A partir des documents fournis opposez vos arguments face à l’affirmation proposée.
« Les guêpes, les moustiques, les mouches ne servent à rien ! S’ils n’étaient plus là on ne s’en porterait que
mieux ! »
Définir anthropocentrisme, biocentrisme, écocentrisme
- « Au nom d’une conception inspirée par l’écocentrisme et le biocentrisme, on propose d’éliminer la différence
ontologique* et axiologique* entre l’homme et les autres êtres vivants, considérant la biosphère comme une unité
biotique de valeur indifférenciée. » (Discours de Jean-Paul II au Congrès Environnement et Santé, 24 mars 1997)
*Ontologie : Domaine philosophique qui se concentre sur l'étude de l'être. Autrement dit, se pencher sur la nature réelle
de ce qui nous entoure et du sens de la vie.
*Axiologique : science des valeurs morales
– L’attribution d’une considération morale exclusive aux seuls êtres humains est qualifiée d’anthropocentrisme. Parce
que seuls certains êtres humains sont dotés de rationalité morale, les valeurs sont fondamentalement
anthropogéniques ; elles sont générées par des êtres humains.
– Différentes théories morales proposent d’inclure l’ensemble des êtres vivants dans la sphère des individus méritant
une considération morale directe. On parle alors de biocentrisme. Paul Taylor considère que tout être vivant est un
centre-téléologique-de-vie. Les organismes vivants ont leur finalité, ils possèdent un bien qui leur est propre,
l’accomplissement de leurs fonctions biologiques, qu’ils poursuivent par leurs propres moyens. Selon l’égalitarisme
biocentrique, tous les êtres vivants ont la même valeur, et cette valeur nous impose le respect.
Le biocentrisme, s’il remet en cause l’anthropocentrisme, reste cependant tributaire d’une approche individualiste de la
considérabilité morale. Or la protection de la biodiversité s’intéresse surtout à des entités supra-individuelles, comme
les espèces ou les écosystèmes.
- Les tenants de l’écocentrisme invitent à prendre en compte dans la délibération morale ces entités globales. Elles ont,
comme les êtres vivants, un bien propre qu’il est possible de promouvoir ou d’entraver par nos actions, et qui devrait
donc nous imposer certaines obligations morales. Dans le préambule de la Convention sur la diversité biologique, les
189 pays signataires se déclarent conscients de la « valeur intrinsèque » de la biodiversité. La diversité biologique a une
valeur intrinsèque, indépendamment de sa valeur instrumentale ou utilitaire.
(Philosophie de la biodiversité – petite éthique pour une nature en péril de Virginie Maris)
L’écocentrisme met l’accent sur l’interconnexion des formes de vie au sein d’un tout complexe et harmonieux. Poussant
cette logique à l’extrême, l’écologie profonde considère que les espèces et leurs habitats, en plus de leur valeur pour
l’homme et de leur valeur en tant qu’éléments essentiels d’un tout, ont une valeur dite « intrinsèque », c’est-à-dire
inhérente, par elles-mêmes et pour elles-mêmes.(L’écologie pour les nuls de Franck Courchamp)
Biodiversité, une éthique socio-environnementale
Francis Gaillard
Parmi les grands bouleversements que la crise environnementale suscite, l’attention portée à la biodiversité revêt un
intérêt particulier. En effet, c’est la question de la place que l’être humain laisse aux autres espèces qui est posée, et
finalement celle de la sienne propre dans les écosystèmes.
Les débats éthiques ont mis à jour diverses approches de la nature : anthropocentrée, biocentrée ou écocentrée ; des
valeurs éthiques, parfois contradictoires, qui ont souvent fonctionné en opposant les humains et les non humains, une
vision dichotomique, dualiste, dont il faut sortir pour intégrer la complexité de mondes en interaction, ce qui est le
contexte de la gestion de la crise environnementale.
L’éthique socio-environnementale devrait se situer dans cet interstice mouvant et ténu qui fait que humains et non
humains ont à se partager des espaces et que l’incidence des uns sur les autres représente un enjeu qui les dépasse
en partie, mais qui les concerne directement.
Les débats éthiques, que suppose une telle approche, portent sur ce qu’est la définition même de l’humain, et on l’a vu
de sa place dans l’écosystème et de la place qu’il laisse aux autres êtres vivants. C’est évidemment un peu vertigineux,
mais c’est ce qui devrait permettre de dépasser la controverse dualiste, humain contre nature ou nature contre humain.
La protection de l’environnement pose donc le problème de la place de l’humain. L’environnement est-il une ressource
pour l’humain ou bien l’humain est-il nuisible à l’environnement ? Pour simplifier à l’extrême, deux visions
caractérisent les fondements de l’éthique environnementale, basées sur deux systèmes de valeurs : biocentrisme et
anthropocentrisme. La polémique a fait rage entre les tenants de la Deep Ecology et ceux d’une écologie au service strict
des humains.
Pour dépasser ce débat, l’écocentrisme, une sorte de compromis entre les deux positions radicales, tente d’intégrer les
activités humaines dans l’environnement naturel, une sorte d’humanisme environnemental. Alliance du « je » et du
« nous », une éthique de la fragilité, écrit Corcuff (2002, p. 181), qui « relève tout à la fois d’une responsabilité morale
individualisée (mes simples actes individuels pèsent déjà dans la balance) et d’une responsabilité politique collective (les
choix collectifs ont des effets majeurs) ». […]
Les questions éthiques sont multiples, et parfois, la visée de protection, son efficacité, ses buts, sont dilués dans des
controverses interminables, des débats conceptuels. Faut-il préserver la nature, la sauvegarder, la restaurer, voire
l’incarcérer ? Au bout du compte, on pourrait commencer à douter que de tels dilemmes permettent d’améliorer la
situation sur le plan biologique.
PHILOSOPHIE DE LA BIODIVERSITÉ Petite éthique pour une nature en péril – PROLOGUE
Virginie Maris, philosophe et chercheuse au CNRS.
À CEUX QUI DEMANDENT « Pourquoi protéger la biodiversité ? », il faudrait répondre « Pourquoi la détruire ? ». Pour
plus de routes, de camions, de pollution atmosphérique ? Pour plus d’agriculture, de malbouffe, de gaspillage ? Pour
plus de progrès technique, d’aliénation, de risques ? Pour plus d’emplois, de précarité, de mal-être au travail ? Pour plus
de croissance économique, de compétitivité, d’inégalités sociales ?
Le principal défi ne devrait plus être de justifier la protection de la biodiversité, mais de la mettre en œuvre dans un
monde pluriel, où différentes conceptions de la nature et différents principes moraux peuvent coexister et s’enrichir
mutuellement.
Pour le mettre en évidence, la philosophie dispose de ressources encore trop peu sollicitées. Si l’on a pu croire qu’il
appartenait aux scientifiques de comprendre le problème et aux technocrates de le résoudre, force est de constater que
la crise de la biodiversité à laquelle nous assistons n’est pas simplement, et peut-être même pas principalement, un
problème écologique. Il s’agit d’un véritable défi philosophique. La protection de la biodiversité invite à se questionner
sur la nature, sa valeur et les conditions d’une action collective légitime à son endroit…
Comprendre la biodiversité : la biodiversité est la diversité du vivant. De cette définition, émergent de nombreux
problèmes : sur les niveaux d’organisation du vivant qu’il convient de considérer ; sur le concept d’espèce, si central à
l’idée que l’on peut se faire de la biodiversité, mais qui pourtant résiste à toute définition unifiée ; sur la prise en compte
de la dimension dynamique et temporelle des systèmes écologiques ; sur l’inclusion des sociétés humaines dans la
conception de la biodiversité.
Évaluer la biodiversité : la biodiversité est utile. Elle fournit aux êtres humains de nombreux biens, leur rend toutes
sortes de services. Comprendre l’étendue de notre dépendance vis-à-vis de la biodiversité est une première motivation
pour vouloir la protéger. La question se pose alors de savoir si ces bénéfices peuvent être quantifiés, comparés, s’ils ont
un prix ou sont susceptibles d’en recevoir un, ou s’ils sont au contraire irréductiblement incommensurables.
Respecter la biodiversité : la biodiversité ne sert pas qu’aux humains. Pour fonder la protection de la biodiversité,
il faut s’interroger sur les principes moraux qui nous y invitent, envisager notre responsabilité envers les autres êtres
humains, présents et à venir, mais peut-être aussi envers des entités non humaines : les animaux, les êtres vivants, les
espèces, ou même la communauté biotique dans son ensemble