Rapport Rocher
Rapport Rocher
Touchée par une grave crise de légitimité, l’entreprise doit redoubler d’efforts pour
recréer les conditions de la confiance auprès de ses communautés. Afin de relever
de manière pérenne ce défi de taille, elle dispose désormais d’outils pour asseoir
le bien-fondé de son existence. Si elle pouvait jusque-là se prévaloir d’une certaine
éthique, elle est désormais en mesure d’endosser un rôle beaucoup plus ambitieux :
celui d’œuvrer au nom de l’utilité publique, une fonction traditionnellement réservée
aux États. L’entreprise n’a certes pas vocation à se substituer aux politiques mais,
en l’absence de gouvernance mondiale efficiente sur les grands enjeux de société
(environnement, inégalité, santé, citoyenneté…), elle peut largement participer à
l’élaboration et à la mise en œuvre de solutions.
D’autant que l’entreprise est nativement responsable et que les engagements qui lui sont
aujourd’hui demandés lui permettent de se réapproprier le sens de ce qu’entreprendre
signifie. L’étymologie du mot (le latin inter prehendere, littéralement « prendre entre
ses mains ») suggère ainsi que le sens profond de l’activité entrepreneuriale consiste
à tenir quelque chose entre ses mains pour le maîtriser sans cependant l’accaparer (1).
Le sens fixé par l’usage dès le XVe siècle associe quant à lui le mot à la prise de risque
commune et solidaire : entreprendre, c’est prendre un risque entre soi, c’est-à-dire
ensemble (2). La responsabilité des entrepreneurs est donc partagée et totale car, en
cas d’échec, c’est la ruine !
(1) Prehendere n’a en effet pas le sens prédateur de captere qui signifie quant à lui « prendre pour capter ».
(2) Voir, par exemple, Alain Chartier, Le Quadrilogue invectif, livre publié en 1422.
Quoi qu’il en soit, l’innovation juridique que constitue la société anonyme et qui Ainsi, la loi Pacte représente une avancée majeure pour l’entreprise. Celle-ci tient
permet de rassembler des capitaux ne suffit pas à déterminer l’entreprise. Celle-ci ne au fait que le modèle français met la définition du sens du projet collectif au cœur
saurait exister sans développer d’autres formes de capitaux que l’on obtient grâce à de la stratégie des entreprises et au fondement de tous les engagements sociaux
la création collective, la production innovante, la réinvention des organisations et la et environnementaux que celles-ci peuvent adopter. On n’a sans doute pas assez
culture des valeurs. Ainsi, au-delà du capital financier, il faut aussi considérer le capital souligné la puissance et l’originalité d’un modèle qui, au lieu de contraindre d’abord,
humain. Les chiffres et les organisations ne dirigent pas une entreprise, ce sont les invite chaque entreprise à se réapproprier et à réaffirmer le sens de son activité et de
femmes et les hommes – qui la composent – qui sont en mesure de bâtir un projet sa contribution pour le monde. La loi française a su démontrer qu’elle faisait confiance
collectif. Pour ce faire, il faut remettre le sens du travail au cœur du fonctionnement aux entreprises pour porter une responsabilité, dont elles avaient elles-mêmes à définir
de l’entreprise. Or, il se trouve que la qualité de société à mission permet de rendre l’orientation et les axes de combats spécifiques.
explicite ce qui parfois est beaucoup trop implicite.
En effet, être une entreprise à mission ne permet pas d’être de tous les combats. En Si l’engouement pour ces nouveaux modèles de gouvernance a été fort, un franc
ce sens, une entreprise doit faire des choix et se focaliser pour avoir de l’impact. Il et massif basculement vers eux n’a pas eu lieu. Peu d’ETI ou de grands groupes ont
ne s’agit pas d’être responsable de tout mais d’apporter sa pierre à l’édifice sur un franchi le pas de la société à mission, et si la moitié des sociétés du CAC 40 a défini
domaine ciblé pour développer sa propre singularité, là où les valeurs et les savoir- sa raison d’être, peu l’ont inscrite dans leurs statuts. Comment expliquer ces effets
faire peuvent être les plus utiles à la collectivité. Les solutions aux enjeux sociaux de plafonnement ? Lors des entretiens réalisés pour ce rapport, beaucoup de nos
et environnementaux apportées par les entreprises doivent à présent se déployer interlocuteurs ont relevé le fait que les bénéfices de ces dispositions n’étaient pas
simultanément au développement économique de leurs activités. Les deux vont de perceptibles alors que les risques (juridiques, de réputation) étaient, eux, identifiés. Il a
pair et s’articulent dans un jeu à somme positive : la seule façon de créer de l’impact aussi été souligné que ces dispositions n’étaient pas assez crédibles, car souples dans
durable est d’aligner son modèle d’affaires sur l’impact positif que l’on veut créer. leurs contours, pas assez ambitieuses, ce qui pouvait laisser penser à des affichages de
Autrement dit, une entreprise doit désormais pouvoir se dire que plus son chiffre vertu plus qu’à des démarches authentiques, engagées et transparentes.
d’affaires augmente, plus son impact est grand – et vice versa. Là est la clé de la réforme
en cours du capitalisme. Celle aussi de la confiance que les citoyens continueront Le point de vue qui a ici été adopté pour répondre à ces freins a donc été celui du
d’accorder à l’économie de marché. pragmatisme. Ce rapport, commandé par Bruno Le Maire, ministre de l’Économie,
des Finances et de la Relance et par Olivia Grégoire, secrétaire d’État chargée de
La notion de mission invite l’entreprise à s’interroger sur le pourquoi de son existence, l’Économie sociale, solidaire et responsable, s’est voulu lucide sur les causes pouvant
sur le récit collectif qu’elle écrit pour embarquer l’ensemble de ses parties prenantes expliquer des incompréhensions, des blocages, des oppositions, de façon à proposer
dans un projet d’entreprise volontariste. Pour les actionnaires, c’est la feuille de route des recommandations opérationnelles. Les objectifs sous-jacents ressortant de la lettre
stratégique sur laquelle l’entreprise sera jugée, mais c’est aussi une manière de révéler de mission (cf. Annexe 1) sont clairs : convaincre le maximum d’entreprises d’aller vers
le plein potentiel de l’entreprise et ainsi augmenter sa valeur immatérielle à terme. ces nouveaux modèles au double bénéfice des entreprises et de la société dans son
Pour le consommateur, c’est une raison d’adhérer à la marque et d’utiliser la marque ensemble. ; rendre les dispositions de la loi Pacte afférentes mieux connues, partagées,
en question comme véhicule de sa propre raison d’être et ainsi s’affirmer au sein d’une légitimes, objectives, ambitieuses ; et enfin consolider et faire rayonner un modèle
communauté. Pour les femmes et les hommes de l’entreprise, c’est une manière de français de responsabilité. Ce rapport se situe ainsi clairement du côté du principe de
donner du sens à leur action, de s’épanouir dans leur travail en étant capable de délivrer réalité, avec le désir de projeter ces nouveaux dispositifs vers leur meilleur potentiel.
la double exigence attendue aujourd’hui : profitabilité et contribution sociétale. Pour ce faire, nous avons auditionné plus de 200 acteurs variés (chefs d’entreprise de
toutes tailles, sociétés à mission ou non, convaincus ou sceptiques, mais également
Une raison d’y être universitaires et conseils (cf. Annexe 2)). Qu’ils soient ici vivement remerciés pour leur
contribution.
C’est ici que la qualité de société à mission prend tout son sens. Car, pour la première
fois de son histoire, grâce à la loi Pacte, la culture d’entreprise a trouvé un support Bris Rocher
juridique à travers la qualité de société à mission. Car la raison d’être d’une entreprise, président-directeur général du GROUPE ROCHER
c’est une raison d’y être pour les collaboratrices et les collaborateurs. Elle est le pivot
central qui permet d’articuler son projet d’entreprise et de développer une culture
d’entreprise en interne.
2.
Multiplier les actions de sensibilisation et de formation sur les dispositifs de
raison d’être et de société à mission en mobilisant les réseaux professionnels en
relation directe avec les PME et ETI, par une approche de pair à pair, ainsi que
la Communauté des entreprises à mission, le Conseil national des greffiers des
tribunaux de commerce et Bpifrance notamment.
3. L’État actionnaire devrait : (i) poursuivre les efforts engagés afin de mettre en
œuvre des raisons d’être dans les entités directement éligibles ; (ii) s’assurer que
dès qu’un vecteur peut être utilisé, il le soit, pour proposer une raison d’être
dans un établissement public ; et (iii) développer des indicateurs de suivi de la
raison d’être avec les entités. L’État actionnaire pourrait également encourager ses
participations, notamment celles dotées de missions de service public, à s’interroger
sur la pertinence de la qualité de société à mission.
5. Étendre les articles L. 210-10 à L. 210-12 du Code de commerce aux sociétés civiles
et aux groupements d’intérêt économique. Étudier l’extension de cette qualité aux
associations.
6. Pour le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce, émettre une
circulaire à destination des greffiers pour homogénéiser les conditions de déclaration
de la qualité de société à mission.
7.
Etablir un lien direct entre le Conseil national des greffiers des tribunaux de
commerce et la Communauté des entreprises à mission pour croiser les fichiers de
sociétés à mission et obtenir le décompte le plus à jour et fiable possible.
13. Exonérer de droits de mutation à titre gratuit les apports de titres de sociétés au Article 1833 du Code civil
fonds de pérennité. À défaut, instaurer un régime de report d’imposition des
droits de mutation à titre gratuit et clarifier les conditions d’applicabilité du pacte Toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l’intérêt commun
Dutreil aux personnes morales réalisant des apports. des associés.
La société est gérée dans son intérêt social, en prenant en considération les
14. D
ans le cadre de la proposition législative de la Commission européenne sur enjeux sociaux et environnementaux de son activité.
la gouvernance durable d’entreprise, consacrer la prise en considération des
enjeux sociaux et environnementaux au niveau européen et inciter toute société
européenne à se doter d’une raison d’être.
(3) Selon l’expression du rapporteur général à l’Assemblée nationale, Roland Lescure..
Les statuts doivent être établis par écrit. Ils déterminent, outre les apports de Une société qui souhaite obtenir la qualité de société à mission doit respecter
chaque associé, la forme, l’objet, l’appellation, le siège social, le capital social, la cinq conditions :
durée de la société et les modalités de son fonctionnement. Les statuts peuvent • inscription dans les statuts d’une raison d’être ;
préciser une raison d’être, constituée des principes dont la société se dote et
pour le respect desquels elle entend affecter des moyens dans la réalisation de •
inscription dans les statuts d’un ou plusieurs objectifs sociaux et
son activité. environnementaux que la société se donne pour mission de poursuivre dans
le cadre de son activité ;
• inscription dans les statuts des modalités du suivi de l’exécution de la mission
mentionnée. Ces modalités consistent en la mise en place d’un comité
Articles L. 225-35 et L. 225-64 du Code de commerce de mission (ou un référent de mission pour les entreprises de moins de
50 salariés), distinct des organes sociaux et comportant au moins un salarié,
La loi Pacte a modifié les articles L. 225-35 et L. 225-64 du Code de commerce qui est chargé exclusivement du suivi de la mission. Le comité de mission doit
afin que le conseil d’administration (ou le directoire) d’une société anonyme présenter annuellement un rapport joint au rapport de gestion à l’assemblée
détermine « les orientations de l’activité de la société et veille à leur mise en chargée de l’approbation des comptes de la société. Pour ce faire, il procède à
œuvre, conformément à son intérêt social, en prenant en considération les enjeux toute vérification qu’il juge opportune et se fait communiquer tout document
sociaux et environnementaux de son activité ». Le conseil d’administration (ou nécessaire au suivi de l’exécution de la mission ;
le directoire) prend « également en considération, s’il y a lieu, la raison d’être de • vérification par un organisme tiers indépendant (OTI) au moins une fois tous les
la société définie en application de l’article 1835 du Code civil ». deux ans (au moins une fois tous les trois ans pour les entreprises de moins de
50 salariés) de la bonne exécution des objectifs sociaux et environnementaux.
Cette vérification donne lieu à un avis joint au rapport du comité de mission et
publié sur le site internet de la société et demeure accessible publiquement au
moins pendant cinq ans. La première vérification se fait dans les dix-huit mois
suivant la déclaration de la qualité au registre du commerce et des sociétés
(vingt-quatre mois pour les sociétés de moins de 50 salariés) ;
• déclaration de qualité de société à mission au greffe du tribunal de commerce,
après que les changements statutaires ont été présentés et votés en assemblée
générale. Le greffe la publie au registre du commerce et des sociétés, sous
réserve de la conformité de ses statuts aux conditions mentionnées ci-dessus.
Ces conditions sont aussi valables pour les mutuelles à mission, excepté la
déclaration au greffe du tribunal de commerce.
(4) Pour les mutuelles, la raison d’être a été prévue par l’article L. 110-1 du code de la mutualité et pour les coopératives agricoles via
l’article L. 521-7 du code rural.
INTRODUCTION
par Bris ROCHER, président-directeur général du GROUPE ROCHER............. P. 3
PRÉAMBULE............................................................................................... P. 17
ESSAIMER :
Plusieurs leviers peuvent être activés pour une appropriation
la plus large possible des nouveaux dispositifs issus de la loi Pacte........ P. 25
1. Mieux faire connaître l’obligation de prise en considération
des objectifs sociaux et environnementaux par les sociétés................ P. 25
1.1. La prise en compte par les sociétés des enjeux sociaux
et environnementaux de leurs activités est une obligation
de méthode....................................................................................... P. 25
1.2. Un guide de bonnes pratiques rendrait concrète l’obligation
de prise en considération des objectifs sociaux
et environnementaux par les sociétés................................................. P. 26
2. Poursuivre les efforts de sensibilisation à l’égard des sociétés
engagées aux fins d’adoption de la raison d’être
et de la qualité de société à mission...................................................... P. 27
3. Activer les leviers à la main de l’État pour poursuivre
la transformation des entreprises.......................................................... P. 29
4. Élargir la qualité de sociétés à mission aux sociétés civiles
et aux groupements d’intérêt économique.......................................... P. 32
5. Harmoniser les déclarations au greffe du tribunal de commerce
des sociétés à mission.............................................................................. P. 33
ANNEXES.................................................................................................... P. 63
1. Lettre de mission..................................................................................... P. 65
2. Personnalités auditionnées..................................................................... P. 67
3. Glossaire................................................................................................... P. 83
4. Comparaisons internationales................................................................ P. 87
L’état des lieux est issu de deux principales sources : (i) l’Observatoire des sociétés
à mission de la Communauté des entreprises à mission (5) dont le rôle est de suivre,
analyser et répertorier les sociétés à mission ; ainsi que (ii) le comité d’évaluation de
la loi Pacte prévu par la loi elle-même et mis en place par France Stratégie, dont le
deuxième rapport annuel est en ligne (6).
Sur les 120 sociétés composant le SBF120, une s’est dotée de la qualité de société à
mission (Danone), neuf sociétés (dix, si l’on inclut Danone) se sont dotées d’une raison
d’être inscrite dans leurs statuts et cinq d’une raison d’être inscrite en préambule de
leurs statuts (7). 55 se sont dotées de raisons d’être extrastatutaires.
En juin 2021, les 206 sociétés à mission dénombrées par la Communauté des entreprises
à mission correspondaient à environ 500 000 collaborateurs en France.
La distribution territoriale des sociétés à mission est à ce jour équilibrée, avec des
entreprises présentes dans 12 des 13 régions métropolitaines. Si les sociétés à mission
sont toujours majoritairement implantées en Île-de-France, avec près de 52 % d’entre
elles, on assiste à un rééquilibrage territorial en 2021.
Les entreprises de moins de 50 salariés occupent toujours une place prépondérante avec
70 % des sociétés à mission en France, même si la part des ETI et grandes entreprises se
renforce de façon significative depuis 2021.
Les entreprises recensées sont plutôt jeunes, avec une prédominance du nombre
d’entreprises dans le secteur des services (83 %) contre 10 % dans le commerce et
7 % dans l’industrie. La proportion par secteurs d’activité varie lorsqu’on prend comme
référence le nombre de salariés concernés : 75 % travaillent dans le secteur des services,
21 % dans celui du commerce et 4 % dans l’industrie.
Le recensement fait émerger une prédominance du statut des SAS/SASU parmi les
sociétés à mission. Dans la plupart des cas, l’actionnariat majoritaire de l’entreprise est
le fondateur de l’entreprise ou reste dans les mains d’un actionnariat familial. Quatre
sociétés à mission sont des entreprises cotées.
(5) https://observatoire.entreprisesamission.com/
(6) https://www.strategie.gouv.fr/publications/comite-de-suivi-devaluation-de-loi-pacte-deuxieme-rapport
(7) Etude Wemean, septembre 2021
(11) Voir par exemple Tribunal de grande instance de Paris, 31ème chambre – 2ème section, 20 décembre 2019, n°0935790257 :
« ainsi, à côté de l’objet social qui constitue les activités de la société, la raison d’être serait constituée des principes, optionnels,
qui la guident pour réaliser cette activité, le tout ayant pour but la réalisation de l’intérêt de la société ».
(12) Voir les réflexions par exemple A. Viandier, La raison d’être d’une société (C. civ. Art. 1835), BRDA, 17 mai 2019, par. n°53 ; I.
Urbain-Parleani, L’article 1835 et la raison d’être, Rev. Sociétés 2019, p. 575, par. n°30.
(13) Mémento Sociétés commerciales 2020, Éditions Francis Lefebvre, par. n° 921 ; exemples « apporter la santé par l’alimentation
au plus grand nombre » et « rendre aux gens leur souveraineté alimentaire » (Danone) ou « contribuer à façonner l’espace
informationnel » (Atos). (15) B. Valiorgue, Danone, une illustration des fragilités du statut d’entreprise à mission, 8 mars 2021, The Conversation
(14) Rapport du HCJP du 23 juillet 2020, Responsabilité des sociétés et de leurs dirigeants en matière sociale et environnementale et (16) En ce sens, J. Lévêque et B. Segrestin « Le cas Danone ne permet pas encore de se prononcer ni sur l’échec ni sur la portée de la
examen des conséquences juridiques associées aux modifications apportées aux articles 1833 et 1835 du Code civil, paragraphe 113 société à mission », Le Monde, 19 mars 2021
1.1. La prise en compte par les sociétés des enjeux sociaux et environnementaux
de leurs activités est une obligation de méthode.
De nombreuses sociétés, lorsqu’elles n’ignorent pas purement et simplement
l’existence de l’obligation de « prise en considération » des enjeux sociaux et
environnementaux, s’interrogent sur sa portée concrète. Au cours des débats
parlementaires, le gouvernement avait indiqué que l’utilisation de l’expression
« prendre en considération » constitue une obligation de moyens à la charge de la
société (17). Bruno Le Maire avait ainsi fait remarquer qu’il est demandé aux sociétés
« d’estimer les conséquences sociales et environnementales de leurs choix avant de
prendre leurs décisions ».(18)
(17) Rapport de la Commission spéciale de l’Assemblée nationale n°1237, Tome II, p. 88.
(18) Rapport de la Commission spéciale de l’Assemblée nationale n° 1237, Tome II, p.83.
Face à ce constat de méconnaissance des obligations de prise en compte La Communauté des entreprises à mission organise des actions de sensibilisation avec
des enjeux sociaux et environnementaux par les entreprises, des actions divers partenaires, dont :
d’information et de sensibilisation doivent être menées. Un guide de bonnes • les chambres de commerce et d’industrie ;
pratiques illustré d’exemples permettrait aux PME et TPE notamment d’avoir des
• le Centre des jeunes dirigeants ;
réflexes de bon sens. Ce guide ne saurait valoir présomption de conformité à l’article
1833 alinéa 2 du Code civil aux yeux du juge en l’absence de jurisprudence. Le juge • le MEDEF national et les MEDEF territoriaux ;
pourrait toutefois s’en inspirer pour interpréter cette disposition. • les experts comptables ;
• les alumni et écoles d’enseignement supérieur.
RECOMMANDATION 1 : rédiger un guide de bonnes pratiques sur les modalités L’un des grands enjeux porte sur le déploiement en région du dispositif de la société
de prise en considération des enjeux sociaux et environnementaux dans le processus à mission. Pour ce faire, il est nécessaire de s’appuyer sur les réseaux professionnels
de décision des organes sociaux des sociétés à destination des TPE et PME, associant existants localement. Bpifrance peut être mobilisé pour promouvoir le dispositif de la
la CPME, le MEDEF, les organisations syndicales de salariés, les CCI… raison d’être et la qualité de société à mission.
(19) Morgane Tirel, Le Nouvel Intérêt social, un changement de modèle normatif, Archives de philosophie du droit, Dalloz, T 62, 2020.
(20) HCJP, Rapport sur la responsabilité des sociétés et de leurs dirigeants en matière sociale et environnementale et examen des
conséquences juridiques associées aux modifications apportées aux articles 1833 et 1835 du Code civil, 2020, paragraphes 98 et
suivants.
Les sanctions liées au caractère informatif de la raison d’être 1. Responsabilité d’une société et de ses dirigeants envers les tiers
La raison d’être véhicule un engagement. Elle peut en raison de sa nature retentir En matière de responsabilité envers les tiers, l’adoption par une société de
aussi comme une information véhiculée par la communication de l’entreprise. Il la qualité de société à mission est susceptible de renforcer le risque de mise
en résulte des possibilités de sanctions de place, de sanctions liées au code de en cause de sa responsabilité par les tiers, mais ce risque est limité pour ses
la consommation et enfin des sanctions médiatiques. dirigeants.
S’agissant des sanctions de place, il faut observer qu’une raison d’être, • Responsabilité encourue par la société envers les tiers
mentionnée par exemple dans un prospectus ou dans le rapport financier
Une fois inscrite dans les statuts, la mission de la société s’impose aux dirigeants
annuel, pourrait être considérée comme une fausse information donnée au
comme toute disposition statutaire. Elle est donc susceptible, suivant son degré
marché dès lors qu’elle ne constituerait qu’un « affichage » (C. mon. fin., nouv.
de précision, de donner lieu à une action en responsabilité de la part de tiers qui
art. L. 465-3-2). Elle peut également devenir, dans les mains du haut comité
seraient en mesure d’établir que le caractère trompeur de ses objectifs sociaux
de gouvernement d’entreprise, et par référence à l’article 27-2 du code AFEP
et environnementaux leur a causé un préjudice (financier ou moral).
MEDEF, le moyen pour le HCGE de s’autosaisir et de pratiquer « une procédure
de name and shame ». En particulier, certaines entreprises du même secteur d’activité pourraient
tenter d’invoquer que le non-respect de la mission formulée par la société (qui
Ensuite, cette même raison d’être pourrait en conséquence constituer une
aurait créé un avantage concurrentiel au profit de celle-ci) constitue un acte de
pratique commerciale trompeuse au sens de l’article L. 121-2 du code de
concurrence déloyale, justifiant une action en responsabilité.
consommation. Ce texte qui s’applique à tout moyen d’information joue
également entre professionnels. L’action pourrait ainsi être introduite par une Par conséquent, l’adoption du statut de société à mission par une société et
société concurrente. C’est un risque potentiel. donc d’objectifs sociaux et environnementaux précis correspondant à sa mission
paraît plus risquée juridiquement pour cette société que la simple insertion
Enfin le caractère public de la raison d’être peut créer le sentiment que celle-
d’une raison d’être dans ses statuts. En effet, un tiers lésé peut plus facilement
ci a été bafouée, même si l’intérêt social a été respecté. La raison d’être peut
caractériser un manquement en présence d’engagements précis.
en conséquence susciter des mouvements d’opinion relayés par les réseaux
sociaux. Le name and shame peut devenir impossible à maîtriser, alors même En tout état de cause, une décision sociale prise en violation des objectifs sociaux
qu’il n’y a aucune faute de la part des dirigeants. et environnementaux, à l’instar d’une décision sociale prise en violation de sa
Source : Isabelle Urbain-Parleani, « L’article 1835 et la raison d’être », Revue des sociétés, 2019, raison d’être, ne devrait pas encourir de nullité.
p. 575.
• Responsabilité encourue par les dirigeants envers les tiers
A priori, l’adoption de la qualité de société à mission ne devrait pas affecter les
Une raison d’être, même extrastatutaire, est donc engageante. L’article cité conditions de la mise en cause de la responsabilité des dirigeants de manière
ci-dessus précise en effet que les tiers peuvent très bien agir en responsabilité contre significative.
une société qui aurait violé sa raison d’être quand bien même cette dernière ne
Le raisonnement est exactement le même que celui exposé dans l’étude des
figurerait pas dans ses statuts. En outre, une raison d’être extrastatutaire n’est pas
conséquences de l’adoption d’une raison d’être sur la responsabilité des
dépourvue de conséquences sur leur image et les plus grosses entreprises (de plus de
dirigeants envers les tiers : la jurisprudence n’admet qu’exceptionnellement la
5 000 salariés au niveau du groupe, un abaissement de ce seuil étant en discussion au
responsabilité personnelle du dirigeant en raison de l’appréciation stricte par les
niveau européen) sont d’ores et déjà soumises au devoir de vigilance, à la surveillance
juges de l’existence d’une faute séparable des fonctions de ce dernier.
étroite des ONG, aux consommateurs de plus en plus avertis et à leurs salariés.
(25) Haut Comité juridique de la Place financière de Paris, Rapport sur la responsabilité des sociétés et de leurs dirigeants en matière (26) Didier Poracchia, « De l’intérêt social à la raison d’être des sociétés », Bulletin Joly Sociétés, n° 6, p. 40, 1er juin 2019.
sociale et environnementale et examen des conséquences juridiques apportées aux articles 1833 et 1836 du Code civil, 19 juin (27) Christian Nouel et Didier G. Martin, « L’Appréciation de la conformité à l’intérêt social après la loi Pacte et ses incidences sur le
2020. Pour rappel, le non-respect de l’article 1833 alinéa 2 du Code civil ne sera pas sanctionné par la nullité, l’article 1844-10 plan fiscal », Bulletin Joly Sociétés, n° 10, p. 55.
du Code civil disposant que « la nullité de la société ne peut résulter que de la violation des dispositions de l’article 1832 et du (28) Nathalie Rouvet Lazare, La Raison d’être des entreprises - Deux ans après, premier bilan, Fondation Jean-Jaurès, 2021.
premier alinéa des articles 1832-1 et 1833, ou de l’une des causes de nullité des contrats en général. […] La nullité des actes
ou délibérations des organes de la société ne peut résulter que de la violation d’une disposition impérative du présent titre, à
l’exception du dernier alinéa de l’article 1833, ou de l’une des causes de nullité des contrats en général ».
(29) La directive 2014/95/UE a été transposée en droit national par l’ordonnance du 19 juillet 2017, qui a substantiellement élargi le
périmètre d’application de la déclaration de performance extra-financière issue du droit européen (cf. L. 225-102-1, et R. 225-
104 à R. 225-105-2 du Code de commerce) : l’exigence s’applique ainsi pour toute société cotée dont le total du bilan est de
20 M€ (ou 40 M€ pour le montant net du CA), et de plus de 500 salariés au cours de l’exercice et pour toute société non cotée
(100 M€ de total du bilan ou de montant net du chiffre d’affaires) et de plus de 500 salariés au cours de l’exercice.
(30) Article 17 du règlement (UE) 2020/852 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32020R0852
Enfin, les auditions ont fait ressortir plusieurs bonnes pratiques : • procéder à un audit à blanc, ce qui permet une première revue de la conformité
aux attentes et de questionner les objectifs sociaux et environnementaux
• les membres du comité de mission devraient être acculturés au modèle d’affaires (statutaires et opérationnels), avant l’émission de l’avis motivé de l’OTI ;
et activités de l’entreprise sous forme de séminaire, visite de sites, etc. ;
• clarifier dans la lettre de mission le périmètre d’intervention de l’OTI. Ainsi,
• le comité de mission devrait être doté d’un règlement intérieur précisant même si l’OTI vérifie la cohérence des objectifs sociaux et environnementaux,
notamment la durée du mandat de ses membres, l’obligation de confidentialité, de la raison d’être de l’entreprise et de son activité au regard de ses enjeux
la collégialité des décisions, etc. ; sociaux et environnementaux pour pouvoir vérifier l’atteinte des objectifs
• le comité de mission devrait présenter chaque année au comité social et statutaires, le périmètre de l’audit doit s’appuyer sur la vérification de l’atteinte
économique son rapport d’activité pour permettre de renforcer et d’aligner des objectifs opérationnels déclarés par l’entreprise. Son rôle n’est pas de
les parties prenantes. Une administratrice salariée de la CFDT relève en ce questionner le niveau d’ambition des objectifs statutaires, dès lors que le comité
sens que : « Le travail du comité de mission porte notamment sur un rapport. de mission assure cette mission et soumet ses interrogations aux organes de
Celui-ci ne doit pas uniquement être présenté aux actionnaires. Il doit être gestion et d’administration qui restent seuls décideurs en la matière.
présenté au conseil d’administration et au CSE. Le CSE devrait d’ailleurs Un second enjeu relatif à l’OTI a trait à son coût, sachant que ce dernier peut
pouvoir s’exprimer au sein du rapport pour donner son avis. Ce rapport être contrebalancé par certains bénéfices tenant notamment à la crédibilisation
doit également être largement diffusé aux salariés qui doivent en prendre de la démarche grâce à l’avis externe indépendant et expert. Une très grande
connaissance. » (38) majorité des sociétés à mission sont des TPE/PME, avec des moyens par nature limités.
Le coût de l’OTI peut donc s’avérer un frein à l’adoption de la qualité de société à
RECOMMANDATION 11 : réaffirmer le rôle du conseil d’administration et/ou mission. À ce titre, l’attention est appelée sur :
des instances dirigeantes dans la gouvernance de l’entreprise et préciser le rôle du • une vigilance toute particulière sur la nécessité de déconcentrer le marché des
comité de mission dans la perspective d’une interaction plus collaborative avec les OTI afin d’intensifier la concurrence entre les acteurs et ainsi réduire les risques
organes de gestion et d’administration. de dépendance à des acteurs potentiellement oligopolistiques. Il est vrai que le
En l’état actuel des textes, le fonds de pérennité et ses fondateurs bénéficient des
1.1 Pour rendre la fiscalité des droits de mutation sur les dons au fonds de
dispositions favorables suivantes :
pérennité plus attractive, les aménagements suivants pourraient être
• les plus-values réalisées par les personnes morales à la suite de l’apport de titres apportés.
de sociétés à un fonds de pérennité, à titre de dotation initiale, bénéficient
L’apport à titre gratuit de titres à un fonds de pérennité est soumis à un droit de mutation
d’un sursis d’imposition (42). Toutefois, celles réalisées lors d’apports ultérieurs
au taux de 60 % et les plus-values d’apport réalisées par les personnes morales sont
sont imposées dans les conditions de droit commun ;
imposables dans les conditions de droit commun (mais peuvent bénéficier d’un sursis
•
sous réserve du respect de conditions qui méritent d’être précisées, les d’imposition sous certaines conditions). La loi Pacte a rendu éligible la transmission
personnes physiques bénéficient d’une exonération des droits de mutation à de titres par des personnes physiques au régime du pacte Dutreil (44) permettant de
titre gratuit à concurrence de 75 % de la valeur des titres apportés au fonds bénéficier sous réserve de certaines conditions d’un abattement de 75 % de l’assiette
de pérennité ; des droits de donation ou de succession, ce qui aboutit à une imposition au taux de
• un fonds de pérennité ne constatera profit taxable à la suite de l’apport à 15 % de l’ensemble apporté au fonds. Ce taux est réduit à 7,5 % dans le cas d’une
titre gratuit de titres de capital ou de parts sociales. Cependant, compte tenu donation au fonds des titres d’une société opérationnelle par une personne âgée de
de la rédaction restrictive de l’article 2 du règlement ANC n° 2019-05 du moins de 70 ans. (45)
8 novembre 2019, les dotations sous forme d’apports à titre gratuit d’autres Il pourrait être considéré que la double mission d’intérêt général et de pérennisation de
biens emportent l’imposition, dans les conditions ordinaires, d’un gain égal à la société justifie l’exonération de tous droits de mutation à la fois des dons d’actions
la valeur réelle des biens apportés étant que le fonds de pérennité ne pourra comme des dons en numéraire, au même titre que les dons et legs à la plupart des
pas inscrire la contrepartie de l’apport dans un compte de passif. organismes publics ou d’utilité publique, charitables, cultuels, etc. mentionnés à
Ainsi, du point de vue fiscal, en l’état actuel de la législation, l’apport, à titre de l’article 795 du Code général des impôts.
dotation, de parts ou d’actions de sociétés à un fonds de pérennité est une libéralité À défaut, les aménagements envisageables sont :
pour une personne physique mais n’emporte pas l’imposition d’une plus-value.
• instaurer un régime de report d’imposition des droits de mutation à titre
L’apport effectué par une personne morale à un fonds de pérennité est une cession gratuit en cas d’apport de titres de sociétés à un fonds de pérennité. Il serait
(pouvant bénéficier d’un sursis d’imposition sous certaines conditions) et une libéralité mis fin au report d’imposition en cas de cession des titres apportés par le
emportant le paiement de droit de mutation à titre gratuit au taux de 60 %, position fonds de pérennité (régime équivalent à celui prévu en matière d’imposition
qui nous semble contestable. des plus-values d’apport à un fonds de pérennité réalisées par des personnes
(39) https://www.journal-officiel.gouv.fr/document/associations_b/202100032078 (43) L’apport des titres de la holding patrimoniale est difficilement envisageable dès lors que d’autres actifs (immobilier, mobilier)
(40) https://www.journal-officiel.gouv.fr/document/associations_b/202100351448 peuvent être détenus par la holding patrimoniale.
(41) https://www.journal-officiel.gouv.fr/associations/detail-annonce/associations_b/20210030/1747 (44) Article 787 B du CGI.
(42) Article 38-7 quater du Code général des impôts créé par l’article 14 de la loi de finances pour 2020. (45) Article 790 du CGI.
(48) Christian Nouel et Didier G. Martin, « L’Appréciation de la conformité à l’intérêt social après la loi Pacte et ses incidences sur le
plan fiscal », Bulletin Joly Sociétés, n°10, p. 55.
ASSEMBLÉE NATIONALE
Aulne Abeille, sous-directeur de Nicolas Chayvialle, chef de bureau Patrick de Cambourg, président
la fiscalité directe des entreprises de la fiscalité du patrimoine
Commission européenne
MINISTÈRE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE
Didier Reynders, commissaire à la justice
Commissariat général au développement durable
Éric Dodemand, adjoint au chef du Aurélien Girault, chargé de mission Parlement européen
bureau de la finance verte et de la RSE Finance durable et RSE
Pascal Durand, député européen
Isabelle Richaud, chargée de mission
RSE
ASSOCIATIONS PROFESSIONNELLES ET SYNDICALES
Direction des affaires civiles et du Sceau Laurent Burelle, président Odile de Brosse, directrice
du service juridique
Pierre Rohfritsch, chef du bureau Dorian Boujon, magistrat, rédacteur François Soulmagnon,
du droit des sociétés et de l’audit directeur général Laetitia de La Rocque, directrice
des Affaires fiscales
Stéphanie Robert, directrice
Fabrice Angei, secrétaire confédéral Pierre-Yves Chanu, conseiller confédéral Denis Terrien, président Monica de Virgiliis et Michel de
Fabiani, co-présidents du Club
Karine Dognin-Sauze,
nomination et rémunération
Confédération française démocratique du travail (CFDT) directrice générale
Daniel Hurstel et Sylvie Le Damany,
Philippe Portier, secrétaire national Philippe Couteux, secrétaire Françoise Malrieu et Hélène Auriol
co-présidents de la Commission
confédéral responsable du service Potier, co-présidentes du Club ESG
Frédérique Lellouche, responsable de juridique
Vie au travail et Dialogue social
la RSE et de la gouvernance d’entreprise Nicolas Naudin, coordinateur du
Ildo Mpindi et Caroline Michaud,
groupe de travail sur l’information
pôle Contenus
extra-financière du Club ESG
Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME)
Yannick Lucas, directeur des affaires Anthony Aly, conseiller relations ENTREPRISES
publiques, FNMF institutionnelles et influence
à la présidence, MGEN Accenture
Anne-Marie Harster, administratrice
déléguée en charge de la RSE, MGEN Olivier Girard, président France et Benelux
Accor
CEVA SANTÉ ANIMALE
Air Liquide
Marc Prikazsky, président-directeur général
Fabienne Lecorvaisier, Laurent Dublanchet, directeur des
directrice générale adjointe affaires européennes et internationales
Chiesi France
Armelle Levieux, directrice
Patrice Carayon, président-directeur général
des ressources humaines
Collège de Paris
Groupe Bel
Olivier de Lagarde, président
Sarah Phelan, responsable des affaires publiques
Danone
BIRDEO
Franck Riboud, administrateur Pascal Lamy,
Caroline Renoux, présidente-directrice générale
président du comité de mission
Mathias Vicherat, secrétaire général
Nicolas Dissez, directeur de cabinet
BNP Paribas Céline Barral, directrice RSE
Marguerite Bérard, directrice des réseaux France
Derichebourg
Bpifrance Boris Derichebourg, président Delphine Esculier, directrice RSE
Derichebourg Multiservices
Philippe Kunter, directeur du développement durable et de la RSE
Thomas Derichebourg, président
Derichebourg Environnement
B SMART
Galeries Lafayette
Phenix
Nicolas Houzé, Frédérique Chemaly, directrice
Jean Moreau, directeur général
président-directeur général des ressources humaines et RSE
Renault
Groupe La Poste
Jean-Dominique Senard, président
Philippe Wahl, Muriel Barnéoud, directrice
président-directeur général de l’engagement sociétal
Société Générale
Sublime Énergie
LVMH
Bruno Adhémar, président Nicolas Bréziat, directeur général
Bernard Arnault, président-directeur général
Schneider Electric
MAIF
Gilles Vermot Desroches,
Pascal Demurger, président-directeur général
Mirova
Ynsect
Philippe Zaouati, directeur général Karen Massicot, Chief Mission Officer
Jean-Gabriel Levon, Rosane Le Roux, chargée de mission
vice-président et directeur Impact à la direction de l’impact
Tikehau Capital
Audit Conseils
Citizen Capital
Carole Cherrier, associée
Laurence Mehaignerie, présidente et cofondatrice
KPMG
Autres
AVOCATS ET NOTAIRES
Jean-Philippe Robé, avocat
Archers
Dominique Stucki, avocat associé Laurence Tardivel, avocate associée Najat Vallaud Belkacem, directrice France
Xavier Delsol, avocat associé Arnaud Laroche, avocat Cécile Duflot, directrice générale
EDHEC
EY
Carole Chomat, chef de projet Direction Générale
Pierre Mangas, avocat associé Simon Bader, Senior Manager,
diplômé notaire
EM Lyon
Jeantet Associés
Fondact
Mines Paris Tech
Pierre Havet, délégué général
Armand Hatchuel, professeur émérite Samantha Ragot, docteure
Blanche Segrestin, professeur Jérémy Lévêque, doctorant Collectif GIIC – Gouvernance, Innovation & Intention Contributive
Kevin Levillain, enseignant chercheur Isabelle Lescanne, Pascale Levet, déléguée générale,
directrice Odet - Groupe Nutriset Le Nouvel Institut, professeure associée
IAE-Université Lyon 3
Université de Bourgogne Aurélie Ghemouri Krief,
directrice conseil, Plein Sens
Julia Heinich, professeur des Universités
Jean-Jacques Daigre,
Management & RSE
professeur émérite
Martin Richer, conseil RSE
GOUVERNANCE (D’ENTREPRISE)
Pour désigner l’apport social et environnemental d’une entreprise, son utilité pour la Expression anglo-saxonne passée telle quelle dans le langage courant et
société, nous avons systématisé l’emploi de l’expression « externalités positives » aux pouvant être traduite par « affichage d’une pseudo-mission ». Dans la lignée du
dépens de celles de « bien commun » et d’« intérêt général ». Ceci pour des raisons greenwashing (verdissement d’un discours sans engagement environnemental réel
de neutralité philosophique, également pour une traduction plus directe du caractère lui correspondant), le purpose washing consiste à afficher une « raison d’être », une
concret de cet apport et, enfin, pour bien marquer la rupture actuelle de paradigme. « mission » ou un engagement social et environnemental, sans que cela soit sincère,
effectif et transparent. Soupçonnant des « coups de com’ », les associations et les
L’expression « bien commun » est d’héritage théologique (c’est saint Thomas d’Aquin
consommateurs sont de plus en plus attentifs à des manipulations d’opinion toujours
qui la conceptualise au XIIIe siècle) et sous-entend l’idée d’une finalité transcendante
possibles et les dénoncent désormais selon le principe du name and shame (« nommer
à l’humanité (le Bien, c’est alors Dieu). Nous pensons, au contraire, que la contribution
et faire honte »).
d’une entreprise doit s’exercer ici et maintenant et qu’il n’existe pas quelque chose
comme « le » bien commun puisque les possibilités de contribution sont multiples Certaines des recommandations de ce rapport vont dans le sens d’une crédibilité
(les 17 Objectifs de développement durable de l’ONU en sont la preuve) et qu’elles augmentée des dispositions ouvertes par la loi Pacte, de façon à ce que les entreprises
doivent rester propres au meilleur potentiel d’action de chaque entreprise. qui s’engagent dans ces démarches ne puissent pas être soupçonnées de purpose
washing. La responsabilité et les externalités positives ne sont pas un sujet de com’
La formule « intérêt général » renvoie quant à elle à un héritage rousseauiste qui
mais de stratégie. Elles obligent à un haut niveau d’ambition, d’exigence et de
présente le désavantage de « politiser » la mission de l’entreprise et de la rendre très
transparence. Nous sommes d’ailleurs convaincus que c’est à cette condition qu’elles
abstraite. Nous pensons que, si les entreprises ont un nouveau rôle sociétal à assumer,
seront plus attractives pour les entreprises elles-mêmes.
elles n’ont pas la légitimité leur permettant de capter les sujets d’« intérêt général »
qui doivent rester l’apanage de représentants politiques démocratiquement élus et
désignés. En revanche, l’ancrage et l’insertion des entreprises dans le tissu social et
EXTRA-FINANCIER
l’environnement concret des communautés leur permet d’avoir un impact positif
tangible sur des enjeux d’« intérêt collectif » (pour reprendre l’expression proposée Dès les années 1990, avec une accélération après la crise de 2008, la nécessité
dans le rapport Notat-Senard). d’intégrer à l’évaluation des entreprises d’autres critères que ceux purement financiers
La locution « externalités positives », qui empreinte au registre de langage éprouvé est apparue au sein de la communauté financière. Le sigle ESG (Environnemental,
des économistes, nous a semblé pouvoir désigner de façon plus pragmatique Social, Gouvernance) a ainsi vu le jour pour désigner les trois piliers permettant cette
et directe ce qui est en jeu pour les entreprises : non plus simplement répondre à analyse extra-financière.
des demandes de mise en conformité leur permettant de réduire ou de compenser Dans l’Union européenne, une première directive dite NFRD (Non Financial Reporting
leurs externalités négatives, mais bien agir pour générer d’emblée un impact positif Directive) a été adoptée en 2014. Elle fait actuellement l’objet d’une révision (Corporate
à travers le déploiement de leur activité économique. La rupture de paradigme et Sustainability Reporting Directive).
la force des dispositions de la loi Pacte sont là : créer à chaque étape de l’activité
des externalités positives et non plus réparer a posteriori des externalités négatives
générées par l’activité.
e)
Quel est le régime fiscal des fondations actionnaires ? Quel est le
régime d’imposition de la donation ou du legs de l’apport des titres à la
fondation ?
3. La loi Pacte permet aux entreprises souhaitant aller encore plus loin d’inscrire
des objectifs sociaux et environnementaux dans leurs statuts, d’instaurer
une gouvernance spécifique et de se soumettre à un contrôle externe du
suivi de ces objectifs (les « sociétés à mission »).
a) Le droit national prévoit-il un statut ou une qualité proche des sociétés à
mission ou existe-t-il des projets en ce sens ? Merci de décrire la législation
existante.
b) Combien de sociétés de cette nature existent (en valeur absolue et en %
du nombre total d’entreprises enregistrées sur le territoire) et quels en
sont les exemples les plus significatifs ?
c) Est-ce que ces formes sociales sont plus fréquentes parmi les PME, les
grandes sociétés, les sociétés cotées ?
2. La loi Pacte permet aux entreprises qui veulent aller plus loin d’ajouter
à leur objet social légal une raison d’être statutaire, par laquelle elles
formalisent les principes dont elles se dotent et pour le respect desquels
elles entendent affecter des moyens dans la réalisation de leur activité (les
« sociétés à raison d’être »).
a) Le droit national prévoit-il la possibilité pour les sociétés d’inscrire leur
raison d’être dans leurs statuts ?
Il n’existe pas, aux États-Unis, de possibilité pour une entreprise d’inscrire sa raison
d’être, hormis dans le cas d’une benefit corporation (voir question 3).
3. La loi Pacte permet aux entreprises souhaitant aller encore plus loin d’inscrire
des objectifs sociaux et environnementaux dans leurs statuts, d’instaurer
une gouvernance spécifique et de se soumettre à un contrôle externe du
suivi de ces objectifs (les « sociétés à mission »).
a) Le droit national prévoit-il un statut ou une qualité proche des sociétés à
mission ou existe-t-il des projets en ce sens ? Merci de décrire la législation
existante.
tiers à 90 % des actionnaires est requise pour convertir une entreprise en benefit CALIFORNIE A benefit corporation may 66 % Facultative Annuel Obligatoire
be formed for the purpose
corporation, que cette conversion ait lieu par la modification des statuts de l’entreprise of creating general public
ou par la fusion avec une benefit corporation déjà constituée. En cas de succès du benefit, defined as a material
positive impact on society and
vote, les actionnaires minoritaires ne souhaitant pas conserver leurs actions dans the environment.
l’entreprise peuvent les céder à leur valeur de marché (ce droit au rachat des parts a
ÉTAT DE “General public benefit” 75 % Facultative Annuel Obligatoire
été supprimé par l’État du Delaware en 2020). NEW YORK means a positive impact on
society and the environment,
taken as a while, assessed
Une fois constituée, la benefit corporation est soumise à une obligation générale against a third-party
standard, from the business
de rechercher un « impact positif sur la société et/ou l’environnement ». En plus and operations of a benefit
de cette obligation générale, le statut permet (ou impose dans certains États, comme le corporation.
Delaware) à l’entreprise de définir un ou plusieurs objectifs spécifiques (specific public ILLINOIS “General public benefit” 66 % Facultative Annuel Obligatoire
benefits) supplémentaires, tels que : délivrer des produits ou services bénéfiques à des means a material positive
impact on society and the
populations pauvres, protéger l’environnement, améliorer la santé de la population, environment, taken as a
whole, assessed against a
promouvoir les arts, la science et le savoir, contribuer au financement d’autres benefit third-party standard, from the
corporations. En cas de manquement à l’accomplissement de ces objectifs statutaires, business and operations of a
benefit corporation.
les actionnaires d’une benefit corporation peuvent poursuivre ses dirigeants en justice
dans le cadre d’une procédure de benefit enforcement proceeding, qui peut être TEXAS “Public benefit” means a 90 % Obligatoire Biennal
positive effect, or a reduction
ouverte à la demande d’un ou plusieurs actionnaires. Une telle procédure peut aboutir of a negative effect, on
one or more categories of
à l’injonction de modifier des décisions sociales ou de s’abstenir de prendre certaines persons, entities, communities,
d’entre elles, mais ne peut en aucun cas donner lieu à un dédommagement financier or interests, other than
shareholders in their
hormis la répétition des frais de justice engagés, sous conditions. capacities as shareholders,
including effects of an artistic,
charitable, cultural, economic,
educational, environmental,
literary, medical, religious,
scientific, or technological
nature.
100 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 101
d) Ces sociétés connaissent-elles une gouvernance spécifique dotée d’un
Majorité Rythme de
des Identification publication contrôle interne et externe (du type organisme tiers indépendant) ?
actionnaires d’un ou du rapport Vérification
requise plusieurs d’impact de la
Merci de décrire cette gouvernance spécifique.
pour la objectif(s) Rythme de performance
conversion spécifique(s) publication non-
Définition en benefit dans les du rapport financière
Hormis dans quelques États, la performance non-financière d’une benefit
du statut corporation statuts d’impact par un tiers corporation est soumise à une obligation d’audit par un tiers sélectionné à la
Floride “General public benefit” 66 % Facultative Annuel Obligatoire discrétion de l’entreprise. Une douzaine d’organisations sont ainsi reconnues, qui
means a material, positive
effect on society and the
sont pour la plupart des organismes à but non lucratif (B Lab, Ceres, Food Alliance,
environment, taken as a Green America, Green Seal, ISO, Sustainable Agriculture Network, People4Earth) mais
whole, as assessed using a
third-party standard which is
comptent également des entreprises et initiatives privées (Underwriters Laboratories,
attributable to the business MultiCapital Scorecard, GoodGuide et Global Reporting Initiative). Ces organisations
and operations of a benefit
corporation. ont pour mission de définir un cadre inclusif (multi-stakeholder approach) mesurant la
performance sociale et environnementale de l’entreprise, et sanctionné par une note.
Il est à noter qu’il est parfois fait mention d’une autre forme d’entreprise à Les critères d’évaluation retenus et leur pondération éventuelle doivent être détaillés.
impact social, la Certified B Corp (ou B Corp). Il s’agit d’une certification privée Le choix de l’agence tierce appartient à la benefit corporation, mais ce choix doit
délivrée par l’organisation mondiale à but non-lucratif B-Lab, qui évalue la performance respecter certaines exigences d’indépendance et de transparence.
non financière d’une entreprise selon quatre critères : sa gouvernance, son traitement
des salariés, son impact social et son impact sur l’environnement. La certification e) D’après votre expérience et les retours des acteurs économiques locaux
B Corp est indépendante du statut juridique de benefit corporation. En août 2021, (si existence d’un statut dans le droit national), quelle est la perception
plus de 3 500 Certified B Corporations existaient dans plus de 64 pays, principalement globale du modèle ? Quels sont les principaux enseignements à tirer de ce
aux États-Unis. Le fabricant de glaces Ben & Jerry’s, filiale d’Unilever – dont la décision dispositif ? Quels avantages/succès spécifiques sont mentionnés et quels
de ne plus commercialiser ses produits dans les territoires palestiniens a fait l’objet de problématiques/écueils majeurs émergent ? (Gouvernance ? Reporting ?
nombreux débats en juillet 2021 – est un exemple d’entreprise certifiée B Corp mais Notoriété ?...)
n’ayant pas adopté le statut de benefit corporation.
Le modèle de benefit corporation bénéficie dans l’ensemble d’une perception
b) Combien de sociétés de cette nature existent (en valeur absolue et en % favorable aux États-Unis, qu’il convient de mettre en perspective avec
du nombre total d’entreprises enregistrées sur le territoire) et quels en l’engouement grandissant pour le thème de la responsabilité sociale des
sont les exemples les plus significatifs ? entreprises, incarné par des figures majeures du monde américain des affaires
(Larry Fink, Jamie Dimon, association de la Business Roundtable, etc.). La littérature
Le nombre d’entreprises ayant le statut de benefit corporation est estimé s’intéressant à l’apport concret du modèle pour la société et l’environnement reste
à environ 5 000 entreprises, ce qui représente moins de 1 % du total des toutefois limitée, ce qui peut s’expliquer par le faible recul historique sur ce statut
entreprises enregistrées aux États-Unis. Les exemples les plus significatifs sont ainsi que par l’absence des plus grandes sociétés cotées parmi les benefit corporations
Patagonia (prêt-à-porter), Kickstarter (financement participatif), Lemonade (assurance), américaines. Des critiques voient néanmoins le jour autour des conditions d’existence
Danone North America (agroalimentaire). du modèle, en particulier sa faible robustesse légale, voire autour de son utilité par
rapport au cadre juridique existant.
c) Est-ce que ces formes sociales sont plus fréquentes parmi les PME, les
grandes sociétés, les sociétés cotées ?
102 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 103
AVANTAGES D’autres études déplorent enfin la trop grande souplesse du statut et l’absence
de contrôle de la performance des benefit corporations, qui ouvriraient la voie
Du point de vue de l’entreprise, le principal avantage associé au modèle à des pratiques de greenwashing. Dans un articule intitulé Holding Oregon benefit
des benefit corporations est lié à l’amélioration de l’image (branding) de companies accountable for greenwashing and faux CSR, Sophia von Bergen juge
marque, qui lui permettrait en particulier de bénéficier d’un argument de vente notamment que le statut de benefit corporation est excessivement imprécis, la notion
supplémentaire et de conquérir de nouveaux marchés, de renforcer ses capacités de même d’impact positif n’y étant pas clairement définie, ce qui pourrait permettre à
recrutement, de créer de nouveaux partenariats avec d’autres benefit corporations et une entreprise de dévoyer l’esprit de ce statut à des fins n’ayant pas d’intérêt pour
potentiellement de diversifier sa base d’investisseurs. Pour les dirigeants, le statut de la société (par exemple la croissance financière de l’entreprise). Elle note par ailleurs
benefit corporation offre une plus grande liberté dans l’exercice de leurs fonctions, que les conditions de publication du rapport d’impact demeurent peu contraignantes,
en les protégeant contre le risque qu’une action en justice ne soit intentée par les laissant une trop grande liberté dans le choix des données de performance publiées,
actionnaires si une décision contrevenait aux intérêts financiers de ces derniers. Une alors même que les possibilités de recours en cas de manipulations des résultats
étude de 2020 (Michael Dorff, James Hicks, Steven Solomon, An empirical study of sont très limitées. Steven Munch (Improving the benefit corporation: how traditional
public benefit corporations) montre par ailleurs que le statut de benefit corporation governance mechanisms can enhance the innovative new business form) remarque
permet à une jeune entreprise de lever des fonds auprès des mêmes acteurs et dans quant à lui que les dirigeants d’une benefit corporation ne sont responsables
les mêmes conditions que les entreprises traditionnelles. juridiquement que devant leurs actionnaires, les autres parties prenantes (salariés,
société civile, clients) n’étant pas autorisés à introduire une procédure de recours
(benefit enforcement proceeding). D’après l’auteur, cette situation inciterait les
INCONVÉNIENTS ET CRITIQUES
dirigeants d’une benefit corporation, qui sont pourtant tenus à veiller au respect de
l’ensemble des parties prenantes de manière équilibrée, à privilégier ses investisseurs
La première critique adressée à l’encontre des benefit corporations (The Harms
en cas d’arbitrage.
of the Benefit Corporation, Kennan El Khatib) porte sur la dichotomie que ce
statut induit entre entreprises « responsables » et entreprises traditionnelles.
D’après l’auteur, la jurisprudence américaine (en particulier Shlensky vs. Wrigley, dans
4. Fondations actionnaires.
lequel un club de baseball a pu renoncer à organiser des matches la nuit pour ne pas
nuire à son voisinage) a reconnu à plusieurs reprises la possibilité pour un dirigeant
a) Quel est l’usage le plus fréquent qui est fait des fondations actionnaires ?
d’arbitrer ponctuellement en faveur d’intérêts non financiers sans pour autant déroger
à sa responsabilité fiduciaire. Le statut de benefit corporation n’aurait ainsi pas
Bien que la présence de fondations actionnaires soit documentée au début et
d’utilité juridique véritable, ce que confirme selon l’auteur le niveau avancé d’exigence
milieu du XXe siècle, la réforme fiscale de 1969 a eu pour effet d’interdire aux
sociale et environnementale de certaines sociétés à but lucratif traditionnelles (telles
fondations privées de détenir plus de 20 % du capital ou des droits de vote
que l’entreprise de textile TOMS). Noam Noked (Benefit corporations vs. regular
d’une entreprise. Cette limitation, qui peut s’élever à 35 % lorsque la fondation
corporations : aharmful dichotomy) déplore également cette dichotomie, estimant
est en mesure de démontrer qu’un autre actionnaire a le contrôle effectif de la
qu’elle conforterait à tort l’idée que la raison d’être d’une entreprise traditionnelle
société, a été mise en place pour éviter que les fondations ne se détournent de leur
serait uniquement de maximiser sa rentabilité financière.
mission initiale. Une loi fédérale de 2018 (Philanthropic Enterprise Act) a assoupli ces
restrictions en permettant à une fondation privée de détenir 100 % du capital d’une
Dans son essai Toward Fair and Sustainable Capitalism, Leo Strine, ancien
entreprise dès lors que certaines conditions sont respectées (en particulier, dès lors
membre de la Cour suprême de l’Oregon, ne conteste pas le statut de benefit
qu’est redistribuée à des œuvres caritatives l’intégralité du bénéfice de l’entreprise
corporation en tant que tel mais regrette les barrières qui empêchent une
contrôlée), mais cette réforme n’a pour l’heure pas donné lieu à la constitution de
entreprise d’acquérir ce statut, en pointant notamment le critère d’une majorité
nouvelles fondations actionnaires.
qualifiée des deux tiers des actionnaires en vigueur dans la plupart des États fédérés,
qui pourrait constituer un obstacle dirimant à l’expansion de ce modèle. Il peut être
noté qu’en 2020, l’État du Delaware a allégé les conditions de conversion en abaissant
le seuil de votes requis de deux tiers à une majorité simple.
104 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 105
b) Quelle gouvernance ces fondations d’actionnaires prévoient-elles le plus ITALIE
fréquemment ? Étude sur la gouvernance responsable des entreprises
c) Quels sont les types principaux des sociétés ayant dans leur actionnariat 1. La loi Pacte impose à toute société la prise en considération des enjeux
des fondations actionnaires : des entreprises familiales, des sociétés sociaux et environnementaux des activités de l’entreprise.
cotées ?
a) Le droit national comprend-il une obligation pour les entreprises de
d) Combien de fondations actionnaires dénombre-t-on ? prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux de leurs
activités ?
e)
Quel est le régime fiscal des fondations actionnaires ? Quel est le
régime d’imposition de la donation ou du legs de l’apport des titres à la Non, cette obligation n’existe pas.
fondation ?
b) Comment cette obligation est-elle sanctionnée ?
Non pertinent.
Non pertinent.
2. La loi Pacte permet aux entreprises qui veulent aller plus loin d’ajouter
à leur objet social légal une raison d’être statutaire, par laquelle elles
formalisent les principes dont elles se dotent et pour le respect desquels
elles entendent affecter des moyens dans la réalisation de leur activité (les
« sociétés à raison d’être »).
a) Le droit national prévoit-il la possibilité pour les sociétés d’inscrire leur
raison d’être dans leurs statuts ?
Oui. La raison d’être doit être indiquée spécifiquement dans l’objet social pour
les Società Benefit (SB), dont le statut est proche de celui des sociétés à mission
(voir infra). Les SB doivent indiquer dans leur objet social quelle finalité d’intérêt
commun elles comptent poursuivre. (art1 §377 L. 208/2015). La loi autorise les SB
à indiquer, à côté de leur raison sociale, les mots Società Benefit ou l’abréviation SB,
et les utiliser dans l’émission de titre et dans la communication et la documentation
adressée aux tiers.
Les sociétés coopératives et mutuelles (régies par le Livre aux titres V et VI du Code
civil) peuvent également indiquer dans leurs statuts quelle finalité pour le bien
commun elles poursuivent. Dans ce cas, ces sociétés sont tenues de modifier leur
acte constitutif ou leurs statuts, dans le respect des dispositions qui règlementent
les modifications du contrat social ou des statuts, propres à chaque type de société.
Ces modifications seront déposées, enregistrées et publiées conformément aux
dispositions prévues pour chaque type de société.
106 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 107
b) Combien de sociétés s’en sont-elles dotées ? la publicité trompeuse (D. Legs. 145/2007) et celles du code de la consommation
(D. Legs 206/2005) et sous le contrôle de l’autorité garante de la concurrence et
Voir infra pour les Società Benefit.
du marché (art. 1 §377 L.208/2015).
c) Quels en sont des exemples les plus marquants relayés par la presse ?
b) Combien de sociétés de cette nature existent (en valeur absolue et en %
Pour les SB, des exemples sont donnés à la question 3. b. Parmi les coopératives, du nombre total d’entreprises enregistrées sur le territoire) et quels en
il existe des coopératives « de communauté », notamment dans le secteur du sont les exemples les plus significatifs ?
tourisme (51), ou les coopératives « sociales (52)», qui ont pour finalité la fourniture
On dénombre 926 SB en avril 2021 (contre 511 un an plus tôt). Elles représentent
de services à la personne ou l’insertion des plus désavantagés.
moins de 1 % du nombre total d’entreprises sur le territoire (4 377 379 entreprises
recensés par l’ISTAT en 2019).
3. La loi Pacte permet aux entreprises souhaitant aller encore plus loin d’inscrire
des objectifs sociaux et environnementaux dans leurs statuts, d’instaurer Quelques exemples significatifs de SB sont :
une gouvernance spécifique et de se soumettre à un contrôle externe du
suivi de ces objectifs (les « sociétés à mission »). 24 Bottles Danone Nutricia Spa Lampa
Abafoods Davines Local to You
a) Le droit national prévoit-il un statut ou une qualité proche des sociétés à
mission ou existe-t-il des projets en ce sens ? Merci de décrire la législation Aboca De-LAB Lorf
existante. ACBC Dermophisiologique Lsh
Le droit italien prévoit les Società Benefit (SB), dont le statut est proche de celui Alessi DLM Partners Luz
des sociétés à mission. La Società Benefit est une forme juridique d’entreprise, Alisea Edizione Green Nativa
introduite en 2015 et entrée en vigueur le 1er janvier 2016 (art.1 §376-384 de
Apoteca Natura Emmerre Newmi srl
la loi 208/2015 du 28 décembre 2015). La SB intègre dans son objet social, en
parallèle de ses activités marchandes et de l’objectif de profitabilité, un ou plusieurs Arbos Eni Gas e luce Noovle
objectifs de bien commun, à savoir celui d’avoir un impact positif sur la société et Ars Assurbanking Esperta Novamont
sur la biosphère. Plus précisément, elle poursuit, dans l’exercice de son activité
Artattack Group Euro Company NWG Energia
économique, un ou plusieurs effets positifs ou la réduction d’effets négatifs sur
les personnes, les communautés, les territoires et l’environnement, les biens et les Assimoco Farmacia Colutta NWG Italia
activités culturelles et sociales, les entreprises et les associations. Be Your Essence Farmacia degli Arsenali Omal
La SB poursuit l’objectif de bien commun en étant gérée de manière responsable, srl
Bio Clean Onde Alte
soutenable et transparente. Dans sa gestion, la SB doit équilibrer l’intérêt des Florim Spa SB
associés avec l’intérêt de ceux sur lesquels l’activité de l’entreprise peut avoir un Boboto Srl Sb Organizzare Italia
impact. Focus Lab
Bottega Filosofica Palm
La loi exige que les SB désignent une personne de la direction, qui est en charge Goldmann & Partners
Cavalieri & Amoretti Panino Giusto
des effets de l’entreprise sur la société et l’environnement et qui rapporte d’une Good Point
CEF Publishing Paradisi
manière transparente et complète les activités au travers d’un rapport annuel qui
Green Media Lab
décrit les actions menées et les plans d’engagement pour l’avenir. Chiesi Farmaceutici Pasticceria Filippi
Herbatint by Antica
Le non-respect des objectifs peut constituer un manquement aux obligations Cooperative Insieme People Management
imposées aux administrateurs par la loi ou par les statuts. Les dispositions du Code illycaffè SpA Lab
D-Orbit
civil en matière de responsabilité des administrateurs s’appliquent. La SB qui ne Intexo Peoplerise
D’orica
poursuit pas l’objectif de bien commun se voit appliquer les dispositions relatives à
Kudu Perlage Winery
Damiano
(51) Cooperative di comunità: lavorare insieme per il bene comune | Nel cuore del Paese.
(52) Cooperative Sociali - Italia non profit.
108 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 109
Primate Consulting SantaFrancesca Cabrini Wami
Le standard d’évaluation externe doit être (annexe 4 de la loi L.208/2015) :
Punto Pack srl Scadif Way2Global
1. complet et articulé ;
Raiffeisen Spazio no profit Wekiwi
2. développé par une entité qui n’est pas contrôlée par la SB ou liée à celle-
Reda Tea Natura Yoroom
ci ;
Rete del Dono Tek Italy Zordan
3. crédible, car développé par une entité qui :
Reti Spa Tirelli & Partners
• a accès aux compétences nécessaires pour évaluer l’impact social et
Rifo Srl Treedom environnemental des activités d’une société dans son ensemble,
c) Est-ce que ces formes sociales sont plus fréquentes parmi les PME, les • utilise une approche scientifique et multidisciplinaire pour développer
grandes sociétés, les sociétés cotées ? le standard, prévenant éventuellement une période de consultation
publique ;
Il n’existe pas d’information précise à ce sujet. Les SB en Italie appartiennent à
des secteurs très divers (finance, pharmacie, alimentaire, mode, arts de la table, 4. transparent – comme les informations sont rendues publiques – en
télécommunications, etc.) et la taille des entreprises est également très variée. On particulier sur :
notera la présence de grands groupes : Goldmann & Partners, Noovle (anciennement • les critères utilisés pour la mesure de l’impact social et environnemental
TIM), Alessi, Illy ou encore ENi Gas e Luce. des activités de la société dans son ensemble,
• les pondérations utilisées pour les divers critères de mesure,
d) Ces sociétés connaissent-elles une gouvernance spécifique dotée d’un
contrôle interne et externe (du type organisme tiers indépendant) ? • l’identité des administrateurs et l’organe de gouvernance de l’entité qui
Merci de décrire cette gouvernance spécifique. a développé et géré le standard d’évaluation,
En plus des règles de fonctionnement prévues dans le Code civil pour la forme de • le processus au travers duquel des modifications et des mises à jour ont
société adoptée, la SB doit identifier un ou plusieurs dirigeants, responsables à été apportées au standard d’évaluation,
qui confier les fonctions et les missions pour atteindre l’objectif de bien commun. • le rapport des entrées et des fonds de soutien financier de l’entité pour
Le(s) dirigeant(s) responsable(s) doit/doivent rédiger annuellement un rapport exclure d’éventuels conflits d’intérêt.
concernant la poursuite du bien commun.
En outre l’évaluation doit comprendre les domaines spécifiques d’analyse
Le rapport doit inclure la description des objectifs spécifiques ; les modalités et suivants :
actions réalisées par les administrateurs pour la poursuite de l’objectif de bien
• la gouvernance d’entreprise ;
commun et les éventuelles circonstances qui l’en ont empêché ou retardé ;
l’évaluation de l’impact général en utilisant le standard d’évaluation externe • l’environnement au travail et le rapport avec les employés ;
(annexe 4 de la loi 208/2015 ), ainsi que les domaines d’évaluation (annexe 5 de
• les relations avec les fournisseurs, le territoire et la communauté locale,
la même loi) ; et, enfin, une section dédiée à la description des nouveaux objectifs
les actions de volontariat, les donations, les activités culturelles et
que la société entend suivre pour l’exercice suivant.
sociales, et chaque action de soutien au développement local ;
Le rapport annuel, qui est annexé au bilan, doit être publié sur le site internet de
• l’impact environnemental, relativement au cycle de vie des produits
la société.
et des services, en termes d’utilisation de ressources, d’énergie, de
matières premières, de processus productifs, de processus logistiques et
de distribution, d’utilisation et de consommation.
110 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 111
SB permet d’améliorer l’image auprès des consommateurs. Le principe de la SB
correspond également aux aspirations des nouvelles générations, beaucoup plus
Domaines d’évaluation (annexe 5 de la L. 208/2015)
préoccupées par la question environnementale. Les SB représentent une nouvelle
L’évaluation de l’impact doit comprendre les domaines d’analyse suivants : manière de « faire des affaires », selon un mode éthique.
1. la gouvernance d’entreprise, afin d’évaluer le degré de transparence et de L’étiquette « SB » peut être considérée comme une manœuvre de greenwashing.
responsabilité de la société dans la poursuite de la finalité de bien commun, La récente transformation d’Eni Gas e Luce en SB a suscité le mécontentement des
avec une attention particulière à l’objectif de la société, le niveau d’implication mouvements écologistes (Greenpeace en premier lieu). Ces derniers ont critiqué
des parties prenantes, et le degré de transparence des politiques et pratiques la manipulation du groupe qui adoptait ce statut par pur intérêt marketing et non
de l’entreprise ; par réelle défense de la cause environnementale.
2. les travailleurs, pour évaluer les relations avec les employés et les collaborateurs Pour le moment, le nombre de SB reste encore limité, à moins de 1 % des
en termes de rétributions et de bénéfices, de formations et d’opportunités entreprises italiennes. Cela peut s’expliquer par le peu d’avantages concrets que
de croissance personnelle, de qualité de l’environnement de travail, de ce statut apporte à l’entreprise. L’aspect publicitaire et le signe positif en termes de
communication interne, de flexibilité et de sécurité au travail ; réputation que ce statut renvoie ne semble pas pallier les contraintes que celui-ci
impose (en termes de reporting notamment).
3. les autres parties prenantes, pour évaluer les relations de la société avec les
fournisseurs, le territoire et les communautés locales dans lesquelles elles
œuvrent, les actions de volontariat, les donations, les activités culturelles et 4. Fondations actionnaires.
sociales, et chaque action de soutien au développement locale et de la chaîne
d’approvisionnement ; a) Quel est l’usage le plus fréquent qui est fait des fondations actionnaires ?
4. l’environnement, pour évaluer les impacts de la société, avec une perspective En 2017, les 7 441 fondations existantes en Italie étaient ainsi réparties :
de cycle de vie des produits et des services, en termes d’utilisation des
ressources, d’énergie, de matières premières, de processus productifs, de Secteurs d’activités Nombre de fondations Pourcentage
processus logistiques et de distribution, d’utilisation et de consommation. Instruction et recherche 2 046 27,6 %
Culture, sport et loisirs 1 978 26,6 %
Assistance sociale 1 646 22,1 %
e) D’après votre expérience et les retours des acteurs économiques locaux et protection civile
(si existence d’un statut dans le droit national), quelle est la perception Santé 541 7,3%
globale du modèle ? Quels sont les principaux enseignements à tirer de ce Philanthropie et promotion 293 3,9%
dispositif ? Quels avantages/succès spécifiques sont mentionnés et quels du volontariat
problématiques/écueils majeurs émergent ? (Gouvernance ? Reporting ? Coopération et solidarité 244 3,3%
Notoriété ?...) internationale
L’attention portée à la durabilité et à la soutenabilité a considérablement augmenté Religion 237 3,2 %
ces dernières années et a été exacerbée par la crise pandémique. Confrontées Relations syndicales et 123 1,6 %
à ces changements environnementaux et sociaux, les entreprises italiennes ont représentations des intérêts
eu un regain d’intérêt pour les SB. En l’espace d’une année le nombre de SB a Environnement 91 1,2 %
pratiquement doublé passant de 511 (mars 2020) à 926 (avril 2021). Développement économique 62 0,8%
Les SB sont globalement bien perçues. L’intégration de considérations non et cohésion sociale
financières et tournées vers des valeurs non matérialistes (l’environnement) entraîne Protection des droits et activité 57 0,8 %
des réactions positives à leur égard. Du côté des employeurs, adopter le statut politique
Autres activités 123 1,6%
Total 7 441 100 %
Source : ISTAT.
112 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 113
Les trois secteurs d’activités principaux des fondations sont l’instruction et la c) Quels sont les types principaux des sociétés ayant dans leur actionnariat
recherche ; la culture, le sport, les loisirs ; l’assistance sociale et la protection civile. des fondations actionnaires : des entreprises familiales, des sociétés
cotées ?
Point sur une spécificité italienne : les fondations bancaires Il n’y a pas de données synthétiques sur les entreprises détenues ou contrôlées par
les fondations actionnaires en Italie.
Les fondations bancaires sont nées en 1990 de la scission des caisses d’épargne
Les fondations bancaires sont en général des fondations actionnaires, dont le poids
publiques en deux entités nouvelles : d’un côté des banques constituées
s’est réduit progressivement dans l’économie italienne. Ainsi, la part de capital
en sociétés par actions, de l’autre des organismes qui se voyaient confier la
détenu par des fondations bancaires dans les principales banques a évolué de la
détention du capital ainsi valorisé. Au cours des années 1990, les fondations
manière suivante :
ont ainsi mené une double activité. Holdings de contrôle bancaire, elles étaient
ainsi les premières actionnaires des grandes banques italiennes, donc le pivot du
2007 2017
système bancaire italien. Personnes morales de droit privé sans but lucratif, elles
Unicredit 15,83 % 5,57 %
redistribuent les gains que leur procure la gestion de leur patrimoine.
Intesa Sanpaolo 25,17 % 23,41 %
Cette première étape de modernisation a été suivie en 1998/1999 par la loi Banca Carige 46,6 % 1,5 %
Ciampi, puis par l’amendement Tremonti en 2002, afin de réduire leur poids
Monte dei Paschi di Siena 56% 0,10%
dans le système bancaire italien. Plus récemment, dans le cadre de la réforme
des fondations bancaires, le gouvernement a signé en mars 2015 un protocole
d’accord avec l’association représentant les fondations bancaires (ACRI), d) Combien de fondations actionnaires dénombre-t-on ?
qui prévoit la limitation de leur engagement dans les banques italiennes,
l’interdiction de s’endetter et d’avoir recours à des contrats de produits dérivés Les fondations actives en Italie étaient 3 008 en 1999, 4 720 en 2005 et 6 220 en
et fixe des règles de gouvernance de nature à les prémunir contre les conflits 2011. En 2018, l’ISTAT dénombrait 7 913 fondations actives.
d’intérêt.
e)
Quel est le régime fiscal des fondations actionnaires ? Quel est le
La mise en œuvre de la réforme se fait progressivement. Le poids des fondations régime d’imposition de la donation ou du legs de l’apport des titres à la
au capital des grandes banques du pays a toutefois considérablement diminué fondation ?
depuis 2007, la plupart d’entre elles détenant moins de 2 % du capital des
banques auxquelles elles étaient historiquement associées (cas de la Fondation Du point de vue fiscal, les fondations sont des entités privées à but non lucratif et
MPS notamment). Aujourd’hui, la seule participation bancaire significative qui sont régies par le même régime fiscal que les entités non commerciales.
détenue par des fondations bancaires est celle dans Intesa Sanpaolo à hauteur Cette notion d’entité non commerciale est définie à l’article 73 du décret du
de 24 % du capital. Suite à l’augmentation de capital d’Unicredit de 13 Md€ président de la République n° 917 /1986. Cette qualification provient de l’objet
(en cours), la participation des fondations bancaires ne devrait plus atteindre exclusif ou principal exercé par la fondation. L’activité est considérée comme non
5,57 % du capital de la banque par effet de dilution. commerciale si elle est différente de l’activité d’entreprise prévue à l’article 2195 du
Code civil. Il faut de plus qu’elle ne soit pas exercée à titre habituel et professionnel.
b) Quelle gouvernance ces fondations d’actionnaires prévoient-elles le plus Comme toutes les entités non commerciales, les fondations payent l’impôt sur les
fréquemment ? sociétés (IRES), l’impôt assis sur la valeur ajoutée (IRAP), l’impôt municipal sur les
biens immobiliers (IMU), la TVA et les impôts locaux. L’assujettissement à la TVA est
Le chapitre 2, du titre II du livre 1er du Code civil régit les fondations. Il prévoit que
limité à la cession de biens et prestations de services effectués dans l’exercice d’une
les fondations sont gouvernées par un conseil d’administration (art. 19) et qu’elles
activité commerciale. La déduction n’est autorisée que relativement à ces activités.
tiennent une assemblée générale (AG) convoquée annuellement pour approuver
De plus, la fondation paye un impôt forfaitaire de 26 % sur les produits financiers
le bilan (art. 20) ou convoquée lorsque nécessaire ou demandé par au moins un
dérivant de leurs placements financiers.
dixième des associés. Les délibérations de l’AG sont prises à la majorité des voix et
en présence d’au moins la moitié des associés. Pour modifier l’acte constitutif ou Dans l’hypothèse où la fondation exercerait à titre accessoire une activité
les statuts, sont requis la présence des trois quarts des associés et le vote favorable commerciale de manière habituelle, elle est obligée de tenir une comptabilité
de la majorité des présents sauf si le statut en dispose autrement (art. 21). séparée.
114 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 115
De fait, les fondations ne bénéficient pas d’un régime fiscal plus favorable. NORVÈGE
À noter cependant que sont exonérées d’impôts sur les successions : Étude sur la gouvernance responsable des entreprises
• les fondations ou associations légalement reconnues qui ont comme seul objectif 1. La loi Pacte impose à toute société la prise en considération des enjeux
l’assistance, l’étude, la recherche scientifique, l’éducation, l’instruction ou autres sociaux et environnementaux des activités de l’entreprise.
finalités d’utilité publique ;
• les fondations bancaires (D.Lgs. 153/99) ; a) Le droit national comprend-il une obligation pour les entreprises de
prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux de leurs
• les fondations et associations légalement reconnues différentes des précédentes
activités ?
à condition que le transfert soit effectué avec un objectif d’assistance, d’étude,
de recherche scientifique, d’éducation, d’instruction ou d’autres objectifs d’utilité
En Norvège les entreprises sont tenues légalement de prendre en considération les
publique.
enjeux sociaux et environnementaux de leurs activités. Les textes qui encadrent le
Les dons sont exonérés de droits et de taxes, quand ils sont versés aux fondations plus les enjeux sociaux et environnementaux pour les activités des entreprises sont
qui ont pour finalité l’assistance, la charité, l’éducation, l’instruction, les études ou les suivants :
la recherche scientifique. La déduction pour les dons aux fondations est limitée.
Accounting Act (adopté en 1998 et renforcé en 2013)
Les dons sont déductibles, selon l’objet de la fondation, soit dans la limite de 2 %
du revenu net et pour un montant n’excédant pas 30 000 €, soit dans la limite de
•
Toutes les entreprises enregistrées en Norvège sont tenues d’inclure des
10 % du revenu global déclaré et pour un montant maximal de 70 000 €.
informations sur l’environnement de travail, l’égalité des sexes ainsi que les
questions environnementales.
•
Depuis un amendement adopté en 2013, les grandes entreprises sont
tenues d’inclure des rapports sur les politiques, les protocoles et les règles de
l’entreprise mises en place pour le respect des questions environnementales
et des droits de l’homme au sein de l’organisation et dans leurs relations avec
leurs partenaires. Les filiales sont dispensées de présenter ces rapports si le
groupe les présente déjà.
• À noter que les aspects environnementaux n’ont pas été pris en compte dans
cette loi. Toutefois celle-ci pourrait être révisée par le Parlement au cours de
prochaines sessions de révisions.
116 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 117
b) Comment cette obligation est-elle sanctionnée ? 3. La loi Pacte permet aux entreprises souhaitant aller encore plus loin d’inscrire
des objectifs sociaux et environnementaux dans leurs statuts, d’instaurer
Le Transparency Act prévoit les mesures suivantes : une gouvernance spécifique et de se soumettre à un contrôle externe du
suivi de ces objectifs (les « sociétés à mission »).
• les citoyens auront le droit de demander des informations aux entreprises, et
l’autorité norvégienne chargée de la protection des consommateurs pourra a) Le droit national prévoit-il un statut ou une qualité proche des sociétés à
prononcer des injonctions et des amendes en cas de non-respect des droits de mission ou existe-t-il des projets en ce sens ? Merci de décrire la législation
l’homme et de la décence du travail ; existante.
•
toutefois les victimes de violations des droits de l’homme n’auront b) Combien de sociétés de cette nature existent (en valeur absolue et en %
malheureusement toujours pas le droit de demander réparation devant les du nombre total d’entreprises enregistrées sur le territoire) et quels en
tribunaux. Les entreprises sont tenues de fournir ou de coopérer pour assurer sont les exemples les plus significatifs ?
un recours, mais la loi ne prévoit pas de responsabilité civile en cas de préjudice.
c) Est-ce que ces formes sociales sont plus fréquentes parmi les PME, les
c) Des actions en responsabilité à l’encontre des sociétés ou de leurs dirigeants grandes sociétés, les sociétés cotées ?
ont-elles été introduites sur ce fondement, et avec quel résultat ?
d) Ces sociétés connaissent-elles une gouvernance spécifique dotée d’un
Au vu de la nouveauté du Transparency Act, ce dernier n’a pas encore mené à des contrôle interne et externe (du type organisme tiers indépendant) ?
actions en responsabilité. Par ailleurs, nous ne sommes pas parvenus à identifier de Merci de décrire cette gouvernance spécifique.
telles actions pour les mesures environnementales de l’Accounting Act.
e) D’après votre expérience et les retours des acteurs économiques locaux
(si existence d’un statut dans le droit national), quelle est la perception
2. La loi Pacte permet aux entreprises qui veulent aller plus loin d’ajouter globale du modèle ? Quels sont les principaux enseignements à tirer de ce
à leur objet social légal une raison d’être statutaire, par laquelle elles dispositif ? Quels avantages/succès spécifiques sont mentionnés et quels
formalisent les principes dont elles se dotent et pour le respect desquels problématiques/écueils majeurs émergent ? (Gouvernance ? Reporting ?
elles entendent affecter des moyens dans la réalisation de leur activité (les Notoriété ?...)
« sociétés à raison d’être »).
Il n’existe pas en Norvège de disposition légale qui prévoit l’ajout d’une raison
d’être statutaire à leur objet social légal.
a) Le droit national prévoit-il la possibilité pour les sociétés d’inscrire leur
raison d’être dans leurs statuts ?
4. Fondations actionnaires.
b) Combien de sociétés s’en sont-elles dotées ?
a) Quel est l’usage le plus fréquent qui est fait des fondations actionnaires ?
c) Quels en sont des exemples les plus marquants relayés par la presse ?
En Norvège, l’objectif premier lorsqu’ont été autorisées les business foundations
Il n’existe pas en Norvège de disposition légale qui prévoit l’ajout d’une raison
était de permettre que la fondation perpétue et assure l’existence de l’entreprise
d’être statutaire à leur objet social légal.
au-delà de la vie de son fondateur tout en poursuivant des objectifs caritatifs.
C’est aujourd’hui la principale raison mise en avant par les plus grosses business
foundations.
118 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 119
À titre d’exemple, la fondation Olav Thon (groupe hôtelier) se présente ainsi : En cas de décès ou de démission d’un membre du conseil, les autres membres
« Les objectifs de la fondation sont d’exercer une propriété stable et à long terme nommeront un nouveau membre à sa place, à moins que le conseil n’ait déterminé
de The Olav Thon Group AS et de ses filiales, conformément aux directives clés à l’avance un successeur ou qu’il ne décide de réduire le nombre de membres
établies par Olav Thon pour ses entreprises, et de distribuer des fonds à des causes du conseil dans les limites spécifiées au premier paragraphe ci-dessus. Avant de
caritatives. » De la même manière, l’ambition de la fondation Kavli Trust est que procéder à une nomination ou à une désignation anticipée, l’avis de la direction
l’activité économique du groupe Kavli puisse avoir des retombées pour l’ensemble et du conseil d’administration de Kavli Holding AS doit être obtenu. Le conseil de
de la société en perpétuant l’esprit des fondateurs et de la famille Kavli. fondation élit son président.
b) Quelle gouvernance ces fondations d’actionnaires prévoient-elles le plus c) Quels sont les types principaux des sociétés ayant dans leur actionnariat
fréquemment ? des fondations actionnaires : des entreprises familiales, des sociétés
cotées ?
En Norvège, la gouvernance des fondations est encadrée par le Foundation Act, et
il pose les règles suivantes sur la gouvernance des fondations d’actionnaires : Il existe en Norvège quelques entreprises détenues par des fondations actionnaires.
La plus grande d’entre elles est la fondation Olav Thon créée en 2013 par Olav
• le conseil d’administration d’une fondation dont le financement excède 3 M
Thon. Ce dernier a transféré la grande majorité de ses actions du groupe Olav Thon
NOK doit être composé d’au moins trois membres ;
Gruppen AS au sein d’une fondation. Le capital de départ de la fondation était
•
au moins une moitié des membres du conseil d’administration doit être ainsi de près de 25 Mds NOK (2,5 Mds €).
composée de résidents norvégiens exception faites des personnes résidentes
Plus récemment, des caisses d’épargne norvégiennes ont été regroupées dans
d’un pays de l’accord EEE (Espace économique européen) ;
des fondations et ainsi, en 2018, la Norvège comptait 32 fondations liées à des
• les personnes suivantes ne peuvent être ni conjointement ni solidairement les caisses d’épargne de banques. C’est le cas par exemple de la DNB Savings Bank
seuls membres du conseil : Foundation qui détient près de 8 % du capital de la banque DNB.
- une personne ayant fourni des capitaux pour constituer la fondation,
d) Combien de fondations actionnaires dénombre-t-on ?
- un proche d’une personne ayant fourni des capitaux pour constituer
la fondation, En Norvège, on dénombre à ce jour près de 6 500 fondations, desquelles 807 sont
considérées comme business foundations. La dénomination business foundations
- une personne employée ou subordonnée par une personne ayant fourni
est ce qui se rapproche le plus d’une fondation d’actionnaires.
des capitaux pour constituer la fondation,
Selon The Foundations Act, en Norvège, une fondation est considérée comme
- une personne ayant des parts dans l’entreprise/l’organisation qui a fourni
« fondation commerciale » à partir du moment où :
les capitaux pour constituer la fondation.
• la fondation a pour but de s’engager dans une activité commerciale ;
À titre d’exemple, la fondation Kavli Trust (IAA) suit les règles suivantes pour sa
gouvernance. • la fondation est effectivement engagée dans une activité commerciale ;
Le Kavli Trust est dirigé par un conseil d’administration composé de trois, quatre • la fondation a, en raison d’un accord, ou par la détention d’actions ou de
ou cinq administrateurs. La composition du conseil est déterminée en fonction des parts d’une entreprise une participation majoritaire dans une entreprise
critères suivants : commerciale extérieure à la fondation elle-même.
• au moins deux des administrateurs doivent posséder des compétences dans Toutefois, il est important de noter que même le ministère du Commerce et de
les domaines d’activité du groupe Kavli ; l’Industrie norvégien met en avant, dans une consultation du 21 mai 2021, la
difficulté de différencier les fondations qui ont des activités commerciales de celles
• au moins deux des administrateurs doivent être spécialisés dans la culture, la
qui n’en ont pas. Ainsi, le nombre de business foundations n’est qu’un indicateur
recherche ou l’action humanitaire ;
approximatif du nombre de fondations actionnaires en Norvège.
• au moins un administrateur doit posséder des compétences dans le domaine
de la finance ou des investissements ;
• tous les administrateurs doivent avoir un intérêt pour les œuvres caritatives.
120 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 121
e)
Quel est le régime fiscal des fondations actionnaires ? Quel est le ROYAUME-UNI
régime d’imposition de la donation ou du legs de l’apport des titres à la Étude sur la gouvernance responsable des entreprises
fondation ?
En Norvège, il existe depuis 2010 un mécanisme de déduction fiscale de la 1. La loi Pacte impose à toute société la prise en considération des enjeux
TVA pour les organisations à but non-lucratif. Toutefois les fondations qui sont sociaux et environnementaux des activités de l’entreprise.
reconnues comme gérant une activité économique ne peuvent pas bénéficier
a) Le droit national comprend-il une obligation pour les entreprises de
de cette déduction fiscale. Comme il n’existe pas de dénomination qui désigne
prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux de leurs
directement les fondations opérant une activité économique, cela est décidé au cas
activités ?
par cas selon les critères suivants :
Le code britannique de gouvernance d’entreprise (53) n’inclut pas de références
• la nature de l’activité ;
spécifiques aux enjeux de gouvernance sociétale et environnementale. Toutefois,
• la durée de l’activité ; dans le cadre de sa réponse (54) à la « consultation sur un code de gouvernance
• sa capacité à générer un profit ; d’entreprise britannique révisé 2017/18 », le Financial Reporting Council (FRC)
a reconnu que le devoir des sociétés envers l’ensemble des parties prenantes (y
• la nature des actifs utilisés pour l’activité.
compris l’environnement et la société) devait être « renforcé » (reinvigorated). Par
De la même manière, les fondations qui ne sont pas considérées comme menant ailleurs, dans un document de consultation (The future of corporate principles)
une activité économique peuvent également être exemptées d’impôt sur la fortune d’octobre 2020, le FRC offre des propositions sur la manière dont un rapport sur
et d’impôt sur le revenu. Ainsi, si la fondation est reconnue comme menant une les intérêts publics pourrait être produit par chaque entreprise.
activité économique alors elle sera taxée sur son activité considérée comme
En outre, l’article 172 du Companies Act 2006 inclut des dispositions relatives
commerciale tout en ayant la possibilité d’exonérer d’impôt la partie de son activité
aux enjeux sociaux et environnementaux des entreprises. Cela dit, ces dispositions
qui remplit un but caritatif.
ne relèvent pas d’une obligation ; l’entreprise doit juste en tenir compte : « Le
Par ailleurs, la loi fiscale norvégienne ne considère pas les legs et donations directeur d’une société doit agir de la manière qu’il considère, en toute bonne
gratuites comme une opération à des fins fiscales. Ainsi le profit sur l’actif transféré foi, comme la plus susceptible de promouvoir le succès de la société au profit de
à la fondation n’est pas soumis à l’impôt et les pertes ne sont pas déductibles. l’ensemble de ses membres, et, ce faisant, il doit prendre en compte (entre autres)
Toutefois, la valeur de l’apport fiscal des donateurs et les autres positions fiscales [en anglais : have regard to ] :
liées à l’actif sont transférées au bénéficiaire. Enfin, il est important de rappeler
a) les conséquences probables de toute décision à long terme ;
que ce sont là des principes généraux et que chaque cas est examiné de manière
spécifique étant donné que certaines circonstances particulières peuvent être à b) les intérêts des employés de la société ;
prendre en considération. c) la nécessité de favoriser les relations commerciales de la société avec les
Par ailleurs, il est important de mentionner qu’un rapport sur une consultation sur fournisseurs, les clients et autres ;
le changement des règles pour les fondations a été publié le 21 mai 2021. Cette d) l’impact des activités de la société sur la communauté et l’environnement ;
consultation a pour but de repenser le Foundation Act encadrant l’activité des
e)
l’opportunité pour la société de maintenir une réputation de conduite
fondations. Ainsi une des propositions importantes de cette consultation serait
professionnelle de haut niveau ;
d’obliger les business foundations à séparer légalement leur activité commerciale
dans une entité filiale détenue par la fondation, clarifiant ainsi le fait que la f) la nécessité d’agir équitablement entre les membres de la société. »
fondation elle-même ne mène pas d’activité commerciale.
Cette consultation menée par le ministère du Commerce et de l’Industrie pourrait
donc amener les règles encadrant les fondations à changer dans les prochains
mois. (53) Le Code fait partie du droit britannique des sociétés. Il comprend un ensemble de principes de bonne gouvernance d’entreprise
destinés aux sociétés cotées à la Bourse de Londres. Publié et supervisé par le Financial Reporting Council, le Code n’établit pas
un ensemble rigide de règles ; il offre plutôt une certaine flexibilité par l’application de principes et par des dispositions de type
« se conformer ou expliquer », et offre des conseils d’accompagnement. Il incombe aux conseils d’administration d’utiliser cette
flexibilité à bon escient et aux investisseurs et à leurs conseillers d’évaluer de manière réfléchie les différentes approches des
sociétés. Les règles de cotation britanniques exigent que les sociétés cotées en Bourse divulguent la manière dont elles se sont
conformées au Code.
(54) 170217-FRC-response-to-Green-Paper-on-Corporate-Governance-Reform.pdf
122 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 123
Ainsi, en vertu de l’article 172, les administrateurs doivent agir de la manière « la Enfin, la UK Better Business Act Coalition (62), initiée par B Lab UK (une organisation
plus susceptible de promouvoir le succès de la société au profit de ses membres sans but lucratif créée en 2015 pour fédérer une communauté d’environ
dans leur ensemble », y compris au regard des objectifs sociaux, environnementaux 500 entreprises britanniques certifiées B Corp) mène actuellement campagne auprès
et de gouvernance énumérés dans l’article. Il est donc attendu que ces objectifs des pouvoirs publics britanniques pour que le Companies Act 2006 soit amendé(63)
soient pris en compte au même titre que les intérêts des actionnaires. Toutefois, la afin de mieux aligner les intérêts entre les parties prenantes et prévoir que les
législation n’attend pas des entreprises qu’elles couvrent tous les sujets de manière entreprises soient légalement responsables de leurs impacts sur les travailleurs, les
exhaustive s’ils ne sont pas applicables ou pertinents. D’après un examen du cabinet clients, les communautés et l’environnement. Nos interlocuteurs ont cité le cadre
PwC concernant les pratiques liées à cet article, il ressort que « les conséquences posé par la loi Pacte en exemple.
probables de toute décision à long terme », et « l’impact des activités de la société
Plus de 650 entreprises, dont John Lewis, Innocent, Danone et Iceland, ont
sur la communauté et l’environnement », ne sont pas autant pris en considération
rejoint ce mouvement depuis son lancement officiel en mars 2021. L’organisation
par les entreprises que les alinéas (b) et (c) (55).
professionnelle des dirigeants d’entreprises, Institute of Directors, appuie(64)
Pour le moment, les sociétés concernées (56) sont tenues d’inclure une déclaration également cette démarche. Le ministre-fantôme du Travail du parti travailliste a
au titre de la section 172 dans leur rapport stratégique annuel. La déclaration doit récemment exprimé (65) son soutien à l’initiative. En outre, un sondage conduit
être clairement identifiable et distincte du corps principal du rapport, ainsi que auprès des consommateurs britanniques réalisé pour B Lab UK en mai 2020 a
disponible en ligne. En outre, la déclaration au titre de la section 172 doit inclure révélé que 72 % des personnes interrogées pensent que les entreprises devraient
un niveau de détail « approprié », suffisant pour montrer quelles parties prenantes avoir une responsabilité légale envers la population et la planète, parallèlement à
ont été prises en compte dans le processus décisionnel du conseil d’administration, la maximisation des profits.
et comment les intérêts de ces parties prenantes ont été traités au cours des
Pour sa part, le gouvernement conservateur a lancé en mars dernier une
délibérations du conseil. Ce reporting lié à l’article 172 s’applique aux rapports des
consultation (66) achevée le 8 juillet 2021, sur le cadre d’audit et de gouvernance
sociétés pour les exercices financiers à partir de 2019 (57). Les premiers rapports en
des entreprises. Les réponses des parties prenantes à cette consultation devraient
vertu de la nouvelle réglementation ont été publiés en 2020 (58).
contribuer à faire progresser le débat autour de la modernisation de l’article 172,
Dans un rapport publié en 2019, l’organisation professionnelle britannique même si le gouvernement n’a pas – à ce stade – précisé ses intentions à cet égard.
promouvant les intérêts des entreprises sociales, Social Entreprise UK(59) Il a toutefois pris position, dans le document de consultation, contre l’introduction
recommande que les sections 172 et 396 (60) de la loi sur les sociétés de 2006 soient d’une obligation statutaire de publication, par les entreprises, d’une déclaration
réformées afin de mettre sur un pied d’égalité leurs obligations sociétales envers annuelle sur l’intérêt public proposée par le rapport Brydon(67) sur la réforme de
la communauté, ainsi que de protection de l’environnement, et l’obligation envers l’audit.
les actionnaires, et de modifier les exigences en matière de reporting afin de rendre
obligatoire la communication de l’impact social et environnemental. En effet, pour b) Comment cette obligation est-elle sanctionnée ?
Social Entreprise UK, les enjeux sociaux et environnementaux sont actuellement L’application de l’article 172 n’est pas sanctionnée : les administrateurs de sociétés
des éléments secondaires par rapport à l’obligation envers les actionnaires dans le sont uniquement responsables devant la société et ses membres/actionnaires. Pour
cadre de la section 172 (61). autant qu’un conseil d’administration puisse démontrer que les préoccupations des
différentes parties prenantes sont prises en compte dans le cadre d’une décision
du conseil, une catégorie de parties prenantes lésées par une décision a peu de
recours contre les administrateurs si elle ne peut obtenir le soutien des membres/
actionnaires de la société.
124 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 125
c) Des actions en responsabilité à l’encontre des sociétés ou de leurs dirigeants • The Fifteen Foundation (72), qui a gagné plusieurs prix liés à la restauration (The
ont-elles été introduites sur ce fondement, et avec quel résultat ? Fifteen Foundation est un cabinet de conseil spécialisé qui aide les entreprises
du secteur de l’alimentation et des boissons à être plus respectueuses de
Aucune action en responsabilité n’a été introduite sur ce fondement à notre
l’environnement (73)).
connaissance, l’obligation n’étant pas sanctionnée.
• La Community Interest Company (voir ci-dessous).
• Assemble (74) est un collectif pluridisciplinaire travaillant dans les domaines
2. La loi Pacte permet aux entreprises qui veulent aller plus loin d’ajouter
de l’architecture, du design et de l’art qui a remporté le prix Turner en 2015
à leur objet social légal une raison d’être statutaire, par laquelle elles
(audience importante pour ce prix, diffusé sur Channel 4). Voir l’article (75) du
formalisent les principes dont elles se dotent et pour le respect desquels
Guardian à ce propos.
elles entendent affecter des moyens dans la réalisation de leur activité (les
« sociétés à raison d’être »).
3. La loi Pacte permet aux entreprises souhaitant aller encore plus loin d’inscrire
a) Le droit national prévoit-il la possibilité pour les sociétés d’inscrire leur
des objectifs sociaux et environnementaux dans leurs statuts, d’instaurer
raison d’être dans leurs statuts ?
une gouvernance spécifique et de se soumettre à un contrôle externe du
Les sociétés britanniques peuvent publier des déclarations de politique de suivi de ces objectifs (les « sociétés à mission »).
responsabilité sociale (Corporate Social Responsibility Policy Statement-CSRPS)
qui tient lieu de déclaration d’intention ou de « mission » en définissant les a) Le droit national prévoit-il un statut ou une qualité proche des sociétés à
domaines de préoccupation et les initiatives visant à améliorer les relations avec mission ou existe-t-il des projets en ce sens ? Merci de décrire la législation
les personnes et les environnements concernés par les activités de l’entreprise, au- existante.
delà de la simple conformité à la législation. Elle peut être communiquée à la fois
Les Community Interest Companies (76) (CICs) sont une forme juridique permettant
en interne, au sein de l’entreprise, et, en externe, à l’ensemble des entreprises et
la création de sociétés à responsabilité limitée dans le but spécifique de participer
de la communauté locale. Il s’agit davantage d’une approche de communication
au développement de la communauté. Toutes les CIC doivent être soit une société
vers l’extérieur. Elle est souvent publiée sur le site web d’une entreprise. Les statuts
à responsabilité limitée par garantie, soit une société à responsabilité limitée par
d’une société peuvent également inclure un objectif autre que le bénéfice des
actions.
membres de la société, cela est très rare pour les sociétés cotées en Bourse.
Les CIC ne sont pas des organismes de bienfaisance et, donc, elles ne bénéficient
b) Combien de sociétés s’en sont-elles dotées ? pas des avantages qui sont conférés à ces organismes. Elles peuvent avoir une
nature beaucoup plus commerciale et lucrative et, en tant que sociétés à
Des données agrégées sur les sociétés britanniques publiant des CSRPS ne semblent
responsabilité limitée, offrent une responsabilité limitée à leurs administrateurs
pas être disponibles.
ainsi que la possibilité d’émettre des actions et de verser des dividendes (77). Les
CIC associent l’action environnementale/sociale positive à la recherche du profit, et
c) Quels en sont des exemples les plus marquants relayés par la presse ?
cherchent à répondre positivement à ces deux objectifs. Dans le cadre d’une CIC,
À l’occasion de nos recherches et de nos entretiens auprès de Social Enterprise UK le plafonnement des dividendes et le verrouillage des actifs sont des éléments clés
et de B Corps, plusieurs entreprises sociales ont été signalées : pour que l’entreprise sociale reste concentrée sur l’objectif social.
• Café Direct (68), qui est la première et plus grande marque de boissons chaudes Il existe également un second type d’entreprises sociales, les charitable trading
issues du commerce équitable au Royaume-Uni. Un tiers de leurs ventes sont company (CTC), créées pour faire du commerce au nom d’une organisation
certifiées biologiques par la Soil Association. Café Direct a été lauréat du prix caritative, afin de collecter des fonds pour cette dernière (les organisations caritatives
de l’impact social du Guardian Sustainable Business (69) en 2011. D’après The n’étant pas autorisées à commercer). Habituellement, la société commerciale
Guardian, Café Direct « a toujours été un pionnier en matière de commerce sera constituée d’actions et toutes les actions seront détenues par l’organisation
éthique (70)» ; voir également l’article (71) sur la production de café soutenable, caritative.
qui cite Café Direct.
(72) https://www.thinkeatdrink.co.uk/
(68) https://www.cafedirect.co.uk/about/a-force-for-good/ . (73) Voir article ici : https://www.thecaterer.com/news/restaurant/fifteen-foundation-celebrates-five-years
(69) https://www.theguardian.com/sustainable-business/cafedirect-redefining-fair-trade (74) https://www.assemblestudio.co.uk/about
(70) https://www.theguardian.com/sustainable-business/cafedirect-redefining-fair-trade (75) https://www.theguardian.com/artanddesign/2015/dec/07/turner-prize-2015-assemble-win-by-ignoring-art-market
(71) https://www.theguardian.com/environment/2011/oct/04/green-coffee (76) https://www.communitycompanies.co.uk/community-interest-companies
(77) https://www.communitycompanies.co.uk/types-of-community-companies
126 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 127
Les CIC et CTC ont été spécialement conçues pour les entreprises sociales ; malgré • EPIC CIC(81), finaliste du concours 2017 Making a Mark, est la première
tout, les entreprises sociales britanniques, n’ayant pas de base légale circonscrite, mutuelle de jeunesse du service public issue du gouvernement local (public
« débordent » les seules catégories CIC/CTC. L’organisme professionnel représentant service youth mutual) et depuis constituée en mutuelle indépendante. Elle
le secteur Social Enterprise retient ainsi la définition suivante pour les entreprises propose un panel de services aux jeunes.
sociales : elles font du commerce, elles sont indépendantes de l’État, elles ont pris
En outre, il y a 422 sociétés labélisées « B Corp » au Royaume Uni.
des engagements sociétaux et/ou environnementaux, et elles réinvestissent leurs
bénéfices. c) Est-ce que ces formes sociales sont plus fréquentes parmi les PME, les
L’organisme privé de certification B Corp accorde également le label « B Corp » aux grandes sociétés, les sociétés cotées ?
entreprises respectant une charte déclinant les cinq piliers du label : Gouvernance, En termes de taille, les CIC sont généralement assimilées à des TPE et PME au
Collaborateurs, Collectivité, Environnement, et Clients. En 2021, il y a 422 sociétés Royaume Uni (82). Toutefois, les CIC couvrent tous les secteurs de l’économie
labellisées « B Corp » au Royaume Uni. Le statut de CIC et le label B Corp ne sont britannique et peuvent être de toutes tailles, certaines ont un chiffre d’affaires de
pas mutuellement exclusifs. Une B Corp doit effectuer un reporting sur ses activités plus de 100 M£, d’autres sont gérées comme des micro-entreprises (voir rapport (83)
et l’atteinte de sa mission tous les trois ans. de 2018 du CIC Regulator).
b) Combien de sociétés de cette nature existent (en valeur absolue et en % d) Ces sociétés connaissent-elles une gouvernance spécifique dotée d’un
du nombre total d’entreprises enregistrées sur le territoire) et quels en contrôle interne et externe (du type organisme tiers indépendant) ?
sont les exemples les plus significatifs ? Merci de décrire cette gouvernance spécifique.
D’après le rapport (78) du CIC Regulator, il y avait 18 904 CIC (au 31 mars 2020) Le régulateur des CIC, The Office of the Regulator of Community Interest
au Royaume-Uni, engagées dans les secteurs de la santé, les services sociaux, les Companies, a la compétence pour vérifier si une organisation peut devenir ou rester
transports et l’environnement. une société d’intérêt communautaire (CIC). Il est également chargé d’enquêter sur
À la même date (fin mars 2020) il y avait un total de 4 350 913 entreprises d’éventuelles plaintes et peut prendre des mesures de sanction si nécessaire. En
enregistrées au Royaume-Uni (79). Rapportées au nombre total d’entreprises, il y a outre, il fournit des conseils et une assistance pour aider à la création des CIC.
donc 0,43 % CIC au Royaume-Uni. Toutefois, d’après Social Enterprise, le contrôle exercé par le régulateur, dont les
moyens humains et opérationnels sont limités, reste faible.
Parmi les exemples de CIC, on peut citer :
Le régulateur adopte en effet une « approche légère (84)» de la réglementation et
• Ultimate Counselling, Training, and Support Services (UCTS) : créé en 2014
n’envisage pas une supervision proactive des CIC. Toutes les CIC sont tenues de
pour traiter les enjeux de la santé mentale dans la communauté BAME (80)
déposer auprès du régulateur un rapport annuel, qui est ensuite mis à disposition
vivant à Londres et au Royaume-Uni, UCTS est le premier point de contact
sur le registre public de la Companies House.
pour la santé mentale au sein de ces communautés. Depuis 2014, plus de
3 500 personnes ont accédé aux soins et aux services de bien-être mental Le régulateur peut également nommer des auditeurs (à ses frais) pour examiner les
de l’UCTS. Elle accompagne des victimes de violences domestiques, d’abus comptes d’une CIC. Il est prévu que ces pouvoirs ne soient utilisés qu’en de rares
sexuels, de torture, de trafic et d’esclavage moderne, de maladies de longue occasions, afin d’obtenir les preuves nécessaires pour permettre au régulateur de
durée, et des sans abri, des immigrants sans papiers, des demandeurs d’asile, décider si ses pouvoirs d’exécution doivent être utilisés. Ces pouvoirs permettent
des réfugiés, des migrants, des parents isolés, entre autres. au régulateur d’enquêter sur les affaires de la société en relation avec son statut
de CIC ; ils ne remplacent pas les pouvoirs prévus par le Companies Act accordés
• Funky Fitness and Fun CIC a été créé en 2008 pour travailler avec des adultes
à la Companies Investigation Unit (CIU) du ministère des Affaires, de l’Énergie et
ayant des besoins spécifiques, offrant par exemple des activités sportives à des
de la Stratégie industrielle (BEIS). Ces pouvoirs restent applicables aux entreprises
personnes ayant besoin d’un soutien one to one dans le but de promouvoir
britanniques en général, qu’elles soient ou pas des CIC.
l’indépendance, la santé et le bien-être, la pleine conscience et la conscience
des autres. Funky Fitness and Fun travaille en collaboration avec les services
sociaux, les professionnels de la santé et d’autres prestataires de soins. (81) https://www.gov.uk/government/case-studies/epic-cic
(82) Le rapport de 2017 établit généralement les comparaisons entre PME et CIC
(78) https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/964429/cic-21-2-community- (83) https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/727053/cic-18-6-community-
interest-companies-annual-report-2019-2020.pdf interest-companies-annual-report-2017-2018.pdf
(79) https://www.gov.uk/government/statistics/companies-register-activities-statistical-release-2019-to-2020/companies-register- (84) https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/605423/13-714-community-
activities-2019-to-2020 interest-companies-guidance-chapter-11-the-regulator.pdf https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/
(80) Communautés noires, asiatiques et des minorités ethniques (BAME), selon la terminologie officielle au Royaume-Uni. uploads/attachment_data/file/605423/13-714-community-interest-companies-guidance-chapter-11-the-regulator.pdf
128 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 129
Le cas échéant, le régulateur peut : Il peut également être compliqué de définir les entreprises relavant de la définition :
par exemple, les associations de logement (housing associations) relèvent d’une
• engager des poursuites civiles lorsque ses membres ou ses administrateurs ont
zone grise (doivent-elles être considérées comme étant sous le contrôle de l’État ?
manqué à leurs obligations ;
S’agit-il d’entreprises sociales ou d’entreprises publiques ?).
• nommer ou révoquer les administrateurs : dans certains cas prévus, l’organisme
En outre, les CIC sont techniquement autorisées à exercer leurs activités
peut ordonner la révocation et la nomination des administrateurs ;
commerciales dans tous secteurs, sans restrictions prévues. En tant qu’organisme
• nommer le directeur d’une CIC : dans certains cas prévus, le régulateur peut représentatif du secteur, SE défend l’exclusion, parmi ses membres, de toute
nommer un directeur chargé de prendre le contrôle de certains aspects des entreprise intervenant dans les secteurs de l’armement ou encore du tabac. SE a
affaires de la société qui suscitent des inquiétudes ; également indiqué avoir récemment repéré une CIC qui était enregistrée comme
• transférer (en fiducie) les biens d’une CIC ; une entreprise sociale, mais dont la structure et les activités posaient problème
en termes d’inclusion, de diversité, etc. Malgré tout, SE n’a pas de pouvoir sur de
• ordonner le transfert d’actions(85);
telles entreprises, hormis l’exclusion de sa communauté.
• présenter une requête devant le tribunal compétent en vue de la liquidation
Par ailleurs, les statuts d’une entreprise peuvent être changés et/ou évoluer dans
d’une CIC ;
le temps, sans que le régulateur ne vienne contrôler le maintien de la dimension
• demander à la juridiction compétente qu’une CIC soit rétablie dans le registre. sociale de l’entreprise. À titre illustratif, on peut s’interroger sur le cas de la marque
Par ailleurs, dans le cadre d’une CIC comme d’une CTC, les statuts doivent prévoir de jus de fruits Innocent, qui se disait entreprise sociale avant d’être rachetée par
que l’organisation caritative a le contrôle total de la CIC/CTC et de son mode de le groupe Coca-Cola.
fonctionnement. Par exemple, si la société est constituée par des actions, les statuts L’obligation de réinvestir les bénéfices pour les entreprises sociales reste également
stipuleront qu’aucune action supplémentaire ne peut être émise et qu’aucune peu définie. En outre, se pose la question de l’affectation de ces bénéfices. Dans
action ne peut être transférée sans le consentement de l’organisation caritative. la pratique, les membres de Social Enterprise réinvestissent souvent les bénéfices
Cela signifie que d’autres parties ne seront pas en mesure d’acheter des actions de en faveur de leur objectif social ou environnemental. Lorsqu’elles sont enregistrées
la CIC/CTC et ne pourront donc pas prendre le contrôle de la société commerciale en tant que sociétés à responsabilité limitée ou organismes de bienfaisance, ceci
au détriment de l’organisation caritative. Cette dernière aura également le contrôle garantit le réinvestissement des bénéfices. Mais toutes les entreprises sociales
de la nomination et de la révocation des administrateurs. Un exemple de cette n’ont pas ces statuts. Par ailleurs, même dans ce cas, il peut arriver, d’après nos
pratique est Oxfam, qui exploite une société commerciale pour gérer ses magasins. contacts, qu’il y ait des abus : les fondateurs d’une société à responsabilité limitée
peuvent par exemple s’octroyer des rémunérations très élevées au lieu de réinvestir
e) D’après votre expérience et les retours des acteurs économiques locaux les profits dans les activités de l’entreprise.
(si existence d’un statut dans le droit national), quelle est la perception
Enfin, il y a de très petites entreprises locales qui sont de fait des entreprises sociales,
globale du modèle ? Quels sont les principaux enseignements à tirer de ce
ancrées dans une communauté, même si elles ne sont pas enregistrées en tant que
dispositif ? Quels avantages/succès spécifiques sont mentionnés et quels
CIC, ni n’appartiennent au réseau B Corp faute de moyens.
problématiques/écueils majeurs émergent ? (Gouvernance ? Reporting ?
Notoriété ?...) Il en ressort que le secteur reste légèrement réglementé et supervisé et qu’une
surveillance plus rapprochée des enregistrements, des secteurs d’activité, et de la
D’après l’organisation Social Enterprise (SE), en l’absence de cadre législatif autour
gouvernance des CIC pourrait contribuer à des meilleures pratiques pour le secteur.
des entreprises sociales, les comportements de green ou social washing existent,
avec des entreprises s’auto-désignant « entreprises sociales » sans l’être. L’autorité
publicitaire britannique est déjà intervenue dans de tels cas pour empêcher l’usage
abusif par des entreprises de toute appellation en tant qu’entreprise sociale.
(85) Si une CIC entre dans le cadre des exclusions prévues (c’est-à-dire une société considérée comme une organisation politique en
vertu des réglementations relatives aux CIC), le régulateur peut, dans certaines circonstances, ordonner le transfert d’actions
(lorsque la société est une société par actions) ou le transfert d’une participation (lorsque la société est une société par garantie)
à des personnes spécifiées.
130 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 131
4. Fondations actionnaires. d’investissement spécifiques d’une organisation caritative peuvent dépendre de la
forme constitutionnelle choisie. En outre, les statuts d’une organisation caritative
a) Quel est l’usage le plus fréquent qui est fait des fondations actionnaires ? peuvent imposer certaines conditions ou limites aux activités d’investissement.
Les fondations actionnaires relèvent du même statut que les autres fondations, Les principaux types de gouvernance sont :
toute organisation caritative britannique ayant la possibilité d’investir. En 2016,
• les organisations non constituées en société (unincorporated organisation) n’ont
le Charities (Protection and Social Investment) Act a introduit un pouvoir légal
pas de personnalité juridique et, dans de nombreux cas, les administrateurs
permettant aux organismes de bienfaisance de réaliser des investissements
concluent des accords et assument des responsabilités à titre personnel ;
sociaux (86). Par ailleurs, les fondations peuvent posséder tous les droits de vote
d’une entreprise ; cela est considéré comme un investissement plutôt que comme • les sociétés caritatives limitées par garantie acquièrent la personnalité
une activité économique. juridique lors de leur enregistrement auprès de la Companies House. Elles
doivent soumettre des déclarations annuelles à la Charity Commission et à
D’après le Charities Act, les fondations doivent uniquement agir dans des activités
l’organisme de réglementation des sociétés ;
d’utilité publique, qui sont définies comme : la prévention de la pauvreté,
l’avancement de l’éducation, la religion, la santé/assistance au sauvetage des • en outre, la Commission permet un véhicule juridique facultatif pour les
personnes, la citoyenneté et des services à la communauté, le développement organismes de bienfaisance ayant besoin d’une structure d’entreprise mais
des arts et des sciences, le développement du sport amateur, la promotion des qui ne sont pas soumis à la double réglementation : la Charitable Incorporated
droits de l’homme (résolution de conflits, dialogue interreligieux, promotion de la Organisation (CIO). Une CIO présente les avantages d’une structure
diversité et de l’égalité), la protection de l’environnement, le soutien aux personnes d’entreprise, mais sans être soumise à la double déclaration; une CIO est
en difficulté, la cause animale, la promotion des armées, de la police et des services uniquement tenue de soumettre des déclarations annuelles à la Commission.
de pompiers et ambulances. Les organismes caritatifs existants peuvent se convertir à la structure CIO ou
conserver leur forme juridique préexistante.
b) Quelle gouvernance ces fondations d’actionnaires prévoient-elles le plus
fréquemment ? c) Quels sont les types principaux des sociétés ayant dans leur actionnariat
des fondations actionnaires : des entreprises familiales, des sociétés
Il n’y a pas de structure juridique définie par la loi pour les fondations britanniques.
cotées ?
Le Charities Act de 2011 définit les fondations suivant la nature de leur activité, la
poursuite de l’intérêt général, et leur contrôle par la Charity Commission et la High Les organisations caritatives britanniques peuvent investir dans n’importe quel type
Court et non par leur structure. Il existe peu de règles encadrant la gouvernance des de placement. Ainsi, les types d’investissement possibles comprennent :
fondations, qui peuvent détenir et gérer directement une entreprise. Les fondations • les dépôts en espèces productifs d’intérêts sur des comptes bancaires ;
ayant une action d’intérêt général sont suivies par une Charity Commission, à laquelle
• les actions d’une société cotée en Bourse ;
elles doivent communiquer annuellement des informations comptables. Par ailleurs,
toutes les fondations sont tenues d’avoir un conseil d’administration, mais il n’est • les prêts rémunérés à une société ou à l’État (obligations ou gilts) ;
pas nécessaire pour elles d’avoir un comité de supervision (supervisory board). • les bâtiments ou terrains ;
Les trustees ont la responsabilité globale de l’investissement des fonds investis. Ils • les fonds communs de placement et autres organismes de placement collectif ;
doivent évaluer l’effet de toute orientation proposée concernant les rendements
potentiels des investissements, et peuvent adopter une approche éthique de leurs • les actions non négociées de sociétés privées (non traded equity) ;
investissements. • les fonds spéculatifs ;
Les structures organisationnelles vont des associations constituées ou non • les matières premières ;
en société, des trusts et des sociétés à responsabilité limitée par garantie aux
• les produits dérivés.
organismes créés par une charte royale ou un acte du Parlement, en passant
par les Friendly Societies et les Industrial and Provident Societies. Les pouvoirs
(86)
h ttps://www.gov.uk/government/publications/charities-and-investment-matters-a-guide-for-trustees-cc14/charities-and-
investment-matters-a-guide-for-trustees
132 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 RAPPORT ROCHER // OCTOBRE 2021 133
d) Combien de fondations actionnaires dénombre-t-on ? Les subventions et les dons reçus par les fondations ne constituent pas un revenu
imposable. Une organisation caritative peut demander une exonération d’impôt
Le Royaume-Uni est le pays européen possédant le plus de fondations d’après
et un remboursement de l’impôt au taux de base auprès du HMRC sur les revenus
l’European Foundation Centre. Cette situation est essentiellement due à une
reçus des particuliers par le biais des dons Gift Aid, à condition que ces revenus
définition très lâche de la structure juridique des fondations britanniques, les
soient utilisés à des fins caritatives uniquement, ainsi que sur les dons reçus des
mots « trusts» et « foundations » recoupant les mêmes réalités : les fondations
entreprises dans les mêmes conditions.
sont définies par leur mission d’intérêt général et leur supervision par la Charity
Commission et non par une structure juridique précise. Par ailleurs, la législation fiscale britannique autorise un donateur ou un bailleur
de fonds à recevoir un avantage en échange d’un don. Concernant les petits dons
En 2020, il y avait environ 168 000 organisations caritatives enregistrées en
(100 £ ou moins), une charity peut donner des « marques d’appréciation » (tokens
Angleterre et au Pays de Galles. Il existe également un nombre important
of appreciation) pour reconnaître un cadeau, mais il y a des limites à la valeur des
d’organisations caritatives qui ne sont pas enregistrées. Toutes les fondations dont
avantages qui peuvent être fournis. La limite est de 25 % du don : pour les dons
les revenus annuels dépassent 5 000 GBP doivent s’enregistrer auprès de la Charity
plus importants, la limite est de 25 £ plus 5 % de l’excédent du don sur 100 £.
Commission (sauf cas spécifiques).
En outre, il est possible de léguer l’intégralité de son patrimoine à la personne
Nous n’avons toutefois pas de données exactes concernant le nombre de fondations
ou la fondation de son choix. L’Inheritance Act de 1975 est parfois invoqué pour
actionnaires.
obtenir la réservation d’une part des biens du défunt au profit de ses héritiers.
e)
Quel est le régime fiscal des fondations actionnaires ? Quel est le L’application et la portée de ces dispositions seraient cependant peu consensuelles
régime d’imposition de la donation ou du legs de l’apport des titres à la dans la société britannique. Entre autres, ces dons doivent être utilisés uniquement
fondation ? à des fins de bienfaisance, ne pas être annulés ou limités dans le temps ; en outre,
aucun intérêt ne doit être conservé dans le bien transféré, et le donateur doit
Une fois établi en tant qu’organisme caritatif enregistré après de l’organisme donner la totalité de ses intérêts (88).
de réglementation des organismes de bienfaisance compétent, l’enregistrement
entraîne généralement son acceptation en tant qu’organisme de bienfaisance à
des fins fiscales par l’autorité fiscale britannique (HMRC). Ces organismes doivent
satisfaire à certaines conditions. En plus d’avoir des objectifs liés à son statut
d’organisme caritatif, ce dernier doit satisfaire à des conditions de compétence (87),
d’enregistrement auprès de l’autorité compétente, et de gestion (les gestionnaires
doivent être des « personnes aptes et appropriées »).
Les fondations actionnaires ont le droit de détenir et de recevoir en franchise
d’impôt la plupart des types d’investissement. Par ailleurs, l’actionnariat majoritaire
n’est pas considéré comme une activité économique de la fondation. Les revenus
et les gains en capital tirés par la fondation d’une participation majeure sont en
général exonérés. La société dans laquelle la fondation détient une participation
est traitée comme une entité distincte à des fins fiscales et est assujettie à l’impôt
sur les bénéfices des sociétés.
Les gains en capital (capital gains) sont également exonérés d’impôt dans la mesure
où ils sont applicables à des fins caritatives.
(87) Être soumis au contrôle d’un tribunal compétent envers les charities.
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