Cours Fin
Cours Fin
variables
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Vous connaissez les intégrales de fonctions d’une variable (parfois appelée intrégrales simples).
Si f est une fonction d’une variable, l’intégrale de f sur un intervalle [a, b] — que l’on note
Rb
a f (x)dx — mesure l’aire de la région du plan située entre l’axe des abscisses et le graphe de f ,
au-dessus de l’intervalle [a, b]. Pour calculer cette intégrale, il suffit de trouver une primitive de
Rb
f , c’est-à-dire une fonction F dont la dérivée est égale à f ; on a alors a f (x)dx = F (b)−F (a).
Le but des chapitres qui suivent est de définir une notion d’intégrale pour les fonctions de
plusieurs variables. L’une des nouveautés est la richesse des domaines sur lesquelles on peut
intégrer. En effet, le domaine d’intégration d’une intégrale simple est toujours un intervalle
(ou une union d’intervalles). Par contre, on peut intégrer une fonction de deux variables sur un
rectangle, un disque, un domaine entouré par une courbe compliquée (on parle d’intégrales
doubles). On peut intégrer une fonction de trois variables sur une sphère, un cylindre, un
cône, un ellipsoı̈de, etc. (on parle d’intégrales triples). Vous verrez que l’on peut aussi intégrer
des fonctions de deux variables le long de courbes : on parle d’intégrales curvilignes. Vous
apprendrez également à relier ces différents types d’intégrales : certaines intégrales curvilignes
le long d’une courbe fermée C peuvent s’exprimer comme des intégrales doubles sur la région
du plan entourée par C (c’est la formule de Green-Riemann).
Des intégrales de fonctions de plusieurs variables interviennent dans toutes sortes de problèmes.
Voici quelques exemples (choisis à peu près au hasard, volontairement très simplifiés, et de ce
fait peu réalistes).
Vous souhaitez calculer le volume d’une cheminée centrale nucléaire. Celle-ci est comme tou-
jours en forme d’hyperboloı̈de (pour des raisons de solidité et de simplicité de construction).
Le volume de la cheminée s’exprime à l’aide d’une intégrale triple facile à calculer.
Vous étudiez le champ magnétique créé par une bobine dans laquelle circule un courant
électrique. La valeur du champ en un point s’exprime à l’aide d’une intégrale triple que vous
devrez évaluer. Notons que l’on ne sait pas calculer explicitement cette intégrale ; on doit donc
l’estimer numériquement à l’aide d’un ordinateur ; on peut aussi calculer une valeur approchée
du champ près de l’axe de la bobine à l’aide de développements limités).
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Vous étudiez une sonde spatiale, soumise à l’attraction du Soleil et des planètes à proximité
desquelles elle passe, et munie de moteurs lui permettant de suivre une trajectoire calculée
à l’avance. Vous voulez calculer le travail de la force d’attraction qu’exerce le Soleil et les
planètes sur la sonde au cours de son trajet (ce calcul est — entre autre — nécessaire pour
évaluer l’énergie que consomeront les moteurs de la sonde au cours du trajet). Ce travail
s’exprime à l’aide une intégrale curviligne le long de la trajectoire de la sonde. En général, on
ne saura pas calculer cette intégrale explictement (à moins que la trajectoire de la sonde ne
soit très simple), et on devra avoir recours à un calcul numérique.
J’ai évoqué ci-dessus, à deux reprises, la nécessité de recourrir à des instruments numériques
pour calculer certaines intégrales. De fait, calculer des intégrales n’est pas une tâche aisée.
Calculer la dérivée d’une fonction est toujours possible, et relativement facile : il suffit d’appli-
quer un certain nombre de règles de calcul bien connues ; il s’agit d’une procédure purement
algorithmique. Par contre, si on se donne une fonction f d’une variable “au hasard”, il ne
sera pas possible, en général, de calculer explicitement une primitive de f . Même lorsque
cela est possible, il n’existe pas de procédure algorithmique qui fournit la primitive de f : il
faut “deviner” quelle est la bonne méthode à appliquer (intégration par partie, changement
de variable) pour obtenir la primitive de f . C’est pourquoi calculer des intégrales de fonc-
tions d’une variable, et a fortiori des intégrales de fonctions de plusieurs variables ne peut
s’apprendre que par la pratique.
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Chapitre 8
Définition (Primitive d’une fonction). Une primitive d’une fonction d’une varaible f est une
fonction F dont la dérivée est égale à f .
L’existence de primitive n’est pas facile à démontrer. Par contre, il est très facile de voir que
la différence entre deux primitives d’une même fonction est une constante : en effet, si F1 et
F2 sont deux primitives d’une fonction f , alors la dérivée de F2 − F1 est nulle (puisque F2
et F1 ont la même dérivée f ) ; par conséquent, F2 − F1 est une constante (sur tout intervalle
contenu dans son ensemble de définition).
Définition (Intégrale d’une fonction d’une variable). Soit f une fonction . On appelle intégrale
de f sur l’intervalle I la quantité :
Z b
f (x)dx = F (b) − F (a).
a
Remarque.
Rb La notation dx réfère à une “variation infinitésimale” de la variable x. La nota-
tion a f (x)dx indique que l’on intègre la quantité f (x) lorsque la variable x varie entre les
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bornes a et b. Dans cette notation, x est une variable muette ; on peut remplacer x par une
autre variable sans que cela ne change le résultat :
Z b Z b Z b Z b
f (x)dx = f (y)dy = f (t)dt = f (u)du = . . .
a a a a
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Définition (Aire d’une région du plan). Soit D une région bornée du plan. Pour tout > 0,
on note n− le nombre maximum de carrés de côté deux-à-deux disjoints que l’on peut faire
tenir dans la région D, et on note n+ le nombre minimum de carrés de côté nécessaires
pour recouvrir entièrement la région D. On dit que la région D est quarrable si les quantités
n− 2 + 2
. et n . ont la même limite quand tend vers 0. Cette limite commune est alors par
définition l’ aire de la région D. Autrement dit :
Aire(D) = lim n− 2 − 2
. = lim n . .
→0 →0
Il existe des régions du plan (“très biscornues”) telles que les quantités n− 2 − 2
. et n . n’ont
pas de limites quand tend vers 0, ainsi que des régions telles que les quantités n− 2
. et
n− 2
. ont des limites différentes quand tend vers 0. L’aire de telles régions ne sont pas
ququarrablearrables ; leur aire n’est pas bien définie. Néanmoins, toute les régions dont le
bord est défini à l’aide de fonctions continues sont quarrables.
Proposition 8.2.1 (Lien entre aire et intégrale I). Soit f une fonction d’une variable, et [a, b]
un intervalle contenu d’ans l’ensemble de définition de f . On suppose f continue et positive
sur [a, b]. On note D la région située entre les droites verticales x = a et x = b, au-dessus de
l’axe des abscisses et en dessous du graphe de f . Alors la région D est quarrable, et on a
Z b
f (x)dx = Aire(D)
a
La proposition ci-dessus fait le lien entre aire et intégrale d’une fonction continue positive.
Pour une fonction continue de signe quelconque, il faut distinguer la partie du graphe de f
située au-dessus de l’axe des abscisses et celle située en dessous :
Proposition 8.2.2 (Lien entre aire et intégrale II). Soit f une fonction d’une variable, et
[a, b] un intervalle contenu d’ans l’ensemble de définition de f . On note D+ la région située
entre les droites verticales x = a et x = b, au-dessus de l’axe des abscisses et en dessous
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du graphe de f (région bleue sur la figure ci-dessous). On note D− la région située entre les
droites verticales x = a et x = b, en-dessous de l’axe des abscisses et au-dessus du graphe de f
(région jaune sur la figure ci-dessous). Alors les régions D− et D+ sont quarrables, et on a
Z b
f (x)dx = Aire(D+ ) − Aire(D− ).
a
Remarque. La manière dont j’ai présenté les intégrales ci-dessus est la plus simple, mais ce
n’est pas la plus “logique”. En effet, si on voulait démontrer la proposition 7.1.1 (l’existence
d’une primitive pour toute fonction continue), il faut commencer par démontrer une partie
de la proposition 7.2.2 (le fait que la région située entre l’axe des abscisse et le graphe d’une
fonction continue est quarrable). La présentation que j’ai choisie ci-dessus a un gros avantage :
elle permet de donner très rapidement une définition de l’intégrale d’une fonction continue f
(comme différence de valeurs d’une primitive de f ). Cette définition est effective : elle permet
de calculer des intégrales.
Tout d’abord, on connait des primitives pour la plupart des fonctions “de base” :
7
Fonction Primitive
xα+1
x 7→ xα pour α 6= −1 x 7→ α+1 + constante
1
x 7→ x x 7→ ln |x| + constante
Le tableau ci-dessus fournit les “briques de bases” pour calculer des primitives. Hélas, il n’est
pas facile de combiner ces briques de bases entre elles. Certes, pour la somme et le produit
par une constante, tout se passe bien :
... mais ça se gâte pour le produit, pour le quotient et la composée de deux fonctions :
Même si on connait des primitives des fonctions f et g, on ne sait en général calculer ni une
primitive du produit f g, ni une primitive du quotient fg , ni une primitive de la composée f ◦ g.
Il y a cependant quelques résultats qui aident à s’en sortir dans certain cas. Tout d’abord, si
on connait une primitive de f , alors, pour toute fonction dérivable u, on connait une primitive
de la fonction x 7→ u0 (x).f (u(x)) :
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Proposition 8.3.2. Si F est une primitive de f , et si u est une fonction dérivable, alors
x 7→ F (u(x)) est une primitive de la fonction x 7→ u0 (x).f (u(x))
La preuve de cet énoncé est immédiate : il suffti de dériver x 7→ F (u(x)). Cet énoncé est
cependant très souvent utile. Il nous dit par exemple que, pour toute fonction dérivable u, la
0 (x)
fonction x 7→ ln |u(x)| est une primitive de la fonction uu(x) (là où cela a un sens, c’est-à-dire
en dehors du lieu où u s’annule). C’est ainsi que nous avons pu affirmer plus haut que la
sin(x)
fonction x 7→ ln | cos(x)| est une primitive de la fonction x 7→ tan(x) = cos(x) .
Si on doit calculer la primitive d’un produit de fonctions, on peut parfois utiliser la formule
d’intégration par partie pour transformer ce produit en un autre :
Proposition 8.3.3 (Intégration par partie). Soient f et g deux fonctions d’une variable, que
l’on suppose dérivables, et définies (au moins) sur un intervalle [a, b]. On a
Z b Z b
f 0 (x)g(x)dx = f (b)g(b) − f (a)g(a) − f (x)g 0 (x)dx.
a a
Démonstration. Soit F une primitive de f . Alors x 7→ F (u(x)) est une primitive de la fonction
x 7→ f (u(x))u0 (x) (proposition 7.3.2). Par définition de l’intégrale, on a donc
Z b
f (u(x))u0 (x)dx = F (u(b)) − F (u(a)).
a
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Par ailleurs, puisque F est une primitive de f , on a, à nouveau par définition de l’intégrale,
Z u(b)
f (t)dt = F (u(b)) − F (u(a)).
u(a)
Exemple (Un changement de variable où on “simplifie l’intégrande”). Supposons que l’on
R 1 2x
veuille calculer l’intégrale 0 eex +1 dx. On remarque e2x = (ex )2 . L’intégrande est donc de la
forme f (u(x)) avec u(x) = ex , et même de la forme g(u(x)).u0 (x). On fait donc le changement
de variable t = ex (d’où dt = ex dx), et on obtient
1 1 e e
e2x ex x
Z Z Z Z
t 1
dx = e dx =x dt = 1− dt = [t − ln(t + 1)]e1 .
0 ex + 1 0 ex + 1 t=e 1 t+1 1 t+1
Mais, si on a un peu l’habitude, on repère p tout de suite qu’en posant t = sin(x), on pourra
profiter de la formule de trigonométrie 1 − sin2 (x) = cos(x) pour se débarasser de la rcine
carrée. On fait donc le changement de variable t = sin(x) (d’où dt = cos(x)dx), et on obtient :
π π
Z 1p Z
2
q Z
2
2
1− t2 dt = 1 − sin (x) cos(x)dx = cos(x) cos(x)dx
0 t=sin(x) 0 0
Z π π
2 1 + cos(2x) x sin(2x) 2 π
= dx = + = .
0 2 2 4 0 4
L’intégrale est calculée.
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Chapitre 9
Intégrales multiples
L’ensemble Vx0 est (la projection sur R de) l’intersection de D avec la droite verticale x = x0 .
Autrement dit, moins formellement, Vx0 est la tranche verticale de D d’abscisse x0 . On a alors
Bien entendu, on peut aussi fixer la valeur de y et faire varier x de manière à ce que le point
(x, y) reste dans la région D. On est donc amené à considérer, pour chaque valeur y0 ∈ [c, d],
l’ensemble
Hy0 := {x ∈ R tels que (x, y0 ) ∈ D}.
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L’ensemble Hy0 est (la projection sur R de) l’intersection de D avec la droite horizontale
y = y0 . Autrement dit, moins formellement, Hy0 est la tranche horizontale de D d’ordonnée
y0 . On a alors
D = {(x, y) ∈ R2 tels que y ∈ [c, d] et x ∈ Hy }.
Clairement le disque ∆ est inclus dans le carré [−1, 1] × [−1, 1]. Pour x ∈ [−1, 1], si on note
Vx := {y ∈ R tel que (x, y) ∈ ∆}, alors
Vx = {y ∈ R tel que x2 + y 2 ≤ 1}
n p p o
= y ∈ R tel que − 1 − x2 ≤ y ≤ 1 − x2
h p p i
= − 1 − x2 , 1 − x2 .
De même, pour y ∈ [−1, 1], si on note Hy := {x ∈ R tel que (x, y) ∈ ∆}, alors
Hy = {x ∈ R tel que x2 + y 2 ≤ 1}
n p p o
= x ∈ R tel que − 1 − y 2 ≤ x ≤ 1 − y 2
h p p i
= − 1 − y2, 1 − y2 .
Exemple. Considérons maintenant le triangle T est le triangle de sommets (0, 0), (1, 0) et
(1, 1). On peut voir T comme l’intersection de trois demi-plans : pour chacun des trois côtés
de T , on considère le demi-plan contenant T délimité par la droite qui porte le côté considéré.
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On vérifie facilement que des équations de ces demi-plans sont respectivement x ≤ 1, y ≥ 0
et y ≤ x. Autrement dit, on a
T = {(x, y) ∈ R2 tels que x ≤ 1, y ≥ 0 et y ≤ x}.
Clairement, le triangle T est inclus dans le carré [0, 1] × [0, 1]. Pour x ∈ [0, 1], si on note
Vx := {y ∈ R tel que (x, y) ∈ ∆}, alors
Vx = {y ∈ R tel que y ≥ 0 et y ≤ x} = {y ∈ R tel que 0 ≤ y ≤ x} = [0, x].
On peut donc écrire
T = {(x, y) ∈ R2 tels que x ∈ [0, 1] et y ∈ [0, x]}.
De même, pour y ∈ [0, 1], si on note Hy := {x ∈ R tel que (x, y) ∈ ∆}, alors
Hy = {x ∈ R tel que x ≤ 1 et y ≤ x} = {x ∈ R tel que y ≤ x ≤ 1} = [y, 1].
On peut donc écrire
T = {(x, y) ∈ R2 tels que y ∈ [0, 1] et x ∈ [y, 1]}.
Théoreme 9.1.1 (Théorème de Fubini). Considérons une fonction continue de deux variables
f : R2 → R, et une région D du plan, contenue dans le domaine de définition de f , et bordée
par une courbe fermée continue. Considérons un rectangle [a, b] × [c, d] contenant D. Pour
chaque x ∈ [a, b], notons Vx = {y ∈ R tels que (x, y) ∈ D}. Pour chaque y ∈ [c, d], notons
Hy = {x ∈ R tels que (x, y) ∈ D}. On a alors l’égalité
!
Z x=b Z Z y=d Z
(9.1.1) f (x, y)dy dx = f (x, y)dx dy.
x=a y∈Vx y=c x∈Hy
Le théorème de Fubini affirme qu’il revient au même de faire l’une ou l’autre des deux choses
suivantes :
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1. Fixer une valeur de la coordonnée x, intégrer f (x, y) par rapport à la variable y, puis
intégrer le résultat trouvé (qui dépend de la valeur que l’on a fixée pour x) par rapport
à la variable x.
2. Fixer une valeur de la coordonnée y, intégrer f (x, y) par rapport à la variable x, puis
intégrer le résultat trouvé (qui dépend de la valeur que l’on a fixée pour y) par rapport
à la variable y.
Nous nous appuyons sur ce théorème pour définir l’intégrale d’une fonction de deux variables
sur un domaine du plan :
Définition (Intégrale d’une fonction de deux variables sur un domaine du plan). Avec les
notations du théorème 8.1.1, on appellera intégrale de f sur le domaine D la quantité
ZZ Z x=b Z ! Z y=d Z !
f (x, y)dxdy := f (x, y)dy dx = f (x, y)dx dy.
D x=a y∈Vx ) y=c x∈Hy
Quand on veut calculer l’intégrale d’une fonction f sur un domaine D, on a donc deux
possibilités 1 : soit on intègre d’abord par rapport à x (à y fixé), puis par rapport à y, soit on
intègre par d’abord par rapport à y (à x fixé), puis par rapport à x. D’après le théorème de
Fubbini, ces deux manières de procéder donnent le même résultat. En pratique, elle ne sont
pourtant pas toujours équivalentes : parfois, l’une des deux méthodes donnent des calculs
beaucoup plus simples que l’autre.
Exemple. Soit ∆ le disque de centre (0, 0) et de rayon 1, et ∆+ la moitié de ∆ situé au-
dessus de l’axe des abscisses. On cherche à calculer l’intégrale de la fonction f (x, y) = y sur
∆+ . Essayons tout d’abord de la calculer en intégrant d’abord en y puis en x. En utilisant la
description de ∆ vue précédemment, on vérifie facilement que
n h p io
∆+ = (x, y) ∈ R2 tels que x ∈ [−1, 1] et y ∈ 0, 1 − x2 .
On a donc :
√ !
ZZ Z x=1 Z y= 1−x2
f (x, y)dxdy = ydy dx
D x=−1 y=0
Z x=1 2
y=√1−x2
y
= dx
x=−1 2 y=0
Z x=−1
1 − x2
= dx
x=−1 2
x=1
x x3
= −
2 6 x=−1
2
=
3
Essayons maintenant de calculer l’intégrale en intégrant d’abord en x puis en y. En utilisant
la description de ∆ vue précédemment, on vérifie facilement que
n h p p io
∆+ = (x, y) ∈ R2 tels que y ∈ [0, 1] et x ∈ − 1 − y 2 , 1 − y 2 .
1. Sans tenir compte pour l’instant des possibilités offertes par les changements de variables que nous
verrons bientôt
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On a donc :
√ !
ZZ Z y=1 Z x= 1−y 2
f (x, y)dxdy = √ ydx dy
D y=0 x=− 1−y 2
Z y=1 √
x= 1−y 2
= [yx] √ dy
x=− 2
1−y
y=0
Z y=1 p
= 2y 1 − y 2 dy
y=0
y=1
2 2 32
= − (1 − y )
3 y=0
2
= .
3
On aboutit bien au même résultat, mais avec des calculs intermédiaires sensiblement différents.
Nous laissons au lecteur qui le souhaite le soin dénoncer la généralisation du théorème 8.2.1
aux fonctions dont le signe n’est pas constant sur le domaine d’intégration.
Appliquons le théorème 8.2.1 dans le cas particulier où la fonction f est constante égale à 1.
Dans ce cas particulier, le graphe de f n’est autre que le plan z = 1. La région A est donc
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un cylindre de base D et de hauteur 1. Le volume de ce cylindre est égal à Aire de la base ×
hauteur = Aire(D) × 1 = Aire(D). On obtient donc le corollaire suivant :
Corollaire 9.2.2. Si D est une région bornée du plan, bordée par une courbe fermée continue,
alors on a ZZ
Aire(D) = 1dxdy.
D
En bref, ce théorème dit que, lorsqu’on intègre une fonction f succesivement par rapport à
ses trois variables x, y, z, on obtient le même résultat quel que soit l’ordre dans lequel on
considère les variables. Ce théorème nous permet de définir l’intégrale d’une fonction de trois
variable sur un domaine de R3 :
Définition (Intégrale d’une fonction de trois variables sur un domaine). On reprend les
notations du théorème 8.3.1. On appellera intégrale de f sur le domaine D la quantité
ZZZ ZZ Z !
f (x, y, z) dxdydz := f (x, y, z)dz dxdy = ...
D [a,b]×[c,d] z∈Zx,y
L’un des intérêt des intégrales de fonctions de trois variables est qu’elles permettent de calculer
le volume de régions de l’espace R3 . On ainsi en effet un analogue du corollaire 8.2.2 :
Corollaire 9.3.2. Si D est une région bornée de l’espace R3 , bordée par une surface fermée
continue, alors on a ZZZ
Volume(D) = 1 dxdydz.
D
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9.4 Changement de variables
9.4.1 Le théorème général
Le théorème de changement de variables que vous connaissez pour les intégrales simples se
généralise pour les intégrales doubles ou triples. En pratique, vous utiliserez presque toujours
les mêmes changements de variables : les passages en coordonnées polaires, cylindriques ou
sphériques. Afin d’expliquer d’où viennent ces cas particuliers, je vais tout de même énoncer
les théorèmes de changements de variables généraux pour les intégrales doubles et triples.
Commençons par les intégrales doubles. Un changement de variable dans une intégrale simple
fait intervenir une application φ d’une partie de R vers une autre partie de R, et la formule
de changement de variables utilise la dérivée φ0 de cette application φ. Pour les intégrales
doubles, nous aurons à faire à une application φ d’une partie de R2 vers une autre partie de
R2 . La formule de changement de variables utilisera une combinaison des dérivées partielles
de fonctions coordonnées de φ, qu’on appelle le jacobien de φ. Voici la définition.
Définition. Considérons une application
φ: R2 → R2
.(u, v) 7→ φ(u, v) = (x(u, v), y(u, v))
On suppose que les fonctions de deux variables (u, v) 7→ x(u, v) et (u, v) 7→ y(u, v) admettent
des dérivées partielles (partout là où elles sont définies). Le jacobien de φ au point (u, v),
que l’on note Jac(φ)(u, v), est le déterminant de la matrice des dérivées partielles de φ ; plus
précisément : ∂x
(u, v) ∂x
∂u ∂v (u, v)
Jac(φ)(u, v) := det ∂y ∂y .
∂u (u, v) ∂v (u, v)
Les conditions pour pouvoir effectuer un changement de variables dans une intégrales doubles
sont plus strictes que pour les intégrales simples. En particulier, on a besoin de supposer
que le changement de variables est un “difféomorphisme” ; voici la définition. On dit qu’une
application
φ: R2 → R2
.(u, v) 7→ φ(u, v) = (x(u, v), y(u, v))
induit un difféomorphisme d’une région ∆ ⊂ R2 sur une région D ⊂ R2 si :
1. pour tout point (x, y) de D, il existe un point (u, v) = (u(x, y), v(x, y)) de ∆ et une
seul tel que (x, y) = φ(u, v),
2. les fonctions de deux variables (u, v) 7→ x(u, v), (u, v) 7→ y(u, v), (x, y) 7→ u(x, y) et
(x, y) 7→ v(x, y) admettent des dérivées partielles continues.
En pratique, la condition 2 sera toujours vérifiée ou presque dans les exemples auxquels vous
aurez à faire ; par contre, il faudra déterminer l’ensemble ∆ pour que la condition 1 soit
satisfaite.
Théoreme 9.4.1 (Théorème de changement de variables). Considérons une fonction conti-
nue de deux variables f , et une région borné D de R2 délimité par une courbe continue fermée
et contenue dans le domaine de définition de f . Considérons une application φ : R2 → R2 , et
supposons que cette application induit un difféomorphisme d’une région ∆ sur D. Alors on a
ZZ ZZ
f (x, y) dxdy = f (φ(u, v)) |Jac(φ)(u, v)| dudv.
D ∆
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Passons maintenant aux intégrales triples. Le théorème est presque le même que pour les
intégrales doubles ; la seule différence est qu’il nous faut maintenant considérer une application
φ de R3 vers R3 (ou d’une partie de R3 vers une partie de R3 ).
Définition. Considérons une application
φ: R3 → R3
.(u, v, w) 7→ φ(u, v, w) = (x(u, v, w), y(u, v, w), z(u, v, w))
On suppose que les fonctions de deux variables (u, v, w) 7→ x(u, v, w), (u, v, w) 7→ y(u, v, w)
et (u, v, w) 7→ z(u, v, w) admettent des dérivées partielles (partout là où elles sont définies).
Le jacobien de φ au point (u, v, w), que l’on note Jac(φ)(u, v, w), est le déterminant de la
matrice des dérivées partielles de φ ; plus précisément :
∂x ∂x ∂x
∂u (u, v, w) ∂v (u, v, w) ∂w (u, v, w)
∂y
Jac(φ)(u, v, w) := det ∂u (u, v, w) ∂y ∂y
∂v (u, v, w) ∂w (u, v, w)
.
∂z ∂z ∂z
∂u (u, v, w) ∂v (u, v, w) ∂w (u, v, w)
Nous allons maintenant détailler trois exemples importants de changements de variables : les
passages en coordonnées polaires, en coordonnées cylindriques, et en coordonnées sphériques.
x = r cos(θ) et y = r sin(θ).
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Étant donné une région D, si on note
Théoreme 9.4.3 (Intégrale en coordonnées polaires). Soit f une fonction continue de deux
variables x, y, et D une région bornée du plan R2 , délimitée par une courbe fermée continue,
et contenue dans le domaine de définition de f . On note
On a alors ZZ ZZ
f (x, y) dxdy = f (r cos(θ), r sin(θ)) r drdθ.
D ∆
Dans l’énoncé ci-dessus, il faut comprendre que D et ∆ représente le même domaine, mais
vu dans des coordonnées différentes : en coordonnées cartésiennes pour D, et en coordonnées
polaires pour ∆. Par exemple, dans le cas du disque unité, on aura
et
∆ = {(r, θ) ∈ [0, +∞[×[0, 2π[ tels que r ≤ 1}.
Le théorème 8.4.3 permet d’exprimer l’intégrale de n’importe quelle fonction de deux variables
en coordonnées polaires. C’est utile lorsque le domaine d’intégration et la fonction considérée
ont des expressions plus simples en coordonnées polaires qu’en coordonnées cartésiennes. C’est
2. Ce n’est pas tout à fait vrai, car il y a des problèmes en r = 0 et θ = 0, mais ça ne compte pas.
19
typiquement le cas lorsque le domaine d’intégration est un disque centré à l’origine (qui se
seule inéquation très simple r ≤ r0 ), et/ou lorsque
défini donc en coordonnées polaires par une p
la fonction f à intégrer ne dépend
p que de x2 + y 2 (en coordonnées polaires, f ne dépend
alors que de la variable r = x2 + y 2 , et pas de la variable θ.
Exemple. Supposons que l’on veuille calculer l’intégrale de la fonction f (x, y) = x2 + y 2 sur
le disque unité D. On a f (r cos θ, r sin θ) = r2 (cos2 θ + sin2 θ) = r2 . En coordonnée polaires,
le disque unité s’écrit correspond à
x = r cos(θ) y = r sin(θ) z = z.
Les coordonnées cylindriques (r, θ, z) d’un point de l’espace varient donc dans [0, +∞[×[0, 2π[×R.
20
Considérons l’application “passage de coordonnées cylindriques à cartésiennes”
alors φ induit (presque, mais ça ne compte pas) un difféomorphisme de ∆ sur D. Le jacobien
de φ est égal à :
∂x ∂x ∂x
∂r (r, θ, z) ∂θ (r, θ, z) ∂z (r, θ, z)
∂y ∂y ∂y
Jac(φ)(r, θ, z) = ∂r (r, θ, z) ∂θ (r, θ, z) ∂z (r, θ, z)
∂z (r, θ, z) ∂z (r, θ, z) ∂z (r, θ, z)
∂r ∂θ
∂z
cos(θ) −r sin(θ) 0
= sin(θ) r cos(θ) 0
0 0 1
= r cos2 (θ) + r sin2 (θ)
= r.
On a alors
ZZZ ZZZ
f (x, y, z) dxdydz = f (r cos(θ), r sin(θ), z) r drdθdz.
D ∆
Encore une fois, dans l’énoncé ci-dessus, il faut comprendre que D et ∆ représente le même
domaine, mais vu dans des coordonnées différentes : en coordonnées cartésiennes pour D, et
en coordonnées cylindriques pour ∆. Voici un exemple de calcul d’intégrale en coordonnées
cylindriques.
Exemple. Supposons que l’on veuille calculer le volume d’un cône dont la base est un disque
de rayon 1 et de hauteur 1. D’après le corollaire 8.3.2, cela revient à calculer l’intégrale de la
fonction constante 1 sur un tel cône, par exemple sur le cône C dont la base est le disque D
de centre (0, 0, 0), de rayon 1, situé dans le plan z = 0, et dont le sommet est le point (0, 0, 1).
En coordonnées cylindriques, ce cône C est défini par
21
En utilisant le théorème 8.4.4, on a donc
Z
Volume(C) := 1 r drdθdz
C
Z 2π Z 1 Z 1−z
= r dr dz dθ
θ=0 z=0 r=0
Z 2π Z 1 r=1−z ! !
r2
= dz dθ
θ=0 z=0 2 r=0
2π 1
(1 − z)2
Z Z
= dz dθ
θ=0 z=0 2
Z 2π z=1
(1 − z)3
= − dθ
θ=0 6 z=0
Z 2π
1
= dθ
θ=0 6
2π π
= = .
6 3
Le volume d’un cylindre d’un cône dont la base est un disque de rayon 1 et de hauteur 1 est
donc égal à π3 .
22
Remarque. Certains textes utilisent d’autres conventions pour la définition des coordonnées.
En particulier, il arrive qu’on utilise la latitude au lieu de la co-latitude, ou qu’on échange les
noms des angles θ et φ (i.e. que φ désigne la co-latitude et θ la longitude). Faites attention à
ces choix de conventions !
∆ = {(r, φ, θ) ∈ [0, +∞[×[0, 2π[×[0, π] tels que (r cos(φ) sin(θ), r sin(φ) sin(θ), r cos(θ)) ∈ D},
alors φ induit (presque, mais ça ne compte pas) un difféomorphisme de ∆ sur D. Le jacobien
de φ est égal à :
∂x ∂x ∂x
∂r (r, φ, θ) ∂φ (r, φ, θ) ∂θ (r, φ, θ)
∂y ∂y ∂y
Jac(φ)(r, θ, z) = ∂r (r, φ, θ) ∂φ (r, φ, θ) ∂θ (r, φ, θ)
∂z ∂z
(r, φ, θ)) ∂z
∂r (r, φ, θ) ∂φ ∂θ (r, φ, θ)
cos(φ) sin(θ) −r sin(φ) sin(θ) r cos(φ) cos(θ)
= sin(φ) sin(θ) r cos(φ) sin(θ) r sin(φ) cos(θ)
cos(θ) 0 −r sin(θ)
= cos(θ) −r2 sin2 (φ) sin(θ) cos(θ) − r2 cos2 (φ) cos(θ) sin(θ)
= −r2 cos2 (θ) sin(θ) sin2 (φ) + cos2 (φ) − r2 sin(θ) sin2 (θ) sin2 (φ) + cos2 (φ)
= −r2 sin(θ).
∆ = {(r, φ, θ) ∈ [0, +∞[×[0, 2π[×[0, π] tels que (r cos(φ) sin(θ), r sin(φ) sin(θ), r cos(θ)) ∈ D}.
On a alors
ZZZ ZZZ
f (x, y, z) dxdydz = f (r cos(φ) sin(θ), r sin(φ) sin(θ), r cos(θ)) r2 sin(θ) drdφdθ.
D ∆
23
Exemple. Supposons que l’on veuille calculer le volume d’une boule de rayon R. D’après
le corollaire 8.3.2, cela revient à calculer l’intégrale de la fonction constante 1 sur une boule
de rayon R, par exemple sur la boule B de rayon R centrée en (0, 0, 0). En coordonnées
sphériques, cette boule B est simplement définie par
24
Chapitre 10
Intégrales curvilignes
Dans le chapitre précédent, nous avons appris à intégrer des fonctions de deux variables sur
des régions du plan : ce sont des intégrales doubles. Pour calculer ces intégrales doubles, on est
amené à intérgrer les fonctions de deux variables considérées sur des segments horizontaux
ou verticaux. En fait, on peut aussi intégrer une fonction de deux variables le long d’une
courbe plane. On parle alors d’intégrale curviligne. Ces intégrales sont l’objet de notre dernier
chapitre.
Comme toujours, nous ne nous préoccuperons guère des questions de continuité et de dérivabilité.
Toutes les courbes paramétrées que nous considérerons seront — sans qu’on le précise à chaque
fois —- seront dérivables, à dérivées continues, sauf peut-être en un nombre fini de points (ceci
permettant d’inclure par exemple les courbes paramétrées dont les images sont des polygones).
Les courbes géométriques considérées seront également supposées continument dérivables par
morceaux, ce qui signifie qu’elles admettront des paramétrages dérivables, à dérivées conti-
nues, sauf peut-être en un nombre fini de points.
Une orientation d’une courbe géométrique plane est un “sens de parcours” de cette courbe 1 .
Une courbe géométrique plane admet exactement deux orientations. Une courbe géométrique
plane orientée est une courbe géométrique plane munie d’un choix d’orientation. Un pa-
ramétrage direct d’une courbe plane orientée C est un paramétrage injectif M : I → R2 de C
1. Je ne donne pas de définition mathématiques précise ; à mon avis, cela ne ferait que vous embrouiller.
25
qui respecte le sens de parcourt donné par l’orientation de C. Ceci équivaut à demander que
~ 0 (t) pointe selon le sens de parcourt de C donné par sont orientation.
le vecteur vitesse OM
Définition. Soit C une courbe géométrique plane orientée, et p0 un point de cette courbe.
Le vecteur unitiaire tangent direct à C au point p0 , que nous noterons généralement ~t(p), est
le “vecteur tangent à C au point p0 de norme 1 qui pointe selon l’orientation de C”. Plus
formellement, il est défini en choisissant un paramétrage direct M : I → R2 de C, en notant
s0 l’unique élément de I tel que c(s0 ) = p0 , puis en posant
~ 0
~t(p0 ) = ~t(M (s0 )) := OM 0 (s0 ) .
~ (s0 )k
kOM
On vérifie facilement que cette définition ne dépend pas du choix du paramétrage direct M .
Si on note (x(s), y(s)) les coordonnées de M (s), alors on a
1
~t(M (s0 )) = (x0 (s0 ), y 0 (s0 )).
~ 0 (s0 )k
kOM
Définition. Soit C une courbe géométrique plane orientée, et p0 un point de cette courbe.
Le vecteur unitiaire normal direct à C au point p0 , que nous noterons généralement ~n(p),
est le vecteur obtenu en tournant ~t(p0 ) de − pi
2 . Autrement dit, c’est le vecteur en p0 tel que
~
(~n(p0 ), t(p0 )) forme une base orthonormale directe. Si M : I → R2 est un paramétrage de C,
et si on note (x(s), y(s)) les coordonnées de M (s), alors on a
1
~n(M (s0 )) = 0 (y 0 (s0 ), −x0 (s0 )).
~ (s0 )k
kOM
26
Une courbe non-fermée Une courbe fermée (non-simple) Une courbe fermée simple
Définition. Soit C une courbe fermée simple orientée. On dit que que C est positivement
orientée si le vecteur normal unitaire direct ~n pointe vers l’extérieur de C. Sinon on dit que
C est négativement orientée.
Démonstration. Le paramétrage P est direct donc injectif : on peut donc définir sont inverse
P −1 : C → [c, d]. On considère le changement de paramétrage
[a, b] → [c, d]
s 7→ t(s) := P −1 (M (s)).
27
En utilisant la formule de dérivation composée, on vérifie que
0 0
~ (s)
kOM ~ (s)k
kOM
0
t (s) = 0 = ,
~ (P −1 (M (s)))
OP ~ 0 (t(s))k
kOP
autrement dit
~ 0 (t)kdt = kOM
kOP ~ 0 (s)kds.
Dès lors, l’égalité souhaitée découle donc de Ia formule de changement de variable.
Définition (Intégrale d’une fonction le long d’une courbe plane orientée). Soit C une courbe
plane orientée (qu’on suppose comme toujours continument dérivable par morceaux), et f une
fonctionRde deux variables définie (au moins) sur C. On appelle intégrale de f le long de C, et
on note C f , la quantité définie comme suit : on choisit un paramétrage direct M : [a, b] → R2
de la courbe C, et on pose
Z Z b
f := ~ 0 (s)k ds,
f (M (s)) kOM
C a
Remarque. Cette définition est légitime puisque, d’après la proposition 9.2.1, la valeur de
~ 0 (s)k ds ne dépend pas du choix du paramétrage direct s 7→ M (s).
Rb
l’intégrale a f (M (s)) kOM
Insistons sur la présence du facteur kOM ~ 0 (s)k : sans ce facteur, l’intégrale ne serait pas
indépendante du choix du paramétrage de la courbe.
Exemple (Longueur d’une courbe). Soit C une courbe plane orientée, qu’on suppose comme
toujours continument dérivable par morceaux. On peut définir la longueur de C, en approchant
C de mieux en mieux par des lignes polygonales (une ligne polygonale est une suite de segments
mis bout-à-bout). On peut alors montrer l’énoncé suivant :
Définition (Champ de vecteurs). Un champ de vecteurs X ~ sur une région D de R2 est une
~
application qui à chaque point (x, y) de D associe un vecteur X(x, y) basé au point (x, y).
Exemple. Vous avez déjà manipulé des champs de vecteurs. D’une part, en Physique, les
champs de forces (le champ électrique créé par une distribution de charge par exemple) sont
des champs de vecteurs : en chaque point de l’espace Physique, on a un vecteur qui donne
l’intensité et la direction de la force considérée (par exemple, électrique) en ce point. D’autre
part, si f : R2 → R est une fonction de deux variables, alors le gradient de f
−−−→
(x, y) 7→ Grad(x,y) f
28
est un champ de vecteurs sur R2 . Ces deux exemples sont d’ailleurs reliés. En effet, la plupart
des champs de forces en Physique “dérivent d’un potentiel”. ceci signifie que ce sont des
gradients de fonctions, qu’on appelle des “potentiels”. Par exemple, le champ électrique E ~ s
est le gradient du potentiel électrique.
Définition (Circulation d’une champ de vecteurs le long d’une courbe). Soit C un courbe
~ un champ de vecteurs (défini au moins au voisinage de C). Pour (x, y) ∈
plane orientée, et X
~
C, on note t(x, y) le vecteur tangent unitaire direct de C en (x, y). La circulation de X ~ le
~
long de C est l’intégrale du produit scalaire de X avec ~t le long de la courbe C :
Z
Circulation(X,~ C) := ~ ~t
X.
C
La circulation d’un champ de vecteurs X ~ le long d’un courbe plane orientée C est définie
indépendamment de toute paramétrisation. Il n’empêche que, pour calculer cette circulation,
il faut choisir une paramétrisation de C. Soit donc
M : [a, b] → R2
s 7→ M (s) = (x(s), y(s))
une paramétrisation directe de C. Alors
~ 0
~t(M (s)) = OM 0 (s) .
~ (s)k
kOM
Notons (P (x, y), Q(x, y)) les coordonnées du vecteur X(x, ~ y). On a donc
Z Z b
~ τ = 1 ~ ~ 0 (s) kOM
~ 0 (s)k ds
X.~ 0 X(M (s)).OM
C ~
a kOM (s)k
Z b
= ~
X(M ~ 0 (M (s)) ds
(s)).OM
a
Z b
= P (x(s), y(s)).x0 (s) + Q(x(s), y(s)).y 0 (s) ds.
a
En résumé :
29
Définition (Flux d’un champ de vecteurs à travers une courbe). Soit C un courbe plane
orientée, et X~ un champ de vecteurs (défini au moins au voisinage de C). Pour (x, y) ∈ C,
~ à travers C est
on note ~n(x, y) le vecteur normal unitaire direct de C en (x, y). Le flux de X
~
l’intégrale du produit scalaire de X avec ~n le long de la courbe C :
Z
~
Flux(X, Γ) := ~ n
X.~
Γ
Considérons un champ de vecteurs X ~ et une courbe C comme ci-dessus. Notons (P, Q) les
~ et considérons une paramétrisation directe
coordonnées de X,
M : [a, b] → R2
s 7→ M (s) = (x(s), y(s))
Ainsi :
Remarque. Considérons une courbe plane orientée Γ. En observant les formules (9.3.1)
et (9.3.2), on constate que le flux à travers C d’un champ de vecteurs de coordonnées (P, Q)
est égal à la circulation le long de C du champ de vecteurs de coordonnées (−Q, P ).
Interprétation physique. Le terme “flux” provient du cas où X ~ est le champ des vitesses
des particules d’un fluide (qu’on suppose en écoulement stationnaire pour simplifier) Ceci
~
signifie que X(x, y) est la vitesse de la particule se trouvant au point (x, y) (cette vitesse ne
dépend pas de l’instant d’observation si l’écoulement est stationnaire). Dans ce cas, le flux de
X~ à travers la courbe Γ est un quantité de fluide qui traverse Γ par unité de temps. Autrement
dit, c’est le “débit” de fluide à travers Γ.
30
10.4 Formule de Green-Riemann
Dans le chapitre précédent, nous appris à intégrer une fonction de deux variable sur une région
du plan entourée par une courbe fermée : c’est la notion d’intégrale double. Nous venons de
voir qu’il est aussi possible d’intégrer une fonction de deux variables le long d’une courbe :
c’est la notion d’intégrale curviligne. Nous allons maintenant énoncer des résultats qui relient
certaines intégrales curvilignes le long de courbes fermées à des intégrales doubles sur les
régions du plan entourées par ces courbes fermées.
Théoreme 10.4.1 (Formule de Green-Riemann). Soit C une courbe plane fermée simple
positivement orientée (et continument dérivable). On note D la région bornée délimitée par
C. Si X~ est un champ de vecteurs de coordonnées (P, Q) défini sur D, on a
ZZ
~ ∂Q ∂P
Circulation(X, C) = (x, y) − (x, y) dxdy.
D ∂x ∂y
Définition (Divergence d’un champ de vecteurs). Soit X ~ un champ de vecteurs défini sur
~ notée divX
une région du plan, de coordonnées (P, Q). La divergence de X, ~ est la fonction
de deux variables définie par
~ ∂P ∂Q
divX(x, y) := (x, y) + (x, y).
∂x ∂y
31
Interprétation physique. La valeur de la divergence du champ X ~ indique si, quand on
~ ~ 2 , y2 ) ont ten-
prend deux points proches (x1 , y1 ) et (x2 , y2 ), les vecteurs X(x1 , y1 ) et X(x
dance à pointer dans la même direction (divergence nulle), à avoir des directions divergentes
(divergence positive), ou des directions convergentes (divergence négative) 2 .
Corollaire 10.4.2 (Flux et divergence). Soit C une courbe plane fermée simple positivement
orientée (dérivable, à dérivée continue, au moins par morceaux ). On note D la région bornée
délimitée par C. Si X ~ est un champ de vecteurs défini sur D, alors le flux de X
~ à travers la
courbe C est égal à l’intégrale sur D de la divergence de X ~ :
ZZ
~
Flux(X, C) = ~
divX.
D
Application en mécanique des fluides. Soit X ~ le champ de vitesse d’un fluide. Sup-
posons le fluide incompressible. Alors, pour tout région bornée D du plan, la quantité de
fluide qui se trouve dans D ne varie pas au cours du temps. Ceci implique que le flux de
X~ à travers le bord de D est nul. D’après le corollaire 9.4.2 ceci implique que l’intégrale de
la divergence de X ~ sur la région D est nulle. Mais ceci est valable pour n’importe quelle
région bornée D. On en déduit facilement que la divergence de X ~ est identiquement nulle (en
effet, si la divergence de X n’était pas identiquement nulle, elle serait strictement positive
ou strictement négative en un point (x, y) ; par continuté, elle serait strictement positive ou
strictement négative sur un voisinage de (x, y) ; son intégrale sur une petite région contenu
dans ce voisinage de (x, y) serait donc non-nulle). On a donc montré que : si X ~ est le champ
de vitesse d’un fluide incompressible, alors la divergence de X ~ est nulle.
32
Application électrostatique. Soit E ~ le champ électrique créé par une distribution de
~
charge de densité ρ. On sait que E dérive d’un potentiel U ; autrement dit, il existe une
fonction U : R2 → R, qu’on appelle “potentiel électrique”, telle que E ~ = −−−→
GradU . On sait
−−−→
également que ce potentiel U est relié à la distribution de charges div(Grad U ) = ρ0 , où 0 est
une constante : la permitivité du milieu 3 . Considérons maintenant une courbe fermée simple
positivement orientée C délimitant une région D du plan. D’après le corollaire 9.4.2, on a
−−−→
ZZ ZZ ZZ
~ C) =
Flux(E, divE ~ = div(Grad U ) = ρ.
D D D
−−−→
3. La fonction div(Grad U ) s’appelle le laplacien du potentiel U ; on le note généralement ∆U
33