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Rapport Rocher

Ce rapport analyse le bilan de la loi Pacte deux ans après sa mise en place. Il souligne que l'entreprise a toujours eu une responsabilité envers la société et que la loi Pacte, notamment à travers la qualité de société à mission, l'incite à expliciter publiquement sa contribution sociale et environnementale. Cependant, il faut que ces engagements soient concrétisés par des objectifs mesurables pour donner une réelle preuve de cette raison d'être.

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Rapport Rocher

Ce rapport analyse le bilan de la loi Pacte deux ans après sa mise en place. Il souligne que l'entreprise a toujours eu une responsabilité envers la société et que la loi Pacte, notamment à travers la qualité de société à mission, l'incite à expliciter publiquement sa contribution sociale et environnementale. Cependant, il faut que ces engagements soient concrétisés par des objectifs mesurables pour donner une réelle preuve de cette raison d'être.

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RAPPORT ROCHER

Repenser la place des entreprises dans la société :


bilan et perspectives deux ans après la loi Pacte

Dirigé par Bris Rocher,


président-directeur général du Groupe Rocher
Rapporteur : Anselme Mialon, Direction générale du Trésor
Rapport remis le 19 octobre 2021
INTRODUCTION
à Bruno Le Maire,
Ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance Repenser la place des entreprises dans la société :
et à Olivia Grégoire, bilan et perspectives deux ans après la loi Pacte
Secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale, solidaire et responsable

L’entreprise est nativement responsable

Touchée par une grave crise de légitimité, l’entreprise doit redoubler d’efforts pour
recréer les conditions de la confiance auprès de ses communautés. Afin de relever
de manière pérenne ce défi de taille, elle dispose désormais d’outils pour asseoir
le bien-fondé de son existence. Si elle pouvait jusque-là se prévaloir d’une certaine
éthique, elle est désormais en mesure d’endosser un rôle beaucoup plus ambitieux :
celui d’œuvrer au nom de l’utilité publique, une fonction traditionnellement réservée
aux États. L’entreprise n’a certes pas vocation à se substituer aux politiques mais,
en l’absence de gouvernance mondiale efficiente sur les grands enjeux de société
(environnement, inégalité, santé, citoyenneté…), elle peut largement participer à
l’élaboration et à la mise en œuvre de solutions.

D’autant que l’entreprise est nativement responsable et que les engagements qui lui sont
aujourd’hui demandés lui permettent de se réapproprier le sens de ce qu’entreprendre
signifie. L’étymologie du mot (le latin inter prehendere, littéralement « prendre entre
ses mains ») suggère ainsi que le sens profond de l’activité entrepreneuriale consiste
à tenir quelque chose entre ses mains pour le maîtriser sans cependant l’accaparer (1).
Le sens fixé par l’usage dès le XVe siècle associe quant à lui le mot à la prise de risque
commune et solidaire  : entreprendre, c’est prendre un risque entre soi, c’est-à-dire
ensemble (2). La responsabilité des entrepreneurs est donc partagée et totale car, en
cas d’échec, c’est la ruine !

Au XIXe  siècle, l’innovation juridique que constitue la société anonyme a signé


l’émergence de l’actionnariat, lequel encourage les entrepreneurs à rassembler d’autres
capitaux que les leurs auprès de banques et d’investisseurs privés ou publics pour financer
le développement de leurs entreprises. C’est alors une autorisation gouvernementale
qui acte la fondation d’une société anonyme : il faut justifier d’un intérêt pour le pays
et la société civile à développer une activité enrichissant potentiellement les personnes
privées ayant pris le risque de la financer. La responsabilité des actionnaires s’exerce
ainsi officiellement d’emblée en regard d’un intérêt collectif élargi. Quand cette
autorisation gouvernementale est supprimée en 1867, affranchissant définitivement

(1) Prehendere n’a en effet pas le sens prédateur de captere qui signifie quant à lui « prendre pour capter ».
(2) Voir, par exemple, Alain Chartier, Le Quadrilogue invectif, livre publié en 1422.

RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 3


la liberté d’entreprendre, les entrepreneurs intériorisent cette double, voire triple Au-delà de la raison d’être, il faut surtout des preuves
responsabilité, à l’égard de leurs actionnaires, de leur corps social et de la société de de cette raison d’être 
façon plus large. Ainsi au début du XXe siècle, Henry Ford déclare que la poursuite du
profit est évidemment un réquisit à la soutenabilité de toute activité économique, car La loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises),
c’est ce qui permet d’investir pour innover et surtout soutenir l’emploi, mais que si notamment à travers la qualité de société à mission représente donc un virage
c’est là l’unique raison d’être (reason for existence) de l’activité, l’entreprise périclitera législatif important, qui va inciter l’entreprise à expliciter publiquement son apport à la
bien vite. communauté, la mission qu’elle se donne, ses objectifs sociaux et environnementaux,
tout en reprécisant ses valeurs. Ainsi, la raison d’être inscrite dans les statuts doit
Les actionnaires doivent être remis au centre du jeu être déclinée de manière opérationnelle. Car il n’y a pas de raison d’être sans preuve
de raison d’être. Et, cette garantie de réalité de la raison d’être commence par sa
La capacité à injecter du capital a permis un développement sans précédent, mais cela a transcription dans un statut juridique incluant les objectifs déterminés par l’entreprise
aussi distendu le rôle des actionnaires qui sont devenus au fil du temps des investisseurs. pour donner du corps à la mission qu’elle s’est fixée.
La société de capitaux limite la responsabilité des apporteurs de capitaux, car ils ne sont
plus responsables sur leurs biens propres, mais c’est cela qui a permis de libérer l’esprit Inscrire la mission dans les statuts de la société permet de lui donner un caractère
d’entreprise. Puisque l’investisseur n’est plus responsable sur ses biens propres et que opposable qui la distingue des politiques RSE conventionnelles. Cette notion
sa responsabilité se limite à son apport financier, la responsabilité s’est naturellement d’opposabilité est à la fois juridique et médiatique. Si l’entreprise inscrit sa mission
déplacée vers les entreprises. En effet, la responsabilité de l’entreprise n’a jamais cessé et les objectifs correspondants dans ses statuts, elle est tenue juridiquement de les
de croître. En passant de la qualité totale à la gouvernance d’entreprise pour arriver in remplir, mais le risque d’image l’expose davantage. Cela étant, en prenant un peu
fine à la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), la nouvelle qualité de société à de recul, on se rend vite compte qu’il y a, d’un côté, la loi qui réglemente et établit
mission ne fait que répondre aux attentes des citoyens et traduit bien ce transfert de des règles qui s’imposent à toute la société et, de l’autre, le citoyen qui élève son
responsabilité. Même si la responsabilité des apporteurs de capitaux est limitée, cela niveau d’exigence au regard des enjeux sociaux et environnementaux. En effet, la libre
ne doit pas les déresponsabiliser pour autant. En effet, toutes décisions engageant concurrence oblige l’entreprise à se gendarmer, car elle se doit de répondre aux attentes
l’entreprise restent assumées par les organes de gestion et d’administration comme des citoyens même en l’absence de cadre juridique ou de contraintes réglementaires.
le conseil d’administration et les résolutions votées par les actionnaires en assemblée Les individus considèrent donc que les entreprises peuvent faire davantage pour régler
générale s’imposent à elle. Notre rapport repose sur une conviction forte : il n’y a pas les problèmes de la société. En cela, les dirigeants doivent initier le changement plutôt
d’entreprise responsable sans investisseur responsable. que d’attendre les décisions des institutions qui nous gouvernent.

Quoi qu’il en soit, l’innovation juridique que constitue la société anonyme et qui Ainsi, la loi Pacte représente une avancée majeure pour l’entreprise. Celle-ci tient
permet de rassembler des capitaux ne suffit pas à déterminer l’entreprise. Celle-ci ne au fait que le modèle français met la définition du sens du projet collectif au cœur
saurait exister sans développer d’autres formes de capitaux que l’on obtient grâce à de la stratégie des entreprises et au fondement de tous les engagements sociaux
la création collective, la production innovante, la réinvention des organisations et la et environnementaux que celles-ci peuvent adopter. On n’a sans doute pas assez
culture des valeurs. Ainsi, au-delà du capital financier, il faut aussi considérer le capital souligné la puissance et l’originalité d’un modèle qui, au lieu de contraindre d’abord,
humain. Les chiffres et les organisations ne dirigent pas une entreprise, ce sont les invite chaque entreprise à se réapproprier et à réaffirmer le sens de son activité et de
femmes et les hommes – qui la composent – qui sont en mesure de bâtir un projet sa contribution pour le monde. La loi française a su démontrer qu’elle faisait confiance
collectif. Pour ce faire, il faut remettre le sens du travail au cœur du fonctionnement aux entreprises pour porter une responsabilité, dont elles avaient elles-mêmes à définir
de l’entreprise. Or, il se trouve que la qualité de société à mission permet de rendre l’orientation et les axes de combats spécifiques.
explicite ce qui parfois est beaucoup trop implicite. 

4 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 5


Définir des combats Les enjeux de la loi Pacte

En effet, être une entreprise à mission ne permet pas d’être de tous les combats. En Si l’engouement pour ces nouveaux modèles de gouvernance a été fort, un franc
ce sens, une entreprise doit faire des choix et se focaliser pour avoir de l’impact. Il et massif basculement vers eux n’a pas eu lieu. Peu d’ETI ou de grands groupes ont
ne s’agit pas d’être responsable de tout mais d’apporter sa pierre à l’édifice sur un franchi le pas de la société à mission, et si la moitié des sociétés du CAC 40 a défini
domaine ciblé pour développer sa propre singularité, là où les valeurs et les savoir- sa raison d’être, peu l’ont inscrite dans leurs statuts. Comment expliquer ces effets
faire peuvent être les plus utiles à la collectivité. Les solutions aux enjeux sociaux de plafonnement  ? Lors des entretiens réalisés pour ce rapport, beaucoup de nos
et environnementaux apportées par les entreprises doivent à présent se déployer interlocuteurs ont relevé le fait que les bénéfices de ces dispositions n’étaient pas
simultanément au développement économique de leurs activités. Les deux vont de perceptibles alors que les risques (juridiques, de réputation) étaient, eux, identifiés. Il a
pair et s’articulent dans un jeu à somme positive : la seule façon de créer de l’impact aussi été souligné que ces dispositions n’étaient pas assez crédibles, car souples dans
durable est d’aligner son modèle d’affaires sur l’impact positif que l’on veut créer. leurs contours, pas assez ambitieuses, ce qui pouvait laisser penser à des affichages de
Autrement dit, une entreprise doit désormais pouvoir se dire que plus son chiffre vertu plus qu’à des démarches authentiques, engagées et transparentes.
d’affaires augmente, plus son impact est grand – et vice versa. Là est la clé de la réforme
en cours du capitalisme. Celle aussi de la confiance que les citoyens continueront Le point de vue qui a ici été adopté pour répondre à ces freins a donc été celui du
d’accorder à l’économie de marché. pragmatisme. Ce rapport, commandé par Bruno Le Maire, ministre de l’Économie,
des Finances et de la Relance et par Olivia Grégoire, secrétaire d’État chargée de
La notion de mission invite l’entreprise à s’interroger sur le pourquoi de son existence, l’Économie sociale, solidaire et responsable, s’est voulu lucide sur les causes pouvant
sur le récit collectif qu’elle écrit pour embarquer l’ensemble de ses parties prenantes expliquer des incompréhensions, des blocages, des oppositions, de façon à proposer
dans un projet d’entreprise volontariste. Pour les actionnaires, c’est la feuille de route des recommandations opérationnelles. Les objectifs sous-jacents ressortant de la lettre
stratégique sur laquelle l’entreprise sera jugée, mais c’est aussi une manière de révéler de mission (cf. Annexe 1) sont clairs : convaincre le maximum d’entreprises d’aller vers
le plein potentiel de l’entreprise et ainsi augmenter sa valeur immatérielle à terme. ces nouveaux modèles au double bénéfice des entreprises et de la société dans son
Pour le consommateur, c’est une raison d’adhérer à la marque et d’utiliser la marque ensemble. ; rendre les dispositions de la loi Pacte afférentes mieux connues, partagées,
en question comme véhicule de sa propre raison d’être et ainsi s’affirmer au sein d’une légitimes, objectives, ambitieuses  ; et enfin consolider et faire rayonner un modèle
communauté. Pour les femmes et les hommes de l’entreprise, c’est une manière de français de responsabilité. Ce rapport se situe ainsi clairement du côté du principe de
donner du sens à leur action, de s’épanouir dans leur travail en étant capable de délivrer réalité, avec le désir de projeter ces nouveaux dispositifs vers leur meilleur potentiel.
la double exigence attendue aujourd’hui : profitabilité et contribution sociétale. Pour ce faire, nous avons auditionné plus de 200 acteurs variés (chefs d’entreprise de
toutes tailles, sociétés à mission ou non, convaincus ou sceptiques, mais également
Une raison d’y être universitaires et conseils (cf. Annexe 2)). Qu’ils soient ici vivement remerciés pour leur
contribution. 
C’est ici que la qualité de société à mission prend tout son sens. Car, pour la première
fois de son histoire, grâce à la loi Pacte, la culture d’entreprise a trouvé un support Bris Rocher
juridique à travers la qualité de société à mission. Car la raison d’être d’une entreprise, président-directeur général du GROUPE ROCHER
c’est une raison d’y être pour les collaboratrices et les collaborateurs. Elle est le pivot
central qui permet d’articuler son projet d’entreprise et de développer une culture
d’entreprise en interne.

Crédit photo : Emanuele Scorcelletti


Dans un monde qui change en permanence avec des phénomènes d’accélération
qui viennent perturber le voyage de chaque entreprise, il est fondamental de se
poser sur la raison d’être de son entreprise, sur sa finalité, en prenant conscience des
risques encourus mais surtout des bénéfices attachés. En effet, les collaborateurs de
l’entreprise ne donneront le meilleur d’eux-mêmes qu’à condition de comprendre
l’enjeu de la tâche. Un principe auquel je suis particulièrement attaché : indiquer une
direction, ne pas se contenter de gérer.

6 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 7


SYNTHÈSE DES RECOMMANDATIONS

ESSAIMER : plusieurs leviers peuvent être activés pour une appropriation


la plus large possible des nouveaux dispositifs issus de la loi Pacte

1. Rédiger un guide de bonnes pratiques sur les modalités de prise en considération


des enjeux sociaux et environnementaux dans le processus de décision des organes
sociaux des sociétés à destination des TPE et PME, associant la CPME, le MEDEF, les
organisations syndicales de salariés, les CCI…

2. 
Multiplier les actions de sensibilisation et de formation sur les dispositifs de
raison d’être et de société à mission en mobilisant les réseaux professionnels en
relation directe avec les PME et ETI, par une approche de pair à pair, ainsi que
la Communauté des entreprises à mission, le Conseil national des greffiers des
tribunaux de commerce et Bpifrance notamment.

3. L’État actionnaire devrait  : (i) poursuivre les efforts engagés afin de mettre en
œuvre des raisons d’être dans les entités directement éligibles ; (ii) s’assurer que
dès qu’un vecteur peut être utilisé, il le soit, pour proposer une raison d’être
dans un établissement public  ; et (iii) développer des indicateurs de suivi de la
raison d’être avec les entités. L’État actionnaire pourrait également encourager ses
participations, notamment celles dotées de missions de service public, à s’interroger
sur la pertinence de la qualité de société à mission.

4. Inviter les établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) à se


doter d’une raison d’être.

5. Étendre les articles L. 210-10 à L. 210-12 du Code de commerce aux sociétés civiles
et aux groupements d’intérêt économique. Étudier l’extension de cette qualité aux
associations.

6. Pour le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce, émettre une
circulaire à destination des greffiers pour homogénéiser les conditions de déclaration
de la qualité de société à mission.

7. 
Etablir un lien direct entre le Conseil national des greffiers des tribunaux de
commerce et la Communauté des entreprises à mission pour croiser les fichiers de
sociétés à mission et obtenir le décompte le plus à jour et fiable possible.

8 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 9


CRÉDIBILISER : le risque perçu de purpose washing nécessite de crédibiliser
les dispositifs de la raison d’être et de la société à mission
RAPPEL DES DISPOSITIFS LÉGISLATIFS
8. Pour les sociétés dotées d’une raison d’être, la décliner dans la stratégie de la société
et la conduite opérationnelle de ses activités. Recommander que les sociétés dotées
d’une raison d’être statutaire rendent compte une fois par an à leurs actionnaires
de l’apport de la stratégie mise en œuvre et des résultats correspondants à la raison La loi n° 2019-486 du 22 mai 2019 relative à la croissance et la transformation
d’être. des entreprises (dite loi Pacte) a introduit dans le droit français trois niveaux
dans la prise en compte des externalités positives et négatives des sociétés.
9. C
 onditionner une fraction de la rémunération variable (cible minimale de 20 %)
des salariés et dirigeants d’entreprises à des critères extra-financiers objectifs en Ces trois dispositifs de cette loi portent sur :
lien avec la raison d’être.
• la prise en considération des enjeux sociaux et environnementaux
10. Obliger les sociétés à mission à publier, à partir de 2027 sur l’exercice 2026, dans la gestion des sociétés ;
un rapport de durabilité selon les standards de durabilité simplifiés du Groupe
• la possibilité d’inscrire une raison d’être dans les statuts ;
consultatif européen sur l’information financière (EFRAG) dans le cadre de la
proposition de directive relative à la publication d’informations en matière de • la qualité de société à mission.
durabilité par les entreprises (CSRD).
Lors des travaux parlementaires, ces trois dispositifs ont été décrits comme formant
11. Réaffirmer le rôle du conseil d’administration et/ou des instances dirigeantes dans les trois étages d’une même fusée (3), puisqu’ils impliquent un engagement crescendo
la gouvernance de l’entreprise et  préciser le rôle du comité de mission dans la de la part des sociétés : une obligation d’identification des externalités liées à leurs
perspective d’une interaction plus collaborative avec les organes de gestion et activités («  prise en considération des enjeux sociaux et environnementaux  »), une
d’administration. contribution qu’il est possible de formaliser et d’inscrire dans ses statuts au fondement
de son modèle de développement global (« raison d’être »), un impact engageant,
12. 
Clarifier le champ d’intervention de l’organisme tiers indépendant (OTI) par
ciblé et contrôlé avec un organe de suivi et de contrôle (« société à mission »).
la publication de l’avis technique et de l’avis motivé type de la Compagnie
nationale des commissaires aux comptes (CNCC) et du guide méthodologique Ce rapport traitera du fonds de pérennité dont l’enjeu est de constituer une structure
de l’Association française de normalisation (AFNOR). Encourager les entreprises à pouvant à la fois se comporter en tant qu’actionnaire actif et de long terme d’une ou
lancer des appels d’offres pour le choix de leur OTI et travailler à la déconcentration plusieurs sociétés et agir pour des œuvres ou des missions d’intérêt général, ce qui peut
du marché. permettre aux actionnaires de pérenniser certains modèles et projets d’entreprise. Peu
mobilisé jusqu’à présent, ce dispositif pourrait pourtant, sous réserve d’ajustements,
encourager des entrepreneurs à se déposséder au nom de la pérennisation de leur
SE PROJETER  : lever les freins au développement du fonds de pérennité,
entreprise.
consacrer l’obligation de prendre en considération les enjeux sociaux et
environnementaux au niveau européen et inciter toute société européenne à
se doter d’une raison d’être, et progresser vers une comptabilité intégrée

13. Exonérer de droits de mutation à titre gratuit les apports de titres de sociétés au Article 1833 du Code civil
fonds de pérennité. À défaut, instaurer un régime de report d’imposition des
droits de mutation à titre gratuit et clarifier les conditions d’applicabilité du pacte Toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l’intérêt commun
Dutreil aux personnes morales réalisant des apports. des associés.
La société est gérée dans son intérêt social, en prenant en considération les
14. D
 ans le cadre de la proposition législative de la Commission européenne sur enjeux sociaux et environnementaux de son activité.
la gouvernance durable d’entreprise, consacrer la prise en considération des
enjeux sociaux et environnementaux au niveau européen et inciter toute société
européenne à se doter d’une raison d’être.
(3) Selon l’expression du rapporteur général à l’Assemblée nationale, Roland Lescure..

10 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 11


Article 1835 du Code civil (4) Conditions relatives à l’article L. 210-10 du Code de commerce

Les statuts doivent être établis par écrit. Ils déterminent, outre les apports de Une société qui souhaite obtenir la qualité de société à mission doit respecter
chaque associé, la forme, l’objet, l’appellation, le siège social, le capital social, la cinq conditions :
durée de la société et les modalités de son fonctionnement. Les statuts peuvent • inscription dans les statuts d’une raison d’être ;
préciser une raison d’être, constituée des principes dont la société se dote et
pour le respect desquels elle entend affecter des moyens dans la réalisation de •
inscription dans les statuts d’un ou plusieurs objectifs sociaux et
son activité. environnementaux que la société se donne pour mission de poursuivre dans
le cadre de son activité ;
• inscription dans les statuts des modalités du suivi de l’exécution de la mission
mentionnée. Ces modalités consistent en la mise en place d’un comité
Articles L. 225-35 et L. 225-64 du Code de commerce de mission (ou un référent de mission pour les entreprises de moins de
50 salariés), distinct des organes sociaux et comportant au moins un salarié,
La loi Pacte a modifié les articles L. 225-35 et L. 225-64 du Code de commerce qui est chargé exclusivement du suivi de la mission. Le comité de mission doit
afin que le conseil d’administration (ou le directoire) d’une société anonyme présenter annuellement un rapport joint au rapport de gestion à l’assemblée
détermine « les orientations de l’activité de la société et veille à leur mise en chargée de l’approbation des comptes de la société. Pour ce faire, il procède à
œuvre, conformément à son intérêt social, en prenant en considération les enjeux toute vérification qu’il juge opportune et se fait communiquer tout document
sociaux et environnementaux de son activité ». Le conseil d’administration (ou nécessaire au suivi de l’exécution de la mission ;
le directoire) prend « également en considération, s’il y a lieu, la raison d’être de • vérification par un organisme tiers indépendant (OTI) au moins une fois tous les
la société définie en application de l’article 1835 du Code civil ». deux ans (au moins une fois tous les trois ans pour les entreprises de moins de
50 salariés) de la bonne exécution des objectifs sociaux et environnementaux.
Cette vérification donne lieu à un avis joint au rapport du comité de mission et
publié sur le site internet de la société et demeure accessible publiquement au
moins pendant cinq ans. La première vérification se fait dans les dix-huit mois
suivant la déclaration de la qualité au registre du commerce et des sociétés
(vingt-quatre mois pour les sociétés de moins de 50 salariés) ;
• déclaration de qualité de société à mission au greffe du tribunal de commerce,
après que les changements statutaires ont été présentés et votés en assemblée
générale. Le greffe la publie au registre du commerce et des sociétés, sous
réserve de la conformité de ses statuts aux conditions mentionnées ci-dessus.

Ces conditions sont aussi valables pour les mutuelles à mission, excepté la
déclaration au greffe du tribunal de commerce.

Source : Observatoire des sociétés à mission, mai 2021.

(4) Pour les mutuelles, la raison d’être a été prévue par l’article L. 110-1 du code de la mutualité et pour les coopératives agricoles via
l’article L. 521-7 du code rural.

12 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 13


TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION
par Bris ROCHER, président-directeur général du GROUPE ROCHER............. P. 3

SYNTHÈSE DES RECOMMANDATIONS................................................. P. 9

RAPPEL DES DISPOSITIFS LÉGISLATIFS................................................. P. 11

PRÉAMBULE............................................................................................... P. 17

ÉTAT DES LIEUX :


Une tendance prometteuse, un volume encore modeste........................ P. 19
1. Une expansion rapide, mais un nombre somme toute modeste
de sociétés concernées............................................................................ P. 19
2. Des premiers bénéfices observables à confirmer et à mesurer
à plus long-terme.................................................................................... P. 20
3. Les auditions font également apparaître plusieurs freins
à la pleine appropriation des dispositifs issus de la loi Pacte............... P. 21

ESSAIMER :
Plusieurs leviers peuvent être activés pour une appropriation
la plus large possible des nouveaux dispositifs issus de la loi Pacte........ P. 25
1. Mieux faire connaître l’obligation de prise en considération
des objectifs sociaux et environnementaux par les sociétés................ P. 25
1.1. La prise en compte par les sociétés des enjeux sociaux
et environnementaux de leurs activités est une obligation
de méthode....................................................................................... P. 25
1.2. Un guide de bonnes pratiques rendrait concrète l’obligation
de prise en considération des objectifs sociaux
et environnementaux par les sociétés................................................. P. 26
2. Poursuivre les efforts de sensibilisation à l’égard des sociétés
engagées aux fins d’adoption de la raison d’être
et de la qualité de société à mission...................................................... P. 27
3. Activer les leviers à la main de l’État pour poursuivre
la transformation des entreprises.......................................................... P. 29
4. Élargir la qualité de sociétés à mission aux sociétés civiles
et aux groupements d’intérêt économique.......................................... P. 32
5. Harmoniser les déclarations au greffe du tribunal de commerce
des sociétés à mission.............................................................................. P. 33

14 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 15


CRÉDIBILISER :
Le risque perçu de purpose washing nécessite de crédibiliser
PRÉAMBULE
les dispositifs de la raison d’être et de la société à mission...................... P. 35
Introduction................................................................................................. P. 35
1. U
 ne raison d’être doit de préférence être inscrite dans les statuts
La loi Pacte est très récente, ce qui appelle de la prudence dans les recommandations
et être dans tous les cas déclinée dans la conduite opérationnelle
du rapport. Même s’il a été observé des constats sur de nombreux sujets,
de la société............................................................................................. P. 42
certaines pratiques sont encore balbutiantes et ne permettent pas de dégager des
2. Le dispositif des sociétés à mission est à crédibiliser............................. P. 46
recommandations définitives.
2.1. Subordonner la qualité de société à mission à la publication
Les sociétés peuvent s’inscrire dans des pratiques ESG (critères
d’un rapport de durabilité.................................................................. P. 46
environnementaux, sociaux et de gouvernance) reconnues sans pour autant
2.2. Clarifier les rôles respectifs du conseil d’administration avoir adopté de raison d’être ni la qualité de société à mission. Il convient de ne
et du comité de mission dans la poursuite de la mission..................... P. 48 pas opposer les sociétés qui intégreraient les enjeux ESG dans leur stratégie, au motif
2.3. Clarifier le rôle de l’organisme tiers indépendant (OTI)........................ P. 51 qu’elles auraient modifié leurs statuts et celles qui n’auraient pas intégré ces enjeux
parce qu’elles ne seraient pas engagées dans l’un des dispositifs facultatifs prévus
SE PROJETER : par la loi Pacte. De nombreuses sociétés, même si elles n’ont opté pour l’un de ces
Lever les freins au développement du fonds de pérennité, dispositifs, intègrent l’ESG dans leur stratégie de façon authentique. Les PME et les
consacrer l’obligation de prendre en considération les enjeux sociaux coopératives agricoles font valoir que leurs démarches RSE passent souvent par des
et environnementaux au niveau européen, inciter toute société labels, dont elles jugent les cahiers des charges prédéterminés mieux adaptés à leurs
européenne à se doter d’une raison d’être, et progresser vers enjeux, par rapport au dispositif de la société à mission, même si les deux démarches
une comptabilité intégrée.......................................................................... P. 53 sont complémentaires. Un grand nombre d’acteurs auditionnés ont d’ailleurs reconnu
1. R
 endre le régime fiscal du fonds de pérennité plus attractif............... P. 53 que ces nouveaux dispositifs de raison d’être et société à mission, que le législateur a
voulus facultatifs, n’avaient pas pour objectif de concerner l’intégralité des entreprises
1.1. Rendre la fiscalité des droits de mutation sur les dons
en France.
au fonds de pérennité plus attractive................................................. P. 55
Les dispositifs de la raison d’être et de la société à mission placent le sens et
1.2. L’éligibilité au régime du mécénat est également nécessaire
les engagements au cœur du modèle des sociétés qui s’en sont dotées. Ces
pour assurer l’attractivité du fonds de pérennité................................. P. 56 sociétés participent également à générer des externalités positives.
2. L’appréciation de la notion d’acte anormal de gestion........................ P. 57
3. Intégrer à l’initiative de la Commission européenne sur
la gouvernance d’entreprise durable, la prise en considération
des enjeux sociaux et environnementaux et une raison d’être
européenne............................................................................................. P. 58
4. Avancer vers une comptabilité intégrée................................................ P. 60

ANNEXES.................................................................................................... P. 63
1. Lettre de mission..................................................................................... P. 65
2. Personnalités auditionnées..................................................................... P. 67
3. Glossaire................................................................................................... P. 83
4. Comparaisons internationales................................................................ P. 87

16 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 17


ÉTAT DES LIEUX
Une tendance prometteuse, un volume encore modeste

L’état des lieux est issu de deux principales sources  : (i) l’Observatoire des sociétés
à mission de la Communauté des entreprises à mission (5) dont le rôle est de suivre,
analyser et répertorier les sociétés à mission ; ainsi que (ii) le comité d’évaluation de
la loi Pacte prévu par la loi elle-même et mis en place par France Stratégie, dont le
deuxième rapport annuel est en ligne (6).

1. Une expansion rapide, mais un nombre somme toute modeste de sociétés


concernées

Sur les 120 sociétés composant le SBF120, une s’est dotée de la qualité de société à
mission (Danone), neuf sociétés (dix, si l’on inclut Danone) se sont dotées d’une raison
d’être inscrite dans leurs statuts et cinq d’une raison d’être inscrite en préambule de
leurs statuts (7). 55 se sont dotées de raisons d’être extrastatutaires.
En juin 2021, les 206 sociétés à mission dénombrées par la Communauté des entreprises
à mission correspondaient à environ 500 000 collaborateurs en France.
La distribution territoriale des sociétés à mission est à ce jour équilibrée, avec des
entreprises présentes dans 12 des 13 régions métropolitaines. Si les sociétés à mission
sont toujours majoritairement implantées en Île-de-France, avec près de 52 % d’entre
elles, on assiste à un rééquilibrage territorial en 2021.
Les entreprises de moins de 50 salariés occupent toujours une place prépondérante avec
70 % des sociétés à mission en France, même si la part des ETI et grandes entreprises se
renforce de façon significative depuis 2021.
Les entreprises recensées sont plutôt jeunes, avec une prédominance du nombre
d’entreprises dans le secteur des services (83  %) contre 10  % dans le commerce et
7 % dans l’industrie. La proportion par secteurs d’activité varie lorsqu’on prend comme
référence le nombre de salariés concernés : 75 % travaillent dans le secteur des services,
21 % dans celui du commerce et 4 % dans l’industrie.
Le recensement fait émerger une prédominance du statut des SAS/SASU parmi les
sociétés à mission. Dans la plupart des cas, l’actionnariat majoritaire de l’entreprise est
le fondateur de l’entreprise ou reste dans les mains d’un actionnariat familial. Quatre
sociétés à mission sont des entreprises cotées.

(5) https://observatoire.entreprisesamission.com/
(6) https://www.strategie.gouv.fr/publications/comite-de-suivi-devaluation-de-loi-pacte-deuxieme-rapport
(7) Etude Wemean, septembre 2021

18 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 19


Ainsi que le relèvent les auteurs d’un article de l’ESCP Business School (8), la qualité Les auditions font ressortir le mouvement, la dynamique et l’adhésion générale
de société à mission « semble intéresser surtout des entreprises de petite taille, voire des collaborateurs aux processus d’adoption d’une raison d’être et de la qualité de
des start-up, guidées par un management ou des actionnaires à caractère familial, société à mission (9). Une majorité des personnes auditionnées ont qualifié cet exercice
principalement dans le domaine des services, partageant des convictions fortes sur d’élément catalyseur et mobilisateur pour les salariés. Cela est conforté par les
l’opportunité de la poursuite d’objectifs sociaux et environnementaux, et poursuivant nombreuses études sur le sujet qui mettent en avant le besoin, en particulier chez
des stratégies entrepreneuriales ou idéologiques ». les nouvelles générations, que leur travail ait un sens et que la société génère des
externalités positives.
2.
Des premiers bénéfices observables à confirmer et à mesurer à plus long-terme La formalisation d’une raison d’être permet de concilier performance
économique et prise en compte des enjeux extra-financiers. La raison d’être
Au vu du nombre encore restreint de sociétés ayant modifié leurs statuts, mais sous-tend généralement une combinaison de plusieurs objectifs : économique, social,
également du peu de recul sur la mise en œuvre opérationnelle des objectifs qu’elles environnemental, et de gouvernance. Il devient donc logique pour les entreprises
se sont fixés, il est trop tôt pour juger de l’impact global des dispositifs de la raison concernées de faire évoluer leur reporting et leurs critères de décision en intégrant
d’être et de la société à mission. Il n’existe pas d’études établissant une corrélation une approche multidimensionnelle. Bien que la performance financière reste
entre la qualité de société à mission et les performances financières et extra-financières prépondérante, les auditions font ressortir une prise en compte croissante de la
des sociétés concernées. Les bénéfices suivants peuvent néanmoins être observés. performance extra-financière. Cette pratique sera à terme nécessairement bénéfique
en termes d’externalité positive.
La formalisation d’une raison d’être et la qualité de société à mission donnent
un cadre juridique à la culture d’entreprise. La raison d’être permet d’unifier la
société autour d’un fil rouge unique favorisant ainsi la cohérence stratégique mais 3. Les auditions font également apparaître plusieurs freins à la pleine appropriation
des dispositifs issus de la loi Pacte
également la communication interne et externe. En outre, il est important de souligner
la dimension de long terme d’une raison d’être statutaire qui n’est pas destinée, par
définition, à être régulièrement revue au gré des aléas et des contingences de court
L’obligation de prise en considération des enjeux sociaux et environnementaux
terme. Une certaine irréversibilité de la démarche garantit l’engagement à long terme
par les sociétés quelle que soit leur taille souffre d’une méconnaissance parmi
en raison de la difficulté à modifier les statuts. Une nouvelle modification statutaire
les petites et moyennes entreprises. Une étude de juin  2021 diligentée par le
pour ajuster la raison d’être pourrait en effet être interprétée par le marché dans le cas
ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance souligne le chemin qui reste à
d’une société cotée comme un signe d’instabilité. Les auditions font en outre ressortir
parcourir pour une meilleure connaissance des enjeux sociaux et environnementaux
que l’inscription statutaire marque généralement le parachèvement d’un engagement
et du rôle des entreprises en la matière. À la question : « Depuis quelques années,
historique, notamment en le pérennisant par-delà la gouvernance changeante de
on parle parfois de responsabilité sociétale des entreprises, aussi abrégée en RSE. En
l’entreprise.
avez-vous déjà entendu parler ? », les dirigeants d’entreprises répondent :
Le processus de formalisation de la raison d’être et l’adoption de la qualité de • 58% non ;
société à mission fédèrent les salariés, les actionnaires et les parties prenantes • 27% oui mais sans savoir bien de quoi il s’agit ;
de la société (clients, fournisseurs, partenaires associatifs, territoires) et • et seulement 15% savent précisément de quoi il s’agit.
encourage l’innovation. L’alignement autour des enjeux permet aux dirigeants de
Cette étude fait également ressortir une perception selon laquelle la RSE est surtout
fixer un cap guidant les décisions stratégiques. Les salariés sont ainsi engagés sur
une affaire des grandes entreprises. Parmi les 58 % des dirigeants ne sachant pas à
une mission claire, sur des objectifs partagés et rassemblés autour d’une direction
quoi correspond la RSE ils sont :
commune. Plusieurs des dirigeants interrogés affirment par ailleurs que la démarche
a permis de resserrer le lien avec les parties prenantes et facilite le processus • 67% à ne pas savoir parmi les entreprises comptant de 1 à 9 salariés ;
d’intelligence collective au service de la société. En particulier, l’innovation trouve un • 52% pour celles comptant entre 10 et 249 salariés ;
terreau favorable dans la projection à long terme et le questionnement à plusieurs. • 26% pour celles comptant 250 salariés et plus (10).

L’élaboration d’une raison d’être et l’adoption de la qualité de société à (9) C


 hez Groupe Rocher, deux ans de recul font ressortir une évolution positive des indicateurs d’engagement. Bien qu’en 2020
l’environnement économique et de travail se soit tendu en raison de contraintes nouvelles subies par les salariés (arrêt d’activité,
mission créent une dynamique d’adhésion et d’engagement des salariés télétravail, résultats économiques affectant les primes variables…etc), les derniers résultats 2021 ont fait apparaître un fort taux
d’engagement de 74% en progression de +4 points par rapport à l’année précédente et au-dessus de la moyenne de marché de
actuels et futurs sous l’angle de la marque employeur. +14 points.
(10) Dans le même sens, une étude diligentée par France Stratégie, réalisée par BVA en juin 2021, interrogeant 600 entreprises de
(8) E . Colla, C. de Géry et L. Lemmet, La Société à mission, une entreprise au service d’un développement durable ?, ESCP Impact 10 salariés et plus représentatives du tissu économique français (secteur activité, taille, région), fait apparaître que 77% des dirigeants
Paper n° 2021-20-FR https://academ.escpeurope.eu/pub/IP%202021-20-FR.pdf interrogés ne connaissent pas la loi Pacte et que 84% des dirigeants n’ont pas entendu parler de la société à mission.

20 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 21


Les auditions mettent en avant le risque juridique associé à l’adoption d’une Les auditions ont mis en avant l’approche prudente de certains dirigeants
raison d’être. L’adoption d’une raison d’être dans les statuts de la société oblige à l’égard d’une ouverture de leur gouvernance dans le cadre des sociétés
cette dernière (tenue d’une obligation de moyens) à prendre en compte dans sa à mission. Exposer sa société à un comité de mission et à un organisme tiers
stratégie les principes qui y sont édictés, en y affectant des « moyens » (11). La raison indépendant suscite plusieurs questions et nécessite d’être bien appréhendé  : quel
d’être pourrait donc être susceptible, par exemple selon son degré de précision est leur pouvoir ? Comment s’intègre-t-il dans la gouvernance historique type conseil
rédactionnelle ou au regard de la faiblesse des moyens affectés par la société, de d’administration ? Est-ce que la stratégie de la société sera rendue publique ?
donner lieu à des actions en responsabilité à l’encontre de la société ou de ses
Enfin, l’« affaire Danone » a ralenti considérablement les processus d’adoption
mandataires sociaux, notamment de la part de tiers qui seraient en mesure d’établir
de raisons d’être et de la qualité de société à mission, notamment parmi les
qu’un manquement dans les obligations liées à la poursuite de la raison d’être leur a
grandes sociétés à actionnariat dispersé. Le changement de gouvernance a pu
causé un préjudice. Plus la raison d’être est rédigée en des termes précis et formulée
être perçu comme une illustration des fragilités de cette qualité (15), même si la qualité
sous forme d’engagements ou d’objectifs (notamment chiffrés) dont le respect (ou le
de société à mission n’a nullement été remise en cause en l’absence de modification
non-respect) peut être vérifié, plus les conséquences juridiques sont importantes (12).
statutaire (16). Plusieurs projets de formalisation de raison d’être ou de réflexion sur
À l’inverse, la contrariété à la raison d’être est d’autant plus difficile à prouver que
l’adoption de la qualité de société à mission ont même été stoppés net par l’écho
celle-ci fait seulement référence à de grands principes formulés « en termes incitatifs
médiatique de cette affaire. De nombreuses sociétés ont reporté l’adoption de ces
et de préférence au futur » (13). « Une décision prise en violation de la raison d’être ne
dispositifs.
devrait pas en principe encourir de nullité » (14).
Les auditions font également ressortir l’absence de contrepartie financière
immédiate au dispositif de la société à mission qui serait lié par exemple
à un régime fiscal propre ou un accès privilégié à la commande publique.
De nombreuses sociétés ont historiquement investi les sujets de RSE ou génèrent
du fait même de leur modèle d’affaires une externalité positive et n’éprouvent pas
le besoin de s’imposer à court terme de nouvelles obligations pour un bénéfice
perçu comme faible immédiatement. Malgré l’absence de contreparties financières
immédiates, l’adoption de la qualité de société à mission permet d’adopter une
démarche qui incite à prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux,
et ainsi permet d’anticiper les grandes tendances et contraintes à venir. Le dispositif
de la société à mission est un outil permettant de remédier au défaut d’anticipation
dans nos systèmes économiques, sociaux et environnementaux. Nous ne sommes pas
favorables à un traitement fiscal dérogatoire des sociétés à mission à ce stade, et ce,
pour plusieurs raisons. Les entreprises solidaires d’utilité sociale (ESUS), dont le régime
est plus contraignant que celui des sociétés à mission, n’en bénéficient pas. La création
d’un crédit d’impôt pour les sociétés à mission aurait en outre pour contrepartie un
durcissement du régime. Enfin, l’option d’un traitement fiscal particulier est contraire à
la politique de rationalisation des dépenses fiscales. À terme, la question plus générale
d’un traitement fiscal de faveur pour les sociétés générant des externalités positives
devra donc être abordée.

(11) Voir par exemple Tribunal de grande instance de Paris, 31ème chambre – 2ème section, 20 décembre 2019, n°0935790257 :
« ainsi, à côté de l’objet social qui constitue les activités de la société, la raison d’être serait constituée des principes, optionnels,
qui la guident pour réaliser cette activité, le tout ayant pour but la réalisation de l’intérêt de la société ».
(12) Voir les réflexions par exemple A. Viandier, La raison d’être d’une société (C. civ. Art. 1835), BRDA, 17 mai 2019, par. n°53 ; I.
Urbain-Parleani, L’article 1835 et la raison d’être, Rev. Sociétés 2019, p. 575, par. n°30.
(13) Mémento Sociétés commerciales 2020, Éditions Francis Lefebvre, par. n° 921 ; exemples « apporter la santé par l’alimentation
au plus grand nombre  » et «  rendre aux gens leur souveraineté alimentaire  » (Danone) ou «  contribuer à façonner l’espace
informationnel » (Atos). (15) B. Valiorgue, Danone, une illustration des fragilités du statut d’entreprise à mission, 8 mars 2021, The Conversation
(14) Rapport du HCJP du 23 juillet 2020, Responsabilité des sociétés et de leurs dirigeants en matière sociale et environnementale et (16) En ce sens, J. Lévêque et B. Segrestin « Le cas Danone ne permet pas encore de se prononcer ni sur l’échec ni sur la portée de la
examen des conséquences juridiques associées aux modifications apportées aux articles 1833 et 1835 du Code civil, paragraphe 113 société à mission », Le Monde, 19 mars 2021

22 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 23


ESSAIMER
Plusieurs leviers peuvent être activés
pour une appropriation la plus large possible
des nouveaux dispositifs issus de la loi Pacte

La loi est récente et le contexte sanitaire qui a immédiatement suivi a conduit


les sociétés à se focaliser sur le court terme afin de protéger la santé de
leurs parties prenantes (salariés, clients, prestataires de services…), mais
aussi de sécuriser voire de sauvegarder leur activité. Dans ces conditions, il
n’est pas étonnant que le nombre d’entreprises engagées dans ce processus reste
encore limité. Le travail de fond entamé pour sa promotion doit donc être poursuivi et
amplifié. Jusqu’ici un travail a été diligenté par plusieurs acteurs : (i) la Communauté
des entreprises à mission dont le rôle est de promouvoir le statut et d’accompagner
les entreprises engagées dans cette voie ; (ii) les associations professionnelles qui se
sont déjà emparées du sujet notamment par l’organisation de séminaires  ; (iii) les
responsables politiques et acteurs économiques en charge de ce sujet qui ont œuvré
pour sa diffusion.
Les recommandations suivantes sont de nature à favoriser l’appropriation par le plus
grand nombre des dispositifs de la loi Pacte auprès des acteurs économiques.

1. Mieux faire connaître l’obligation de prise en considération des objectifs


sociaux et environnementaux par les sociétés

1.1. La prise en compte par les sociétés des enjeux sociaux et environnementaux
de leurs activités est une obligation de méthode.
De nombreuses sociétés, lorsqu’elles n’ignorent pas purement et simplement
l’existence de l’obligation de «  prise en considération  » des enjeux sociaux et
environnementaux, s’interrogent sur sa portée concrète. Au cours des débats
parlementaires, le gouvernement avait indiqué que l’utilisation de l’expression
« prendre en considération » constitue une obligation de moyens à la charge de la
société (17). Bruno Le Maire avait ainsi fait remarquer qu’il est demandé aux sociétés
« d’estimer les conséquences sociales et environnementales de leurs choix avant de
prendre leurs décisions ».(18)

(17) Rapport de la Commission spéciale de l’Assemblée nationale n°1237, Tome II, p. 88.
(18) Rapport de la Commission spéciale de l’Assemblée nationale n° 1237, Tome II, p.83.

24 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 25


L’article 1833 al. 2 du Code civil a fait l’objet d’un débat nourri en doctrine. Il crée Les experts comptables et les avocats sont un vecteur de choix pour diffuser ce guide
« une obligation de réflexion et de délibération sur ces enjeux au cours du processus en raison de leur fort maillage territorial. Les branches professionnelles pourraient
de décision sociale » (19). Il suppose également une prise en compte de toutes les parties également diffuser le guide. Il pourrait aussi être mis en ligne sur le site d’Infogreffe,
prenantes intervenant dans la vie économique de la société (salariés, fournisseurs, ce qui permettrait aux utilisateurs qui assurent le secrétariat juridique des sociétés d’en
actionnaires, clients, etc.). Cette obligation implique de : prendre connaissance et de se l’approprier.
•
cartographier les enjeux sociaux et environnementaux de l’activité de la
société ;
• déterminer les conséquences/externalités positives et négatives de l’activité de
2. Poursuivre les efforts de sensibilisation à l’égard des sociétés engagées aux fins
d’adoption de la raison d’être et de la qualité de société à mission
la société en matière sociale et environnementale ;
• hiérarchiser les enjeux sociaux et environnementaux de l’activité de la société
pour justifier à terme certaines décisions ; Pour ce qui concerne les sociétés à mission, la marge de progression la plus importante
nous semble être en région. En effet, l’Observatoire des entreprises à mission fait
• élaborer une politique de gestion qui prend en compte ces éléments identifiés,
apparaître une forte dynamique de transformation des entreprises en région au
ainsi qu’une grille d’analyse des risques et opportunités de chaque secteur
premier semestre 2021, qui ont représenté 62 % des nouvelles sociétés à mission,
d’activité de la société à destination du management.(20).
contre 38 % en 2020, mais avec une dynamique inégale selon les régions. Or, l’un
Dans le cas des sociétés anonymes, les dirigeants doivent se conformer à la politique des leviers pour développer les sociétés à mission repose sur les échanges entre chefs
de gestion préalablement définie par le conseil d’administration ou le directoire. Les d’entreprise.
administrateurs et les dirigeants devront documenter le fait qu’ils ont pris en compte
Ces actions d’information et de sensibilisation passent par une mobilisation des réseaux
ces éléments dans leur processus décisionnel. Toutefois, cela doit se faire sans excès
professionnels en relation directe avec toutes les TPE, PME, ETI en priorisant une
de formalisme et ne pas être confondu avec l’obligation de produire une déclaration
approche sectorielle et de pair à pair. Nous recommandons de cibler les PME/ETI via
de performance extra-financière.
le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI) et le Centre des jeunes
dirigeants (CJD) ou la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) pour
1.2. Un guide de bonnes pratiques rendrait concrète l’obligation de prise en informer, former et valoriser via  des exemples de sociétés à mission locales et des
considération des objectifs sociaux et environnementaux par les sociétés. bénéfices de la loi Pacte.

Face à ce constat de méconnaissance des obligations de prise en compte La Communauté des entreprises à mission organise des actions de sensibilisation avec
des enjeux sociaux et environnementaux par les entreprises, des actions divers partenaires, dont :
d’information et de sensibilisation doivent être menées. Un guide de bonnes • les chambres de commerce et d’industrie ;
pratiques illustré d’exemples permettrait aux PME et TPE notamment d’avoir des
• le Centre des jeunes dirigeants ;
réflexes de bon sens. Ce guide ne saurait valoir présomption de conformité à l’article
1833 alinéa 2 du Code civil aux yeux du juge en l’absence de jurisprudence. Le juge • le MEDEF national et les MEDEF territoriaux ;
pourrait toutefois s’en inspirer pour interpréter cette disposition. • les experts comptables ;
• les alumni et écoles d’enseignement supérieur.

RECOMMANDATION 1 : rédiger un guide de bonnes pratiques sur les modalités L’un des grands enjeux porte sur le déploiement en région du dispositif de la société
de prise en considération des enjeux sociaux et environnementaux dans le processus à mission. Pour ce faire, il est nécessaire de s’appuyer sur les réseaux professionnels
de décision des organes sociaux des sociétés à destination des TPE et PME, associant existants localement. Bpifrance peut être mobilisé pour promouvoir le dispositif de la
la CPME, le MEDEF, les organisations syndicales de salariés, les CCI… raison d’être et la qualité de société à mission.

(19) Morgane Tirel, Le Nouvel Intérêt social, un changement de modèle normatif, Archives de philosophie du droit, Dalloz, T 62, 2020.
(20) HCJP, Rapport sur la responsabilité des sociétés et de leurs dirigeants en matière sociale et environnementale et examen des
conséquences juridiques associées aux modifications apportées aux articles 1833 et 1835 du Code civil, 2020, paragraphes 98 et
suivants.

26 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 27


En effet, le développement de la société à mission ne peut réussir qu’en s’appuyant 3. Activer les leviers à la main de l’État pour poursuivre la transformation des
sur les acteurs économiques, académiques et politiques ancrés sur leurs territoires entreprises
et agissant activement pour que l’entreprise place une externalité positive au cœur
de son modèle. À cette fin, la Communauté des entreprises à mission a par exemple Poursuivre la transformation des sociétés  du portefeuille de l’État et des
organisé à Nantes une conférence rassemblant les entreprises à mission, l’ensemble établissements de la sphère parapublique
des réseaux professionnels locaux cités dans le paragraphe précédent, les chercheurs
et les collectivités locales. Des groupes de travail sur le dialogue dans les comités de Le ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, a demandé
mission viennent aussi d’être créés avec des entreprises et des chercheurs. Ce type de en 2019 et en 2020 que les sociétés dans lesquelles l’État est investi directement
démarche est en cours de déploiement dans d’autres régions. (via l’Agence des Participations de l’État - APE) se dotent d’une raison d’être. À fin
septembre 2021, sur 42 entités éligibles à la raison d’être (ce qui exclut notamment
En outre, le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce disposant
des pures holdings ou des entités en cours de fermeture), 22 se sont dotées de raison
d’une mission d’information vis-à-vis du public, il pourrait être mis en ligne sur le
d’être statutaire et 6 de raison d’être extrastatutaire. Les  sociétés à mission, elles,
site d’Infogreffe une vidéo de promotion des sociétés à mission comprenant des
restent marginales (La Poste et Civipol).
témoignages d’acteurs ayant opté pour ce dispositif.
L’État actionnaire sert d’aiguillon pour impulser des engagements forts en matière de
responsabilité sociale, sociétale et environnementale (RSE), structurés autour de quatre
axes et rassemblées dans une charte RSE. Celle-ci complète les lignes directrices de
RECOMMANDATION 2 : multiplier les actions de sensibilisation et de formation
l’APE en matière d’investissement et de gouvernance :
sur les dispositifs de raison d’être et de société à mission en mobilisant les réseaux
professionnels en relation directe avec les PME et ETI, par une approche de pair à • intégrer pleinement la RSE dans la stratégie des entreprises (raison d’être,
pair, ainsi que la Communauté des entreprises à mission, le Conseil national des traitement des enjeux sociaux et environnementaux dans les décisions de la
greffiers des tribunaux de commerce et Bpifrance notamment. gouvernance) ;
• s’assurer de la transition vers une économie bas carbone et réduire les impacts
de l’activité de l’entreprise sur l’environnement (réduction des émissions de
CO2, des déchets, favoriser l’économie circulaire, diversité biologique, etc.) ;
En amont, il s’agit aussi de former les dirigeants de demain. L’effort de
sensibilisation relatif aux dispositifs de la raison d’être et de la société à •
agir en employeur responsable (promouvoir l’égalité, notamment entre
mission porte donc également sur les formations initiales et continues. hommes et femmes, valoriser la diversité, n’accepter aucune discrimination ;
Plusieurs institutions de formation supérieure proposent des cursus dédiés à des cultiver le dialogue social ; favoriser l’employabilité des collaborateurs ; faire
thématiques plus larges, comme le développement durable ou la RSE. Toutefois, de la santé, de la sécurité et du bien-être au travail une priorité) ;
alors que certaines écoles sont devenues  sociétés à mission (Grenoble École de • générer un impact sociétal positif (intégrer les impacts sociaux et sociétaux
management, Collège de Paris, EM Lyon, Écoles du groupe Ionis), tous les organismes dans la stratégie et le développement de l’entreprise, contribuer au
de formation et programmes concernant l’administration des entreprises, y compris développement local, déployer une politique d’achat responsable, favoriser
les écoles d’ingénieur, ne proposent pas nécessairement une formation sur ces enjeux. les initiatives d’utilité sociale lorsqu’elles sont liées aux métiers et à la stratégie
Pour ce qui concerne la formation continue, des formations en matière de RSE de l’entreprise, etc.).
devraient être systématiquement proposées aux branches professionnelles dans le En s’appuyant sur la charte définissant les lignes directrices RSE, l’APE intégrera cette
cadre de la gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences (GPEC). En outre, un politique RSE lors de l’évaluation des investissements réalisés par les entreprises du
référentiel de compétences pourrait être mis à disposition de tous les établissements portefeuille dans les instances de gouvernance de ces dernières. Toutefois, si l’État
d’enseignement supérieur ou organismes de formation souhaitant mettre en place peut pousser à l’adoption de politiques RSE qui vont dans le sens de la charte, la
des formations entièrement ou partiellement dédiées à ce domaine. qualité de société à mission vise à prendre en compte la capacité de l’entreprise à
définir ses propres enjeux « de responsabilité », non plus de manière générique mais
en fonction précisément des connaissances qu’elle peut produire au regard des enjeux
de société. La présence d’indicateurs trop précis peut potentiellement «  fixer  » les
équipes et restreindre les efforts de conception.

28 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 29


L’invitation de Bruno Le Maire ne s’est pas étendue au dispositif de la société À cet égard, la raison d’être peut permettre de rendre visibles et intelligibles les
à mission. Il pourrait sembler légitime que les sociétés dotées d’une mission de efforts d’exploration de l’entreprise (qu’elle est seule en capacité de conduire),
service public se dotent de cette qualité. Il pourrait être objecté que ce dispositif, d’asseoir son autonomie de gestion, et, ce faisant, de regagner une marge de
qui implique de se fixer des objectifs sociaux et environnementaux, est redondant manœuvre auprès de ses référents institutionnels. Elle peut  également venir
avec les missions de services publics statutaires telles que déclinées dans les contrats qualifier la responsabilité particulière que se donne l’entreprise de service
d’objectifs et de performance. La Poste offre toutefois un contre-exemple intéressant, public  : veiller à accompagner les mutations de la société, en instruisant les
faisant apparaître une complémentarité entre les missions de service public et les nouveaux besoins publics.
missions qu’elle s’est fixées en tant que société à mission. Les deux dispositifs sont
Depuis les années 2010, La Poste, à travers ses branches Réseau et Numérique
donc plus complémentaires que redondants. En outre, l’ouverture de la gouvernance
notamment, lutte contre les fractures numériques. À travers les MSAP (maisons
par l’instauration d’un comité de mission permet de s’adjoindre des expertises que la
de service public), et en partenariat avec des structures de l’ESS, les équipes se sont
société en question n’aurait pas spontanément (par exemple dans le cas de La Poste des
attachées à concevoir de nouvelles solutions. Ces efforts, qui ne sont pas prévus
représentants d’associations d’aide aux personnes en situation de surendettement).
par le cahier des charges des missions de service public de l’entreprise, pourront
Le dispositif de la société à mission prolonge les missions de service public par une
être pilotés par la mission de l’entreprise. Celle-ci prévoit en effet que La Poste
inscription dans la durée et par une intégration dans une dimension moins opératoire
s’engage à apprendre sur les nouveaux enjeux de cohésion liés à des transitions
et plus tournée vers la proposition de valeur pour les parties prenantes et la société.
sociales identifiées (transition numérique, écologique, démographique…)  :
La demande du ministre que les participations se dotent de raison d’être à travers son statut de société à mission, l’entreprise veille alors à fournir de
concernait également le portefeuille de participations de Bpifrance. Bpifrance nouveaux descripteurs du tissu social et à concevoir des solutions à ces enjeux
compte à peu près 1  000 participations directes et 4  000 participations indirectes. qui pourront constituer, sur décision de l’État, de nouveaux services publics.
Bpifrance diffuse auprès de ses participations directes son guide pratique Se doter Source : Samantha Ragot, docteure, auteure de la thèse L’identité de l’entreprise de service public
d’une raison d’être, devenir une société à mission. (21) au prisme de l’entreprise à mission : le cas de La Poste et de la formulation de sa raison d’être.

L’introduction de la notion de «  raison d’être  » dans le droit amène à interroger


l’identité des entreprises de service public. Si ces entreprises ont par définition déjà RECOMMANDATION 3 : l’État actionnaire devrait  : (i) poursuivre les efforts
pour mission statutaire d’opérer des services particuliers, il n’y a pas de théorie propre engagés afin de mettre en œuvre des raisons d’être dans les entités directement
de l’entreprise de service public ou de sa gouvernance. éligibles ; (ii) s’assurer que dès qu’un vecteur peut être utilisé, il le soit, pour
proposer une raison d’être dans un établissement public ; et (iii) développer des
De cette façon, dans la théorie comme dans les gammes de gouvernance existantes
indicateurs de suivi de la raison d’être avec les entités. L’État actionnaire pourrait
du service public, ce dernier est toujours décrit indépendamment de l’entreprise à
également encourager ses participations, notamment celles dotées de missions
qui l’on confie la mission en question : la mobilisation de la capacité de l’entreprise
de service public, à s’interroger sur la pertinence de la qualité de société à
à gérer et à renouveler ses propres compétences dans le temps n’est pas envisagée.
mission.
Or, une recherche menée en partenariat avec La Poste met en évidence que l’entreprise
de service public ne peut être réduite à un rôle d’opérateur de service public. Elle
constitue plutôt le vecteur d’une dynamique de régénération (renouvellement) des Le débat relatif à la complémentarité ou à la redondance des missions fixées par l’État
enjeux de service public dans le temps, que ses équipes mènent en partenariat avec et des missions fixées au titre du dispositif de la « société à mission » peut se poser
un ensemble d’acteurs disposant de compétences propres (associations, membres en des termes voisins pour la sphère parapublique. Ainsi, plusieurs établissements
de l’ESS). Cependant, ces apprentissages, auxquels participent des parties prenantes publics à caractère industriel et commercial (EPIC) auraient manifesté un intérêt pour
inédites, «  sortent  » du cadre prévu pour l’entreprise, les rendant difficilement la qualité d’établissement à mission. Même si les EPIC sont liés à leurs tutelles par
pilotables.  des contrats d’objectifs et de performance (ou équivalents) comportant souvent des
indicateurs proches de ceux que peuvent se fixer les sociétés à mission, la faculté
pour ces établissements de formaliser une raison d’être pourrait être une occasion de
(21) https://lelab.bpifrance.fr/get_pdf/2451/bpifrance_le_lab_guide_raison_detre_web_080821_vdef.pdf s’approprier ou de réactualiser les missions de service public.

30 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 31


Dans le cas de l’EPIC La Monnaie de Paris, la concertation conduite avec les salariés sur Enfin, certaines associations pourraient également mettre en œuvre une gouvernance
la raison d’être (extrastatutaire) de l’EPIC a été engagée depuis plusieurs mois, et de de type société à mission (raison d’être, comité de mission, OTI…) et devenir ainsi
manière large : tous les salariés y ont été appelés, ce qui crée une émulation bénéfique « association à mission ».
entre directions et favorise un dialogue nourri. L’adhésion des salariés s’est révélée
active et positive. Le processus de formalisation de la raison d’être a fait ressortir une
participation forte aux thèmes sociaux et environnementaux.
RECOMMANDATION 5 : étendre les articles L. 210-10 à L. 210-12 du Code
de commerce aux sociétés civiles et aux groupements d’intérêt économique.
Étudier un statut d’associations à mission.
RECOMMANDATION 4 : inviter les établissements publics à caractère industriel
et commercial (EPIC) à se doter d’une raison d’être.

5. Harmoniser les déclarations au greffe du tribunal de commerce des sociétés


à mission
4. Élargir la qualité de sociétés à mission aux sociétés civiles et aux groupements
d’intérêt économique L’article L. 210-10 5° du Code de commerce prévoit que la société doit déclarer
sa qualité de société à mission au greffier du tribunal de commerce, en vue de sa
Les articles instituant le dispositif de la société à mission (articles L. 210-10 à L. 210-12 publication au registre du commerce et des sociétés.
du Code de commerce) figurent dans le Livre 2 du Code de commerce, intitulé Des
sociétés commerciales et des GIE. Il en résulte qu’une société civile ne peut pas, Pour l’application de cette disposition, le décret du 2 janvier 2020 a ajouté à l’article
en l’état, adopter la qualité de société à mission. Cette situation conduit à priver R. 123-53 du Code de commerce, qui liste les informations devant être déclarées par
plusieurs sociétés non-commerciales (par exemple des sociétés civiles professionnelles la société dans sa demande d’immatriculation, un 12° précisant « Le cas échéant, sa
ou des groupements fonciers agricoles, ou des groupements agricoles d’exploitation qualité de société à mission ».
en commun) de la possibilité de devenir sociétés à mission, alors même qu’elles La déclaration de la qualité de société à mission est donc effectuée à l’initiative de
manifestent de l’intérêt pour cette qualité. Par exemple, les cabinets d’avocats ou la société. Elle fait l’objet d’un contrôle de conformité effectué par le greffier, lequel
d’expertise comptable constitués sous forme de sociétés civiles devraient pouvoir vérifie au sein des statuts déposés que la société remplit les conditions de l’article
s’engager sur cette voie, à l’instar de celui de nombreux cabinets de conseil ayant L. 210-10 du Code de commerce :
adopté cette qualité. L’intégration des professions de conseil aux entreprises, au sens
• avoir une raison d’être au sens de l’article 1835 du Code civil (1°) ;
large du terme, dans le champ des sociétés à mission faciliterait également la création
d’écosystèmes vertueux autour desdites sociétés. Peuvent également être cités les •
poursuivre une mission dans le cadre de son activité, c’est-à-dire un ou
notaires, qui ont été assez moteurs sur les sociétés de participations financières de plusieurs objectifs sociaux et environnementaux (2°) ;
professions libérales (SPFPL), ou encore penser au secteur de la santé, pour lequel • prévoir les modalités de suivi de l’exécution de sa mission, en mettant en
ce type d’engagement peut vraiment faire sens. Cet élargissement de la qualité de place un comité de mission chargé d’effectuer toutes les vérifications qu’il
société à mission aux sociétés civiles est cohérent avec le fait qu’il ne s’agit pas d’une juge opportunes et de présenter annuellement à l’assemblée chargée de
nouvelle forme sociale, contrairement au choix qui a été fait à l’étranger (Italie, États- l’approbation des comptes un rapport joint au rapport de gestion (3°).
Unis, Royaume-Uni… (22)).
À l’issue de ce contrôle, le greffier publie la qualité de la société à mission et la
Des groupements d’intérêt économique ayant également manifesté de l’intérêt pour communique à l’INSEE.
une qualité équivalente de celle de société à mission, il serait également souhaitable
de leur étendre cette qualité. Cette extension poserait néanmoins la question de
l’existence ou non d’une mission chez leurs membres dont le GIE est censé prolonger
l’activité.

(22) Cf. Annexe 4.

32 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 33


Il semblerait que les conditions de déclaration de la qualité de société à mission ne
soient pas parfaitement homogénéisées entre les différentes greffes. Un cas nous a,
CRÉDIBILISER 
par exemple, été remonté de greffe qui aurait rejeté une déclaration au motif que Le risque perçu de purpose washing nécessite de crédibiliser
les membres du comité de mission n’auraient pas été désignés dans les statuts. A
contrario, ont été recensés plusieurs cas d’entreprises n’ayant pas intégré d’objectifs
les dispositifs de la raison d’être de la société à mission
sociaux et environnementaux, ainsi que la gouvernance de mission dans leurs statuts,
et qui ont pourtant obtenu la qualité de société à mission. Dans ces conditions, il
pourrait être utile que le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce
Introduction
émette une circulaire aux greffiers rappelant les conditions de déclaration de la qualité
de société à mission.
Les auditions ont fait ressortir une inquiétude de nombreux acteurs face à
un risque de purpose washing(23) (ou d’accusations de purpose washing) des
dispositifs de raison d’être inhérents à la société à mission. Ce risque est relevé
à la fois par les promoteurs de la loi soucieux de préserver la crédibilité de leurs propres
RECOMMANDATION 6 : pour le Conseil national des greffiers des tribunaux de
démarches, mais aussi de la part des sceptiques. La loi Pacte n’est pas prescriptive du
commerce, émettre une circulaire à destination des greffiers pour homogénéiser
niveau d’ambition que se fixent les sociétés dans leurs propres objectifs. La qualité de
les conditions de déclaration de la qualité de société à mission.
société à mission peut en effet prêter le flanc à l’accusation de purpose washing par la
définition d’objectifs volontairement limités dans leur portée. Il s’agit donc de trouver
le juste équilibre entre une forme d’exigence de ces dispositifs de façon à les légitimer
tout en maintenant une grande accessibilité pour les entreprises. Le sujet du purpose
En outre, courant septembre 2021, le Conseil national des greffiers des tribunaux de
washing, étant souvent revenu dans les auditions, ne peut être éludé.
commerce dénombre environ 300 sociétés à mission et la Communauté des entreprises
à mission environ 250. Cet écart peut s’expliquer à la fois par des différences de Pour de nombreux acteurs interrogés, la loi Pacte est une boîte à outils que chaque
périmètres (par exemple les mutuelles à mission ne relevant pas des greffes de société peut s’approprier pour l’adapter à son histoire, ses valeurs et ses priorités
tribunaux de commerce), les écarts de traitement entre les différents greffes comme stratégiques. Il en résulte une accessibilité pour les sociétés permettant de générer
cité précédemment mais aussi par le fait que la Communauté des entreprises à mission un mouvement de fond profitable à la communauté. D’autres interlocuteurs relèvent
dépend des déclarations spontanées qui lui sont faites par les sociétés à mission et de le risque d’un dispositif trop souple qui pourrait porter atteinte à sa pérennité. Tout
ses propres recherches. en saluant le caractère peu contraignant de la loi, ils soulignent également le risque
réputationnel de ces nouveaux dispositifs statutaires si l’exigence n’est pas renforcée.
Un lien direct entre le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce et la
Le sentiment de défiance à l’égard notamment de la formalisation d’une raison d’être
Communauté des entreprises à mission permettrait de croiser les fichiers et de réduire
au sein des salariés alimente cette crainte de purpose washing. Ainsi, selon une
cet écart. Nous comprenons que les obligations réglementaires liées à la protection
enquête BVA réalisée du 14 juin au 2 juillet 2021 pour le compte du comité Impacte,
des données personnelles ne devraient pas faire obstacle, sous réserve de certaines
même si au total, 75 % des 1 500 salariés interrogés jugent que présenter la « raison
conditions, à ce croisement des données.
d’être » de l’entreprise dans laquelle ils travaillent est important et que 77 % estiment
que, « au-delà de son activité économique, leur entreprise joue un rôle au sein de la
société », ils sont 69 % à considérer que la raison d’être est d’abord « une opération
de communication  », et seuls 31  % y voient «  avant tout le reflet de convictions
RECOMMANDATION 7 : établir un lien direct entre le Conseil national des sincères (24) ». L’étude BVA, diligentée par France Stratégie, révèle également ce risque.
greffiers des tribunaux de commerce et la Communauté des entreprises à mission Ainsi 46 % des dirigeants interrogés estiment que ces changements statutaires sont
pour croiser les fichiers de sociétés à mission et obtenir le décompte le plus à jour « surtout de l’affichage et que rien ne garantit que l’entreprise s’engage vraiment ».
et fiable possible.

(23) Terme récurrent défini à l’Annexe 3.


(24) Comité de suivi et d’évaluation de la loi Pacte, Deuxième rapport, p. 123 https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/
atoms/files/fs-2021-rapport-comite_suivi_et_evaluation_loi_pacte-septembre_0.pdf

34 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 35


Les auditions ont également fait ressortir la perception d’un risque Un tiers peut agir contre la société en cas de manquement à la raison d’être
réputationnel et juridique associé à l’adoption d’une raison d’être et de la dès lors que l’engagement de la société est suffisamment précis. Il en sera ainsi
qualité de société à mission. Les grands groupes notamment, avec une exposition même lorsque la raison d’être ne figurera pas dans les statuts à condition que
mondiale et cotés en Bourse, dont une partie du capital est souvent détenue par des le manquement soit caractérisé. C’est l’application de l’article 1240 du Code
fonds d’investissement, mettent en avant ce risque. civil. Le risque sera d’autant plus grand que la raison d’être sera précise ou
chiffrée. Le risque de contentieux viendra sans doute de l’action d’associations.
La raison d’être est une boussole de l’activité que les organes sociaux de la
Il faut rappeler, d’une part, qu’il existe en France environ quatre cent cinquante
société doivent prendre en considération dans les orientations de leur propre
organisations non gouvernementales auxquelles s’ajoutent les associations de
activité. La raison d’être est engageante et sa violation peut entraîner la responsabilité
défense des consommateurs et, d’autre part, que la Cour de cassation admet
civile de la société ou des dirigeants ou leur révocation (cf. extrait article en encadré
la recevabilité de l’action civile d’une association ne bénéficiant d’aucune
ci-dessous). Le risque juridique lié à la raison d’être en fait un dispositif engageant et
habilitation légale lorsque cette action entre dans son objet social. Le risque est
opposable et lui donne ainsi une vraie crédibilité.
donc large.
La raison d’être est la contribution que la société apporte aujourd’hui et demain
aux principaux enjeux (économiques, sociaux, sociétaux, environnementaux) 2. La responsabilité des dirigeants
de ses domaines d’activité en impliquant ses principales parties prenantes.
Les articles 1850 du Code civil et L. 225-251 du Code de commerce disposent,
C’est la réponse au «  pourquoi  » fondamental, le grand dessein, la motivation
on le rappelle, que «  les dirigeants sont responsables individuellement ou
essentielle, l’essence de l’entreprise, son ADN. Si les entreprises comprennent la raison
solidairement, selon le cas, envers la société ou envers les tiers, des manquements
d’être comme une contribution, la probabilité de sortir d’une simple incantation et
aux dispositions légales et réglementaires applicables aux sociétés, de la violation
d’inscrire la raison d’être dans le fonctionnement de la société augmente.
des statuts, et des fautes commises dans leur gestion ».
La raison d’être est engageante juridiquement et peut constituer le fondement
Bien sûr, la société pourrait être demanderesse. La voie privilégiée devrait être
d’une action en responsabilité à l’encontre de la société ou de ses dirigeants.
l’action sociale ut singuli (Code civil, art. 1843-5). Toutefois, l’on sait que ces
L’extrait d’article en encadré ci-dessous revient sur les risques juridiques découlant de
actions ne sont guère fréquentes parce qu’elles ne procurent pas de satisfactions
l’adoption d’une raison d’être par une société.
individuelles aux demandeurs. Quant aux actions personnelles des associés,
elles se heurteront très souvent à l’absence de préjudice individuel subi par les
associés au regard de la jurisprudence actuelle. La perte de valeur de leurs titres
sera liée, en l’espèce, à un préjudice d’image. Or, ce préjudice d’image ne sera
La violation d’une raison d’être peut entraîner, d’une part, la responsabilité civile que la conséquence directe du préjudice subi par la société. Le danger pourrait
de la société, d’autre part la responsabilité civile des dirigeants. Le risque pèse surtout venir des tiers. La raison d’être est en effet un message à leur intention.
davantage sur la société que sur les dirigeants. Il faut toutefois immédiatement Mais il faudra alors prouver que la faute du dirigeant est une faute détachable de
préciser que le non-respect de la raison d’être ne peut entraîner, au regard de ses fonctions. La nature particulière de la raison d’être, son caractère accessoire,
l’article 1844-10 du Code civil, la nullité d’un acte ou d’une délibération. souvent imprécis, et s’inscrivant sur le long terme, font qu’il sera bien difficile de
voir dans son mépris une faute détachable.
1. La responsabilité civile de la société
Aussi, dans la majorité des cas, la véritable sanction du mépris de la raison d’être
Les sociétés sont responsables civilement des agissements dommageables
pourrait être la révocation du dirigeant par les associés. Le dirigeant, lorsqu’il
commis en leur nom. Paul Le Cannu et Bruno Dondero avaient déjà souligné
est révocable pour justes motifs, pourra démontrer un arbitrage positif entre
que cet instrument de la responsabilité civile qu’est l’action contre la société
l’intérêt social et la raison d’être au moment de la prise de décision. L’étude
trouve un terrain d’élection dans le domaine de la responsabilité sociétale des
d’impact a d’ailleurs indiqué que « la sanction des violations les plus graves
entreprises et dans le cadre des exigences du développement durable. Il en sera
pourrait consister en [la] révocation » du dirigeant. Une orientation stratégique
de même avec la raison d’être. Il ne faut pas sous-estimer ce risque.
contraire à la raison d’être pourrait en revanche constituer une faute. Mais, l’on
voit immédiatement surgir une difficulté : à quel terme ?

36 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 37


Lorsque la raison d’être est hors statuts, sa méconnaissance pourrait entraîner la Le fait de se doter d’une raison d’être reste toutefois moins engageant que
responsabilité des dirigeants dès lors qu’il sera prouvé que cette méconnaissance l’adoption du statut de société à mission, dont les principaux enjeux juridiques
de la raison d’être constituait une faute de gestion du dirigeant (Code civil, sont rappelés dans l’encadré ci-dessous.
art. 1850). Cette preuve sera délicate à rapporter au regard de la nature de la
raison d’être. C’est sans doute un des charmes de la raison d’être hors statuts.

Les sanctions liées au caractère informatif de la raison d’être 1. Responsabilité d’une société et de ses dirigeants envers les tiers

La raison d’être véhicule un engagement. Elle peut en raison de sa nature retentir En matière de responsabilité envers les tiers, l’adoption par une société de
aussi comme une information véhiculée par la communication de l’entreprise. Il la qualité de société à mission est susceptible de renforcer le risque de mise
en résulte des possibilités de sanctions de place, de sanctions liées au code de en cause de sa responsabilité par les tiers, mais ce risque est limité pour ses
la consommation et enfin des sanctions médiatiques. dirigeants.

S’agissant des sanctions de place, il faut observer qu’une raison d’être, • Responsabilité encourue par la société envers les tiers
mentionnée par exemple dans un prospectus ou dans le rapport financier
Une fois inscrite dans les statuts, la mission de la société s’impose aux dirigeants
annuel, pourrait être considérée comme une fausse information donnée au
comme toute disposition statutaire. Elle est donc susceptible, suivant son degré
marché dès lors qu’elle ne constituerait qu’un « affichage » (C. mon. fin., nouv.
de précision, de donner lieu à une action en responsabilité de la part de tiers qui
art. L. 465-3-2). Elle peut également devenir, dans les mains du haut comité
seraient en mesure d’établir que le caractère trompeur de ses objectifs sociaux
de gouvernement d’entreprise, et par référence à l’article 27-2 du code AFEP
et environnementaux leur a causé un préjudice (financier ou moral).
MEDEF, le moyen pour le HCGE de s’autosaisir et de pratiquer « une procédure
de name and shame ». En particulier, certaines entreprises du même secteur d’activité pourraient
tenter d’invoquer que le non-respect de la mission formulée par la société (qui
Ensuite, cette même raison d’être pourrait en conséquence constituer une
aurait créé un avantage concurrentiel au profit de celle-ci) constitue un acte de
pratique commerciale trompeuse au sens de l’article L. 121-2 du code de
concurrence déloyale, justifiant une action en responsabilité.
consommation. Ce texte qui s’applique à tout moyen d’information joue
également entre professionnels. L’action pourrait ainsi être introduite par une Par conséquent, l’adoption du statut de société à mission par une société et
société concurrente. C’est un risque potentiel. donc d’objectifs sociaux et environnementaux précis correspondant à sa mission
paraît plus risquée juridiquement pour cette société que la simple insertion
Enfin le caractère public de la raison d’être peut créer le sentiment que celle-
d’une raison d’être dans ses statuts. En effet, un tiers lésé peut plus facilement
ci a été bafouée, même si l’intérêt social a été respecté. La raison d’être peut
caractériser un manquement en présence d’engagements précis.
en conséquence susciter des mouvements d’opinion relayés par les réseaux
sociaux. Le name and shame peut devenir impossible à maîtriser, alors même En tout état de cause, une décision sociale prise en violation des objectifs sociaux
qu’il n’y a aucune faute de la part des dirigeants. et environnementaux, à l’instar d’une décision sociale prise en violation de sa
Source : Isabelle Urbain-Parleani, « L’article 1835 et la raison d’être », Revue des sociétés, 2019, raison d’être, ne devrait pas encourir de nullité.
p. 575.
• Responsabilité encourue par les dirigeants envers les tiers
A priori, l’adoption de la qualité de société à mission ne devrait pas affecter les
Une raison d’être, même extrastatutaire, est donc engageante. L’article cité conditions de la mise en cause de la responsabilité des dirigeants de manière
ci-dessus précise en effet que les tiers peuvent très bien agir en responsabilité contre significative.
une société qui aurait violé sa raison d’être quand bien même cette dernière ne
Le raisonnement est exactement le même que celui exposé dans l’étude des
figurerait pas dans ses statuts. En outre, une raison d’être extrastatutaire n’est pas
conséquences de l’adoption d’une raison d’être sur la responsabilité des
dépourvue de conséquences sur leur image et les plus grosses entreprises (de plus de
dirigeants envers les tiers : la jurisprudence n’admet qu’exceptionnellement la
5 000 salariés au niveau du groupe, un abaissement de ce seuil étant en discussion au
responsabilité personnelle du dirigeant en raison de l’appréciation stricte par les
niveau européen) sont d’ores et déjà soumises au devoir de vigilance, à la surveillance
juges de l’existence d’une faute séparable des fonctions de ce dernier.
étroite des ONG, aux consommateurs de plus en plus avertis et à leurs salariés.

38 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 39


• Responsabilité des membres du comité de mission la réalisation de sa mission, devrait donc avoir commis une faute susceptible
d’engager sa responsabilité (26). » Une partie de la doctrine relève également
Il n’existe pas de régime de responsabilité spécifique pour les membres du
que «  l’adoption d’une raison d’être peut aussi conduire la société à
comité de mission. Il peut néanmoins être supposé que, en raison de l’absence
prendre des décisions, par cohérence avec cette raison d’être, qui créent des
de pouvoirs de direction du comité de mission, la responsabilité de ses membres
externalités positives ou réduisent des externalités négatives au-delà de ce
ne pourra être engagée que sur le fondement de la responsabilité délictuelle de
que voudrait l’intérêt collectif de ses parties prenantes, stricto sensu. On peut
droit commun en l’absence de texte spécifique. Seul un cas de défaut d’exécution
citer l’exemple de sociétés qui décident de renoncer à poursuivre des activités
ou d’exécution fautive de suivi de la mission ayant causé un préjudice pourrait
rentables, ou de fermer leur site internet le jour du Black Friday, pour être
alors être source de responsabilité. Il faudra néanmoins attendre les premières
cohérentes avec leur raison d’être, ce qui est plus aisé pour une société dotée
décisions de justice en la matière pour être sur la responsabilité des membres
d’une raison d’être que si elle n’en a pas. Il n’est pas sûr qu’une telle décision
du comité de mission.
soit contraire à son intérêt, mais c’est pour le moins incertain (27)» .
2. Le risque de perte de la qualité de société à mission
Certains arguments permettent toutefois de nuancer le différentiel de
risque juridique entre l’adoption d’une raison d’être ou de la qualité de Un des objectifs et bénéfices majeurs d’une raison d’être est d’aligner les
société à mission et le droit commun : parties prenantes, les actionnaires en particulier, dès lors qu’ils ont approuvé
l’insertion d’une raison d’être statutaire. Il n’y a pas d’entreprise responsable
• la loi Pacte, en complétant l’article 1833 du Code civil qui dispose désormais sans investisseur responsable. Inscrire une raison d’être dans ses statuts permet donc
que « la société est gérée dans son intérêt social, en prenant en considération d’impliquer les actionnaires donnant ainsi plus de poids à la direction de l’entreprise
les enjeux sociaux et environnementaux de son activité », a créé un fondement pour les décisions et engagements destinés à nourrir la raison d’être (28).
légal général en matière de responsabilité sociétale des entreprises(25) qui
renforce la responsabilité de l’ensemble des sociétés et de leurs dirigeants envers Les recommandations qui suivent sont donc le fruit d’un double constat  issu des
les tiers en matière sociale et environnementale, y compris celles n’adoptant ni auditions :
la qualité de société à mission, ni une raison d’être. À ce titre, il est intéressant • des bénéfices réels observés au sein des entreprises ayant fait le choix de
de souligner que la chambre criminelle de la Cour de cassation a estimé, dans s’inscrire dans les dispositifs de la loi Pacte :
la récente décision n°  20-82.245 du 29  juin 2021, que les associations de - renforcer la culture d’entreprise qui vient de trouver un support juridique,
défense de l’environnement qui ont été agréées ou qui répondent à certaines - fédérer les salariés, les actionnaires et plus largement toutes les parties
conditions, comme l’ancienneté, ont le droit de demander au juge pénal prenantes,
la réparation du préjudice que les infractions en matière d’environnement - développer la marque employeur et renforcer l’engagement au quotidien
causent aux intérêts collectifs qu’elles ont pour objet de défendre  ; des collaborateurs,
• en tout état de cause une partie de la doctrine rappelle qu’une société ne - réconcilier performance économique et prise en compte des enjeux extra-
pourra pas se prévaloir de sa raison d’être ou de sa mission pour agir à financiers ;
l’encontre de son intérêt social  : «  Il nous semble que la société à mission • des risques de purpose washing qui poussent à renforcer les efforts de
restant une société, elle doit être gérée conformément à son intérêt social et crédibilisation de ces nouveaux dispositifs.
donc que la réalisation de sa mission ne doit pas compromettre son intérêt
propre. Le dirigeant qui n’a pas respecté l’intérêt de la société, à l’occasion de

(25) Haut Comité juridique de la Place financière de Paris, Rapport sur la responsabilité des sociétés et de leurs dirigeants en matière (26) Didier Poracchia, « De l’intérêt social à la raison d’être des sociétés », Bulletin Joly Sociétés, n° 6, p. 40, 1er juin 2019.
sociale et environnementale et examen des conséquences juridiques apportées aux articles 1833 et 1836 du Code civil, 19 juin (27) Christian Nouel et Didier G. Martin, « L’Appréciation de la conformité à l’intérêt social après la loi Pacte et ses incidences sur le
2020. Pour rappel, le non-respect de l’article 1833 alinéa 2 du Code civil ne sera pas sanctionné par la nullité, l’article 1844-10 plan fiscal », Bulletin Joly Sociétés, n° 10, p. 55.
du Code civil disposant que « la nullité de la société ne peut résulter que de la violation des dispositions de l’article 1832 et du (28) Nathalie Rouvet Lazare, La Raison d’être des entreprises - Deux ans après, premier bilan, Fondation Jean-Jaurès, 2021.
premier alinéa des articles 1832-1 et 1833, ou de l’une des causes de nullité des contrats en général. […] La nullité des actes
ou délibérations des organes de la société ne peut résulter que de la violation d’une disposition impérative du présent titre, à
l’exception du dernier alinéa de l’article 1833, ou de l’une des causes de nullité des contrats en général ».

40 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 41


En ce sens, plusieurs recommandations peuvent être formulées : Il importe donc que la raison d’être soit déclinée dans la stratégie de la société ainsi
que la conduite opérationnelle de ses activités. À défaut, la raison d’être reste un
1.  ne raison d’être doit de préférence être inscrite dans les statuts et être dans
U slogan publicitaire. Il convient que le conseil d’administration consacre a minima une
tous les cas déclinée dans la conduite opérationnelle de la société séance par an à une réflexion de mise en cohérence entre la stratégie de la société et
sa raison d’être. Le conseil d’administration, dont la loi Pacte a renforcé la mission,
L’insertion d’une raison d’être statutaire est une condition pour acquérir est en effet pleinement dans son rôle : « Le conseil d’administration détermine les
la qualité de société à mission, qui suppose par ailleurs l’adoption d’une orientations de l’activité de la société conformément à son intérêt social et en prenant
mission consistant en la poursuite d’objectifs sociaux et environnementaux. en considération ses enjeux sociaux et environnementaux et veille à leur mise en
Pour autant, une société peut adopter une raison d’être sans pour autant adopter la œuvre [...]. Il prend également en considération la raison d’être de la société, lorsque
qualité de société à mission ; ce choix est d’ailleurs le plus courant en raison de son celle-ci est définie dans les statuts en application de l’article 1835 du Code civil [...]. »
régime moins contraignant que celui de la société à mission. Les développements La formulation et le suivi d’indicateurs en lien avec la raison d’être permet de s’assurer
ci-après s’appliquent aux sociétés qui se sont dotées d’une raison d’être sans être de sa déclinaison effective dans les activités opérationnelles de la société.
allées jusqu’à adopter la société à mission.
Pour parachever la transparence de la démarche, il convient donc que le conseil
La grande majorité des auditions ont souligné que cette option prête le flanc d’administration, à son tour, rende compte une fois par an en assemblée générale de
à un procès en purpose washing. Il peut en effet être observé que beaucoup de ses décisions relatives à la raison d’être, dans le cadre de son rapport de gestion ou
raisons d’être sont formulées de manière très large, certaines très peu engageantes et du rapport annuel sans en faire une résolution soumise au vote des actionnaires en
qui parfois ne sont pas déclinées dans la stratégie de l’entreprise. tant que telle.
La souplesse laissée par le législateur dans la rédaction de leur raison d’être permet Les bonnes pratiques suivantes ont pu être observées lors de la saison des assemblées
aux sociétés de retenir une formulation propre à leur modèle d’affaires, leur histoire générales d’actionnaires 2021 au sein du CAC 40 :
et leur culture d’entreprise.
• Legrand : présentation détaillée du modèle d’affaires et de l’adaptation des offres
Afin d’éviter l’écueil du purpose washing, les recommandations  suivantes peuvent du groupe, en lien avec la raison d’être et les tendances de long terme ;
être mises en œuvre.
• Orange : création d’un comité de raison d’agir, réunissant experts externes et
La question récurrente de la localisation de la raison d’être dans les statuts ou membres du groupe, pour veiller à l’application opérationnelle de la raison d’être ;
hors des statuts n’est pas neutre en termes de régime juridique, notamment
en matière de responsabilité et d’opposabilité. Le législateur avait prévu la • Atos : illustration de la mise en œuvre de la raison d’être en 2020 à travers une
faculté d’insérer une raison d’être dans les statuts. En dehors du cadre légal, une sélection de chiffres clés et d’actions sur chacun des trois piliers (Confiance,
pratique s’est développée de la part de sociétés qui ont affiché une raison d’être Environnement, Excellence) ;
extrastatutaire. La localisation de la raison d’être dans les statuts emporte notamment • AXA : lancement de l’indice Axa pour le progrès pour mesurer et amplifier l’impact de
trois conséquences : la raison d’être, annoncée en 2020, sur la base d’objectifs intégrés à la rémunération
• la légitimité actionnariale, l’insertion de la raison d’être étant approuvée à la des dirigeants ;
majorité des deux tiers dans les sociétés anonymes ;
• l’obligation du conseil d’administration et du directoire de société anonyme
RECOMMANDATION 8 : pour les sociétés dotées d’une raison d’être, la
de prendre en considération la raison d’être de la société, en application de
décliner dans la stratégie de la société ainsi que dans la conduite opérationnelle
L. 225-35 du Code de commerce ;
de ses activités. Recommander que les sociétés dotées de raison d’être statutaire
• l’obligation d’affecter des moyens, humains ou matériels, à la raison d’être, rendent compte une fois par an à leurs actionnaires de l’apport de la stratégie
découlant de la définition prévue à l’article 1835 du Code civil (« principes mise en œuvre et des résultats correspondants à la raison d’être.
dont la société se dote et pour le respect desquels elle entend affecter des
moyens dans la réalisation de son activité »).
Enfin, une dernière bonne pratique, déjà répandue mais à généraliser, est de
conditionner une fraction de la rémunération variable (cible minimale de 20 %) des
salariés et dirigeants d’entreprise à des critères extra-financiers en lien avec la raison
d’être.  Pour en tirer le maximum de bénéfices, ces objectifs doivent concerner les

42 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 43


incentives court terme de type bonus annuel et long terme type long term incentive. • la formation voire la certification des collaborateurs sur la raison d’être : « De
De même, les objectifs d’intéressement devraient systématiquement intégrer ces l’ordre de 60  % des collaborateurs bénéficiant de la certification relative à
mêmes critères (idem cible minimale de 20 %). Le suivi et l’atteinte de ces objectifs notre raison d’être et à nos valeurs ; de l’ordre de 75 % des People Managers
permettent à la fois de motiver et récompenser les équipes tout en améliorant le coût certifiés en poursuivant notre dynamique d’accompagnement » ;
de financement de l’entreprise.
• des objectifs stratégiques de long terme  : «  Plan stratégique 2021-2025
Il importe que les critères extra-financiers soient objectifs et que les sociétés privilégient
déclinant la raison d’être du groupe en choix stratégiques concernant les clients,
des critères quantitatifs. Il est d’usage d’intégrer les objectifs santé/sécurité dans le
les activités et les géographies avec l’objectif d’une amélioration durable de
bonus annuel et la réduction d’émissions CO2 dans les long term incentives.
la rentabilité du groupe » ; « C’est sur cette base, avec la volonté d’ancrer
son utilité sociétale dans l’ensemble de ses activités, métiers et processus que
RECOMMANDATION 9 : conditionner une fraction de la rémunération variable s’est construit le nouveau projet du groupe, “Ambitions 2022”. Il traduit,
(cible minimale de 20 %) des salariés et dirigeants d’entreprises à des critères au travers d’objectifs forts, la volonté de contribuer encore davantage aux
extra-financiers objectifs en lien avec la raison d’être. Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies. » ;
•
l’inscription de la raison d’être dans les critères de performance de la
rémunération variable des dirigeants (ou, dans un cas, des managers) ;
• divers programmes RSE ou les réponses aux sollicitations extra-financières : à
L’AMF considère qu’il est de bonne pratique de décliner des engagements titre illustratif, une société a mis en place un « programme mondial d’actions
concrets, en précisant la mise en œuvre pratique de cette raison d’être concrètes pour mieux manger à un prix accessible  », qui, en France, «  se
et en détaillant les étapes clefs. décline autour de treize engagements » tels que : « Exclure 100 substances
Certaines sociétés prévoient, par exemple : controversées de tous les produits à marque [de la société] » ou « Garantir la
transparence sur la traçabilité de ses produits grâce à la blockchain ». Une autre
• la revue régulière par le conseil d’administration et le suivi des engagements pris
société a mis en place un « Plan de vigilance 2020 », lequel « s’inscrit dans la
au titre de la raison d’être. Une société décrit particulièrement l’organisation
continuité du plan de vigilance 2019, tout en prenant en compte les nouvelles
interne destinée à assurer la bonne mise en œuvre de la raison d’être  : il
orientations du groupe exprimées à travers son plan stratégique et couvrant
s’agit dans ce cas «  d’une organisation multifonctionnelle coordonnée
la période 2020-2025, ainsi que la raison d’être [de la société]. En particulier,
par le secrétaire général, sous la supervision du directeur général qui rend
[la société] a spécifiquement identifié l’exposition aux risques physiques et
compte au conseil d’administration. Cette organisation repose sur un groupe
transitoires liés au dérèglement climatique, et a pris le nouvel engagement
de travail d’une vingtaine de collaborateurs d’Atos, issus de différentes
d’être net zéro émission carbone en 2040. [La société] a également pris de
fonctions opérationnelles et support, et occupant des postes de direction, de
nouveaux engagements en faveur de l’inclusion numérique, pour renforcer
management de projet ou d’expertise. Chaque contributeur est responsable
les libertés et la sécurité du quotidien numérique des personnes et des
sur son périmètre d’activité à la fois du déploiement de la raison d’être et de
organisations. Dans un objectif de transparence et d’ouverture notamment
sa promotion. Le conseil d’administration examine régulièrement l’évolution
vers les investisseurs et actionnaires, le groupe répond régulièrement à des
des travaux de l’entreprise à ce sujet. L’unique entreprise à mission s’est, elle,
sollicitations portant sur ses performances extra-financières ».
dotée d’un comité de mission indépendant, composé d’une dizaine d’experts
éminents et qualifiés, examinera notre feuille de route et [les] progrès sur tous Source : Extrait du rapport 2020 de l’AMF sur le gouvernement d’entreprise et la rémunération des
dirigeants des sociétés cotées.
ces sujets. » ;
•
les dialogues réguliers avec les parties prenantes, internes (Une société
« favorise, notamment au sein des instances représentatives du personnel, le
dialogue social, qui participe à l’appropriation par les salariés de notre projet
collectif ») ou externes (« Enrichi par une série d’entretiens qualitatifs menés
auprès des parties prenantes externes, cet exercice a permis à Carrefour de
mieux comprendre leurs aspirations au regard de sa raison d’être, d’identifier
des enjeux émergents et d’approfondir certains signaux faibles ») ;

44 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 45


2. Le dispositif des sociétés à mission est à crédibiliser L’European Financial Reporting Advisory Group (EFRAG - Groupe consultatif européen
sur l’information financière) prépare des projets de standards de durabilité. Un projet
2.1 Subordonner la qualité de société à mission à la publication d’un rapport de standard simplifié et facultatif pour les entreprises de moins de 250 salariés est à
de durabilité l’étude et devrait être publié à l’horizon 2025.
Cette recommandation crée une contrainte supplémentaire pour les petites
Des sociétés peuvent obtenir la qualité de société à mission tout en ayant des
sociétés à mission (voire un effet d’éviction). La qualité de société à mission, par le
pratiques ESG contestables. En effet, une société à mission s’assigne une mission
choix d’objectifs statutaires relevant d’une mission ciblée, ne participe pas de la même
ciblée qui ne préjuge pas de ses pratiques sur les sujets ESG plus généralement. Ainsi,
logique que le reporting extra-financier, mais il paraît essentiel de crédibiliser la qualité
une société à mission peut avoir un impact positif en générant des externalités positives
de société à mission. En application de l’article 1833 alinéa 2 du Code civil, les sociétés
(par exemple, en faveur d’une cause sociale) tout en ignorant ses externalités négatives
sont tenues de « prendre en considération les enjeux sociaux et environnementaux de
(par exemple, contrôle des pratiques sociales de ses fournisseurs potentiellement à
leur activité ». Il paraît donc légitime que toutes les sociétés à mission se prêtent à un
risque). Cela pourrait éventuellement décrédibiliser l’écosystème des sociétés à mission.
exercice d’évaluation et de transparence de leurs démarches RSE.
Le rapport Notat-Senard avait proposé – sans s’en expliquer – de subordonner la
qualité de société à mission à la publication d’une déclaration de performance extra- Il est donc recommandé d’imposer aux sociétés à mission de publier un rapport
financière (29). Cet enjeu de cohérence d’ensemble peut être rapproché du critère de Do de durabilité sur la base des standards de durabilité simplifiés de l’EFRAG.
no significant harm présent dans la taxonomie européenne des activités durables (30) Ce rapport devrait notamment permettre de démontrer que la poursuite
et qui prévoit qu’une activité peut être considérée comme contribuant à un objectif de la mission n’emporte pas de préjudice important pour d’autres facteurs
environnemental si elle ne porte pas de « préjudice important » aux cinq autres. de durabilité. Dans l’attente, et ce, afin d’enclencher une dynamique positive, il
est recommandé aux sociétés à mission de moins de 500 salariés de commencer à
La publication de déclaration de performance extra-financière (DPEF) par les
développer cette bonne pratique de prise en compte formalisée des enjeux sociaux
sociétés à mission est un enjeu de crédibilité, mais pose des questions de
et environnementaux. Dans ce cadre, l’outil DPEF est une option méthodologique
proportionnalité. Actuellement, les entreprises de moins de 50 salariés occupent
éprouvée. Toutefois, ayant conscience des ressources limitées des petites structures,
toujours une place prépondérante avec 68 % des sociétés à mission en France, même
et donc sans aller jusqu’à exiger une DPEF auditée, les sociétés à mission de moins de
si la part des ETI et grandes entreprises se renforce de façon significative depuis 2021.
500 salariés pourraient définir la matérialité de leurs risques majeurs et définir un plan
Or, la déclaration de performance extra-financière est actuellement obligatoire pour
d’action même sommaire.
les sociétés de plus de 500 salariés. Si les seuils de la proposition législative de directive
sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (directive Il convient de laisser aux sociétés à mission actuelles le temps de monter en
dite CSRD) sont maintenus en l’état : compétences pour se conformer à cette nouvelle obligation. Il est donc recommandé
de rendre obligatoire la publication d’un rapport de durabilité selon les standards
• toutes les sociétés cotées sur un marché réglementé (de plus de 10 salariés)
simplifiés annoncés pour le 31 octobre 2023, qui devraient être applicables à partir de
devront publier un rapport de durabilité, sans condition de seuil ;
2027 sur l’exercice 2026.
• concernant les sociétés non cotées :
- le seuil de l’effectif passe de 500 à 250 salariés,
RECOMMANDATION 10 : obliger les sociétés à mission de moins de
- deux des trois seuils font basculer l’entreprise dans l’obligation de publier un
250 salariés à publier, à partir de 2027 sur l’exercice 2026, un rapport de durabilité
rapport d’entreprise sur la durabilité, quels qu’ils soient : effectif, total chiffre
selon les standards de durabilité simplifiés du Groupe consultatif européen sur
d’affaires supérieur à 40 M€, total du bilan supérieur à 20 M€.
l’information financière (EFRAG) dans le cadre de la proposition de directive
relative à la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises
(CSRD).

(29) La directive 2014/95/UE a été transposée en droit national par l’ordonnance du 19 juillet 2017, qui a substantiellement élargi le
périmètre d’application de la déclaration de performance extra-financière issue du droit européen (cf. L. 225-102-1, et R. 225-
104 à R. 225-105-2 du Code de commerce) : l’exigence s’applique ainsi pour toute société cotée dont le total du bilan est de
20 M€ (ou 40 M€ pour le montant net du CA), et de plus de 500 salariés au cours de l’exercice et pour toute société non cotée
(100 M€ de total du bilan ou de montant net du chiffre d’affaires) et de plus de 500 salariés au cours de l’exercice.
(30) Article 17 du règlement (UE) 2020/852 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32020R0852

46 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 47


2.2 Clarifier les rôles respectifs du conseil d’administration et du comité de Dans ces conditions, il est nécessaire de renforcer et formaliser le lien du comité
mission dans la poursuite de la mission de mission avec les organes de direction. Afin d’aligner les parties prenantes et
Le comité de mission pose plusieurs questions dans la gouvernance des garantir que la mission soit au cœur de la stratégie et des décisions de la société,
sociétés. Le législateur est resté peu prescriptif, ce qui explique une certaine disparité il est proposé que le comité de mission rende compte à l’organe de direction de la
des pratiques voire des incertitudes ou de la défiance de la part des dirigeants et société, le conseil d’administration, si existant, le conseil de surveillance, le comité
des administrateurs des grandes sociétés. À l’inverse, les sociétés à mission de taille de direction ou exécutif, le cas échéant. Le rapport de la CFDT relaie des positions
réduite (souvent des SAS) voient plutôt dans le comité de mission une opportunité de en sens : ainsi, « Philippe Joubert [membre de plusieurs conseils d’administration et
se doter d’un organe collégial, certaines faisant de leur comité de mission un véritable président-fondateur d’Earth on Board, structure de sensibilisation et formation des
comité consultatif stratégique. D’ailleurs, la majorité des sociétés à missions de moins conseils d’administration aux problématiques environnementales] considère que le
de 50 salariés dispensées de former un comité de mission s’en sont dotées (31). comité de mission devrait répondre au conseil d’administration directement, car c’est
le conseil d’administration qui gouverne l’entreprise et pas l’assemblée générale des
Le conseil d’administration a la responsabilité de déterminer les orientations de actionnaires (36)». Le groupe de travail considère que le comité de mission ne devrait pas
l’activité de la société et de veiller à leur mise en œuvre, conformément à son intérêt constituer un contrepoids autonome, mais un comité rendant compte régulièrement
social, en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de à la direction de l’entreprise, au conseil d’administration, si existant, afin de l’éclairer
son activité et, le cas échéant, raison d’être. Ce rôle, défini à l’article L. 225-35 du sur les grandes décisions de la société à l’aune de la mission statutairement adoptée.
Code de commerce, implique, lorsque la société concernée s’est dotée d’une mission,
que le conseil d’administration intègre les objectifs sociaux et environnementaux figurant Dans cette perspective, le présent rapport prend parti pour la redéfinition
dans les statuts à la stratégie poursuivie par la société. Il est essentiel que les instances suivante du rôle du comité de mission :
dirigeantes de l’entreprise (comme le comité exécutif, le comité de direction, le conseil • suivre et questionner l’exécution du suivi de la mission comme exigé dans les
d’administration, etc.) s’impliquent dans le suivi de l’exécution de la mission. textes sur la base des informations communiquées et rédigées par la société ;
• présenter le rapport de mission, préparé en collaboration avec les organes de
Le comité de mission est quant à lui chargé du suivi de l’exécution de la
gestion et d’administration de la société ;
mission. Il doit s’agir d’un organe distinct des organes sociaux aux termes de l’article
L. 210-10, 3° du Code de commerce (32), ce qui est interprété comme signifiant que • conseiller sur la pertinence des objectifs opérationnels issus des objectifs
la participation de membres des organes sociaux devrait rester très minoritaire voire statutaires fixés par le conseil d’administration et la direction générale de la
réduite à une participation du dirigeant en qualité d’invité (33). En effet, la participation société. Il s’agirait d’un travail itératif entre le comité de mission et la société,
d’un ou de plusieurs membres des organes sociaux au comité de mission peut ces objectifs étant in fine validés par les organes de gestion et d’administration
présenter un risque en termes d’indépendance, mais permet, par ailleurs, de disposer de la société (conseil d’administration, comité de direction) ;
d’informations pertinentes pour le fonctionnement du comité de mission. À ce titre, • questionner le niveau d’ambition (notamment en matière de chiffres et de
le comité de mission est une instance de contrôle a posteriori qui n’a pas vocation à dates de réalisation) de ces mêmes objectifs opérationnels (37) ;
empiéter sur les prérogatives du conseil d’administration : une gouvernance efficace • présenter une fois par an aux organes de gestion et d’administration de la
ne peut s’appuyer sur un doublement des instances (34). société et aux instances de représentation du personnel (comité social et
économique, comité de groupe) ses observations, recommandations et, si
Aux termes de l’article L. 210-10 3° du Code de commerce, le comité de mission est
besoin, alertes dans un format confidentiel. Cette confidentialité permettrait
chargé de présenter un rapport de mission. Or, dans la majorité des cas, les membres
au comité de mission, si cela s’avérait nécessaire, de formuler certaines
des comités de mission des sociétés à mission existantes (pour rappel essentiellement
oppositions quant aux choix stratégiques et opérationnels des organes de
des TPE/PME) ne sont pas rémunérés et ont donc une disponibilité limitée. Relever le
gestion et d’administration de la société, notamment s’il estime que certaines
niveau d’implication et d’expertise des comités de mission composés de profils à la
décisions stratégiques contreviennent à la mission de la société, que les
fois experts et généralistes pour apporter une valeur ajoutée technique aux enjeux de
moyens alloués sont insuffisants, ou encore que l’ambition devrait être revue ;
la mission suppose une obligation d’assiduité, une disponibilité minimale et in fine
• à l’instar du comité social et économique, exercer un rôle consultatif sur
un défraiement ou une rémunération des membres. Ce constat issu des auditions se
des sujets de stratégie d’entreprise qui pourraient affecter directement ou
retrouve dans le rapport de la CFDT (35).
indirectement la mission (acquisition, lancement d’une marque, déploiement
(31) Observatoire des sociétés à mission de la Communauté des entreprises à mission, mai 2021.
(32) En cela, à droit constant, le comité de mission ne saurait être confondu avec un comité du conseil d’administration au sens de
sur un pays, diversification d’activité) ;
l’article R. 225-29 du Code de commerce.
(33) En ce sens, Guide méthodologique de l’AFNOR, Sociétés à mission, Compréhension, mise en place, fonctionnement et évaluation
• enfin, en coordination avec la direction, conseiller et travailler à faire évoluer la
(34) En ce sens, P.-Y Gomez, « Les Bénéfices attendus du toilettage de la loi Pacte », Le Monde, 31 août 2021. nature même de la mission de l’entreprise si le contexte et les enjeux nouveaux
(35) L’entreprise à mission, un projet collectif : quelle place pour les salariés ? https://www.cfdt.fr/upload/docs/application/pdf/2021-
09/rapport-entreprise-a-mission-20210920.pdf l’exigent.
48 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 (36) Rapport précité de la CFDT, p. 21. RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 49
(37) Ainsi que le recommande le Guide de l’AFNOR.
Pour résumer les grandes lignes de l’approche proposée : 2.3 Clarifier le rôle de l’organisme tiers indépendant (OTI)
• le rapport annuel du comité, qui doit rendre compte de manière transparente Après une première phase de tâtonnement, liée principalement à
de ce qu’entreprend la société au titre de sa mission et des résultats l’appropriation progressive des nouveaux dispositifs de la loi Pacte par les
correspondants, doit être préparé en collaboration avec la direction et différents acteurs (sociétés et OTI), le rôle de l’OTI est en cours de précision.
l’administration de la société ; L’arrêté du 27 mai 2021 définit désormais les modalités selon lesquelles l’OTI, chargé de
• le comité de mission, en relation directe avec les plus hauts organes de gestion vérifier l’exécution par les sociétés, mutuelles et unions à mission de leurs objectifs sociaux
et d’administration de la société, devrait avoir un rôle non seulement de suivi, et environnementaux, accomplit sa mission. La Compagnie nationale des commissaires
mais également de conseil et d’alerte sur les objectifs et résultats de la mission, aux comptes (CNCC) est par ailleurs en cours de finalisation de son avis technique ainsi
et si besoin un rôle consultatif sur des sujets stratégiques pouvant affecter la que de son avis motivé type. Il est recommandé que la CNCC publie ces documents afin
mission ; que tous les acteurs aient le même niveau d’information. Ces documents sont attendus
pour le mois de décembre  2021. De même l’Association française de normalisation
• enfin, le rapport de mission devrait être rendu public, ce qui permettra de doit publier son guide méthodologique. La publication de ce guide est prévue pour le
participer à la transparence de la démarche et donc sa crédibilité. À cet mois de décembre 2021. Enfin, la communauté des entreprises à mission va également
égard, la Compagnie nationale des commissaires aux comptes considère que publier un guide issu d’un groupe de travail consacré à l’OTI.
dans l’hypothèse où l’entité ne produirait pas de rapport de gestion et ne
présenterait pas le rapport du comité de mission sur son site internet, il est Ces publications sont de nature à harmoniser les pratiques des OTI. Au cours des
nécessaire que le rapport du comité de mission concernant la période revue auditions, la perception de flou actuel concernant le périmètre et le rôle de l’OTI a en
par l’organisme tiers indépendant (OTI) soit annexé à l’avis motivé de l’OTI effet été mentionnée parmi les freins dissuadant certaines sociétés d’adopter la qualité
afin de permettre au public d’en disposer ainsi que du rapport du comité de de société à mission. Dans l’attente de ces référentiels, il est recommandé aux sociétés
mission sur lequel il s’appuie. à mission les bonnes pratiques suivantes :

Enfin, les auditions ont fait ressortir plusieurs bonnes pratiques : • procéder à un audit à blanc, ce qui permet une première revue de la conformité
aux attentes et de questionner les objectifs sociaux et environnementaux
• les membres du comité de mission devraient être acculturés au modèle d’affaires (statutaires et opérationnels), avant l’émission de l’avis motivé de l’OTI ;
et activités de l’entreprise sous forme de séminaire, visite de sites, etc. ;
• clarifier dans la lettre de mission le périmètre d’intervention de l’OTI. Ainsi,
• le comité de mission devrait être doté d’un règlement intérieur  précisant même si l’OTI vérifie la cohérence des objectifs sociaux et environnementaux,
notamment la durée du mandat de ses membres, l’obligation de confidentialité, de la raison d’être de l’entreprise et de son activité au regard de ses enjeux
la collégialité des décisions, etc. ; sociaux et environnementaux pour pouvoir vérifier l’atteinte des objectifs
• le comité de mission devrait présenter chaque année au comité social et statutaires, le périmètre de l’audit doit s’appuyer sur la vérification de l’atteinte
économique son rapport d’activité pour permettre de renforcer et d’aligner des objectifs opérationnels déclarés par l’entreprise. Son rôle n’est pas de
les parties prenantes. Une administratrice salariée de la CFDT relève en ce questionner le niveau d’ambition des objectifs statutaires, dès lors que le comité
sens que : « Le travail du comité de mission porte notamment sur un rapport. de mission assure cette mission et soumet ses interrogations aux organes de
Celui-ci ne doit pas uniquement être présenté aux actionnaires. Il doit être gestion et d’administration qui restent seuls décideurs en la matière.  
présenté au conseil d’administration et au CSE. Le CSE devrait d’ailleurs Un second enjeu relatif à l’OTI a trait à son coût, sachant que ce dernier peut
pouvoir s’exprimer au sein du rapport pour donner son avis. Ce rapport être contrebalancé par certains bénéfices tenant notamment à la crédibilisation
doit également être largement diffusé aux salariés qui doivent en prendre de la démarche grâce à l’avis externe indépendant et expert. Une très grande
connaissance. » (38) majorité des sociétés à mission sont des TPE/PME, avec des moyens par nature limités.
Le coût de l’OTI peut donc s’avérer un frein à l’adoption de la qualité de société à
RECOMMANDATION 11 : réaffirmer le rôle du conseil d’administration et/ou mission. À ce titre, l’attention est appelée sur :
des instances dirigeantes dans la gouvernance de l’entreprise et préciser le rôle du • une vigilance toute particulière sur la nécessité de déconcentrer le marché des
comité de mission dans la perspective d’une interaction plus collaborative avec les OTI afin d’intensifier la concurrence entre les acteurs et ainsi réduire les risques
organes de gestion et d’administration. de dépendance à des acteurs potentiellement oligopolistiques. Il est vrai que le

(38) Rapport précité de la CFDT, p. 21.

50 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 51


marché de l’audit des rapports de mission est atypique avec deux contraintes
qui s’auto-entretiennent : une faible profondeur du marché à ce stade (avec
SE PROJETER 
environ 250 à 300 sociétés à mission), ce qui ne participe pas à inciter les Lever les freins au développement du fonds de pérennité,
auditeurs à devenir OTI, ainsi que les coûts d’accréditation du COFRAC pour
obtenir le statut d’OTI. Il est à noter que les OTI sont accrédités selon la norme
consacrer l’obligation de prendre en considération
ISO17029, norme qui rend possible l’externalisation : « L’organisme de validation/ les enjeux sociaux et environnementaux au niveau européen,
vérification peut externaliser des activités de validation/vérification » en veillant inciter toute société européenne à se doter d’une raison
à ce que « l’organisme sous-traitant respecte les exigences applicables » de la d’être, et progresser vers une comptabilité intégrée
norme. Les OTI peuvent donc faire appel à des sous-traitants pour mutualiser
l’effort d’accréditation avec comme condition que les sous-traitants appliquent
le même système qualité que l’OTI accrédité ;
• la nécessité pour les sociétés à mission de procéder à un appel d’offres pour
choisir leur OTI. En effet, il n’est pas systématique ni automatique que ce soit 1. Rendre le régime fiscal du fonds de pérennité plus attractif
leur commissaire aux comptes ni leur OTI chargé de la vérification de leur
déclaration de performance extra-financière.
Le fonds de pérennité, institué par l’article 177 de la loi n°  2019-486 du 22 mai
S’agissant, enfin, du niveau d’assurance, les diligences de l’OTI relatives aux sociétés
2019, permet de sanctuariser tout ou partie du capital d’une entreprise. Le fonds
à mission relèvent d’une assurance modérée et non d’une assurance raisonnable.
de pérennité est constitué par l’apport gratuit et irrévocable des titres de capital ou
L’assurance raisonnable offre un niveau d’assurance plus élevé d’absence de risque
de parts sociales d’une ou de plusieurs sociétés exerçant une activité industrielle,
d’anomalie dans l’information produite qu’une assurance modérée, de par la nature
commerciale, artisanale ou agricole, ou détenant directement ou indirectement des
des travaux mis en œuvre par l’OTI. Une assurance raisonnable requiert des travaux
participations dans une ou plusieurs sociétés exerçant une telle activité, réalisé par un
plus étendus et la collecte d’éléments probants en plus grand nombre afin de conforter
ou plusieurs fondateurs.
l’opinion. A ce stade, une assurance modérée nous parait satisfaisante pour la crédibilité
du dispositif. Le fonds de pérennité a principalement pour objet de gérer ces titres ou ces parts,
exercer les droits qui y sont attachés et utiliser ses ressources dans le but de contribuer
à la pérennité économique de cette ou de ces sociétés. Il peut également réaliser ou
financer des œuvres ou des missions d’intérêt général.
RECOMMANDATION 12 : clarifier le champ d’intervention de l’OTI par la
La dotation du fonds de pérennité est composée des titres ou parts apportés par le ou
publication de l’avis technique et de l’avis motivé type de la CNCC et du guide
les fondateurs lors de sa constitution, ainsi que des biens et droits de toute nature qui
méthodologique de l’AFNOR. Encourager les entreprises à lancer des appels
peuvent lui être apportés à titre gratuit et irrévocable.
d’offres pour le choix de leur OTI et travailler à la déconcentration du marché.
Le fonds de pérennité s’insère dans un triptyque, la fondation reconnue d’utilité
publique (FRUP) ou le fonds de dotation permettant également de pérenniser le
capital d’une entreprise sans toutefois pouvoir la contrôler et l’animer. Ces structures
devant réaliser une œuvre ou une mission d’intérêt général ne peuvent pas s’immiscer
dans la gestion d’une entreprise, activité réputée lucrative. En transférant à une FRUP
ou à un fonds de dotation les titres d’une entreprise, ses actionnaires ou associés se
dessaisissent à la fois de leur propriété et de son contrôle.
Le fonds de pérennité est la seule structure qui permet de contrôler et d’animer la
participation qu’il détient tout en réalisant ou finançant des œuvres ou des missions
d’intérêt général. Il répond donc à un vrai besoin, celui de pouvoir contrôler et animer

52 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 53


sa participation tout en exerçant, le cas échéant une activité caritative, besoin qui Le régime a été conçu pour des personnes physiques alors que la plupart
n’est satisfait ni par la FRUP ni par le fonds de dotation qui doivent abandonner le des fondateurs potentiels détiennent leurs participations via des holdings
contrôle et l’animation de sa participation et n’exercer qu’une activité caritative. patrimoniales  (43). La mission constate à ce stade que le régime fiscal prévu pour
En raison de la faible attractivité du fonds de pérennité résultant d’un régime fiscal ce nouvel outil juridique qu’est le fonds de pérennité ne correspond pas à l’objectif
dirimant, les fondateurs souhaitant créer des « fondations actionnaires » privilégient recherché par le législateur. Il est et restera un outil confidentiel si ses modalités ne
le statut de fonds de dotation et acceptent de se plier aux nombreuses contraintes sont pas aménagées.
d’une telle structure. En l’état actuel de la législation, le fonds de pérennité demeure Il conviendrait a minima de clarifier la rédaction de l’article 177 dont la rédaction
en effet extrêmement confidentiel. Les trois fonds de pérennité créés (Fonds de laisse planer un doute sur la nature du fondateur (personne physique ou morale).
pérennité élémentaire (39), 2050.STEWARDS (40) et Fonds de pérennité Berim-FPB (41)) Il mériterait d’être clarifié que la transmission des titres au fonds de pérennité peut
l’ont été par apports de titres dont la valeur était faible, par exemple lors de la création être réalisée tant par des particuliers que par des entreprises et y compris donc des
de la société. personnes morales. Dans le même sens, il conviendrait de clarifier que la donation
Contrairement aux FRUP et aux fonds de dotation, le fonds de pérennité est soumis de titres à un fonds de pérennité par une personne morale soumise à l’impôt sur les
aux impôts commerciaux dans les conditions de droit commun (impôt sur les sociétés, sociétés est présumée conforme à l’intérêt social pour éviter toute incertitude sur le
TVA, impôts de production). risque d’acte anormal de gestion sur le plan fiscal.

En l’état actuel des textes, le fonds de pérennité et ses fondateurs bénéficient des
1.1 Pour rendre la fiscalité des droits de mutation sur les dons au fonds de
dispositions favorables suivantes :
pérennité plus attractive, les aménagements suivants pourraient être
• les plus-values réalisées par les personnes morales à la suite de l’apport de titres apportés.
de sociétés à un fonds de pérennité, à titre de dotation initiale, bénéficient
L’apport à titre gratuit de titres à un fonds de pérennité est soumis à un droit de mutation
d’un sursis d’imposition (42). Toutefois, celles réalisées lors d’apports ultérieurs
au taux de 60 % et les plus-values d’apport réalisées par les personnes morales sont
sont imposées dans les conditions de droit commun ;
imposables dans les conditions de droit commun (mais peuvent bénéficier d’un sursis
•
sous réserve du respect de conditions qui méritent d’être précisées, les d’imposition sous certaines conditions). La loi Pacte a rendu éligible la transmission
personnes physiques bénéficient d’une exonération des droits de mutation à de titres par des personnes physiques au régime du pacte Dutreil (44) permettant de
titre gratuit à concurrence de 75 % de la valeur des titres apportés au fonds bénéficier sous réserve de certaines conditions d’un abattement de 75 % de l’assiette
de pérennité ; des droits de donation ou de succession, ce qui aboutit à une imposition au taux de
• un fonds de pérennité ne constatera profit taxable à la suite de l’apport à 15 % de l’ensemble apporté au fonds. Ce taux est réduit à 7,5 % dans le cas d’une
titre gratuit de titres de capital ou de parts sociales. Cependant, compte tenu donation au fonds des titres d’une société opérationnelle par une personne âgée de
de la rédaction restrictive de l’article  2 du règlement ANC  n°  2019-05 du moins de 70 ans. (45)
8 novembre 2019, les dotations sous forme d’apports à titre gratuit d’autres Il pourrait être considéré que la double mission d’intérêt général et de pérennisation de
biens emportent l’imposition, dans les conditions ordinaires, d’un gain égal à la société justifie l’exonération de tous droits de mutation à la fois des dons d’actions
la valeur réelle des biens apportés étant que le fonds de pérennité ne pourra comme des dons en numéraire, au même titre que les dons et legs à la plupart des
pas inscrire la contrepartie de l’apport dans un compte de passif. organismes publics ou d’utilité publique, charitables, cultuels, etc. mentionnés à
Ainsi, du point de vue fiscal, en l’état actuel de la législation, l’apport, à titre de l’article 795 du Code général des impôts.
dotation, de parts ou d’actions de sociétés à un fonds de pérennité est une libéralité À défaut, les aménagements envisageables sont :
pour une personne physique mais n’emporte pas l’imposition d’une plus-value.
• instaurer un régime de report d’imposition des droits de mutation à titre
L’apport effectué par une personne morale à un fonds de pérennité est une cession gratuit en cas d’apport de titres de sociétés à un fonds de pérennité. Il serait
(pouvant bénéficier d’un sursis d’imposition sous certaines conditions) et une libéralité mis fin au report d’imposition en cas de cession des titres apportés par le
emportant le paiement de droit de mutation à titre gratuit au taux de 60 %, position fonds de pérennité (régime équivalent à celui prévu en matière d’imposition
qui nous semble contestable. des plus-values d’apport à un fonds de pérennité réalisées par des personnes
(39) https://www.journal-officiel.gouv.fr/document/associations_b/202100032078 (43) L’apport des titres de la holding patrimoniale est difficilement envisageable dès lors que d’autres actifs (immobilier, mobilier)
(40) https://www.journal-officiel.gouv.fr/document/associations_b/202100351448 peuvent être détenus par la holding patrimoniale.
(41) https://www.journal-officiel.gouv.fr/associations/detail-annonce/associations_b/20210030/1747 (44) Article 787 B du CGI.
(42) Article 38-7 quater du Code général des impôts créé par l’article 14 de la loi de finances pour 2020. (45) Article 790 du CGI.

54 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 55


morales (46)), étant précisé que les titres sont légalement inaliénables (à hauteur Le mécanisme de la sectorisation, existant pour les établissements (publics ou privés)
de la quote-part conférant le contrôle de la société). Alternativement, il pourrait sociaux ou médico-sociaux, pourrait en effet être transposé au fonds de pérennité,
être créé un régime de faveur permettant l’exonération ou l’abaissement de pour permettre d’assurer au sein d’une même entité le contrôle et la gestion de titres,
ces droits conditionné à la conservation des titres par le fonds de pérennité ; activité fiscalisée dans les conditions de droit commun, et le financement d’actions
• clarifier que l’application prévue de l’exonération partielle à hauteur de 75 % de d’intérêt général, permettant aux donateurs de bénéficier du régime du mécénat sous
la valeur transmise dans le cadre d’un pacte Dutreil s’applique aux apporteurs réserve d’en satisfaire les conditions.
personnes morales : en effet, les praticiens font état d’une incertitude sur la
possibilité d’appliquer le dispositif Dutreil à une donation consentie au fonds
de pérennité par une personne morale (société holding par exemple donnant RECOMMANDATION 13 : exonérer de droits de mutation à titre gratuit les
des titres de sa filiale) dès lors que le pacte Dutreil n’a été imaginé à l’origine apports de titres de sociétés au fonds de pérennité. À défaut, instaurer un
que pour des personnes physiques et qu’il impose, entre autres conditions, régime de report d’imposition des droits de mutation à titre gratuit et clarifier les
qu’au moins l’un des donateurs conserve l’exercice de fonctions de direction conditions d’applicabilité du Pacte Dutreil aux personnes morales réalisant des
représentant « plus de la moitié des revenus à raison desquels l’intéressé est apports.
soumis à l’impôt sur le revenu », ce qui ne peut concerner que des personnes
physiques par définition ;
• étendre aux personnes morales le bénéfice de l’abattement supplémentaire
de 50 % réservé aux donateurs, personnes physiques ayant moins de 70 ans. 2. L’appréciation de la notion d’acte anormal de gestion.
S’il était précisé qu’il s’applique « lorsque le donateur est âgé de moins de
70 ans ou qu’il s’agit d’une personne morale », cela permettrait de réduire
alors l’imposition actuelle à 7,5 % (50 % x 60 % x 25 %) au lieu de 15 %. En repensant la place de l’entreprise dans la société et en modifiant le Code civil pour
consacrer le principe selon lequel une société est gérée « dans son intérêt social, en
Dans l’intérêt de l’entreprise, la transmission au fonds de pérennité devrait être neutre
prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité »,
sur le plan fiscal, qu’il soit constitué par des personnes physiques ou morales, au
la loi Pacte a imposé la prise en compte des intérêts sociaux et environnementaux
même titre que les autres opérations de restructuration (fusion, scission, apport partiel
dans le processus décisionnel des organes de gestion et d’administration. Ainsi, il est
d’actif). Cette motivation rend légitime le régime de faveur du fonds de pérennité et
désormais clair qu’entre deux options une société est autorisée à choisir celle qui a
devrait donc sécuriser la constitutionnalité du dispositif de report. Le paiement différé-
les externalités les plus favorables en matière sociale et environnementale plutôt que
fractionné (47) n’est pas de nature à rendre l’opération attractive pour les fondateurs.
celle la plus avantageuse d’un point de vue strictement financier.
Ce constat pose la question de l’appréciation par l’administration fiscale : (i) de l’acte
1.2 L’éligibilité au régime du mécénat est également nécessaire pour assurer
anormal de gestion – à titre d’exemple, alors qu’une vente consentie à un prix inférieur
l’attractivité du fonds de pérennité.
à celui du marché est aujourd’hui fréquemment considérée comme un acte anormal
L’article 177 de la loi Pacte fait ressortir la finalité philanthropique et caritative du de gestion, on peut se demander si une telle qualification reste pertinente dans des
fonds de pérennité en sus de la mission de contribuer à la pérennité économique des cas tels que la vente de certains produits à prix réduits ou coûtants en lien direct
sociétés, le fonds de pérennité pouvant également utiliser ses ressources dans le but avec la prise en considération des enjeux sociaux ou environnementaux, et au service
de réaliser ou financer des œuvres ou des missions d’intérêt général. d’une contribution sociétale indiscutable (comme par exemple la vente de masques, le
Il pourrait être envisagé de sectoriser l’activité lucrative du fonds de pérennité (le service de repas gratuits, etc.) à laquelle les associés seraient favorables. Des praticiens
contrôle des titres) et de flécher les fonds collectés dédiés au financement d’actions relèvent à cet égard que « l’adoption de la loi Pacte nécessite que l’acte anormal de
d’intérêt général, en constituant un secteur comptable et fiscal distinct «  intérêt gestion soit dorénavant défini et apprécié autrement, en tenant compte de ce que la
général » au sein du fonds de pérennité. loi a précisé en ce qui concerne l’intérêt de la société au sens juridique du terme »(48);
(ii) de la déductibilité de la TVA – la TVA n’étant à l’heure actuelle pas déductible
lorsqu’elle a grevé des biens cédés moyennant une rémunération très inférieure à leur
prix normal, on peut là encore se demander si la règle de droit positif est pertinente
(46) Article 38-7 quater du CGI, introduit par la loi de finances pour 2020.
(47) Article 397 A de l’annexe III au CGI. dans un exemple tel que celui cité précédemment.

(48) Christian Nouel et Didier G. Martin, « L’Appréciation de la conformité à l’intérêt social après la loi Pacte et ses incidences sur le
plan fiscal », Bulletin Joly Sociétés, n°10, p. 55.

56 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 57


Ainsi que le relèvent Christian Nouel et Didier G. Martin, le « désalignement entre Les obligations inscrites dans la loi sont les suivantes : (i) identifier une (ou plusieurs)
un droit des sociétés qui incite les entreprises à prendre en considération les enjeux personne(s) en charge de la mission ; (ii) rédiger un rapport annuel sur le suivi de la
sociétaux et un droit fiscal restrictif » peut fragiliser l’entreprise. mission de manière transparente et complète. Ce rapport, sous forme d’autoévaluation,
est tout de même encadré par la loi sur son contenu. Il doit ainsi :
• lister et décrire les actions réalisées au cours de l’année passée pour la poursuite
3. Intégrer, à l’initiative de la Commission européenne sur la gouvernance de l’objectif de bien commun mais aussi les causes des obstacles éventuels à
d’entreprise durable, la prise en considération des enjeux sociaux et sa réalisation ;
environnementaux et une raison d’être européenne.
• réaliser une évaluation de l’impact selon des principes décrits en annexe de la
À notre connaissance, les États membres de l’Union européenne n’ont pas dans loi. Ces derniers s’inspirent très largement du BIA (B Impact Asssessment de
leur droit de disposition obligeant les sociétés à but lucratif à prendre en la société B Lab) ;
compte les questions sociales et environnementales dans le cadre de leurs • avoir une vision projective de l’année à venir et des actions prévues pour
activités correspondant à notre article  1833 du Code civil, qui plus est avec un nourrir l’objectif de bien commun.
champ d’application aussi large, allant de la plus petite société patrimoniale à la
multinationale (cf. Comparaisons internationales en Annexe 4). Selon le décompte des services économiques de l’ambassade de France en Italie, il y
aurait environ 1 000 Società Benefit à mi 2021.
La France n’est toutefois pas isolée. L’obligation de prendre en compte les enjeux
sociaux et environnementaux est par exemple déjà prévue en Allemagne  ; bien La proposition législative de la Commission européenne sur la gouvernance
qu’avec des champs d’application variables. Le code de gouvernement d’entreprise durable pourrait s’inspirer des deux premiers étages de la loi Pacte.
Allemand (Deutscher Corporate Governance Kodex), qui est un ensemble de
recommandations applicable aux sociétés cotées reconnaît ainsi expressément que En revanche, l’acclimatation de la société à mission en Europe paraît plus difficile au
l’intérêt de l’entreprise ne se réduit pas au seul intérêt financier de ses actionnaires regard de la diversité des modèles existant dans les États membres. La généralisation
et fait référence notamment à « l’obligation pour l’organe d’administration d’assurer de l’organisme tiers indépendant dans l’Union européenne avec la directive de CSRD
la pérennité de l’entreprise et une création de valeur durable conformément aux paraît un préalable indispensable avant de pouvoir concevoir une société à mission à
principes de l’économie de marché sociale », à la prise en compte « de l’intérêt des l’échelle européenne.
actionnaires, des employés et des différentes parties prenantes » (n° 4.1.1 du code
2009) ou encore au fait que les « organes dirigeants doivent être conscients du rôle Une harmonisation est donc souhaitable en priorisant la généralisation de l’article 1833
et de la responsabilité de l’entreprise vis-à-vis de la société. Les facteurs sociaux et alinéa 2 et la possibilité d’inscrire une raison dans ses statuts. À terme, la généralisation
environnementaux influencent le succès de l’entreprise. Dans l’intérêt de l’entreprise, de la qualité de société à mission est également souhaitable, car elle permettrait aux
les organes d’administration veillent à ce que l’impact potentiel de ces facteurs sur la entreprises concernées de bénéficier d’un cadre et d’une portée plus grande de leur
stratégie de l’entreprise et les décisions opérationnelles soit identifié et traité » (avant- engagement. Ce serait un facteur positif pour inciter les sociétés à adopter la qualité
propos de la révision 2019 du code). de société à mission et permettrait également aux sociétés européennes les plus
avancées de s’engager dans cette voie.
En Italie, le statut de Società Benefit, SB est celui qui se rapproche le plus de la société
à mission française. La loi italienne du 28 décembre 2015 prévoit que toutes sociétés à
but lucratif, mutuelles et coopératives peuvent inscrire dans leurs statuts, au chapitre RECOMMANDATION 14 : dans le cadre de la proposition législative de la
objet social, la finalité pour le bien commun qu’elles entendent poursuivre. Commission européenne sur la gouvernance durable d’entreprise, consacrer
la prise en considération des enjeux sociaux et environnementaux au niveau
européen et inciter toute société européenne à se doter d’une raison d’être.

58 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 59


4. Avancer vers une comptabilité intégrée L’adoption d’une comptabilité intégrée serait une révolution dans l’approche
économique de la responsabilité sociétale des entreprises. Ce changement est
«  Pour accompagner les sociétés dans la transition écologique et sociale, ambitieux, profond, et ses contours et son contenu ne pourront être éprouvés que sur
une refonte des systèmes comptables et de reporting apparaît à terme un temps long. Dans cette attente, et sans que cela ne s’y substitue, la normalisation de
indispensable. Il s’agira à l’avenir de compter ce qui compte vraiment  ; ce que l’information extra-financière portée par plusieurs organismes au niveau international,
devront impérativement refléter les bilans et comptes de résultat des entreprises. Ces et prévue par la proposition législative de directive sur la publication d’informations
informations, comptables, normalisées, pourront alors nourrir l’analyse d’une activité en matière de durabilité par les entreprises (directive dite CSRD) au niveau européen,
soutenable.(49) » Il existe de nombreuses initiatives en la matière comme par exemple : permettra rapidement de mieux rendre compte des impacts des entreprises sur la
Integrated reporting (IR) de IIRC (International Integrated Reporting Council)  ; société, au travers d’un reporting adapté.
Environmental profit&loss account (EP&L) de Kering ; Comprehensive accounting in
respect of ecology (CARE) de la chaire de comptabilité écologique ; mais aussi des
projets de recherche universitaire d’envergure, comme Impact-weighted accounts de
l’université Harvard.

Si le monde économique détient une responsabilité majeure dans les


dégradations écologiques, il peut également jouer un rôle clé dans les
solutions à apporter pour réorienter l’économie vers la conservation
de la nature. Pour cela, les entreprises doivent engager au plus vite
des mesures radicales en s’appuyant sur des instruments et méthodes
qui replacent le capital naturel au cœur des modèles économiques.
Dans ce contexte, plusieurs acteurs ont engagé une stratégie en faveur de la
«  soutenabilité forte  ». Son ambition est de passer d’une vision «  relative  »
de la performance environnementale, celle du «  faire mieux  », à une vision
«  absolue  » qui implique de «  faire ce qui s’impose  » pour la préservation
de la nature, en respectant les seuils écologiques et les limites planétaires.
Cette stratégie consiste notamment à favoriser l’émergence et l’adoption
de nouveaux outils de gestion – financiers et extra financiers – orientés
vers une conservation rigoureuse du capital naturel. Ces outils ont un
potentiel énorme pour comprendre l’utilisation du capital naturel par
les entreprises et permettre son intégration dans leur modèle d’affaires.
Source : WWF France, partenaire Chaire comptabilité écologique.

Dans l’exemple du modèle CARE, « la préservation du capital naturel et du capital


humain est assurée, au même titre que la préservation du capital financier, notamment
en mobilisant le principe historique de l’amortissement. Cette comptabilité multi-
capitaux permet de traiter le capital humain et le capital naturel comme de véritables
passifs : l’entreprise affiche une dette sociale et écologique qu’elle doit être en capacité
de rembourser. À la solvabilité financière s’ajoutent ainsi une solvabilité sociale et une
solvabilité environnementale. La notion même de performance de l’entreprise s’en
trouve modifiée.(50) »
(49) Frédérique Déjean, « Comptabilité et environnement : compter autrement », Annales des Mines - Responsabilité et environnement,
2021/2, n° 102, p. 69-72.
(50) Article précité.

60 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 61


ANNEXES

62 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 63


ANNEXE 1
LETTRE DE MISSION

64 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 65


ANNEXE 2
PERSONNALITÉS AUDITIONNÉES

ASSEMBLÉE NATIONALE

Coralie Dubost, députée Dominique Potier, député

MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE, DES FINANCES ET DE LA RELANCE

Cabinet du ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance


Antonin Dumont, conseiller Financement de l’économie

Cabinet de la Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, des Finances


et de la Relance, chargée de l’économie sociale, solidaire et responsable

Pierre-Alain Sarthou, Mariella Morandi, conseillère


directeur de cabinet Économie sociale et solidaire
et de l’investissement

Agence des participations de l’État (APE)

Suzanne Kucharekova Milko puis Philippe Marseille, responsable


Sarah Finkelstein, secrétaire générale du pôle Audit et Comptabilité

Delphine Issac, chargée de mission RSE

Autorité des normes comptables (ANC)

Patrick de Cambourg, président

Direction générale des entreprises (DGE)

Thomas Gouzenes, secrétaire général Patricia Sala, cheffe de projets


du Conseil national de l’industrie Industries agroalimentaires

66 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 67


Direction générale des finances publiques (DGFiP) Autorité des normes comptables (ANC)

Aulne Abeille, sous-directeur de Nicolas Chayvialle, chef de bureau Patrick de Cambourg, président
la fiscalité directe des entreprises de la fiscalité du patrimoine

Direction générale des entreprises (DGE)


Direction générale du Trésor
Thomas Gouzenes, secrétaire général Patricia Sala, cheffe de projets
Alice Navarro, conseillère juridique Charlotte Ast, adjointe au chef du Conseil national de l’industrie Industries agroalimentaires
du directeur général du Trésor du bureau Finance durable,
Droit des sociétés, Comptabilité et
Pierre-Emmanuel Beluche, France Stratégie
Gouvernance des entreprises (Finent 3)
chef du bureau Finance durable,
Gilles de Margerie, commissaire Adam Baïz, chef de projet Évaluation
Droit des sociétés, Comptabilité et Loïc Péringuey, adjoint au chef
général des politiques publiques
Gouvernance des entreprises (Finent 3) du bureau Finance durable,
Droit des sociétés, Comptabilité et
Gouvernance des entreprises (Finent 3)
INSTITUTIONS EUROPÉENNES

Commission européenne 
MINISTÈRE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE
Didier Reynders, commissaire à la justice
Commissariat général au développement durable

Éric Dodemand, adjoint au chef du Aurélien Girault, chargé de mission Parlement européen 
bureau de la finance verte et de la RSE Finance durable et RSE
Pascal Durand, député européen
Isabelle Richaud, chargée de mission
RSE
ASSOCIATIONS PROFESSIONNELLES ET SYNDICALES

MINISTÈRE DE LA JUSTICE Association française des entreprises privées (AFEP) 

Direction des affaires civiles et du Sceau Laurent Burelle, président Odile de Brosse, directrice
du service juridique
Pierre Rohfritsch, chef du bureau Dorian Boujon, magistrat, rédacteur François Soulmagnon,
du droit des sociétés et de l’audit directeur général Laetitia de La Rocque, directrice
des Affaires fiscales
Stéphanie Robert, directrice

Autorité des marchés financiers Élisabeth Gambert, directrice RSE


et Affaires internationales
Anne Maréchal, directrice des affaires Camille Dropsy, responsable doctrine,
juridiques gouvernance et régulation, direction
des émetteurs Cercle des économistes   Jean-Hervé Lorenzi, président
Olivier Boulon, adjoint à la directrice
des affaires juridiques Morgane Bourhis-Lainé, chargée de
mission senior, division de la régulation Communauté des entreprises à mission  
Marine Corrieras, directrice de
des émetteurs, direction de la
la division, direction des émetteurs Anne Mollet, directrice générale Alain Schnapper, vice-président
régulation et des affaires internationales
Florence Priouret, directrice de
la division, direction des émetteurs

68 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 69


Confédération générale du travail (CGT)  Institut français des administrateurs (IFA)

Fabrice Angei, secrétaire confédéral Pierre-Yves Chanu, conseiller confédéral Denis Terrien, président Monica de Virgiliis et Michel de
Fabiani, co-présidents du Club
Karine Dognin-Sauze,
nomination et rémunération
Confédération française démocratique du travail (CFDT) directrice générale
Daniel Hurstel et Sylvie Le Damany,
Philippe Portier, secrétaire national Philippe Couteux, secrétaire Françoise Malrieu et Hélène Auriol
co-présidents de la Commission
confédéral responsable du service Potier, co-présidentes du Club ESG
Frédérique Lellouche, responsable de juridique
Vie au travail et Dialogue social
la RSE et de la gouvernance d’entreprise Nicolas Naudin, coordinateur du
Ildo Mpindi et Caroline Michaud,
groupe de travail sur l’information
pôle Contenus
extra-financière du Club ESG
Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) 

Sandrine Bourgogne, Guillaume de Bodard, président


Middlenext
secrétaire générale adjointe de la commission Environnement
et Développement durable Caroline Weber, directrice générale

Mouvement des entreprises de France (MEDEF) 


Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce
Geoffroy Roux de Bezieux, Inès Djadour, juriste
Thomas Denfer, vice-président Nicolas Rose, chargé des affaires
président
juridiques
Karla Aman, responsable
Marie-Pascale Antoni,
du pôle juridique
directrice des affaires fiscales

Fédération des cabinets intermédiaires 


Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI)
Axelle Montanié, déléguée générale
Jean-Thomas Schmitt, Sébastien Hours,
directeur général d’Heppner directeur général KERIA Groupe
Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF) 

Yannick Lucas, directeur des affaires Anthony Aly, conseiller relations ENTREPRISES
publiques, FNMF institutionnelles et influence
à la présidence, MGEN Accenture 
Anne-Marie Harster, administratrice
déléguée en charge de la RSE, MGEN Olivier Girard, président France et Benelux

Accor 

Sébastien Bazin, Brune Poirson, directrice


président-directeur général du développement durable

70 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 71


Aigle CASTALIE 

Sandrine Conseiller, Nadine Cottet, Thibault Lamarque, président


directrice générale vice-présidente Marketing

CEVA SANTÉ ANIMALE
Air Liquide
Marc Prikazsky, président-directeur général
Fabienne Lecorvaisier, Laurent Dublanchet, directeur des
directrice générale adjointe affaires européennes et internationales
Chiesi France 
Armelle Levieux, directrice
Patrice Carayon, président-directeur général
des ressources humaines

Collège de Paris
Groupe Bel 
Olivier de Lagarde, président
Sarah Phelan, responsable des affaires publiques

Danone 
BIRDEO 
Franck Riboud, administrateur Pascal Lamy,
Caroline Renoux, présidente-directrice générale
président du comité de mission
Mathias Vicherat, secrétaire général
Nicolas Dissez, directeur de cabinet
BNP Paribas  Céline Barral, directrice RSE
Marguerite Bérard, directrice des réseaux France
Derichebourg 
Bpifrance Boris Derichebourg, président Delphine Esculier, directrice RSE
Derichebourg Multiservices
Philippe Kunter, directeur du développement durable et de la RSE
Thomas Derichebourg, président
Derichebourg Environnement
B SMART 

Stéphane Soumier, président


EDF 

Jean-Bernard Lévy, président-directeur général


CAMIF 

Emery Jacquillat, président-directeur général


ETAM 

Laurent Milchior, président


Carrefour

Alexandre Bompard, Laurent Vallée, secrétaire général


président-directeur général

72 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 73


Française des jeux (FDJ)  Groupe Michelin 

Stéphane Pallez, Jonathan Gindt, Florent Menegaux, président


présidente-directrice générale directeur de cabinet

Vincent Perrotin, Natixis 


directeur RSE Groupe
Magali Patay, banquier conseil

Galeries Lafayette 
Phenix
Nicolas Houzé, Frédérique Chemaly, directrice
Jean Moreau, directeur général
président-directeur général des ressources humaines et RSE

Pierre Fabre Participations 


Kering 
Pierre-Yves Revol, président
François-Henri Pinault, Sébastien Hua, chargé de mission
président-directeur général
Proxinvest 
Marie-Claire Daveu, directrice
du développement durable Loïc Dessaint, directeur général
et des affaires institutionnelles

Renault 
Groupe La Poste 
Jean-Dominique Senard, président
Philippe Wahl, Muriel Barnéoud, directrice
président-directeur général de l’engagement sociétal
Société Générale 

La Banque Postale  Frédéric Oudéa, Bernard Salzmann,


président-directeur général secrétaire général adjoint
François-Régis Benois, directeur Adrienne Horel-Pagès,
adjoint des affaires publiques directrice de l’engagement citoyen
Suez 

Le Slip français  Bertrand Camus, Pierre-Yves Pouliquen,


président-directeur général directeur RSE
Guillaume Gibault, président-directeur général

Sublime Énergie 
LVMH 
Bruno Adhémar, président Nicolas Bréziat, directeur général
Bernard Arnault, président-directeur général

Schneider Electric 
MAIF 
Gilles Vermot Desroches,
Pascal Demurger, président-directeur général

74 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 75


Senior Vice-President Citoyenneté et Relations institutionnelles

Veolia  Founders Futur 

Antoine Frérot, président-directeur général Marc Menasé, associé fondateur

Voltalia  I&P Investisseurs & Partenaires 

Sébastien Clerc, Marine Jacquier, directrice du Jean-Michel Severino, président


directeur général développement durable Groupe

Mirova 
Ynsect 
Philippe Zaouati, directeur général Karen Massicot, Chief Mission Officer
Jean-Gabriel Levon, Rosane Le Roux, chargée de mission
vice-président et directeur Impact à la direction de l’impact
Tikehau Capital 

Antoine Flamarion, Cécile Cabanis,


FONDS D’INVESTISSEMENT ET SOCIÉTÉS DE GESTION DE PORTEFEUILLE directeur général directrice générale adjointe
Alter Equity 
2050 
Fanny Picard, présidente
Marie Ekeland, présidente Anne-Lise Bance, directrice générale
Bluebell Capital 

Nicolas Ceron, manager ORGANISMES TIERS INDÉPENDANTS ET COMMISSAIRES AUX COMPTES

Audit Conseils  
Citizen Capital 
Carole Cherrier, associée
Laurence Mehaignerie, présidente et cofondatrice

Cabinet de Saint Front 


Epic Foundation 
Pauline de Saint Front, présidente Candice Lourdin, directrice générale
Alexandre Mars, Sara Kianpour,
président-directeur général directrice de la communication
Deloitte 

Laurence Rivat, associée Catherine Saire, associée


Eurazeo 

Virginie Morgon, secrétaire général adjoint


EY 
présidente-directrice générale
Sophie Flak,
Pierre Jouane, associé Thomas Gault, associé
Gabriel Kunde, directrice de la RSE et du digital

KPMG 

76 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 77


Nathalie Rondeau, associée Philippe Portier, avocat associé Guillaume Fornier, avocat, Counsel

Mazars  KPMG Avocats 

Jean-Luc Barlet, associé Florence Olivier, avocate associée

Autres 
AVOCATS ET NOTAIRES
Jean-Philippe Robé, avocat
Archers 

Bruno Solle, avocat associé


ORGANISATIONS NON GOUVERNEMENTALES

Bredin Prat  Digital for the Planet 

Didier Martin, avocat associé Inès Leonarduzzi, présidente et fondatrice

Cornet Vincent Ségurel  ONE 

Dominique Stucki, avocat associé Laurence Tardivel, avocate associée Najat Vallaud Belkacem, directrice France

Delsol Avocats Oxfam France 

Xavier Delsol, avocat associé Arnaud Laroche, avocat Cécile Duflot, directrice générale

Mayeul Fournier de Saint Jean,


avocat
UNIVERSITAIRES

EDHEC  
EY 
Carole Chomat, chef de projet Direction Générale
Pierre Mangas, avocat associé Simon Bader, Senior Manager,
diplômé notaire
EM Lyon  

Fidal  Pierre Yves Gomez, professeur

Julie Labedan, avocate associée


ESSEC 

Gide  Chrystelle Richard, professeure associée

Alexandre Gauthier, avocat associé Didier Martin, avocat associé


ESCP  
Christian Nouel, avocat associé

Jeantet Associés 

78 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 79


Enrico Colla, professeur émérite Jean-Marc Daniel, professeur Nathalie Rouvet Lazare, associée

Grenoble École de Management  Earth On Board  

Jaclyn Rosebrook, responsable du développement durable Antoine Gonthier, research director


et la responsabilité sociétale

Fondact 
Mines Paris Tech  
Pierre Havet, délégué général
Armand Hatchuel, professeur émérite Samantha Ragot, docteure

Blanche Segrestin, professeur Jérémy Lévêque, doctorant Collectif GIIC – Gouvernance, Innovation & Intention Contributive

Kevin Levillain, enseignant chercheur Isabelle Lescanne, Pascale Levet, déléguée générale,
directrice Odet - Groupe Nutriset Le Nouvel Institut, professeure associée
IAE-Université Lyon 3
Université de Bourgogne   Aurélie Ghemouri Krief,
directrice conseil, Plein Sens
Julia Heinich, professeur des Universités

Institut du capitalisme responsable 


Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne  
Caroline de la Marnierre, directrice générale
Alain Couret, professeur émérite Alain Pietrancosta, professeur

Jean-Jacques Daigre,
Management & RSE 
professeur émérite
Martin Richer, conseil RSE

Université Paris-Dauphine – PSL 


Nuova Vista 
Dorothée Gallois-Cochet, professeure
Anne-France Bonnet, Mélanie Clément-Lamotte,
présidente et fondatrice consultante en stratégie RSE
Université Paris Descartes 

Pierre Berlioz, professeur


Prophil  Geneviève Férone Creuzet,
associée et cofondatrice
Virginie Seghers, présidente
Université de Rennes 1 

Renaud Mortier, professeur


AUTRES PERSONNALITÉS QUALIFIÉES

Jean-Baptiste Barfety, rapporteur Benoît Hamon, ancien ministre,


CABINETS DE CONSEIL ET LABORATOIRES D’IDÉES
de la mission « Entreprise et intérêt président-directeur général de Singa
The Arcane    général » confiée à Jean-Dominique
Nicole Notat, ancienne secrétaire
Senard et Nicole Notat
Marion Darrieutort, fondatrice Guillaume Garcés, consultant générale de la CFDT
Emmanuel Faber, ancien président-
Serge Papin, ancien président-directeur
directeur général de Danone
Associés en gouvernance  général de Système U
80 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 81
ANNEXE 3
GLOSSAIRE

GOUVERNANCE (D’ENTREPRISE)

La gouvernance d’une entreprise est son système de gouvernement, c’est-à-dire le


dispositif d’ensemble (dirigeants/organes, règles/normes, processus/pratiques) qui
organise les prises de décision, la transparence de l’information et le contrôle des
actions engagées par l’entreprise.
Comme pour tout enjeu de gouvernement, les questions de la finalité (pour quoi ?) et
des intérêts (pour qui ?) sont fondamentales, car elles engagent, selon les réponses,
des régimes de gouvernance qui ne produisent pas les mêmes externalités ni le même
partage de la valeur.
Historiquement, la corporate governance s’est d’abord structurée, au cours des
années 1970 aux États-Unis, autour d’un objectif de maximisation de la performance
économique et dans l’intérêt premier des actionnaires (shareholders).
La nécessité de prendre en compte d’autres objectifs (sociaux et environnementaux)
et des intérêts élargis (ceux des parties prenantes, stakeholders) s’est accentuée dans
les années 1990 et les scandales financiers du début des années 2000 ont accéléré
la réforme des modes de gouvernance. De nombreuses normes ont ainsi vu le jour
(par exemple les normes comptables IFRS), mais aussi des pratiques d’autorégulation
(comme le code AFEP-MEDEF) ou d’usage (la mise en place de comités de parties
prenantes, par exemple). Parallèlement, des réflexions théoriques (comme les
travaux de Jean-Philippe Robé) ont relevé une nécessaire « démocratisation » de la
gouvernance d’entreprise pour sa légitimation.
En invitant les entreprises à définir une « raison d’être » ou une « mission », la loi
Pacte a donc fortement infléchi le sens de la gouvernance des entreprises : la finalité
(pour quoi ?) devient conjointement celle d’une contribution sociétale et d’un objectif
de performance économique, et les intérêts (pour qui ?) pris en considération sont non
seulement ceux des parties prenantes directement impliquées mais encore ceux de la
société civile dans son ensemble. En découlent de nouveaux organes (ainsi le comité
de mission), de nouvelles règles (l’obligation de prise en considération des enjeux
sociaux et environnementaux d’une activité, par exemple), de nouvelles procédures
(le contrôle par un organisme tiers indépendant d’une société à mission en est un).

82 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 83


EXTERNALITÉS POSITIVES PURPOSE WASHING

Pour désigner l’apport social et environnemental d’une entreprise, son utilité pour la Expression anglo-saxonne passée telle quelle dans le langage courant et
société, nous avons systématisé l’emploi de l’expression « externalités positives » aux pouvant être traduite par «  affichage d’une pseudo-mission  ». Dans la lignée du
dépens de celles de « bien commun » et d’« intérêt général ». Ceci pour des raisons greenwashing (verdissement d’un discours sans engagement environnemental réel
de neutralité philosophique, également pour une traduction plus directe du caractère lui correspondant), le purpose washing consiste à afficher une « raison d’être », une
concret de cet apport et, enfin, pour bien marquer la rupture actuelle de paradigme. « mission » ou un engagement social et environnemental, sans que cela soit sincère,
effectif et transparent. Soupçonnant des « coups de com’ », les associations et les
L’expression « bien commun » est d’héritage théologique (c’est saint Thomas d’Aquin
consommateurs sont de plus en plus attentifs à des manipulations d’opinion toujours
qui la conceptualise au XIIIe siècle) et sous-entend l’idée d’une finalité transcendante
possibles et les dénoncent désormais selon le principe du name and shame (« nommer
à l’humanité (le Bien, c’est alors Dieu). Nous pensons, au contraire, que la contribution
et faire honte »).
d’une entreprise doit s’exercer ici et maintenant et qu’il n’existe pas quelque chose
comme « le » bien commun puisque les possibilités de contribution sont multiples Certaines des recommandations de ce rapport vont dans le sens d’une crédibilité
(les 17 Objectifs de développement durable de l’ONU en sont la preuve) et qu’elles augmentée des dispositions ouvertes par la loi Pacte, de façon à ce que les entreprises
doivent rester propres au meilleur potentiel d’action de chaque entreprise. qui s’engagent dans ces démarches ne puissent pas être soupçonnées de purpose
washing. La responsabilité et les externalités positives ne sont pas un sujet de com’
La formule «  intérêt général  » renvoie quant à elle à un héritage rousseauiste qui
mais de stratégie. Elles obligent à un haut niveau d’ambition, d’exigence et de
présente le désavantage de « politiser » la mission de l’entreprise et de la rendre très
transparence. Nous sommes d’ailleurs convaincus que c’est à cette condition qu’elles
abstraite. Nous pensons que, si les entreprises ont un nouveau rôle sociétal à assumer,
seront plus attractives pour les entreprises elles-mêmes.
elles n’ont pas la légitimité leur permettant de capter les sujets d’« intérêt général »
qui doivent rester l’apanage de représentants politiques démocratiquement élus et
désignés. En revanche, l’ancrage et l’insertion des entreprises dans le tissu social et
EXTRA-FINANCIER
l’environnement concret des communautés leur permet d’avoir un impact positif
tangible sur des enjeux d’« intérêt collectif » (pour reprendre l’expression proposée Dès les années 1990, avec une accélération après la crise de 2008, la nécessité
dans le rapport Notat-Senard). d’intégrer à l’évaluation des entreprises d’autres critères que ceux purement financiers
La locution « externalités positives », qui empreinte au registre de langage éprouvé est apparue au sein de la communauté financière. Le sigle ESG (Environnemental,
des économistes, nous a semblé pouvoir désigner de façon plus pragmatique Social, Gouvernance) a ainsi vu le jour pour désigner les trois piliers permettant cette
et directe ce qui est en jeu pour les entreprises : non plus simplement répondre à analyse extra-financière.
des demandes de mise en conformité leur permettant de réduire ou de compenser Dans l’Union européenne, une première directive dite NFRD (Non Financial Reporting
leurs externalités négatives, mais bien agir pour générer d’emblée un impact positif Directive) a été adoptée en 2014. Elle fait actuellement l’objet d’une révision (Corporate
à travers le déploiement de leur activité économique. La rupture de paradigme et Sustainability Reporting Directive).
la force des dispositions de la loi Pacte sont là : créer à chaque étape de l’activité
des externalités positives et non plus réparer a posteriori des externalités négatives
générées par l’activité.

84 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 85


Précisions sur la distinction ESG/RSE/ESS
ANNEXE 4
La RSE (responsabilité sociale de l’entreprise) est une politique définie par
l’entreprise elle-même qui intègre ses enjeux sociaux et environnementaux dans son COMPARAISONS INTERNATIONALES
fonctionnement et sa gestion. L’ESG (Environnemental, Social, Gouvernance) est un
ensemble de critères définis par des acteurs extérieurs à l’entreprise – les investisseurs
– pour évaluer sa performance dite extra-financière. Enfin, l’ESS (économie sociale et
solidaire) est un secteur particulier réglementé, avec comme spécificité principale le
fait que les bénéfices générés par l’activité doivent être « majoritairement consacrés à Contributions des services économiques des pays suivants  : Allemagne,
l’objectif de maintien ou de développement de l’activité de l’entreprise », autrement Danemark, États-Unis d’Amérique, Italie, Norvège, Royaume-Uni
dit ne pas être distribués en dividendes (article 1 de la loi n° 2014-856 du 31 juillet
2014 relative à l’économie sociale et solidaire).
On peut noter que la dimension de «  gouvernance  » est explicitement traitée par ALLEMAGNE
l’ESG (couvrant essentiellement des questions de bon fonctionnement et de quotas Étude sur la gouvernance responsable des entreprises
du conseil d’administration) quand la RSE l’engage de facto via des dialogues avec
les parties prenantes qui participent à l’évolution des modes de gouvernance. Toute 1. La loi Pacte impose à toute société la prise en considération des enjeux
entreprise de l’ESS doit quant à elle s’engager sur l’instauration d’une « gouvernance sociaux et environnementaux des activités de l’entreprise.
démocratique, définie et organisée par les statuts, prévoyant l’information et la
a) Le droit national comprend-il une obligation pour les entreprises de
participation, dont l’expression n’est pas seulement liée à leur apport en capital ou
prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux de leurs
au montant de leur contribution financière, des associés, des salariés et des parties
activités ?
prenantes aux réalisations de l’entreprise » (article 1 de la loi n° 2014-856, ibid.).
b) Comment cette obligation est-elle sanctionnée ?
c) Des actions en responsabilité à l’encontre des sociétés ou de leurs dirigeants
ont-elles été introduites sur ce fondement, et avec quel résultat ?

La responsabilité des entreprises pour leur environnement social prend pied en


Allemagne dans une tradition plus que centenaire. Au XIXe siècle, les entreprises
allemandes prenaient déjà leurs responsabilités pour agir en faveur de leurs employés
afin de créer un environnement social propice. On peut citer, par exemple, la
construction de logements, d’écoles et d’institutions culturelles financées par des
entreprises. On peut, par ailleurs, signaler le rôle actif des entreprises dans le dialogue
avec le politique pour la mise en place des grands systèmes de sécurité sociale
(retraite, maladie, accidents). L’Allemagne est toujours marquée par une bonne
qualité de dialogue entre représentants des entreprises et monde syndical, dans de
nombreux cas institutionnalisée par une gouvernance à l’écoute des salariés ou de
leurs représentants (codécision – Mitbestimmung), avec :
• un rôle fort du comité d’entreprise (Betriebsrat), en particulier sur les questions
sociales ;
• une importante représentation des salariés dans les conseils de surveillance,
ces derniers occupant jusqu’à la moitié des sièges dans les grandes entreprises.

86 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 87


Le capital familial de nombreuses entreprises encore à ce jour rend la démarche 2. La loi Pacte permet aux entreprises qui veulent aller plus loin d’ajouter
volontaire de prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux dans le cadre à leur objet social légal une raison d’être statutaire, par laquelle elles
d’une stratégie à long terme. formalisent les principes dont elles se dotent et pour le respect desquels
elles entendent affecter des moyens dans la réalisation de leur activité (les
La prise en compte des aspects environnementaux est, quant à elle, apparue plus
« sociétés à raison d’être »).
tardivement, en particulier dans les années 1970 avec les premières réglementations
concernant les émissions des entreprises.
a) Le droit national prévoit-il la possibilité pour les sociétés d’inscrire leur
Le droit allemand comprend donc de nombreuses obligations ou interdictions raison d’être dans leurs statuts ?
afin d’assurer une action des entreprises en accord avec les nécessités sociales et
b) Combien de sociétés s’en sont-elles dotées ?
environnementales. Ces obligations ou interdictions peuvent être sanctionnées de
diverses manières. c) Quels en sont des exemples les plus marquants relayés par la presse ?
Il n’existe cependant pas de base juridique générale et transversale pour obliger les
La loi allemande dispose d’un certain nombre de sujets qui doivent être traités par
entreprises à prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux au-delà de
les statuts d’une entreprise  : fondateurs, capital social, le nom, le siège, l’activité
leurs obligations/interdictions réglementaires issues du droit national ou supranational.
entrepreneuriale, le nombre de membres du directoire ou la façon dont ce nombre est
Les obligations des entreprises sont par ailleurs régulièrement renforcées dans déterminé, etc. L’activité entrepreneuriale (Unternehmensgegenstand) de l’entreprise
ces domaines. L’un des exemples récents est la loi sur les chaînes de valeur doit être précisément décrite, en particulier en vue de régler les prérogatives de la
(Lieferkettengesetz), venue prendre la suite du «  plan d’action national sur les direction de l’entreprise dans le cadre de sa bonne gouvernance. Il est possible, mais
entreprises et les droits de l’homme » (NAP). Ce NAP, basé sur une approche volontaire non obligatoire, d’ajouter un «  objet social  » plus large (Gesellschaftszweck), en
pour les entreprises, ne prévoyait aucune sanction en cas de non-respect, et une particulier incluant des éléments de RSE. L’objet social est importé par mimétisme des
enquête du gouvernement avait montré que seules 13 à 17 % des entreprises s’étaient formes sociales « d’intérêt général », telles que les gGmbH (gemeinnützige Gesellschaft
conformées au principe et avaient mis en œuvre des procédures appropriées. La loi sur mit beschränkter Haftung – « SARL d’intérêt général ») qui permettent d’obtenir des
les chaînes de valeur votée en 2021 impose aux entreprises un devoir de vigilance sur avantages fiscaux, et qui doivent se doter d’un tel « objet social » d’intérêt général
les chaînes de valeur à l’international sur le respect de normes minimales concernant très contraignant. L’« objet social » n’est pas requis par la loi allemande et doit être
les droits de l’homme (et d’autres finalités) auprès de leurs fournisseurs directs et de compatible avec les dispositions de la réglementation allemande. L’objectif des formes
façon échelonnée auprès de leurs fournisseurs indirects. Si la responsabilité civile des sociales d’entreprises classiques (dont par exemple la GmbH où l’AG), et ce, même s’il
entreprises ne peut être engagée, elles peuvent être soumises à des amendes. n’est pas inscrit dans les statuts, est la génération de profits.
Compte tenu de l’absence d’obligations générales et transversales, les entreprises et Les marges de manœuvre du directoire sont cependant limitées en termes de RSE, et
les dirigeants ne peuvent être poursuivis sur ce fondement. Des procédures judiciaires ce, même s’il peut exister un objet social, compte tenu du besoin d’agir pour le bien
importantes ont pu avoir eu lieu concernant le non-respect de certaines obligations de la société, faisant peser un risque juridique sur des actions qui présenteraient un
sociales ou environnementales, à l’image du dieselgate, pouvant tout à fait aboutir coût important sans pouvoir en justifier fortement de l’utilité pour la société.
à la condamnation de certaines entreprises ou de leurs dirigeants. Dans certains cas,
La pertinence de la responsabilité sociale des entreprises est démontrée au niveau
l’entreprise peut par ailleurs se retourner contre un ou des membres du directoire
politique par la directive RSE adoptée en 2014. Ainsi, les entreprises basées dans
(Vorstand) pour obtenir réparation de leur part si ces derniers n’ont pas respecté le
l’Union européenne et employant plus de 500 personnes, qui présentent un intérêt
droit ou les bonnes pratiques de la gouvernance d’entreprise.
particulier pour le public, sont explicitement tenues de rendre compte des aspects
liés à la durabilité. L’Allemagne a transposé la directive en droit national en 2017, en
retard par rapport aux exigences de la directive, alors que le pays n’avait pas encore
d’obligations de reporting RSE. L’obligation d’information porte, entre autres, sur les
aspects de la lutte contre la corruption ainsi que sur le respect des droits de l’homme
et le suivi des impacts sur les questions environnementales, sociales et de travail dans
la chaîne d’approvisionnement. Par conséquent, outre les entreprises directement
couvertes par l’obligation de déclaration, de nombreuses PME manufacturières,

88 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 89


souvent liées aux chaînes de valeur des grandes entreprises, sont également d) Ces sociétés connaissent-elles une gouvernance spécifique dotée d’un
indirectement concernées par cette obligation. La directive est actuellement en cours contrôle interne et externe (du type organisme tiers indépendant)  ?
de révision au niveau européen. À cette fin, la Commission européenne a présenté Merci de décrire cette gouvernance spécifique.
un projet de directive sur les rapports de durabilité des entreprises (directive sur les
e) D’après votre expérience et les retours des acteurs économiques locaux
rapports de durabilité des entreprises) le 21 avril 2021.
(si existence d’un statut dans le droit national), quelle est la perception
Les entreprises allemandes s’orientent vers les standards internationaux du secteur globale du modèle ? Quels sont les principaux enseignements à tirer de ce
pour leur reporting extra-financier, en particulier la GRI. Afin de faciliter le travail des dispositif ? Quels avantages/succès spécifiques sont mentionnés et quels
petites et moyennes entreprises allemandes, certaines s’orientent vers les standards problématiques/écueils majeurs émergent ? (Gouvernance ? Reporting ?
du Deutscher Nachhaltigkeitskodex (DNK – code de durabilité allemand), plus Notoriété ?...)
simple et moins exigeant. De nombreuses entreprises laissent leur commissaire aux
comptes/une société d’audit formuler un avis sur le reporting RSE. Il n’y a cependant Le droit allemand ne prévoit donc pas de raison d’être dans les statuts des sociétés ni
pas d’obligations concernant le choix du standard, conduisant à une comparabilité d’équivalent des sociétés à mission françaises, et la RSE dans les sociétés allemandes
médiocre des activités RSE des entreprises en Allemagne. reste essentiellement encadrée par des textes emportant peu d’obligations sur le
fonctionnement de l’entreprise.
L’obligation de respecter la RSE dans la gestion des entreprises est limitée, le législateur
européen et le législateur allemand ayant tous deux stipulé une pure obligation de Il existe cependant un débat avancé en Allemagne sur la création d’une nouvelle forme
rapport et aucune réglementation de type comply or explain. L’obligation d’établir un d’entreprise : la société à responsabilité limitée à détention responsable (Gesellschaft
rapport sur la RSE ne justifie pas non plus la nécessité de modifier l’objet ou le but mit beschränkter Haftung in Verantwortungseigentum).
de l’entreprise, car les mesures de RSE feraient partie du domaine principal reconnu En tant qu’expression du rôle des entreprises dans la société, des efforts sont
de l’activité entrepreneuriale, même si elles sont réalisées de manière volontaire. Les actuellement déployés dans le monde entier pour permettre de découpler l’activité
conséquences en droit civil d’un rapport de RSE incorrect sont encore très floues. entrepreneuriale de la « fin en soi de la maximisation du profit » et de la remplacer
Les législateurs allemands et européens ont omis d’établir des réglementations par un objectif d’entreprise à long terme servant un intérêt public général et donc, le
concernant les conséquences juridiques d’un rapport RSE incorrect. Des conséquences cas échéant, de prendre davantage en compte les considérations de durabilité. Dans
en matière de droit comptable, de droit pénal, d’amendes et de droit civil sont différents systèmes juridiques, des réglementations spéciales ont été créées pour les
envisageables, mais restent encore largement à éclaircir compte tenu de l’absence de sociétés dites de bienfaisance. C’est également dans ce contexte que des initiatives
jurisprudence sur le sujet. plus récentes cherchent à promouvoir ce que l’on appelle la détention responsable.
Son élément central est que les entrepreneurs renoncent irrévocablement à l’accès aux
actifs de l’entreprise et à la distribution des bénéfices afin de maintenir l’indépendance
3. La loi Pacte permet aux entreprises souhaitant aller encore plus loin d’inscrire de l’entreprise à long terme. Le concept diffère donc à la fois de l’image classique de
des objectifs sociaux et environnementaux dans leurs statuts, d’instaurer l’entreprise servant principalement à générer des bénéfices pour les propriétaires et
une gouvernance spécifique et de se soumettre à un contrôle externe du les partenaires et – puisque les biens et les services sont produits aux prix du marché
suivi de ces objectifs (les « sociétés à mission »). et que les bénéfices doivent certainement être réalisés au profit de la sécurisation
des activités de l’entreprise à long terme – du secteur non lucratif conventionnel.
a) Le droit national prévoit-il un statut ou une qualité proche des sociétés à Contrairement aux modèles internationaux de sociétés de bienfaisance, l’objectif de
mission ou existe-t-il des projets en ce sens ? Merci de décrire la législation l’initiative de l’entreprise responsable est d’améliorer la qualité de vie des citoyens.
existante. Toutefois, une finalité socialement utile ne serait pas nécessairement liée à une
b) Combien de sociétés de cette nature existent (en valeur absolue et en % « propriété responsable ».
du nombre total d’entreprises enregistrées sur le territoire) et quels en Ces idées ont été avancées par de nombreux universitaires et entrepreneurs, rassemblés
sont les exemples les plus significatifs ? au sein de la fondation pour une détention responsable, et ont été transcrites en une
c) Est-ce que ces formes sociales sont plus fréquentes parmi les PME, les proposition de texte de loi pour alimenter le débat au sein du Bundestag, même si
grandes sociétés, les sociétés cotées ? aucun projet ou proposition de loi n’a encore émergé à l’initiative du gouvernement ou
du Parlement. Le projet s’est attiré la sympathie de plusieurs politiques y compris côté

90 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 91


CDU, réputée plus libérale que le SPD, avec des commentaires positifs du ministre de Les fondations actionnaires poursuivent souvent des objectifs relevant de l’intérêt
l’Économie, Peter Altmaier, ou de la présidente de la CDU (au moment des premières général. Elles peuvent aussi poursuivre des objectifs d’ordre privé, ce qui désigne
discussions publiques sur le sujet), Annegret Kramp Karrenbauer. principalement, d’une part, le soutien financier de la famille du fondateur et, d’autre
part, le développement de l’entreprise détenue par la fondation et la protection de
Une caractéristique constitutive de cette nouvelle forme devrait être le verrouillage
l’emploi sur le long terme. Il est aussi possible de rencontrer une « double fondation »,
permanent des actifs. Diverses réglementations d’accompagnement serviraient à
notamment dans le cas où une entreprise est détenue par deux fondations  : une
garantir ce lien entre le profit et le capital – en particulier, il ne devrait pas être possible
fondation familiale détient la majorité des parts d’une entreprise, tandis que le contrôle
d’annuler ou de modifier le verrouillage des actifs. Pour la même raison, des restrictions
est exercé par une fondation poursuivant un intérêt général. Les fondations ayant
importantes en matière de fusion sont prévues. Afin de garantir l’indépendance
pour objectif le simple maintien de leur propre existence (Selbstzweckstiftungen) sont
à long terme, le verrouillage des actifs est accompagné d’un «  verrouillage des
interdites par la loi. Selon les estimations de la Fédération allemande des fondations
actionnaires » : les actionnaires potentiels seraient limités aux personnes physiques,
(Deutscher Bundesverband), en 2020, 9 % des fondations allemandes poursuivent un
aux autres sociétés à responsabilité limitée à détention responsable, aux personnes
objectif d’ordre privé (2 300 fondations). 2 % des fondations allemandes poursuivent
morales ayant un patrimoine similaire lié de manière permanente et aux sociétés de
l’objectif de développement de l’entreprise sur le long terme.
personnes – les sociétés à capitaux étant donc exclues.
La création d’une fondation actionnaire est souvent vue en Allemagne comme une
Le concept a été largement critiqué par de nombreux experts du droit des sociétés,
solution pour assurer la succession au sein d’entreprises familiales. En outre, la création
y voyant principalement un contournement du droit des fondations et considérant
d’une fondation permet d’éviter la prise de contrôle hostile de l’entreprise par un
qu’une réforme devrait cibler essentiellement le droit des fondations, et non des
groupe tiers. Par ailleurs, les fondations ne requièrent pas toujours de gestion paritaire
sociétés. De telles dispositions pourraient conduire à une rigidification de l’économie
pour les entreprises détenues. Selon le Hans-Boeckler-Institut, un groupe de réflexion
avec de nouvelles entités visant avant tout leur préservation. Enfin, il est probable
proche de la Confédération allemande des syndicats, cela encouragerait des groupes
que de telles règles désincitent les créanciers de la société. L’absence d’équivalent à
à créer des fondations commanditaires (sous la forme d’une Stiftung & Co. KG) pour
la « raison d’être » de telles sociétés exprimant clairement le caractère secondaire de
détenir leurs filiales afin de limiter la participation des syndicats. Cette pratique serait
la génération de profits pour atteindre d’autres objectifs a été également critiquée.
notamment appliquée par les groupes de commerce de détail Aldi (Nord et Sud), Lidl
Compte tenu des nombreux doutes exprimés autour de ce projet, il est probable et Edeka.
qu’il n’aboutisse pas, même si le débat a permis de mettre en valeur l’intérêt large
Les fondations actionnaires, comme les autres fondations, ont un organe de
d’entreprises pour trouver des solutions de long terme à la détention des entreprises
représentation, généralement un directoire (Stiftungsvorstand). Cet organe, qui
familiales et de leur pérennisation au service d’intérêts collectifs.
bénéficie de la règle de l’appréciation commerciale, doit garantir les poursuites
des objectifs de la fondation, assurer la gestion de la fondation et est responsable
4. Fondations actionnaires. du placement des biens détenus par celle-ci. Le premier directeur général est
généralement le créateur de la fondation. Dans la plupart des directoires, les
a) Quel est l’usage le plus fréquent qui est fait des fondations actionnaires ? membres sont exclusivement bénévoles, mais il est aussi possible que des directoires
soient composés uniquement de salariés, ou de composition mixte. Les fondations
b) Quelle gouvernance ces fondations d’actionnaires prévoient-elles le plus
actionnaires peuvent avoir des organes facultatifs comme un comité de fondation
fréquemment ?
(Stiftungsrat) ou un conseil d’experts de la fondation (Stiftungsbeirat). Le fondateur
c) Quels sont les types principaux des sociétés ayant dans leur actionnariat de la fondation peut prévoir dans les statuts des possibilités de modification de ces
des fondations actionnaires  : des entreprises familiales, des sociétés statuts ou de dissolution de la fondation. Les destinataires d’une fondation peuvent
cotées ? profiter des revenus générés par les placements de la fondation, mais ne peuvent pas
d) Combien de fondations actionnaires dénombre-t-on ? accéder au capital de celle-ci.

e) 
Quel est le régime fiscal des fondations actionnaires  ? Quel est le
régime d’imposition de la donation ou du legs de l’apport des titres à la
fondation ?

92 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 93


Selon les estimations de la Fédération allemande des fondations, en 2020, il y avait DANEMARK
413 fondations détenant des parts dans des entreprises (à titre exclusif ou concurrent). Étude sur la gouvernance responsable des entreprises
Si une fondation (y compris actionnaire) poursuit un intérêt d’utilité publique, caritatif
ou religieux, elle bénéficie d’avantages fiscaux. Les thèmes concernés sont la société, 1. La loi Pacte impose à toute société la prise en considération des enjeux
l’éduction, l’art et la culture, la science, la santé et le sport, l’environnement, la sociaux et environnementaux des activités de l’entreprise.
religion et l’église, et l’international. Elle doit poursuivre ces objectifs de manière
a) Le droit national comprend-il une obligation pour les entreprises de
désintéressée, exclusive et directe, et doit utiliser rapidement les dons et les revenus
prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux de leurs
pour ses objectifs.
activités ?
Les revenus d’une fondation reconnue d’utilité publique sont exonérés de l’impôt sur le
b) Comment cette obligation est-elle sanctionnée ?
revenu du capital (normalement de 25 + 5,5 %). Les fondations d’utilité publique sont
exonérées de l’impôt sur les successions ou les donations. En principe, cet avantage c) Des actions en responsabilité à l’encontre des sociétés ou de leurs dirigeants
peut encore être revendiqué par le donataire, dans la mesure où les objets acquis par ont-elles été introduites sur ce fondement, et avec quel résultat ?
donation ou succession sont donnés à une fondation d’utilité publique dans un délai
de vingt-quatre mois. Toutefois, si le règlement est demandé, cela exclut la déduction Les sociétés cotées sont tenues de préparer une déclaration de gouvernance
pour don simultané selon l’impôt sur le revenu. d’entreprise conformément aux règles de la loi danoise sur les états financiers.
Dans le cas d’un don à une fondation d’utilité publique, une distinction est faite, à
des fins fiscales, entre le don au capital (patrimoine) de la fondation, ou dotation,
2. La loi Pacte permet aux entreprises qui veulent aller plus loin d’ajouter
et le don à utiliser directement pour les œuvres. Les dons à une fondation d’utilité
à leur objet social légal une raison d’être statutaire, par laquelle elles
publique pour la promotion d’objectifs fiscalement privilégiés peuvent être déduits en
formalisent les principes dont elles se dotent et pour le respect desquels
tant que dépenses spéciales jusqu’à un total de 20 % du revenu total du donateur.
elles entendent affecter des moyens dans la réalisation de leur activité (les
Les dotations de fondations d’utilité publique peuvent être déduites sur demande du
« sociétés à raison d’être »).
contribuable l’année du don et les neuf années suivantes jusqu’à un montant total
d’un million d’euros. Cette déduction est possible en plus de la déduction pour les
a) Le droit national prévoit-il la possibilité pour les sociétés d’inscrire leur
dons à employer directement par la fondation pour ses œuvres.
raison d’être dans leurs statuts ?
b) Combien de sociétés s’en sont-elles dotées ?
c) Quels en sont des exemples les plus marquants relayés par la presse ?

3. La loi Pacte permet aux entreprises souhaitant aller encore plus loin d’inscrire
des objectifs sociaux et environnementaux dans leurs statuts, d’instaurer
une gouvernance spécifique et de se soumettre à un contrôle externe du
suivi de ces objectifs (les « sociétés à mission »).

a) Le droit national prévoit-il un statut ou une qualité proche des sociétés à
mission ou existe-t-il des projets en ce sens ? Merci de décrire la législation
existante.
b) Combien de sociétés de cette nature existent (en valeur absolue et en %
du nombre total d’entreprises enregistrées sur le territoire) et quels en
sont les exemples les plus significatifs ?
c) Est-ce que ces formes sociales sont plus fréquentes parmi les PME, les
grandes sociétés, les sociétés cotées ?

94 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 95


d) Ces sociétés connaissent-elles une gouvernance spécifique dotée d’un Pour résumer, plusieurs exigences générales sont primordiales à la création d’une
contrôle interne et externe (du type organisme tiers indépendant)  ? fondation actionnaire :
Merci de décrire cette gouvernance spécifique.
• le fonds doit être une fondation dont le but est de détenir et d’exploiter une
e) D’après votre expérience et les retours des acteurs économiques locaux société par le biais d’une participation majoritaire, et peut avoir un but non
(si existence d’un statut dans le droit national), quelle est la perception lucratif ou caritatif ;
globale du modèle ? Quels sont les principaux enseignements à tirer de ce
• le fonds ne doit pas avoir des fins familiales ;
dispositif ? Quels avantages/succès spécifiques sont mentionnés et quels
problématiques/écueils majeurs émergent ? (Gouvernance ? Reporting ? • le fonds doit être propriétaire d’au moins 25 % du capital de la société et de
Notoriété ?...) plus de 50 % des droits de vote.
Les actifs doivent être irrévocablement séparés du fondateur.
Les fondations actionnaires accroissent ainsi leur emprise sur la répartition et le choix
4. Fondations actionnaires.
des investissements dans la recherche, la culture, le social et le développement urbain.
a) Quel est l’usage le plus fréquent qui est fait des fondations actionnaires ? Ces dernières années, plusieurs milliards de couronnes danoises de dividendes ont
b) Quelle gouvernance ces fondations d’actionnaires prévoient-elles le plus été reversés par les grandes fondations-actionnaires. Cette augmentation a permis
fréquemment ? d’octroyer des subventions à un rythme inédit dans les domaines culturels, sociaux
et universitaires. Depuis 2014, les quinze plus grandes fondations-actionnaires ont
Au Danemark, la loi distingue les fondations commerciales des fondations non- augmenté leurs ressources financières d’environ + 80 %, pour atteindre 8,4 Mds DKK
commerciales. Les premières, majoritaires et supervisées par l’Erhvervstyrelsen (1,1 Md €), selon le journal danois Finans.
(autorité de supervision), peuvent poursuivre des activités commerciales directement Face à la stagnation des subventions publiques, l’emprise croissante des fondations
ou indirectement via des filiales qu’elles détiennent ou contrôlent, avec un revenu actionnaires dans l’environnement économique danois est aussi critiquée. Plusieurs
des filiales exprimant au moins 10  % du revenu de la fondation (remontées de experts estiment que cette nouvelle donne pourrait modifier l’équilibre des forces.
dividendes). Les plus grosses structures ont intercalé une holding entre la fondation et Certains parlent également d’un «  déséquilibre  » qui n’est «  pas sain  » pour une
la société commerciale, et les Danois parlent alors de fondations industrielles, afin de société démocratique comme le Danemark. Christoph Ellersgaard, professeur à CBS,
les différencier des fondations de petite et moyenne taille. parle même d’un « problème démocratique », car les politiques ont accepté le fait
La création d’une fondation actionnaire se fait par la dépossession des actifs d’un qu’une élite du monde des affaires, non élue, ait plus d’emprise qu’eux sur les choix
donateur en faveur d’une entité, appelée fondation, avec une séparation irrévocable souverains du Danemark. En effet, on remarque que lorsque des fondations allouent
des actifs du fondateur et de la fondation. L’appellation de la nouvelle entité créée doit des fonds à une région, le secteur public réduit souvent les crédits affectés à la région.
comporter le mot « fonds » et le capital doit atteindre un minimum de 300 000 DKK
(40  000 €). La fondation doit être enregistrée auprès de l’autorité de supervision c) Quels sont les types principaux des sociétés ayant dans leur actionnariat
(Erhvervsstyrelsen), être l’objet d’un audit et fournir un bilan par an, justifier l’utilisation des fondations actionnaires  : des entreprises familiales, des sociétés
de ses fonds ainsi que la rémunération du conseil d’administration et de l’équipe de cotées ?
direction. d) Combien de fondations actionnaires dénombre-t-on ?
Le droit danois est relativement souple quant à l’objet de la fondation ou le secteur
Avec 1 350 fondations actionnaires, qui représentent un cinquième de l’emploi privé,
d’activité. La fondation est considérée comme commerciale si elle vend des biens,
10 % de la richesse nationale et 20 % du budget de recherche et développement,
vend ou loue de l’immobilier, détient ou contrôle l’activité commerciale de filiales
le Danemark est un modèle unique en Europe. 54  % des entreprises cotées à la
filles.
Bourse de Copenhague appartiennent, en effet, majoritairement à une fondation.
La révision de la loi de 2015 sur les fondations-actionnaires a rehaussé les exigences Les fleurons de l’industrie (NovoNordisk, Maersk, Carlsberg, Velux, etc.), mais aussi
de transparence en matière de critères de décaissement et de distribution de fonds. de nombreuses PME, sont ainsi mieux protégés des effets du court-termisme par ce
modèle de gouvernance et de transmission, qui est au cœur du système économique
et redistributif danois.

96 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 97


e) 
Quel est le régime fiscal des fondations actionnaires  ? Quel est le ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE
régime d’imposition de la donation ou du legs de l’apport des titres à la Étude sur la gouvernance responsable des entreprises
fondation ?
1. La loi Pacte impose à toute société la prise en considération des enjeux
La révision de la loi de 2015 sur les fondations-actionnaires a rehaussé les exigences sociaux et environnementaux des activités de l’entreprise.
de transparence en matière de critères de décaissement et de distribution dans les
fondations. a) Le droit national comprend-il une obligation pour les entreprises de
En matière de législation et de fiscalité, la stratégie du Danemark n’est pas le prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux de leurs
développement d’un plus grand nombre de fondations. activités ?

Le droit américain des sociétés ne comprend aucune obligation de prendre en compte


les enjeux sociaux et environnementaux de leurs activités.

b) Comment cette obligation est-elle sanctionnée ?


c) Des actions en responsabilité à l’encontre des sociétés ou de leurs dirigeants
ont-elles été introduites sur ce fondement, et avec quel résultat ?

2. La loi Pacte permet aux entreprises qui veulent aller plus loin d’ajouter
à leur objet social légal une raison d’être statutaire, par laquelle elles
formalisent les principes dont elles se dotent et pour le respect desquels
elles entendent affecter des moyens dans la réalisation de leur activité (les
« sociétés à raison d’être »).

a) Le droit national prévoit-il la possibilité pour les sociétés d’inscrire leur
raison d’être dans leurs statuts ?

Il n’existe pas, aux États-Unis, de possibilité pour une entreprise d’inscrire sa raison
d’être, hormis dans le cas d’une benefit corporation (voir question 3).

b) Combien de sociétés s’en sont-elles dotées ?


c) Quels en sont des exemples les plus marquants relayés par la presse ?

3. La loi Pacte permet aux entreprises souhaitant aller encore plus loin d’inscrire
des objectifs sociaux et environnementaux dans leurs statuts, d’instaurer
une gouvernance spécifique et de se soumettre à un contrôle externe du
suivi de ces objectifs (les « sociétés à mission »).

a) Le droit national prévoit-il un statut ou une qualité proche des sociétés à
mission ou existe-t-il des projets en ce sens ? Merci de décrire la législation
existante.

98 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 99


Il n’existe pas d’équivalent au niveau fédéral du statut d’entreprise à mission Afin de vérifier l’impact positif de la benefit corporation, des exigences de
aux États-Unis, où les formes juridiques d’entreprises sont définies par le transparence s’appliquent. La benefit corporation doit ainsi publier, à un rythme
droit local de chaque État fédéré. Entre 2010 et 2018, 35 États (dont notamment annuel ou biennal, un rapport évaluant la performance non financière au cours de la
la Californie, le Delaware, l’État de New York, l’Illinois) ainsi que Washington D.C. période écoulée. Dans la plupart des États, cette performance non financière doit être
ont cependant créé un statut de benefit corporation (ou social purpose corporation mesurée par une entité tierce (voir question 3. d.) choisie par l’entreprise.
à Washington D.C.), qui permet à une entreprise à but lucratif domiciliée dans l’un
de ces États d’inscrire dans ses statuts (articles of incorporation et bylaws), en plus de Tableau 1 - Conditions du statut de benefit corporation dans six États fédérés
l’objectif de rentabilité financière, la recherche d’un « impact positif » sur la société
et/ou l’environnement. La principale différence entre le statut de benefit corporation Majorité Rythme de
et d’autres formes juridiques (C-corporations ou S-corporations) est que celui-ci oblige des Identification publication
actionnaires d’un ou du rapport Vérification
les dirigeants de l’entreprise à prendre en compte les intérêts de l’ensemble des parties requise plusieurs d’impact de la
pour la objectif(s) Rythme de performance
prenantes (actionnaires, salariés, environnement, population), ce qui a pour effet de conversion spécifique(s) publication non-
protéger juridiquement les dirigeants de l’entreprise contre d’éventuelles poursuites Définition en benefit dans les du rapport financière
du statut corporation statuts d’impact par un tiers
dans le cas où une décision aurait un effet défavorable sur la performance financière de
l’entreprise. Les benefit corporations ne bénéficient pas de traitement fiscal particulier DELAWARE A public benefit corporation 50 % Obligatoire Biennal Facultative
is a for-profit corporation
et peuvent appartenir à tout secteur d’activité. Bien que les conditions d’obtention de organized under and subject
to the requirements of this
ce statut varient entre États, il recouvre des caractéristiques communes. chapter that is intended to
produce a public benefit
or public benefits and to
Premièrement, ce statut s’acquière systématiquement à la faveur d’une operate in a responsible and
majorité qualifiée des actionnaires. Selon les États, une majorité allant de deux sustainable manner.

tiers à 90  % des actionnaires est requise pour convertir une entreprise en benefit CALIFORNIE A benefit corporation may 66 % Facultative Annuel Obligatoire
be formed for the purpose
corporation, que cette conversion ait lieu par la modification des statuts de l’entreprise of creating general public
ou par la fusion avec une benefit corporation déjà constituée. En cas de succès du benefit, defined as a material
positive impact on society and
vote, les actionnaires minoritaires ne souhaitant pas conserver leurs actions dans the environment.
l’entreprise peuvent les céder à leur valeur de marché (ce droit au rachat des parts a
ÉTAT DE “General public benefit” 75 % Facultative Annuel Obligatoire
été supprimé par l’État du Delaware en 2020). NEW YORK means a positive impact on
society and the environment,
taken as a while, assessed
Une fois constituée, la benefit corporation est soumise à une obligation générale against a third-party
standard, from the business
de rechercher un « impact positif sur la société et/ou l’environnement ». En plus and operations of a benefit
de cette obligation générale, le statut permet (ou impose dans certains États, comme le corporation.
Delaware) à l’entreprise de définir un ou plusieurs objectifs spécifiques (specific public ILLINOIS “General public benefit” 66 % Facultative Annuel Obligatoire
benefits) supplémentaires, tels que : délivrer des produits ou services bénéfiques à des means a material positive
impact on society and the
populations pauvres, protéger l’environnement, améliorer la santé de la population, environment, taken as a
whole, assessed against a
promouvoir les arts, la science et le savoir, contribuer au financement d’autres benefit third-party standard, from the
corporations. En cas de manquement à l’accomplissement de ces objectifs statutaires, business and operations of a
benefit corporation.
les actionnaires d’une benefit corporation peuvent poursuivre ses dirigeants en justice
dans le cadre d’une procédure de benefit enforcement proceeding, qui peut être TEXAS “Public benefit” means a 90 % Obligatoire Biennal
positive effect, or a reduction
ouverte à la demande d’un ou plusieurs actionnaires. Une telle procédure peut aboutir of a negative effect, on
one or more categories of
à l’injonction de modifier des décisions sociales ou de s’abstenir de prendre certaines persons, entities, communities,
d’entre elles, mais ne peut en aucun cas donner lieu à un dédommagement financier or interests, other than
shareholders in their
hormis la répétition des frais de justice engagés, sous conditions. capacities as shareholders,
including effects of an artistic,
charitable, cultural, economic,
educational, environmental,
literary, medical, religious,
scientific, or technological
nature.

100 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 101
d) Ces sociétés connaissent-elles une gouvernance spécifique dotée d’un
Majorité Rythme de
des Identification publication contrôle interne et externe (du type organisme tiers indépendant)  ?
actionnaires d’un ou du rapport Vérification
requise plusieurs d’impact de la
Merci de décrire cette gouvernance spécifique.
pour la objectif(s) Rythme de performance
conversion spécifique(s) publication non-
Définition en benefit dans les du rapport financière
Hormis dans quelques États, la performance non-financière d’une benefit
du statut corporation statuts d’impact par un tiers corporation est soumise à une obligation d’audit par un tiers sélectionné à la
Floride “General public benefit” 66 % Facultative Annuel Obligatoire discrétion de l’entreprise. Une douzaine d’organisations sont ainsi reconnues, qui
means a material, positive
effect on society and the
sont pour la plupart des organismes à but non lucratif (B Lab, Ceres, Food Alliance,
environment, taken as a Green America, Green Seal, ISO, Sustainable Agriculture Network, People4Earth) mais
whole, as assessed using a
third-party standard which is
comptent également des entreprises et initiatives privées (Underwriters Laboratories,
attributable to the business MultiCapital Scorecard, GoodGuide et Global Reporting Initiative). Ces organisations
and operations of a benefit
corporation. ont pour mission de définir un cadre inclusif (multi-stakeholder approach) mesurant la
performance sociale et environnementale de l’entreprise, et sanctionné par une note.
Il est à noter qu’il est parfois fait mention d’une autre forme d’entreprise à Les critères d’évaluation retenus et leur pondération éventuelle doivent être détaillés.
impact social, la Certified B Corp (ou B Corp). Il s’agit d’une certification privée Le choix de l’agence tierce appartient à la benefit corporation, mais ce choix doit
délivrée par l’organisation mondiale à but non-lucratif B-Lab, qui évalue la performance respecter certaines exigences d’indépendance et de transparence.
non financière d’une entreprise selon quatre critères : sa gouvernance, son traitement
des salariés, son impact social et son impact sur l’environnement. La certification e) D’après votre expérience et les retours des acteurs économiques locaux
B Corp est indépendante du statut juridique de benefit corporation. En août 2021, (si existence d’un statut dans le droit national), quelle est la perception
plus de 3 500 Certified B Corporations existaient dans plus de 64 pays, principalement globale du modèle ? Quels sont les principaux enseignements à tirer de ce
aux États-Unis. Le fabricant de glaces Ben & Jerry’s, filiale d’Unilever – dont la décision dispositif ? Quels avantages/succès spécifiques sont mentionnés et quels
de ne plus commercialiser ses produits dans les territoires palestiniens a fait l’objet de problématiques/écueils majeurs émergent ? (Gouvernance ? Reporting ?
nombreux débats en juillet 2021 – est un exemple d’entreprise certifiée B Corp mais Notoriété ?...)
n’ayant pas adopté le statut de benefit corporation.
Le modèle de benefit corporation bénéficie dans l’ensemble d’une perception
b) Combien de sociétés de cette nature existent (en valeur absolue et en % favorable aux États-Unis, qu’il convient de mettre en perspective avec
du nombre total d’entreprises enregistrées sur le territoire) et quels en l’engouement grandissant pour le thème de la responsabilité  sociale des
sont les exemples les plus significatifs ? entreprises, incarné par des figures majeures du monde américain des affaires
(Larry Fink, Jamie Dimon, association de la Business Roundtable, etc.). La littérature
Le nombre d’entreprises ayant le statut de benefit corporation est estimé s’intéressant à l’apport concret du modèle pour la société et l’environnement reste
à environ 5  000  entreprises, ce qui représente moins de 1  % du total des toutefois limitée, ce qui peut s’expliquer par le faible recul historique sur ce statut
entreprises enregistrées aux États-Unis. Les exemples les plus significatifs sont ainsi que par l’absence des plus grandes sociétés cotées parmi les benefit corporations
Patagonia (prêt-à-porter), Kickstarter (financement participatif), Lemonade (assurance), américaines. Des critiques voient néanmoins le jour autour des conditions d’existence
Danone North America (agroalimentaire). du modèle, en particulier sa faible robustesse légale, voire autour de son utilité par
rapport au cadre juridique existant.
c) Est-ce que ces formes sociales sont plus fréquentes parmi les PME, les
grandes sociétés, les sociétés cotées ?

Les benefit corporations sont pour l’essentiel des petites et moyennes


entreprises. La première introduction en Bourse d’une benefit corporation a eu lieu
en 2017 (Laureate Education, valorisée à 490 M USD lors de son introduction en
Bourse) avant celles notamment des startups Lemonade (2020, 319 M USD) et Vital
Farms (2020, 204 M USD). Veeva Systems est à ce jour la seule entreprise déjà cotée
à s’être convertie au statut de benefit corporation (en 2021).

102 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 103
AVANTAGES D’autres études déplorent enfin la trop grande souplesse du statut et l’absence
de contrôle de la performance des benefit corporations, qui ouvriraient la voie
Du point de vue de l’entreprise, le principal avantage associé au modèle à des pratiques de greenwashing. Dans un articule intitulé Holding Oregon benefit
des benefit corporations est lié à l’amélioration de l’image (branding) de companies accountable for greenwashing and faux CSR, Sophia von Bergen juge
marque, qui lui permettrait en particulier de bénéficier d’un argument de vente notamment que le statut de benefit corporation est excessivement imprécis, la notion
supplémentaire et de conquérir de nouveaux marchés, de renforcer ses capacités de même d’impact positif n’y étant pas clairement définie, ce qui pourrait permettre à
recrutement, de créer de nouveaux partenariats avec d’autres benefit corporations et une entreprise de dévoyer l’esprit de ce statut à des fins n’ayant pas d’intérêt pour
potentiellement de diversifier sa base d’investisseurs. Pour les dirigeants, le statut de la société (par exemple la croissance financière de l’entreprise). Elle note par ailleurs
benefit corporation offre une plus grande liberté dans l’exercice de leurs fonctions, que les conditions de publication du rapport d’impact demeurent peu contraignantes,
en les protégeant contre le risque qu’une action en justice ne soit intentée par les laissant une trop grande liberté dans le choix des données de performance publiées,
actionnaires si une décision contrevenait aux intérêts financiers de ces derniers. Une alors même que les possibilités de recours en cas de manipulations des résultats
étude de 2020 (Michael Dorff, James Hicks, Steven Solomon, An empirical study of sont très limitées. Steven Munch (Improving the benefit corporation: how traditional
public benefit corporations) montre par ailleurs que le statut de benefit corporation governance mechanisms can enhance the innovative new business form) remarque
permet à une jeune entreprise de lever des fonds auprès des mêmes acteurs et dans quant à lui que les dirigeants d’une benefit corporation ne sont responsables
les mêmes conditions que les entreprises traditionnelles. juridiquement que devant leurs actionnaires, les autres parties prenantes (salariés,
société civile, clients) n’étant pas autorisés à introduire une procédure de recours
(benefit enforcement proceeding). D’après l’auteur, cette situation inciterait les
INCONVÉNIENTS ET CRITIQUES
dirigeants d’une benefit corporation, qui sont pourtant tenus à veiller au respect de
l’ensemble des parties prenantes de manière équilibrée, à privilégier ses investisseurs
La première critique adressée à l’encontre des benefit corporations (The Harms
en cas d’arbitrage.
of the Benefit Corporation, Kennan El Khatib) porte sur la dichotomie que ce
statut induit entre entreprises « responsables » et entreprises traditionnelles.
D’après l’auteur, la jurisprudence américaine (en particulier Shlensky vs. Wrigley, dans
4. Fondations actionnaires.
lequel un club de baseball a pu renoncer à organiser des matches la nuit pour ne pas
nuire à son voisinage) a reconnu à plusieurs reprises la possibilité pour un dirigeant
a) Quel est l’usage le plus fréquent qui est fait des fondations actionnaires ?
d’arbitrer ponctuellement en faveur d’intérêts non financiers sans pour autant déroger
à sa responsabilité fiduciaire. Le statut de benefit corporation n’aurait ainsi pas
Bien que la présence de fondations actionnaires soit documentée au début et
d’utilité juridique véritable, ce que confirme selon l’auteur le niveau avancé d’exigence
milieu du XXe siècle, la réforme fiscale de 1969 a eu pour effet d’interdire aux
sociale et environnementale de certaines sociétés à but lucratif traditionnelles (telles
fondations privées de détenir plus de 20 % du capital ou des droits de vote
que l’entreprise de textile TOMS). Noam Noked (Benefit corporations vs. regular
d’une entreprise. Cette limitation, qui peut s’élever à 35  % lorsque la fondation
corporations  : aharmful dichotomy) déplore également cette dichotomie, estimant
est en mesure de démontrer qu’un autre actionnaire a le contrôle effectif de la
qu’elle conforterait à tort l’idée que la raison d’être d’une entreprise traditionnelle
société, a été mise en place pour éviter que les fondations ne se détournent de leur
serait uniquement de maximiser sa rentabilité financière.
mission initiale. Une loi fédérale de 2018 (Philanthropic Enterprise Act) a assoupli ces
restrictions en permettant à une fondation privée de détenir 100 % du capital d’une
Dans son essai Toward Fair and Sustainable Capitalism, Leo Strine, ancien
entreprise dès lors que certaines conditions sont respectées (en particulier, dès lors
membre de la Cour suprême de l’Oregon, ne conteste pas le statut de benefit
qu’est redistribuée à des œuvres caritatives l’intégralité du bénéfice de l’entreprise
corporation en tant que tel mais regrette les barrières qui empêchent une
contrôlée), mais cette réforme n’a pour l’heure pas donné lieu à la constitution de
entreprise d’acquérir ce statut, en pointant notamment le critère d’une majorité
nouvelles fondations actionnaires.
qualifiée des deux tiers des actionnaires en vigueur dans la plupart des États fédérés,
qui pourrait constituer un obstacle dirimant à l’expansion de ce modèle. Il peut être
noté qu’en 2020, l’État du Delaware a allégé les conditions de conversion en abaissant
le seuil de votes requis de deux tiers à une majorité simple.

104 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 105
b) Quelle gouvernance ces fondations d’actionnaires prévoient-elles le plus ITALIE
fréquemment ? Étude sur la gouvernance responsable des entreprises

c) Quels sont les types principaux des sociétés ayant dans leur actionnariat 1. La loi Pacte impose à toute société la prise en considération des enjeux
des fondations actionnaires  : des entreprises familiales, des sociétés sociaux et environnementaux des activités de l’entreprise.
cotées ?
a) Le droit national comprend-il une obligation pour les entreprises de
d) Combien de fondations actionnaires dénombre-t-on ? prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux de leurs
activités ?
e) 
Quel est le régime fiscal des fondations actionnaires  ? Quel est le
régime d’imposition de la donation ou du legs de l’apport des titres à la Non, cette obligation n’existe pas.
fondation ?
b) Comment cette obligation est-elle sanctionnée ?

Non pertinent.

c) Des actions en responsabilité à l’encontre des sociétés ou de leurs dirigeants


ont-elles été introduites sur ce fondement, et avec quel résultat ?

Non pertinent.

2. La loi Pacte permet aux entreprises qui veulent aller plus loin d’ajouter
à leur objet social légal une raison d’être statutaire, par laquelle elles
formalisent les principes dont elles se dotent et pour le respect desquels
elles entendent affecter des moyens dans la réalisation de leur activité (les
« sociétés à raison d’être »).

a) Le droit national prévoit-il la possibilité pour les sociétés d’inscrire leur
raison d’être dans leurs statuts ?
Oui. La raison d’être doit être indiquée spécifiquement dans l’objet social pour
les Società Benefit (SB), dont le statut est proche de celui des sociétés à mission
(voir infra). Les SB doivent indiquer dans leur objet social quelle finalité d’intérêt
commun elles comptent poursuivre. (art1 §377 L. 208/2015). La loi autorise les SB
à indiquer, à côté de leur raison sociale, les mots Società Benefit ou l’abréviation SB,
et les utiliser dans l’émission de titre et dans la communication et la documentation
adressée aux tiers.
Les sociétés coopératives et mutuelles (régies par le Livre aux titres V et VI du Code
civil) peuvent également indiquer dans leurs statuts quelle finalité pour le bien
commun elles poursuivent. Dans ce cas, ces sociétés sont tenues de modifier leur
acte constitutif ou leurs statuts, dans le respect des dispositions qui règlementent
les modifications du contrat social ou des statuts, propres à chaque type de société.
Ces modifications seront déposées, enregistrées et publiées conformément aux
dispositions prévues pour chaque type de société.

106 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 107
b) Combien de sociétés s’en sont-elles dotées ? la publicité trompeuse (D. Legs. 145/2007) et celles du code de la consommation
(D. Legs 206/2005) et sous le contrôle de l’autorité garante de la concurrence et
Voir infra pour les Società Benefit.
du marché (art. 1 §377 L.208/2015).
c) Quels en sont des exemples les plus marquants relayés par la presse ?
b) Combien de sociétés de cette nature existent (en valeur absolue et en %
Pour les SB, des exemples sont donnés à la question 3. b. Parmi les coopératives, du nombre total d’entreprises enregistrées sur le territoire) et quels en
il existe des coopératives «  de communauté  », notamment dans le secteur du sont les exemples les plus significatifs ?
tourisme (51), ou les coopératives « sociales (52)», qui ont pour finalité la fourniture
On dénombre 926 SB en avril 2021 (contre 511 un an plus tôt). Elles représentent
de services à la personne ou l’insertion des plus désavantagés.
moins de 1 % du nombre total d’entreprises sur le territoire (4 377 379 entreprises
recensés par l’ISTAT en 2019).
3. La loi Pacte permet aux entreprises souhaitant aller encore plus loin d’inscrire
des objectifs sociaux et environnementaux dans leurs statuts, d’instaurer Quelques exemples significatifs de SB sont :
une gouvernance spécifique et de se soumettre à un contrôle externe du
suivi de ces objectifs (les « sociétés à mission »). 24 Bottles Danone Nutricia Spa Lampa
Abafoods Davines Local to You
a) Le droit national prévoit-il un statut ou une qualité proche des sociétés à
mission ou existe-t-il des projets en ce sens ? Merci de décrire la législation Aboca De-LAB Lorf
existante. ACBC Dermophisiologique Lsh

Le droit italien prévoit les Società Benefit (SB), dont le statut est proche de celui Alessi DLM Partners Luz
des sociétés à mission. La Società Benefit est une forme juridique d’entreprise, Alisea Edizione Green Nativa
introduite en 2015 et entrée en vigueur le 1er janvier 2016 (art.1 §376-384 de
Apoteca Natura Emmerre Newmi srl
la loi 208/2015 du 28 décembre 2015). La SB intègre dans son objet social, en
parallèle de ses activités marchandes et de l’objectif de profitabilité, un ou plusieurs Arbos Eni Gas e luce Noovle
objectifs de bien commun, à savoir celui d’avoir un impact positif sur la société et Ars Assurbanking Esperta Novamont
sur la biosphère. Plus précisément, elle poursuit, dans l’exercice de son activité
Artattack Group Euro Company NWG Energia
économique, un ou plusieurs effets positifs ou la réduction d’effets négatifs sur
les personnes, les communautés, les territoires et l’environnement, les biens et les Assimoco Farmacia Colutta NWG Italia
activités culturelles et sociales, les entreprises et les associations. Be Your Essence Farmacia degli Arsenali Omal
La SB poursuit l’objectif de bien commun en étant gérée de manière responsable, srl
Bio Clean Onde Alte
soutenable et transparente. Dans sa gestion, la SB doit équilibrer l’intérêt des Florim Spa SB
associés avec l’intérêt de ceux sur lesquels l’activité de l’entreprise peut avoir un Boboto Srl Sb Organizzare Italia
impact. Focus Lab
Bottega Filosofica Palm
La loi exige que les SB désignent une personne de la direction, qui est en charge Goldmann & Partners
Cavalieri & Amoretti Panino Giusto
des effets de l’entreprise sur la société et l’environnement et qui rapporte d’une Good Point
CEF Publishing Paradisi
manière transparente et complète les activités au travers d’un rapport annuel qui
Green Media Lab
décrit les actions menées et les plans d’engagement pour l’avenir. Chiesi Farmaceutici Pasticceria Filippi
Herbatint by Antica
Le non-respect des objectifs peut constituer un manquement aux obligations Cooperative Insieme People Management
imposées aux administrateurs par la loi ou par les statuts. Les dispositions du Code illycaffè SpA Lab
D-Orbit
civil en matière de responsabilité des administrateurs s’appliquent. La SB qui ne Intexo Peoplerise
D’orica
poursuit pas l’objectif de bien commun se voit appliquer les dispositions relatives à
Kudu Perlage Winery
Damiano
(51) Cooperative di comunità: lavorare insieme per il bene comune | Nel cuore del Paese.
(52) Cooperative Sociali - Italia non profit.

108 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 109
Primate Consulting SantaFrancesca Cabrini Wami
Le standard d’évaluation externe doit être (annexe 4 de la loi L.208/2015) :
Punto Pack srl Scadif Way2Global
1. complet et articulé ;
Raiffeisen Spazio no profit Wekiwi
2. développé par une entité qui n’est pas contrôlée par la SB ou liée à celle-
Reda Tea Natura Yoroom
ci ;
Rete del Dono Tek Italy Zordan
3. crédible, car développé par une entité qui :
Reti Spa Tirelli & Partners
• a accès aux compétences nécessaires pour évaluer l’impact social et
Rifo Srl Treedom environnemental des activités d’une société dans son ensemble,

c) Est-ce que ces formes sociales sont plus fréquentes parmi les PME, les • utilise une approche scientifique et multidisciplinaire pour développer
grandes sociétés, les sociétés cotées ? le standard, prévenant éventuellement une période de consultation
publique ;
Il n’existe pas d’information précise à ce sujet. Les SB en Italie appartiennent à
des secteurs très divers (finance, pharmacie, alimentaire, mode, arts de la table, 4. transparent – comme les informations sont rendues publiques – en
télécommunications, etc.) et la taille des entreprises est également très variée. On particulier sur :
notera la présence de grands groupes : Goldmann & Partners, Noovle (anciennement • les critères utilisés pour la mesure de l’impact social et environnemental
TIM), Alessi, Illy ou encore ENi Gas e Luce. des activités de la société dans son ensemble,
• les pondérations utilisées pour les divers critères de mesure,
d) Ces sociétés connaissent-elles une gouvernance spécifique dotée d’un
contrôle interne et externe (du type organisme tiers indépendant)  ? • l’identité des administrateurs et l’organe de gouvernance de l’entité qui
Merci de décrire cette gouvernance spécifique. a développé et géré le standard d’évaluation,

En plus des règles de fonctionnement prévues dans le Code civil pour la forme de • le processus au travers duquel des modifications et des mises à jour ont
société adoptée, la SB doit identifier un ou plusieurs dirigeants, responsables à été apportées au standard d’évaluation,
qui confier les fonctions et les missions pour atteindre l’objectif de bien commun. • le rapport des entrées et des fonds de soutien financier de l’entité pour
Le(s) dirigeant(s) responsable(s) doit/doivent rédiger annuellement un rapport exclure d’éventuels conflits d’intérêt.
concernant la poursuite du bien commun.
En outre l’évaluation doit comprendre les domaines spécifiques d’analyse
Le rapport doit inclure la description des objectifs spécifiques  ; les modalités et suivants :
actions réalisées par les administrateurs pour la poursuite de l’objectif de bien
• la gouvernance d’entreprise ;
commun et les éventuelles circonstances qui l’en ont empêché ou retardé  ;
l’évaluation de l’impact général en utilisant le standard d’évaluation externe • l’environnement au travail et le rapport avec les employés ;
(annexe 4 de la loi 208/2015 ), ainsi que les domaines d’évaluation (annexe 5 de
• les relations avec les fournisseurs, le territoire et la communauté locale,
la même loi) ; et, enfin, une section dédiée à la description des nouveaux objectifs
les actions de volontariat, les donations, les activités culturelles et
que la société entend suivre pour l’exercice suivant.
sociales, et chaque action de soutien au développement local ;
Le rapport annuel, qui est annexé au bilan, doit être publié sur le site internet de
• l’impact environnemental, relativement au cycle de vie des produits
la société.
et des services, en termes d’utilisation de ressources, d’énergie, de
matières premières, de processus productifs, de processus logistiques et
de distribution, d’utilisation et de consommation.

110 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 111
SB permet d’améliorer l’image auprès des consommateurs. Le principe de la SB
correspond également aux aspirations des nouvelles générations, beaucoup plus
Domaines d’évaluation (annexe 5 de la L. 208/2015)
préoccupées par la question environnementale. Les SB représentent une nouvelle
L’évaluation de l’impact doit comprendre les domaines d’analyse suivants : manière de « faire des affaires », selon un mode éthique.

1. la gouvernance d’entreprise, afin d’évaluer le degré de transparence et de L’étiquette « SB » peut être considérée comme une manœuvre de greenwashing.
responsabilité de la société dans la poursuite de la finalité de bien commun, La récente transformation d’Eni Gas e Luce en SB a suscité le mécontentement des
avec une attention particulière à l’objectif de la société, le niveau d’implication mouvements écologistes (Greenpeace en premier lieu). Ces derniers ont critiqué
des parties prenantes, et le degré de transparence des politiques et pratiques la manipulation du groupe qui adoptait ce statut par pur intérêt marketing et non
de l’entreprise ; par réelle défense de la cause environnementale.

2. les travailleurs, pour évaluer les relations avec les employés et les collaborateurs Pour le moment, le nombre de SB reste encore limité, à moins de 1  % des
en termes de rétributions et de bénéfices, de formations et d’opportunités entreprises italiennes. Cela peut s’expliquer par le peu d’avantages concrets que
de croissance personnelle, de qualité de l’environnement de travail, de ce statut apporte à l’entreprise. L’aspect publicitaire et le signe positif en termes de
communication interne, de flexibilité et de sécurité au travail ; réputation que ce statut renvoie ne semble pas pallier les contraintes que celui-ci
impose (en termes de reporting notamment).
3. les autres parties prenantes, pour évaluer les relations de la société avec les
fournisseurs, le territoire et les communautés locales dans lesquelles elles
œuvrent, les actions de volontariat, les donations, les activités culturelles et 4. Fondations actionnaires.
sociales, et chaque action de soutien au développement locale et de la chaîne
d’approvisionnement ; a) Quel est l’usage le plus fréquent qui est fait des fondations actionnaires ?
4. l’environnement, pour évaluer les impacts de la société, avec une perspective En 2017, les 7 441 fondations existantes en Italie étaient ainsi réparties :
de cycle de vie des produits et des services, en termes d’utilisation des
ressources, d’énergie, de matières premières, de processus productifs, de Secteurs d’activités Nombre de fondations Pourcentage
processus logistiques et de distribution, d’utilisation et de consommation. Instruction et recherche 2 046 27,6 %
Culture, sport et loisirs 1 978 26,6 %
Assistance sociale 1 646 22,1 %
e) D’après votre expérience et les retours des acteurs économiques locaux et protection civile
(si existence d’un statut dans le droit national), quelle est la perception Santé 541 7,3%
globale du modèle ? Quels sont les principaux enseignements à tirer de ce Philanthropie et promotion 293 3,9%
dispositif ? Quels avantages/succès spécifiques sont mentionnés et quels du volontariat
problématiques/écueils majeurs émergent ? (Gouvernance ? Reporting ? Coopération et solidarité 244 3,3%
Notoriété ?...) internationale
L’attention portée à la durabilité et à la soutenabilité a considérablement augmenté Religion 237 3,2 %
ces dernières années et a été exacerbée par la crise pandémique. Confrontées Relations syndicales et 123 1,6 %
à ces changements environnementaux et sociaux, les entreprises italiennes ont représentations des intérêts
eu un regain d’intérêt pour les SB. En l’espace d’une année le nombre de SB a Environnement 91 1,2 %
pratiquement doublé passant de 511 (mars 2020) à 926 (avril 2021). Développement économique 62 0,8%
Les SB sont globalement bien perçues. L’intégration de considérations non et cohésion sociale
financières et tournées vers des valeurs non matérialistes (l’environnement) entraîne Protection des droits et activité 57 0,8 %
des réactions positives à leur égard. Du côté des employeurs, adopter le statut politique
Autres activités 123 1,6%
Total 7 441 100 %
Source : ISTAT.

112 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 113
Les trois secteurs d’activités principaux des fondations sont l’instruction et la c) Quels sont les types principaux des sociétés ayant dans leur actionnariat
recherche ; la culture, le sport, les loisirs ; l’assistance sociale et la protection civile. des fondations actionnaires  : des entreprises familiales, des sociétés
cotées ?
Point sur une spécificité italienne : les fondations bancaires Il n’y a pas de données synthétiques sur les entreprises détenues ou contrôlées par
les fondations actionnaires en Italie.
Les fondations bancaires sont nées en 1990 de la scission des caisses d’épargne
Les fondations bancaires sont en général des fondations actionnaires, dont le poids
publiques en deux entités nouvelles  : d’un côté des banques constituées
s’est réduit progressivement dans l’économie italienne. Ainsi, la part de capital
en sociétés par actions, de l’autre des organismes qui se voyaient confier la
détenu par des fondations bancaires dans les principales banques a évolué de la
détention du capital ainsi valorisé. Au cours des années 1990, les fondations
manière suivante :
ont ainsi mené une double activité. Holdings de contrôle bancaire, elles étaient
ainsi les premières actionnaires des grandes banques italiennes, donc le pivot du
2007 2017
système bancaire italien. Personnes morales de droit privé sans but lucratif, elles
Unicredit 15,83 % 5,57 %
redistribuent les gains que leur procure la gestion de leur patrimoine.
Intesa Sanpaolo 25,17 % 23,41 %
Cette première étape de modernisation a été suivie en 1998/1999 par la loi Banca Carige 46,6 % 1,5 %
Ciampi, puis par l’amendement Tremonti en 2002, afin de réduire leur poids
Monte dei Paschi di Siena 56% 0,10%
dans le système bancaire italien. Plus récemment, dans le cadre de la réforme
des fondations bancaires, le gouvernement a signé en mars 2015 un protocole
d’accord avec l’association représentant les fondations bancaires (ACRI), d) Combien de fondations actionnaires dénombre-t-on ?
qui prévoit la limitation de leur engagement dans les banques italiennes,
l’interdiction de s’endetter et d’avoir recours à des contrats de produits dérivés Les fondations actives en Italie étaient 3 008 en 1999, 4 720 en 2005 et 6 220 en
et fixe des règles de gouvernance de nature à les prémunir contre les conflits 2011. En 2018, l’ISTAT dénombrait 7 913 fondations actives.
d’intérêt.
e) 
Quel est le régime fiscal des fondations actionnaires  ? Quel est le
La mise en œuvre de la réforme se fait progressivement. Le poids des fondations régime d’imposition de la donation ou du legs de l’apport des titres à la
au capital des grandes banques du pays a toutefois considérablement diminué fondation ?
depuis 2007, la plupart d’entre elles détenant moins de 2  % du capital des
banques auxquelles elles étaient historiquement associées (cas de la Fondation Du point de vue fiscal, les fondations sont des entités privées à but non lucratif et
MPS notamment). Aujourd’hui, la seule participation bancaire significative qui sont régies par le même régime fiscal que les entités non commerciales.
détenue par des fondations bancaires est celle dans Intesa Sanpaolo à hauteur Cette notion d’entité non commerciale est définie à l’article 73 du décret du
de 24 % du capital. Suite à l’augmentation de capital d’Unicredit de 13 Md€ président de la République n° 917 /1986. Cette qualification provient de l’objet
(en cours), la participation des fondations bancaires ne devrait plus atteindre exclusif ou principal exercé par la fondation. L’activité est considérée comme non
5,57 % du capital de la banque par effet de dilution. commerciale si elle est différente de l’activité d’entreprise prévue à l’article 2195 du
Code civil. Il faut de plus qu’elle ne soit pas exercée à titre habituel et professionnel.

b) Quelle gouvernance ces fondations d’actionnaires prévoient-elles le plus Comme toutes les entités non commerciales, les fondations payent l’impôt sur les
fréquemment ? sociétés (IRES), l’impôt assis sur la valeur ajoutée (IRAP), l’impôt municipal sur les
biens immobiliers (IMU), la TVA et les impôts locaux. L’assujettissement à la TVA est
Le chapitre 2, du titre II du livre 1er du Code civil régit les fondations. Il prévoit que
limité à la cession de biens et prestations de services effectués dans l’exercice d’une
les fondations sont gouvernées par un conseil d’administration (art. 19) et qu’elles
activité commerciale. La déduction n’est autorisée que relativement à ces activités.
tiennent une assemblée générale (AG) convoquée annuellement pour approuver
De plus, la fondation paye un impôt forfaitaire de 26 % sur les produits financiers
le bilan (art. 20) ou convoquée lorsque nécessaire ou demandé par au moins un
dérivant de leurs placements financiers.
dixième des associés. Les délibérations de l’AG sont prises à la majorité des voix et
en présence d’au moins la moitié des associés. Pour modifier l’acte constitutif ou Dans l’hypothèse où la fondation exercerait à titre accessoire une activité
les statuts, sont requis la présence des trois quarts des associés et le vote favorable commerciale de manière habituelle, elle est obligée de tenir une comptabilité
de la majorité des présents sauf si le statut en dispose autrement (art. 21). séparée.

114 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 115
De fait, les fondations ne bénéficient pas d’un régime fiscal plus favorable. NORVÈGE
À noter cependant que sont exonérées d’impôts sur les successions : Étude sur la gouvernance responsable des entreprises

• les fondations ou associations légalement reconnues qui ont comme seul objectif 1. La loi Pacte impose à toute société la prise en considération des enjeux
l’assistance, l’étude, la recherche scientifique, l’éducation, l’instruction ou autres sociaux et environnementaux des activités de l’entreprise.
finalités d’utilité publique ;
• les fondations bancaires (D.Lgs. 153/99) ; a) Le droit national comprend-il une obligation pour les entreprises de
prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux de leurs
• les fondations et associations légalement reconnues différentes des précédentes
activités ?
à condition que le transfert soit effectué avec un objectif d’assistance, d’étude,
de recherche scientifique, d’éducation, d’instruction ou d’autres objectifs d’utilité
En Norvège les entreprises sont tenues légalement de prendre en considération les
publique.
enjeux sociaux et environnementaux de leurs activités. Les textes qui encadrent le
Les dons sont exonérés de droits et de taxes, quand ils sont versés aux fondations plus les enjeux sociaux et environnementaux pour les activités des entreprises sont
qui ont pour finalité l’assistance, la charité, l’éducation, l’instruction, les études ou les suivants :
la recherche scientifique. La déduction pour les dons aux fondations est limitée.
Accounting Act (adopté en 1998 et renforcé en 2013)
Les dons sont déductibles, selon l’objet de la fondation, soit dans la limite de 2 %
du revenu net et pour un montant n’excédant pas 30 000 €, soit dans la limite de
•
Toutes les entreprises enregistrées en Norvège sont tenues d’inclure des
10 % du revenu global déclaré et pour un montant maximal de 70 000 €.
informations sur l’environnement de travail, l’égalité des sexes ainsi que les
questions environnementales.

•
Depuis un amendement adopté en 2013, les grandes entreprises sont
tenues d’inclure des rapports sur les politiques, les protocoles et les règles de
l’entreprise mises en place pour le respect des questions environnementales
et des droits de l’homme au sein de l’organisation et dans leurs relations avec
leurs partenaires. Les filiales sont dispensées de présenter ces rapports si le
groupe les présente déjà.

Transparency Act (adopté le 14 juin 2021)

• Les entreprises de taille moyenne et grosse (à peu près 8  000 entreprises)


sont dans l’obligation de constituer des due diligence sur le respect des
droits de l’homme et la décence du travail. À noter que ces travaux ne se
limitent pas seulement à la chaîne d’approvisionnement des entreprises mais
s’étend à toutes les relations professionnelles qu’elles entretiennent avec des
intervenants dans leur chaîne de valeur.

• À noter que les aspects environnementaux n’ont pas été pris en compte dans
cette loi. Toutefois celle-ci pourrait être révisée par le Parlement au cours de
prochaines sessions de révisions.

116 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 117
b) Comment cette obligation est-elle sanctionnée ? 3. La loi Pacte permet aux entreprises souhaitant aller encore plus loin d’inscrire
des objectifs sociaux et environnementaux dans leurs statuts, d’instaurer
Le Transparency Act prévoit les mesures suivantes : une gouvernance spécifique et de se soumettre à un contrôle externe du
suivi de ces objectifs (les « sociétés à mission »).
• les citoyens auront le droit de demander des informations aux entreprises, et
l’autorité norvégienne chargée de la protection des consommateurs pourra a) Le droit national prévoit-il un statut ou une qualité proche des sociétés à
prononcer des injonctions et des amendes en cas de non-respect des droits de mission ou existe-t-il des projets en ce sens ? Merci de décrire la législation
l’homme et de la décence du travail ; existante.

•
toutefois les victimes de violations des droits de l’homme n’auront b) Combien de sociétés de cette nature existent (en valeur absolue et en %
malheureusement toujours pas le droit de demander réparation devant les du nombre total d’entreprises enregistrées sur le territoire) et quels en
tribunaux. Les entreprises sont tenues de fournir ou de coopérer pour assurer sont les exemples les plus significatifs ?
un recours, mais la loi ne prévoit pas de responsabilité civile en cas de préjudice.
c) Est-ce que ces formes sociales sont plus fréquentes parmi les PME, les
c) Des actions en responsabilité à l’encontre des sociétés ou de leurs dirigeants grandes sociétés, les sociétés cotées ?
ont-elles été introduites sur ce fondement, et avec quel résultat ?
d) Ces sociétés connaissent-elles une gouvernance spécifique dotée d’un
Au vu de la nouveauté du Transparency Act, ce dernier n’a pas encore mené à des contrôle interne et externe (du type organisme tiers indépendant)  ?
actions en responsabilité. Par ailleurs, nous ne sommes pas parvenus à identifier de Merci de décrire cette gouvernance spécifique.
telles actions pour les mesures environnementales de l’Accounting Act.
e) D’après votre expérience et les retours des acteurs économiques locaux
(si existence d’un statut dans le droit national), quelle est la perception
2. La loi Pacte permet aux entreprises qui veulent aller plus loin d’ajouter globale du modèle ? Quels sont les principaux enseignements à tirer de ce
à leur objet social légal une raison d’être statutaire, par laquelle elles dispositif ? Quels avantages/succès spécifiques sont mentionnés et quels
formalisent les principes dont elles se dotent et pour le respect desquels problématiques/écueils majeurs émergent ? (Gouvernance ? Reporting ?
elles entendent affecter des moyens dans la réalisation de leur activité (les Notoriété ?...)
« sociétés à raison d’être »).
Il n’existe pas en Norvège de disposition légale qui prévoit l’ajout d’une raison
d’être statutaire à leur objet social légal.
a) Le droit national prévoit-il la possibilité pour les sociétés d’inscrire leur
raison d’être dans leurs statuts ?
4. Fondations actionnaires.
b) Combien de sociétés s’en sont-elles dotées ?
a) Quel est l’usage le plus fréquent qui est fait des fondations actionnaires ?
c) Quels en sont des exemples les plus marquants relayés par la presse ?
En Norvège, l’objectif premier lorsqu’ont été autorisées les business foundations
Il n’existe pas en Norvège de disposition légale qui prévoit l’ajout d’une raison
était de permettre que la fondation perpétue et assure l’existence de l’entreprise
d’être statutaire à leur objet social légal.
au-delà de la vie de son fondateur tout en poursuivant des objectifs caritatifs.
C’est aujourd’hui la principale raison mise en avant par les plus grosses business
foundations.

118 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 119
À titre d’exemple, la fondation Olav Thon (groupe hôtelier) se présente ainsi  : En cas de décès ou de démission d’un membre du conseil, les autres membres
« Les objectifs de la fondation sont d’exercer une propriété stable et à long terme nommeront un nouveau membre à sa place, à moins que le conseil n’ait déterminé
de The Olav Thon Group AS et de ses filiales, conformément aux directives clés à l’avance un successeur ou qu’il ne décide de réduire le nombre de membres
établies par Olav Thon pour ses entreprises, et de distribuer des fonds à des causes du conseil dans les limites spécifiées au premier paragraphe ci-dessus. Avant de
caritatives. » De la même manière, l’ambition de la fondation Kavli Trust est que procéder à une nomination ou à une désignation anticipée, l’avis de la direction
l’activité économique du groupe Kavli puisse avoir des retombées pour l’ensemble et du conseil d’administration de Kavli Holding AS doit être obtenu. Le conseil de
de la société en perpétuant l’esprit des fondateurs et de la famille Kavli. fondation élit son président.

b) Quelle gouvernance ces fondations d’actionnaires prévoient-elles le plus c) Quels sont les types principaux des sociétés ayant dans leur actionnariat
fréquemment ? des fondations actionnaires  : des entreprises familiales, des sociétés
cotées ?
En Norvège, la gouvernance des fondations est encadrée par le Foundation Act, et
il pose les règles suivantes sur la gouvernance des fondations d’actionnaires : Il existe en Norvège quelques entreprises détenues par des fondations actionnaires.
La plus grande d’entre elles est la fondation Olav Thon créée en 2013 par Olav
• le conseil d’administration d’une fondation dont le financement excède 3 M
Thon. Ce dernier a transféré la grande majorité de ses actions du groupe Olav Thon
NOK doit être composé d’au moins trois membres ;
Gruppen AS au sein d’une fondation. Le capital de départ de la fondation était
•
au moins une moitié des membres du conseil d’administration doit être ainsi de près de 25 Mds NOK (2,5 Mds €).
composée de résidents norvégiens exception faites des personnes résidentes
Plus récemment, des caisses d’épargne norvégiennes ont été regroupées dans
d’un pays de l’accord EEE (Espace économique européen) ;
des fondations et ainsi, en 2018, la Norvège comptait 32 fondations liées à des
• les personnes suivantes ne peuvent être ni conjointement ni solidairement les caisses d’épargne de banques. C’est le cas par exemple de la DNB Savings Bank
seuls membres du conseil : Foundation qui détient près de 8 % du capital de la banque DNB.
- une personne ayant fourni des capitaux pour constituer la fondation,
d) Combien de fondations actionnaires dénombre-t-on ?
- un proche d’une personne ayant fourni des capitaux pour constituer
la fondation, En Norvège, on dénombre à ce jour près de 6 500 fondations, desquelles 807 sont
considérées comme business foundations. La dénomination business foundations
- une personne employée ou subordonnée par une personne ayant fourni
est ce qui se rapproche le plus d’une fondation d’actionnaires.
des capitaux pour constituer la fondation,
Selon The Foundations Act, en Norvège, une fondation est considérée comme
- une personne ayant des parts dans l’entreprise/l’organisation qui a fourni
« fondation commerciale » à partir du moment où :
les capitaux pour constituer la fondation.
• la fondation a pour but de s’engager dans une activité commerciale ;
À titre d’exemple, la fondation Kavli Trust (IAA) suit les règles suivantes pour sa
gouvernance. • la fondation est effectivement engagée dans une activité commerciale ;

Le Kavli Trust est dirigé par un conseil d’administration composé de trois, quatre • la fondation a, en raison d’un accord, ou par la détention d’actions ou de
ou cinq administrateurs. La composition du conseil est déterminée en fonction des parts d’une entreprise une participation majoritaire dans une entreprise
critères suivants : commerciale extérieure à la fondation elle-même.

• au moins deux des administrateurs doivent posséder des compétences dans Toutefois, il est important de noter que même le ministère du Commerce et de
les domaines d’activité du groupe Kavli ; l’Industrie norvégien met en avant, dans une consultation du 21 mai 2021, la
difficulté de différencier les fondations qui ont des activités commerciales de celles
• au moins deux des administrateurs doivent être spécialisés dans la culture, la
qui n’en ont pas. Ainsi, le nombre de business foundations n’est qu’un indicateur
recherche ou l’action humanitaire ;
approximatif du nombre de fondations actionnaires en Norvège.
• au moins un administrateur doit posséder des compétences dans le domaine
de la finance ou des investissements ;
• tous les administrateurs doivent avoir un intérêt pour les œuvres caritatives.

120 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 121
e) 
Quel est le régime fiscal des fondations actionnaires  ? Quel est le ROYAUME-UNI
régime d’imposition de la donation ou du legs de l’apport des titres à la Étude sur la gouvernance responsable des entreprises
fondation ?
En Norvège, il existe depuis 2010 un mécanisme de déduction fiscale de la 1. La loi Pacte impose à toute société la prise en considération des enjeux
TVA pour les organisations à but non-lucratif. Toutefois les fondations qui sont sociaux et environnementaux des activités de l’entreprise.
reconnues comme gérant une activité économique ne peuvent pas bénéficier
a) Le droit national comprend-il une obligation pour les entreprises de
de cette déduction fiscale. Comme il n’existe pas de dénomination qui désigne
prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux de leurs
directement les fondations opérant une activité économique, cela est décidé au cas
activités ?
par cas selon les critères suivants :
Le code britannique de gouvernance d’entreprise (53) n’inclut pas de références
• la nature de l’activité ;
spécifiques aux enjeux de gouvernance sociétale et environnementale. Toutefois,
• la durée de l’activité ; dans le cadre de sa réponse (54) à la « consultation sur un code de gouvernance
• sa capacité à générer un profit ; d’entreprise britannique révisé 2017/18  », le Financial Reporting Council (FRC)
a reconnu que le devoir des sociétés envers l’ensemble des parties prenantes (y
• la nature des actifs utilisés pour l’activité.
compris l’environnement et la société) devait être « renforcé » (reinvigorated). Par
De la même manière, les fondations qui ne sont pas considérées comme menant ailleurs, dans un document de consultation (The future of corporate principles)
une activité économique peuvent également être exemptées d’impôt sur la fortune d’octobre 2020, le FRC offre des propositions sur la manière dont un rapport sur
et d’impôt sur le revenu. Ainsi, si la fondation est reconnue comme menant une les intérêts publics pourrait être produit par chaque entreprise.
activité économique alors elle sera taxée sur son activité considérée comme
En outre, l’article 172 du Companies Act 2006 inclut des dispositions relatives
commerciale tout en ayant la possibilité d’exonérer d’impôt la partie de son activité
aux enjeux sociaux et environnementaux des entreprises. Cela dit, ces dispositions
qui remplit un but caritatif.
ne relèvent pas d’une obligation  ; l’entreprise doit juste en tenir compte  : «  Le
Par ailleurs, la loi fiscale norvégienne ne considère pas les legs et donations directeur d’une société doit agir de la manière qu’il considère, en toute bonne
gratuites comme une opération à des fins fiscales. Ainsi le profit sur l’actif transféré foi, comme la plus susceptible de promouvoir le succès de la société au profit de
à la fondation n’est pas soumis à l’impôt et les pertes ne sont pas déductibles. l’ensemble de ses membres, et, ce faisant, il doit prendre en compte (entre autres)
Toutefois, la valeur de l’apport fiscal des donateurs et les autres positions fiscales [en anglais : have regard to ] :
liées à l’actif sont transférées au bénéficiaire. Enfin, il est important de rappeler
a) les conséquences probables de toute décision à long terme ;
que ce sont là des principes généraux et que chaque cas est examiné de manière
spécifique étant donné que certaines circonstances particulières peuvent être à b) les intérêts des employés de la société ;
prendre en considération. c) la nécessité de favoriser les relations commerciales de la société avec les
Par ailleurs, il est important de mentionner qu’un rapport sur une consultation sur fournisseurs, les clients et autres ;
le changement des règles pour les fondations a été publié le 21 mai 2021. Cette d) l’impact des activités de la société sur la communauté et l’environnement ;
consultation a pour but de repenser le Foundation Act encadrant l’activité des
e) 
l’opportunité pour la société de maintenir une réputation de conduite
fondations. Ainsi une des propositions importantes de cette consultation serait
professionnelle de haut niveau ;
d’obliger les business foundations à séparer légalement leur activité commerciale
dans une entité filiale détenue par la fondation, clarifiant ainsi le fait que la f) la nécessité d’agir équitablement entre les membres de la société. »
fondation elle-même ne mène pas d’activité commerciale.
Cette consultation menée par le ministère du Commerce et de l’Industrie pourrait
donc amener les règles encadrant les fondations à changer dans les prochains
mois. (53) Le Code fait partie du droit britannique des sociétés. Il comprend un ensemble de principes de bonne gouvernance d’entreprise
destinés aux sociétés cotées à la Bourse de Londres. Publié et supervisé par le Financial Reporting Council, le Code n’établit pas
un ensemble rigide de règles ; il offre plutôt une certaine flexibilité par l’application de principes et par des dispositions de type
« se conformer ou expliquer », et offre des conseils d’accompagnement. Il incombe aux conseils d’administration d’utiliser cette
flexibilité à bon escient et aux investisseurs et à leurs conseillers d’évaluer de manière réfléchie les différentes approches des
sociétés. Les règles de cotation britanniques exigent que les sociétés cotées en Bourse divulguent la manière dont elles se sont
conformées au Code.
(54) 170217-FRC-response-to-Green-Paper-on-Corporate-Governance-Reform.pdf

122 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 123
Ainsi, en vertu de l’article 172, les administrateurs doivent agir de la manière « la Enfin, la UK Better Business Act Coalition (62), initiée par B Lab UK (une organisation
plus susceptible de promouvoir le succès de la société au profit de ses membres sans but lucratif créée en 2015 pour fédérer une communauté d’environ
dans leur ensemble », y compris au regard des objectifs sociaux, environnementaux 500 entreprises britanniques certifiées B Corp) mène actuellement campagne auprès
et de gouvernance énumérés dans l’article. Il est donc attendu que ces objectifs des pouvoirs publics britanniques pour que le Companies Act 2006 soit amendé(63)
soient pris en compte au même titre que les intérêts des actionnaires. Toutefois, la afin de mieux aligner les intérêts entre les parties prenantes et prévoir que les
législation n’attend pas des entreprises qu’elles couvrent tous les sujets de manière entreprises soient légalement responsables de leurs impacts sur les travailleurs, les
exhaustive s’ils ne sont pas applicables ou pertinents. D’après un examen du cabinet clients, les communautés et l’environnement. Nos interlocuteurs ont cité le cadre
PwC concernant les pratiques liées à cet article, il ressort que « les conséquences posé par la loi Pacte en exemple.
probables de toute décision à long terme », et « l’impact des activités de la société
Plus de 650 entreprises, dont John Lewis, Innocent, Danone et Iceland, ont
sur la communauté et l’environnement », ne sont pas autant pris en considération
rejoint ce mouvement depuis son lancement officiel en mars 2021. L’organisation
par les entreprises que les alinéas (b) et (c) (55).
professionnelle des dirigeants d’entreprises, Institute of Directors, appuie(64)
Pour le moment, les sociétés concernées (56) sont tenues d’inclure une déclaration également cette démarche. Le ministre-fantôme du Travail du parti travailliste a
au titre de la section 172 dans leur rapport stratégique annuel. La déclaration doit récemment exprimé  (65) son soutien à l’initiative. En outre, un sondage conduit
être clairement identifiable et distincte du corps principal du rapport, ainsi que auprès des consommateurs britanniques réalisé pour B Lab UK en mai 2020 a
disponible en ligne. En outre, la déclaration au titre de la section 172 doit inclure révélé que 72 % des personnes interrogées pensent que les entreprises devraient
un niveau de détail « approprié », suffisant pour montrer quelles parties prenantes avoir une responsabilité légale envers la population et la planète, parallèlement à
ont été prises en compte dans le processus décisionnel du conseil d’administration, la maximisation des profits.
et comment les intérêts de ces parties prenantes ont été traités au cours des
Pour sa part, le gouvernement conservateur a lancé en mars dernier une
délibérations du conseil. Ce reporting lié à l’article 172 s’applique aux rapports des
consultation  (66) achevée le 8 juillet 2021, sur le cadre d’audit et de gouvernance
sociétés pour les exercices financiers à partir de 2019 (57). Les premiers rapports en
des entreprises. Les réponses des parties prenantes à cette consultation devraient
vertu de la nouvelle réglementation ont été publiés en 2020 (58).
contribuer à faire progresser le débat autour de la modernisation de l’article 172,
Dans un rapport publié en 2019, l’organisation professionnelle britannique même si le gouvernement n’a pas – à ce stade – précisé ses intentions à cet égard.
promouvant les intérêts des entreprises sociales, Social Entreprise UK(59) Il a toutefois pris position, dans le document de consultation, contre l’introduction
recommande que les sections 172 et 396 (60) de la loi sur les sociétés de 2006 soient d’une obligation statutaire de publication, par les entreprises, d’une déclaration
réformées afin de mettre sur un pied d’égalité leurs obligations sociétales envers annuelle sur l’intérêt public proposée par le rapport Brydon(67) sur la réforme de
la communauté, ainsi que de protection de l’environnement, et l’obligation envers l’audit.
les actionnaires, et de modifier les exigences en matière de reporting afin de rendre
obligatoire la communication de l’impact social et environnemental. En effet, pour b) Comment cette obligation est-elle sanctionnée ?
Social Entreprise UK, les enjeux sociaux et environnementaux sont actuellement L’application de l’article 172 n’est pas sanctionnée : les administrateurs de sociétés
des éléments secondaires par rapport à l’obligation envers les actionnaires dans le sont uniquement responsables devant la société et ses membres/actionnaires. Pour
cadre de la section 172 (61). autant qu’un conseil d’administration puisse démontrer que les préoccupations des
différentes parties prenantes sont prises en compte dans le cadre d’une décision
du conseil, une catégorie de parties prenantes lésées par une décision a peu de
recours contre les administrateurs si elle ne peut obtenir le soutien des membres/
actionnaires de la société.

(55) Voir rapport Navigating the stakeholder agenda, 2019, PwC, p. 4.


(56) Principalement les sociétés cotées en Bourse, les règles de cotation du LSEG exigeant de ces dernières un reporting sur leur
conformité au Code (voir supra). (62) https://betterbusinessact.org/
(57) Voir le Q&A publié par le BEIS en 2018 en amont de l’entrée en vigueur des nouvelles obligations de reporting. (63) https://betterbusinessact.org/wp-content/uploads/2021/04/The-Better-Business-Act-2021.pdf
(58) https://www.iod.com/news/news/articles/Corporate-governance-reporting-under-Section-172-of-the-Companies-Act-2006 (64) https://betterbusinessact.org/wp-content/uploads/2021/05/IoD-CG-Centre-Amending-UK-Company-Law.pdf
(59)  https://www.socialenterprise.org.uk/ (65) https://www.ft.com/content/89f1c72c-aab5-4cba-911e-bd157afc0a42
(60) Qui détaille ce qui doit être inclut dans le cadre des reportings des sociétés (« individual accounts »). Voir également ici pour le (66) https://www.gov.uk/government/consultations/restoring-trust-in-audit-and-corporate-governance-proposals-on-reforms
détail de ce qui est demandé dans le cadre de l’article 396. (67) https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/852960/brydon-review-final-
(61) Voir rapport Capitalism in Crisis (2019), Social Enterprise UK. report.pdf

124 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 125
c) Des actions en responsabilité à l’encontre des sociétés ou de leurs dirigeants • The Fifteen Foundation (72), qui a gagné plusieurs prix liés à la restauration (The
ont-elles été introduites sur ce fondement, et avec quel résultat ? Fifteen Foundation est un cabinet de conseil spécialisé qui aide les entreprises
du secteur de l’alimentation et des boissons à être plus respectueuses de
Aucune action en responsabilité n’a été introduite sur ce fondement à notre
l’environnement (73)).
connaissance, l’obligation n’étant pas sanctionnée.
• La Community Interest Company (voir ci-dessous).
• Assemble (74) est un collectif pluridisciplinaire travaillant dans les domaines
2. La loi Pacte permet aux entreprises qui veulent aller plus loin d’ajouter
de l’architecture, du design et de l’art qui a remporté le prix Turner en 2015
à leur objet social légal une raison d’être statutaire, par laquelle elles
(audience importante pour ce prix, diffusé sur Channel 4). Voir l’article (75) du
formalisent les principes dont elles se dotent et pour le respect desquels
Guardian à ce propos.
elles entendent affecter des moyens dans la réalisation de leur activité (les
« sociétés à raison d’être »).
3. La loi Pacte permet aux entreprises souhaitant aller encore plus loin d’inscrire
a) Le droit national prévoit-il la possibilité pour les sociétés d’inscrire leur
des objectifs sociaux et environnementaux dans leurs statuts, d’instaurer
raison d’être dans leurs statuts ?
une gouvernance spécifique et de se soumettre à un contrôle externe du
Les sociétés britanniques peuvent publier des déclarations de politique de suivi de ces objectifs (les « sociétés à mission »).
responsabilité sociale (Corporate Social Responsibility Policy Statement-CSRPS)
qui tient lieu de déclaration d’intention ou de «  mission  » en définissant les a) Le droit national prévoit-il un statut ou une qualité proche des sociétés à
domaines de préoccupation et les initiatives visant à améliorer les relations avec mission ou existe-t-il des projets en ce sens ? Merci de décrire la législation
les personnes et les environnements concernés par les activités de l’entreprise, au- existante.
delà de la simple conformité à la législation. Elle peut être communiquée à la fois
Les Community Interest Companies (76) (CICs) sont une forme juridique permettant
en interne, au sein de l’entreprise, et, en externe, à l’ensemble des entreprises et
la création de sociétés à responsabilité limitée dans le but spécifique de participer
de la communauté locale. Il s’agit davantage d’une approche de communication
au développement de la communauté. Toutes les CIC doivent être soit une société
vers l’extérieur. Elle est souvent publiée sur le site web d’une entreprise. Les statuts
à responsabilité limitée par garantie, soit une société à responsabilité limitée par
d’une société peuvent également inclure un objectif autre que le bénéfice des
actions.
membres de la société, cela est très rare pour les sociétés cotées en Bourse.
Les CIC ne sont pas des organismes de bienfaisance et, donc, elles ne bénéficient
b) Combien de sociétés s’en sont-elles dotées ? pas des avantages qui sont conférés à ces organismes. Elles peuvent avoir une
nature beaucoup plus commerciale et lucrative et, en tant que sociétés à
Des données agrégées sur les sociétés britanniques publiant des CSRPS ne semblent
responsabilité limitée, offrent une responsabilité limitée à leurs administrateurs
pas être disponibles.
ainsi que la possibilité d’émettre des actions et de verser des dividendes (77). Les
CIC associent l’action environnementale/sociale positive à la recherche du profit, et
c) Quels en sont des exemples les plus marquants relayés par la presse ?
cherchent à répondre positivement à ces deux objectifs. Dans le cadre d’une CIC,
À l’occasion de nos recherches et de nos entretiens auprès de Social Enterprise UK le plafonnement des dividendes et le verrouillage des actifs sont des éléments clés
et de B Corps, plusieurs entreprises sociales ont été signalées : pour que l’entreprise sociale reste concentrée sur l’objectif social.
• Café Direct (68), qui est la première et plus grande marque de boissons chaudes Il existe également un second type d’entreprises sociales, les charitable trading
issues du commerce équitable au Royaume-Uni. Un tiers de leurs ventes sont company (CTC), créées pour faire du commerce au nom d’une organisation
certifiées biologiques par la Soil Association. Café Direct a été lauréat du prix caritative, afin de collecter des fonds pour cette dernière (les organisations caritatives
de l’impact social du Guardian Sustainable Business (69) en 2011. D’après The n’étant pas autorisées à commercer). Habituellement, la société commerciale
Guardian, Café Direct « a toujours été un pionnier en matière de commerce sera constituée d’actions et toutes les actions seront détenues par l’organisation
éthique (70)» ; voir également l’article (71) sur la production de café soutenable, caritative.
qui cite Café Direct.
(72) https://www.thinkeatdrink.co.uk/
(68) https://www.cafedirect.co.uk/about/a-force-for-good/ . (73) Voir article ici : https://www.thecaterer.com/news/restaurant/fifteen-foundation-celebrates-five-years
(69) https://www.theguardian.com/sustainable-business/cafedirect-redefining-fair-trade (74) https://www.assemblestudio.co.uk/about
(70) https://www.theguardian.com/sustainable-business/cafedirect-redefining-fair-trade (75) https://www.theguardian.com/artanddesign/2015/dec/07/turner-prize-2015-assemble-win-by-ignoring-art-market
(71) https://www.theguardian.com/environment/2011/oct/04/green-coffee (76) https://www.communitycompanies.co.uk/community-interest-companies
(77) https://www.communitycompanies.co.uk/types-of-community-companies

126 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 127
Les CIC et CTC ont été spécialement conçues pour les entreprises sociales ; malgré • EPIC CIC(81), finaliste du concours 2017 Making a Mark, est la première
tout, les entreprises sociales britanniques, n’ayant pas de base légale circonscrite, mutuelle de jeunesse du service public issue du gouvernement local (public
« débordent » les seules catégories CIC/CTC. L’organisme professionnel représentant service youth mutual) et depuis constituée en mutuelle indépendante. Elle
le secteur Social Enterprise retient ainsi la définition suivante pour les entreprises propose un panel de services aux jeunes.
sociales : elles font du commerce, elles sont indépendantes de l’État, elles ont pris
En outre, il y a 422 sociétés labélisées « B Corp » au Royaume Uni.
des engagements sociétaux et/ou environnementaux, et elles réinvestissent leurs
bénéfices. c) Est-ce que ces formes sociales sont plus fréquentes parmi les PME, les
L’organisme privé de certification B Corp accorde également le label « B Corp » aux grandes sociétés, les sociétés cotées ?
entreprises respectant une charte déclinant les cinq piliers du label : Gouvernance, En termes de taille, les CIC sont généralement assimilées à des TPE et PME au
Collaborateurs, Collectivité, Environnement, et Clients. En 2021, il y a 422 sociétés Royaume Uni (82). Toutefois, les CIC couvrent tous les secteurs de l’économie
labellisées « B Corp » au Royaume Uni. Le statut de CIC et le label B Corp ne sont britannique et peuvent être de toutes tailles, certaines ont un chiffre d’affaires de
pas mutuellement exclusifs. Une B Corp doit effectuer un reporting sur ses activités plus de 100 M£, d’autres sont gérées comme des micro-entreprises (voir rapport (83)
et l’atteinte de sa mission tous les trois ans. de 2018 du CIC Regulator).

b) Combien de sociétés de cette nature existent (en valeur absolue et en % d) Ces sociétés connaissent-elles une gouvernance spécifique dotée d’un
du nombre total d’entreprises enregistrées sur le territoire) et quels en contrôle interne et externe (du type organisme tiers indépendant)  ?
sont les exemples les plus significatifs ? Merci de décrire cette gouvernance spécifique.
D’après le rapport (78) du CIC Regulator, il y avait 18 904 CIC (au 31 mars 2020) Le régulateur des CIC, The Office of the Regulator of Community Interest
au Royaume-Uni, engagées dans les secteurs de la santé, les services sociaux, les Companies, a la compétence pour vérifier si une organisation peut devenir ou rester
transports et l’environnement. une société d’intérêt communautaire (CIC). Il est également chargé d’enquêter sur
À la même date (fin mars 2020) il y avait un total de 4  350  913 entreprises d’éventuelles plaintes et peut prendre des mesures de sanction si nécessaire. En
enregistrées au Royaume-Uni (79). Rapportées au nombre total d’entreprises, il y a outre, il fournit des conseils et une assistance pour aider à la création des CIC.
donc 0,43 % CIC au Royaume-Uni. Toutefois, d’après Social Enterprise, le contrôle exercé par le régulateur, dont les
moyens humains et opérationnels sont limités, reste faible.
Parmi les exemples de CIC, on peut citer :
Le régulateur adopte en effet une « approche légère (84)» de la réglementation et
• Ultimate Counselling, Training, and Support Services (UCTS) : créé en 2014
n’envisage pas une supervision proactive des CIC. Toutes les CIC sont tenues de
pour traiter les enjeux de la santé mentale dans la communauté BAME (80)
déposer auprès du régulateur un rapport annuel, qui est ensuite mis à disposition
vivant à Londres et au Royaume-Uni, UCTS est le premier point de contact
sur le registre public de la Companies House.
pour la santé mentale au sein de ces communautés. Depuis 2014, plus de
3  500  personnes ont accédé aux soins et aux services de bien-être mental Le régulateur peut également nommer des auditeurs (à ses frais) pour examiner les
de l’UCTS. Elle accompagne des victimes de violences domestiques, d’abus comptes d’une CIC. Il est prévu que ces pouvoirs ne soient utilisés qu’en de rares
sexuels, de torture, de trafic et d’esclavage moderne, de maladies de longue occasions, afin d’obtenir les preuves nécessaires pour permettre au régulateur de
durée, et des sans abri, des immigrants sans papiers, des demandeurs d’asile, décider si ses pouvoirs d’exécution doivent être utilisés. Ces pouvoirs permettent
des réfugiés, des migrants, des parents isolés, entre autres. au régulateur d’enquêter sur les affaires de la société en relation avec son statut
de CIC ; ils ne remplacent pas les pouvoirs prévus par le Companies Act accordés
• Funky Fitness and Fun CIC a été créé en 2008 pour travailler avec des adultes
à la Companies Investigation Unit (CIU) du ministère des Affaires, de l’Énergie et
ayant des besoins spécifiques, offrant par exemple des activités sportives à des
de la Stratégie industrielle (BEIS). Ces pouvoirs restent applicables aux entreprises
personnes ayant besoin d’un soutien one to one dans le but de promouvoir
britanniques en général, qu’elles soient ou pas des CIC.
l’indépendance, la santé et le bien-être, la pleine conscience et la conscience
des autres. Funky Fitness and Fun travaille en collaboration avec les services
sociaux, les professionnels de la santé et d’autres prestataires de soins. (81) https://www.gov.uk/government/case-studies/epic-cic
(82) Le rapport de 2017 établit généralement les comparaisons entre PME et CIC
(78) https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/964429/cic-21-2-community- (83) https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/727053/cic-18-6-community-
interest-companies-annual-report-2019-2020.pdf interest-companies-annual-report-2017-2018.pdf
(79)  https://www.gov.uk/government/statistics/companies-register-activities-statistical-release-2019-to-2020/companies-register- (84) https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/605423/13-714-community-
activities-2019-to-2020 interest-companies-guidance-chapter-11-the-regulator.pdf https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/
(80) Communautés noires, asiatiques et des minorités ethniques (BAME), selon la terminologie officielle au Royaume-Uni. uploads/attachment_data/file/605423/13-714-community-interest-companies-guidance-chapter-11-the-regulator.pdf

128 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 129
Le cas échéant, le régulateur peut : Il peut également être compliqué de définir les entreprises relavant de la définition :
par exemple, les associations de logement (housing associations) relèvent d’une
• engager des poursuites civiles lorsque ses membres ou ses administrateurs ont
zone grise (doivent-elles être considérées comme étant sous le contrôle de l’État ?
manqué à leurs obligations ;
S’agit-il d’entreprises sociales ou d’entreprises publiques ?).
• nommer ou révoquer les administrateurs : dans certains cas prévus, l’organisme
En outre, les CIC sont techniquement autorisées à exercer leurs activités
peut ordonner la révocation et la nomination des administrateurs ;
commerciales dans tous secteurs, sans restrictions prévues. En tant qu’organisme
• nommer le directeur d’une CIC : dans certains cas prévus, le régulateur peut représentatif du secteur, SE défend l’exclusion, parmi ses membres, de toute
nommer un directeur chargé de prendre le contrôle de certains aspects des entreprise intervenant dans les secteurs de l’armement ou encore du tabac. SE a
affaires de la société qui suscitent des inquiétudes ; également indiqué avoir récemment repéré une CIC qui était enregistrée comme
• transférer (en fiducie) les biens d’une CIC ; une entreprise sociale, mais dont la structure et les activités posaient problème
en termes d’inclusion, de diversité, etc. Malgré tout, SE n’a pas de pouvoir sur de
• ordonner le transfert d’actions(85);
telles entreprises, hormis l’exclusion de sa communauté.
• présenter une requête devant le tribunal compétent en vue de la liquidation
Par ailleurs, les statuts d’une entreprise peuvent être changés et/ou évoluer dans
d’une CIC ;
le temps, sans que le régulateur ne vienne contrôler le maintien de la dimension
• demander à la juridiction compétente qu’une CIC soit rétablie dans le registre. sociale de l’entreprise. À titre illustratif, on peut s’interroger sur le cas de la marque
Par ailleurs, dans le cadre d’une CIC comme d’une CTC, les statuts doivent prévoir de jus de fruits Innocent, qui se disait entreprise sociale avant d’être rachetée par
que l’organisation caritative a le contrôle total de la CIC/CTC et de son mode de le groupe Coca-Cola.
fonctionnement. Par exemple, si la société est constituée par des actions, les statuts L’obligation de réinvestir les bénéfices pour les entreprises sociales reste également
stipuleront qu’aucune action supplémentaire ne peut être émise et qu’aucune peu définie. En outre, se pose la question de l’affectation de ces bénéfices. Dans
action ne peut être transférée sans le consentement de l’organisation caritative. la pratique, les membres de Social Enterprise réinvestissent souvent les bénéfices
Cela signifie que d’autres parties ne seront pas en mesure d’acheter des actions de en faveur de leur objectif social ou environnemental. Lorsqu’elles sont enregistrées
la CIC/CTC et ne pourront donc pas prendre le contrôle de la société commerciale en tant que sociétés à responsabilité limitée ou organismes de bienfaisance, ceci
au détriment de l’organisation caritative. Cette dernière aura également le contrôle garantit le réinvestissement des bénéfices. Mais toutes les entreprises sociales
de la nomination et de la révocation des administrateurs. Un exemple de cette n’ont pas ces statuts. Par ailleurs, même dans ce cas, il peut arriver, d’après nos
pratique est Oxfam, qui exploite une société commerciale pour gérer ses magasins. contacts, qu’il y ait des abus : les fondateurs d’une société à responsabilité limitée
peuvent par exemple s’octroyer des rémunérations très élevées au lieu de réinvestir
e) D’après votre expérience et les retours des acteurs économiques locaux les profits dans les activités de l’entreprise.
(si existence d’un statut dans le droit national), quelle est la perception
Enfin, il y a de très petites entreprises locales qui sont de fait des entreprises sociales,
globale du modèle ? Quels sont les principaux enseignements à tirer de ce
ancrées dans une communauté, même si elles ne sont pas enregistrées en tant que
dispositif ? Quels avantages/succès spécifiques sont mentionnés et quels
CIC, ni n’appartiennent au réseau B Corp faute de moyens.
problématiques/écueils majeurs émergent ? (Gouvernance ? Reporting ?
Notoriété ?...) Il en ressort que le secteur reste légèrement réglementé et supervisé et qu’une
surveillance plus rapprochée des enregistrements, des secteurs d’activité, et de la
D’après l’organisation Social Enterprise (SE), en l’absence de cadre législatif autour
gouvernance des CIC pourrait contribuer à des meilleures pratiques pour le secteur.
des entreprises sociales, les comportements de green ou social washing existent,
avec des entreprises s’auto-désignant « entreprises sociales » sans l’être. L’autorité
publicitaire britannique est déjà intervenue dans de tels cas pour empêcher l’usage
abusif par des entreprises de toute appellation en tant qu’entreprise sociale.

(85) Si une CIC entre dans le cadre des exclusions prévues (c’est-à-dire une société considérée comme une organisation politique en
vertu des réglementations relatives aux CIC), le régulateur peut, dans certaines circonstances, ordonner le transfert d’actions
(lorsque la société est une société par actions) ou le transfert d’une participation (lorsque la société est une société par garantie)
à des personnes spécifiées.

130 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 131
4. Fondations actionnaires. d’investissement spécifiques d’une organisation caritative peuvent dépendre de la
forme constitutionnelle choisie. En outre, les statuts d’une organisation caritative
a) Quel est l’usage le plus fréquent qui est fait des fondations actionnaires ? peuvent imposer certaines conditions ou limites aux activités d’investissement.
Les fondations actionnaires relèvent du même statut que les autres fondations, Les principaux types de gouvernance sont :
toute organisation caritative britannique ayant la possibilité d’investir. En 2016,
• les organisations non constituées en société (unincorporated organisation) n’ont
le Charities (Protection and Social Investment) Act a introduit un pouvoir légal
pas de personnalité juridique et, dans de nombreux cas, les administrateurs
permettant aux organismes de bienfaisance de réaliser des investissements
concluent des accords et assument des responsabilités à titre personnel ;
sociaux  (86). Par ailleurs, les fondations peuvent posséder tous les droits de vote
d’une entreprise ; cela est considéré comme un investissement plutôt que comme • les sociétés caritatives limitées par garantie acquièrent la personnalité
une activité économique. juridique lors de leur enregistrement auprès de la Companies House. Elles
doivent soumettre des déclarations annuelles à la Charity Commission et à
D’après le Charities Act, les fondations doivent uniquement agir dans des activités
l’organisme de réglementation des sociétés ;
d’utilité publique, qui sont définies comme  : la prévention de la pauvreté,
l’avancement de l’éducation, la religion, la santé/assistance au sauvetage des • en outre, la Commission permet un véhicule juridique facultatif pour les
personnes, la citoyenneté et des services à la communauté, le développement organismes de bienfaisance ayant besoin d’une structure d’entreprise mais
des arts et des sciences, le développement du sport amateur, la promotion des qui ne sont pas soumis à la double réglementation : la Charitable Incorporated
droits de l’homme (résolution de conflits, dialogue interreligieux, promotion de la Organisation (CIO). Une CIO présente les avantages d’une structure
diversité et de l’égalité), la protection de l’environnement, le soutien aux personnes d’entreprise, mais sans être soumise à la double déclaration; une CIO est
en difficulté, la cause animale, la promotion des armées, de la police et des services uniquement tenue de soumettre des déclarations annuelles à la Commission.
de pompiers et ambulances. Les organismes caritatifs existants peuvent se convertir à la structure CIO ou
conserver leur forme juridique préexistante.
b) Quelle gouvernance ces fondations d’actionnaires prévoient-elles le plus
fréquemment ? c) Quels sont les types principaux des sociétés ayant dans leur actionnariat
des fondations actionnaires  :  des entreprises familiales, des sociétés
Il n’y a pas de structure juridique définie par la loi pour les fondations britanniques.
cotées ?
Le Charities Act de 2011 définit les fondations suivant la nature de leur activité, la
poursuite de l’intérêt général, et leur contrôle par la Charity Commission et la High Les organisations caritatives britanniques peuvent investir dans n’importe quel type
Court et non par leur structure. Il existe peu de règles encadrant la gouvernance des de placement. Ainsi, les types d’investissement possibles comprennent :
fondations, qui peuvent détenir et gérer directement une entreprise. Les fondations • les dépôts en espèces productifs d’intérêts sur des comptes bancaires ;
ayant une action d’intérêt général sont suivies par une Charity Commission, à laquelle
• les actions d’une société cotée en Bourse ;
elles doivent communiquer annuellement des informations comptables. Par ailleurs,
toutes les fondations sont tenues d’avoir un conseil d’administration, mais il n’est • les prêts rémunérés à une société ou à l’État (obligations ou gilts) ;
pas nécessaire pour elles d’avoir un comité de supervision (supervisory board). • les bâtiments ou terrains ;
Les trustees ont la responsabilité globale de l’investissement des fonds investis. Ils • les fonds communs de placement et autres organismes de placement collectif ;
doivent évaluer l’effet de toute orientation proposée concernant les rendements
potentiels des investissements, et peuvent adopter une approche éthique de leurs • les actions non négociées de sociétés privées (non traded equity) ;
investissements. • les fonds spéculatifs ;
Les structures organisationnelles vont des associations constituées ou non • les matières premières ;
en société, des trusts et des sociétés à responsabilité limitée par garantie aux
• les produits dérivés.
organismes créés par une charte royale ou un acte du Parlement, en passant
par les Friendly Societies et les Industrial and Provident Societies. Les pouvoirs

(86) 
h ttps://www.gov.uk/government/publications/charities-and-investment-matters-a-guide-for-trustees-cc14/charities-and-
investment-matters-a-guide-for-trustees

132 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 133
d) Combien de fondations actionnaires dénombre-t-on ? Les subventions et les dons reçus par les fondations ne constituent pas un revenu
imposable. Une organisation caritative peut demander une exonération d’impôt
Le Royaume-Uni est le pays européen possédant le plus de fondations d’après
et un remboursement de l’impôt au taux de base auprès du HMRC sur les revenus
l’European Foundation Centre. Cette situation est essentiellement due à une
reçus des particuliers par le biais des dons Gift Aid, à condition que ces revenus
définition très lâche de la structure juridique des fondations britanniques, les
soient utilisés à des fins caritatives uniquement, ainsi que sur les dons reçus des
mots « trusts» et « foundations » recoupant les mêmes réalités : les fondations
entreprises dans les mêmes conditions.
sont définies par leur mission d’intérêt général et leur supervision par la Charity
Commission et non par une structure juridique précise. Par ailleurs, la législation fiscale britannique autorise un donateur ou un bailleur
de fonds à recevoir un avantage en échange d’un don. Concernant les petits dons
En 2020, il y avait environ 168  000 organisations caritatives enregistrées en
(100 £ ou moins), une charity peut donner des « marques d’appréciation » (tokens
Angleterre et au Pays de Galles. Il existe également un nombre important
of appreciation) pour reconnaître un cadeau, mais il y a des limites à la valeur des
d’organisations caritatives qui ne sont pas enregistrées. Toutes les fondations dont
avantages qui peuvent être fournis. La limite est de 25 % du don : pour les dons
les revenus annuels dépassent 5 000 GBP doivent s’enregistrer auprès de la Charity
plus importants, la limite est de 25 £ plus 5 % de l’excédent du don sur 100 £.
Commission (sauf cas spécifiques).
En outre, il est possible de léguer l’intégralité de son patrimoine à la personne
Nous n’avons toutefois pas de données exactes concernant le nombre de fondations
ou la fondation de son choix. L’Inheritance Act de 1975 est parfois invoqué pour
actionnaires.
obtenir la réservation d’une part des biens du défunt au profit de ses héritiers.
e) 
Quel est le régime fiscal des fondations actionnaires  ? Quel est le L’application et la portée de ces dispositions seraient cependant peu consensuelles
régime d’imposition de la donation ou du legs de l’apport des titres à la dans la société britannique. Entre autres, ces dons doivent être utilisés uniquement
fondation ? à des fins de bienfaisance, ne pas être annulés ou limités dans le temps ; en outre,
aucun intérêt ne doit être conservé dans le bien transféré, et le donateur doit
Une fois établi en tant qu’organisme caritatif enregistré après de l’organisme donner la totalité de ses intérêts (88).
de réglementation des organismes de bienfaisance compétent, l’enregistrement
entraîne généralement son acceptation en tant qu’organisme de bienfaisance à
des fins fiscales par l’autorité fiscale britannique (HMRC). Ces organismes doivent
satisfaire à certaines conditions. En plus d’avoir des objectifs liés à son statut
d’organisme caritatif, ce dernier doit satisfaire à des conditions de compétence (87),
d’enregistrement auprès de l’autorité compétente, et de gestion (les gestionnaires
doivent être des « personnes aptes et appropriées »).
Les fondations actionnaires ont le droit de détenir et de recevoir en franchise
d’impôt la plupart des types d’investissement. Par ailleurs, l’actionnariat majoritaire
n’est pas considéré comme une activité économique de la fondation. Les revenus
et les gains en capital tirés par la fondation d’une participation majeure sont en
général exonérés. La société dans laquelle la fondation détient une participation
est traitée comme une entité distincte à des fins fiscales et est assujettie à l’impôt
sur les bénéfices des sociétés.
Les gains en capital (capital gains) sont également exonérés d’impôt dans la mesure
où ils sont applicables à des fins caritatives.

(87) Être soumis au contrôle d’un tribunal compétent envers les charities.

(88)  Voir rapport de Philanthropy Advocacy (2020) pour plus de détails.

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