Séparations Chirales Par CPL, Cps Et CPG: Marcel CAUDE
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1. Généralités................................................................................................. P 1 470 - 2
1.1 Chiralité et structure moléculaire ............................................................... — 2
1.2 Nomenclature R,S autour d’un centre de chiralité.................................... — 3
1.3 Règle des trois points.................................................................................. — 3
2. Formation de diastéréoisomères par dérivation précolonne....... — 4
2.1 Chromatographie en phase gazeuse ......................................................... — 4
2.2 Chromatographies en phases liquide et supercritique ............................ — 4
3. Formation de diastéréoisomères labiles dans la phase mobile .. — 11
3.1 Chromatographie d’adsorption .................................................................. — 11
3.2 Chromatographie de partage à polarité de phases inversée................... — 11
3.3 Chromatographie d’échange de ligands.................................................... — 12
3.4 Chromatographie de paires d’ions............................................................. — 12
4. Formation de diastéréoisomères labiles à la surface de phases
stationnaires chirales (PSC) .................................................................. — 12
4.1 Chromatographie en phase gazeuse ......................................................... — 12
4.2 Chromatographies en phases liquide et supercritique ............................ — 13
5. Conclusion ................................................................................................. — 23
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. P 1 470
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1. Généralités Si des stéréoisomères ne sont pas images dans un miroir, ils sont
dits diastéréoisomères (les formes cis et trans d’une même molé-
cule sont, par définition, des diastéréoisomères). Les diastéréoiso-
mères, contrairement aux énantiomères, présentent des énergies
internes différentes et peuvent être séparés en exploitant leur diffé-
1.1 Chiralité et structure moléculaire rence de propriétés physicochimiques (point de fusion, solubilité,
etc.). Précisons enfin que l’énantiomérie ou la diastéréoisomérie
sont des relations liant deux configurations : pour un même com-
La chiralité est la propriété géométrique qui caractérise le fait posé, la forme A peut être énantiomère de la forme B et diastéréoi-
qu’un objet et son image dans un miroir ne sont pas superposables. somère de la forme C ou D, comme le montre la figure 1 pour une
Des isomères pour lesquels seul l’arrangement spatial des ato- molécule comportant deux centres d’asymétrie. On distingue les
mes diffère sont appelés stéréoisomères. Deux stéréoisomères sont molécules asymétriques (possédant un carbone ou un hétéroatome
dits énantiomères si et seulement si ils sont images l’un de l’autre asymétrique) des molécules symétriques pour lesquelles il peut
dans un miroir. La molécule originelle et son image sont dites s’agir de chiralité axiale (allènes, spirannes...), planaire (dérivés
antipodes ; un mélange équimolaire d’antipodes est appelé racé- « ansa », paracyclophane...) ou d’hélicité (atropoisomérie : hexahéli-
mate. cène, trans-cyclooctène...).
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2.1.2 Exemples
Dès 1960, des séparations d’énantiomères après dérivation préa- 2.2.1 Réactifs
lable en diastéréoisomères ont été réalisées. On trouve dans [6] une
mise au point détaillée de cette technique rassemblant les procédu-
res utilisées en fonction des classes de racémates à résoudre, les De nombreux réactifs de dérivation chirale sont disponibles com-
applications ainsi que certaines données mécanistiques. mercialement. Les plus utilisés sont regroupés dans le tableau 2.
Cette méthode est encore très utilisée en CPG malgré les contrain-
tes dues, en particulier, aux réactifs chiraux.
2.2.2 Exemples
2.1.1 Réactifs
Un exemple significatif concerne la séparation de stéréoisomères
de 17 acides aminés préalablement dérivés par le (+) -1- (9-fluorényl)
La formation de diastéréoisomères par dérivation précolonne doit
respecter certaines contraintes : éthylchloroformiate (FLEC). Elle est effectuée par chromatographie
de partage à polarité de phases inversée sur gel de silice greffée
— le réactif chiral doit être optiquement pu ou, dans le cas con- octyle avec élution graduée et détection fluorimétrique et UV [12]
traire, sa pureté optique doit être connue avec précision (si ces con- (figure 5). Le principal intérêt de cette méthode est la très grande
ditions ne sont pas respectées, elles peuvent entraîner des sensibilité de détection.
incertitudes importantes sur le résultat) ;
— la réaction de dérivation doit être rapide et quantitative ; Un autre exemple est fourni par la séparation des énantiomères
— les diastéréoisomères formés doivent être suffisamment vola- d’un bronchodilatateur, l’imoxitérol, possédant deux centres d’asy-
tils (sinon la volatilité doit être introduite par une réaction métrie. Macaudière et al. [13] ont en effet démontré qu’il était possi-
supplémentaire) ; ble de séparer sur une colonne achirale les quatre formes après
— le comportement chromatographique des dérivés diastéréoi- dérivation préalable au moyen du (R ) - (+) -1-phényl éthylisocyanate
somères doit être approprié (séparation aisée, stabilité dans les con- (figure 5) alors que l’utilisation d’une phase stationnaire chirale ne
ditions de la CPG...). permet pas la séparation de l’un des couples de diastéréoisomères.
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Tableau 1 – Principaux réactifs de dérivation chiraux utilisés en chromatographie en phase gazeuse [3]
Transformation du groupement
Réactif de dérivation chiral Structure après dérivation Type de soluté
fonctionnel
Acides aminés
Chlorure de chrysanthémoyle Amines
Chlorure
N-(pentafluorobenzoyl) prolyle Amines
Chlorure N-TFA-alanyl
et homologues Amines
(R1 = CH3, CH(CH3)2,
CH2CH(CH3)2, C6H5)
Chlorure
(S )-2-méthoxy-2-trifluoro-
méthyl acétyl (MTPA-Cl)
Amines
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Tableau 1 – Principaux réactifs de dérivation chiraux utilisés en chromatographie en phase gazeuse [3] (suite)
Transformation du groupement
Réactif de dérivation chiral Structure après dérivation Type de soluté
fonctionnel
Chlorure d’acide
O-acétyllactique Alcools
Hydroxy-acides
Chlorure de drimanoyle Alcools
MTPA-Cl Amphétamines
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Tableau 1 – Principaux réactifs de dérivation chiraux utilisés en chromatographie en phase gazeuse [3] (suite)
Transformation du groupement
Réactif de dérivation chiral Structure après dérivation Type de soluté
fonctionnel
Kéto-acides
Menthol (–) Acides aminés
α-hydroxyacides
Autres acides
(+)-2,2,2-trifluoro-1-phényl- Cétones
éthylhydrazine
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Figure 4 – Résolution de la (1 - méthyl - 3 - phényl) propylamine et de l’éthylphénéthylamine après dérivation avec le chlorure de N-TFA L-leucine
ou avec le chlorure de N-TFA L-proline
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Tableau 2 – Principaux réactifs de dérivation chiraux utilisés en chromatographie en phase liquide [3]
Transformation du groupement
Réactif de dérivation chiral Structure après dérivation Type de soluté
fonctionnel
Dérivés N-carboxy-anhydrides ou
tert-butoxycarbonyl Acides aminés
d’acides aminés L
(1-phényléthyl) isocyanate
Amines
(1-naphtyléthyl) isocyanate
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Tableau 2 – Principaux réactifs de dérivation chiraux utilisés en chromatographie en phase liquide [3]
Transformation du groupement
Réactif de dérivation chiral Structure après dérivation Type de soluté
fonctionnel
(1-phényléthyl) isocyanate
Alcools
(1-naphtyléthyl) isocyanate
(1-phényléthyl) amine
(1-naphtyléthyl) amine
Acides carboxyliques
1-(4-nitrophényl) éthylamine
méthylphénylalaninate
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Figure 5 – Séparation d’un mélange étalon de 17 acides aminés racémates après réaction avec le (+) -1- (9 - fluorényl) éthylchloroformiate
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4.1.1 Classement des phases stationnaires chirales La discrimination chirale des phases dipeptide est fondée sur la
formation par liaisons hydrogène (engageant les dipôles amide) de
commercialisées « diastéréoisomères conformationnels » transitoires entre le soluté
et la phase stationnaire chirale [46].
Les PSC pour la CPG peuvent actuellement être classées en cinq
Les mécanismes de reconnaissance chirale mis en jeu par les PSC
groupes en fonction de la structure de leur sélecteur chiral et de la
dérivées des cyclodextrines sont plus complexes. Les interactions
nature des interactions mises en jeu au cours du processus de dis-
hydrophobes, le phénomène d’inclusion du soluté dans la cavité
crimination chirale.
chirale et des interactions dipolaires semblent jouer un rôle prédo-
— Les phases dipeptide introduites par Gil-Av et Feibush consti- minant pour la discrimination chirale à l’image des mécanismes
tuent le premier groupe. Ces PSC sont utilisées principalement pour proposés en CPL [47] [48]. Berthod et al. [49] proposent l’existence
les séparations de dérivés d’acides aminés très volatils [32] [33]. de deux mécanismes antagonistes, le premier par inclusion, le
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second, moins classique, faisant intervenir diverses interactions 4.2.2 Groupe IA : PSC indépendantes de type
avec l’extérieur des cavités de la cyclodextrine. Pirkle
4.2.2.1 Sélecteurs chiraux
Les PSC du groupe IA sont constituées d’un sélecteur chiral
4.1.3 Applications (généralement un acide aminé dérivé) greffé de manière covalente
(plus rarement ionique) sur une silice chromatographique.
Les phases dipeptide permettent la résolution des acides aminés Chaque sélecteur chiral agit de manière indépendante avec les
(figure 9). molécules du racémate et ces PSC sont ainsi dites
« indépendantes ». Les PSC de type Pirkle [53] contiennent un noyau
Le domaine d’applications des PSC dérivées de la cyclodextrine aromatique à caractère accepteur ou donneur d’électrons π qui
semble très étendu et fait actuellement l’objet de nombreuses étu- intervient dans un complexe de transfert de charge avec le soluté
des. Mentionnons, à titre d’exemple, la séparation des énantiomè- porteur d’un noyau aromatique de caractère complémentaire. Une
res de l’hexobarbital et du méphobarbital (figure 10) [50]. seule phase ne contient pas de noyau aromatique (type Hara) [54]
[55] mais généralement deux fonctions amide.
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Phases indépendantes
(L ) -valine-tert-butylamide Chirasil-L-Val Chrompack, Macherey-Nagel
RSL-007 Alltech
(D ) -valine-tert-butylamide Chirasil-D-Val Chrompack, Macherey-Nagel
N-n-lauroyl-N-(L ) -valine-tert-butylamide SP-300 Supelco
S-valine-α-phényle-éthylamide XE-60-S-Valine-S-
α-phényle-éthylamide Chrompack
Cyclodextrines modifiées
α-cyclodextrine modifiée S-hydroxypropyl Chiraldex A-PH
β-cyclodextrine modifiée S-hydroxypropyl Chiraldex B-PH
γ-cyclodextrine modifiée S-hydroxypropyl Chiraldex G-PH
Figure 9 – Séparation d’une série d’acides aminés (acides aminés N-pentafluoropropyl, ester isopropylique) par CPG sur PSC de type diamide
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Figure 10 – Séparation des énantiomères de l’hexobarbital (1) et du méphobarbital (2) sur phase stationnaire chirale dérivée de la cyclodextrine
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TYPE IA
TYPE IB
Divers aminoacides greffés sur silice (proline, valine hydroxyproline, Chiral hydroxyCu Serva
etc.)
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Tableau 4 – Phases stationnaires chirales commerciales pour la chromatographie en phase liquide (suite)
TYPE IIA
γ-cyclodextrine Cyclobond II
α-cyclodextrine acétylée Cyclobond III Ac
β-cyclodextrine acétylée Cyclobond I Ac
β-cyclodextrine dérivée (S )-2-hydroxy-propyl Cyclobond I SP
β-cyclodextrine dérivée-2-hydroxy-propyl (racémique) Cyclobond I RSP
Astec
β-cyclodextrine dérivée (S )[1-(1-napthyl)éthyl]carbamate Cyclobond I SN
β-cyclodextrine dérivée (R )-[1-(1-napthyl)éthyl]carbamate Cyclobond I RN
β-cyclodextrine dérivée [1-(1-naphtyl)éthyl] carbamate (racémique) Cyclobond I RSN
β-cyclodextrine dérivée 3,5-diméthylphénylcarbamate Cyclobond I DMP
β-cyclodextrine dérivée 4-méthylphénylcarbamate Cyclobond I PT
TYPE IIB
TYPE IIIA
TYPE IIIB
TYPE IV
(1) De nouvelles PSC (Cyclobond I 2000) ont été récemment commercialisées. La reproductibilité du mode de greffage a été améliorée.
(2) Ces deux phases chirales peuvent aussi être classées dans le groupe III A dont elles partagent certaines propriétés.
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Phase supercritique
Le fluide surpercritique le plus utilisé est le dioxyde de carbone
(température critique : 31,3 oC, pression critique : 73,8 bar).
La sélectivité ne varie pas significativement avec sa masse volu-
mique, ce qui montre qu’il n’interagit pas ou peu avec le sélecteur
chiral de la PSC (le CO2 est facilement déplacé de la surface du sélec-
teur chiral par les molécules de soluté plus polaires et par celles du
modificateur polaire souvent contenu dans la phase supercritique).
Du point de vue de la thermodynamique, les plus grandes sélectivi-
tés sont obtenues à basse température (10 < T (oC) < 30), ce qui cor-
respond au domaine subcritique du CO2 (le logarithme de la
sélectivité augmente linéairement en fonction de l’inverse de la tem-
pérature), mais un compromis doit être réalisé avec la cinétique (en
règle générale, à durée d’analyse constante, le nombre de plateaux
contenu dans une colonne diminue quand la température diminue,
c’est-à-dire quand la viscosité de la phase mobile augmente).
Dans le cas des PSC de type IA, les sélectivités observées en CPS
sont, dans la très grande majorité des cas, identiques à celles obser-
vées en CPL. Cela suggère que les mécanismes de reconnaissance
chirale sont du même type pour ces deux fluides, l’hexane et le
dioxyde de carbone apparaissant comme des solvants interchan-
geables du point de vue de la sélectivité [67].
L’influence de la nature des modificateurs polaires (alcools, sol-
vants chlorés) ajoutés à la phase mobile supercritique est le même
que pour la CPL.
Signalons toutefois deux cas particuliers pour lesquels l’hexane
et le dioxyde de carbone ne peuvent être considérés comme inter-
changeables.
Le premier cas concerne la séparation non conventionnelle de
solutés accepteurs d’électrons π (dinitrobenzoyle d’α-amino-esters)
sur PSC également accepteur d’électrons π [68]. Dans ce cas, aucune
interaction de type transfert de charge ne peut s’établir au cours de
la discrimination chirale et l’on observe un changement du méca-
nisme dominant en fonction de la nature de la phase mobile, pou-
vant conduire à une inversion de l’ordre d’élution des deux
énantiomères. On note, dans ce cas, des différences importantes de
sélectivité entre une phase mobile du type hexane/éthanol et une
phase mobile CO2 supercritique/éthanol. Un comportement voisin
de celui du chlorure de méthylène est observé pour la phase super-
critique dans le cas de la séparation des diastéréoisomères de
l’oxyde de phosphine dérivé du L-menthyle (figure 12).
Le second exemple, très important tant au niveau théorique que
pratique, concerne la séparation d’amino-alcools-1, 2 β-bloquants
sur ChyRoSine A [69]. Ces composés sont très bien résolus en CPS
et ne le sont pas ou peu en CPL (figure 13). Cela est dû au compor-
tement tout à fait particulier du dioxyde de carbone qui joue ici
spontanément, et de façon réversible, le rôle d’agent de dérivation
in situ. Les différences de sélectivité observées sont liées au fait que Figure 12 – Séparation des énantiomères de l’oxyde de phosphine
l’espèce chromatographiée et séparée en CPS n’est pas la même dérivé du L-menthyle par CPL et CPS
que celle en CPL (formation d’un complexe labile par interaction
entre la fonction amino-alcool et la molécule de CO2).
Du point de vue cinétique, le gain apporté par la mise en œuvre de identique à des temps d’analyse 5 à 10 fois plus courts en CPS [71]
fluide supercritique est toujours très important. En effet, le nombre [72] (figure 14). Le gain par rapport à la CPL est bien sûr d’autant
de plateaux par unité de temps que peut générer une colonne chro- plus significatif que la valeur de Dm est grande, ce qui signifie que,
matographique est donné par la relation [70] : du strict point de vue cinétique, on a toujours intérêt à privilégier de
faibles masses volumiques de CO2 et à proscrire l’ajout de modifica-
N/t0 = vDm /hd 2
teurs polaires, ce qui est contradictoire avec l’élution de composés
où v est la vitesse réduite de la phase mobile, h, la hauteur de pla- polaires et l’obtention d’une grande sélectivité dans un temps rai-
teau réduite, Dm le coefficient de diffusion du soluté dans la phase sonnable d’où la nécessité, là encore, d’un compromis.
mobile et d le diamètre des particules contenues dans la colonne
chromatographique remplie ou le diamètre intérieur de la colonne
chromatographique capillaire. Pour un même rapport v/h et une 4.2.2.4 Applications
même colonne chromatographique, le nombre de plateaux par
unité de temps est donc proportionnel à Dm . Or les coefficients de Les plus nombreuses concernent les PSC accepteurs d’électrons
diffusion des solutés dans les fluides supercritiques sont, selon [73], qui permettent la résolution des racémates donneurs, ce qui
l’état supercritique, la nature du fluide et des solutés, 5 à 10 fois plus est le cas de nombreuses molécules thérapeutiques. Le choix de ces
grands que dans les liquides ; cela se traduit pour un temps d’ana- PSC est conditionné par la nature du centre de chiralité et des grou-
lyse constant par une amélioration de la résolution et à résolution pements fonctionnels présents dans le racémate.
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Des énantiomères comportant des atomes asymétriques tels que 4.2.3.2 Mécanisme de reconnaissance chirale
C*, P*, S*, Se*... sont généralement bien résolus. En revanche, les Les solutés susceptibles d’être séparés doivent être bifonction-
atropoisomères et les hélicènes ne le sont pas. Des groupements nels pour établir deux liaisons datives et/ou ioniques avec le cation
fonctionnels possédant un moment dipolaire (—CO—NH—, métallique. Le principe de séparation repose, en effet, sur la forma-
≡≡ P == O, == S == O, ≡≡ P == S...) ou ayant la possibilité de former des tion des complexes diastéréoisomères ternaires entre le ligand
liaisons hydrogène (—OH, —SH, —NH—CO—NH—, —NH— CO— sélecteur (Lse), le cation métallique (Me ) et le soluté ligand Lso (L ou
C—...) sont nécessaires près du centre d’asymétrie ainsi que la pré- D ) représenté par l’équilibre suivant dans le cas de ligands
sence d’un cycle aromatique (phényle, naphtyle...). En revanche, les bidentates :
fonctions polaires (acide carboxylique, amines...) qui donneraient
des interactions trop fortes doivent être dérivées en amide, bien que → Lse Me (L ) Lso PS
2 (Lse Me NH3)PS + (L, D ) Lso PM ←
quelques exemples d’injection directe en chromatographie de par-
tage à polarité de phases inversée aient été publiés [74]. Ces phases, + Lse Me (D ) Lso PS + 2 NH3 PM
du fait de leur grande efficacité, se prêtent bien à l’analyse des tra- PS : phase stationnaire
ces [75] ; elles trouvent aussi des applications en chromatographie
préparative [18] [76]. PM : phase mobile
Divers facteurs interviennent dans la formation et la stabilité des
complexes : la structure chimique du ligand sélecteur bi- ou trifonc-
4.2.3 Groupes IB : PSC indépendantes tionnel, la nature du cation métallique, la composition de la phase
pour la chromatographie par échange mobile éluante (pH, force ionique), la nature et la structure de la
de ligands matrice (taux de réticulation) et le mode de greffage du sélecteur
chiral.
4.2.3.1 Sélecteurs chiraux 4.2.3.3 Choix de la phase mobile
Ces PSC sont, comme les précédentes, dites « indépendantes ». Les phases mobiles sont constituées soit d’eau pure, soit de tam-
Elles sont utilisées en chromatographie d’échange de ligands et sont pon phosphate ou acétate de concentrations comprises entre 10–2 et
obtenues par greffage chimique d’un ligand chiral, le plus souvent 5 × 10–2 mol · L–1 (4 < pH < 6), soit encore de mélanges binaires tam-
un acide aminé sur une matrice organique de type polyacrylamide pon aqueux-solvants organiques (méthanol, acétonitrile ou tétrahy-
ou polystyrène-divinylbenzène [77] [78] ou sur une silice de fine gra- drofuranne). Des traces d’ions Cu2+ (10–5 à 10–4 mol · L—1) sont
nulométrie [79]. Indépendamment du type de matrice utilisée, les généralement ajoutées à la phase éluante de façon à maintenir
acides aminés cycliques (proline, hydroxyproline) conduisent aux constante la capacité d’échange de ligands de la colonne chromato-
meilleurs énantiosélectivités et efficacités. Le cation métallique graphique (les acides aminés sont élués sous la forme de comple-
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Figure 15 – Représentation schématique des deux étapes de discrimination chirale sur PSC de type cyclodextrine
xes avec le cuivre (II), ce qui facilite, pour la plupart d’entre eux, leur — (a ) inclusion par effet hydrophobe de la molécule de soluté ou
détection dans l’ultraviolet). d’une partie seulement de celle-ci dans la cavité chirale de façon à
restreindre ses orientations possibles dans la cage ;
— (b ) interactions par formation de liaisons hydrogène entre les
4.2.3.4 Applications
groupements se situant au voisinage du centre d’asymétrie et les
La chromatographie d’échange de ligands a été largement déve- hydroxyles secondaires de la cyclodextrine.
loppée pour la séparation des isomères d’acides aminés [80] [81] La reconnaissance chirale fait intervenir principalement l’adéqua-
[82] [83], des di et tripeptides [80] [81] [82] et des hydroxyacides [80] tion de la taille de la cavité avec le motif hydrophobe du soluté (tight
[84], c’est-à-dire de solutés ayant au moins deux des groupements fit ). La β-cyclodextrine permet l’inclusion d’un cycle benzénique ou
fonctionnels suivants : —COOH, —OH, —NH2, ... capables de former naphtyle ou de taille équivalente ; les racémates résolus comportent
avec l’ion Cu2+ un complexe bidenté. Les acides aminés sont géné- souvent deux cycles dont l’un au moins est aromatique, le centre
ralement non dérivés bien que la forme dansyle soit parfois préférée d’asymétrie étant généralement situé entre les deux ou entre un
essentiellement pour des raisons de détection (fluorimétrie). cycle et une fonction carbonyle. Des changements minimes dans la
structure des solutés peuvent entraîner des variations importantes
de la rétention et de la sélectivité [88].
4.2.4 Groupe II : cyclodextrines et éther-couronne Pour les éthers-couronnes, la discrimination chirale repose sur la
différence de stabilité des complexes diastéréoisomères d’inclusion
formés avec l’éther-couronne (molécule hôte).
4.2.4.1 Sélecteurs chiraux
Ce groupe comprend les cyclodextrines et un éther-couronne. Les 4.2.4.3 Choix de la phase mobile
cyclodextrines [85] sont des oligosaccharides cycliques formant une
cavité hydrophobe de forme toroïdale. Les groupements alcool Phase liquide
secondaire bordent l’entrée de la cavité alors que les groupements Cyclodextrines : ces PSC sont mises en œuvre avec des phases
alcool primaire plus rapprochés, et par ailleurs plus flexibles, obs- mobiles du type eau-solvant organique, ce dernier agit de façon
truent partiellement l’accès opposé de la cavité. La densité électro- compétitive avec le soluté sur le motif cyclodextrine. Ces phases chi-
nique élevée due aux atomes d’oxygène glucosidiques rend rales ne sont généralement pas utilisées en mode normal car elles
l’intérieur de la cavité hydrophobe (hydrophobie comparable à celle ont alors un comportement analogue à celui des phases diols (il y a
de l’octanol), ce qui permet la formation de complexes d’inclusion en effet obturation de la cavité chirale par les molécules du solvant
avec des solutés apolaires ou polaires comportant un motif hydro- hydrophobe, qui empêche toute pénétration même partielle des
phobe. Chaque unité glucopyrannose possède cinq atomes de car- molécules de soluté et il ne subsiste plus que les interactions non
bone asymétriques, ce qui confère aux cyclodextrines des stéréosélectives avec les groupements hydroxyle secondaire bor-
propriétés chirales. Le greffage est généralement effectué par réac- dant l’entrée de la cavité chirale) [89]. Les solvants organiques choi-
tion de la cyclodextrine sur une silice greffée époxyde. Récemment, sis sont le méthanol, l’éthanol ou l’acétonitrile. Les facteurs de
de nouvelles PSC greffées cyclodextrine ont été commercialisées capacité, la sélectivité et la résolution augmentent quand la teneur
[86]. Elles sont obtenues en dérivant les groupements hydroxyle en solvant organique dans la phase mobile décroît. Le méthanol est
secondaire des cyclodextrines sous la forme ester ou carbamate. le solvant souvent le plus sélectif.
Les cyclodextrines sont ensuite greffées sur une silice de 5 µm, le Éther-couronne : les phases éluantes sont généralement consti-
bras reliant la cyclodextrine à la silice est dépourvu d’atomes tuées de solutions aqueuses d’acide perchlorique de pH compris
d’azote, ces phases présentant l’avantage d’être très stables en entre 1,5 et 2. Selon le caractère hydrophobe du soluté, une faible
milieu aqueux. quantité de méthanol est quelquefois ajoutée à la phase aqueuse
Les éthers-couronnes sont des polyéthers cycliques connus pour afin de diminuer la rétention.
leurs propriétés complexantes vis-à-vis des cations métalliques Phase supercritique
alcalins et des sels d’ammonium et d’alkylammonium [87]. La chira- Les cyclodextrines ont été mises en œuvre avec succès en CPS
lité est introduite par incorporation de deux motifs binaphtyle qui bien que, comme nous venons de le voir, ces phases ne soient pas,
présentent une stéréoisomérie conformationnelle de torsion (atro- a priori, adaptées à la séparation d’énantiomères en phase normale.
poisomérie). Cette utilisation est cependant rendue possible par le fait que la
molécule de dioxyde de carbone a, d’une part, un moment dipolaire
4.2.4.2 Mécanisme de reconnaissance chirale induit, ce qui lui confère une polarité supérieure à l’hexane et,
d’autre part, un volume molaire plus faible, ce qui l’empêche de blo-
La figure 15 représente, de façon schématique, les deux étapes quer irréversiblement les cavités chirales hydrophobes des cyclo-
essentielles des séparations avec les cyclodextrines non modifiées : dextrines. De façon générale, la sélectivité est très supérieure à celle
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N, N diméthyl octylamine
Amines tertiaires
Contre-ions cationiques
N, N diméthyl éthylamine
Bromure de
tétrapropylammonium
Ammonium
quaternaire
Bromure de
tétrabutylammonium
octanoïque
Contre-ions anioniques
décanoïque
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tique ou semi-préparative) sont également des facteurs importants CHIRBASE permet de rechercher et de trier les structures molécu-
à considérer. D’autres paramètres peuvent également être pris en laires 2D des solutés et des phases stationnaires chirales parmi les
compte, par exemple le prix de la phase peut parfois inciter l’utilisa- 40 000 séparations enregistrées aujourd’hui. Cette base de données
teur à modifier son soluté pour l’adapter à une PSC de type IA par peut être installée sur un PC (Windows 95 ou 3.1, logiciel ISIS/Base)
exemple. Le choix de la PSC la mieux adaptée à un type de racémate ou sur un serveur (VAX/VMS, Silicon Graphics utilisant le logiciel
ou de mélange racémique peut aussi être réalisé en consultant la ISIS/Host). Son extension à la CPG a été développée par B. Koppen-
banque de données CHIRBASE développée par C. Roussel et P. Piras hoefer et U. Trettin à l’Université de Tübingen [120].
[117] [119] pour la CPL et la CPS.
CHIRBASE est une base de données moléculaires pour le déve-
loppement de méthodes d’analyses et de préparations des énantio-
mères par chromatographie en phases liquide et supercritique.
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