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Gestion des Risques Industriels et Sécurité

Ce document décrit les risques liés à la sécurité sur les sites industriels, y compris les risques chimiques, physiques, biologiques, ergonomiques et psychosociaux. Il aborde également les risques industriels majeurs, leurs conséquences potentielles et les enjeux humains, économiques et environnementaux.

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Seraphin Biba
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Gestion des Risques Industriels et Sécurité

Ce document décrit les risques liés à la sécurité sur les sites industriels, y compris les risques chimiques, physiques, biologiques, ergonomiques et psychosociaux. Il aborde également les risques industriels majeurs, leurs conséquences potentielles et les enjeux humains, économiques et environnementaux.

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REPUBLIQUE DU CAMEROUN REPUBLIC OF CAMEROON

Paix-Travail-Patrie Peace-Work-Fatherland
------------- -------------
MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR MINISTRY OF HIGHER EDUCATION
-------------- -------------
UNIVERSITE DE MAROUA THE UNIVERSITY OF MAROUA
-------------- -------------
FACULTE DES MINES ET DES INDUSTRIES FACULTY OF MINES AND PETROLEUM
PETROLIERES INDUSTRIES
-------------- -------------

Département de Génie Mécanique et Electrique

Cycle : Ingénieurs de Travaux

LME 604 : TECHNIQUES DE GESTION SECURITAIRE


SUR SITE
Objectif :
L'objectif de ce cours est Former les élèves ingénieurs aux problématiques de la gestion des
risques et environnement, liés au management de projets industriels, ainsi qu’aux outils de
pilotage selon la nature de phase du projet (conception, management d’un existant, état de
crise). Il s’agit de développer en le futur ingénieur, les compétences (savoir être, savoir, savoir-
faire) pour faire face à des situations de crise.
Chapitre 1 : LA SECURITE AU TRAVAIL

I- TYPOLOGIE DE RISQUES
L’origine et les effets des risques ont considérablement évolué : L’attaque des sites ou de
transport des matières dangereuses ; La dispersion dans les lieux publics d’agents chimiques ou
biologiques dangereux. L’émergence de nouvelles formes de menaces telles que le terrorisme
ou encore la prolifération non contrôlée des sources radioactives ou bactériologiques, justifie la
mise en œuvre de moyens de prévention et d’interventions spécifiques.

I.1- Les Risques chimiques


Ce sont :
✓ Matières dangereuses (nocives, toxiques, corrosives, réactives, humides, tératogènes,
cancérogènes, mutagènes, irritantes).
✓ Matières combustibles, inflammables, comburantes, explosives.
✓ Gaz, fumées, liquides, solides, brouillard.
Etc.

I.2- Les Risques physiques


✓ Bruits, vibrations.
✓ Électricité.
✓ Contrainte thermique (ambiance de travail froide ou chaude).
✓ Objets ou matériaux à des températures extrêmes (hausses ou basses).
✓ Rayonnement de source de chaleur.
✓ Radiations, rayonnement de basse fréquence, de fréquence radio, micro-ondes, rayons
X et gamma.
✓ Laser/lumière infrarouge, visible et ultraviolette.
Etc.

I.3- Les Risques biologiques


✓ Matières infectieuses, virus, parasites, champignons, moisissures, bactéries, plantes,
insectes, oiseaux, humains, animaux.
Etc.

1
I.4- Les Risques ergonomiques
✓ Posture contraignante (non neutre).
✓ Manutention fréquente, absence de micropause.
✓ Efforts excessifs, mouvements répétitifs, travail debout, accès difficile à l’espace de
travail.
✓ Éclairage inadéquat.
✓ Visibilité déficiente, mauvaise disposition des commandes.
Etc.

I.5- Les Risques liés à la sécurité


✓ Machines dangereuses.
✓ Pièces et outils en mouvement, angles rentrants (rouleaux, convoyeurs).
✓ Formes dangereuses (tranchantes, pointues, rugueuses, etc.).
✓ Résistance mécanique inadéquate (rupture, éclatement, flexion).
✓ Accumulation d’énergie à l’intérieur d’une machine causée par des ressorts, des gaz
ou liquides sous pression (hydraulique, pneumatique).
✓ Particules projetées.
✓ Travail en hauteur.
✓ Planchers glissants ou irréguliers.
✓ Incendies, explosions.
✓ Véhicules.
✓ Etc.

I.5- Les risques psychosociaux


✓ Intensification du travail caractérisée par des contraintes de temps, une clientèle
difficile.
✓ Manque de maîtrise des tâches, violence.
✓ Harcèlement psychologique.
Etc.

II- LE RISQUE INDUSTRIEL


De nombreuses régions mondiales sont concernées par les risques industriels. Ces risques sont
généralement regroupés dans des bassins où plusieurs établissements coexistent du fait de
l'interdépendance de leurs activités. Cependant, certains sites industriels " à hauts risques "

2
peuvent être implantés de manière isolée. Quelle que soit la situation, tous sont régis par les
mêmes réglementations, mais les risques varient en fonction des produits utilisés ou fabriqués.

II.1- Les générateurs de risques sont regroupés en deux familles :


a) Les industries chimiques produisent des produits chimiques de base, des produits
destinés à l'agroalimentaire (notamment les engrais), les produits pharmaceutiques et de
consommation courante (eau de javel, etc.) ;
b) Les industries pétrochimiques produisent l'ensemble des produits dérivés du pétrole
(essences, goudrons, gaz de pétrole liquéfié).
Tous ces établissements sont des établissements fixes qui produisent, utilisent ou stockent des
produits répertoriés dans une nomenclature spécifique.

II.2- Les conséquences d'un accident industriel


Dans ces industries sont regroupées sous trois typologies d'effets :
a) Les effets thermiques sont liés à une combustion d'un produit inflammable ou à une
explosion ;
b) Les effets mécaniques sont liés à une surpression, résultant d'une onde de choc (déflagration
ou détonation), provoquée par une explosion. Celle-ci peut être issue d'un explosif, d'une
réaction chimique violente, d'une combustion violente (combustion d'un gaz), d'une
décompression brutale d'un gaz sous pression (explosion d'une bouteille d'air comprimé par
exemple) ou de l'inflammation d'un nuage de poussières combustibles. Pour ces conséquences,
les spécialistes calculent la surpression engendrée par l'explosion (par des équations
mathématiques), afin de déterminer les effets associés (lésions aux tympans, poumons, etc.) ;
c) Les effets toxiques résultent de l'inhalation d'une substance chimique toxique (chlore,
ammoniac, phosgène, etc.), suite à une fuite sur une installation. Les effets découlant de cette
inhalation peuvent être, par exemple, un œdème du poumon ou une atteinte au système nerveux.

Les exemples d'accidents industriels majeurs dans le monde sont nombreux, mais certains ont
été plus marquants par leur ampleur, leur violence et leurs conséquences.
Les risques industriels en France par exemple, sont liés à l'implantation des sites dits à hauts
risques. On parle de sites classés Seveso seuil haut du fait de la réglementation spécifique les
régissant.

3
Date Localisation Type d'accident Victimes et dégâts
Brockton (Massachusetts, explosion d'une chaudière sous pression dans 58 morts et 150
20/03/1905
États-Unis) l'usine Grover Shoe blessés
explosion de la cargaison de nitrate
Texas City (Texas, États- 581 morts et plus de
16/04/1947 d'ammonium du navire français SS
Unis) 3 000 blessés
Grandcamp
Pas de mort sur le
Explosion d'un réacteur chimique avec fuite coup, mais
10/07/1976 Seveso - Italie
de dioxine d'une usine chimique 37 000 personnes
touchées
Explosion d'une citerne de gaz de pétrole Plus de 500 morts et
19/11/1984 Mexico-Mexique
liquéfié 7 000 blessés
30 morts et plus de 2
21/09/2001 Toulouse - France Explosion de l'usine chimique AZF
500 blessés
Le marché aux feux d'artifices subit une série 36 morts et 70
20/12/2016 Tultepec au Mexique
d'explosions blessées

II.3 - Le Barpi
Le Bureau d'analyse des risques et des pollutions industrielles (Barpi) est un service de l'État
chargé de recenser l'ensemble des accidents industriels en France. Ce bureau peut donc apporter
des informations à toute personne désirant connaître l'historique des accidents industriels.

II.4 - Les enjeux


II.4.1- Les enjeux humains
Il s'agit des personnes physiques directement ou indirectement exposées aux conséquences de
l'accident. Elles peuvent se trouver dans un lieu public, chez elles, sur leur lieu de travail, etc.
Le risque peut aller de la blessure légère au décès. Le type d'accident influe sur le type des
blessures.

II.4.2- Les enjeux économiques


Un accident industriel majeur peut altérer l'outil économique d'une zone. Les entreprises, les
routes ou les voies de chemin de fer voisines du lieu de l'accident peuvent être détruites ou
gravement endommagées. Dans ce cas, les conséquences économiques peuvent être désastreuses.

4
II.4.3- Les enjeux environnementaux
Un accident industriel majeur peut avoir des répercussions importantes sur les écosystèmes. On
peut assister à une destruction de la faune et de la flore, mais les conséquences d'un accident
peuvent également avoir un impact sanitaire (pollution d'une nappe phréatique par exemple).

II.5- La gestion du risque industriel


II.5.1- La réglementation française
Face au risque industriel, la réglementation française renforce la prévention et le développement
de la concertation. Après la loi sur les installations classées du 19 juillet 1976 concernant toute
activité ou nuisances pour l'environnement, les directives européennes Seveso de 1990 et 1996
ont été reprises par la réglementation française, en particulier l'arrêté du 10 mai 2000,
concernant certaines installations classées utilisant des substances ou préparations dangereuses,
toutes dispositions visant la maîtrise du risque à la source.
La loi du 30 juillet 2003 vise les établissements industriels à haut risque relevant de la directive
Seveso 2, qui doivent réaliser et mettre à jour une étude de dangers qui quantifie les risques et
justifie les mesures de réduction de ces risques prises par le chef d'établissement exploitant les
installations dangereuses.

Correspondance entre l'ampleur du risque et le classement ICPE ou Seveso


Nature du risque
Classement ICPE Classement Seveso
ou de la nuisance

Nuisance ou risque assez important Déclaration -

Nuisance ou risque important Autorisation -

Risque important Autorisation Seuil bas

Risque majeur Autorisation avec servitude d'utilité publique Seuil haut

a) La prévention
La prévention des risques technologiques et industriels nécessite la vigilance de tous, chacun
dans ses responsabilités. L'exploitant des installations dangereuses doit les concevoir, les
construire et les exploiter en réduisant autant que possible les risques d'accidents, sous le
contrôle de l'inspection des installations classées (État). L'approche française de la prévention
est basée sur des principes communs européens. La sécurité est assurée selon le principe de la
défense en profondeur, associant plusieurs " couches " de prévention et de protection

5
indépendantes. La sécurité doit, en outre, intégrer tous les aspects du risque : production et
utilisation de matières dangereuses, transport, installations nouvelles et anciennes et faire
participer tous les acteurs.

b) La concertation
La loi prévoit la création de comités locaux d'information et de concertation autour des
installations Seveso à hauts risques définies au IV de l'article L 515-8 du code de
l'environnement, pour permettre au public d'être mieux informé et d'émettre des observations.
Elle renforce également les pouvoirs des comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de
travail (CHSCT) et la formation des salariés pour leur permettre de participer plus activement
à l'élaboration et à la mise en œuvre de cette politique.

III- EVALUATION DES RISQUES


A- Risques chimiques
A.1 Toxicologie
« Dosis sola facit venenum » (Aucune chose en soi n’est toxique, seule la dose fait qu’une chose
devient toxique). Cette citation de Paracelse (1493-1541) montre que la nature des effets
toxiques et la proportion de personnes affectées, dépendent de l’ampleur de l’exposition. On
voit donc que l’évaluation de l’exposition, activité de l’hygiéniste du travail, est essentielle dans
la définition et la gestion du risque.
On parle d’intoxication aiguë et d’intoxication chronique en se référant soit à la durée de
l’exposition, soit aux effets sur la santé. Ainsi, une exposition aiguë à une substance chimique
neurotoxique (d’une durée inférieure à 24 heures) peut provoquer l’apparition d’effets
chroniques, par exemple une atteinte permanente du système nerveux. Il est aussi important de
distinguer la toxicité locale de la toxicité systémique. La première concerne les actions ayant
lieu au point d’entrée ou de contact avec l’organisme, par exemple un irritant respiratoire ou
des brûlures cutanées avec un acide. La seconde requiert que le toxique passe dans le sang pour
être distribué dans les tissus où il aura des effets néfastes.
Il est important dans la pratique de pouvoir quantifier la toxicité. On utilise 2 types différents
de relations : les courbes dose-effets et les courbes dose-réponses. Les figures 2.1 et 2.2 donnent
des exemples de chacune d’entre elles. La courbe dose-effets présente l’évolution de la nature
des effets sur la santé en fonction de la dose administrée. Elle permet donc de décrire de façon
qualitative le genre d’effets que l’on peut attendre à différents niveaux d’exposition. La relation

6
dose-réponses indique quant à elle, pour un effet spécifique, la proportion de la population
exposée qui sera affectée par le toxique.

Figure 2.1 : Relation dose-réponse pour un effet mortel Figure 2.2 : Le cas général d’une relation dose-effets

En ce qui concerne les relations dose-réponses pour un effet mortel, on utilise souvent le
concept de dose létale 50 (DL50), ou concentration létale 50 (CL50) qui représente
respectivement les doses ou concentrations provoquant la mort de 50% des animaux testés,
généralement lors d’une exposition aiguë.
Il existe d’autres critères d’évaluation de la toxicité, souvent plus adaptés et utiles dans le
contexte de l’exposition professionnelle. On peut mentionner notamment la concentration
IDLH (Immediately Dangereous to Life or Health), et les VME/VLE (Valeurs
Moyennes/Limites d’Exposition).
L’intensité des effets provoqués par une substance est largement influencée par sa
toxicocinétique, c’est-à-dire par les processus d’absorption, de distribution, de métabolisme et
d’élimination de la substance. Les voies d’absorption principales en milieu professionnel sont
les voies pulmonaires, cutanée et gastro-intestinale. La voie pulmonaire joue souvent un rôle
important vu le grand volume d’air respiré (10 m3/8 heures), la large surface potentiellement
offerte pour la pénétration (100 m2), et la finesse de la paroi alvéolaire (1 mm). Pour les gaz et
vapeurs, la solubilité dans l’eau et les lipides jouent un rôle important, les substances fortement
solubles dans l’eau seront absorbées principalement dans les voies respiratoires supérieures,
alors que celles peu solubles dans l’eau mais solubles dans les graisses passeront directement
dans le sang au niveau des alvéoles. Pour les aérosols (poussières, brouillards, fumées), le
processus d’absorption pulmonaire est plus complexe et déterminé par le diamètre
aérodynamique et la solubilité. Ainsi, les particules de grand diamètre se déposent de façon
prépondérante dans la région naso-pharynx d’où elles sont éliminées, celles de plus petit
diamètre aboutissent dans la région trachéo-bronchique d’où elles peuvent être soit absorbées

7
(si leur solubilité le permet), soit repoussées par les cils vibratiles et dégluties (absorption orale),
et finalement celles de faible diamètre qui aboutissent dans les alvéoles où elles peuvent se
déposer et être absorbées par dissolution ou par phagocytose.
La pénétration cutanée est certainement une voie d’exposition importante pour de nombreuses
substances chimiques. La peau est constituée schématiquement de deux éléments distincts :
l’épiderme et le derme. Le premier est généralement celui qui détermine la vitesse de
pénétration cutanée. Celle-ci peut être schématiquement décrite par deux processus, un passage
à travers les cellules (favorisé par la liposolubilité) et un passage intercellulaire (favorisé par
l’hydrosolubilité).

A.2- Gaz, vapeurs


On considère les gaz et vapeurs comme étant un mélange homogène de molécules d’une
substance gazeuse (point d’ébullition inférieur à 25°C à 760 mmHg) ou d’une vapeur (point
d’ébullition supérieur à 25°C à 760 mmHg) dans l’air. Leur concentration se mesure soit en
[mg/m3], soit le plus souvent en parties par million [ppm], c’est-à-dire en [cm3] de substance
gazeuse par [m3] d’air. Pour passer d’une unité à l’autre on utilise la loi des gaz parfaits. Le
volume gazeux V[cm3], à une température T [K] et une pression P [Pa], d’une masse donnée M
[g] de substance ayant un poids moléculaire PM [g mol-1] se calcule par la relation :

On a à 25°C et 101300 Pa (pression atmosphérique) la relation

Pour les mélanges, comme par exemple les produits de distillation du pétrole (essence, white
spirit...) on utilise en principe les unités [mg/m3], puisque les mélanges n’ont pas de PM bien
défini.
Le premier risque auquel on pense pour certains gaz et vapeurs est le risque d’explosion. Pour
ceux-ci le critère d’évaluation est la Limite Inférieure d’Explosivité (LIE) qui est propre à
chaque substance. Il existe des explosimètres qui mesurent spécifiquement ce paramètre en %
de la LIE, et dont la calibration est généralement faite avec une bouteille métallique contenant
du méthane et de l’air sous pression à une concentration connue (par exemple 50% LIE).

8
Pour la mesure des concentrations dans le domaine des risques pour la santé on recourt à
deux approches différentes :
✓ des instruments ou méthodes à lecture directe donnant de façon plus ou moins
immédiate un résultat,
✓ des prélèvements d’échantillons d’air qui sont ensuite analysés en laboratoire.

Ces deux approches se complètent généralement, chacune ayant ses avantages et ses défauts.
La mesure en lecture directe a l’avantage de donner un résultat immédiatement ce qui permet
d’intervenir tout de suite. Elle peut renseigner aussi sur les pointes d’exposition, ce que les
prélèvements ne permettent généralement pas puisqu’ils sont effectués sur une certaine période
donnant ainsi une concentration moyenne. Le désavantage des méthodes à lecture directe réside
surtout dans leur difficulté à analyser des mélanges complexes. Lors de prélèvements, par
contre, cette limitation n’existe pas puisque l’on dispose en principe de toutes les possibilités
analytiques d’un laboratoire. Un autre avantage des prélèvements tient à la petite taille des
pompes utilisées qui permettent de procéder à des prélèvements personnels, ce qui est souvent
plus difficile pour les instruments à lecture directe.
Il existe une multitude d’instruments sur le marché permettant de mesurer les gaz et les vapeurs,
et basés sur des principes différents, dont quelques exemples sont données dans le tableau ci-
dessous.

Exemples d’instruments de mesure à lecture directe

Il est important de mentionner que chacun de ces instruments doit être calibré avant utilisation,
ce qui implique dans certains cas des travaux et une infrastructure relativement importants.

9
Les instruments à lecture directe donnent des résultats pratiquement en continu et sont donc très
souvent équipés de mémoires (data logger) permettant une analyse des données ultérieure après
transfert sur un ordinateur (calculs statistiques, présentation graphique).

A.3 Aérosols
On entend par aérosols l’ensemble des poussières (particules solides produites
mécaniquement), fumées (particules solides produites par condensation ou combustion) et
brouillards (particules liquides produites par condensation ou par pulvérisation) en suspension
dans l’air. La Figure 2.3 donne quelques exemples d’aérosols et de leurs grandeurs.

Figure 2.3 : Exemples d’aérosols et leurs diamètres

La déposition des aérosols dans les poumons est due à la mise en jeux de mécanismes différents
suivant les diamètres des particules et les régions des poumons considérées. On peut distinguer :
✓ l’interception, surtout dans les voies respiratoires hautes,
✓ l’impaction, jouant un rôle prépondérant dans la région thoracique,
✓ la diffusion, importante pour les faibles diamètres et intervenant surtout au niveau
alvéolaire.

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B- Risques physiques
B.1- Le bruit
Le domaine audible de l’oreille humaine intacte se situe entre 20 Hz et 20 kHz. En dessous de
cette plage commence le domaine des infrasons, en-dessus celui des ultrasons.
L’oreille humaine est capable de percevoir des pressions acoustiques de 20 mPa, jusqu’au seuil
de douleur qui correspond à 20 Pa. Cette plage d’un rapport 1 à 1 million est difficile à gérer et
ne correspond pas à la perception humaine de l’intensité sonore. C’est pourquoi, on utilise le
niveau de pression acoustique ou niveau sonore Lp en décibel (0.1 Bel), qui correspond au
logarithme du rapport de la pression mesurée à la pression de référence (seuil d’audition),
multiplié par un facteur 20. Avec cette nouvelle échelle, le seuil de douleur se situe entre 120
et 130 dB et le seuil d’audition à 0 dB. L’Equation suivante présente la définition du niveau de
la pression acoustique.

Le tableau présente des exemples de différences de niveau et la multiplication de la puissance


acoustique correspondante. Ainsi en présence de deux sources sonores de puissance acoustique
identique, le niveau acoustique augmente de 3 dB.

11
Technique de mesures
Il existe de nombreux appareils pour mesurer le niveau de bruit. Ils sont tous munis d’un
microphone qui simule l’oreille humaine. Le paramètre de mesure le plus utilisé est le niveau
sonore moyen Lm en dB(A). Lorsque le bruit varie au cours du temps, on a recours à une
intégration qui permet d’obtenir une moyenne pondérée au cours du temps et que l’on appelle
niveau équivalent (Léq). Un autre paramètre important est la dose de bruit. Une dose de bruit
de 100%, correspond à une exposition à 85 dB(A) pendant 8 heures.
Le niveau d’exposition sonore SEL (Sound Exposure Level) représente un niveau sonore
énergétique moyen dans lequel le temps de référence est toujours fixé à 1 seconde,
indépendamment du temps réel de la mesure.
Pour les mesures de bruit courantes, on utilise un sonomètre. Il en existe de très simple et bon
marché qui ne peut être utilisé que comme indication et non pour l’appréciation de l’exposition.
Par contre, les sonomètres intégrateurs qui satisfont aux normes CEI, mesurent simultanément
le niveau de crête, le niveau sonore maximum et le Leq avec différentes pondérations en
fréquence.
Les dosemètres sont des sonomètres qui mesurent également la dose de bruit. Des appareils
plus sophistiqués, appelés analyseurs de fréquence, sont utilisés pour analyser simultanément
le signal dans les différentes bandes d’octaves ou tiers d’octave (analyse spectrale). Ces
appareils sont nécessaires par exemple pour mesurer les ultrasons.
Précisons encore que la plupart des appareils de mesure doivent être calibrés avant chaque
mesure avec des sources sonores étalons.

Réduction et contrôle du bruit


En fonction de l’évaluation des risques, il faudra mettre en place les mesures nécessaires pour
empêcher ou contrôler l’exposition au bruit et enfin réaliser un suivi régulier de l’efficacité des
mesures.
Le programme de mesures comportera par ordre d’importance les éléments suivants :
✓ L’élimination des sources de bruit ;
✓ Le contrôle du bruit à sa source ;
✓ Les mesures de contrôle collectives destinées à modifier l’organisation du travail et
l’aménagement de l’espace de travail, y compris en marquant et en limitant l’accès
aux zones de travail dans lesquelles les travailleurs sont susceptibles d’être exposés
à des niveaux sonores supérieurs à 85 dB(A) ;
✓ En dernier ressort, l’introduction des équipements de protection individuelle.

12
Des informations et formations doivent être données aux travailleurs pour les aider à
comprendre et gérer les risques liés au bruit.

B.2- Les vibrations


Quelques définitions
Les oscillations mécaniques comprennent entre autres les secousses et les vibrations. Le
premier terme est utilisé principalement pour les bâtiments, le deuxième pour les machines et
appareils.
Une oscillation peut être décrite par le nombre de mouvements par unité de temps (fréquence)
qui se mesure en hertz. On peut aussi décrire une vibration par le chemin parcouru par le corps
à partir de sa position initiale (amplitude de l’oscillation), par la vitesse de l’oscillation et ses
variations dans le temps. C’est souvent cette dernière valeur (l’accélération) qui va nous
permettre d’apprécier les effets sur la santé. On peut l’estimer de la manière suivante :

Il existe des vibrations périodiques se répétant toujours après un certain temps, d’autres que
l’on nomme stochastiques ou aléatoires lorsque l’impulsion est irrégulière (par exemple lors de
conduite d’un véhicule).

13
Figure 2.4 : Les différents types de vibration

On distingue deux types de transmission des vibrations :


✓ Les vibrations du corps entier transmises par un siège ou une surface d’appui. On les
subit dans les véhicules, les chariots élévateurs, etc. La bande de fréquence se situe
principalement entre 1 et 80 Hz.
✓ Les vibrations transmises aux membres supérieurs par l’intermédiaire de poignée ou de
surface de contact. Elles sont provoquées par de nombreux outils ou petites machines
frappeurs ou rotatifs, par exemple marteaux piqueurs, tronçonneuses, burins
pneumatiques, etc. La bande de fréquence se situe principalement entre 6 et 1250 Hz.

Effets et manifestations
Les effets des oscillations sur l’être humain peuvent être préjudiciables à son bien-être ou même
dommageables à son organisme.
La nature des lésions dépend en partie de la fréquence des vibrations. Les vibrations de basse
fréquence (0,5 à 16 Hz) peuvent provoquer des lésions de la colonne vertébrale et des troubles
neurovégétatifs. Des vibrations de fréquence moyenne (16-80 Hz) peuvent provoquer des

14
lésions ostéo-articulaires des membres supérieurs. Quant aux vibrations de haute fréquence (60-
1000 Hz et plus), elles peuvent être à l’origine de troubles vasomoteurs (syndrome de Raynaud
ou doigts morts) et des lésions neuromusculaires. A noter également que l’énergie vibratoire
pénètre dans les tissus d’autant plus profondément qu’ils sont rigides. Plus on tient un objet
serré, moins les muscles sont souples et plus les vibrations agissent en profondeur.
La direction des vibrations joue un rôle lors des vibrations du corps entier. En effet l’organisme
semble plus sensible aux vibrations longitudinales. Les effets vont également dépendre de la
durée de l’exposition.

Figure 2.6 : Direction de vibrations pour le corps entier

Normes
Il n’existe pas encore de valeurs limites reconnues internationalement. Les normes ISO 2631 et
5349 constituent la base de réflexion pour protéger la majorité des travailleurs contre les
atteintes à leur santé. La première comprend les bases d’appréciation concernant les vibrations
du corps entier, avec une courbe différente suivant les axes. La deuxième présente des abaques
pour l’appréciation des vibrations du membre supérieur.

Mesures préventives
Pour améliorer les conditions des opérateurs exposés aux vibrations, il y a lieu :
✓ De réduire les intensités des vibrations en choisissant des machines ou des techniques
moins génératrices de vibrations.
✓ D’entretenir les outils (surtout les systèmes anti-vibrations).
✓ D’optimiser les conditions ergonomiques.

15
✓ De réduire les durées d’exposition en agissant sur l’organisation du travail, endroits pour
se réchauffer.
✓ De sensibiliser les utilisateurs aux risques pathologiques et à l’intérêt des moyens de
prévention : ne pas appuyer les machines contre le corps, ne pas serrer plus que nécessaire
les poignées des machines, porter des gants, s’habiller chaudement, ne pas fumer.

B.3- Le stress thermique


La connaissance des effets sur l’homme des ambiances thermiques a beaucoup progressé lors
de ces trente dernières années. Parmi les différents acquis, on peut citer la mise au point de
modèles fiables de prévision de l’astreinte à partir de la mesure de la contrainte thermique.
Pourtant certaines situations particulières de travail, telles les ambiances radiantes très
hétérogènes ou les expositions brèves et répétées à des ambiances sévères, se prêtent mal à la
modélisation. Les mesures physiologiques restent alors indispensables.

Effets physiologiques
Les ambiances thermiques peuvent avoir des effets sur la santé (hypothermie ou hyperthermie)
mais aussi sur la sécurité du travailleur (altération des performances mentales et physiques).
Lors de l’analyse d’un environnement thermique, il convient en outre de tenir compte des fortes
variations physiologiques interindividuelles.

Ambiances froides : les pathologies aiguës sont représentées par le refroidissement de tout le
corps (hypothermie) ou le refroidissement local excessif (gelure, engelure). Le refroidissement
des mains a déjà comme conséquence une diminution de la dextérité. D’une manière chronique,
on admet que le froid est un facteur de risque favorisant certaines affections respiratoires et
vasculaires.
Ambiances chaudes : Les deux pathologies aiguës dues à une exposition trop longue ou trop
sévère au chaud sont l’hyperthermie (augmentation de la température corporelle) et la
déshydratation (sudation trop importante). D’une manière chronique il semblerait que
l’infarctus, les affections gastro-intestinales et certaines maladies de la peau soient favorisées
par le travail à la chaleur.

La balance thermique
L’homme dispose d’un système de thermorégulation qui lui permet de garder constante sa
température centrale pour des productions de chaleur de son organisme et des conditions

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thermiques du milieu ambiant, variables entre certaines limites. On dit que l’homme est un
homéotherme.
Quand la température corporelle est stable, les échanges thermiques avec le milieu extérieur se
font suivant l’équation :

Le bilan thermique doit être égal à zéro, sinon il y a échauffement progressif (ou
refroidissement) de l’organisme. Dans le cas de l’activité musculaire même modérée, la
déperdition thermique par l’organisme pendant le travail est insuffisante et il y a augmentation
de la température centrale. Les possibilités de l’organisme pour assurer la déperdition thermique
dépendent des conditions thermiques ambiantes. Les échanges thermiques basés sur la
conduction sont très limités chez l’homme. Dans le cas des échanges par rayonnement, les
sources étant le plus souvent plus intenses que le corps humain, ceux-ci se font dans le sens
d’un apport de chaleur à l’opérateur.
Les échanges par convection sont très dépendants de la température de l’air. Si celle-ci dépasse
la température cutanée, les échanges par convection vont, eux aussi, entraîner une élévation de
la température corporelle.
En ambiance chaude, il ne reste donc comme possibilité d’évacuation de chaleur vers
l’extérieur, que les échanges thermiques par évaporation. Ceux-ci sont essentiellement
dépendants de l’humidité ambiante (aucune évaporation n’est possible si l’air est saturé en
humidité) et de l’eau corporelle disponible.

B.4- Aspects ergonomiques


Définition et but de l’ergonomie
L’ergonomie est une science pluridisciplinaire s’occupant de l’interaction entre l’être humain
et ses conditions de travail. Le but principal de l’ergonomie est d’adapter le travail et les
conditions de travail aux capacités et caractéristiques de la personne active. L’ergonomie ne se
préoccupe pas seulement de la dimension des moyens de travail, elle s’intéresse aussi à

17
l’organisation, au contenu et à l’environnement du travail. Dans ce sens, ses théories s’inspirent
de la physiologie et de l’anthropométrie, mais aussi de la psychologie et de l’ingénierie.
Il existe deux courants complémentaires de l’ergonomie. « L’ergonomie est la mise en œuvre
de connaissances scientifiques relatives à l’homme et nécessaires pour concevoir des outils, des
machines et des dispositifs qui puissent être utilisés par le plus grand nombre avec le maximum
de sécurité, de confort et d’efficacité » (définition de la Société d’Ergonomie de Langue
Française – S.E.L.F). Il s’agit ici d’ergonomie de conception.
Mais il existe aussi de nombreuses situations de travail pour lesquelles il serait souhaitable
d’améliorer la sécurité, le confort et l’efficacité. On utilise alors une ergonomie dite de
correction.
Dans les deux cas, le but de la démarche ergonomique est, à partir de l’analyse de l’activité de
travail, l’établissement de conditions de travail sûres et confortables pour l’ensemble des
travailleurs et efficaces pour la production.
Toutes les formes de situations de travail sont susceptibles de faire l’objet d’une analyse
ergonomique. L’ergonomie propose une investigation rigoureuse qui évite de se précipiter sur
un seul aspect des conditions de travail et prend en compte la situation de travail dans sa
globalité.

Travail prescrit, travail réel


L’ergonomie se caractérise aussi par le fait qu’elle fait clairement la distinction entre ce que
doit faire théoriquement le travailleur (travail prescrit) et ce qu’il fait effectivement (travail
réel).
Le travail prescrit constitue la référence théorique formalisée à laquelle l’entreprise rapporte la
performance des travailleurs. Son analyse fait partie intégrante de la démarche ergonomique.
Pour l’effectuer, il faudra rassembler les descriptions de postes, normes, consignes et
procédures. Bref, tout ce qui est donné à l’opérateur pour définir, organiser, réaliser et régler
son travail.
Mais travailler ce n’est pas appliquer un programme. C’est arbitrer entre ce que l’on demande
et ce que ça demande. L’opérateur ajuste constamment son activité (il anticipe, corrige,
interprète …). Il y a toujours une différence entre le travail prescrit et le travail réel. C’est lors
de la gestion des incidents qu’apparaît le plus clairement cette différence. Il est donc important
d’observer et d’analyser sur place les postes de travail.

18
Les déterminants de l’activité de travail
Une situation de travail peut être décrite comme une confrontation de divers éléments. Décrire
une situation de travail, c’est donc répondre à une série de questions sur les objectifs, les moyens
et les conditions d’exécution.
Les objectifs du travail :
➢ Pour quoi faire ? productions à assurer, services à assurer, contrôles à effectuer
Les moyens mis en œuvre pour atteindre l’objectif :
➢ Qui fait le travail ? âge, sexe, qualification, formation, expériences professionnelles,
ancienneté, statut. L’ergonomie prend en compte la variabilité inter-individuelle pour
proposer des aménagements souples qui puissent s’adapter aux particularités de chacun.
➢ Avec qui ? organisation des équipes (collaboration, polyvalence, etc.), hiérarchie
➢ Avec quoi ? matériaux, matériels, outils
Les conditions d’exécution :
➢ Où ? cadre architectural, espaces de travail, espaces de circulation et de stockage, flux
de matières et personnes, ambiances physiques
➢ Quand ? durée du travail, horaires, rythme de travail, cadences
➢ Comment ? technologies, modes opératoires, autonomie
L’ensemble de ces éléments représente les déterminants de l’activité parmi lesquels on
distingue ceux qui ont pour source les caractéristiques des personnes et ceux qui ont pour source
les caractéristiques de l’entreprise.

Les contraintes
Tous ces différents déterminants et leurs interactions peuvent représenter différentes charges
sur le travailleur. Ces différentes charges peuvent être séparées en quatre grandes catégories.
En voici les principaux indicateurs :
Charge physique :
➢ Statique : posture, aménagement de l’espace
➢ Dynamique : déplacements, gestes répétitifs, vitesse d’exécution de la tâche, port de
charge
Charge psychosociale :
➢ Exigences relationnelles élevées : relation clientèle, patients
➢ Manque de reconnaissance au travail
➢ Confrontation avec la souffrance humaine ou avec la mort
➢ Mobbing, harcèlements

19
➢ Relations hiérarchiques autoritaires
Charge mentale :
➢ Contraintes temporelles, pression sur les rythmes : délais courts
➢ Complexité de la tâche : concentration et compétences exigées, minutie
➢ Diversité de la tâche, polyvalence
➢ Autonomie, marge de manœuvre : contrôles, choix des rythmes, dépendance aux clients
ou à la machine
➢ Responsabilités : conséquences des erreurs
➢ Clarté des consignes : cahiers des charges, procédures
Gêne sensorielle : conditions sonores, climatiques, visuelles, lumineuses, odeurs, poussières

Les effets (astreintes)


Toutes ces différentes charges peuvent avoir comme conséquences des effets sur la santé. Il
s’agit souvent de symptômes non spécifiques tels que fatigue, troubles digestifs, maux de dos,
troubles musculo-squelettiques, maux de tête, stress, etc.
Décrire une situation de travail, c’est aussi relever les indicateurs des effets de ces différents
éléments sur les travailleurs (taux d’accidents, taux d’absentéisme, modification des
compétences, etc.) et sur la production (taux d’engagement des machines, fréquence de pannes,
délais de livraison, etc.).

Les techniques d’investigation


Observation (du travail réel), entretien (individuel ou collectif), analyse des traces (documents
produits par l’entreprise, statistiques) sont les trois techniques complémentaires de recueil des
données privilégiées par l’ergonomie. Enfin le recours à des questionnaires ne sert pas à décrire
l’activité mais permet de connaître les représentations qu’ont les opérateurs des contraintes
qu’ils subissent.

III.1- Les obligations nées de la directive SEVESO


La directive Seveso est le nom générique d'une série de directives européennes qui imposent
aux États membres de l'Union européenne d'identifier les sites industriels présentant des risques
d'accidents majeurs, appelés « sites SEVESO », et d'y maintenir un haut niveau de prévention.
Cette directive tire son nom de la catastrophe de Seveso qui eut lieu en Italie en 1976 et qui a
incité les États européens à se doter d'une politique commune en matière de prévention des
risques industriels majeurs.

20
Pour la directive SEVESO l’industriel doit :
✓ prendre des mesures de prévention et de limitation des conséquences ;
✓ prouver en effectuant une étude de dangers potentiels ;
✓ informer l’administration et le public ;
✓ former ses équipes d’interventions.

Il est tenu de communiquer à l’administration, les informations sur :


• Les substances ;
• Les installations ;
• Les scénarios d’accidents majeurs.

Et il doit tenir :
a) A jour la notification ;
b) Fournir des informations pour le PPI ;
c) Informer les autorités en cas d’accident.

A- L’ETUDE DES DANGERS


Le dossier de demande d’autorisation en ce qui concerne les établissements industriels, doit
comporter une étude de dangers potentiels.

1- Le contenu
Cette étude de dangers potentiels doit :
➢ Prendre en compte l’importance des risques engendrés par l’installation, compte tenu
de son environnement ;
➢ Prendre en compte l’examen qu’a effectué l’exploitant en vue de réduire les risques pour
l’environnement et les populations ;
➢ Assurer l’information du public et des travailleurs au travers notamment de l’enquête
publique.
2- Les éléments clés d’une étude de dangers
Ils concernent :
✓ La description et la caractérisation de l’environnement (et plans associés) ;
✓ La description des installations et leur fonctionnement ;
✓ La présentation du système de gestion de sécurité (pour établissements SEVESO) ;
✓ L’identification et la caractérisation des potentiels de danger ;
21
✓ La réduction des potentiels de dangers ;
✓ Les enseignements tirés du retour d’expériences (des accidents et des incidents
représentatifs) ;
✓ L’évaluation des risques ;
✓ La caractérisation et le classement des différents phénomènes et des accidents
potentiels en termes d’intensité des effets des phénomènes, de gravité des
conséquences des accidents, de probabilité et de cinétique de développement, en
tenant compte des mesures de prévention et de protection ;
✓ Les évolutions et les mesures d’amélioration proposées par l’exploitant ;
✓ La représentation cartographique ;
✓ Le résumé non technique de l’étude de dangers.

NB : dans le cas des installations susceptibles de créer, par danger d’explosion ou d’émanation
de produits nocifs, des risques très importants pour la santé et la sécurité des populations
riveraines et pour l’environnement, pour lesquelles les servitudes d’utilité publique peuvent être
instituées, le demandeur doit fournir les éléments indispensables pour l’élaboration par les
autorités publiques d’un PPI.

B- LE PLAN D’OPERATION INTERNE (POI) OU PLAN D’URGENCE


Il est établi par l’exploitant et mis en œuvre sous sa responsabilité. A partir de l’étude de dangers
potentiels, le POI définit :
• Les mesures d’organisation ;
• Les méthodes d’intervention ;
• Les moyens nécessaires,
Pour protéger :
Le personnel ;
Les populations riveraines ;
L’environnement.

1- Les objectifs du POI


➢ Ne pas dégrader davantage les installations ;
➢ Limiter les conséquences de l’accident ;
➢ Alerter les services de secours publics ;
➢ Informer les autorités compétentes.
22
2- La composition du POI
▪ Alerte ;
▪ Situation géographique ;
▪ Evaluation des risques ;
▪ Recensement des moyens ;
▪ Organisations des secours ;
▪ Information

Le guide méthodologique est conçu en trois parties :


- Une première partie générale traitant :
o Des risques identifiés et des scénarios avec leurs conséquences tels qu’ils
résultent des études de dangers ;
o De la structure d’organisation des secours pour un établissement industriel ;
o Du recensement précis et de la gestion des moyens ;
o Des formations à assurer ;
o De la mise à jour du POI ;

- Une deuxième partie qui, à partir de fiches synthétiques :


o Schéma d’alerte ;
o Fiches missions ;
o Fiches réflexes ;
o Fiches guides ;
o Fiches générales,
Permet d’affecter à chaque fonction, son rôle précis ;

- Une troisième partie couvrant la phase d’action, permet de guider chaque fonction
décrite dans l’organisation des secours, dans son rôle précis, à l’aide de fiches
synthétiques :
o Fiches de fonction : fiches d’organisation, fiches missions, fiches réflexes,
fiches guides ;
o Fiches générales : fiches de scénario, fiches de moyen, fiches de CMP
(courbe de montée en puissance)
La CMP est établie essentiellement, en fonction des différents moyens recensés, donc ceux
réellement existants :

23
• Moyens propres à l’établissement ;
• Moyens privés fournis dans le cadre d’accords professionnels (entraide
mutuelle…) ;
• Moyens de secours publics.
Cette courbe, établie à partir du scénario le plus pénalisant, doit permettre de s’assurer :
✓ Que les moyens disponibles répondent dans le temps à la stratégie de lutte
appliquée ;
✓ Qu’il existe en permanence une disponibilité « en moyens de protection ». Son
adéquation aux autres scénarios retenus est ensuite vérifiée.

NB : Tout POI est assorti d’un PPI (Plan Particulier d’Intervention) établi par l’administration,
concernant l’intervention à l’extérieur de l’établissement, dirigée par les services de secours
publics, et à laquelle l’entreprise peut également devoir participer.

IV- METHODOLOGIE DE L’IDENTIFICATION ET EVALUATION DES RISQUES


(CARTOGRAPHIE)
IV.1- La définition du risque
Situation constituée d’un ensemble d’évènements simultanés ou consécutifs dont l’occurrence
est incertaine et dont la réalisation affecte les objectifs de l’entreprise qui le suit.

IV.2- Les caractéristiques d’un risque


➢ Fréquence(f) : mesure la probabilité d’occurrence de l’évènement dommageable ;
➢ Gravité(G) : mesure les conséquences du sinistre ;
➢ Criticité(c) : indicateur de l’acuité du risque.
c=fxG
IV.3- Les principes de l’évaluation des risques professionnels (cartographie)
La méthode d’évaluation des risques professionnels est basée sur trois actions successives :
✓ Identifier les risques liés à chaque tâche de travail ;
✓ Classer les risques dans un document cohérent ;
✓ Hiérarchiser ces risques en les évaluant quantitativement et qualitativement (cf
norme NF EN 1050).

24
3.1- L’identification des risques
En plus des objectifs fondamentaux, elle intègre les ressources humaines, techniques et
financières de l’entreprise.

3.2- Les types de ressources


Elles sont constituées des ressources névralgiques (Gravité forte), des ressources vulnérables
(Fréquence élevée) et les ressources critiques.

3.3- Une sécurité adéquate ? ( cf norme NF EN 292-1 pour les machines)


Il est souhaitable de se poser les questions suivantes :
• Est-ce que le niveau de sécurité exigé a été atteint ?
• Est-il certain qu’un niveau de sécurité équivalent ne peut être obtenu facilement ?
• Est-il certain que les mesures prises :
o N’engendrent pas de risques ou de problèmes nouveaux ou inattendus ?
o Ne perturbent pas le travail ?
o Y-a-t-il des solutions pour toutes les situations de travail, pour toutes les
procédures d’intervention ?
o Est-ce que les solutions sont compatibles entre elles ?
o Les conditions de travail de l’opérateur ne sont-elles pas compromises par ces
solutions ?

3.4- Les conditions de survenance d’un dommage


Deux conditions doivent être réunies :
o Une personne est exposée à un phénomène dangereux ou à un danger (elle se trouve
alors en situation dangereuse) ;
o Aucune possibilité d’évitement du dommage n’est mise en œuvre.

3.5- L’estimation du risque


Le risque est la combinaison de la probabilité d’occurrence et la gravité (la plus élevée) d’un
dommage possible. La probabilité du dommage est fonction de :
o La fréquence et la durée d’exposition au phénomène dangereux ;
o La probabilité d’occurrence d’un évènement dangereux ;
o La possibilité d’éviter ou de limiter le dommage.
Risque = Fréquence x Gravité
25
3.6- La suppression ou la réduction du risque
Pour supprimer (ou réduire) le risque, on doit traiter une au moins des conditions menant au
dommage. Il faut s’attacher à trouver des mesures permettant la suppression du risque plutôt
que sa réduction.

3.7- L’analyse du risque


Elle est basée sur :
o La détermination des limites du système ;
o L’identification des phénomènes dangereux ;
o L’estimation du risque ;
o La sécurité adéquate, si oui (fin), si non, il faut rechercher la réduction du risque.

IV.4- Le classement et la quantification des risques


4.1- La présentation de la méthode
Examiner chacune des tâches de l’opérateur, opération par opération, de manière aussi détaillée
et concrète possible et prendre en compte l’homme dès la phase de conception. Il est nécessaire
de réaliser :
• La liste des tâches nécessaires à la réalisation de l’ouvrage ;
• La liste des opérations de chaque tâche ;
• L’analyse des risques de ces opérations ;
• La détermination des mesures de prévention pour agir efficacement sur ces risques.

4.2- Les niveaux de risques


Il faut utiliser le principe de la Grille de Quantification, afin de respecter les objectifs suivants :
simple, didactique et efficace.
Le niveau du risque est volontairement limité à trois niveaux/critères :
o Faible ;
o Moyen ;
o Fort.
La grille permet de synthétiser en une seule vision, l’ensemble du processus d’évaluation sans
qu’aucun critère ne soit oublié :
• La probabilité d’apparition du phénomène dangereux ;
• La durée d’exposition ;

26
• La possibilité d’évitement ;
• La gravité du dommage.
NB : le tableau de classement devra comporter en plus les colonnes suivantes :
✓ La coordination des moyens humains ;
✓ La coordination des moyens techniques ;
✓ Le suivi des modifications du document ;
✓ Le suivi et l’action.

4.3- Les différentes normes


• NF EN 1050 ;
• NF EN 202 -1 ;
• NF EN 202 – 2.

IV.5- La cartographie des risques


5.1- La définition de la cartographie des risques
La cartographie des risques permet de recenser les risques majeurs d’une organisation et de les
présenter de façon synthétique sous une forme hiérarchisée. Cette hiérarchisation s’appuie sur
les critères suivants :
- L’impact potentiel ;
- La probabilité de survenance ;
- Le niveau actuel de maitrise de risques.

5.2- Les objectifs de la cartographie des risques


L’établissement d’une cartographie des risques peut être motivé par des objectifs de différentes
natures aussi importants les uns que les autres. Ces objectifs sont les suivants :
• Mettre en place un contrôle interne ou un processus de management des risques
adéquat ;
• Aider le management dans l’élaboration de son plan stratégique et de sa prise de
décision ;
• Orienter le plan d’audit interne en mettant en lumière les processus au niveau desquels
se concentrent les risques majeurs ;
• Veiller à la bonne image de l’organisation.

27
La cartographie des risques est un puissant outil de pilotage interne. Ainsi, son élaboration exige
une méthodologie minutieuse, ce qui permet une détection systématique des risques majeurs.

V- METHODES D’EVALUATION ET DE MODELISATION DES RISQUES (APR,


AMDEC, ADC, HAZOP, DIAGRAMMES CAUSES-CONSEQUENCES, ARBRES OU
GRAPHES D’EVENEMENTS)

V.1- APR : (Analyse Préliminaire des Risques)


L'Analyse Préliminaire des Risques est une méthode d'identification et d'évaluation des risques,
de leurs causes, de leurs conséquences et de la gravité des conséquences. Cette analyse permet :
d’identifier les scénarios d’accident en présence du danger.
L'objectif de cette analyse de risque est d'en déduire les moyens et les actions correctives
permettant d'éliminer ou du moins maîtriser les situations dangereuses et accidents potentiels
mis en évidence. L'APR est particulièrement intéressante dès les premières phases du cycle de
vie des nouveaux systèmes pour lesquels on ne peut pas s'appuyer sur le retour d'expérience
(RTE). Elle est fondée sur l’identification des scénarios d’accidents en présence du danger.
C’est une méthode d’évaluation et de modélisation qualitative, déductive et statique.
Elle permet de repérer à priori les risques à étudier.

V.2- AMDEC (Analyse des Modes de Défaillances, de leurs Effets et de leur Criticité)
(FMECA: Failure Mode, Effects and Criticality Analysis)
2.1 - L'histoire de l'AMDEC
L'armée américaine a développé l'AMDEC. La référence Militaire MIL-P-1629, intitulé
"Procédures pour l'Analyse des Modes de Défaillance, de leurs Effets leurs Criticités, est datée
du 9 Novembre 1949. Cette méthode était employée comme une technique d'évaluation des
défaillances afin de déterminer la fiabilité d'un équipement et d'un système. Les défaillances
étaient classées selon leurs impacts sur le personnel et la réussite des missions pour la sécurité
de l'équipement. Le concept personnel et équipement interchangeables ne s'applique pas dans
le monde moderne de fabrication des biens de consommation. Les fabricants de produits de
consommation ont établi de nouvelles valeurs telles que la sécurité et la satisfaction client.
Ensuite, les outils d'évaluation du risque sont devenus partiellement démodés. Ils n'ont pas été
suffisamment mis à jour.
En 1988, L'ISO émettait les normes de la série ISO 9000. Le QS 9000 est l'équivalent de l'ISO
9000 pour l'automobile. Un groupe de travail représentant entre autre Chrysler a développé le

28
QS 9000 pour standardiser les systèmes qualité des fournisseurs. Conformément au QS 9000,
les fournisseurs automobiles doivent utiliser la planification qualité du procédé (APQP),
incluant l'outil AMDEC et développant les plans de contrôle.
La planification qualité du procédé est une méthode structurée pour définir et établir les étapes
nécessaires à assurer qu'un produit satisfait aux exigences du client. Les plans de contrôle aident
le fabriquant à produire des produits de qualité selon les exigences du client. Un accent est mis
sur la minimisation de la variation du produit et du procédé. Les fournisseurs doivent utiliser
l'AMDEC dans la planification qualité du procédé et dans le développement de leurs plans de
contrôle.
AMDEC vise à évaluer les conséquences des défaillances :
- Moyen de production
Elle vise à évaluer et à garantir :
• La fiabilité ;
• La maintenabilité ;
• La disponibilité (composante de la sûreté de fonctionnement (SDF) ;
• La sécurité.
Elle permet aussi d’obtenir au meilleur coût, le rendement global maximum des équipements
de production.
Elle vise enfin la réduction des temps d’indisponibilité après défaillance (composante du
soutien logistique intégré (SLI).

- Mesure qualitative
Elle recherche :
o Le découpage fonctionnel ;
o L’analyse des modes de défaillances ;
o L’analyse des causes ;
o L’analyse des Effets.

- Mesure quantitative
Elle vise :
• La cotation de paramètres (fréquences d’apparition de gravité) ;
• Le calcul de la criticité à partir de ces paramètres ;
• La mesure des résultats.

29
Une démarche participative par :
➢ Une mise en commun des expériences de chacun : les ingénieurs systèmes, les
ingénieurs process et projets, les techniciens et les utilisateurs finaux ;
➢ Les échanges techniques entre les différentes équipes : un groupe de travail
pluridisciplinaire.

Caractères analysés de l’AMDEC


a) mode défaillance : que peut-il arriver ?
b) effets : quels sont les conséquences,
c) causes : pourquoi cette défaillance est-elle arrivée ?
d) fréquence : quelle est la fréquence des défaillances ?
e) gravité : la qualité est-elle bonne ? la pollution est-elle acceptable ? la sécurité est-
elle garantie ? quels sont les coûts directs et indirects ?
f) détection : quelle est protection de cet équipement ? qui permet de détecter la
défaillance ?

Une démarche en 04 étapes :


E1 : initiation de l’étude : quel système étudier ; quels objectifs atteindre ?
Constituer le groupe de travail ; établir le planning des réunions ; définir les supports de
travail (grilles, tableaux de saisie) ;
E2 : décomposition fonctionnelle de la machine : découpage arborescent du système ;
inventaire des fonctions de service ; inventaire des fonctions élémentaires ;
E3 : analyse AMDEC du système : analyse des mécanismes de défaillances ; évaluation de la
criticité ; propositions d’actions correctives ;
E4 : synthèse de l’étude : hiérarchiser les défaillances ; liste des points critiques et du plan de
maintenance éventuel.

2.2- Sa faiblesse (ou son défaut)


Cette méthode ne permet pas en général, de prendre en compte les combinaisons de plusieurs
défaillances.

V.3- ADC (Arbre des conséquences)


Cette méthode vise à décrire l’accident, à partir d’un évènement majeur initiateur. C’est une
méthode d’évaluation et modélisation des risques qualitative, inductive et statique.

30
V.4- HAZOP (Hazard and Operability Studies)
4.1- Historique et domaine d’application
La méthode HAZOP, pour HAZard OPerability, a été développée par la société Imperial
Chemical Industries (ICI) au début des années 1970. Elle a depuis été adaptée dans différents
secteurs d’activité. L’Union des Industries Chimiques (UIC) a publié en 1980 une version
française de cette méthode dans son cahier de sécurité n°2 intitulé « Etude de sécurité sur
schéma de circulation des fluides ». Considérant de manière systématique les dérives des
paramètres d’une installation en vue d’en identifier les causes et les conséquences, cette
méthode est particulièrement utile pour l’examen de systèmes thermo-hydrauliques, pour
lesquels des paramètres comme le débit, la température, la pression, le niveau, la
concentration... sont particulièrement importants pour la sécurité de l’installation. De par sa
nature, cette méthode requiert notamment l’examen de schémas et plans de circulation des
fluides ou schémas PID (Piping and Instrumentation Diagram).

4.2- Le Principe
La méthode de type HAZOP est dédiée à l’examen des risques des systèmes thermo-
hydrauliques, pour lesquels il est primordial de maîtriser des paramètres comme :
• La pression ;
• La température ;
• Le débit ;
• La concentration, qui sont importants pour la sécurité de l’installation.

HAZOP ne considère plus des modes de défaillances mais les dérives potentielles (ou
déviations) des principaux paramètres liés à l’exploitation de l’installation. De ce fait, elle est
centrée sur l’installation. Pour chaque partie constitutive du système examiné (ligne ou maille),
la génération (conceptuelle) des dérives est effectuée de manière systématique par la
conjonction :
- de mots clés comme par exemple « Pas de » ; « Plus de » ; « Moins de » ; « Trop de »
- des paramètres associés au système étudié. Des paramètres couramment rencontrés concernent
la température, la pression, le débit, la concentration mais également le temps ou des opérations
à effectuer

31
Le groupe de travail doit ainsi s’attacher à déterminer les causes et les conséquences
potentielles de chacune de ces dérives et à identifier les moyens existants permettant de détecter
cette dérive, d’en prévenir l’occurrence ou d’en limiter les effets.
Le cas échéant, le groupe de travail pourra proposer des mesures correctives à engager en vue
de tendre vers plus de sécurité. A l’origine, l’HAZOP n’a pas été prévue pour procéder à une
estimation de la probabilité d’occurrence des dérives ou de la gravité de leurs conséquences.
Cet outil est donc parfois qualifié de qualitatif. Néanmoins, dans le domaine des risques
accidentels majeurs, une estimation a priori de la probabilité et de la gravité des conséquences
des dérives identifiées s’avère souvent nécessaire. Dans ce contexte, HAZOP doit donc être
complété par une analyse de la criticité des risques sur les bases d’une technique quantitative
simplifiée. Dans une première approche, une démarche semi-quantitative pourra être retenue.

4.3- Le déroulement
Il convient pour mener l’analyse de suivre les étapes suivantes :

a) Choisir une ligne ou de la maille. Elle englobe généralement un équipement et ses


connexions, l’ensemble réalisant une fonction dans le procédé identifiée au cours de la
description fonctionnelle.
b) Choisir un paramètre de fonctionnement,
c) Retenir un mot-clé et générer une dérive,
d) Vérifier que la dérive est crédible. Si oui, passer au point 5, sinon revenir au point 3,
e) Identifier les causes et les conséquences potentielles de cette dérive,
f) Examiner les moyens visant à détecter cette dérive ainsi que ceux prévus pour en prévenir
l’occurrence ou en limiter les effets,
g) Proposer, le cas échéant, des recommandations et améliorations,
h) Retenir un nouveau mot-clé pour le même paramètre et reprendre l’analyse au point 3),
i) Lorsque tous les mots-clés ont été considérés, retenir un nouveau paramètre et reprendre
l’analyse au point 2),
j) Lorsque toutes les phases de fonctionnement ont été envisagées, retenir une nouvelle ligne et
reprendre l’analyse au point 1. Enfin, comme le précise la norme CEI : 61882, il est également
possible de dérouler HAZOP, en envisageant en premier lieu un mot-clé puis de lui affecter
systématiquement les paramètres identifiés. Tout comme pour l’APR et l’AMDEC présentées
dans les paragraphes précédents, un tableau de synthèse se révèle souvent utile pour guider la

32
réflexion et collecter les résultats des discussions menées au sein du groupe de travail. Un
exemple de tableau pouvant être utilisé est présenté et commenté dans les paragraphes suivants.

Tableau 1 : Exemple de tableau pour l’HAZOP


Date :
Ligne ou équipement :
1 2 3 4 5 6 7 8 9
Mot Sécurités Propositions
N° Paramètre Causes Conséquences Détection Observation
clé existantes d’amélioration

a. Définition des mots-clés


Les mots-clés, accolés aux paramètres importants pour le procédé, permettent de générer de
manière systématique les dérives à considérer. La norme CEI : 61882 propose des exemples de
mots-clés dont l’usage est particulièrement courant. Ces mots-clés sont repris dans le tableau
ci-dessous, inspiré du Tableau 3 de la norme précitée.

Tableau 2 : Exemples de mots-clés pour l’HAZOP (norme CEI : 61882)


Type de
Mot-guide Exemples d’interprétation
déviation
Négative Ne pas faire Aucune partie de l’intention n’est remplie
Modification Plus Augmentation quantitative
quantitative Moins Diminution quantitative
Présence d’impuretés – Exécution simultanée d’une autre
Modification En plus de
opération / étape
qualitative
Partie de Une partie seulement de l’intention est réalisée
S’applique à l’inversion de l’écoulement dans les canalisations
Inverse
Substitution ou à l’inversion des réactions chimiques
Autre que Un résultat différent de l’intention originale est obtenu
Plus tôt Un événement se produit avant l’heure prévue
Temps
Plus tard Un événement se produit après l’heure prévue
Ordre Avant Un événement se produit trop tôt dans une séquence
séquence Après Un événement se produit trop tard dans une séquence

33
b. Définition des paramètres
Les paramètres auxquels sont accolés les mots-clés dépendent bien sûr du système considéré.
Généralement, l’ensemble des paramètres pouvant avoir une incidence sur la sécurité de
l’installation doit être sélectionné. De manière fréquente, les paramètres sur lesquels porte
l’analyse sont :
- la température
- la pression
- le débit
- le niveau
- la concentration
- le temps
- des opérations à réaliser

La combinaison de ces paramètres avec les mots clé précédemment définis permet donc de
générer des dérives de ces paramètres. Par exemple :
- « Plus de » et « Température » = « Température trop haute »,
- « Moins de » et « Pression » = « Pression trop basse »,
- « Inverse » et « Débit » = « Retour de produit »,
- « Pas de » et « Niveau » = « Capacité vide ».

c. Causes et conséquences de la dérive


Le groupe de travail, une fois la dérive envisagée, doit identifier les causes de cette dérive, puis
les conséquences potentielles de cette dérive. En pratique, il peut être difficile d’affecter à
chaque mot clé (et dérive) une portion bien délimitée du système et en conséquence, l’examen
des causes potentielles peut s’avérer, dans certains cas, complexe. Afin de faciliter cette
identification, il est utile de se référer à des listes guides.

d. Moyens de détection, sécurités existantes et propositions


La méthode HAZOP prévoit d’identifier pour chaque dérive les moyens accordés à sa détection
et les barrières de sécurité prévues pour en réduire l’occurrence ou les effets. Si les mesures
mises en place paraissent insuffisantes au regard du risque encouru, le groupe de travail peut
proposer des améliorations en vue de pallier à ces problèmes ou du moins définir des actions à
engager pour améliorer la sécurité quant à ces points précis.

34
4.4- Les limites et les avantages
HAZOP est un outil particulièrement efficace pour les systèmes thermo-hydrauliques. Cette
méthode présente un caractère systématique et méthodique. Considérant, de plus, simplement
les dérives de paramètres de fonctionnement du système, elle évite entre autres de considérer,
tous les modes de défaillances possibles pour chacun des composants du système.
En revanche, HAZOP permet difficilement d’analyser les évènements résultant de la
combinaison simultanée de plusieurs défaillances.
Par ailleurs, il est parfois difficile d’affecter un mot clé à une portion bien délimitée du système
à étudier. Cela complique singulièrement l’identification exhaustive des causes potentielles
d’une dérive.
En effet, les systèmes étudiés sont souvent composés de parties interconnectées si bien qu’une
dérive survenant dans une ligne ou maille peut avoir des conséquences ou à l’inverse des causes
dans une maille voisine et inversement.
Bien entendu, il est possible a priori de reporter les implications d’une dérive d’une partie à une
autre du système. Toutefois, cette tâche peut rapidement s’avérer complexe.

V.5- Diagrammes Causes-Conséquences, Arbres ou Graphes d’Evènements


5.1- Historique – Plan général
Quelques événements ou dates clefs permettent de fixer l’évolution chronologique de la Sûreté
de Fonctionnement :
A partir des années 1930, les taux de défaillance, utilisés pour comparer des événements passés,
le sont aussi pour faire des prévisions sur des événements à venir : la théorie de la fiabilité est
née.
Au cours des années 1940 et 1950, l'approche fiabiliste se développe dans les industries à fort
risque technologique : l’aéronautique, le militaire et le nucléaire.
A la fin des années 1950, de nombreux travaux sont menés montrant l'importance des erreurs
humaines dans les défaillances des systèmes. Les premières analyses prévisionnelles de fiabilité
des systèmes incluant des erreurs humaines et leur quantification sont réalisées à partir de 1957 :
elles considèrent alors l'homme comme une « mécanique ».
Dans les années 1960, H. A. Watson des laboratoires Bell met au point la méthode dite des
arbres de défauts ; grâce à elle, il devient possible de décrire les aléas du fonctionnement de
systèmes complexes.
Au début des années 1970, N. Rasmussen, de l'US Nuclear Regulatory Commission, réalise la
première « analyse de risques » complète de centrales nucléaires dans leur intégralité.

35
La décennie 80 voit l'approfondissement dans plusieurs directions :
a) collecte de données de fiabilité,
b) mise au point de nouvelles méthodes d'analyse de la fiabilité, et de la disponibilité, des
systèmes,
c) méthodes de prise en compte de facteur humain (méthode HCR : "Human Cognitive
Response technique", méthode HEART : "Human Error Assessment and Reduction
Technique"...).
La décennie 90 est notable pour l'introduction des méthodes de la Sûreté de Fonctionnement
dans toutes les industries (automobile, production d'hydrocarbures, pétrochimie...) et aussi
dans le génie civil et le bâtiment.
La première décennie de ce XXIème siècle sera certainement celle de l’avènement sociétal de la
préoccupation de maitrise de risque et de l’apport de réponses sous la forme de méthodologies
dotées de boîtes à outils et de méthodes d’application.

Dans cette synthèse relative à l’estimation et l’analyse de risques, nous présentons les méthodes
disponibles pour identifier les risques et modéliser le fonctionnement des systèmes complexes.
Successivement, nous examinons les méthodes d’analyse fonctionnelle, les différentes
méthodes de la Sûreté de Fonctionnement et les modèles issus du raisonnement qualitatif.

5.2- L’analyse fonctionnelle des systèmes


Définitions et concepts généraux
Par opposition à l’approche matérielle, l’analyse fonctionnelle s’appuie sur les fonctions d’un
système pour comprendre son fonctionnement. Elle établit de façon systématique et exhaustive
les relations fonctionnelles à l’intérieur et à l’extérieur d’un système.
Définissons tout d’abord la notion de fonction. Selon la norme NF X50-150, une fonction est
définie comme les « actions d’un produit ou de l’un de ses constituants exprimées en terme de
finalité ».
Au sens de la même norme, l’analyse fonctionnelle est alors définie comme « une démarche
qui consiste à recenser, ordonner, caractériser, hiérarchiser et/ou valoriser les fonctions ».
Les concepts fondamentaux introduits dans les méthodes d’analyse fonctionnelle sont :
- la description du besoin de l’utilisateur vis-à-vis d’un système, en termes de fonctions,
indépendamment du choix matériel ;
- la description des choix technologiques imposés au système en termes de contraintes. Les
contraintes peuvent provenir de l’environnement, de la technologie, de la situation, etc. ;

36
- la description du système, en terme de fonctions de service ou d’usage (satisfaction du
besoin) et en terme de fonctions de contraintes (solutions techniques retenues qui répondent
aux contraintes) ;
- une optimisation du besoin sur le plan économique et technique.
Cela nous amène à examiner les différentes fonctions accomplies par un système. Le cahier des
charges fonctionnel relatif à un produit (norme NF X50-151) classe les fonctions issues de
l’analyse fonctionnelle en différentes catégories :
Les fonctions principales de service ou d’usage correspondent aux fonctions essentielles pour
lesquelles le système a été réalisé. Les fonctions complémentaires de service ou d’usage sont
définies comme assurant un besoin complémentaire, d’importance moindre, à assurer au même
titre que le besoin principal ;
Les fonctions de contrainte résultent de l’action ou de la réaction du système face aux
contraintes externes, telles que l’environnement, la réglementation et les normes.
La réalisation d’une analyse fonctionnelle se déroule en trois principales étapes (Figure 2.7) :
a) L’analyse fonctionnelle externe ou l’analyse du besoin :
Le système est considéré comme une « boîte noire » de composition quelconque. Cette étape
va consister à déterminer :
• la définition du système ;
• les positions du cycle de vie ;
• les milieux extérieurs ;
• les fonctions principales et complémentaires ;
• les fonctions de contraintes.
b) L’analyse fonctionnelle interne ou l’analyse du produit :
Dans cette étape, on rentre dans la constitution matérielle du système : ses composants et
leurs matériaux (analyse structurelle), les solutions techniques envisageables pour que le
système réalise les fonctions assignées.
c) L’optimisation du couple besoin/produit :
Il s’agit d’optimiser la meilleure solution technique pour remplir les fonctions principales.

37
Figure 2.7 Démarche générale de l’analyse fonctionnelle

VI- LA GESTION DU RISQUE INDUSTRIEL AU CAMEROUN


VI.1- La réglementation applicable aux établissements classés
Au Cameroun, la réglementation applicable aux générateurs des risques que sont les
établissements classés revêt deux formes : d’une part, celle qui est générale et vise l’ensemble
des risques et nuisances créés par un établissement, et d’autre part, celle qui est plus spécifique
et qui vise un risque ou une nuisance particulière, par exemple la pollution de l’eau, la pollution
de l’air, l’élimination des déchets.
La réglementation générale, qui permet de classer les entreprises en fonction des nuisances et
des risques qu'elles génèrent, comprend la loi 96/14 du 5 août 1996 portant loi-cadre relative à
la gestion de l’environnement, la loi 98/015 du 14 juillet 1998 relative aux établissements
classés dangereux, insalubres ou incommodes, le décret N° 99/818/PM du 09 novembre 1999
fixant les modalités d’implantation et d’exploitation, et l’arrêté N° 13/MINMEN/DMG/SL du
19 avril 1877 portant nomenclature des établissements dangereux, insalubres ou incommodes
et son modificatif N° 02/MINMEE/DMG/SDAMIC du 04 janvier 1999. Elle définit deux
niveaux de classement des établissements en fonction de l'importance de la nuisance ou du
risque. Par ailleurs elle définit un ensemble de procédures qui doivent être appliquées dans la
gestion des établissements classés, aussi bien par les industriels que par l’Administration.

38
VI.2- La prévention des risques industriels
La prévention des risques industriels nécessite la vigilance de tous, chacun dans ses
responsabilités. L'exploitant des installations dangereuses doit les concevoir, les construire et
les exploiter en réduisant autant que possible les risques d'accidents, sous le contrôle de
l'inspection des établissements classés assurée par l’État. La sécurité doit, en outre, intégrer tous
les aspects du risque : production et utilisation de matières dangereuses, transport, installations
nouvelles et anciennes et faire participer tous les acteurs.
Au Cameroun, la prévention des risques industriels s'articule autour de quatre axes principaux,
à savoir :

a) La maîtrise du risque à la source


Afin de toujours mieux maîtriser les risques, l'industriel a l'obligation de présenter aux services
compétents du ministère chargé des risques industriels, des solutions d'optimisation de la
sécurité de ses procédés. Les améliorations concernées sont généralement techniques (mise en
place de dispositifs de détection de chaleur, de fumées ou de gaz, de vannes automatiques de
fermeture…), mais elles peuvent également concerner l'organisation interne de l’entreprise ou
la formation du personnel. Ces mesures d’amélioration sont contenues dans deux principales
études qui sont : l’étude des dangers et l’étude d’impact environnemental.

b) La maîtrise de l'urbanisation autour des sites à risques


Au travers notamment de la détermination d’un périmètre de sécurité, le ministre chargé des
risques industriels porte à la connaissance des collectivités locales l'intensité, la nature et
l'étendue sur le territoire des différents risques présentés par l'installation autorisée. A partir de
ces informations, les collectivités doivent adapter leurs documents d'urbanisme pour limiter
l'urbanisation dans les zones les plus exposées.
L'analyse des différents scénarios envisagés dans l'étude de danger permet de définir le
périmètre.

c) L’information préventive des populations


La population riveraine a le droit à l'information générale sur les risques qui pèsent sur sa zone
de résidence. Chaque citoyen doit prendre conscience de sa propre vulnérabilité face aux risques
et pouvoir l'évaluer pour la minimiser. Pour cela il faut se tenir informé sur la nature des risques
qui nous menacent, ainsi que sur les consignes de comportement à adopter en cas d'événement.

39
La loi prévoit la concertation avec les populations riveraines lors de la création ou de la
modification des installations industrielles génératrices de risques. Cette concertation est
concrétisée par les audiences publiques, qui sont tenues lors des études d’impact
environnemental, l’avis au public dont l’affichage est prescrit pendant l’ouverture de l’enquête
publique relative à l’autorisation d’implantation et d’exploitation d’une installation, et enfin
l’affichage dans la zone à risques de l’arrêté portant autorisation signé par le ministre chargé
des risques industriels, qui fixe les conditions d’exploitation visant à prévenir les accidents.

d) L’organisation des interventions en cas d’accident


L’approche probabiliste affiche clairement que le risque zéro n'existe pas. Malgré toutes les
mesures de prévention et de réduction du risque à la source, la probabilité qu'un accident
survienne n'est jamais nulle. Il est donc nécessaire de planifier les secours en cas de sinistre.
L'analyse des différents scénarios envisagés dans l'étude de danger permet de définir les moyens
d'intervention en cas d'accident grave. Si l'accident est susceptible de dépasser les limites de
l'établissement et de faire courir un risque aux habitants, à l'environnement et/ou aux biens, les
moyens d'intervention de l'industriel seront utilisés sous la responsabilité du chef
d'établissement dans le cadre de la mise en œuvre du Plan d’Urgence prescrit par la loi 98/015,
destiné à assurer l’alerte des autorités compétentes et des populations avoisinantes en cas de
sinistre ou de menace de sinistre, l’évacuation du personnel ainsi que les moyens pour
circonscrire les causes du sinistre.

La loi sur les établissements classés prévoit que tout exploitant dont l’établissement cause un
dommage corporel ou matériel résultant de son mauvais fonctionnement, est responsable
civilement, sans préjudice des peines applicables sur le plan de la responsabilité pénale et
nonobstant les vérifications effectuées par les inspecteurs chargés du contrôle des
établissements classés.

40
Chapitre 2 : L’INSPECTION DES ETABLISSEMENTS CLASSES
AU CAMEROUN

1. DEFINITION DE LA PROCEDURE D’AUTORISATION D’IMPLANTATION


ET D’EXPLOITATION D’UN ETABLISSEMENT CLASSE
La procédure d’autorisation d’implantation et d’exploitation d’un établissement classé
évoquée ci-dessus fait référence aux conditions exigées et à remplir par tout exploitant en vue
de sa mise en conformité vis-à-vis des dispositions légales et réglementaires en vigueur en
matière d’exploitation des établissements classés dangereux, insalubres ou incommodes. Ces
conditions et dispositions sont clairement définies dans les chapitres I et II du décret
N°99/818/PM du 09 Novembre 1999 fixant les modalités d’implantation et d’exploitation des
établissements classés dangereux, insalubres ou incommodes.
Elles sont donc fonction de l’établissement identifié et classé sur la base de la
nomenclature des établissements classés, qui dépend lui-même du type de dangers et
inconvénients présentés par l’établissement et du volume des activités.

2. PRESENTATION DES PROCEDURES SPECIFIQUES D’AUTORISATION


D’IMPLANTATION ET D’EXPLOITATION DES ETABLISSEMENTS
CLASSES INDUSTRIELS
Les procédures présentées ici concernent en particulier les établissements classés
industriels pouvant être en 1ère ou 2ème classe.
Le terme industriel fait référence aux unités de transformation (industries). En fait,
l’industrie et l’ensemble des activités économiques dont l’objectif est la transformation des
ressources naturelles en produits semi-finis ou finis. A ce niveau, on note ainsi, l’existence de :
- La petite industrie ;
- La moyenne industrie ;
- La grande industrie ;
- L’industrie lourde qui celle de la transformation des ressources du sous – sol.
Dès que le classement de l’établissement est arrêté, il est donc question d’appliquer soit
les dispositions prévues au chapitre I ou celles du chapitre II du décret N° 99/818/PM du 09
Novembre 1999.

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2.1. ETABLISSEMENT DE PREMIERE CLASSE
En effet, toute personne qui désire implanter et exploiter un établissement soumis à
autorisation (1ère classe), adresse une demande au Ministre chargé des établissements classés.
Cette demande, dont l’original est timbré au tarif en vigueur, est déposée en cinq
exemplaires et mentionne :
→ Les noms, prénoms, domicile, filiation et nationalité s’il s’agit d’une personne
physique ;
→ La dénomination et la raison sociale, la forme juridique, l’adresse du siège social,
la composition du capital, s’il y a lieu, ainsi que la qualité du signataire de la demande,
s’agissant des personnes morales ;
→ Le lieu d’implantation de l’établissement ;
→ La nature et le volume des activités que le promoteur se propose d’exercer, ainsi
que la où les rubriques de la nomenclature dans lesquelles l’établissement doit être
classé ;
→ Les procédures de fabrication qui seront mises en œuvre, les matières utilisées et
les produits fabriqués en précisant leur composition chimique et leur caractère
biodégradable. Dans ce cas, le promoteur pourra adresser en exemplaire unique et
sous pli séparé, les informations à caractère confidentiel pouvant entrainer la
divulgation des secrets de fabrication ;
→ Le permis de bâtir (si l’implantation nécessite l’obtention préalable dudit
document) ;
→ Chaque exemplaire de la demande citée ci-dessus doit être accompagné :
• D’une carte à l’échelle 1/50 000 ;
• D’une carte à l’échelle 1/10000 sur lequel figurent les abords de l’établissement sur
un rayon de 100m. sur cette carte, seront indiqués tous les bâtiments avec leurs
affectations, les voies de chemin de fer, les voies publiques, les points et cours d’eau ;
• Un plan d’ensemble à l’échelle 1/200 indiquant les dispositions et les distributions
projetées de l’établissement et ses différents locaux ;
• Une étude d’impact environnemental réalisée conformément à la législation et à la
réglementation en vigueur ;
• Les plans, coupes et documentation technique des équipements ;
• Une quittance (500.000 f) attestant le versement au trésor public du droit fixe de
délivrance de l’autorisation d’exploitation prévu à l’article 27 du décret susvisé.

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Les demandes d’autorisation et d’exploitation des établissements de 1ère classe font
l’objet d’une enquête publique de 30 jours, ouverte par le ministre chargé des établissements
classés dangereux, insalubres ou incommodes qui nomme à cet effet des commissaires
enquêteurs.
L’ouverture de cette enquête est publiée par les soins :
- Du préfet du Département du lieu de la situation de l’établissement ;
- Du Sous – préfet de l’Arrondissement concerné ;
- Du Maire de la commune du lieu d’implantation dudit établissement ;
Les autorités susvisées procèdent à l’affichage de l’avis au public. Le rayon d’affichage
pour chaque établissement est fixé à 5km au plus dans l’arrondissement ou de la commune du
lieu d’implantation de l’établissement.
Au terme de l’enquête, les commissaires doivent produire un rapport d’enquête publique
assorti de leur avis sur l’implantation et l’exploitation de cet établissement, le procès-verbal
d’affichage et de non opposition ou d’opposition.
L’ensemble de tous ces documents et demande introduits, accompagnés du certificat
d’affichage des autorités visées plus haut, sont transmis à Monsieur le Ministre pour suite de la
procédure d’élaboration de l’arrêté portant autorisation d’implantation et d’exploitation de
l’établissement.

2.2 ETABLISSEMENT DE DEUXIEME CLASSE


Toute personne désirant ou exploitant un établissement rangé en 2ème classe de la
nomenclature adresse au Ministre chargé des établissements, une déclaration en cinq
exemplaires dont l’original est timbré eu tarif en vigueur (article 14 du décret n°99/822/PM du
09 Novembre 1999).
Ladite demande doit mentionner :
- Les noms, prénoms, domicile, filiation et nationalité s’il s’agit d’une personne
physique ;
- La dénomination et la raison sociale, la forme juridique, l’adresse du siège social, la
composition du capital, s’il y a lieu, ainsi que la qualité du signataire de la demande,
s’agissant des personnes morales ;
- Le lieu d’implantation de l’établissement ;
- La nature et le volume des activités que le promoteur se propose d’exercer ainsi que
la ou les rubriques de la nomenclature dans lesquelles l’établissement doit être classé ;

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- Une quittance (200.000frs CFA) attestant le versement au trésor public, le droit fixe
de délivrance du récépissé de déclaration (décision), valant autorisation
d’exploitation ;
- Une carte de location de l’établissement à l’échelle 1/50 000 ;
- Un plan d’ensemble à l’échelle 1/200 faisant ressortir les dispositions matérielles de
l’établissement indiquant jusqu’au à 50m au moins de celui –ci l’affectation des
terrains, les zones habitées, les cours et points d’eau, les voies de communications ;
- Le mode de récupération, de valorisation et de traitement des déchets solides et des
effluents liquides ou gazeux ;
- Le permis de bâtir, s’il y a lieu, étant entendu que celui-ci ne vaut pas autorisation
d’implantation ou d’exploitation ;
- Le plan d’urgence établi conformément à la législation et à la règlementation en
vigueur ;
Le dossier complet ainsi introduit par le promoteur fait l’objet d’une étude par le service
Régional de l’industrie compétent et l’ensemble accompagné d’un rapport d’enquête technique
de conformité (avis du service de l’industrie et inspecteur assermenté), est transmis à Monsieur
le Ministre pour suite de la procédure d’élaboration du récépissé de déclaration (décision).
NB. A la demande du déclarant, certaines dispositions de la décision susceptibles d’entraîner la
divulgation des secrets de fabrication peuvent être exclues de la publication prévue.

3. PRESENTATION DES PROCEDURES D’INSPECTION DES ETABLISSEMENTS


CLASSES INDUSTRIELS
L’inspection périodique d’un établissement dangereux, insalubre ou incommode
comporte trois (03) phases principales :
A. Préparatifs de l’inspection ;
B. Visite de l’établissement ;
C. Rédaction du rapport d’inspection et des documents annexes.

A. Préparatifs de l’inspection
Une sortie pour les inspections des établissements dangereux, insalubres ou incommodes se
prépare. Les préparatifs comprennent donc deux (02) étapes :
- Le retrait des dossiers ;
- L’étude des dossiers.

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A.1 Retrait des dossiers
En effet, le dossier ouvert pour un établissement classé est constitué d’un dossier
inspecteur et d’un dossier souche.
Le dossier inspecteur est constitué nécessairement du rapport d’inspection le plus récent
et éventuellement des plans de masse et de situation, l’acte d’autorisation d’exploitation.
Le dossier souche quant à lui comporte toutes les autres pièces (rapports d’inspections, plans
de masse et de situation, acte d’autorisation et d’exploitation et autres correspondances diverses
etc…)
N.B Seul le dossier inspecteur de l’établissement est à retirer pour les inspections.

A.1.a - Le choix de la zone à inspecter.


L’inspecteur ou l’inspecteur-adjoint se fixe d’abord une zone dans laquelle il travaillera.
Cette zone peut couvrir soit un ou plusieurs quartiers d’une ville, soit une ville soit un
département. Le choix de la taille de la zone à couvrir dépend :
- Du nombre de dossiers d’établissements classés existants ;
- De l’effectif des inspecteurs et inspecteurs adjoints en activité dans la région concernée.
NB. Tous les établissements classés ayant un dossier ou non situés dans la zone choisie
doivent être inspectés au passage de l’inspecteur ou de l’inspecteur adjoint.

A-1.b : Etude du Dossier –inspecteur


Ladite étude se résume à la consultation des plans de masse et de situation de
l’établissement (s’il y en a) et à la lecture du rapport d’inspection.
Cette dernière opération permet de se faire une idée des nuisances provoquées par
l’établissement, de prendre connaissance des observations et consignes données à l’exploitant
par le précédent inspecteur ou inspecteur adjoint.

B- Visite de l’établissement
La visite de l’établissement classé est la phase la plus délicate de l’inspection, car d’elle
dépend la rédaction du rapport d’inspection et toutes les inspections futures dudit établissement.
Pour ce faire, elle fait appel à toutes les connaissances théoriques et pratiques de
l’inspecteur ou de l’inspecteur-adjoint, à son bon sens, à sa perspicacité, à son discernement.
Cette visite a donc ainsi pour but de :
➢ Localiser l’établissement avec précision ;

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➢ S’assurer de la conformité des installations au plan de masse et à la description produit
par l’exploitant lors de la déclaration ou de la demande d’autorisation ;
➢ Repérer les points sensibles de l’établissement :
• Sources de nuisances engendrées par son activité ;
• Remarquer la présence des stocks des produits dangereux.
➢ Vérifier l’existence des mesures préventives, des moyens d’intervention et apprécier
leur efficacité par rapport aux nuisances signalées ;
➢ Vérifier les respects des prescriptions générales mentionnées dans l’acte d’autorisation
d’exploitation et des consignes édictées dans le précédent rapport d’inspection ;
➢ Sensibiliser l’exploitant aux problèmes de sécurité industrielle (fiabilité des systèmes et
lutte contre les défaillances), notamment les risques sur le site et son environnement ;
➢ S’assurer de la prise en compte du risque inhérent au type d’entreprise (pollution dans
l’espace et dans le temps, l’incendie et les explosions) ;
➢ S’assurer qu’un plan de sécurité existe dans l’entreprise inspectée ;
➢ Prendre en compte l’homme et l’hygiène dans son milieu de travail ;
➢ Evaluer la surface bâtie de l’établissement s’il ne dispose pas de plan de masse ou si des
modifications ont été apportées aux installations initiales ou si l’établissement n’a pas de
dossier.

B.1-Mesures préventives
Ce sont des dispositions prises en vue :
→ Soit de supprimer les conditions favorisant l’apparition d’un sinistre,
Exemple : pour le danger d’incendie, éviter la réalisation du triplet :
- Source d’ignition ;
- Comburant ;
- Combustible.
Pour le danger d’explosion, éviter les élévations dangereuses de températures ou la
formation d’un rapport stœchiométrique,…
→ Soit de réduire jusqu’au niveau admissible par les normes sanitaires l’ampleur de la
nuisance.
Exemple : pour le danger d’altération des eaux, adopter soit les technologies propres, soit la
mise en place des dispositifs de traitement des effluents.

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B.2-Moyens d’intervention
Ces moyens sont mis en place dans l’établissement pour circonscrire les catastrophes
éventuelles en attendant l’arrivée des secours extérieurs à l’établissement.
Lors de l’inspection, l’inspecteur ou l’inspecteur adjoint s’assure que ces moyens
d’intervention sont en bon état de fonctionnement, adaptés aux types de nuisances et en quantité
suffisante en évaluant l’ampleur du sinistre pour lequel le moyen d’intervention devrait servir.

B.3- Sécurité et hygiène des travailleurs


Lors de la visite d’un établissement, accessoirement si l’inspecteur ou l’inspecteur-
adjoint remarque les éventuelles violations des règles d’hygiène et de sécurité des travailleurs,
il informe les services et organismes compétents (inspecteur du travail, service d’hygiène
territorialement compétents).

C. REDACTION DU RAPPORT D’INSPECTION ET DOCUMENTS ANNEXES


Un rapport d’inspection doit faire ressortir les rubriques suivantes :
1. Nature et description de l’établissement ;
2. Localisation de l’établissement ;
3. Surface de référence ;
4. Référence de l’autorisation d’exploitation ;
5. Les observations ;
6. Mesures de sécurité ;
7. Conclusion et consignes.

C.1. Nature et description de l’établissement


Ici, il s’agit d’indiquer la dénomination précisée dans la nomenclature des
établissements classés dangereux, insalubres ou incommodes.
La désignation courante du type d’établissement figurera dans le rapport entre
parenthèses afin de permettre une lecture aisée par tous dudit rapport.
Dans le cas où plusieurs activités indépendantes et classées sont menées au sein d’une
même concession, la dénomination complexe d’établissements sera utilisée.
Pour la description, on mentionne le matériau ayant servi à la construction, son
comportement vis-à-vis du feu. La description fait aussi ressortir la répartition des
équipements et installations principales constituant l’établissement.

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C.2. Surface de référence
Il s’agit de :
- Surface bâtie ;
- Surface non bâtie.
On entend par surface bâtie, celle regroupant toutes les installations classées.
Par contre, la surface non bâtie découle du reste de la superficie de la concession y
intégrant les bureaux administratifs.
Ces différentes surfaces sont mieux appréciées grâce au plan de masse présenté par
l’exploitant.

C.3. Les observations


Elles doivent être présentées en deux (02) parties :
- Observations d’ordre administratif ;
- Les observations d’ordre technique.
Les observations d’ordre administratif sont liées à la situation de l’établissement vis-à-vis
de la réglementation des établissements dangereux, insalubres ou incommodes. Il s’agit de
constater si l’établissement est autorisé ou non, et qu’il reste conforme aux plans de masse et
de situation présentés, ensuite qu’il est exploité par le même titulaire de l’autorisation ou par
un autre.
Les observations techniques se rapportent aux remarques faites sur les mesures de
sécurité (préventives et d’intervention) relatives aux nuisances de l’activité de l’établissement,
infractions des règles de sécurité et d’hygiène des travailleurs.
Le respect des prescriptions faites lors de la dernière inspection.

C.4. Consignes
Elles découlent des observations faites par l’inspecteur ou l’inspecteur adjoint.
En effet, l’inspecteur indique ce qu’il y a lieu de faire pour pallier les insuffisances
constatées dans les mesures de sécurité existantes dans l’établissement ainsi que les infractions
aux règles de sécurité et d’hygiène.

C.5. Documents Annexes


Ces documents comprennent :
- Les états de sommes dues (E.S.D) ;

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- Et/ou les certificats de visites des appareils à pression de gaz et/ou à pression de vapeur
d’eau ;
- Les états de remboursement de frais relatifs aux appareils à pression de vapeur d’eau.

4. EXAMEN DE LA MISE EN ŒUVRE DES SANCTIONS ADMINISTRATIVES


ET PENALES.
La loi N°98/015/ du 14 Juillet 1998 prévoit deux (02) types de sanctions :
- Les sanctions administratives ;
- Les sanctions pénales.

4.1. Sanctions administratives


Lorsqu’un inspecteur chargé du contrôle des établissements classés a constaté
l’inobservation des conditions imposées à l’exploitant, en ce moment, le Ministre en charge
desdits établissements met en demeure ce dernier de satisfaire à ces conditions dans un délai
qu’il détermine et ne pouvant, en tout état de cause, excéder trois (03) mois.
Ainsi, si à l’expiration du délai fixé, l’exploitant n’a pas obtempéré à cette injonction, le
Ministre chargé des établissements classés peut :
• Procéder d’office aux frais de l’exploitant, à l’exécution des mesures prescrites.
• Obliger l’exploitant à consigner entre les mains d’un comptable public une somme
correspondant au montant des travaux à réaliser, laquelle sera restituée à l’exploitant au
fur et à mesure de l’exécution desdits travaux et le cas échéant, procéder au
recouvrement forcé de cette somme ;
• Suspendre par arrêté, le fonctionnement de l’établissement jusqu’à exécution des
conditions imposées. (cf. articles 28, 29, 30)

4.2- Sanctions pénales


Conformément aux dispositions de l’article 34 de la présente loi, ces sanctions se
résument à :
- Une amende de cinq cent mille (500.000f) à deux millions (2. 000. 000f) de francs CFA
et d’une peine d’emprisonnement de six (06) mois à un (1) an, ou de l’une des deux
primes seulement.
Peut subir ces sanctions, toute personne qui :

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• Exploite un établissement classé sans avoir obtenu au préalable une autorisation ou un
récépissé de déclaration ;
• Continue l’exploitation d’un établissement dont la fermeture a été ordonnée ;
• Empêche l’accomplissement des inspections, contrôles, expertises et analyses prévues
par la loi.
En cas de récidive, le coupable en court le double du maximum des peines prévues.
Les sanctions prévues par la présente loi sont complétées par celles contenues dans le code
pénal ainsi que celles de la protection de l’environnement.
NB. La recherche et la constatation des infractions sont effectuées par deux (02) agents
assermentés qui cosignent le procès-verbal dressé à cet effet.
Ce procès-verbal doit être transmis à l’administration chargée des établissements classés
qui le notifie au contrevenant qui dispose d’un délai de vingt (20) jours pour contester, passé ce
délai et en cas de non contestation jugée fondée, des poursuites judiciaires peuvent être
engagées à l’encontre du contrevenant.

5- MODE DE RECOUVREMENT DES ETATS DES SOMMES DUES


5.1. BASE JURIDIQUE
5.1.1- LES LOIS
- Loi 98/015 du 14 Juillet 1998 relative aux établissements classés dangereux, insalubres ou
incommodes ; Cette loi est à la base des droits fixes et des frais d’inspection des établissements
classés
- Loi 98/020 du 24 Décembre 1998 régissant les appareils à pression de gaz et à pression de
vapeur d’eau. Elle est à la base des droits fixes, des frais de visite des appareils à pression de
gaz et à pression de vapeur d’eau.

5.1.2- LES DECRETS


- Décret 99/818/PM du 09 Novembre 1999 fixant les modalités d’implantation et d’exploitation
des établissements classés dangereux, insalubres ou incommodes ;
- Décret 99/817/PM du 09 Novembre 1999 fixant les modalités de construction, d’exploitation
et de contrôle des appareils à pression de gaz et à pression de vapeur d’eau ;
- Décret 99/819/PM du 09 Novembre 1999 fixant les conditions d’agrément des personnes
physiques ou morales aux contrôles, expertises et vérifications des appareils à pressions de gaz
et à pression de vapeur d’eau ;

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- Décret 99/822/PM du 09 Novembre 1999 fixant les conditions de désignation des inspecteurs
et inspecteurs-adjoints des établissements classés dangereux, insalubres ou incommodes et des
appareils à pression de gaz et à pression de vapeur d’eau ;
- Arrêté N°13/MINMEN/DMG/SL du 19 avril1977 portant nomenclature des établissements
classés dangereux, insalubres ou incommodes et son modificatif du 04 janvier 1999
- Arrêté N° 079/CAB/MINIMIDT DU19 juillet 2007 fixant les modalités de réalisation des
études des dangers
- Circulaire N°14/MINIMIDT/CAB du 19 juillet 2007 relative aux modalités d’implantation et
d’exploitation des installations industrielles, commerciales ou artisanales au Cameroun
- Circulaire N° 000001/MINMIDT/SG/DI/SDRI relative à la réalisation et à la validation des
études de dangers et des plans d’urgence des établissements dangereux, insalubres ou
incommodes de première classe.

II. PROCEDURE D’AUTORISATION D’IMPLANTATION ET D’EXPLOITATION


D’UN ETABLISSEMENT CLASSE MINIER
1- Définitions
Conformément à l’article 1er de la loi N° 98/015 du 14 juillet 1998 relative aux établissements
classés dangereux, insalubres ou incommodes , les établissements classé dangereux, insalubres
ou incommodes sont des usines, des ateliers, des dépôts, des chantiers, des carrières et de
manière générale, des installations industrielles ou commerciales, exploitées ou détenues par
toute personne physique ou morale, publique ou privée, et qui présentent ou peuvent présenter
soit des dangers pour la santé, la sécurité, la salubrité publique, l’agriculture, la nature et
l’environnement en général, soit des inconvénients pour la commodité du voisinage..
Si un établissement exerce ses activités dans le domaine minier, on parlera d’établissement
classé minier.

2- Procédure d’autorisation d’implantation et d’exploitation d’un établissement classé


minier
Conformément à la loi n°001 du 16 avril 2001 portant code minier et à son modificatif
n°2010/011 du 29 juillet 2010, l’implantation et l’exploitation d’un établissement minier
industrielle ou d’une petite mine au Cameroun commence d’abord par la demande d’un permis
de recherche. Si les recherche son fructueuses, l’opérateur peut demander un permis
d’exploitation qui peut être en fonction du volume des réserves, pour la petite mine ou pour la
mine industrielle.

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L’octroi du permis d’exploitation minier et subordonné à la signature d’une convention minière
entre l’Etat camerounais et la société minière.
Le permis d’exploitation est accordé par le Président de la République.
Cependant, l’exploitation minière industrielle est encore au Cameroun, au stade embryonnaire.
C’est pour cela que nous n’allons définir ici que la procédure d’autorisation d’implantation et
d’exploitation d’une carrière industrielle de pierre.

3- PROCÉDURE D’INSPECTION DES ÉTABLISSEMENTS CLASSÉS MINIERS


On entend par inspection et contrôle d'un établissement classe dangereux, insalubre ou
incommode, l'ensemble des opérations menées dans ledit établissement dans le cadre de la
surveillance administrative et technique, visant à prévenir les dangers et les inconvénients sur
la santé, la sécurité, la santé publique, l’agriculture, la nature et l’environnement en général et
les inconvénients pour la commodité du voisinage. Cette inspection et ce contrôle sont exercés
par les agents assermentés du Ministère chargé desdits établissements ou de toute autre
Administration compétente.
Les agents sus- visés ont pour mission de :
- de contrôler le fonctionnement des établissements classés ;
- de faire les audits et d'en dresser les rapports ;
- de veiller au respect des prescriptions techniques et des dispositions de la présente loi et de
ses textes d'application.
Ils ont le droit de visiter à tout moment les établissements soumis à leur surveillance et au moins
une fois par semestre.
L'Administration chargée des établissements classés peut agréer des personnes physiques
ou morales spécialisées soit pour les contrôles et les audits des établissements classés, soit pour
l'exploitation des laboratoires en vue de la détermination de la quantité et de la qualité des
effluents rejetés par les dits établissements, dans des conditions fixées par voie réglementaire.
Si nous prenons le cas d’une carrière de pierre, qui est un établissement classé, le code minier
parle de la surveillance administrative et de contrôles techniques exercés par l’administration
dans ses articles 101 à 104 et les modalités d’exercice de cette surveillance sont contenues dans
les articles 148 et 149 du décret d’application dudit code.
La procédure d’inspection d’une carrière de pierre et de ses installations est la suivante :
Le Ministre chargé des Mines désigne les responsables de son Département ministériel qui iront
effectuer la surveillance administrative et le contrôle technique d’une carrière déterminée.

52
L’équipe de mission doit effectuer la surveillance administrative et le contrôle
technique des installations de la carrière et des dépôts d’explosifs et de détonateurs s’ils
existent.

3.1- Contrôle administratif


Les inspecteurs doivent vérifier :
✓ la validité de l’autorisation d’exploitation de Carrière ;
✓ la validité de l’autorisation d’implantation et d’exploitation des dépôts d’explosifs et
de détonateurs ;
✓ la validité de la dernière autorisation d’achat, de transport, de conservation et
d’utilisation des substances explosives et détonantes.
✓ le paiement effectif de la redevance superficiel de l’année en cours ;
✓ le paiement de la taxe à l’extraction des six derniers mois ;

3.2- Contrôle technique


Il s’effectue à la carrière et dans les dépôts de substances explosives et détonantes.

a) Contrôle de la carrière et de ses installations


L’équipe de mission devra vérifier :
✓ Front de taille : l’inspecteur vérifie si sa hauteur est règlementaire, si les banquettes
existent
✓ Plate-forme : est-elle encombrée de bloc ou non ? Est-elle recouverte d’eau stagnante ?
Existe-il une pente permettant l’écoulement de l’eau ? Sinon y a-t-il une motopompe
qui évacue l’eau vers l’aval ? Y a-t-il de la végétation sur la plate-forme ?
✓ Pont bascule : Comment fonctionne-t-il ? Quels sont la quantité et le type de granulats
vendus en moyenne etc.
✓ Station de concassage : Nature et nombre d’appareils en place (concasseur, broyeur,
trémie etc.) ; méthode efficace de lutte contre la poussière ? Quelle est sa capacité de
production ?
✓ Un atelier mécanique : est-il propre ? Fonctionnel ?
✓ Groupe électrogène : Quelle est sa puissance ? Est-il fonctionnel ?
✓ Extincteurs : sont-ils positionnés aux endroits sensibles de la carrière ?
✓ Station d’essence ou de gas-oil : existe-t-elle ?

53
L’équipe devra également :
✓ vérifier la position du bâtiment administratif par rapport aux autres installations de la
carrière ;
✓ connaître le nombre d’employés permanents et temporaires, les horaires et le nombre
d’équipe de travail, le nombre d’heures de travail passé sans accident etc.
✓ vérifier l’existence d’un plan d’exploitation de la carrière.

b) Contrôle des dépôts d’explosifs et de détonateurs


✓ Contrôler s’il existe un dépôt d’explosifs différent de celui des détonateurs. Chaque
dépôt doit être construit en matériaux définitif, être propre, entouré de rigoles, de merlon
et de clôture grillagée muni d’une porte toujours fermée à clé.
✓ Chaque dépôt doit avoir des bacs de sable toujours remplis et des pelles.
✓ Les bâtiments doivent être assez hauts et munis de trous d’aération sur leurs parties
inférieures et supérieures.
✓ A l’intérieur du dépôt d’explosifs, les cartons ou les sacs de substances explosives
doivent être posés sur des palettes. Les cartons ou les sacs superposés ne doivent pas
dépasser une certaine hauteur.
✓ Un couloir bien aéré doit exister entre les piles de cartons et de sacs.
✓ L’inspecteur doit aussi vérifier les mesures de sécurités (thermomètre dans le dépôt,
panneaux de signalisation, port des E.P.I. etc.), présence d’un mineur à la carrière, le
plan de tir, contrôler les registres d’entrée et de sortie des substances explosives.
✓ La différence entre les substances entrées et celles qui sont sorties doit être égale au
stock en place.
✓ Il ne doit pas exister de grands arbres dans un rayon proche des dépôts.
✓ Les paratonnerres doivent être installés à côté des dépôts.
✓ Le même contrôle doit être effectué dans le dépôt de détonateurs. Les détonateurs
doivent être déposés sur des étagères en bois.
✓ Les dépôts doivent être gardés 24 heures sur 24.
Les inspecteurs doivent vérifier si Les responsables de la Délégation Régionale visitent tous
les mois la carrière et paraphent les registres et s’ils assistent aux réceptions des substances
explosives et détonantes qui arrivent à la carrière
A l’issu de l’inspection, un rapport de mission doit être rédigé suivi d’une lettre de
recommandations adressée à l’opérateur.

54
Chapitre 3 : L’ENVIRONNEMENT

Introduction
Tous les facteurs externes qui affectent un organisme peuvent être définis comme
l’environnement. Ces facteurs peuvent être d’autres organismes vivants, mais aussi des
variables non vivantes, tels l’eau, le sol, le climat, la lumière ou le dioxygène.
L’environnement n’est jamais statique. Des forces physiques modifient continuellement la
surface de la Terre, que ce soit le climat, l’action des vagues ou des phénomènes naturels
comme les volcans. Dans le même temps, ces forces introduisent des gaz, des vapeurs et de la
poussière dans l’atmosphère. Les organismes vivants jouent également un rôle dynamique par
leur respiration, leurs excrétions, leur mort et leur décomposition, qui recycle leurs éléments
constitutifs dans l’environnement.
Tout comme notre univers physique est divisé en substances solide, liquide et gazeuse, notre
environnement physique est, par convenance, divisé en atmosphère, géosphère, hydrosphère,
biosphère, anthroposphère et faune et flore.

I.1.1. L’atmosphère
L’atmosphère est l’enveloppe gazeuse qui entoure le corps solide de la planète. Bien que son
épaisseur soit supérieure à 1100 km, environ la moitié de sa masse est concentrée dans les 5,6
km inférieurs.
L’atmosphère :
- Est une couche protectrice qui permet la vie sur Terre et la protège de l’environnement hostile
de l’espace
- Est la source du dioxyde de carbone nécessaire à la photosynthèse des plantes et de l’oxygène
nécessaire à la respiration
- Fournit le diazote, un composé essentiel des molécules de la vie, nécessaire aux bactéries
fixatrices d’azote et aux usines de fabrication d’ammoniaque afin de produire du diazote.
- Transporte l’eau des océans vers les terres, agissant donc comme un grand condensateur dans
un distillateur géant, mu par l’énergie solaire
- A des fonctions protectrices vitales, vu qu’elle absorbe les rayonnements ultraviolets nocifs
du soleil et qu’elle stabilise la température de la planète.

55
1.1.2. L’hydrosphère
L’hydrosphère est la couche d’eau qui, sous la forme des océans, couvre approximativement
70,8 % de la surface terrestre.
L’eau :
- Couvre environ 70 % de la surface de la Terre et plus de 97 % de cette eau se trouve dans les
océans
- Est présente dans toutes les sphères de l’environnement : dans l’océan sous la forme d’un
grand réservoir d’eau salée, dans les eaux de surface des terres émergées sous la forme des lacs
et des rivières, en dessous de la terre sous la forme d’eau souterraine, dans l’atmosphère sous
la forme de vapeur d’eau, dans les calottes polaires sous la forme de glace solide et dans de
nombreuses parties de l’anthroposphère.
- Est un constituant essentiel de tous les organismes vivants et est le milieu à partir duquel la
vie a évolué et dans lequel la vie existe.
- Transporte l’énergie et la matière entre les différentes sphères de l’environnement.
- Lessive les constituants solubles des minéraux et les transporte jusqu’aux océans ou les
abandonne sous forme de dépôts minéraux à une certaine distance de leur source.
- Transporte les nutriments du sol dans le corps des plantes au travers de leurs racines.
- Absorbe l’énergie solaire dans les océans. Quand l’eau s’évapore des océans, cette énergie
est transportée sous forme de chaleur latente et libérée à l’intérieur des terres. La libération de
chaleur latente concomitante fournit une grande partie de l’énergie qui est transportée des
régions équatoriales vers les pôles et qui cause tempêtes et ouragans.

1.1.3. La géosphère
La géosphère est la partie de la Terre sur laquelle les humains vivent et à partir de laquelle ils
extraient la majorité de leur alimentation, des minéraux et des carburants. Elle est divisée en
plusieurs couches : le noyau interne solide, riche en fer, le noyau externe en fusion et la
lithosphère, qui est constituée du manteau supérieur et de l’écorce terrestre.
La science de l’environnement s’occupe principalement de la lithosphère.
- La lithosphère s’étend jusqu’à 100 km de profondeur et comprend deux couches, l’écorce
terrestre et le manteau supérieur
- L’écorce terrestre (couche externe de la terre) est la couche accessible aux êtres humains. Elle
est très fine (5 à 40 km d’épaisseur) en comparaison du diamètre de la Terre.

56
1.1.4. La biosphère
La biosphère est une couche d’air, d’eau et de sol, relativement fine, qui peut supporter la vie.
Son épaisseur est d’environ 10 km dans l’atmosphère et va jusqu’au bas-fond océanique. La vie
dans la biosphère dépend de l’énergie solaire et de la circulation de la chaleur et des nutriments
essentiels.
La biosphère :
- Est virtuellement contenue dans la géosphère et l’hydrosphère et dans la très fine interface
que ces sphères ont avec l’atmosphère.
- Influence fortement les plans d’eau, qui produisent la biomasse nécessaire à la vie et qui sont
l’intermédiaire des réactions d’oxydoréduction dans l’eau.
- Est impliquée dans les processus d’érosion qui détériorent les roches dans la géosphère et
transforment la matière rocheuse en terre.

1.1.5. L’anthroposphère
C’est le nom donné à la partie de l’environnement « faite » ou modifiée par les humains et
utilisée pour leurs activités. Toutefois cette définition renferme certaines ambiguïtés. De façon
claire, une usine fait partie de l’anthroposphère, tout comme un bateau transportant les
marchandises faites dans cette usine sur l’océan. L’océan sur lequel le bateau navigue appartient
à l’hydrosphère, même s’il est clairement utilisé par les humains.
L’anthroposphère :
- A des connections importantes avec la biosphère
- A fortement influencé la biosphère et l’a modifié de manière drastique. Par exemple, la
destruction de l’habitat sauvage a entraîné l’extinction d’une grande quantité d’espèces, dans
certains cas avant même qu’elles ne soient découvertes.

1.1.6. La flore et la faune


La faune et la flore sont deux termes collectifs pour désigner respectivement les animaux et les
plantes. Les différentes sections de l’environnement interagissent continuellement avec la flore
et la faune. L’écosystème est défini comme un ensemble d’organismes qui interagissent entre
eux et avec leur environnement, dans lequel la matière est échangée de manière cyclique.
L’habitat est l’environnement dans lequel vit un organisme en particulier.

57
1.2. Consommation des ressources naturelles
Dans les derniers deux siècle et demi, la révolution industrielle a modifié l’apparence de la
planète à un niveau alarmant en consommant les ressources naturelles, particulièrement les
combustibles fossiles. Chaque année, la consommation des ressources naturelles augmente,
parallèlement à l’accroissement de la population et à l’augmentation de la qualité de vie.

1.2.1 Les combustibles fossiles


Les combustibles fossiles (pétrole, charbon et gaz naturel) sont des substances riches en énergie
qui proviennent de plantes et de microorganismes enfouis sous terre depuis longtemps. Ils
fournissent la majorité de l’énergie qui alimente les sociétés industrielles modernes. L’essence
de nos voitures, le charbon de la plupart des usines électriques et le gaz naturel de nos foyers
sont tous des combustibles fossiles.
Les combustibles fossiles sont largement composés d’hydrocarbures qui se sont formés à partir
d’anciens organismes vivants enterrés sous des couches de sédiments, il y a des millions
d’années. Ces combustibles sont extraits de l’écorce terrestre et raffinés en carburants, essence,
mazout de chauffage ou kérosène. Certains de ces hydrocarbures peuvent aussi être transformés
en matières plastiques, en produits chimiques, en lubrifiants et en d’autres produits non
combustibles. Les combustibles fossiles les plus utilisés sont le pétrole, le charbon et le gaz
naturel.
Une fois extraits et transformés, les combustibles fossiles peuvent être brûlés pour une
utilisation directe (déplacement d’une voiture, chauffage d’une maison) ou indirecte
(production d’électricité).
Quelles en sont les conséquences ?
Au cours du siècle dernier, la quantité de dioxyde de carbone de l’atmosphère a augmenté de
façon spectaculaire, principalement à cause de la consommation des combustibles fossiles. Ceci
a entraîné une augmentation de la température de la planète.
Les conséquences d’une telle hausse de température peuvent se révéler dangereuses. Le niveau
de la mer va monter, submergeant complètement un certain nombre d’îles de faible altitude et
inondant de nombreuses villes côtières. Cela entrainera également l’extinction de diverses
espèces de plantes et d’animaux. Les zones agricoles seront perturbées et les épisodes de
sécheresse vont augmenter.

58
1.2.2 Bois et forêts
Les forêts sont très importantes dans le maintien de l’équilibre écologique. Elles offrent de
nombreux avantages environnementaux. En dehors de la production de papier et de bois de
construction, les forêts sont un habitat pour la faune sauvage, elles préviennent les crues et
l’érosion des sols, elles purifient l’air et l’eau et renferment une incroyable biodiversité. Les
forêts représentent aussi une défense importante contre les changements climatiques. Elles
produisent du dioxygène et via la photosynthèse, consomment du dioxyde de carbone, le
composé le plus impliqué dans le réchauffement global, ce qui en limite les effets.
Les forêts sont l’habitat d’une grande variété de plantes et d’animaux. Elles ont d’autres
fonctions importantes pour l’homme. La canopée (le sommet des arbres) et le système racinaire
sont des filtres naturels pour l’eau que nous puisons des lacs et des rivières. Quand il pleut, la
canopée intercepte et redistribue les précipitations qui, sans cela, causeraient des inondations,
de l’érosion et la destruction de la couche arable. Une partie des précipitations coule le long des
troncs et ruisselle, alors que le reste percole au travers des branches et des feuilles pour devenir
des précipitations au sol. La canopée peut également capter le brouillard, ce qui le disperse dans
la végétation et dans le sol. Les forêts augmentent également la capacité du sol à emmagasiner
de l’eau.

1.2.3. Les sols


Le sol, un mélange de matières minérales, végétales et animales, est essentiel à la croissance de
la plupart des plantes et est la ressource primaire des productions agricoles. De par le monde,
l’érosion a ravagé les sols lors des processus de transformation des terres en terres agricoles et
de destruction de la végétation, qui retenait l’eau et la terre en place. Dans les pays tropicaux,
la déforestation rapide est particulièrement dommageable du fait que la fine couche de la terre
restante est fragile et est rapidement délavée par les pluies tropicales. Globalement, l’agriculture
est responsable de la dégradation de 28 % des près de deux milliards d’hectares de terres
dégradées par l’activité humaine, alors que le surpâturage est responsable de 34 % et la
déforestation de 29 %.

1.2.4. L’eau
Les ressources en eau douce propre sont indispensables à différentes activités humaines : boire,
cuisiner, se laver, irriguer les terres, alimenter l’industrie, mais aussi à la survie des plantes et
des animaux. À cause de la surconsommation, de la pollution et de la dégradation des
écosystèmes, les réserves d’eau douce, les nappes phréatiques (eau située sous la surface), les

59
réservoirs et les rivières, subissent de sévères et continuelles pressions environnementales. Plus
de 95 % des eaux usées des villes des pays en voie de développement sont libérées non traitées
dans les eaux de surface comme les rivières et les ports.
Environ 65 % des réserves d’eau douce sont utilisées par l’agriculture et 25 % sont utilisés par
l’industrie. La conservation de l’eau douce nécessite donc une réduction du gaspillage comme
une irrigation inefficace, et des reformes dans l’agriculture et l’industrie, ainsi qu’un contrôle
strict de la pollution au niveau mondial.

1.2.5. L’énergie
Au cours de l’histoire, les êtres humains ont toujours produit et utilisé de l’énergie. Les hommes
utilisent de l’énergie pour la production industrielle, le transport, le chauffage, le
refroidissement, la cuisine et l’éclairage. Au niveau mondial, les réserves d’énergie dépendent
de différentes ressources. Les combustibles traditionnels, comme le bois de chauffage et les
matières fécales animales par exemple, sont une source importante d’énergie dans de nombreux
pays en voie de développement. Les combustibles fossiles comptent pour plus de 90 % de la
production globale d’énergie, mais leur utilisation pollue l’air et ils sont considérés comme une
ressource problématique.

1.3. Industrialisation et environnement


Les exigences et les désirs de la population croissante ont entrainé une intensification de
l’industrialisation. Ces activités industrielles, réalisées à l’aide de technologies modernes,
offrent nourriture, abri et biens de consommation dont les hommes ont besoin pour leur bien-
être et leur survie.
Les procédés de fabrication industriels consistent en la synthèse de substances chimiques à
partir de matières premières, la fonte de métal ou de matières plastiques ou tout autre chose
nécessaire à la production d’un produit particulier. Chaque procédé porte en lui un risque de
polluer l’air et l’eau et de produire des déchets dangereux. Au plus tôt les considérations
environnementales seront intégrées dans la conception et le procédé de développement, au plus
« environnemental » sera le procédé.
Au cours des 30 dernières années, la production industrielle a été une source majeure de
pollution dans les zones urbaines et un moteur important de l’utilisation intensive des
ressources.

60
1.3.1 Pollution environnementale faisant suite à l’industrialisation
[Link]. Pollution des sols
La pollution est une modification défavorable du milieu naturel qui apparaît comme le sous-
produit d’une action humaine, au travers des effets directs et indirects de ses activités. Ces
modifications peuvent affecter l’homme directement ou au travers de ressources en produits
agricoles, en eau, et autres produits biologiques. Elles peuvent aussi l’affecter indirectement en
altérant les objets physiques qu’il détient, les possibilités recréatrices du milieu ou encore en
enlaidissant la nature.
Dans une approche « milieu », le sol est interfacé avec l'eau et l'air ; la notion de pollution du
sol appelle donc généralement aussi celle de contamination d'un ou plusieurs composants des
écosystèmes (air, eau) ou potentiellement des organismes vivant en contact direct ou indirect
avec le sol (invertébrés du sol, champignons en particulier) avec une incidence sur l'écosystème,
au-delà de seuils variant selon la nature du polluant et du sol.
La pollution du sol peut être due à l’accumulation sur le sol des substances non biodégradables,
ou à l’accumulation des substances biodégradables mais dont la vitesse de biodégradabilité
excède le taux d’accumulation. Alors ces substances peuvent être stockées sur le sol ou être
lessivées par les eaux de ruissèlement vers les cours d’eau voisins ou vers la nappe phréatique ;
ou encore s’évaporer vers l’atmosphère.
Certains sols sont souvent utilisés comme décharge pour les déchets ménagers et industriels.
Dans beaucoup de régions cultivées, le lessivage des engrais et des effluents d'élevage épandus
en excès provoque une augmentation importante de teneur en nitrate et autres éléments
minéraux dans les nappes phréatiques.
Les effets de la pollution des sols dépendent de leur structure et de leur texture. Certains sols
ont la capacité de filtrer, d'absorber et de recycler des quantités importantes de déchets ; dans
d'autres sols, certains constituants toxiques ne sont pas retenus et se retrouvent dans les fleuves
et dans les nappes phréatiques. Les sols sableux sont favorables au lessivage, alors que les sols
argileux épais retiennent mieux les déchets. Ainsi toutes les activités humaines sur les sols
doivent tenir compte des propriétés des sols et de la position de la nappe et des cours d’eau du
milieu.

a) Origine de la pollution des sols


Ce sont la plupart du temps les activités humaines qui sont à l’origine des pollutions des sols :
- Les installations industrielles peuvent, dans le cas d’une fuite, d’un accident, ou encore dans
l’abandon d’une usine, provoquer une pollution du site.

61
- L’épandage des produits phytosanitaires et les rejets des bâtiments d’élevage, des
exploitations agricoles sont également à l’origine de nombreuses pollutions des sols
(notamment par l’azote et les phosphates), qui vont à leur tour amener la contamination des
eaux de ruissellement, et par la suite les cours d’eaux.
- Les actions des collectivités territoriales peuvent également être à l’origine d’une pollution
des sols : gestion des décharges et des stations d’épuration, utilisation de produits
phytosanitaires par les services des espaces verts, gestion de jardins partagés, etc.
Des évènements géographiquement éloignés peuvent également produire des pollutions de
sols, qu’il s’agisse d’évènements naturels (les retombées des cendres d’un volcan suite à une
forte éruption par exemple), ou technologiques (retombées radioactives suite à un essai
nucléaire ou une catastrophe, comme lors de l’accident de Tchernobyl).

b) Pollution par les métaux lourds


Les métaux lourds comme le cadmium, le plomb, le chrome, le cuivre, le zinc, le mercure ou
l’arsenic sont une grande source d’inquiétude. Tous les sols contiennent naturellement des
métaux lourds. Cependant, leur concentration peut être augmentée par :
- les industries (industries non ferreuses, centrales énergétiques, industries du fer et de l’acier,
industries chimiques)
- l’agriculture (irrigation avec des eaux polluées, utilisation de fertilisants minéraux)
- incinération des déchets
- combustion des combustibles fossiles
- trafic routier.

c) Effets de la pollution des sols


La pollution du sol est le résultat de la condensation de toxines et de substances pathogènes qui
peuvent être d’origine naturelle (présence du mercure, de métaux lourds ou de composants
radioactifs dans le sol), mais souvent d’origine anthropique : déchets ménagers ou industriels,
épandage de boues d’épuration, utilisation d’engrais et insecticides, entre autres.
Les activités humaines sont les plus polluantes, à commencer par l’agriculture.
L’importance de la demande alimentaire mondiale et la recherche du gain ont amené les
agriculteurs à exploiter intensivement les sols. Du coup, ils ont recours à plus d’engrais, de
fertilisants, de pesticides et d’autres produits chimiques qui sont utilisés massivement pour
protéger les plantations des insectes et des maladies, mais dont l’usage abusif est nuisible pour
le sol. En effet, les apports excessifs d'engrais ou de déchets peuvent conduire à la pollution des

62
sols et des eaux et à l'eutrophisation. Mais à l’inverse la diminution des éléments nutritifs dans
les sols par exploitation agricole excessive menace bien des populations agricoles.
C’est le cas aussi pour l’élevage intensif qui cause la pollution des sols par l’accumulation des
déchets animaliers, qui peuvent être des fertilisants naturels pour le sol, mais à fortes quantités,
ils peuvent contaminer les eaux souterraines. Les engrais, les pesticides, les herbicides et autres
produits du même genre risquent d’endommager le sol et de causer sa stérilisation, ainsi que la
contamination des nappes phréatiques et par ricochet les cours d’eau et les océans. Il ne faut
pas oublier que les polluants absorbés par le sol contaminent également les plantes et les
cultures qui sont consommées par l’être humain et les animaux.
Par ailleurs, les rejets industriels, notamment composés de métaux lourds, sont les plus toxiques
pour le sol. En fait, certains métaux comme le zinc et le cuivre sont nécessaires pour la
croissance des plantes, mais à faibles doses seulement, alors que leur présence à plus fortes
doses condamne la fertilité de la terre. Cela dit, d’autres métaux lourds sont toxiques, même à
faibles quantités. C’est le cas du plomb, du mercure et du cadmium, qui causent la phytotoxicité
des plantes et polluent les eaux souterraines, dont l’assainissement est des plus coûteux.
Les déchets ménagers constituent un réel problème pour les sols surtout dans les villes où le
taux d’accumulation est supérieur à la capacité de biodégradabilité des sols. Aussi la plupart de
ces déchets sont peu biodégradables (comme le plastique). Mais il y a également l’usage des
détergents, des solvants et d’autres composants chimiques qui finissent dans les eaux fluviales
et/ou lacustres où ils entrainent l’eutrophisation. Aussi notons que les décharges contribuent
fortement à la pollution des nappes.
Un autre aspect à évoquer ici est la radioactivité des sols, qui peut résulter de la présence du
radon qui provient de l’uranium et du thorium, présents naturellement dans le sol ou qui
émanent des sites de stockage des déchets radioactifs. Cela qui représente la première cause de
la propagation du cancer du poumon aussi bien chez les êtres humains que chez les animaux.
Dans une approche écosystémique qui résulte de l’interaction de l’eau et l’air (et par induction
l’atmosphère) avec le sol, les retombées atmosphériques et le lessivage des surfaces urbaines,
ainsi que les pluies acides sont autant d’éléments qui contribuent à la pollution des sols et qui
mènent à son acidification et sa contamination par les différents dioxines et furannes qui les
forment. D’ailleurs, on assiste de plus en plus à la contamination de la faune et la flore avec des
risques considérables d’altération du réseau trophique.
Toutes les activités humaines ainsi que leurs produits tels que les déchets domestiques ou
industriels, les élevages, et les cultures intensives, la production et la consommation d’énergie,
le stockage de déchets radioactifs, etc. cumulent toutes les conditions bioécologiques favorables

63
à la profération de germes pathogènes (virus, bactéries, parasites) responsables de nombreuses
maladies qui sévissent dans les sols, les eaux et l’air. On est exposé au quotidien aux polluants
du sol par voie d’inhalation des poussières ou d’embruns, par absorption cutanée ou par
consommation de produits infectés issus des cultures ou de viandes contaminées. L’exposition
de l’être humain et sa consommation de produits contaminés par les pesticides engendrent
principalement des difficultés respiratoires et cardiovasculaires, le développement d’un certain
nombre de pathologies cancéreuses et neurologiques, mais aussi la faiblesse de la reproduction
chez l’homme. Les personnes vivant dans des milieux pollués, près des mines, des sites
industriels, des sites d’élimination de déchets ou autres, sont les plus sujettes à des bronchites
chroniques et des dermatites. L’exposition aux dioxines et furannes cause des cancers déjà
observés aussi bien chez les animaux que chez les êtres humains, alors qu’une contamination
des sols avec des métaux lourds engendre des maladies respiratoires à la suite de la pénétration
et la fixation de microparticules dans les alvéoles pulmonaires. Cette pénétration assure le
passage des dioxines dans le sang, et peut contaminer les animaux et les êtres humains par voie
digestive à la suite de la consommation des plantes et de viandes contaminées. En effet, une
forte concentration de plomb est susceptible d’entraîner des spasmes abdominaux, des nausées,
de la diarrhée aiguë, et même le coma et le décès auprès des nourrissants. Dans certains cas, on
a constaté même de l’anémie, une déficience de la fonction mentale et des problèmes
neurologiques surtout chez les jeunes enfants.
L’écosystème est altéré par tous les déchets et les toxines naturelles et souvent anthropiques, ce
qui met en danger la faune, la flore et l’être humain qui court de plus en plus de risques sanitaires
qui peuvent se solder par de plus en plus de décès couplés de non-reproduction de l’être humain
et de toutes les espèces qui se trouvent sur Terre.
Les conséquences peuvent être aussi socio-économiques :
Il s’agit de la baisse de productivité agricole due à la stérilisation des sols entraînant parfois des
conflits sociaux (lutte pour l’occupation des sols) des migrations et autres.
Des recherches ont montré que les populations à faible revenu ne reçoivent pas la même
protection contre les contaminations environnementales que les communautés à revenu plus
élevé. Les incinérateurs de déchets toxiques, les usines chimiques et les décharges sont souvent
situées à proximité de communautés à faible revenu, car ces communautés, ni informées, ni
organisées, ne sont pas impliquées dans les processus de prise de décision municipaux.
Les sols sont peut-être moins affectés par la pollution que l’eau ou l’air. Cependant nettoyer un
sol pollué est plus difficile, plus complexe et plus coûteux que traiter l’eau ou l’air. La
récupération des sols est une activité beaucoup trop coûteuse.

64
d) Contrôle de la pollution des sols
La prévention de la pollution des sols nécessite une planification raisonnée de l’utilisation des
terres et de nombreuses infrastructures environnementales. Par exemple, il ne devrait pas être
permis aux industries à l’origine de libération accidentelle de polluants et de composés
chimiques toxiques d’être localisées à proximité des stations de captage d’eau.
Une fois les mesures préventives établies, des contrôles doivent être rigoureusement mis en
place pour s’assurer que les équipements de contrôles de la pollution sont correctement
entretenus et utilisés, et que les effluents libérés respectent les normes d’émission. La qualité
de l’environnement doit être contrôlée régulièrement pour s’assurer que les mesures de contrôle
de la pollution sont adéquates.

[Link]. Pollution des eaux


De toutes les ressources existant sur notre planète, l’eau est indubitablement la plus précieuse.
Sans elle, la vie sur Terre n’existerait pas : elle est essentielle à la croissance de toute chose sur
notre planète. Bien que nous sachions cela, nous n’en tenons pas compte, continuant à polluer
rivières, lacs et océans. Ainsi nous endommageons lentement mais surement notre planète au
point où des organismes disparaissent à une vitesse alarmante. En plus de causer la mort des
organismes, la pollution atteint également notre approvisionnement en eau potable. Pour lutter
contre la pollution des eaux, nous devons comprendre ces problèmes et faire partie de la
solution.

Qualité de l’eau
La qualité de l’eau que nous employons à des fins différentes au cours de notre vie quotidienne
peut être évaluée par des paramètres physiques et chimiques.

a) Paramètres de qualité physique de l’eau


Les paramètres physiques définissent les caractéristiques de l’eau qui répondent aux sens de la
vue, du toucher, du goût et de l’odeur. La présence de solides en suspension, la turbidité, la
couleur, le goût et l’odeur, ainsi que la température font partie de cette catégorie.

i) Solides en suspension – Sources et impacts


Les solides peuvent être dispersés dans l’eau sous forme de suspension ou sous forme dissoute.
Bien que certains solides dissouts puissent être perçus par nos sens physiques, ils appartiennent
plutôt aux paramètres chimiques.

65
Les solides en suspension dans l’eau peuvent être des substances inorganiques comme de
l’argile ou de la vase, ou des particules organiques comme des fibres végétales ou des débris
d’algues ou des bactéries. Grâce à la capacité de filtration du sol, les matières en suspension
sont rarement présentes dans les eaux souterraines.
Les autres matières en suspension peuvent provenir :
- de l’utilisation de l’eau par l’homme
- de l’utilisation de l’eau par les industries.
Les solides en suspension peuvent être divisés en résidus filtrables et résidus non filtrables.
Les solides en suspension, dans lesquels les matières sont susceptibles d’être de nature
organique et/ou biologique, sont des paramètres importants des eaux usées.
Le paramètre « solide en suspension » est utilisé pour mesurer la qualité des eaux usées riches,
pour suivre la qualité de différents traitements et pour mesurer la qualité des effluents. L’EPA
a déterminé une norme maximale de solide en suspension de 30 mg/L pour la plupart des rejets
d’eaux usées.

ii) Turbidité – Sources et impacts


La turbidité est la mesure de l’ampleur avec laquelle la lumière est absorbée ou dispersée par
les particules en suspension dans l’eau. L’absorption et la dispersion sont connues pour être
influencées par la taille et les caractéristiques de surface du matériel en suspension. Par
conséquent, la turbidité ne peut être une mesure directe de la quantité de solides en suspension.
Par exemple, un petit caillou dans un verre d’eau ne produira aucune turbidité. Cependant, si
ce caillou est broyé en toutes petites particules de taille colloïdale, cela produira une quantité
mesurable de turbidité, bien que la masse du caillou n’ait pas changé.
La turbidité des eaux de surface est due à l’érosion des sols. Les eaux usées domestiques et
industrielles contiennent du savon, détergent et émulsifiant qui les rendent trouble.
La turbidité rend l’eau potable désagréable à voir. Les matières colloïdales associées à la
turbidité représentent des sites d’adsorption pour des organismes biologiques potentiellement
dangereux pour la santé, ainsi que pour des substances chimiques potentiellement toxiques, et
entraînent un goût ou une odeur indésirable.

iii) Couleur de l’eau


L’eau pure n’a pas de couleur. Cependant, l’eau est souvent colorée à cause de matières
étrangères. Les tannins, l’acide humique et les humates récupérés par l’eau à partir des débris
organiques filtrables en suspension comme les feuilles, les herbes et le bois peuvent lui donner

66
une couleur brun-jaune. Les substances non filtrables comme les oxydes de fer rendent l’eau
plus rouge. Les déchets des industries comme l’industrie textile, la teinture, la production des
pâtes et papier, la transformation alimentaire, la production chimique, l’industrie minière, le
raffinage, les opérations d’abattage peuvent entraîner une coloration marquée de l’eau qui les
reçoit. En général, la couleur due aux matières filtrables en suspension est appelée couleur
apparente alors que la couleur due aux solides dissouts, qui sont toujours présents une fois qu’on
a enlevé les matières filtrables en suspension, est comme la couleur vraie.
De la même façon que les eaux troubles, l’eau colorée est visuellement indésirable pour le
public. L’eau très colorée n’est pas appropriée pour le blanchissage, la teinture, la fabrication
de papier, la fabrication de boissons ni pour la production laitière. De ce fait, l’eau colorée est
moins commercialisable tant pour l’usage privé que pour l’usage industriel.

iv) Goût et odeur


Le goût de l’eau est la saveur que nous percevons quand on met l’eau à la bouche, alors que
l’odeur est ce que nous percevons par le sens de l’odorat. Le consommateur peut attribuer une
grande variété de goûts et d’odeurs à l’eau. Invariablement, les substances qui donnent une
odeur à l’eau vont également lui transmettre un certain goût. Cependant l’inverse n’est pas vrai
: de nombreuses substances minérales produisent un goût mais pas d’odeur. Les matières
organiques ou leur décomposition biologique sont connues pour causer des altérations de goût
et d’odeur de l’eau. Les principales substances biologiques connues pour cet effet sont les
composés dus à la réduction du soufre, qui entraînent un goût et une odeur « d’œuf pourri».
Certaines espèces d’algues secrètent une substance huileuse entrainant des modifications de
goût et d’odeur. Les minéraux alcalins donnent un goût amer à l’eau, alors que les sels
métalliques lui donnent un goût salé ou amer.
Le goût et l’odeur rendent l’eau déplaisante pour le consommateur. Certaines substances qui
donnent un mauvais goût et une mauvaise odeur peuvent être cancérigènes.

v) Température
La température n’est pas utilisée pour évaluer directement l’eau potable ou les eaux usées.
Cependant elle est un des paramètres les plus importants dans les systèmes naturels d’eaux de
surface. La température des eaux de surface gouverne dans une large mesure la présence des
espèces biologiques et leur niveau d’activité. Elle influence également la plupart des réactions
chimiques qui ont lieu dans les eaux de surface et la solubilité des gaz dans l’eau.

67
L’eau utilisée pour la dissipation de la chaleur résiduelle dans l’industrie et la libération d’eau
chauffée peuvent causer une augmentation, bien que parfois localisée, de la température du
cours d’eau qui la reçoit.
La température fraîche des rivières favorise une activité biologique plus lente. Étant donné que
les nutriments essentiels sont disponibles, l’activité biologique double quand la température
augmente de 10 °C. Si la vitesse de métabolisme augmente, les organismes les plus compétitifs
pour l’utilisation des aliments et la reproduction s’épanouissent pendant que les autres espèces
déclinent et/ou disparaissent. La croissance des algues s’accélère souvent dans les eaux chaudes
et peut devenir problématique lorsque les algues s’accumulent en tapis. Des espèces d’ordre
supérieur, comme les poissons, sont fortement affectées par des changements de température et
de concentration en dioxygène dissous, qui est fonction de la température. Les changements de
température modifient les vitesses de réaction et le niveau de solubilité des substances
chimiques. La plupart des réactions chimiques dont la dissolution de solides sont plus rapides
si la température est plus élevée. D’un autre côté, la solubilité des gaz est plus faible à
température élevée. Donc, si la température augmente, la quantité dioxygène dissous va baisser.
Ceci n’est pas une situation souhaitable vu que l’oxydation biologique des substances
organiques dans les rivières est dépendante d’un approvisionnement adéquat en dioxygène
dissous.

b) Paramètres de qualité chimique de l’eau


L’eau est appelée le solvant universel. Les paramètres chimiques sont liés au pouvoir de
solubilisation de l’eau. La quantité totale de solides dissouts, l’alcalinité, la dureté, la présence
des fluorures, de métaux, de composés organiques ou de nutriments sont des paramètres
chimiques d’importance dans la gestion de la qualité de l’eau.

[Link]. Pollution atmosphérique


La pollution atmosphérique peut être définie comme l’ajout des substances dangereuses à
l’atmosphère, ayant pour conséquence une détérioration de l’environnement, de la santé
humaine et de la qualité de vie.
La pollution atmosphérique entraîne des problèmes respiratoires et favorise l’apparition de
cancers. Elle touche les plantes, les animaux, et l’écosystème dans lequel ils vivent. Certains
polluants atmosphériques reviennent sur la terre sous la forme de neige et de pluies acides qui
détériorent les statues et les bâtiments, abiment les récoltes et les forêts et rendent les lacs et
rivières impropres pour les poissons, animaux et végétaux.

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Au-dessus des villes se retrouvent plus particulièrement les polluants issus de la combustion
comme source d’énergie : oxydes de soufre, oxydes d’azote et monoxyde de carbone.

a) Classification des polluants atmosphériques


Il existe plusieurs façons de classer les polluants atmosphériques. En général, ils sont classés
sur la base de (i) leurs caractéristiques chimiques et physiques, (ii) leur origine, (iii) la nature
de la réponse qu’ils suscitent ou (iv) leur statut règlementaire.

i) Basée sur leurs différentes caractéristiques physiques et chimiques


Les aérosols sont des fines particules dispersées dans les gaz. Elles peuvent être solides ou
liquides. La terminologie liée aux aérosols polluants atmosphériques inclut la poussière, les
fumées, le brouillard, la brume, la brume sèche, les particules, le smog et la suie.
Les gaz et les vapeurs sont composés de molécules très éloignées les unes des autres et libres
de se déplacer, qui peuvent prendre de l’expansion pour occuper un espace plus large et exercer
une pression dans toutes les directions de l’espace. Une substance est un vrai gaz s’il est assez
éloigné de l’état liquide, ou en d’autres termes, si sa température est au-dessus de son point
critique. Une vapeur est une substance à l’état gazeux, qui n’est pas loin de son état liquide, ou
en d’autres termes, qui peut être facilement condensée en liquide.
ii) Basée sur leur origine
Les polluants atmosphériques sont classés de différentes façons sur la base de leur origine :
- Sources mobile et stationnaire
Les sources mobiles comprennent les automobiles, les trains ou les avions, alors que les sources
stationnaires sont toutes les autres sources de polluants.
Les usines électriques, les usines de transformation chimique, les extracteurs d’air ou les
opérations d’extraction de gaz du sol sont des exemples de sources stationnaires.
- Sources directes et indirectes
Une source directe émet directement le polluant dans l’air alors qu’une source indirecte n’émet
pas elle-même de polluants, mais attire les sources mobiles (centre commercial, stade
athlétique)
- Sources ponctuelles ou sources étendues
Une source ponctuelle est définie comme une source stationnaire dont les émissions ont un
impact significatif sur la qualité de l’air. Les sources étendues sont celles qui n’ont
individuellement pas d’impact sur la qualité de l’air, mais dont l’impact est significatif
lorsqu’on les regroupe (teinturerie, combustion à l’air libre).

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iii) Basée sur la façon dont ils atteignent l’atmosphère
Les polluants atmosphériques sont classés comme primaires ou secondaires, selon la manière
dont ils atteignent l’atmosphère.
Les polluants primaires sont émis directement dans l’atmosphère à partir d’une source
identifiable. Le monoxyde de carbone et le dioxyde de soufre sont des exemples.
Les polluants secondaires sont quant à eux produits lors d’une réaction chimique dans
l’atmosphère. L’ozone, par exemple, est un composant majeur du smog urbain. Il est produit
par la réaction photochimique entre les oxydes d’azote, les COV et d’autres composants de
l’atmosphère. C’est donc un polluant secondaire. L’émission des précurseurs des polluants
secondaires est généralement règlementée.

iv) Basée sur leur statut règlementaire


Selon la réglementation, l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA) a
identifié six polluants comme polluants de référence, de par leur fréquence et le risque qu’ils
entrainent pour la santé humaine. Ce sont les matières particulaires d’un diamètre inférieur ou
égal à 10 µm (PM10), le dioxyde de soufre, le monoxyde de carbone, le dioxyde d’azote,
l’ozone et le plomb. Pour chaque polluant de référence, l’EPA a établi des normes primaires et
secondaires de qualité de l’air ambiant. Le critère primaire a pour but de protéger la santé
publique. Le critère secondaire protège le public des effets secondaires sur son bien-être.
Collectivement, ces normes sont connues comme « National Ambient Air Quality Standards »
ou NAAQS.

b) Principales sources de pollution atmosphérique


i) Sources humaines
Les activités humaines comme la combustion du charbon et des produits pétroliers (essence,
kérosène, mazout...), la conduite d’une automobile, les activités industrielles, comme la
fabrication de produits ou la production d’électricité, sont les principales sources de pollution
atmosphérique.
La production d’énergie à partir de la combustion de combustibles fossiles produit de grandes
quantités d’eau et de dioxyde de carbone, qui contribue au réchauffement planétaire. Quand le
charbon, l’essence et d’autres combustibles similaires sont brûlés, les hydrocarbures et d’autres
impuretés qu’ils renferment sont oxydés. Par exemple, le soufre de la pyrite qui reste dans le
charbon est oxydé en dioxyde de soufre, un gaz irritant ayant une odeur âcre. La réaction
d’oxydation est la suivante :

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4 FeS2 + 11 O2 2Fe2O3 + 8 SO2
pyrite + oxygène oxyde de fer + dioxyde de soufre

Les oxydes ainsi formés se combinent dans l’atmosphère à la vapeur d’eau pour former des
acides, qui retournent sur terre sous la forme des pluies acides.
Grâce à l’énergie solaire, les oxydes d’azote et les composés organiques volatils réagissent sans
l’atmosphère pour produire le smog photochimique. Le smog contient de l’ozone, une forme
d’oxygène gazeux faite de trois atomes au lieu de deux. Dans l’atmosphère inférieure, l’ozone
est un poison : il détériore la végétation, tue les arbres, irrite les tissus pulmonaires et corrode
le plastique. L’intensité du smog est déterminée en mesurant son taux d’ozone. Si la teneur en
ozone est élevée, les autres polluants, dont le monoxyde de carbone, sont habituellement
également présents en grande quantité.
Les très jeunes enfants, les personnes âgées et les gens souffrant d’asthme ou de problèmes
cardiaques sont les plus affectés par le smog. Le smog peut causer des maux de tête ou de
vertiges ainsi que des difficultés respiratoires. Dans les cas extrêmes, il peut également causer
une forte morbidité et mortalité, principalement dues à un empoisonnement au monoxyde de
carbone.
Un autre polluant important, produit de la combustion incomplète du carbone ou de composés
organiques comme l’essence ou les hydrocarbures, dangereux car invisible et non irritant, est
le monoxyde de carbone ou CO. Ce gaz est connu comme le « tueur silencieux », car il est
inodore, insipide et invisible. Le principal symptôme de l’intoxication au CO est la somnolence,
parfois accompagnée de maux de tête, de vertige et de nausée. Le CO est surtout un polluant
des villes, sa concentration varie habituellement en fonction du trafic automobile.
Les composés organiques volatils (COV) qui polluent l’air sont :
- les composés hydrocarbures volatils de produits de consommation comme les diluants de
peinture, le goudron ou les vernis, qui sont souvent appelés « distillats de pétrole » sur les listes
de produits.
- les solvants d’évaporation et les propergols des produits de soins personnels ou d’entretien
ménager, comme le vernis à ongles, les déodorants, les lotions après-rasage, les laques à
cheveux ou les insecticides
- l’acétate d’éthyle et d’autres additifs exotiques que nous exhalons lorsqu’on mâche une
gomme à mâcher ou prenons des bonbons rafraichisseurs d’haleine pour lesquels les publicités
annoncent « une haleine fraîche ».

71
ii) Sources naturelles
Certains de ces polluants peuvent aussi provenir de sources naturelles. Les COV, par exemple,
sont libérés dans l’atmosphère lors des feux de forêts ou par évaporation.
Les volcans vomissent du dioxyde de soufre et de grandes quantités de cendres volcaniques.
Cependant, contrairement aux polluants issus de l’activité humaine, les polluants naturels ne
restent dans l’atmosphère qu’un court laps de temps et n’entrainent pas de modification
atmosphérique permanente.

c) Pollution atmosphérique et pluies acides


On sait actuellement que l’eau de pluie, qui était considérée par le passé comme la forme d’eau
la plus pure, est souvent contaminée par des polluants atmosphériques.
En présence d’humidité, des gaz comme le dioxyde de soufre et les oxyde d’azote provenant
des émissions industrielles deviennent dans l’atmosphère des gouttelettes d’acide pur, flottant
dans le smog, et sont connus en tant que pluies acides.

Figure 3.1. Formation des pluies acides

Ces acides en suspension dans l’air sont toxiques pour les poumons et corrodent tout ce qui est
en marbre, en calcaire ou en métal. Des forêts et des lacs situés loin des sites industriels peuvent
être détériorés par des pluies acides qui sont dues à des polluants transportés dans la troposphère
par le vent et qui descendent sous forme de pluies ou de neiges acides. Ces pluies brûlent les
feuilles des plantes et rendent les lacs trop acides pour supporter la vie des poissons et des autres
êtres vivants.

72
Chapitre 3 : GESTION DES RISQUES LIES A L’ENVIRONNEMENT

I- L’importance de la question environnementale pour les entreprises


Depuis quelques années, la conscience collective des enjeux environnementaux a largement
progressé, que ce soit dans les milieux politiques et institutionnels, au sein de la sphère
productive ou au niveau de la société civile :
- L’opinion publique s’est éveillée, sous l’action conjuguée des ONG et des médias. Le
néologisme « consomm-Acteurs » est apparu : les citoyens n’hésitent plus à s’engager
personnellement dans la protection de l’environnement, engagement qui peut aller jusqu’à
boycotter les entreprises qui ignorent la question environnementale ;
- Les législations évoluent rapidement, renforçant sans cesse l’arsenal réglementaire en
matière d’environnement. En particulier, depuis le 1er août 2008, la loi sur la responsabilité
environnementale impose aux entreprises la réparation des dommages causés à
l’environnement (accidents industriels, pollutions diffuses...) ;
- Les nouvelles réalités climatiques (tempêtes, inondations, sécheresse…) sont à l’origine
de catastrophes naturelles faisant de nombreuses victimes et causant des dommages de plus en
plus importants ;
- Par manque de connaissances, les expositions répétées à des agents physico-chimiques
tels que l’amiante, les PCB, le mercure, les dioxines, les pesticides etc, entrainent chez les
salariés exposés des conséquences sanitaires qui prennent parfois la forme de maladies
professionnelles graves.

II- Les « risques liés à l’environnement »


Selon la norme ISO 31000 : 2009, le risque se définit comme la possibilité qu’un événement
survienne et dont les conséquences (ou effets de l’incertitude) seraient susceptibles d’affecter
les personnes, les actifs de l'entreprise, son environnement, les objectifs de la société ou sa
réputation.
Cette définition générale s’applique évidemment aux risques environnementaux. L’évènement
associé à un « risque lié à l’environnement » tel que défini au sein de ce guide peut donc être
de nature diverse, mais il comporte nécessairement des sources ou des conséquences
environnementales.
Ainsi, on entend par « risques liés à l’environnement » :

73
1) les risques industriels ou technologiques générés par l’entreprise (risques
internes) impactant l’environnement : eau, air, sites et sols, bruit, etc.
2) les risques d’agressions extérieures (risques externes) dont la dimension
environnementale impacte l’entreprise, tels que :
• les risques naturels : inondation, mouvement de terrain, tempête, foudre, sécheresse...
• les accidents extérieurs à l’origine de dommages environnementaux : rupture de digue,
accident provoqué par une activité dangereuse avoisinante…

Les conséquences pour l’entreprise des risques liés à l’environnement peuvent en effet être de
plusieurs ordres :
a) Atteinte à l’environnement : eau, air, sols, paysage, ressources naturelles, etc.
b) Atteinte à l’intégrité humaine : santé et sécurité des salariés, du voisinage de l’entreprise,
des utilisateurs des produits et services, etc.
c) Pertes financières : manque à gagner, coûts des dommages, assurances, etc.
d) Eventuelles sanctions juridiques : pénales, civiles et administratives,
e) Dégradation de l’image de l’entreprise : risque de réputation, etc.
Le risque environnemental est donc résolument envisagé du point de vue de son impact sur la
santé de l’entreprise.

III- Les enjeux de la gestion des risques liés à l’environnement pour l’entreprise
La raison d’être d’une entreprise est de créer de la valeur pour pérenniser son activité. La prise
de risque est inhérente à ce processus. Il n’existe pas de croissance ni de création de valeur dans
une entreprise sans prise de risque.
Cependant, s’ils ne sont pas correctement gérés et maîtrisés, ces risques peuvent affecter
l’atteinte des objectifs de l’entreprise. Celle-ci doit donc anticiper les risques au lieu de les subir
afin de préserver sa valeur, ses actifs et sa réputation.
Au-delà, une stratégie d'anticipation, de prévision et de management des risques, peut être
source de création de valeur. En effet, initier une telle démarche vise non seulement à maitriser
les principales menaces pesant sur l’activité mais également à identifier des opportunités.
Le processus de management du risque défini dans la norme ISO 31000 : 2009 s’applique de
manière identique aux risques liés à l’environnement, car les enjeux sont de même nature pour
l’entreprise : il s’agit bien d’aborder les risques liés à l’environnement comme une réelle
menace aux conséquences potentiellement multiples, au même titre que les risques

74
professionnels, financiers et de sécurité, et de poursuivre des actions collectives et individuelles
afin de mieux connaitre et maitriser ces risques.
Par ailleurs, le caractère vertueux d’une bonne gestion des risques en termes de création de
valeur et de détection d’opportunités vaut aussi en ce qui concerne la gestion des risques liés à
l’environnement.
Ainsi une bonne gestion des risques liés à l’environnement pourra s’avérer bénéfique du point
de vue :
• du respect de l’environnement,
• de la santé et de la sécurité des personnes,
• de la conformité légale et réglementaire,
• des performances financières et économiques.
Le propos n'est pas simplement de recommander un engagement en faveur de l’environnement
pour des raisons éthiques et de responsabilité sociétale, mais bien d’inciter les entreprises à
prendre en compte les risques liés à l’environnement pour des raisons avant tout économiques.

III.1- Les enjeux économiques


a) Assurer la pérennité de l’entreprise
La gestion des risques liés à l’environnement est l’affaire de tous les acteurs de l’entreprise.
Elle vise à être globale et doit couvrir l’ensemble des activités de production et de service,
process…, en mode de fonctionnement normal et dégradé.
Elle confère ainsi aux dirigeants une vision objective et globale des menaces et opportunités
potentielles de l’entreprise permettant de prendre des risques mesurés et réfléchis et
d’éclairer leurs décisions pour une allocation optimale des ressources humaines et
financières.
Elle permet surtout de réduire ou d’éviter les pertes financières dues aux surcoûts et aux
dépenses généralement non prévus : coût de réparation des dommages causés à
l’environnement, pertes de production, de stock, coût indirect de la dégradation de l’image,
parfois relayée par les médias…
De ce fait, la gestion des risques liés à l’environnement permet également de mieux prévenir
et maîtriser tout risque de cessations de paiement, d’activité, voire de fermeture du site.
Nous constatons donc que la prise en compte des risques liés à l’environnement est de nature à
renforcer la santé financière de l’entreprise et non à la dégrader. Dans de très nombreuses
situations, contrairement à ce que pourrait laisser croire la perception immédiate, une politique

75
de prévention coûte moins cher qu’une gestion des réparations. Dans ces cas, la gestion des
risques liés à l’environnement est créatrice de valeur financière.
Par ailleurs, les banquiers et les assureurs qui s’engagent financièrement aux côtés des
entreprises pour une longue période étudient avec une acuité croissante les risques sociaux et
environnementaux de leurs clients avant d’accorder des crédits à long terme ou d’assurer des
risques. Il arrive de plus en plus souvent que des contrats d’assurance ne soient pas conclus
et que des crédits soient refusés au vu des risques environnementaux auxquels l’entreprise
est exposée. Notons à cet égard que l’assureur et le banquier peuvent être de bon conseil pour
l’entreprise qui met en place une démarche de gestion des risques liés à l’environnement.
Par exemple, le 26 mars 2008, le groupe AXA, l’ADEME et l’ACFCI (Assemblée des
Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie) ont signé un accord qui permet à toute PME
qui atteint le niveau 1 de la certification 1, 2, 3, environnement de bénéficier d’une remise de
30% sur un contrat de garantie des risques environnementaux de l’assureur. Il s’agit plus
précisément d’une réduction égale à 30% de la prime nette annuelle du contrat d’assurance
GREEN d’AXA (Garantie des Risques Environnement de l’Entreprise) souscrit par
l’entreprise.

b) Créer de la valeur
Même dans les cas de récession économique, des opportunités majeures peuvent s’offrir aux
entreprises. Cela implique qu’elles vont rechercher tous les moyens pour maintenir ou restaurer
un niveau de rentabilité satisfaisant notamment en s’attachant à améliorer leur marge.
Ainsi, de plus en plus, la prise en compte de l’environnement devient nécessaire aux
entreprises pour :
• se démarquer de la concurrence et conquérir de nouveaux marchés,
• améliorer leur référencement auprès des distributeurs et revendeurs,
• améliorer leur positionnement dans le cadre des marchés publics,
• obtenir une réduction des primes d’assurance…
Enfin, les calculs économiques, indépendamment de toute évolution prévisible de la
réglementation, montrent que la prise en compte des risques environnementaux est génératrice
d’économies.
Ainsi, on peut introduire les gains potentiellement générés par la prise en compte des
risques environnementaux dans le calcul de la rentabilité financière d’un projet.
Au-delà, la perception de la création de valeur qui est en train d’émerger bouscule
fortement nos acquis. En effet, par le passé, celle-ci se résumait à la santé financière et

76
principalement à la rentabilité. Désormais, le questionnement est plus complexe et comporte de
nouvelles dimensions :
• L’entreprise a-t-elle créé les conditions permettant la création d’actifs immatériels, par
exemple à travers une politique de responsabilité sociale et environnementale, qui
seront susceptibles d'assurer sa santé financière future ?
• Intervient-elle dans un secteur producteur de « vraies richesses », efficace sur le plan
environnemental, que l’on cherchera à développer demain, ou dans un secteur d'activités
que l’on cherchera demain à réduire ?
Ainsi, un autre bénéfice peut être ajouté à la mise en place d’une démarche de management des
risques, il s’agit de son impact sur le capital immatériel. En effet, celle-ci se
traduira potentiellement un impact positif sur le capital client, sur le capital humain et sur la
marque ou sur la réputation de l’entreprise.
De ce fait, une telle démarche peut également constituer une première étape vers une prise de
conscience de l’entreprise de la nécessité de réorienter son activité dans le sens d’une éco-
conception de ses produits et services.

III.2- Les enjeux de santé et de sécurité au travail


La gestion des risques liés à l’environnement soulève des enjeux de protection des
personnels et des équipements.
En effet, les impacts environnementaux générés ou subis par l'entreprise peuvent avoir des
conséquences sur la santé et la sécurité des salariés, ou encore sur les équipements.
La sécurité et la sûreté visent à protéger l'homme et son environnement naturel en limitant, en
toutes circonstances, les effets d'un éventuel dysfonctionnement. Elles recouvrent l'ensemble
des dispositions prises pour assurer la production, l'exploitation, la maintenance normale,
prévenir d'éventuels incidents ou accidents, limiter les conséquences de ces incidents-accidents
éventuels.
Ces dispositions concernent la protection des travailleurs, la surveillance des systèmes-
structures-composants sensibles, la protection vis-à-vis des incidents internes mais aussi des
agressions externes, naturelles ou humaines, la sécurité classique.
Enfin la sécurité - sûreté se joue à tous les stades du cycle de vie de l'installation, de la
conception à la déconstruction.
Quant aux maladies professionnelles, les accidents de travail coûtent cher en termes de durée
d’arrêt de travail, de cotisation, perte de personnel et donc en termes de production et de profits

77
pour l’entreprise. Ils ne seront cependant pas traités au sein de ce guide, qui s’intéresse
exclusivement aux risques liés à l’environnement.

III.3- Les enjeux réglementaires actuels et futurs


Ces dernières années, les réglementations environnementales se sont durcies et se sont
multipliées. Si on se réfère au passé, de grandes catastrophes se sont toujours produites et
frappent d’autant plus les esprits, de nos jours, qu’elles se produisent dans des zones bien plus
habitées que jadis. Néanmoins, elles sont souvent à l’origine du renforcement ou de la création
de la réglementation en matière de sécurité et d’environnement.
Ainsi, le principe « pollueur-payeur » fondé dans les années 70 par l’OCDE s’est imposé
lentement partout dans le monde. Le 1er août 2008, la France a transposé la directive
européenne sur la Responsabilité environnementale en droit français. Désormais, toute
entreprise causant des dommages à l’environnement doit les réparer. Pour la première fois, en
mars 2010, les préjudices écologiques ont été reconnus par un tribunal dans l’affaire ERIKA
qui avait engendré une pollution à l’hydrocarbure sur les côtes bretonnes en décembre 1999.
Il est dès lors crucial pour les entreprises d’anticiper l’évolution de la législation en œuvrant de
manière proactive à la réduction des impacts environnementaux. En effet, l’entreprise qui prend
les devants peut s’adapter à son rythme. A contrario, lorsque qu’une nouvelle loi est votée, la
mise en conformité se fait à marche forcée et les délais souvent courts peuvent mettre
l’entreprise en difficulté et même provoquer la fermeture (capacité d’investissement
insuffisante, investissements récents non amortis qui se révèlent non-conformes, manque de
temps, etc). Il est donc plus économique de prendre les devants.
La mise en œuvre d’une politique environnementale, centrée dans un premier temps sur la
maitrise des risques liés à l’environnement, constitue une excellente première étape.

IV- La gestion globale des risques dans les entreprises


"La prise de risque est inhérente à toute société. Il n'existe pas de croissance, ni de création de
valeur dans une société, sans prise de risque. S'ils ne sont pas correctement gérés et maîtrisés,
ces risques peuvent affecter la capacité de la société à atteindre ses objectifs. En continuant à
prévenir et à gérer les risques, les dispositifs de gestion de risques et de contrôle interne jouent
un rôle clé dans la conduite et le pilotage des différentes activités.
La gestion globale des risques a comme objectifs de :
a) sécuriser l'atteinte des objectifs de l'entreprise,

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b) permettre aux dirigeants de disposer d'une vision globale et commune des principales
menaces et opportunités manquées de l'entreprise,
c) allouer les ressources financières, humaines et technologiques aux véritables enjeux de
l'entreprise.
La gestion globale et intégrée des risques (ou Entreprise-wide Risk Management) repose sur un
dispositif organisé au sein de l’entreprise. Même si cette organisation et les ressources associées
dépendent de la taille de l’entreprise, les étapes essentielles du dispositif restent les mêmes :
- un cadre organisationnel comprenant les rôles et responsabilités des acteurs, un langage
commun, une politique d’appétence aux risques, le format et la périodicité de la cartographie
des risques…
- un processus comprenant 5 phases successives :
+ L’analyse du contexte,
+ L’identification des risques,
+ L’évaluation des risques,
+ La maîtrise des risques,
+ Le contrôle de la maitrise et du dispositif

Processus pour une gestion globale des risques (Source AMRAE)

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1- Etablir le contexte
L’objectif de cette étape est de connaître les éventuels éléments de risque de l’entreprise. Pour
ce faire, il convient :
- d’analyser l’activité de l’entreprise (ex : nucléaire, déchets, utilisation de produits
chimiques…),
- d’examiner l’emplacement des bâtiments (ex : près d’un cours d’eau, en bas d’une colline,
sur une zone sismique, à proximité des voies de transport dangereux...),
- d’appréhender la législation à laquelle l’entreprise est soumise,
- de connaître les entreprises voisines et leurs activités.
Plus généralement, il faut se demander : « Quels seraient les éléments de l’entreprise ou de son
environnement qui pourraient avoir une incidence sur ses activités ? »

2- Identifier les risques


Cette étape consiste à recenser les risques susceptibles de menacer l’atteinte des objectifs de
l’entreprise. En effet, pour que le recensement des risques ne ressemble pas à une liste à la
Prévert, il est essentiel d’adosser les risques aux objectifs stratégiques ou opérationnels de
l’entreprise. Ces risques peuvent prendre de deux formes : les menaces potentielles ou la
possibilité de passer à côté d’une opportunité.
L’identification des risques revient à donc se poser continuellement ces deux questions :
« quelles sont les menaces et/ou événements susceptibles de contrarier ma stratégie et/ou
d’empêcher mes objectifs de se réaliser » ? « Est-ce que je passe à côté d’une opportunité
intéressante pour mon entreprise ? ».
Un risque se caractérise par un événement (redouté), ayant une ou plusieurs sources et une ou
plusieurs conséquences.
Les dirigeants peuvent s’aider d’un univers de risques (cf. figure 2) leur permettant de couvrir
l’ensemble des activités de l’entreprise.

80
3- Evaluer les risques
Cette étape est essentielle car elle consiste à donner un poids / une importance relative à chacun
des risques identifiés, ce qui permettra de les hiérarchiser les uns par rapport aux autres. En
effet, chaque événement redouté peut avoir des conséquences plus ou moins catastrophiques et
une probabilité d'apparition plus ou moins grande.
Les conséquences peuvent être de plusieurs sortes :
• environnementales,
• humaines et sociales,
• financières,
• juridiques,
• sur l’image de l’entreprise.

Même si quasiment toutes ces conséquences peuvent se traduire en conséquence financières, il


est important de faire l’exercice en pensant à chacune des catégories de conséquences, ce qui
peut aussi permettre d'identifier de nouveaux risques.

81
Pour réaliser cette étape, l’entreprise construit deux échelles très simples lui permettant
d’estimer pour chaque risque identifié préalablement l’ensemble des conséquences possibles et
la probabilité que l'évènement se réalise.
Les conséquences possibles et la probabilité de réalisation de l'évènement doivent être
« justifiées » et « documentées » au maximum, permettant de limiter les estimations farfelues
ou totalement insensées.

4- Maîtriser les risques


Cette étape consiste à décider de ce que l’entreprise va faire pour limiter les risques qu’elle juge
inacceptables. Au préalable, il est donc nécessaire pour un dirigeant / une équipe de direction
de définir des limites financières, environnementales, sociales et de sécurité, juridiques et de
dégradation de l’image que l’entreprise ne doit pas franchir. Cet exercice permettra de connaître
les risques à traiter en priorité.
Le coût de la maîtrise des risques ne doit pas dépasser le gain lié à la réduction espérée des
conséquences. En effet, si votre risque menace de vous faire perdre 100 et que les mesures du
traitement vous couteront 120, il est inutile d’engager ces mesures sauf si elles concernent une
mise en conformité obligatoire. Dans ce cas le calcul ne s’applique pas.

Les mesures de maîtrise peuvent être de deux natures (tableau 1) :


a) les mesures de prévention vont agir sur la probabilité de réalisation. Exemple : je construis
un mur d’enceinte autour de mon usine, cela empêchera l’eau de venir détruire mes stocks. Je
limite la probabilité du risque d’inondation au sein de mon entreprise.
b) les mesures de protection vont agir sur les conséquences - exemple : j’équipe mon usine de
sprinklers et de murs coupe-feu, je réduis ainsi les conséquences d’un incendie.

Tableau 1 : Nature des mesures de maîtrise des risques (Source AMRAE).


Mesures de maîtrise (liste non exhaustive) Prévention Protection
Travaux d’infrastructures / bâtiments x x
Procédures / contrôle interne x x
Formations x x
Plans de continuité d’activités x
Plan de gestion de crise x x
Transfert aux assurances x
Stockage x
Transfert à un sous-traitant x

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Les mesures de maîtrise peuvent avoir plusieurs objectifs :
- objectif de réduction des risques : l’entreprise met en œuvre des actions permettant de
diminuer la probabilité de réalisation de l'évènement et/ou de ses conséquences.
- objectif de suppression de la source du risque : l’entreprise décide d’actions et de mesures
permettant d’annuler l’objet / l’activité porteuse du risque (exemple : j’ai une activité de revente
de déchets soumises à de multiples normes. Je préfère stopper cette activité car la probabilité
que je ne sois pas conforme est très importante et les mesures à prendre pour s’assurer de la
conformité trop onéreuses).
- objectif de transfert de la source ou des conséquences du risque :
> l’entreprise préfère confier à un sous-traitant l’activité car elle estime que celui-ci est plus
compétent, plus fiable qu’elle sur ces sujets. Cela n’exonère pas l’entreprise de ses
responsabilités (il est même recommandé de réaliser des audits régulièrement chez les dits sous-
traitants) mais permet de limiter la probabilité de réalisation d’un risque (exemple : je transfère
à un prestataire informatique l’hébergement de mes serveurs afin de limiter le risque de
destruction au sein de mon entreprise).
> l’entreprise souhaite transférer les conséquences financières d’un risque (exemple : je ne peux
pas totalement exclure le risque d’incendie dans mon entreprise, si cela m’arrive, je souhaite
recevoir un chèque me permettant de reconstruire mon usine et de limiter les pertes liées à la
non-exploitation de l’usine. Je vais transférer à une assurance les conséquences financières).
- mention spéciale sur l’acceptabilité du risque : comme évoqué précédemment, cette « non-
mesure » a pour objectif de décider que les moyens à engager sont trop importants par rapport
aux gains espérés.

5- Contrôler la maîtrise et le dispositif


Cette étape consiste à vérifier que les mesures de maîtrise décidées sont effectivement mises en
œuvre et qu’elles ont atteint les objectifs.
Mettre en place un dispositif de contrôle adapté à vos moyens et à votre situation vous permettra
d'assurer un niveau de maîtrise acceptable et satisfaisant.
Ce dispositif permettra ainsi de suivre vos risques liés à l'environnement, que ce soit en
éliminant les causes ou en limitant les conséquences pour garantir la sécurité et la pérennité de
votre activité.
En l'absence de contrôle, vous ne pourrez pas vous assurer :
• de la mise en œuvre réelle des actions décidées
• de leur efficacité

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• de la bonne appréhension des risques par le personnel
Cette « mise sous contrôle » constitue également un excellent argument pour maîtriser le
montant de vos primes d'assurance, d'où la nécessité d'aborder ces questions avec votre
responsable financier.

Les actions de contrôle peuvent prendre plusieurs formes :


- une revue périodique du plan d'actions visant à assurer que les actions sont mises en
œuvre. La périodicité est à adapter à votre situation et en fonction du plan d'actions. Essayez de
mettre des jalons qui correspondent à la planification de vos actions ou à des moments clés de
votre activité (période de moindre activité qui permet de prendre un peu de recul),
- un bilan plus succinct des principales actions (associées aux risques majeurs) qui
comportera la liste des actions réalisées et si possible une estimation de leur efficacité,
- un ou plusieurs contrôles terrain sur une mesure vitale pour votre activité afin de vous
assurer que la mesure perdure dans le temps,
- un audit par un organisme externe sur l’efficacité de votre plan.
Ces contrôles doivent vous permettre de réadapter régulièrement vos plans d'actions dans une
logique d'amélioration continue.
Un des moyens de mesurer l'efficacité des actions est de faire une nouvelle évaluation du risque
après leur mise en œuvre. La réduction des impacts potentiels du risque traduit l'efficacité de
vos mesures.
Pour être efficace, le dispositif de gestion des risques doit faire partie intégrante du management
de l’organisme, prendre en compte la culture et les pratiques de l’entreprise et s’intégrer aux
processus « métier ».

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Références Bibliographiques

✓ Albert Demolon & Désiré Leroux, Guide pour l'étude expérimentale du sol. Deuxième
édition, Gauthier-Villars, 1952
✓ Claude-Alain Bernhard ... [et al.]. Introduction à l’hygiène du travail : un support de
formation (Série protection de la santé des travailleurs ; no 8), 2007
✓ Dejene Ayele TESSEME, Chimie environnementale, Université Virtuelle Africaine,
✓ DiNardi S. R., The Occupational Environment – Its Evaluation and Control American
Industrial Hygiene Association, 2003, Fairfax, VA, 2ème édition
✓ Droz P-O.‚ Loth S.‚ Mann S.‚ Parrat J., L’Analyse de risque en santé au travail,
contribution de l’hygiéniste du travail. Revue médicale de la Suisse Romande, 119, 565-
568, 1999.
✓ Favaro M., Monteau M. Bilan des méthodes d’analyse à priori des risques. INRS,
Nancy, Service Accidentologie. 1990.
✓ Gabriel WACKERMANN, « MILIEU NATUREL », Encyclopædia Universalis [en
ligne], consulté le 9 janvier 2017. URL : [Link]
naturel/
✓ Gaudet C., Un état de la situation par rapport aux pratiques d’analyse de risque en
usage (Les processus d’appréciation des risques associés aux machines industrielles).
IRSST, 2004.
✓ Hans Silvester, Bernard Fischesser, Marie-France Dupuis-Tate, L’Eau entre ciel et terre,
Paris, éditions de la Martinière, 2000
✓ [Link]
th5/eau-proprietes-qualite-valeurs-d-usage-42506210/caracteristiques-et-proprietes-
des-eaux-w110/"
✓ World Health Organization – Regional Office for Europe (1991) Occupational
Hygiene in Europe – Development of the Profession – European Occupational Health
Series No. 3, Copenhagen, 52 p.

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