Médulloblastomes
Médulloblastomes
Médulloblastomes
L. Taillandier, F. Doz, V. Bernier, P. Chastagner
Le terme de médulloblastome correspond à une tumeur cérébelleuse appartenant à la famille des tumeurs
primitives neuroectodermiques. Il représente 40 % des tumeurs cérébelleuses, 15 à 20 % de l’ensemble
des tumeurs cérébrales et la première cause de tumeur cérébrale maligne chez l’enfant. Soixante dix à
80 % des cas sont diagnostiqués chez l’enfant contre 20 à 30 % chez l’adulte. Le diagnostic repose sur la
clinique, l’imagerie et bien sûr la neuropathologie, en association de plus en plus aux données de biologie
moléculaire. Le traitement, tous âges confondus, repose sur la chirurgie de la tumeur de la fosse
postérieure, l’irradiation de l’ensemble du système nerveux central, hormis chez les enfants âgés de moins
de 5 ans, et la chimiothérapie selon différentes modalités en fonction de l’âge et des critères de gravité. Le
médulloblastome est une des rares tumeurs radio- et chimiosensible du système nerveux central. Les
objectifs du traitement sont d’une part l’amélioration du pronostic vital et d’autre part la diminution des
risques de séquelles, en particulier neuro-intellectuelles et endocriniennes liées à l’irradiation du système
nerveux en développement chez l’enfant. La prise en charge de cette pathologie doit nécessairement être
multidisciplinaire par l’action concertée des équipes de neurochirurgie, neuroradiologie, oncologie
pédiatrique, neuro-oncologie et radiothérapie. Le taux de survie à 5 ans est de l’ordre de 75 %, en cas de
tumeurs localisées dont l’exérèse a été complète, mais encore au prix de lourdes séquelles chez l’enfant.
© 2006 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
Plan ¶ Séquelles 11
Séquelles intellectuelles 11
¶ Introduction 1 Séquelles endocriniennes 11
Séquelles orthopédiques 12
¶ Épidémiologie 2 Séquelles neurosensorielles 12
¶ Signes cliniques 2 ¶ Qualité de vie 12
Généralités 2
¶ Récidive et traitements 12
Symptômes en rapport avec l’hypertension intracrânienne 2
Symptômes en rapport avec l’atteinte cérébelleuse ou du tronc ¶ Conclusion 12
cérébral 2
Symptômes en rapport avec une dissémination métastatique 2
¶ Bilan diagnostique et préthérapeutique 3 ■ Introduction
¶ Anatomopathologie 4 Cet article a pour but de présenter une revue générale,
¶ Marqueurs biologiques 6 synthétique et orientée vers la pratique clinique, des médullo-
blastomes de l’enfant et de l’adulte.
¶ Bilan postopératoire 7
Utilisé pour la première fois en 1925 par Bailey et Cushing,
¶ Classification 7 le terme de médulloblastome correspond à une tumeur cérébel-
¶ Traitement 8 leuse appartenant à la famille des tumeurs primitives
Traitement de l’hydrocéphalie 8 neuroectodermiques. [1]
Chirurgie d’exérèse 9 Il représente 40 % des tumeurs cérébelleuses, 15 à 20 % de
Radiothérapie 9 l’ensemble des tumeurs cérébrales et la première cause de
Chimiothérapie 9 tumeur cérébrale maligne chez l’enfant [2]; 70 à 80 % des cas
sont diagnostiqués chez l’enfant contre 20 à 30 % chez
¶ Résultats 10
l’adulte. [3, 4]
¶ Surveillance 11 Le diagnostic repose sur la clinique, l’imagerie et bien sûr la
Surveillance de la toxicité 11 neuropathologie en association, de plus en plus, aux données de
Surveillance tumorale 11 biologie moléculaire.
Tableau 1.
Répartitions enfants/adultes.
Enfants Adultes
Cas de médulloblastomes 80% 20%
% au sein des tumeurs cérébrales 20% 1%
% au sein des tumeurs fosse postérieure 40% 6%
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Figure 7.
A. Imagerie par résonance magnétique (IRM) pondération T1, coupe axiale avec injection ; localisation latérale.
B. IRM coupes sagittales T1 avant et après injection de gadolinium ; localisation médiane.
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■ Marqueurs biologiques
Il n’y a pas aujourd’hui de marqueur antigénique étudié par
immunohistochimie au niveau de spécimens tumoraux de
médulloblastomes pour lequel on a pu montrer de manière
reproductible une valeur pronostique positive ou péjorative.
Gilbertson [23] a rapporté à plusieurs reprises la valeur
prédictive négative de la surexpression [24] de c-erbB2 mais cela
n’a pas été confirmé, jusqu’à présent, dans d’autres études
prospectives ou rétrospectives d’autres groupes.
De même, l’étude du contenu en acide désoxyribonucléique
(ADN) n’a pas permis jusqu’à présent d’obtenir des résultats
concordants sur la valeur pronostique de la ploïdie dans cette
Figure 17. Médullomyoblastome. maladie.
Les rares syndromes prédisposant au médulloblastome ont
La conservation des échantillons tumoraux dans une tumo- contribué à l’identification de certains gènes, comme PTCH
rothèque après congélation à - 80 °C est recommandée dans le dans le syndrome de Gorlin, qui peut également être impliqué
cadre de diverses études afin d’étudier la valeur pronostique des dans les médulloblastomes sporadiques.
différents paramètres biologiques. Certaines altérations chromosomiques récurrentes et la mise
Le diagnostic différentiel sur le plan anatomopathologique se en évidence d’altération génomique ou d’expression dans les
pose avec les autres tumeurs de la fosse postérieure telles un médulloblastomes sporadiques permettent aujourd’hui de
épendymome dont l’aspect histologique est cependant le plus commencer à mieux comprendre les mécanismes de l’oncoge-
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■ Classification
Le système de classification utilisé dans la majorité des séries
publiées est celui de Chang (Fig. 22-24), basé sur une revue de
comptes-rendus opératoires et d’autopsies réalisée il y a
35 ans [33] (Tableau 2). Cette classification n’a plus de raison
d’être utilisée du fait des progrès de l’imagerie, de l’absence
d’impact sur la survie de la taille de la tumeur (T) et de la
différenciation entre les localisations métastatiques encéphali-
ques ou médullaires (M2 ou M3).
Figure 20. Imagerie par résonance magnétique postopératoire précoce De nouvelles propositions de classification ont été discu-
avec chirurgie complète. tées [14] mais aucune ne fait actuellement référence, l’important
“ Point fort
Bilan nécessaire à la décision.
• IRM encéphale préopératoire.
• Compte-rendu opératoire.
Figure 24. Classification de Chang M3. • Compte-rendu anatomopathologique.
• IRM encéphale postopératoire.
Tableau 2. • IRM moelle.
Critères pronostiques proposés par Chang. • Cytologie du LCR.
• Autres examens (si point d’appel).
Tumeur
Critères risque standard/haut risque.
T1 Tumeur ≤ 3 cm de diamètre limitée au vermis, au toit du
• Risque standard : exérèse subtotale ou totale ; cytologie
IVe ventricule, voire aux hémisphères cérébelleux
du LCR négative ; absence de métastase.
T2 Tumeur > 3 cm de diamètre avec envahissement d’une
structure adjacente locale ou un comblement partiel du
• Haut risque : exérèse partielle ; cytologie positive du
IVe ventricule LCR ; métastases intra- ou extranévraxiques.
T3a Tumeur envahissant deux structures adjacentes ou
comblant le IVe ventricule avec une extension au niveau
de l’aqueduc de Sylvius, du foramen de Magendie ou du
foramen de Luschka entraînant ainsi une hydrocéphalie
marquée ■ Traitement
T3b Tumeur issue du plancher du IVe ventricule ou du tronc
cérébral comblant le IVe ventricule
T4 Tumeur envahissant localement au-delà de l’aqueduc de Traitement de l’hydrocéphalie
Sylvius jusqu’au IIIe ventricule ou envahissant le tronc
cérébral ou envahissant la moelle cervicale supérieure L’exérèse tumorale ne peut pas être réalisée en présence d’une
Métastases importante hypertension intracrânienne qui est observée dans
M0 Pas d’évidence de métastase sous-arachnoïdienne ou 60 à 80 % des cas. Une dérivation préalable du LCR doit donc
hématogène toujours être discutée.
M1 Envahissement méningé à l’examen du LCR Elle n’est pas systématique, d’autant qu’a été évoquée par
certains auteurs [4, 35] une augmentation du risque d’essaimage
M2 Dépôt(s) nodulaire(s) sous-arachnoïdien(s) au niveau du
tumoral systémique par cette technique, et un traitement
cervelet, des hémisphères ou dans le IIIe ventricule ou
dans les ventricules latéraux
antiœdémateux par corticoïdes peut être suffisant dans l’attente
de l’intervention sur la fosse postérieure.
M3 Envahissement méningé sous-arachnoïdien au niveau
Les indications du drainage du LCR sont une hydrocéphalie
spinal
sévère et d’évolution aiguë, ou un enfant en bas âge susceptible
M4 Métastases en dehors du système nerveux central
de décompenser plus rapidement. Une dérivation par ventricu-
LCR : liquide céphalorachidien. locisternostomie [36] tend actuellement à remplacer la dérivation
externe et la pose de valves ventriculopéritonéales ou cardiaques
(qui de plus sont souvent à l’origine d’artefacts IRM pouvant
étant de bien préciser la qualité de l’exérèse chirurgicale en interférer avec l’évaluation postopératoire ou le suivi ultérieur).
analysant le compte-rendu opératoire et l’IRM effectuée dans les Dans environ 20 % des cas, cette dérivation doit être faite en
72 heures suivant l’acte chirurgical. période postopératoire.
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Radiothérapie Chimiothérapie
Le médulloblastome est une tumeur hautement radiosensible. Généralités
La grande propension du médulloblastome à disséminer dans Le médulloblastome est la tumeur du système nerveux la plus
l’ensemble du système nerveux central (plus de 75 % d’atteinte chimiosensible après les tumeurs germinales comme en témoi-
leptoméningée sur les séries autopsiques), aboutissant aux gnent les taux de réponse observés dans les formes avec cibles
échecs de la radiothérapie focalisée sur la fosse postérieure, a évaluables initiales ou dans les formes récidivantes.
conduit à réaliser une radiothérapie de l’ensemble du névraxe. Ces taux varient entre 50 et 90 % selon les études de phase
Elle comporte donc, tant chez l’enfant que chez l’adulte, II où le nombre de malades évaluables est compris entre dix et
l’irradiation du site primitif au niveau de la fosse cérébrale 30 (tant chez l’enfant que chez l’adulte).
postérieure ainsi qu’une irradiation prophylactique de l’ensem- Les agents cytotoxiques le plus souvent utilisés en monothé-
ble du système nerveux central (moelle épinière et encéphale), rapie sont les dérivés du platine, le méthotrexate, le cyclophos-
selon une technique rigoureuse, afin de limiter les risques de phamide, la vincristine, l’étoposide, la procarbazine, ou les
surdosage de l’axe médullaire et de sous-dosage des espaces nitroso-urées. Diverses polychimiothérapies ont été propo-
sous-arachnoïdiens. sées (CCNU + vincristine + cisplatine – protocole 8 drogues
Elle est réalisée dès que possible après la chirurgie ou après en 1 jour – cyclophosphamide + vincristine + cisplatine
une chimiothérapie qui peut être, dans certaines situations – cisplatine + étoposide – carboplatine + étoposide). [2]
(haut risque), intercalée. Les meilleurs taux de réponse (80 à 90 %) ont été obtenus
Dans tous les cas, le délai maximal recommandé entre avec des polychimiothérapies comportant un dérivé du platine.
l’exérèse et le début de la radiothérapie est en règle de 90 jours. La chimiothérapie chez l’enfant est utilisée pour retarder la
En cas de statut hématologique altéré par la chimiothérapie radiothérapie et ainsi réduire les séquelles ou prolonger la
(besoins transfusionnels en plaquettes, taux de polynucléaires survie. [42, 43]
neutrophiles < 0,5 × 109/mm3), la radiothérapie peut débuter par Les données disponibles sont moins claires pour l’adulte. [39-41, 44]
la fosse cérébrale postérieure s’il n’existe pas de métastase ou de
dissémination méningée, afin d’éviter l’hématotoxicité due à Schémas thérapeutiques
l’irradiation de l’axe spinal. Le traitement postopératoire standard du médulloblastome de
Les séquelles engendrées par la radiothérapie ont conduit à l’enfant a longtemps été l’irradiation craniospinale.
faire évoluer les modalités d’irradiation de façon à : Actuellement, le rôle de la chimiothérapie se justifie pour
• diminuer la dose de la radiothérapie prophylactique en cas de plusieurs raisons en partie déjà développées ci-dessus :
tumeur localisée ; • taux de réponses observés dans les études de phase II ;
• délivrer de plus fortes doses au niveau du site primitif grâce • bénéfice thérapeutique démontré dans les formes métastati-
à l’hyperfractionnement ; ques et, plus récemment, de risque standard ;
• focaliser l’irradiation sur le lit tumoral plutôt que sur • combinaison à une dose diminuée d’irradiation craniospinale
l’ensemble de la fosse postérieure ; dans les formes de risque standard ;
• tentatives de retarder, limiter ou éviter l’irradiation chez les • son indication est incontestable dans les formes de haut
très jeunes enfants. risque en particulier métastatiques et l’intensification de la
Les trois premiers essais randomisés ont été conduits dans les chimiothérapie est actuellement en cours d’exploration dans
années 1970 et ont permis de conclure à l’avantage de l’utilisa- cette catégorie de patients.
tion de la chimiothérapie en association avec l’irradiation Chez les très jeunes enfants, la première tentative de traitement
craniospinale uniquement dans les formes de haut risque, en par chimiothérapie postopératoire a été réalisée dans le but de
particulier métastatiques. [14, 45-47] retarder la radiothérapie craniospinale. [63] Le groupe allemand
Dans les années 1980, les principaux essais ont étudié la d’oncologie pédiatrique a récemment rapporté une stratégie dont
pertinence de l’utilisation de la chimiothérapie « sandwich » le but est d’éviter toute irradiation [64]; toutefois, l’utilisation de
entre l’acte opératoire et l’irradiation craniospinale. Le rationnel méthotrexate administré à forte dose intraveineuse mais aussi par
était double : théorique, par l’hypothèse de l’augmentation de voie intrathécale ou intraventriculaire peut faire redouter des effets
l’accessibilité des médicaments sur le site tumoral après l’inter- secondaires graves en ce qui concerne le développement neuroco-
vention chirurgicale, et pragmatique, par la meilleure tolérance gnitif, et faire s’interroger sur le bénéfice réel par rapport à
hématologique de la chimiothérapie avant l’irradiation étendue. l’irradiation craniospinale en termes de séquelles. D’autres
Malgré des résultats d’études pilotes encourageants, [48] les stratégies thérapeutiques de chimiothérapie postopératoire
premières études randomisées n’ont pas démontré le bénéfice de conventionnelle exclusive chez les patients opérés complètement
la chimiothérapie sandwich, [42, 49-51] mettant même en évi- ou de chimiothérapies plus intensives associées à une irradiation
dence le risque à trop retarder l’irradiation craniospinale. [49] limitée à la fosse postérieure chez les patients opérés incomplète-
Toutefois, le bénéfice de la chimiothérapie dans le traitement du ment permettent également d’atteindre des taux de survie encou-
médulloblastome de risque standard de l’enfant a pu être rageants, tout en limitant le risque de séquelles. [59, 65] En
ensuite démontré lors de l’utilisation de combinaisons de revanche, il n’existe pas aujourd’hui de traitement de référence
médicaments plus efficaces. [49, 52] Les données apparaissent chez les jeunes enfants atteints de médulloblastome métastatique,
moins claires pour l’adulte. dont le pronostic reste très sombre.
Parallèlement à l’exploration du rôle de la chimiothérapie, le Enfin, il est très probable que les indications thérapeutiques
bien-fondé de la diminution de la dose d’irradiation craniospi- seront guidées, dans un futur proche, non seulement par l’âge
nale dans les formes de risque standard, dans le but de tenter au diagnostic, le caractère complet ou non de l’exérèse et le
de diminuer le risque de séquelles, a été exploré par des études bilan d’extension, mais aussi en fonction des facteurs de risque
d’interprétation controversée. Dans l’étude nord-américaine, biologiques [24] (Fig. 25).
l’excès de récidive spinale à court terme [53, 54] chez les patients
de risque standard traités en postopératoire par une irradiation
craniospinale à dose décrue n’a pas été confirmé lors de ■ Résultats
l’analyse avec un recul plus long. [53, 54] Dans l’étude euro-
péenne, le plus mauvais pronostic des patients traités par Les taux de survie sans récidive à 5 ans sont compris entre
chimiothérapie sandwich et irradiation craniospinale à dose 50 et 85 % [34] chez l’enfant (en l’absence de métastases qui
décrue n’est pas confirmé dans le groupe traité par la même représentent le principal facteur pronostique) et de 60 % à 5 ans
dose d’irradiation mais non retardée par la chimiothérapie et de 50 % à 10 ans [40, 66, 67] chez l’adulte.
postopératoire. [49] En revanche, une étude pilote a démontré le La latence médiane avant récidive est de 30 à 36 mois. Cette
bon taux de survie de patients de risque standard traités par récidive est le plus souvent locale. [68]
irradiation craniospinale à dose décrue et chimiothérapie La survie médiane après cette récidive est de 1 an ou moins.
associant vincristine, cisplatine et CCNU. [43, 55-57] Ces bons Elle ne répond à aucun standard thérapeutique (cf. infra).
résultats de survie sans récidive à 5 ans (de l’ordre de 80 %) Des récidives tardives sont possibles, surtout chez l’adulte
semblent se confirmer dans une large étude multicentrique (30 % après 5 ans) et imposent une surveillance au moins
comparant deux types de chimiothérapie. [57] L’étude prospec- clinique prolongée. Ces dernières se font le plus souvent au
tive nationale de la SFOP récemment rapportée conclut égale- niveau de la fosse cérébrale postérieure (75 % des cas). Un
ment à la faisabilité de la diminution de dose de l’irradiation essaimage systémique est noté dans un quart des cas. Il est peut-
craniospinale dans les conditions suivantes : utilisation combi- être plus fréquent depuis que le contrôle local a été amélioré par
née d’une chimiothérapie efficace, évaluation stricte des critères la radiothérapie [69] et concerne alors plus souvent l’os [70] mais
d’éligibilité et conditions optimales de réalisation de la radio- aussi les ganglions, les poumons ou le foie. [71] Il justifierait,
thérapie. [58] Au total, on peut aujourd’hui conclure que : selon certains auteurs, la mise en place d’essais thérapeutiques
• l’utilisation de la chimiothérapie est justifiée dans le médul- visant à évaluer l’intérêt de la chimiothérapie dans les formes à
loblastome de risque standard, surtout dans la mesure où l’on risque considéré comme standard.
souhaite diminuer la dose d’irradiation craniospinale, ce qui En dehors des critères définissant le groupe à haut risque
est la tendance actuelle afin de diminuer le risque de (résidu > 1,5 cm3, métastases), aucun autre facteur pronostique
séquelles [59-62] chez l’enfant ; n’a clairement été identifié, même si ont été évoqués comme
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facteurs péjoratifs un âge supérieur à 25 ans, le sexe féminin, La radiothérapie est la première cause de séquelles intellec-
l’indice de performance clinique après la chirurgie [41, 72] ou au tuelles. Des batteries de différents tests permettent d’identifier
début de la radiothérapie ou les données neuropathologiques des anomalies dans les domaines de l’attention, de la mémoire,
avec le médulloblastome à grandes cellules (à l’inverse de la de la coordination, de la rapidité de motricité fine, de processus
forme desmoplasique plutôt favorable). [3, 66] moteurs visuels, des mathématiques et des relations spatia-
De récents travaux laissent penser qu’à l’avenir, les données de les. [87] L’altération de l’efficience intellectuelle est la consé-
biologie moléculaire et tout particulièrement d’expression génique quence la plus fréquente et la plus importante. La chute du
de gènes associés à la prolifération (cycline D1), à la transcription quotient intellectuel (QI), même si elle ne reflète pas complète-
(MYC) et à l’activité mitotique (stathmin 1, STK15) puissent jouer ment les capacités d’adaptation intellectuelle, est le paramètre le
un rôle majeur dans la prédiction du pronostic et l’adaptation des plus souvent utilisé pour rapporter l’altération des performances
stratégies thérapeutiques. [27, 30, 31, 73] intellectuelles. [59, 65] Elle peut survenir dès la première année
suivant la radiothérapie et se poursuivre avec le temps. Ainsi,
dans l’étude de Hoppe-Hirsh et al., à la suite d’une radiothérapie
■ Surveillance à la dose prophylactique de 35 Gy sur l’encéphale et curative de
55 Gy sur la fosse postérieure, un QI inférieur à 80 est observé
Surveillance de la toxicité dans 42 % et 85 % des cas respectivement à 5 ans et 10 ans du
diagnostic. [80, 81] L’altération intellectuelle est d’autant plus
Cette surveillance est idéalement réalisée en comparaison aux importante que l’irradiation survient tôt dans la vie, [60-62] ce
examens et/ou évaluations effectués avant ou en début de qui a conduit à éviter l’irradiation chez les enfants âgés de
traitement. Elle concerne surtout la neurocognition (sous ses moins de 5 ans. Dans une étude sur le suivi longitudinal du QI,
aspects cliniques, sociaux, voire neuroradiologiques), l’endocri- les enfants âgés de plus de 7 ans au moment de l’irradiation ont
nologie (retentissement hypothalamohypophysaire ou glandu- significativement un QI en fin d’étude plus élevé que celui des
laire périphérique, notamment pour la thyroïde ou les gonades), enfants plus jeunes et les enfants ayant un QI initialement
l’orthopédie rachidienne, l’audition et la vision (cf. Séquelles). supérieur à 100 sont ceux dont la chute du QI est proportion-
nellement la plus importante. [88] L’altération intellectuelle est
Surveillance tumorale également d’autant plus sévère que le volume d’irradiation est
important (ensemble de la fosse postérieure versus lit tumo-
L’intérêt d’une surveillance neuroradiologique par IRM après
ral), [65, 80-82, 89] et que la dose d’irradiation est importante
traitement pour médulloblastome est controversé. [74, 75] Les
(exemple : irradiation prophylactique du névraxe à la dose de
récidives, dont le pronostic reste actuellement sombre, [76] ne sont
35 Gy versus 25 Gy). [60] Ainsi, dans les études de Mulhern, les
que rarement diagnostiquées à un stade infraclinique et peuvent
enfants ayant reçu une irradiation prophylactique à la dose de
ainsi survenir entre deux examens planifiés de surveillance.
35 Gy avaient en moyenne un score de QI plus bas respective-
Néanmoins, cette dernière paraît nécessaire, d’une part afin
ment de 8 et 10 points par rapport à ceux ayant reçu la dose
de mieux préciser l’histoire naturelle de ces tumeurs, et d’autre
de 24 Gy. [60] Il n’a pas été observé de nettes corrélations entre
part de tenter d’améliorer le pronostic des rechutes par des
l’évolution du QI et celle des lésions qui peuvent apparaître sur
traitements plus précoces et dont l’efficacité doit être évaluée.
l’IRM. [18]
Chez les patients les plus jeunes et traités par chimiothérapie
Lorsque le traitement a été réalisé chez des patients adultes,
exclusive, cette surveillance neuroradiologique est indispensable
il semble que les séquelles neurocognitives soient minimes. [68]
dans la mesure où certaines rechutes peuvent être traitées
Ces dernières ne semblent pas affecter la qualité de vie de façon
efficacement par chimiothérapie et irradiation. [74]
déterminante lors de l’analyse de séries rétrospectives. [90]
En pratique, elle repose au minimum sur un examen clinique
Aucune étude prospective n’a néanmoins été réalisée à ce jour.
et la réalisation d’IRM craniospinales tous les 4 mois les deux
premières années, tous les 6 mois les deux années suivantes,
puis une fois par an jusqu’à 5 ans. Séquelles endocriniennes
Ultérieurement, une surveillance purement clinique est
préconisée, vu le risque de récidive tardive, notamment chez L’altération de la sécrétion d’hormone de croissance repré-
l’adulte. [77] sente la première cause de séquelle endocrinienne. À la suite de
l’irradiation de l’axe hypothalamohypophysaire, un ralentisse-
ment anormal de croissance peut être détecté dès le 3e mois. [86]
■ Séquelles Une réponse anormale au test de stimulation de l’hormone de
croissance et/ou une diminution de la vélocité de croissance
peuvent être observées dès la dose de 29 Gy ou de 18 Gy en cas
Séquelles intellectuelles d’irradiation craniospinale. [55] Le rôle de la chimiothérapie
Les différents facteurs influençant les séquelles intellectuelles associée est également incriminé dans la sévérité du retard
correspondent à l’âge au diagnostic, à la tumeur primitive statural. [91] La survenue d’une puberté précoce peut poser le
(éventuelle dissémination métastatique, hydrocéphalie) surtout problème diagnostique d’une vélocité de croissance normale
si elle est diagnostiquée tardivement, au geste chirurgical en cas due aux sécrétions de gonadotrophine chez un enfant ayant
de complications, à la radiothérapie, à la chimiothérapie, à une altération de la sécrétion de l’hormone de croissance. Elle
l’environnement parental et scolaire pour les enfants, et à la aboutit alors à une taille finale diminuée en raison d’une fusion
qualité de la prise en charge de ces séquelles. trop précoce des épiphyses. Le traitement par hormone de
Les séquelles intellectuelles sont d’autant plus importantes que croissance est indiqué lorsqu’il existe un déficit complet
l’âge au diagnostic est jeune. [78, 79] Avant même le diagnostic objectivé par les tests de provocation. Cependant, ce traitement
peuvent survenir des lésions cérébrales à l’origine des séquelles ne permet pas d’obtenir dans tous les cas une récupération
intellectuelles dues notamment à l’hydrocéphalie (d’autant plus totale du déficit statural. Le risque d’augmenter la fréquence des
importantes que le diagnostic a été plus tardif). Elles sont récidives tumorales n’a jusqu’à présent pas été rapporté. [92]
également le résultat des lésions qui peuvent être dues : D’autres déficits neuroendocriniens peuvent survenir. L’ano-
• au traumatisme dû à la pose d’une valve de dérivation du malie la plus fréquente est alors l’hypothyroïdie qui survient
LCR, à la chirurgie, à la possibilité de complications postopé- dans plus de la moitié des cas en rapport avec l’irradiation de
ratoires de type méningite ou infection de la valve de la thyroïde elle-même et de l’axe hypothalamopituitaire. [93]
dérivation du LCR ; [80-83] L’hypothyroïdie est dose-dépendante et peut survenir dès la
• à la chimiothérapie par l’intermédiaire de troubles sensoriels dose de 25 Gy sur le cou. En raison du risque carcinologique
(surdité due en partie à l’utilisation de dérivés du platine) ou d’une stimulation prolongée de la thyroïde par la thyroid
en rapport avec une encéphalopathie, surtout lorsqu’elle est stimulating hormone (TSH) à la suite de l’irradiation thyroï-
associée à la radiothérapie ; dienne, une surveillance annuelle est nécessaire et éventuelle-
• et surtout à la radiothérapie. [84-86] ment un traitement par L-thyroxine.
La puberté peut survenir de façon prématurée, due à une Lorsque cette dernière est locale (cas le plus fréquent), une
hydrocéphalie prolongée et surtout à l’irradiation prophylacti- réintervention doit toujours être discutée (Fig. 26). [98]
que encéphalique, [94] très rarement de façon retardée et le plus L’alternative, en cas de récidive de petit volume (diamè-
souvent normalement. Des anomalies des gonadotrophines ou tre < 3 cm), peut reposer sur la radiochirurgie.
de l’axe corticosurrénalien sont rares. Après la chirurgie ou la radiochirurgie ou en cas de non-
Peu de données sont accessibles chez l’adulte concernant opérabilité (extension locale, métastases), une chimiothérapie
spécifiquement les conséquences endocriniennes du traitement sera le plus souvent mise en place et permettra, dans de rares
des médulloblastomes. Par analogie avec d’autres tumeurs, il cas, l’obtention d’une rémission prolongée. [99] Ses modalités
apparaît licite, dans la phase de surveillance post-thérapeutique, restent discutées.
de s’intéresser à la problématique hormonale et ce pendant une Sinon, en cas de contrôle local satisfaisant et en raison du
période très prolongée eu égard à la possibilité de déficits très pronostic spontanément très défavorable de cette récidive,
tardifs. pourra être discutée, ponctuellement, une intensification
thérapeutique avec autogreffe de cellules souches hémato-
Séquelles orthopédiques poïétiques.
Une autre conséquence de la radiothérapie de l’ensemble du
névraxe correspond à une anomalie de la croissance staturale.
L’irradiation spinale entraîne, indépendamment de toute
anomalie de l’hormone de croissance, une diminution de la
■ Conclusion
croissance de la colonne vertébrale due à l’irradiation des Le médulloblastome est une tumeur maligne du cervelet
cartilages de croissance vertébraux. Cette anomalie de croissance ayant un haut pouvoir métastatique, notamment leptoméningé.
vertébrale est d’autant plus importante que l’âge au moment de Le traitement standard du médulloblastome non métastatique
l’irradiation est jeune. Elle peut aboutir à un déficit statural de après une exérèse totale ou subtotale chez l’enfant de plus de
l’ordre de 9 cm au niveau du tronc. [95] 5 ans comprend une irradiation aux doses conventionnelles du
système nerveux central, soit 54 Gy sur la fosse postérieure,
Séquelles neurosensorielles 25 Gy sur l’encéphale et 25 Gy sur l’axe spinal.
La plus fréquente correspond à une chute de l’audition en Chez l’adulte, les doses sur l’axe spinal et l’encéphale restent
rapport avec l’utilisation de dérivé du platine mais également en classiquement à 30/36 Gy alors que celles sur la fosse cérébrale
rapport avec la radiothérapie. Elle est dose-dépendante et sévère postérieure sont identiques.
dans environ 10 % des cas. [50, 96] Dans tous les autres cas, une chimiothérapie sera associée.
Pour les formes à risque standard comme pour les formes à
haut risque (métastases dans le système nerveux central et/ou
■ Qualité de vie exérèse incomplète), tant chez l’enfant que chez l’adulte et plus
encore pour les cas affectant les enfants de moins de 5 ans, la
Très peu d’études rapportent la qualité de vie des patients recommandation essentielle est le traitement de ces patients
traités durant leur enfance pour un médulloblastome. Dans dans des essais multicentriques réalisés en milieu spécialisé par
l’étude la plus documentée, portant sur 342 adultes traités des équipes neurochirurgicales, neuroradiologiques, d’oncologie
durant l’enfance entre 1945 et 1974, vivants à plus de 5 ans du pédiatrique, de neuro-oncologie et de radiothérapie habituées à
traitement, ayant atteint l’âge de 21 ans, et comparés à cette pathologie.
479 membres de leur fratrie, ceux traités pour un médulloblas- C’est avec de telles stratégies que pourront ainsi être précisés :
tome avaient significativement plus de problèmes de santé, plus • les possibilités de diminuer les doses de radiothérapie
d’incapacité physique et/ou intellectuelle à travailler et à (notamment chez l’enfant) ;
conduire. [97] L’outil actuellement le plus performant pour • le rôle précis et les modalités de chimiothérapie, tant dans les
mesurer la qualité de vie (Health Utility Index Mark 2 et 3) n’a formes dites « à haut risque » que dans celles dites « à risque
pas encore été utilisé pour évaluer le devenir des patients traités
standard » (chez l’enfant et chez l’adulte) ;
plus récemment.
• l’intérêt des traitements postopératoires par chimiothérapie
exclusive chez les enfants de moins de 5 ans ;
■ Récidive et traitements • les modalités de prise en charge des récidives et notamment
la place de traitements d’exception comme les intensifications
Les deux sites principaux de récidive se situent au niveau du thérapeutiques avec autogreffe de cellules souches hémato-
cul-de-sac sacré et au niveau de la région frontobasale (corres- poïétiques ;
pondant aux limites des champs d’irradiation). • l’intérêt et la place des données de biologie moléculaire dans
Tant chez l’adulte que chez l’enfant, il n’existe aucun la classification initiale, les choix thérapeutiques ou le
traitement standard de cette récidive. pronostic.
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12 Creator Trial Neurologie
Médulloblastomes ¶ 17-265-A-10
C’est également dans ce cadre, après le traitement initial, [19] Giangaspero F, Bigner SH, Kleihues J, Pietsch T, Trojanowski JQ.
qu’une surveillance multidisciplinaire concernant le développe- Medulloblastoma. In: Kleihues P, Cavenee WK, editors. World Health
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P. Chastagner.
Service d’oncohématologie pédiatrique, Hôpital d’enfants, centre hospitalier universitaire de Nancy, 54500 Vandœuvre -lès-Nancy, France.
Toute référence à cet article doit porter la mention : Taillandier L., Doz F., Bernier V., Chastagner P. Médulloblastomes. EMC (Elsevier SAS, Paris), Neurologie,
17-265-A-10, 2006.