REVUE
D L'ORIENT
K)
DE L ALGÉRIE,
nzcuziï.
ALADtSCUSSîON
<:ONSACIŒ DES
INTÉRÊTS
DE
TOUS
LES
ÉTATS
O~ËNTAUX
ETDES
COLONIES DE
FRANÇAISES
L'AFRIQUE,
DE
L'INDE
ET
DL'OCËAME.
E
ETACTES
BULLETIN DELASOCIÉTÉORIENTALE,
1 Fondée àParis
eni84i.
Sf nShACTBUR
t:K
CHEF,
0: MACCARTHY,
~ecre~airc
(le
taSociété.
Renéra)
~~il.
TOME
PREMIER.
PARIS.
CHEZ JUST BOUVIER, LIBJRAtRE,
Rae du Paon, 8 (Éco)e de Médecine).
~!847.
LA TUNISIE.
Dans sa partie la plus reculée au nord, 'F~irique pro-
jette au loin un massif élevé qui semble refouler les
eaux de la Méditerranée pour
rapprocher ce continent
de l'Europe, vis-à-vis de laquelle i! a surgi au-dessus
des eaux. C'est une vaste terre qui, s'allongeant de l'oc-
cident vers l'orient, entre les flots de la mer et les
sables mouvants du S'ahara, ressemble à une île im-
Ce mot nous semble aussi justifié que l'est celui d'Algérie; il a,
comme ce dernier, l'avantage de désigner d'une manière précise et
laconique ce que l'on ne pouvait indiquer antérieurement que par
une expression impropre (la régence de Tunis), ou par une dénomi-
nation qui n'est guère plus exacte (!e t'ot/autKe de Ï'MM~). D'ailleurs
on se servait depuis fort longtemps de l'adjectif Tunisien, de même
qu'on employait depuis plusieurs siècles celui d'Algérien, sans qu'il
fût venu à l'esprit de personne d'en déduire les radicaux; on l'a fait
enfin pour l'un, pourquoi ne le ferait-on pas aujourd'hui pour l'autre ?
Le mot Tunisie paraîtra d'abord quelque peu étrange, mais que l'on
veuille bien se rappeler l'impression que 'nt à son apparition le mot
Algérie, et l'étonnement sera grandement diminué.
Nous réclamerons, d'ailleurs,, <ïié;me indulgence, au nom d'ar-
guments spMSEER! le mo.t ~arc~e, qui peut-être paraîtra plus
étrangc~~c~~H'i~Ie~it peut-être moins que l'adjectif ~aro~otM,
admis 'i ,a~~fo~Ion~~ s.
.i .cuc.Q J.
(' ,(rC.L~I-LJ'
q.IL_ >
-2-
merise. On lui a donne avec raison le nom d''At!antide,
fille de l'Atlas parce que, traversé d'une extrémité à
Fautre par les cînics de cette chaîne célèbre, il est né
en même temps qu'elle. Les Arabes la regardent comme
une partie de la grande région du T~~re~, le cou-
chant, expression qui, pour être entendue, doit se rap-
porter à leur point de départ, FArabie.
Soumis à un seul pouvoir après sa conquête par les
sectateurs de Mohammed, au vin*' siècle, morcelé en
mille petites principautés, puis divisé entre plusieurs
royaumes, FAtlantide a fini en dernier lieu par présenter
trois grandes divisions politiques
La Mc~o~'e ou SolFanie de Marok, à Fouest;
La y~~e ou pachalik de Tunis, à l'est;
L~~er~, ancien pachalik d'Alger, au centre.
Divisions qui, dans les idées des écrivains arabes,
répondent
Au 7~~?'e&-e/ le couchant éloigné;
A F~/W/~aA, la région d'W<~<e des anciens;
Au ~f~~e~-p~OM~ au couchant du milieu.
Dénominations d'ailleurs à peine connue des indi-
gènes, qui se contentent d'appeler la Marokie, 6'A~
l'occident, ou jSe/ec~-M-~o~'<x?t-M-~r-7~<%A'??K%Me, le
pays du sultan A''bd-er-Râh''fnâne FAIgërie .5e/e<~
D~r, le pays d~Atger, et la Tunisie, Beled ~OM~~
le pays de Tunis.
De ces trois divisions, l'une forme un Etat indépen-
dant la seconde relève, de l'empire ottoman; on sait à
qui appartient la troisième, devenue notre conquête à la
suite d'expéditions glorieuses elle est l'expression nette
et positive de cette réaction qui, pénétrant au cœur
même de FIs~amisme semble le premier coup violent
porté à une décadence que rien ne peut plus arrêter.
Notre action sur FAtlantide tout entière, sur le bassin
de la Méditerranée, et par suite sur le monde oriental,
préparée ainsi par celle que nous allons exercer sur
3
l'un de ses membres les p!us éloignés, non sera que
plus large et plus intime. Il est heureux pour l'Orient
qu'il en ait été ainsi, que ce soit la France, la terre des
généreux instincts et des grandes pensées qui l'initie à
la nouvelle vie à laquelle I!' est appelé par son contact
avec l'Occident. Dieu veuille que dans la nouvelle
tache que nous nous sommes imposée, nous nous mon-
trions ce que nous avons toujours été jusqu'à présent;
que nous sacrifiions les faits aux principes, notre intérêt
à FIntéret de rhumanitë, car nous sommes les seuls
dans le monde auxquels il ait été donné d'agir ainsi,
auxquels il ait été fait une aussi belle part dans l'expres-
sion des plus nobles facultés de l'intelligence
Rien n'est isolé dans la nature, chacune des parties
de ce grand tout, bien qu'ayant une existence propre
est soumis à l'action plus ou moins puissante des unités
qui l'avoisinent. Ceci, qui est vrai pour l'ensemble du
monde physique et du monde moral, l'est surtout pour
les différentes Individualités que les grands phénomènes
géologiques ont créé à la surface du globe.
Ainsi en est-il de FAtlantide. Baignée au nord et à l'est
par la Méditerranée; voisine, de ce côté aussi, de l'Eu-
rope, enveloppée au midi par le plus vaste des déserts,
ayant pour limite au couchant les grandes eaux de
l'Océan atlantique, elle subit l'action incessante de ces
divers milieux, tout en conservant le caractère qui lui
est propre. Rigoureusement parlant, et comme nous
l'avons fait ailleurs', nous devrions décrire chacune de
ces grandes régions physiques, mais cela nous entraîne-
rait ici beaucoup trop loin et nous nous contenterons
d'indiquer, lorsque cela sera nécessaire, les formes et
l'origine de ces influences.
De même, nous laisserons de côté le Marok et FAl-
gérie, pournousoccuper tout spécialement de !a Tunisie~
de r~~T~c. Souspresse.
~opM~<rc
Gc<ropA:<'
4
la plus petite des divisions politiques de l'Atlantide,
dont elle embrasse rextrême partie orientale.
L'Atlantide, prise dans les limites fixes, pour ainsi dire
immuables que lui a donnéesla nature, a 123,450,000
hectares, 62,400 lieues carrées de France, de 25 au
degré.
D'après les recherches de M. Renou la Solt'anie de
Marok a 57,750,000 hectares ou 29,000 lieues carrées.
L'Algérie, d'après le même écrivain, 55.000,000
d'hectares ou 27,800 lieues carrées.
La Tunisie, 10,700,000 ou 5,400lieues carrées.
Et si l'on veut maintenant, remontant du connu à
l'inconnu, se faire une idée précise de ces diverses
étendues nous rappellerons que, d'après les derniers
travaux du cadastre (1857), la France a 52,768,618hec-
tares 88 ares, représentant 26,677 lieues carrées.
On voit que la Tunisie équivaut au cinquième de FAl-
gérie et de la France.
En Orient, la question des limites, si importante pour
les États européens, devient bien rarement Fobjet de
quelques préoccupations. Sur ce point, comme en tant
d'autres se montre toute la différence qu'il y a entre le
génie du monde oriental et le nôtre.
Mais aussitôt que les deux natures se trouvent en con-
tact, les choses ne tendent pas à se modifier dans le sens
de celle qui est aujourd'hui la plus forte. A un tracé de
limites vague, irrégulier, changeant, succède une li~ne
fixe et rigoureusement déterminée. Tel est précisément
ce que l'on a vu se faire, il y a peu de temps, lorsqu'il
s'est agi de déterminer d'une manière invariable les
bornes de notre domination et du pouvoir respectif du
Description ~o~rap/M~MC de l'empirede Maro~ un volm-4"de
plusde SOCpages,aveccarte; Paris i846.Cet ouvrageoffrel'analyse
complètede tout ce qui a été publiéjusqu'à ce jour sur la Marokie,
et c'estle seul que nous puissionssignaleraux personnesdésireuses
d'acquérirdesnotionssûreset positivessur cette vastecontrée.
5
solt~ne de Marok et du bey de Tunis. La Tunisie enve-
loppée par la mer Méditerranée au nord et à Fest, voi-
sine du pachalik de Tripoli au sud-est, bornée au midi
par les sables s'ahariens, n'a besoin de limites conven-
tionnelles que du côté de l'occident, où elle est, sur une
étendue d'au moins 4 degrés de latitude (100 lieues),
limitrophe de l'Algérie.
Cette limite resta pendant bien des années livrée à
l'arbitraire, et les deys n'avaient jamais songé peut être
à lui donner un caractère précis, ce dont les popula-
tions semblaient d'ailleurs se trouver fort bien elles en
avaient même contracté un esprit d'insubordination qui
se traduisait, vis-à-vis des Turks, en faits d'une nature
d'autant plus singulière, qu'on connaît les formes peu
tolérantes de leur administration. Je laisse parler M. Ca-
rette, qui s'est occupé précisément de cette question
dans un ouvrage plein cFintérét, intitulé Recherches sur
la ~o<yr~A~e et le commerce de l'Algérie méridionale,
tome H, page ~7. « Les populations de la frontière ne
faisaient pas à leur souverain l'honneur de les recon-
naître. Quand on leur demandait « A qui appartenez-
» vous? H elles répondaient a A personne. Pour ob-
tenir une autre réponse, il eût fallu demander « A qui
» êtes-vous censés appartenir? » Voici un spécimen des
relations qui existaient entre l'ancien bey de Constantine
et les tribus de cette région. A quelques lieues à l'ouest
de l'Ouad-Serrât, sur le territoire algérien ( aujourd'hui
tunisien), s~élève un piton isolé, occupé par un village
que l'on appelle Gala't-es-Sndre, le Château des Dents.
Ce lieu est inaccessible de tous les côtés, excepté à
l'ouest, où l'on peut y parvenir par un chemin étroit.
Lorsque le bey de Constantine passait au pied de ce
morne, escorté de ses troupes, entouré de tout l'appareil
de sa puissance, les habitants, du haut de leur rocher~
lui jetaient un chien garrotté, en lui criant « Pour ton
» dîner. » C'était) ajoutent les narrateurs, la seule con
G
tribution qu'on lui payât. Si le fait n'est pas vrai, il est
au moins populaire, et les indigènes de cette contrée le
racontent avec orgueil. H On comprend qu'il était indis-
pensable de changer, sinon de telles dispositions, ce qui
n'est possible qu'avec le temps au moins un tel état de
choses. Cela était d'autant plus nécessaire, qu'au voisi-
nage de cette 'partie des limites campaient de grandes
tribus, appelées à nous obéir un jour, et que le pays, étant
ouvert presque partout. ne présente aucun caractère
physique que l'on puisse regarder comme une borne na-
turelle. Ce fut ce qui arriva. En 1845, les tTanencha et
les Nemêncha furent amenés à contribution. La délimi-
tation de notre territoire devint alors l'objet d'une négo-
ciation. Le bey de Tunis se nt représenter par un chargé
de pouvoirs; la France, par M. le général Randon, alors
commandant de la subdivision de Bône, assisté de M. le
capitaine d''état major de Neveu, chargé des opérations
géodésiques du tracé. C'était en 1844.
Le travail, commencé au Djebel BeH~aria, a la hauteur
de Tebessa (55° 24' 10" N. /5"46' 20" E. ) et à 15 ki-
lomètres E. de cette ville, fut mené jusqu'au-delà de la
rive gauche de la Medjerda, au marabout de Sidi-A.liel-
Amassi. Entre ces deux points, éloignés de 114,500 mè-
tres, la limite passe successivement, en montant du S. vers
le N., au Drâ-Snaouber (le contrefort des Pins), à Aïn-
el-Bey, El-Kouief, Bou-Roubaïa, Ras-Zerga, Fretessa,
Djebel-Bou-Djabœr, un peu à l'ouest de laquelle elle va
chercher l'Oued-Horchir, qu'elle suit jusque son con-
fluent avec l'Oued-Melleg, tout près de l'intersection du
56" parallèle et du 6" méridien, au pied S. du Djebel-
Rheiba. Delà, elle monte vers le D jebel-Harraba (5,950 mè-
tres N.-O.), passe au Djebel-el-D,jebel ensuite sous
les ruines de K's'ar-Djaboer ( l'ancienne A~yvï<~<xrc~
56" 14' 25" N., 6° l' 5"E.), qu'elle laisse à la Tunisie,
et elle atteint le marabout de Sidi-Kliorerib, suit le ruis-
seau d'Oued-el-Ghroul jusqu'à son embouchure dans la
-7-
Medjerda, coupe ce fleuve par 6° 5' 50" E., et atteint en-
fin le marabout de Sidi-A'li-el-Amassi, par 56° 25' N., et
5° 59' 55" E. Cette ligne court ainsi sous le 6" méridien,
pendant longtemps en dedans, puis en dehors.
Du marabout de Sidi-A'li-el-A.massi à ia mer, la limite
n'a pas été officiellement fixée. Du temps de Shaw (~ 750),
l'embouchure de FOued-el-Zane, vis-à-vis de l'îlot de
T'abark'a, était regardée comme la limite respective des
deux états, sur la Méditerranée. Ce point est encore ac-
tuellement le même mais dans l'intérieur, au lieu de
remonter le cours de cette rivière, la limite suit les crètes
qui séparent son bassin de celles des lacs de la Galle et
de l'Oued-el-Kébir une ligne droite umt ces crètes au
marabout de Sidi-A~li.
Quant à la partie des limites qui s'étend au midi~de
Tebessa jusque dans le S'atiara le territoire voisin
Payant pas encore été soumis à nos armes, la limite
reste Indécise. Dans Fouvrage cité plus haut, M. Ca-
rette en a provisoirement détermine les points princi-
paux. Ce sont le puits de Bou-Nàb (la Grosse Dent), au
milieu des dunes de sable qui entourent l'Ouad-Souf; la
plaine d''El-Mita, au bord de la Scbkhra-MeIghnghr, et
l'Ouad-Ghres'râne le cours de l'Ouad-Helâl le défilé
de Bekkâria.
Si nous avons un peu insisté sur cette délimitation,
c'est qu'elle a une certaine importance, et qu'elle est
d'ailleurs assez mal tracée sur nos cartes
La ligne de démarcation entre la Tunisie et le pacha-
lik de Tripoli a un peu de ce vague dont nous parlions
tout à l'heure. Il paraît d'après la carte de Smith
(partie occidentale de la Méditerranée), qu'elle vient
aboutir au rivage de la Méditerranée, au pied et en
deçà du fort tripolitain de Zarziss (Djerdjiss), par 51° 5F
et WARNiER,
1 J'en exceptecellede MM. CiRETTE et celle de
M.BOUFFARD.
8
de latitude. En arrière de la côte elles ne peuvent être
que vaguement tracées.
Les contours extérieurs de toutes les régions de hautes
terres et le jeu des eaux sur leur surface indiquent
toujours d'une manière précise la direction des grandes
lignes de sommets, qui en forment, suivant une expres-
sion du dernier siècle la charpente osseuse. L''Atlan-
tide en est un exemple. La direction est et ouest de la
côte du nord, la marche oblique du nord-est au sud-
ouest des rivages, à ses deux extrémités, révèle que les
chaînes qui la parcourent doivent avoir ces deux direc-
tions générales. Cela est en effet, et si la dernière se
rencontre fréquemment dans l'intérieur du réseau, elle
est surtout très-marquée aux deux extrémités, parce
qu'elle s'y montre dans de longues lignes fortement
accentuées.
La ngure suivante rectangle allongé incliné sur sa
base vers la droite, représente assez bien cette disposi-
tion générale.
MËDÏTKRRAKHR.
OCKAN. TEM. MÉDtTHRM.
ALG~
T~S,
S'AUARA.
La position de la Tunisie, sur cette figure indique
suffisamment quel est le sens dans lequel courent ses
lignes de reliefs. Au milieu de leur ensemble, cinq
chaînes se font surtout remarquer, et par leur élévation
et par leur continuité. Les deux plus hautes, marchant
a peu de distance laissent toutes les autres en arrière,
et vont former ce promontoire massif que termine le
B.âs-Addar, projeté au loin dans la mer, au-dehors de
la ligne générale des côtes.
Au centre du pays, elles forment un plateau tres-mon-
9
tagneux, dominé par des sommets de !,000, 1,100,1,500
et 1,450 mètres au-dessus de la mer; il s'abaisse au nord,
vers la vallée de la Medjerda, au-delà de laquelle s'étend,
jusqu'à la mer, une contrée d'un aspect très-accidenté,
ainsi que l'est aussi tout le nord-est de la Tunisie. Au
contraire, à l'est, au sud-est et au midi, les hautes terres
dominent de larges terrasses planes qui, semhlables à des
gradins, descendent vers le golfe de la petite Syrte et le
S'ahara. Là, sont les plaines de l'ancien Byzacium.
On observe souvent, en géologie, des roches qui, par
leur contact avec d'autres roches douées jadis de pro-
priétés qu'elles n'ont plus, ont très-sensiblement changé
de texture et d'aspect. Ce phénomène est connu sous le
nom de ~e~K~A~ïe. Il en a été ainsi du massif
atlantique et du Sahara.
Par des causes assez simples par une constitution phy-
sique, qui souvent s'est prétée d'elle-même au change-
ment, les deux natures ont réagi l'une sur l'autre et ia
région entière en a revêtu une double physionomie
nettement tranchée.
C'est d'un côté, entre la mer et une ligne aux évolu-
tions multiples, qui lui donne une largeur très-iné-
gale, une zone de montagnes, de collines, de vallées et
de plaines, entre lesquelles courent des eaux tantôt
abondantes et vives, tantôt lentes et rares au sol fer-
tile, se couvrant d'une végétation sauvage, exubérante
lorsque le travail de l'homme ne vient pas lui demander
de riches produits en un mot, ce que les Arabes, sur !a
trace d'une appellation aussi vieille que la terre elle-
même, ont appelé le Tell (dit latin Tellus), la terre cul-
tivable par excellence.
C'est, d'autre part, une région de grands plateaux et
de vastes landes, à la surface moutonnante, que les
pluies de l'hiver transforment momentanément en prai-
ries, que les chaleurs desséchent jusqu'à la faire éclater;
où la culture n'est qu'une conquête de la nature et de
2
-10-
l'homme sur l'affreuse solitude du désert; c'est, en un
mot ce que les Arabes, encore une fois, ont nommé le ~'<x-
A<M~ mais en attachant à cette expression un sens qui
le différencie complètement des sables ou plus rien n'est.
En établissant ce grand partage des terres, la nature
s''est montrée ce quelle est toujours, pleine de variété et
de caprice. J'ai dit que FAtlautide était un massif ayant
au midi une région de terres basses appartenant au
désert. Vous croyez peut-être qu'elle s'est réglée sur
cette première divison pour établir la seconde? Nulle-
ment. Le S'ahara (nous prenons toujours ce mot comme
équivalent de région des pâturages et des oasis) s'avance
sur le massif, jusqu'à n''être plus à la hauteur d'Oran,
qu~a 17 lieues (70,000 mètres) de la mer, et le Tell
s'enfonce, du côté opposé, en arrière de Bône, tellement
loin du même rivage, qu'il s'en trouve, en un point,
à plus de 70 lieues (510,000 mètres).
Par-dessus ces deux larges circonscriptions physiques
sont venues s'appliquer les divisions politiques, qui ont*t
fractionne ce qui ne l'était pas, et on a eu ainsi un Tell
marokain, algérien et tunisien, de même, qu'il y a un
Sahara tunisien, algérien et marokain. Du reste,
même aspect, mêmes caractères, mêmes productions.
La Tunisie, placée à F orient de F Atlantide, là où le
désert a reculé le plus devant l'envahissement de son
rival, la Tunisie a un Tell fort étendu, et qui embrasse
plus de la moitié de la surface entière proportion beau-
coup plus forte, quelle ne l'est en Algérie, ïci, une
étude persévérante et sagace du sol a permis de tracer,
avec assez d'exactitude, les limites des deux terres; dans
la Tunisie, qui a été moins explorée, les bornes de Fune
et de Fautre nous sont moins connues. Cependant
M. Renou pense que le Tell tunisien peut avoir environ
7,800,000 hectares, sur lesquels il est permis de croire
que 6,500,000 hectares sont cultivables, c'est-à-dire les
six dixièmes de la surface totale du pays.
–H
Le système hydrographique de la Tunisie est aussi
imparfait que l'est celui de l'Algérie. A voir la carte, on
les croirait l'une et l'autre très-fa vorisées sous ce rapport.
Il.n'en est rien. Cette immense quantité de lignes, exigées
par le dessin, n'indique que des fonds de vallées ou de
vallons, seulement remplis à l'époque des pluies an-
nuelles au sein des pays couverts, dans les montagnes
abruptes, dans les rivières les plus fortes, et qui cou-
lent quelquefois toute Fannée, les eaux sont toujours
peu profondes leur lit, tourmente, plein de roches,
est d'ailleurs d'une nature telle que l'Industrie seule
pourrait en tirer parti pour des usines.
La Tunisie n'a qu'une seule rivière importante, qui
encore ne lui appartient pas en totalité, mais dont elle
possède il est vrai, la partie la plus utile, le cours infé-
rieur elle en traverse la région septentrionale. Cette
rivière est la Medjerda l'ancien Bagradas, qui a ici
49 lieues (218 kilomètres) de développement, et dont
le cours entier, pris de la tête des eaux les plus reculées,
équivaut à peu près à celui de la Dordogne (80 lieues),
Sur les terrasses des parties orientales et méridionales,
les eaux se perdent dans des bas-fonds plus ou moins
vastes, sortes de marais que le soleil couvre, en été, d'une
croûte de sel éblouissante, et que les Arabes connaissent
sous le nom de ~cM~y~. Celle dite de K.eÏroan est assez
étendue. Dans le S'ahara, où elles pouvaient s~étendre
sans obstacles, elles ont envahi toute la base du massif,
et ont pris de telles dimensions qu'elles forment l'un des
grands traits caractéristiques du pays. Enveloppant le
pied de toutes les hauteurs, tournant les promontoires,
formant' de grandes presqu~îles, la Sebkhra se rétrécit,
puis s'étend, s'allonge et va se réunir enfin à des Sebkhras
non moins vastes, dans les parties les plus basses d'une
immense dépression qui occupe toute la région sud-est de
FAIgérie. La physionomie de ces marécages est toute
particulière; l'eau ne les recouvre pas entièrement, elle
–12--
les imprègne seulement, si l'on peut s'exprimer ainsi,
et se charge de particules salines, que la chaleur épand
sur la terre entière, comme une couche de neige. Ça
et là aux embouchures de quelques torrents descendus
des hauteurs voisines, on voit un peu d'eau saumàtre
permanente, un terrain plus humide partout ailleurs
le sol est assez ferme pour permettre qu'on le traverse,
que des villages entiers se soient élevés sur ce terrain
singulier, avec leurs nombreux groupes de palmiers
quelquefois seulement il est mouvant, et Fon est alors
obligé d''y indiquer la route par des troncs de palmiers;
aussi la Sebkhra a-t-elle, parmi beaucoup de noms, celui
de Sebkhra des Marques, T~-E'MOMC~o~. Pour encadre-
ment au nord, les sommets de quelques chaînes, partout
ailleurs la plaine du Sahara, et, entre tout cela, deux dis-
tricts, véritables oasis, le BeIed-el-Djérid et leNiizaoua.
Dans cette contrée basse, au sol calcaire et sablon-
neux, la chaieur est très-forte et dure longtemps; en
janvier et février elle est, au milieu du pur, de ] 9 à 20°
centigrades, quelquefois de 50; il la faut telle pour le
palmier aussi le S'ahana tunisien produit-il les meil-
leures dattes de l'Atlantide. Entre les deux équinoxes,
quelques mois, où les pluies sont assez abondantes pour
couvrir les vallons d'herbages et abreuver la Sebkhra,
s'appellent l'hiver. Dans le reste de la Tunisie, le climat
est toujours chaud, parce que la latitude le veut ainsi;
mais il se modifie suivant les expositions, plus sévère sur
les hauts plateaux du Tell montagneux, plus doux aux
bords de la mer. En ~855, à ICeiroan, sur la première
terrasse, du côté de la mer de FEst, garanti a l'ouest
par les sommets des monts, Fhiver avait été, disait-on,
très-dur, et cependant le thermomètre notait jamais
descendu à ~0° centigrades au-dessus de zéro (fin jan-
vier) sur les bords de la mer, à Sfak''s, le 4 février, à
midi, il marquait 20°,5; à Gâbes, du 8 au 10, il était
à 26°,6 (midi) à l'ombre, 42 au soleil. Les soirées y
-13-
étaient délicieuses, et c'était quelque chose d'admirable
que de voir le soleil descendre insensiblement derrière
les forets de dattiers, dardant à travers leurs palmes
élégantes des rayons d'une vive lumière; et puis, lors-
qu'il avait entièrement disparu au-dessous de l'horizon,
transformant le ciel du couchant en une voûte de feu,
tandis qu'il gardait tout son éclat pour quelques légers
nuages flottant dans la masse de l'air. En quelques mi-
nutes, les tons d'or de Fatmosphère se changeaient en un
cramoisi foncé auquel succédait, par des dégradations
insensibles, toutes les belles teintes du pourpre, qui s'af-
faiblissait et disparaissait lui-même devant les ombres
légères de la nuit. D'innombrables étoiles scintillaient
alors dans l'espace, et lui donnaient une splendeur indi-
cible, pendant que la brise, s''éicvant peu à peu, apportait
avec elle les parfums de mille fleurs et la douce fraî-
cheur de ses ondes purinées. Rien ne troublait la beauté
de ce spectacle, enveloppé d'un silence auquel la voix
harmonieuse du mou-ed-dîne, appelant les fidèles à la
prière, prêtait un charme de plus.
Diaprés les observations faites à Tunis, on voit que la
température y a cette douceur et cette ëgaiitë propres à
Alger, Boue et Oran. En décembre 1845, la moyenne
y a été, à midi, de ~7° pendant le premier trimestre
de 1846, de 12°. Les grandes chaleurs commencent au
mois de juin, et durent jusqu'à la fin d'octobre il pleut
de temps à autre depuis cette époque jusqu'à la mi-
avril toutefois, pendant les six ou sept autres mois, la
terre y est rarement rafraîchie par la moindre ondée.
Tunis même, d~aUleurs, qui renferme toutes les causes
d~insalubrité, et qui cependant est sain, témoigne haute-
ment de la grande pureté de Pair de ces régions.
Le sol de la Tunisie n'a rien perdu de cette fertilité
qui faisait l'admiration de tous les poètes de l'antiquité.
C'est encore cette terre à laquelle Bochart s'était cru
autorisé à donner pour étymologie le mot phénicien
-14-
~Ae~OM~(épi), d'ou Afrique, la terre des épis. Dans les
champs du Byzacium (partie méridionale du Tell), où,
selon Varron, un boisseau en donnait cent, on peut
encore cueillir au hasard une tige qui aura 97 épis, et il
n'est pas probable que celles qui en portaient 550 à
400, soient aujourd'hui plus rares que du temps d~ Au-
guste et de Néron.
Le nord l'ancienne Zeugitanie présente les
mêmes et inépuisables ressources. Benzert, avec son ter-
ritoire, ses deux lacs enveloppés de montagnes, est
d'une incroyable beauté, et les charmantes descriptions
que fait Virgile, dansFE~o~~ des bords du golfe de
Carthage, sont encore vraies.
Partout il suffit d'effleurer la terre pour en faire
jaillir la plus riche des moissons. Sur toute la côte de
l'est, les villages s'élèvent au milieu de forêts d'oli-
viers, et une bonne partie des 20 millions que la
France donne à l'étranger pour avoir de l'huile, se
.dépense ici. On dit que 200 navires touchent annuelle-
.ment à Souçah pour ce seul commerce. Nekhtah est en-
veloppé de champs d'indigo à quelques heures, au nord-
est, est Sfak's, célèbre par l'abondance et la supériorité
de ses pistachiers (~M<. lentiscus), qui jettent au soir, à
travers les airs, une forte odeur de térébenthine. Le
cucumis <~M(~~ petit melon gros comme une orange
et d'un parfum exquis, y est commun. La, s'épanouis-
sent aussi les plus belles fleurs, et entre autres le geranium
de Numidie dont les Arabes racontent ainsi l'origine
légende religieuse comme tous les peuples en ont.
«Un jour, disent-ils, que Mohammed blanchissait sa
tunique, il la posa, pour la faire sécher, sur un buisson
de mauves mais, lorsqu'il la retira la plante avait été
transformée, par le contact de cet objet sacré, en un
magnifique géranium. » On ne trouve plus à Gàbes
ce fruit que les Arabes, au rapport de Léon, appe-
laient le fruit bien-aimé; mais le lotus ( rhamnus lotus)
–15–
y abonde encore comme au temps d'Homère. C'est
une baie, sorte de jujube, d~un goût légèrement sucré,
assez insipide, dont on a bien de la peine, après en avoir
mangé, à s'expliquer l'antique célébrité. Le territoire de
Gàbes produit aussi une grande quantité de henné,
plante avec laquelle les dames mauresques se teignent
les ongles, les mains et les pieds en jaune orange., en
même temps que les hommes en colorent la crinière et
les jambes de leurs chevaux.
Quant aux plantes potagères et aux fruits, il y en a
non-seulement une grande quantité, mais ils se succè-
dent de très-près, toute l'année. Benzert est renommé
pour ses pêches.
En général, les forêts, dans le Tell tunisien, comme
dans le Tell algérien, sont de médiocre étendue et rares.
On dit que le nord, entre le Medjerda et la mer, est très-
ombragé il aurait cela de commun avec notre Kabylie
maritime, dont il n''est d'ailleurs que le prolongement.
Dans les parties hautes du S'ahara, on aperçoit des bou-
quets de pins, de cyprès, qui consolent un peu de l'aridité
de la plaine. Ici et dans la partie que le contact du massif
a conquis sur le grand désert, toute culture dépend de
Feau. Des que ce principe de la végétation est en quantité
suffisante, le sable n~est plus sable mais un assimilateur
puissant, par lequel s'élaborent les éléments des plus
riches produits. L'hommey plante le palmier-dattier, et
aussitôt l'arbre, comme s~ilse savait le roi de la solitude,
élève fièrement sa tête dans les airs, pour couvrir de son
ombre protectrice tout ce qui vit à sa base. Neifa etTozer,
les deux principales villes de Beled-el-Djérid, le pays de
prédilection de l'arbre Gafs'a, plus au nord; Gâbes, au
bord de la mer; tout. le Nifzâoua, qui a pour chef-lieu
Kebilli, toutes ces îles verdoyantes au milieu des sables,
n'existent qup par lui son influence est telle, qu'on a
pu y cultiver des plantes qui n'eussent jamais osé s'avan-
cer elles-mêmes dans cette région de feu dont elles
–16–
semblaient éloignées à toujours les céréales, l'orge et
même le blé, puis le grenadier, le figuier, le pêcher,
l'amandier, le pistachier, le citronier, l'oranger, le tabac,
les melons, les pastèques, et jusqu'à l'olivier; l'huile de
Gafs'a est renommée celle de Neft'a, dont l'air est plus
brûlant encore, lui est supérieure. Les forêts de palmiers
sont réellement superbes, car, indépendamment des
formes gracieuses de la tige de l'arbre, de son élévation
au-dessus de ce qui l'entoure des festons de vigne qui en
font une colonne de verdure, ses longues palmes agitées
parla brise, l'épais feuillage au-dessus duquel il s'élance,
et l'aridité désolante qui semble les menacer sans cesse,
augmentent encore l'impression qu'elles produisent.
Tout sert dans le dattier. Vivant, ses jeunes feuilles
se mangent en salade, ses palmes, dépouillées de leurs
feuilles, donnent d'élastiques baguettes (djérid), dont
les fibres se tressent en cordes et eu gros sacs ses
feuilles (~o/') servent à faire de vastes chapeaux-om-
brelles (mcl'alla), des cabas, des tapis, des nattes; mort,
son troncs~utilise comme bois de construction et de chauf-
fage, et on en fabrique des meubles et des instruments.
En outre, lorsque le dattier ne donne plus de fruits en
aussi grande quantité, on ébranche sa partie supérieure, et
dans sa tête, ainsi dénudée, on creuse une cavité hémi-
sphérique, où vient se rendre la sève, et d'où on la retire
pour la boire, sans aucune préparation c'est le Zc~yA~M,
appelé plus poétiquement pleurs du palmier, liqueur
dont le goût présente assez d'analogie avec celui de l'or-
geat, lorsqu'elle est fraîche, mais qui ressemble au cidre
lorsqu'elle a fermenté. Si l'arbre n'est pas fatigué de
cette saignée, il reverdit de nouveau, et au bout de deux
à trois ans, on peut le couper encore il supporte l'opé-
ration cinq ou six fois. Celle-ci semble être connue depuis
fort longtemps, car un voyageur anglais possède une cor-
naline antique trouvée dans le Djérid, sur laquelle est
représenté un palmier. disposé pour cet objet.
17
Mais iten est de ces richesses comme de toutes celles de
la terre, elles ne peuvent être et ne sont, en effet, que
le produit d''un travail assidu. Le palmier, semblable à
ces fruits si beaux que nous a livrés une nature d'abord
rebelle a besoin des soins de l'homme. Il donne, mais
il faut qu'on lui donne il a besoin d'être choyé, et le
cultivateur s'aharien s'est montré à la hauteur de sa tâche.
La pluie incommode le dattier et il ne peut se passer
d'eau il est donc indispensable qu'elle ne baigne que son
pied aussi le système d'irrigation des oasis est-elle une
chose parfaitement organisée et vraiment curieuse. De
la source ou de la tête des eaux destinées à arroser les
plantations, part un canal qui va se ramifiant à travers
les jardins, et dont l'ouverture est fermée parune écluse.
Chaque propriétaire a droit, droit écrit sur son acte de
propriété, à un arrosement d'une heure, de deux heures,
plus ou moins. Ce temps est mesuré, à un sablier, par
un homme qui se tient à l'écluse de déversement, qui
l'ouvre pour ceux-ci, la ferme pour ceux-là, à heure
dite.
Le règne animal de la Tunisie ne diffère pas de celui
de FAtgérie. Dans les lieux écartés du Tell errent le
lion, la panthère et le chat sauvage; les gazelles y sont
en troupes nombreuses, ainsi que les chacals et les loups.
On y trouve encore le singe, Fichneumon, le porc-épic,
le hérisson, le renard, le furet, le lapin, le lièvre la
taupe, etc. Les sangliers y font le désespoir du cultiva-
teur par leurs ravages. Les tortues de terre et d'eau y
sont assez communes; le caméléon se voit sur toutes les
haies. Les environs de Gafs'a, comme au temps de Sal-
luste, fourmillent de serpents. On prétend que les habi-
tants de Zarrah, village au S.-E. de Gâbes, vivent avec
eux et partagent leurs repas ces reptiles font leurs œufs
dans les trous des murailles. Ils ne paraissent pas aussi
inofïensifs partout, et la piqûre du Idfïah est même dan-
gereuse. Des troupes de bœufs sauvages (~f-e/'ot~c~)
5
–!8–
parcourent le Sahara, qu~habitent également quantité de
gerboises. Cette contrée est surtout infestée de scorpions.
L'ornithologie de )a Tunisie comprend Faigle, le kara-
borno (espèce d~épervier), le corbeau, l'outarde, la per-
drix, la grive, la pintade ou poule de Numidie; le ca-
psa, moineau au chant délicieux, est un hôte des oasis,
et aux environs de Benzert, l'alouette pullule. Le pé-
lican, le canard, !a poule d'eau, le francolin, volent par
milliers au-dessus des lieux humides. Les tribus nomades
élèvent beaucoup de gros bétail, des moutons ordinaires
et des moutons à grosses queues, des chèvres et des cha-
meaux. Les Arabes emploient, pour distinguer-les bons
chameaux des mauvais, lorsqu'ils sont encore jeunes,
un moyen qui répond parfaitement aux tendances de leur
esprit crédule et porté au merveilleux. A Fépoque du
lever de l'étoile merzim(?M~r&?) au-dessus de l'hori-
zon, on place les chameaux sur une seule ligne faisant
face au point du ciel où elle doit apparaître; elle se mon-
tre très-grande et très-brillante en l'apercevant, les
bons chameaux doivent s'enfuir aussitôt les mauvais res-
tent au contraire insensibles, et alors on les vend expé-
ditivement à bas prix.
Ce que nous savons des richesses minéralogiques de
la Tunisie tend à démontrer qu'elles ne diffèrent pas
beaucoup de celles de l'Algérie. Située sur le méridien
métallifère qui passe par les mines de fer de la Suède, du
Harz et de l'île d'Elbe, il n'y aurait rien détonnant à ce que
sa partie septentrionale, de même que le massif de l'E-
dough (Algérie), présentât de riches dépôts de ce métal.
Le plomb paraît y être abondant, et on en a même ouvert
une mine au Djebel-el-Ressass (la montagne de plomb),
au fond du golfe de Tunis, à peu de distance du Djebel
Mouhtar, qui renferme une sorte de marbre commun.
Hammam-el Ënf(~ ~a~ du nez), dans le voisinage,
et surtout les Hammam-Ghorbeus, sont des sources mi-
nérales et thermales, renommées pour la guérison des
19
rhumatismes et des maladies syphilitiques invétérées.
D'autres sources thermales existent sur plusieurs points,
et il en est une, à Gafs'a fort curieuse, parce quelle
nourrit une sorte de tanche noire, qui meurt lorsqu'on
la transporte dans l'eau froide celle ou elle vit est
à 30".
Aux environs de K'eïroan, la terre est chargée d'une
telle quantité de salpêtre, qu'elle rend vingt-deux livres
de sel par quintal. Le bey eu fait seulement extraire
pour la fabrication de sa poudre à canon mais on pour-
rait en fournir à toute l'Europe.
Cet exposé de la géographie et des ressources natu-
relles de la Tunisie, est le résumé succinct des travaux
de Shaw, Greaves, Grenville Temple, E. Carotte, Pricot
Sainte-Marie, Falbe, Brandin. Nous verrons, dans un
autre article, ce que l'homme a fondé sur cette base,
qui contient tous les germes d'*une grande prospérité.
ALGÉRIE.
COLONISATION.
Nous ne chercherons pas à démontrer l'importance de
ia colonisation de l'Algérie; d'autres se sont avant nous
chargés de cette tache et l'ont accomplie de manière à
ce qu'il soit à peu près inutile de la recommencer, au
moins dans ses termes généraux. C'est là, nous le croyors,
chose jugée, et trop généralement admise, pour que les
efforts de tous ne tendent pas vers le résultat qu'elle doit
amener, rendre à l'Europe une région qui en est le com-
ptément au midi, et à laquelle elle est rattachée par des
liens beaucoup plus étroits que ceux qui la font dépendre
de l'Afrique donner à la France l'annexe dont elle avait
besoin pour dominer le bassin de la Méditerranée, rede-
venu de nouveau le cœur de l'ancien monde. Mais, s''il
nous importe grandement d'occuper une contrée dans la-
quelle nous trouverons d'immenses ressources, une place
assurée pour l'excédant d'une population sans cesse crois-
sante, c'est une question grave de savoir comment doit
se faire cette occupation. L'examen des moyens et des
projets proposés pour cela mérite donc une attention sé-
rieuse. Tout récemment, trois hommes, auxquels leur
haute position en Algérie, et leur action dans les affaires
21
du pays, donnent une grande autorité, M. le maréchal Bu-
geuud e! MM. les lieutenants-généraux de La Moricicre
et Bedeau, ont présenté trois plans différents dont l'ex-
posé aété distribué aux Chambres, mais n~apas eu d'autre
publicité. Nous avons donc cru nécessaire de mettre nos
lecteurs à même de les apprécier et, afin de le faire de
la manière la plus complète, nous nous servirons des
propres paroles de leurs auteurs; seulement, comme il
nous serait matériellement impossible de reproduire les
trois projets dans leur entier que, d'ailleurs, ils sont
précèdes ou suivis de considérations peu importantes pour
le fond de la question, nous ne donnerons ici que les
passages mêmes qui constituent l'ensemble de chacun
d'eux. Nous les ferons suivre de quelques considéra-
tions inspirées par une étude attentive.
Projet de M le maréchal BUGEAUD, due dtS~Y
DE LA COLONISATION MILITAIRE.
CONSIDÉRATIONS
GÉNÉRALES.
Si j'avais pu trouver d'autres mots que ceux de coloni-
sation militaire pour désigner le peuplement (Fune
portion du pays au moyen de Félément qu'offre l'armée,
je les aurais employés, dans la crainte d'effrayer certains
esprits qui ont de la répugnance à voir fonder une société
régie en partie par les lois militaires.
S'il est vrai que, par un amour excessif des institutions
civiles, sans tenir compte des circonstances qui nous do-
minent en Afrique, on préfère ces institutions à la force
vis à-vis des Arabes, à davantage de pouvoir opérer une
22
plus grande réduction dans Farmée permanente, quoi de
plus aisé que de ramener au régime civil les colons mili-
taires, quand ils auront achevé leur temps de service P
Chaque année ne fait-on pas rentrer dans la vie civile,
par la libération, le septième de Farmée ? Et ces
hommes qui retournent dans leurs foyers, après sept
années d'une vie d'ordre et de discipline, ne sont-ils pas
des citoyens aussi bons, aussi laborieux que ceux qui
n''ont point servi?F
Il peut donc n'y avoir, au fond, d'autre différence
entre la colonisation militaire et la colonisation civile,
que celle qui existe dans ]a qualité des éléments.
La colonisation civile présente aux Arabes une
aggrégation de familles dont les membres n'ont au-
cune habitude guerrière. Elle renferme des vieillards,
des infirmes, des enfants en très-bas âge, enfin
beaucoup de bras inutiles pour le travail et pour
la défense
La colonisation avec l'armée ne présentera, dans
les premiers temps du moins, et c'est surtout dans
les premiers temps qu'il importe d'être fort, que
des hommmes vigoureux et accoutumés à vaincre les
Indigènes.
Seront-ils moins productifs parce qu'ils seront vigou-
reux? Évidemment non et les résultats obtenus dans les
villages de Mered, de Mahelma de Fouira, prouvent
suffisamment le contraire.
Auront-ils moins de chances de prospérité parce
qu'ils ne seront pas liés au sort de ces bras faibles ou
inutiles, qui forment le plus grand nombre dans la
Lacolonisationcivilea admisjusqu'iciles étrangersde toutena-
tion le dernierrecensementa donnéle chiffrede cent cinq mille
Européens,sur lesquelsil n'y a que quarante-sixmilleFrançais. Si
cette disproportionse maintenait,elle constitueraitévidemmentun
dangerpournotreavenir.La colonisation rnrate, faiteavecl'élément
de l'année, effaceraitla disproportion
et le danger.
–23–
plupart des familles civiles? Je pense le contraire. Au
reste, les colons militaires seraient invités à ramener
avec eux, outre leur femme, qu'ils iraient chercher
en France, un ou plusieurs individus de leur famille
et il est probable qu'en général ces individus ne se-
raient pas d'un âge très avancé ou d~un âge trop
tendre.
Quand on a la prétention de dominer, de modifier,
de civiliser un peuple aussi guerrier que le peuple
arabe quand on veut introduire dans le sein de ce
peuple un peuple nouveau qui s'empare des localités
et des terres les mieux situées et les plus riches il
serait bien imprudent, bien insensé, de poser devant
lui, en première ligne, une population débile comme
celle qui a été introduite jusqu'ici. Pour dominer, mo-
difier et civiliser, il faut que nous soyons plus forts,
plus moraux, mieux constitués et plus habiles que les
indigènes. Quiconque les a vus de près, reconnaîtra
qu'ils sont supérieurs en force physique et en organi-
sation pour la guerre, à la masse de la population
française. Ce n'est donc que dans Farmée, composée
d'hommes de choix, que nous pouvons trouver le cadre
d'une population plus forte ou tout au moins aussi
forte que celle des Arabes.
Nous devons faire remarquer ici que ce qui constitue
la supériorité de l'armée sur la milice indigène, ce n'est
pas tant la force physique et la valeur intrinsèque de
chaque homme, que l'organisation la discipline et la
tactique. Malgré ces trois grands avantages, les régi-
ments qui sont arrivés en Afrique ont eu besoin de
l'expérience d'une année avant de faire convenablement
la guerre aux Arabes. Ce fait prouve combien le peuple
indigène est fort par sa constitution et ses habitudes
guerrières. Je sais bien que pour apprécier sa force,
plusieurs écrivains ont supputé le chiffre de sa popula-
tion. Outre ce qu'il y avait d'erreur dans leur statis-
–24–
tique, faite de loin et par renseignements, ils ignoraient
que le peuple arabe, par sa constitution sociale et ses
habitudes guerrières, ne peut pas être comparé pour
la force militante, aux nations européennes. Chez celles-
ci, les masses sont entièrement étrangères au maniement
des armes leurs habitudes casanières, les grands tra-
vaux industriels les en éloignent. Pour avoir une armée,
il leur faut une loi et une longue préparation des
hommes qui sont appelés au service militaire. Chez
les Arabes, au contraire, tout est guerrier, tout marche
à la guerre sainte, depuis Feulant de quinze ans jus-
qu'au vieillard de quatre-vingts. Chaque tribu est un
camp, dont tous les hommes sont toujours prêts à com-
battre, pendant que les familles sont toujours préparées
à s'éloigner du danger, emmenant leurs troupeaux, et
emportant leur mobilier sur des bêtes de somme, qu'elles
ont en nombre suffisant pour ce service prévu. Voilà
comment une population, qui n'est que de deux mil-
lions selon les uns, de deux à trois millions selon les
autres, de trois à quatre millions selon moi, a pu
néanmoins nous résister, pendant de longues années,
avec quatre ou cinq cent mille guerriers. La partie du
Caucase que combattent les Russes depuis vingt-sept
ans, n'a pas, dit-on, plus d'un million de population.
Heureusement pour nous, non-seulement les guer-
riers arabes ne pouvaient se concentrer que dans un
certain rayon mais encore quand Ils se concentraient,
ils n'avaient pas la force d'ensemble que les masses
acquièrent seulement par ror~anisation, la discipline et
la tactique.
Et pourtant, telle qu'elle est, la milice arabe serait
toujours assez puissante pour détruire les populations
civiles faiblement constituées, si elles n'étaient protégées
à temps par l'armée.
Cette protection eflicace et de tous les instants serait-
elle possible, quand notre faible colonisation aurait en-
25
vahi les grands espaces quelle doit occuper pour rem-
plir nos vues de domination et de production? Je suis
loin de le penser. Il n'y a rien d'aussi difficile, je dirai
même d~aussi impossible, que de garder militairement
et exactement de longues lignes. Les militaires instruits
et expérimentes ne l'ont jamais tenté; ils ont seulement
cherché à se mettre en mesure de frapper avec avantage
Fennemi qui aurait franchi la ligne sur un point ou sur
un autre. La protection des populations agricoles pla-
cées derrière ces grandes lignes est encore plus impos-,
sible car, comment empêcher de passer deux ou trois
cents cavaliers fort légers, et n'ayant à leur suite aucun
embarras? Eh bien! cette force suffit pour porter la
mort et la dévastation dans un grand arrondissement
agricole, où ces cavaliers ne trouveraient que des fa-
milles non guerrières et éparpillées sur la surface du
pays, comme l'exige la pratique de l'agriculture. La
protection arriverait presque toujours trop tard le mal
serait fait, la terreur serait dans les esprits la société
agricole ne pourrait se soutenir sons cette vie d'alarmes
continuelles il est probable qu'elle se débanderait et
s'en irait après deux ou trois catastrophes.
Voilà les grandes raisons pour lesquelles il faut que
les populations que nous introduirons soient fortement
constituées, et aussi serrées que possible sur un espace
donné. C'est par ces motifs que j'ai repoussé de tous
mes moyens, les grandes concessions de 500, 1,000,
2,000 et jusqu''à 6,000 hectares qui nous ont été si sou-
vent demandées. Je les repoussais, parce que les grands
concessionnaires ne peuvent nous faire, d'après leurs
propres intérêts, auxquels ils céderont constamment,
qu'une population rare et, selon toute apparence, mal
composée.
Or, la colonisation civile, précisément parce qu'elle
est plus faible que la colonisation militaire, a besoin
d~être plus dense pour que sa masse impose du respect.
–26–
A cet égard, il s'est lait dans les idées un changement.
bien remarquable. Autrefois, et jusqu'au milieu de 1842,'
on considérait la protection agricole comme quelque
chose de si diflicile, que l'on salait résigne à se renfermer
dans des obstacles continus, embrassant autour de nos
villes de la côte quelques milliers d'hectares, parce
que les événements de 1859 avaient démontré Fim-
puissance des ca'nps et des postes multiplies autour du
Sahel et d'une partie de ]a Metidja. On ne rêva plus
qu'obstacle continu; plusieurs livres furent écrits surce
sujet; ils s'attachaient à démontrer qu'il n'y avait de
production agricole et de colonisation possibles qu~à ce
prix. Les succès de 1842 à 1845 ont jeté certains esprits
dans un autre extrême. On ne songe plus, le moins du
monde, u la protection ni à la force de constitution dans
les populations qu~on introduit; on semble croire qa'i 1
n'y a plus qu'a s'épanouir sur un sol libre et fécond on
raisonne comme s'il n'y avait plus d'Arabes, ou tout au
moins comme s'il n'y avait rien de plus facile que de
se préserver de leurs atteintes. La dernière insurrection
aurait dû modiner ces idées Irréuëchies. On a vu com-
bien il nous a fallu de travaux, déclivité, de persévé-
rance pour empêcher Abd-el-Kader de rétablir son au-
torité on a vu que malgré tous nos efforts, plusieurs
tribus fidèles avaient été enlevées on a vu que la
Metidja n'a été sauvée de Fenvahissement et du ravage,
que par un fait heureux. Et cependant, on ne parait
pas songer, dans les plans de colonisation qu'on invente,
à se préserver contre le retour à peu près certain de
pareilles circonstances.
Si nous sommes prudents, nous ne perdrons jamais
de vue, dans nos projets d introduction de la population
européenne la force des Arabes leur constitution guer-
rière, leur caractère belliqueux et indépendant.
J'en ai dit assez pour faire comprendre aux esprits
judicieux que la colonisation est avant tout une question
27
de force que la Fiance ne peut être décharge du far-
deau politique et financier qu'elle supporte, si le peuple
européen qu'elle introdun'a en Afrique n'est pas assez
fort pour dominer et modifier les arabes, et que, par
cela même qu'il sera assez fort pour remplir cette tâche,
il sera assez productif pour solder la petite armée per-
manente qui lui sera toujours Indispensable et pour
n'avoir pas besoin que la métropole s''épuisc n solder
ses autres dépenses.
PRATIQUE DE LA COLONISATION
FAITE AVEC LES ÉLÉMENTS QU'OFFRE L'ARMÉE.
M y a un an que je fis demander, dans tous les corps
de l'armée d~ATriquc, des états nominatifs des officiers,
sous-officiers et soldats qui voudraient se consacrer à la
colonisation de 1''Algérie, aux conditions que j'indiquais
dans ma circulaire. Ces conditions étaient à peu près
celles que }e vais proposer.
Les soldats admis dans les états devaient avoir trois
ans de service à faire, ou s'obliger à contracter un en-
gagement pour les compléter. U y avait des colonnes
indiquant leurs nom prénoms, lieu de naissance pro-
fession, ravoir dont ils pouvaient disposer.
La récapitulation de ces états me donna environ neuf
mille sous-officiers et soldats, présentant un avoir de
près de 4 millions de francs.
Si de tels résultats ont été obtenus sur une simple
question du général en chef, que ne devait-on pas at-
tendre d'une loi qui donnerait aux colons militaires des
garanties, au lieu des espérances que je pouvais seu-
lement leur onrir? Sans témérité, on peut conclure
qu~avec une loi qui assurerait les avantages que je faisais
28
entrevoir, on trouvernit, non-seulement dans Farmée
d'Afrique mais encore dans l'armée de France plus
de colons militaires qu'il ne serait possible d'en éta-
blir avec les forces et l'argent qu'on aurait à sa dispo-
sition.
Je n'ai pas besoin de m'appesantir sur ce point. En
général, dans le monde, on ne voit pas de difEculté à
trouver des colons militaires avec les conditions que je
leur fais mais on doute que ces colons puissent se
procurer des femmes en nombre suffisant.
Je ne partage pas cette crainte. La connaissance in-
time que j'ai faite depuis trente ans avec le peuple de
nos campagnes, m'a convaincu que quand nos soldats se
présenteront dans leur village, ayant à la main l'extrait
de la loi, ou de l'ordonnance rendue en vertu d'une loi,
qui leur garantira une propriété de dix hectares, une
maison bâtie par leurs camarades, aux frais de l'Etat,
les outils aratoires les plus essentiels, quelques bestiaux,
et des vivres pour eux et leurs femmes jusque ce qu'ils
soient en état de pourvoir eux-mêmes à leur subsis-
tance, ils trouveront a se marier. Quelle est donc la vil-
lageoise sans fortune, ou n'ayant que très-peu de chose,
qui refuserait d'épouser un propriétaire de dix hectares ?
Ne sait-on pas que l'amour de la propriété est la passion
la plus constante de l'homme des champs P C'est elle
qui me fera trouver des colons militaires à volonté, c'est
elle qui leur fera trouver des femmes.
Mais, dira-t-on, c'est parce que les futurs sont pro-
priétaires en Afrique, que les femmes refuseront, ne
voulant pas s'expatrier.
Cela, j'en conviens, pourra en arrêter quelques-unes,
mais non pas le plus grand nombre. Les femmes sont,
en général, aventureuses et, du reste, s'il arrive qu'il
y ait des difficultés à faire les premiers mariages, il me
paraît bien certain qu'une fois l'exemple donne les
obstacles disparaîtront et qu'on trouvera autant de
–29–
femmes qu''on en voudra elles s'entraîneront les unes
les autres.
Si, contre mon attente, nos soldats ne trouvaient pas
de femmes, mon système serait sapé par sa base; il fau-
drait y renoncer. Mais qu'aurait-on perdu par les essais
que je demande à faire sur une certaine échelle, afin
que Inexpérience soit significative? Les villages que les
troupes auraient bàtis pour des colons militaires, seraient
peuplés par les familles civiles et FËtat aurait fait à
bon marché plusieurs établissements agricoles qui con-
courraient à créer ce cadre de colonisation dont j'ai
parlé plus haut, et qu'à mon avis, ou doit former pour
accélérer eL consolider l'oeuvre de la colonisation gé-
nérale.
On fait encore une objection contre les familles qui
ne seraient composée que d'un homme et d'uue femme;
on dit que c'est trop peu, que si l'un des deux individus
vient à tomber malade, l'autre est nécessaire, pour le
soigner, et qu'il y a suspension de travail que si les
deux tombent malades à la fois, c'est encore pire. Ces
observations sont vraies, elles ne m'avaient pas échappé
dès le principe, et c'est pour cela qu'à Mered et à Ma-
helma, j'ai associé deux à deux les colons militaires,
pour qu'ils -n'eussent plus la chance fâcheuse de voir le
travail suspendu, et les bestiaux rester sans soins. Ces
associations ont lieu fréquemment dans des villages de
France.
Mais croit-on que les familles civiles, même assez
nombreuses, ne soient pas sujettes à voir le travail sus-
pendu et qu'il y ait autant d'avantages qu'on le pense
dans le grand nombre de ces bras peu valides ou trop
jeunes? Il suffit d'inspecter d''un peu près nos villages
civils, pour se convaincre qu'il y a beaucoup de familles
qui ne peuvent pas ou presque pas travailler. Plusieurs
ont perdu leur chef unique il ne reste qu'une femme
et quatre ou cinq enfants. Mes colons militaires, quoique
30
plus robustes, en général, ne seront assurément pas
immortels mais ceux qui mourront dans la première
année ne laisseront qu'une femme et ton au plus un
enfant. C'est bien moins embarrassant pour l'État qu~une
femme déjà vieille, accompagnée de cinq ou six petits
enfants incapables de travailler. La femme du colon
militaire, étant jeune et noyant pas une nombreuse fa-
mille, trouvera immédiatement à se remarier. La nom-
breuse familte du colon civil restera longtemps à la
charge du trésor public.
On voit, par ce simple aperçu, que l'inconvénient de
riso~ement, dans la famille du colon militaire, est bien
moins grand qu'il n'apparaît d'abord, lorsrlu'on le com-
pare aux inconvénients inhérents aux familles civiles
inconvénients qui frappent nos yeux tous les jours, lors-
que nous parcourons les villages créés autour d''Alger.
Au Fondouk, il y a déjà une trentaine d'orphelins de
père et de mère, qui ne peuvent vivre que de la charité
gouvernementale.
Dans d'autres villages, on voit beaucoup dénommes
devenus célibataires. Les Prussiens sont à peine arrivés
depuis deux mois, et déjà l'on compte plusieurs hommes
qui ont perdu leurs femmes et leurs enfants un plus
grand nombre de familles ou il ne reste qu'une femme
vieille avant l'âge et décrépite accompagnée de quatre
ou cinq enfants incapables de travailler. Enfin, il y a
bon nombre d'autres familles qui ne sont composées que
d'orphelins de père et de mère, hors d'état de pourvoir
à leur subsistance. Il faudra, de toute nécessité, que
l'administration militaire ou civile les prenne sous sa
tutelle pendant quatre ou cinq ans, et quelquefois da-
vantage. Ainsi, l'on fait des dépenses énormes pour des
bras inutiles à la production com me à la défense du
pays. Qu'on cesse donc de vanter si haut les avantages
de la famille nombreuse. Quand une telle famille n'est
pas composée en majeure partie de bras valides, son
31
nombre, au lieu (Tctre un est un fléau, et
avantage, je
préfère le colon militaire vigoureux avec sa jeune
femme.
Si une somme quelconque était votée au budget
pour
taire des essais de colonie militaire, voilà comment j'opé-
rerais
Je choisirais sur les étatsque j~ai en main, ou sur
de nouveaux états, un nombre de sous-oSIciers et sol-
dats correspondant à l'allocation. Les laboureurs en for-
meraient la masse, mais il y aurait dans chaque centre
de population le nombre nécessaire d''onvriers en bois,
en fer, en pierre et autres, pour les besoins de
l'agri-
culture.
Tous les colons choisis recevraient Immédiatement un
congé de six mois, pour aller en France se marier.
Ils seraient invités à ramener avec eux in-
quelques
dividus plus ou moins valides de leur famille, et a
rap-
Quetques personnes ont prétendu que la loi du recrutement s'op-
posait à la colonisation mililaire telle que je la demande. Cette objec-
tion ne me paraît fondée en aucune manière.
La loi met chaque année à la disposition du gouvernement, et pen-
dant sept années, un contingent de quatre-vingt mille hommes. Selon
les besoins de l'Élat, tout ce contingent est appelé sous les drapeaux,
ou on en laisse en réserve dans les foyers une partie, dont le gouver-
nement dispose à son gré d'après les nécessités qui surviennent. Cela
est si vrai que, dans la pratique, on renvoie souvent, par anticipation,
tout une classe, dans le but de faire passer un plus grand nombre de
soldats sous les drapeaux. Quelle différence y a-i-i! donc entre des co-
lons de l'armée qui, ayant trois ans de service à faire, sont envoyés en
congé pour peupler les villages militaires, et les soldats de France qui
sent renvoyés, par anticipation, dans leurs foyers? Mais, dit-on, ces
colons feront un vide dans l'effectif de l'armée active; pour le com-
bler, il faudra appeler un nombre égal d'hommes de la réserve Sans
doute, et c'est là le droit que la loi vous donne, et la réserve existe
précisément pour satisfaire aux besoins qui se révèlent.
Et puis, ne doit-on pas voir, dans l'institution des colonies militaires
en Afrique, un moyen de récompenser une partie des officiers, sous-
officiers et soldats qui ont fait la conquête? A ce point de vue, cette
grande mesure est essentiellement politique et militaire; elle est donc
en harmonie avec l'esprit général des institutions qui régissent l'armée.
-32–
porter, autant qu'ils le pourraient, tout leur avoir réalisé
en écus, sauf quelque mobilier~ Ils seraient encore
invités à abréger leur congé et à revenir dès qu'ils
seraient mariés.
Immédiatement aussi, je placerais, sur chacun des
centres de population choisis pour la colonisation mili-
taire, un bataillon chargé de faire les constructions, les
chemins, les conduites d'eau, la fontaine, le lavoir, l'a-
breuvoir, etc. Il planterait des arbres, préparerait des
jardins et ensemencerait les terres dans la saison con-
venable. On conçoit combien il est important de ne pas
perdre une année de végétation, afin de mettre plus vite
les colons en position de se passer des secours de l'État.
Les travailleurs du bataillon seraient payés comme
les paie le génie militaire, comme ils sont payés pour
faire les villages prussiens, à savoir 0 fr. 55 c. pour
huit heures de travail, aux simples terrassiers; et 0 fr.
50 c. aux maçons charpentiers carriers, briqu~tiers,
chaufourniers, etc.
Les colons militaires, revenus de France, devraient
leur travail gratuit, puisque ce serait pour eux qu'ils
travailleraient, et que l'État ferait presque tous les frais
de leur établissement. En effet, FLtat fournirait la solde
des travailleurs du bataillon, le fer, les bois de construc-
tion, quand on ne pourrait se les procurer sur place, le
mobilier agricole, les semences et les vivres de la fa-
mille, jusque ce que ses récoltes lui permissent de
vivre par elle-même.
Sur ce dernier point, je pense qu'il ne faut pas limiter
le temps d'une manière absolue et uniforme, parce qu'il
ne peut y avoir d'uniformité dans les circonstances ou
se trouveront les colons. 11est telle localité où on pourra
les abandonner à eux-mêmes dès la fin de la première
année; tandis que, sur d'autres points, il faudra les nour-
rir en partie pendant dix-huit mois, deux ans, et peut-
être trois ans. Sans tracer aucune règle fixe a cet égard,
–3–
je voudrais me borner à établir que le maximum du
temps ou les colons pourraient recevoir leur nourriture
serait de trois ans.
Dans le tableau approximatif des dépenses aux frais
de rËtat, pour l'établissement d'un colon militaire,
rai
calcule les secours en vivres et quelques autres presta-
tions, sur une moyenne de dix-huit mois.
Je crois inutile d'entrer ici dans les détails d~exécu-
tion des travaux d'installation des villages. Nous opére-
rons comme il a déjà été fait pour Saint-Ferdinand,
Sainte-Amélie, Mahelma et comme nous faisons en ce
moment pour les Prussiens, sauf peut-être quelques
modifications dans la disposition des maisons.
On trouve habituellement dans un bataillon les ou-
vriers d'art nécessaires aux constructions d'un village.
S'il en manque quelques-uns, on les prend dans d'autres
corps.
Quant aux laboureurs, ils abondent. On trouve aussi
facilement des jardiniers de deuxième ou troisième ordre,
et des planteurs d'arbres.
Si la colonisation militaire, ayant réussi dans ses
premiers essais, devait être pratiquée sur une large
échelle il serait probablement nécessaire d'organiser
dans l'armée de France quelques bataillons provisoires
d'ouvriers pour marcher plus vite. On ne saurait trop
accélérer une œuvre qui doit consolider la conquête et
libérer la France. Cette institution de bataillons d'ou-
vriers ne serait pas moins profitable à la colonisation
civile, dont elle rendrait, assurément, la marche beau-
coup plus rapide et moins dispendieuse.
Je dois dire pourquoi je préfère à des libérables des
soldats ayant trois ans de service à faire. Par cette
mesure, j'ai voulu servir l'intérêt politique et financier
de l'État, celui des colons eux-mêmes et celui de la
colonisation en général.
Si mes colons militaires étaient libres dès le début,
5
34
il faudrait une législation toute spéciale pour les obliger
au service mititaire et à rexécution de tous les travaux
d'utilité pudique. Cette législation était entrée dans mes
premiers projets. J'ai reconnu plus tard qu~eUe serait
difficile à faire, plus difficile encore à obtenir, vu la
tendance des esprits; et j'y ai renoncé. Ne pouvant
obtenir le mieux possible selon moi, je demande le
mieux relatif. Le mieux possible, à mon avis, eût été de
tenir les colons de Farmée, pendant un temps Indéterminé,
sous le régime militaire. Indépendamment des difficultés
quêtai signalées, il aurait fallu créer, pour faire fonc-
tionner ce régime et maintenir la discipline, un corps
spécial d'officiers rétribués, h qui on aurait dû rassurer une
certaine carrière. Cet élément de la question était très-
embarrnssant il n'a pas peu contribué à me faire aban-
donner le régime militaire permanent. Mais j'ai voulu en
conserver les avantages pendant les temps de la création,
parce que, durant cette période, il est nécessaire d'avoir
une grande autorité. Sans la discipline et avec la liberté
individuelle du libéré, nous ne pourrions faire exécuter
qu'à grands renforts de budget tous les travaux d'utilité
publique et comme les chambres ne voteraient très-
certainement pas les sommes nécessaires pour Inexécution
de ces travaux par des bras civils, les établissements
languiraient, comme ont langui et languissent encore
bon nombre de nos villages de France les colons en
souffriraient la solution de la question en serait retardée.
Pendant les trois ans durant lesquels les colons seront
soumis à la discipline, sans qu'il soit besoin de faire
aucune législation nouvelle, puisqu'ils seront encore
liés au service par la loi du recrutement, on fera exé-
cuter, à très-peu de frais, dans les moments perdus
pour l'agriculture, tous les travaux généraux tels que
les routes, les ponceaux, les dérivations d'eaux pour
l'irrigation la plantation des avenues, le desséchement
des parties marécageuses les aqueducs de salubrité, et,
35
dans les chefs-lieux de communes, Péglisc, !e presbytère,
la mairie, la prison la haHc, etc. etc.
Voilà ce qui doit apporter une énorme différence
entre la prospérité des colons militaires et celle des
colons civils.
Les premiers, dans le cours des trois années, se
pourvoiront eux-mêmes en vertu d'une discipline qui
crée l'association des efforts individuels, de tous ou
presque de tous les objets d'utilité publique.
Les seconds sous le régime de la liberté individuelle,
attendront ces bienfaits du gouvernement, et, comme
celui-ci restera impuissant devant des nécessités si mul-
tipliées, ils attendront longtemps.
Autre considération dans un village civil, tout le
monde n'est pas actif, tout le monde n'est pas moral,
tout le monde n'est pas entendu dans la meilleure direc-
tion à donner à ses travaux, à ses plantations; tout le
monde ne sait pas quelles sont les cultures qu''il est le plus
intéressant de propager dans l'intérêt individuel comme
dans Fintérêt général de la colonie et de la métropole,
chacun agit à sa guise. Vivrogne va au cabaret, au lieu
de travailler le fainéant se croise les bras, lorsqu'il a
beaucoup à faire celui-ci cultive du tabac l'autre n'en
plante pas; celui-ci plante des mûriers et des oliviers
dans d'assez bonnes conditions l'autre ne plante rien
du tout, ou plante d'une manière détestable.
En un mot, c'est une société sans règle, sans
discipline, sans unité d'impulsion. Je ne pense pas que
cela puisse amener bien vite la prospérité générale.
S'il se trouve à la tête de la colonie militaire un
homme de quelque habileté, et nous tâcherons qu'il en
soit ainsi, il donnera à tous les travaux une direction
uniforme, en harmonie avec l'intérêt des individus
et les intérêts généraux de la colonie et de la France.
Pendant les trois années, les bonnes habitudes s'éta-
bliront, et il est permis d'espérer qu'elles se conti-
–36–
nueront lorsque le vi))age ou la commune seront rendus
au régime civil. En un mot, pour accélérer la marche
d'une société qui commence, il faut de l'autorité chez
ceux qui la dirigent. Trois ans de cette autorité me pa-
raissent suffisants pour établir de tout point Faisance
d'une commune.
Le régime civil, auquel seraient ramenés après trois
ans les colons militaires, devra-t-il être immédiatement
le même que celui des territoires civils actuels? Je ne le
pense pas. Je crois qu'il sera bon de les tenir encore
longtemps sous Fautonté militaire qui régit en ce mo-
ment les territoires mixtes. Ainsi, des ofSciers seraient
administrateurs et juges. Ce serait dans l'intérêt des admi-
nistrés comme dans ceux de l'Etat. Les sociétés nouvelles
réclament une administration simple, une justice
prompte et sans frais. L'État, qui a tantà dépenser pour
les choses urgentes et fondamentales, a besoin d'*nne
grande économie dans l'administration. Or, siFon intro-
duisait partout l'administration et la justice civile, au
fur et à mesure des progrès d'une colonisation qu'il est
du plus haut Intérêt politique de rendre aussi rapide que
possible, nous verrions bientôt doubler, tripler, décu-
pler même le budget civil actuel, déjà très-considérable.
Quand FEtat aura fait le cadre vigoureux de coloni-
sation militaire et civile que je demande quand il aura
exécute les grands travaux de première urgence quand
les cases du cadre auront été remplies en partie par les
intérêts individuels arrivant librement et d~eux-même
quand les Arabes, de toutes parts enlacés par notre
colonisation, se seront résignés à accepter notre joug, le
moment sera venu d~établir partout l'administration
civile de la France.
Tout en renonçant à donner aux colons tirés de
l'armée la discipline militaire permanente, je crois qu''il
est Indispensable de la leur conserver, jusqu'à un certain
point par une loi de milice un peu plus forte qne la
37
loi actuelle des milices dans les territoires civils. On
aura le temps d'y réfléchir.
Il me rcste à indiquer la position géographique des co-
lonies militaires. J'ai déjà dit que, dans mon système, une
zone d'environ douze iicues, à partir de la côte, serait
abandonnée la colonisation ci vile faite en partie par
les soins du gouvernement, en plus grosse masse par les
intérêts individuels ou collectifs.
C'est donc en avant de ce~Le zone, à de rares ex-
ceptions près, que seraient places les colons tirés de
farmée.
Cela est rationnel sous tous les rapports. La société la
plus robuste doit couvrir celle qui est la plus faible. En
outre, j''ai démontré précédemment que la colonisation
civile serait d'autant plus pénible et d'autant plus coû-
teuse, qu'elle s'éloignerait davantage de la mer.
Les colons militaires étant installés aux frais du gou-
vernement et par le travail de leurs frères d'armes, il
n'y a pas d'injustice à les placer dans les conditions les
plus difficiles, puisque les difficultés leur sont aplanies.
Ils ouvriront donc les yoles à la colonisation civile par
delà la zone qui lui est actuellement et temporairement
anectée. On les placerait, en commençant, dans le voisi-
nage de nos postes militaires, pour rendre le travail
plus facile et moins coûteux, comme aussi pour que la
défense mutuelle fût mieux assurée.
Dans la province d'Alger la colonie militaire s'éta-
blira au sud de FAtlas, dans ces beaux espaces qui
s''étendent de Médéah jusqu'au versant sud du Djerjéra,
et dans le grand bassin du Chéliff supérieur, au sud de
la chaîne de l'Ouerensenis.
Quoique le Dahra soit dans la zone de la coloni-
sation civile, comme le terrain eu est fort accidenté, et
que les tribus y sont très-remuantes, très-belliqueuses,
je crois qu'il est bon d'y faire précéder la colonisation
civile par quelques colonies militaires.
38
Dans la province de Constantine, les colonies mili-
taires me paraissent devoir être placées d'abord sur nos
communications à partir d'une douzaine de lieues de la
cote et entre les villes et les postes de Fintérieur. Ainsi,
elles échelonneraient les routes de Bône a Constantine
par Ghelma de Constantine à Sétif, de Constantine a
Batna.
Il en serait de même dans la province d'Oran, au
début.
Plus tard, et dans les trois provinces, on en placerait
eu avant de Tlemcen, 1 Mascara, Milianah, Médéah,
Sétif, etc. Plus tard encore, on pourrait prendre quelques
stations dans le Petit-Désert, afin de mieux assurer
notre action sur cette contrée, et d'ouvrir ainsi des voies
commerciales avec l'intérieur de l'Afrique. Il y a dans
le, Petit-Désert des localités fertiles, ayant de bonnes
eaux et même du bois. Nous sommes obligés de dominer
ces contrées pour enlever à notre ennemi les ressources
de tout genre qu"elles lui offrent. On n'est réellement
maître d'un pays conquis, on n'y jouit de quelque repos,
de quelque sécurité, qu'en le possédant tout entier.
L'occupation restreinte, à moins qu'elle ne se borne à
quelques points fortifiés de la côte, est tout ce qu'il y a
de plus impossible au monde. Beaucoup de personnes se
sont persuadé que c'était un système pacifique c'est
au contraire, la guerre en permanence; car l'ennemi à
qui on laisse l'espace Fimpôt, le recrutement, se sert
naturellement de ces moyens pour essayer de vous chasser
de la petite portion de terrain que vous vous êtes
réservée, et ne vous tient aucun compte de votre impru-
dente modération. On est donc bientôt contraint de tout
prendre pour vivre en paix, sinon toujours, du moins
habituellement. L~Angleterre a.-t-elle pu s'arrêter dans
l'Inde? Et cependant les affaires de ce pays n'étaient pas
dirigées par des militaires ambitieux de renommée et
devancement. Cette compagnie de marchands n'aspirait
-M–
pas à la gloire militaire et à des grades, comme on nous
en accuse souvent elle ne voulait que des avantages
commerciaux, et les nécessites l'ont conduite à faire la
guerre presque tous les ans.
Vous êtes dominés en Afrique par la même loi; la
force des choses vous a conduits à vous emparer militai-
rement de tout le pays, sauf la chaîne du Djerjëra, que
vous prendrez aussi. La colonisation ne s'arrêtera pas plus
que la conquête avec le temps, elle envahira tout. La
colonie militaire est son avant-garde la plus vigoureuse
la plus intelligente, la plus capable de la faire respecter
des Arabes.
Pour mieux faire saisir l'ensemble des dispositions par
lesquelles je voudrais constituer nos colonies militaires,
je crois utile d'ébaucher ici un projet d'ordonnance qui
serait rendue en vertu de la loi ouvrant un crédit pour
cette colonisation.
PROJET D'ORDONNANCE.
ARTICLES
Notre gouverneur-général de ~Algérie établira des
colonies militaires en proportion des sommes allouées
par les Chambres pour cet objet.
ARTICLE2.
Les colonies militaires seront composées de sous-
officiers et soldats devant encore trois ans de service à
rËtat.
Ceux qui, désirant entrer dans la colonie militaire,
seraient plus voisins de leur libération, devront con-
tracter un engagement pour compléter les trois ans. Ces
–40–
rengagements sont autorisés sans limite du temps peut
lequel il seront contractés.
ARTtCLE5.
Desofliciers, dans la proportion de 1/50, pourront t
être admis à faire partie des colonies militaires, s'ils ont
vingt-cinq années de service révolues. Ils recevront une
double concession jusqu'au grade de capitaine, inclusi-
vement les chefs de bataillon recevront une triple con-
cession les lieutenants-colonels et les colonels la rece-
vront quadruple.
Les uns et les autres n'auront droit à aucune des
prestations accordées aux spidats; à l'exception de leur
maison, qui sera construite aux irais de FËtat, par les
mêmes moyens que celles des sous-officiers et soldats.
ARTICLE 4.
Les sous-ofnciers et soldats admis à faire partie des
colonies militaires, qui devront être immédiatement éta-
blies, recevront un congé de six mois pour aller en
France se marier.
Ils sont autorisés à ramener, avec leur femme, quel-
ques individus de leur famille.
Les sous-ofnciers et soldats recevront l'Indemnité de
route pour se rendre dans leurs foyers. Au retour, ils la
recevront pour eux, leurs femmes et les parents qu'ils
amèneront.
Le passage de la famille militaire sur les bâtiments
de l'Etat sera gratuit.
ARTICLE
5.
Les colons militaires seront soumis à la discipline de
Farmée, jusqu'à leur libération définitive.
A cette époque, ils entreront sous le régime établi au-
~ourd~hui pour les territoires mixtes.
–41–
Pendant tu durée de leur service ils seront teuus
(Pexécuter gratuitement, sur l'ordre et sous la direction
de leurs chefs, tous les travaux d'utilité publique jugés
nécessaires pour la prospérité de leur village.
ARTICLE
6.
Les parents que ramèneront les colons miiituires se-
ront soumis au même régime qu''eux. Ils recevront:,1
pour toute prestation, une ration de vivres pendant le
même temps que les colons.
7.
ARTICLE
Pendant que les colons militaires seront en congé pour
se marier, les villages qu'ils devront habiter au retour
seront créés par leurs camarades, lesquels commence-
ront aussi des cultures de tout genre.
Les ouvriers militaires seront rétribués conformément
au tarif adopté pour les travaux du génie.
A~leur retour, les colons militaires contribueront gra-
tuitement à l'achèvement des travaux d'utilité générale
et particulière.
ARTICLE8.
Dans le périmètre de chaque village militaire ux
sixième des terres, en bloc ou en parcelles, sera réservé
pour le domaine de FÉtat.
9.
ARTICLE
L'État garantit aux sous-ofnciers et soldats colons les
avantages suivants
i° Solde pour le colonmilitaire,jusqu'àce qu'il soit en mesure
de se suffireà lui-même, sans que cette prestationpuissedépasser
le maximumde trois ans. Calculéeen moyennepour 18 mois,
a 2Scentimespar jour. d56f.87c.
2" Prime pour masseindividuelle,à 15 c. par jour
(calculéeen moyennepour 8 mois).82 12
Af'e~o?' '2)8 9U
6
–~2–
218f.99c.
5" Portion de masse d'entretien affectée aux répa-
rations d'habillement, à 4 fr. par an en moyennepour
18 mois G »
4° Vivres pour le mari et la femme, :\0 t'. 92 c. fa
ration; en moyennepour i 8 mois. 500 42
5° Valeur de l'habillement, pour i8 mois. 50 48
6" Deux matelas 60 »
Deux couvertures. 24 »
Deux paillasses. 1S »
Deux bois de lit. 50 »
Quatre paires de draps de lit 88 »
Deux marmites en fer. 8 »
Deux gamelles. 6 H
Deux bidons. 8 a
Six assiettes en fer battu. C ?
Sixverres. G »
Six fourchettes. -1 20
Six cuillères. '1 20
Six pots de terre de diverses grandeurs. 6 H
Unetable en bois pour dix personnes. 20 »
Deux bancs. 10 »
Deux chaises. 6 ?
Une armoire. 40 »
7° Deuxboeufsde labour du pays, à 100 f. l'un.. 200 »
8" Deux jeunes vaches ou génisses. dOO »
9° Quinzebrebis et un bélier. 100 »
10° Constructiond'une maison, boiset fer seulement 600 »
il" Outils aratoires les plus urgents. i50 »
12" Six cents journées d'ouvriers-soldats, pour
travaux de construction, préparation de terres, travaux
d'utinté publique des plus urgents, à 40 c. l'une. 240 »
5 hectolitres de froment à
13" Semences, j i3 fr. l'un. 39 »
( 4 hectolitresd'orge, à 9 fr. l'un. 3S »
i4" Une jeune truie. 2S »
TOTAL. 2,600 26
Ainsi, d après le détail ci-dessus, chaque famille
de colons militaires coûterait 2,600 fr. 26 c. Mais,
comme je n'ai pas fait entrer en ligne de compte les
–43-
vivres pour les membres de la famille du colon mili-
taire qui viendraient avec lui, ni les frais de route,
ainsi que quelques autres irais imprévus, je pense qu'il
est sage de porter ia dépense à la somme ronde de
5,000 francs.
C'est 500 francs de moins que mes premières éva-
luations, parce que je n'ai calculé que pour une moyenne
de dix-huit mois, les vivres, la solde et la masse d'en-
tretien, pendant que mes premiers calculs étaient faits
pour trois ans.
On trouvera encore que c'est beaucoup trop cher.
Eh oui, sans doute, il serait bien à désirer qu'on pût
le faire à meilleur marché. Mais je répéterai ici ce que
j~ai déjà dit dans ma brochure sur les ~rot~ <~e~07~
~nc~0M~e~réconomie doitse trouver dans le succès,
dans la solution de la question qui libérera la France
d'un énorme fardeau politique et financier, et non pas
dans la parcimonie des moyens, qui rendrait le succès
impossible ou tout au moins très-long, très incertain.
Il ne faut rien épargner pour que la famille prospère.
Ici l'économie serait la ruine dePavenir, ou au moins
un long retard pour les compensations. Que Fon songe
que si une famille est obligée d'emprunter à gros intérêts,
afin de vivre et de se procurer les moyens de cultiver,
elle est perdue; elle aHène bientôt son immeuble, et,
en peu de temps, le prêteur d'argent en devient le pro-
priétaire. C'est l'histoire de bon nombre de nos colons
civils. Il est donc infiniment plus sage de fournir aux
familles tout ce qui leur est réellement nécessaire. EHes
prospéreront plus sûrement, plus vite, et hâteront de
plusieurs années le moment ou on pourra leur demander
un impôt, et leur faire rembourser une partie des
avances qui leur auront été faites dans certains cas.
La co/o~~o7t ~M~ /br<e7M67ttconstituée et la
~t~ ~e~~e ~era de beaucoup la plus ~co~o~~Ke et la
plus politique, quelles que soient les sommes qu'telle
-44-
co~<ef~ (dernier paragraphe de la brochure sur les trois
questions fondamentales).
La colonisation civile, faite d'Alger an pied de FAt!as,
est-elle plus économique? Déjà, il est parfaitement dé-
montre que chaque famille coûte plus de 4,000 francs,
sans qu'on ait fait entrer en ligne de compte une foule
de dépenses occasionnées par ces établissements. Ainsi,
par exemple, le bureau de la colonisation à la direction
de l'intérieur et a la direction centrale de France
douze inspecteurs de colonisation des géomètres pour
faire le plan des villages et l'allotissement des boeufs
de labour qui ont été prêtés par l'administration mi-
litaire et qui, pour la plupart, ont été vendus par les
colons ou ont péri entre leurs mains des bestiaux pré-
levés sur les ghazias et qui leur ont été distribues des
semences qui viennent encore de leur être fournies cette
année, parce qu'ils n'ont eu qu'une récolte à peu près
nulle, etc., etc.
Avec cette grosse dépense, qu'est-ce que l'administra-
tion a fait directement pour les familles!* Elle n~a point
construit leurs maisons elle s'est bornée à leur donner
une somme de huit cents francs en matériaux et à leur
faire défricher un ou deux hectares par les troupes.
Elle a fait en outre exécuter tous les travaux d''utIHté
publique tels que l'enceinte du village, la fontaine,
Fabreuvoir, le ]avoir, le chemin vicinal, les plantations
autour du village et sur les abords dans les chefs-lieux
de commune, Féglisc le presbytère, la maison décote.
C'est beaucoup, sans doute, mais on voit que la fa-
mille a été obligée de payer les principaux frais de son
habitation et de pourvoir à sa subsistance. Comment la
plupart des colons ont-ils pourvu à cette dernière néces-
sité ? En allant travailler à la journée dans les environs,
ce qui les a empêchés de cultiver leur concession, et par
conséquent d'assurer l'avenir. D'autres n'ont pas cul-
tivé, à défaut de bras robustes et habitués au travail.
–45–
Voilà en partie les causes pour lesquelles bon nombre
de colons me demandent encore des soldats pour défri-
cher leurs terres voilà aussi pourquoi une partie des
familles dans nos villages sont encore dans un état de
marasme, après trois années d'existence.
Dans mon plan d'établissement pour les colons mili-
taires, avec trois mille francs, nous assurons aux colons
une habitation peu spacieuse, mais saine et solide; les
vivres et la solde pour dix-huit mois, en moyenne; un
petit mobilier agricole et d'intérieur de la maison des
semences toutes faites, et des jardins ébauches.
Si cela est cher pour FËtat, en vue du grand nombre
de colons qu'il nous faut, on conviendra que c'est à bon
marché, en raison des résultats heureux assurés à chaque
famille.
La colonisation libre par les intérêts individuels ou
collectifs serait en apparence et de prime abord, à
beaucoup meilleur compte, puisque M. de La Moricière
ne demande, au début, que 125 f'r. par famille, pour les
travaux d''utitité générale. Nous avons prouve dans un
écrit que, par ce système, la dépense notait qu'ajour-
née, et que l'administration aurait à faire plus tard à
peu près tout ce quelle fait aujourd'hui pour la créa-
tion des villages.
Mais ce n'est pas dans la comparaison minutieuse des
dépenses actuelles qu'on doit puiser ses motifs de pré-
férence pour tel ou tel système de colonisation c'est par
des vues larges et d'avenir, par des considérations poli-
tiques, qu'il faut se décider.
Je n'exposerai point de nouveau par quelles grandes
raisons il convient d'adopter les plans qui nous donne-
ront la colonisation la plus forte en même temps que
la plus rapide; je crois avoir suffisamment développé
cette pensée, et je me résume ainsi qu'il suit
Vous êtes eu présence d'un peuple fier, belliqueux,
admirablement constitué pour la guerre toujours pre~
–~6–
à combattra, ~loux de son indépendance, ainsi que toute
son histoire le prouve. Pour le dominer, le modifier et
le spolier au profit du peuple nouveau que vous voulez
introduire dans son sein, il faut que vous soyez toujours
forts, soit par une armée permanente, soit par la nature
et la constitution du peuple dominateur.
Devez-vous attendre du temps et des intérêts indivi-
duels la création de ce peuple dominateur? Non, car le
temps n'est pas à vous vous n'êtes pas assurés de rester
maîtres de la mer, et il peut survenir telle circonstance
en Europe où vous aurez besoin de tous les cadres de
votre armée. Que si vous adoptez le système du laisser-
faire, comme le plus économique pour fonder la colo-
nisation, financièrement il vous coûtera beaucoup plus
cher, car il faudra y imputer
1° Les énormes dépenses de l'entretien d'une grosse
armée permanente que vous serez obligés d'augmenter
pour protéger les Intérêts individuels s''éparpitlant sans
force sur de grandes surfaces.
2° La valeur, pendant un temps indéterminé des
compensations du commerce et des impôts, qu'un sys-
tème plus large et plus rapide vous aurait prompternent
donnés.
Enfin, et cela est incalculable il faudra attribuer au
sys'ème mesquin imprudent du laisser-faire, les em-
barras et les dangers politiques qui peuvent vous sur-
prendre, et que mon patriotisme, éclairé par six ans
d'études et de pratique, veut épargner à la France.
Alger, janvier 1847.
MaréchalDuc D'ISLY.
NOTA. Je prie le gouvernement de demnnder~ le
plus promptement possible, aux Chambres une alloca-
tion pour faire une expérience de colonisation militaire
–47--
avec nulle colons, il serait à désirer que cette mesure
fut adoptée dans le courant de janvier ou les premiers
jours de février, afin de pouvoir mettre la main à Fœuvre
dès le mois de mars.
L'allocation, qui serait de trois millions, devrait être
divisée en deux années. Deux millions pour 1847, parce
que Fannée de la création des villages est la plus dis-
pendieuse, et un million pour 1848.
Dès la fin de 1847, l'expérience pourra être très-con-
cluante, car la principale question, celle du mariage
des colons, sera alors suffisamment connue elle aura
échoué ou réussi. Quant au reste, je n'ai aucune incer-
titude, il ne me paraît pas douteux le moins du monde
que des hommes vigoureux et acclimatés, pour lesquels
on aura fait ce que j'indique, ne réussissent à se fonder,
sur le sol africain, une existence meilleure que celle de
la plupart des cultivateurs de nos villages de France.
Cela est, d~ailleurs prouvé par les résultats obtenus
dans les villages de Mered et de Mahelma.
Ainsi, dès l'année prochaine, on saura, à peu près
exactement, à quoi s~en tenir sur cette grande expé-
rience, qui, loin d'arrêter le mouvement colonisateur
actuel, le favorisera moralemert et matériellement. La
confiance publique ne peut que s'accroître en voyant
le gouvernement tenter des choses sérieuses pour la co-
lonisation.
MLOMES FRMCA!SES DE L'MOE.
-=-~rw
-¡¡¡¡¡
STATISTIQUE DE MAHÉ.
STATISTIQUE
MATHÉMATIQUE.
Étenduede Mahé.
Les limites de Mahë, tel que cet établissement a été
rendu, le 15 février 1817, par les agents du gouverne-
ment anglais, sont très-resserrées. Elles embrassent un
territoire qui a, du nord au sud, un miHe anglais, ou
4,880 pieds français, faisant 806 toises 4 pieds français
la même étendue, 806 toises 4 pieds, de Fest à l'ouest,
et 3,025 pieds français, ou 504 toises 1 pied, le long
du rivage de la mer, à partir de la pointe du Màt-de-
Pavillon en allant vers le sud. Ainsi, le Mahé d'aujour-
d~hui n'est autre chose que l'enceinte anciennement forti-
fiée, et le glacis de la place, qui a été cultivé, planté et
bâti depuis le sommet praticable des montagnes où étaient
les fortifications, jusqu'à un certain rayon où s'arrêtait
la colonie ou loge du Mahé de 1725.
STATISTIQUE
TOPOGRAPHIQUE.
Mahé est situé sur la rive gauche et à l'embouchure
d'une rivière du petit royaume de Cartenate. Son terri-
toire est en partie élevé et s'incline insensiblement du
côté de la plaine d'Angigoudy le reste est bas vers la
4!)
mer. Aunord de la rivière on voit de petites montagnes
qui, si elles appartenaient encore àla France, rendraient
l'accès de Mahé difficile dans le cas où on les fortifierait
au levant sont les petits États du roi de Cartenate; au
midi, la plaine de cocotiers d'Angigoudy, et au couchant,
la mer.
Sous le rapport militaire, Mahé ne peut se défendre si
les Français ne sont pas remis en possession du pays qu'ils
possédaient lors de la capitulation de ce comptoir en 795,
et dont une partie est située de l'autre côté de la rivière.
C'est là que se trouvent les montagnes Verte de Cham-
bara, celles des deux Caloyes et de Courtbchy toutes
commandent Mahé.
La montagne Chambara est la plus élevée de celles qui
environnent Mahé; son élévation est de 27 toises. La
montagne Verte, sur laquelle était le fort Saint-Georges,
n'a que 26 toises d'élévation, et le point le plus élevé de
Mahé, l'ancien fort Dauphin, n'en a que 15 ainsi, la
montagne de Chambara, située au nord de la rivière, à
environ 100 toises de son rivage, a 12 toises de com-
mandement sur le point le plus élevé de Mahé et la
montagne Verte en a
Si nous pouvions rentrer en possession de nos anciennes
limites, et que le gouvernement voulût tirer avantage
de cet établissement et lui donner l'importance qu'il
mérite, il serait de toute nécessité de le fortifier. Les
dépenses à faire ne seraient pas très-considérables il
sufnrait de dominer sept points principaux, qui entoure-
raient Mahé. Ces sept points sont les montagnes qui se
protègent naturellement; puis une simple ligne de
communication entre ces points rendrait cette place
respectable et facile à se défendre non-seulement contre
les naturels, mais même contre les armées régulières du
pays. Il ne serait pas nécessaire de faire les fortifications
en pierre comme elles l'étaient autrefois la terre du pays
est une argile rouge et si glaiseuse que lorsqu'elle a été
7
–M–
une fois mise en œuvre, elle acquiert la dureté de la
brique sans en avoir les inconvénients. Les boulets qui
entreraient dedans n'y feraient que leur trou, et y
feraient. difficilement une brèche. Des parapets de
8 pieds d'épaisseur seraient aussi bons que nos parapets
de 8 toises.
Les murs des jardins ou palmars de Mahë sont faits
de terre, et ce sont autant de redoutes qu''on prendrait
difficilement.
En portant la garnison de 1,000 à 1,500 Européens et
de 200 à 500 Cipayes, on se trouverait dans un état de
défense et de sécurité dont tous les naturels du continent
et même des environs s'empresseraient de profiter.
J'insisterais sur ce nombre de soldats blancs, parce que,
indépendamment de la confiance qu'ils attirent parmi les
naturels du pays, l'Européen a toujours besoin de mil~e
choses dont l'Indou peut se passer qu'une garnison
blanche donne toujours de l'activité au commerce, et
qu'alors l'augmentation dans la perception des droits
couvrirait la dépense que cette garnison occasionnerait,
puisque nous aurions un accroissement de territoire.
STATISTIQUE
PHYSIQUE.
De l'airet du climat.
La situation de Mahé est vraiment pittoresque son
assiette est élevée, son sol est fertile, son eau est limpide
et pure, et son air est sain. 11 jouit d'une température
que Fon trouve rarement sous son parallèle il la doit
sa position dominante, aux beaux arbres de ses jardins
entourés de lianes de poivriers, qui lui donnent l'aspect
d'une campagne toujours verdoyante. Durant la belle sai-
son, les vents de mer régnent le jour, et les vents de terre
pendant la nuit ceux-ci sont si froids en décembre et en
janvier, que les naturels font du feu le matin et le soir
pour se chauffer.
51
n n'est pas rare, dans les beaux jours de la belle saison,
de jouir le matin de la douce température du printemps
et de l'automne, d'éprouver au milieu du jour des
chaleurs brûlantes, et sur le soir, après le coucher du
soleil, de ressentir un froid assez piquant. Il ne faut
pour cela qu'un peu de pluie ou que la bise vienne de
terre surtout quand elle a passé sur les cîmes de Gattes
où elle ramasse des parties nitreuses. Cet air froid et
sec donne du ressort au corps et à Fatmosphère, mais
il faut avoir bien soin de se couvrir un peu plus que
de coutume si l'on veut éviter les coliques dont les
Malabars sont atteints à cette époque de Fannée. Ces
effets sont plus ou moins sensibles sur toute la côte
Malabar, en raison de la distance ou de l'élévation des
montagnes.
Saisons ou moussons.
Quoique j'aie dit plus haut qu'on jouit de la douce
température du printemps et de l'automne, on ne connaît.
cependant que deux saisons à la côte Malabar, Fête et
l'hiver c'est-à-dire que dans toute l'année, on ne peut
trouver un temps auquel on puisse donner le nom de
printemps ni celui d'automne parce qu'on y voit conti-
nuellement ce qui arrive en Europe pendant ces deux
saisons. L'hiver et l'été à la côte Malabar, sont diffé-
rents de ceux d'Europe dans leurs causes comme dans
leurs effets. C'est la présence du soleil qui cause Phiver,
et c'est son ëioignement qui cause l'été. Pendant rété,
le ciel n'a presque point de nuages et demeure serein
l'air est pur et sec, et l'on voit fort peu de vapeurs et
d~exhalaisons. Si les jours sont chauds, les nuits sont
d'une fraîcheur proportionnée, pendant tout Fête il ne
pleut presque point, en sorte que cette saison produit des
effets qui ressemblent à ceux que l'hiver cause en Europe,
car cette grande sécheresse dépouille de leur verdure les
arbres à feuilles tendres elle sèche les herbes, elle
52
flétrit les fleurs. Mais, des les premières pluies, tous les
arbres se parent de leur première verdure et les fleurs
s'épanouissent la nature s~embdiit de toutes parts. Les
poissons qui s'étaient retirés en pleine mer pendant le
temps sec, se rapprochent des côtes, entrent dans les ri-
vières les pêcheurs en prennent alors une si grande
quantité que les habitants de la côte, même ceux de Finie-
rieur, après s~enêtre nourris pendant l'hiver, en mettent
de grandes provisions en réserve pour Farrière-saison.
La mousson du nord se fixe, en général, dans le
courant du mois d'octobre et celle du sud, au mois de
mai. Dès les premiers jours de ce mois l'atmosphère
enflammée et lourde, est agitée par de fortes bourrasques
accompagnées d~éclairs, de tonnerre et de pluie c'est
le prélude de la saison pluvieuse qui continue jusqu'en
septembre. La fin de cette saison est souvent suivie de
fortes brises, après lesquelles celle de terre commence le
soir, et souffle de ce côté jusqu'au matin, où le vent de
mer vient la remplacer.
Pendant la saison pluvieuse, l'air est si chargé d'hu-
midité, que les vêtements, les souliers et les malles
deviennent humides et se moisissent on peut dire que
les habitants vivent alors dans un bain de vapeurs inais
cette grande humidité n'a aucune influence sur le tem-
pérament. Les vents de terre qui soufflent sur la côte
Coromandel sont peu connus ici, et, en général, le
climat du pays de Malabar est très-salubre.
Des montagnes.
Mahé et les pays qui l'avoisinent sont entrecoupés de
montagnes, de vallons et de prairies charmantes.
On voit de ce comptoir une partie des hautes mon-
tagnes des Gattes qui séparent la côte Malabar de celle
de Coromandel, et qui va, après avoir couru du nord
au sud se terminer au cap Comorin. Cette chaîne
53
semble être une barrière élevée par la Providence entre
les saisons opposées.
Du solet de ses productions.
Le sol est graveleux, rouge et couvert d'arbustes, de
broussailles et de grands arbres de différentes espèces
il est coupé par des vallées sablonneuses, arrosé par des
rivières et de nombreux ruisseaux, et fertilise par un
détritus végétal que les grandes pluies apportent des
montagnes. A l'exception du riz, il produit en abondance
tout ce qui peut mettre les habitants à leur aise. S~il
était bien cultivé, il ne le céderait en rien aux meilleures
contrées de l'Inde; et si les habitants savaient profiter
des riches présents que leur a fait la nature, ils pour-
raient le couvrir de richesses mais une paresse invé-
térée s'y oppose. A la vérité, la nature semble favoriser
cette paresse, et peut-être en est-elle seule cause, en
donnant elle-même tout ce qu'exigent les besoins de
l'homme de ces contrées, dont l'ambition se borne à se
procurer uniquement ce qui lui est nécessaire pour sa
subsistance journalière d'où il résulte que l'agriculture
y est généralement fort négligée ( à l'exception des jar-
dins ou palmars), que le peuple y est pauvre et qu'il y
règne une grande misère.
Mahé ne récolte point, à présent, assez de riz pour la
consommation de ses habitants: il est obligé d'en tirer de
Mangalore et de la côte du sud. Les états de Colostrie et
de Cotiate qui Favoisinent, sont dans le même cas. Du
reste, les productions de Mahé sont à peu près les mêmes
que celles des autres parties de l'Inde, c'est-à-dire que l'on
y recueille, mais pas en grande quantité des cocos des
bananes, des jacques, des ananas, des mangues, des fruits
de l'arbre à pain, etc., etc. des légumes, des ci-
trouilles, des concombres, des amarantes et des ignames
en revanche, les volailles et le poisson y sont en abon-
–~i–
dance. On i~y élève que très-peu de bestiaux le bouc est
petit et maigre, et sa chair coriace, tandis que chez
nos voisins, les bestiaux sont beaux et la chair en est
excellente.
Avant de terminer cet article sur les productions du
pays, je crois devoir parler du poivre, cette plante si
commune et si en usage dans toutes les parties du monde.
Pendant mon séjour à Mahé, je l'ai beaucoup étudiée,
et ce qui suit est le résultat de mes observations.
Du poivrier.
Les Indous de la cote Malabar distinguent cinq espèces
de poivriers, qui sont plus ou moins féconds mais
aucun n'est stérile, et s'ils manquent de donner des
fruits une année, ils en donnent infailliblement la
suivante. Le poivrier ne rapporte qu'une fois par an.
Sa récolte dure plusieurs semaines, et se fait dans les
mois de janvier et de lévrier. Les Malabars n'ont aucune
idée de la différence de sexe dans les poivriers ils sont
plus occupés à suivre le poivre dans son accroissement,
dans sa maturité, et à faire sa récolte, qu'à étudier sa for-
mation. Ils appellent néanmoins poivre mâle celui dont le
grain est plus gros et plus pesant, et femelle celui qui est
petit et léger. Je vais passer successivement en revue
les différentes espèces de poivriers la première s'appelle
corovendery-balli; la seconde, cA~e-~a~ la troisième,
cotta-balli; la quatrième, M~7oM-<& et la cinquième,
kattoic-balli.
Le corovendery-balli produit du poivre pesant cette
espèce se plante de préférence, comme étant d'un plus
grand rapport. Sa fleur est longue ainsi que sa feuille
qui est un peu étroite.
Le cherié-balli a la feuille et la fleur petites il ne
donne pas beaucoup de grappes, mais les grains sont
pleins et pèsent plus que les autres lorsqu'ils sont secs.
–M–
Le cotta-balli a la fleur longue et (le grandes feuilles
il rapporte du poivre très-gros mais comme la grappe
n'est pas remplie, et qu'il y manque presque toujours
beaucoup de grains, il est d'un médiocre rapport.
Le c<OM-<&c~ a la feuille moyenne et très-pointue à
rcxtrëmitë. On le cultive a Cotiate il donne une très-
longue grappe bien fournie, d'*un excellent poivre qui
diminue très-peu en séchant, et dont la qualité surpasse
même celle du corovendcry-balli; mais comme cette
liane ne produit que dans le haut, presque point dans
le milieu et rien dans le bas, on préfère la culture du
corovendery-balli et du cherié-balli, à cause de leurs
grands produits.
Le ~«OM-~e~ a la fleur petite et mince, la feuille
ovale et très-grande il donne de très-petites grappes
fort rares, mais son fruit est gros. Comme il arrive fré-
quemment qu'il ne donne pas au-delà de cinq grappes,
et quelquefois fois pas du tout, les Indous n'en plantent
que très-peu. Ils attribuent ce manque de fruits à la chute
prompte desfleurs de cette liane celles des quatre autres
espèces ne tombent que dans l'espace de quinze jours.
Le défaut de pluie selon les Indous, est la seule
cause du peu d'abondance du poivre. I~e moment de
le récolter leur est annoncé quand, dans le poivrier,
ils aperçoivent de trois à cinq grappes rouges et bien
mûres alors ils s'empressent de détacher toutes les
grappes en même temps, parce qu'en voulant laisser
mûrir celles qui ne le sont pas tout à fait, le poivre lan-
guirait et perdrait beaucoup de son poids, de sorte que
s'il se trouve quelques grappes qui ne soient pas en ma-
turité, il les cueillent également, sachant, par expé-
rience, que la liane, après cette spoliation, languit et
perd toute sa force qu'elle ne reprend qu'au retour des
pluies. Un autre motif qui porte l'Indou à faire la ré-
colte du poivre avant qu'il soit bien mûr, c'est que
Féeorce du grain étant rouge et un peu sucrée, les oi-
-56-
seaux le becquctent et l'avalent, ce qui causerait une
grande perte aux propriétaires qui sont même obligés
de le faire garder dès qu'il commence à mûrir, afin d'en
éloigner les oiseaux, et surtout les corbeaux qui sont en
très-grand nombre.
On égrené le poivre et on l'expose au grand soleil trois
ou quatre jours de suite, sur une étendue de terrain con-
venable, et on le remue pendant ce temps deux ou trois
fois par jour. Pour savoir s'il est assez sec, les Malabars
mordent quelques grains; s'il est croquant et se divise
bien, ils le regardent comme suffisamment sec, et ils le
ramassent en tas dans leurs magasins.
La majeure partie du poivre s'embarque en grenier
comme il est dans les magasins les Arabes le font em-
baller dans de la paille de riz, ou dans des nattes de cal-
deire attachées avec des cordes de kaïr, et ils en font,
ce qu'on appelle à la côte Malabar, des far des de cent
cinquante livres.
Le poivre blanc est celui qui est très-mur, dépouillé de
son écorce rouge. Le poivre noir est celui qui est revêtu
de son écorce et qui est vert avant de sécher. Cent livres
de bon poivre vert donne cinquante livres lorsqu'il est
séché. Une grappe de trente grains de poivre blanc ne
pèse pas la moitié d'une grappe de pareille quantité de
poivre noir. Voilà la principale cause qui empêche de
faire du poivre blanc, et ensuite le travail qu'il exigerait.
Si l'on trouve du poivre blanc mêlé avec le noir, cela
provient de sa trop grande maturité.
Les Malabars n'ont jamais eu de connaissance que la
même plante eût produit des fleurs mâles et femelles. Je
ferai observer ici que le poivrier donne généralement plus
de fruits dans le haut de la liane que dans le bas, quoi-
qu'il s'*enrencontre qui sont également couverts de fruits
dans toute leur longueur.
Le poivrier s'attache à tout arbre vivant, sans aucune
exception aux murailles, et même aux poteaux de bois
–57–
travaillé et si l'un veut qu'il produise davantage, il faut le
planter au pied des arbres qui donnent beaucoup de bran-
ches. Le mourouque est l'arbre dont on se sert ordinaire-
ment le tamarinier remplit aussi très-bien le même but.
Le poivrier se plante de bouture, comme la vigne, au
pied des arbres et, comme je viens de le dire il s'at-
tache ceux qu'on veut lui donner pour appui, mais
on préfère le mourouque, parce qu'il croît très-vite. Sa
durée est d'environ vingt-cinq à trente ans, et c'est aussi
l'espace de temps que le poivrier est en bon rapport. Si
cependant ou le mariait à un arbre d'une plus grande
durée, il existerait peut-être cent ans mais au bout de
trente ans il a déjà perdu de sa fertilité et elle diminue
successivement chaque année. On plante les boutures en
juin et juillet, lors de la saison des fortes pluies, et elles
rapportent après deux ou trois ans par la semence le
poivrier ne rapporte qu~au bout de sept ans; aussi les
Malabars ne se servent-ils que très-rarement de ce pro-
cédé. Ils laissent monter le poivrier à sa volonté et ne
le taillent jamais. On plante en raison de la grosseur
de l'arbre qui doit servir d'appui. Quand un poivrier
commence à rapporter moins, on l'arrache et on y substi-
tue une nouvelle bouture, si Farbre est encore susceptible
de durée. La grosseur la plus considérable du poivrier,
lorsqu'il est vieux, est d'environ 4 a S pouces de cir-
conférence.
La longueur d'une belle grappe de poivre est de 3
jusqu'à 6 pouces on en trouve quelquefois qui con-
tiennent près de deux cents grains.
Le poivrier garde sa fleur vingt à vingt-cinq jours avant
(le nouer.
M. Brown, négociant àTeIlitchery, qui a voyagé en
connaisseur dans l'intérieur du pays, m'a dit avoir vu
beaucoup de poivriers sauvages près des montagnes de
Nilgberris et surtout de cette espèce qu'on appelle
I~attou-balli, qui rapporte des grappes dont le grmn est
8
–58–
en même quarté (~uc dans les autres lors(lu'il grimpe
sur des arbres. Ainsi le poivrier croît naturellement dans
les bois et sans culture. Celui qui rampe ou qui ne grimpe
pas très-haut donne une récolte plus abondante.
Parmi les poivriers sauvages on voit, au moyen
d'une loupe, des fleurs à sexe simple isolées, c'est-à-dire
mâle et femelle. Les tiges eu fleurs mâles des poi-
vriers sauvages n'offrent tout le long de la tige à fleurs
que des anthères aux sommets. Les fleurs femelles de
ces poivriers sont aussi sans calice et sans corolle elles
ne présentent qu'un pistil nu, couronné par trois stig-
mates, ou par un seul divisé en trois lèvres, et qui se
rabattent en étoile et sans aucune partie sexuelle mâle.
Le véritable poivrier est hermaphrodite les deux
petits corps qui avoisinent les fruits à droite et à gauche,
à sa base, me paraissent être deux étamines ou anthères
tout le long de la grappe les fleurs présentent ainsi un
fruit et deux anthères c'est une observation que j'ai
faite sur tous les poivriers de ce pays.
II n'y a pas, à proprement parler, de poivrier cultivé
sur cette côte il suffit de planter en juin et juillet, qui
est le temps des pluies, une bouture près d\m arbre qui
puisse lui servir d'appui elle croît alors d'elle-même,
sans qu'il soit jamais nécessaire de la tailler ou de la con-
duire. Les seuls soins qu'il demande lorsqu'il est encore
jeune, sont de l'arroser, de trois jours en trois jours,
dans les temps de sécheresse. On donne toujours un
arbre vif pour appui au poivrier, et on n'y substitue
jamais de poteau ou d~autrps bois travaillé, non que le
poivrier ne s'y attache bien, mais parce que, d'uu coté,
se serait faire une dépense plus grande qui deviendrait
inutile, et que les cariais et autres insectes destructeurs,
qui sont en grand nombre, l'aur aient bientôt détruit
d''un autre côté, l'arbre vif donne au poivrier de la fraî-
cheur et de Fombrage.
II y a des poivriers jusqu'à la latitude de 14 degrés nord,
–M–
et dont les grappes sont beaucoup plus remplies et le
grain plus pesant qu'à Mahé et ses environs mais on
le sol n'est pas propre pour sa
prétend que plus loin
culture, quoiqu'il y fasse aussi chaud dans la belle saison,
qui est la même sur toute la côte Malabar le froid y est
seulement plus vif pendant rhiver. Cependant, puisqu'il
croît à mi-côte des Nligherris, où le climat est à peu
près celui d''Europe, je pense qu'on pourrait naturaliser
le poivrier dans les pays chauds de nos contrées. Si cette
plante pouvait s'acclimater dans le midi de la France,
en Espagne, en Italie, en Grèce et en Afrique, cela
amènerait une révolution dans cette branche importante
du commerce. D'ailleurs, l'essai n'en coûterait rien.
J'aurais bien désiré trouver dans les habitants de cette
colonie, dans les cultivateurs des environs, ou dans les
Européens nos voisins, des éclaircissements plus éten-
dus, et des connaissances théoriques et pratiques sur le
poivrier; mais il est à croire que les Européens établis à
la côte Malabar se sont bornés uniquement à faire le
commerce de poivre sans pénétrer dans Fintérieur du
pays, et sans avoir fait des recherches sur les diffé-
rentes espèces de poivriers.
Des rivières.
Comme je l'ai dit plus haut, Malle est situé sur une
rivière qui s'étend à près de huit lieues dans les terres.
Cette rivière n'est pas guéable sur une grande partie de
son cours, et, par conséquent, elle forme une défense
natureUe pour la partie nord de Mahé elle peut recevoir
des bâtiments du pays de 60 à 70 tonneaux au plus
qui peuvent y entrer à la haute mer. Il serait facile d'ail-
leurs de la rendre susceptible d'offrir un abri, pendant la
Mauvaise saison, aux navires qui font le cabotage sur la
côte Malabar ce serait en creusant le goulet. Cette opé-
dation ~entraînerait pas dans de grandes dépenses il
s'agirait simplement d'enlever du milieu de rentrée une
–60--
musse de rochers (pu, interrompant le cours de feau,
arrête la rapidité du courant et l'empêche de purger Fon-
bouchure de la quantité de sable que la mer y dépose.
Si l'on trouvait cette opération trop dispendieuse, on
pourrait encore prolonger le quai de Mahé jusqu'à ces
rochers; par ce moyen la rivière se fêterait sur la rive
droite et à la fin de la belle saison la rapidité du cou-
rante augmentée par l'eau des pluies qui descend des
Gattes, débarrasseraitseulle passage. Alors les bâtiments
qui tirent de 8 à 9 pieds d'eau pourraient hiverner et se
caréner en rivière, ou ils auraient la facilité d'abattre
en quille sur le quai qui la borde. Les travaux, pour
réunir la masse de rochers au quai Mahé pourraient
fort bien être faits par entreprise il en résulterait pour
le commerce de cette colonie un accroissement de pros-
périté et une activité dont il est bien éloigné. Le droit
qu'on pourrait établir sur tous les navires qui entreraient
et sortiraient de la rivière, rembourserait en peu données
les avances que demande cette opération. Mahé serait
alors pour la pote Malabar ce qu'est Pondichéry pour la
côte Coromandel. Sa situation, au milieu de la côte, y
attirerait toutes les embarcations qui font le cabotage. Il
est à croire qu'elles y viendraient d'autant plus volon-
tiers, qu'à Bombay, à Cotcbin et dans les autres ports,
elles sont obligées de payer des droits trcs-considérables.
Il n'y a aucun doute que, dans ce cas, Mahé, qui est
éloigné d'environ quarante lieues des établissements eu-
ropéens, ne devînt presque l'entrepôt du commerce de
la côte Malabar; et à mesure que cette colonie prendrait
de la consistance et étendrait son commerce, celui de
Bombay déclinerait d'autant. Alors nous ferions par
nous-mêmes la plus grande et la meilleure partie du
commerce des poivres, parce que nous serions à même,
par la proximité du local, de nous les procurer à bon
compte, et que les propriétaires les porteraient naturel-
lement à Mahé, comme étant le plus proche comptoir ou
–61–
ils sauraient ravoir que de faibles droits à payer. Mais,
pour cela il nous faut nos anciennes possessions, dont
nous avons été dépouilles par l'honorable co~e
anglaise.
Deseauxusuelles.
L'eau de Mahe est reconnue pour être la meilleure
de la côte Malabar. On la puise dans des puits qui y
sont en grand nombre. Il n~y a point d'eaux minérales.
De la population.
La population de Mahé se monte à 2,842 habitants de
tout sexe, âge, castes et couleurs. Elle se divise en di-
verses classes de !a société, ainsi qu'il suit
2 Européens, 55 descendants d'européens, 147 à cha-
peau ou topas, 1 colacares ou pêcheurs chrétiens,
9 noirs, 13 gentils, 786 Maplets ou Mapoulès, 29 fabri-
cants d''huite, 27 tisserands, 1,180 Tives, 25 orfèvres,
57 forgerons, 25 maçons, 50 charpentiers, 12 kanigin
ou charlatans 1 malléas, 4 moujaris ou fondeurs
21 coudysons, barbiers des Tives, 14 Moghéas, 300 Ma-
couas, 6 Betouas.
Sur les 147 chrétiens à chapeau, 102 reçoivent des
secours de la caisse des pauvres et parmi ces 102 chré-
tiens, 50 sont mendiants, et les 52 autres sont des pauvres
honteux. Dans la caste des Maplets, on compte 40 men-
diants, et toutes les autres castes sont généralement
pauvres.
Lorsqu'un mariage a lieu entre deux personnes de la
classe des gens à chapeau, les nouveaux mariés se pré-
sentent devant Ponicier de l'état civil; mais si l'un
d'eux est de ]a classe des pêcheurs chrétiens, ils n'y vont
pas ils se contentent de l'acte fait par le curé. Les pê-
cheurs chrétiens se marient en tre eux selon l'usage de
leur caste, d''ou il résulte que l'état civil est fort peu de
chose.
I I
VARIÉTÉS.
ARCHÉOLOGIE MUSULMANE.
ANTIQUITÉSARABESDE LA NORMANDIE.
II existe dans le trésor de la cathédrale de Bayeux
une cassette arabe, en ivoire, renfermant une chasuble,
une étole et un manipule tissus d'or et de soie qui
suivant la tradition, auraient appartenu à saint Regno-
bert, l'un des premiers évêques de ce diocèse, qui vivait
au vu' siècle, sous Clotaire It. Quoi qu'il en soit, ces
ornements remontent évidemment, par leur forme à
une époque reculée du moyen-âge, et la cassette qui les
contient parait être du même temps.
Cette cassette, sur laquelle se trouve une inscription
arabe, a occupé la sagacité des orientalistes. L'intérêt
qu'on porte maintenant aux études de cette nature fait
penser que quelques détails sur cet objet d'art peuvent
trouver place dans une publication dont le but est de
populariser tout ce qui se rattache à la langue et aux
sciences d~un peuple qui nous touche aujourd'hui de
si près.
Le coffret arabe de Bayeux est long de 0 mètre 42 cent.,
large de 0 mètre 28 cent. et haut de 0 mètre 15 cent.
Il est en ivoire et garni de plaques et de traverses en
63
vermeil ornées d'arabesques en relief (Tuti travail
achève, parmi lesquels se jouent des paons et d'autres
oiseaux dont les queues s'entrelacent et concourent à
l'ensemble des ciselures. Un riche recouvrement à
charnière, sur lequel se répète le dessin, est placé, pour
le protéger, sur la serrure lorsqu'on le relève on
aperçoit un grand écusson 'd'argent au milieu duquel
est percé rentrée, et qui est entouré d'une légende arabe.
En ~7~)4, cette inscription fut envoyée, pour être tra-
duite, à Petis de la Croix, secrétaire-interprète du roi et
professeur d'arabe au collège de France, qui, sans hési-
ter, en donna la traduction suivante, qui fut insérée de
suite dans les Mémoires de y~~oM~, aux acclamations
de ce qu'on appelait alors la république des lettres.
« Au nom de Dieu! -Quelque honneur que nous
» rendions à Dieu, nous ne pouvons pas l'honorer autant
» qu'il le mérite, mais nous l'honorons par son saint
» nom. »
Ce travail demeura incontestable et incontesté jus-
qu'en 1820, où sir Spencer Smith, qui avait habité
l'Orient, ayant voulu soumettre à son examen la cu-
rieuse cassette, s'aperçut, au premier coup-d~œil, que la
science du professeur égalait celle de l'interprète qui
avait traduit à Louis XIV le discours des ambassadeurs
du roi de Siam, et que c'était une des impostures dont
on nourrissait la bonne foi publique à Fépoque où le
défaut de relations rendait les langues orientales à peu
près un mystère pour tout le monde.
Ce n'était pas, au surplus, la première tromperie de ce
genre que s'était permise ce professeur. Déjà M. de Ham-
mer, interprète de la cour de Vienne, avait fait connaître
dans son catalogue des manuscrits orientaux, pub!Ié
dans les .~M~ de ~W<~ que les Mille et M~ ~'OM~,
contes persans, traduits par Petis de la Croix, n'étaient
autre chose que la traduction d~un original de son inven-
64
tion, car il est tout aussi bien inconnu en persan qu''en
arabe.
Comme la prétendue traduction de Finscription de
Bayeux paraissait être de même espèce, sir Spencer
Smith en fit part, avec le texte, a M. de Hammer, et le
célèbre auteur de l'Histoire de l'Empire ottoman, dé-
voilant encore cette supercherie, lui envoya la transcrip-
tion en caractère moderne, avec une traduction sérieuse,
dont Inexactitude littérale peut être facilement vérifiée,
et que le savant Anglais communiqua à l'Académie de
Caen. La voici
« AunomdeDieudémentet miséricordieux:
» Sa bénédiction
est parfaiteet sa grâceimmense.
Le sens de l'inscription désormais établi, il reste main-
tenant à rechercher quelle est l'antiquité de ce coffret, et
à quelle époque il a pu être rapporté en France.
L'inscription est tracée en caractères koufiques ainsi
nommés de Koufah ville de l'Irak babylonien, sur
l'Euphrate, où ce genre d'écriture prit naissance au
vu" siècle, à Fépoque des premiers khalifes, et d'oû il
se répandit assez rapidement non-seulement dans le Le-
vant, mais encore en Sicile, à Malte, en Afrique et en
Espagne il ne paraît avoir complètement cessé qu'au
xin" siècle. Si les ornements sacerdotaux que contient
le coffret sont bien ceux de saint Regnobert, il n'y a point
d~impossilibité absolue à ce que le coffret ne soit à peu
près du même temps. Saint Regnobert assista, en effet,
à un concile tenu à Reims vers 625, et Koufah fut fondée
en 659. On pourrait admettre dans cette hypothèse
que ce coffret ait pu faire partie du butin après la vic-
toire remportée en 752, entre Tours et Poitiers, par
Charles Martel sur l'émir d'Espagne, Abd-er-Rahman-
ben-Abdallah.
Toutefois, il y a de fortes raisons d'en douter. Rien
ne garantit d'abord l'authenticité de l'attribution de ces
--65–
ornements à un aussi ancien évêque. En second lieu,
un témoignage positif vient d'établir que la cathédrale
de Bayeux a été pillée et incendiée, en 1106, par
Henri l", roi d'Angleterre, et il n'est pas présumable
que des objets aussi précieux eussent échappe à l'ar-
dente convoitise des vainqueurs. Voici ce que rapporte,
sur le sac de la ville, un poète contemporain, Robert
Wace, dans le j~o~to~ dit A)M
« A Baieucs ensemble alèrent
» Li reis è Ji qucns s'assemblèrent
» Li borc firent tot alumcr
M Dunevéissiez flambe voler
» Chapeles arder è mostiers
H Maisons tresbuehiers è celiers
» E l'iglise de l'eveskie
» Où muh avait riche cicrgie
x'Tot.cfut'igHse destruite
Et la richesce fors conduite. »
Ce qui prouve qu'effectivement toute la WcAe~c fut
fors co~~M~e c'est qu'en 1729 on trouva enfouie, dans
un parc du centre de l'Angleterre une ancienne sou-
coupe d'argent provenant, sans aucun doute, du trésor
pillé, puisqu'elle portait en lettres onciales:.E~M~eW~
episcopus dedit ecc~e~cp .Sc~e~. La cassette, si elle y
eût alors existe, aurait indubitablement subi le même
sort.
Ce n'est donc que depuis 1106 jusqu'à la dernière
croisade, qui se termina en 1270 d'une manière si fu-
neste, sous les murs de Tunis, qu\m peut placer l'é-
poque où ce coffret a pu être apporté à Bayeux mais il
peut être beaucoup plus ancien. Au reste, l'étoffe des
prétendus vêtements de saint Regnobert paraît être, tant
par le travail du tissage que par le genre du dessin, de
provenance orientale. Il ne serait pas improbable que le
tout ne datàt des croisades.
Ne serait-ce pas, aujourd'hui que la possession de
~Algérie répand en France la connaissance de l'arabe
9
GG
une œuvre digne d'encouragement que la recherche des
modèles que nos relations avec l'Afrique et l'Asie ont
apportés en France pendant le moyen-ugeF Ne pourrait-
pas y trouver la preuve de l'influence qu'ont dû avoir
ces communications sur l'industrie et les beaux-arts?
C'est aux croisades qu'on a attribué l'origine de l'archi-
tecture ogivale. Au milieu de ce grand mouvement, se-
rait-ce donc seulement l'architecture qui se fut enrichie,
et tout ce qui dépend de l'art n'a-t-il pas dû en profiter
également ?
A, A.
A.A.
COLONISATIONDE ~ALGERIE.
Dt:M.FORTIN
LETTR! AM.JOUFFROY
D'n'RY D'ESCHA
VANNES.
J'ai reçu votre lettre avec grand plaisir et y réponds
de même mais, en véritu il me faut prendre sur le tra-
vail du jour pour vous entretenir un peu. J'ai dans mes
travaux, à la Reghaia, été au-delà de mes espérances. Je
idée par le document
puis vous en donner une statistique
à
que j'ai fourni hier l'administration 500 mètres su-
perficiels de bâtiments couverts, 3,000 hectares environ
détendue pour la propriété estimée 300,000 francs,
150 hectares de prairies, 43 hectares de cultures céréales
dont 30 par les Arabes, 2 hectares de jardin, 2 de pépi-
nière, 1 de cultures potagères vingt-sept individus à la
ferme dont vingt Européens, sur lesquels trois femmes
et un enfant quarante-cinq Arabes dans une douzaine de
gourbis; 3,000 arbres plantés, 15,000 plans, des semis
pour 100,000, 500 oliviers greffés anciens, 700 préparés
pour la greffe 400 mûriers. Voilà j'espère de la be-
sogne en quatre mois, quand tout est à créer et à faire,
depuis la pierre jusqu'au pain; et cependant je suis dans
–67--
un endroit ou les pluies coMunent les voitures pour mr
mois de suite et cet hiver est très-pluvieux. Enfin ou
nie parle à L'administration de faire ériger une commune
à la Reghaia je vous le dis, en vérité le succès est
grand pour Peffort, bien qu'il ait été pénible, non par les
fatigues, car vous savez que je tiens peu à la vie mais
quand on doit soigner les malades et enterrer les morts
être le pivot et la confiance de tous, avec dix nations et
langues différentes, je vous assure qu'il faut une rude
force morale et ne se fier qu'en Dieu. J'ai marché vite
mais au printemps je vais me ralentir et pour cause le
climat est là, et je n'y porterai remède qu'avec 50
à 100,000 arbres de plantations et des desséchernenls
qui sont commencés.
En attendant, tout mon monde vit de la terre, sauf la
farine le vin et les épices le troupeau engraisse le pain
est excellent et se vend même aux Arabes le vin qui n'est
pas baptisé leur est même parfois agréable. J'ai toute
espèce de légumes (en quatre mois!) et des petits pois
assez gros; l'orangerie est eu partie rétablie; et toute
espèce dressais, semences d''Egypte, opium, betteraves,
semis de grains, pommes de terre, sont commencés,
ainsi que les semis forestiers indigènes et de France.
Il n'y a eu, du reste, dans la communauté et population
de la Reghaia, comptant parfois 100 personnes, y compris
les Arabes, aucun accident, aucune rixe sérieuse, aucun
grand embarras. Le bureau arabe est admirable pour les
rapports avec les Indigènes, car l'ignorance des Européens
a Fégard des Arabes, et réciproquement, est la plus grande
cause de dimcultés. J'ai su patienter quand il le fallait;
je n'ai jamais cédé je me suis servi et M'ai pas trop à
me plaindre des indigènes. C'est tout vous dire, je suis
plus maître chez moi que je ne le serais en France, sauf
quelques déprédations de bois et de gibier, qui n''ont pas
d'importance ici.
La place d~Alger est dans un état déplorable, faute
68
d'argeul. La spéculation y a dépasse les bornes et a
amené une atonie générale. On ne pale plus et on t'é-
nonce à mettre les gens en faillite. L'administration ne
fait travailler que très-peu et paie presque aussi mal que
les particuliers.
Cependant des signes sérieux de changement salutaire
se montrent déjà. La loi de colonisation rétablissement
des chefs-lieux militaires à 20 lieues dans l'intérieur, 9
quelques colons qui se lancent au loin, des barraques sur
un grand nombre de propriétés, un commerce toujours
actif, la fondation de villages dans la province d'Oran
celle d'Aumale, ville à 25 lieues sud-est d'Alger qui
prend les Arabes et les Kabyles à revers juste du côté de
la Re~baia, tout cela est de bon augure. La seule com-
mune vraiment et presque exclusivement rurale d**Hus-
séïne-Dey, qui touche au ruisseau de Kouba s'est forte-
ment accrue, peuplée et construite. C'est là que les jar-
dins potagers se louent ,000 et 1,200 <r. l'hectare. Tout
cela est un signe certain de progrès, malgré l'horrible ma-
laise du moment car ici aussi les ouvriers meurent de
faim sans emplois. La colonisation militaire sera fort
utile même, car la sécurité avec la salubrité sont les deux
grands points de base de la colonisation.
FORTIND''IvRY.
HAUTE ÉGYPTE.
VISITE AU COUVENTCOPHTE DE SAINT-ANTOINE.
Après une marche pénible, nous atteignîmes, vers le
soir, le vaUon du couvent de Saint-Antoine (Ouadi-el-
Deyr). Les moines cophtes de cet ermitage nous avaient
aperçus; mais, attendu Fheure avancée, ils remirent
–69–
au lendemain pour nous faire gravir les murs du cou-
vent, au pied desquels nous nous arrangeâmes pourr
passer la nuit.
Le chemin que nous fîmes aujourd'hui fut très-fatigant
à cause du grand nombre de profonds ravins que nous
fûmes obligés de traverser. Nous fimes presque toute la
route à pied, car nos chameaux ~avançaient qu'avec
peine sur ce sol tout couvert de grandes masses erra-
tiques et assez rocailleux.
Le lendemain, dès le matin, les moines nous jetèrent
une corde, et nous hissèrent dans l'intérieur du couvent,
où nous fûmes assez bien reçus et traités. Comme nous
étions en carême, on nous servit des fèves fraîches du
jardin du couvent, de lamélasse, du fromage et du bon
pain. Après nous être un peu restaurés par ce repas
frugal, mais tout à fait de luxe en comparaison de nos
repas du désert, nous allâmes visiter les différentes par-
ties de F édifice. La première chose que l'on nous fit voir
fut naturellement l'église et la chapelle de Saint-Paul
et Saint-Pierre puis nous traversâmes le jardin pour
visiter une autre église plus petite, et consacrée à saint
Marc. Ni l'une ni l'autre ne nous présentèrent rien de
remarquable.
Le jardin est très-fourni d'arbres confusément dispo-
sés. C'est le palmier qui y domine; on en compte, tant
grands que petits, environ un millier sur lesquels
200 sont des palmiers mâles, et 150 sont en pleine
production. L'olivier est l'espèce la plus abondante après
le palmier; il y en a 150, presque tous vieux, mais que
nous observâmes très-vigoureux et très-productifs. L'o-
live appartient à la variélé pruniforme; les religieux la
salent pour leur usage pendant les divers carêmes que
les Cophtes observent dans le cours de Fannée. Nous re-
marquàmes des mûriers qu'ils cultivent, nous ne savons
trop pour quel usage, quelques carroubiers, des rhamnus
Me<~ (x~ ~MO! CA~~ Del.), des grenadiers,.
–70--
des abricotiers, des pêchers, des citronniers, des oran-
gers à fruits amers, des pommiers, des poiriers, des fi-
guiers et des vignes. En général toutes ces diverses
espèces d'arbres sont très-vigoureuses et très-produc-
tives. Nous vîmes encore quelques pieds de tamarix
gallica, d'acacia Tt~o~c~ et d'acacia /en~MO~ dont
l'écorce et les fruits servent à tanner les peaux.
Le terrain est du reste inculte à peine aperçoit-on,
çà et là quelques plans de fèves, de coriandre et dai-
gnons le reste est à l'abandon et couvert d'herbes sau-
vages, qui servent à l'entretien du cheval employé à
tourner le moulin. Les plantes herbacées qui couvrent
le sol du jardin, appartiennent en général aux espèces
qui croissent dans les terrains cultivés des bords du
Nil la seule qui nous frappa fut le ~MtO~ ï'~r<
qui végète très-abondamment dans les canaux d''irriga-
tion. Le jardin est plus que suffisamment arrosé par
quatre petites sources qui naissent de fentes du calcaire
crayeux contre lequel le couvent est appuyé. L''eau est
très-bonne à la sortie de sa source, elle est saturée de
carbonate acide de chaux, qui se précipite ets'incrustesur
les parois des petits canaux qu'on est obligé de désencom-
brer de temps en temps, pour éviter de perdre de l'eau.
Le jardin est d'une contenance de quatre feddans
plantés en arbres, plus un feddan entièrement inculte et
ne contenant que quelques plantes sauvages de cc~?~-
ris cp~o~c~. Le sol n'est pas nivelé, comme dans
tous les terrains cultivés d'Egypte, mais au contraire
très-accidenté; l'art ne s'y montre nul part; on n'a fait
que profiter de la nature.
Tout le couvent et le jardin couvrent un espace de
six feddans, entouré d'un mur en forme de bastion, de
40 pieds'de hauteur sur 5 pieds d'épaisseur. Ce mur est
sans {porte et sans ouverture extérieure comme l~en-
ceinte de tous les couvents de ce désert, précaution né-
cessaire contre les attaques des arabes.
71
L'intérieur du couvent ressemble à un petit village,
avec de petits chemins, clos sur différents points par
des portes massives et garnies de fer, formant ainsi
comme autant de quartiers. Les maisons sont au nombre
de 50 environ à deux et trois étages. Le couvent pou-
vait contenir 200 personnes il n'est h abité cepen-
dant que par 25 moines, dont 6 seulement ont reçu les
ordres, les autres sont des lais et des frères convers.
Parmi ces derniers, se trouvent des étudiants qui se des-
tinent au diaconat. C'est de ce monastère que sortent les
patriarches cophtes du Caire et d'Abyssinie.
Ces moines vivent très-pauvrement, dans l'inertie et
l'apathie la plus complète ils sont très-ignorants, n'étu-
dient et ne connaissent que le seul Évangile. Ils n''ont au-
cune idée de l'histoire ecclésiastique. Nous leur deman-
dâmes s'ils pouvaient nous apprendre quelque chose sur
l'origine de leur couvent e t sur l'ermitage de saint Antoine;
tout ce qui s'y rapporte leur est parfaitement inconnu.
Nous leur indiquâmes alors approximativement l'époque
à laquelle saint Antoine s~était retiré dans ce désert, et ils
furent enchantés de nos renseignements, qu'ils ont déjà
sans doute oubliés. Ils ne s'adonnent à aucune sorte d'in-
dustrie leur seule occupation consiste à faire leur pain et
leur très-maigre cuisine. Un lai est chargé du travail du
jardin, qui ne consiste qu~a arroser, tan tôt dans un endroit,
tantôt dans un autre, et à récolter les fruits quand ils
sont mûrs. Ils nous dirent que les fruits de F~c~M'o ?M-
lotica, ceux de l'acacia /M~ et les galles du ta-
w~W~ leur servaient pour tanner leurs peaux. Nous
dûmes d'abord les croire sur leur assertion, et leur de-
mandâmes s'ils faisaient, eux-mêmes leur chaussure ou
les autres objets de cuir à leur usage. Ils nous répon-
dirent alors qu'ils ne portaient jamais de chaussures,
excepté en voyage, et que, dans ce cas, ils les recevaient
de Girgeh ils nous avouèrent enfin qu'ils ne tannaient
pas leurs peaux eux-mêmes, et qu'ils les vendaient aux
72
fellahs avec les produits propres à les tanner; leur seul
occupation, ajoutèrent-ils, est celle de la prière. Nous étant
informés s'ils avaient une bibliothèque, ils nous dirent
posséder un grand nombre de livres cophtes, mais qu~i!s
ne pouvaient les comprendre, Payant pas étudié cette
langue, qui cependant fut autrefois la leur. Ayant ma-
nifesté la curiosité de voir ces anciens livres, ils nous
indiquèrent bien !e lieu où ils étaient enfermés, mais
hésitèrent à nous y conduire. Ce lieu semble une tour
carrée très-solide, isolée, et plus élevée que tout le reste
du couvent; on y communique au moyen d'une espèce
de pont-levis, qui s'ab.aisse à l'aide de deux chaînes de
fer. Il parait que ce lieu est destiné à renfermer les pro-
visions de bouche et tout ce que le couvent possède de
plus précieux.
A. FiGAm et A.-H. HussoN.
BM)B~6TBM
DELASMtÉÏÉ DEFRANCE.
ORIENTALE
EXTRAITS DES PROCËS-VERBAUXDES SÉANCES.
Séance du 8 janvier 1847. La séance est ouverte
à huit heures et demie, sous la présidence de M. le gé-
néral comte de La Roche Pouchin. Le procès-verbal de
la séance du 23 décembre 1846 est lu et adopta.
M. le président rappelle une proposition qu'il fit l'été
dernier, et dont l'objet était-que la Société orientale fût
représentée par deux membres au congrès agricole.
L'honorable préopinant renouvelle aujourd'hui cette pro-
position. « La Société, dit-il, s'occupe de tout ce qui in-
téresse le présent et l'avenir des divers pays de l'Orient,
et, par conséquent, de leur agriculture; celle de nos co-
lonies mérite un intérêt tout particulier, et la question
prend des dimensions d'autant plus vastes, que l'Algérie
s'y trouve comprise. Je crois qu'il est de la dignité de
la Société qu'elle soit représentée dans toutes les grandes
occasions. Il serait vivement à désirer qu'elle le fût pro-
chainement au congrès des savants italiens, qui doit se
réunir à Gênes. Cela est d'autant plus facile, que si per-
sonne d'entre nous ne s'y rend, nous avons en Italie une
foule de membres correspondants qui ne demanderont pas
mieux d'être les organes des vœux de la Société dans
cette circonstance. »
La proposition est agréée par l'assemblée. M. le prési-
10
~7~–
dent indique, commechargés de la représenter au congrès,
MM. Hamont, le général de La Roche Pouchin et Rodier.
Le général de La Roche Pcuchin propose également de
déléguer dans l'avenir au congrès scientifique un membre
correspondant résidant dans la ville où devra s'assembler
le congrès. MM. Rochet et de Montigny objectent l'Im-
possibilité d'être admis à ce congrès au nom d'une société
étrangère. M. de La Roche Pouchin soutient sa proposi-
tion elle est ajournée jusqu'à plus amples renseignements.
M. Horeau demande et obtient la parole pour entre-
tenir rassemblée des richesses archéologiques rapportées
par M. Lottin de Lavât, membre correspondant de la
Société il termine en priant M. le président d'inviter
M. Lottin a exposer lui-même la série de ses travaux et
des résumais de ceux ci. -M. Lottin raconte qu~aù prix
de grands dangers pour sa santé, sa liberté et même sa vie,
il a visité des contrées, des ruines, des villes, que nul Euro-
péen avant lui n'avait pu fouiller, ni même apercevoir, et
qu~au moyen d'une fortuite et bien heureuse découverte,
dont il se réserve encore le secret, il a pu mouler en
creux des caractères inscriptions figures ba~-reliefs
assyriens, babyloniens, unédiques, persiques, arsaci-
ques, cunéïformes, etc., et rapporter sans trop de frais, à
cause de leur légèreté et sans affaiblissement, à cause
de leur imperméabilité, les matières intactes de ces
creux. Avec ces matrices, il peut tirer autant d'exein-
plaires qu'il lui plaît, en plâtre, des originaux moulés.
M peut se transporter partout où on le demandera, avec
ces mêmes matrices, et mouler sur place des figures qui
ont msqu~à 7 centimètres de profondeur et 2 mètres de
hauteur. La figure moulée, qui pèsera 60 kilog., sera
due à un moule qui ne pèse que 60 grammes. Ces
moules ont été mouillés par les pluies, les neiges, les
eaux des fleuves, sans dommage. Un certain nombre de
ces moules a été atteint, gâté ou détruit par le feu qui
les saisît spontanément ou accidentellement dans FAra-
bie déserte, ou M. Lotthi éprouva une température de
–75–
69" centigrades, ou 50" réaumur. Ce voyageur donne des
détails intéressants sur Kerbela, la ville sainte, où aucun
profane n'a pénétré avant lui; sur la grande muraille
médique élevée par Sémiramis pour arrêter les invasions
des Barbares; sur le port creuse à Babylone par Alexandre;
sur la tour de Babel et ses vestiges; sur les jardins de
Babylone et la nature des briques employées pour la
construction; les briques centrales étaient crues et por-
taient un revêtement de briques cuites ces briques
avaient de 55 à 54 centimètres carrés sur 8 d'épaisseur.
M. Lottin offre de communiquer à la Société la première
partie d''un mémoire qu~il a écrit sur Ja Babylonie. Il finit
en se mettant à la disposition de tous ceux des membres
de la Société qui pourraient désirer de visiter sa collection.
M. le président remercie M. Lottin au nom de la So-
ciété, et le prie d'apporter, à l'une des prochaines réu-
nions, le mémoire qu'il a tout à l'heure oflert de lui lire.
Arrivent en ce moment MM. les comtes de Schulem-
bourg, de Pommereu et de Ratimenton les deux pre-
miers sont suivis d'un individu portant le costume orien-
tal, et qui est présenté par eux à rassemblée c'est un
Maronite catholique, nommé Fahim Chidéiak, accepté
comme interprète par le ministre de la guerre, pour
servir dans nos possessions d'Afrique. Ces Messieurs
font connaître que ce Maronite est le premier qui soit
appelé à ces fonctions, et qu~IIs croient avoir fait une
bonne action en usant de leur crédit pour assurer le
succès de cette innovation que la similitude d'origine et
de langage che% le Maronite et chez l'Arabe mahométan
doit profiter à notre projet de civiliser le dernier et de
~accoutumer à la conquête.
Plusieurs questions sont adressées à Fahim Chidéïak,
~ui montre une vive intelligence et répond avec empres-
sement et bonne grâce. M. le président félicite MM. les
comtes de Scbulembourg et de Pommereu des sentiments
patriotiques qui les a portés à concevoir et à appuyer
de leur influence remploi des Maronites au service de
-76-
notre armée et de notre administration en Algérie il
les remercie d'avoir présenté à la Société le premier
qu'ils aient pu faire agréer comme drogman par le mi-
nistre de la guerre. Il rapporte que l'un des membres
titulaires de la Société, M. le vicomte Onffroy, avait
conçu un plan conforme aux vues de ces Messieurs
qu'il avait proposé au maréchal Bugeaud et au gouver-
nement français de transporter de Syrie en Algérie les
Maronitesqui le trouveraient bon, et que ce projet n'a
rencontré d'obstacleà sa réalisation que dans descraintes
politiques qu'il n'appartient pas à la Société orientale
d'examiner et de juger.
M. le président offre ensuite à M. le comte de Rati-
menton le tribu d'éloges dû à la fermeté de sa conduite
et à l'indépendancede son caractère il invite cet hono-
rable membre correspondant à donner à la Société quel-
ques détails confidentielssur l'assassinat du P. Thomas.
M. de Ratimentonse prête aussitôt àce désir.
Après le récit de M. de Ratimenton, M. le président,
Alphonse Denis (du Var), qui a remplacé au fauteuil
M. deLa Roche Pouchin, remerciele premier de Fintéret
de ses détails, et exprime Fespoir qu'il voudra bien, du
poste où le gouvernement du roi des Français l'appelle,
se souvenir de la Société orientale, prendre cœur les
questions qu'elle lui aura remises et lui envoyer les so-
lutions qu'il y pourra donner, eu égard à sa position
d'homme public. M. de Ratimenton répond affirmative-
ment. Il est onze heures la séance est levée.
AUDIFFRET.
t~Mce du 22 janvier. La séanceest ouverte à huit
heures et demie, sous la présidence de M. le général
comte de La Roche Pouchin, vice-président.
Le procès-verbal de la séancedu 8 est lu et adopté.
M. le docteur Aubert-Roche donne communication
d'une propositionqui lui a été faite, et dont le but serait
77
de réunir dans un même locat, situé eu un point très-
central, la Société orientale à une autre Société à laquelle
le projet a paru convenir.
Cette communication donne lieu à une discussion à
laquelle prennent part MM. de La Roche Pouchin, de
Saint-Céran, Aubert-Roche, Michel de Tretaigne. La
proposition est en dernier résultat renvoyée à l'examen
du conseil d'administration.
M. le 6/oc~My~M~e~~oc~e. Je viens de voir, par le
procès-verbal, que M. Lefebvre, voyageur eu Abyssinie,
était chargé, par le ministre de la marine, d'aller engager
dans ce pays des ouvriers libres pour Mayotte. Ceci est
vraiment extraordinaire et le paraîtra, je crois, à tous ceux
qui connaissent l'antipathie, presqu'invincible, qu~ontles
Abyssiniens pour l'émigration, leur horreur de la mer. A
peine en rencontre-t-on quelques-uns sur le golfe Arabique,
qui baigne leur pays. M. Lefebvre ne réussira certes pas
dans son projet, et il faut le souhaiter, car l'engagementt
d'habitants de ce plateau pour une région d''uu ils ne re-
viendront pas, aurait les conséquences les plus fatales
pour la France. Si le projet sanctionné par M. le ministre
de la marine est mis à exécution, aucun de nos voya-
geurs ne pourra désormais mettre les pieds en Abyssinie.
M. Rochet d'Héricourt. Je crois que dans l'Abyssinie
méridionale M. Lefebvre échouerait complètement. Le
roi de Choa ne permettra certes pas que l'on entrame ses
sujets hors de ses états. Je ne connais pas assez FAbys-
sinie du Nord pour savoir comment la proposition y sera
accueillie. D'ailleurs les Abyssiniens seront toujours de
tristes ouvriers ils ne connaissent pas le travail. Leur
sol est d'une telle fécondité, qu'il suffit de le gratter avec
un bâton pour en obtenir d'abondantes moissons. Et
puis le commerce des esclaves existant eu Abyssinie
les Abyssiniens, auxquels il sera bien difficile de faire
comprendre la nature de F opération projetée, croiront
que l'on veut faire la traite. Je suis de Fuvis de M. Au-
hert, et je crois que Fcntt'eprtsc de M. Lefcbvrc ne peut
78
avoir, pour nos voyageurs et pour l'influence de la
France en Abyssmie que les plus déptorables résultats.
M. de ~a~t-6'~f~M. Le projet de M. Lefebvre res-
semble en effet beaucoup à la traite déguisée, que les
Anglais, nous le savons par les révélations de M. de
Challaye, font sur une très-grande échelle dans leurs
colonies de l'Océan indien.
~f. Bellet. Cette accusation qui pouvait être vraie
dans un temps, a cessé de Fêtre aujourd'hui. Il ne se
iait plus un seul engagement dans l'Inde sans l'autori-
sation d'un magistrat nommé spécialement à cet effet
par le gouvernement anglais. Les Indous trouvent de
tels avantages dans le nouvel ordre de choses auquel on
les a soumis, qu'une fois libre de leur engagement à Flle-
de-France, ils retournent à Calcutta pour s'y engager.
M. Rochet. Quand bien même M. Lefebvre réussirait
à entraîner quelques Abyssiniens hors de leur pays, il
est très-douteux qu'il puisse les conduire à destination
il est encore plus douteux qu'arrivés à destination ils y
vivent assez longtemps pour rendre seulement ce qu'ils
auront coûté. En effet, transportés d~un climat tempéré,
sain, agréable, dans une île de l'Océan indien soumise
à un soleil ardent, à des fièvres pernicieuses, ces hommes
n'y résisteront pas.
~f. ~M~ey~-jRocAe.Les Abyssiniens qui descendent de
leurs terrains élevés à Massoua, sur le rivage de la mer
Rouge, y sont atteint immédiatement des mêmes maladies
que ces derniers ils ne paraissent pas plus acclimatés.
M. Mac ~~y. On est vraiment étonné qu'une sem-
blable idée soit celle d'un voyageur qui a vu le pays et
les hommes, qui les a vus longtemps et avec soin.
M. T~cAe~jHi~coM~. Lorsque je témoignai à M. Lc-
febvre mes doutes sur la réussite de son projet, il me
répondit qu'il trouverait dans l'Abyssinie occidentale des
populations prêtes à le suivre.
M. ~M~ey~-TÏocAe.M. Lefebvre se trompe. Le fana-
tisme, qui est si puissant sur ces populations ne peut
–79–
tuêtne engager les Abyssiniens à quitter leur pays. H n'y
a pas dix Abyssiniens qui se rendent au Saint-Sépulcre, à
Jérusalem, par année. Quand ils demandent aux voya-
geurs qui quittentl'Abyssinie à les suivre dans ce but, si on
leur répond favorablement, ils reculent presque toujours.
M. général comte de La Roche Po~cA~. J'ai déjà
eu occasion de vous signaler plusieurs actes du gouver-
nement tunisien, qui honorent le caractère du bey. Les
journaux ont publie l'acte par lequel il abolissait l'escla-
vage dans ses états, ainsi que la traite des noirs. If vient
de le compléter, en prescrivant que tous les enfants qui
naîtraient désormais des anciens esclaves, seraient libres.
On m'*adit que les personnes qui avaient eu le plus de
part à cet acte, étaient M. Lagau, M. le chevalier Raffo,
le khasnadar (trésorier) et le ministre de la guerre.
M. Lottin de Laval donne lecture <Tun mémoire où il
a consigné les résultats de ses recherches, durant une
exploration récente de la Babylonie.
La séance est levée à dix heures et demie.
NOUVEAUX
MEMBRES
ADMIS
DANS
LESEINDELASOCIÉTÉ.
Séancedu 8 janvier.
~f. ~~MM~MBellanger, homme de lettres, auteur
de la Touraine et de plusieurs volumes de Voyages,
chargé d'une mission scientifique et littéraire en Orient;
membre correspondant, présenté par MM. Edmond Noël
et Audiffret.
Séancedu 22.
M. Leith, attorney. général dans l'Inde, membre cor-
respondant, présenté par MM. de Montigny et Horeau.
Ttf. Courjean, l'un des plus riches propriétaires de
FInde, résidant à Chandernagor (tndeirancaise), membre
correspondant, présenté par MM. de Montigny et gêné'
rai comte de La Roche Pouchin.
M. le comte DoM~/a~co~, présenté par MM.Jouffroy
tTEschavauncs et général comte de La Roche Pouchm.
BIBLIOGRAPHIE.
CONSIDÉRATIONS SURLE ROYAUME DETUNISDANS SESRAP-
PORTSAVECL~ALGÉRIE, ouvrage renfermant des détails
curieux sur l'origine et le caractère des Arabes, et en
particulier sur Abd-el-Kader et ses prétendus hauts faits;
sur les femmes mauresques, leurs singuliers usages et
leur vie mystérieuse. Dédié à son altesse le mouchir
Ahmed-Pacha-Bey, prince souverain de Tunis, par
A. Y. Brandin. Paris, chez Fauteur, rue Richelieu, 65,
et chez MM. Dubos frères et Marest, rue Sainte-Mar-
guerite, 18. A Alger, rue Bâb-Azoun. Prix 2 fr. 50 c.
Ouvrage plein d'intérêt sur un pays qui nous est mé-
diocrement connu, et que Fauteur a étudié avec soin.
Nous y reviendrons.
DICTIONNAIRE DEPOCHE FRANÇAIS-ARABE ETARABE-FRANÇAIS,
à l'usage des militaires, des voyageurs et des négociants
en Afrique, par L. et H. Hélot (d'Alger). Prix 5 fr.
Dubos frères et Marest.
Un charmant petit livre, on ne peut plus portatif
malgré ses 500 pages, supérieurement imprimé par les
presses de M. Olivier Fulgence; en tout digne du but
qu'il devait remplir, celui de faciliter nos rapports avec
les indigènes.
PLANGÉNÉRAL DELAVILLED'ALGER ET DESESFAUBOURGS
dressé d'après les documents les plus récents, et
accompagné d'une nomenclature de tous les noms de
rues en français, avec les étymologies ou les noms arabes
en regard, par M. Adrien Berbrugger, conservateur de
la Bibliothèque et du Musée d'Alger, etc., gravé par
J. Priet. Prix 5 fr. Dubos frères et Marest.
Ce plan, très-joliment exécuté est indispensable à.
tous ceux que des intérêts appellent enA~tu s''y
rendent pour voyager ou qui y
résider
VeMU~m~ Më~M~
t > -'y
1
BORNÉO'
Et les Etablissements Anglais de cette He
POULO-LABOUANE.
De l'angle sud-est de l'Asie, se détache un vaste sou-
lèvement de terresqui, tantôt au-dessus des eaux, tantôt
au-dessous, s'avance au midi vers le pôle Antarctique. !1
affecte une disposition semblable à celles de l'Afrique et
de l'Amérique du sud, et forme le troisième de ces grands
promontoires par lesquels la surface générale de FOcéan
Austral est divisée en trois régions différentes. Ce n'est
pas une masse compacte et indivise; mais, au contraire,
t On ignore quel fut le nom primitif de Bornéo; elle n'en avait
probablement pas, comme toutes les régions habitées par les peuples
primitifs. Les Malais lui donnèrent celui de PoMïo-~iMtMna~Me.
d'un fruit indigène très-commun, et c'est encore le seul qu'ils con-
naissent. Lorsque Magathaens (Magellan) visita Bornéo en 1N20, il la
trouva riche et populeuse, dominant sur une belle et fertile contrée,
commandée par un prince puissant entouré d'une cour splendide. Les
Espagnols en conclurent que toute l'îte relevait de ce prince, et il
étendirent à la grande terre le nom qui n'appartenait qu'à l'un de ses
points. Leur exemple fut suivi par tous les Européens, bien que l'on
ait en quelque sorte fait aveu d'erreur en inscrivant sur nos cartes
les mots Bornéo proprement dit. Les naturels disent Brouni ou
Bournaï, qu'ils dérivent du mot &r<MM~ courageux. Les derniers ex-
plorateurs anglais, Brooke,Keppel, Béthune, Belcher, écrivent tous
Brouni (Bruï~~TMus suivrons donc cette orthographe pour le nom
de la et de la so)t'ânie, en conservant le mot
vit~r~~
Bornéo pg~t <iés~er4'~entière.
/<< \~A ')4
i' ?< -<)")'t ~t
82
un ensemble de terres isolées, parmi lesquelles figure
le plus petit des continents, l'Australie et les plus grandes
îles du monde, la Nouvelle-Guinée~Bornéo, Soumàdra,
Java, Célèbes,etc. Partie occidentalede ce mondeauquel
on a donne avecraison, le nom d'Océanie, elle offre un
contraste frappant avec la partie orientale, myriades
d~lots et de rochers, auxquels revient de bon droit l'ap-
pellation de ~M~cyoM~M, la Région des Petites-Iles, don-
née seulement jusqu'ici à Fune de ces parties, tandis
qu'elle-même devra prendre celui de ~gr~Me~ ou la
Région des Grandes-Iles.
Bornéo occupele centre même de ce vaste groupequi
forme la partie nord-ouest de ce. que Fon a appelé du
nom trop peu durable de Malaisie
A l'ouest et au nord, elle est baignée par la mer de
Chine, qui la sépare de Soumâdra, de la presqu'île de
Malakka, de l'Indo-Chine, de la Chine; à l'est parla
mer deGélèbeset ledétroit de Mangkasare,lequel s''étend
entre elle et Célèbes au midi, par la mer de Java. Cou-
pée par l'équateur, elle s'avance vers le nord jusqu'au
7" parallèle, au midi par delà le 4" mais il résulte de
sa figure même, qui est celle d'un trapèze, que les deux
parties sont presqu~égalesen surface. La superficie to-
~ledeFïIe peut être d'environ 71 millions d'hectares,.
56,000 lieues carrées, c~est a dire qu'elle surpasse d''un
tiers celle de la France, qui:est de 26,677 lieues carrées
ou 52 millionsd~heetares.
Une terre aussi étendue doit offrir nécessairementles
dispositions de sol les plus diverses. Bornéo nous est
restée trop peu corniue jusqu~à présent, pour que Fon
puisse se faire une idée bien précise des grands acci-
dents de sa surface la première exploration qui nous
Les nomsgéo~raphiqtfes baséssurdescaractèresethnographiques
sonttropexposas &vatter~pourqu'onne doivepasleur préférerles
Mrées
appellations desgrandscaractères
dela rature,Tm'ss4
immuables
quela natureelle-même.
–83–
ait donné quelques détails sur rintérieurest de ~825,<t
c'est à peine si depuis lors les voyages nous ont permis
d'essayer de couvrir une partie des surfaces blanches que
la carte offrait auparavant.
En général, la côte est plate, marécageuse, et ne
montre aux regards qu'un monotone rideau de man-
gliers mais en arrière, le sol s~élève presque par-
tout, et bientôt les chaînes étendent au loin leurs lon-
gues lignes bleuâtres. Quelquefois la grande hauteur de
leurs sommets semble comme un indice de celle des
plateaux et des cimes de l'intérieur. Ainsi, le mont
Kinéï-Baoulou, connu de tous les marins sous le nom de
mont Saint-Pierre, l'une des cimes culminantes de !a
chaîne latérale du nord ouest, a de 4 à 5,000 mètres.
Pu sommet des pointe dominants, Fœil plane jusqu'aux
derniers horizons, sur des forêts infinies, abîmes de ver-
dure, qui semblent avoir couvert le sol pour y conser-
ver les eaux que versent pendant plusieprs mois les
pluies diluviales de la saison humide. Rassemblées
sur les grandes pentes qui doucement s~mdinent vers
les quatre mers voisines, elles y arrivent en larges
Neuves, en rivipres nombreuses. A. l'ouest, voici le
Kapouas, la première de toutes, avec son vaste delta
et un cours de 700 kilomètres; la K~ndarpuangâne;
au sud, le Kapouas du ~uc~ la H.al)ay~ne et la riv~re de
Bandjar-Màsingh ou Douson, exploras récemment par le
docteur Salomon Muller; à l'orient, la rivière de Passir,
celle de Cotti, que M. Dalton a remontée sur une lon-
gueur de plus de 6~Q kilomètres, la ~inabatangàne, dans
le Manghidopa, que l~on dit navigable sur une grande
étendne ennn, la rivière de Brouni, celles de Saràouâk.,
de Sarebous, de Batang-lLoupar, et une Mule d~autres,,
ont leurs embouchures sur la côte nord-ouest, courants
aux larges entrées, aux cours sinueux, aux eaux abon-
dantes et profondes.
Les parties les mieux connues de Bornéo sont les
84
seules qui aient jusqu'à présent joué quelque rôle dans
rhistoire, qui aient en un mot une espèce d'existence
politique. Elles sont divisées en états plus ou moins
étendus. Fondés par les Malais, ils enveloppent l'île
entière, et forment autour de ses régions intérieures
comme une ceinture en dedans de laquelle on ne trouve
plus que des tribus qni ont repoussé avec plus ou moins
de bonheur les attaques des envahisseurs étrangers.
Toute la côte nord-ouest de la Tandjong (pointe),
Datou à Kimannis, sur une longueur de 9~0 kilomètres,
relève du solt''âne de Brouni ou Bornéo; c'est ce que les
Européens ont appelé le 2?oyM~)~ro~'e~Me~ dit.
Au-delà de Kimannis, en contournant le promontoire
nord-est de l'île, et descendant jusque moitié environ de
la côte orientale, on trouve différents petits états le
A'<Z?~o~OM, le Maloudou, autour de son immense
baie, où s''élèvent les deux villes de Songhi-Bazar et de
Bankaka P~t~e, le pays du monde le plus riche en
camphre; Za~OK~, qui a trois villes Sandakdne, dont
le port est un des plus beaux d'une région où ils sont ma-
gnifiques T~OM~A~or~; Tiroun, qui a huit villes, parmi
lesquelles on remarque Kouràne et Siboukou Barou.
Le reste de la côte de l'est se partage entre l'état de
~oti ou Â'o~, qui a 275 kilomètres de côte., et celui de
Passir, dont les habitants ont une réputation aussi dé-
testable que leur climat.
Le principal des états de la partie méridionale de l'île
est la Solt''ânie de j8~M<<xr-7~~M~(mota mot le Port
Fréquenté), dont la superficie est de 2 millions d'hec-
tares au-delà s'étendent de petits territoires, qui
prennent leurs noms de leurs capitales, ~Pc~&OM~te,
Sampit, Kotaringhi ~o~a~
Tandjong Sambar est le nom du cap qui sépare la côte
du sud de celle de l'ouest; là sont plusieurs états connus
par leurs relations avec les Européens M~e, dont la
capitale est C~o~f; ~ot~<M~ïM<t (mot à mot le P~re~M
–85–
terrestre); .Le~e~, Po~M~, Ma~pa~~ et Sambas,
avec des capitales du même nom. Ils sont aujourd'hui
sous la suzeraineté ou au pouvoir des Hollandais, qui,
ayant divisé leurs possessions de Bornéo en deux ré-
MO~MCM,en ont formé la résidence dite de la C~e
o~e~a~. La résidence o~~~MC~et de l'est embrasse
Bandjar-Màsingh, et les territoires de Pambouàne, Sam-
pit, Kotaringhi et Komay; elle a pour chef-lieu Bandjar-
Mâsingh, ville de 6,000 habitants.
Il est bien difficile, sinon impossible, de se faire une
idée du chiffre de la population de Bornéo, et toutes les
évaluations faites au sujet d'une terre si peu explorée,
on le comprend facilement, résultent d'une appréciation
dont les bases sont bien faibles. En jugeant de ce qui n'est
pas par ce qui est, on peut la porter à 10 millions, chiffre
qui ne donnerait qu'une moyenne de ~S individus par
kilomètre carré; plus de quatre fois moins qu'en France,
évaluation sans doute plutôt au-dessous qu'au-dessus
de la vérité. Celte population se compose de Malais,
qui peuplent les villes de la côte de colons Chinois, qui
tiennent entre leurs mains toutes les industries lucratives,
et d'indigènes connus en général sous le nom de D~c~,
mais qui prennent aussi quelques noms particuliers, tels
que ceux de Morouts ou Marats, à l'est de Brouni;
Idaan, au nord-est T~c~o~ sur la côte sud-est.
Les Chinois sont assez connus pour qu'il nous suffise
de les nommer, et nous ne disons rien des Daïak, parce
que le sujet est trop important pour être traité incidem-
ment quant aux Malais, ce qui les distingue de leurs
frères des autres îles, c'est un caractère encore plus en-
treprenant et plus audacieux. Pirates infatigables, ils
avaient rendu presque inabordables les côtes de leur île,
surtout au nord et à l'est, positions qu'ils avaient choisies
de préférence, parce qu'elle les mettait à portée des na-
vires se rendant en Chine et aux Philippines. La perfidie
de leurs princes ne laissait d'ailleurs aucune sécurité aux
86
navires assez hardis pour aller commercer dans leurs
ports. Dés souvenirs terribles se rattachent au nom de
ces rivages inhospitaliers.
En 1800, le capitainePavin, commandant du Rubis, et
l'équipage de son canot, furent assassinésdansle palaisdu
solt'âne deSouIou, pendant que le commandantbuvait
une tasse de chocolat, et ce fut ici également que le
navire naufragé, le Hurrier, qui portait une cargaison
considérable, fut pillé en 1810. Le sol~àne de Bor-
néo ayant invité, en 1788, le capitaine Dixon et son
état-major à dîner, les fit massacrer par le peuple,
s'empara de la cargaison et brû!a le navife. En 1805,
les pirates de Sambas et de Bornéo prirent à l'abor-
dage et pillèrent /o <SM. de Calcutta, capitaine
Drysdale; en 1806, le navire du capitaine Hopkins,
le Commerce; en 1809 et 1810, ceux des capitaines
SadIeretRoss; en 1811, le capitane Grave devint,
avec sonriche chargement, la proie des pirates de Passir
enfin, les énormités commises en 1812 à Pandgerâne-
Annam ont eu un long retentissement. Et nous ne par-
lons pas ici des actes de même nature commis sur des
navires appartenant à d'autres nations que FAngleterre.
Dans ces derniers temps, il a été pris par l'Angleterre
et la France d'énergiques mesures pour mettre un
terme à l'audace de ces ëcumeurs de mer.
Située, comme elle l'est, au centre même de la zone
tropicale, Bornéo produit, avec une luxuriance sans
égale tout ce que la nature peut produire sousla -double
influence de l'humidité et d\me chaleur torride. Tous
les palmiers de l'Orient, ie cocotier, l'arec, le sagoutier
y abondent, et au-dessus de la plaine humides'élèvent
bien haut dans les airs ces grands joues de réquateur, le
bambou, ta canne le nardus le rotang (rotin), qui n'est
nulle part ailleurs aussi beau. L'*amauded'un bel arbre
appelé ~~W fournit une huile à manger délicieuse,
et la côte occidentaleest lu limite, vers l'est, du /~M~
87
MMC<~M~, qui donne cette gomme astringente appelée la
~M~ gumbir. Les arbres de cette famille sont extrême-
ment nombreux à Bornéo, et c'est d'ici qu'a été apportée
~M~o~oyca, introduite récemment dans l'industrie, où
elle paraît devoir rivaliser avec le caoutchouc. Dans les
districts du sud-est, fleurit le ?M<e~eMca~Mcc~eMc~o~,
duquel on extrait l'huile précieuse de kayar-pouti,
spécifique puissant contre le choléra. Le poivre y croit
à Fêtât sauvage, et on le cultive aussi bien à Bandjar-
Màsingh qu'autour de Bornéo. La cannelle, la casse
odoriférante viennent en profusion vers Kimannis. En
aucun lieu du monde le camphrier ne croit avec
autant de perfection que dans les districts de Ma-
loudou et de Paytâne. L"ébène, le dammar., ~arbre
à sang de dragon se voient partout, ainsi que le co,-
tonnier, le caféyer, auxquels on prête d'ailleurs peu
d~atteniion. Le chocolat de Soulou est préféré, à Manille,
à celui de FAmérLque du sud. À. ces arbres se mêlent,
dans les forêts, le.kayou-bouleâne, le tchina, le mintan-
gore, le laban, le bois de fer, tous propres à la char-
pente et à la menuiserie. Le pin abonde dans la baie de
Malou,dou, le tek à Soulou. Les différents arbres fruitiers
qui enrichissent et ornent les campagnes de~Inde, crois-
sent ici avec la même splendeur, avec la même variété.
Ce sont le douriane, le mangoustane, le rao~outane, le
proya, le tchabi, le katchane, le timon, le djambou, le
knibane, outre le nunka ou djak, le tamarinier, le pam-
pi~emauMe, l'oranger, le citronnier, le plantain, le bana-
nier, le melon, l'ananas, le grenadier, etc. Dans les
~aydins, tous les herbages et tous les légumes.
Quelques i~ices combleraient rnontrer queréléphaat t
vit à Bornéo, et on y trouve le rhinocéros, le buffle, le
sanglier, les chèvres, les porcs; mais il n'y animions, ni
tigres, ni léopards, ni loups, ni renards, ni ours, ni cha-
cals les chevaux ~t les .chiens y sont d'une importation
récente. <Jne grande variété de singes peuplent les bois;
le plus remarquable estForang outang.
88
L'ornithologie,autant qu'elle nous est connue, est peu
variée mais les insectes y sont sans nombre, et les
abeilles déposent au sein des forêtsune telle quantité de
cire, qu'elle constitue un des grands articles du com-
merce indigène. Il est dans ces mers une hirondelle,
l'hirondelle dite salartgane ( hirundo eseulenta), qui
construit avec une substance mucilagineuse, assezres-
semblante au vermicelle, ces nids si recherchés des Chi-
nois. Elles paraissent choisir les rochers de Bornéoavec
prédilection, et des populations entières n'ont pas d'au-
tre industrie que d'aller les recueillir. Chaque nid vaut
de 1 à 2 francs.
Le fond de la mer, du cap Ounsang jusqu'à Basilan,
n'est, pour ainsi dire, qu'un banc d'huîtres à perles de la
plus belle espèce, et ellesabondentdansla baie de Malou-
dou. Sur les fondsde corail, vit cette holathurie, appelée
par les Malaistripang, qui, séchée, ressembleà une vieille
et épaisse semelle de soulier, et que les Chinois ont en
si grande estime, qu'elle est un article fort considérable
d'exportation.
La minéralogiede Bornéo est aussi remarquable que
sa botanique. L~orexiste dans la plupart des îles de
l'archipel asiatique; mais dans aucune d'elles on ne
le trouve avec autant d'abondance qu'ici. Les gîtes ont
été peu explorés; en général il provient de l'exploitation
d'alluvions, et s'obtient au moyen de lavages. Les mi-
neurs les plus habiles sont les Chinois qui, à Montradak,
dans l'état de Sambas, où il y a de riches dépôts, sont
au nombre d'au moins 40,000. Partout le métal est à
20 ou 22 karats, c'est'à dire qu'il contient de 85 à 90 par-
ties d'*orsur 100. Il serait difficilede calculer le quantité
d'or recueillie danstoute l'île. Sambas en donne annuel-
lement pour environ25 millions de francs.
A côté de ces alluvions amifères, il y en a de non
moinsriches enplatine et en diamants. Bornéo est, avec
l'Inde et le Brésil, une des contrées où Pon trouve les
–89–
plus belles gommes de ce genre. Les territoires de Pon-
tiana, de Bandjar-Masingh et Brouni, sont ceux qui en
fournissent le plus, et ce sont aussi les plus riches en or.
Le diamant du radjah de Mattàne est regardé comme
le plus gros qui existe et a été évalué plus de 7 millions
de francs.
On peut se procurer à Bornéo autant d'antimoine
qu'on en aurait besoin, et rétain, dans le Saràouàk, est
aussi abondant qu'à Banka. Mampava a de très-riches
mines de cuivre, et Mattàne, du fer qui le dispute pres-
qu'en qualité à celui de la Suède. L'aimant existe en
abondance à Poulo-Bongorong, près de Brouni.
Ce fut en 1520 que des navires européens se montrè-
rent pour la première fois sur les côtes de Bornéo
c'étaient ceux de l'expédition de Magalhaens qui,
remontant la rivière de Brouni, s~arrêtèrent devant cette
ville. Dans la première moitié du siècle suivant les
Portugais formèrent des établissements en différents
points de la grande île. Sur la rive gauche de la rivière
et un peu au-dessous de Brouni, on voit les ruines de
deux bastions et d'une courtine qu'ils y avaient é!evés
et ils dominaient par un fort, ainsi que vont le faire les
Anglais, Poulo-Labouâne, île située à l'embouchure
mêmedu fleuve, tenant ainsi en bride le plus fort des états
Indigènes. Cela donne assez la mesure de leur influence
mais la puissance du Portugal dans ces mers, s'effaça
enfin devant la grandeur toujours croissante d une puis-
sance qui était appelée à dominer un jour toute cette
région, et a y posséder presqu~un empire.
Je ne connais pas d'histoire plus triste que celle de la
fondation des établissements hollandais dans l'archipel
asiatique création où la petitesse du but le dispute au
ridicule des moyens c'est une guerre de boutiquiers de
bas étage, je dirais presque d'épiciers, si je ne craignais
pas de faire un jeu de mots ou l'on voit des marchands
se déclarer les ennemis de la nature et de Fhomme,
~-90–
massacrant les populations indigènes, coupant les arbres,
incendiant les forêts pour conserver le monopole de la
muscade et du clou de girofle, poursuivant, au nom d'une
paire de balances et d~un sac, ceux qui veulent parta-
ger avec eux ce que Dieu a donné à tous. Le récit de ces
guerres, dont le seul mobile est un intérêt sordide, a
quelque chose de dégoûtant et d'abject. Sang pour sang,
celui qu'ont versé les conquérants me semble plus
excusable.
En 1690, les Portugais furent donc expulsés de Sambas
par les Hollandais, et les années suivantes, des autres
points ou ils s~étaient installés. Mais la Hollande ne pen-
sait sans doute pas avoir éloigné tous les concurrents au
partage de cette riche proie, sur laquelle elle venait de
s'abattre d'autres marchands vinrent la lui disputer.
Antérieurement à Ï706, les Anglais avaient essayé de se
fortifier à Bandjar-Mâsingh, et on voit, par les registi-es
d'expédition (~A~op~er) de Hardy, que bien avant
~760, la très-honorable compagnie anglaise des Indes
envoyait régulièrement plusieurs navires à Bornéo.
Les Chinois sont fort nombreux à Bornéo. Ici, comme
sur tous les points où ils se sont établis dans les iles de
Farchipel, ils ont conservé rarement ce caractère d'abné-
gation qui leur est propre chez eux. Ils arrivent mourant
de faim; mais lorsque, par une industrie .pleine d'intelli-
gence, par un travail incessant, ils ont acquis la richesse,
l'ambition leur vient au cœur, et ils cherchent alors à
régner là où ils ne sont que sujets. Telle est la cause de
leurs tentatives contre Fautorité des princes indigènes,
tentatives qu'ils n'ont pas craint d'essayer contre les
Européens même, et que l'on a toujours étouRees dans des
flots de sang.
Vers le milieu du siècle dernier, Brouni fut le théâtre
d''une révolte de ce genre révolte d'autant plus grave,
que les Chinois étalent parvenus à entraîner dans leur
cause les Marats, les indigènes, dont la haine pour leurs
-91-
maîtres, les Malais, est toute légitime. Le radjah de
Brouni se vit obligé d'appeler à son secours les Soulous.
Désireux de reconnaître l'aide puissante qu'il en avait
reçu, il céda au solt'àne de Soulou toute cette portion de
ses états s'étendant de Kimannis à Tapiâne-Douriâne
c'est-à-dire toute la partie nord-est de Bornéo. La puis-
sance des soit'ânes de Soulou étant ensuite venue à dé~
cliner les Espagnols réussirent à s'emparer de la plupart
des ~les qui composent leurs états Soulou, la capitale,
fut prise et fortifiée, le solt'àne et sa cour faits prisonniers.
Lorsque les Anglais s'emparèrent de Manille, en 1762
ils Fy trouvèrent captif, et consentirent à le rétablir sur
le mousmoud (le trône) de ses pères, à cette condition
que tout le territoire qui avait été jadis donné à son
ancêtre, par le solt''àne de Brouni, serait cédé à la très-
honorable compagnie des Indes, avec la partie méridio-
nale de Palaouàne (une des Philippines lui appartenante
et les iles voisines. Le solt'âne accéda joyeusement à ces
conditions, et remit à Alexandre Dalrymple un acte
signé et revêtu de son sceau.
Je ne sais si l'Angleterre prit au sérieux cette cession,
dont la diSIculté des circonstances était le seul motif;
mais ce qu'il y a de sûr, c'cst qu'elle se regarde comme
maîtresse de toute~l'étendue des côtes qui lui furent don-
nées à l'époque dont il vient d~etre question, et qu'en
1774 elle jeta sur une des petites îles désertes du voi-
sinage, les fondements d'un établissement. Cette île,
située par 7° ~8'' de latitude nord, et 114° 40'' de longi-
tude orientale, a environ 5,500 hectares de superficie
elle se nomme .S~a~&~y~e. Ce devait être un dé-
pôt de marchandises destinées ,à être répandues sur les
côtes voisines, et dans les Philippines, un lieu de re-
lâche pour les bâtiments allant en Chine ou en revenant.
Au fond d'une baie de la côte sud-est, sur une plage
dominée par un amphithéâtre de forets épaisses, on
éleva un ibrt assez vaste, on l'on, plaça un régiment de-
–92--
Malais et 500 Européens mais la position, bien que
choisie peut-être avec tout le soin possible, était de la
plus grande insalubrité; puis les Malais de Bornéo, aux-
quels cet établissement faisait ombrage, lui refusèrent
des vivres, et de plus ils tombaient de temps à autres
sur les corps de gardes avancés, et les massacraient, car
tel a toujours été, il ne faut pas se le dissimuler, l'un des
résultats de ce fameux système de l'occupation res-
treinte que l'on voulait nous faire adopter en Algérie.
A peine une année s''était-elle écoulée, qu'il ne res-
tait plus que quelques débris des 400 hommes placés à
Balambangâne. La compagnie des Indes persista dans sa
résolution. On y renvoya un autre régiment de 1,200
Malais, un de Chinois du même nombre et 400 Euro-
péens. On éleva enfin des batteries nouvelles. Tant de
forces réunies donnèrent des alarmes aux Espagnols, et
leur firent présumer que les Anglais méditaient une in-
vasion des Philippines le solt'àne de Soulou devint
lui-même très-inquiet; remarquons enfin que les Hollan-
dais avaient vu de très-mauvais œil la présence des An-
glais sur ce point. On a dit même que ce sont eux qui
furent la cause première de la catastrophe par laquelle
se termina cette tentative d'occupation. Le climat, lui
non plus, n'avait pu pardonner à ces hommes de venir
affronter une terre vouée à la fièvre, et pour laquelle
ils n'étaient faits ni les uns ni les autres.
Un soir, affaiblie par la maladie, la garnison solitaire
de Balambangâne venait de voir se terminer dans l'ennui
une de ces longues journées des tropiques, la plus grande
obscurité avait depuis quelques heures tout enveloppe de
ses ombres noires, lorsqu'une troupe de Holoans (indi-
gènes de l'archipel de Soulou), commandée par le datou
y~~A, homme influent parmi eux, débarque à quel-
que distance de rétablissement, marche silencieusement,
surprend les avant-postes, et pénètre dans Fiutérieur du
fort, d'où elle n'est reppussée qu'avec peine, après avoir
93
massacré une partie de ceux qui s'y trouvaient. Le reste
se retira, ce qu'il y a de singulier, à Poulo Labouâne, dont
nous allons voir les Anglais prendre possession. De là on
dirigea, en septembre, quelques navires de guerre, qui
devaient demander au solt'àne de Soulou satisfaction de ce
qui était arrivé à Balambangàne mais cette démonstration
fut suivie du résultat quelles ont toujours lorsqu'avec les
Asiatiques on veut employer des formes qui leur sont in-
connues. Le solt~âne nia, et il ne fut plus question de rien.
Le 27 janvier 1776, lorsque le capitaine Forrest
envoya son canot, à Balambangâne, ce n'était plus qu'un
désert; la solitude avait repris toute sa tranquillité, et
l'amertume des souvenirs ajoutait encore à tout ce qu'elle
avait de triste. Soixante-dix ans plus tard, le 25 août
1845, M. Brooke eut la curiosité de jeter un coup-d'oeil
sur ce théâtre d'une si fatale histoire « La plage, dit le
voyageur, est bordée de mangliers, aride et sablonneuse;
le port même est encombré de récifs de corail nous
trouvâmes quelques restes de notre ancien établissement.
Ce lieu est plein de mélancolie. »
Depuis 1776, l'Angleterre n'avait jamais songé à faire
valoir les droits sur Bornéo quelle tenait du solt''àne du
Soulou, lorsque dans ces derniers temps son attention fut
de nouveau appelée sur cette vaste terre. Voici de quelle
manière. Un jeune officier deFarmée de l'tnde, M.James
Brooke (Broute), blessé dans la guerre contre les Bar-
manes, est obligé de retourner en Angleterre pour cher-
cher à s'y rétablir. Les merveilles de la nature asia-
tique le rappellent dans les mers de Chine il entre-
voit quelques peu des richesses et des ressources
immenses des îles de l'archipel asiatique son imagina-
tion travaille il consacrera toutes ces forces, toutes
son énergie à tirer ces belles régions de l'oubli ou elles
sont plongées II les fera rentrer dans la grande vie du
monde occidental; il éteindra la piraterie, adoucira les
moeurs des-Malais, assurera le bonheur des indigènes il
–94–
appellera les navires en foule dans les ports dont ils
s'éloignent aujourd'hui avec terreur; en véritable an-
glais, il sera l'apôtre de la civilisation et du commerce
sa patrie lui devra ce qu'elle cherche comme les sources
de la vie, un débouché pour ses manufactures. Une fois
pénétré de cette idée, rien ne le décourage. Pendant huit
.ans le voilà étudiant, feuilletant, préparant les hommes
qui doivent l'accompagner, armant un navire dont il
sera le maître, qu'il dirigera comme bon lui semblera
et puis enfin, lorsque tout lui semble prêt, il part, tra-
verse les mers et arrive à Brouni. Le radjah Mouda
Hasim, frère du solfàne, était alors dans le Saràouâk,
province révoltée contre son autorité. M fut l'y trou-
ver et en fut très-bien accueilli. Un sujet de mécon-
tentement ayant plus tard éclaté entre le so~âne de
Brouni et le radja, celui-ci employa l'intervention du
voyageur; elle eut un plein succès, et le solt~ane fut
tellement satisfait des résultats de ces différentes démar-
ches, que le conseil des pândjerans (hauts dignitaires)
assemblé, on lui donna le gouvernement de la province
à la pacification de laquelle il avait beaucoup contribué.
La cour de Londres, toujours prête à saisir les occasions
qui peuvent augmenter son influence, profita de celle-ci
avec empressement, et, au mois de novembre 1844, le
capitaine Béthune, commandant du Driver, remettait
à M. Brooke, de la part de lord Aberdeen, sa nomination
d~eM~ britannique à j9or?t'do, avec plein pouvoir de
faire tout ce qu'il jugerait à propos. Une fois installé à
Sarâouâk, M. Brooke s'occupa activement de poursuivre
les deux principaux buts qu'il s'était proposé déteindre
~n mettant les pieds sur ces rivages lointains, l'amél-io-
~atMmdu sort d~ indigènes, rextmction de la p~atenc<
L'état des indigènes le préoccupait surtout, mais il put
constater qu'il était beaucoup meilleur qu'il ne l'avait
~peu.sé.Quant à la piraterie, il n'y avait guère d'autre
ressource contre elle que de l'attaquer par la force dans
–95--
ses repaires même. Secondé par le capitaine Henri
Keppel, commandant de la frégate la D~o~, il tenta cette
difficile opération. Après avoir détruit et amené à capitu-
lation ceux du Sarâuuâk, il se dirigea vers ceux de la
baie de Ilaloudou, où il eut les même succès. Ce fut à la
suite de ces expéditions que, rentrant triomphant à Bor-
néo, le solt''âne lui offrit l'île Labouâne, dont il accepta
la cession au nom de son gouvernement.
Située à l'embouchure même de la rivière de Brouai,
Poulo-Labouàne, ou l'île de F~c~c~e (en malais), en
commande rentrée, de sorte que la ville de Brouni se
trouve pour ainsi dire, constamment bloquée. Que ce.
soit le hasard ou le résultat d'une combinaison politique,
il est bien é vident que FAngleterre, en souhaitant une
possession sur la côte de Bornéo, ne pouvait mieux
avoir, car aujourd'hui elle est entièrement maîtresse de
tous les mouvements du solt'*âne. C~est une de ces posi-
tions comme Aden, Gibraltar, Hong-Kong, qui dominent
tout, et comme elle sait toujours les prendre. Peut-être
le sol~âne s'est-il aperçu de sa faute actuellement irré-
parable, et cherche-t-il à s'en prendre à qui de droit,
car on a appris, par les dernières nouvelles (juin t846),
qu'il était fort loin d'être envers M. Brooke dans des dis-
positions aussi bienveillantes qu'il y a deux ans, et qu'il
cherchait toutes les occasions de le faire empoisonner.
Dans tous les cas, la belle position de Poulo-Labouâne
appartient à l'Angleterre, et comme ce point est sans
doute destiné à devenir fort remarquable, nous croyons
devoir donner ici la traduction d'un Mémoire rédigé par
un homme compétent, M. Craw~rud, l'ancien gouver-
neur de Singapour. On verra que la question y est exa-
minée sous toutes les faces, et avec cet esprit d'avenir
qui caractérise le génie britannique.
« Je suis d'avis, dit l'écrivain anglais, qu'un établis-
sement sur la côte nord-ouest de Bornéo, c'est à-dire
--96–
en un point convenable des rivages méridionaux de la
mer de Chine, serait extrêmement avantageux à l'Angle-
terre.
» Ce serait un dépôt très-important de charbon de terre
pour la navigation à vapeur, une position de premier
ordre dans le cas d'une guerre maritime, un point de
refuge précieux pour les bâtiments desemparés par
les tempêtes de ces mers difficiles; il offrirait enfin les
moyens de procéder d'une manière efficace à la destruc-
tion de la piraterie malaie.
M L'île de Labouâne paraît réunir, autant que je
puis en juger dans Fêtât imparfait de nos connaissances,
à peu près toutes les conditions indispensables pour un
semblable objet, la salubrité du climat, un bon port, une
situation très-convenable sur la grande ligne de notre
navigation à vapeur, et pour les navires battus par la
tempête de plus, une position qui peut être facilement
rendue inattaquable.
» Poulo-Labouâne est située par 5" environ de lati-
tude nord la température moyenne doit y être, par con-
séquent, de 85 fahrenheit (28° centigrade) les limites
extrêmes entre lesquelles se meut la colonne thermomé-
trique, ne doivent pas dépasser 10 degrés. L'année n'y
est donc, pour ainsi dire, qu'un été chaud continuel.
Elle est, du reste, complètement exposée aux influences
des deux moussons (vents réguliers qui se partagent les
douze mois d'une manière égale). Bien que située
20 milles (57 kilomètres) seulement, des rives maré-
cageuse de la rivière des Brouni (Bornéo), il y a peu
de raison d''apprehender que le climat y soit malsain,
car jamais on n'a encore signalé d'une manière particu-
lière l'insalubrité de celui de la ville de Brouni (Bornéo),
qui repose depuis des siècles au milieu de la rive sans
cesse inondée de son large fleuve puisque les maisons
y sont élevées sur pilotis, et seulement accessibles au
moyen d'embarcations.
–97–
» Je ne sache pas que l'île Labouàne présente aucune
baie ou autre anfractuosité qui puisse servir de port
mais le canal qui la sépare de la grande terre n'a
guère plus de 7 milles (~5 kilomètres) de large, et
doit former un port spacieux et commode. Le nom de
l'île elle-même, qui signifie ancrage, ne lui a été donné,
sans aucun doute, que parce qu'elle offrait un mouillage
sûr aux marins indigènes. En différents points de ce ca-
nal se trouvent quatre îlots qui, ainsi que quatre autres
places au sud-ouest, doivent donner un bon abri durant
la mousson du sud-ouest, ou mousson douce, Labouâne
elle-même présentant uneprotection efficace contre la plus
mauvaise des deux, celle du nord-est; remarquons d'ail-
leurs que cette île, placée par 5° de latitude nord,
est ainsi en dehors de l'extrême limite australe des ty-
phons de la mer de Chine.
» Dans le détroit qui sépare Labouâne du continent,
ou plutôt qui s'étend entre Labouâne et les îlots dont
nous venons de parler, la carte de FAmirauté montre que
les bâtiments jaugeant 18 pieds d'eau peuvent ancrer
jusqu'à un mille (1,855 mètres) du rivage, et les plus
grands navires à un mille et demi, commodités que Fon
ne trouve pas à Singapour. Poulo-Labouane sera donc
un port de refuge précieux pour les navires désemparés
par la tempête. Plusieurs faits récents montrent l'impor-
tance que peut avoir un tel port.
Depuisque ceci est écrit, sir EdouardBelcher,commandantdu
-S<MMar<M~ a exploréPouto-Labouane, et y a lrouvéun excellentport
qui a été nommébaiedeVictoria(Victoriabay). Sa carte, intitulée
P~ o/*<~eMaN~o/' Zo&MtM, MtOM~ o/*~c B~r~coR~er, 6t/cap<<M~
sir
.w Edward
.E~Mxmï .Be~er, lof
Belcher, e-tit.
Labuan, 1844,est une de
C. B. 1844, cellesdonnées
decelles données ar le
pparle
capitaineH. Keppel,dansla relationdu voyagedela DtdoM,vol. JI,
ad finem.Victoriabay s'onvrct'angtc sud-estde I'Ue,etprésentede-
puis 2 jusqu'à7 et 8 brassesd'eau au large, s'élèvela petite i)e de
C<)M!tKC-P~pa~t~mi lui donnedeux entrées l'uneà l'est-nord-est,
avec 10.<t~~t<ses l'autre au sud, avec 10, 18,'t8 et
d'eau; du
braa~~TRTro~.jM~~)'est séparePouto-Labouâne continent,
est l'ile Dadt.
para!t/~t/proj~;Bf~
¡ 12
v~
!($Í, l
–98--
» Poulo-Labouunc gît à peu près sur la route directe
de la navigation à vapeur et à voiles, qui a lieu entre
l'Inde et la Chine durant la plus terrible des deux
moussons celle du nord-est et c'est une position inter-
médiaire entre Singapour et Hong-Kong, puisqu'elle est à
700 milles (1,500 kilom.) de Fun~ et 1,000 (1,855 kilom.)
de l'autre.
» La nature même et la petite étendue de Poulo-
Labouâne la rendent facile et peu coûteuse à défendre.
Sa forme est à peu près triangulaire et elle a environ
10 milles (48 kilomètres) dans sa plus grande longueur,
de 2 à 6 milles de large, et environ 25 milles et demi
carrés (17,612 hectares)
» Les tribus sauvages de la Grande-Terre ne sont pas
assez a craindre, d'ailleurs pour rendre nécessaire la
construction de forts ou de batteries. Depuis 25 ans que
nous sommes à Singapour, on n'a jamais eu à y penser.
Ce ne serait que dans le cas d'une guerre avec quelque
puissance maritime européenne que cela pourrait être
utile, mais j'ignore quels sont les avantages que Poulo-
Labouâne peut offrir à cet égard. Le principal objet de
semblables fortifications doit être de protéger les navires
dans le port contre les tentatives des croiseurs. En un
point, les sondages, tels que les donne la carte de rAmi-
rauté sont de 9 brasses à 5 quarts de mille du rivage
et je présume que des batteries ayant cette portée,
seraient suffisantes pour protéger les plus forts navires
du commerce. Sur la rade de Singapour, aucun navire,
si on en excepte les petits bâtiments indigènes, ne peut
s'approcher plus près que de 2 milles du rivage de sorte
qu'en cas d'une guerre avec une puissance européenne,
les bâtiments de commerce ne pourraient être défendus
que par les navires de guerre.
» Un des résultats les plus remarquables que nous
Dimensionsprisessur la cartedesir EdwardBetcher. 0. M
–99–
puissions attendre Je la possession de Poulo-Labouàne.,
sera de nous fournir le moyen de défendre notre com-
merce et d'attaquer celui de nos ennemis, dans le cas
d'une guerre maritime. Entre rentrée du détroit de
Malaccaet Hong-Hong, distance de 1,700 milles (plus de
5,000 kilom.), il n'y a aucun port anglais, aucun lieu de
refuge commode et sûr Hong-Kong est le seul point qui
jouisse de ces deux avantages dans toute rétendue de la
mer de Chine, bien que nos relations commerciales s'y
étendent sur une longueur de plus de 2,000 milles
(5,700 kilom.). Partout ailleurs, excepté à Manille et
dans les ports du céleste empire nouvellement ouverts,
nos navires désemparés nos bâtiments marchands pour-
suivis par l'ennemi, seraient abandonnés aux refus et aux
extorsions de peuples à moitié barbares, ou en danger de
tomber aupouvoir de pirates et de tribus sauvages.
» Poulo'Labouàne étant fortifié, et en admettant que
la houille de Bornéo soit aussi productive, d'une qua-
lité aussi supérieure qu'on le dit, la Grande-Bretagne,
dans le cas d'une guerre maritime, sera maîtresse des
mers de Chine. Nous aurons là, en effet, le seul dépôt
de charbon de terre réellement de quelque importance
qu'il y ait, si on excepte ceux du Bengale et de l'Aus-
tralie, dans Fimmense région terrestre qui sépare l'Eu-
rope de FAmérique.
». La position de Poulo-Lahouàne est aussi convenable
que possible pour procéder à la destruction de la pira-
terie. Les pirates les plus audacieux et les plus actifs
<!etout l'archipel asiatique, sont ceux des îles Soulou,
voisines des côtes les plus septentrionales de Bornéo, et
ceux des côtes du nord-ouest et du nord-est de cette
île même; ils se sont montrés jusqu'à présent aussi
nuisibles aux Anglais qu'aux Hollandais, et les deux
nations se sont engagées, par la convention de 1824,
a user de tous leurs moyens d'action pour se déli-
vrer de ce sujet d~inquiétudes incessantes; plusieurs
100
tentâtives ont été faites dans ce but, sans toutefois dimi-
nuer le danger d'une manière sensible. De Labouàne,
les pirates peuvent certainement être surveillés et pour-
suivis par des steamers armés, avec beaucoup plus
d~emcacité et de facilité que de toute autre position.
M Comme entrepôt commercial, Poulo Labouàne pré-
sentera, par suite de sa position, de grands avantages. Le
commerce indigène de la région voisine viendra s'y con-
centrer, et il en sera Je même de celui de la côte nord
de Bornéo, de celui des îles Soulou et d'une partie con-
sidérable des îles aux épices. Les navires qui s'y ren-
dront des Philippines et de la Chine, au lieu de se diri-
ger sur Singapour, auront 700 milles (1,298 Idiomctres)
de moins à parcourir, difïerence d'une importance capi-
tale pour le commerce local de ces deux contrées.
H Je présume que Poulo-Labouàne pourra, sans diffi-
culté, entretenir durant toute l'année, et malgré les deux
moussons, des relations suivies avec les régions environ-
nantes situées à l'ouest, telles que la presqu'île de Ma-
lacca, Siam et la Cocbinchine.
» Poulo-Labouâne appartient à la partie la plus sau-
vage des côtes de Bornéo. Les hommes de Brouni
(Bornéo) eux-mêmes sont des Malais émigrés, origi-
naires de Soumadra, et fixés dans ce pays depuis six cents
ans environ.
» De toutes les colonies envoyées au loin par ce peu-
ple, ils sont les plus éloignés du siège primitif de la race.
Il y a du reste différence complète entre eux et la popu-
lation de Fintérieur, sous le rapport des mœurs, de la
langue et de la religion; celles-ci sont divisées en tribus
aussi nombreuses et aussi grossières que l'étaient les
Américains, lorsque les Européens les virent pour la
première fois
explorationsde M. Brookeparaissent
Lesdernièreset intéressantes
démontrertoutle contrairede ce qu'avanceiciM. Crawfurd;lesidées
exagéréesque l'on avait de la barbarie des indigènesde Pouto-
–101–
)) U n'y a d'ailleurs rien à attendre de Fart ou de l'in-
dustrie de ces peuples, pour un entrepôt de commerce
anglais. Leur pays donne seulement des quantités consi-
dérables de poivre, et leurs forêts des produits d'une
beauté et d'une variété rares, de la cire, du benjoin; du
camphre surfin, de l'huile de camphre, des nids d'oi-
seaux, des joncs, des rattans, articles qui forment déjà la.
base des exportations de Bornéo à Singapour. La partie de
Bornéo opposée à Poulo-Labouane abonde aussi, je pense,
en sagoutiers, et il y a vingt ans que la plus grande par-
tie du sagou comestible provenait de ce pays. Les colons
Chinois établiront ici, et il n~y a pas à en douter, comme
ils Font fait à Singapour et à j~atacca, des usines pour sa
préparation, d'après les procédés perfectionnes qu'ils
pratiquent dans ces deux endroits.
» IL y a quelque raison d'espérer que les bois de la
portion de Bornéo dont il est ici question seront recher-
chés pour la construction navale. M. Dalrymple dit que,
de sou temps, il y a environ soixante-dix ans, on cons-
truisait sur la rivière de Brouni des jonques chinoises
de 500 tonneaux. Quant aux bois propres aux bateaux
et aux bâtisses, il est à peine nécessaire d'ajouter que la
côte nord-ouest de Bornéo, de même que la plupart des
terres de l'archipel en possèdent surabondamment.
» Je profite de cette occasion pour constater en passant,
comme preuve des facilités que présente cette partie de
Bornéo pour des relations commerciales avec la Chine,
que durant la dernière moitié du siècle dernier, un
nombre considérable de jonques chinoises commerçaient
régulièrement avec cette grande île, et que ce commerce
cessa seulement du jour où les gouvernements devinrent
trop tyranniques ou trop faibles pour le protéger. Sans
aucun doute, il reprendra de nouveau son ancienne
Kalamanlànesont dues aux rapportsdesMalais, qui, les exploitant
sans miséricorde,avaient tout intérêt à les peindre aux Européens
souslescouleursles plusnoires. 0. M.
102
activité, aussitôt que le pavillon britannique flottera sur
Poulo-Labouâne. Pas une seule jonque chinoise ne se
hasardait à entrer clans le détroit de Malacca avant la
fondation de Singapour, et le nombre de celles qui y
pénètrent aujourd'hui, sans compter les jonques ve-
nues de Siam et de la Cochinchine, n~est pas moindre
de 100.
» Je serais peu disposé à demander que Fon cherchât
à tirer autre chose des terres de Poulo-Labouâne, par
la culture, que des fruits et des végétaux, et, lorsque le
sol sera entièrement défriché, ~quelques prairies pour
les bestiaux. Les mers, dans cette partie du monde
abondent en poissons exquis des espèces les plus variées,
et les Chinois sont, on le sait, on ne peut plus adroits et
plus industrieux à profiter de cette ressource.
» On éprouvera dans le commencement, à Poulo-
Labouâne, quelques difË~uItés à se procurer du lait,
du beurre et de la viande fraîche ;ce fut ce qui arriva
à Singapour, mais actuellement on a presque compléte-
ment surmonté cette dimculté. Les différentes terres de
l'archipel asiatique sont peu propres à élever du bétail,
et il n'y en a que quelques-unes où les boeufs et les
buffles sont abondants. Le mouton manque à peu près
partout; il faudra donc importer du bétail à Poulo-
Labouâne.
» Quant aux grains, il sera sans aucun doute beaucoup
plus économique de les importer que de les cultiver.
Le riz sera ici, comme dans toutes ces contrées, la base
de la nourriture de la population il en viendra en quan-
tité, et à des prixtrcs réduits, de Siam et dela Cochinchine.
Aucune contrée, à une distance moindre de 700 milles
(1,300 kilom.) de Singapour, n'est abondante en céréa-
les on n'en recueille pas dans l'île même, et cependant,
depuis la fondation de rétablissement. jusque présent,
le grain y a été abondant, h bon marche, et n'y a éprouvé
que des fluctuions presque imperceptibles pendant
103
plusieurs années, il en a été même exporté des qualités
considérabtes. On peut tirer de ces mêmes contrées, et cela
en abondance comme on le fait à Singapour, une grande
variété de légumes, d''huile végétale, de sel culinaire.
» Des mines d'antimoine sont à 300 milles (556 Idiom.)
de Poulo Labouâne, et les mines d'or sur les côtes occiden-
tales et méridionales de la grande île; je ne sache pas
d'ailleurs qu'aucun minéral de prix ait été découvert dans
le voisinage immédiat de Poulo-Labouâce, si ce n'est le
charbon de terre, qui est bien préférable à l'or et à l'anti-
moine. L'existence du terrain houillier a été reconnue
dans tout l'espace qui s'étend de Poulo-Labouâne aux îles
Kayn-Arang, mots qui dans le fait signifient les îles de la
houille, jusqu'à l'île Tcher raine, et de là sur la grande
terre, étendue de 30 milles (55 lui.) Quant au charbon de
terre dePoulo-Labouâne elle-même, je ne connais aucun
autre détail à ce sujet, que le fait même de son existence;
mais le charbon des deux îles de la rivière de Bornéo,
dont il vient d~être question, et celui de la grande île,
est regardé, d'après une analyse et un essai fait à bord
d'*un bateau à vapeur, comme supérieur à peu près à tous
ceux que l'on a tirés de Ftnde, et égal à quelques-uns
des meilleurs charbons anglais. Cela est doutant plus re-
marquable, qu'il est reconnu que les minéraux et sur-
tout les charbons pris à la surface des gîtes, sont tou-
jours d'une qualité inférieure à ceux qui appartiennent
aux couches les plus profondes.
» aussitôt que le pavillon britannique flottera à Poulo-
Labouâne, et aussitôt que cela sera connu, on peut s'at-
tendre, avec certitude, à y voir accourir une foule de
colons les meilleurs et les plus nombreux seront les
Chinois; ils étaient jadis nombreux sur les bords de la
rivière de Brouni.
)) On peut voir sur la carte que Bornéo est de toutes
les grandes îles de la partie occidentale de Farchipel, la
plus voisine de la Chine, et que PouIo-Labouàne est au
104
nombre des points de l'île qui en sont à la moindre dis-
tance. Sa distance de Hong-Kong est de 1,000 milles
(t,855 Miom.), et i'ile de Haï-Nân, un des grands centres
de rémigration chinoise en est à 800 milles (1,500 ML),
distance que les kouen ou jonques chinoises, avec les
moussons, ne mettent pas plus de quatre à cinq jours
à parcourir. Les côtes des provinces de Kouang-Tong
et de Fou-Kiân, ont été jusqu'ici les grands centres
d'où partent les flottes des émigrants, et le Fou-Kian
même n~est qu'à 1,400 milles (2,600Mlom.), voyage de
sept à huit jours. Le commerce chinois et l'émigration
reparaîtront donc facilement dans ces parages. La côte
nord-ouest de Bornéo produit en quantité inaccoutumée
quelques-uns de ces articles bruts pour lesquels la de-
mande est incessante sur les marchés de la Chine, et
Fon peut avec certitude assurer que Poulo-Labouàne re-
deviendra l'entrepôt d'un commerce avec cet [empire,
bientôt beaucoup plus important que celui qui s'est ja-
mais fait à Brouni.
4 » Je ne
prétends dire en aucune façon que Poulo-
Labouâne aura, sous le rapport de la population, du
commerce et des ressources financières, un développe-
ment aussi rapide que celui de Singapour, position en-
core plus centrale pour le commerce cependant je pense
qu'on ne saurait douter de son succès, car la nature l'a
dotée de quelques avantages que Singapour n'a pas. L'un
des plus remarquables est dans ses mines de charbon de
terre, et en ce qu'elle commande les terrains houilliers
de la rivière de Brouni; sa supériorité 'comme station,
pour la navigation à vapeur, en est la conséquence, et
puis c'est un port de refuge plus convenable elle pa-
rait être d'ailleurs infiniment supérieure sous le rapport
militaire, et surtout pour protéger efficacement le com-
merce de la mer de Chine, commerce qui emploie au-
jourd~hui un nombre de navires dont le tonnage est au
moins de 300,000 tonneaux, et dont les cargaisons ne
105
sont pas certainement au-dessous d'une valeur de 15
millions de livres sterling (375 millions de fr.) On
devra faire d'ailleurs de Poulo-Labouâne, comme on l'a
fait de Singapour, un port franc, parce qu'elle ne peut
prospérer qu~à cette condition. »
Nous nous associons complètement aux espérances et
aux vues de M. Crawfurd, qui nous semble seulement
s'être beaucoup trop préoccupé d'une chose peu à
craindre, même de F Angleterre, des éventualités d'une
guerre maritime; nous croyons que la civilisation a trop
à gagner partout où les anglais s'établissent, pour élever
la voix contre la nouvelle possession qu'ils viennent
d'acquérir mais nous voudrions qu'au sujet des acquisi-
tions bien moins ambitieuses et surtout bien moins nom-
breuses de la France, on se montrât aussi sage de l'autre
côté de la Manche.
Le14 septembre1843,M. HenryWisesoumit'au gouvernement
anglaisun plan pour améliorerles relationsentrela Chineet l'Angle-
terre il fut adopté le 20 juin 184S.Voiciquelle est la lignesuivie
par les paquebotsentrecesdeux pointsdu globe si éloignés;ils nous
(tonnerontquelquesdistancescurieusesà connaître
milles
marins.jour~.heures.
De Hong-Kong Pouto-Labouàne. 1009 7 12
De Pouto-Labouane à Singapour. 707 4 18
De Singapour à Malacca. 122 1 »
DeMataccaaPinang. 222 2 »
De Pinang à Ceylan. 12H) 8 18
De Ceylan à Aden. » il »
D'AdcnàSoucys. » 8 »
De Souéys à Alexandrie » 3 »
D'Alexandrie à Malte. » 4 »
De Malte à Marseille. » 4 »
De Marseille à Londres. » ? »
TOTAL. » M »
La correspondance de Chine par Calculla et Bombay, et les malles
continentales, mettaient toujours 89 jours, ce qui donne à la première
voie un avantage considérable de 30 jours sur la première.
On voit, d'après cela, qu'on peul aller des bords de la Tamise à
Pouto-Labouàne, sur la côte nord-oucs~ de Bornéo, en moins de doux
mois.
ALGERIE
COLONISATION.
MM. les lieutenants généraux de La Moricière et
Bedeau commandants supérieurs de la province d'Oran
et de Constantine, ont présenté dernièrement deux
projets sur le mode de colonisation qui leur a paru le
mieux approprié à la position particulière de chacune de
ces provinces.
En adoptant, à titre d'essai, les bases principales des
projets dont il s'agit, le gouvernement a pensé que l'un
et l'autre devaient subir divers changements dans rappli-
cation. Néanmoins, il lui a paru utile de les mettre tous
deux sous les yeux des Chambres, afin d~éclairer,
autant que possible, la discussion .sur la grave question
de la colonisation de l\\lgéne.
107
projet de M te Heutemamt Cénét ai de LA MMMMMÈRE
LETTRE D'ENVOI DU PROJET
A M.LE GOUVERNEUR
GÉNÉRALDE L'ALGÉRIE.
Cran.–MaN
8~0.
MONSIEUR
LEMARECHAL
Votre circulaire du 8 avril 1846 me prescrit de vous
faire connaître les points du territoire mixte qui me
paraissent le plus favorables à ]a création de nouveaux
centres de population européenne.
Uarrêté du 2 avril 1846 détermine la composition de
commissions chargées d'examiner sur le terrain toutes
les questions dont la solution intéresse rétablissement
des centres de population proposés. Il m'a semblé que,
pour donner une valeur réelle à ce trayait, je devais
embrasser la question d'un point de vue général, de
manière à déterminer le programme à remplir dans un
temps donné, et la progression à suivre pour accomplir,
donnée en année, la portion de ce programme dont le
gouvernement voudra fournir les moyens d'exécution.
J'ai posé en ces termes le problème à résoudre de la
population dans l'état actuel de la province « Déter-
miner le chiffre de population européenne agricole, qui
suffirait seule à nourrir les 25,000 habitants 2,000 che-
vaux ou mulets qui peuplent les villes de la province
d~Oran, et en outre 2S,000 hommes de troupe et 6,000
chevaux ou mulets, effectif militaire nécessaire à la
défense du pays dans les circonstances ordinaires.
» Indiquer les territoires convenab)es et su)f!sant~
pour recevoir cette population. »
108
Le grand triangle qui a sa base sur le bord de la
mer, d'Oran à Mostaganem et son sommet à Mascara
se présentait naturellement comme le premier champ
de cette colonisation. J~ai donc commencé par le faire
étudier.
M. le lieutenant-colonel d'état-major de Martimprey
a été chargé d'examiner en détail la répartition du sol
entre les détenteurs indigènes actuels et Jeurs droits
soit à la propriété soit à l'usufruit, afin de déduire de
cette étude les moyens de faire place à la population
européenne, en froissant le moins possible les intérêts de
la population indigène.
M. le chef d'escadron d'état-major damiers a été
chargé d'examiner le terrain, afin de donner un premier
aperçu des lieux qui, par la nature du sol et des eaux,
par toutes les considérations agricoles, paraîtraient favo-
rables à l'assiette des centres de population travaillant
de concert avec M. de Martimprey, il a présenté une
division approximative en communes et l'indication de
communications à ouvrir.
M. le capitaine d'artillerie Azéma de Monigravier
attaché à la sous-direction des affaires arabes, officier
versé dans les études archéologiques, a recherché les
vestiges des établissements romains dans la province,
afin d'établir une comparaison instructive entre ce qu'ils
ont fait, et ce que nous faisons et voulons faire.
A ces deux officiers étaient adjoints MM. Gelez,
capitaine au 44" de ligne, officier studieux et intelligent
à qui était confié le soin de faire les relevés topographiques
reconnus utiles Brahemscha, interprète principal,
accompagné d'indicateurs arabes, vieux serviteurs des
Turcs, bien instruits de toutes les questions de propriété.
MM. de Martimprey, deniers et Azéma ont employé
six semaines à ~exploration minutieuse du terrain.
Les résultats de cette triple enquête sont consignés
1 Dans un mémoire de M. le lieutenant-colonel de
109
Martimprey, nccompagné d'un plan indicatif de I~état
actuel des lieux et des zones de colonisation projetée
2" Dans une série de notices rédigées par M. le com-
mandant d~iliers, et qui donnent la description de
chacune des communes proposées. Une carte dite des
communes a été dessinée pour servir à Inintelligence de
ces notices
5" Dans deux mémoires de M. Azéma de Montgravier,
sur l~ssiette de la domination romaine dans la province
d''0ran et sur la politique des Romains à fégard des
indigènes, avec une carte, rectifiée, des ruines romaines.
Je considère le mémoire et les notices comme l'exposé
général de l'entreprise et des moyens à y appliquer. Je
me propose d'indiquer ici la partie par laquelle on doit
commencer, le mode à adopter pour y amener les colons,
et enfin de présenter les devis des dépenses indispen-
sables, afin tFen conclure rétendue des crédits à ouvrir.
Il résulte du mémoire de M. de Martimprey, que la co-
lonisation à entreprendre en premier lieu, est celle qui ne
doit pas entraîner le déplacement d'une portion considé-
rable de la tribu des Garrabas. Les seuls territoires qui
satisfassent à cette condition, dans la zone, sont ceux
des communes de
Sidi-Ali. 170 familles
Assian-Toual. 200
Tazout. 70
Goudyel. ~0
Guessiba. 72
Arzéou. 200
Bettoua. 100
TOTAL. 952
J~y ajoute le Tlelate, que je considère, quant à présent,
comme village routier, et qui peut sans inconvénient
être crée, partiellement, en dehors de l'ensemble,
moyennant transaction avec quelques familles des Smëtas
et des Garrabas
–no–
.Fujoutedonc:
Tie)ate. SOfamiHes.
dans ies autres zones
A quoi je joins
'1° Zone de Mostaganem.
Commune des Jardins. 2SO
Asst-Mamache. 4M
2° Zone intérieure du Sig.
Saint-Denis.
L'Union agricole. f
3" Zone intérieure de Mascara.
Mascara(banneue). g~
Sidi-Daho.
TOTALGÉNÉRAL. 2,352
Je propose de faire immédiatement appel à la popula-
tion européenne pour occuper ces quatorze commmuncs.
Je demande, par conséquent, les crédits nécessaires
10° Pour obtenir la
disposition du sol;
2" Pour ouvrir les voies de communication indispen-
sables, et en gênerai pour préparer l'installation des
colons ainsi qu'il sera expliqué ci-après.
Un devis estimatif ci-annexé de la dépense par com-
mune donne le détail des crédits à allouer pour chacune
d'elles et pour les travaux d'utilité générale qui se rat-
tachent directement à sa création. Je passe au système
d'introduction de la population coloniale.
Personne n'ignore qu'un des obstacles qui ont nui jus-
qu'ici à l'implantation de la population européenne sur
le sol algérien, est résulté de la lenteur et de la multi-
plicité des formalités imposées aux colons qui deman-
daient des terres. Un autre est né de Fexagération des
dépenses imposées à FÉtat par le luxe d'établissements
.et de travaux publics dont on a doté les nouveaux villa-
ges, travaux utiles et désirables en eux-mêmes, mais non
indispensables a l'existence des populations, ni même
~Fun grand secours pour elles. Les nouveaux villages ont
111
dû naître dans un état de perfection encore inconnu dans
la plupart des villages de France, avec des routes nive-
lées, des champs cadastrés, des ponts sur tous les ruis-
seaux, de bettes églises, des écoles, des maisons com-
muues, etc., etc. On a pris pour point de départ le terme
auquel aspirent encore, et que ne toucheront de long-
temps la plupart de nos communes rurales de l'intérieur.
Faut-il s'étonner que beaucoup de temps et d'argent se
dépensent pour se préparer à marcher ainsi?P
Je repousse d'une manière absolue cette perfection
ruineuse. J'entends, par le plan d'un village à créer, la
détermination sur le terrain, au moyen de quelques
piquets, de l'emplacement sur lequel il sera bàti, celle
dune place et de quelques rues principales. Par un
chemin communal (je réserve les grandes routes et
routes secondaires, qui doivent être exécutées comme en
France avec le temps), j'entends un sentier arabe, gros-
sièrement rectifié s'il le faut, débarrassé des broussailles
et des palmiers nains, pour que les charrettes y puissent
circuler.
Je demande que le colon soit mis en possession de son
terrain par des procédés analogues, en mesurant au pas
les limites de son champ et les bornant par une pierre.
Le travail du géomètre doit suivre, non précéder cette
installation, qu'il retarde indéfiniment lorsqu'elle lui est
subordonnée.
Je ne puis admettre qu'on se jette, pour un village
qui n'existe qu'en germe, dans les frais d'une église, d'un
presbytère, d'une maison d'école, d'une mairie, d'une
gendarmerie, ni qu'on doive attendre, avant de rien com-
mencer, d'avoir les moyens d'élever toutes ces construc-
tions dispendieuses.
Ces conditions très-utiles, très-avantageuses de Inexis-
tence d'une commune formée, ne lui sont pas indispen-
sables pour se former. Plus tard, lorsque plusieurs vil-
lages seront groupés sur le sol, que chacun aura fait ses
112
preuves de vitalité, que l'expérience aura démontre leur
importance relative, FEtat appréciera pour lequel et dans
quel moment il sera opportun de faire ces sacrifices. Ce
choix devra évidemment être effectué le plus tôt possible,
et l'État devra consacrer chaque année un crédit assez
large pour ces utiles créations
Mais il est des travaux que la nature du climat et du
sol rendent indispensables, d'autres qui sont exigés par
la prudence, en face de la population musulmane. Ce
sont ceux
1° Des puits, fontaines et abreuvoirs, des irrigations
lorsqu'il est possible d'en avoir, en un mot tout ce qui
se rapporte au service des eaux
2° D'une enceinte composée d'un fossé et d'un parapet
en terre.
Les populations ont donc besoin d'un secours immé-
diat pour se procurer cette protection et ces commodités
d'un intérêt urgent. Je vais expliquer tout à l'heure
comment je voudrais les leur assurer.
J'arrive d'abord à la question la plus difficile. Trou-
ver des habitants pour nos villages ?
Le gouvernement ayant résolu d'entreprendre la fon-
dation d~un certain nombre de villages, et s'étant préa-
lablement procuré la libre disposition du sol par les
moyens indiqués pour chaque commune, ferait publier,
en.Aigérie et en France, que l'Etat est prêt à aliéner les
terres comprises dans la circonscription déterminée, et
que les conditions de cette aliénation sont exprimées
dans un cahier des charges, déposé, avec une description
des lieux et le plan a l'appui, à Paris, dans les bureaux
des affaires de FAlgérie a Alger, dans ceux de la direc-
tion de l'intérieur; à Oran, dans ceux de la direction des
domaines, et dans toutes les préfectures de France.
Lorsquelescentresde populationsont fondés,que la communeest
constituée,elle prendrang parmi lescommunesdela provinceet par-
ticipeaux allocationsquileur sontattribuées.
H3
La description des lieux serait fournie par le travail
de M.le commandantd'Illi ersou par un travail analogue,
et par la carte des communes.
Il serait rédigé uu cahier des charges par commune
ce cahier des charges reproduirait, d'abord, un résumé
de ce qui précède, comme aperçu général de ridée qui
présideà la fondationdes villages. Il indiquerait ensuite
i" LESENGAGEMENTS
DEL'ETAT
ENVERS
LESADJUDICATAIRES
OUCONCESSIONNAIRES.
1" L'allocation d'un crédit déterminé pour l'ouver-
ture immédiatedes communicationsde la communeavec
les communes voisines, suivant le plan, l'ouverture des
rues comprise; promesse d''un crédit analogue pendant
deux ans pour amener ces cheminsà l'état convenable.
2°Allocationd'un crédit, calculé d'après le taux moyen
par famille, auquel reviennent à l'État les travaux néces-
saires pour enceindreles villages et y créer, soit une fon-
taine, soit un puits à pompe avec abreuvoir et lavoir.
Ces crédits devraient être disponiblespour la première
année ils seraient employés de suite, au moyen d'ou-
vriers militaires ou de manœuvres civils, si Fon ne ju-
geait pas à propos de réserver ce travail aux colons eux-
mêmes pour la morte saison.
3° Engagement par l'État de pourvoir plus tard aux
besoinsgénéraux constatésdans le périmètre de la colo-
nisationentreprise, tels qu'églises, presbytères, etc., etc.,
selonles propositionsqui seront faites par la commission
consultative, agréées par le conseild'administration de
la colonieet comprises dans les budgets annuels.
4" Si la localité motivait quelque travail d'un haut
intérêt, un engagement spécial pourrait être pris à cet
égard.
S" Si quelque dimculté localedevait rendre plus dis-
pendieuse qu'ailleurs la construction des maisons (éloi-
1~
114
gnement des matériaux, nature :deschemins et leur di-
rection excentrique, etc.) et le défrichementdes terres,
promesse d'une prime en argent pour chaque famille
installée d'une manière déterminée cette prime serait
payable en deux ou trois termes, après raccomplisse-
ment de la moitié ou du tiers de Fentreprise, de ma-
nière à payer d'abord moitiéde la primepour les familles
établies les premières, et le complément après rétablis-
sement total.
6" Engagementpar l'État d'acquérir pendant dix ans,
au prix moyen des marchés passésoutre mer, les céréales
(blés et orge) produites par les colons, chacund'eux pou-
vant livrer un maximum calculé d'après la surface qu'il
a ensemencée dans l'année, c~est-àdire 5 quintaux dispo-
nibles par hectare.
2" ENGAGEMENTS
DEL'AMUDtCATAIM
OUCONCES8ÏONNAÏM.
L'adjudicataire ou concessionnaire se chargerait, soit
d'une commune entière, soit de fractions déterminées de
cette même commune.
Il s'engagerait à y installer, dans un délai de trois, de
quatre ou cinq ans, le nombre de familles qui serait dé-
terminé par le cahier des charges, et dont les notices de
M. d'Illiers donnent l'aperçu.
Le tiers de ces familles, au moins, devrait être installé
à la fin de la deuxième année.
L~adjudicataireserait libre de répartir le sol entre les
familles, et de'régler avec elles les conditionsauxquelles
il leur procurerait une habitation dans l'enceinte du vil-
lage ou des hameaux.
Un quart des surfaces comprises dansles enceintes se-
Cetteprime,lorsqu'ily auralieudel'accorder,
seratoujours déter-
minéed'avance,d'aprèslesdifficultés~u défrichementet del'instal-
lation elleseraportéeaucahierdeschanges.
115
rait réservé par PËtat, pour être concédé directement aux
familles qui, dès l'origine ou postérieu rement, voudraient
se construire à elles mêmesleurs habitations.
Les clauses obligatoires auxquelles serait assujetti Fad
mdicataire serait
!<* Deréserver une portion déterminée de terrain, qui
resterait propriété communale du village définitivement
constitué. Cette portion devrait être approximativement
de 1/5" de la surface totale.
2" D'introduire dans tous les contrats passés avec les
colons une clause qui les constitue propriétaires, après
l'accomplissement de toutes les obligations réciproques,
de 4 hectares, au moins, de terres labourables.
5° De procéder, d'après le système adopté, et d'une ma-
nière continue, au peuplement des communes, c'est-à-dire
d'agglomérer les maisons dans rintérieur des enceintes,
sans pouvoir les éparpiller dans ces mêmes enceintes ni
au dehors {sauf les cas particuliers), en réservant une
portion de surface proportionneUe au nombre de familles
non encore établies.
Le quart mis à part pour les concessions directes se-
rait compris dans le calcul de cette surface réservée. Le
concessionnaire pourrait ultérieurement en obtenir une
partie, si elle ne trouvait pas d'autre emploi.
4" De réserver pareillement des portions compactes
des terres propres au jardinage et à la culture, propor-
tionnellement au nombre des familles non établies.
Ces surfaces resteraient complètement libres et dispo-
nibles.pour un autre adjudicataire, dans le cas où, à l'ex-
piration du délai, le premier adjudicataire devrait être
évincé de cette portion de la terre, laquelle ferait retour
au domaine de l'État.
L'agent des domaines, secondé par l'inspecteur de ia
colonisation attaché au territoire mixte, surveillerait ces
installations et l'exécution des conditions imposées.
Les villages, ainsi ébauchés, devront d'ailleurs ~trc
jiG
promptement remis à l'administration civile, plus com-
plètement organiséeque les commissionsconsultatives,
pour les régir.
Le cahier des charges étant ainsi resté déposependant
un mois ou six semaines, l'administration des domaines
apprécierait, d'après les rapports qu'elle aurait reçus de
son agent pour chaque commune ou portion de com-
mune, s'il convientde recourir, soit à une adjudication,
soit à une concessiondirecte. Une décision devrait être
notifiéeau directeur des domaines, avant l'expiration du
délaide dépôt du cahier des charges. Le mode de J'adju-
dication serait généralementpréférable. Dans ce cas, la
concurrences'établirait de la manière suivante
Chaquesoumissionnaire renoncerait au bénénced'une
ou de plusieurs stipulations consentiespar l'Etat, comme
c~e~ pour l'ouverture de communication,cr< pour
les eaux et pour les enceintes, prime ou portion de prime
d'établissement des colons. Il prendrait à sa charge ces
travaux d'utilité générale ou d'autres réservés à l'État,
églises, presbytères, etc., etc.
L'adjudicationserait consentie au nom de FEtat, par
l'agent du domaine, au profit de celui qui aurait fait les
conditions les plus avantageuses.
Dans les casde concessiondirecte, l'agent du domaine
procéderait d'une manière analogue, c'est-à-dire qu'il
chercherait à obtenir du concessionnaire des engage-
ments conformesà ceux qui viennent d'être exposés;
mais la concession consentie par lui serait définitive,
sauf désaveu de l'administration pour accusation de for-
faiture contre son agent.
Il serait d~aillenrs formellement exprimé qu'au-delà
du délai d'achèvement des villages, aucune promesse
n'est faite de laisser la terre exempte d~impôt comme
elle l'est aujourd'hui, cette question restant de droit ré-
servée dans~Favenirà Fappréciation du gouvernement
et des chambres.
–n7–
J'ai la confiance que la terre, ainsi oSerte, trouverait
des acquéreurs, soit adjudicataires, soit concessionnaires,
uu moins dans la plus grande partie des quatorze com-
munes qu'il s'agit de peupler. Si quelques-unes étaient
négligées d'abord, elles seraient couvertes à leur tour, un
peu plus tard, par la population forcée de sortir des li-
mites de celles qui l'auraient d'abord attirée.
Je demande donc, M. le Maréchal, que le gouverne-
ment se prononce sur les propositions que j'ai l'honneur
de vous exposer. Si le principe en est admis, si le mi-
nistre est disposé à accorder les fonds demandés, je
m'occuperai de suite de faire rédiger, d'une manière
déSnitive, les divers cahiers des charges que comporte
ce projet. Ce sera Fceuvre de la commission consultative
d'Oran éclairée par le rapport de la commission d'exa-
men que ) conformément à l'arrêté du 2 avril, je vous
propose de composer ainsi qu'il suit
MM. De Marcilly, capitaine du génie, président
Azéma de Montgravier, officier attaché à la
sous-direction des affaires arabes
Lozivy, inspecteur de la colonisation;
Gama, chirurgien-major
Perrin, receveur des domaines secrétaire.
Cette commission pourra commencer ces explorations
dès que vous m'aurez autorisé à la mettre à l'oeuvre.
Je demande qu'elle fonctionne dans tous les territoires,
à quelque subdivision qu'ils appartiennent, en rempla-
çant seulement M. Perrin par l'agent des domaines de
la localité.
!1 ne me reste plus, M. le Maréchal, qu~à vous
soumettre l'état des crédits à ouvrir pour l'établissement
des communes dont j'ai donné plus haut la nomenclature.
Ces crédits sont destinés, partie à désintéresser les indi-
gènes détenteurs du sol, partie faire face aux travaux
qui doivent nécessairement précéder rétablissement de
la population européenne.
118
COMMUNEDE SIDI-ALJ.
EUe s'étend sur les Mecheta des Feranin et des Hei-ben-
Sabeur-Garrabas, qui, possesseurs de doubles Mechetas,
ont leur Mecheta de labour dans Melata. Il en est de
même pour les Menatsia mais pour eux le tracé de la
commune ne prélève qu'une surface insignifiante. Elle
fàit au contraire une entrée considérable chez les Christels.
Désintéressements.
Les Feranin et les Hel-ben-Sabeur recevront, en
échange du Mecheta qui leur est respectivement enlevé,
et à titre de Sabega, chacun le quart de la terre du
beylick de Dayt-TourUa. Les Menatsia seront désinté-
ressés ultérieurement.
,Les Christels, avec lesquels il y a lieu de traiter pour tout leur
territoire, sauf la réserve indiquée pour leur placement, recevront
le premier tiers des 6,000 francs qui doivent leur être comptés,
ci. 2,000fr.
Communicationssecondaireset vicinales.
Cheminde Sidi-Ali à Oran, en passant par Assi-el-
Djir élargissementà Smètres. Déjàpraticable aux char-
rettes, la dépense n'excédera pas 20 centimes par mètre
courant. Distance 4,500 mètres. 900 f.
Chemin d'Oran à Feranin. Il sera ouvert
à 4 mètres, jusqu'à hauteur du cap Canastel.
Il coûtera i8 centimes le mètre. Distance
4,000 mètres. 600
Prolongement du chemin par un sentier de
2 mètres, pour gagner Feranin. C'est aussi la
communication de Christel avec Oran. Le
mètre coûtera iS centimes. Distance 5,000
mètres. 7SO
Enceintes.
Village de Sidi-Ali. i.SOO
Ben-Okba. 840 j1
Assi-Béchir. 840 4,320
El-Feranin. 480
Azelef. 660
A MPORTER. 8,570
–.119–
REPORT 8,870fr.
Travaux pour les eaux.
Puits de Sidi-Ali. Installation d'une pompe,
abreuvoir et lavoir 2,200
Réouverture de l'ancien puits français et j
potences. 200
Puits de Ben-Okba. Pompe, abreuvoir 7,200~
etiavoir. ~,800 (
Fontainesd'Assi.-eL-Bëchir.Bassins,abreu-
d'Azeief. voirs et la-
de Feranin. i voirs. 3,000
TOTAL des dépenses pour la commune de Sidi-Ali. 15,770
La commune doit compter 170 familles c'est une
subvention de 95 francs par famille.
COMMUNE
D'ASSÏAN-TOUAL.
Désintéressements.
Elle embrasse les Mecheta des Menatsia, Medjeari et
El-Ameur, et une partie du Mecheta des Ararchas.
Les Menatsia seront indemnisés de leur déplacement
en recevant comme Sabega un quart de la terre du beylik.
deDayt-Tourkia.. Les Medjeari recevront ie dernier quart,
dans la partie contiguë au Mechata de Beh-~uermoud.
Les El-Ameur recevront comme Sabega la terre de Sidi-
Lakdar, près de Dayt-Oûm-el-ReIaz~ qui. est. contiguë. à
leur Mecheta de labou! Les Ararchas~ après Leprélève-
ment fait sur eux, ont encore beaut:oup plus de'tetTaIn
qu'il ne leur en ieiut les friches qui envahissent leur sol
en font foi.
Il résultera de ces mouvements une agglomération de
douars plus considérable dans ie voisinage des puits de
Bou-Fatis. Il serait équitable d'y faire exécuter quelques
travaux pour faciliter Fabreuvage des bestiaux. Cette dé-
pense sera portée aux travaux d~utilité générale dans la
présente commune pour une somme de 1,500 fr.~ à, em-
ployer
120
d° A la réouverture de deux puits, ci. SOOfr.
2° A construire un abreuvoirde d2 mètres,
ci. i,200
d,SOO
Communicationssecondaires.
Dans Fétendue de cette commune, la nature du sol,
l'existence et Je bon tracé des anciens sentiers, dont on
profitera pour les voies de communication à établir,
permettent de ne compter qu'à dix centimes le mètre
courant avec élargissementà 5 mètres.
Ledéveloppement descommunications
pro-
jetées est de 19,000 mètres. 1,900 t i,900fr.
Enceintes.
Enceinte d'Assian-Toua! 1,320
d'Assi-Ameur, hameau de même
force. 840
.gg.
!~Mt.
d'Assi-ben-Euda, 840
d'Assi-bou-Nif, ~e~ 840 ¡
d'Assi-ben-Féréah, «/c?7! 840
6,580
Travaux pour les eaux.
A Assian-bou-Fatis (suivant indication).. i,500
A Assian-Toual,pompe, abreuvoiret lavoir. 2,200 i
A Assi-Ameur, Assi-ben-Euda, Assi-bou-
Nif, Assi-ben-Féréah.–Nettoyage des puits, 6 900
réparation des revêtements, relèvement du t
terrain autour des puits, abreuvoir de 5
mètres, lavoirs de 3 mètres, 800 francs sur j
chaque point, ci. 3,200
TOTAL des dépensespour la commune d'Assian-Toual. 13,480
Le nombre des famillesde la commune est fixé à 200,
ce qui fait une subvention de 67 francs par famille.
COMMUNE DEGOUDYÉIL.
Désintéressement.
Elle embrasse le territoire de Christel dans sa partie
sud, prélève la partie du territoire des Ouled-Sid-Man-
–12t–
sour, située au nord de Telamine, et empiète un peu à
Fest, sur les Ahmian.
Le tiers des 6,000 francs payable aux Christels, comme indem-
nité, devra être acquitté au moment de l'occupation de la commune
de Goudyéil, ci. 2,000fr.
Les Oulad-Sidi-Mansour, après le prélèvementfait,
ontun territoire plus que suffisantau S.-E. de Télamine.
Les Ahmian peuvent subir, sans aucune gêne, le
petit empiètement indiqué.
Communicationssecondaires.
La carte en indique le tracé. Elles auront toutes une
largeur de 5 mètres elles suivent sur plusieurs points
dessentiersbien tracés; le terrain est généralementho-
rizontalet facile, mais il y aura, en certains endroits,
beaucoupde broussaillesà déraciner. Le prix moyendu
mètre courant doit être compté à 15 centimes; dis-
tance, 20,000 mètres, ci. 3,000
Enceintes.
Enceinte de Goudyéii. 1,620
–deMéfessour. 600 f ~~Q
Travaux pour les eaux.
Abreuvoirà la source de Goudyéilet autres
travaux. d,500 t
Conduitepour amener les eaux de la source
auvillage, sur la route; à 5 francs par mètre,
900 mètres à parcourir. 4,500 g~
Lavoirdu villageet abreuvoirde d2 mètres. 1,500
A Assi-Méfessour. Puits à ouvrir et à
revêtir. 600
Pompes. 500
Lavoir et abreuvoir. i,200
TOTAL des dépenses pour la communede Goudyéil. d 7,020
La situation de Goudyéil et de Méfessour, sur la route
d'Oran à Arzew-le-Port, exige des travaux plus considé-
rables pour les eaux, ce qui explique l'élévation des dé-
penses qu'exige cette commune comme installation.
122
Le nombre des familles qui doit l'occuper est de ~40.
La dépense totale étant de !7,020 francs, c'est une sub-
vention de 122 francs par famille dont il s'agit.
COMMUNEDE TAZOUT.
Désintéressement.
Le territoire de cette commune est situé tout entier sur celui des
Christels, dont il embrasse la partie nord-ouest. Au moment de son
occupation, il sera payé auxChristels le tiers des 6,000 francs stipulés
aveceux pour la vented'une partie de leur territoire, ci. 2,000fr.
Communicationssecondaires.
Ces communication:)seront ouvertesindistinctement
dans la commune de Christel et dans le nouveauterri-
toire arabe. Tazout sera mis en relation avec GoudyéU
par un chemin de 5 mètres de largeur, à 25 centimes
le mètre. Distance, 5,000 mètres, ci. 750 fr.
Pour le reste, ouverture de sentiers de ( ~~n
2 mètres, à 15 centimes le mètre. Parcours, t
18,000 mètres. 2.700
Enceintes.
Tazout seul exige une enceinte, ci. 960
Tazout seul exige des tmvaux, puits à creuser, à
revêtir; pompes, lavoir et abreuvoir. 2,20(t
pour la commune de Tazout..
TOTAL 8,610
La population de la commune est de 70 familles la
dépense s'élève à 8,610 francs, ce qui établit la subven-
tion à 12~ francs par famille.
COMMUNEDE GUESSIBA.
Désintéressement.
Elle occupe la partie nord du territoire des Ahmian. EUe exige
l'occupation du Mecheta d'Aïssa-ben-Della. Il a été dit qu'il serait
compté aux détenteurs de chaque Mechetaévacué, une indemnité de
i,000 francs, et qu'ils recevraient une nouvelle position dans la
partie est du territoire d< la tribu. i,000fr.
li3
RtsfOM. l.OOOfr.
6'o?MMM~!ca~'oMS
sccoMo!a~es'.
La principale, de Guessibaà Mouley-Magoung,aura:
5 mètres de largeur. Elle présente peu à faire, si le
villageest construit sur la rivedroite de l'Oued-Guessiba.
prix du mètre, 45 centimes. Distance, 1,000 mètres,
ci iSOfr.
Chemin pour les charrettes, de Guessibaà
Arzéou, 5 mètres de largeur, terrain acci-.
denté. Prix du mètre courant, 20 centimes.
Distance, 5,000 mètres, ci. 600
Sentier de 2 mètres, de Guessiba à Ben-
lebka. 10 centimes le mètre. Distance l, 1 250
2,200 mètres, ci. 220
Dans les mêmes conditions, de Ben-lebka
à Ain-Ouinkel i,200 mètres, ci. 120
Mêmes conditions, de Guessiba à Abd-el-
Ouedia.Distance, d,600 mètres, ci. 160 J
Enceintes
Enceinte de Guessiba. ~,i40)
–d'AM-eÏ-Ouedia. 360 l 1,860
d'Ain-Ouinkel. 360 l
Travaux pour les eaux.
Réparation au puits de Ben-lebka. 200
A Guessiba, abreuvoir et lavoir. 4,200 1,600
Travaux à la source d'Abd-el-Ouedia 200 )}
des dépenses pour la commune de Guessiba..
TOTAL 5,710
Le nombre des familles de la commune étant de 72,
c'est~ comme subvention moyenne, 82 francs par famine.
COMMUNED'ARZÉOU.
Désintéressement.
Elle occupe, i" la terre de BeI-Gaïd, dont l'acquisition, selon
toute apparence, coûtera. 8,000
2" Les Mechetade Ali-ben-Youb, de Ben-
Aïad, de Bou-Kelral qui doivent être re- ~i,000f).
portés dans l'est il doit être payé pour
chacun de ces Mecheta, i,000 fr. ci. 3,000
–.)24–
REPORT. H.COOfr.
Co~MMMt'ca~'OMS
secondaires.
Chemin de MouIcy-Magoungà Guessiba
(plaine unie), 5 mètres de largeur, à 15 cen-
times le mètre courant. Distance, 4,500
mètres, ci. 645 f.
D'Arzéouà Guessiba,parl'Oued-Chemmaar,
5 mètres de largeur, à 20 centimes le mètre.
Distance, 5,500 mètres, ci. ~00
Chemin de Mouley-Magoungà Tesmani,
5 mètres de largeur, à 10 centimes le mètre.
Distance, 2,000 mètres, ci. 200
Enceintes.
Enceinte de Mouiey-Magoung. 1,080 <
El-Ahmia 1~7~0
660 i
7~K)<M<;y
pOM~' les eaux.
A Mouîey-Magoung,à Ahmia, à Arzéou, les
nécessitéspour l'eau sont satisfaites y
Total des dépenses pour la commune d'Arzéou.. 14.685
A.rzëou compte pour 150 dans le nombre des familles
à établir dans la commune d~Arzew, et. qui sont au
nombre de 200, ce qui donne, comme chiffre de dé-
penses, 73 francs par famille.
COMMUNEDE BETEOUA.
Désintéressement.
Elle embrasse, d° Mechetades Ahmian, celui de Bel-Reix Ould-
Amar en entier, celui de Brahim-ben-Chourah en partie, aux con-
ditions précédentes. C'est à payerpour chaque Mechetai ,000francs,
ci. 2,000 fr.
2" La partie ouest et la partie est des Beteoua, lais-
sées en jouissance de la partie sud de leur village. »
Co?MMMMC<OMS
secondaires.
De Beteouaau Sig par Assi-el-Hamoud,à S mètres,
A REPORTER. 2,000
125
REPORT. 2,000fr
20 centimes par mètre. Distance, 4,000 mètres
ci. SOCfr.~
D'El-Hamoudpar Tesmanni, jusqu'aux li- J
mites de la tribu, 3 mètres de largeur, 10 cen-
times par mètre. Distance, 6S,000 mètres, ~670
ci. 650
De Tesmanni à Beteoua (mêmesconditions
de largeur et de prix). Distance2,200 mètres,
ci. 220
Enceintes.
Enceinte de Beteoua (village européen). 1,080
de Tesmanni. 660 2,580
d'E!-Ray. 840 )
Travaux pour les eaux.
A Beteoua. Pompe au grand puits. 800
Abreuvoir et lavoir. J,400
A EI-Ray. Idem. d,000 4,000
A Tesmanni. Idem (proportions moin-
dres). 800
TOTAL
des dépenses pour la commune de Beteoua. dO,2SO
La commune 100 familles, la subvention
comptant
par famille, l'installation, est de 102 francs.
pour
COMMUNICATIONS PRINCIPALES, NECESSAIRES AU POINT DB VUE MILITAIRE
ET POLITIQUE, CONSIDÉRÉES DANS LES LIMITES DES SEPT COMMUNES
ACTUELLES.
Ce sont les routes d'Oran à Arzëou et à Mostaganem.
D''Arzéouau Sig et à Mostaganem.
Leur ouverture est indépendante de tout projet de co-
lonisation.Elles sont Indispensables au point de vue mi-
litaire et politique mais les travaux qu'on y entre-
prendra en temps utile favoriseront évidemment la co-
lonie dans son développement, comme viabilité, cause
des ressources qu'elles procureront sur les lieux par les
bénéncesdu travail offert aux bras inoccupés. Il serait
126
donc entendu qu'en même temps que la population serait
dirigée sur les espaces indiqués, les communications qui
viennent d'être designées seraient entreprises sur un tracé
dénnitif, mais par de premiers travaux d'ouverture. Dans
ce système, en donnant 6 mètres de largeur à ces com-
munications, avec 50 centimètres par mètre courant, ac-
cordés immédiatement, on atteindrait le but proposé dans
les données suivantes
Routed'Oran à Arzéou. Son trajet, dansla zone à coloniser,
estde 29,000mètre: àSOcent.le mètre,ci. i4,500 fr.
D'Oran à Mostaganem,jusqu'à Beteoua J
(partie non communeà la précédente),
12,000mètres, cL 6,000 53,500fr.
D'ArzéouaMostaganem,iS,000 mètres,ci. 7,500
D'Arzéouau Sig,jusqu'à rextrémitêN.E.
la saline seulement,~,000 mètres, ci. S,SOC
RÉCAPITULATION DES DIVERS CRÉDITS A OUVRIR POUR LA PREMIER!!
ANNtE DANS LA PARTIE DE LA ZONE D'ORAN JMMEDIATEMENT COLO-
KISABLB.
Désintéressement.
Achat du territoire de Christel. 6,000
Indemnités aux 6 Mechetas des Ahmian. 6,000 20,000
Terre de Bel-Gaid. 8,000 )
Communicationsprincipales ~CC~SÛ:~au point
de vue militaire et politique.
Dans l'ensemble de sept communes. 53,SOO 55,500
COMMKWMCO~'OTM
secondairesou .vicinales.
commune de Sidi-A)i.2,2SO
Assian-Toua). i, 900
Goudyei! 5,000
–Tazout. 5,450 d5,46S
–Guessiba. i,250
–Arzéou-ie-Port. i, 945
–Beteoua. t,670
A KEPOMER. 68,965
127
REPORT. 68,965 fr.
Enceintes.
ComnninedeSidi-AH. 4,320fr.~
Assian-Tou~ '{,880
Goudyéit. 2,280
–Ta.zout. 960 ~9,0~0
–Guessiba. 2,250
-Arzéou-Ie-Port. i, 740
Beteoua 2.S80
T~'a~Md?pour les eaux.
Commune de Sidi-Ali. 7,200
Assian-Toua! 6,900
Goudyéi! 9,800
Tazout. 2,200 31,700
–Guess;ba. ~,600
Arzéou-ie-Port. ?
Beteoua. 4,000
TOTALdes dépenses pour la zone d'Oran. dl9,67S
Cette dépense de 119,675 francs, le chiffre des fa-
milles étant de 952, donne une subvention, par famille,
de 125 francs 70 centimes, et de t04 francs 70 centimes
seulement, en déduisant les sommes à payer comme dé-
sintéressement.
COMMUNES
DE MOSTAGANEM
ET D'ASSI-MAMACHE.
Désintéressement.
Il n~ya pas lieu à désintéressement en argent; la dis-
ponibilité s'obstiendra par des échanges.
C(MW~?M'ca~OMSMCOM<~K'
Elles existent.
Enceintes.
~iUage Desjardins. :080 )
Assi-Mamache. 5,420
1,500
Aïn-Nouisi. 840 1
AMPORTM. 5~20
128
REPORT. 3,420fr
Travaux pour les eaux.
Au village DesJardins puits revêtus, pompe, abreu-
voir, lavoir, qui serviront aux envi-
rons. 2,400
mêmes travaux. 2,400
Assi-Mamache, 6,200
Ain-Nouïsi. 1,400 t
Communicationsprincipales.
Celles de Mascara par Masera, et d'Arzéou par Maza-
gran existent; la route des mulets, par les Beni-Chou-
gran, parait devoir être entreprise. Elle parcourt
iS, 000mètres dans les deux communes précitées, à
SOcentimes par mètre, ci 7,500
DÉPENSE TOTALE. d7,i20
COMMUNE
DUSIC (SAINT-DENIS
ET L'UNION).
Désintéressements.
Les désintéressementsont été indiqués ils n'engagent
dans aucun déboursementde fonds.
La colonisation,sur ce point, est en voie d'exécution.
Les travaux d'exécution sont déjà accomplis en partie
ou tendent à se compléter. Il y a pas de propositionà
établir.
La route d'Oran à Mascara jettera des moyens de tra-
vail dans cette localité.
COMMUNES
DEMASCARA
ET DESIDI-DAHO.
Désintéressement.
Le territoire de Sidi-Daho n'a pas encore été étudié,
et il n'est pas possible, avant cette étude, de donner une
solution à la question de désintéressement.
Communicationssecondaires.
De Sidi-Daho à Mascara embranchement sur la routed'El-
Bordj,S mètresd'ouverture,aSO centimesle mètre.Distance, 1
~20
i,000 mètres, et.80C(r.
De S'd~Daho par Ras-el-Aïn, 2,000 mè- 600fr.
trcs,ci. 400
Enceintes.
Sidi-Daho i,SOO)
Le Keurt. 1,500 4,500
na~-eI-Atn. 1,500 J
Travaux pour les eaux.
Abreuvoir et lavoir au Keurt. 1,200 a~nn
Idem. à Ras-et-Aïn. 1,200 )
Total des dépenses pour les deux communes de
Mascara et de Sidi-Daho. 7,500
VILLAGE DUTLELÀTE-
ROUTIER
En attendant Fépoque où l'invasion de la 2'' partie de
la zonecolonisabled~Oranamènera la constitution de ]a
communeduTlelate, la formation d'un centre de popu-
lationsur ce point paraît ne pas pouvoir être retardée.
Un village routier de 50 familles y sera donc formé. Il
lui sera attribué un territoire de 400 hectares, dont le
prélèvementsera réglé par la directiondesaffairesarabes,
en prenant 200 hectares sur le territoire des Smelas, !!0
aux Féranin, qui recevront en échange, comme sabega,
la terre de Si-el-Madani,et 150 aux Hel-Zmeid (Garra-
bas), qui recevront, aussi commesabega,la terre d'Abd-
ben-Ferrag et Chigr-bou-Alemdite des A.daïda,qui est
équivalente.
Z~t'MMM~.
H n'y en aura pas eu argent.
Cow~MM:'ca/:oM.
Elles existent.
14
-130–
/<M~.
Village du 'flelate (enceinte destinée à recevoir les
convois isolés et à entourer le village) i,SOOf.
7~0!UOM.Cpour les eaux.
Conduit latéra!, depuis les marabouts de Sidi-Larbi-
Ber-Afor par la rive gauche, à 3 fr. ie mètre courant
pour un travail d'ouverture. Distance, 6,000 mètres, ci. 18,000
TOTALdes dépenses au villageroutier du Tietate.. i9,SOO
DESDÉPENSES
RËC.~PITULA.TION POURAIDERA L'INSTALLATION
DE !.A
COLONISATION
DANSLESDIVERSES
LOCALITÉS
MENTIONNEES.
Zone d'Oran 7 communes. ~9,675 f.
Mostaganem: 2 communes -t7,230
LeSig: 2 communes (projets antérieurs). »
Mascara 2 communes. 7,SOO
Village routier de Tlelate. 19.SOO
Chiffres auxquels il convient d'ajouter un fonds
commun de réserve pour les dépenses imprévues, de.. 56,i05
Ce qui constituela demande d'un crédit de. 200,000
Il résulte de ce qui précède que, pour rendre possible
rétablissement de 2,552 familles, nous demandons un
crédit de ~00,000 francs'. Je vous propose, Monsieur
le Maréchal, de demander au Gouvernement que celte
somme soit prélevée sur les 800,000 francs de contribu-
tion de guerre imposée aux Harars. Cette disposition, si
eUe est admise, ne nécessitant point un vote du parle-
ment, nous permettrait de commencer immédiatement
les travaux.
Agréez, Monsieur le Maréchal, l'assurance de mon res-
pect.
Le I.{eM~(!M(
Lieutenant-6t,néral
G~~atccommandant
oHMMMdtM~
la pro~cc
proviitee<TOfOK,
d'Oran,1
DE LA MORICIÈRE.
t CcHesommede 200,000francspour 2,333 familles,donneune
moyennede 86 francspar famille,qui représenteles dépensesà faire
par l'Etat pourlestravauxd'uUiitepubliquequi doiventêtre exécutés
avantl'installationdesfamilles.Les dépensesdecette installationpro
prementditerestentà la chargedesconcessionnaires.
~) 1
MÉMOIREà
<URL'ËTA'r
I)KLArt<0!'K!É:É
TKttntTOHm.E LKSTKÏUUt.
HAXS
L'objet de ce travail est de désigner et en quelque sorte
de préparer dans la province d'Oran, les lieux où, dans
des conditions de sécurité et de salubrité, une population
européenne puisse venir s'implanter dès à présent avec
un chiffre tel que, les approvisionnements par mer étant
interceptés et tout apport par les indigènes cessant, cette
population fût susceptible de produire en céréales de quoi
suffire
1" A sa subsistance et à celle de ses bêtes de labour;
2° A la subsistance des 25,000 habitants des villes
de la province, et des 2,000 chevaux ou mulets qui y
existent
5" A la subsistance des 25,000 hommes de troupe et
de 6,000 chevaux ou mulets, force mUitaire nécessaire
dans l'état de choses actuel pour garder les côtes et con-
tenir les indigènes.
Pour nourrir en céréales 25,000 citadins et 25,000 sol-
dats, il faut annuellement 100,000 quintaux de blé.
Pour 2,000 chevaux ou mulets des villes, pour 6,000
de l'armée, il faut annuellement, en moyenne, 100,000
quintaux d'orge environ.
L'hectare de blé, après prélèvement de 1~20"pour la
semence, rend, en moyenne, 8 quintaux. Les conditions
sont les mêmes pour l'orge.
Un laboureur peut cultiver 8 hectares par an. En comp-
tant moitié blé, moitié orge, on a comme production nette
32 quintaux de blé et 32 quintaux d''orge.
Sur quoi, pour la nourriture de la famille, composée
(le 5 à 6 personnes, il faut prélever 12 quintaux de blé,
plus environ ~2 quintaux d'orge pour les bêtes de labour,
dont moitié seront des chevaux, moitié des bœufa!.
132
H reste en excédent sur la production, pour la con-
sommation générale
20 quintaux de blé et 20 quintaux d'orge.
Ce qui, pour satisfaire à une consommation de 100,000
quin!aux de chaque espèce, suppose 5,000 laboureurs,
ou 25 à 50,000 âmes de population agricole, et la
disponibilité de 80,000 hectares, soit, en moyenne,
!6 hectares par laboureur, dont moi!ié labourable, le
reste susceptible de le devenir avec quelque travail.
H s'agit de trouver cette surface de 80,000 hectares.
Un triangle ayant Oran et Mostaganem pour base, et
Mascara pour sommet, permet de la mesurer largement
et dans des circonstances convenables.
Une première zone se circonscrirait ainsi en partant
du littoral à A.ndalouse, gagner Tenu-Salmet et continuer
directement jusqu'au grand lac; tourner à l'est pour en
suivre le bord jusque sa pointe est; marcher sur la
limite des Smelas et des Garrabas, la suivre jusqu'au
Tlelate, remonter le ruisseau jusqu'à Sidi-Salah rega-
gner la grande route pour passer entre la Forêt et les Hel-
el-Aïd se diriger parallèlement à la Dayt-oum-el-Relaz
côtoyer dans sa longueur la saline d''Ârzéou par son bord
est et par les puits d''E)-Hamod gagner le ravin de Ha-
baït el-Cadi, pour s'arrêter au nord, à laMacta, le littoral
fermant le polygone.
La surface ainsi enveloppée peut être avoir 85 à
90,000 hectares, dont 60,000 labourables ou suscep-
tibles de le devenir.
A Mostaganem, un demi-cercle décrit de Mazagran,
avec un rayon de 8 à 10,000 mètres, présente à la
colonisation un champ favorable sur une superficie de
6,000 hectares.
Entre Oran et Mostaganem, vers la base du triangle,
on trouve de grands marais Ibrmés par l'Habra et par
le Sig ils sont la cause d'une insalubrité qui interdit
133
actuellement de coloniser dans leur voisinage. Toutefois,
dans la partie supérieure du Sig une localité s'éloigne
assez du foyer des miasmes pour n'en pas craindre les
influences c'est Saint-Denis, dont les terrains environ-
nants ont une contenance de plus de 4,000 hectares, en
presque totalité arrosable.
D'autres points sur les routes d'Oran à Mascara, de
Mostaganem à Mascara, ceux surtout où ces routes ren-
contrent des cours d'eau et des sources abondantes, pour-
taieut servir avantageusement à fonder des centres
agricoles; les principaux sont Ârd)at-Bieda, Sidi-Daho,
rOued-el-Hamman, leKeurt, etc. En prenant autour de
ces points des rayons de culture, en étendant celui de
Mascara, selon l'importance actuelle et croissante de
cette ville, enfin en recherchant autour de Sidi-bel-
Abbés, et sur la ligne qui joint cette localité à Oran ce
qu'il y aurait à faire comme colonie on arriverait au
chiffre de 10,000 hectares de terres labourables, ce qui,
ajouté aux précédentes estimations, complète le total de
80,000 hectares précédemment fixé.
Cet aperçu sur la situation des surfaces colonisables
indique deux genres de colonisation dans la zoned'Oran,
au Sig, à Mostaganem, c'est d**unecolonisation coM~6'~
dont il s~agit, s'agglomérant pour former des communes,
dominant par sa masse le pays arabe fractionné autour
tTeUe; hors de là, c'est une colonisation par grands
villages détachés, protégés par des enceintes plus
solides que pour les centres de colonisation compacte,
dotés de terrains suffisants par un prélèvement fait sur
le territoire de la tribu. Véritables jalons de Finvasion de
la population chrétienne, ces villages, placés sur les
routes, y feront gtte, bénéficieront des travaux de com-
munication en s'y employant, et du mouvement des
voyageurs. Au point de vue politique, ils imposeront
aux tribus turbulentes offriront au besoin un point d'ap
put sous Ic'trs nmr-s f<ux plus par!nqncs, et, p:)r!i<
i34
sécurité dont ils jouiront, donneront la véritable mesure
delà soumission qu~H faut obtenir etmamîpnir partout.
Nous appellerons cette colonisation celle des ~cs
routiers eUe sera robjet d''un appendice à ce travail.
ÉTUDE SUCCESSIVE DES ZONES
DÉSIGNÉES POUR LA COLOMSATION COMPACTE.
Les différents territoires qui viennent d'être désignes,
et sur lesquels doit se développer la colonisation euro-
péenne, ne sont pas inoccupés et appartiennent a diGe-
rentes catégories.
Les uns sont des territoires civils, les autres sont
possédés par les tribus sur des titres réguliers; d'autres
ne sont qu'usufruitières sur le sol où l'Etat leur a permis
de s'établir sans pouvoir aliéner (condition désignée par
le nom de s<~<?~) d'autres, enfin, sont propriétés de
FEtat, soit u titre d'héritage des Turks, soit à titre de
confiscation ou d'extinction de famille.
Des Territoires civits
Oran est entouré d*'un territoire civilement adminis-
tré, dont l'étendue a été fixée en ?843. Sa surface est de
16 lieues carrées ou de 25,000 hectares environ.
Autour d'Arzéou la commission consultative a pro-
posé et fait réa)iser r'acquisition d'un territoire pour le
centre de population déjà existant une transaction avec
un détenteur particulier a rendu cette opération facile.
Il n'y a pas à entrer dans les détails sur ces territoires
acquis à la colonie, si ce n'est peut-être pour rappeler
lesconditions de leur constitution.
Autour d'Oran, les Turks s'étaient réservé près d'eux
des espaces ou campaient des douars isolés ou apparte-
135
nan& à des tribus ayant certaines attributions dans la
constitution du gouvernement du bey: c'étaient, par
exemple, les courriers, les gardiens de troupeaux, ceux
qui étaient charges de soigner les bêtes de somme dit
heyiik de les conduire dans les expéditions, etc. La
chute des Turks, les événements qui ont succédé, dé-
truisirent cette organisation, et la terre resta libre c'est
;tinsi que nous avons trouvé la vacance des emplacements
de Sidi-Chaami, de Sidi-Maroui. Le bassin de Mers~el-
Kébir, aujourd'hui contesté, dépendait du beyIH, a titre
d'apanage des oniciers de la milice turque qui résidaient
à Mers-el-Kéhir. Ailleurs, comme dans la plaine d'An-
dalouse, comme au Figuier et à Miserghin, citaient des.
terres réservées par l'Etat pour des cultures, et qui nous
sont revenues. Les espaces intermédiaires étaient rem-
plis 10 par des propriétés collectives, telles que la terre
des Zmeias, qui s'étend le long du lac, entre Miser~hin,
le Figuier et la Sénia, dont le territoire résulte même
d'une acquisition faite sur la terre des Zmelas 2° par
des propriétés particulières. Mais nulle part n'existait
la tribu constituée, ayant ses droits d'habitation, d'usu-
fruit ou autres, tels qu'ils existent partout ailleurs, et tels
que nous les avons reconnus chaque fois que nous avons
accepté une soumission, sans faire de restriction sur ce
qu'avait consacré le régime turk, que nous invoquions
d'ailleurs comme base de départ pour un ordre régulier.
Ce qui fut donc tout simple autour d'Oran, la dispo-
sition d'un premier territoire pour /dweM< colonial,
devient plus compliqué lorsqu'il réclame la place de la
tribu et qu'il doit y avoir pour celle-ci, selon sa densité,
resserrement sur une por tion de son territoire ou trans-
lation sur un territoire nouveau. Chacune de ces nécessi-
tés exige une appréciation exacte de Fêtât des lieux et
des données sommaires de statistique qui s'y rappor-
lent. la deuxième appelle !e choix du territoire nou-
veau à occuper.
i36
On conçoit aisément que, dans une question si com-
pliquée par les divers modes de posséder, par Fimpë-
rieuse obligationde faire à la tribu des conditionsaccep-
tables dans les déplacements qu'elle devra subir, il est
indispensableque l'inter ventionde FEtatait seul accès,
qu'elle exclue la spéculation particulière, qui ne produi.
rait que l'agiotage et la désorganisationdes populations,
avec toutes ses graves conséquences.Il y a donc à ob-
server rigoureusement ce principe, qu'en dehors des /t-
?~M du territoire civil toits les ~e~ destinés à
la CO~OMMO~OM ~6~r~< faire retour au ~0??M~M
l'Etat, quelleque soitleur origine, pourêtre re~~ <<ï~
lui A un titre MMt/b~weentre les co~o~.
Ce préambule expliquera la nature minutieuse et
spéciale de la reconnaissancequi va suivre.
(~0!r MMM~romars.)
UN MOT
SUR
L'EXPÉDITION
PROJETÉE
ENKABYLIE.
La question de l'expédition de Kabylie me paraît être
la conséquencede celles-ci Faut-il être maître en Al-
gérie, et pour être maître en Algérie suffit-il d'être
maître d'une partie seulement ou du tout.
Ces deux questions me paraissent résoluesen général
par la force même des choses et des faits passés qu'il
faut bien accepter.
Pour être maître d'Alger,il a fallu dominer le Massif;
pour occuper le Massif, il a fallu s'avancer dans la
Metidja; pour s'établir dans la Metidja, il a fallu sou-
mettre l'Atlas; pour être maître de l'Atlas, posséder le
Tell entier; enfin, pour s~épaudretranquillement sur le
Tell, il était indispensablede s'assurer du S'ahara. Tout
cela a été successivement entrepris et exécuté.
L'état actuel est donc celui-ci nous sommes maîtres
du Tell, moinsla Kabylie, et nous complétons de jour
en jour notre dominationsur le S'ahara.
Enceinte continue, domination restreinte, toutes ces
idéesse sont évanouies comme des songes, en face de la
nécessité de combattre un ennemi d'autant plus puis-
sant, qu~onlui laissait plus de champ libre et fort heu-
reusement, car, pour tirer parti de FAlgérIe, dont les
ressources égalent celle de France, et même pour être
en complète sécurité sur un point restreint, il faut être
maître partout.
Le temps et Inexpérienceont amené un système d~oc-
cupation, de guerre, de formation de colonnes mobiles,
d'établissemeniset de postes civils et militaires, qui as-
–138–
surent la possession tranquille de presque tous les points
du littoral occupé Inoccupation de Tell par des forces
imposantes, et enfin une domination prochainement com-
plète du S~abara, au moyen de colonnes mohi'es qui
rayonnent au-delà des postes militaires les plus avancés,
tous situés dans les débouches du S'ahara et du Tell.
Ce système a entraîné une augmentation toujours
croissante de l'effectif et des crédits, et la plus grande
objection à l'expédition actuelle de Kabylic est, que s'il
faut 100,000 hommes et ~00 millions pour occuper le
Tell et dominer le Sahara, il faudra 50,000 hommes
et 50 millions au moins de plus pour garder la Ka-
bylie.
Il serait, en effet, déplorable pour la France de voir
toujours ses dépenses en hommes et en argent s'accroître
presque sans profit, si on ne devait pas en espérer d'im-
menses résultats. Si un milliard est de grave considéra-
tion pour la fortune publique, la constitution d'une nou-
velle nation est un fait plus important encore que cette
dépense pour Favenir de la France.
L'énormité des dépenses résulte de notre système
politique de domination, qui consiste à traiter les vain-
cus avec une douceur et une modération peu politiques,
qu'ils ne reconnaissent que par la révolte, cause inces-
sante de nouvelles dépenses.
Cependant les recettes coloniales s'élèvent déjà jus-
que près de 20 millions, et tout annonce qu'elle s'ac-
croîtront rapidement avec la paix générale.
Pour accroître ces ressources, tant par la rentrée des
impôts que par Féconomie qui résultera de la rareté
d~expéditions peu importantes et d'une vaste colonisation,
il faut tarir les sources de la guerre, et la priver des
points d'appui et de refuge qui l'alimentent. Or, où Abd-
el-Kader, chassé au printemps dernier de l'ouest de
FOuarensettis et du S'ahara, a-t-il cherché nu appui?
En Kahylie. Ou la guerre a-t'clle continué depuis
–139–
cette époque? En Kabylie, par les soins de son lieu-
tenant Beu-Satem.
C'est donc là qu'il faut atteindre le loyer menaçant
d'une prochaine insurrection. Les Kabyles du Djerdjera
ont si bien pensé que nous ne pouvions nous dispenser,
en bonne politique, d'aller chez eux, qu'intimidés par
la formation du poste mUitaire d'Aumale, ils ont pris
les devants et se sont soumis. Alger a vu récemment le
premier lieutenant d~Abd-eI-K-ader venir faire sa sou-
mission, acte inoui jusqu'à ce jour; la plupart des tribus
kabyles des environs du Djerdjera ont actuellement des
cheiks d'investiture française; celles des environs
de Bougie vers Sétif, en ont fait autant, et la commu-
nication est ouverte entre ces deux villes, au plein cœur
de la Kabylie. Les tribus au-delà restent encore insou-
mises. La soumission des premières est le fait sur lequel on
s'appuie pour s'opposer à une expédition, car, dit-on
les tribus kabyles, tant décriées, viennent d'elles-mêmes
au-devant de vous pourquoi les attaquer et se mettre.
dansF'obIIgation d'augmenter les dépenses et l'effectif de
l'armée Mais cette première soumission ne vient que de
tribus qui ont éprouve la force de nos armes, et qui se.
sont senties prises de près et à revers par rétablissement
d'Aumale. Elles ont brûlé de la poudre avec nos soldats,
et il n'est malheureusement que trop vrai que tout
arrangement avec les Kabyles ne peut se faire qu'après
le coup de fusil. C'est cette soumission même d'une
partie de la Kabylie qui annonce que l'autre est mûre
pour la soumission. Il ne s'agit pas d'*occuper militaire-
ment le pays des uns ou des autres il s'agit d''une puis-
sante démonstration de force qui hâte et accomplisse une
soumission dont il faudrait désespérer s''il existait la
moindre révotte sérieuse dans le reste de FAlgérie.
On a en Algérie une armée nombreuse et aguerrie,
dont le quart ou la cinquième partie suffit, avec peu de
dépenses pour cette démonstration. JI y a un maréchal
t4o
habile, grand homme de guerre, fort de la confiance du
soldat, consommé dans la guerre d''Afrique, ayant déjà
fàit admirablement ses preuves sur ce même théâtre si
difficile de la guerre des montagnes, avec un faible corps
d'armée, contre des tribus nombreuses on a la coopéra-
tion des tribus soumises, qu'il faut savoir compromettre
vis-à-vis des tribus insoumises. On arrive à la meilleure
époque de l'année pour cette guerre dans laquelle on
trouvera, à la vérité, des tribus populeuses et éner-
giques, mais dans laquelle aussi on trouvera des centres
de population, des intérêts fixes et stables qu'on peut
atteindre, de nombreux alliés pour nous aider. Il est donc
urgent et opportun, autant qu'il est sage et nécessaire,
d'accomplir la soumission de la Kabylie, de ne pas
laissera la liberté ce massif de montagnes, centre de
révoltes, lieu de refuge de tous les fauteurs de troubles,
quand une partie déjà vient à nous par ja force des
circonstances que nous avons créées. Il faut profiter
de la paix européenne, de la paix avec le Marok
avec Tunis, de la paix intérieure en Algérie, de. la fai-
blesse d~Abd-el-Kader, de son impuissance actuelle de
tenter une irruption sérieuse, pour développer une puis-
sante force militaire chez les Kabyles; ils brûleront de la
poudre pour leur satisfaction d'honneur et pour rameur-
propre de leurs femmes mais ils se soumettront. Ainsi
sera accompli ce grand œuvre de la conquête entière de
l'Algérie, qu'on regardait comme impossible il y a quel-
ques années, œuvre difficile, immense, dont il faut savoir
gréa qui Parfaite. C'est le plus utile et le plus noble but
de la guerre, c'est la meilleure fin pour la colonisation
civile, qui trouve à la fois en Kabylie des produits et des
travailleurs.
Cette expédition ne sera pas dispendieuse comme
bien d'autres, parce qu'elle est prévue l'avance, et
que les approvisionnements se sont faits à Aumale, à
Bougie et à Sétif; parce quelle se fera à une époque de
ni
Fauncc on les troupes peuvent en partie vivre sur Fcn-
nerni parce quelle est presque toute composée d'infan-
terie, toujours bien moins coûteuse à mettre en cam-
pagne que la cavalerie; parce que le personnel et le
matériel d'Afrique sont à peu près suffisants et près du
lieu de Faction parce qu'enfin les Kabyles, qui ont des
demeures et des intérêts fixes, ne peuvent traîner une
campagne en longueur comme les Arabes.
Il faut remarquer que ce sont nos revers qui, en
Afrique, nous ont seuls, par contre-coup et par réaction,
fait faire de grands pas. La première expédition de Cons
tantine a amené la seconde et la soumission de toute une
vaste et belle province le combat de la Mactaa décidé le
développement des forces qui ont porté un coup fatal à
Abd-el-Kader, et qui ont envahi la province d'Oran les
massacres et les pillages de la Metidja ont amenéla con-
quête définitive, de la province d'*Alger le massacre
de Sidi-Brahim a déterminé de puissants efforts et la
soumission effective de toute la province d'Oran, de
FOuarensenis et du Dahrâ.
N'attendons pas que de nouveaux malheurs, une in-
surrection générale fomentée chez les Kabyles, vienne
encore nous obliger à un accroissement de forces extra-
ordinaires et à une guerre générale avec eux en même
temps qu'avec les Arabes. Profitons de la paix d'un coté
et des forces que nous avons de disponibles de l'autre, et
quand une partie de la Kabylie vient à nous par ]a
force, employons la même force à soumettre ce qui
reste. Ce sera à la fois œuvre de prudence, de sage po-
litique, de prévision pour la paix de l'avenir, et pour ce
vrai système d'économie qui amène la sécurité, la colo-
nisation, accroît les impôts levés sur les indigènes, et
prévient cet ébranlement et cette inquiétude générales~
qui ont toujours été le principe des grandes dépenses de
l'Algérie.
FoRTtN D~VBY.
CM!ESFRAISES? L'MOË.
STATISTIQUE DE MAHÉ.
sicunu
rmicte.
PHYSIQUE
STATISTIQUE (suite).
De la constitutionphysiquedesMalabars.
Leur taille, en gênerai est haute et bien prise, et
leurs corps un modèle de force, d'élégance et de pro-
portions.
Je ne parlerai pas ici de la différence des castes, parce
que cela mènerait trop loin. C'est principalement sur
celte côte qu'on remarque ces distinctions de castes ou
tribus qui forment, parmi les Hindous, tant de classes
différentes on en compte plus de trois cents.
Des qualitésdistinotives
du caractèredesMalabars.
Un Autrichien, passant par Blois, ou il n'avait vu que
son hôtesse, qui était rousse et peu complaisante, mit
sur son journal ~V. B. Toutes les femmes de Blois sont
rousses et acariâtres. Combien ne pourrait-on pas citer
de voyageurs qui ont jugé les Hindous d'après la manière
dont ils avaient été reçus ou rançonnes dans quelques vil-
lages ? C'est donc ainsi que trop souvent on apprécie
une nation d'après le caractère de quelques iudividus.
En analysant ici les qualités des Malabars, je ne suivrai
1~3
pas cette marche; ce qui n'exclut pas des exceptions plus
ou moins fréquentes est la seule méthode à suivre.
Le Malabar est naturellement doux et facile à gou-
verner. L'amour de la patrie, comme nous Fentendons,
passion forte et sublime qui porte à tout sacrifier, s''U
le faut, pour son pays natal n'est point connue de lui
il n'a que Pamour de sa caste. Le Malabar aime beau-
coup la liberté, mais il combattra rarement pour elle;
ce n'est pas qu'il manque de courage et de valeur, mais
parce qu'U est trop dominé par les préjugés de caste.
La franchise n'est pas une de ses vertus il cherche
toujours à tromper, même ses parents; toutefois, en
justice il ne peut soutenir longtemps le mensonge. Enfin
les Malabars ne sont pas toujours fidèles à leurs enga-
gements il suffit souvent de quelques roupies pour les
y faire manquer.
Esprit, Céme, Talent:.
S'il est un terme vague, c'est; sans contredit celui
d'esprit; et quand ou dit qu'un peuple manque d'esprit,
on a grande raison de demander duquel ? Les voyageurs
se trompent souvent en jugeant le Malabar ils le croient
sans esprit, parce qu'il manque quelquefois d'idées. Un
homme ne peu! avoir que peu d'idées quand il n'est pas
sorti de son pays, et quand il n'a rien lu; mais qu'on
examine le Malabar sur les sujets dont il est instruit, et
on verra s'il manque d'esprit naturel il ressemble au
sol de son pays; uu terrain laboure donne des récoltes
abondantes; négligé, il ne produit que de mauvaises
plantes. Il en est de même de l'esprit des Malabars s'il
était cultivé, il serait capable de tout en friche, il ne
produit que des folies et des vices.
Les Malabars sont aptes à tout apprendre ce qu'on
leur enseigne mais ils sont tellement paresseux, qu'ils
u'apprennent que fort peu de chose et ne travaillent pas
144
beaucoup, parce que la paresseest la tache originelle du
Malabar; et elle est telle, que, si la faim ne le presse
pas, il ne se détermine jamais à travailler. Content de
son sort et d'avoir de quoi vivre d'un jour à l'autre, il
se moque de nos usages, respecte les siens, et coule des
jours dans une tranquillité d'âme qui produit la joie et
les divertissements.
Les. enfants des pauvres croupissent dans l'ignorance,
et suivent la professionde leurs pères; ainsi, le fils d'un
soldat ou d'*uncipaye devient soldat celui d'un porteur
de palanquin, qui ne ga~ne que quelque sous par jour,
embrasse la profession de son père, et il ne peut aspirer
à une condition plus élevée, parce que, quelle que soit
la fortune d'un Hindou, il ne peut s'élever au-dessus de
sa caste ce qui éteint l'émulation, et maintiendra en-
core longtemps les peuples de l'Inde au-dessous des
peuples européens, parce que des races abruties de-
puis des siècles ne peuvent que difficilement.s'élever
au même point que les nations civilisées. Ce qui le
prouve encore, c'est que depuis plusieurs siècles que
les Européens sont dans l'Inde, les naturels n'ont fait que
très-peu de progrès dans les arts et métiers. Il faut dire
aussi qu'*ilsn'y sont point encouragés; et toutesles toile-
ries qui viennent d''Europe sont à un prix si bas, que les
Hindousne peuventsoutenirla concurrence, par les droits
énormes que les anglais ont établis sur les marchandises
qui sortent de l'Inde, ainsi que sur celles qui passent de
nos établissementssur leur territoire. La bijouterie seule
se maintient, elle est d'un très-beau fini à Tritchinapoly.
Industrie.
Mahéest sans industrie aucune; il n'y a point de tra-
vaux, point de personnes aisées qui puissent occuper les
classes qui ne vivent que d'un travail journalier; en
sorte que la misère est à son comble, et beaucoup d'in-
145
dividus, pour trouver un faible moyen d'existence, se
sont livrés à l'extraction et à la vente du calou, qui est
fort abondant à cause de la prodigieusequantité de coco-
tiers qui sont l'unique ressource d'une grande partie des
misérables habitants de ce pays. ·
En 1817, lorsque les Français reprirent possessionde
Mahé, la population se montait à 5,658 âmes. Depuis
cette époque, beaucoup d'habitants ont été forcés d'aller
hors de Mahé chercher de l'ouvrage, afin de faire vivre
leur famille; voilà ce qui explique pourquoi la popu-
lation n~estplus aujourd'hui que de 2,842 habitants.
MoBUM
desMaïabare.
Leurs mœurs sont loin d'être pures les plaisirs sen-
suels les accompagnentpartout où ils vont. Ils ont de la
musique et des danses qui sont très-lascives, surtout la
nuit quand ils ont une fête dans leurs pagodes, où l'on
trouve des endroits destinés aux plaisirs secrets; on voit
sur les chars de leurs dieux, ainsi que sur les murs de
leurs temples, des tableaux qui en représentent les scènes
mystérieuses. 11paraît que cela tient à leur religion. Ils
m'ontrappellé ce mot de Louis X1Y, au sujet d'un tableau
représentant une fête hollandaise, tableau des plaisirs
grossiers d'une population elle-même grossière « Otez-
moi ces magots-là. ') C'était cependant l'oeuvre d'un des
premiersmaîtresde Fécole, une toile parfaitementpeinte;
mais si la nature qu'on choisitest dégoûtante, plus l'imi-
tation en est parfaite, plus le tableau est choquant; et les
personnesqui peuvent admirer de pareilles productions
ont un goût bas et dépravé.
!1 y a d'excellents coeurs dans ce pays, mais, comme
les grands talents, ils sont rares. Les hommes y naissent
avec des passionsviolentes, et, ne recevant point d'édu-
cation, il n'est pas étonnant qu'ils commettent quelque-
foisdes crimes. Le peuple étant extrêmement pauvre, la
15
146
faim, qui pousse au crime, leur fait faire des fripon-
neries. Ce n'est cependant pas un pays de voleurs et
d'assassins.On y voyage avecune grande sécurité, et on
entend rarement parler d'assassinats.
Les Malabars,en général, sont fort simples dans leurs
ameublements; leurs lits ne sont que des planches, ou
des cordes de kair, avec une pièce de bois pour chevet;
et la plupart n'ont d'autres meubles que des paniers, des
nattes et des plats de terre; les riches ont des vases en
cuivre ils sont aussi simples dans leur nourriture et ne
vivent que de riz, de cari de poisson, de lait, de lé-
gumes et de fruits; ils mangent peu de viande.
Au reste, en peignant ici les moeurs malabares, je n'ai
point eu recours à ces généralités trompeuses qui con-
cluent de quelque partie au tout; les mœurs des Hindous
sont les mêmesdans toute Finde, ils ont des défauts,
sans doute; ils ont des vices. Quel peuple, ou plutôt quel
individu n'a pas les siens Maisl'hospitalité, vertu d'une
âme sensible, qui tient à tout l'univers par les liens de
l'humanité, et que les anciens regardaient comme un
devoir inspiré par Dieu même, a aussi toujours été et est
encoreaujourd'hui entr'eux une des vertus favorites des
Hindous; elle ne peut être ni plus générale ni plus gra-
cieuse, eu égard au pays et à leurs moyens.
Dca quadrupèdes.
On trouve à Mahé les mêmes animaux domestiques
que chez nos voisins.
Je ne parlerai point ici des animaux sauvages, ni des
oiseaux, ni des poissons, etc., etc., parce que cette
descriptionappartient plutôt à la statistique générale de
l'Inde.
147
STATISTIQUE POLITIQUE.
Des forces de Mahé.
On mesure ordinairement la force d'un état ou d'une
colonie et la nature de son territoire, au chiffre de ses
revenus, au nombre plus ou moins grand de ses peu-
ples, etc. Mahé n'est pas dans ce cas, il est trop petit
et trop faible. 11ne pourrait se maintenir et conserversa
liberté en cas de guerre, parce qu'il ne peut employer
aucun moyen pour sa dépense sa seule force se
composede 17 pions, dont 12 sont armés. D'ailleurs
d'après les traités, en cas de guerre avec les Anglais,
nousdevonsleur remettrenos établissementsà la première
sommation, et ils nous transportent en France.
Des Intérêts de Mahé.
D'après ce qu'on vient de lire, il est évident que la
position topographique de cette petite colonie et ses
besoinspolitiques lui imposent la nécessite de vivre en
bonne harmonie avec ses voisins.
De ta religion.
La religion chrétienne est la religion dominante à
Mahé.On y trouve aussi presque autant de sectes qu'il
y a de castes.
Instruction publique,
Il y a une école publique où les enfants chrétiens
vont apprendre la langue française et Farithmétique.
Des manufactures et des fabriques.
Il n'y a ni manufactures, ni fabriques a Mahé. Si le
gouvernement voulait encourager et protéger l'établis-
148
sement d'une filature de soie, cet établissementacquiére-
rait promptement J'extension qu'il devrait avoir. Des
pépinières de mûriers bien entretenueset cultivées avec
soin,1 dans un pays où ils croissent naturellement,
dédommageraientbientôt des avances que pourrait faire
le gouvernement les manufactures françaises, et même
celles qui sont dans l'intérieur de l'Inde, assureraient le
prompt débit de la soie de Mahé.
Combien de personnes vivent dans l'inaction, et par
conséquentdans l'indigence, plus par défaut d'occupation
que par indolence, qui subsisteraient, si des fabriques
et des manufactures de soie étaient établies dans nos
colonies, pour occuper les peuples dans les saisons
pluvieuses et pendant le temps qu'ils sont désœuvrés!
Dès lors, les sommesconsidérables que l'étranger reçoit
de nous, pour nous vendre de la soie, resteraient dans le
royaume nous aurions peu de chose à désirer, et nos
voisins seraient à leur tour obligés de venir chercher
chez nous les productions que la nature leur a refusées,
et que leur industrie ne saurait leur fournir.
Du commerce.
Avant la révolution de 1789, le commerce du poivre,
du bois de sandal et du cardamone, qu'on trouvait à la
côte Malabar, se faisait en grande partie à Mahé et dans
d'autres places par des Français mais ]a compagnie
anglaise a profité de la guerre de la révolution pour
s'emparer du monopole de toutes ces branches de com-
merce sur la côte maiabare et depuis plusieurs années
elle a aussi celui du sel et de l'opium.
Dans sa situation présente, Mahé n'est susceptible
d'aucun commerce étendu, celui de la soie excepté.
Les états des princes qui l'avoisinent ne consomment que
peu d'effets d'Europe ils n'ont ni manufactures, ni assez
de grains, ni d'autres objets de culture tout ce qui
149–
environne notre colonie ne produit que du poivre, du
café et des cocos, et tire sa subsistanceen riz et bie des
provincesde Mangaloreet du Sud, et ses toiles du Tra-
vancor. En un mot, Mahé, tel qu'il est aujourd'hui ne
possède aucun avantage réel et ne peut devenir une
colonie considérable, soit qu'on l'envisage sous un
point de vue politique ou comme un établissementde
commerce. Il pourrait en acquérir si l'on pouvait obtenir
nos anciennes limites, parce qu'alors il faudrait peu
d'efforts pour le tirer de sa léthargie, remonter ses res-
sorts, et lui donner le ton et Facti.vitéqu'il avait avant la
révolution.
Son commerce se réduit aujourd'hui à fort peu de
chose, ainsi qu'on peut s'en convaincre par le tableau
ci-dessous.
Exportation en 18 31.
Arack du pays. 800 bouteilles.
Noix d'arec. 138 kilog.
Poivre. 2,S67
Cocos. 52,800
Xatportation.
Blé. 5,948 kilog.
Nélyou riz en paille. 48,551
Riz. 89,700
Poivre. 21,800
Coton. 14,360
Tabac. 1,954
Sucre. 814
Oignons. 276
Cordesdekair. 414
Vin rouge. 34 barriques.
–Médoc. 100 caisses.
de Lisbonne. 13 barils.
de Champagne. 3 douzaines.
de Grave. 11
Eaux-de-vie. 25tierçons.
en bouteille. 287 caisses.
Huiled'olive en bouteille. 22
T50
Dex revécut
Les revenus de Mahé sont peu considérables, ils ne
se montent qu''a 9,728 fr. 11 cent. En voici le dëtaU
· Recettes.
Droits sur les maisons. d,225f.92c.
de patentes sur les boutiques. 403 68
Lots et ventes. 255 44
Droits sur les demandes en matières civilesdevant
le tribunal de police. 75 83
d'ancrage. i74 24
sur la vente du calou et de l'arack. 555 68
sur l'extraction du calou. ~44 »
Ferme de la vente du sel 1,578 8
Droit de passagede la rivière. i,500 »
Redevancessur les palmars ou jardins du gouverne-
ment. 4,475 64
Rente foncière d'un emplacement à Calicut. i28 »
Redevancesdiversessur la loge de Calicut. 200 »
Location de trois varges à Nély. 540 »
de deux palmars tombés en déshérence.. i7t 60
du jardin français à Surate et des pavillons
qui en dépendent. 1,500 »
Amendes. 50 a
TOTALdes recettes. 9,756 li
Dépensesfixes.
Un commandant chef de service. 8,000 f. a c
Un commis extraordinaire 800 »
Trois employéshindous. 585 24
Port.
Deuxagentshindous. 4~5 68
.S'M'M de santé.
Un Hindou vaccinateur. i78 20
A REPORTER. 9,779f.i2C.
–1~1–
RïpOM 9,779f. 12c-
Culte.
Un curé. 880 92
Justice.
Un greffier notaire. i,200 »
Deux Hindous. ~8 H
Police civile.
Un chef de police. 1,000 »
Quinzeagents hindous. 2,300 8.
Agents divers.
Un gardien de la loge de Calicut. i48 4~
Frais du bureau du commandant. 500 ?
Loyers de maisons.
Maison occupée par le commandant. 800 ))
du tribunal. 257 48
de la police. 168 M
Secours publics.
Secours aux indigents. 300 »
Secours à la fabrique. i78 20
Fête du roi. iOO »
Éclairage de la prison. 40
ToTAi des dépenses Sxes. i 7,950f. 44 c
Il est à regretter qu'on n'ait pas accepté les quatre
aidées offerts par les commissaires anglais, et sur les-
quelles ils reconnaissaient nos droits, sauf ensuite à faire
valoir nos réclamations sur le reste de nos anciennes pos-
sessions. Ces aidées rapportaient 3,~60 roupies en 1795,
et aujourd'hui elles en rapportent plus de 5,000 non
compris les droits sur le sel et le tabac.
152
Un chef de police juge les petites affaires jusqu'à
quinze roupies; si l'une des parties n'est pas contente,
elle en appelle au tribunal de première instance, qui est
présidé par le commandantdu comptoir, lequel prend le
titre de juge royal. Ce juge connait de toutes les matières
civiles, correctionnelles et criminelles. Les parties plai-
dent elles-mêmes leur cause; et elle peuvent appeler
des jugements à la cour royale de Pondichéry.
Je pense qu'un commandant militaire ne convient
point à Mahétel qu'il est aujourd'hui, que ce serait plutôt
la place d'un administrateur de la marine, parce que
c'est particulièrement de l'administration de la justice
que le chef de service est occupé. Sous le rapport de la
justice, je suis persuadé que le bon sens et peu de lois
suffiraient pour terminer promptement toutes sortes
d'affaires civiles, parce que les différentescastes ont des
usages auxquels on ne peut pas toujours appliquer les
articles de notre Code.
JOURDAIN,
devaisseau.
capitaine
VARIÉTÉS.
UNE MOSQUÉE EN FRANCE
DEPUIS )LB XIIe SIÈCLE.
LETTRE DE M. JOUFFROYD'ESCHAVANNES
A M. HECTORHOREAU.
MoncherHoREAc,
Lorsque vous fites paraître, il y a peu de temps, votre
projet d'élever une mosquéeà Paris, projet que la Société
Orientale a si bien accueilli, je vous prévins qu'une mos-
quée existait déjà en France depuis le xn" siècle, et vous
parûtes désireux d'en connaîtreles détails ainsi que Fhis-
toire de sa fondation. C'est pour répondre à votre désir
que je vous adresse cette lettre, en vous prévenant
d'abord que le monument en question n'est guère connu
aujourd'hui que des archéologues, et que dans le pays
même, bien des gens ignorent sa première destination.
On raconte qu'un seigneur de haut lignage, Pierre
d'A-nglure, originaire de Champagne, ayant, comme
tant d'autres, résolu d'aller dépendrela croix en Terre-
Sainte, parvint en Palestine, et s'y fit un grand renom
par ses nombreuses prouesses. Un jour, étant tombé
blessédans une rencontre avec l'ennemi, les Sarrazins
~emmenèrentprisonnier.
154
Notre chevalier fut conduit devant le fameux Saladin,
soudan d'Égypte, qui fit panser ses blessures et le traita
avec des égards auxquels était loin de s'attendre un
chrétien qui se voyait ës-wc~~ du ?\
Sa captivité fut longue; mais enfin le sire d'Anglure,
qui s~était fait bien venir du soudan, et lui avait donné
maintes preuves de sa loyauté, obtint, sur sa parole de
gentilhomme, daller quérir sa rançon lui-même.
Saladin, qu'on avait surnommé T~c~e~-e~ ~cer, c'est-
à-dire le ~~c0 victorieux, avait appris, des nombreux
prisonniers qu'il retenait auprès de lui, les lois de la che-
valerie française, et, bien fait pour les apprécier, ce
grand homme voulait les répandre dans ses États. Doué
d'une âme ardente et chevaleresque, il donnait l'exemple
de vertus inconnues jusqu'alors à ses sujets, et les éton-
nait par une urbanité que les Orientaux eussent appelé
de la faiblesse, s'ils n~eussent connu le courage de leur
sultan. M ne quittait d'ailleurs le luxe et les plaisirs de
sa cour, que pour marcher à de nouveaux combats, tou-
jours couronnés de la victoire.
Cette fois encore, Saladin avait voulu montrer aux
Francs que sa confiance à la parole donnée était sans
bornes, et il était curieux de s'assurer si les chevaliers
chrétiens observaient scrupuleusement ces maximes de
bonne foi et de délicatesse dont ils se targuaient si fort.
D~Anglure fut a peine arrivé dans ses foyers, qu'il
vendit une partie de son patrimoine après quoi il reprit
le chemin de la résidence du soudan, suivi de son
écuyer et de deux mulets qui portaient l'argent de son
rachat. Or, il advint qu'en route plusieurs accidents
faillirent priver le chevalier des richesses qu'il portait,
et ce ne fut qu'à force de courage et de persévérance
qu'il parvint au terme de son voyage, non toutefois sans
encombre, car il y perdit un œil dans un combat qu~il
dut livrer aux mécréants. Enfin, il arriva à la cour
du soudan et s'empressa de déposer à ses pieds la rançon
155
A
promise. cette vue, Saladin, admirant la loyauté de ce
vieux guerrier, lui fit grand accueil. Puis il lui rendit sa
rançon, le combla de présents, et le renvoya dans sa pa-
trie. Il y mit cependant des conditions c'est que, rentré
dans ses foyers, il donnerait le nom de Saladin à tous ses
descendants mâles, remplacerait ses anciennes armoiries,
qui étaient d'or à la croix de sable, par des grelots, et
des croissants, et enfin construirait sur ses terres un
temple en l'honneur de Mahomet.
Ces conditions furent religieusement exécutées, et le
sire d'Anglure, rentré dans ses foyers, éleva une mosquée
qui, probablement, n~ajamais vu l'exercice du culte au-
quel elle était destinée.
Voilà, mon cher Horeau, l'listoire de ce monument;
maintenant, je vous en dois une description. Ne vous at-
tendez pas à voir une merveille des Mille et M~enuits;
le bon chevalier, malgré la générosité du soudan, était
pauvre, et c'est tout au plus s'il eut de quoi tenir sa pro-
messe.
Le bourg de Buzancy est situé dans le département
des Ardennes, sur la route de Vouziers à Stenay, et à
peu près à égale distance de ces deux localités. Au nord
et sur la partie haute du bourg, se trouve un bâtiment
que les habitants du. pays nomment le Mahomet, c'est
notre mosquée. Cet édifice, construit en grosses pierres de
faille, est de forme carrée, et maintenu par de larges
éperons peu saillants. On y voit encore, sous le cordon
de l'entablement, un grand nombre de figures antiques,
ainsi que plusieurs caractères symboliques la porte,
tournée du côté de l'Orient, est cintrée et ornée de co-
lonnettes quant aux autres ouvertures, elles sont cer-
tainement postérieures à la construction de Fédince, et
consistent en trois baies irrégulières, pratiquées sur
chaque face dans les deux tiers de la hauteur. La couver-
ture du monument est en forme de pyramide surbaissée
et composée de dalles superposées les unes aux autres.
lô6
Jusqu'à ces derniers temps, la mosquée avait toujours
été entretenue, soit par les divers propriétaires qui se
sont succédés jusque la révolution, soit par l'édilité
locale. Hélas il était réservé à des magistrats peu sou-
cieux de l'histoire, de toucher les premiers au monu-
ment élevé par la reconnaissanced'un chevalier français.
1/autorité locale a obtenu depuis quelques années l'au-
torisation d'y faire les changements nécessaires pour y
établir une école de l'un et l'autre sexe, et vous pourrez
voir de jeunes Giaours en sabots, fouler les dalles du
Mahomet.
D''ESCHAVAISNES.
EMPIRE OTTOMAN.
LETTRE DE M. STANISLASBELLANGERA M. EDMONDNOEL,
HEHBRE DELÀMCtETÉ
TITULAIRE ORIENTALE.
Constantinople, ftivdet' )8~.
Votre petite lettre est venue bien agréablement me
surprendre ici, et je vous remercie de tout mon cœur
d'avoir songé à me donner le premier de vos nouvelles.
Je connaissais,mon ami, les intentionsdu grand visir,
relativement au projet dont vous m~ehtretenez Recbid-
Pacha est aussi bienveillant pour moi à Constantinople
qu'il l'était naguère à Paris et son gracieux accueil da
mis à même de causer avec lui de beaucoup de choses.
Je l'entretiendrai encore des idées qui vous sont venues
à ce sujet, et je ferai en sorte d'en tirer parti pendant
mon séjour dans cette immense ville des sultans. Nous
en recauserons à mon retour.
En attendant, je vous remercierai d'avoir songé à me
faire recevoir parmi les membres correspondants de la
t L'érection
d'unemosquée à Paris,pro-
et d'uncollégemusulmans
poséeparla Société
Orientale.
157
~ocK~ Orientale, et j~espère bien que vous me mettrez
à même, avant peu, de fournir à la Revue mon petit
contingent.
Pour le moment, je ne puis guère songer à vous en-
voyer un article de quelque valeur; mais je vous prierai
d'annoncer à la Société (si toutefois vous n'y voyez pas
d'obstacle) 1° Quej'ai découvert dans le district de
Choumia, en Bulgarie, et dans le district de Yamboli,
en Roumélie des tumuli qui datent de l'époque ou
Trajan vint pour conquérir la Géto-Dacci, et fit cons-
truire son fameux pont sur le Danube, par Apollodore
de Damas 2° que l'un de ces ~M~M~ entamé par des
paysans qui cherchaient à en extraire de la terre pour se
construire des maisons, et attaque de nouveau sous mes
yeux, nous a laissé voir deux fours romains de petite et
moyenne dimension; 3" que la partie convexe de ces
fours était en briques rouges excessivement dures, et le
tablier en ciment friable 4° que leur bombe, assez déve-
loppée, était remplie de détritus de toute sorte, de char-
bons, de cendres, de poteries d'une terre et d*'unecon-
fection admirables 5" enfin, que le milieu du tumulum se
trouvait indiqué par un mur de refend en pierres dures
liées ensemble par un ciment inattaquable à la pioche.
Je suis convaincu, si j'en juge par analogie, que ces
tumuli ressemblent à ceux de la Valakhie et, comme
eux, doivent contenir des objets précieux. A.ussi ai-je en-
voyé un rapport à Son Altesse Ahmet-Fethi-Pacha qui
s'occupe activement de mes communications, pour ob-
tenir un firman et faire pratiquer des fouilles plus sé-
rieuses. Je serais heureux d'attacher mon nom à une dé-
couverte de quelque importance. A.défaut d'une Ninive,
on peut encore récolter quelques matériaux pour l'his-
toire. Le champ est plus vaste que les travailleurs ne sont
nombreux.
STANISLAS BEI/LANGER.
BM!L~T6M
DELASMm(MALEDEFRANCE.
liiiii1
::=?
PROCES-VERBAUXDES SËANCES.
~c~Mce<~M13 /et?Wey 1847. La séance est ouverte
à huit heures et demie, sous la présidence de M. A. Hugo,
vice-président.
Le procès-verbal de la séance du 22 janvier est lu et
adopté.
Il est ensuite donné lecture d'une lettre de M. Ismaïl
Urbain, au sujet de deux volumes offerts à la Société par
M. Boissonnet, directeur des affaires arabes à Constantine.
L'un est le Nedmou, ouvrage dans lequel un écrivain arabe
s'attache à donner à ses compatriotes diverses notions, qui
ne peuvent qu'aider à leur rapprochement avec les Fran-
çais. Le second est un calendrier arabe rapproché du
calendrier français.
77M<yo. Lorsque j'étais à Constantine, on s'occupait
beaucoup de ce calendrier, parce qu''on a remarqué que
les marabouts profitaient de tous les phénomènes météo-
rologiques, pour en tirer des conclusions fâcheuses contre
nous. Il seti vendait un grand nombre.
Sont offerts à la Société
Par M. CH. DE RoTAMRRDe France, de ses
ports avec l'Europe, et du ~d/e qu'elle est appelée àjouer
dans le monde. 1 vol. in-8°.
Par M. DE GuYs ~o<e~ faits dans le Liban à
~e?t<~ epo~Me~, de 1825 à 1832. 2 vol. in-8~1
159
Paris, 1846. Librairie Olivier Fulgence et compagnie,
place de la Madeleine.
M. le Président. La question de F Algérie a été, vous
le savez, mise à l'ordre du jour d~une manière perma-
nente. J'invite ceux de Messieurs les membres pré-
sents, auxquels certains éclaircissements seraient néces-
saires, à profiter de la présence de M. Duplan, qui vient
de faire une longue résidence dans notre possession
(TAtrique.
M. 7?ocAe<cWcoMT't demande qu'elle est la tempé-
rature moyenne de l'Algérie, et si Fon pourrait cultiver
le teff (poa abyssinica), céréale excessivement féconde
et qui serait sans doute d'un grand avantage en Afrique.
Il donne des détails sur la température des plateaux de
FAbyssinie.
M. DM~CM. Une culture plus profitable que celle des
grains serait celle du tabac. On paraît peu disposé à
favoriser la culture des céréales.
M. N~o. Cependant il existe un projet de M. le
lieutenant-général de La Moriciëre, pour transpor-
ter dans la province d''0ran 8,000 familles et y cul-
tiver 80,000 hectares, qui seront surtout plantés en
céréales.
D~/cw. Je ne parle que des cultures riches.
M. ~e~re~. Mais ne vaudrait-il pas mieux tirer le
blé dont on a besoin en Algérie de l'Algérie même, que
d'aller le prendre à Odessa ? Serait-il nécessaire de fumer
les terres pour cultiver le teS' ?
~f. Rochet-d'Héricourt. Non. En Abyssinie, on ignore
cette opération. La terre ne repose jamais. On fait deux
récoltes de blé par an. Cette région est du très-petit
nombre de pays ou cela peut se faire.
M. ~M~r~. Cultive-t-on constamment les mêmes
champs et les mêmes plantes ?P
~M&e~-TïocAe.Oui. Les cultures sont peu variées.
En céréales, ce sont toujours du teff, de l'orge, du froment.
Rochet-d'Héricoitrt. Le blé, l'orge, le teff, le doura,
sontles quatre céréales différentes que j'ai observées dans
160
le Choa on y cultive encore les fèves, le lui, le coton et
la canne à sucre.
Hugo. Vous venez de citer huit cultures diffé-
rentes alors il y a assolement.
~ocAe~'H~~ooMy~.Non. Un même champ est
aSecté à la même graine. Mais ce qu'il y a de plus
singulier, c''est que le coton, malgré sa propriété épui-
sante, ne paraît pas fatiguer le sol. Quand la terre semble
épuisée, on l'arrache et on le replante. La fertilité extra-
ordinaire des terres abyssiniennes est d'autant plus re-
marquable, qu'elles sont lavées deux fois chaque année
par des pluies diluviales, qui y laissent peu d'humus.
M. de Saint-Céran. Ceci est pour la culture des pla-
teaux quelle est celle des vallées ?
M. TïocA~-c~jH~'coM~.Ce sont des pâturages qui en
couvrent la surface. Il y a des hommes qui sont proprié-
taires de 8 à 10,000 têtes de bétail.
M. ~Mû~Wd'. Les Abyssiniens sont-il mangeurs de
viande?P
~f. 7ïocAe~r<coMf<. Modérément.
M. Audiffred à .M. Duplan. La culture du tabac
exige-t-elle beaucoupd'engrais?
M. Hugo. Je me suis occupé de cette branche de
l'industrie agricole. Unhectare rapporte 1,600 francs;
il y a 600 francs de frais, reste net 1,000 francs. Un cul-
tivateur des environsde Bone, établi dans la vallée des
Karezas, a obtenu a cet égard des résultats remarquables.
Dernièrement il a récolté 2,500 kilogrammes de tabac,
qu'il a veudus à l'administration à raison de ~9 francs,
ce qui fait environ 48,000 francs. Les terres qu'il cul-
tive lui ont rapporté eu outre foin, 12,000 francs,
céréales, 8,000 francs; car il a résolu cette fameuse
question de la culture des cérérales avec profit. Du
reste, la culture en Algérie est très-diverse. Ce qui
se fait à Constantine, ne se fait ni à Alger ni à Oran.
Une des plaies de FAIgérie est le palmier nain. Un
hectare couvert de palmiers nains coûte 1,200 fr. à~de-
1~1–
fricher, 800 ft. au moins lorsque t'en emploie les con-
damnes militaires, là où cela se peut. Voici ce que Pon en
fait la ttge sert de bois à brûler, la pointe de la racine
se mange.
~f. Horeau. Que sont devenus les projets de haras?
~f. Hugo. Rien. Les généraux commandants en Algérie
pensent qu'il ne faut pas multiplier les chevaux, que
ceux des Arabes suSisent àl'entretien de notre cavalerie.
de Saint-Céran. Les régiments qui viennent en
France laissent-ils leurs chevaux?
M. DM~a~t. Non. Au reste, il n'y a pas encore eu de
mutation. Voici seulement ce qu'il y a d''arrêtë Tous
les régiments qui sont en Algérie seront remontés avec
des juments, de manière a amener un croisement de
races. Il y a des dépôts d'*étalonsen différents endroits,
mais la saillie n'est peut être pas faite dans les meilleures
conditions voulues. Malgré ses dix Mpt années de guerre
le pays est encore riche de chevaux, bien qu'il s'en
fasse une consommation considérable. La remonte ne paie
que 450 fi'. pour les chevaux d'officiers, au maximum
les chevaux de gendarmerie 400 fr. Lorsqu'il y a projet
d'expédition, les chevaux sont en moyenne à 600 fr.,
en temps ordinaires à 200.
j~. Rochet- d'Héricourt. M y a en Abyssinie des che-
vaux aussi beaux que les chevaux de race arabe, en
quantité. Le plus beau cheval coûte 50 fr., un cheval
ordinaire 25. On pourrait étudier la nature des commu-
nications entre l'Abyssinie et l'Algérie, ou le bassin de
la Méditerranée, puis chercher à amener ces chevaux ea
Egypte, et de là en Europe et dans l'Afrique française.
~f. Duplan. Ce plan serait bien difficilement prati-
cable. Du reste, FAIgérie se suffit.
~f. Hugo. C'est l'avis des généraux. Seulement il pa-
raît que les chevaux arabes ne tirant pas aussi bien que
les mulets, ils ne sont pas aussi bons
pour les convois.
~f. Duplan. J'ai cependant observé que les chevaux
< arabes étaient très-bons pour le train, même ceux qui
viennent des tribus sans avoir été dressés. L'Algérie se
sumt, ainsi que je Je disais à l'instant, sans qu'il soit
t6
162
besoin d'avoir recours à la Perse, comme le proposait
M. Mesmer, où à l'Abyssinie, ainsi que vient de 1 indi-
quer M. Rochetd''Héricourt. Mes fonctions m'ont sou-
vent forcé d'acheter des chevaux, et je ne les ai jamais
payés plus de 200 fr. Je profitais, il est vrai, de Féput-
~ement dans lequel se trouvait le pays, et il m'est arrivé
quelquefois de les revendre à Alger le double de ce que
je les avais payes.
M. Le Serrée donnecommunicationde deux lettres qui
lui ontété adressées par MM. les ministres de l'instruc-
tion publique et de la guerre, relativement à l'idée émise
par la Société, de l'érection, à Paris, d'une mosquée et
d'un collége musulmans, auxquels serait réuni un
cimetière. M. le ministre de la guerre annonce qu'il
consultera la Sociétélorsque cette nouvelle création sera
l'objet d'une décision de la part du gouvernement. M.le
ministre de l'instruction publique répond Cette pro-
position ne ressortit, sous aucun rapport, aux attribu-
tions de mon ministère; elle entre entièrement, au
contraire, dans les attributions du département de la
justice et des cultes, et je ne puis, en cette occasion,
que vous engager à soumettre le projet 'dont il s'agit à
M. le garde des sceaux. ))
M. le ministre de l'instruction publique semble n'a-
voir pas compris quelles étaient les intentions de la
Société elle a demandé non-seulementl'érection d~une
mosquée, mais encore la création d'un collége lequel
serait, sans aucun doute, dansles attributions du minis-
tère de Finstruction publique.
M. de Pornmereux communique verbalement a la
Société la substance d'une lettre de M. E. Cloquet,t
notre jeune collègue, qui annonce que le choléra a quitté
Téhéran et qu'il s'est jeté vers les frontières occiden-
tales, dans la direction de la Mekke. Une ville de
100,000 âmes a perdu le 10' de sa population.
!~aséance est levée onzeheures.
163
Séance du 26 ~Wer. La séance est ouverte à
huit heures et demie, sous la présidencede M. A. Hugo,
vice-président.
Il est donné lecture du procès-verbal de la séance
du 12.
Ouvrages o/~er~. II est offert à la Société Par
M. Duplan, un~MaM~c~ arabe, poème en l'honneur du
Prophète.
Par M. Feuilleret, ~M~e, OM~fM au n*siècle.
~M~foM~. Sont admis, après avoir été présentés
dans la précédente séance, comme membres correspon-
dants
MM.Daux, ingénieur auprès du bey de Tunis.
Boissonnet.
Timoni.
M. Hugo prend la parole pour annoncer à la Société
que, depuis sa création, elle a perdu environ cinquante de
sesmembres, tant honoraires que titulaires et corres-
pondants il était d'usage, dans l'origine, de consacrer
un article biographique à ceux des membres que la
mort venait de frapper; cet usage a fini par être aban-
donné il serait bon de le reprendre, et de nommer une
commissionchargée d'examiner la liste des articles à
rédiger, et de se partager le travail qu'il serait nécessaire
d'exécuter.
La proposition de M. Hugo est accueillie une com-
missionest nommée elle se compose de MM. Hugo,
Morpurgo, d'Audiffred,,Mac Carthy, Jouffroy d'Escha-
vannes, docteur Pouzin.
M. de Challaye donne quelques détails sur le com-
mercede l'opium en Chine, au sujet d'un article qu'il a
publié dans le .PoWe/eMt~e,et qui est intitulé De
~yM~M~OM~M co?M~tercee~~6~DMMM.
J'ai reçu aujourd'hui même ajoute M. de Challaye,
u'te des circulaires mensuelles publiées par la maison
Huchesdonet compagnie, sur le commercedela Grande-
164
Bretagne avec la Chine. Le tait le plus saillant mentionné
dans ce petit travail, est le rétablissement de la chambre
de commerce de Canton elle avait été dissoute en avril'
1839, à l'époque où les résidents étrangers furent empri-
sonnés dans les factoreries, par les Chinois, après avoir
été obligés à remettre tout l'opium qu'ils avaient entre
les mains, c'est-à-dire près de 2:i,000 caisses, qui furent
jetées dans la rivière, par ordre du commissaire impérial,
Line. Depuis, l'absence de ce corps, dans lequel les
commerçants européens trouvent un appui, leur avait
souvent fait faute aujourd'hui ils sont en état de se
protéger contre les empiétements du consul et du surin-
tendant du commerce. On pense aussi voir disparaître
par là les différents abus encore existants du vieux
système monopolisateur du Hong. Le principal objet de
la réorganisation de la chambre de commerce, a été la
réunion de différentes iuformations relatives aux transac-
tions commerciales.
Voici, d'après un tableau qui fait partie de la cirulaire,
quelle a été la valeur des exportations, en thés et soie
écrue, faites de Canton en Angleterre pendant les der-
nières années
En 1844, par 95 bâtiments,thés. 30,241,428 livres(pounds).
Soie. »
En 1845, par 106bâtiments,thés. 55,9S9,666livres.
Soie. 10,727 balles.
En 1846, par 118bâtiments,thés. 57,995,~8 livres.
Soie. 48,600 balles.
Quelques-uns des membres présents adressent à
M. de Challaye différentes questions sur la condition so-
ciale des femmes en Chine.
M. ~or~M~o. A.-t-on remarqué une différence dans
la conduite des chrétiens et des non-chrétiens vis-à-vis de
leurs femmes ?
M. de Challaye. Il y en a une assez remarquable,
ainsi que je l'ai entendu dire aux missionnaires.
M Hamont. Compte-t-on en Chine plus de naissances
féminines que de naissances masculines?P
de CT~/o~c. Ma réponse ne pourrait être que le
165
résultat d'un renseignement statistique que l'on ne pos-
sède pas, je crois, en Chine, bien qu'il y ait des recense-
meuts réguliers, et qu'il serait d'ailleurs difficile de se
procurer.
~f. Hamont. En Egypte il nait plus de femmes que
d'hommes.
7~. de Challaye. Je crois qu'il en est de même en
Chine.
~cc~ï~MC.La polygamie est-elle généralement en
usage?
M. de Challaye. Les mandarins ont plusieurs femmes
ils sont dans le cas de tous les riches Orientaux mais la
polygamie est véritablement une exception la généralité
des hommes n'ayant qu'une femme.
M. ~Md~ Le meurtre des enfants mâles est-il
toléré ?
j~. de Challaye. Non. Il est défendu par la loi; mais
quant au meurtre des filles, on ferme les yeux à cet égard.
Les courtisanes sont-elles méprisées ?
~f. de Challaye. Non. On se rend publiquement chez
elles et on l'avoue sans gêne aucune. Elles sont appelées
les filles des fleurs, parce que leurs demeures en sont
ordinairement ornées avec profusion.
M. le docteur J~o~SM (de Tours). Les maladies véné-
riennes sont-elles communes?
Af. de Challaye. Oui, et elles sont de la nature la plus
dangereuse; ce sont les matelots anglais qui en ont in-
lecté le pays.
M. Morot. Est-il vrai que les enfants soient livrés a la
voracité des porcs?
T~f.de Challaye. Je n~ai jamais entendu parler de cela
qu'en France, depuis mon retour. Je n'ai rien vu de sem-
blable dans les différentes parties de la Chine que j'ai vi-
sitées. Quelquefois, dans les villages pauvres, on expose
les enfants comme on le ferait ici.
~Ho~o~. Les expose-t-on sur des berceaux ou dans
des paniers?
de Challaye. Je ne sais pas; peut-être les met-on
sur trois ou quatre bambous liés ensemble.
166
7~. Morot. Ainsi ce ne sont là que des faits particuliers
comme ceux qui se passent parmi nous?
M. de Challaye. Oui, Monsieur.
M. Hugo donne lecture d'une lettre de M. Verguet,
membre correspondant de la Société, datée de Sydney,
le 20 octobre 184S.
M. le général comte de La Roche Pouchin. J'ai été pré-
venu par l'un de mes amis, M. de Marigny, qu'un ex-
trait du compte-rendu de nos séances avait été inséré
dans ~A~y d'Alger. On s'occupe beaucoup de nous,
et si nous nous occupions de FAIgérie, se serait rendre
service à la Société et à la colonisation.
docteur Pouzin. La censure est très-sévère..Té-
tais à Alger à l'époque où M. le comte Drouet-dlErlon
fonda l'Akhbar et le Moniteur ~We?t, et je pourrais
vous donner de singuliers détails sur la marche suivie par
l'autorité militaire dans la rédaction de ces feuilles.
7)~. de La Roche Pouchin. Quel que soit l'état de la
presse en Algérie, je crois que la Société peut retirer
grand profit de ses rapports avec elle.
jM. Hugo. Si M. le général de La Roche Pouchin se
fut trouvé ici à la dernière séance, il eût assisté à une
discussion intéressante sur les affaires algériennes.
~f. Duplan. Il ne faut pas nommer ce qui a été dit ici,
discussion; c'était plutôt uneconversation, qu'il doitavoir
été difficile, je crois, de recueillir pour la consigner au
procès-verbal.
M. le docteur PoM~. Il en est a peu près de même
toutes les fois que, parmi nous, la question algérienne est
mise sur le tapis. On arrive trop peu préparé a ce qui
sera discuté, et cependant les matières exigeraient le
contraire. Ainsi, dans cette question si importante de la
colonisation il y a à examiner le système allemand, le
système La Moricière, le système militaire le système
civil.
~f. le docteur ~M&e~-jRocAe.Pour éviter ce que vient
de reprocher avec raison M. le docteur Pouzin, il n'y a
qu'un moyen, c'est de demander à l'un d'entre nous un
rapport sur la colonisation.
–j67–
~f. Duplan. Je crois que F étudede la question de co-
lonisationne peut venir qu~apresl'examen d'autres ques-
tions dont elle n'est, en quelque sorte, que le corollaire,
telles que la question des importations et des exporta-
tions, la question de la propriété, etc.
~f. Pouzin. Cela est vrai mais commela question est
très-importanteet à l'ordre du jour, si la Société veut ap-
porter quelque lumière dont le débat général, il faut
qu'elle s''en occupe de suite. L''examen des questions
sur lesquelles elle repose nous entraînerait trop loin.
La séanceest levée à dix heures et demie.
Lesecrctaire-gënéra!
pourl'extérieur,
0. MAC CARTHY.
NOUVEAUX
MEMBRESADMISDANS LE SEIN DE LA SOCIÉTÉ.
Séance du 26 février.
Comme
Membres
correspondants
M. Auguste Z~OM~ ingénieur auprès du bey de Tunis,
auteur d'un plan fort beau de la ville de Tunis, à Tunis
présenté par MM. Horeau et Mac Carthy.
jSo<MOM?ï~ directeur des affaires arabes de la
province de Constantine, à Constantine; présenté par
M.le comte A. Hugo et M.Audiffred.
~f. Alexandre Timoni, littérateur, auteur de plu-
sieurs ouvrages sur le Bosphore et Constantinople, à
Constantinople,présenté par M. le comte A. Hugo ° et
M.Audiffred.
Correctionà faire à l'un des noms des membres admis
dansla séance du 22 janvier.
M. CoM~y'MM, UsezCoM~/eûM.
comtede Douglas Scoti, chambellan de S. A. R.
l'infantd'Espngne, duc de Lucques, voyageur en Orient,
reçu dans la même séance, réside à Plaisance (duché de
Parme).
BIBLIOGRAPHIE ETCARTOGRAPHIE.
Carte topogaaphiqne de ËAigéfte, dresséepar L. Bouf-
fard, d'après les rechercheset les travaux des officiersd'état-major et
ceux de MM. Warnier, Garrotte et Renou, membres de la commission
scientifiquede l'Algérie. Paris, 1847, librairie de L. Hachette et C",
rue Pierre-Sarrazin, n° 12.
Cette carte, exécutée avec grand soin par un homme que l'on peut
dire, sans conteste, le premier graveur sur pierre de l'Europe, est la
meilleure que nous ayons encore de l'ne. Elle offre tous les mou-
vementsde terrains, une nomenclaturetrès-fournie, les nomsde toutes
les tribus principales. On distribue avec, une brochure qui en est pour
ainsi dire le développementraisonné c'est la Description de l'Algérie,
par MM. Carette et Warnier, travail dans lequel on a présenté, sous
les formes les plus simples, toute la géographie physique et l'ethno-
graphie de cette région, ainsi que l'organisation complète des popu-
lations arabes.
Dictionnaire gëograpMqnC) écenomtqne, politique
et MNtertqne de tAtgérie ancienne et moderne, par
M. 0. MacCarthy. 1 vol. format Charpentier, de 600 pages à 2 co-
lonnes, petit-texte, avec carte. Prix 6 fr. (Sous presse.)
Géographie populaire de rAtgé~te, ou résumé complet
de la géographiephysique, économiqueet politique de cette contrée,1
avec carte; par le même.i vol., format Charpentier.
Hygtène physique et m<Mrate deapriaons, ou de l'in.
fluenceque les«/s~Ms pénitentiairesexercentsur le physiqueetle moral
des prisonniers, et des modificationsqu'il y aurait à apporter au ré-
gime actuel de nos prisons; par Aug. Bonnet, D. M.. P., chevalier de
la Légion-d'Honneur.professeurde pathologieinterne à l'école de mé-
decine de Bordeaux, etc. Paris, Just Rouvier, 1847. 1 vol. in 8°.
Prix. 3 fr. 80 c.
Un bon et excellent livre, digne d'être médité par tous ceux qui se
préoccupent de l'organisationde nos prisons en Algérie. La question
est traitée à fond.L'auteur a surtout cherché a montrertous les incon-
vénients du systèmecellulaire, tel qu'on nous l'a impo~t~Amérique.
·
/<C~~ o ~T\
~'crtaH)M. iMip. de DESPAR')',rueSa)o~28~ y
1
LE LIBAN
ET
LES MARONÏTES.
Avant de parler des événements qui ont amené la
ruine et la dispersion de la nation Maronite, il est bon
de dire un mot sur le Liban et les peuples qui l'habitent.
Le Liban jette ses premières racines au milieu des replis
du fleuve Oronte, pour aller abaisser ses collines dans
la plaine de Saïda et de Sour; c'est là que l'Anti-Liban,
après avoir, par sa chaîne parallèle, forme la plaine fertile
du Bkâa, vient le rejoindre et. longer la mer jusqu'au
point où il se confond avec la chaîne transversale du Car-
mel, à la hauteur de Cana. Le Carmel, jetant autour de
lui plusieurs racines va, par les chamons des montagnes
de Nablous, rejoindre les hauts plateaux de la Judée,
qui, se prolongeant au sud, vont sillonner au loin les
sables de l'Arabie un autre sytème de montagnes tombe
aplomb sur l'Anti-Liban, à la hauteur de Sour, enve-
loppant d'une part la plaine de Damas, et de l'autre la
mer de Tibériade c'est le Haourâne citadelle inacces-
sible, dans laquelle les Druses ont sauvegardé tenr fa-
rouche indépendance.
Toute cette charpente osseuse de la Syrie moderne se
"omrn~J~ A~t~MC,et se trouve souvent confondue
sou~g~u~ation générique de Liban, comme si
17
f~h~t-&
170
toutes ces montagnes eussent pris naissance de la mon-
tagne par excellence où ]e Seigneur avait placé son Ëden.
Le Liban proprement dit, depuis le Djebel-Assouad
jusqu'au Nahr-el-Kelb est habite uniquement par des
Maronites depuis te Nahr-el-Kelb jusqu'à Sour, les
Druses, les MétouaHs, les Ansariehs, les Musulmans
sunnites, les chrétiens dissidentset les chrétiens des rits
unis se partagent, avec les Maronites, l'habitation de la
montagne. Il en est ainsi dans tout l'Anti-Liban, dans le
Haourâne et dans toutes les montagnes dont nous avons
parlé ci-dessus. C'est ce que l'on nomme les Districts
~~e~. Dansces districts, chaque nation particulière est
numériquement beaucoupplus faible que la nation Maro-
nite mais réunies ensemble, elles sont quatre fois plus
fortes qu'elle. Dans les districts purement chrétiens,
les Maronites peuvent réunir un nombre de combattants
au moins égal à celui des inudèles. Cela explique com-
ment, tant que les Maronitesont pu se porter mutuelle-
ment secours, ils ont toujours dominéles autres nations
divisées entre elles par des querelles perpétuelles, et nu-
mériquement plus faibles, même quand elles se seraient
réunies. Cela explique encore comment les trois dynas-
ties musulmanes de Ténouh, de Maan et de Scheab, qui
ont successivementrégné sur la montagne, jusqu'à l'émir
Beschir, ont dû nécessairement s'appuyer sur les Maro-
nites, qui étaient les plus forts et les plus faciles à gou-
verner, et leur donner toujours les emplois les plus im-
dansleur gouvernement. Cela se conçoit d'au-
portants
tant mieux que la nation Maronite avait de profondes
racines dans la terre de Syrie, et qu'elle se trouvait en
outre répandue en Mésopotamie, en Chypre, et même
msqu'en Egypte. En raison de son importance, de sa
force et de son unité, la nation Maronite jouissait d'une
liberté, d'une tranquillité et d'une indépendanceque les
Turks bavaient laissées à aucun des peupleschrétiens de
leur empire. Rien ne s'opposait à l~exercice puMîc de
–171–
leur culte, et ils jouissaient de privilèges que la protec-
tion de la France et leur propre courage avaient su main-
tenir. Depuis le calife Omar-el-Hattab, ces privilèges
étaient leur droit écrit; depuis Charlemagne et le calife
Haroun-ar-Rachid, ces privilèges avaient pris la con-
sistance d~un traité sacré entre le plus grand prince de
l'Orient et le plus grand empereur des temps modernes.
Saint-Louis vint encore donner aux Maronites un témoi-
gnage plus éclatant de sa sollicitude et de la protection de
la France. En vertu de lettres patentes, datées de Saint-
Jean-d'Acre, le saint roi donna aux chrétiens Maronites,
en récompense des services qu~ils lui avaient rendus,
tant en lui amenant un renfort de 25,000 hommes
qu'en lui donnant toute espèce de secours le droit de
cité française; et, dès ce moment, les Maronites de-
vinrent réellement Français, tant aux yeux des gouver-
nements orientaux qu'à ceux des rois qui se succé.
dèrent sur le trône de France. Jamais ce glorieux pri-
vilége de protectorat sur la nation Maronite et les chré-
tiens d'Orient ne fut mis en oubli par les successeurs
de saint Louis; et, cette protection était considérée comme
un droit tellement inhérent à la nation Française, que
lorsque la Convention Nationale, qui, après avoir brisé
la royauté, brisait les autels et persécutait la religion
catholique en France envoya à Constantinople le géné-
ral Aubert-Dubayet. En tête de ses instructions, elle lui
ordonnait de réclamer la protection des chrétiens d'O-
rient comme un droit imprescriptible de la nation Fran-
çaise. Si Bonaparte n~eût point échoué devant Saint-Jean-
d'Acre par le moyen des Maronites toute la Syrie était
à lui. Empereur, il ne l'oublia point. La restauration
donna elle-même aux chrétiens de l'Orient un éclatant
témoignage de sa protection, en concourant par ses armes
et par sa diplomatie à l'affranchissement de la Grèce. A
cette époque, heureuse sous l'administration de Fémir
Beschir, les Maronites n'avaient pas besoin de protection.
172
Survint la guerre de Syrie entre Méhémet-Ali et Mah-
moud l'audacieux vassaltriompha, et l'ëmir Beschirdut
reconnaître sa suzeraineté comme toutes les nations de
la Syrie, mais en sauvegardant ses droits et l'indépen-
dance de ses peuples.
Personne n'ignore les efforts de l'Angleterre pour en-
traver les négociationsouvertes entre le souverain et son
vassal.sous les auspices de la France, et tout le monde
sait de quelle manière les négociationsfurent menées de
notre côté. L'Angleterre voulait le transit par l'isthme de
Soueys; elle ne pouvait l'obtenir du pacha d''Égypte;
elle voulut l'arracher au sultan en Faidant à écraser cet
orgueilleux visir. Cependant, comme le résultat lui pa-
raissait douteux, elle ne négligeait pas de prendre ses
précautions. Le cours de l'Euphrate, qu'un canal peut
joindre à l'Oronte, lui avait paru propre à remplacer le
chemin de fer de Soueys au Kaire. Profitant de la tolé-
rance du gouvernement égyptien elle commençaà fon-
der des colléges protestants dans le Liban, sans la pos-
session duquel son projet devenait impossible, et se
mit à faire de la propagandeà sa manière, c~està-direa
répandre à profusionles bibles par la montagne. Cela dé-
plut fort à tous les peuples qui vivaieut tranquilles sous
le gouvernement de Fémir Beschir. Tous les livres furent
brûlés en place publique, et le grand prince se vit forcé,
par la volonté hautement manifestée de son peuple,
d'empêcher Fachèvement des colléges protestants.
Les Anglaisfurent ainsi doublement blessésdans leurs
intérêts et dans leur orgueil, et leur ardeur a expulser
Ibrahim-Pacha de la Syrie s'en accrut. Ils mirent en
avant des agents autrichiens, que leur titre de catho-
liques faisait bien venir des chrétiens, et, par malheur,
quelques Français qui se trouvaient au Liban se trou-
vèrent involontairementmêlés dans ces intrigues ourdies
d'accord avec la Porte. Les Maronites eurent le mal-
heur de se laisser séduire par les promessesles plus so-
173
lennelles, et, sous la conduite de Fémir Beschir-el-
Kassim, ils chassèrent Ibrahim-Pacha de la Syrie, tandis
que les Autrichiens et les Anglais, restés sur leurs vais-
seaux, s'amusaient à trouer de boulets des murailles
sans défenseurs.
L'émir Beschir, trompé parles promesses les plus for-
melles, fut attiré dans un guet-à-pens, conduit prison-
mer à Malte, et de là transféré à Constantinople avec
toute sa famille, contrairement à tout droit et à toute
j ustice.
Dans les premiers moments du triomphe les Anglais
et lesTurks dissimulèrent leurs projets sur la montagne;
et, en même temps qu'ils envoyaient ïzzet-Méhémet
prendre possession du pachalik de Saïda, ils plaçaient
à la tête du Liban l'émir Beschir-el-Kassim, mais En lui
enlevant la faculté de percevoir les impôts.
11y avait alors trois intérêts bien distincts qui devaient
tendre au même but et se réunir pour l'atteindre. Celui
des Anglais, qui avaient des vues sur la Syrie celui de
l'empire ottoman, qui voulait réunir l'autonomie du
Liban au pachalik de Saïda, et celui des Druses qui
voulaient détourner l'autorité à leur profit, selon les
promesses de leur prophète. Pour y arriver, il fallait
détruire la nation Maronite les Anglais lui avaient fait
proposer, par leurs agents, de se ranger sous sa protection,
et elle avait répondu qu'elle était sous la protection de
la France. De leur côté, les Druses avaient fait entendre
aux Turks que les Maronites avaient l'intention d'appeler
les Français, leurs protecteurs, qui, avec leur secours,
se rendraient maîtres de la Syrie; et enfin les Turks
avaient dit aux Druses que s'ils voulaient se charger de
détruire les Maronites, on leur donnerait le gouverne-
ment de la montagne. Tous se trompaient mutuellement,
mais le but était le même, la destruction des Maronites;
tous, Turks, Anglais, Druses, Métoualis Ansarlehs
et Musulmans sunnites, s'unirent par un pacte secret,
174
pour l'extermination d'un peuple qui avait le malheur
d'être le protégé de la France, C'étaient les Druses qui
étaient chargés de mettre à exécution rarrêt de mort
porté contre une nationchrétienne tout entière.
Avant de rien entreprendre, quatre cheiks druses se
rendirent secrètementà Constantinople,tandis que quatre
autres se dirigeaientvers Londres. Puis, pour maintenir
les chrétiens dans une fausse sécurité, ils firent avec eux
un traité solennel d''amitié, par lequel ils s'engageaient
mutuellement à se soutenir et à se garder fidélité, moyen-
nant que les Maronites jurassent de ne jamais appeler
les Français à leur secours. Ils poussèrent même la per-
fidie jusqn'à décorer le patriarche maronite du nichan
du grand-seigneur, qu'ils lui apportaient de Constanti-
nople. Tout cela n'avait pour but que de gagner du
temps et de masquer leurs préparatifs. Lorsque tout fut
prêt, et que les Druses eurent reçus les secours en
armes et en argent qu'on leur avait promis, unis avec
tous les autres infidèles de la montagne ils se levèrent
tout à coup, et commencèrent par attaqner le village de
Hasbaïa mais ils furent complétement battus et forcés
à demander la paix, que les chrétiens leur accordèrent
généreusement. Le cheik de Hasbaïa, qui avait si cou-
rageusement repoussé l'ennemi était de la famille
Schéab; pour aider leurs alliés, les Turks le firent
prendre en trahison dans une partie de chasse, et con-
duire prisonnier à Damas.
Profitantdu trouble dans lequel cette arrestation avait
jeté les chrétiens, les Druses, après avoir fait désarmer
par les Turks les habitants de Hasbaïa, se précipitèrent
sur Gizzin, puis sur Bkassin, et enfinsur Deïr-el-Kamar.
Dans toutes ces occasions ils furent battus et forcés à
demander la paix. Un traité solennel fut rédigé en pré-
sence des cheiks chrétiens et druses, du délégué du pa-
triarche, du consulanglais, Rose, et du mouchir ottoman,
Sélim. Les Maronitescroyaientqu'il n'y avait plus rien
175
à craindre, et cependant, un mois après, la ligue druse
tout entière se portait sur Deïr-el-Kamar, où se trouvait
Fémir Peschir-el-Kassim, tuant, brûlant, saccageant
tout ce qui se trouvait sur son passage. Les chrétiens ne
voulaient pas d'abord croire à cette nouvelle, tant elle
leur paraissait étrange mais en en voyant les tristes
preuves sous leurs yeux, ils se virent forcés de courir
aux armes. Cependant,ils écrivirent d'abord au moucbir,
pour l'engager à mettre lui-même un terme à cette
guerre, en supposant aux brigandagesdes Druses et en
lui déclarant que si la guerre existait, c'était contre leur
volonté. Le mouchir leur répondit en leur défendant de
combattre, et en leur promettant de faire lui-même la
paix. En même temps, sous prétexte de contenir les
Druses, il envoya des troupes turques dans la montagne,
pour empêcherles chrétiens du Djebaïl et du Kesroouâne,
qui s'étaient réunis, de courir au secours de leurs frères
il avait enfin compris que, pour détruire les chrétiens
des districts mixtes, il fallait couper les communications
entre eux et les districts purement chrétiens. Il fit donc
occupertous les passagespar les troupes ottomanes, avec
ordre de défendre aux Maronites de bouger et de leur
promettre de tout pacifier.
Pendant ce temps, les Maronites de Gizzin et des
villages environnants accouraient au secoursde Deïr-el-
Kamar, et mettaient les Druses en déroute. SélIm-Pacba
leur fit aussitôt défense sous peine de mort, de faire
désormaisla guerre; et pendant que les chrétiens se
voyaient forcés de rentrer chez eux parles troupes otto-
manes,les Druses incendiaient Sahrbin, en massacraient
tous les habitants, le livraient au pillage, faisaient subir
le même sort aux villagesd'alentour, brûlaient Bkassin
mettaient à feu et à sang la province de Gizzin tout
entière, détruisaient tous les villages colléges couvent&
et églisesde cette province, brisaient, volaient et profa-
naient les objets du culte, et j jusqu'aux vases sacrés, et
176
se jetaient de nouveau surDen'-el-Kamar etsurBahabda
mais là les chrétiens les battirent complètement. Alors
Sélim-Pacha vint de nouveau à leur aide, força les
chrétiens à se retirer, et leur donna le loisir de dévaster
toute la province de Berouth.
De là, les infidèles se portèrent sur Zahlé, mais les
chrétiens les mirent en fuite, et sans l'intervention du
mouchir ottoman et du consul anglais, qui vinrent
arrêter les chrétiens au milieu de leur victoire, la ligue
druse eût reçu dans la plaine de Bkâa un coup funeste.
Les troupes turques commencèrent alors à opérer le
désarmement de plusieurs villages chrétiens, et à aider
les Druses à piller et à brûler les villages maronites. Ce
fut alors que les chrétiens durent s'apercevoir que les
Anglais, les Turks et les infidèles étaient unis contre leur
religion et contre la France. Ils n'en refusèrent pas moins
le protectorat anglais qu'on ne cessait de leur offrir,
espérant que les Franks viendraient enfin à leur secours.
Cependant, ilsl'attendaient en vain; la mer ne se couvrait
pas de voiles libératrices, et pourtant les Druses s'empa-
raient des biens des chrétiens dans beaucoup de provinces,
volaient leurs contrats et tout ce qui leur appartenait,
et se moquaient de leur fol espoir dans le secours de la
France puis, accompagnés d'agents turks et anglais, ils
entraient àDeïr-el-Kamar, s~emparaientdeFémir Beschir-
el-Kassim, le dépouillaient de son nichan et de ses
vêtements, et l'amenaient nu à Berouth, en l'accablant
de mauvais traitements et d'injures, et là ils le jetaient
en prison.
Des ce moment, la dispersion et la misère des chrétiens
fut complète errants dans les déserts et dans les lieux
sauvages, n'ayant que la terre pour lit et le ciel pour
toit, pour nourriture que des herbes amères; beaucoup
d'entre eux moururent de faim, de froid' et de misère,
mais les Anglais purent commencer à reconstruire dans la
montagne leurs colléges protestants, et exercer de nou-
veau leur propagande.
177
Ce fut à cette époque que Mourad alors curé de la pa-
roisse de Livourne, fut envoyé à Constantinople pour
supplier les ambassadeurs des puissances chrétiennes d'a-
voir égard aux nombreuses requêtes que les Maronites
leur avaient déjà adressées pour les prier de leur porter
secours. Il fut suivi de près par quatre délégués de la
nation, qui venaient pour le même motif; mais ceux-ci
furent maltraités et forcés de s'enfuir, et Mourad lui-
même jugea prudent de se retirer à Rome. De là, il
écrivit à Paris, au gouvernement français, par rentre-
mise de M. de Latour-Maubourg, et S. S. le pape
Grégoire XVI écrivit en même temps au roi, pourl'
appeler sur la nation Maronite la protection de la France.
En 1843, Mourad se rendit lui-même à Paris, fut reçu
par le roi et par les ministres, et reçut des promesses
formelles de protection pour sa nation. Mais pendant ce
temps les Anglais, d'accord avec la Turquie, avaient
fait établir dans la montagne deuxkaïmakams l'un, Fé-
mir Haidar, que l'on avait exprès choisi d'une famille
sans force ni puissance, et d'origine druse commandait
à la partie du Liban qui, entièrement composée de chré-
tiens, avait eu peu à souffrir pendant la première guerre;
le second, Fémir A.hmed-Reslan, étendait sa domination
sur tous les districts mixtes c'est-à dtre qu'il gouvernait
précisément tous les chrétiens qui avaient été ruinés par
les infidèles; et l'émir Ahmed-Reslan est Druse
On peut aisément se faire une idée des résultats que
dut avoir pour les Maronites une semblable organisation,
véritable mesure dérisoire, par laquelle on semblait in-
sulter aux malheurs d'*unpeuple entier. En enet, il se
trouvait ainsi livré d'une manière plus complète que ja.-
mais aux mains de ses ennemis acharnés. Un événement
dont les suites sont, sans aucun doute, encore présentes
à l'esprit de nos lecteurs, vint augmenter l'audace des
Druses.
Le 27 juillet 1843, notre pavillon reçut une insulte
18
178
sanglante à Jérusalem. Cette insulte ëmut le ministère
français; des dépêchespleines de noblesse et de fermeté
furent adressées à notre ambassade à Constantinople,
pour exiger de- l'empire ottoman une réparation écla-
tante. L'on s~ëtaithâté de prendre les devants, et notre
pavillon fut salué-de vingt-uncoups de canon à Berouth,
mais il ne devait plus flotter au dessus de la cité sainte.
Dès lors, il sembla aux infidèlesque tout leur était per-
mis contre les chrétiens.
Il y avait près d'une année que ceux-ci vivaient mi-
sérables et fugitifs au milieu des déserts; les infidèles,
pour les rappeler, eurent recours aux Turks et aux An-
glais. L'on promit à Constantinopleque les Druses paie-
raient une indemnité; que les chrétiens jouiraient de
toute liberté, de toute sécurité que leurs biens leur se-
raient rendus, etc., etc. Ces paroles d'espérance, tom-
bant au milien de ces malheureux réduits au plus affreux
désespoir, et sanctionnéespar le nom de la France, qui
avait été partie aux arrangements pris à Constantinople,
contribuèrent à en ramener un grand nombre au sein de
leurs villages ruinés. Ils commençaientà peine à relever
leurs églises et leur demeures, que le gouverneur turk,
Â-ssàd-Pacha,leur annonça qu'avant tout, ils devaient
payer le tribut de troisannées. Beaucoup, pour satisfaire
1 cette inique exigence, furent forcés de vendre le peu
le terres et d'arbres qui leurs restaient les Druses ne
cessaient de les accabler de -mauvais traitements, de
circoncirede force leurs enfants, de forcer leurs femmes
à embrasser l'islamisme, et tout cela accompagné des
plus cruelles injures et des plus sanglantes moqueries
contre la religion et les souverains de la chrétienté.
Ces chosesse passaient à la fin de 1843 et au commence-
ment de 1844.
Alors les Maronitesenvoyèrentdes requêtes à tous les
rois chrétiens pour les supplier de venir à leur secourset
de les protéger d'une manière efficace. C'est à cette
179
époque que Mouradsuppliaitla France dene pas abandon-
ner son glorieux protectorat sur les Maronites,qui mou-
raient pour son nom et pour sa cause.
Au mois de mars 1844, les RR. PP. Jean Azar et
Boutrous Boustani allaient s'embarquer à Berouth,
par ordre du patriarche et de l'archevêque de Sa'ida,
pour aller recueillir en Europe des aumônes pour la
reconstruction des églises et des colléges détruits: les
cheiks chrétiens et les wékils des provinces saisirent
avec empressement cette occasion ponr les charger de
leurs pouvoirs, afin de traiter directement avec les sou-
verains de la chrétienté, et obtenir d'eux une protection
efficace. Ils connaissaientparfaitement le caractèreet la
capacité de Jean Azar, curé et directeur du collége de
Machmouchi et vicaire général du diocèse de Saida,
qu'ils avaient employé trois fois comme délégué dans
les traités de paix faits avec les Druses. Jean Azar avait
souffert cruellement de la persécution son'collége avait
été détruit, ses élèves avaient été tués ou dispersés, et
lui-même n'avait échappé que par miracle aux mains
des infidèles; il appartient à l'antique et illustre famille
des Caram ils n~hésitèrentpoint à l'investir de leur
confiance.Quant au P. Boutrous Boustani il était tombé
malade à Berouth mais comme chaque minute aggra-
vait la position des chrétiens, le.patriarche exigeaqu'A-
zar partit seul. Il se rendit directement à Rome, ou il
fut parfaitement accueilli par les cardinaux et par le
pape Grégoire XVI, qui lui promit décrire au roi des
Français, pour l'engager à prendre en sérieuse consi-
dération les affairesdes Maronites, et leur accorder aide
et protection. Après un séjour de quatre mois à Rome,
le P. Azar se rendit à Naples; là, il eut Foccasionde
parler au prince de Joinville, de -le prier d'obtenir pour
les Maronites la protection de la France ou tout au
moins de lui faire savoir clairement et nettement qu'il
ne pouvait pas compter sur elle. Le prince.lui répondit
–180–
qu'il en parlerait sérieusement au roi, son père. Après
une longue attente sans résultat, le P. Azar écrivit au
pape pour le supplier (Tintercéder près de la France en
faveur de sa nation. Le pape fit réponse qu'il avait écrit
au roi des Français une lettre daus laquelle il insistait
sur les secours et la protection à accorder aux chrétiens
du Liban.
Le P. Azar parla aussi au roi de Naples, qui s'inté-
ressa vivement aux malheurs de sa nation, et écrivit en
France et en Autriche des lettres fort pressantes à ce
sujet. Les deux puissances répondirent qu'elles vien-
draient au secours des chrétiens; mais elles ne firent
pas plus que par le passé. Une fois encore, le P. Azar
écrivit directement en France, par le moyen de son am-
bassadeur à Naples; mais il n'obtint pas de réponse.
L'ambassadeur de France à Constantinople vint à Paris
par Naples, et le P. Azar s'adressa à lui pour réclamer
sa protection celui-ci lui fit réponse que /M Maronites
?~e~6~ point sous la protection de la France. En
désespoir de cause, le P. Azar présenta une requête à
l'empereur de Russie lors de son passage à Naples,
et il lui fut répondu qu'elle avait été adresséeà l'ambas-
sadeur à Constantinople, mais que, dans tous les cas,
les Maronites étaient sous la protection de la j~r~ce
et que c'était à elle qu'il fallait s'adresser.
Pendant toutes ces démarches, restées totalement in-
fructueuses, malgré la justice de la cause et l'immi-
nence du danger, la Turquie, pour donner le change
aux ambassadeurs de Constantinople qui poursui-
vaient mollementcette affaire dans laquelle une parole
énergique, une seule parole eût sud, la Turquie rem-
plaçait l'avare Assad-Pacha par le fourbe et le cruel
Wegihi-Pacha qui était auparavant pacha d'Aleb. Sous
son gouvernement, la guerre recommença plus cruelle
que jamais, et SchéIdb-ESendi fut envoyé soi-disant
pour mettre la paix, mais en réalité pour compléter la
181
ruine des chrétiens. Dès qu'il apparut dans la montagne,
tout fut de nouveau mis à feu et à sang il commença
par couper les communications entre la partie chrétienne
et la partie mixte, et par enjoindre aux négociants eu-
ropéens de quitter la montagne. Alors les Druses se pré-
cipitèrent sur le Liban; les Turks vinrent en aide à leur
fureur, et, sous prétexte de désarmement, toutes les
horreurs possibles furent exercées contre les chrétiens
quelques établissements européens eux-mêmes eurent
beaucoup à souffrir ce fut alors que l'ambassadeur de
France qui, tant qu'on ne maltraitait, qu''on ne pillait,
qu'on n'incendiait, qu'on n'égorgeait que des Maronites,
s'était tenu sur l'arrière plan; ce fut alors, disons-nous,
qu'il protesta d'une manière énergique, et obtint du
divan une réparation immédiate mais les Maronites
n'en restèrent pas moins privés de toute protection,
livrés, sans armes, au peuple Druse, le plus stupidement
féroce du monde, et abandonnés à toutes les horribles