Cycle Menstruel
Cycle Menstruel
Cycle menstruel
P. Merviel, R. Cabry, M. Brzakowski, S. Dupond, V. Boulard, E. Lourdel, H. Sevestre
Mots clés : Cycle menstruel ; Follicule ; Corps jaune ; Endomètre ; Gonadotrophines ; Hormones stéroïdes
Plan ■ Généralités
¶ Généralités 1 Chez la femme, la fonction de reproduction suit une évolu-
tion cyclique, le cycle menstruel, qui regroupe l’ensemble des
Durée du cycle menstruel 1
variations anatomiques et physiologiques de l’axe hypophyso-
Taux hormonaux au cours du cycle 2
hypothalamo-ovarien et du tractus génital du début d’une
¶ Cycle ovarien 3 menstruation à la suivante. Deux phénomènes sont prépondé-
Folliculogenèse 3 rants au cours de celui-ci : l’ovulation avec libération d’un
Ovulation 5 gamète apte à être fécondé et la préparation de l’endomètre à
Corps jaune. Lutéinisation 6 une éventuelle implantation. La desquamation de la muqueuse
Lutéolyse 6 utérine (menstruation) marque la fin du cycle menstruel en
¶ Régulation du cycle ovarien 6 l’absence de nidation, et n’existe que chez la femme et certains
primates, ce qui différencie le cycle menstruel du cycle estrien
¶ Cycle utérin 8 des autres mammifères.
¶ Autres organes cibles des sécrétions ovariennes
(myomètre, vagin, endocol, trompe et sein) 10 Durée du cycle menstruel
Myomètre 10
Vagin 10 Chez la femme, durant les 18 mois qui suivent la puberté, les
Endocol 11
cycles sont souvent anovulatoires, puis dans les 5 à 7 années
suivantes les cycles se raccourcissent progressivement pour
Trompe 11
passer de 33 à 30 jours. Entre 20 et 40 ans, la durée moyenne
Sein 11
du cycle menstruel est comprise entre 25 et 30 jours. La période
¶ Exploration de la fonction ovarienne 11 préménopausique est caractérisée d’abord par un raccourcisse-
Dosages statiques 12 ment (25 jours ou moins), puis un allongement des cycles (par
Dosages dynamiques 13 absence ponctuelle d’une menstruation) qui durent en moyenne
Échographie ovarienne : compte des follicules antraux et volume 44 jours avant de redevenir anovulatoires.
ovarien 13 La durée de référence du cycle menstruel est de 28 jours, avec
¶ Exploration de l’endomètre 14 un caractère pathologique des durées de plus ou moins 4 jours [1].
Par définition, le premier jour du cycle menstruel est marqué par
Échographie pelvienne : épaisseur et aspect de l’endomètre
le début du saignement menstruel, bien que la croissance
en période périovulatoire 14
folliculaire débute en fin de phase lutéale du cycle précédent.
Étude Doppler de la vascularisation utérine 14
L’ovulation permet de définir les phases folliculaire (14 à
Apport de la biopsie d’endomètre 15
17 jours) et lutéale (13-14 jours). Si l’ovocyte n’est pas fécondé
par le spermatozoïde, le corps jaune régresse en 9 à 11 jours. Le
Gynécologie 1
30-A-10 ¶ Cycle menstruel
37°
Figure 1. Profils hormonaux, courbe de température et maturation endométriale au cours du cycle menstruel. LH : luteinizing hormone ; FSH : follicle
stimulating hormone.
déclin des taux d’estradiol et de progestérone entraîne alors la proprement dit, le taux commence à s’élever pour aboutir
desquamation de l’endomètre et la menstruation. En cas de cycle au LH-surge initiating rise qui correspond à l’élévation de 180 %
menstruel long, c’est la première partie du cycle (phase follicu- du taux basal de LH, précédant de 35 à 37 heures l’ovulation [4].
laire) qui est variable, la deuxième étant fixe, en liaison avec la Le pic de LH s’étale sur 1 à 3 jours avec un taux de 15 à
durée de vie du corps jaune en dehors d’une grossesse. 25 mUI/ml. Pendant la phase lutéale, le taux de LH décroît
lentement jusqu’aux règles. La sécrétion de LH est pulsatile :
d’abord peu apparente en début de cycle, la pulsatilité devient
nette à partir du septième jour (intervalle entre deux pulses de
2 Gynécologie
Cycle menstruel ¶ 30-A-10
Figure 2. Différents stades de maturation folliculaire (clichés du professeur Sevestre, service d’anatomie pathologique du Centre hospitalier universitaire
d’Amiens).
A. Coupe d’ovaire avec follicules primordiaux (× 32).
B. Follicule primordial : une seule couche de cellules de la granulosa autour de l’ovocyte (× 200).
C. Follicule primaire : plusieurs couches de cellules de la granulosa autour de l’ovocyte et quelques cellules thécales alentour (× 140).
D. Début de lutéinisation : la flèche indique la cavité antrale (× 200).
Gynécologie 3
30-A-10 ¶ Cycle menstruel
division méïotique (stade diplotène). Au début de la phase de 180-250 µm). Puis, en augmentant de taille, le follicule
folliculaire existent donc dans chaque ovaire une dizaine de atteint les classes 3 et 4, faisant alors 2 mm de diamètre. Entre
follicules à antrum mesurant de 2 à 5 mm. C’est à partir de ce 2 et 5 mm, le follicule est dit sélectionnable (classe 5), puis
pool qu’est sélectionné le follicule ovulatoire de De Graaf. augmente de taille durant la phase folliculaire précoce (classe 6,
L’ovocyte présente des jonctions avec les cellules de la de 5 à 9 mm). La classe 7 s’observe en milieu de phase follicu-
granulosa (corona radiata) qui l’entourent et l’ensemble est relié laire et la classe 8 en fin de phase folliculaire.
à la paroi folliculaire par le cumulus oophorus. La thèque, Certains facteurs (Kit ligand, epidermal growth factor [EGF],
richement vascularisée, se différencie en deux couches, l’une fibroblast growth factor [FGF], insulin-like growth factor [IGF],
interne où s’établit la stéroïdogenèse, l’autre externe formée de transforming growth factor [TGF]a et b, leukaemia inhibitory factor
cellules fusiformes en continuité avec le stroma avoisinant. Les [LIF], growth differentiation factor-9 [GDF-9], bone morphogenetic
cellules de la granulosa sécrètent des estrogènes grâce à un protein 15 [BMP-15]) interviennent dans la croissance des
système enzymatique (aromatase) permettant l’aromatisation cellules de la granulosa. L’ovocyte est capable de moduler la
des androgènes fournis par la thèque (Fig. 4). L’aromatase est stéroïdogenèse des cellules folliculaires via par exemple le GDF-
sous la dépendance de la FSH, ce qui explique qu’à ce stade la 9 qui augmente la production d’estradiol et inhibe celle de
sécrétion d’estradiol ne soit pas encore importante du fait de la progestérone, et stimule la production d’acide hyaluronique qui
limitation des récepteurs de la FSH sur les cellules de la s’accumule entre les cellules du cumulus au moment de
granulosa. C’est seulement au stade antral qu’apparaissent les l’ovulation [5].
récepteurs de la FSH, et le follicule sélectionné est donc celui L’augmentation du nombre de récepteurs de la FSH et/ou de
dont les cellules de la granulosa acquièrent le plus rapidement leur affinité et la vascularisation périfolliculaire importante (sous
le plus grand nombre de récepteurs de la FSH. Au-delà, l’estra- la dépendance du vascular endothelial cell growth factor [VEGF])
diol et la FSH agissent en synergie pour augmenter à la fois le dans le follicule sélectionné permettent d’expliquer sa croissance
nombre de cellules de la granulosa et le nombre de récepteurs ultérieure malgré la baisse de 50 % de la sécrétion de FSH. À
de la FSH, conduisant le follicule sélectionné à augmenter de partir du cinquième au septième jour, cette chute du taux de
taille sous l’effet de la multiplication cellulaire et de l’accumu- FSH, liée à la sécrétion d’inhibine et d’estradiol par le follicule
lation de liquide dans l’antrum. Ainsi, le diamètre du follicule en croissance, entraîne l’arrêt du développement des autres
augmente, passant de 30 µm au stade primordial à 15-20 mm follicules de plus petite taille (non sélectionnés), qui voient leur
au moment de l’ovulation (de 10-50 à 50-100 millions de croissance stoppée et s’atrésient. Parallèlement, le taux d’estra-
cellules dans la granulosa). Gougeon [6] a proposé une classifi- diol dans le liquide antral du follicule sélectionné augmente
cation en huit classes des follicules en croissance. Le follicule pour atteindre jusqu’à 3 000 ng/ml. En assistance médicale à la
secondaire préantral constitue la classe 1, puis son évolution procréation (AMP), l’administration de gonadotrophines exogè-
vers le stade antral précoce le fait passer en classe 2 (diamètre nes est capable d’entraîner la maturation de plusieurs follicules.
4 Gynécologie
Cycle menstruel ¶ 30-A-10
Ovaire normal Cellule thécale Ovaire SOPK Figure 4. Rôle des cellules de la thèque
interne et de la granulosa au cours de la stéroï-
dogenèse (aromatisation des androgènes) dans
LH LH
l’ovaire normal et pathologique [5]. SOPK : syn-
+ drome des ovaires polykystiques ; FSH : follicle
+
stimulating hormone ; LH : luteinizing hormone ;
AMH : hormone antimullérienne. + : action sti-
Androstènedione Androstènedione mulatrice ; - : action inhibitrice.
Testostérone Testostérone
AMH AMH
- - - -
Androstènedione Androstènedione
Testostérone Testostérone
+ +
FSH Aromatase Aromatase FSH
Estradiol
- -
Inhibine B Inhibine B
Cellule de la granulosa
Le follicule sécrète également des androgènes via la thèque déficit d’une diminution du pool folliculaire et de l’absence de
interne qui possède des récepteurs à la LH. Si le milieu est trop follicules antraux. Les échanges concernent des facteurs de
riche en androgènes, les cellules de la granulosa transforment croissance (EGF, FGF et GDF-9) et des métabolites (ions,
préférentiellement les androgènes en dérivés 5a réduits (et non pyruvate, vitamines, nucléotides, purines, sels minéraux, etc.).
plus en estrogènes), ce qui compromet le développement du Ces expansions régressent avec la maturation folliculaire :
follicule. Cette situation d’hyperandrogénie ovarienne se présentes dès les follicules primordiaux, elles vont augmenter
retrouve dans le syndrome des ovaires polykystiques [5]. jusqu’au stade antral, pour ensuite se rétracter et interrompre
Depuis quelques années ont été décrites des mutations leurs contacts avec l’ovocyte dans le follicule préovulatoire.
activatrices (autosomiques dominantes) ou inhibitrices (autoso- Cette disparition des liaisons entre ovocyte et cellules de la
miques récessives) des récepteurs aux gonadotrophines. Les granulosa expliquerait la levée de l’inhibition de la reprise de la
mutations inhibitrices de la LH produisent une oligoaménorrhée méiose (liée à des molécules provenant de la granulosa : oocyte
avec anovulation, et celles de la FSH une insuffisance ovarienne maturation inhibitor, adénosine monophosphorique cyclique),
prématurée. À l’inverse, les mutations activatrices de la FSH ont secondaire au pic de LH. Ainsi, si l’on retire un ovocyte de son
été décrites au cours d’hyperstimulations ovariennes spontanées environnement folliculaire, il reprend spontanément sa méiose.
pendant la grossesse [7]. L’ovocyte augmente de taille en deux phases, d’abord rapide
Il existe environ 7 millions de follicules primordiaux au jusqu’à la formation de l’antrum, puis plus lente jusqu’à
deuxième mois de la vie intra-utérine, puis ce nombre passe à l’ovulation. Sa taille passe de 30-35 µm à 120 µm au moment
600 000-2 millions à la naissance (apoptose intra-utérine). À la de l’ovulation. Sa croissance est directement liée au nombre de
puberté, 400 000 follicules primordiaux sont présents dans les cellules de la granulosa qui l’entourent, ces dernières ayant un
ovaires, conduisant à 300-400 ovulations dans la vie génitale de rôle protecteur et métabolique pour l’ovocyte. Par exemple, les
la femme (rendement de 0,5 à 1/1 000). L’ovocyte est dépen- cellules de la granulosa augmentent le taux de glutathion
dant des cellules de la granulosa pour se développer et maturer, ovocytaire, nécessaire à la décondensation du sperme, la
et en parallèle les cellules de la granulosa dépendent des formation du pronucléus mâle, la protection de l’ovocyte contre
ovocytes pour la formation des follicules. Ainsi, un ovocyte le stress oxydatif et l’apoptose, et qui permet l’obtention
dénudé va dégénérer et mis en culture avec d’autres cellules que d’embryons au stade blastocyste [10]. De plus, les cellules de la
celles de la granulosa (fibroblastes par exemple) il est incapable granulosa interviennent dans le métabolisme du glucose en
de recréer les communications nécessaires à son développe- fournissant à l’ovocyte le pyruvate nécessaire à sa maturation.
ment [8]. Dans le deuxième cas, au moment de la formation de La maturation ovocytaire, cytoplasmique et nucléaire, est sous
l’ovaire, si les ovocytes sont absents les follicules ne se mettent la dépendance de facteurs de croissance (EGF, FGF, IGF-1, TGFb,
pas en place. Par ailleurs, en dehors de la présence de l’ovocyte, Kit ligand, inhibine et activine).
les cellules de la granulosa se lutéinisent, comme cela a lieu
physiologiquement après l’ovulation [9] . Les cellules de la Ovulation
granulosa communiquent entre elles et avec l’ovocyte, malgré la
présence de la zone pellucide, grâce à l’existence de projections La croissance du follicule continue, son diamètre pouvant
transzonales qui peuvent pénétrer la membrane cytoplasmique atteindre jusqu’à 27 à 30 mm en préovulatoire. Progressive-
ovocytaire assez profondément. Les échanges s’effectuent alors ment, sous l’influence de la FSH, les cellules de la granulosa
par exoendocytose ou par l’intermédiaire de jonctions commu- acquièrent des récepteurs de la LH. Les cellules du cumulus
nicantes (gap junctions formées par les connexines), avec commencent à se dissocier et dans la granulosa les mitoses
libération d’un certain nombre de facteurs dans l’espace cessent, des inclusions lipidiques lysosomiales apparaissent
périvitellin). Deux connexines semblent jouer un rôle plus (début de la lutéinisation), la membrane basale s’estompe et les
important : la connexine 37 dont l’absence est responsable d’un vaisseaux sanguins commencent à pénétrer la granulosa. La
blocage au stade gros follicule préantral (sans reprise de la sécrétion d’estradiol culmine 24 à 36 heures avant l’ovulation,
méiose et ovulation) et la connexine 43 responsable en cas de puis décline ensuite par diminution de l’activité aromatase. La
Gynécologie 5
30-A-10 ¶ Cycle menstruel
6 Gynécologie
Cycle menstruel ¶ 30-A-10
80 200
60 150
Inhibine A (pg/ml)
Inhibine B (pg/ml)
40 100
20 50
0 0
A
50 1 500
Estradiol (pmol/l)
40
Progestérone (nmol/l)
1 000
30
20
500
10
0 0
B
Figure 6. Profils hormonaux de l’estradiol, de la progestérone, de l’inhibine A et B au cours du cycle menstruel (A, B).
Gynécologie 7
30-A-10 ¶ Cycle menstruel
8 Gynécologie
Cycle menstruel ¶ 30-A-10
Figure 8. Endomètre durant la phase folliculaire (proliférative) et lutéale (sécrétoire) (clichés du professeur Henri Sevestre, service d’anatomie pathologique
du Centre hospitalier universitaire d’Amiens).
A. Endomètre en phase folliculaire : les glandes sont rectilignes (× 32).
B. Endomètre en phase folliculaire : au sein de l’épithélium, visualisation de mitoses (flèches) (× 400).
C. Endomètre en phase lutéale : glandes contournées et vacuoles de sécrétion au pôle basal des cellules (flèches) (× 100).
D. Endomètre en phase lutéale (fort grossissement) : vacuoles de sécrétion au pôle apical (flèches) et artérioles (astérisques) (× 200).
durant la phase lutéale précoce. Le marquage pour RP dans l’influence des estrogènes, elles augmentent de diamètre, s’allon-
les cellules glandulaires est élevé en fin de phase folliculaire gent et deviennent progressivement contournées. Cette prolifé-
(bas dans les cellules stromales), puis leur concentration ration endothéliale continue durant la phase lutéale et les
diminue dans l’épithélium du milieu à la fin de la phase premières semaines de gestation.
lutéale, mais des taux élevés continuent à être détectés dans Trois facteurs de croissance endométriaux jouent un rôle
le stroma. À la fin de la phase lutéale, RE réapparaît dans les essentiel dans le développement préimplantatoire des cellules
cellules épithéliales et stromales dans la couche basale, endothéliales des artères spiralées maternelles [15] :
préparant la capacité de l’endomètre à la régénération • le FGF b, augmenté par l’estradiol 17b et inhibé par la
tissulaire postmenstruelle. Des facteurs de croissance partici- progestérone, contribue à la néovascularisation endométriale
pent également à la régulation de ce tissu. L’EGF et le TGF-a
observée au cours du cycle menstruel ;
stimulent la prolifération cellulaire. Le TGF-b inhibe la
• le VEGF est sécrété par les cellules glandulaires et stromales
multiplication des cellules épithéliales mais stimule celle des
endométriales sous l’effet stimulant des estrogènes. Il aug-
cellules stromales, et augmente la vascularisation locale. Un
équilibre s’établit entre les IGF 1 et 2 qui stimulent la mente la perméabilité vasculaire, est mitogène pour les
prolifération épithéliale et les IGFBP-1 et -2, qui complexent cellules endothéliales et présente une sensibilité aux condi-
les IGF 1 et 2 et inhibent ainsi la croissance des glandes et tions d’hypoxie. Ce facteur de croissance, sélectif des cellules
régulent l’invasion trophoblastique. Le FGF et le platelet- endothéliales, possède un analogue dans le placenta, le PlGF
derived growth factor [PDGF] induisent la décidualisation des (53 % d’homologie avec le VEGF et récepteur commun, le
fibroblastes. Flt-1) ;
La maturation endométriale est possible grâce à la croissance • le PDGF contribue à l’angiogenèse et à la croissance des
des artères spiralées, branches de division des artères utérines, qui cellules musculaires lisses, comme en témoigne l’expression
véhiculent ensuite le sang maternel vers les espaces intervilleux du récepteur b du PDGF (PDGF-Rb) sur les cellules musculai-
du placenta. Leur croissance et leur structure sont affectées par les res de la média des artères spiralées déciduales.
sécrétions hormonales ovariennes. En effet, après les règles, les D’autres facteurs comme le TGF-b, le tumor necrosis factor a
artères spiralées sont retrouvées uniquement dans la couche (TNF a), les interleukines (IL) 1 et 6 participent également à
basale du stroma puis durant la phase proliférative, sous cette angiogenèse.
Gynécologie 9
30-A-10 ¶ Cycle menstruel
Tableau 1.
Histologie de l’endomètre au cours du cycle menstruel et
immunomarquage des récepteurs hormonaux. “ Point fort
Phase Glandes Stroma
L’endomètre subit au cours du cycle menstruel des
Folliculaire Rectilignes Mitoses
modifications structurales et biochimiques qui
Mitoses Cellules rondes
permettront à l’embryon de s’y implanter. D’abord sous
Noyaux denses
l’influence des estrogènes, l’endomètre s’épaissit avant de
RE (50 %) RE (50 %) se décidualiser avec la progestérone (fenêtre
RP (25 %) RP (25 %) d’implantation). De nombreux facteurs de croissance
Lutéale précoce (j16-j19) Tortueuses participent à cette maturation, également sous la
Vacuoles dépendance de la vascularisation utérine.
Glycogène
RE (50 %) RE (50 %)
RP (75 %) RP (50 %)
Lutéale moyenne (j20-j22) Contournées Œdème ■ Autres organes cibles
Sécrétion des sécrétions ovariennes
RE (25 %) RE (50 %)
RP (50 %) RP (75 %)
(myomètre, vagin, endocol, trompe
Lutéale tardive (j23-j27) Sécrétion Artères spiralées et sein)
Décidualisation
RE (25 %) RE (50 %) Myomètre
RP (25 %) RP (100 %)
Il augmente d’épaisseur en phase folliculaire sous l’effet
Menstruation Rupture Infiltrat leucocytaire
mitogène des estrogènes. Durant cette phase, l’intensité des
Thromboses contractions est faible, mais leur fréquence augmente ainsi que
vasculaires le tonus de base. Pendant la phase lutéale, l’intensité et la durée
RE : récepteur des estrogènes ; RP : récepteur de la progestérone ; (%) : intensité des contractions augmentent, alors que leur fréquence diminue.
du marquage en immunohistochimie. Le tonus de base est faible en deuxième partie du cycle, avant
de s’élever au cours de la menstruation, tout comme l’intensité,
la fréquence et la durée des contractions.
Vasoconstriction
Revascularisation
10 Gynécologie
Cycle menstruel ¶ 30-A-10
LIF CAD
Réceptivité utérine
Hormones stéroïdes, facteurs de croissance,
pinopodes, MUC1, intégrines et cadhérines,
métalloprotéases, cytokines, facteurs vasoactifs
Gynécologie 11
30-A-10 ¶ Cycle menstruel
Tableau 2.
Résultats en fécondation in vitro/intracytoplasmic spermatozoid injection observés au centre d’aide médicale à la procréation du Centre hospitalier universitaire
d’Amiens entre janvier 2004 et décembre 2007, en fonction de l’âge de la femme et du taux de follicle stimulating hormone (FSH) basal.
Âge femme (ans) ; FSH (UI/l) < 35 ; < 9,5 < 35 ; ≥ 9,5 ≥ 35 ; < 9,5 ≥ 35 ; ≥ 9,5
Nombre ponctions (%) 1 004 (60) 137 (8,2) 427 (25,5) 103 (6,3)
Âge femme (ans) 30,0 ±10,7 31 ± 9,9 38,6 ± 4,7 39,1 ± 5,4
Âge homme (ans) 33,7 ± 3,7 34,5 ± 4,8 41 ± 3,5 40,4 ± 8,4
Taux basal FSH (UI/l) 6,4 ± 2,2 11,8 ± 4,4 7,0 ± 3,0 12,1 ± 2,7
Infertilité première (%) 73,3 68,7 62,8 69 ,9
Durée infertilité (ans) 3,8 ± 2,2(a) 5,0 ± 2,4(b) 4,8 ± 1,2 4,9 ± 1,2
Indication tubaire (%) 13,5 10,2 16,1 14,5
Masculine 64,8 45,2 49,6 37 ;8
Ovulatoire 2,5 13,1 3,2 14,5
Endométriose 4,0 11,6 1,4 6,8
Idiopathique 8,1 10,2 18,2 18,4
Mixte 3 ,6 7,2 6,5 2,9
Autre 3,5 2,5 5,0 5,1
Non fumeuses (%) 69,1 60,9 75,5 63,3
Dose totale FSH (UI) 2 324 ± 1 414(a) 3 757 ± 302(b) 3 352 ± 249(a) 4834 ± 279(b)
Cycles avec antagonistes (%) 9,5 15,3 14,9 15,5
Durée stimulation (j) 12,5 ± 2,5 11,9 ± 0,8 11,0 ± 0,5 12,6 ± 0,6
Estradiol jhCG (pg/ml) 2 490 ± 1 276 2 153 ± 1 220 2 309 ± 1 549 1 606 ± 980
Rang moyen de la ponction 2,1 ± 1,2 2,3 ± 1,3 2,5 ± 1,4 2,1 ± 1,0
Ovocytes/ponction 11,0 ± 3,4(a) 8,3 ± 3,3(b) 9,0 ± 3,1(a) 5,4 ± 1,7(b)
ICSI (%) 75 62,7 72,3 53,3
Embryons obtenus 5,2 ± 1,5(a) 4,2 ± 1,6(b) 4,3 ± 1,5(a) 2,8 ± 0,8(b)
Embryons A + B (%) 68,0 70,6 66,7 65,1
Nombre de transferts 903 111 370 79
Endomètre (mm) 10,8 ± 2,1 10,3 ± 2 11,1 ± 2,8 10,3 ± 2,1
Embryons transférés 1,8 ± 0,6(c) 1,6 ± 0,9(d) 1,9 ± 1,0 1,5 ±1,1
Grossesses évolutives 251 31 74 13
Taux de grossesse évolutive / transfert 27,8 27,9 20 16,4
(a, b)
: p < 0,0001 ; (c, d) : p < 0,01.
“ Point fort
ml) peut normaliser artificiellement la FSH par effet feedback
négatif.
12 Gynécologie
Cycle menstruel ¶ 30-A-10
Gynécologie 13
30-A-10 ¶ Cycle menstruel
Une corrélation entre le CFA et l’AMH existe, tout comme une qualité ovocytaire et embryonnaire, et d’une augmentation des
relation avec le type de réponse. Ainsi, Muttukrishna et al. [29] contractions utérines, à l’origine d’échecs d’implantation.
attestent que le CFA peut prédire 89 % des mauvaises répon- Néanmoins, de nombreux auteurs ne considèrent pas que
deuses. Scheffer et al. [26] ont étudié les différents marqueurs et l’épaisseur de l’endomètre soit un critère prédictif de l’obtention
ont conclu que le CFA (entre 2 et 10 mm) était supérieur à la d’une grossesse. Ainsi, De Geyter et al. [41] sur une étude de
FSH, l’inhibine B, l’estradiol et le volume ovarien. Ainsi, pour 1 186 femmes infertiles montrent que cette épaisseur
Elgindy et al. [27], les bonnes répondeuses ont en moyenne 10,1 n’influence pas les résultats quel que soit le traitement (insémi-
± 3,0 follicules antraux contre 5,7 ± 1,0 pour les mauvaises nation intra-utérine ou FIV/ICSI) ; cependant, l’épaisseur
répondeuses. Une attention plus particulière est désormais posée moyenne dans cette étude est de 10 mm. Ils notent malgré tout
sur les petits follicules antraux (moins de 5 mm), qui pour des taux de grossesse diminués lorsque l’endomètre est inférieur
Klinkert et al. [38] sont les plus prédictifs de la réponse ovarienne à 8 mm et supérieur à 11 mm, mais ne conseillent pas pour
et du taux de grossesse, alors que les plus gros (de 5 à 10 mm) autant l’annulation des cycles ou des transferts dans ces cas.
demeurent inchangés en nombre jusqu’à 45 ans au moins [39] et L’aspect endométrial possède une valeur plus prédictive que
sont présents même en cas d’insuffisance ovarienne. l’épaisseur sur les chances de grossesse. Idéalement, en période
Enfin, d’autres explorations sont apparues récemment avec préovulatoire, l’aspect doit être celui d’un endomètre en triple
des résultats prometteurs comme la protéomique et la génomi- ligne (grain de café), correspondant à l’œdème stromal secon-
que des cellules de la granulosa, ou l’analyse du premier globule daire à l’imprégnation estrogénique (Fig. 3). Après l’ovulation,
polaire. avec la sécrétion lutéale de progestérone, l’endomètre va se
modifier en devenant hyperéchogène de façon centripète vers la
cavité utérine. Fanchin et al. [42] ont étudié ce phénomène par
■ Exploration de l’endomètre digitalisation de l’image échographique et étude des niveaux de
gris de l’endomètre. Six groupes d’hyperéchogénicité ont été
Il existe une fenêtre d’implantation régulée par les sécrétions définis : inférieur ou égal à 30 %, de 31 % à 40 %, de 41 % à
hormonales maternelles et embryonnaires, précédée et suivie 50 %, de 51 % à 60 %, de 61 % à 70 % et supérieur à 70 %,
par des périodes réfractaires (Fig. 12). On sait, d’après les avec des taux de grossesse respectifs de 59, 57, 35, 20, 16 et
observations de la FIV, que la fenêtre d’implantation se situe 11 % (p < 0,001). Il faut noter que l’épaisseur endométriale, les
approximativement entre le jour 20 et 24 du cycle menstruel taux d’estradiol et de progestérone étaient identiques le jour de
(pic de LH + 7 à + 11 jours pour un cycle de 28 jours). Néan- l’hCG entre tous ces groupes. Cet auteur conclut qu’une
moins, pour Wilcox et al. [40], la fenêtre d’implantation demeure différenciation lutéale précoce de l’endomètre (apparition de
assez imprévisible, avec une probabilité de 10 % de grossesse l’hyperéchogénicité) est délétère pour l’implantation, et préco-
entre les sixième et vingt-et-unième jours du cycle, et un taux nise soit la congélation des embryons (pour un transfert dans
de 5 % de femmes encore fertiles lors de la cinquième semaine un cycle plus adéquat), soit l’utilisation d’une antiprogestérone
du cycle (en cas de retard de règles sans grossesse). (RU 486 ou mifépristone) en fin de phase folliculaire afin de
retarder la transformation de l’endomètre par la progestérone.
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Cycle menstruel ¶ 30-A-10
moyenne de l’IP de 2,79 chez les femmes enceintes et de d’obtenir des taux de progestérone inférieurs à 1 ng/ml en
3,50 chez les femmes non enceintes. De même, Bied-Damon et phase folliculaire, de rétablir une maturation endométriale
al. [46] ne retrouvent pas de grossesse pour un IP supérieur à 3,5. normale et d’obtenir des grossesses.
Enfin, ces résultats sont confirmés par Cacciatore et al. [47], qui
rapportent des taux de grossesse de 35 % si IP inférieur à 3, de Intégrines et récepteurs hormonaux
15 % si IP entre 3 et 3,3 et de 10 % si IP supérieur à 3,3. La
forme du spectre est également importante [48], avec des taux de L’expression des intégrines endométriales et des récepteurs
grossesse d’autant plus bas que la vasodilatation est nulle et hormonaux a également fait l’objet d’études [54]. Au vingtième
l’incisure protodiastolique (notch) plus profonde (spectre de type jour du cycle menstruel survient une diminution de l’expression
ménopause) (Fig. 3). des récepteurs à la progestérone dans les cellules glandulaires de
Wada et al. ont étudié en 1994 [49] l’apport de l’aspirine au l’endomètre, contemporaine de l’apparition de l’intégrine avb3,
cours des TEC, en faisant varier la dose (150 ou 300 mg) et le qui est donc un excellent marqueur de la fenêtre d’implanta-
jour de début de traitement (j1 ou j13 du cycle de transfert). Les tion. La persistance de ce récepteur à la progestérone au niveau
résultats montrent que la dose de 150 mg/j est suffisante, à glandulaire serait à l’origine d’un certain nombre d’infertilités.
condition que celle-ci soit débutée dès j1 du cycle. Dans cette La régulation des intégrines au moment de la fenêtre d’implan-
étude, 37 % des femmes n’avaient pas une perfusion utérine tation est sous la dépendance d’un certain nombre de facteurs
satisfaisante, mais 57 % des femmes étaient améliorées par un de croissance : par exemple le TGF b (augmenté en cas d’endo-
traitement par l’aspirine. D’autres études concernant l’aspirine métriose) diminue avb3, alors que l’IL1 a et b ainsi que le TNFa
ont suivi, avec des résultats parfois contradictoires : si Waldens- augmentent avb3.
trom et al. [50] et Rubinstein et al. [51] montrent un effet On estime qu’environ deux tiers des femmes présentant une
bénéfique de l’aspirine, Lok et al. [52] et Lambers et al. [53] ne infertilité idiopathique et 100 % de celles présentant un retard
trouvent pas un intérêt à sa prescription. Ces résultats montrent de maturation endométriale ont un déficit en avb3 [55]. Plus
bien que l’endomètre est certes sous la dépendance des hormo- généralement, un déficit d’avb3 a été mis en évidence dans
nes stéroïdes, mais qu’une amélioration de la vascularisation l’endométriose, mais aussi en cas d’hydrosalpynx, dans les
peut également compenser un défaut de maturation endomé- fausses-couches précoces et dans le syndrome des ovaires
triale. D’autres thérapeutiques ont également été proposées : polykystiques. En cas d’endométriose, les taux de grossesse à
donneurs de NO et héparine, avec là encore des résultats 3 ans sont de 10 % en cas d’absence d’avb3 et de 75 % avec
divergents. avb3.
D’autres moyens d’analyse de l’endomètre sont apparus
Apport de la biopsie d’endomètre récemment avec des résultats prometteurs, comme le flushing
utérin, la protéomique et la génomique endométriale. Néan-
La biopsie d’endomètre garde une place dans la recherche de moins, aucun des marqueurs de la fenêtre d’implantation pris
certaines circonstances pouvant altérer l’implantation isolément ne permet de rendre compte de l’ensemble du
embryonnaire, comme vont l’illustrer quelques exemples processus, rendu complexe par de nombreuses interactions. De
concrets : les phases lutéales dysharmonieuses, les endomètres plus, l’implantation fait également intervenir des facteurs
en cas de bloc enzymatique surrénalien en 21 hydroxylase, embryonnaires, dépendant des qualités ovocytaires et
l’étude de l’expression des intégrines en période périovulatoire spermatiques.
et l’analyse des récepteurs hormonaux endométriaux.
Gynécologie 15