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Micro-irrigation au Maroc : enjeux et contradictions

Depuis une dizaine d'années, le Maroc a engagé un plan ambitieux d'investissements dans le domaine de l'agriculture. Dans un contexte où le potentiel de mobilisation de ressources supplémentaires est marginal et où le déstockage annuel des nappes est de l'ordre d'un milliard de m3, l'expansion et l'intensification de la production agricole irriguée sont officiellement compensées par des actions d'économie de l'eau. Cet article remet en cause la réalité de ces économies tant au niveau de la parcelle qu'à celui du bassin, met en exergue les contradictions entre politiques sectorielles de l'eau et de l'agriculture, et souligne que les gains de productivité actuels doivent être évalués en regard d'un déstockage accru des ressources souterraines et d'une plus grande vulnérabilité à la sécheresse.

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Micro-irrigation au Maroc : enjeux et contradictions

Depuis une dizaine d'années, le Maroc a engagé un plan ambitieux d'investissements dans le domaine de l'agriculture. Dans un contexte où le potentiel de mobilisation de ressources supplémentaires est marginal et où le déstockage annuel des nappes est de l'ordre d'un milliard de m3, l'expansion et l'intensification de la production agricole irriguée sont officiellement compensées par des actions d'économie de l'eau. Cet article remet en cause la réalité de ces économies tant au niveau de la parcelle qu'à celui du bassin, met en exergue les contradictions entre politiques sectorielles de l'eau et de l'agriculture, et souligne que les gains de productivité actuels doivent être évalués en regard d'un déstockage accru des ressources souterraines et d'une plus grande vulnérabilité à la sécheresse.

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Alternatives Rurales

Alternatives Rurales(5)
[Link]- Octobre 2017

La micro-irrigation et les ressources en eau au Maroc :


un coûteux malentendu

François Molle 1, Oumaima Tanouti 2


1
Directeur de recherche, G-EAU, IRD,
Univ Montpellier, Montpellier, France.
2
Doctorante à l'Université de Nanterre
Paris X, UMR-G-Eau, Montpellier.

Contact : [Link]@[Link]

Résumé

Depuis une dizaine d'années, le Maroc a engagé un plan ambitieux d'investissements dans le domaine
de l'agriculture. Dans un contexte où le potentiel de mobilisation de ressources supplémentaires est
marginal et où le déstockage annuel des nappes est de l'ordre d'un milliard de m3, l'expansion et
l'intensification de la production agricole irriguée sont officiellement compensées par des actions
d'économie de l'eau. Cet article remet en cause la réalité de ces économies tant au niveau de la
parcelle qu'à celui du bassin, met en exergue les contradictions entre politiques sectorielles de l'eau et
de l'agriculture, et souligne que les gains de productivité actuels doivent être évalués en regard d'un
déstockage accru des ressources souterraines et d'une plus grande vulnérabilité à la sécheresse.
Mots clés : micro-irrigation, goutte-à-goutte, intensification, intégration sectorielle

Introduction affiche une superficie cultivée de l'ordre de


8,6 millions d'hectares, dont 1,46 millions
(17%) sont irrigués de manière pérenne.1
L'économie marocaine est dominée par le Cette superficie comprend en particulier 683
secteur des services, avec une part de 55% du 000 ha dans le secteur de la grande
Produit National Brut en 2011, contre 30 % hydraulique, répartis entre neuf Offices de
pour l'industrie et 15 % pour l'agriculture. Mise en Valeur Agricole, et 441 430 ha
Toutefois, l'importance du secteur agricole est d’irrigation « privée », basée le plus souvent
sans doute mieux illustrée par le fait qu'il sur l'utilisation des eaux souterraines (Conseil
emploie de 39 à 44 % de la population active Economique, Social et Environnemental,
du pays selon les sources (Nations unies, 2014).
2014 ; Haut-Commissariat au Plan, 2015). La Mettant fin à plus d'une décennie de sous-
place capitale de ce secteur pour l'emploi lui investissement dans l'agriculture, le Plan
confère donc un rôle essentiel dans un Maroc Vert (PMV) a, dès 2008, annoncé des
contexte de crise économique larvée et de
période post-printemps arabe. Le Maroc
1
[Link]

1
Alternatives Rurales

objectifs ambitieux : une contribution au exclusivement axées sur la productivité et ce


Produit National Brut de 274 milliards de qui devrait être une gestion durable et
dirhams, la création de 1,15 millions d'emplois prudente de la ressource en eau.
d'ici à 2020 et le triplement des revenus de
3 millions de personnes en milieu rural. Ces
objectifs sont liés à une intensification mais Les effets de la micro-
aussi à une expansion de l'agriculture irriguée irrigation
au Maroc. Mais pour réaliser de tels objectifs,
il convient de mobiliser des ressources en eau
supplémentaires dans un contexte où ces Au Maroc, et de manière plus générale, au
ressources sont déjà surexploitées, dans de niveau mondial, l'impact de l'introduction de
nombreux bassins et au niveau de tous les la micro irrigation sur le bilan hydrique, à la
aquifères du pays. Le PMV a donc absorbé en fois à l’échelle de la parcelle et au niveau du
2008 le Plan national d'économie d'eau en système ou du bassin, fait l'objet de
irrigation (PNEEI), lancé en 2007 dans la recherches largement concordantes qui
continuité du Programme national de remettent en question l'image simpliste d'une
subvention à l'irrigation localisée de 2002 technologie qui permet des économies d'eau.
dont l'objectif initial était la reconversion à la Cette section analyse successivement les
micro irrigation de 114 000 ha. Les objectifs différents effets induits par une conversion au
sont revus à la hausse et considèrent dès lors goutte-à-goutte, en faisant le point sur la
la reconversion de 550 000 ha sur 15 ans, à un littérature disponible concernant le Maroc et
coût de 37 milliards de dirhams. Alors que en la confrontant à l'expérience
dans les années 1990, le taux de subvention à internationale.
la micro-irrigation du Fonds de
Développement Agricole était de l'ordre de Effets au niveau de la parcelle et de
17%, ce taux est passé à 30%-40% en 2002, l'exploitation
puis à 60% en 2006 à l'occasion de la création
des guichets uniques au sein des ORMVA et Volumes appliqués à la parcelle
DPA avant qu’en 2008, le PMV ne le porte à Les retours d'eau par drainage superficiel ou
80% pour les exploitations de plus de 5 ha, et infiltration à travers le profil du sol sont en
à 100% (avec un plafond) pour les règle générale largement réduits par
exploitations de moins de 5 ha, faisant partie l'introduction de la micro irrigation. Les
de la GH, ou s'inscrivant dans un projet expérimentations de la FAO (2012) dans les
d'agrégation. Doukkala ont, par exemple, montré que les
Cet article ne se penche pas sur la agriculteurs adoptant le goutte-à-goutte
performance technique ou financière du PMV diminuaient les apports à la parcelle de 14% à
en général, ni sur l'intensification agricole en 50% (selon les cultures pratiquées). Mais des
particulier. Il tente d'analyser dans quelle études plus détaillées dans la plaine du Saïss
mesure la modernisation enclenchée dans le et d'autres régions ont montré que la sur-
secteur agricole est compatible avec les irrigation était fréquente, avec des efficiences
ressources en eau du Maroc et examine en d'irrigation à la parcelle entre 25% et 90%
particulier l'impact du goutte-à-goutte sur les (Benouniche et al. 2014b). En l'absence de
bilans hydriques à différentes échelles. Il contraintes sur la ressource, les agriculteurs
identifie une contradiction de fond et une préfèrent apporter un excès d'eau afin
incohérence entre des politiques agricoles d'éviter tout stress et pertes de rendement

2
Alternatives Rurales

potentielles (ibid.). Des variations du même maîtrise de la fertigation. Certes, en théorie, la


ordre ont été trouvées au niveau de maîtrise technique peut être améliorée par le
l'irrigation privée dans la région de Berrechid conseil agricole, mais en pratique cela reste le
(46% à 78%), du Gharb (48% à 88%) et la plus souvent un vœu pieux. Les exploitations
Chaouia côtière (38% à 89%), par différentes d'agriculture commerciale, qui constituent
études citées par Benouniche et al. (2014b). sans doute une majorité des superficies en
irrigation localisée, ont une conduite de
Les agriculteurs adoptent en général la micro-
l'irrigation localisée plus proche du
irrigation comme élément d'un « package »
fonctionnement théorique.
d'intensification quand ils ont accès à une
ressource fiable (le plus souvent les eaux Consommation en eau réelle
souterraines) et pour son impact sur la
La consommation en eau au niveau de la
productivité et ses économies en main
parcelle est décrite par le terme
d'œuvre. Benouniche et al. (2014a) ont
d'évapotranspiration (ET), qui indique que
également montré que les agriculteurs
l'eau est consommée par l'évaporation du sol
peuvent également adopter l’irrigation par
(E) et la transpiration des plantes
goutte-à-goutte comme un moyen d’améliorer
(T)(principalement des plantes cultivées mais
leur statut social. Il n’y a en fait "aucune
aussi des adventices).
pression sociale pour irriguer avec soin, pour
économiser l’eau ; seul l’État relie On pense souvent que l’évaporation du sol et
explicitement l’utilisation du goutte-à-goutte la transpiration des adventices sont réduites
aux économies d'eau". Fofack et al. (2015) par le fait que le goutte-à-goutte apporte l'eau
confirment que "l’acquisition d’un puits ou de manière très localisée et réduit donc de
d’un forage est devenue un facteur de manière très substantielle la zone du sol
reconnaissance sociale par les autres humide sujette à l'évaporation. On oublie
membres du douar, un signe d’indépendance cependant que cette réalité est compensée
et d’autonomie". par le fait que 1) le système racinaire des
oliviers traditionnels est très étendu,
Sraïri (2015) considère que les taux de
latéralement et verticalement (et donc
subvention à la micro irrigation très élevés (de
récupère une grande partie des eaux infiltrées
80% à 100%) ont accéléré l'adoption de cette
dans le profil du sol); et 2) que l'irrigation
technologie mais pas sa maîtrise technique.
gravitaire est menée avec une fréquence très
Dans les Doukkala, la FAO (2012) a observé
inférieure à celle de la micro irrigation.
que des agriculteurs habitués à l'irrigation
gravitaire irriguaient en goutte-à-goutte Dans les périmètres de grande hydraulique au
jusqu'à ce que l'eau s'accumule de manière Maroc, par exemple, des oliviers pourront
visible dans les cuvettes autour des arbres. De ainsi être irrigués en gravitaire une ou deux
nombreux problèmes de filtration et de fois par mois alors qu'en goutte-à-goutte la
bouchage des goutteurs ont également été fréquence sera beaucoup plus élevée (tous les
observés (FAO, 2001). Une évaluation de deux ou trois jours par exemple). En d'autres
projet menée par la Banque mondiale (World termes, avec le goutte-à-goutte, la superficie
Bank, 2009) reconnaît que la technologie est sujette à l’évapotranspiration est beaucoup
fréquemment mal mise en œuvre en ce qui plus faible, mais celle-ci est humide pendant
concerne sa dimension technique, en beaucoup plus de temps. Ces deux
particulier le nettoyage des goutteurs, le phénomènes se compensent dans des
changement des lignes de distribution, ou la proportions qui dépendent de paramètres

3
Alternatives Rurales

comme la texture du sol, la couverture du sol ont trouvé que pour la viticulture et
par les cultures en place, et la densité des l'arboriculture, cultures assez espacées pour
goutteurs.2 lesquelles on pourrait s'attendre à une
réduction significative du terme (E), la
Même dans les cas où l’évaporation du sol (E)
réduction de l'évapotranspiration n'était que
se trouve diminuée, ce gain se trouve en
de 6% en moyenne (Thorenson et al., 2013),
réalité souvent compensé par une
une économie non négligeable.
augmentation de la transpiration (T): en effet,
la transpiration de la plante, dont dépend de Dans tous les cas, selon les types de sols, de
manière directe le rendement de la culture, culture et de conduite de l'irrigation, les
augmente généralement du fait d'une variations d'ET ne dépassent pas 10 à 15%,
meilleure alimentation de la plante (plus dans un sens ou dans l'autre. On peut donc
fréquente) qui évite les périodes de déficit et retenir qu'en ordre de grandeur, l’ET est en
de stress plus courantes en irrigation moyenne très peu affectée par le changement
gravitaire. Une mesure fine des différents de techniques d'irrigation (une « hypothèse de
termes du bilan et de la valeur globale de l'ET, neutralité » également retenue par Perry et
qui vont varier chaque année en fonction des Steduto, 2017, après avoir examiné la
conditions climatiques, est très difficile à littérature mondiale à ce sujet) : c'est la
mettre en place. distribution entre E (diminuée) et T (accrue)
qui est modifiée, l'hypothèse de
Ces difficultés ont pu être contournées en
l'augmentation de T étant fortement
utilisant des bilans énergétiques faits à partir
corroborée par les augmentations
d'images satellites, en comparant des champs
substantielles, voire spectaculaires, de
d'une même culture irrigués par gravitaire ou
rendement qui sont rapportées.
en goutte-à-goutte. Une étude menée dans le
Tadla, par exemple, a comparé 12 parcelles Changements de culture induits
d'agrumes (cinq irriguées par gravité et sept
La discussion ci-dessus considérait un
en goutte-à-goutte) et n'a trouvé des
changement de technologie sans changement
différences d'évapotranspiration (c'est-à-dire
de culture. En pratique, le passage au goutte-
de consommation en eau) que de 1%
à-goutte s'accompagne très souvent d'une
(Riverside, 2010).
intensification ou d'un changement complet
Une étude similaire menée dans l'État du New d'assolement. On observe souvent que les
Mexico aux Etats-Unis, a trouvé des agriculteurs introduisent une rangée
consommations en eau (ET) dans les champs supplémentaire d'arbres entre les lignes de
irrigués en goutte-à-goutte supérieures de 8% leurs vergers, irriguent des cultures
à 16% à celles trouvées pour des champs intercalaires, voire arrachent leurs arbres pour
irrigués en gravitaire, selon le type de culture planter de nouvelles variétés avec des
(Intera, 2013). En Californie, on a également densités bien plus élevées. Dans le Souss, par
trouvé que des champs d'amandiers irrigués exemple, on a pu observer que la densité des
en goutte-à-goutte présentaient des plantations de clémentine était passée de 200
consommations en eau supérieures de 10 à à 500, voire 800 arbres par hectare (BRLi et
15% par rapport aux champs irrigués par Agroconcept, 2013). Ces ajustements
d'autres méthodes (Burt et al., 2001). D'autres permettent une bien meilleure productivité

2
Pour plus de détails, voir Burt et al. (2001) et
Perry et al. (2009).

4
Alternatives Rurales

mais s'accompagnent évidemment d'une plus Expansion des superficies irriguées


grande consommation d'eau à l'hectare.3 Un autre effet induit par le passage au goutte-
De même, le passage au goutte-à-goutte est le à-goutte est la possibilité pour certains
plus souvent associé à une reconversion au agriculteurs, notamment ceux dont la capacité
maraichage ou à l'arboriculture, avec en de mobilisation en eau est définie par la
général des besoins en eau croissants. L'étude capacité de leurs puits ou forages, de profiter
de la FAO (2012) dans les Doukkala, qui a de la réduction des doses apportées à
identifié une réduction des apports à la l'hectare pour utiliser le volume ainsi dégagé
parcelle, a également constaté que les pour augmenter les superficies irriguées. Ce
consommations par hectare au niveau de phénomène très général a été observé dans
l'exploitation peuvent augmenter de 20 % à des pays comme l'Espagne, la Jordanie, la
cause d'un changement d'assolement. Kuper Tunisie, l'Inde, le Pakistan, Israël, la Chine ou
et al. (2012) ont également montré que dans les États-Unis (voir Molle, 2017, pour des
le Tadla, l'utilisation des eaux souterraines références précises).
avait ouvert la voie à l'utilisation du goutte-à- Au Maroc, Tanouti et Molle (2013) ont
goutte ainsi qu'à une intensification et observé certains cas dans le Haouz (voir Figure
diversification des cultures. Le même 1), tandis que Jobbins et al. (2015) en font état
phénomène a été observé dans le Saïss (Kuper à Chichaoua et dans le Souss-Massa, et BRLi et
et al., 2017) (Voir également la Figure 1 pour Agroconcept (2013) dans le Souss. À
une illustration du phénomène dans le l'exception d'une étude sur une zone de
Haouz). L'ampleur de l'expansion de 4 000 ha dans le Saïss (Kuper et al., 2017), et
l'arboriculture associée au passage au goutte- d'une autre par van der Kooij et al. (2015),
à-goutte est bien illustrée dans le cas du montrant en particulier une expansion dans
Gharb, pour lequel on planifie une réduction des zones pluviales, ce phénomène n'a pas été
de 127 000 ha de la superficie cultivée en étudié de manière systématique. Nous
céréales au profit de l'olivier intensif, des pouvons néanmoins, à partir de ces
agrumes et autres arbres fruitiers, du fourrage différentes observations, faire l'hypothèse
et de la betterave à sucre : des cultures aux qu'il s'agit d'un phénomène assez fréquent
besoins en eau plus importants (Agence de dans l'ensemble du Maroc.
bassin hydraulique du Sébou, 2011).4
En résumé, les processus d'intensification au
niveau de la parcelle, les changements
d'assolement induits, et les phénomènes
3
Selon le Ministère de l’agriculture, l’objectif de d'expansion des superficies irriguées associés
reconversion des systèmes d’irrigation est fixé à à la reconversion de l'irrigation traditionnelle
550 000 ha. Par rapport à cet objectif, en 2014 en goutte-à-goutte vont tous dans le sens
déjà, 400 000 ha sont déjà reconvertis contre d'une augmentation des quantités d'eau
150 000 ha en 2008. Alors que le PIB agricole
moyen a dépassé les 100 milliards DH/an contre consommée par l'irrigation.
une moyenne de 75 milliards DH/an avant 2008
(MAPM, 2014). Effets au niveau des bassins
4
Ces changements de densité culturale et versants et des aquifères
d'assolement induits par le goutte-à-goutte ont
également été observés dans de nombreux Il convient maintenant de se pencher sur la
systèmes irrigués espagnols. Voir par exemple réalité des économies en eau au niveau des
González-Cebollada (2015), Sese-Minguez et al.
(2017), Berbel et al. (2014). bassins et des aquifères. Au Maroc, les

5
Alternatives Rurales

grandes plaines irriguées sont en général les Social et Environnemental). Cette baisse des
zones les plus déficitaires (à part le Gharb et nappes est antérieure au développement du
les bassins du nord). Qu'elles aient fait l'objet goutte-à-goutte mais devrait être aggravée
d'aménagements de grande hydraulique, qui par celui-ci.
ne peuvent maintenant fournir en moyenne
Le PNEEI vise une "économie globale de
que 60 % des besoins en eau (El Gueddari et
l’ordre de 826 Mm3/an" (MAPM, 2007a) et
Arrifi, 2009), ou qu'elles soient directement
distingue la grande hydraulique basée sur la
exploitées à travers des puits et forages, ces
mobilisation d'eaux superficielles de
plaines montrent actuellement toutes des
l'irrigation privée qui dépend principalement
bilans déficitaires: il s'agit en particulier de la
des eaux souterraines et des puits et forages
plaine du Saïss, du Tadla, du Haouz, du Souss-
individuels. En grande hydraulique, les
Massa et du Draa, sans compter les petites
objectifs du PNEEI sont une amélioration de
nappes côtières. Le niveau d'eau dans ces
l’efficience d’irrigation à la parcelle de 40% et
nappes est un excellent indicateur de la
une diminution de 30% des apports d’eau
surexploitation des ressources en eau. Alors
dans les zones qui seront converties à
que les bassins correspondants sont exploités
l'irrigation localisée collective (soit environ
à 90%5 (FAO, 2014), toute augmentation
220 000 ha). Les économies d'eau escomptées
d'évapotranspiration se traduit en grande
dans les zones de grande hydraulique sont
partie par un déstockage équivalent des
estimées à 514 Mm3/an. Les études
nappes.
techniques reconnaissent toutefois que ces
Or, au niveau du Maroc et de l'aveu même de zones sont déficitaires et le resteront et que
la Ministre chargée de l'eau, le déstockage "l’économie d’eau ne permettra pas par
global est de l'ordre d'un milliard de mètres conséquent de dégager un excédent, mais
cubes par an ([Link], 2014), un qu'on aura par contre un usage plus productif
déstockage très probablement sous-estimé si des 514 Mm3/an qui étaient perdus".
l'on s'en tient à l'absence d'actualisation des
L'hypothèse faite est que la part des apports
chiffres sur l'irrigation privée. Bien que
en eaux superficielles qui retournaient au
l'imprécision de nombreux termes du bilan
cycle hydrologique à travers les infiltrations
hydrique ne permette pas des calculs très
étaient des « pertes ». En réalité, dans la
précis, Tanouti et Molle (2016) ont montré,
plupart des zones de grande hydraulique
par exemple, que le déstockage de la nappe
concernées, ces pertes par infiltrations sont
du Haouz dépasse probablement le double de
entièrement réutilisées par les agriculteurs (et
la valeur officiellement annoncée, soit 105
même au-delà, comme l'indique la baisse des
millions de mètres cubes par an (Mm3/an). Les
nappes). La situation est illustrée dans le
prélèvements diffus par les puits et forages
graphique simplifié ci-dessous (Figure 2). La
privés sont extrêmement difficiles à estimer et
figure de gauche représente le cas général de
peu d'efforts sont faits dans ce sens : il est
la grande hydraulique, où 50 unités d'eau sont
frappant de voir que cette irrigation privée
amenées par le canal et 50 autres par les puits
était estimée à 441 430 ha en 2004
et forages6. La moitié de ces apports est
(Oubalkace, 2007), et que cette valeur est
encore utilisée de nos jours (par exemple dans
6
le rapport de 2014 du Conseil Economique, Le raisonnement n'est pas affecté si l'on change
ces pourcentages ainsi que les taux d'infiltration
correspondants. On peut aussi faire figurer des
5
A part le bassin du Sébou, dans lequel se trouve la pertes par colature mais il est rare que celles-ci ne
plaine du Saïss. soient pas ré-infiltrées ou réutilisées à l'aval.

6
Alternatives Rurales

transformée en évapotranspiration et l'autre unités dans l'illustration ci-dessous, dont la


moitié retourne à la nappe par infiltration. Le moitié retourne à la nappe. Les apports ainsi
bilan de la nappe est nul (toutes les pertes par que l'évapotranspiration demeurent
infiltrations ont été réutilisées et transformées inchangés et le bilan de la nappe reste nul. Il
en évapotranspiration). Si l'on passe au n'y a eu aucune économie d'eau au niveau du
goutte-à-goutte (figure de droite), dans système, dans le sens où la consommation
l'hypothèse optimiste selon laquelle réelle, c'est-à-dire l'évapotranspiration, n'a
l'évapotranspiration n'est pas augmentée, les pas changé. Au niveau du système irrigué ou
50 unités d'eau du système collectif sont de la nappe, il n'y a donc aucune économie.
maintenant apportées par un système de
Notons que si l'on fait l'hypothèse (confortée
goutte-à-goutte qui ne produit que 10 unités
par les augmentations de rendements
de retour à la nappe. L'agriculteur a donc
observées) que l'évapotranspiration augmente
moins besoin de pomper dans la nappe (ce qui
(disons de 50 à 60), alors le bilan général est
est bénéfique en termes de réduction des
maintenant -10, ce qui se traduit par un
coûts de pompage, voire de qualité d'eau
déstockage accru.
quand l'eau de la nappe est salinisée), soit 20

Oliviers (culture traditionnelle)

Arrosages Reconversion
excessifs en vergers
intensifs

Expansion Densification,
latérale avec rangée
d’arbres
intercalée

Figure 1. Changements induits par la microirrigation dans le Haouz (Tanouti et al., 2016)

7
Alternatives Rurales

ET 50 ET 50

50
50 20
50

30 20 10 10

Irrigation gravitaire Micro-irrigation


(bilan: 0) (bilan: 0)
Figure 2. Bilan à la parcelle après passage du gravitaire au goutte-à-goutte

Il existe deux situations où le changement est niveau des exploitations à convertir à


clairement bénéfique en termes de bilan de la l'irrigation localisée au titre du PNEEI, qui
ressource: la première est illustrée par les rappelons le, sont irriguées essentiellement
Doukkala, où il est très bénéfique de réduire, par les eaux souterraines, est estimée à
par un passage au goutte-à-goutte, les 312 Mm3/an à partir du volume moyen tiré
infiltrations qui sont effectivement des nappes par ce type d’irrigation" (MAPM,
partiellement des pertes (une partie assurant 2007a). Mais là aussi, les économies d'eau
le lessivage des sels) dans la mesure où la escomptées résultent d'une focalisation sur le
dégradation de la qualité de l'eau ne permet l'efficience à la parcelle uniquement, au lieu
pas de les réutiliser par pompage. de considérer l'ensemble de la nappe.
La seconde situation est celle d'agriculteurs en La Figure 3 ci-dessous illustre un cas moyen
grande hydraulique et n'ayant pas de puits. hypothétique similaire au précédent. L'image
Ceux-ci dépendent d'apports insuffisants et de gauche montre un verger irrigué par
incertains et sont donc en général confinés à gravitaire à partir d'un puits, avec 100 unités
une agriculture très extensive, le plus souvent d'eau dont 50 sont transformées en
à base d'oliviers et de blé. Ils pratiquent évapotranspiration, et 50 retournent à la
souvent une irrigation déficitaire (c’est-à-dire nappe par infiltration. Le système de goutte-à-
que l’irrigation ne comble que partiellement goutte individuel (image de droite) permet de
les besoins en eau des cultures) et le passage réduire les apports à 70 unités, ainsi que les
au goutte-à-goutte collectif, à dotation égale, infiltrations à 20 unités, tandis que les arbres
leur permettra de transformer en transforment 50 unités en évapotranspiration
évapotranspiration une plus large fraction de (à densité de plantation et âge constants). Le
leur dotation. Pour ces agriculteurs, les pertes bilan de la nappe est toujours stable à -50. Là
par infiltration sont vraiment des pertes, mais aussi, il n'y a eu aucune économie au niveau
elles sont également la ressource de ceux qui du système. Comme nous l'avons noté
possèdent des puits et forages, et qui vont précédemment, on peut ajouter que la
donc subir une perte équivalente. tentation sera grande pour le paysan d'utiliser
les 30 unités restantes, que la capacité de son
En ce qui concerne les zones d'irrigation
puits lui permet de produire, pour étendre sa
privée, "l’économie d’eau qui sera permise au

8
Alternatives Rurales

superficie irriguée, augmentant de ce fait son répercute de manière intégrale sur le


revenu mais aussi sa consommation en eau. déstockage (accru) de la nappe.
Cette augmentation de la consommation se

ET 50 ET 50

100
70

20
50
Irrigation gravitaire Micro-irrigation
(bilan: -50) (bilan: -50)
Figure 3. Bilan à la parcelle après passage au goutte-à-goutte (irrigation à partir de la nappe)

Tous les bassins hydrographiques au sud du On se rapproche donc de l'arithmétique (sans


Sebou sont en situation de « fermeture »7 pitié) des jeux à « somme nulle » où
c'est-à-dire que leurs écoulements à l'augmentation de l'évapotranspiration dans
l'exutoire sont de l'ordre de 5 à 10 % des une zone donnée (soit par intensification soit
écoulements dans le bassin (et ces par expansion des zones irriguées) ne peut se
écoulements sont soit incontrôlables soit de faire qu'au détriment, et dans les mêmes
très mauvaise qualité). On peut certes proportions, d'une autre zone. C'est par
augmenter l'offre par la désalinisation en exemple le cas de nouvelles superficies
traitant les eaux usées (mais on s'aperçoit irriguées à partir de forages qui rabaissent la
souvent que ces eaux sont déjà en fait nappe et assèchent les sources et les puits
utilisées à l'état brut et que l'on ne fait que moins profonds à proximité, impactant ceux
les réallouer; voir Tanouti et Molle, 2013 qui les utilisent (Haouz). Dans d'autres cas,
pour le cas de Marrakech). Ceci signifie que comme celui du Tadla ou du Saïss, on peut
l'essentiel de la ressource en eau est avoir plusieurs nappes (qui communiquent ou
consommé par évapotranspiration. Une pas), mais là encore elles sont en général
partie de cette évapotranspiration peut avoir également surexploitées et l'arithmétique
une valorisation économique faible ou nulle prévaut.
(par exemple, l’évapotranspiration dans des
Ce phénomène, d'une grande ampleur au
sebkhas) et là aussi des gains sont possibles.
Maroc, est souvent mal compris. Doukkali
Mais dans le cas du Maroc, ceux-ci sont
(2005) considère "que l'expansion de
minimes car la capacité de dérivation des
l'irrigation privée à base d'eau souterraine a
eaux superficielles et de prélèvements des
réduit [au niveau du pays] la superficie
eaux souterraines est extrêmement élevée.
irriguée par les systèmes de petite et
7
Sur le concept de fermeture de bassin (« basin moyenne hydraulique d'environ 150 000 à
closure » en anglais), voir Molden et al. (2001), 200 000 hectares", les gains de cette
Molle (2008), Molle et al. (2010).

9
Alternatives Rurales

première dépassant même les pertes dans puis le périmètre irrigué. L’échelle d’espace
cette dernière. Cette situation générale est est importante car l’eau peut être considérée
bien illustrée par le cas de la plaine du Saïss. comme perdue à certaines échelles, mais
Dans les années 1970, les agriculteurs cette même eau ne le sera plus quand on
irriguaient 37 000 ha à partir d'une centaine passe à une échelle plus large. Ainsi, l’eau
de sources et de petits oueds. Il y a perdue à l’échelle d’une exploitation agricole
maintenant au moins 10 000 forages dans la n’est pas toujours une perte si on raisonne à
plaine et la plupart des sources ont vu leur l’échelle du bassin hydraulique. Ne doit être
débit se réduire de manière dramatique8, considérée comme une vraie perte d’eau, que
tandis que l'oued Fès est le plus souvent à celle qui est perdue sous l’effet de
sec. Au total, on irrigue maintenant environ l’évapotranspiration directe ou de la
50 000 ha (seulement) et ceci n'est possible transpiration par des mauvaises herbes et
qu'au prix d'un déstockage de l'aquifère autres phréatophytes, ou celle dont la qualité
d'environ 100 Mm3/an (Bouignane et est trop dégradée pour être réutilisée sans
Serrhini, 2015). Cette réallocation spatiale (et engendrer de coûts exorbitants.
sociale) de l'eau est typique des phénomènes
Cette clarification étant faite, le reste du
de fermeture de bassin par augmentation et
document est articulé autour de l'affirmation
compétition entre usages. L'irrigation
centrale que "c’est d’abord au niveau de la
localisée ne fait que l'accentuer par
parcelle que les économies d’eau doivent
augmentation de l'évapotranspiration.
être le plus recherchées, car c’est à ce niveau
que le gisement (aussi bien en termes de
volumes que de coût-efficacité) se trouve".
Le goutte-à-goutte et les
Une affirmation en parfaite contradiction
économies d'eau en débat avec le paragraphe ci-dessus, si l'on considère
la discussion présentée plus haut sur le bilan
de la nappe.
L'importance de ne pas confondre l'échelle
du système de distribution de la parcelle avec La possibilité pour les agriculteurs de
celle du périmètre irrigué ou du bassin réutiliser des économies faites sur les apports
hydraulique est clairement identifiée dans le bruts n'est pas abordée dans le rapport
document principal de 70 pages du PNEEI principal mais est évoquée dans une note de
(MAPM, 2007a). On y trouve en effet le synthèse: "Dans le domaine technique, les
paragraphe suivant : risques encourus concerneraient l’extension
des superficies irriguées, l’accroissement de
Quand on raisonne les pertes d’eau dans un
la consommation globale d’eau à l’échelle des
système, il faut d’abord se préoccuper de
exploitations, suite à une intensification trop
l’échelle d’espace dont on parle : on peut
poussée, ou encore une mise en valeur de la
ainsi, dans le cas de l’irrigation,
part des agriculteurs inférieure aux attentes"
successivement passer de la plante jusqu’au
(MAPM, 2007b).
bassin hydraulique en passant par le champ,
l’exploitation agricole, le secteur d’irrigation Les différentes études d'impact menées par
la FAO (2009, 2014) identifient ces risques en
8
Bouyarmane (2012), par exemple, a étudié la passant, et reconnaissent que "l’économie
source de Ben Kazza dans la plaine du Saïss, dont d’eau engendrée par l’irrigation localisée doit
le débit a été divisé par quatre depuis 1960, être nuancée par l’impact de la réduction de
poussant les agriculteurs à recourir aux eaux
souterraines.
l’alimentation des nappes par infiltration des

10
Alternatives Rurales

eaux d’irrigation", en d'autres termes que le ajoutée, d’emplois..) par m3 d’eau" (Belghiti,
bilan de la nappe phréatique n'est pas affecté 2009); ou qu' "en agriculture irriguée, et
par le changement de technologie (comme contrairement à ce que l’on pourrait penser,
démontré plus haut). Réduire le déstockage une gestion économe de l’eau ne vise pas une
de la nappe ne peut se faire que par "une réduction de la consommation d’eau en soi
utilisation restreinte des points d’eau situés mais plutôt une meilleure valorisation de
dans les périmètres intéressés par le projet", l’usage de l’eau" (El Alaoui 2006), déplaçant
ce qui n'est plus du ressort de la technologie avec raison les objectifs de modernisation
mais de différentes mesures également vers le terrain de la productivité plutôt que
évoquées dans le document du PNEEI celui des économies en eau.
(MAPM, 2007a) et qui sont rapidement
Le potentiel d'économie d'eau identifié par
énumérées (campagne de sensibilisation,
les différents documents officiels ne
constitution d'un inventaire des points de
correspond donc pas à de vraies économies
prélèvement, installation de compteurs,
au niveau des systèmes ou des bassins, que
tarification volumétrique, mise en place de
l'on pourrait réallouer à d'autres usages sans
contrats de nappe). Ces mesures, toutes
impacter des utilisateurs déjà existants. Les
difficiles à mettre en place, sont d'un tout
chiffres donnés sont apparemment le résultat
autre ordre et ne sont pas commentées dans
de règles de trois entre des coefficients
cet article.
d'efficience actuels et désirés des réseaux de
En d'autres termes, ces éléments montrent distribution et d'irrigation. Même ainsi, les
que si les risques encourus et la « neutralité » valeurs données sont fluctuantes. Le PNEEI a
du goutte-à-goutte dans la question de la adopté une valeur cible d’économie d’eau de
conservation des nappes ont bien été 850 Mm3 (parfois arrondie à 1, voire 1,4
identifiés, ceux-ci n'ont pas été menés à leur milliard de m3), qui est devenu 1,6 et 1,7
conclusion logique et n'ont pas pu milliards de m3 d'économies d'ici à 2030 pour
contrebalancer un discours promotionnel la seule conversion de 900 000 ha au goutte-
basé sur une fausse conception des à-goutte dans le cadre de la Stratégie
« pertes », liée à une focalisation de l'analyse nationale de l'eau (Monitor Group 2008). Le
au niveau des réseaux de distribution et Conseil Economique, Social et
d'irrigation. Différents documents, Environnemental (2014) indiquait que le
interviews, ou discussions techniques lors de PNEEI atteindrait en 2020 80% de son
forums (par exemple le meeting de potentiel d'économie d'eau de 2 milliards de
l’association française d’irrigation et drainage mètres cubes. Plus récemment, le ministère
en Novembre 2014) montrent toutefois que de l'agriculture annonçait lors d'un séminaire
certains responsables marocains sont à Rabat que la reconversion au goutte-à-
conscients des contradictions inhérentes au goutte de 550 000 ha réaliserait 4 milliards de
programme de reconversion. m3 d'économies d'eau d'ici à la fin 2017
(L'Economiste, 2017).
D'autres mettent en avant que le "véritable
gisement d’économie d’eau dans des
situations de stress hydrique se situe au
niveau de l’amélioration de la productivité et
de la valorisation de l’eau. En d’autres
termes, il s’agit de produire d’avantage de
richesse (de production agricole, de valeur

11
Alternatives Rurales

Contradiction entre également progressivement levée. En 2005,


une nouvelle loi (dite « de la main levée ») a
objectifs sectoriels permis aux membres des coopératives de la
réforme agraire de privatiser leurs terres et
L'analyse proposée ci-dessus fait donc de les vendre sur le marché (Valette et al.,
apparaître clairement des contradictions 2013). Ces terres sont en général achetées
entre les politiques sectorielles de par des investisseurs qui peuvent avoir des
l'agriculture d'une part, et des ressources en visées spéculatives et/ou productives, soit
eau d'autre part. D'un côté, le secteur de pour l'agriculture soit pour la construction de
l'agriculture est dynamisé par les résidences (voir par exemple les terres
investissements massifs du PMV. La vision de achetées au sud de Marrakech par la
modernisation du secteur promue par le PMV compagnie « Doha »; ou Valette et al., 2013,
se traduit par une intensification, mais aussi pour le cas de Meknès). Les terres collectives
par des subventions à l'extension des gérées par le ministère de l'Intérieur sont
superficies irriguées. Le PMV accorde entre également progressivement soumises à un
80% et 100% de subventions à la processus de privatisation (melkisation), avec
reconversion de l'irrigation gravitaire au par exemple 300 000 ha de terres collectives
goutte-à-goutte, mais également à des sur le point d'être enregistrées au nom de
projets d'investisseurs désirant développer leurs ayants-droit (Belghazi, 2016).
l'agriculture irriguée sur la base des eaux Récemment un appel d'offre pour la
souterraines. préparation de la melkisation de 46 000 ha
dans le Gharb a été lancé[Link] même, 85000
L'interdiction des forages agricoles dans ha de terres habous (waqf), gérés par le
certaines zones est contournée en octroyant ministère des Habous, ainsi que 300 000 ha
les subventions dès lors que les agriculteurs de terres guich, sont également sous pression
peuvent se prévaloir d'avoir engagé le pour être privatisées ([Link], 2015).
processus de régularisation de leur puits (cas
du Haouz), ou s'ils signent un engagement sur De l'autre côté, le secteur de l'eau, et tout
l'honneur que le puits dont ils disposent était particulièrement les agences de bassin
bien utilisé par le passé (cas de la plaine du hydraulique qui ont un rôle de régulation au
Saïss, voir Del Vecchio, 2013). Les niveau de chaque bassin hydrographique,
investisseurs obtiennent également des s'emploient à rationaliser les usages et à
autorisations de creusement de puits grâce à rétablir un équilibre entre offre et demande.
des soutiens au plus haut niveau. Dans la Les Plans directeurs d'aménagement intégré
plaine du Saïss, Fofack (2012) a observé que des ressources en eau (PDAIRE) sont les
les agriculteurs pouvaient parfois passer par principaux instruments d'une planification qui
le caïdat, qui peut gérer la demande vis-à-vis fait la part belle à l'augmentation de l'offre
de l’agence de bassin hydraulique, ou par les (transfert nord-sud, nouveau barrage, station
vendeurs de goutte-à-goutte, qui peuvent de traitement des eaux usées ou de
s’occuper du processus de la demande des dessalement de l'eau de mer, etc.), même
subventions et des arrangements possibles s'ils comprennent également des mesures de
avec le ministère de l’Agriculture. gestion de la demande (tarification, quotas,
gestion participative, contrat de la nappe ou
La contrainte du régime foncier complexe du
Maroc, souvent perçu comme un obstacle au
9
[Link]
développement (World Bank, 2008), est
[Link]?noticeId=13421894

12
Alternatives Rurales

promotion du goutte-à-goutte, avec les sans doute imputable à l'ensemble des


contradictions qui ont été analysées plus acteurs. On peut également se poser des
haut). Avec les moyens humains et financiers questions sur les raisons de l'inactivité du
limités qui leur sont octroyés, les agences Comité interministériel sur l’eau créé en 2001
peinent à remplir leur mandat et à établir « pour assurer une coordination étroite de
leur autorité vis-à-vis des autres ministères tous les ministères sur les questions de l’eau
(Tanouti et Molle, 2013). Le même » (Comité interministériel sur l’eau, 2014),
déséquilibre se retrouve au niveau des ainsi que du Conseil Supérieur de l’eau et du
ministères centraux eux-mêmes. Climat, qui ne s'est pas réuni depuis 2001.
Nous sommes donc dans une situation où de À l'évidence, les différentes politiques
l'ordre de 90 % des eaux superficielles dans sectorielles sont définies à partir d'impératifs
les bassins au sud du Sébou sont mobilisés politiques qui ne prennent pas en compte
(FAO, 2014), où les nappes du pays perdent l'état de la ressource. Cette réalité est
au moins 1 milliard de mètres cubes par an occultée par un discours de circonstance qui
(Ministre de l'eau dans [Link], 2014), et affirme que "la stratégie nationale de l’eau a
où l'augmentation des consommations en fait l’objet d’une mise en cohérence et de
eau (par intensification et extension) est convergence avec celle du secteur agricole
promue et subventionnée par l'État. De plus, documentée dans le Plan Maroc Vert"
les PDAIRE planifient la mobilisation et les (Conseil Economique, Social et
usages de la ressource jusqu'à 2030 en Environnemental, 2014); ou que "les deux
considérant la ressource constante, alors que ministres [de l'eau et de l'agriculture] se sont
"les ressources en eau du pays, aussi bien accordés sur l’impératif de mettre en place
superficielles que souterraines, devraient une politique forte de gestion des ressources
connaître une baisse tendancielle en eau, basée sur une bonne gouvernance"
supplémentaire pouvant être de l’ordre de 15 (Financenews, 2014).
à 20 % à l'horizon 2030", selon le Haut
La réalité est toutefois vue de manière plus
Commissariat au Plan (HCP, 2007). Selon un
critique par certains analystes, comme El
décideur du Ministère de l'agriculture
Alaoui (2006) qui considère que "l’œuvre
(interviewé en 2015), "le souci du PMV c’est
législative et réglementaire et l’œuvre
de dire, d’abord je produis et ensuite je règle
institutionnelle ont finalement abouti,
les problèmes, mais de l’autre côté, la gestion
respectivement, à une compilation de textes
intégrée ne marche pas, malheureusement".
fragmentaires comportant un certain nombre
Plusieurs éléments dénotent un manque de de lacunes et d’incohérences et à une
volonté politique de mettre en œuvre des juxtaposition d’institutions sectorielles et de
mesures de régulation : l’inefficacité de la missions constituant un lourd et coûteux
police de l’eau, l’échec des agences de bassin appareil technico-administratif
hydraulique à prendre des sanctions contre d’intervention"; et par le Conseil
les personnes violant ouvertement la loi, la Economique, Social et Environnemental
non-application de l'obligation d'équiper les (2014), qui reconnaît que "le Ministère
puits avec des compteurs, le non Délégué Chargé de l’Eau et le Conseil
recouvrement des redevances d'utilisation Supérieur de l’Eau et du Climat ne
des eaux souterraines, ou l'échec relatif à ce constituent pas dans les faits de véritables
jour des « contrats de nappe » (BRLi et entités de coordination" et note "la
Agroconcept, 2013), même si cet échec est multiplicité des intervenants et opérateurs et

13
Alternatives Rurales

le chevauchement parfois de leurs Conclusions


attributions", relevant aussi "l’insuffisance
d’autonomie et d’indépendance des agences
de bassin hydraulique vis-à-vis du La reconversion subventionnée de l'irrigation
département de l’eau". Ces problèmes ont gravitaire au goutte-à-goutte apporte des
partiellement été pris en compte par la avantages économiques substantiels, allant
nouvelle loi sur l'eau de 2015. de revenus et de rendements plus élevés à la
réduction des besoins en travail et des
La Banque mondiale (World Bank, 2016) a
factures d’énergie (lorsque le pompage d’eau
récemment fait l’éloge de l'approche adoptée
souterraine profonde est réduit), tout en
par le Maroc qui a "pour but d'assurer une
facilitant un passage à des cultures de rente
triple victoire" ('triple win'), "en adaptant le
et une plus haute productivité de l'eau. Les
pays aux réalités du changement climatique,
annonces telles que « l’irrigation doit
en réduisant son impact sur les populations
améliorer ses performances, avec moins
et l'environnement, tout en créant des
d’eau et de façon plus durable » (MAPM,
opportunités comme par exemple aider les
2007b), ou « les agriculteurs ont pu ainsi
paysans à adopter des techniques
diversifier leurs systèmes de production et
appropriées (climate-smart), à accroitre leur
réaliser jusqu’à 3 fois plus de production avec
productivité, et à mieux se connecter aux
2 fois moins d’eau» (l’Economiste, 2016) sont
marchés". Ajoutant que "le Maroc s’efforce
trompeuses, contraires aux réalités
de conserver ses nappes phréatiques (…) [ce
hydrologiques, et relèvent de l'incantation.
qui est] une victoire pour l’environnement et
pour les générations actuelles et futures". De Les conséquences réelles de l’introduction de
telles déclarations entretiennent l'illusion la micro irrigation sur la circulation de l’eau
d'un essor de l'agriculture irriguée qui au niveau de la parcelle, des systèmes
pourrait se faire en parallèle à la conservation d'irrigation ou des bassins, et plus
de la ressource en eau. généralement l'importance de l’échelle dans
la notion d’efficience de l'irrigation, ont fait
Certain professionnels sont plus clairvoyants :
l’objet d’une littérature et de débats
"nous avons tiré la sonnette d’alarme. Nous
considérables. Bien que les détails techniques
savons que [la surexploitation des nappes]
puissent devenir complexes, le message reste
est un problème très complexe, latent et non
relativement simple. Il a toutefois du mal à
visible. On est en train de le remettre à plus
percoler au niveau des décideurs...
tard parce qu’on n’est pas prêt à sacrifier ce
qu’on gagne aujourd’hui, et parce qu’il y a Même avec des hypothèses basses ou
des intérêts conflictuels" (Bouignane et optimistes, il est très improbable que le
Serrhini, 2015). Comme l'exprime également goutte-à-goutte permette de réduire la
un responsable du Ministère de l'agriculture consommation en eau (ET), autrement dit
se référant au PMV et à la surexploitation de qu'il réalise des économies d’eau réelles au
l'aquifère de la plaine du Saïss: "on est en niveau d'une parcelle reconvertie. Même si
train de subventionner le désastre" (cité par les mesures de E et T sont très délicates et si
Del Vecchio, 2013). l'on peut trouver des configurations où la
baisse de E sera supérieure à la hausse de T,
la différence sur le total sera minimale
(typiquement inférieure à 10% selon la
littérature). Il est essentiel de réaliser que

14
Alternatives Rurales

dans tous les cas l’intensification (plus haute tiennent pas compte du changement
densité en arboriculture, cultures climatique et des baisses annoncées.
intercalaires, irrigations plus fréquentes) et
Les ressources en eaux souterraines sont la
les changements de cultures (vers des
variable d'ajustement. Ces ressources
assolements plus consommateurs en eau,
couvrent 90% des besoins en eau potable et
typiquement les fruits et légumes) observés
sont utilisées pour l’irrigation de près de 40%
au Maroc aboutiront plutôt à un effet
de la superficie totale irriguée du Royaume,
opposé : l'augmentation des consommations
en contribuant à plus de 50% de la valeur
en eau.
économique produite correspondant (selon la
A cela il faut ajouter les incitations à Ministre de l'eau, citée par [Link], 2014).
l’expansion de l’agriculture irriguée (plus Leur préservation est donc essentielle et les
particulièrement dans les bassins en déficit actions du PMV devraient donc être
du Bouregreg, Oum Er Rbia, Tensift, Souss- raisonnées spatialement, en les limitant aux
Massa-Draâ, Tafilalet ou dans la plaine du zones où celles-ci sont compatibles avec l'état
Saïss), qui sont encore plus problématiques : de la ressource. Même si le Maroc assure un
l'expansion se produit au niveau de suivi de sa ressource en eau qui peut être
l'exploitation (pour les agriculteurs qui envié dans la région, la complexité des
réutilisent les gains du goutte-à-goutte pour interactions hydrologiques associées à la
irriguer des terres adjacentes) et au niveau fermeture des bassins demande le
du bassin, avec des investissements publics développement d'une capacité de suivi
dans de nouveaux périmètres irrigués, l'octroi hydrologique plus sophistiquée, à la hauteur
de subventions et d'autorisations de des enjeux actuels.
creusement de puits, et un accès facilité aux
En d'autres termes, si les avantages associés
terres revêtant un statut autre que la
à l'intensification et à la modernisation de
propriété privée.
l'agriculture ne doivent bien sûr pas être
Il est urgent de réaliser que, malgré tous les négligés, les changements en cours doivent
avantages qui peuvent leur être associés, être raisonnés, et encadrés, par des études
l’intensification et l’expansion de l’agriculture techniques à même de mieux estimer si et où
associées au goutte-à-goutte et encouragées de tels investissements sont souhaitables du
par le Plan Maroc Vert, conduisent à un point de vue des ressources en eaux
accroissement de la consommation d'eau par disponibles et de leur variabilité.
évapotranspiration, et que cela n'est possible
a) qu'en sollicitant toujours plus les bassins
« excédentaires » du Nord (Sebou et plus Pour en savoir plus
marginalement Loukkos), qui finiront par se
« fermer », b) en aggravant le déficit des
Agence de bassin hydraulique du Sébou,
principaux aquifères, et c) en augmentant la
2011. Etude d’actualisation du plan directeur
vulnérabilité de l'agriculture à la variabilité
d’aménagement intégré des ressources en
hydrologique: l'accroissement de
eau du bassin hydraulique de Sébou. Note de
l'arboriculture crée une demande rigide et
synthèse. Septembre.
structurelle qu'on ne pourra assurer en cas
de sécheresse prolongée, comme celle du Belghazi A, 2016. Les terres collectives
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