Qu’est ce que le discours politique
Lors de cette partie intitulée « Qu’est ce qu’un discours politique », nous allons essayer de
répondre à des questions pertinentes et multiples qui concernent ce vaste champ du savoir qui
est la politique. Qu’est ce qu’un discours politique d’abord? Comment peut-on étudier le
discours politique ? Quelles sont les conditions d’élaboration du discours politique ? Quelles
sont ses contraintes et ses stratégies ? Quelles sont les moyens discursifs dont dispose un sujet
politique pour attirer, persuader et séduire ses interlocuteurs (argumentation, persuasion,
mensonge…etc.).
Le discours politique a existé depuis la nuit des temps, beaucoup d’hommes politiques des
civilisations très lointaines, et qui ont marqué leur époque ont laissé des traces indélébiles
grâce à leurs discours prononcés quelle que soit l’occasion. Mais quel était l’objet de leurs
discours ? En effet, on ne peut traiter un discours politique sans se référer à plusieurs
disciplines, car il n’est pas autonome. La philosophie, la sociologie, la psychologie sociale,
l’anthropologie sociale, les sciences du langage s’intéressent toutes à analyser le phénomène
politique à des degrés variables. (Charaudeau, 2005 : 11).
Il nous arrive souvent de poser la question suivante : pourquoi parler du discours politique
sans passer par la politique elle-même, en fait, il n’y pas de politique sans discours politique,
et l’étude de la politique se fait par son discours.
Salavastru tente de définir le discours politique en le liant toujours au pouvoir : (Salavastru,
2004 : 127-128- 176) : « Le discours politique est une forme de la discursivité par
l’intermédiaire de laquelle un certain locuteur (individu, groupe, parti) poursuit l’obtention du
pouvoir dans la lutte politique contre d’autres individus, groupes ou partis […], le discours
politique est étroitement lié au pouvoir, et de plus il est l’un des plus importants instruments
que les forces politiques ont à leur disposition pour l’ascension au pouvoir par voie
discursive ».
Cette problématique de la définition du discours politique ne peut être résolue qu’en
clarifiant quelques notions essentielles relatives au domaine politique.
Commençant par la parole et la question du pouvoir qui a attiré l’attention des philosophes
depuis longtemps, allant des grecs qui donnait de façon constante à la parole un rôle central
jusqu’aux ceux de notre ère. La parole était conçue comme une arme politique pour celui qui
la possède, elle et l’éloquence vont de paire.
L’échange social s’effectue grâce à deux composantes sociales qui vivent en harmonie : le
langage et l’action. « Tout acte de langage émane d’un sujet qui ne peut se définir que dans sa
relation à l’autre, selon un principe d’altérité ». (Charaudeau, 2005 : 12). Ce sujet tente sans
cesse d’attirer un autre vers lui, selon un principe d’influence. Il arrive que cet autre ait ses
propres projets d’influence, alors tous les deux tentent de gérer leur relation selon un principe
de régulation (Idem). On peut mettre l’autre dans une relation de soumission ou dans une
obligation d’exécuter en se posant la question pourquoi cet autre doit exécuter ? Il exécute à
cause de l’existence d’une menace ou d’une gratification, il se trouve donc dans une position
de dominé et le sujet d’autorité dans une position de dominant. Les deux sont alors dans un
rapport de pouvoir. Ce dernier n’est réalisable qu’à travers l’action.
Pour ce qui est de l’action politique, elle « détermine la vie sociale en l’organisant en vue de
l’obtention d’un bien commun, et en même temps elle est ce qui permet à une communauté de
prendre des décisions collectives de fait qu’elle serait mue par « un vouloir vivre ensemble »
(H. Arendt, in Charaudeau, 2005 : 12-13). Cette décision doit faire l’objet d’un consensus de
tout le collectif. Ainsi, pour s’engager dans l’action, il faut nommer un représentant, et lui
octroyer des moyens sur lesquels le collectif est d’accord, pour pouvoir réaliser le projet.
Pour ce qui est des instances qui doivent faire partie de l’action politique, Patrick
Charaudeau les classe en deux : l’instance politique qui décide et se charge de la réalisation de
l’action politique d’une part, et l’instance citoyenne qui choisit ses représentants du pouvoir,
d’autre part. L’instance politique, en se basant sur quelques stratégies, tente de faire adhérer
l’instance citoyenne à son action. Dans cet espace de discussion entre ces deux instances, il
existe des idées à défendre appelées « valeurs ». Ces valeurs jouent le rôle de principe de
décision, et dont la propriété serait collective. « La propriété collectives des valeurs a pour
effet de créer des entités abstraites (Etat, République, Nation…) garantissant les droits et les
devoirs des individus. (Charaudeau, 2005 : 15).
Charaudeau estime que « c’est par l’existence des espaces de discussion et de persuasion,
lieux de construction des valeurs dont dépend l’action, que le champ politique est » (idem).
La parole intervient dans bien des cas précis, classés en trois selon Charaudeau : elle
intervient dans l’espace de discussion pour définir l’objectif et les moyens de l’action
politique. Elle intervient dans l’espace d’action pour organiser et coordonner la distribution
des tâches et la promulgation des lois. Et enfin, elle intervient pour persuader, car, comme on
le sait, l’instance politique doit convaincre l’instance citoyenne sur tout ce qui concerne son
programme.
Pour ce qui est de la nature du pouvoir politique, nous avons trois positions principales :
celle de Max Weber, qui lie le pouvoir politique à la domination et la violence. Hannah
Arendt qui estime que le pouvoir politique résulte d’un consentement entre l’instance
politique et citoyenne. Et entre ces deux positions, il y a celle de Jürgen Habermas « qui
propose de distinguer un « pouvoir communicationnel » et un « pouvoir administratif ». Le
premier s’instaure hors de toute domination […], le second, lui implique toujours des rapports
de domination." (Charaudeau, 2005 : 16-17).
La troisième position, dont fait partie Charaudeau, c’est celle qualifié : « du débat des idées
dans le vaste champ de l’espace public […], et celle du faire politique, lieu où se prennent des
décisions et se posent des actes. » (idem).
En somme, la parole politique se situe entre une vérité du dire et une vérité du faire.
Pour exécuter cette parole politique, il nous faut, bien évidemment un espace géographique.
Dans cet espace géographique, nous avons d’autres espaces qui ont souvent été confondus, il
s’agit de l’espace public, de l’espace privé et de l’espace politique. En effet, tous ces espaces
sont liés les uns aux autres, il n’y aurait donc pas de décision, ni d’action possible dans le
champ politique sans prise en compte de l’opinion pour la fabrication des discours politiques
dans lesquels interviennent les médias. (Charaudeau, 2005 : 19). Nous sommes donc en face
d’un triangle constitué du champ politique qui fait l’action ou passe à la décision sous la
médiatisation de l’opinion.