Fiche
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Définition et objet
de la criminologie
I. Définitions larges
II. Définitions étroites
III. Criminologie de l’acte et criminologie de la réaction sociale
IV. Objet de la criminologie
Une approche notionnelle simple de la criminologie permet d’énoncer qu’elle est
l’étude scientifique du crime appelé aussi phénomène criminel, ce dernier désignant
un comportement légalement prévu et puni d’une peine. La diversité des définitions
de la criminologie est une caractéristique de la matière.
La criminologie est une discipline relativement récente. Elle est née dans les
dernières décennies du xixe siècle. Bien que le terme de criminologie ait été utilisé
pour la première fois par un médecin anthropologue français du nom de TOPINARD
(1830-1911), sa naissance date des travaux réalisés par trois chercheurs italiens :
C. LOMBROSO, E. FERRI et R. GAROFALO (V. Fiche 4) entre 1876 et 1885. Mais, si
la criminologie en tant que discipline n’existe que depuis plus d’un siècle, le crime
et le criminel sont présents depuis le début de l’humanité et ont toujours suscité
l’intérêt collectif.
L’étude de la criminologie passe avant tout par la définition de cette discipline.
Or, on peut dire qu’il y a presque autant de définitions que de criminologues. Cela
s’explique par le fait que le phénomène criminel présente plusieurs aspects différents.
Selon les orientations adoptées par les grandes Écoles criminologiques, on distingue
des définitions larges et étroites (distinction retenue par R. GASSIN, S. CIMAMONTI
et P. BONFILS in Criminologie, Précis Dalloz, 7e éd.).
• Remarque liminaire
En criminologie, il existe une synonymie entre les termes de criminalité et
délinquance, de criminel et délinquant. Elle ne tient pas compte des distinctions
retenues en droit pénal.
La criminalité au sens large vise les comportements criminels et les actes
infractionnels. Au sens étroit, elle vise les infractions commises à un moment
donné dans un pays donné.
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I. Définitions larges
Ces définitions regroupent sous le terme de criminologie un certain nombre de
sciences criminelles.
A. Définition d’Enrico FERRI (1857-1929)
FERRI est l’auteur d’un ouvrage intitulé « Sociologie criminelle » paru en 1905.
Pour lui, cette expression doit être entendue comme synonyme de criminologie. Elle
vise l’ensemble des sciences criminelles. En conséquence, le droit pénal est une des
composantes de la criminologie. Cette conception a été reprise, notamment, par un
criminologue québécois né en 1929 à Budapest : Denis SZABO.
B. Définition de l’École encyclopédique
Les représentants de l’École encyclopédique, dite École autrichienne, sont : GROSS,
GRASSBERGER et SEELIG. À la différence de FERRI, ils séparent la criminologie du
droit pénal mais ils regroupent sous le terme de criminologie :
x La criminalistique, c’est-à‑dire la discipline dont l’objet est la recherche de
l’infraction et de ses auteurs par des moyens scientifiques (V. Fiche 2) ;
x L’étiologie criminelle, c’est-à‑dire l’étude des causes du crime (V. Fiches 11 à 13) ;
x La science pénitentiaire ou pénologie, c’est-à‑dire l’étude des différentes
peines ainsi que de leur exécution.
Cette conception a été retenue en France par J. LARGUIER.
C. Définition de l’École américaine classique
Selon E.H. SUTHERLAND (1883-1950), la criminologie est la science qui étudie
l’infraction en tant que phénomène social. Elle regroupe :
x La sociologie pénale qui consiste en l’étude des différents aspects de la réaction
sociale au crime comme faits sociaux ;
x La politique criminelle qui comprend, selon la définition de Mme DELMAS-
MARTY, « l’ensemble des procédés par lesquels le corps social organise les
réponses au phénomène criminel » (M. DELMAS-MARTY, Les grands systèmes
de politique criminelle, PUF 1992) ;
x La pénologie.
Cette conception a eu une influence considérable en Amérique du Nord et d’une
façon générale sur la pensée criminologique contemporaine. Elle est à l’origine de la
criminologie dire de la réaction sociale (V. infra et Fiche 7) qui met l’accent sur le
contenu, les effets de la réaction à la délinquance et la victime.
Ces définitions larges permettent de comprendre que la criminologie est davantage
que l’étude de la science du crime. C’est aussi l’étude de la réaction sociale qu’il suscite.
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II. Définitions étroites
Ces définitions conçoivent la criminologie comme l’étude de l’étiologie et la
Fiche 1 • Définition et objet de la criminologie
dynamique de l’acte criminel.
A. La criminologie, étude des causes de la délinquance
Pour certains auteurs, la criminologie est une science qui étudie les causes et
les lois de la délinquance. Cette théorie est celle de P. CUCHE au début du xxe siècle.
Elle a été reprise lors du IIe Congrès international de criminologie, à Paris en 1950.
Cette définition est celle de G. STEFANI, G. LEVASSEUR et R. JAMBU-MERLIN. Elle a
été réaffirmée au XVe Congrès mondial de criminologie qui s’est tenu à Barcelone en
2008 par E.A FATTAH.
B. La conception restrictive de J. PINATEL
Selon J. PINATEL (1913-1999), la criminologie est une science à la fois théorique
et appliquée. Elle consiste d’une part, dans l’étude des facteurs et mécanismes de
l’action criminelle, d’autre part, dans le traitement du criminel et la prévention de la
récidive. Ainsi s’explique la division de la criminologie en deux branches distinctes :
la criminologie générale, science théorique, et la criminologie clinique, science
pratique. La première étudie les facteurs et mécanismes de la délinquance. La seconde
envisage le cas individuel du criminel en vue de son traitement et de la prévention
de la récidive (V. Fiche n°19 et s.).
III. Criminologie de l’acte et criminologie
de la réaction sociale
Jusqu’en 1960, la criminologie était généralement définie comme la discipline
permettant d’expliquer l’action criminelle et donc de rechercher les raisons justifiant
le fait que certaines personnes ne sont pas retenues dans leurs actions par la menace
pénale. Il s’agissait de la criminologie dite de l’acte. Certes, elle prenait aussi en
considération la réaction sociale contre le délinquant, mais pour en analyser les aspects
criminogènes, notamment lorsqu’elle a la forme d’un emprisonnement. À partir des
années 1960, les criminologues donnent une nouvelle orientation à leurs travaux. Ce
courant apparaît en Amérique du nord puis en Europe. La criminologie devient alors
la science de l’analyse sociologique des mécanismes de la réaction sociale au crime
dans ses différentes composantes depuis l’établissement de la loi pénale jusqu’à la
réaction des victimes et l’application des sanctions, en passant par le fonctionnement
des institutions (police, parquet, tribunaux, établissements pénitentiaires). Un des
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représentants de ce mouvement est un professeur anglo-saxon, E. LEMERT (1912-
1996). Selon lui, le système de justice crée la délinquance. La différence entre le
délinquant et le non-délinquant serait le regard stigmatisant de la société (police,
justice, citoyens) porté sur le premier : il lui ferait endosser « un statut social de
délinquant ». En d’autres termes, ce n’est pas l’infraction commise par un individu qui
le transformerait en criminel mais le fait que la société le marque de cette appellation.
LEMERT soutient que « ce n’est pas la déviance qui conduit au contrôle social mais le
contrôle social qui conduit à la délinquance ». S’est ainsi constituée la criminologie
de la réaction sociale qui étudie le contrôle social exercé à l’encontre des délinquants
désignés par le terme de « déviants ». Pour les partisans de cette définition, il y aurait
une déviance primaire, c’est-à‑dire un comportement qui n’est pas encore stigmatisé
par la société et une déviance secondaire qui naît au moment où le contrôle social
s’exerce sur l’individu. La première forme de déviance provient d’un ensemble de
facteurs sociaux, psychologiques et culturels. La déviance secondaire désigne quant
à elle l’individu reconnu déviant à l’occasion d’une première transgression et qui se
conforme alors à « l’étiquette » qui lui a été accolée, renforçant ainsi sa déviance.
• Remarque
Aujourd’hui, le terme déviance vise à la fois les comportements incriminés et ceux
qui ne le sont pas comme par exemple les incivilités.
IV. Objet de la criminologie
La criminologie étudie les facteurs de l’action criminelle et les processus du passage
à l’acte afin de déterminer les moyens de répression et de prévention pour lutter contre
la délinquance. Préciser l’objet de la criminologie permet de savoir quelle place elle
occupe parmi les sciences criminelles. Ces dernières sont constituées par l’ensemble
des champs disciplinaires concernés par le phénomène criminel et certaines ont des
rapports avec la criminologie.
A. Les rapports entre droit pénal et criminologie
À la fin du xixe siècle, alors que les premières thèses criminologiques voyaient
le jour, les relations entre droit pénal et criminologie étaient conflictuelles. Les
positivistes (V. Fiche 4) estimaient que le droit pénal devait être une branche de
la criminologie. Ils récusaient l’analyse classique de la faute-infraction-délinquant-
sanction et préconisaient un traitement scientifique de la criminalité. Cette controverse
s’est apaisée, même si la question du traitement extra-judiciaire de certains criminels
reste d’actualité.
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Aujourd’hui, droit pénal et criminologie sont considérés comme deux disciplines
distinctes. En effet, bien qu’ayant le même objet – l’action criminelle –, ils ne
l’étudient pas de la même façon : le droit pénal est une discipline normative car il
Fiche 1 • Définition et objet de la criminologie
impose des règles de conduite sous peine de sanctions alors que la criminologie est
une science empirique. Néanmoins, ils sont liés par des rapports étroits en raison
de leur communauté d’objet – le criminel et l’acte criminel – et leur communauté de
but – la défense de la société. Ainsi, la criminologie exerce une influence certaine
sur le droit pénal :
x dans le domaine des incriminations. Par exemple, le droit pénal prend en
compte les comportements criminogènes favorisant les actes de délinquance
comme le vagabondage ou la délinquance sexuelle ;
x dans le domaine de la répression. Par exemple, le droit pénal considère la
personnalité du délinquant dans le choix de la sanction en application du
principe d’individualisation des peines ;
x dans le domaine de l’exécution des peines. Par exemple, afin d’éviter l’incar-
cération de l’auteur de l’infraction, les recherches en criminologie permettent
à l’Administration pénitentiaire d’adapter à chaque condamné le mode d’exé-
cution de sa sanction (V. les études sur les procédés modernes de traitement
des délinquants et sur le bracelet électronique).
La criminologie exerce aussi une influence en droit pénal international : V. en
ce sens, A.H. NADJAFI : L’internationalisation des apports de la criminologie par les
instruments pénaux internationaux in mél. offerts à R. GASSIN, PUAM, 2007, p. 463 et s.
B. Les rapports entre la criminologie et la sociologie pénale
La sociologie pénale est une branche de la sociologie juridique qui étudie les
divers aspects de la réaction sociale au crime entendue comme des faits sociaux.
À cette fin, elle utilise notamment les statistiques, les données de l’ethnologie et
de l’histoire sociale. Elle est différente de la criminologie par son objet puisqu’elle
cherche à saisir la réalité de la justice pénale alors que la criminologie tente d’expliquer
le phénomène criminel. Elle en est aussi différente par ses méthodes. En effet, la
criminologie emprunte ses méthodes à diverses disciplines, par exemple :
x la biologie criminelle, appelée au xixe siècle, anthropologie criminelle : elle
s’intéresse aux aspects anatomiques, génétiques, biochimiques de l’individu.
L’étude du phénomène criminel sous l’aspect biologique a donné lieu à la
théorie du « criminel-né » (V. Fiche 4) ;
x la psychologie criminelle : elle étudie l’intelligence, le caractère et les apti-
tudes sociales de l’individu grâce, notamment, aux tests de la psychologie
expérimentale.
La sociologie pénale, elle, est uni-disciplinaire et applique uniquement les
méthodes de la sociologie.
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Néanmoins, malgré ces différences, criminologie et sociologie pénale ont des liens.
Par exemple, les travaux des sociologues sur les concepts de déviance secondaire et
de carrière criminelle permettent aux criminologues de mieux expliquer le phénomène
de la récidive.
C. Les rapports entre criminologie et criminalistique
La criminalistique est l’ensemble des disciplines et des techniques dont l’objet
est la recherche, par la police judiciaire et les Instituts de médecine légale, des
circonstances de la commission d’une infraction et des coupables, par voie scientifique.
Alors que la criminologie tente d’expliquer les causes de la criminalité, la
criminalistique intervient après le crime car elle a un rôle probatoire. Cependant,
ces deux disciplines entretiennent des relations importantes en raison de la diversité
des techniques policières et des différentes sciences d’investigation qui composent
la criminalistique (V. Fiche 2).
• À retenir
La criminologie est pluridisciplinaire. Elle intéresse le droit, les sciences de
l’individu (psychologie clinique, psychopathologie, psychiatrie) et les sciences
sociales (sociologie, histoire, économie). Elle étudie les facteurs du crime, les
processus du passage à l’acte et la réaction qu’il entraîne au regard, notamment,
du traitement du délinquant et la prévention de la récidive.
Deux dates à retenir :
• 1922 : création de l’Institut de criminologie de Paris sous la tutelle de la faculté
de droit et la faculté de médecine de Paris.
• 1936 : création de la Revue de science criminelle et de droit pénal comparé.
Pour en savoir plus
− A. Bauer, Criminologie plurielle, Introduction générale à la criminologie, PUF, 2011.
− R. Cario, Introduction aux sciences criminelles. Pour une approche globale et intégrée
du phénomène criminel, L’Harmattan, 2002.
− M. Cusson, La criminologie, Hachette, 8e éd., 2020.
− E. Ferri, La sociologie criminelle, réédition Dalloz, 2004.
− Gassin, S. Cimamonti et P. Bonfils, Criminologie, Précis Dalloz, 7e éd., 2011.
− Larguier, Criminologie et science pénitentiaire, Mémento Dalloz, 2005, 10e éd.
− G. Picca, La criminologie, coll. « Que sais-je ? », PUF.
− M. Delmas-Marty, Les grands systèmes de politique criminelle, PUF, 1992.
− Dictionnaire des sciences criminelles, sous la dir. de G. Lopez et S. Tzitzis, Dalloz, 2014.
− P. Morvan, Criminologie, Lexis-Nexis, 3e éd., 2019.
− A.P. Sykiotou, La politique criminelle sur le fil, préf. M. Delmas-Marty, IRJS, 2019.
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POUR S’ENTRAÎNER : QCM
1. J. PINATEL était :
Fiche 1 • Définition et objet de la criminologie
a. Un médecin belge.
b. Un psychiatre québécois.
c. Un juriste français.
2. Qui a inventé le terme criminologie ?
a. LOMBROSO.
b. TOPINARD.
c. GARAFALO
3. L’étude des causes du crime s’appelle :
a. La réaction sociale
b. L’étiologie criminelle
c. La sociologie pénale
4. La pénologie permet de connaître :
a. Les typologies de délinquants
b. L’ensemble des sanctions pénales
c. Les causes et les remèdes au crime
5. La sociologie pénale :
a. Analyse la réaction sociale au crime
b. Étudie les aspects de la réaction sociale comme des faits sociaux
c. Est une branche de la criminologie
CORRIGÉ
1. a. ; 2. b. ; 3. b. ; 4. b. ; 5. a. et b.
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