Extra Systole S
Extra Systole S
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Extrasystoles
D Babuty R é s u m é. – Les extrasystoles sont des battements cardiaques prématurés et ectopiques,
L Fauchier naissant dans l’oreillette, la jonction auriculoventriculaire (AV) ou le ventricule. Cette
P Poret arythmie est fréquente, généralement sans retentissement hémodynamique, mais peut avoir
P Cosnay une certaine valeur pronostique d’arythmies plus sévères, surtout quand elles compliquent
JP Fauchier des cardiopathies. Les extrasystoles auriculaires sont généralement bénignes, mais peuvent
parfois annoncer des arythmies plus sévères, surtout quand elles surviennent chez des
sujets âgés avec ou sans cardiopathies. Les extrasystoles hissiennes, plus rares, sont
généralement sans incidence clinique, sauf quand, cachées, elles simulent un bloc AV. Les
extrasystoles ventriculaires sont fréquentes chez les sujets sains ou ayant des
cardiopathies. Quand il n’existe pas de cardiopathie sous-jacente, en dehors de certains
syndromes électrophysiologiques graves (syndrome du QT long, syndrome de Brugada,
etc), elles sont généralement monomorphes (aspect de bloc de branche gauche sur axe
droit), isolées et bénignes, mais peuvent handicaper si elles sont nombreuses et répétitives.
Elles peuvent annoncer des arythmies ventriculaires graves, voire fatales en cas
d’insuffisance cardiaque et dans certaines cardiopathies (à la phase aiguë ou en période de
cicatrisation d’un infarctus, dans l’angor spastique). En cas de myocardiopathie
hypertrophique ou dilatée, de prolapsus valvulaire mitral, et dans la dysplasie arythmogène
du ventricule droit, leur valeur pronostique reste encore incertaine, mais il existe un certain
consensus pour les traiter activement si elles sont complexes et menaçantes.
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Complexe postextrasystolique
Il peut être normal ou être le siège de deux types d’anomalies. Tout d’abord,
un allongement de la conduction AV, du fait de la conduction rétrograde
cachée de l’extrasystole ventriculaire dans les voies de conduction nodale (ou
sous-hissienne). Ensuite, un trouble de repolarisation ventriculaire (inversion
des ondes T dans les dérivations qui regardent le siège de l’ectopie), dont la 6 Extrasystoles ventriculaires sur QT long (hypokaliémie) réalisant « le complexe parti-
culier » de Dessertenne (en VR, VL, VF et de V1 à V6) pouvant dégénérer en torsades de
nature est mal éclaircie et qui reproduit un phénomène observé chaque fois pointes (DI, DII, DIII).
qu’un asynchronisme de contraction ventriculaire disparaît (bloc de branche
paroxystique, stimulation ventriculaire transitoire, syndrome de Wolff- répétitivité, le nombre et le couplage des extrasystoles ventriculaires, on a
Parkinson-White intermittent, syndrome post-tachycardique après tenté de déduire leur gravité. Une classification a été ainsi proposée par Lown
régularisation des tachycardies ventriculaires). Il ne doit pas être interprété (tableau I) comportant cinq degrés dont les trois derniers sont considérés
comme une ischémie coronaire. comme graves. En pratique, son utilisation n’est pas toujours facile (certaines
extrasystoles pouvant appartenir conjointement à plusieurs classes) et il faut
Couplage se souvenir que cette échelle de valeur n’a été validée que chez des sujets avec
On considère que ce couplage est court quand l’extrasystole survient avant la ischémie coronaire et ne peut donc être étendue à toute la population. Certains
fin de l’onde T, et qu’il est long dans les autres cas. La survenue d’une éléments permettent néanmoins d’orienter le pronostic : des extrasystoles très
extrasystole au sommet de l’onde T ou juste après lui expose à un risque déformées, élargies, polyphasiques, nombreuses, polymorphes, répétitives,
théorique de fibrillation ventriculaire par la survenue d’une stimulation en voire en courtes salves, sont considérées comme « complexes » ; surtout
période vulnérable : c’est l’aspect dit « R sur T » dont la gravité a été évoquée observées en cas de cardiopathies, elles sont de mauvais pronostic. À
par Lown chez le sujet coronarien mais n’a jamais été exactement évaluée en l’inverse, les extrasystoles amples, pointues, monophasiques, isolées, à
dehors de cette condition. Pour autant, certains couplages longs (après la fin couplage fixe, dont la morphologie à type de retard gauche est celle décrite
de T) peuvent être aussi graves : c’est le cas de l’extrasystole ventriculaire par Rosenbaum sont considérées comme bénignes en dépit du fait que leur
dite « complexe particulier » (fig 6), décrite par Dessertenne chez des sujets bigéminisme parfois soutenu en augmente considérablement le nombre par
dont l’espace QT est allongé, qui peut évoluer vers des « torsades de poin- 24 heures.
tes » ou une fibrillation ventriculaire. Le couplage peut être fixe (dans les
réentrées, ou dans les postdépolarisations ventriculaires), mais il peut être Diagnostic différentiel
variable (évoquant une parasystolie), la longueur de l’espace interectopique
La survenue d’un battement ectopique à QRS large pose le problème de
étant alors le multiple d’un dénominateur commun et certains battements
distinguer une extrasystole ventriculaire d’une extrasystole auriculaire dont
ectopiques et sinusaux pouvant se fusionner. Cependant, certaines
l’onde P’ est mal visible et qui peut s’accompagner de deux autres causes
extrasystoles par réentrée (dont la vitesse de conduction varie) peuvent avoir
d’asynchronisme ventriculaire : un bloc de branche ou une préexcitation AV.
un couplage variable, alors que certains foyers parasystoliques dont la
Le maximum de difficulté s’observe quand une fibrillation auriculaire
décharge est relativement modulée par le rythme sinusal peuvent avoir un
s’accompagne de QRS larges intermittents. Pour plus de certitude,
couplage presque fixe.
l’identification de ces trois diagnostics nécessite le recours à un
enregistrement de la déflexion hissienne.
Répétitivité, chronologie
L’extrasystolie ventriculaire peut être isolée ou groupée en doublets (variété
de trigéminisme), en triplets ou en salves. Au-delà de trois à cinq extrasystoles Étiologie, pronostic, traitement
répétées, on parle de « tachycardies ventriculaires non soutenues » qui
peuvent être monomorphes ou polymorphes. Quand le rythme est lent, ou la
diastole précédente prolongée, on peut parfois observer un bigéminisme, une Extrasystoles auriculaires
extrasystole de même morphologie succédant au complexe précédent après Elles peuvent être dues à une atteinte anatomique auriculaire, s’observant
un couplage généralement fixe. Le phénomène est entretenu par un cycle dans diverses cardiopathies (dilatation auriculaire des valvulopathies ou des
postextrasystolique prolongé (« règle du bigéminisme » de Pick et cardiopathies congénitales, sclérose tissulaire des diverses cardiomyopathies,
Langendorf), et particulièrement évident quand le bigéminisme survient lors zone d’ischémie, etc) et/ou être secondaires à une anomalie
des cycles les plus longs d’une fibrillation auriculaire. Ce bigéminisme peut électrophysiologique isolée, survenant même sur un cœur sain.
être quasi constant tout au long du nycthémère en cas de bradycardie, ou se
révéler au repos ou la nuit quand le cœur se ralentit, responsable alors d’un Extrasystoles auriculaires sans cardiopathie
nombre important d’extrasystoles par 24 heures. Le bigéminisme est parfois
plus sporadique bien que sa survenue puisse n’être que faussement aléatoire : Les extrasystoles auriculaires sont souvent observées chez le sujet sain, mais
Schamroth et Mariott ont montré que certaines extrasystoles ventriculaires leur nombre dépasse rarement dix par heure, les salves ne s’observant que
pouvaient être inapparentes selon la rapidité du rythme sinusal et d’un bloc chez 5 à 10 % de ces sujets. Cependant, l’incidence de ces arythmies
de sortie variable autour du foyer ectopique. On parle alors de « bigéminisme
caché » (espace interectopique incluant un nombre impair de battements Tableau I. – Les extrasystoles ventriculaires : classification de Lown.
sinusaux) ou de « trigéminisme caché » (espace interectopique incluant un Degré 1 Extrasystoles monomorphes occasionnelles (moins
nombre de battements sinusaux égal à 3n + 2). de 1/min et 30/h)
Simples
Degré 2 Extrasystoles monomorphes fréquentes (plus de
Nombre, critères de gravité, classification de Lown 1/min ou 30/h). Bigéminisme
Le nombre d’extrasystoles ventriculaires est apprécié par enregistrements Degré 3 Extrasystoles polymorphes
Holter ECG généralement sur 24 heures, en chiffrant leur fréquence par
Degré 4 Extrasystoles répétitives
minute et par heure si possible, et en notant leur survenue préférentielle à Complexes 4A – Extrasystoles pairées (doublets)
l’effort, au repos, de jour ou de nuit, ou tout au long du nycthémère. On estime 4B – Salves (au moins trois extrasystoles successives)
qu’une extrasystolie ventriculaire est fréquente quand elle dépasse le nombre
Degré 5 Extrasystoles précoces (phénomène R/T)
de 60 par heure [5]. De l’ensemble des données concernant la morphologie, la
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augmente avec l’âge et, après 60 ans, pratiquement toute la population en est Ces extrasystoles ventriculaires ne doivent être traitées que s’il existe des
porteuse. Elles peuvent rester sporadiques ou augmenter en nombre (plus de manifestations d’inconfort (par des sédatifs, la prescription de magnésium ou
200 par 24 heures), devenir répétitives et favoriser la survenue de fibrillation des bêtabloquants à faible dose).
auriculaire, surtout chez le sujet âgé. Ce risque existe cependant à tout âge et
• Extrasystolie ventriculaire avec paroxysmes tachycardiques ou en salves
s’accroît quand les extrasystoles sont polymorphes et/ou quand leur couplage
est court. Plus il se raccourcit, plus elles exposent d’abord à une tachycardie de type Gallavardin (fig 4)
auriculaire, puis à un flutter, finalement à une fibrillation auriculaire pour les Les extrasystoles sont monomorphes, à type de retard gauche sur axe droit,
couplages les plus brefs. Ces extrasystoles peuvent être favorisées par des isolées, et associées à des doublets, triplets, salves de tachycardies
facteurs catécholergiques (effort, émotion, excitants, thérapeutiques ventriculaires non soutenues de trois à dix complexes, parfois à des
sympathomimétiques, etc) ou au contraire survenir lors des influences vagales tachycardies ventriculaires soutenues de même morphologie. La première
prédominantes (période postprandiale, repos). Elles ne seront traitées que si extrasystole de l’accès survient après un couplage inversement proportionnel
elles sont mal tolérées. à la longueur du cycle déclenchant et l’activité ectopique est d’autant plus
répétitive que le couplage initial est long. Le cycle de l’extrasystolie répétitive
Extrasystoles auriculaires sur cardiopathie s’allonge avant la fin de la salve. Elles sont observées chez l’enfant,
l’adolescent et l’adulte jeune, en relation étroite avec l’accélération de la
Elles sont plus fréquentes, souvent polymorphes, parfois répétitives et le fréquence sinusale, et déclenchées plutôt par l’effort et la perfusion
risque de les voir évoluer vers une tachyarythmie auriculaire obéit aux mêmes d’isoprotérénol que par la stimulation ventriculaire programmée. Leur
critères électriques que ci-dessus, la dilatation auriculaire (et le trouble de mécanisme semble faire intervenir des activités déclenchées tardives
conduction auriculaire qui l’accompagne) augmentant ce risque. En raison du (Lerman). Leur pronostic est bon mais le diagnostic impose d’éliminer une
fait qu’une arythmie auriculaire est de pronostic plus réservé en cas de cardiomyopathie arythmogène du ventricule droit. Elle sont souvent
cardiopathie, il peut être justifié de les traiter si elles ont un caractère asymptomatiques et ne nécessitent alors aucun traitement. Dans les formes
menaçant, même si elles sont asymptomatiques. symptomatiques, les bêtabloquants ont une bonne efficacité. Dans le cas
contraire et en cas d’intolérance, certains auteurs proposent une ablation par
Extrasystoles auriculaires et troubles conductifs radiofréquence de leur foyer d’origine qui se situe le plus souvent au niveau
Les extrasystoles qui sont suivies d’un repos compensateur excessif trahissent de l’infundibulum du ventricule droit.
une déficience sinusale (ou confirment son existence évidente par ailleurs) ;
ce fait doit inciter à l’utilisation prudente des antiarythmiques, s’ils sont
Extrasystolie ventriculaire idiopathique potentiellement maligne
nécessaires, chez ces malades. Chez les sujets porteurs d’une double voie • Extrasystoles ventriculaires en salves polymorphes catécholergiques
nodale ou d’une voie accessoire de conduction AV, les extrasystoles Il s’agit d’un trouble du rythme rare mais sévère de l’enfant et de l’adolescent
auriculaires peuvent déclencher des tachycardies supraventriculaires par entraînant des syncopes et des convulsions. L’extrasystolie ventriculaire
réentrée. Le traitement antiarythmique préventif, s’il est utilisé, vise à la fois précède parfois des tachycardies ventriculaires non soutenues et soutenues.
à bloquer le circuit de réentrée et à supprimer ce facteur déclenchant. Enfin, Elle survient électivement à l’effort ou à l’émotion, et se caractérise par son
on a observé que les blocs AV paroxystiques sont souvent déclenchés lors du polymorphisme et sa répétitivité. Le traitement bêtabloquant est impératif et
repos compensateur qui succède à une extrasystole auriculaire. Ce doit être ininterrompu.
phénomène est pourtant difficile à reproduire par stimulation auriculaire
programmée. Il a peu d’incidence clinique et thérapeutique. • Syndrome du QT long
Il est responsable d’extrasystoles ventriculaires monomorphes, parfois
Extrasystoles hissiennes bigéminées, à couplage long (« complexe particulier » de Dessertenne) (fig 6)
qui peuvent se répéter et évoluer vers des torsades de pointes ou une
Elles sont souvent asymptomatiques, chroniques, survenant chez des sujets fibrillation ventriculaire responsable de syncopes et/ou de mort subite. Ce
sans cardiopathie, et ne nécessitent aucun traitement. Lorsqu’elles entraînent syndrome peut être constitutionnel (syndrome de Jerwell et Lange-Nielsen
un pseudo-bloc AV, elles peuvent poser un problème diagnostique chez des avec surdité, et syndrome de Romano-Ward sans surdité) et correspond alors
sujets souffrant de malaises mal définis et qui ont un bloc de branche, et à des anomalies primitives des canaux potassiques et/ou sodiques ;
imposer le recours à une exploration endocavitaire pour confirmer le l’extrasystolie est à déclenchement catécholergique, aggravée par l’effort et
diagnostic. Cependant, lors de ces explorations, ces extrasystoles sont souvent l’émotion et doit être traitée par bêtabloquants pour diminuer le risque de mort
le résultat des manipulations des sondes, surtout lorsqu’on cherche à subite. Il existe aussi une forme acquise secondaire à des troubles
enregistrer la déflexion hissienne, et il faut savoir faire la part de ce qui est hydroélectrolytiques (hypokaliémie), à des pauses bradycardiques (sinusales
spontané et provoqué dans l’interprétation des résultats. Ces arythmies ou par bloc auriculoventriculaire) ou à la prescription de certains
peuvent enfin s’observer lors de certaines situations pathologiques (suites de médicaments (antiarythmiques de type I, psychotropes, antihistaminiques,
chirurgie cardiaque, intoxication digitalique, anoxie, troubles métaboliques, etc). Ces extrasystoles sont plutôt favorisées par la bradycardie et les effets
etc) ; elles sont alors le plus souvent transitoires, peu gênantes et requièrent vagaux, et peuvent être traitées en urgence par perfusion de potassium, de
rarement un traitement. magnésium, voire d’isopropyl noradrénaline, mais relèvent essentiellement
de la correction de leur cause.
Extrasystoles ventriculaires • Torsades de pointes à couplage court (fig 7)
L’intervalle QT est normal et l’extrasystole déclenchant la torsade de pointe
Extrasystoles ventriculaires sur cœur sain [4, 5] est à couplage inférieur à 300 ms. Ce syndrome est rare et le seul traitement
Il est admis qu’un sujet normal n’a pas plus de 100 extrasystoles ventriculaires efficace dans la prévention de la mort subite est la mise en place d’un
par 24 heures avant 50 ans et pas plus de 200 extrasystoles ventriculaires par défibrillateur implantable.
24 heures après cet âge. Ce type d’extrasystolie ventriculaire sporadique, • Fibrillation ventriculaire primaire (quelques centaines de cas répertoriés)
variable en nombre et en morphologie selon les jours, est sans gravité ni
valeur pronostique fâcheuse. Il ne nécessite pas d’investigations Les extrasystoles ventriculaires sont à couplage très court (R/T). Le traitement
complémentaires et de traitement. Deux autres situations cliniques ont un préconisé par la plupart des auteurs est la mise en place d’un défibrillateur
pronostic diamétralement opposé : implantable.
– les extrasystoles apparemment idiopathiques et bénignes ; • Syndrome de Brugada
– l’extrasystolie ventriculaire idiopathique potentiellement maligne. Décrit en 1992 chez des patients sans cardiopathie décelable, le plus souvent
de sexe masculin, il se caractérise par son ECG qui associe un bloc de branche
Extrasystoles apparemment idiopathiques et bénignes droit et un sus-décalage en « dôme » du segment ST en V1, V2, V3. Ce
syndrome, parfois familial, est responsable de syncopes et de mort subite par
• Extrasystolie ventriculaire isolée de type Rosenbaum (fig 3) tachycardie ventriculaire polymorphe déclenchée par une extrasystole
Elle est monomorphe (retard gauche et axe vertical ou dévié à droite), de ventriculaire à couplage très court (entre 170 et 230 ms). Le seul traitement
grande amplitude, non crochetée, peu large (inférieur à 0,12 s), souvent suivie efficace est la mise en place d’un défibrillateur implantable.
d’une onde P rétrograde, à couplage long habituellement fixe, sans
répétitivité. Cette extrasystolie ventriculaire, dont l’origine se situe au niveau Extrasystoles ventriculaires des cardiopathies ischémiques
du ventricule droit (septum, infundibulum pulmonaire) est souvent
bigéminée, se pérennisant tant que la fréquence sinusale est lente, alors
Extrasystoles ventriculaires à la phase aiguë de l’infarctus
qu’elle s’efface lorsque la fréquence sinusale augmente à l’effort. Ce du myocarde
bigéminisme peut être responsable d’un nombre élevé d’extrasystoles par À la phase aiguë de l’infarctus du myocarde, les extrasystoles ventriculaires
24 heures. La bénignité ne peut être affirmée qu’après avoir éliminé une sont extrêmement fréquentes, enregistrées dans 60 à 100 % des cas selon les
cardiopathie (cardiomyopathie arythmogène du ventricule droit notamment). auteurs. Elles sont fréquemment polymorphes, répétitives, à couplage court
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Angor de Prinzmetal
La survenue d’extrasystoles ventriculaires est fréquente, survenant dans deux
tiers des cas à l’acmé de la douleur thoracique et dans un tiers des cas lors de
la reperfusion. Le traitement de ces arythmies repose sur celui de la crise
angineuse : dérivés nitrés et inhibiteurs calciques. Les agents bêtabloquants
sont plutôt contre-indiqués dans ce cas car ils pourraient aggraver le spasme
coronaire.
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déclenchement catécholergique recourir aux bêtabloquants. La cure d’origine non ischémique. Une diminution de la fréquence et de la sévérité
chirurgicale de l’insuffisance mitrale ne fait pas obligatoirement disparaître des arythmies ventriculaires et de la mort subite a été observée à moyen terme
ces arythmies. avec les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (amélioration
hémodynamique et peut-être action bénéfique directe de la drogue sur le nœud
Extrasystoles ventriculaires chez l’insuffisant cardiaque sinusal), mais à long terme, cet effet favorable ne semble cependant pas se
confirmer.
Les études récentes sont unanimes à montrer que la majorité des insuffisants
cardiaques ont des extrasystoles ventriculaires nombreuses (70 à 95 % des
cas) et complexes (30 à 80 % d’extrasystoles en salves). Ces arythmies sont Extrasystoles ventriculaires d’origines diverses
observées qu’il y ait ou non des lésions coronaires et témoignent
essentiellement de l’atteinte myocardique. Elles s’observent à tous les stades Extrasystolie ventriculaire dans certains états pathologiques
de l’insuffisance cardiaque mais leur caractère complexe (répétitivité,
polymorphisme) augmente avec le degré de cette défaillance. La relation L’hypoxie sévère peut être responsable d’extrasystoles ventriculaires isolées
entre les extrasystoles ventriculaires et le risque de mortalité cardiaque ou en salves. Dans le phéochromocytome, les décharges catécholergiques
globale ou subite est discutée, acceptée par la majorité des auteurs, mais niée provoquent des extrasystoles ventriculaires paroxystiques, volontiers
par certains qui font remarquer que, paradoxalement, la proportion des morts polymorphes et en salves. Dans les accidents vasculaires cérébroméningés et
subites au sein des décès décroît, alors que le degré de l’insuffisance cardiaque les traumatismes crâniens, les anomalies de la repolarisation ventriculaire
augmente et que la complexité des extrasystoles s’aggrave. Certaines sont fréquentes et parfois associées à des extrasystoles ventriculaires
thérapeutiques de l’insuffisance cardiaque favorisent ces arythmies. C’est le polymorphes et répétitives.
cas des diurétiques (déplétion en potassium et magnésium), des digitaliques
(effets proarythmiques propres aggravés par l’hypokaliémie), des bêta- Extrasystolie ventriculaire liée à la prise de médicaments
agonistes, des inhibiteurs des phosphodiestérases et de certains ou substances diverses
vasodilatateurs (responsables d’une stimulation sympathique et d’une
surcharge calcique intracellulaire). Les antiarythmiques de classe I ont des Les digitaliques peuvent être responsables d’extrasystoles ventriculaires
effets proarythmiques accrus en cas d’insuffisance cardiaque et des effets (plutôt en cas de surdosage sur cardiopathie que d’intoxication volontaire) ;
inotropes négatifs nocifs. Les bêtabloquants peuvent être utilisés avec elles sont le plus souvent polymorphes, isolées, d’abord sporadiques, puis
prudence compte tenu de leurs effets dépresseurs de la fonction myocardique. bigéminées, en règle sur QT court mais pouvant être favorisées par
Leurs effets bénéfiques n’ont été démontrés que dans l’insuffisance cardiaque l’hypokaliémie (et donc sur QT normal, voire allongé). Les amines pressives
secondaire à un infarctus du myocarde (étude BHAT). En raison de son (adrénaline, éphédrine, isoprotérénol), certains anesthésiques généraux, les
absence d’effet proarythmique et dépresseur de la contractilité, l’amiodarone phénothiazines, les antidépresseurs tricycliques, le lithium, l’atropine, la
peut être utilisée dans cette indication, mais l’effet favorable sur la mortalité caféine, la nicotine, l’alcool, certaines toxicomanies sont aussi susceptibles
observé par certains (étude GESICA) n’est pas retrouvé par d’autres (étude de provoquer l’apparition d’extrasystoles ventriculaires sporadiques ou
Veterans CHF-STAT) et peut-être serait-il limité aux insuffisances cardiaques répétitives en courtes salves et menaçantes.
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