage” qui a été révisé et rendu plus
proche de l’opérationnalité.

Deux rapports important du GIEC ont été


pris en compte : un rapport spécial sur les
océans et la cryosphère et un autre rapport
spécial sur les différents usages des sols
et leur importance dans les politiques
d’atténuation et d'adaptation. Ces deux
rapports feront l’objet d’un examen puisque
qu’un dialogue a été lancé lors de cette COP 25 et permettra de prendre en considération de manière formelle dans le
processus de négociation les résultats scientifiques qui se trouvent dans ces deux rapports.

Quelques annonces en matière de financement ont été faites. Notamment, certaines parties (dont la Belgique) ont
annoncé qu’elles allaient contribuer à capitaliser le fond pour l’adaptation.

Il y a eu quelques avancées pour le “gender action plan”. C’est un plan qui vise à mieux intégrer dans les politiques
climatiques les questions d’égalité de genres.

Mais il y a eu des occasions manquées lors de cette COP :


- Comme on l’a vu, l’absence d’un signal politique fort appelant au renforcement de l’ambition. Mais faute
d’avoir un consensus sur ce signal, les pays déçus par l’absence de résultats concrets se sont coalisés (Climate
ambition alliance) et se sont engagés pour la neutralité carbone en 2050 (73 pays).

- Absence d’accord pour les marchés du carbone (article 6) : là aussi, une alliance s’est créée pour promouvoir
l’intégrité environnementale des marchés du carbone. Une question qui fâche dans l’établissement des modalités
pour le marché du carbone, c’est toutes les possibilités de fuite de carbone, de double comptage qui
compromettent l’intégrité environnementale. Car le marché du carbone n’a d’intérêt que si c’est pour servir la
cause environnementale. Or vu la grande flexibilité que certains exigent pour les marchés du carbone, on n’a pas
de garantie qu’on aura pas des doubles comptages càd qu’un tonne de CO2 ici réduite sera aussi comptée ailleurs
dans le cadre d’une transaction sur le marché du carbone, qui aura peu de vérifications de la réalité physique de
ces réductions. Car un droit d’émission qui est vendu sur le marché du carbone n’a de valeur que si on peut
effectivement attester qu’une tonne d’émissions a réellement été réduite… Donc, il est fondamental que si un tel
marché doit être mis en place, il respecte les principes d’intégrité environnementale. Donc, il y a eu une coalition
et ces pays ont rédigé une convention dans ce sens : les “San José Principles”, coalition menée par le Costa Rica.

Donc, plutôt une déception pour cette COP mais quelques coalitions qui se sont prononcées en faveur de décisions
futures.

50 : Priorités de la COP26 : Glasgow, 2021


Les grands axes de cet COP sont:
- Corriger l’ambition manquée de la COP 25. On aura l’avantage dans cette COP 26 de disposer des
nouveaux plans nationaux (les CDN), puisque les états sont obligés de soumettre leurs plans actualisés
en 2020 ce qui permettra de faire en 2021 ce fameux reality check et de faire un nouveau bilan de ces
plans nationaux et de voir si oui ou non les trajectoires d’émissions cumulées résultant des différents
plans nationaux se rapprochent de la trajectoire 1,5 à 2°C
- Autre objectif : la définition d’un nouvel objectif de financement international à partir de 2025
- Aboutir sur cet article 6 pour définir les règles des marchés du carbone international, et ainsi complété
le Paris rulebook.
- Autre chapitre important qui doit être discuté : les liens avec la convention sur la biodiversité biologique.
L’enjeu de la perte de biodiversité devient absolument criant et urgent. Des décisions importantes sont
attendues dans la prochaine COP de l’autre convention, celle sur sur la biodiversité (COP15 de la CBD).

La présidence d’une COP, càd le pays qui héberge la COP (le Royaume-Unis), a toujours ses accents propres
en fonction de ses intérêts nationaux. Et
les 2 priorités thématiques pour le
Royaume-Uni sont

- La transition énergétique
- La transition du transport routier

Ca fait référence à leurs propres


programmes nationaux et aussi au fait
que le Royaume-Uni est leader de la
coalition sur la sortie du charbon qui
avait été lancée en 2017. Et donc, le
Royaume-Uni entend faire avancer dans
le domaine de la sortie du charbon et du
transport routier propre (avec l’idée de
quitter les véhicules thermiques en
2035).
Séance questions-réponses avec M. Hannon du 30/04 (sur la partie 3)

Annonces d’ordre général

M. Tison a demandé faire passer un message : il vous avait promis d’organiser avec vous une séance de questions-
réponses. Il demande à la déléguée si elle peut prendre contact avec lui pour que vous trouviez un moment pour
organiser cette séance des questions-réponses (entretemps -> fixé le lundi 11/5 à 16h).

L’autre message concerne l’examen : je n’ai pas bcp plus d’infos supplémentaires à vous donner que ce qui était dans
le message qui a été posté sur l’UV. Je vous rappelle qu’en ce qui concerne la matière à étudier pour l’examen, il
portera sur l’ensemble de la matière enseignée au cours. Càd sur les 3 parties donc la matière vue en présentiel au
cours avec M. Pattyn et M. Tison et celle vue à distance avec M. Hannon. Vous trouverez les supports sur l’UV. En ce
qui concerne ma partie, vous avez les versions commentées. L’examen sera organisé via Teams ou via l’UV sous
forme d’un QCM. Pour les détails plus précis sur ce QCM, je ne peux malheureusement pas encore vous en donner.
Comme vous l’imaginez, on reçoit des instructions qui arrivent chaque jour s’ajouter aux informations précédentes. On
a reçu notamment un gros manuel avec 50 pages de possibilités pour organiser ce QCM de manière électronique en
ligne. Nous sommes en train de l’examiner ensemble pour voir quelle est la meilleure façon de nous organiser. En tout
cas, dès qu’on sera fixés sur les modalités précises de cet examen, on vous postera un message précis sur l’UV. Le
nombre de questions sera limité. On veillera à ne pas charger la barque à outrance. On s’assurera que vous ayez le
temps nécessaire pour répondre calmement, sans stress aux 3 parties de l’examen. Soyez rassurés de ce côté-là. On
est conscients des difficultés spécifiques au fait que l’examen se passe de cette manière-là.

Concernant la séance de questions-réponses qui débute maintenant, comme annoncé, elle portera sur la 3e partie du
cours, la dernière que vous avez reçue, portant sur la coopération internationale.

Question 1 : J'ai un peu de mal à voir comment s'imbriquent la Convention Cadre UNFCCC, le protocole de Kyoto et
l'Accord de Paris... Peut-on considérer le protocole de Kyoto et l'Accord de Paris comme des amendements de
l'UNFCCC ? Comment gère-t-on les engagements du protocole de Kyoto et de l'Accord de Paris aujourd'hui ? Est-ce
que l'Accord de Paris a remplacé le protocole de Kyoto ?

La convention-cadre c’est un traité international qui a été convenu en 1992 au Sommet de la Terre de Rio et c’est la
base sur laquelle repose le Protocole et l’Accord de Paris, qui sont deux sous-traités qui viennent se greffer sur la
convention. Il ne s’agit pas d’amendements mais de traités supplémentaires qui ajoutent une portée supplémentaire à
la convention donc le socle juridique reste la convention cadre. Toute l’organisation de la conférence des parties
(sommet climatique qui se déroule chaque année depuis 1995 jusqu’à aujourd’hui) continuera dans l’avenir à se baser
sur cette convention. Même aujourd’hui quand on discute du protocole de Kyoto, des amendements du protocole de
Kyoto ou de l’Accord de Paris, le cadre dans lequel on reste, c’est bien la convention-cadre.

Comment est-ce qu’on différencie pratiquement les questions qui portent sur les engagements de l’un et de l’autre?
Lors des réunions de la conférence des parties (donc l’organe qui réunit les gouvernements qui sont parties au
Protocole et à la Convention), on distingue effectivement des sessions différentes. Dans le jargon des sessions, il y a
les COP à proprement parler (conference of the parties), ça c’est l’organe suprême de la convention mais il y a aussi
deux autres organes : un spécifique au Protocole de Kyoto (le CMP : conference and meeting of the parties) et un 3e
qui est spécifique à l’Accord de Paris (le CMA : conference and meeting of the parties to the Paris Agreement). Il n’est
pas nécessaire de retenir les acronymes. Sachez simplement qu’il y a 3 organes décisionnels parallèles qui traitent
spécifiquement des engagements dans le cadre des 3 traités (la Convention, le Protocole, l’Accord de Paris).

Question 1 bis : Est-ce que ça veut dire qu’en termes, par exemple de rapportage (j’ai lu que les gouvernements
doivent rapporter des informations dans le cadre de leurs engagements au Protocole de Kyoto et à l’Accord de Paris -
est-ce que tout ça est maintenu en parallèle? Doivent-ils faire tous les types de rapports pour l’instant?

Oui, c’est tout à fait exact. L’obligation principale de rapportage sous la convention...il y a deux obligations principales
: une qui est de rapporter annuellement sur les statistiques d’émissions de GES (ce qu’on appelle les “inventaires de
GES”). C’est évidemment une donne fondamentale dans la convention climat, c’est de savoir quel est le volume
d’émissions émis par chaque pays, chaque année. C’est une obligation sous la convention. Une autre obligation qui
est périodique avec une périodicité de 4 ou 5 ans, c’est ce que l’on appelle les “communications nationales”, qui
rapportent non seulement les chiffres d’émissions mais aussi les projections, le résultat des politiques et mesures et
une série d’autres éléments portant notamment sur le financement, l’aide technologique,...

Alors en fait, pour les parties qui sont parties au Protocole de Kyoto (c’est-à-dire pas l’ensemble des parties - la quasi
totalité des Etats qui sont dans l’ONU sont signataires de la convention mais seulement un sous ensemble de ces
parties sont parties au Protocole de Kyoto et celles-là ont des obligations supplémentaires liées à ce dernier). En ce
qui concerne les pays industrialisés, il s’agit de rapporter chaque année sur cette équivalence entre quotas d’émissions
et émissions réelles, qui sont rapportées dans les inventaires. Ce système de permis d’émissions, c’est propre au
Protocole de Kyoto. Cela ne concerne que les parties qui ont ratifié celui-ci.

Dans le cadre de l’Accord de Paris, il y a un nouveau “cadre de transparence”, qui est le nouveau régime pour les
communications d’informations. Comme vous l’imaginez, le fait que ça se superpose, ça génère trop de bureaucratie,
de charge administrative pour les gouvernements et donc il y a un effort de simplification qui être fait. Normalement,
nouveau cadre de transparence, convenu dans le cadre de l’Accord de Paris, se substituera et supprimera le cadre
général qui existait sous la convention. Mais ce n’est pas encore le cas aujourd’hui!

Question 2 : Pour les avancées qu'a permis la COP25, il est mis révision du Warsaw International Mechanism for Loss
and Damage (mécanisme sur les pertes et préjudices) : en quoi ça consiste, qu'a donc permis cette révision ?

Je ne l’ai effectivement pas détaillé. En fait, ce mécanisme loss and damage, c’est quelque chose d’évolutif qui résulte
d’une demande de très longue date des pays les plus exposés au changement climatique de mettre en place un
mécanisme qui permettrait des dédommagements pour les pertes et préjudices donc les dommages liés aux impacts
des changements climatiques. Donc sous-entendu : une fois que ces dommages ont eu lieu et que donc les politiques
préventives (en matière climatique, il s’agit des politiques d’adaptation) soit n’ont pas pu être mises en place, soit ont
été débordées par l’intensité des impacts climatiques.

Cette question a été longtemps tenue à l’écart parce qu’elle impliquait une notion de responsabilité historique des pays
développés par rapport à la problématique climatique et elle entrouvait la porte à une sorte de justice climatique
internationale, qui établirait effectivement un lien de causalité et une responsabilité de la part des parties les plus
émettrices ou les plus historiquement émettrices de GES. Les pays développés ne voulaient pas entendre parler de
cette ouverture parce que potentiellement, si on doit commencer à dédommager financièrement au niveau mondial
l’ensemble des impacts des changements climatiques, on atteint très rapidement des sommes astronomiques, qui vont
bien au-delà des capacités de dédommagement financier.

Néanmoins, comme cette question posait un sérieux problème de confiance entre pays développés et en
développement, on a mis en place un mécanisme à la conférence de Varsovie (c’était la COP19). C’est un petit peu
un travers de cette convention climat. En général, on trouve des voies de “garage” pour des matières qui sont
polémiques, pour lesquelles on a des difficultés pour trouver un accord et des choses opérationnelles). Et donc on crée
des organes, des structures, des processus. Là, on a créé ce mécanisme, qui était jusqu’ici une “boîte vide”. La petite
avancée de Madrid, c’est d’avoir un peu rempli cette boîte en termes de gouvernance notamment, en ayant décidé
quelles allaient être les structures et les représentations dans ces structures qui vont pouvoir enfin discuter
concrètement de ce que l’on pourrait faire dans ce mécanisme. Maintenant, ça n’a rien de révolutionnaire ou
spectaculaire puisqu’on est toujours dans une logique facilitative, càd que ce dont on discute concrètement sous ce
mécanisme, ce sont des logiques préventives. On parle donc d’assurances, de systèmes d’alerte,... On est beaucoup
plus dans la prévention des dommages climatiques que dans le dédommagement. Il y a une espèce d'ambiguïté qui
reste, qui subsiste, avec toujours une compréhension du côté des pays vulnérables qui est un mécanisme financier et
du côté des pays potentiellement financeurs/donateurs qui est de dire on reste dans la prévention. Ca, c’est quelque
chose qui reste problématique. Et donc, cette petite avancée, c’est d’avoir mis en place les organes qui permettront de
discuter de ces matières et leur participation, avec une participation équilibrée entre pays développés et en
développement. Ces questions de participation au niveau onusien, ça peut paraître un peu abstrait pour vous mais
c’est toujours un peu compliqué parce que s’il y a une majorité de pays développés, la balance va peser de leur côté
dans les discussions. Il faut à la fois respecter une balance régionale, pays développés/en développement,... Ces
discussions peuvent parfois prendre beaucoup de temps et empoisonner les COP.
Question 3 : Est il possible d'avoir des précisions sur la diapositive 20 au sujet de la flexibilité du système pour atteindre
les objectifs ? (en lien avec le Protocole de Kyoto)

Ca, c’était une des caractéristiques centrales de ce Protocole de Kyoto. Ce que ce protocole avait d’innovant, c’était
qu’il établissait de réduction d’émissions quantitatives pour les pays qui étaient ratificateurs du protocole. Ca veut dire
que contrairement à la convention qui ne prévoyait aucun objectif chiffré, avec le protocole, on établissait des objectifs
quantitatifs de limitation d’émissions. Autrement dit, des plafonds d’émissions pour les pays. Mais pour convaincre les
pays concernés d’accepter de signer le protocole, il y a une facilité, une flexibilité qui avait été accordée à l'époque et
qui avait d’ailleurs été inspirée par les USA parce que ce sont les USA qui, dans cette négociation en 97, au moment
de négocier le protocole, avaient induit l’idée d’établir simultanément au protocole un mécanisme de marché. Ce
mécanisme consiste à ce que les droits d’émissions que chaque pays reçoit peuvent être échangées sur un marché
international.

Donc en fait, en tant que partie au protocole de Kyoto, la Belgique par exemple, comme les autres parties, se voyait
attribuer chaque année un volume de quotas d’émissions qui correspondait très précisément à sa limitation d’émissions
pour cette année-là. C’est ce qui est représenté sur ce diagramme. C’est le initial assigned amount. Ca signifie… La
partie mauve, c’est le volume d’émissions que la Belgique est autorisée à émettre. C'est le côté de la comptabilité
carbone. C’est un système de double comptabilité. Ici, on reçoit des droits d’émission. D’un autre côté, il y a les
émissions réelles. Les émissions réelles, selon les projections, vont arriver à un autre niveau, plus élevé. Vous voyez
qu’il y a un écart entre ce que la Belgique va émettre selon ses projections et ce qu’elle est autorisée à émettre.

Comment va-t-elle réconcilier les deux? Elle va le faire de 2 façons : (c’est là qu’intervient la flexibilité) : d’une part, elle
va réduire ses émissions - c’est évidemment l’objectif, que l’on mette en place des mesures au niveau national qui vont
permettre de réduire les émissions de GES mais si on n’arrive pas avec les mesures prises au niveau national à faire
baisser ces émissions jusqu’au niveau requis indiqué sur le dia, on peut compléter en allant acquérir sur le marché du
carbone international des droits d’émission issus des mécanismes de flexibilité. Ces mécanismes sont soit aller acheter
à un pays qui serait dans la situation inverse, qui lui, au lieu d'être au-dessus de son plafond d’émission, aurait performé
mieux et serait en dessous de sa limite d’émissions, càd que ses émissions réelles seraient inférieures. Du coup, celui-
ci a un surplus, un bonus d’émissions qu’il peut injecter dans le marché international. Ceci pouvait être complété aussi
parce que l’on appelle les activités “LULUCF2” (acronyme qui désigne les puits de carbone : Land use, land-use change,
and forestry, càd les puits forestiers). Donc il était aussi possible pour un pays qui n’avait pas atteint tout à fait son
objectif de le compléter, soit avec des activités forestières sur son propre territoire, soit avec des activités forestières
sur un autre territoire qui générait également des crédits de carbone.

Donc c’est en cela que consistait cette flexibilité sous le Protocole de Kyoto et c’est une des raisons qui ont fait que la
performance environnementale du Protocole de Kyoto était extrêmement réduite. Parce qu’en réalité les plafonds
d’émissions n’étaient déjà pas très contraignants et du fait de la possibilité d’agir via des mécanismes de flexibilité, au
lieu des actions domestiques, beaucoup de pays se sont contentés d’un mini effort au niveau national et ont bénéficié
de l’opportunité d’un marché du carbone très liquide avec des prix de quotas CO2 sur le marché international du
carbone qui étaient très faibles. C’est ce qu’on appelé le “problème de l’air chaud”, une espèce de gigantesque matelas
de quotas de CO2 sur un marché international avec des prix très bas. Evidemment, si le prix de la tonne de CO2 est
très bas, l’incitant pour les pays ou les entreprises (si on parle d’un marché entre entreprises) devient très faible pour
réaliser des réductions d’émissions.

Complément d’info :
On a abandonné ce système dans l’Accord de Paris. On n’a plus une attribution top down de quotas d’émissions.
L’accord de Paris ne précise pas dans une de ses annexes quels sont les plafonds d’émissions de chaque pays. C’est
chaque pays qui, dans le cadre de ses plans nationaux, qu’on appelle les CDN, les “contributions déterminées au
niveau national”. C’est dans ces contributions que chaque pays s’auto attribue ses objectifs. Donc on n’a plus ce
système d’équivalence entre quotas et émissions réelles.

2
Utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie (UTCATF ou UTCAF), en anglais Land use,
land-use change, and forestry (LULUCF)
Question 4 : "Qu'ont fait" concrètement les réactions internes et externes aux Etats-Unis suite à l'annonce de la volonté
de sortir de l'Accord de Paris de Trump ?

En fait ce qui s’est passé, au moment même où débutait la COP22 (le sommet climat à Marrakech), ce qui était le
premier sommet climatique juste après la COP21/l’Accord de Paris. L’élection de Trump est intervenue au début de
cette COP (COP du 7 au 18 novembre 2016 - élection le 8 novembre 2016). Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y avait déjà
une dynamique assez inattendue et exceptionnelle qui s’était produite avant, indépendamment de cette élection de
Trump. C’est que la ratification est intervenue extrêmement rapidement. Normalement, pour ce genre de traité
international, ça peut prendre de nombreuses années avant d’être ratifié et d’entrer en vigueur.

En général, ces traités contiennent une disposition qui dit qu’ils n’entrent en vigueur que si un certain quorum de
participation est atteint. Là, le quorum était placé à un minimum de 55 parties à la convention qui devaient représenter
au minimum 55% du total des émissions mondiales. C’était le quorum inscrit dans l’Accord de Paris pour qu’il puisse
entrer en vigueur. Il faut savoir que pour le protocole de Kyoto, il avait été négocié en 1997 et son entrée en vigueur
s’est faite en 2005. Il s’est donc écoulé 8 années avant que le quorum de participation du protocole de Kyoto ne soit
atteint. La raison à ce moment-là au début des années 2000 avait été le retrait des USA, à l’époque sous l’administration
Bush et la Russie avait négocié sa ratification en mettant dans la balance de sa ratification une série d’avantages à
l’intérieur et à l’extérieur du Protocole de Kyoto (en mettant dans la balance des accords commerciaux, etc.). Ils ont
un peu mis la pression et maintenu celle-ci un grand nombre d’années. La participation de la Russie à l’époque était
indispensable car, sans le poids des émissions de la Russie, on n’atteignait pas le quorum nécessaire pour l’entrée en
vigueur de Kyoto. Tout ça pour vous dire qu’un processus de ratification ça peut prendre du temps.

Là, à l’inverse, dans la dynamique de l’Accord de Paris, on a vu directement, dans les mois qui ont suivi la signature
de l’Accord de Paris après la COP21, une série de pays et d’acteurs importants (il y a des “petits” et des “grands”
joueurs en termes d’émissions) ont rapidement ratifié, dont l’UE. Ca a été une course aussi au niveau européen parce
que c’était pas simple dans certains Etats membres, y compris la Belgique avec notre structure complexe. Il fallait que
tous les Parlements ratifient (en Belgique les communautés, les régions,...) Le quorum a été atteint rapidement. On
arrive à cette COP à Marrakech en novembre 2016 avec l’Accord de Paris déjà en vigueur moins d’un an après son
adoption à Paris. C’était quelque chose d'exceptionnel. Au même moment intervient l’élection de Trump. On savait très
bien, il avait annoncé dans sa campagne que si il était élu il allait faire en sorte que les USA se retirent de l’Accord. Là,
il y a eu un moment de flottement. On s’est dit : quelles dynamiques cela va-t-il enclencher? Est-ce qu’il y aura un effet
domino?

Evidemment, les USA sont un hyper acteur. On a redouté des retraits en cascade d’autres parties qui auraient pu se
dire si les USA refusent de s’imposer cette contrainte de respecter l’Accord de Paris, on ne voit pas pourquoi on se
l’imposerait à nous. Heureusement, l’urgence climatique était suffisamment haute dans l’agenda politique pour que ça
ne soit pas le cas. En fait, assez paradoxalement suite aux annonces faites par Trump, c’est que à la fois en interne et
en externe les autres acteurs se sont serrés les coudes. Il y a eu une émulation en sens inverse qui était de dire : ok,
il annonce le retrait des USA, nous, on réaffirme et on confirme que l’Accord de Paris est la seule voie à suivre et donc
on s’inscrit toujours dans cette logique et on va pas du tout dévier.

D’ailleurs, Trump avait à ce moment-là (vous connaissez son mode de communication - il peut dire le matin quelque
chose et l’après-midi son contraire) communiqué de manière extrêmement ambiguë, en laissant entendre qu’il pourrait
aussi revenir dans l’Accord de Paris, à condition de le renégocier. Là, tout de suite, toutes les portes se sont fermées.
La France, qui était le parrain en quelque sorte de l’Accord de Paris, a immédiatement dit “hors de question de
renégocier cet accord qui est un fragile équilibre entre des exigences très contradictoires - on avait trouvé une espèce
de formule magique à Paris qui permettait que tout le monde accepte d’apposer sa signature au bas de cet accord” Il
était hors de question de rouvrir cet accord parce que si on le faisait on risquait de briser tout l’équilibre et donc que
tout s’écroule.

Au niveau international, au niveau diplomatique, il y a eu de multiples déclarations de très haut niveau pour réaffirmer
l’adhésion au protocole de Kyoto et en interne, il s’est passé quelque chose d’assez incroyable aussi aux USA :
l’économie américaine avait déjà pris largement le virage. L’industrie, en tout cas (pas la totalité des secteurs
industriels) certains secteurs, beaucoup d'industries et surtout aussi beaucoup d’acteurs politiques, que ce soit des
gouverneurs d’Etats, des maires de grandes villes américaines, de sénateurs,... ont créé une espèce de coalition
hétéroclite, qui ont eux-mêmes lancé toute une dynamique interne aux USA en disant “nous, on continue”. Par exemple
en Californie, le gouverneur visait la neutralité carbone. Ils s’appropriaient en fait les objectifs de Paris. Si ça n’était
plus un objectif pour les USA dans leur ensemble, ça devenait des objectifs pour ces villes, pour ces Etats. On a vu
émerger cette coalition “We are still in” qui s’est manifestée à la COP suivante, celle de Bonn. C’était assez
intéressant/spectaculaire de voir que le pavillon non gouvernemental américain de We are still in, rassemblant toute
cette mouvance américaine, à la fois du monde politique, économique, associatif,... et qui s’inscrivait dans la logique
de l’Accord de Paris, était 3x plus grand que le pavillon gouvernemental américain, réduit à 3x rien cette année-là.

Effectivement, il y a eu une réaction interne très forte aux déclarations de Trump, qui ont fait que finalement, jusqu’ici
en tout cas, on ne peut pas dire que le retrait des USA soit de nature à fondamentalement changer dans les années à
venir l’évolution des émissions au niveau mondial parce que tous les autres pays du monde restent fermement
accrochés à la ligne tracée par l’Accord de Paris et que même en interne aux USA, une série d’acteurs reste également
dans cette logique.

Question 5 (slide 45 - partie 2) : J'ai tenté de comprendre le lien entre 2 chiffres qui ont été donnés concernant la
transition climatique.

Lorsqu'il a été question de traiter les "Coûts d'investissements associés à la transition énergétique en milliers de
milliards de dollars" le bilan montre que le coût d'investissement serait de 93 trillions (si l'on suit une transition bas
carbone) au lieu d'être de 89 trillions si nous restons dans notre situation de référence.

Tandis que lors de la conclusion vous soulignez que d'après une étude la transition vers le bas carbone permettrait de
générer des bénéfices de l'ordre de 26 trillions grâce aux co-bénéfices de cette transition.

Est ce que l'on peut conclure que l'on aurait finalement des bénéfices de 22 trillions (si l'on prend en compte les 4
trillions nécessaires à l'investissement) ou il n'est pas possible de comparer et de relier ces 2 chiffres ? Ou alors ces 4
trillions auraient déjà été pris en compte dans cette étude ?

La différence entre l’information qui est donnée ici et celle donnée tout à la fin, c’est qu’ici (au slide 45) on limite le
raisonnement uniquement au coût d’investissement...c’est la difficulté quand on compare des coûts. Il faut savoir de
quels coûts on parle. Ici, on envisage uniquement les coûts d’investissement du système énergétique. Et donc on va
comparer quels changements il y aura par rapport aux investissements dans le système énergétique si on passe de la
situation actuelle qui est un système énergétique mondial largement encore basé sur les énergies fossiles vers un
système bas carbone. On voit quelle est la différence.

Sur ce diagramme, on voit qu'un certain nombre de coûts supplémentaires sont occasionnés par la transition assez
logiquement, liés à des investissements dans l’efficacité énergétique, les capacités de production électrique bas
carbone, etc. On voit aussi qu’on a une diminution de coûts liée notamment à la réduction de la facture énergétique.
Et donc l’un dans l’autre, on voit que effectivement un système d’approvisionnement énergétique bas carbone
représente un coût d’investissement plus élevé que le système actuel, lié aux investissements importants que l’on
devra produire dans un premier temps.

Mais le 1er enseignement de cette étude-là c’est que, contrairement à des idées reçues, il ne s’agit pas de tripler ou
quadrupler ces coûts d’investissement. On voit que l’investissement supplémentaire au bout du compte pour la
transition est relativement marginal. C’est 93 (alors ce sont des montants astronomiques, ce sont des milliers de
milliards de dollars) au lieu de 89 donc ca n’est pas une différence extrêmement significative.

Là, on limite ce raisonnement à la question des coûts d’investissement dans le système énergétique. Alors que dans
l’autre slide où on évoque les co-bénéfices, on élargit le raisonnement là. C’est de dire ok on va avoir un surcoût au
niveau de l’investissement énergétique, on peut le comprendre assez intuitivement puisqu’il s’agit de transformer de
manière assez profonde le système d’approvisionnement énergétique. Investissements supplémentaires qui vont
s'amortir dans le temps. C’est ce qui est illustré là puisque justement il est évident que quand on installe des parcs
éoliens en mer du Nord, ça représente des investissements gigantesques mais si on tient compte de la durée de vie
de ces parcs éoliens et du fait qu’ils fonctionnent avec le vent et que donc on s’affranchit de la facture énergétique
pétrolière, il y aura un amortissement qui va se faire dans la durée. Au bout du compte, on peut sortir gagnant.
Si en plus de ça, on prend en considération d’autres bénéfices dans la société, les bénéfices sur la santé, sur l'emploi
et d’autres types de bénéfices, à ce moment-là on se rend compte qu’on est tout à fait gagnants. Si on élargit, si on ne
raisonne plus en simples coûts additionnels d’investissement mais les réductions au niveau des coûts publics liés à la
santé de la population et le fait aussi (ce sont les modèles qui l’indiquent) que la transition bas carbone est une politique
de relance. En fait, on est au coeur d’un débat très actuel puisque vous pouvez lire dans la presse pour le moment un
débat naissant assez vif entre les partisans du green recovery ou du grey recovery (à propos de la relance post covid).
Une relance grise ou verte. Parce qu’on sait que dans la politique de relance, pour éviter la récession et pour relancer
l'économie, les pouvoirs publics vont devoir injecter et trouver des ressources très importantes pour supporter
l’investissement, éviter la casse économique et sociale liée à la crise actuelle.

Donc le débat qui se pose, c’est de dire quels secteurs, quelles activités allons-nous prioriser ? Oui, aujourd’hui, bien
sûr il faudra des politiques de relance mais il faut que ces politiques de relance se fassent dans une direction qui soit
compatible avec la transition écologique. Parce que sinon on va de nouveau créer des lock-in, des verrous. On va
s’enfermer. Si de manière aveugle on dit simplement “on soutient tous les secteurs pour les sortir de la crise actuelle”,
on reste dans le schéma business as usual et on reste à ce moment-là de l’économie fossile. A l’inverse, le principe
du green recovery c’est de dire “on s’engage fermement dans une politique de relance basée sur le green deal”. J’en
parlerai dans le prochain cours. A ce moment-là, on a ces co-bénéfices qu’on n’aurait pas dans le cas d’une relance
grise.

La plupart des analyses faites à ce sujet-là montrent effectivement un grand nombre de bénéfices collatéraux/à la
marge qui vont eux-mêmes servir à soutenir l’économie.

Question 6 : (partie 1 - pour le chapitre: “objectifs à long terme…”) Sur le slide 1, il y a un graphique avec des H, des
M et des VH et je ne comprends pas à quoi cela correspond

C’est une évaluation tout à fait agrégée du niveau de risque. Ce code de couleur illustre un niveau de risque du plus
faible jusqu’au plus élevé et c’est le résultat d’un agrégat. lI s’agit de résultats extrêmement agrégés ici et qui donnent
pour une raison de RFC “reasons for concern”, càd des motifs de préoccupation relativement à ces 5 problèmes
potentiels liés au changement climatique. Et le code de couleur, ce qu’on appelle en anglais “Burning Embers Diagram”,
indique respectivement pour un niveau de 1°C, 1,5°C et 2°C quel est l’évolution du niveau de risque. Vous voyez que
pour chacun des RFC cette gradation évolue de manière un petit peu différente.

H, M, VH c’est une indication non quantitative mais illustrative du niveau de risque.

Question 7 : (partie 1) Est-ce que vous pourriez réexpliquer un peu ce que vous entendez par "émissions embarquées"
sur le slide 19?

En fait, jusque-là, dans mes illustrations des émissions de CO2 ou de GES, on parle des émissions réelles au niveau
mondial ou au niveau territorial comme sur ces graphiques-ci où on parle des émissions de la Chine, des USA, de l’UE,
càd les émissions qui lieu sur un territoire. C’est ce qu’on appelle l’approche cadastrale ou l’approche territoriale. C’est
celle qui fait fois dans les communications que j’évoquais tout à l’heure, les inventaires nationaux. Quand les Etats qui
sont parties à la convention climat rapportent chaque année leur niveau d’émissions pour les différents secteurs, ils
rapportent les émissions qui sont réalisées sur leur territoire. On ne regarde pas ce qui se passe à côté de la frontière.
C’est l’approche qui est suivie jusqu’à présent. C’est celle qui méthodologiquement est la plus simple parce que, en
général, surtout si on parle des émissions liées au secteur énergétique, c’est relativement simple d’un point de vue
méthodologique de convertir un bilan énergétique en un bilan CO2. Par exemple, en Belgique, si l’on sait qu’on a en
2019 importé autant de tonnes/barils de pétrole/autant de gaz naturel/autant de charbon (tous les vecteurs
énergétiques) et on fait la balance énergétique nationale (les imports MOINS les exports MOINS le stockage), on trouve
ce qui a été consommé, brûlé et on convertit cela avec des facteurs qui sont bien connus en tonnes de CO2. Ca ce
sont des émissions qui sont calculées sur un territoire.

Il y a un biais à cette méthode, c’est que l’on sait bien que dans le monde globalisé dans lequel on est les biens ne
sont pas consommés là où ils sont produits. Donc on peut imaginer des grands ou des petits pays dont l’activité
économique est fortement centrée sur le secteur tertiaire, càd le secteur des services (banques, assurances,...), qui
ne sont pas des secteurs industriels à haute intensité énergétique. Dans ce pays, on va avoir relativement peu
d’émissions puisque son activité économique n’est pas fortement focalisée sur de l’activité industrielle manufacturière.

Et pourtant dans ce pays, on va consommer ces biens de consommation qui sont fabriqués ailleurs. A l’inverse, dans
un pays dont l’activité économique est fortement centrée sur la sidérurgie ou d’autres industries à forte intensité de
CO2, on va avoir des niveaux d’émissions de CO2 très élevés pour fabriquer de l’acier ou des biens de consommation
qui ne sont pas nécessairement utilisés ou consommés sur ce territoire. C’est là qu’intervient l’approche basée sur la
consommation. En fait, il y a plusieurs dénominations mais qui représentent la même chose. Parfois, on va parler de
l’empreinte carbone. C’est la différence entre les émissions de carbone et l’empreinte carbone.

Par exemple, en Belgique, on sait que par habitant chaque année on émet environ 10 tonnes de CO2. Ca ce sont les
émissions par habitant. Mais ça ne correspond pas à l'empreinte CO2 du Belge parce que en Belgique, on sait que le
bilan il est dans le sens d’une importation nette, càd que l’on importe plus de biens de consommation intensifs en CO2
qu’on n’en émet. Et donc si on tient compte de ce facteur correctif, qu’on comprend en compte les importations et les
exportations de biens de consommation (ou ça peut aussi s’associer à des services mais simplifions ici et parlons
uniquement des biens, on sait qu’est attachée à chaque bien une certaine empreinte énergétique et une certaine
empreinte CO2. Quand on importe, achète et consomme des téléviseurs, des machines à laver,...ou n’importe quel
bien de consommation en Belgique qui a été fabriqué en Chine ou ailleurs sont associés à ces bien une empreinte
CO2. Quand on la prend en considération, on aboutit à cette correction des émissions nationales.

Vous voyez sur le diagramme au slide 19, par exemple pour l’UE en bleu, les émissions liées à l’approche
consommation (en pointillés) sont supérieures à nos émissions basées sur la production parce que (et là je passe sur
le slide suivant pour illustrer) l’Europe est un importateur net de biens de consommation et de l’empreinte CO2 qui leur
est associée. Ici, sur la carte au slide 20, vous voyez les flux nets entre les différentes parties du monde. Comme on
s’y attend, on voit qu’il y a des échanges très importants en continents asiatique, européen et les USA. Selon la région
du monde où l’on se situe, cela va faire baisser les émissions une fois que l’on passe à l’approche consommation
(comme la Chine) ou les augmenter dans le cas de l’UE ou des USA.

Ca me paraissait important de vous montrer cette approche. Elle est très intéressante parce que si on se pose la
question de la responsabilité des émissions, il vaut mieux évidemment utiliser l’approche basée sur la consommation
puisque je prends non seulement en compte les émissions du territoire mais aussi les émissions liées au fait que je
suis importateur de biens de consommation qui ont une empreinte CO2 élevée. Mais la difficulté c’est que les
méthodologies sont très compliquées. On est obligés de faire plein d’hypothèses et de simplifications. On ne peut pas
utiliser cette approche pour vérifier les engagements des Etats. Donc on ne pourrait pas imaginer une sorte de
protocole de Kyoto avec des plafonds d’émissions basés sur la consommation parce que ce serait une foire d'empoigne
pour déterminer quelles sont les méthodologies à utiliser sachant qu’il y a évidemment des marges d’incertitude élevées
si votre smartphone ou n’importe quel bien..on peut estimer son empreinte CO2 mais certainement pas de manière
aussi incontestable que la consommation de charbon dans une centrale d’électricité, par exemple. Les méthodologies
sont très indirectes et donc très difficiles à utiliser comme base pour un système juridiquement contraignant.

Question 8 : (slide 30) Qu'est-ce que vous entendez par les "écosystèmes pourraient devenir une source nette de
carbone"?

En fait, pour l’instant, à l’échelle mondiale, du fait de l’augmentation de la concentration de CO2 dans l'atmosphère au
cours des dernières décennies, les écosystèmes terrestres (et l’océan aussi, d’ailleurs) capturent plus de CO2 qu’ils
n’en émettent donc il faut s’imaginer un système qui au départ est à l’équilibre donc avant que ne commence l’époque
industrielle et les émissions de CO2 on peut faire l’hypothèse que grosso modo les écosystèmes terrestres émettaient
autant de CO2 vers l’atmosphère qu’ils n’en capturaient. Comme l’écosystème émet du CO2? Tout simplement parce
qu’il est vivant et donc il respire. Le sol respire. La biomasse, les arbres, la végétation qui couvre le sol respirent. Et
donc émettent du CO2. Et la végétation, elle produit aussi de la matière organique via la photosynthèse et donc elle
capte du CO2 dans l’atmosphère.

Dans un système non perturbé, grosso modo, à l'échelle mondiale, avec évidemment une variabilité interannuelle, mais
en moyenne, les flux de respiration sont égaux aux flux de photosynthèse, ce qui fait que le stock de carbone contenu
dans la biomasse et dans les sols reste plus ou moins stable et de même la concentration de CO2 dans l'atmosphère
reste plus ou moins stable.

Cette stabilité a été perturbée historiquement par l’industrialisation puisqu’on a commencé à aller percer un autre
réservoir qui était celui du carbone fossile, qui n’aurait jamais dû se retrouver dans l’atmosphère mais qui s’y retrouve
et donc on augmente fortement la concentration de CO2 dans l’atmosphère et de ce fait il y a une sorte de fertilisation
par le CO2. Le fait que l’on sature en quelque sorte l’atmosphère en CO2 fait que dans un système qui n’est plus à
l’équilibre...on est actuellement dans un système où la végétation ayant plus de CO2 à disposition dans l’atmosphère
capte plus de CO2 qu’elle n’en respire mais évidemment on est dans un système dynamique et donc ce flux net de
carbone de l’atmosphère vers la biosphère/les écosystèmes terrestres ne peut pas continuer indéfiniment et à un
moment donné cette absorption nette de carbone va diminuer, va se rapprocher de zéro. Et puis, le système va
s’inverser. Parce que justement ce carbone qui aura été accumulé (et qui est notamment dans les sols via la respiration
des sols) va se libérer dans l’atmosphère et donc le flux pourra s’inverser. C’est ce que les modèles indiquent.

Imaginons que d’ici quelques décennies, d’ici 2050 on parvienne effectivement à limiter au niveau mondial et
idéalement à stopper complètement les émissions de carbone fossile, cet effet de sursaturation dans l’atmosphère va
s’arrêter et c’est l’inverse qui va produire. Le sol et les forêts vont redevenir des émetteurs nets de carbone. Mais
évidemment tout ça reste aussi lié à la manière dont on va gérer ces sols parce qu’évidemment plus on déforeste, plus
on va accentuer ce phénomène. A l’inverse, plus on reforeste les zones qui ont été déforestées, plus on limite ce
phénomène et plus on a des chances de créer un puits net de carbone.

En conclusion, l’échange net entre atmosphère et biosphère, c’est le résultat de 2 flux gigantesques (un dans un sens
et un dans l’autre). Pour le moment, la balance est dans le sens d’une absorption nette mais à terme les modèles
indiquent que ce flux va s’inverser et donc la biosphère constituera une source nette de carbone.

Question 9 : (partie 1) dans la sous partie (impacts et risques climatiques) : pouvez vous revenir et réexpliquer le slide
sur les SDGs ?

Ce diagramme explique simplement que pour 2 situations bien contrastées (une situation dans laquelle au niveau
mondial on mettrait en place des politiques ambitieuses au niveau climatique et à l’inverse une situation où on laisserait
filer les choses d’un point de vue climatique et donc de faibles politiques climatiques et donc incapacité à contrôler le
réchauffement et à limiter l’augmentation de température). Si on était dans ce cas de figure d’une faible ambition, on
compromettrait la réalisation de la plupart des ODD. Ce diagramme illustre les études qui ont été faites, de manière
très agrégée, sur le niveau de risque de ne pas atteindre des ODD dans une situation où on a une politique climatique
OU pas ambitieuse. C’est assez facile à comprendre.

Pour illustrer avec la question de la sécurité alimentaire, il est évident que dans un monde où on ne maîtrisera pas
l’augmentation de température, on va s’exposer à des problèmes au niveau de la sécurité des récoltes dans de
nombreuses régions du monde. Donc il est illusoire de s’imaginer qu’on va pouvoir réduire au niveau mondial la
question de la sécurité alimentaire alors qu’on laisserait filer le réchauffement climatique. Le fait de contrôler le
réchauffement climatique est une condition préalable pour avoir une (bonne) chance d’atteindre le SDG 2 relatif à la
sécurité alimentaire. On pourrait tenir le même raisonnement pour la plupart des indicateurs.

Partie 4 du cours de M. Hannon

Partie 4 : Instruments de la politique climatique et introduction à la politique climatique européenne et belge

4.1 Instruments de la politique climatique


2 : Instruments de la politique climatique

Les autorités publiques ont à leur


disposition une série d’instruments qui
ne sont pas propres à la politique
climatique (on les retrouve dans
d’autres politiques) mais vu le
caractère très vaste, étendu et
transversal de la politique climatique,
généralement, on va faire appel à ces
différentes catégories d’instruments :

- La réglementation (la mieux


connue du public) = norme
contraignante établie par la loi ou par
un arrêté qui définit les critères
auxquels doivent répondre des
activités, des produits, des services
(ex : les standards d’émissions comme
les normes euro pour les véhicules, les
standards de consommation
énergétique pour les appareils
électroménagers, les normes de
bruit,...)
- Politiques économiques dites “incitatives” (complémentaire à la réglementation) : instruments de type
fiscal ou de type marché -> le but est d’envoyer un signal prix (positif ou négatif) aux acteurs économiques.
Soit on taxe une activité (coût additionnel pour exercer celle-ci - incitant négatif parce qu’on nous incite à
l’éviter), soit on offre des primes par exemple pour économiser l’énergie (taxes éventuellement sous forme
d’accises, subsides, primes, déductions fiscales, taxe CO2 et marchés du carbone faisant appel à un système
d’échange de droits d’émissions)
- Recherche et innovation technologique : l’autorité publique pourra via différents leviers. En général, cela
consiste en de l’investissement ou un co-investissement à des activités de R&D sur des technologies qui sont
encore bien en deçà du déploiement commercial, pour lesquels les opérateurs privés, les institutions
académiques ou de recherche, les instituts scientifiques vont être aidés par les pouvoirs publics pour
développer ces innovations. On va retrouver dans cette catégorie des partenariats entre l’investissement
public et l’investissement privé.
- Coopération internationale : importante pour le changement climatique car on parle de déploiement
technologique à l’échelle supranationale, des technologies qui constituent des solutions applicables dans de
nombreuses régions du monde si on pense par exemple au photovoltaïque, à l’éolien,... Ce sont des solutions
qui, sauf exceptions, sont applicables partout et donc on a tout intérêt à transférer ces technologies et
coopérer en matière de développement technologique et à renforcer les capacités là où c’est nécessaire pour
créer des conditions propices à l’investissement et au développement de ces technologies.
- Éducation et sensibilisation : Surtout si on se situe dans une logique de transition écologique (ça veut
dire transformation sectorielle), il faut une formation technique pour certains métiers (métiers du bâtiment, du
chauffage,...). Ce sont des secteurs en mutation. Il est évident que les architectes, ingénieurs, chauffagistes,
techniciens qui sont dans ces chaînes de construction vont être impliqués et il faudra former ces différents
métiers. Dès qu’on touche aux comportements, les programmes de sensibilisation seront évidemment un
instrument crucial.

3 : Les instruments économiques de la politique climatique


Si on se penche sur les instruments économiques (taxes, subsides...), ils visent chacun un objectif commun :
internaliser les externalités négatives (impacts négatifs générés par une activité, la production d’un bien/service dont
le coût n’est pas reflété dans les prix du marché).
Ex : production de tabac avec comme externalité le coût généré pour la santé publique ; dans le domaine agricole : la
fertilisation intensive des sols qui peut génèrer une pollution importante des nappes phréatiques, ce qui génère un coût
pour la société parce qu’en termes de captage d’eau ou de traitement des eaux, il y aura un coût additionnel qui n’est
pas reflété dans le coût des produits agricoles
de ces filières de production. D’une manière
tout à fait générale, toutes les activités qui
génèrent des GES, du CO2, sont
génératrices d’externalités négatives puisque
(sauf pour les activités qui sont soumises à
un prix carbone mais ce n’est pas encore du
tout généralisé au niveau mondial) les
émissions de GES sont “gratuites”, elles ne
sont pas reflétées dans les prix.
L’objectif de ces instruments est de corriger
cette erreur du marché, d’internaliser ces
externalités négatives, pour envoyer un
signal vers les agents économiques (le
producteur, le consommateur,..) d’adopter un
comportement plus vertueux en intégrant les
externalités dans le prix.

De nouveau, l’autorité publique dispose de 2 catégories d’instruments : instrument réglementaire (imposition d’une
norme) ou instrument économique (via le signal prix).

4 : Exemples de politiques visant à réduire les externalités négatives

Pour la catégorie des instruments réglementaires :

- Normes (comme les normes de bruit en


RBC, au niveau UE les normes imposées
sur des équipements par rapport à leur
consommation énergétique, notamment
les appareils électroménagers,...)

- Plafonds d’émissions : On retrouve ce


système dans le système ETS
(système européen d’échange de droits
d’émissions). Pour les autres polluants que
les GES, il y a la directive européenne NEC
(pour national emission ceilings - elle
impose des plafonds d’émissions au
niveau national pour une série de polluants
atmosphériques)

Pour les instruments économiques :

- Accises = une forme de taxe sur le tabac, les alcools, les carburants qu’on pourra moduler en fonction du signal
qu’on veut envoyer. Ex : elles ont été récemment adaptées sur le diesel. Avant, on voulait favoriser le diesel donc les
accises étaient moindres sur le diesel que sur l’essence mais cette politique est contre-productive puisque le diesel
posait des problèmes en termes de pollution atmosphérique et donc on a redressé les accises sur le diesel pour ne
plus le favoriser. Permet d’envoyer un signal au marché.

- Taxe carbone
- Marché du carbone : On attribue un droit de propriété sur les émissions qu’on peut ensuite échanger.

- Les subsides : ça se passe de différentes manières - en Belgique, par exemple, selon si on est au niveau fédéral
ou régional, on va utiliser soit l’instrument de la déduction fiscale (forme indirecte de subside) ou au régional, on va
privilégier les primes par ex. pour soutenir les investissements dans les économies d’énergie.

5 : Comparaison du marché de droits d’émissions avec les autres instrume nts (normes et
taxes)
Chacun de ces instruments aura des avantages et des inconvénients et on va l’activer selon l’objectif visé, selon le
public visé et en prenant en compte les effets. Aucun de ces instruments à lui seul est la solution miracle. En général,
ces instruments agissent en complémentarité. Chacun a ses propres avantages et inconvénients. Ils sont repris ici de
manière synthétique pour 3 instruments centraux dans la politique climatique.

Normes :

- Avantage = Comme elle s’applique par exemple sur les véhicules mis sur le marché au niveau européen (avec la
norme euro ou les normes CO2), l’avantage
c’est la lisibilité et la transparence (c’est facile
à comprendre à la fois pour les constructeurs
et les consommateurs particuliers qui vont se
rendre dans un show room et prendre
connaissance de étiquetage + c’est facile à
mettre en oeuvre)

- Inconvénient = une fois qu’on a négocié


cette norme, il n’y a pas d’incitant à aller plus
loin dans la norme pour être plus efficace (alors
que les impacts sont gigantesques). Quand on
sait quel lobbying intense s’exerce au moment
des négociations pour l’établissement de ces
normes. Si on reprend l’exemple des voitures,
ça a été le cas pour ralentir et viser a minima
ces normes CO2 ou les autres polluants
atmosphériques des voitures. Aucun incitant
sur les constructeurs automobiles pour aller plus loin.

Eco-taxe :

Avantage : elle permet (par ex : pour la taxe sur les emballages ou les carburants) d’être lisible, compréhensible pour
le public. Ça permet de générer des recettes fiscales supplémentaires qu’on peut envisager dans le cadre d’un
glissement fiscal (tax shift - réforme de la fiscalité). La nouvelle recette générée par la taxe carbone ou l’éco taxe peut
permettre de baisser la pression fiscale sur d’autres charges (ex. au niveau du travail). Cela génère ce qu’on appelle
un double dividende.

Inconvénient : ça pèse sur la compétitivité des entreprises (elles ne se privent pas de le marteler) car ça augmente
les coûts de production. Mais ça pourrait être corrigé en partie par un système de marché où on verra qu’à l’inverse de
la taxe (qui est aveugle en quelque sorte puisque le niveau de la taxation est fixé de manière top-down, c’est le
législateur qui le fixe).

Droits d’émissions / marché de l’émission :

- Avantages : Ils vont aussi envoyer un signal prix mais ce signal prix va être soumis à la loi du marché, l’offre et la
demande, et va en théorie permettre d’optimiser et amener le coût du droit d’émission à un niveau optimal : c’est un
système incitatif qui permet en théorie l’allocation optimale des ressources
- Inconvénient : la volatilité des cours (ce qui provoque une incertitude pour les investisseurs). Contrairement à une
taxe, avec une taxe carbone, on pourrait parfaitement planifier une augmentation progressive de celle-ci en
commençant par un niveau très bas (5 ou 10€ / tonne de CO2) et en augmentant sur 10 ans (jusque 100 ou 200 euros),
ce qui permet une prévisibilité puisqu’on peut programmer l’augmentation de la taxe.
Alors que, sur un marché de droits d’émissions, c’est le principe même du marché libre, ce n’est pas l’autorité publique
qui fixe le prix du droit d’émission mais le marché donc personne ne peut dire quel sera le coût de la tonne de CO2
dans 1 an, 2 ans, 5 ans. C’est ce que l’on voit actuellement à cause du recul de l’activité économique liée à la crise
sanitaire, la demande du droit d’émission s’effondre et donc le prix aussi. C’était quelque chose qui n’était pas prévu.
Vu que les cours sont volatiles, à un moment, ils s’effondrent. Avec un prix très bas du CO2 sur le marché du carbone,
on n’a plus l’incitant/le signal prix envoyé aux opérateurs pour les dissuader.

6: Rôle de la tarification du carbone dans le déploiement des technologies et pratiques


bas-carbone
Pour bien comprendre l’utilité du signal prix sur le
carbone via soit la taxe CO2, soit via le système de
marché, il faut jeter un œil à ce diagramme qui
représente les coûts de réduction de la tonne de CO2
(axe vertical) de toute une série de solutions bas
carbone (technologiques, mais pas uniquement).

On a listé un très grand nombre de solutions bas


carbone dans tous les secteurs (transport, résidentiel,
industrie,...) et on les a classés par coût croissant de
réduction de la tonne de CO2 (car pour réduire les
émissions de CO2 d’une même quantité, par ex. 1
tonne, le coût va être différent selon qu’on veut la
réduire en optimisant par ex. le système de chauffage
d’un bâtiment ou en installant des technologies pour
produire de l’électricité par ex. ou en capturant du
carbone via les technologies CCS : chaque solution a
un coût propre).

Certaines technologies/solutions permettent de réduire les émissions de CO2 à un coût très bas. D’autres, à un coût
très élevé.

On voit sur le diagramme que certaines ont un coût négatif : cela signifie que le retour sur investissement est
(quasiment) immédiat (pas précisé aussi mais a priori, c’est dans l’année) : on va faire un petit investissement qui va
générer une réduction d’émissions ou, éventuellement, de consommation énergétique qui sera quasiment directement
rentable (ex : remplacement d’ampoules électriques à haute consommation par des ampoules basses énergies LED :
le coût d’investissement est très limité et c’est rapidement rentable, la facture d’électricité va baisser).

Autre ex. dans le secteur résidentiel : le fait de placer des vannes thermostatiques dans les appareils de chauffage.
C’est un petit investissement qui est très rapidement rentable car on peut contrôler plus efficacement le réglage du
chauffage domestique.

On retrouve ce type de solutions dans la partie gauche : avec des coûts négatifs. On appelle cela des mesures “no
regret”. Les acteurs (entreprises ou ménages) ont tout intérêt à les mettre en œuvre puisqu’il y a ce retour sur
investissement immédiat.

On retrouve aussi d’autres solutions, vers la droite, qui sont plus coûteuses et pas rentabilisées directement (ex.
l’habitat basse énergie ou passif : l’amortissement du surcoût va être plus lent ; on a un surcoût non négligeable au
moment de la construction et les retours sur investissement se font sur des années). On retrouve ce type de solution
dans la catégorie intermédiaire.
Si on se dirige encore plus loin à droite, il y a des solutions high tech, qui sont très coûteuses (on y retrouve par ex.
les solutions CCS : carbon capture and storage). Solutions qui vont coûter au-delà de 50€ la tonne de CO2 pour
capturer, conditionner et injecter le CO2 dans le sous-sol.

Dans tout ce spectre de solutions bas carbone, on doit faire appel à différents types d’instruments pour promouvoir ces
solutions. On ne va pas nécessairement utiliser les mêmes selon que l’on se situe plus à gauche ou à droite du spectre.

- A gauche, pour les solutions “no regret”, on va utiliser les instruments suivants : campagnes de sensibilisation, micro
crédits

On imagine que si les acteurs (entreprises ou public) ne mettent pas en oeuvre ces solutions, c’est parce que ils n’ont
pas connaissance de l’intérêt qu’ils peuvent avoir à le faire. Mais il y a des ménages pour qui ce sera quand même
difficile, même si petite dépense pour remplacer les ampoules ou vannes thermostatiques. Dans certaines régions du
monde où taux de population important sous le seuil de pauvreté, ce n’est pas possible. Micro crédit peut permettre de
lever les obstacles à ces petits investissements.

- Catégorie intermédiaire -> instruments : subsides (ce sera le cas pour achat de véhicules hybrides ou éléctriques -
les pouvoirs publics vont soit donner une prime, soit une réduction de la tva) Si on parle du logement, c’est là
qu’apparaissent les solutions de tiers investisseur. Un tiers va aider le particulier en apportant une partie de
l’investissement nécessaire pour aider à franchir l’obstacle que peut constituer l’investissement initial. C’est
typiquement le cas pour les particuliers lorsqu’il s’agit de rénover en profondeur une habitation ou de s’orienter vers de
l’habitat passif. Idem pour véhicules électriques, qui restent actuellement très chers et peu compétitifs par rapport aux
technologies plus conventionnelles de véhicules.

- High cost -> instruments : on est dans le développement et l’innovation technologique -> besoin d’un support direct
des pouvoirs publics, éventuellement avec un partenariat public-privé pour soutenir ces solutions.

Enfin, c’est là que va intervenir le carbon pricing. C’est un instrument qui agit sur la totalité du spectre. En quoi cela
consiste? Si on dit par exemple que via l’imposition d’une taxe carbone, le signal prix envoyé est de 10 euros la tonne,
ça signifie que le seuil de rentabilité va être réhaussé à hauteur de 10 euros la tonne (c’est comme si on remontait
l’axe horizontal à 10 euros).

En fait, à ce moment-là, on fait passer toute une série de technologies qui avaient un coût positif, grâce à l’imposition
de cette taxe CO2, elles passent dans la
catégorie des no regret options : ça permet
de rendre rentables des technologies qui ne
l’étaient pas sans l’imposition de cette taxe.
C’est ça la logique sous-jacente à l’imposition
d’un prix sur le CO2.

7 : échange de droits d’émissions


: principe du système « Cap &
Trade »

En Europe, le système adopté pour le


secteur industriel et celui de la production
d’électricité n’est pas celui d’une taxe CO2
mais bien celui de l’imposition d’un signal prix
sur le carbone via un système de marché
(d’échange de droits d’émissions, basé sur le principe du “cap and trade”).

Cap = plafond/seuil d’émissions et trade = commerce donc échange de droits d’émissions


En fait, ce que le législateur a fait, c’est instaurer un système de droit : chaque opérateur soumis à ce marché (en
l’occurrence en Europe l’industrie et le secteur de la production d’électricité) doit disposer de droits d’émissions pour
couvrir les émissions associées à leur activité industrielle.

Les droits sont distribués à ces différents acteurs économiques jusqu’à un certain seuil, une certaine quantité à en pas
dépasser (c’est le fameux cap). Je passe les détails des modalités de distribution de ces droits d’émission. C’est une
manière de garantir que, quoi qu’il advienne, les émissions internes à l’Europe pour ces secteurs ne pourront pas
dépasser ce seuil puisque le nombre est limité. Les droits peuvent ensuite être échangés entre les acteurs.

Les acteurs du système, les industriels en question, sont tenus de restituer chaque année un nombre de droits
d’émissions qui équivaut au volume réel de ces émissions. S’ils contreviennent à cette obligation, un système d’amende
est prévu en cas de défaut.

Pour se mettre en conformité, les différents acteurs ont le choix entre réduire leurs émissions jusqu’à hauteur des droits
dont ils disposent, ce qui leur permet en fin d’année de démontrer auprès de l’autorité publique qu’ils disposent bien
des droits pour couvrir leurs émissions réelles OU, s’ils ne parviennent pas à réduire leurs émissions jusqu’à ce plafond,
ils peuvent acquérir des droits supplémentaires auprès d’autres acteurs du marché, à la condition sine qua non que
ces autres acteurs disposent d’un surplus de droits, càd que eux auront réduit leurs émissions au-delà du nombre dont
ils disposaient.

Ce qui détermine ce cas de figure, de l’acteur industriel qui va être en situation de devoir acquérir des droits
supplémentaires ou non, c’est la différence entre son coût de réduction d’émissions et le prix d’échange sur le marché.
Ceci est illustré par le diagramme théorique suivant.

8 : Optimisation (théorique) des coûts via un système d’échange de droits d’émissions

Ce graphique représente le coût


de réduction d’une tonne de CO2
pour deux acteurs théoriques
(industriel A et industriel B qui
reçoivent au début d’année leur
quota d’émissions : QA et QB).

Vu que ces 2 acteurs industriels


exercent des activités différentes,
dans des secteurs différents et
avec des technologies différentes :
le coût pour l’un et l’autre pour
réduire les émissions, pour réduire
d’une tonne de CO2 n’est pas le
même.

Ce qui caractérise ces coûts = des


courbes de coûts de réduction
marginale.

Ce qui explique ces courbes, c’est le fait qu’on soit un acteur (ou d’ailleurs un particulier). En général, réduire les
émissions d’un faible volume, on pourra le faire pour un faible coût. Mais plus on veut aller loin dans les réductions
d’émissions, plus ce coût va augmenter. C’est assez logique. Si un ménage, qui a une maison peu performante sur le
plan énergétique, décide de réduire sa consommation, ça ne lui coûtera pas grand chose de changer les ampoules et
placer des vannes thermostatiques mais ça coûtera beaucoup plus s’il veut des panneaux photovoltaïques sur le toit,
de triple vitrage, faire isoler la façade,....
Donc si je veux aller plus loin, mon coût marginal de réduction va augmenter. Même chose pour un industriel. Il peut
réduire ses premières tonnes de CO2 à bas coût. Mais quand il va vouloir aller plus loin dans la réduction, ce coût vont
augmenter.

Ces courbes de coût marginal de réduction sont propres à chaque industriel. Parce qu’ils exercent des activités
différentes.

On voit que pour A, ça signifie qu’il devra aller jusqu’à un coût marginal très élevé alors que pour B, qui a une courbe
de coût marginal de réduction plus faible, son coût maximum est nettement inférieur. Si on dit à A et B qu’ils ont le droit
d’échanger des droits d’émissions entre eux, ils ont un intérêt économique à le faire. Parce que le surplus que pourra
générer l'industriel B pourra être vendu à l’industriel A à ce coût, qui est le coût qu’atteindra l’industriel B. L’industriel A
aura fait l’économie de ce surcoût, généré par sa propre courbe.

Ainsi, on aura atteint un coût marginal optimal pour l’ensemble des acteurs. Ici, le raisonnement s’applique de manière
illustrative à 2 acteurs industriels. Sur le marché européen, il y en a des dizaines de milliers. Donc le coût de la tonne
de CO2 va automatiquement se placer à un niveau optimal qui permettra de générer pour l’ensemble de l’UE sur
laquelle s'exercera ce marché du carbone à un coût qui sera optimal pour l’ensemble de la société.

9 : Application d’une tarification carbone dans le monde

Aujourd’hui dans le monde, on observe qu’un assez grand


nombre de pays (et en tout cas un grand nombre parmi ceux
qui sont des émetteurs de GES importants) ont mis en place
au niveau domestique des systèmes de tarification carbone,
soit via la taxe CO2 soit via la mise en œuvre d’un système
de marché du carbone (en vert : pays qui l’ont déjà fait / en
bleu : ceux qui comptent le faire à brève échéance)

10 : Exemple de marchés du carbone

Les marchés du carbone peuvent prendre


des formes diverses : on n’a pas pu mettre
en place jusqu’à présent (dans le cadre de
l’Accord de Paris, par exemple) un marché
mondial du carbone. Ce serait l’idéal car ça
aurait l’avantage que les règles soient les
mêmes en termes de prix du carbone pour
l’ensemble des acteurs économiques au
niveau mondial. Ce qui serait assez justifié
dans le cadre d’une économie globalisée.

Malheureusement, les vues sur ce marché


du carbone sont beaucoup trop divergentes
pour pouvoir espérer dans un proche avenir
d’avoir un marché globalisé du carbone. Et
donc, jusqu’à présent, on ne trouve pas UN
marché du carbone mais DES marchés du
carbone, mis en place sous diverses formes, dans différentes régions.
On a d’abord les systèmes réglementaires, faisant l’objet d’une législation : les systèmes d’échange de droits
d’émissions (au niveau européen avec le système ETS emissions trading scheme faisant l’objet d’une directive et en
vigueur depuis 2009 ; il y a aussi un système comparable en Suisse et en Nouvelle-Zélande...)

Ensuite, un autre marché du carbone est celui mis en place par des mécanismes de flexibilité du protocole de
Kyoto : il y a deux grands types de marchés qui se distinguent :

- Échange de droits d’émissions entre les Etats : j’avaix expliqué que sous ce protocole, les Etats se voient attribuer
un certain nombre de droits d’émissions (“assigned amount units” - unités de quantités attribuées, correspondant à
leurs objectifs quantitfiés de limitation de GES). Donc ces Etats avaient et ont toujours la possibilité d’échanger leurs
droits d’émissions.

- Marché (parallèle) lié à la mise en œuvre de mécanismes de projets : un mécanisme où l’acquisition de crédits
carbone est possible en contrepartie du co-financement de projets de réduction d’émissions dans un pays tiers. Un
pays A peut investir dans un pays B et si son investissement génère dans pays B des réductions d’émissions, il pourra
être crédité d’un montant équivalent.

Il y a deux types de projets selon que ce projet sera réalisé dans un autre pays, lui-même soumis à un objectif dans le
cadre du protocole de Kyoto. Donc il s’agit typiquement de coopération entre pays industrialisés. Ils investissent l’un
chez l’autre. C’est ce que l’on appelle la “mise en œuvre conjointe”. A l’inverse, cet investissement se produit dans
un pays tiers situé en dehors de la bulle Kyoto, càd dans pays qui n’a pas d’objectif dans le cadre du protocole,
typiquement les pays en développement. On appelle ça le mécanisme MDP, “mécanisme de développement
propre”, qui était censé être un incitant pour que les pays développés investissent dans les pays en développement,
dans des projets de réduction de GES. L’incitant, c’était que si le projet générait des réductions, ils en seraient crédités
d’un montant équivalent.

À côté de ces systèmes réglementés (soit au niveau de la législation européenne ou du droit international), il existe
des marchés volontaires (=systèmes de compensation ou en anglais “carbon offset”) : c’est un marché non
réglementé où les crédits carbone sont générés par différents types d’acteurs privés ex. ONG, entreprises privées qui
mettent en place dans différentes régions du monde des projets (par ex. projets de reforestation ou des projets dans
le domaine énergétiques) qui vont générer des réductions d’émissions.

Le problème avec ce type de compensation volontaire est que, vu que ce marché n’est pas réglementé par des
législations, il y a un risque au niveau de la qualité. On n’a pas toujours la garantie : est-ce que le projet apporte
vraiment quelque chose pour la gestion du territoire au niveau local? Est-ce qu’il s’agit réellement d’un projet significatif
en termes de réductions d’émissions ? Est-ce que cette activité génère vraiment un puit de carbone ? Il est difficile
d’en avoir la certitude.

Pour pallier ce manquement, il y a des labels ou standards qui ont été mis en place. Un qui est assez connu dans les
marchés volontaires, c’est le gold standard. Standards qui permettent de certifier que des réductions d’émissions ont
été générées et qu’elles seront comptabilisées selon des méthodologies appropriées.

Ce type de marché volontaire est connu du public via les services proposés par les opérateurs du secteur aérien. Un
certain nombre de compagnies aériennes proposent, au moment de la réservation, de payer un supplément au billet
qui va servir à compenser ces émissions via ces systèmes de carbon offset volontaires. C’est mieux que rien de
compenser son billet d’avion mais il y a beaucoup de critiques vis-à-vis de ce système qui permet de “s’acheter une
bonne conscience” sans être certain que les projets génèrent vraiment un bénéfice environnemental.
11 : Bilan mitigé des marchés du carbone

Si, en théorie, ces marchés du


carbone devaient bénéficier à
l’environnement/au climat, dans la
pratique, l’efficacité
environnementale s’est avérée
limitée, d’une part parce qu’on a
suralloué des quotas d’émissions
(notamment dans les débuts de la
mise en place du marché au niveau
européen dans le système Kyoto, les
plafonds d’émissions étaient trop
haut → surallocation par rapport au
nombre de crédits qui étaient

réellement nécessaires pour couvrir


les émissions réelles).

Vu l’abondance de quotas d’émissions sur le marché européen, le prix était très bas (largement en dessous de 5
euros la tonne de CO2) pendant de longues années. Ce n’est que récemment que la Commission et les EM ont décidé
de redresser ce marché via certains mécanismes qui ont permis de rehausser le prix.

En ayant un prix très bas, l’incitant pour que les opérateurs du marché réduisent davantage leurs émissions n’était pas
présent.

Par ailleurs, de nombreux projets développés dans le cadre des mécanismes de flexibilité du protocole de Kyoto étaient
non additionnels par rapport à une situation business as usual (on ne pouvait pas démontrer la valeur ajoutée réelle
des projets en question). L’impact a été très limité, aussi sur le transfert technologique.

Effets d’aubaine = Certains opérateurs privés se sont engouffrés dans une possibilité de générer des volumes
importants de crédits à bas coût, notamment par le fait qu’on a élargi ce marché du CO2 à d’autres GES (notamment
des gaz industriels ex. Gaz fluorés) et donc on a retrouvé, par exemple en Chine, les industries des gaz fluorés qui ont
modifié leur process industriel et généré (ça ne leur coûtait rien, c’étaient des adaptations auxquelles ils allaient
procéder de toute façon) par effet d’aubaine de très grands volumes de crédits d’émissions. Ceux-ci ont inondé le
marché mondial, avec un effet d’effondrement des prix du marché.

Délocalisation = du fait que le marché n’est pas mondial et que les règles sont différentes selon la région du monde
où on se trouve. Les contraintes et les normes environnementales n’étant pas équivalentes, on a assisté en partie à
une délocalisation de certaines activités de production. C’est ce qu’on appelle le carbon leakage = fuites de carbone
de certaines régions du monde, où on ne fait que délocaliser ses émissions.

Mais tout n’est pas à jeter non plus puisque les marchés du carbone ont permis :

- Le développement des systèmes robustes de comptabilisation carbone & la familiarisation d’une série d’acteurs
publics et privés : tant les acteurs publics que privés (en tout cas les grands industriels, entreprises, banques et
investisseurs) sont familiers du fait qu’on comptabilise des “bilans carbone”. Les méthodologies ont été développées.
Aujourd’hui, notamment dans le domaine de l’investissement, de l’assurance,... il est devenu tout à fait commun et
standardisé de réaliser le bilan carbone d’une activité ou d’une entreprise.
- Sensibiliser et contribuer à l’acceptabilité politique des mesures d’atténuation (notamment pour des raisons
idéologiques : pour beaucoup de politiques/de décideurs, la possibilité d’une mise en place d’un marché du carbone
est plus facile à vendre à l’électorat qu’un système de taxe). C’est un petit peu de la sémantique parce que ça change
pas grand chose mais ça se vend mieux de parler de marché que de taxation.

4.2 éléments clés de la politique climatique européenne

13 : Organisation institutionnelle de l’UE

Petit rappel (important à avoir à l’esprit pour comprendre comment les différentes institutions et acteurs interviennent
dans la politique climatique européenne).

Un des piliers, c’est le conseil. On distingue le Conseil européen = le collège des chefs d’Etat et de gouvernement
des EM. Leurs réunions sont les sommets européens (en présence du président de la Commission). Ces réunions ont
lieu au min. 4x/an (parfois plus, pour des situations exceptionnelles). Elles s’occupent des débats stratégiques et des
grandes orientations de l’UE sans adopter de textes législatifs. C’est un niveau politico-stratégique très high level.

On trouve à côté les formations du conseil de l’UE. C’est l’équivalent mais au lieu d’être au niveau des premiers
ministres et chefs d’Etat, on est dans filières spécifiques, d’où les différentes formations du conseil. Conseil écofin pour
les matières financières, conseil
transport, télécommunications et
énergie, conseil agriculture, conseil
santé,...). Dans ces différentes
formations, on retrouve les ministres
des gouvernements de chaque EM
pour ces différentes matières. Le
conseil est impliqué dans l’adoption
des actes législatifs et la
coordination des politiques.

Parlement européen = niveau


représentatif des citoyens de l’UE,
niveau démocratique de base via les
députés qui sont élus au sufrage
universel direct. Son rôle est
d’examiner et adopter les actes
législatifs (conjointement avec le
conseil, c’est ce qu’on appelle la co-
décision, pour un grand nombre des
actes législatifs posés au niveau européen en tout cas). Au fil des différentes réformes, les rôles respectifs ont évolué.
Lors de la dernière réforme institutionnelle, le parlement a gagné un rôle plus actif dans l’adoption des actes législatifs,
il a un rôle très important à jouer dans les négociations de ces actes.

Et il a un rôle primordial au moment de l’adoption du budget (l’un des moments forts de la vie politique européenne). Il
a aussi un rôle de contrôle des activités des autres institutions de l’UE.

Commission européenne (CE) = l’exécutif. Les membres sont désignés par les gouvernements nationaux. Elle doit
veiller, elle est garante des intérêts de l’UE dans son ensemble. Elle veille à la bonne application des politiques et à
l’exécution du budget de l’UE.

De plus, elle a aussi un rôle d’initier les propositions législatives (soit sur initiative propre, soit sur mandat du conseil
européen). Il arrive donc que le conseil, après avoir défini des priorités stratégiques, invite la commission à soumettre
des propositions législatives.
14 : élaboration de la législation EU

Le droit européen se fonde sur les traités. C’est ce


qu’on appelle le droit primaire, qui définit les
règles fondamentales selon lesquelles vont être
négociés et adoptés tous les autres actes
législatifs (les directives, les règlements et les
décisions, ce qu’on appelle le droit dérivé).

D’une manière générale, la procédure législative


la plus ordinaire est la codécision entre le
parlement européen (PE) et le conseil. La
Commission élabore des propositions législatives
et les met en œuvre après leur adoption mais il
appartient au Parlement et au Conseil de
codécider sur ces législations.

Le parcours législatif classique, c’est : initiative


législative (CE) → négociation au sein du Conseil et en // au sein du Parlement → rencontre des positions qui sont

élaborées par rapport à ces propositions législatives au niveau du Parlement et du Conseil et une négociation s’établit
entre les 2 → allers-retours entre les 2 jusqu’à aboutir à 1 texte qui fera consensus, qui sera acceptable pour tous les
EM réunis au sein du Conseil et pourra faire l’objet d’un vote positif au PE.

Traité de Lisbonne = dernier traité en date qui a révisé les institutions européennes, il a étendu cette procédure
législative ordinaire dite de la codécision à une série de nouveaux domaines. Avant, c’était assez limité. Maintenant,
c’est la règle générale. Cela rend le rôle du PE bcp plus important puisque cela lui permet de bloquer une proposition
s’il est en désaccord avec le conseil.

En termes de politiques énergétique et climatique, cette nouvelle procédure joue en faveur d’une plus grande ambition
des politiques parce qu’on va typiquement avoir une position du PE qui est plus progressiste par rapport à l’ambition
environnementale. Cela s’est observé à de multiples reprises ces dernières années. Souvent, les EM qui défendent
leurs intérêts au niveau du Conseil auront tendance à freiner certaines ambitions environnementales. Les intérêts
nationaux sont mêmes prégnants au niveau du PE. Même si les parlementaires/députés ont chacun leur nationalité,
ont été élus au niveau national. Une fois qu’ils agissent au sein du PE, ils sont plus motivés par l’intérêt communautaire,
européen dans son ensemble. >< Au Conseil, on retrouve des EM qui sont en position défensive par rapport aux
intérêts nationaux. Ex. observé pour Pologne, Hongrie,...

Via ce renforcement du rôle du parlement européen, le traité de Lisbonne a certainement contribué à ce que les
politiques récentes soient plus ambitieuses dans le domaine climatique et énergétique.

Un des facteurs qui a joué pour que la nouvelle Commission européenne présente le green deal européen comme
l’axe central du cahier des charges de la CE pour cette législature était certainement motivée aussi par le fait que le
parlement européen devait donner son accord pour la mise en place de cette nouvelle CE. Si Von der Leyen a été
incitée à placer le green deal au centre de son programme, c’était aussi en lien avec ce rôle important du PE.
15 : Enceintes impliquées dans l’élaboration et l’exécution de la politique climatique

On va retrouver ces différents échelons des


institutions européennes qui sont impliquées.

Plus spécifiquement, le Conseil de l’UE (sous ses


différentes formations, celles qui nous intéressent
le plus ici étant -> environnement, ecofin pour
matières financières & transport, télécom et
énergie). Que va-t-il faire? Pas toujours le Conseil
au niveau ministériel mais souvent ce qu’on
appelle des working groups ou working parties
thématiques qui travaillent pour le Conseil et
établir des mandats de négociation (quand l’UE se
présente chaque année aux COP climat, elle arrive
avec un mandat de négociation qui figure dans des
conclusions du Conseil). L’UE parle d’une seule
voix dans les négociations internationales. Son
mandat de négociation est établi au niveau du Conseil.

Le Conseil agit aussi dans les procédures de codécision pour l’élaboration des actes législatifs et pour la préparation
des négociations internationales.

Le PE a cet autre rôle dans la codécision avec le conseil et il émet des avis (notamment sur les négociations
internationales, il peut préalablement à l’adoption des conclusions du Conseil émettre des avis sur ce que le PE
considère que l’UE devrait défendre au niveau international).

La CE est très présente aussi au niveau des négociations internationales. Elle est un partenaire au même titre que
tous les EM dans la délégation européenne mais évidemment, avec son poids et son expertise. Il y a en effet une
importance expertise dans interne à la Commission (ex. DG Climat), ce qui fait qu’elle joue dans les faits un rôle assez
actif dans les négociations internationales. D’initiative ou sur mandat du Conseil, elle développe la législation et
l’exécute à moyen et long terme.

A titre d’information, je cite COREPER = comité des représentants permanents, c’est un niveau intermédiaire qui
prépare les travaux du Conseil. Ce sont en fait les ambassadeurs des différents EM au niveau du Conseil. Ils se
rencontrent régulièrement, préparent les travaux du Conseil et assurent le lien entre les institutions.

Ensuite, il existe des comités plus techniques (ex. le climate change committee) : s’occupent surtout de la mise en
œuvre de la législation. Sont composés d’experts des différents EM et de la Commission qui discutent de la mise en
oeuvre, avec les modalités techniques et pratiques de ces législations.

16 : Cadre européen climat-énergie 2030

L’UE s’était fixé de nouveaux objectifs pour 2020 et 2030.

Les objectifs 2020 avaient fait l’objet de ce que l’on appelait à l’époque le “paquet climat énergie” : c’était une première
avancée dans l’intégration des politiques climatiques énergétiques. Evidemment, cela fait sens de lier les politiques
climatiques et énergétiques puisque en Europe, le premier poste d’émission de GES, c’est la consommation
énergétique. Il était tout à fait évident que la politique énergétique soit au cœur de la politique climatique. Entre 2000
et 2010, déjà au niveau européen, il y a eu une évolution vers une intégration assez forte.

Le conseil a adopté ce premier paquet climat énergie qui fixait un objectif de réduction de 20% de GES en 2020 par
rapport à 1990, et qui demandait parallèlement de parvenir à un niveau d’énergies renouvelables de 20% dans le
portefeuille énergétique
européen, et à des économies
d’énergie de 20% supérieurs à
une tendance (ou baseline)
business as usual. “3x 20” pour
2020.

Pour 2030, ces objectifs ont été


révisés à la hausse. L’idée est
d’aller graduellement vers des
objectifs plus ambitieux.
L’objectif fixé par le Conseil en
2014 (donc avant l’Accord de
Paris) est de réduire 40% de
GES par rapport à 1990, de
porter les énergies
renouvelables à 27% et d’obtenir
27% d’efficacité énergétique.

Il avait été prévu dès le départ


que ces objectifs seraient révisés
en fonction de l’évolution au niveau des négociations internationales. Entretemps, l’Accord de Paris est intervenu. Les
objectifs renouvelables et efficacité énergétique ont déjà été révisés à la hausse (on est à 32%, décidé par le Conseil).
On attend dans le courant de l’année une initiative de la CE, suivie d’une négociation au sein du Conseil pour réviser
l’objectif sur les GES et le rehausser de 40% à une hauteur de 50 à 55%, qui est le niveau compatible avec les objectifs
de l’Accord de Paris.

17 : Objectifs de réduction des émissions pour les secteurs ETS et NON- ETS

Une caractéristique du système mis en place


au niveau européen pour contrôler les
émissions de GES, c’est d’avoir fait la
distinction entre deux grandes catégories
d’émissions : celles qui sont couvertes par un
système de marché du carbone (ETS) et les
autres.

Pourquoi cette distinction? Parce que on a


considéré que le marché du carbone était
surtout efficace et utile pour les secteurs
industriels mais pas pour des secteurs
touchant de plus près les citoyens
(agriculture, transport routier, bâtiments) : on
voyait mal le citoyen européen commencer à
être lui-même acteur du trading (de devoir
acheter ces droits d’émissions, de
comptabiliser ses émissions annuelles,...)
C’est une logique qui a un intérêt et s’applique à de grands opérateurs comme l’industrie à haute intensité CO2, càd
l’industrie sidérurgique, la grosse industrie manufacturière et la production d’électricité.

Ces gros secteurs industriels ont fait l’objet du système ETS qui a lui-même fait l’objet d’objectifs propres. Quand on a
objectif global de réduction de 40% des émissions pour 2030, il se décline en 2 objectifs différenciés pour l’ETS et le
NON-ETS.
Pour 2030, l’objectif est d’atteindre une réduction de GES de 43% pour l’ETS et de 30% pour le NON-ETS

Dans le secteur ETS, on va retrouver ces émissions industrielles et la production d’électricité, qui seront soumises au
marché du carbone. Distinction importante : dans le système ETS, les fameux “caps” ou plafonds d’émissions ne sont
pas établis au niveau national mais au niveau européen. On a donc un marché européen du carbone sans frontières.
Peu importe que les émissions ETS se fassent dans un pays ou un autre. Il y a une liquidité totale des droits d’émissions
au sein de ce marché européen, indépendamment des frontières.

Pour le secteur NON-ETS (transport, bâtiments, agriculture et déchets), ce n’est pas le cas. L’objectif européen va
être décliné dans des objectifs par EM (c’est ce qu’on appelle l’effort sharing : il a fait l’objet d’une décision sur la
répartition de l’effort entre les EM pour 2020 et puis un nouveau règlement, son parallèle pour 2030).

Dans le cadre de ce règlement effort sharing pour 2030, la Belgique s’est vue attribuer un objectif de 35% de réductions
d’émissions par rapport à 2005. La CE a proposé des objectifs différenciés pour tenir compte des situations propres
de chaque pays et elle a fait tourner ses modèles pour voir où les réductions pouvaient être poussées plus loin ou
moins loin en fonction des coûts, des capacités,... selon les EM. Ensuite, la proposition d'objectifs nationaux a fait
l’objet d’une négociation entre les EM.

18 : Governance of the energy union and climate action (regulation 2018/2019)

Un élément central de l’arsenal législatif


européen en matière de politique et
climatique, c’est le règlement qu’on appelle
“governence of the energy union and climate
action”. C’est le “règlement gouvernance”.
En fait, cette législation assez récente établit
un cadre de gouvernance qui doit traduire
ces objectifs européens et pour les EM dans
de l’action concrète et garantir que les
objectifs sont atteints.

Cette réglementation établit un cadre de


coopération entre les EM entre eux et avec
la commission européenne et pousse encore
plus loin le niveau d’intégration entre
politique énergétique et politique climatique.

C’est une évolution qui s’est faite de politiques qui avant faisant l’objet de législations propres au secteur énergétique
(qui visaient par ex. la sécurité de l’approvisionnement,...) et par ailleurs des objectifs environnementaux qui faisaient
l’objet d’une législation environnementale.

Ici, on évolue vers une véritable intégration et une simplification de ces législations puisqu’on regroupe l’ensemble des
législations sous la coupole du cadre de gouvernance. On a donc un système de planification qui est centralisé, qui
est unique, un système de monitoring de ces politiques qui est unique, et de rapportage et d’évolution des progrès. Ca
diminue la charge bureaucratique. Il faut se rendre compte qu’avant on produisait via des canaux séparés des
statistiques énergétiques et des statistiques sur les émissions de CO2, par des institutions différentes, rapportées à
des institutions différentes, avec parfois des décalages importants et des incohérences.

A partir de maintenant, avec la mise en oeuvre de ce nouveau règlement, on peut suivre les progrès, monitorer et
rapporter de manière unifiée, ce qui garantit une cohérence entre les données énergétiques et CO2.

Ce cadre de gouvernance permet aussi une certaine prévisibilité à terme : on fixe pour les 10 prochaines années au
minimum le cadre et donc chaque acteur sait à quoi s’en tenir. En fait, dans ce règlement, on a 2 obligations qui sont
tout à fait centrales pour les Etats membres :
- Développer et adopter des plans nationaux intégrés énergie et climat (NECPs - national energy and climate plans)
couvrant une période de 10 ans (1er plan : couvre de 2021 à 2030). C’est la colonne vertébrale des plans nationaux
climat-énergie.

- Long-term strategies (LTS), autre document rendu obligatoire, une stratégie à long terme portant sur une
perspective beaucoup plus longue, 2050. Les EM doivent indiquer comment ils comptent atteindre au niveau national
les objectifs visés par l’Accord de Paris et donc ce qu’on a voit en ligne d’horizon, c’est la neutralité carbone en 2050.

Ces deux types d’obligations doivent être cohérents l’un avec l’autre. En fait, le plan national énergie climat portant sur
une période de 10 ans doit s’inscrire dans la perspective de la stratégie à long terme visant la neutralité en 2050.

Ce qui est original et a suscité pas mal de tiraillementau moment de négocier : le fait que laCcommission européenne
a un droit de regard très important à la fois sur le contenu de ces documents, plans et stratégie à long terme, et sur
leur déroulement et leur mise à jour. Dès la soumission de ces plans à la Commission, elle les évalue de manière
approfondie et formule des recommandations vis-à-vis des EM, qu’ils sont obligés de prendre en considération. Si tel
n’est pas le cas, ils doivent motiver les raisons pour lesquelles ils ne le font pas.

Ce règlement est aussi important car il contient une série de dispositions propres aux obligations de participation et
consultation du public et aux dialogues multi-niveaux. C’est ancré dans cette législation, l’obligation d’associer la
société civile, ce qu’on appelle les stakeholders / parties prenantes, dans la formulation des politiques et dans le suivi
des progrès de celles-ci).

19 : Energy union governance : timeline


Ce cadre de gouvernance établit un calendrier. La législation a été adoptée en 2018 et prévoyait l’adoption de plans
nationaux climat énergie et de long term
strategies en 2019. Ces plans ont été
remis à la fin de l’année dernière.

Le calendrier prévu, c’est que ces plans


doivent faire l’objet tous les 5 ans d’un
update et puis d’une révision finale avec à
chaque fois des drafts (projets) soumis à
la Commission européenne.

Raison pour laquelle il y a une différence


entre le draft update et final update : la
Commission analyse le contenu des plans
puis revient vers les EM pour poser des
questions et formuler des
recommandations et les EM doivent
ajuster leur projet en prenant en compte
les recommandations de la CE lorsqu’ils
soumettent la version finale de l’update ou
du plan.

Ce calendrier a été choisi pour s’aligner sur le calendrier mis en place dans le cadre de l’Accord de Paris. Ce dernier
prévoit un cycle d’ambition mis en place pour 5 ans avec des rendez-vous appelés “global stocktake” où on fait le
bilan des progrès et ensuite les Etats parties à l’Accord doivent, sur base du bilan des progrès, soumettre une
actualisation de leur NDC, leur contribution nationale. Et donc, on a un alignement avec cette fréquence quinquennale.
Les plans finaux seront émis à temps pour que l’UE dans son ensemble puisse soumettre son nouveau NDC (national
signifiant ici européen) en prenant en compte les nouveaux plans des EM. Système de gouvernance aligné entre le
droit européen et le droit induit par l’Accord de Paris.

20 : EU long term strategy : climate neutrality by 2050


Entretemps, ces objectifs ont été révisés à la
hausse. On avait d’abord des objectifs pour 2020
puis révision à la hausse pour 2030. Récemment,
sous l’impulsion de la nouvelle Commission et de
l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris, l’UE s’est
fixé l’objectif à long terme (pour 2050) de neutralité
carbone.

Cet objectif a été l’objet de nombreuses


discussions en 2019. Il y avait des dissensions
assez fortes au niveau européen entre des EM qui,
d’une part, voulaient s’engager fermement sur cet
objectif et lancer ce signal fort à la communauté
internationale de dire que c’est aux Européens de
prendre le leadership, de montrer la voie (en
espérant créé une émulation au niveau mondial,
en particulier les grands joueurs / émetteurs, pour la neutralité carbone) et, d’autre part, d’autres EM beaucoup plus
frileux et disant qu’il ne faut pas s’engager unilatéralement au niveau européen à la neutralité carbone, sans la certitude
que les autres le feront aussi (par peur de se mettre un boulet au pied, s’imposer des contraintes fortes qui vont réduire
notre compétitivité,...). Débat assez acharné.

Sous l’impulsion du nouveau PE, mis en place suite aux élections, et sous diverses pressions (mouvement civil, youth
for climate, manifestations,...), le Conseil européen a adopté cet objectif de neutralité carbone en 2050 en décembre
2019. Il y a eu quasi-unanimité car seule la Pologne a refusé de s’y engager à titre individuel et a demandé de pouvoir
revenir sur ce sujet en 2020. On a trouvé une manière de noter cette préoccupation d’un des EM mais malgré tout
adopter les conclusions du Conseil (avec mention d’un souci au niveau Pologne).

21 : The European Green Deal

Le programme central qui devra permettre de s’engager sur la voix de la neutralité carbone en 2050 a été proposé dès
l’instauration de la nouvelle commission européenne : le green deal européen ou pacte vert européen.

Le green deal européen, ce n’est pas une initiative mais la coupole pour un ensemble d’initiatives qui doivent converger
dans la même direction et faire en sorte que l’UE dans son ensemble s’engage dans la voie de la transition bas carbone
et puisse parvenir à l’horizon 2050 à la neutralité carbone. Le green deal n’est donc que l’emballage de plusieurs
dizaines d’initiatives législatives, qui vont
être actionnées en suivant un calendrier fixé
pour toute la durée du mandat de la
Commission.

Son ambition est de transformer l’économie


européenne de façon socialement juste ;
le but est évidemment que cette
transformation soit profitable à tout le
monde, qu’il n’y ait pas des catégories
sociales ou professionnelles qui soient
laissées pour compte.

Elle vise l’ambition climatique, la transition


énergétique, la transformation industrielle,
la transformation du secteur des bâtiments,
la réalisation d’un environnement toxic free,
la protection des écosystèmes et de la
biodiversité, une transformation profonde de la production agro-alimentaire dans une stratégie qu’on a appelée farm to
fork (sur toute la chaîne, tout le cycle de production agricole et de transformation agro-alimentaire), transformation du
système de mobilité et des axes transversaux que sont le financement (indispensable pour que devienne réalité) et le
volet transition juste (dimension spécifiquement orientée vers l’équité dans les efforts fournis pour réaliser le green
deal).

C’est également assorti d’un volet innovation et recherche et de ce que l’on a appelé le European Climate Pact. Ce
pacte climatique européen est un processus consultatif. C’est la dimension participative et démocratique du processus.
Volet spécifique consacré à la consultation du public européen.

22 : Financing the transition

Le green deal est très ambitieux : il ambitionne de mobiliser pas moins de 1000 milliards d’euros au cours des 10
prochaines années. Gigantesque mais à la hauteur des besoins. Si on veut sérieusement transformer de manière
systémique, profonde la société et l’économie européennes, il est nécessaire de mobiliser de tels investissements.

Pour ce faire, l’objectif est de mobiliser


de manière conjointe et combinée une
série de leviers et d’instruments qui pour
la plupart sont des instruments qui
existent déjà au niveau européen
(fonds, canaux d’investissement...). On
va les actionner, et les renforcer.

Un des objectifs c’est que toutes


possibilités de financement confondues,
25% du financement européen doit être
dirigé vers des mesures qui contribuent
à l’objectif climatique. 30% du fonds
investEU3 sera consacré à la lutte
contre le changement climatique.

3
[Link]
Le but est de stimuler les investissements à la fois publics et privés (on a un rôle très important du secteur privé), avec
le support de la Banque européenne d’investissement (BEI) et de ses partenaires privés.

On va faire appel à tous ces fonds européens, aux capitaux disponibles au niveau européen et dans les budgets
nationaux, on va puiser dans les instruments publics et l’investissement privé, on va créer des conditions propices à
l’investissement et à ce moment-là, on espère qu’en actionnant conjointement tous ces leviers, on parviendra à un tel
niveau de mobilisation des capitaux jusqu’à hauteur de 1000 milliards € d’investissement sur 10 ans.

23 : EU green deal : chronologie

La Commission européenne a agi de façon très rapide pour démarrer le green deal : au moment d’installer la CE au
mois de novembre de l’année dernière, la
présidente a annoncé le green deal et une série
de propositions législatives dans les 100 jours.
C’était extrêmement ambitieux parce que c’est un
paquet législatif qui est énorme en comparaison à
d’autres ensembles de législations que l’on a pu
connaître au niveau européen. On est dans une
dimension encore supérieure en termes de
propositions législatives, à négocier et à adopter.
En général, ce genre de processus prend de longs
mois, voire de longues années pour que la CE
puisse travailler sur ses propositions et les
émettre. Ici, la CE a promis dès son installation,
dans un délai de 100 jours, de mettre sur la table
non pas la totalité des législations prévues mais
les plus centrales en tout cas.

C’est ce qu’ils ont fait. Ils ont présenté dès le mois de janvier un plan d’investissement du Pacte vert, début mars une
loi sur le climat (Pacte européen pour le climat - proposition participative pour englober les stakeholders et la société
civile), en mars toujours une stratégie industrielle & un plan d’action pour économie circulaire. Viendront s’ajouter
prochainement le premier projet de stratégie agro-alimentaire farm to fork et ensuite, une stratégie biodiversité. Plus
tard encore dans l’année viendra la proposition de révision des objectifs 2030 de l’UE. On a un calendrier tout à fait
resserré et accéléré d'initiatives pour mettre en oeuvre le green deal européen.

24: EU green deal: under progress

Ce qui est en cours de négociation : le plan


d’investissement européen (fameux plan qui vise
à mobiliser 1000 milliards d’€ sur 10 ans). Un
instrument très important qui donne des gages aux
pays les plus réfractaires à ce pacte vert en disant
qu’il y aurait de la casse sociale, mouvements
sociaux, augmentation de la pauvreté, etc. Pour
répondre à cette préoccupation légitime, un des
axes centraux du green deal c’est le Just
Transition Mechanism (mécanisme pour la
transition juste).

Le Just Transition Mechanism est a vocation


sociale dont l’un des piliers est un fonds dédié (le
Just Transition Fund), dont l’ambition immédiate
est de mobiliser 7,5 milliards d’euros, indépendant
du budget à long terme de l’UE. Il sera spécifiquement dédié à des territoires au niveau UE qui sont sujets à une
vulnérabilité particulière par rapport à la transition bas carbone (on pense ici à des territoires qui sont historiquement
des terroirs d’industrie lourde à haute intensité carbone, comme la sidérurgie, l’exploitation minière, etc. -> ce sera aux
EM d’identifier lesquels sont éligibles en discussion avec la CE ; c’est sur base de cette identification que se fera
l’allocation des fonds disponibles).

Il va y avoir potentiellement une compétition entre les territoires et la CE a publié une analyse préliminaire identifiant
dans chaque EM les régions qui était potentiellement candidates pour bénéficier de ces fonds (en Belgique, le Hainaut
et directement on a eu une levée de boucliers de la Flandre en disant que c’était inadmissible). L’exemple belge peut
être présent dans d’autres pays aussi. Ce sera délicat pour les gouvernements d’identifier de la manière la plus
objective possible avec la CE quels territoires doivent bénéficier de ces fonds.

Ce mécanisme de transition juste sera aussi basé sur une mobilisation d’un autre instrument de financement, le fonds
InvestEU et par des facilités de prêts avec la Banque Européenne d’Investissement (BEI).

En fait, toute cette mécanique qui se met en place n’est pas tellement innovante en termes d’instruments. Mais dans
le sens qu’on les utilise de manière beaucoup plus ample que par le passé. On donne aux instruments existants plur
de voilure, d’ampleur et on les mobilise conjointement vers un objectif déterminé, la transition bas carbone.

Une proposition soumise très récemment par la CE : une loi climat européenne. Très important, car ce serait la première
fois qu’on grave dans une loi européenne les objectifs climatiques. Ca donnerait une force beaucoup plus puissante à
ceux-ci. Jusqu’à présent ils sont des objectifs adoptés par le Conseil européen. Ca figure dans des conclusions du
Conseil. Ce sont des documents qui sont politiquement très importants mais ça n’a pas la force juridique d’une loi.
L’idée de la CE est d’enfin les traduire dans une loi, notamment celui de la neutralité carbone en 2050.

Cette loi prévoit aussi que tous les secteurs et tous les instruments politiques et économiques doivent être mobilisés
d’une manière juste socialement et cost-efficient sur le plan économique pour contribuer à la réalisation des objectifs
climatiques. Elle établit un système de monitoring des progrès et de renforcement de l’action si nécessaire (parallèle à
l’Accord de Paris). On prévoit un cadre, on ancre des objectifs dans une loi, on assure que tous les instruments soient
orientés vers réalisation des objectifs et on met en place système de vérification des progrès et la possibilité de
renforcer l’action si nécessaire.

Ce cadre juridique fournit une prévisibilité beaucoup plus importante pour tous les acteurs économiques et
investisseurs. Quand on s’adresse aux industriels, banquiers, investisseurs,..ils demandent d’avoir cette prévisibilité.
Ils sont prêts à investir dans une direction mais ils veulent connaître les règles du jeu. C’est un message qui revient
souvent dans les discussions avec les fédérations industrielles. Ils n’aiment pas les changements à répétition (on est
un peu spécialistes en Belgique : décisions contradictoires d’une législature à l’autre ou au sein d’une même législature
entre les gouvernements régionaux et le fédéral). Les règles du jeu ne sont donc pas claires, ce qui ne plaît ni aux
industriels ni aux investisseurs. Cette question de stabilité et prévisibilité du cadre juridique, c’est un élément très
important pour que tous les acteurs économiques acceptent de jouer le jeu.
25: EU green deal: under progress

Très récemment également, une consultation


publique a été lancée. Le fameux pacte climat
européen, qui vise à engager les citoyens dans la
participation à cet objectif.

La stratégie européenne industrielle a également


été proposée récemment et sera soumise à
négociation. Elle prévoit une stratégie de
croissance industrielle basée sur la transition
verte, sur la transformation digitale de l’économie
en support à la décarbonation de l’économie. Elle
doit permettre d’assurer une compétitivité de notre
appareil industriel au niveau global mais dans
cette voie de la transition verte et digitale.

En parallèle, un plan d’action économie circulaire


a aussi été proposé : on vise avec celui-ci à pousser beaucup plus loin la logique actuelle d’économie circulaire en
couvrant l’ensemble du cycle de vie des produits. Les produits qui vont être émis sur le marché européen devront
respecter des critères en termes de durabilité, devront être réparables, réutilisables et recyclables. Ca implique le
développement de nouveaux business models et il y a la problématique des plastiques qui est englobée dans ce plan
d’action avec l’objectif d’un phase out, un arrêt définitif des produits plastiques à usage unique.

26: EU green deal: next steps

Les prochaines étapes dans les 2 mois


qui viennent : la CE émettra la stratégie
farm to fork (qui vise un système agro-
alimentaire soutenable, la réduction du
recours aux pesticides, fertilisants,
substances chimiques et
antibiotiques), une stratégie
biodiversité 2030 et un rendez-vous
très attendu d’ici la fin de l’été → la

proposition de la CE pour rehausser


l’ambition de l’UE pour 2030 (de 40%
de réduction des émissions
européennes à 50-55% en 2030 par
rapport à 1990).

Pourquoi ce rehaussement? Tout simplement parce que le chiffre de 40% n’est ni compatible avec les objectifs de
l’Accord de Paris ni avec celui de la neutralité carbone en 2050. Il est évident que si on veut atteindre un niveau net 0
émission en 2050, il y a une trajectoire à suivre. Passe par un point intermédiaire de 50-55% de réduction en 2030.

Une autre question traitée prochainement dans le cadre du green deal : la possibilité de mettre en place aux frontières
de l’Europe un carbon border adjustment mechanism. Il s’agit d’imposer potentiellement une taxe ou en tout cas
des droits à l’importation de biens, d’équipements ou de services aux frontières de l’UE, pour tenir compte des normes
environnementales qui sont de + en + contraignantes au sein de l’UE en comparaison à la Chine ou à d’autres
partenaires commerciaux.

C’est assez délicat diplomatiquement et commercialement. Ca peut être perçu comme une forme de protectionnisme
et ça risque d’enfreindre la libre circulation des biens. En plus, il y a une question méthdologique compliquée aussi
parce qu’à partir du moment où on veut mettre en place un tel mécanisme pour tenir compte des différentiels de normes
environnementales, il faut établir des méthodologies qui permettent de définir pour chaque type de produit qui est
importé la hauteur du droit carbone qui devrait être imposé. Ça risque d’être un problème diplomatique dans la situation
mondiale actuelle (tensions entre grands partenaires commerciaux comme la Chine, l’UE et les USA).

La CE prévoit aussi de réviser sa stratégie pour l’adaptation. Elle va émettre une nouvelle proposition. Initiative très
attendue = renovation wave dans le secteur des bâtiments. Il s’agit de donner un coup d’accélérateur au niveau
européen pour la rénovation des bâtiments parce que c’est un des secteurs qui est le plus à la traîne en termes de
décarbonation. Contrairement au secteur industriel, où on observe ces dernières années une rapide amélioration des
performances, dans ce secteur des bâtiments et aussi des transports, les progrès sont plus lents. La rénovation des
bâtiments pose un problème particulier : compte tenu des investissements très importants nécessaires pour rénover
massivement les bâtiments tant privés que publics. L’UE a un rôle à jouer pour créer une vague de rénovation et un
changement d’échelle du rythme de rénovation des bâtiments en Europe.

De plus, une série de législations existantes vont devoir être révisées soit pour être renforcées soit pour s’aligner avec
ces nouveaux actes législatifs. Je pense par exemple à la loi climat : il est évident qu’une série d’autres directives ou
règlements européens devront être ajustés pour correspondre à cette loi climat. On pense ici en particulier à :

- la directive emission trading sur les échanges des droits d’émissions


- le règlement l’effort sharing, qui attribue des plafonds d’émissions pour les EM → ce qui est relatif au

renforcement de l’ambition pour 2030. Si on passe à 50-55% de réduction, les objectifs des EM devront être
revus à la hausse également.
- le règlement sur le land use, land-use change and forestry (affectations des sols et puits carbone)
- la directive efficacité énergétique, énergies renouvelables et taxation de l’énergie

Ce sont quelques exemples de législations européennes existantes qui vont faire l’objet d’une révision dans le cadre
du green deal.

4.3 Gouvernance climatique en Belgique


28 : Déclinaison belge des objectifs EU

Première chose à avoir en tête, ce sont les


objectifs au niveau belge. J’ai expliqué que
des objectifs de réduction d’émissions
avaient été établi au niveau européen pour
2020 et 2030.

Objectifs du secteur ETS (s’appliquant au


secteur industriel et à la production
d’électricité) : il n’y a pas de différenciation
entre les EM, s’appliquent à l’UE dans son
ensemble.

Objectifs pour les secteurs NON-ETS


(transport routier, bâtiments, agriculture et
déchets) : objectifs ont fait l’objet d’une
répartition entre EM. Chaque EM se voit
attribuer un objectif national, un plafond
d’émission.

Pour la Belgique, les objectifs NON-ETS sont de -15% d’émissions (par rapport à 2005) en 2020 et de -35% d’émissions
en 2030 (par rapport à 2005). Celle a été fixé lors de la dernière négociation pour l’effort sharing.

29 : Profil des émissions en Belgique

Les secteurs qui contribuent le plus aux émissions de GES en Belgique : nous avons un profil d’émissions en 2018
comparable à ce que l’on observe
dans beaucoup d’autres Etats
industrialisés. Caractérisé par une
forte proportion dans les émissions
de GES du secteur énergétique dans
son ensemble. On voit que le
premier secteur émetteur est le
transport. Suivi par le secteur des
processus industriels (recouvrant
l’industrie pétrochimique, l’industrie
sidérurgique, les cimentiers,...).

Industrie (énergie) = la production


d’électricité → 16,9%

La combustion dans les industries,


c’est la consommation énergétique
directement au niveau des
industries.

Si on somme la production d'électricité, production énergétique industrielle, processus industriels, transport, chauffage
dans les bâtiments résidentiels et tertiaires, vous arrivez pas loin de 85 à 90% des émissions belges. Tout ça, c’est
en fait en gros de la consommation énergétique. En tout cas, si on considère (approximation) que les processus
industriels sont aussi une forme de consommation énergétique.

Il reste : 10% pour l’agriculture, 1% pour les déchets et 0,6% pour d’autres secteurs marginaux.
=> Donc, très forte dominance du secteur énergétique d’une manière générale dans les émissions de la Belgique.

Si on regarde comment les émissions ont évolué depuis 1990. On utilise toujours cette année comme référence car
c’est celle qui a été utilisée pour la convention climat et le protocole de Kyoto. C’est le point de départ, la référence
historique avant la mise en place des politiques climatiques. En 1990, il n’y avait encore aucun programme de réduction
des émissions de CO2.

On voit ici que pour la quasi-totalité des secteurs, les émissions en Belgique ont diminué par rapport à 1990.
Heureusement puisque le niveau d’émissions était élevé. Mais il y a 2 exceptions : secteur du transport et secteur
du chauffage dans le secteur tertiaire.

Dans le tertiaire, c’est assez logique. Il y a en fait des effets structurels : on compare 1990 à 2018. La structure de
l’économie en 1990 était totalement différente : l’économie belge s’appuyait encore fortement sur un secteur industriel
lourd (il y avait encore des sidérurgies, une exploitation minière). On était dans une économie encore fortement basée
sur une activité industrielle lourde. Forcément, vu les restructurations industrielles depuis 1990 (fermeture de certains
sites sidérurgiques importants, grands émetteurs de GES), c’est logique que les émissions ont fortement diminué dans
le secteur industriel.

À l’inverse, l’économie belge s’est fortement reconcentrée sur le secteur des services (banques, assurances et de
manière plus générale le secteur commercial et tertiaire) d’où le fait que les émissions ont augmenté dans ce secteur.
On parle essentiellement d’activités se passant dans les bureaux. La surface de ceux-ci a énormément augmenté chez
nous par rapport à 1990. Même si ces bureaux sont plus performants d’un point de vue énergétique, vu l’augmentation
des surfaces, il est logique que l’on observe une augmentation.

Au niveau du transport, il y a une augmentation du transport routier. Là aussi, on peut y voir un paradoxe puisque
les constructeurs automobiles aiment mettre en avant que les voitures mises sur le marché aujourd’hui sont infiniment
plus propres et performantes du point de vue environnemental. C’est peut-être vrai mais malgré l’évolution
technologique du parc automobile, vu l’augmentation très forte et continue de celui-ci, on émet beaucoup plus de CO2
sur les routes en Belgique qu’en 1990. C’est une illustration du fait que l’amélioration technologique n’est une solution
que si elle s’accompagne d’une certaine maîtrise de la demande au niveau du transport. On ne peut pas maîtriser les
émissions si on ne repense pas la mobilité en Belgique.

30 : Contribution of non-ETS sectors

Il est intéressant de regarder plus


spécifiquement le profil des émissions dans
le secteur non-ETS comme c’est celui-là qui
fait l’objet d’un objectif national.

Je rappelle pour le secteur industriel et


l’électricité qui sont l’objet du secteur ETS, il
n’y a pas d’objectif national. Ce qui fait l’objet
d’un objectif national, ce sont les secteurs
suivants : transport, bâtiment, agriculture,
déchets et quelques autres moins importants.

Celui du transport, en l’occurrence routier,


est très élevé. Le rail n’est pas pris en
compte vu que c’est une consommation
essentiellement d’électricité. La production
d’électricité se retrouve dans un autre poste
d’émissions (secteur ETS). Donc ici quand on
voit 35% des émissions non ETS pour le transport, il s’agit bien du transport routier.
Derrière, on a la construction (ou les bâtiments) qui sont également un poste d’émissions très important en Belgique.

31 : NON-ETS : objectifs et
tendances

Ce diagramme représente l’évolution des


émissions de GES dans le secteur NON-ETS
par rapport aux objectifs fixés par la
législation européenne (effort sharing -
répartition des efforts entre les EM). En
Belgique, nous avons 2 objectifs : un pour
2020 (- 15%) et un pour 2030 (-35%)

L’effort sharing decision fixe non seulement


un objectif en 2020 mais aussi des objectifs
annuels selon une trajectoire linéaire -> vous
voyez tracé en rouge ces objectifs annuels
fixés par la législation européenne pour la
Belgique. L’évolution historique de nos émissions depuis 2005 est en bleu.

On voit que nos émissions ont globalement diminué. On voit aussi une variabilité interannuelle. C’est logique car dans
ces émissions sont comprises les émissions du secteur du bâtiment (c’est-à-dire le chauffage et celui-ci est très variable
selon que hiver est doux/clément ou pas). L’un dans l’autre, on peut considérer qu’on a fait baisser les émissions.

Par rapport à l’objectif, au moins pour les années 2013-14-15, les émissions réelles étaient inférieures à l’objectif mais
en fin de période, ça se dégrade. Récemment, on avait des émissions supérieures à l’objectif. On fera le bilan en 2020.

La législation effort-sharing accorde une flexibilité aux EM : si on avait pour certaines années un bonus, càd des
émissions inférieures à notre objectif, on a la possibilité de les reporter sur une autre année où on avait un déficit. L’un
dans l’autre, on considère que la Belgique devrait être en conformité grâce à ce système de report.

Ce qui est intéressant, c‘est ce qui se passe au-delà de 2020 comme ce chemin nous mène vers 2050. On voit qu’on
a un objectif de – 35% et si on regarde les projections d’émissions de GES avec les mesures existances (politiques en
place), elles indiquent qu’on est très loin de l’objectif de – 35%. D’où l’obiligation de mettre en place des mesures
additionnelles (c’est ce qui a été pris en compte dans la soumission récente du plan national énergie-climat : la Belgique
a annoncé qu’elle mettrait en place des mesures additionnelles pour atteindre ces -35%). Elle a présenté à la CE des
projections avec ces nouvelles mesures.

Le problème, c’est que ce n’est absolument pas détaillé. Ce sont plus des objectifs. En gros, la Belgique dit dans le
document qu’elle mettra en place des mesures qui vont faire en sorte que… l’objectif sera atteint. On ne sait pas encore
bien comment. Ceci donne une première indication de l’effort futur à réaliser en Belgique pour se mettre en conformité
avec les objectifs européens.
32 : Challenge 1 : transport

Premier gros défi. Le transport = + d’un


tiers de nos émissions non-ETS.

Je reprends ici des données récentes de


CE dans le cadre du processus du
semestre européen. La Commission
établit dans ce cadre un bulletin
économique et environnemental des
différents EM. Elle a établi que les coûts

externes du transport en Belgique


représentent 27 milliards € annuels.
C’est énorme = 7% du PIB de la
Belgique. Ce sont en fait des coûts liés
aux accidents, problèmes de pollution atmospéhrique et donc aux problèmes de santé, aux externalités sur le
changement climatique, la production énergétique, le bruit,... Et la congestion à elle seule (problèmes d’embouteillages,
de congestion automobile) représente un poids de 9 milliards € pour notre économie. → bulletin sévère sur situation du

transport routier en Belgique

La Commission dit que des investissements sont nécessaires pour opérer un transfert modal vers des solutions de
transport bas carbone : pour ça, il faut achever le RER (dure depuis des années), promouvoir le transport de
marchandises par le rail, investir dans infrastructures plus adaptées à la mobilité douce et augmenter la part de
véhicules hybrides/électriques (qui reste très faible dans le parc automobile actuel).

La CE relève aussi que nos structures de taxes et de subsides sont peu compatibles avec les objectifs
environnementaux et devraient être révisés en ce sens. Elle plaide en réalité pour une réforme verte de la fiscalité. Et
elle constate que la Belgique continue en 2020 de dépenser 2,5 milliards par an de subsides dans les énergies fossiles,
notamment en subsidiant le diesel professionnel alors qu’on ne subsidie qu’à hauteur d’1,5 milliard par an les énergies
renouvelables.

Elle appelle aussi à réviser la fiscalité sur les carburants de telle manière qu’elle prenne en compte le contenu carbone
de ces carburants. Et elle invite à réviser notre politique de déduction d’accises (notamment sur le diesel professionnel)
et d’autres subsides déguisés (comme par ex. le régime fiscal propre aux véhicules de société).

33 : Challenge 2 : bâtiments

J’ai repris une carte également issue de cette analyse de la CE. Elle compare les performances énergétiques des
bâtiments au sein de l’UE. On voit la consommation énergétique moyenne du parc immobilier. On voit que Belgique
est dans le rouge. On a clairement des performances énergétiques inférieures au niveau du parc immobilier.
Le secteur des bâtiments = 30% des
émissions NON-ETS

Compte tenu de ces faibles


performances, il est évident qu’on a
là un levier très important.

80% du parc immobilier belge a été


construit avant l’introduction des
normes énergétiques. Il est donc
caractérisé par un âge assez élevé et
donc de faibles performances
énergétiques. Il est urgent d’investir
dans la rénovation (tant pour les
bâtiments publics que résidentiels).

Cela demande un changement


d’ordre de grandeur des
investissements faits actuellement
pour la rénovation. Il faut donc lutter contre les bottlenecks (goulets):

- Les longs délais en Belgique pour obtenir un permis de rénovation/construction


- Problèmes qu’on rencontre pour la pénurie dans les métiers de la construction
- La consommation d’énergie dans le secteur des bâtiments repose encore fort sur le mazout et le gaz
(énergies fossiles) et donc on est encore nulle part par rapport au taux de pénétration de technologies plus
avancées comme pompes à chaleur et autres alternatives.

34 : The mitigation challenge in Belgium

Ici, je passe de l’horizon 2030 à 2050 : on


voit sur diagramme ce défi de réduction
des émissions en Belgique.

J’avais évoqué l’enjeu aux horizons 2020


et 2030, avec ce différentiel important
entre les mesures existantes et des
mesures additionnelles à prendre pour
atteindre nos objectifs en 2030.

Ceci devrait permettre d’atteindre un taux


de réduction annuel de nos émissions 0,9
millions de tonnes de CO2 chaque année.
Mais vous voyez que même en faisant
l’hypothèse qu’on sera capables d’établir
des mesures additionnelles et de valider
nos objectifs en 2030, nous devrons de
toute façon encore accélérer le rythme
pour atteindre l’objectif de neutralité
carbone en 2050, ne fut-ce que pour atteindre même 80% de réduction des émissions. Donc on doit quasiment
multiplier par 4 ou 5 le taux de réduction attendu dans les années 2020 à 2030 dans la période post 2030. Challenge
énorme ! Aujourd’hui, on est déjà bien incapables de dire comment on va atteindre ce rythme de réduction d’ici 2030.
Ceci illustre la hauteur du défi de la transition bas carbone en Belgique.
35 : Pathways towards decarbonization

Je reprends brièvement le résultat


d’un scénario bas carbone qui a
été réalisé par un consortium de
consultants il y a quelques années.
Cela montre qu’effectivement,
comme je l’avais montré dans
cours précédent au niveau
européen ou mondial, il est
possible d’atteindre des niveaux
de décarbonisation très poussés
en Belgique mais il faut agir de
façon simultanée dans tous les
secteurs. On ne peut pas
décarboner l’économie si on laisse
de côté un des secteurs. Il faut agir
en même temps dans le secteur
industriel, dans le transport, les
bâtiments, l’agriculture,... et avoir
un recours à la bio énergie en
partie pour permettre d’atteindre
des niveaux bas d’émissions de CO2 en 2050.

36 : Structure fédérale de l’Etat

Tout ça va devoir se faire compte tenu de notre


organisation institutionnelle. Je rappelle que la
Belgique est un Etat fédéral, composé de 3
communautés et 3 régions. Contrairement à
beaucoup d’autres systèmes fédéraux dans le
monde, il y a en Belgique une égalité hiérarchique sur
le plan légal entre les différents échelons de pouvoir
: l’Etat fédéral, les communautés et les régions. Il n’y
a pas de hiérarchie des normes. Une loi, une
ordonnance ou un décret au niveau communautaire
ou régional ont le même poids qu’une loi établir au
niveau fédéral. Pas un système pyramidal avec
fédéral au-dessus. Tous sur un pied d’égalité.

Cela ne simplifie pas les choses puisque l’Etat fédéral


n’a pas autorité pour imposer quelque chose aux
communautés et aux régions en fonction de leurs
compétences.

37: Climate policy in Belgium: key competences

Ce qui complique fortement l’organisation de la politique du climat en Belgique : la nature même de la politique
climatique. Par essence, elle est très transversale (puisqu’elle concerne une multitude de secteurs puisque
pratiquement tous les secteurs d’activité économique sont générateurs d’émissions de GES). On retrouve donc dans
la politique climatique : la politique énergétique, transport, produits, agricole,...
Or, ces différents domaines de l’action publique en Belgique sont précisément répartis entre l’Etat fédéral et les régions.
Parfois de manière stricte (l’un des deux a la compétence totale à 100% sur un domaine). La plupart du temps, il s’agit
de compétences mixtes. Pour le transport, les régions sont compétentes pour une série de politiques de transport
comme les routes, une partie de la
fiscalité sur les voitures, l’organisation
du transport public mais l’Etat fédéral
reste responsable du chemin de fer
national Infrabel, SNCB,...via les
contrats de gestion, ces entreprises
publiques, etc. C’est un exemple de
compétence partagée.

Idem pour les énergies renouvelables.


Les régions sont compétentes pour
promouvoir et inciter le
développement de celles-ci sur leur
territoire. Le fédéral reste responsable
pour les grandes infrastructures de
stockage ou le développement de
l’activité offshore des éoliennes en
mer du Nord.

Compte tenu de ces compétences


mixtes, on se retrouve presque
chaque fois dans des cas de figure où il faut actionner simultanément des leviers régionaux et fédéraux pour atteindre
un objectif de la politique climatique.

38 : Organes et processus de décision

Pour que ça fonctionne malgré tout, suite aux réformes de l’Etat successives et à la répartition des compétences, pour
que les politiques dans le domaine énergétique et climatique soient cohérentes le plus possible, on a dû mettre en
place des organes de coopération.

Le public connaît généralement le gouvernement


fédéral et les gouvernements des régions. C’est la
partie émergée de l’iceberg. Il faut voir tout ce qui est
en dessous.

Il faut distinguer deux niveaux :

*dimension interne (de mise en place de la politique


climatique)

*dimension externe (positionnement de la Belgique


dans le cadre des négociations UE et internationales)

Pour la dimension interne pour l’énergie et le climat : on


a mis en place des forums de coopération. Pour
l’énergie, c’est ENOVER et pour le climat la Commission nationale climat (mise en place pour harmoniser les politiques
climatiques). Sous ces différents organes existent des groupes de travail qui sont en fait des groupes d’experts des
administrations régionales et fédérales.

Pour la dimension externe : il existe une Conférence interministérielle de l’Environnement, élargie au climat lorsqu’il
s’agit de parler de politique climatique. Sous ces conférences existe un Comité de Coordination de la Politique
internationale de l’Environnement qui lui-même couvre une série de sous-groupes (dont un qui s’occupe des GES, et
de la préparation des négociations internationales).

Vous voyez qu’en théorie, il existe une série d’organes qui servent à la coopération et au dialogue entre les entités
pour parvenir à une bonne cohérence et une harmonisation des politiques menées. Mais dans la réalité, on est souvent
fort éloignés de cette harmonie et on va avoir une coopération a minima, avec un réflexe de laisser le centre de gravité
des décisions au niveau des régions et de ne venir coopérer qu’à minima dans ces institutions. On ne peut que le
regretter, car ça pèse sur les performances de la politique climat-énergie en Belgique.

La consultation de la société civile fonctionne assez bien. Tradition en Belgique d’ouvrir les discussions aux ONG Nord-
Sud, aux syndicats, aux fédérations patronales,... Donc il y a un dialogue. Cela existe avec les parties prenantes
(stakeholders) mais ça ne se reflète pas toujours dans les politiques qui sont décidées. Ce n’est pas parce qu’il y a
dialogue que c’est pris en compte.

39 : Organisation de la politique climatique en Belgique

Le résultat de cette structure, c’est que les


stratégies, les plans, les politiques et
mesures sont préparés, élaborés et
adoptés au niveau des différentes entités
(par les régions et Etat fédéral) et on essaye
tant bien que mal de coordonner via des
accords de coopération.

Pour ce qui concerne la mise en oeuvre des


politiques climatiques en Belgique, on a un
organe dédié : la Commission nationale
Climat. Instaurée par un accord de
coopération datant de 2002 et dont le
mandat est d’élaborer un plan national
climat, de l’évaluer annuellement, de
l’actualité, d’élaborer des méthodologies
communes pour évaluer les impacts et les
progrès, pour préparer les rapportages obligatoires vis-à-vis des autorités UE et internationales (inventaires de GES
par ex.) et d’échanger l’information et organiser la coopération entre les 4 parties.

Ca, c’est sur papier. Dans la réalité, on voit que alors que cet accord de coopération a été conclu en 2002 (il y a 18
ans!), le plan national climat qui devait être élaboré dès ce moment-là et évalué, réadapté chaque année, il n’a été
adopté qu’une seule fois en 2009. Ce n’est qu’un exemple assez édifiant du fait que ces accords de coopération ne
fonctionnent que de façon minimaliste.

40 : Une multitude de lois et plans


Le résultat de cette organisation
institutionnelle, c’est qu’on se retrouve avec
une mosaïque de plans. A titre illustratif, vous
pouvez voir cela sur le slide (ne retenez pas
tous les détails!).

Chaque région dispose de son propre plan, sa


propre stratégie et loi climat. Souvent, ce sont
des plans combinés avec des plans pollution
atmosphérique (air, climat, énergie). Au niveau
national, il y a eu 1 plan élaboré au niveau de
la Commission nationale Climat, un plan
national adaptation + plus récemment (sous
l’impulsion de la législation de l’UE) un plan
national énergie climat (présenté en 2019 à la
CE).

Elément important : l’accord de burden sharing


= accord qui a nécessité de longues années de négociations très tendues pour s’entendre en interne au niveau belge
sur la répartition de l’objectif national des fameux – 15% des GES en 2020 entre les 3 régions

41 : Plan national énergie climat 2021-2030

Le dernier en date. Elaboré en application directe du


règlement gouvernance européen. Il y avait une
obligation de présenter un projet de plan en 2018 et un
plan définitif en 2019. Le plan a été soumis par la
Belgique aux autorités européennes en décembre 2019.

Mais, alors qu’il devait s’agir d’un plan national intégré,


notre interprétation de cette intégration d’un plan
national énergie-climat a été de compiler/superposer 4
plans (air climat énergie wallon, bruxellois, flamand et
contribution fédérale). On a mis tout ensemble et ajouté
quelques pages de préambule national qui explique
comment fonctionne l’organisation la politique énergie-
climat en Belgique. Il est évident que cette méthodologie
basée sur une superposition de 4 plans développés
indépendamment ne répond pas au critère d’intégration puisque c’était l’esprit et la lettre du règlement gouvernance
européen. C’est justement d’intégrer les politiques énergétiques et climatiques et d’en extraire un plan cohérent. Ici,
forcément, il y a des choses divergentes puisque les plans ont été élaborés en fonction de critères et d’objectifs
différenciés, qui n’ont pas fait l’objet d’une discussion centralisée et d’une logique de coopération et dialogue entre les
entités.
42 : Key federal measures (NECP 2021-2030) Types de mesures dans ce plan :

A titre illustratif, quelles sont les types de


mesures présentées dans ce plan ?

Quelques mesures significatives dans le


cahier de mesures fédéral, en termes
d’impact CO2, càd susceptibles de
réellement générer des réductions
d’émissions (il y a aussi des mesures
anecdotiques qui ont leur raison d’être
mais ne vont pas beaucoup aider) :

*Installation de parcs éoliens offshore


(mesure phare car on a là potentiellement
un levier très important en apportant de
très importantes capacités électriques bas
carbone)

*Biocarburants (politique menée au fédéral en implémentation directe de la législation UE) : les EM ont une obligation
de les incorporer dans les carburants routiers. Cette politique est mise en oeuvre au niveau fédéral via la politique de
produits avec une obligation pour les opérateurs pétroliers d’incorporer des biocarburants dans l’essence et le diesel
servis à la pompe.

*Mesures fiscales : l’instrument fiscal est très important pour le fédéral pour soutenir les investissements dans les
économies d’énergie via notamment des déductions d’impôts, une adaptation de la TVA, via potentiellement le carbon
pricing (taxe carbone) bien que cet instrument n’a pas encore été activé. Il est mentionné dans le plan national énergie-
climat mais il est indiqué que doit encore être discuté et négocié.

*Investissements dans le rail : pour finaliser le RER, pour moderniser et sécuriser les voies, pour opérer des économies
d’énergie et d’une manière général attirer les passagers (et transférer un certain nombre de personnes de la voiture
individuelle vers le rail).

*Feuille de route économie circulaire : potentiellement important via les instruments de normes de produits

*Programme d’investissement stratégique national : qui doit notamment souvenir la politique de rénovation des
bâtiments publics fédéraux

*Emission d’obligations vertes (green bonds) : instrument utilisé pour la 1re fois il y a 2 ans. Les Etats se financent en
émettant chaque année des obligations (c’est comme ça qu’on gère les dettes et finance les dépenses publiques). En
Belgique, on parle d’OLO (obligations linéaires donc des bons/obligations d’Etat). Un programme d’obligations vertes
a été créé. Qu’est-ce qui les différencie par rapport aux obligations d’Etat classiques ? Tout simplement, on offre la
garantie à celui qui achète l’obligation verte (=souscripteur) que le montant investi sera dédié à des politiques publiques
qui contribuent au DD et à la transition bas carbone. En l’occurrence, c’est via ce levier des obligations green OLO que
pour partie on va financer la finalisation du RER.

*Verdissement des bâtiments et de la flotte automobile : l’administration fédérale représente quand même un poste
important en termes de surfaces de bureaux, de personnel. Si on englobe les entreprises à participation publique et
qu’on met en place des mesures qui visent à verdir le parc de véhicules, par ex. en imposant à toutes ces entreprises
publiques de remplacer leurs voitures par des véhicules électriques, on peut potentiellement avoir un levier assez
important.
43 : Belgium’s long term strategy

Toujours dans le cadre du règlement


gouvernance européen, la Belgique s’est aussi
engagée à émettre une stratégie à long terme.

Stratégie du mille feuilles qui a été suivie en


Belgique de nouveau. Au lieu de s’asseoir autour
de la table et de réfléchir à ce que serait une
stratégie à long terme belge de décarbonation de
l’économie pour viser la neutralité carbone en
2050, on a laissé chacune des autorités
développer dans son coin sa stratégie à long
terme (stratégie bruxelloise, wallonne et
flamande + contribution fédérale).

A noter que j’ai laissé en pointillés pour le fédéral


car le gouvernement qui était en affaires
courantes n’a jamais fait que prendre cette
contribution du bout des doigts sans vraiment s’y engager.

On a de nouveau un document qui a été envoyé à la CE qui est une simple juxtaposition de 4 plans différents. On verra
comment elle va juger la qualité de notre plan. Cela va être analysé en profondeur et suivi de recommandations. On
s’attend à un regard critique de la Commission européenne sur la manière dont on a appliqué en Belgique cette
réglementation gouvernance.

44 : Une gouvernance inadéquate

On reçoit des signaux très importants et nombreux, de nombreux organes d’avis, très divers, soit ceux qui existent au
niveau fédéral ou régional, la cour des comptes, le sénat qui a mené une enquête sur la manière dont le burden sharing
belge avait été mené, les recommandations annuelles de la CE, un certain nombre d’analyses émanant du monde
académique,... Tous les avis convergent pour souligner que la Belgique a des dysfonctionnements dans sa
gouvernance climatique : la coopération entre les autorités est déficiente, manque de cohérence, d’harmonisation des
politiques. Manque de transparence et
participation citoyenne (beaucoup d’organes
sous l’iceberg de tout à l’heure sont un peu
des black boxes, on ne sait pas très bien ce
qui s’y passe…).

L’architecture multi niveaux entraîne une


certaine inefficacité, au bout du compte une
dilution des responsabilités et une allocation
des ressources non optimale parce que des
ressources importants sont disponibles au
niveau des 3 régions et du fédéral mais il y
aurait lieu en tout cas pour certaines
matières de communaliser ces ressources et
viser une plus grande efficacité.

L’absence de vision stratégique à long terme,


de vision coordonnée, le manque d’ambition
: l’éclatement des niveaux de responsabilité ne contribue pas à ce qu’il y ait du leadership, chacun est responsable
d’une petite parcelle et ça n’incite pas à avoir une vision stratégique et politique à long terme.
Particratie et piliarisation de la société : font qu’on est dans logiques de compétition entre ces piliers, au lieu de
construire ensemble

Absence souvent totale d’objectivation et de fondement scientifique de la politique climatique : celle-ci reste largement
une affaire de palablres politiques, de négociations et il y a peu de science dans l’élaboration de cette politique et un
faible contrôle parlementaire alors qu’il s’agit de questions sociétales fondamentales.

=> Tous ces auteurs concluent au fait que le cadre de gouvernance actuel est inadéquat pour relever les défis
climatiques à court, moyen et long : il faut réviser ce cadre

45 : How to improve climate governance in Belgium ? Propositions :

Des propositions ont été formulées, notamment au


niveau académique.

Quelques-unes de ces propositions :

- Mettre en place un cycle de planification : c’est ça la


manière saine de mener une politique. En commençant
par établir une vision stratégique à long terme (avec la
définition d’un budget carbone pour 2030, 2040, 2050),
d’être dans une logique coopérative plutôt que
compétitive dans l’élaboration des politiques
climatiques, de réviser et d’analyser les progrès sur
base régulière (en vue de renforcer les plans). On le fait
très peu en Belgique. On n’est pas dans une culture
d’assessment et d’actualisation des plans. Et avoir un
meilleur contrôle par les parlements (on pourrait par ex.
imaginer une journée par an où les politiques climatiques et les progrès en la matière seraient présentés,
éventuellement devant une commission interparlementaire dédiée au climat, de la même manière que chaque année
on présente un budget dans les parlements -> on pourrait présenter le budget climat ou la politique climatique et en
débattre dans ces commissions parlementaires)

- Mettre en place des institutions dédiées au niveau interministériel ou interfédéral : par ex. pas exclus de mettre en
place une agence interfédéral du climat et de l’énergie pour mettre en commun les ressources et expertises en cette
matière et avoir un driver important au niveau d’une administration centralisée.

- Avoir des experts indépendants dans l’examen des politiques (comme dans d’autres pays) : au Royaume-Uni, il y a
une loi climat qui instaure un comité d’experts indépendants qui, chaque année, émet des recommandations soumises
au gouvernement (tenu de les prendre en considération)

- Mieux impliquer les citoyens et société civile dans un dialogue que l’on pourrait institutionaliser : on pourrait prévoir
une journée du climat, une journée de dialogue à la fois avec les parlementaires et avec la société civile.

Quel serait l’instrument pour mettre tout cela en place? Imaginons qu’il y ait une volonté pour cela. Cela doit faire l’objet
d’un nouvel accord de coopération, etc.. D’un point de vue juridique, l’instrument le plus fort serait une loi spéciale
climat (car dans notre architecture institutionnelle, c’est la seule qui s’applique à l’ensemble des entités en Belgique
mais il faut majorité des ⅔ au Parlement fédéral).
46 : Proposition de loi spéciale climat

Un groupe d’académiques (juristes et spécialistes


du droit de l’environnement de différentes
universités belges) a élaboré il y a un an, dans la
foulée des mouvements citoyens pour le climat et
dans la perspective des élections fédérales, une
proposition de loi spéciale climat qui comprend:

- Objectif climatique à long terme


- Principes tels que justice sociale,
mutualité (fait de mutualiser les
politiques), progression (système de
cliquets pour aller vers plus d’ambition)
- Cadre de transparence
- Implication d’experts indépendants
- Contrôle parlementaire
- Réorganisation de la coopération entre
les niveaux de pouvoirs

Tout ça sont des thèmes repris dans la proposition de loi spéciale climat. Des députés se sont appropriés la proposition
et ont provoqué le débat à la Chambre. Ca a été jusqu’au vote en commission. Cette proposition de loi a fait l’objet
d’un vote favorable en commission de justesse mais a été recalée en session plénière de la Chambre car il fallait
obtenir une majorité des ⅔. Dans la configuration du parlement, il a été impossible d’atteindre cette majorité. En tout
cas, ceci signifie qu’il y a bien des propositions concrètes en Belgique, dans le milieu académique relayé par certains
politiques, dans différents partis, pour réviser fondamentalement la manière dont la politique du climat et de l’énergie
s’organise en Belgique et pour mettre en place un cadre de gouvernance qui soit cette fois approprié pour le défi de
taille auquel nous faisons face pour atteindre les objectifs de 2030 et ceux de 2050.

Séance questions-réponses avec M. Hannon du 06/05 (4e partie du cours)

Question 1 : Une des actions recommandées est de shifter notre régime alimentaire, notamment en réduisant notre
consommation de viande. Pouvez-vous nous en dire plus ? (slide 7 cours 2)
La raison pour laquelle on peut envisager une modification du régime alimentaire comme une mesure qui peut
contribuer à diminuer les gaz à effet de serre, c’est tout simplement lié à l’empreinte carbone de l’élevage/ de la
production de protéines animales, qui en général (je dis bien en général car quand on parle d’agriculture et d'élevage,
les situations sont très spécifiques ; la région du monde où l’on se trouve, le type de climat sous lequel se fait cette
agriculture, le type de pratiques agricoles donc on ne peut pas tout généraliser) est plus défavorable en termes
d’empreinte CO2 que la production de protéines végétales. D’une manière très générale parce que la consommation
énergétique associée est plus importante parce qu’habituellement quand on pratique de l’élevage, surtout à un échelon
industriel, on a des intrants importants. On va par exemple importer des compléments de protéines de soja pour
suppléer la nourriture pour le bétail qui est disponible sur place. Cela implique du transport, de la consommation
énergétique, du conditionnement,... L’élevage est aussi consommateur d’eau, nécessite des installations,... Bref, pour
une série de raisons liées aux pratiques d’élevage, et à l’élevage lui-même, car si on parle de viande rouge/viande
bovine et de viande de mouton, les ruminants sont des émetteurs de méthane. Là aussi, on a en plus de la
consommation énergétique liée à l’élevage, on a les émissions de méthane.

Pour toutes ces raisons, le shift soit total soit partiel vers un régime moins carné et plus basé sur des protéines
végétales est plus intéressant en termes d’empreinte CO2. J’insiste ici sur les termes “total” ou “partiel”. Evidemment,
sans aller jusqu’à l’exigence d’un régime végétarien pour tout le monde, on peut déjà énormément améliorer l’empreinte
carbone liée à l’alimentation en rééquilibrant tout simplement son assiette avec moins de protéines carnées et plus de
protéines végétales.

Question 2 : Qu’entend-t-on par internaliser les coûts de la pollution ou des dégradations environnementales ?
Internaliser les coûts, ce concept fait référence à ce qu’on appelle les “externalités”. Càd des effets de bord, des side
effects d’une activité, production, consommation qui n’est pas reflétée dans un prix du marché. J’ai cité sur le slide
quelques exemples. Quand vous produisez par exemple du tabac, si on excepte les politiques qui ont été mises en
place pour lutter contre le tabagisme et qui ont précisément internalisé le coût sanitaire du tabac via les accises, sinon,
le cigarettier/producteur de cigarettes a des coûts de production liés aux coûts de la matière première, de la fabrication,
du conditionnement et du transport au tabac. Mais il n’intègre pas dans le prix à la sortie d’usine du paquet de cigarettes
le coût sanitaire du tabagisme.

C’est un cas typique assez simple, le tabac. Mais c’est le cas pour toutes les activités qui génèrent des GES puisque
si vous empruntez votre véhicule qui fonctionne à l’essence ou au diesel, vous allez consommer un carburant, rejeter
du CO2 dans l’atmosphère. Ce CO2 contribue à l’effet de serre global et au réchauffement climatique. Or, dans le prix
de l’essence achetée à la pompe, vous ne prenez pas en compte l’impact, les coûts associés aux dommages
occasionnés par les impacts présents et futurs des changements climatiques. D’où l’idée d'internaliser ces coûts.

Pourquoi est-ce important? Parce qu’on est dans une économie de marché, dans laquelle, si on veut que les acteurs
économiques agissent de manière rationnelle et prennent en considération ces externalités, il faut qu’elles soient
reflétées dans les coûts. Si ce n’est pas le cas, dans un système d’économie de marché, c’est comme si elles
n’existaient pas. Comme si les effets néfastes des pollutions qu’on appelle “externalités négatives” n’étaient pas pris
en considération par le système économique et par le système de marché. Donc on vise à les internaliser càd ajouter
un coût. Cela peut se faire de nombreuses manières différentes. Via une taxe, une accise, des mécanismes de
marché,...de telle façon que les acteurs économiques agissent de manière rationnelle et prennent en considération
cette externalité.

Question 3 : En quoi la déforestation est-elle responsable des émissions de CO2 ? Est-ce dû au fait qu’on détruit un
puits de carbone, et si oui est-ce seulement ça ?
Oui, essentiellement. La cause première de l’émission de CO2 associée à la déforestation c’est que une forêt, un
couvert forestier, c’est un énorme stock de carbone. Ce dont souvent le public ne se rend pas compte c’est que le
carbone est davantage stocké dans les sols forestiers que dans la biomasse. Ce n’est pas seulement le carbone qui
est stocké dans le bois, dans la biomasse forestière, c’est aussi le sol en fait. Quand on va déforester, càd raser un
couvert forestier, la masse de bois qui était sur pied et qui représentait ce stock de carbone va être consommée de
manière ou d’une autre selon une affectation finale de l’usage du bois. Ca peut être du bois pour la construction, pour
le chauffage,..mais qui en bout de chaîne va de toute façon se retrouver soit brûlé, soit dégradé. Il finira par être
minéralisé et se retrouver à l’atmosphère. C’est une chose qui va contribuer aux émissions de CO2.

L’autre, c’est le sol forestier. En général, un sol forestier est un sol qui est à l’équilibre avec le couvert forestier et qui a
en général la caractéristique d’aussi représenter un stock important de CO2. Ce qui va se passer notamment dans le
cas des forêts tropicales humides, si on découvre/déforeste brutalement, ce sol forestier va lui aussi émettre d’une
manière très brutale et rapide de grandes quantités de CO2. Parce qu’en fait ce sol n’est plus à ce moment-là à
l’équilibre et les échanges naturels qui se faisaient avec la litière, avec la décomposition de la MO qui était produite par
les arbres. Tout ce cycle naturel forestier n’est plus là. Que fait le sol? Il s’appauvrit et minéralise sa MO. En fait, il la
dégrade jusqu’au stade final qui est du carbone inorganique et donc du CO2 qui va rejoindre l’atmosphère. C’est la
raison fondamentale pour laquelle la déforestation est responsable d’émission de CO2.

C’est en partie réversible si on reforeste. Mais il faut bien réaliser qu’un sol forestier qui a été profondément dégradé
ne va pas miraculeusement revenir à un sol à l’équilibre parce qu’on se remet à planter des arbres et donc par exemple,
à nouveau dans les zones tropicales ou équatoriales, si on déforeste pour y remettre des cultures d’acacia ou un autre
couvert végétal ou forestier, ça ne veut pas dire que ça va remplacer la qualité du couvert forestier qui précédait. D’une
manière plus générale et plus proche de chez nous, comment va-t-on faire pour faire en sorte que les flux nets entre
l’atmosphère et la forêt soient dans un sens positif, càd dans un sens puits de carbone et que la forêt absorbe plus de
carbone qu’elle n’en émet? On va optimiser la gestion forestière en la gérant de manière intelligente pour s’assurer
que le mélange de plantations, le rythme auquel on va récolter le bois,... font en sorte que l’on maintient cet équilibre
et que au minimum l’équilibre soit respecté et qu’il n’y ait pas d’émissions nettes de carbone, voire mieux. Si on est
dans une phase de dynamique forestière de capture, le couvert forestier à ce moment-là peut représenter un puits net
de carbone et absorber du CO2 atmosphérique.
Question 4 : Pouvez-vous réexpliquer en quoi consistent les obligations vertes ? (slide 18 partie 2)
Les obligations vertes en anglais se disent “green bonds”. Vous savez ce que sont les obligations d’Etat. Il s’agit de
l’instrument qui est le plus généralement utilisé par les Etats pour se financer. Et donc en Belgique par exemple, chaque
année, l’Etat émet pour assurer le financement de ses investissements et des dépenses publiques des obligations sur
le marché obligataire international. C’est un marché boursier des obligations. En général, qui les achète? En 1er lieu,
des institutions bancaires soit nationales (des banques nationales, des fonds de pension, des grosses banques qui
vont acheter des volumes très importants -> des milliards ou des centaines de millions d’euros via ces obligations qui
vont ainsi financer les dépenses publiques des Etats). Ceci en créant de la dette. En éméttant des obligations, on
génère de la dette publique. Ils se feront rémunérer via un taux, qui en général, surtout dans la période récente, est
très faible. On parle de 0,1, 0,2 % Les taux d’intérêt sur les obligations sont extrêmement bas. Ces institutions bancaires
vont elles-mêmes en général revendre ces produits obligataires, vers soit des plus petites banques, des plus petits
investisseurs, jusqu’aux particuliers. En tant que particulier, si vous allez vers une institution bancaire du genre de BNP
Paribas ou ING, vous avez la possibilité d’investir dans des portefeuilles d’obligations d’Etat. Ceci est le système
général des obligations. C’est donc de la dette publique.

Qu’est-ce qu’une obligation verte? C’est exactement le même produit financier mais l’Etat garantit que le montant qui
sera collecté via l’émission de cette obligation sera investi dans des dépenses et politiques qui contribuent au
développement durable et à la transition écologique de manière générale. Dans le cas de la 1re émission d’obligations
vertes en Belgique (février 2018), les “OLO vertes4” il s’agissait surtout de financer les politiques de mobilité durable et
notamment l’achèvement du RER. Ce système n’est pas sans susciter des critiques. Les critiques qui avaient été
émises à l’époque de l’émission de ce green OLO par les ONG environnementales, c’est le fait qu’en fait on verdisse,
on fasse du green washing d’obligations d’Etat et que même si on n’avait pas émis ces obligations vertes, le chantier
du RER était un chantier qui de toute façon aurait dû être achevé aussi via des obligations normales. Il y avait une part
de green washing, ce qui n’est pas tout à fait faux. On peut en tout cas entendre ces critiques. Rien ne distingue sinon
ces obligations des autres.

Si ce n’est le petit avantage (que moi j’y vois en tout cas), c’est que ça génère par effet d’entraînement, (parce que les
obligations ne concernent pas que les Etats, il y a aussi les sociétés qui peuvent le faire par. ex les sociétés type SNCB
et d’autres grandes entreprises publiques dans le domaine ferroviaire ou autre émettent elles aussi des obligations
vertes), petit à petit il y a un marché obligataire vert qui se développe. Donc ça fait partie des initiatives qui contribuent
d’une manière générale à encourager au niveau des acteurs publics et privés ce qu’on appelle la finance durable
(sustainable finance), càd au lieu de financer tout et n’importe quoi, il y a un fléchage, un ciblage du financement des
investissements vers des produits verts. Donc il y a de + en + une demande sur le marché des investisseurs pour des
produits qui sont garantis/estampillés “verts” mais avec une part de green washing, comme je le disais, dans ces
initiatives.

Question 5 : Pouvez-vous donner quelques exemples d’objectifs d’adaptation (autre que l’aménagement de systèmes
côtiers) ?
Les objectifs d’adaptation sont très nombreux et très variables selon le pays où on se trouve. Et même au sein d’un
pays selon la région voire la ville où on se trouve. Un objectif d’adaptation en ville par exemple pourra être de créer
des îlots de verdure pour avoir des îlots en ville qui vont, au moment des vagues de chaleur, constituer des zones avec
une température plus fraîche. On sait que le fait de créer des îlots verts en ville va diminuer de 2 ou 3 degrés la
température ambiante. Ca donnera des zones, des grands parcs, si vous voulez avec un couvert forestier adapté qui
permettra, pendant ces périodes de canicule, à la population d’aller se rafraîchir. Les 2 ou 3 degrés peuvent faire une
différence important en termes d’impact sanitaire aussi. Ca, c’est un exemple très spécifique d'adaptation en ville.

L’adaptation ça peut être des infrastructures, des digues (si on parle des systèmes côtiers). C’est souvent lié à
l’aménagement du territoire d’une manière générale si on veut prévenir, par exemple, les flash floods (inondations
instantanées en cas de gros orage en été). Que va-t-on faire? Au niveau de l'aménagement du territoire surtout dans
les zones urbanisées, on va rendre le sol perméable. C’est une autre manière de s’adapter. On redonne la perméabilité
au sol parce qu’actuellement dans les zones fortement urbanisées, le sol est devenu imperméable parce que tout est

4
[Link]
couvert par de l’asphalte, du béton,.. On peut parfaitement, voyez en ville, les immenses parkings dans les zonings
industriels, les parkings des hypermarchés, c’est une dalle d’asphalte qui n’absorbe absolument pas l’eau. On pourrait
parfaitement réaménager ces zones de parking avec un couvert qui laisse passer l’eau, un couvert drainant comme on
le voit le long des voies de tram, par exemple. Ce genre de quadrillage entre béton et sol drainant. C’est un exemple.
Je pourrais en citer d’autres.

Ca va vraiment prendre des formes très différentes selon le situations et évidemment, selon qu’on se trouve dans les
pays en développement ou ailleurs. Souvent, cela va généralement toucher à tout ce qui peut augmenter la résilience.
Là, je parlais d’impact des inondations. On peut penser à plus de résilience en termes de sécurité alimentaire, résilience
par rapport aux vagues de chaleur,... Les systèmes d’alerte font aussi partie des politiques d’adaptation. Alerter les
populations /donner une information adaptée en cas d’aléa climatique quel qu’il soit, tout cela en fait partie.

Question 6 : (Slide 16) Cadre Européen sur le Climat (2020-2030) Il y’a deux affirmations, laquelle est vraie pour le
cadre européen du climat ? (2020) -20%GES -20ER 20%EE 10% Interconnexion (2030) ≤-40%GES ≥27%ER ≥27%EE
15% interconnexion
Ce qui se trouve sur ce slide, c’est une représentation de l’évolution des objectifs climat-énergie européens pour 2
périodes successives. Historiquement, on a eu un premier grand accord au niveau du Conseil européen qui date d’il y
a +/- 10 ans. Ca a été établi en avril 20095. L’accord portait sur 2020. Les objectifs étaient faciles à retenir : 3x20 ->
20% de réduction des émissions de GES en 2020 par rapport à 1990, part de 20% d’énergies renouvelables dans le
portefeuille énergétique en 2020 et des économies d’énergie ou une amélioration de l’efficacité énergétique de 20%,
ce qui revient au même en 2020 par rapport une baseline. C’est un objectif un peu plus relatif parce que 20%
d'amélioration de l’efficacité énergétique, c’est par rapport à ce qu’on appelle une baseline, càd un scénario de
référence.

Je crois que je n’avais pas détaillé dans mon commentaire ce qu’étaient ces objectifs d’interconnexion. Ce sont en fait
des sous-objectifs énergétiques qui visent à améliorer l’interconnexion entre les réseaux de transport et de distribution
d’électricité entre les Etats membres. Cet objectif est important aussi parce que jusque-là les réseaux d’électricité
étaient fortement développés au sein des frontières nationales. On ne s’occupait pas tellement de l’interconnexion
entre les pays. Or, dans une logique d’augmentation de la pénétration des énergies renouvelables, c’est très important
d’avoir une interconnectivité très performante. Et donc de penser le déploiement de l’énergie renouvelable à l’échelle
européenne et pas à celle des EM. Pour des questions d’intermittence, parce que le vent ne souffle pas toujours partout
de la même façon. C’est la même chose pour l’éolien , le photovoltaïque, etc. d’où ces objectifs d’interconnexion.

Mais ca n’a pas énormément d’importance. Retenez plutôt que il y avait ces objectifs de 3x20 pour 2020. Et que ces
objectifs ont évidemment été renforcés pour 2030. Dans la logique d’évoluer vers l'objectif de 2 degrés voire 1,5 degré.
Donc on a doublé l’objectif de réduction de GES et on a porté à 27% l’objectif d’énergies renouvelables et 27% l’objectif
d’efficacité énergétique. Notez aussi, (en fait ce slide est déjà un peu obsolète), qu’entretemps il y a eu une nouvelle
décision du Conseil. Je vous le cite pour votre information. Vous ne devez pas retenir ces chiffres. Ces 2 objectifs
concernant le renouvelable et l’efficacité énergétique ont eux-mêmes déjà été révisés à la hausse. Ils sont maintenant
de 32%.

En fait, on est tout simplement dans une dynamique où d’année en année, et dans la dynamique de l’Accord de Paris,
on révise (enfin - avec beaucoup de retard) les objectifs à la hausse parce qu’on se rend bien compte que l’urgence
climatique est à présent bien intégrée dans les agendas politiques. On assiste enfin à un renforcement de ces objectifs.

Question 7 : (cours précédent) La stratégie européenne à long terme pour la neutralité du climat se base
essentiellement sur quoi ?

La stratégie à long terme pour la neutralité du climat, telle qu’elle a été proposée par la Commission européenne, c’est
en fait un scénario. Ce que la Commission a présenté au Conseil et au Parlement européen, dans sa proposition de

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stratégie à long terme, ce sont des scénarios pour faire évoluer l'économie européenne vers la neutralité climatique,
càd un niveau net d’émissions de 0 en 2050.

J’en profite ici pour expliquer “neutralité carbone”, “neutralité climatique” ou “niveau net d’émissions 0” (ou en anglais
net zero emission), c’est la même chose ! C’est l’idée de faire évoluer vers 0 le niveau net des émissions. C’est
important ce mot net parce qu’il y aura toujours un reliquat d’émissions positives, ne fut-ce que par ex. dans l'agriculture
on ne peut pas totalement éliminer totalement les émissions de GES. Il y aura toujours des émissions de GES mais
elles peuvent être compensées par des émissions négatives, càd par des absorptions de carbone (soit par des puits
de carbone forestiers, soit par les technologies du CCS carbon capture and storage, ou d’autres technologies). A terme,
en 2050, on vise à ce que le petit reliquat d’émissions de CO2 qui restera sera totalement compensé par des
absorptions de CO2 et que donc on aura cette neutralité carbone ou cette neutralité climatique.

La Commission a développé dans sa stratégie des scénarios pour converger vers cette situation. En fait, ces scénarios
étudient, sur base d’analyses macro économiques, les potentiels de réduction les plus efficaces en termes de coûts
dans les différents secteurs. Ce sont des modèles économiques qui vont voir où on va de la manière la plus
performante, du point de vue technologique et économique, réaliser des émissions et faire en sorte que le volume de
réduction d’émissions augmente dans le temps pour évoluer vers ce niveau 0. Et donc ils établissent ainsi des
trajectoires possible. C’est à envisager comme des scénarios. Ce n’est pas une boule de cristal qui dit l’avenir. Cette
stratégie est une vision stratégique à long terme qui permet de documenter comment on peut concrètement évoluer
vers cette neutralité carbone. Quels sont les leviers (et de quels potentiels de réduction dispose-t-on) dans les
transports, l’énergie, les bâtiments, l’agriculture?

Question 8 : (1er cours) A l’échelle mondiale la déforestation et la consommation d’énergie, de laquelle des deux
proviennent principalement l’émission du CO2?
Je vous rappelle qu’il y a un slide qui illustre ça très bien dans la première séance de mon cours, qui montre qu’à
l’heure actuelle, la première source d’émissions au niveau mondial, c’est la consommation d’énergie. Je n’ai pas les
chiffres en tête mais je pense qu’on n’est pas loin de 70 ou 80%. Slide à revérifier pour les chiffres précis. Ensuite vient
la déforestation. Dans le même cours, vous trouvez aussi un slide qui explique les flux de CO2 de la déforestation et
les flux de CO2 de la consommation énergétique et vers où ils vont (absorption par l’atmosphère, absorption par l'océan
et enfin par les puits forestiers).

Question 9 : Quelle est la méthode d’allocation des quotas d’émissions basée sur le niveau des émissions historiques
?

On fait référence au marché carbone. Soit le Protocole de Kyoto soit le marché européen ETS. Comme on parle des
émissions historiques, il s’agit a priori plutôt du système de Kyoto. Donc il existe plusieurs systèmes de “marché
carbone”. Le principe de base est commun, càd que l’on fixe des droits d’émissions et on attribue un prix à ceux-ci.
Dans le cas des droits d’émissions qui avaient été émis dans le contexte du protocole de Kyoto, ils étaient effectivement
attribués sur une base historique. Le principe du protocole c’était de fixer des objectifs de réduction pour les Etats
industrialisés en quantifiant un objectif de réduction en % (par ex. pour la Belgique c’était 7,5%) par rapport à un niveau
de référence historique. Celui-ci avait été arbitrairement fixé à l’année 1990. Donc pour connaître le plafond d’émissions
autorisé pour un pays donné, il fallait multiplier les émissions de ce pays pour l’année de référence, 1990, par son
pourcentage de réduction. Donc pour la Belgique, le plafond d’émissions (niveau de 1990 - 7,5% de réduction) était
traduit en droits d’émissions (donc en quantité d’émissions). C’est pour cela que ça s’appelle en anglais “assigned
amount”. C’est la quantité attribuée à chaque Etat qui était partie au protocole de Kyoto. C’est de cette manière que
les quotas d’émissions étaient alloués aux différents pays. Ensuite, le mécanisme de marché, donc les mécanismes
dits de flexibilité sous le Protocole de Kyoto, permettaient aux différents États d’échanger ces assigned amount units
(= unités de quota d’émissions).

Question 10 : (slide 57?) La coordination à la politique climatique est organisée par quelle instance ?

Je suppose que l’on parle de la Belgique. Ce que j’avais expliqué sur le schéma de manière illustrative (je vous rassure
mon objectif n’est pas que vous reteniez tous les organes impliqués dans l’organisation de la politique climatique et
énergétique en Belgique), le but était uniquement d’illustrer le fait que sous le radar, sous la partie visible pour le
public, relatée dans les médias, il existe des organes dédiés qui sont des conférences interministérielles (qui sont en
fait des organes où les ministres compétents pour l’énergie et le climat vont pouvoir se réunir.

Il existe aussi des commissions qui sont créées par des accords de coopération. Par exemple, une commission qui a
un rôle central dans le cadre de la politique climatique en Belgique, c’est la commission nationale climat. Celle-ci,
comme son nom l’indique, est chargée de coordonner au niveau national les politiques climatiques. En fait, on va y
retrouver des représentants des 3 régions, du fédéral et cette instance est mandatée par un accord de coopération
pour faire en sorte que les politiques climatiques mises en place par les 4 autorités sont cohérentes l’une avec l’autre,
permettent des synergies, s’harmonisent, etc.

Cette commission nationale climat et les autres organes illustrés sur le schéma ont eux-mêmes des sous-groupes qui
sont en fait des groupes d’experts/techniciens qui préparent/élaborent des décisions et s’occupent notamment du
rapportage puisqu’il y a une dimension de reporting assez importante. Le fait que nous avons des obligations
européennes et internationales de rapportage. Chaque année, la Belgique comme tous les autres pays doit soumettre
des rapports officiels avec des statistiques d’émissions de GES, des évaluations de ses politiques, etc. C’est ce genre
d’organes qui sont en charge de ces différentes missions. Ils sont mandatés pour cela.

Il se fait qu’en Belgique c’est en fait une mosaïque. Cette structure est complexe parce qu’elle est liée à notre
architecture institutionnelle. C’est lié au fait (c’était illustré sur autre slide) que les compétences touchant à la politique

climatique sont typiquement des compétences qui ne sont pas strictement fédérales ou régionales mais en général,
des compétences partagées / mixtes. C’est le cas pour la politique du transport, la politique énergétique, la politique
de l’économie circulaire et la politique des living resources (ressources du vivant) + land use → une grande partie de
cet aspect est régional mais il existe aussi des aspects au fédéral concernant la protection de l’envi marin. Ce sont des
exemples où on voit bien que dans ces domaines, il existe des leviers/instruments au niveau fédéral ET d’autres
leviers/instruments au niveau régional, d’où la nécessité de s’entendre et de se coordonner. D’où la nécessité d’utiliser
ces enceintes. Ce que j’explique plus loin dans le cours, malheureusement, en Belgique, compte tenu aussi d’un
contexte communautaire difficile : plutôt que d’un fédéralisme de coopération dans le domaine du climat et de l’énergie,
on est plus dans un fédéralisme de compétition, où chacun reste un peu sur son pré carré. Selon différentes analyses,
ces structures de concertation sont utilisées d’une manière qui est suboptimale (je pèse mes mots), qui est assez
éloignée d’un fonctionnement optimal. On a mis sur papier des structures qui devraient permettre une coordination des
politiques entre le fédéral et les régions mais malheureusement ça ne fonctionne pas bien.

Question 11 : A quel pourcentage actuel représente l’émission mondiale de GES cumulées depuis le début de l’ère
industrielle ?

Je laisse pour après comme c’est une question relative au premier cours.

Question 12 : Que représentent les pays partie l’Annexe 1 et partie non annexe 1 dans le mécanisme de flexibilité ?

Dans le mécanisme de flexibilité du Protocole de Kyoto, on fait effectivement une distinction entre les pays “Annexe I”
et “non Annexe I”. Pour rappel, les pays Annexe I (celle de la convention climat), ce sont les pays industrialisés. Dans
la convention climat de ONU, qui a été discutée et approuvée en 1992, à cette époque, il y avait une forte différence
en termes de développement économique (qui a évolué ensuite) entre 2 grands groupes de pays, les pays
industrialisés (qui étaient historiquement responsables de la plus grande partie des émissions de GES) et les pays en
développement. D’où le fait que l’on a distingué, à ce moment-là, en 1992, la responsabilité des pays industrialisés et
donc on a listé ces pays. On établi une liste dans la première annexe de la convention. Les pays qui figuraient dans
cette annexe avaient des obligations particulières que les autres pays n’avaient pas. Et donc dans le protocole de
Kyoto, on continue à faire cette distinction entre pays Annexe I et non Annexe I puisque seuls les pays de l’Annexe I,
càd les pays industrialisés, ont des plafonds d’émissions. Tout le monde en développement n’a aucune obligation de
réduction dans le cadre du Protocole de Kyoto. C’était d’ailleurs l’une de ses faiblesses puisque du coup, l’enveloppe/la
bulle d’émissions couvertes par le protocole ne représentait en fait qu’un tiers des émissions mondiales. Les ⅔ n’étaient
pas couverts par ce système. Ils étaient émis par des pays hors annexe I.

Pour revenir au mécanisme de flexibilité, cette distinction était faite aussi au niveau des mécanismes de projets, càd
donc le principe de base de ce mécanisme de projet c’est qu'un pays avait la possibilité de réaliser un investissement
ou de mener un projet dans un autre pays qui générait des réductions de GES et ces réductions étaient portées au
crédit du pays investisseur. En tant que pays A, j’investis dans un pays B. Le pays B bénéficie de réduction d’émissions
mais c’est moi qui suis crédité du montant équivalent en termes de tonnes de CO2. On distinguait 2 types de projets
selon qu’ils résultaient d’un investissement d’un pays de l’Annexe I vers un autre pays de l’Annexe I, donc à l’intérieur
de la bulle des pays industrialisés, ou bien d’un pays de l’Annexe I vers un pays en développement, hors annexe I.
Dans le premier cas, on parlait de “mise en oeuvre conjointe”. Dans le second, de “mécanisme de développement
propre” ou de CDM, clean development mechanism. En fait, ce mécanisme de flexibilité du mécanisme de
développement propre était aussi censé être un instrument qui allait favoriser le transfert technologique vers les pays
en développement (PED). C’était un incitant pour des pays, par ex pour des pays européens, d’aller investir, par ex.
dans des pays africains dans des technologies (ou projets forestiers) qui allaient générer des réductions d’émissions
de GES dans ces pays. C’est un instrument qui était censé promouvoir et faciliter les investissements et le transfert
technologique dans les PED. Dans la pratique, comme je l’ai indiqué, vu le prix extrêmement bas du marché du
carbone, cet incitant n’a pas réellement joué. Cet effet attendu censé booster et promouvoir le transfert technologique
n’a pas vraiment été observé.

Question 13 : En quoi les trajectoires d’émissions sont compatibles avec l’objectif de limitation du réchauffement
mondial à 2°C par rapport au préindustriel ?

C’est ce qui est expliqué et que j’ai déjà commenté sur le slide qui parle du “mitigation gap”, càd le grand décalage qui
existe entre les trajectoires d’émissions effectives/actuelles avec les politiques actuelles et les trajectoires d’émissions
qui sont requises pour respecter l’objectif de 1,5 ou 2 degré(s). La réponse à la question est non, les trajectoires
d’émissions ne sont pas compatibles avec la limitation au réchauffement à 2 degrés. Je vous renvoie vers le slide qui
apparaît 2x dans les cours précédents (séance 1 et certainement 2).

Question 14 : Quel est le principe de la convention cadre des nations unies sur le changement climatique qui est au
centre des débats sur la répartition des efforts de réduction d’émissions entre les parties ?

C’est le principe de responsabilité commune et différenciée, que j’ai évoqué dans le cours précédent. Je ne vais pas
réinsister là-dessus. On parle ici de la responsabilité historique et donc c’est ancré dans la convention climat puisque
dans un des articles (je vous renvoie vers la partie précédente du cours) on fait référence explicitement à la
responsabilité partagée (donc commune) mais différenciée (pour capturer le fait que les pays développés ont une
responsabilité particulière et doivent agir de manière différenciée) :

=> Article 3 - Principes (extrait de la CONVENTION-CADRE DES NATIONS UNIES SUR LES CHANGEMENTS
CLIMATIQUES de 1992)

“1. Il incombe aux Parties de préserver le système climatique dans l'intérêt des générations présentes et futures, sur
la base de l'équité et en fonction de leurs responsabilités communes mais différenciées et de leurs capacités
respectives. Il appartient, en conséquence, aux pays développés Parties d'être à l'avant-garde de la lutte contre les
changements climatiques et leurs effets néfastes.”

Question 15 : La réduction des


émissions de gaz à effet serre de la
Belgique par rapport à 1990 n'est pas
aussi liée à la délocalisation des
industries vers des paradis en matière
d'environnement ?
Je voudrais illustrer ceci avec le slide
sur l’évolution des émissions en
Belgique.
Ce que vous voyez, ce sont pour
l’année 2018, les statistiques des
GES. Ces statistiques sont toujours
disponibles avec 2 années de retard.
Pour des raisons propres à la collecte
des données et aux statistiques. Ici,
vous voyez le tout dernier inventaire
national de GES qui date de 2020 et
les dernières données disponibles de
2018. Vous voyez sur la partie gauche
du graphique le profil des émissions. Ce qui m’intéresse ici par rapport à cette question, ce sont les réductions dans
les différents secteurs qui apparaissent sur la partie droite. Effectivement, on voit que globalement les émissions ont
fortement reculé en 2018 par rapport à 1990. Sauf dans 2 secteurs en particulier : transport routier et bâtiments dans
le tertiaire. Il y a effectivement, pour partie en tout cas, différents facteurs qui justifient que les émissions ont diminué.
Pour partie, c’est lié à la mise en place de certaines politiques de réduction mais pas uniquement. C’est lié évidemment
à des améliorations technologiques dans une série de secteurs, notamment le secteur industriel. Également en partie
les améliorations apportées dans les performances énergétiques des bâtiments. Mais effectivement, le tissu industriel
a été profondément restructuré par rapport à 1990. En 1990, période où le développement économique de la Belgique
est fortement lié à son parc industriel, et à l’époque on a encore surtout des sidérurgies. Et, dans une moindre mesure,
le secteur minier était encore actif. C'était vraiment les dernières années à ce moment-là. En tout cas, il y avait encore
de l'industrie lourde, surtout sidérurgique, à l'époque. Après cela et surtout de 2000 à 2010, on a vu une série de
fermetures de pôles sidérurgiques. Les émissions ont chuté. Evidemment, ce ne sont pas des émissions liées à la mise
en place de politiques ou une amélioration quelconque. C’est simplement la fermeture de sites de production
industrielle en Belgique. Bien entendu, cet acier est maintenant produit ailleurs, dans d’autres sites en Europe ou en
dehors. Oui, il y a eu des délocalisations. Pas nécessairement, des paradis en matière d’environnement. Il y aussi des
effets de reconcentration. Puisque l’on parle de la sidérurgie, ce sont les rachats et restructurations par Mittal Steel,
énorme groupe sidérurgique international qui a racheté à un moment Arcelor, l’industrie sidérurgique en Belgique, pour
des décisions stratégiques par rapport aux intérêts de Mittal Steel International, ils ont délocalisé effectivement. C’était
aussi au sein des frontières européennes. Pas toujours vers d’autres régions du monde.

Effectivement, la mise en place du marché du carbone européen, vu que ce système de carbone impose un prix sur
le CO2 à l’intérieur des frontières européennes, potentiellement il existe un risque de délocalisation hors des frontières
européennes dans des régions du monde, en Chine ou ailleurs, où il existe d’autres normes environnementales, sans
forcément de prix sur la tonne de CO2. Ceci dit, il ne faut pas non plus exagérer cet effet. Il y a pas mal d’analyses qui
montrent qu’en fait il y a eu relativement peu de délocalisations industrielles qui étaient vraiment liées à cet effet de
“carbon leakage”, fuite de carbone liées à l’imposition d’un prix de CO2 en Europe. Parce que les coûts additionnels
pour les industriels liés à la mise en place de ce marché européenne du carbone étaient assez marginaux par rapport
au niveau énorme des investissements dont il était question dans ces industries. Donc leur décision de délocaliser ou
pas, de restructurer, était largement guidée par d’autres drivers que la mise en place du marché ETS. Surtout pendant
cette longue période où le prix de la tonne de CO2 sur le marché européen était extrêmement bas. C’était un peu un
fantasme agité par des fédérations industrielles faisant du lobbying auprès de la Commission UE au moment de la
mise en place du marché. En faisant craindre une vague de délocalisations massives de l’UE vers le reste du monde.
Ca n’a pas été le cas. Rien ne permet de démontrer que ça a été un driver significatif.

Ceci dit, si le prix de la tonne de CO2 augmente fortement, cela pourrait devenir un driver + important. Il est certain
qu’à terme ce que l’on doit viser le plus possible c’est d’avoir des règles uniformisées entre les différents pôles de
production dans le monde. On a tout intérêt à convaincre les Chinois, Américains,...d’adopter des règles qui, même si
elles ne sont pas tout à fait similaires aux règles européennes, peuvent permettre un équilibre. Alors, pas de distorsion
de concurrence, problème de compétitivité. C’est ce que l’industrie demande. Dans son jargon : “level playing field”,
un niveau équivalent, des règles harmonisées, que tout le monde joue dans le même jeu. Dès le moment où dans le
monde entier ou en tout cas dans les grandes zones de production dans le monde on a des règles qui sont similaires,
à ce moment-là, règles du jeu sont les mêmes pour tout le monde. Plus cette distorsion dans les échanges.

Question 16 : Y'a-t-il des actions (coordination, échanges de connaissances...) au niveau très local (communes,
villes...) en Belgique? Quelque chose ressemblant à la convention des maires ?
Oui, il y a de très nombreuses communes en Belgique qui ont signé la convention des maires. Je crois que c’était
illustré sur un des slides de la séance 2 sur la transition. Il y avait une carte du pays avec une série de points sur les
différentes villes et communes qui avaient entamé des démarches de transition bas carbone. Elles n’ont pas
nécessairement souscrit à la convention des maires mais en tout cas il existe un nombre très important de communes
et villes qui ont engagé à leur niveau des dynamiques de transition. Ca peut recouvrir des réalités très différentes.
Parfois, ca se limite à des déclarations d’intention qui visent à atteindre la neutralité carbone à tel horizon. Pas toujours
très concret. Dans d’autres, si, avec un engagement citoyen, de vraies initiatives, de vraies mutations qui s’opèrent.
Exemples que j’ai en tête sont plutôt en Flandre qu’en Wallonie (je n’ai pas d’explication). Je pense à Hasselt et Gand,
fortement avancées dans processus de transition. Je ne veux pas dire que rien ne se fait à Bruxelles et en Wallonie.
Dans tous les régions, des choses se passent. Au delà de grandes conventions comme convention des maires, qui est
en fait une initiative qui s’est développée au niveau européen, mais qui maintenant a une envergure mondiale, sur tous
les continents. C’est devenu une initiative très large, très importante. Il en existe aussi des plus locales, plus
confidentielles mais qui n’en sont pas moins qualitatives.

Question 17 : Les mesures additionnelles pour atteindre l'objectif de Paris seront-elles obligatoires pour inciter le
changement en terme d'émissions ?
Ce qui est obligatoire, c’est que les plans nationaux successifs, càd ce qu’on appelle les NDC (ou CDN, contributions
déterminées au niveau national), les plans nationaux que chaque Etat de l’Accord de Paris doit de manière périodique
(tous les 5 ans) introduire/publier officiellement. Ces plans successifs doivent toujours représenter une gradation en
termes d’ambition. Il y a un système de cliquets. Chaque pays est obligé, dans son prochain CDN/plan climat national,
de renforcer l’ambition. Maintenant, pour ce qui est d’atteindre l’objectif de Paris, vu que l’architecture de l’Accord de
Paris est un système bottom-up où la définition des engagements des Etats est une question de souveraineté nationale.
Ce sont les Etats souverains qui décident eux-mêmes-m de leur engagement de réduction. On ne peut pas de manière
top down même si ce serait plus simple si on pouvait utiliser une clé de répartition. On connait le budget carbone. On
connaît la quantité d’émissions de CO2 que l’on peut émettre pour être compatible avec l’objectif de 1,5 à 2 degré(s).
On pourrait imaginer de répartir ce budget carbone entre les Etats. Ca reviendrait à une politique de rationnement. On
rationnerait chaque pays en disant “vous êtes encore autorisé à émettre autant de tonnes de carbone”. Ce serait bien
du point de vue scientifique et des chiffres mais évidemment c’est inimaginable du point de vue politique donc si
l’Accord de Paris est ce qu’il est, càd avec cette logique/construction bottom up c’est précisément parce qu’il n’y a pas
un consensus international pour déléguer à une instance supranationale le droit de définir l’objectif des Etats. C’est un
peu le débat jusqu’où le multilatéralisme peut-il empiéter sur la souveraineté nationale. L’équilibre qui a été trouvé en
2015, c’est l’Accord de Paris. On ne peut pas aller plus loin à ce stade-ci en termes d’obligations.

Rappel :
Vous aurez des consignes un peu plus précises sur modalités de l’examen dès qu’on l’aura clarifié. D’une manière
générale, il s’agira d’un examen de type QCM avec un temps limité. On avait mis 2h. Il est possible que ce soit 3h. On
va veiller à ce que le facteur temps ne soit pas un facteur de stress supplémentaire. On veillera aussi à ce que le
volume de questions soit gérable dans ce temps. De toute façon ce sera un examen à cours ouvert puisque vous serez
chez vous derrière votre ordinateur, vous aurez accès à toute votre documentation. La seule chose pas encore
déterminée, c’est le type précis de QCM. C’est ce qui reste à déterminer. On a reçu un long manuel avec beaucoup de
possibilités. Les consignes précises vous seront expliquées en temps utile. Ca ne change rien à la manière dont vous
devez vous préparer à l’examen. En ce qui concerne la matière couverte, c’est la matière enseignée au cours, en
présentiel pour M. Pattyn et M. Tison età distance pour ma partie. Vous avez les supports, les séances commentées,
les Q&A. Le matériel est là. Pas de piège. On est conscients des difficultés liées à la période actuelle. Le message que
je veux vous adresser est que vous pouvez aborder cet examen de manière sereine.

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