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Philo Cours Liberté

Le document présente une réflexion sur la notion de liberté. Il questionne si le fait de faire ce que l'on veut est une définition suffisante de la liberté, et introduit des notions comme la volonté, le désir et le choix. Le document contient également des exemples et des définitions de vocabulaire clé.

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Philo Cours Liberté

Le document présente une réflexion sur la notion de liberté. Il questionne si le fait de faire ce que l'on veut est une définition suffisante de la liberté, et introduit des notions comme la volonté, le désir et le choix. Le document contient également des exemples et des définitions de vocabulaire clé.

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SÉQUENCE 5

PARTIE 1 : ÊTRE LIBRE, EST-CE FAIRE CE QUE L’ON VEUT ?

Étape 1 : S’étonner (entrée dans le cours/introduction)

Croisement
Les valeurs auxquelles nous adhérons et que nous reconnaissons,
les devoirs que nous accomplissons ou les lois auxquelles nous
obéissons ont en commun de présupposer que nous sommes
des êtres libres. En effet, il n’y aurait pas de sens à défendre le
caractère préférable ou « plus noble » d’une action, à souligner
l’importance du devoir ou à rédiger des lois encadrant la vie
publique, si cela ne s’adressait pas à des êtres libres, c’est-à-dire
à des personnes capables d’accomplir seules leurs propres choix,
en connaissance de cause.
En effet, le caractère libre de nos choix, de nos pensées et de nos actions est une sorte d’évidence
première, quelque chose qui se manifeste en nous de façon immédiate, sans réflexion nécessaire, car
nous « savons », voire nous « sentons », à chaque instant, que ce que nous nous apprêtons à dire ou à
faire pourrait être différent, et qu’en cela, nous sommes responsables du choix que nous avons fait. C’est
d’ailleurs ainsi que nous décrivons le plus instinctivement notre liberté : « je fais ce que je veux », au sens
où la principale façon de nous opprimer serait justement de nous empêcher de suivre nos volontés, de
nous contraindre à obéir à la volonté d’un autre.
Est-ce à dire que l’obéissance à nos propres volontés soit une définition suffisante de la liberté en
général ?
En effet « faire ce que l’on veut » signifie obéir à sa volonté : nous « voulons » quelque chose en notre for
intérieur, et nous appliquons cette volonté de notre mieux. Mais alors, comment cette volonté est-elle
« arrivée » en nous ? Avons-nous « choisi » de vouloir telle ou telle chose ? Si je veux sortir d’une pièce,
est-ce que j’ai choisi de vouloir sortir, ou est-ce que mon choix se réduit à la façon de sortir de cette pièce
(lentement, à toute vitesse, en laissant la porte ouverte, en claquant la porte) ? Enfin, dans ce que je
nomme mes « volontés », il faudrait faire la part des choses entre ce que je « veux » vraiment (et qui est
censé démontrer ma liberté) et ce que je « désire » de façon plus impulsive (le désir pouvant alors être
une contrainte, une pulsion qui me fait agir malgré moi).

Un peu de vocabulaire

Volonté : L’expression « je veux » est aujourd’hui galvaudée, c’est-à-dire qu’elle peut désigner des réalités très
différentes (volonté, souhait, désir…). Au sens fort, ce que nous voulons est ce qui a fait l’objet d’une délibéra-
tion intérieure, où nous avons comparé le « pour » et le « contre », et qui entraîne donc un choix « délibéré » ou
« réfléchi ». La volonté est donc à la fois rationnelle (elle doit s’appuyer sur une réflexion rigoureuse) et libre
(elle ne dépend pas d’une pression extérieure).
Désir : le désir désigne, si on l’oppose à la volonté, une impulsion vive vers un objet que l’on se représente
comme une source de plaisir, ou de bienfait. Le désir n’est pas choisi ou voulu, en toute rigueur : il est éprouvé,
il relève de la « passion » (par opposition à « l’action »), et ne donne pas nécessairement lieu à des actes, car il
est possible de lui résister.
Choix : le choix consiste en l’acte de trancher entre plusieurs options, par notre pensée ou par notre action, et
de nous engager dans l’une de ces options en renonçant définitivement aux autres. Tant que le choix ne s’est
pas traduit en une action, on ne peut pas, en toute rigueur, dire qu’il a eu lieu.

CNED  TERMINALE  PHILOSOPHIE  1


La certitude que nous sommes libres est profondément ancrée en nous, elle est presque intuitive, car
chacun ressent le regret, la culpabilité, ou encore le remords qui tous présupposent que « nous aurions
pu faire autrement » lorsqu’une action commise se révèle être fautive ou néfaste. Or, être capable de
décider entre plusieurs options selon sa volonté, suivre sa volonté à travers chaque choix, c’est cela, être
libre : d’où notre définition de la contrainte ou de l’oppression, qui nous empêchent d’accomplir de tels
choix, ou qui nous privent de notre dignité et de notre responsabilité. Mais sous une autre perspective,
nos volontés ne sont-elles pas, à leur tour, le résultat de circonstances que nous ne maîtrisons pas ?
Faire ce que l’on veut est une chose, mais où est la garantie que ce que nous « voulons » émane bien de
nous, et n’a pas été suggéré, ou causé, par un phénomène préalable, qui lui ne dépendait pas de notre
volonté ? Faire ce que l’on veut, ne serait-ce pas tout simplement suivre la pression exercée par le
contexte dans lequel nous agissons ?

Un peu de vocabulaire

Contrainte : la contrainte est une pression, physique ou morale (c’est-à-dire qui passe par le langage et l’intel-
lect, comme le chantage ou la menace, par exemple), qui s’exerce sur un être pour le faire agir d’une certaine
façon déterminée. Elle relève de la violence, lorsqu’elle s’oppose au mouvement spontané ou naturel de l’être
qui est contraint.
Intuition : l’intuition est ce qui nous fait accéder à une connaissance de façon immédiate, sans réflexion néces-
saire. Elle relève ainsi du sentiment plus que de la certitude intellectuelle, mais elle peut contribuer à former
des idées générales.

Mise en activité
Au brouillon, vous chercherez en quoi suivre sa propre volonté pourrait n’être qu’une forme illusoire
de liberté ? Peut-on ne pas être libre alors même que l’on pense faire « ce que l’on veut » ? Trouvez
éventuellement des exemples qui illustreraient vos arguments… De même, réfléchissez également à
des contre-exemples, qui pourraient vous amener défendre l’idée que notre volonté est libre, en toutes
circonstances. Vous confronterez ce travail préparatoire aux éléments du cours qui va suivre.

2 CNED TERMINALE  PHILOSOPHIE
Étape 2 : S’interroger et débattre (la leçon)
1. L’évidence du libre arbitre et de notre responsabilité
a. De la liberté politique à la liberté physique et morale
Le terme de liberté a une longue histoire. Il désignait d’abord la différence qui opposait le citoyen et
l’esclave, dans l’Antiquité : un esclave est une simple chose, un objet que l’on peut posséder. Il ne peut
décider de son propre sort. Le citoyen, lui, dispose d’un certain contrôle sur sa propre existence, comme
le peuple qui échappe au joug du tyran : il est libre en exigeant que l’on respecte ses droits. De là, et
par métaphore, nous en sommes venus à dire qu’un animal ou une plante sauvages s’épanouissent
« librement », ou qu’une rivière qui n’est bordée d’aucun canal s’écoule « librement ». Enfin, le mot
« liberté » a pu désigner la liberté de l’esprit face à ses passions ou ses désirs, lorsqu’il refuse d’en être
l’esclave, et qu’il est précisément « maître de lui-même ».

Mise en activité
Question
Comparer les deux images qui suivent. En quel sens renvoient-elles toutes deux à un sens du mot
« liberté » ? Quelles sont néanmoins les différences radicales qui les opposent ?
Eugène Delacroix, La liberté guidant le peuple, 1830 Chevaux sauvages en Camargue

—Réponse
Ces images évoquent toutes deux le mot de « liberté », parce que toutes deux elles représentent des êtres
agissant d’eux-mêmes, soit pour se conserver, soit pour se défendre, sans qu’aucun maître extérieur ne
leur impose de comportement déterminé. Mais dans le même temps, on peut souligner que la liberté
animale est paradoxale, si l’on admet qu’un animal sauvage n’obéit qu’à son instinct et à son désir de
conservation, tandis que l’humain peut agir au nom de principes plus élevés que sa propre conservation,
des principes qui peuvent même le conduire à mettre sa vie en danger, voire à la sacrifier (différence
illustrée elle-même par les deux images ci-dessus).
Une première hypothèse doit ici être prise en considération : être libre, c’est disposer seul de soi-même,
agir sans être contrôlé par une puissance supérieure ou extérieure ; c’est donc bel et bien « faire ce que
l’on veut ».
On voit donc dans un premier temps que notre conception la plus intuitive de la liberté rejoint la notion
d’indépendance. Mais elle ne s’y réduit pas, car à l’absence de maître s’ajoute l’idée de responsabilité.

CNED  TERMINALE  PHILOSOPHIE  3


b. Ma liberté se manifeste dans le sentiment de remords
En plus du sentiment d’agir par soi-même, la liberté
Un peu de vocabulaire est éprouvée aussi et surtout dans la culpabilité,
l’impression qu’une action néfaste que nous avons
Responsabilité : qualité d’une personne qui accomplie aurait pu être autre : elle a résulté d’un choix
doit répondre de ses actes, c’est-à-dire qui
libre, libre parce qu’il n’était pas écrit à l’avance, et c’est
doit en assumer les conséquences, et notam-
ment être jugé, juridiquement ou moralement, donc nous qui sommes « coupables » de ce choix, sans
comme l’auteur ou la véritable cause de ce pouvoir renvoyer cette culpabilité à un agent extérieur.
qui a été fait. Ainsi, notre conscience morale joue un rôle décisif dans
Conscience morale : la conscience désigne l’intuition de notre liberté : c’est en quelque sorte la
d’abord notre aptitude à savoir qui l’on même chose de dire « je suis libre de mes choix » et « si
est, et où l’on est, durant la vie lucide de j’agis mal, j’en suis le seul coupable ». Si nos actions
l’esprit (lorsqu’il n’est pas en sommeil). La n’étaient pas libres, si chacun de nos actes pouvait
conscience morale porte plus précisément intégralement être expliqué par une série de pressions
sur le fait de « savoir » ou de « sentir », au extérieures (le contexte de notre action, les autres
moment où l’on agit, ce qu’il faut et ne faut individus) ou intérieures (les passions ou les désirs qui
pas faire, ce qui est notre devoir, et ce qui exercent une emprise sur nous), alors la culpabilité
va contre ce devoir. La conscience morale
n’aurait pas de sens : on comprend donc que derrière la
se présente comme une sorte de « voix »
intérieure qui nous rappelle notre moralité.
notion de liberté se trouve celle de responsabilité.
La liberté nous rend responsables parce qu’elle fait
de nous les auteurs de nos actes ; à l’inverse, nous ne
sommes pas responsables de ce que nous aurions fait sous la pression, la menace ou la contrainte directes,
ou encore en état d’inconscience : en ce cas, nous ne sommes pas considérés comme libres, et donc nous ne
nous percevons pas comme les causes directes de nos actions. Pour être auteur responsable de ses actes, il
faut être capable d’accomplir des choix délibérés, de façon autonome, et en connaissance de cause (c’est-à-
dire en sachant à quelles conséquences l’on s’expose, quels risques l’on prend, et pourquoi l’on agit).

c. Le libre arbitre fait notre dignité d’êtres humains, en nous rendant


moralement responsables par la maîtrise de nos volontés
Mise en activité
Lisez très attentivement le texte de saint Augustin qui suit et répondez au brouillon aux questions posées
ensuite. Vous comparerez vos réponses aux éléments de correction proposés.

« Penses-tu que le désir soit plus puissant que l’esprit auquel, comme nous le savons, a été attribué,
selon une loi éternelle, de régner sur les désirs ? Quant à moi, je ne le pense nullement. Car il n’y aurait
pas un si bel ordre si le moins puissant commandait au plus puissant. C’est pourquoi j’estime qu’il
est nécessaire que l’esprit puisse plus que la cupidité, par cela même qu’il est conforme et juste qu’il
domine la cupidité. […] Qu’est-ce qui, en effet, relève davantage de la volonté que la volonté elle-même ?
Lorsqu’un homme en possède une bonne, il possède assurément quelque chose qui doit être placé très
loin devant tous les royaumes terrestres et tous les plaisirs du corps. Mais celui qui ne la possède pas,
assurément, manque d’une chose supérieure à tous les biens qui ne sont pas mis en notre puissance, et
que la volonté seule, par elle-même, lui donnerait. […] [Nous] avons établi que ce que chacun choisit de
suivre et d’embrasser dépend de la volonté, et il est manifeste que, ce qu’il faut mettre en cause, ce n’est
pas la chose lorsque quelqu’un en fait mauvais usage, mais celui-là même qui en use mal. Aussi, repor-
tons-nous, si tu le veux bien, à la question posée au début de cette discussion, et voyons si elle a trouvé
une réponse. Car nous avions décidé de chercher ce que c’est que mal agir, et c’est dans ce but que nous
avons dit tout ce que nous avons dit. »
Saint-Augustin, Le Libre arbitre, in Œuvres, Traduction de Sophie Dupuy-Trudelle, Bibliothèque de la Pléiade © Éditions Galli-
mard. www.gallimard.fr. Tous les droits d’auteur de ce texte sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de celui-ci autre
que la consultation individuelle et privée est interdite.

4 CNED TERMINALE  PHILOSOPHIE
Atelier de Domenico Ghirlandaio, La tentation de saint Antoine, XVe siècle

Questions

1) Comment Augustin justifie-t-il, dans le premier paragraphe, la puissance de l’esprit sur le désir ?
2) Que veut-il dire par « qu’est-ce qui relève davantage de la volonté que la volonté elle-même ? » ?
3) Pourquoi la valeur de la bonne volonté est-elle présentée comme supérieure à celle des autres biens ?
4) Pourquoi Augustin parle-t-il de l’usage que nous faisons des choses, en fin de texte ? Quel(s) point(s)
cela permet-il d’éclaircir ?

—Éléments de réponse
1) L’esprit ne peut être, par nature, soumis au désir car cela irait contre « une loi éternelle » et un « bel
ordre » qu’Augustin refuse de contredire : on peut comprendre que derrière cette loi et cet ordre se
trouve la volonté divine, qu’il est impossible de considérer comme mauvaise ou comme chaotique, dans
le cadre de la pensée chrétienne d’Augustin. Ainsi, le premier argument est un argument théologique :
l’esprit était une chose plus noble ou plus élevée que le désir (ou la passion), il serait injuste et donc
absurde que Dieu l’ait rendu impuissant face aux désirs. Il est donc capable de dominer et de maîtriser
la cupidité, en faisant des choix libres.
2) Par cette expression, il s’agit de souligner que la volonté est parfaitement indépendante, qu’elle peut
se déterminer sans être soumise à un quelconque facteur extérieur : c’est ce qui définit notre libre
arbitre.

CNED  TERMINALE  PHILOSOPHIE  5


3) Parce que seule la bonne volonté fait notre valeur morale et assure notre salut, c’est-à-dire le
bonheur éternel, dans une perspective chrétienne.
4) La notion d’usage est essentielle, parce qu’elle permet de rappeler que la responsabilité, et donc la
valeur morale, se trouve toujours du côté de celui qui est capable de choisir librement, et pas dans
l’objet même qu’il utilise (l’outil) pour parvenir à ses fins. Lorsqu’un objet est utilisé pour faire le mal,
notre jugement ne doit pas s’en prendre à l’objet, qui n’a aucune valeur par lui-même, mais il doit se
tourner vers l’agent (celui qui s’en sert en choisissant librement). Le mal a donc son origine dans la
volonté humaine, car elle est dotée de libre arbitre.

Un peu de vocabulaire

Absolu : est absolu ce qui ne dépend que de soi pour être vrai, avoir de la valeur, ou exister (par opposition à
ce qui est relatif). Ici, le libre arbitre se définit comme une indépendance absolue de la volonté, totalement
capable de se déterminer elle-même sans influence extérieure.

Résumons-nous et allons plus loin 


La certitude intérieure d’après laquelle nous pouvons « faire ce que nous voulons », sans dépendre pour
cela d’une puissance extérieure, est donc bien au centre de notre conception de la liberté individuelle. En
effet, disposer de soi-même, être indépendant dans ses choix et dans ses actions, sont des conditions
essentielles à la définition de la liberté, à tel point qu’elles nous rendent capables de penser la
responsabilité et la dignité morale : sans indépendance du choix et de l’action, pas de liberté, donc pas
non plus de responsabilité ou de culpabilité. Si donc nous nous « sentons » responsables ou coupables
(par notre conscience morale notamment), c’est donc que nous sommes fondamentalement libres. La
liberté, c’est l’absolue indépendance de la volonté.

TRANSITION 
Mais cette définition de la liberté enferme deux problèmes majeurs : le premier problème concerne
l’origine de ce que nous appelons nos « volontés ». Comme nous l’avons dit en introduction, comment
pouvons-nous être certains que ce que nous voulons est librement décidé par nous-mêmes ? Nos
volontés ne résultent-elles pas de causes dont nous ignorons parfois l’existence, mais qui seraient,
par conséquent, les véritables causes de nos actions ? Le deuxième problème concerne la source nous
permettant savoir que nous choisissons librement : il s’agit d’un sentiment intérieur, d’une évidence
intuitivement ressentie. Mais suffit-il de ressentir un vif sentiment pour considérer que l’on dispose d’une
« preuve » objective sur une réalité ? Une illusion n’est-elle pas, elle aussi, un vif sentiment intérieur, une
évidence perçue ? Comment démêler le réel de l’illusoire si la liberté humaine n’est qu’une affaire de
sentiment subjectif ? Dès lors, peut-on toujours dire que suivre ses volontés, c’est être libre ?

6 CNED TERMINALE  PHILOSOPHIE
2 - Nos volontés ne sont que le résultat de désirs ignorés : être libre,
ce n’est pas faire ce que nous voulons

a. Lorsque nous agissons sans connaître les causes qui nous font agir, nous
pensons être libres
Station de métro, Londres, 2013
Il ne suffit pas d’avoir le sentiment de vouloir librement,
Le déplacement des foules dans les infrastructures urbaines
pour être véritablement libre. En effet, ce sentiment est un cas typique de phénomène collectif prévisible, encadré,
peut se produire dans une grande variété de situation auquel nous n’avons pourtant pas conscience de participer
qui ne correspond pas à une liberté réelle. Car le quand nous y sommes inclus.

sentiment de liberté dépend très largement de notre


ignorance des causes extérieures (les éléments de notre
environnement) ou intérieures (les mécanismes de nos
passions ou émotions) qui nous poussent à agir sans que
nous l’ayons véritablement décidé.
Cette approche du fonctionnement de notre volonté
correspond à une perspective que l’on nomme
« déterministe » : déterminer quelque chose, c’est
l’orienter dans une certaine direction, la contraindre
à agir d’une certaine façon. Le déterminisme est
une conception de l’univers selon laquelle tous
les phénomènes physiques (qui incluent donc le
comportement humain) sont déterminés par des causes
précises, avec lesquelles ils entretiennent un lien de nécessité : autrement dit, chaque phénomène devait
arriver compte tenu des causes qui l’ont provoqué, cela ne pouvait pas se passer autrement.
Cette thèse est notamment défendue par Baruch Spinoza dans un texte célèbre extrait de la Lettre à
Schuller :

« J’appelle libre, quant à moi, une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature ; contrainte,
celle qui est déterminée par une autre à exister et à agir d’une certaine façon déterminée. Dieu, par
exemple, existe librement bien que nécessairement parce qu’il existe par la seule nécessité de sa nature.
[…] Vous le voyez bien, je ne fais pas consister la liberté dans un libre décret (= « libre décision ») mais
dans une libre nécessité. [...] Pour rendre cela clair et intelligible, concevons une chose très simple : une
pierre par exemple reçoit d’une cause extérieure qui la pousse, une certaine quantité de mouvement
et, l’impulsion de la cause extérieure venant à cesser, elle continuera à se mouvoir nécessairement. […]
Concevez maintenant, si vous voulez bien, que la pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, pense
et sache qu’elle fait effort, autant qu’elle peut, pour se mouvoir. Cette pierre assurément, puisqu’elle
a conscience de son effort seulement et qu’elle n’est en aucune façon indifférente, croira qu’elle est
très libre et qu’elle ne persévère dans son mouvement que parce qu’elle le veut. Telle est cette liberté
humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de
leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent. […] Un ivrogne croit dire par un libre décret de
son âme ce qu’ensuite, revenu à la sobriété, il aurait voulu taire. »
Spinoza, « Lettre LVIII à Schuller », in Œuvres, 4, trad. Appuhn, Garnier Frères, 1966, p. 303-304.

CNED  TERMINALE  PHILOSOPHIE  7


Que retenir ici ?
Spinoza ne nie pas qu’il existe une liberté, mais il critique la définition de la liberté comme exercice d’un
libre arbitre (qu’il appelle ici « libre décret ») : autrement dit, on ne peut se considérer comme libre sous
prétexte que l’on aurait l’impression de vouloir librement ce que l’on veut. En effet, cette impression
ou conscience d’être libre provient seulement, d’après Spinoza, de notre ignorance des causes qui
nous déterminent, c’est-à-dire que nous pensons être libre quand nous n’avons pas conscience d’être
contraint par d’autres facteurs que celui de notre propre volonté.
Par exemple, si quelqu’un me pousse et me fait tomber, je ne penserais pas être librement tombé, car
j’aurais une conscience nette de ne pas être la cause de mon propre mouvement. En revanche, pour
reprendre l’exemple de Spinoza, un ivrogne pense être libre lorsqu’il est sous l’emprise de la boisson,
parce que sa conscience est endormie, et ce, alors même qu’il est précisément prisonnier des effets de
l’alcool. La preuve en est que, le lendemain venu, lorsqu’il sera revenu à la lucidité, cet individu regrettera
ses actions : alors que la veille il pensait être libre, il reconnaîtra alors qu’il a été faible, qu’il s’est laissé
emporter, comme un pantin trop fragile.
Nous pouvons élargir cette interprétation à l’ensemble de notre comportement : chaque fois que nous
pensons prendre une décision libre, et agir en conséquence, il y a en réalité une multitude de causes à
l’œuvre, qui permettront a posteriori (après-coup) d’expliquer notre comportement. Dans certains cas,
nous pouvons nous-mêmes nous en rendre compte, lorsque nous « refaisons le film » et que nous nous
apercevons du poids qu’un contexte, ou une personne, ou une parole entendue, ont pu avoir sur notre
attitude finale. Pour Spinoza, l’ensemble des pensées et des actes d’un individu peuvent être compris à
l’intérieur de cette perspective.

Visionner une vidéo 


En suivant ce lien, vous pourrez visualiser une vidéo de la chaîne « Fouloscopie » sur YouTube, qui
s’intéresse précisément à l’étude du comportement des foules, et dans la vidéo qui nous intéresse, à la
manipulation des individus rassemblés.
https://www.youtube.com/watch?v=2sgracmBZ98
Marionnettes sur un stand, Eggenburg, 2013 En cas de dysfonctionnement du lien, sur un moteur
de recherche, rentrer les mots-clés suivants : youtube,
fouloscopie, manipuler foules contagion.
La vidéo démontre bien que nous pouvons effectuer des
choix individuels qui, au moment où ils sont accomplis, nous
paraissent libres, mais qui résultent en réalité de mécanismes
d’imitation inconscients. Ces mécanismes sont si réguliers
qu’il est même possible d’en calculer le degré de probabilité,
en fonction du nombre de personnes engagées dans le
groupe. On observe donc que, sans avoir le moins du monde
le sentiment d’être contraint par le comportement des autres,
nous pouvons être poussés malgré nous à imiter ce comportement, tout en ayant l’impression intérieure
de conserver notre liberté. C’est ce phénomène qui paraît valider la critique par Spinoza du concept de
libre arbitre : « faire ce que l’on veut », ce n’est pas être libre, mais c’est bien plutôt obéir aux pressions
qu’exerce sur nous l’environnement où nous nous trouvons.

8 CNED TERMINALE  PHILOSOPHIE
b. Le principe de causalité doit s’appliquer aux comportements humains
pour qu’on en construise une connaissance rationnelle.
L’approche déterministe défendue par Spinoza se vérifie également dans la méthodologie des sciences
en général, et plus particulièrement les disciplines qui étudient l’humain et son comportement : en effet,
notre raison exige, pour comprendre un phénomène, que celui-ci se déroule selon le principe d’une
stricte causalité. Autrement dit, pour expliquer un phénomène de manière scientifique, on doit toujours
présupposer que derrière un effet déterminé se trouve un ensemble de causes déterminées, et qu’aux
mêmes causes répondent toujours les mêmes effets.
C’est cette perspective qui rend l’univers accessible à notre raison : en effet, si la causalité n’était pas
respectée, alors n’importe quel phénomène pourrait se produire à partir de n’importe quel autre, ce qui
rendrait impossible la moindre tentative d’expliquer le réel de façon systématique. Tout autour de nous, il
n’y aurait que des « miracles », c’est-à-dire des effets sans causes, ce qui est absolument incompatible
avec les exigences de notre raison.
C’est la même chose en ce qui concerne les actions et les pensées humaines : penser que seul le libre
arbitre décide du fil de nos pensées et de nos actions, c’est affirmer que tous les phénomènes qui
traduisent notre comportement sont « sans cause », et qu’ils seraient en quelque sorte de petits
miracles. Or, toutes les sciences qui se sont intéressées au comportement individuel ou collectif des
humains (psychologie, sociologie) ont évacué cette hypothèse du libre arbitre de leurs études, pour
expliquer de façon plus rationnelle l’évolution de nos comportements. Cette approche s’est révélée valide,
dans la mesure où elle a permis de comprendre de façon bien plus fine les mécanismes à l’œuvre chez
les individus et dans les sociétés, mécanismes dont il est possible de formuler des lois générales, et
même de quantifier le fonctionnement.

Un peu de vocabulaire
Causalité : Principe d’après lequel tout phénomène réel est l’effet d’une ou de plusieurs causes déterminées,
qui permettent d’expliquer sa constitution et son fonctionnement.
Psychologie : étude rationnelle (ou scientifique) du fonctionnement de l’esprit humain et du comportement
individuel
Sociologie : étude rationnelle (ou scientifique) des faits sociaux et des groupes sociaux, considérés comme des
réalités à part entière (un groupe social n’est pas seulement l’addition de plusieurs volontés individuelles, il a
son comportement bien à lui).

c. Faire son devoir1, et non pas « faire ce que l’on veut », comme vraie
preuve de liberté
Au-delà de la question des causes mécaniques de nos actions, on peut également considérer notre
liberté par rapport aux objectifs (aux « fins ») que nous poursuivons : selon Emmanuel Kant, obéir à nos
désirs temporaires n’est pas une preuve de liberté, bien au contraire. Lorsque « je fais ce que je veux », et
qu’en l’occurrence je désire plutôt acquérir un bel objet, ou une belle maison, alors je n’ai absolument pas
prouvé ma liberté, mais au contraire j’ai suivi des désirs que je ne maîtrise pas.
En revanche, imaginons que l’on demande à quelqu’un s’il lui est possible de se sacrifier pour ne pas
trahir son ami le plus cher : « il tiendrait pour possible de vaincre son amour pour la vie, si grand qu’il
puisse être. Il n’osera peut-être pas assurer qu’il le ferait ou qu’il ne le ferait pas, mais il accordera sans
hésiter que cela lui est possible. Il juge donc qu’il peut faire une chose, parce qu’il a conscience qu’il doit
la faire, et il reconnaît ainsi en lui la liberté qui, sans la loi morale, lui serait restée inconnue » (Critique de
la raison pratique, trad. Picavet).
1  La leçon sur le devoir qui suivra celle sur la liberté approfondira la notion…

CNED  TERMINALE  PHILOSOPHIE  9


Interprétons cette citation 
Kant souligne par ces mots que c’est dans le sens du devoir que se reconnaît la liberté individuelle, bien
plutôt que dans une capacité à faire « ce que l’on veut », sans que cette volonté soit justifiée par autre
chose que par elle-même. En effet, c’est lorsque l’on tente d’agir « au hasard » que l’on réagit plutôt au
contexte de notre action, et que nous agissons donc comme les marionnettes de notre environnement.
Imaginons, par exemple, le client d’un grand magasin qui déciderait d’acheter « librement » tout ce qu’il
voudrait, au fil de sa promenade dans les rayonnages. Alors qu’il pense choisir de façon parfaitement
indépendante, il réagit en réalité à l’habileté du marketing, qui passe par la disposition des produits, par
leur mise en valeur, et par la détermination des prix. Il n’est pas libre ; il suit la trajectoire que l’on attend
de lui.
En revanche, si l’on parle de la possibilité pour nous de suivre notre devoir, c’est-à-dire notre idée de ce
qu’il faut faire, coûte que coûte et en toute circonstance, nous n’arrivons pas au même constat. En effet,
nous ne serions peut-être pas prêts à avouer que nous sacrifierions tout ce qui nous est cher (et en
particulier notre vie) pour faire notre devoir lorsque les circonstances l’exigent. Mais nous pouvons
cependant admettre que cela serait possible, que c’est techniquement en notre capacité (c’est d’ailleurs
la raison pour laquelle, si nous ne faisons pas notre devoir par peur des conséquences, nous éprouvons
de la culpabilité : nous savons que nous pouvions le faire).
Ainsi, c’est dans le devoir moral, c’est-à-dire dans la conscience de ce qu’il est nécessaire d’accomplir
(et ce devoir a pour particularité d’être constant, donc sans interruption, et absolu, donc sans exception),
que nous découvrons notre liberté : en effet, seul un être libre est capable de s’arracher à ses désirs
élémentaires (et, tout particulièrement, au désir de vivre, ou d’assurer son propre bien-être) pour
accomplir un devoir qu’il estime être plus noble, ou plus essentiel.
Équipes de secours, Népal, 2015 Comme nous savons que cela est en notre pouvoir,
alors nous savons que nous sommes libres (et ce,
même si le moment venu, nous ne parvenons pas
à faire notre devoir : nous savons toujours que cela
fait partie de nos capacités, parce que nous
sommes libres).

Un peu de vocabulaire

Devoir : le devoir moral est un impératif absolu (sans exception possible) que nous ressentons de façon
intérieure, dans ce que l’on nomme notre conscience morale. Il nous oblige à respecter des principes de
moralité lorsque nous faisons des choix, et nous rappelle à notre culpabilité lorsque nos actions sont allées
contre ces principes. Le devoir se manifeste en nous constamment, comme une certitude intime ; il ne nous
rend pas automatiquement moraux, mais capables de moralité.
Autonomie : l’autonomie ne désigne pas seulement l’indépendance, mais le fait de se prescrire à soi-même
(« auto ») sa propre loi (« nomos » en grec). Ainsi, pour Kant, l’autonomie représente plus fidèlement la liberté
humaine que l’indépendance, car elle implique la possibilité d’avoir conscience des règles que l’on s’impose, et
la capacité d’y obéir dans n’importe quel contexte, ce qui est la marque de la liberté.

10 CNED TERMINALE  PHILOSOPHIE
Résumons-nous et allons plus loin
À ce niveau de notre progression, nous avons compris que « faire ce que l’on veut » ne pouvait suffire à
définir le concept de liberté. En effet, l’expression « vouloir » est souvent vague, et peut renvoyer à une
série de désirs qui sont l’origine réelle de nos actions, et qui, en revanche, semblent être hors de notre
contrôle direct. On ne choisit jamais ce que l’on désire, et il est fort possible qu’une large partie de nos
propres choix, qui déterminent jusqu’à notre identité, soit en fait le résultat de causes dont nous n’avons
aucune conscience. La liberté n’est donc pas un concept qui se laisse aisément appréhender. Kant, par
exemple, insiste sur le fait que ce n’est pas dans le caractère aléatoire de nos désirs, mais au contraire
dans la conscience de la nécessité du devoir, que la liberté humaine se manifeste vraiment. La liberté,
paradoxalement, apparaîtrait davantage dans ce qui est nécessaire, que dans ce qui pourrait changer,
être autrement – c’est-à-dire ce qui est contingent.

TRANSITION 
Mais peut-on vraiment se résoudre à affirmer que la liberté ne s’observe que dans l’obéissance à la
nécessité du devoir ? Il ne semble pas satisfaisant de définir ce concept par une attitude de soumission.
Si d’un côté être libre, ce n’est pas vouloir n’importe quoi n’importe quand, ce n’est pas non plus se
soumettre à des obligations que l’on n’a pas choisies. Est-il donc possible de trouver un juste milieu dans
notre définition de la liberté ?

3. On devient libre par une plus claire connaissance de soi


et du monde

a. La liberté n’est pas le hasard ni le chaos


Nous avons vu avec Spinoza et Kant qu’il n’était pas pertinent de définir la liberté comme une absolue
indépendance de la volonté ; il faut comprendre qu’au-delà de ce constat, il faut revenir sur l’identification
de la liberté au hasard ou à l’aléatoire : s’il peut sembler à première vue qu’un être libre peut s’affranchir
des règles sous toutes leurs formes, et donc agir de manière chaotique, sans objectif précis, cette
représentation rencontre vite des limites.
On éprouve certes une difficulté à admettre que la liberté implique de reconnaître des faits qui ne
dépendent pas de nous, comme l’autorité de notre devoir, ou les vérités objectives qui se donnent
à notre connaissance. Pourtant, en renversant la perspective, on peut comprendre qu’être privé de
devoir moral, ou de connaissance objective, est sans doute la forme la plus radicale d’oppression d’une
volonté humaine : c’est en effet réduire l’humain à ses désirs aveugles, sans référence à des principes
plus élevés, ni réflexion sur ce qui fait le monde autour de nous. L’ignorance du devoir et de la réalité
asservissent l’esprit, elle ne le libère pas. Autrement dit, la liberté implique le savoir, la connaissance,
autant en ce qui concerne les règles de fonctionnement du monde, que les lois qui s’imposent à notre
volonté. La liberté ne procède donc pas du hasard total, chaotique, mais au contraire de la saisie par la
raison de l’ordre qui constitue notre réalité.

b. Liberté d’indifférence et liberté éclairée


Dans ses Méditations métaphysiques, René Descartes découvre notamment qu’existe en notre esprit une
volonté dont l’infinité est comparable à celle de Dieu même : par notre volonté, en effet, nous sommes
seuls souverains sur la détermination de ce que nous voulons ou ne voulons pas. Quelqu’un peut, par sa

CNED  TERMINALE  PHILOSOPHIE  11


puissance, nous forcer à faire quelque chose, mais ne peut en aucun cas nous forcer à vouloir cette chose.
En ce sens, la volonté est une puissance absolue, la marque que notre créateur divin aurait laissée en
nous. Mais il ne suffit pas de dire que nous disposons de cette puissance, pour dire que nous sommes
parfaitement libres, ou du moins autant que nous pourrions l’être.

Rembrandt van Rijn, Philosophe en méditation, 1632

Lisons Descartes ici :

« Car, afin que je sois libre, il n’est pas nécessaire que je sois indifférent1 à choisir l’un ou l’autre des
deux contraires ; mais plutôt, d’autant plus que je penche vers l’un, soit que je connaisse évidemment
que le bien et le vrai s’y rencontrent, soit que Dieu dispose ainsi l’intérieur de ma pensée, d’autant plus
librement j’en fais choix et je l’embrasse2. Et certes la grâce divine et la connaissance naturelle, bien loin
de diminuer ma liberté, l’augmentent plutôt, et la fortifient. De façon que cette indifférence1 que je sens,
lorsque je ne suis point emporté vers un côté plutôt que vers un autre par le poids d’aucune raison, est
le plus bas degré3 de la liberté, et fait plutôt paraître un défaut dans la connaissance, qu’une perfection
dans la volonté, car si je connaissais toujours clairement ce qui est vrai et ce qui est bon, je ne serais
jamais en peine de délibérer4 quel jugement et que choix je devrais faire ; et ainsi je serais entièrement
libre, sans jamais être indifférent. »
René Descartes, Méditations métaphysiques (1641), méditation quatrième

1. Indifférent, indifférence : ne pas prêter d’importance à, n’éprouver aucun intérêt particulier.


2. embrasser : ici, rejoindre, assumer
3. degré : niveau
4. délibérer : discuter intérieurement, peser le pour et le contre.

Questions

Après lecture attentive du texte vous répondrez au brouillon aux questions suivantes et comparerez vos
réponses aux éléments de corrigé proposés par la suite :
1) Quelles sont les deux formes de liberté dont parle ici Descartes ? Décrivez-les brièvement.
2) Pourquoi avons-nous le sentiment d’être libres quand nous sommes dans une situation d’indifférence ?
3) Pourquoi Descartes considère-t-il que cette forme de liberté est inférieure, et en quel sens est-ce un
paradoxe ?

12 CNED TERMINALE  PHILOSOPHIE
—Éléments de réponses 
1) Descartes oppose ici une liberté d’indifférence, que l’on peut décrire comme cette liberté ressentie
lorsque nous ne savons pas quoi choisir, lorsque rien ne semble être objectivement préférable. La
seconde forme de liberté évoquée ici est une liberté de connaissance, ou liberté éclairée, dans laquelle
je choisis ce que je sais être la meilleure option (soit parce que je l’ai compris par la raison, soit parce
que Dieu m’a permis de le savoir).
2) L’indifférence est la première situation à laquelle on pense lorsqu’on évoque la liberté : c’est justement
de pouvoir faire « ce que l’on veut » parce que rien ne nous pousse à choisir dans un sens particulier.
Flâner dans une ville, choisir un plat à déguster au hasard, aller voir un film sans rien en connaître,
seraient des manifestations de cette liberté, dans laquelle nous avons le sentiment de ne subir aucune
contrainte.
3) Pourtant, Descartes affirme que ce n’est que « le plus bas degré » de la liberté : en effet, la liberté
n’est pas la faculté de choisir au hasard, mais au contraire de manifester notre puissance de penser en
allant toujours du côté vers lequel nous porte notre raison. Cependant, cette définition est paradoxale,
car, lorsque nous choisissons une option parce que nous savons qu’elle est la meilleure, c’est comme
si la lumière de la vérité nous « forçait » à choisir. C’est donc un paradoxe. Mais pour Descartes, c’est
bien en cela que consiste la vraie liberté, car il n’y a aucune contrainte à suivre la lumière de notre
raison, qui est la faculté par laquelle nous nous définissons comme des êtres pensants. Choisir par la
connaissance, plutôt que par hasard, c’est donc être en conformité avec le mouvement de notre esprit
– c’est être libre au sens le plus élevé.

c. Il ne faut pas confondre liberté et toute-puissance


Enfin, et pour prolonger le thème de la liberté par la connaissance, il importe non seulement pour être
libre de toujours se donner les moyens de connaître la vérité des choses autour de nous, mais aussi et
surtout de comprendre ce que nous sommes et en quoi consiste notre puissance de vouloir.
Ainsi, le philosophe Jean-Paul Sartre insiste-t-il dans L’Être et le néant (1942) sur le fait qu’une définition
approximative de la liberté peut nous conduire à défendre un déterminisme simpliste : la tentation, en
effet, est toujours grande de prétendre que l’on n’est pas libre, pour la simple raison que l’on ne peut
« faire tout ce que l’on veut ». Ainsi, je ne peux pas changer la date ou le lieu de ma naissance, je ne peux
changer mon hérédité, la classe socio-économique dans laquelle j’ai grandi, ou encore les membres de
la famille qui m’a entouré. Si donc je suis incapable de changer tout cela, et bien plus encore, alors la
conclusion serait simple : je ne suis pas libre et tout serait « écrit » à l’avance.
Mais, pour Sartre, ce serait là confondre liberté et toute-puissance : certes, je ne peux pas d’un
claquement de doigts changer ma situation présente, mais je peux en revanche choisir dans quel sens
orienter ma volonté, vers quels objectifs et quels idéaux – par conséquent, je peux aussi choisir dans
quelle mesure je m’expose à la déception.
Bien plus, et contrairement à ce que pensent les déterministes, l’existence même d’obstacles à ma
volonté (mon lieu de naissance, ma situation économique ou familiale, mon éducation…) prouve que
je suis doté d’une volonté capable de s’orienter vers un objectif qu’elle choisit de manière autonome,
même si cela doit se révéler impossible à atteindre en dernière analyse. En effet, si un rocher se trouve
sur un chemin, tant que personne n’emprunte ce chemin, il n’est qu’un rocher, une chose neutre parmi
d’autres choses. Il ne devient un obstacle que lorsque je veux librement emprunter le chemin. Autrement
dit, l’échec ou l’obstacle ne contredisent pas l’idée de liberté, au contraire : ils prouvent que ma volonté
est libre et peut se déterminer elle-même. L’essentiel, à cet égard, reste de bien analyser ce que l’on
entend par « volonté libre », donc d’effectuer un effort de connaissance de soi, et de la faculté qui nous
permet de choisir. À travers cette connaissance de soi, la liberté pourra alors s’exercer, non pas comme
toute-puissance ou faculté de « faire ce que l’on veut », mais comme aptitude à ne jamais considérer un
obstacle ou un échec comme dernier terme de notre action.

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Synthèse conclusive 
Nous avons parcouru diverses occurrences du concept de liberté, pour comprendre qu’il est aussi
bien à la racine de nos valeurs morales (avec la notion de responsabilité) et sociales (par opposition à
l’esclavage), mais également pour établir qu’il était délicat de décrire la volonté libre comme volonté
qui n’est tenue ou encadrée par rien. La liberté n’est pas une indépendance absolue, et dans bien des
cas, on peut au contraire la définir comme un rapport privilégié à la nécessité : nécessité du devoir qui
m’oblige, ou nécessité de la connaissance qui m’apparaît dans sa vérité objective, et à laquelle je ne
peux rien changer. Ainsi, il apparaît qu’il ne suffit pas de dire « je fais ce que je veux » pour aussitôt se
décrire comme libre : être libre implique aussi et surtout d’effectuer un effort d’analyse de soi-même
et des règles qui encadrent notre action, pour comprendre la nature exacte de nos choix, la valeur de la
connaissance dans le processus de décision, et l’importance d’échouer pour découvrir la possibilité de se
réinventer, de se reconstruire.

Pour aller plus loin


• Vous pourrez approfondir vos connaissances sur la liberté en tentant la lecture des ouvrages proposés
dans la leçon. Il existe également plusieurs livres de vulgarisation sur la liberté que vous pouvez
consulter avec profit. Par exemple :
- F. Laupies, La liberté, PUF, 2004
- A. Comte-Sponville, C. Morana et E. Oudin, La liberté d’Épicure à Sartre, Eyrolles, 2010
• En vidéo, vous pourrez visionner l’intéressante émission où dialoguent Frédéric Worms et Raphaël
Enthoven au lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=wR29YWjwLUs
• À écouter l’émission « Les nouveaux chemins de la connaissance » sur la liberté chez Aristote,
avec l’un de ses plus grands spécialistes, Pierre Aubenque : https://www.youtube.com/
watch?v=XynXFrMBPGM
• Enfin, un très intéressant traitement du sujet : « Le destin nous empêche-t-il d’agir ? » à écouter :
https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/pensees-pour-moi-meme-de-
marc-aurele-24-le-destin-mempeche-t-il-dagir

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Crédits

Page 1 : Croisement - Photo : Carsten Tolkmit / CC BY-SA 2.0


Page 3 : Chevaux sauvages en Camargue - Photo : EmmaLouisa / CC BY-SA 3.0
Eugène Delacroix, La liberté guidant le peuple, 1830 - Huile sur toile, 260 x 325 cm - Paris, Musée du
Louvre
Page 5 : Atelier de Domenico Ghirlandaio, La tentation de saint Antoine, XVe siècle - Tempera et huile sur
panneau de bois, 47 x 35 cm - Collection particulière
Page 7 : Station de métro, Londres, 2013 - Photo : Anna Dziubinska / Unsplash / CC0 1.0
Page 8 : Marionnettes sur un stand, Eggenburg, 2013 - Photo : Herzi Pinki / CC BY-SA 3.0
Page 10 : Équipes de secours, Népal, 2015 - Photo : Hilmi Hacaloglu / VOA
Page 12 : Rembrandt van Rijn, Philosophe en méditation, 1632 - Huile sur panneau de chêne, 28 x 34 cm -
Paris, musée du Louvre

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