Microéconomie
T H ÉMIS
COLLECTION DIRIGÉE PAR M. DUVERGER ET J.-CL. CASANOVA
ÉCONOMIE
J
ALAN P. K I R M A N
Professeur à l'Université d'Aix-Marseille III
et à l'Institut universitaire européen de Florence
Directeur d'études à l'Ecole
des Hautes Etudes en Sciences sociales
A N D R É LAPIED
Professeur
à l'Université de Toulon et du Var
Microéconomie
Théorie,
applications et exercices
PRESSES UNIVERSITAIRES DE FRANCE
ISBN 2 13 043557 2
Dépôt légal— Ire édition : 1991, avril
(0 Presses Universitaires de France, 1991
108, boulevard Saint-Germain, 75006 Paris
Sommaire
INTRODUCTION 11
Quelles sont les questions posées par la microéconomie? 11
Quelles sont les différentes approches du problème microéconomique?... 12
Comment définir un bien économique? 14
CHAPITREPREMIER.—Le consommateur 17
I. La consommation, acte économique 17
1. Consommer c'est disposer d'un bien 17
2. L'étendue des choix du consommateur 18
II. La représentation des goûts des consommateurs 19
1. Les préférences 19
2. Les restrictions imposées aux préférences 19
3. Représentation graphique des préférences 23
III. L'utilité des biens 26
IV. La demande exprimée par le consommateur 27
1. La manifestation des choix 27
2. Caractères des choix du consommateur 30
3. Les changements dans les demandes exprimées 35
V. Lademande révèle les préférences du consommateur .............. 41
1. Cohérence minimale des choix du consommateur ............... 42
2. Rationalité des choix du consommateur ....................... 43
Applications 45
1. Les biens alimentaires ....................................... 45
2. Lesjournaux 47
3. Lepétrole 47
4. Les produits agricoles ........................................ 48
Appendice mathématique 49
1. Biens, agents, préférences et utilités 49
2. Fonctions de demande 51
3. Effets de revenu et de substitution 56
4. Les préférences révélées 58
Exercices 60
A. Exercices corrigés 60
Énoncés 1 à 5 60
Corrigés 1 à 5 61
B. Exercices sans corrigés 6 à 11 71
CHAPITRE II. — Le producteur 73
1 / Techniques de la production 74
1. Comment décrire les techniques disponibles ? 74
1. L'ensemble regroupant les techniques de production 74
2. Dimension temporelle de la production 75
2. Caractères des techniques de production 76
1. Efficacité de la production 76
2. Représentation graphique des techniques de production 78
3. Rendements de la production 82
1. Les différents types de rendements 82
2. Représentation de la production facilitant le traitement informa-
tique 86
4. Production d'un bien unique 91
1. Représentation simplifiée des techniques de production 91
2. La notion de productivité marginale ou production par unité 93
II / Décisions du producteur 96
1. Motivation des choix 96
1. Le profit : déterminant des choix du producteur . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
2. Rendements et profits 97
2. Les coûts de production 99
1. Les coûts supportés par la firme 99
2. Les coûts d'opportunité 100
3. La substitution entre facteurs de production 101
4. Rendements et coûts de la production . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
3. Intégration du temps dans la représentation des choix du producteur .. 107
1. La recherche du profit à court-terme 107
2. L'évolution des coûts dans le temps 111
3. L'évolution de la production dans le temps 114
4. Conceptions hétérodoxes de la firme 118
1. Critique du critère de profit 119
2. Critique de la vision classique de la rationalité des agents écono-
miques 120
3. Rôle de l'organisation interne de la firme 122
Applications 124
1. Les oléoducs 124
2. Laproduction d'électricité 128
Appendice mathématique 129
1. Ensembles et fonctions de production 129
2. Courbes de coût —courbes d'offre 130
3. Rendements d'échelle et profits 133
Exercices 134
A. Exercices corrigés 134
Enoncés 12à 20 134
Corrigés 12à 20 136
B. Exercices sans corrigés 21 à 26 146
CHAPITREIII. —L'équilibre général 147
I. Les marchés de concurrence 147
II. L'équilibre sur un marché 149
1. Equilibre à court-terme 149
2. Equilibre à long-terme 155
III. L'équilibre sur l'ensemble des marchés 157
1. Laprise en compte de l'interdépendance entre les marchés ....... 157
2. Le calcul d'un équilibre 161
3. Cet équilibre existe-t-il dans tous les cas? 164
4. Représentation graphique par le diagramme d'Edgeworth ........ 167
IV. L'efficacité globale d'une économie 170
1. L'équilibre de concurrence est-il efficace? 170
2. Equilibre de concurrence et justice sociale?..................... 174
V. Equilibre de concurrence dans une économie de production 182
VI. L'équilibre de concurrence est-il unique et stable ? 186
Applications 198
1. Les valeurs mobilières 198
2. Les salaires 200
Appendice mathématique 202
1. Calcul de l'équilibre général 202
2. Optimalité parétienne 205
3. Equilibre général avec production 208
4. Stabilité de l'équilibre général 210
Exercices 211
A. Exercices corrigés 211
Enoncés 27 à 33 211
Corrigés 27 à 33 215
B. Exercices sans corrigés 34 à 39 230
CHAPITREIV. —La concurrence imparfaite 233
I. La firme unique sur un marché ou monopole 233
1. Les causes économiques 234
2. Les comportements de la firme 236
3. La régulation par l'Etat 240
II. La concurrence entre produits différenciés 244
III. La concurrence entre grandes unités 247
1. Concurrence entre firmes comparables 247
2. Concurrence entre firmes avec effets de pouvoir................. 249
3. La concurrence comme unjeu de stratégie 250
IV. Autres imperfections des marchés 253
1. Les effets de la production sur l'environnement ................. 254
2. Biens publics et biens privés 255
Applications 261
1. Le marché européen des voitures automobiles 261
2. Le sport professionnel ....................................... 262
Appendice mathématique 263
1. Le monopole 263
2. Leduopole 264
3. Effets externes 267
Exercices 269
A. Exercices corrigés 269
Enoncés 40 à 44 269
Corrigés 40 à 44 271
B. Exercices sans corrigés 45 à 48 277
Conclusion 279
Bibliographie ....... 284
Index ...................... 287
Introduction
Quelles sont les questions posées
par la microéconomie?
La science économique étudie le problème de la répartition des biens
rares entre consommateurs et producteurs.
L'usage de ces biens par les consommateurs correspond à la fonction de
consommation, on parle d'utilisation finale des biens selon deux sens
différents : d'une part le bien consommé est «détruit», car on ne
consomme pas deux fois la même glace, d'autre part la consommation
finalise l'activité économique, puisque l'on produit pour pouvoir consom-
mer et non l'inverse.
L'utilisation des biens par les producteurs révèle un rôle plus indirect.
On peut employer un bien dans le système de production de façon à en
fabriquer d'autres qui sont eux-mêmes destinés à des activités productives
ou de consommation. Les biens intermédiaires (par exemple des tôles
d'acier entrant dans la construction d'une automobile) et les biens capitaux
(machines-outils, par exemple) sont les deux types d'utilisations des biens
par les producteurs. Par ailleurs, la production n'est pas une fin en soi, elle
ne prend de valeur que dans la mesure où elle permet aux individus de
consommer.
L'analyse microéconomique traite ce problème au niveau individuel
des agents économiques, en étudiant le comportement individualisé des
consommateurs et des producteurs. Il est évident que cette description ne
porte pas sur les actions de M. Dupont, ou d'une entreprise donnée : Coca-
Cola ou Thomson. Les agents économiques abstraits seront représentés par
des classes de caractéristiques (concernant les revenus des consommateurs
ou les possibilités techniques de production pour les producteurs). Certains
acteurs réels peuvent ne pas correspondre à ces caractères par leurs
agissements particuliers. Mais toute représentation scientifique nécessite un
caractère général, aussi nous limitons-nous aux caractères susceptibles de
recevoir la justification psychologique ou technique la plus simple et qui
sont susceptibles d'être formalisés. Nous supposerons par exemple que si
un producteur peut fabriquer un bien Xen utilisant une unité d'un bien Y
ou, selon une autre technique, deux unités de Y, il choisira la première
solution.
La théorie microéconomique recherche deux objectifs. Le premier est
général et ambitieux tandis que le second est limité et spécifique. Le
premier se rattache au fonctionnement collectif de l'économie lorsque
chaque agent agit conformément à ses propres critères : dès lors que nous
spécifions les buts de chaque individu et une description de la répartition
des ressources initiales, nous pouvons poser la célèbre question à laquelle
Adam Smith a donné une réponse : «Que se passe-t-il quand des individus,
agissant chacun dans leur propre intérêt, participent à une activité
économique?» Ce mode de répartition des biens particuliers offre-t-il des
conséquences satisfaisantes du point de vue collectif; dans le cas d'une
«économie de marché», ce système résout le problème si les prix sont tels
que les individus désirent consommer les quantités justement égales à la
somme de ce que les entreprises sont disposées à produire compte tenu des
ressources disponibles pour les différentes catégories de biens.
Les questions auxquelles l'analyse doit répondre sont alors les sui-
vantes : «Sommes-nous certains qu'il existe des prix procurant ce résul-
tat?» «La répartition qui en découle est-elle d'une certaine manière efficace
ou "bonne" du point de vue de la société?».
La réponse nécessite la construction d'un «modèle» : une économie
composée d'agents —consommateurs et producteurs —agissant selon un
mécanisme (en l'occurrence le marché), et aboutissant à une certaine
répartition des biens. La description de l'économie, à l'aide de ce modèle
simplifié, ne retient qu'un nombre limité de traits essentiels. Elle permet de
juger à la fois de l'intérêt des différents agents et de l'efficacité du
mécanisme pour l'ensemble de la société. Nous étudierons plus particuliè-
rement le mécanisme des prix comme système de distribution des biens et
les propriétés de répartition dans une économie dite de concurrence.
Quelles sont les différentes approches
du problème microéconomique?
Le problème de l'étude de l'économie dans son ensemble et de la prise
en compte simultanée des comportements de tous les agents est complexe.
En dépit d'une analyse simplifiée des agents, la description obtenue reste ,
difficile à interpréter. Elle donne néanmoins des résultats importants même
s'ils sont limités.
Pour construire des modèles plus réalistes —regroupant en plus grand
nombre les caractéristiques relevées dans la réalité —nous pouvons être
amenés à limiter nos ambitions à une partie de la réalité économique. Nous
choisirons alors une industrie donnée et l'examinerons, avec pour hypo-
thèse fondamentale l'invariance des autres secteurs de l'économie.
Cette méthode dite de l'analyse partielle relève d'une tradition
ancienne. Elle autorise une description plus précise des entreprises, par
exemple, et permet également la mise en évidence d'un plus grand nombre
de résultats concrets par rapport aux modèles plus généraux et abstraits. Au
fil du temps, les économistes sont parvenus à incorporer des éléments de
cette procédure partielle dans les modèles généraux; l'écart entre ces deux
démarches reste cependant important et la transition entre un modèle
général et formel avec des représentations plus réduites, mais mieux
spécifiées, n'est pas encore réalisée.
L'opposition entre ces deux types de visions permet de souligner un
problème important de l'analyse microéconomique concernant les hypo-
thèses simplificatrices sur les comportements des agents.
Certaines études théoriques récentes montrent que les hypothèses
formulées et les modèles construits au niveau individuel sont, de façon
générale, beaucoup plus restrictives que ce qui est requis pour assurer une
régularité globale, car un «bon» comportement ou un comportement
régulier au niveau global ne présuppose nullement un tel comportement au
niveau individuel.
Illustrons ceci par une analogie simple : nous n'avons pas besoin de
comprendre le mode de fonctionnement d'une montre pour prédire le
fonctionnement de ses aiguilles. Même si elle cesse de suivre son mou-
vement ordinaire et prévisible, il suffit de la remonter ou de changer la pile
pour qu'elle reparte normalement. De la même façon, si nous désirons
prévoir la trajectoire d'une comète, nous ne nous préoccupons pas du
mouvement des particules individuelles de cette comète.
Il est donc trompeur d'avancer que nous établissons des modèles
d'individus «se comportant bien» pour justifier nos modèles d'économie
«de bon comportement».
Reprenons cependant l'exemple précédent et supposons cette fois qu'un
astrophysicien étudie le mode de formation d'une comète; il doit alors
analyser l'interaction entre ses particules pour comprendre la construction
des composants, et ne peut se limiter au simple mouvement général de la
comète. De la même façon, si la montre subit une panne importante, la
réparation nécessitera une étude de son mécanisme.
La leçon que nous pouvons tirer de ces exemples est que la recherche
d'une compréhension plus profonde du fonctionnement global d'une
activité économique conduit à des modèles abstraits et simplifiés, et
refermant des hypothèses qui seraient peut-être inutiles si nous nous
intéressions uniquement aux macrophénomènes.
Même à ce dernier niveau, notre premier objectif microéconomique
peut apporter une contribution en nous empêchant de construire des
macro-modèles trop simples. Par exemple, la contribution fondamentale de
Keynes a été de montrer que la problématique de l'équilibre général
(interdépendance entre marchés) était importante pour comprendre les
phénomènes économiques fondamentaux de son époque. Ainsi, le modèle
correspondant à notre premier objectif conduit à une meilleure compré-
hension de l'activité économique globale, bien qu'il convienne de souligner
que les hypothèses sur les comportements individuels ne sont pas néces-
saires pour fonder les conclusions de Keynes.
Récapitulons; la théorie microéconomique comporte deux objectifs :
Il permettre une meilleure compréhension, simple et abstraite du fonction-
nement d'une économie, sans prétendre nécessairement qu'elle soit direc-
tement applicable à l'analyse macroéconomique; 2° offrir des modèles
représentatifs d'activités économiques particuliers et partielles d'agents
économiques : par exemple, les transports aériens ou les conséquences de
variations du prix de l'essence.
Comment définir un bien économique?
Le problème principal de la microéconomie concernant l'attribution de
biens, il est nécessaire de préciser ce concept. La notion de bien est très
large puisqu'elle recouvre tout ce qui peut être utilisé ou consommé. Il peut
s'agir d'un bien matériel tel que le riz ou d'un service rendu par un autre
bien ou par une personne (un médecin, par exemple). Parmi les différentes
classifications des biens, on peut citer la répartition en ressources primaires,
produits intermédiaires (destinés à être incorporés dans la fabrication
d'autres produits), et produits destinés à la consommation finale.
Indépendamment de toute typologie, remarquons que l'analyse impose
une parfaite homogénéité des caractéristiques des produits correspondant à
un même bien. Par définition, toute unité d'un bien donné sera donc
totalement indifférenciable d'une autre unité. Un kilo de pommes de terre
sera équivalent d'un autre; s'il n'en était pas ainsi (par exemple, si les
qualités différaient), nous dirions qu'il s'agit de deux biens. Il faut considérer
que lorsque les consommateurs ne voient aucune différence entre les
produits, nous pouvons affirmer qu'ils constituent un seul et même bien.
Les qualités repérant les différentes classes de biens sont au nombre de
trois :
— les caractéristiques physiques du bien;
— l'époque à laquelle le bien est disponible ;
— le lieu où se trouve le bien.
L'importance de ces caractéristiques se remarque aisément; l'emploi
qui peut être fait d'une maison actuellement est différent de celui qui sera
fait dans dix ans, comme en témoignent les personnes attendant impa-
tiemment le legs de parents âgés ; parallèlement, du café livré à Sao Paulo
ne représente pas la même chose que du café livré à Paris.
Il faut cependant remarquer que la dimension temporelle des biens
impose une restriction, en effet, lorsque nous précisons à quelle date les
biens sont disponibles, nous nous intéressons à leur répartition non
seulement actuellement, mais dans l'avenir. Si nous considérions les biens à
toute date arbitraire dans le futur, nous ferions alors face à un nombre
infini de biens différents, hypothèse irréaliste qui poserait de plus des
problèmes techniques.
Nous supposerons donc que nous sommes limités au problème de
l'attribution de biens disponibles jusqu'à une certaine date fixe et livrés à
un nombre fini de destinations.
Pour notre projet de description général de l'activité microéconomique,
nous pouvons adhérer à la simplification suivante : un jour donné, le
«marché » de tous les biens disponibles —à ce moment et par la suite —
est ouvert; après la détermination des prix d'échange, les biens sont
attribués aux individus à diverses dates dans le futur et aux différents lieux.
Si le mécanisme des prix sert à effectuer la répartition des biens, le résultat
du processus est l'affectation d'un prix pour chaque bien (caractéristiques
physiques, date et lieu) de sorte que ce qui est fourni pour chaque bien à ces
prix représente exactement ce qui est requis par les agents de cette
économie. C'est-à-dire que pour ces prix certains agents veulent acheter des
quantités du bien tandis que d'autres souhaitent en vendre; la condition
requise pour que tous le échanges puissent s'effectuer à la satisfaction
générale est que les sommes des quantités demandées et des quantités
offertes soient égales pour ces prix. Le marché est alors fermé et toutes les
décisions prises sont mises en vigueur jusqu'à la fin de la période
correspondant à ces décisions.
Ces remarques fixent le cadre formel dans lequel nous allons désormais
travailler : les agents du modèle disposent d'un nombre fini de biens. Un
panier de biens représente une quantité positive nulle ou négative de
chacun des biens. Pour un échange la quantité sera comptabilisée positi-
vement s'il s'agit d'un achat et négativement s'il s'agit d'un vente. Nous
supposerons également que les biens sont parfaitement divisibles. Cette
hypothèse est de toute évidence irréaliste ; l'achat de 5/81 d'une voiture ou
2/3 d'une pomme n'est pas «réaliste». Néanmoins cette abstraction permet
de formuler un certain nombre de principes qui restent valables, même
lorsqu'il existe dans la réalité des «indivisibilités ». Cette hypothèse doit
donc être considérée comme une facilité technique et non pas comme une
description réaliste de l'économie.
A partir de ces principes généraux nous procéderons les quatre étapes,
en allant des agents individualisés au système économique d'ensemble : de
l'étude des comportements des agents-consommateurs (chapitre I) ; et de
celle des producteurs (chapitre II) ; à la modélisation de l'équilibre général
(chapitre III) puis à celle de l'équilibre partiel pour les cas de concurrence
imparfaite (chapitre IV).
Chaque chapitre est accompagné de cas concrets, d'applications de la
théorie, d'un appendice mathématique qui formalise de façon complète le
contenu de l'exposé et d'exercices dont certains sont accompagnés de
corrigés. Nous recommandons vivement aux étudiants de ne passer d'un
chapitre à un autre que lorsque, à l'aide des exercices, ils ont acquis une
maîtrise suffisante de la question posée.
Chapitre Premier
LE CONSOMMATEUR
I / La consommation, acte économique
1 1CONSOMMERCE ' ST DISPOSER DU' N BIEN
L'activité de consommation représente le but final du système éco-
nomique. Il est essentiel de comprendre que le terme «consommation»
possède ici un sens plus large que celui qui est conféré habituellement dans
les discussions économiques. On fait souvent remarquer que la société doit
changer et que certaines habitudes de consommations doivent se modifier;
au fur et à mesure, les individus apprécieraient davantage d'autres valeurs
que celles associées à l'accumulation de biens de consommation physiques.
Si cette proposition est parfaitement défendable, il ne faut cependant pas
déduire du fait que la consommation est considérée comme le but de
l'activité économique par la théorie, que cette dernière n'est justifiable que
dans une société orientée vers la consommation, et qu'un changement de
société rendrait la théorie inadaptée. Ce jugement serait faux par suite
d'une incompréhension du sens économique du terme consommation. Si,
par exemple, les individus cessaient de voyager en voiture de leurs
appartements exigus et sombres de Paris vers leurs appartements exigus et
sombres des Alpes ou de la Côte d'Azur, pour se déplacer en transports
publics de leurs logements «écologiques» vers de grands centres d'héber-
gement en pleine nature, ces personnes continueraient, pour l'économiste, à
consommer; ils consommeraient seulement autre chose. Si une telle
révolution se produisait, elle ne remettrait en question que quelques
hypothèses sur les préférences du consommateur, sans toucher à l'essentiel
de la théorie.
Par le terme de bien, nous entendons également la notion de «services.
En réalité, si nous affirmons par exemple qu'un agent préfère le panier de
consommation x ou le panier y, certaines composantes de ces paniers sont
des choses fort éloignées de l'idée habituelle de consommation. «Consom-
mer le panier x n'aura pas pour nous le sens traditionnel : utiliser ou
détruire, mais cela signifiera que l'agent dispose pour sa convenance d'une
quantité de biens ou services représentée par x.
La notion de «consommateur» demande également à être précisée, car
le consommateur au sens économique est un être humain très simplifié. Il
possède des ressources initiales : quantités de biens et services détenues (sa
force de travail, les biens qu'il a en propriété) et il a des préférences. Face à
deux paniers différents x et y, il est toujours capable d'affirmer : «je préfère
x à y», «je préfère y à x» ou «je suis indifférent entre eux». Cette idée de
base est justifiée par l'observation du fait que les consommateurs réels
opèrent des choix entre différents paniers; une théorie souhaitant rendre
compte de tels choix peut être construite à partir du fait que ces choix
reflètent les préférences sous-jacentes de l'agent.
Nous émettrons des hypothèses sur ces préférences pour être certain
que l'agent qui vérifiera ces hypothèses aura des choix cohérents, et qu'en
conséquence, le comportement agrégé de tous les consommateurs sera
également cohérent. Toutefois, comme nous avons pu le remarquer en
introduction, si notre but est de construire une théorie donnant des
résultats pertinents à un niveau agrégé, le comportement de l'individu ne
nécessitera pas une telle cohérence, et certaines hypothèses le concernant
pourront être relachées; c'est le cas par exemple lorsqu'il y a un grand
nombre d'agents, les caractéristiques des uns sont compensées par celles des
autres, et les comportements agrégés acquièrent, par ce fait, une certaine
régularité.
2 1LÉ
' TENDUE DES CHOIX DUCONSOMMATEUR
Etudions à présent plus précisément les caractéristiques du consom-
mateur dans notre modèle.
Définition (Dl) : Le panier de consommation d'un agent est un ensemble de
quantités affectées à chacun des biens et représentant les disponibilités en bien
pour un consommateur donné.
Définition (D2) : L'ensemble de consommation d'un agent est l'ensemble des paniers
de consommation sur lesquels il a des préférences.
Tout panier hors de l'ensemble de consommation ne sera donc pas pris
en compte.
Prenons l'exemple d'un individu habitant un lieu où seuls deux biens
sont disponibles : le lait et le pain, ses besoins minimums durant la période
considérée sont de un kilo de pain et un litre de lait. Tout panier
comportant des quantités inférieures à ces normes n'aura pas de sens pour
lui ; son ensemble de consommation est donc défini par toutes les quantités
supérieures ou égales à l'unité de pain et de lait.
Dans notre analyse de l'ensemble de consommation, nous supposerons,
pour simplifier, qu'il n'y a pas de restriction sur les quantités entrant dans
les paniers, et que toutes les quantités sont comptabilisées positivement.
Tout ensemble de / nombres positifs ou nuls, s'il existe / biens dans
l'économie, pourra être considéré comme un panier de consommation dans
l'ensemble de consommation. Cette hypothèse ne change pas l'analyse
formelle et facilite notre étude.
II / La représentation des goûts
des consommateurs
1 1LES PRÉFÉRENCES
Supposons que chaque agent a des préférences portant sur les paniers de
biens de son ensemble de consommation.
Ces préférences se manifestent par des comparaisons entre différents
paniers : si les paniers x et y sont comparables pour un agent, on aura : soit
x est préféré ou équivalent à y, soit y est préféré ou équivalent à x. On peut
aussi comparer les biens à l'aide d'une relation de préférence stricte : x sera
préféré strictement à y si x est préféré ou équivalent à y, et y n'est pas
préféré ou équivalent à x.
De même x et y seront dits équivalents lorsque le consommateur sera
indifférent entre eux, c'est-à-dire lorsque x est préféré ou équivalent à y, et
simultanément y préféré ou équivalent à x.
2 1LES RESTRICTIONS IMPOSÉES AUX PRÉFÉRENCES
Nous supposerons tout d'abord que les choix des agents sont cohérents :
Axiome de transitivité (Hl) : Si un panier' x est préféré à y et y à z alors x est
préféré à z.
Cette hypothèse n'est cependant pas aussi évidente qu'il n'y paraît si
nous considérons le ménage ou la famille comme unité de consom-
mation, comme dans les études appliquées.
Prenons pour exemple une famille composée de trois personnes a, b et
c; supposons que leurs préférences individuelles entre les paniers x, y et z
soient telles que :
— pour a x préféré à y préféré à z.
— pour b z préféré à x préféré à y
— pour c y préféré à z préféré à x.
Le moyen naturel de construire les préférences pour la famille est de
dire que x est préféré ou indifférent à y pour la famille si tel est le cas pour
la majorité de ses membres (famille démocratique). Nous obtenons ici :
— pour la famille x préféré à y préféré à z mais z préféré à x,
ce qui contredit notre axiome dit de transitivité.
On a également mis en évidence par des expériences que les individus
pouvaient avoir des préférences non transitives; cependant, la réaction
courante d'un individu face à une telle contradiction est de dire qu'il s'est
simplement trompé, et de modifier ses jugements en conséquence. Si on
peut remarquer que «le fait que les individus fassent des erreurs en
arithmétique n'est pas invoqué pour émettre des réserves sur la validité de
la structure des nombres réels», l'économie, science de l'homme, décrit le
comportement des individus qu'ils soient ou non dans l'erreur. La
transitivité représentant le comportement habituel de l'individu, reste, en
dépit de ces remarques, une hypothèse satisfaisante1.
Axiomedecontinuité (H2) : Si un panier est préféré àun autre panier, un panier très
proche du point de vue des quantités du premier sera préféré au second.
Cette hypothèse n'est pas satisfaisante au niveau individuel, mais elle
constitue une approximation convenable au niveau agrégé.
Eclairons ce problème par un exemple :
Soit une économie avec deux biens ; le whisky et le pain, les préférences
du consommateur considéré sont telles que tout panier x est préféré à y si x
contient une quantité strictement supérieure de whisky (quelles que soient
les quantités de pain des deux paniers). Si deux paniers contiennent la-
même quantité de whisky, c'est celui qui a le plus de pain qui sera préféré.
1. On peut substituer à cet axiome d'autres hypothèses.
On fait ici référence à un ordre dit lexicographique sur les préférences
(on considère tout d'abord les quantités du bien 1 (le whisky) pour établir
la relation de préférence et seulement en cas d'égalité les quantités du
bien 2 (le pain)'). Il s'agit, par exemple, d'un grand amateur de whisky qui
détermine ses préférences au vu de la quantité de ce bien contenue dans
les différents paniers; ce n'est que lorsque la quantité de whisky est la
même dans les deux paniers qu'il se détermine en fonction de la quantité
de pain.
Prenons une suite de paniers x,, X2, Xn, ... qui contiennent chacun
une unité de pain et une unité de whisky à laquelle on ajoute pour chaque
panier une quantité supplémentaire de whisky de plus en plus petite, par
exemple :
XI a 1+ 1=2 unités de whisky
X2 a 1+0,9 = 1,9 unités de whisky
X3 a 1+0,8 = 1,8 unités de whisky
xn a 1+0,1 = 1,1 unités de whisky
Xn+1 a 1+0,09 = 1,09 unités de whisky.
Considérons également un panier y proposant une unité de whisky et
2 unités de pain.
On sait que pour tout i, xi sera préféré à y puisque xi contient davantage
de whisky, remarquons cependant que par continuité, quand i augmente
indéfiniment, les quantités additionnelles de whisky deviennent voisines de
zéro et le panier xi est très voisin du panier z qui contient une unité de
whisky et une unité de pain. Or, le panier y sera préféré à z puisqu'il
contient autant de whisky et plus de pain (le double).
L'axiome de continuité est ici démenti car lorsque les paniers xi se
rapprochent de plus en plus de z, la satisfaction donnée par ces paniers
devrait évoluer de manière uniforme, or ce n'est pas le cas puisqu'elle est
supérieure à celle fournie par y pour xi et inférieure pour z; il y a donc un
« saut» dans les préférences.
La vraisemblance et la fréquence de tels comportements est une
question très subjective ; il faut simplement remarquer que l'hypothèse de
continuité élimine quelques préférences ayant une certaine cohérence
interne.
1. Cette méthode est celle du rangement par ordre alphabétique (d'où son nom) : la première
lettre détermine l'ordre en priorité, puis, en cas d'identité, la seconde, etc.
L'hypothèse suivante concerne l'étendue des préférences des agents :
Axiome de totalité (H3) : Face à deux paniers quelconques de l'ensemble de
consommation x et y, le consommateur est toujours capable de les ordonner : de
dire s'il préfère x à y, y à x, ou s'il est indifférent entre les deux.
Cette hypothèse restrictive pourrait être supprimée au prix de compli-
cations techniques. En réalité, il n'est guère raisonnable de supposer qu'un
consommateur soit capable de comparer un panier constitué d'un bateau de
guerre fourni dans deux ans à Portsmouth et deux tonnes de blé livrées à
Montréal dans trois mois avec un autre contenant une locomotive livrée à
Berlin aujourd'hui et dix tonnes de laine néozélandaise livrées à Londres
dans deux ans.
Le lecteur pourrait être tenté de dire que son choix se ferait au vu des
prix de marché des différents biens, mais il faut remarquer que nous ne
traitons que de l'utilité provenant directement de la possession des paniers
et non pas de celle obtenue après échange de ces biens contre d'autres sur
un marché quelconque1.
Axiome de monotonicité ou de non saturation (H4) : Soient deux paniers de
consommation différents x et y, si x contient des quantités supérieures ou égales à
celles fournies par y pour tous les biens, avec des quantités strictement
supérieures pour au moins un bien, x sera strictement préféré à y par tout agent.
Cette hypothèse signifie que les consommateurs préfèrent toujours plus
à moins, ce qui découle d'une hypothèse plus générale selon laquelle les
biens sont désirés par les agents.
Il est évident que le phénomène de saturation s'observe dans nos
sociétés, remarquons cependant que l'hypothèse de monotonicité n'est pas
strictement indispensable, elle est ici introduite dans but de simplicité2.
Étudions à présent une propriété fondamentale des préférences.
1. Nous constaterons que ce sont les préférences qui déterminent les prix de marché et non
l'inverse.
2. On peut simplement supposer que pour tout panier dans l'ensemble de consommation, il existe
au moins un autre panier dans cet ensemble qui lui soit strictement préféré. Il y a donc au moins une
direction (augmentation des quantités d'un bien) où la satisfaction du consommateur progresse, même .
si elle est saturée pour tous les autres biens.
3 1 REPRÉSENTATION GRAPHIQUE DES PRÉFÉRENCES
Hypothèse de convexité (H5) : Si un consommateur préfère le panier 1au panier 2, il
préférera tout panier formé par le mélange des paniers 1et 2 au panier 2.
Soit le panier 1 : (2,4) préféré au panier 2 : (4,2), le consommateur
préférera le panier 3 composé de la moitié du panier 1 et de la moitié du
panier 2, soit (3,3), au panier 2.
L'hypothèse de convexité joue un rôle très important au niveau des
propriétés formelles; lorsque nous discuterons des choix effectués par les
consommateurs, le rôle de cette hypothèse deviendra clair. Mais ceci ne
constitue pas une justification et nous pouvons remarquer que dans la
réalité cette hypothèse peut être remise en cause : si un individu est
indifférent entre un verre de whisky et un demi-litre de bière il serait
évidemment faux d'affirmer qu'il préfère un mélange des deux à l'un ou à
l'autre. La réponse à ce paradoxe apparent réside dans la période consi-
dérée : à long terme, le consommateur préférera boire successivement du
whisky et de la bière. De la même façon, un individu indifférent entre
passer une semaine de vacances à la mer ou à la montagne, ne souhaitera
pas toujours passer trois jours dans un endroit puis quatre dans l'autre ; par
contre, il pourra, sur plusieurs années, vouloir visiter les deux endroits.
Cette réponse n'est pas entièrement satisfaisante, car des produits iden-
tiques en des dates ou lieux différents sont des biens différents : si je suis
indifférent entre passer des vacances à Nice cette semaine et à Vichy la
même semaine, alors l'hypothèse de convexité entraîne le fait que je sois au
moins aussi satisfait si je divise cette semaine entre les deux séjours.
Nous adopterons, malgré ces contre-exemples, l'hypothèse de convexité
comme une approximation utile.
Dans le cas où nous sommes limités à deux biens, la convexité peut être
visualisée par un graphique simple représentant les courbes d'indifférence.
Définition (D3) : Une courbe d'indifférence est le lieu des points où un consom-
mateur a est indifférent entre les quantités données de deux biens x, et x2 :
Ici, les préférences sont telles que le panier (Xl = 1,5 ; X2= 1) est
équivalent à (x1 = 1; x2 = 2) par exemple. Tout panier situé au Nord-Est de
la courbe est strictement préféré (par exemple (x, = 1,5; X2= 2) préféré à
(x, = 1,5; X2= 1)), de même tout point de la courbe est strictement préféré
Figure 1
à tout point au Sud-Ouest de celle-ci (par exemple (Xl = 1,5; x2= 1) préféré
à (Xl = 1; X2=2)), ceci du fait de l'axiome de non saturation.
On peut donc construire une infinité de courbes d'indifférence, chacune
correspondant à un niveau donné de satisfaction pour le consommateur.
Figure 2 Figure 3
Remarquons que deux courbes d'indifférence ne peuvent se couper.
Si deux courbes d'indifférence se coupaient, on aurait :
A équivalent à B
A équivalent à C
B préféré strictement à C
ce qui constitue évidemment une contradiction.
Illustrons à présent la propriété de convexité à l'aide de cette repré-
sentation :
Figure 4
La figure 4 représente des préférences non convexes.
Les paniers (x, = 2; X2= 1) et (Xl = 1; X2= 2) sont indifférents, mais ils
sont tous deux préférés au panier (Xl = 1,5; x2 = 1,5).
Le mélange de deux paniers pour lesquels le consommateur est
indifférent apporte une satisfaction moins grande.
Figure 5
Cette figure correspond à des préférences convexes : le panier
(Xl =2; X2= 2) mélange des deux paniers (Xl = 3; X2= 1) et (Xl = 1; X2= 3)
qui sont équivalents pour le consommateur est également équivalent à eux
(il se trouve sur la même courbe d'indifférence).
Figure 6
Les préférences sont ici strictement convexes : le panier mélangé
(Xl = 1,5 ; X2= 1,5) est strictement préféré aux deux paniers de base (Xl = 2;
X2= 1) et (Xl = 1; X2= 2) qui sont équivalents entre eux, car il se trouve
au-dessus de la courbe d'indifférence.
III / L'utilité des biens
Définition (D4) : Une fonction d'utilité associée à une relation de préférence est une
relation qui fait correspondre à un panier de consommation appartenant à
l'ensemble de consommation un nombre réel, et telle que l'utilité d'un panier x
est supérieure ou égale à celle d'un panier y si et seulement si x est préféré ou
équivalent à y.
Il est donc possible d'attribuer des nombres aux paniers de biens, la
hiérarchie de ces nombres correspondant à la hiérarchie des préférences de
l'agent pour les paniers.
Quand la fonction d'utilité fut introduite, on donna une interprétation
très restrictive aux nombres associés aux paniers; par exemple, il fut
supposé possible d'attribuer à chaque unité de bien un nombre d'« utilités»
(théorie de l'utilité cardinale). On pensait, en fait, que ces «utilités»
pouvaient être additionnées ou soustraites et qu'il était possible de les
comparer entre agents (une utilité de deux représentait la satisfaction
double d'une utilité de un). Cette notion utilitariste de Bentham était liée à
l'idée qu'on pouvait évaluer une allocation de biens en additionnant les
utilités de tous les individus. On remarqua rapidement l'arbitraire d'une
telle pratique, et la possibilité de représenter les préférences des individus
par une grande diversité de fonctions d'utilité.
Les analyses ultérieures, en particulier celle de Pareto, montrèrent qu'il
était possible d'abandonner ces idées de mesure de l'utilité et de s'intéresser
à la notion de fonctions d'utilité qui «représentent des préférences»
(théorie de l'utilité ordinale)1. Dans ce cas, une utilité de deux ne représente
pas une satisfaction deux fois plus grande qu'une valeur d'utilité de un,
mais simplement une satisfaction plus grande. Les valeurs de la fonction
d'utilité sont uniquement comparables par les relations supérieur, supérieur
ou égal, ou égal.
Par conséquent, toute transformation de la fonction d'utilité qui
préserve l'ordre des nombres attribués aux paniers est aussi une fonction
d'utilité.
On peut montrer que la notion d'utilité peut complètement remplacer
celle de préférence :
Théorème (TH1) : A toute relation de préférence vérifiant les axiomes étudiés
précédemment, on peut faire correspondre une fonction d'utilité pour laquelle
l'utilité du panier x est supérieure ou égale à celle du panier y si et seulement si
x est préféré ou équivalent à y.
IV / La demande exprimée
par le consommateur
1 1LAMANIFESTATION DESCHOIX
Nous allons à présent nous intéresser au point observable de la théorie
du consommateur : ses choix. Il peut sembler tautologique de dire que le
consommateur va choisir le panier qu'il préfère, mais il nous faut encore
préciser dans quel ensemble s'opérera le choix.
Rappelons-nous que notre étude se fait dans le cadre d'une économie de
marché, dans laquelle les biens sont affectés de prix. Ce sont ces prix qui
vont déterminer les possibilités d'achat du consommateur.
1. Il faut même remarquer chez Pareto la difficulté à admettre la pertinence exclusive des
fonctions d'utilités ordinales.
Définition (D5) : Un système de prix est une liste de prix où un prix unique
correspond à chaque bien.
La valeur d'un panier de bien dans l'ensemble de consommation sera la
somme des quantités de biens pondérées par les prix. L'idée intuitive
cachée derrière cette définition est la suivante : si le prix Pl du premier bien
est 1, et si le prix P2 du second est 2, cela signifie que deux unités du bien 1
pourront être échangées contre une unité du second bien sur le marché. La
valeur des biens d'un panier est donc simplement la somme des quantités
de chaque bien multipliées par leurs prix respectifs.
Dans ce contexte, les prix sont donnés ainsi que le revenu —en valeur
—du consommateurl. Les possibilités de choix seront limitées par le fait
que le panier demandé doit avoir une valeur ne dépassant pas le revenu de
l'individu; cette condition : dépense inférieure ou égale au revenu est
appelée contrainte de budget. Remarquons que cette méthode semble
exclure l'endettement, ce qui peut paraître irréaliste; la contrainte de
budget est cependant tout à fait justifiée à l'intérieur du cadre que nous
nous sommes fixé car les biens sont datés et dans la dépense nous prenons
également en compte les biens consommés aujourd'hui et dans le futur, de
la même façon le revenu est déterminé à la fois par des ressources actuelles
et futures. Il est donc clairement possible d'échanger un revenu futur contre
une consommation présente (endettement), ou un revenu présent contre
une consommation future (prêt). Les phénomènes de transferts de revenu
dans le temps sont donc intégrés dans la contrainte de budget.
Définition (D6) : L'ensemble de budget est l'ensemble des paniers de consommation
qu'il est possible de se procurer en satisfaisant la contrainte de budget (sans
dépenser davantage que son revenu).
Illustrons ce concept dans le cas de deux biens et X2(voir fig. 7p.29).
Supposons que le prix du bien 1soit 1et celui du second bien 2, tandis
que le revenu est égal à 10. Dans le cas où tout le revenu serait dépensé
pour le bien 1, on en obtiendrait :
—= Revenu = 10unités, cette consommation est évidemment pos-
1 prix de x,
sible.
1. Il peut s'agir de ressources initiales en biens qui constituent un revenu lorsqu'on pondère leurs
quantités par les prix de marché.
Figure 7
Al'opposé, si le consommateur n'achète que du bien 2, il en obtiendra :
. Ces paniers (10x1; 0x2) et (0xj ; 5X2) sont repré-
sentés sur les axes horizontaux et verticaux de la figure 7 (points A et B).
Tout panier sur la droite joignant ces deux points1 sera évidemment
possible et il correspondra à la dépense de la totalité du revenu pour des
paniers de quantités strictement positives des deux biens par exemple
(Xj = 2; X2= 4) correspond à une dépense de (2 x 1+ 4 x 2 = 10).
Si nous considérons un panier tel que (Xj = 2; X2= 2), il sera évi-
demment possible de l'acheter sans même dépenser la totalité de son
revenu, soit ici une dépense de 1 × 1 + 2 × 2 = 6. Par contre, si nous
prenons (xt = 2; X2= 6) son achat occasionnerait une dépense de
2 × 1 + 6 × 2 = 14 supérieure au revenu.
L'ensemble de budget correspond donc ici au triangle hachuré sur la
figure 7. Sur la droite AB, la dépense est strictement égale au revenu ;
ailleurs dans le triangle, la dépense est strictement inférieure au revenu.
Nous pouvons donner à présent la définition fondamentale des fonc-
tions de demande.
Définition (D7) : La fonction de demande d'un consommateur est la fonction qui fait
correspondre à un système de prix le (ou les) panier(s) de consommation de
l'ensemble de budget qui est (sont) préféré(s) à tout autre panier de cet ensemble.
1. Elle est souvent appelée droite de budget ou droite budgétaire.
145 FF 22254222/4/91
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