Intolérable Intolérance : Plaidoyer Historique
Intolérable Intolérance : Plaidoyer Historique
AAARGH
Intolérable Intolérance a été publié aux Éditions de la Différence, 1981
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par l'Assemblée générale de l'Onu à Paris, le 10 décembre 1948, qui stipule: "Tout individu a droit à la
liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et
celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les
idées par quelque moyen d'expression que ce soit."
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Table des matières
Question de principe,
par Jean-Gabriel Cohn-Bendit ...................................................................................4
Jugement de valeur,
par Eric Delcroix.....................................................................................................16
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Question de principe
Jean-Gabriel COHN-BENDIT
Pour que l'on accepte ce texte, il faudrait que l'idée même de réexaminer l'histoire de
la "solution finale" apparaisse comme pertinente, or c'est cette pertinence même qui
est mise en cause, c'est le fait de penser que l'histoire telle qu'elle nous est présentée
pose d'énormes problèmes qui est nié... Comment peut-on, à moins d'être un fou, un
salaud, un aveugle ou un ignorant, se poser non pas tel ou tel problème de détail, mais
bel et bien la question:
Je sais que j'en ai déjà trop dit, que certains refuseront d'aller plus loin, ces dernières
lignes suffisent à me discréditer d'une façon ou d'une autre.
Il serait absurde de m'en indigner car j'aurais réagi de la même façon il y a encore
deux ans passés.
Pourquoi ce conditionnel puisque j'ai réagi ainsi pendant près de dix ans vis-à-vis d'un
ami qui me pressait de lire Rassinier. Ce qu'il m'en disait me paraissait tellement
aberrant que je ne voyais pas pourquoi je perdrais une seule minute avec de telles
inepties. Je lui ai fait à peu près toutes les réponses qu'on me fait aujourd'hui:
1. Tout cela est absurde, tant de faits massifs sont là pour attester du génocide,
des chambres à gaz et des millions de morts.
2. La discussion sur les chiffres est non seulement macabre mais ne change
rien au fond du problème.
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discussion peut-elle avoir?
Cet ami m'agaçait avec son Rassinier, je le soupçonnais même, malgré son passé et
son présent politique, d'être un peu antisémite... Et me voilà aujourd'hui confronté au
même scepticisme, aux mêmes suspicions... Je demande donc à ceux qui aujourd'hui
ont l'attitude que j'avais hier et qui sont la quasi-totalité de l'intelligentsia française,
historiens ou non, d'essayer de comprendre comment j'ai pu passer des certitudes qui
sont les leurs aux doutes qui sont les miens à présent.
Je dis comprendre et non accepter, car il est toujours possible que je me trompe; mais
si je ne suis devenu ni fou, ni salaud, ni stupide, ni fanatique, il faudra bien tenter de
me démontrer mon erreur par la discussion, par le débat et non par l'injure, la
suspicion ou le procès d'intention.
Mais pourquoi ai-je ce désir de discussion, pourquoi ne pas accepter de m'en tenir à
un travail de recherche et de réflexion solitaires? Parce que je ne crois pas à la
réflexion et encore moins à la science solitaires. L'échange est pour moi une donnée
fondamentale de l'élaboration de toute vérité dans quelque domaine que ce soit.
Pis, ces doutes, je ne suis pas le seul à les avoir; je les partage avec ceux pour qui ils
sont devenus certitudes et qui dans leur immense majorité sont gens de droite,
fascisants même, c'est-à-dire à l'opposé de tout ce en quoi je crois, de tout ce pour
quoi je combats, et cette situation m'est insupportable.
Pour ma part, je plaide non coupable de la saloperie qui consisterait à être d'une façon
ou d'une autre, subjectivement ou objectivement, comme disaient si joliment des
procureurs grands et petits de la belle époque stalinienne, un défenseur du nazisme à
quelque degré que ce soit.
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Je plaide non coupable d'ignorance ou de folie.
Je plaide non coupable auprès de ceux qui penseraient qu'il y va du simple plaisir de
la provocation.
Je plaide non coupable auprès de ceux qui m'accuseraient de meubler par cette
marotte stupide le vide idéologique et politique qui serait le mien.
Mais, encore une fois, j'accepte fort bien que je puisse me tromper. Par a priori
idéologique par exemple: mon antistalinisme me faisant douter de certains documents,
alors qu'exceptionnellement, dans ce domaine, les staliniens pour une fois seraient
purs de toute falsification...
Si la recherche de la vérité est une motivation suffisante pour qu'aujourd'hui, sur cette
question, je veuille continuer mes recherches, ce ne fut nullement le point de départ de
celles-ci.
Car ce qui fait problème, c'est bien de savoir comment j'ai pu en arriver à douter de
l'historiographie officielle, du discours admis de "la solution finale".
Cette réponse est simple pour un néo-nazi que cette histoire dérange dans ses
tentatives de réhabilitation d'Hitler de même que tout était simple pour le militant
stalinien qui niait en bloc tout ce qui pouvait gêner sa vision du paradis socialiste en
U.R.S.S.
Pour moi l'évidence du génocide, des six millions de morts et des chambres à gaz était
l'une des rares certitudes que vingt-cinq ans d'errance poétique n'avaient jamais
entamée.
Mais c'est l'inverse qui se produit. Le problème est celui de mes doutes en opposition
à la quasi-totalité de la communauté scientifique des historiens et de l'intelligentsia en
général. Et mon histoire personnelle rend ces doutes encore plus incompréhensibles!
Alors je comprends qu'on aille y voir de plus près sur ma santé mentale...
Pour ceux qui voudraient tout de même tenter de comprendre, il faut partir du moment
qui a précédé la rupture, de ce qu'il est convenu d'appeler désormais l'"affaire
Faurisson".
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Liberté liberté chérie...
Du fait que la grande majorité de l'humanité vive dans des pays où la liberté
d'expression n'existe pas, on pourrait tirer la conclusion qu'il faut s'estimer heureux de
vivre dans un pays où elle existe, et s'en tenir là...
Les dissidents de l'Est et les réfugiés d'Amérique latine sont là pour nous rappeler ce
privilège qu'il serait absurde de nier.
Mais je pense, pour ma part, que ce privilège même impose qu'on ne se contente pas
de ce que nous avons; il faut le défendre certes, empêcher qu'on ne l'ampute, mais
aussi se battre pour obtenir encore plus. En ce domaine précis de la liberté
d'expression, il n'est pas de limite.
Plioutch serait condamné à se taire en U.R.S.S. "son pays" parce que la liberté
d'expression n'existe pas, et en France où elle existe parce que ce n'est pas "son pays".
Disons que, là encore, les États totalitaires traitent tous les citoyens comme des
étrangers, puisque comme Hitler le fit jadis pour mon père, les dirigeants de l'U.R.S.S.
expulsent et retirent la nationalité soviétique aux dissidents.
Mais le combat pour la liberté passe aussi par les moyens que l'on a d'exprimer ce que
l'on pense, ce qui pose le problème du monopole d'Etat de la radio et de la télévision,
du monopole d'argent dans la presse écrite, d'où le combat pour une radio libre et une
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presse différente.
J'ai toujours été frappé par cette absurdité qui veut que ceux qui, à un moment donné,
ont des idées minoritaires doivent les exprimer en moins de temps ou de caractères
d'imprimerie que ceux qui ont des idées majoritaires.
Alors que le "bon sens" voudrait qu'on leur en donnât plus afin qu'ils puissent se bien
faire comprendre de la majorité.
De même que les périodes électorales, et quoi qu'on pense des élections, ne soient pas
des moments privilégiés où tous les candidats aient le même temps de parole et la
même place dans la presse est un fait que je n'accepte pas comme allant de soi.
Peut-être bien qu'une certaine forme, ou certains aspects de la démocratie sont en fait
plus hypocrites que le totalitarisme. C'est dans ce cadre que se pose la question: est-il
des idées, des opinions qui n'aient pas le droit de s'exprimer?
J'ai moi aussi pensé "pas de liberté pour les ennemis de la liberté". J'étais pour
l'interdiction d'un meeting fasciste, d'un journal raciste... J'ai manifesté en 1956
lorsque Guitton a été nommé professeur à la Sorbonne, sous prétexte qu'il aurait été
pétainiste pendant la guerre, ce qui ne m'empêchait pas, en vertu des grands principes
démocratiques, de protester en même temps contre l'interdiction d'un meeting
d'extrême-gauche, la saisie d'un livre sur la torture en Algérie, l'interdiction sous la
pression d'associations confessionnelles d'un film comme La Religieuse.
Lorsque j'ai entendu Gisèle Halimi demander la censure pour certains livres ou films
sexistes, comme elle existe pour les propos racistes, lorsque j'ai appris que l'on voulait
empocher un chanteur de chanter ses chansons patriotardes comme des paras avaient
voulu empêcher Gainsbourg de chanter sa Marseillaise reggae, alors j'ai pris le parti
définitif de défendre la liberté d'expression sans condition, sans restriction, quel que
soit le contenu des idées émises, racisme y compris.
Mais justement, je ne crois pas que c'est en laissant la parole à des racistes, à des
fascistes, à des staliniens que l'on favorise leurs idées...
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3. Parce que je pense que, à moins d'utiliser des méthodes policières et
répressives extrêmement dures et sophistiquées, il est impossible (et
heureusement) d'empêcher que ne circulent certaines idées.
4. Parce qu'il me paraît non seulement juste du point de vue de la morale mais
encore plus réaliste du point de vue de l'efficacité de laisser s'exprimer les
idées que je veux combattre: on ne combat efficacement que ce qui s'exprime
librement.
5. Enfin parce que les idées se combattent avec des idées, et que face aux actes
il n'est plus temps de geindre en demandant au gouvernement d'interdire, mais
il est alors grand temps de passer soi-même aux actes... Et j'ajoute que je ne
suis pas non violent par principe, même si la violence me paraît être un "Mal".
Je n'ai pas lu à ce moment-là le texte paru dans Le Monde, j'ai simplement été frappé
par les réactions qu'il suscita dans la presse, au Parlement et à Lyon: indignation,
demande de sanction professionnelle, assignation en justice...
Lorsque j'ai lu les déclarations de Faurisson, j'ai effectivement pensé que c'était
l'œuvre d'un néo-nazi, que ce qu'il disait était entièrement faux, et c'est pour cette
raison que moi, Juif d'extrême gauche, j'ai voulu publiquement, en accord avec mes
réflexions ci-dessus expliquées, prendre position pour son droit à l'expression libre...
Que, les événements s'accélérant, j'eus même une rencontre avec Faurisson, et en sois
venu à lire Rassinier, je m'en expliquerai plus loin... Je le signale ici simplement pour
expliquer que j'aie pu écrire les dernières lignes de mon texte où je déclarais que
Faurisson et Rassinier n'étaient pas antisémites, et la phrase où je disais qu'ils ne
niaient pas le génocide, ce qui à juste titre m'a été reproché, puisque Faurisson nie le
génocide. Je reviendrais également sur ce point. Mais admettons que Faurisson et
Rassinier soient antisémites et que tout ce qu'ils disent soit non seulement faux, mais
encore "inadmissible", je ne renie pas mon texte qui dit que même si cela était je suis
contre l'interdiction, sous n'importe quelle forme de l'expression de leurs idées.
Le texte paru dans Le Monde et signé par trente-quatre historiens des plus éminents
m'a posé, entre autres, non plus le problème de la liberté d'expression, mais celui de la
"discutabilité" d'un point de l'histoire ou d'un problème scientifique quelconque.
De toute façon, puisque j'émets le principe qu'aucune idée ne peut être interdite, et
que par ailleurs certaines idées sont pour moi totalement inadmissibles ou nuisibles,
se pose le problème: comment combattre efficacement ce qui vous paraît non
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seulement faux, mais en plus inadmissible et dangereux, si l'on exclut les censures
sous toutes ses formes?
La seule forme de censure n'est pas l'interdiction pure et simple contre laquelle je
m'élevais dans mon texte paru dans Libération. On peut aussi faire appel à un
ensemble d'arguments qui auront tous en commun de ne point s'affronter réellement
au discours de l'autre, mais de le discréditer, je dirais en amont et en aval, c'est-à-dire
quant à ses motivations et quant à ses conséquences, et qui visent de ce fait à ne pas
l'examiner lui-même.
Avez-vous émis des idées racistes? Cela discréditera toutes vos affirmations (encore
faut-il que cela se sache, car si, comme pour Groddek, on ne découvre vos propos
racistes qu'après votre mort et après vous avoir lu avec passion, on sera stupéfié!).
Mais quand on semble examiner non les motivations ou les conséquences d'un
argument, mais l'argument lui-même, il suffit de le déclarer "petit bourgeois",
"réactionnaire" ou a utopique" pour s'éviter le besoin de le déclarer "faux". Comme si
cela allait de soi, la vérité seule étant révolutionnaire comme chacun sait! il suffit
d'être réactionnaire pour être de ce fait même dans l'erreur...
Je sais, pour ma part, que mes choix politiques, mon égalitarisme inconditionnel, mon
ultradémocratisme, mon anti-productivisme par exemple ne sont pas de l'ordre de la
Vérité. Être pour la hiérarchie, les élites, l'économie de profit, l'ordre, la discipline, le
culte du chef, n'est pas de l'ordre du faux. Certes les uns et les autres tentons-nous
d'étayer nos valeurs politiques d'analyses qui, elles, peuvent être vraies ou fausses,
mais aucune d'elles ne peut justifier, de façon déterminante, les choix politiques que
nous faisons. En elle-même une idéologie réactionnaire n'est ni plus vraie ni plus
fausse qu'une idéologie disons "révolutionnaire". Par contre, telle ou telle idéologie
peut certes jouer un rôle important dans la découverte de tel type de vérité dans un
domaine scientifique donné. Ainsi par exemple, la gauche et la droite s'affrontent-
elles périodiquement sur le champ de bataille de la génétique et de l'hérédité.
Dans ce domaine, nous allons dans les années à venir être confrontés à des résultats
dont certains nous feront plaisir à nous autres "égalitaristes" mais dont d'autres, par
contre, pourront nous être fort désagréables. Il serait, en tout état de cause, absurde
d'en préjuger aujourd'hui. Mais le vrai problème n'est pas là! Il est bel et bien dans ce
fait nu: quelle conclusion politique tirons-nous de telle ou telle découverte
biologique? Et ma réponse est simple: me prouverait-on l'inégalité des individus, des
groupes, des sexes quant à leurs capacités intellectuelles par exemple, je n'en resterais
pas moins hostile à toute hiérarchie politique et sociale basée sur ces inégalités.
Je dirais qu'il en va de même pour l'histoire; il me semble, sans que cela soit une
condition ni nécessaire ni suffisante, qu'être royaliste en France en 1980, ce qui me
paraît pour le moins "curieux", peut amener un historien à écrire des choses
passionnantes, nouvelles et vraies sur l'Ancien Régime et, que, inversement, être
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républicain, progressiste, de gauche, peut vous empêcher de comprendre, voire vous
pousser à déformer les insurrections des paysans de l'Ouest à l'époque révolutionnaire.
Les a priori idéologiques dont Furet montre bien dans Penser la Révolution Française
à quel point ils firent, et font toujours, écran à une compréhension de cette période,
sont fort significatifs pour notre propos...
Génocide, extermination.
Les historiens officiels fondent la théorie du génocide sur les faits historiques
suivants: en 1941, ordre secret d'Hitler d'exterminer tous les Juifs. Ordre appliqué
concrètement à Auschwitz (entre autres camps) par la construction de chambres à gaz
où furent exterminés des centaines de milliers de juifs. Résultat global de
l'extermination, de 4,5 à 6 millions de personnes.
a) Si, sur une période historique, nous ne possédons aucun document, nous ne
pouvons rien en dire. Cependant, on ne peut évidemment pas en déduire que,
pendant cette période, il ne s'est rien passé.
b) Les certitudes que nous pouvons nous faire sur les véracités des différents
récits que font les historiens dans les domaines les plus variés reposent d'abord
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sur le nombre et le type des documents que nous possédons sur cette période.
Cela va de la cathédrale au livre de comptes en passant par la partition
musicale et le témoignage.
Un "fait historique", quel qu'il soit, fût-il le plus horrible, qui ne reposerait que
sur des témoignages ne peut en règle générale satisfaire l'historien, au même
titre qu'un "fait" attesté par un ensemble de documents autres que le
témoignage (au sens de récit fait par un témoin, bien sûr).
c) Ces banalités n'ont été rappelées qu'à cause du déferlement actuel d'inepties
assenées avec le plus grand sérieux, du type: douter de l'existence des
chambres à gaz est aussi absurde que de douter de l'existence de Napoléon ou
de celle de la guerre de 1914.
Rappelons:
Pour la guerre de 1914, par exemple, nous avons les archives des armées allemande et
française sur lesquelles ont travaillé et travaillent toujours un certain nombre
d'historiens. Et je défie quiconque, utilisant pourtant la prétendue et mythique
"méthode hypercritique" attribuée aux révisionnistes, de me faire douter de la réalité
de la guerre de 1914!
La différence, pour juger de l'existence de ces deux faits, celle des chambres à gaz et
celle de la guerre de 14, réside en la nature des documents qui les prouvent. Si l'on
peut douter de l'existence des chambres à gaz, c'est qu'elle ne tient que sur des récits
de témoins (aveux, mémoires, témoignages au procès) et que ces récits sont
contradictoires en eux-mêmes et entre eux, comme je l'ai montré à propos de Kremer.
– Jamais un président des États-Unis n'a ordonné ni admis que l'on tue un seul
Indien uniquement parce qu'il était indien.
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– Jamais le gouvernement turc n'a ordonné ni admis qu'on tue un seul
Arménien uniquement parce qu'il était arménien.
– Jamais Staline n'a ordonné ni admis que l'on tue un seul Tatar de Crimée
uniquement parce qu'il était Tatar de Crimée.
Si des Indiens ont été tués, c'est parce qu'ils s'étaient révoltés... Si des Tatars ont été
tués, c'est parce qu'ils..., etc.
De même, Hitler a ordonné que des Juifs, enfants, femmes, vieillards, hommes
confondus meurent uniquement parce qu'ils étaient juifs. Tout cela sans chambre à
gaz, sans ordre d'extermination, simplement avec un ordre de déportation dans des
ghettos, des camps, tous lieux de mort. Le propre du système concentrationnaire étant
justement la possibilité d'éliminer sans obligation de condamner à mort ni d'exécuter
(il a en outre, sans que ce soit en aucune manière sa fonction essentielle et
déterminante, l'avantage de pouvoir être utilisé à des fins économiques intéressantes
en certaines circonstances...).
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Annexe
Question de principe
(publié dans Libération, 5 mars 1979)
Il fut un temps qui dure encore où tout antisémite récusait un témoignage, une
recherche historique, venant d'un Juif et décrétait vendue aux Juifs toute recherche
d'un non-Juif allant dans le même sens (qu'on se souvienne de l'affaire Dreyfus). Mais
aujourd'hui nous commençons à assister au phénomène inverse: tout Juif, tout
homme, même de gauche, d'extrême gauche, récuse n'importe quel témoignage,
n'importe quelle recherche historique venant d'un antisémite (ce qui me paraît déjà
grave) et, pire, décrète antisémite n'importe quelle recherche qui, à propos des camps
de concentration sur tel ou tel point important, sans doute, met en cause la vérité
devenue quasi officielle, ce qui est inacceptable.
Juif d'extrême gauche, libertaire pour tout dire, je tiens à affirmer quelques principes
auxquels je tiens d'autant plus aujourd'hui que tous ceux auxquels j'ai cru pendant
vingt ans se sont effondrés les uns après les autres (il est long le chemin qui, du jeune
communiste, opposant en 1956, m'a mené, ma dose de scepticisme augmentant à
chaque étape, à des idées libertaires en passant par le trotskisme, l'ultra-gauche). De
tous ces principes, il en est un qui peut se résumer en une seule phrase: la liberté de
parole, d'écrit, de réunion, d'association doit être totale et ne supporte pas la moindre
restriction. Ce qui implique qu'on laisse paraître et diffuser les textes les plus ignobles
à mes yeux, qu'on refuse l'interdiction d'un seul livre, fût-ce Mein Kampf (ou demain
le moindre texte de Staline ou du bêtisier de Mao), qu'on refuse aussi l'interdiction
d'un seul meeting, fût-ce de l'Eurodroite, qu'on refuse même d'empêcher la diffusion
d'un seul tract fût-il ouvertement fasciste ou raciste. Ce qui ne signifie nullement
rester silencieux ou inactif. Si les fascistes avaient le droit de distribuer leurs tracts
dans les facultés, on pourrait se battre, physiquement même, si nécessaire, pour que la
faculté d'Assas ne reste pas leur monopole. La seule façon efficace de combattre les
ennemis de la liberté, comme on dit, est de leur accorder la liberté que nous
revendiquons pour nous et de nous battre s'ils veulent nous la contester. Le fameux
"pas de liberté pour les ennemis de la liberté" est en fait le fourrier de tous les
systèmes totalitaires et pas, comme on l'a cru, le rempart le plus efficace contre eux.
Alors que ceux qui nient l'existence des camps de concentration et du génocide le
fassent! A nous d'empêcher que ce mensonge devienne crédible. En a-t-il fallu des
années à la gauche pour trouver le courage de combattre les mensonges du P.C. sur
l'existence des camps en U.R.S.S.! En 1948, qui l'osait, mis à part quelques isolés
d'extrême gauche, quelques libéraux, et la droite? Si nous voulons être crédibles pour
la génération à venir, et d'autant plus que le temps passera, il ne nous faut pas laisser
subsister le moindre mythe, le moindre mensonge, la moindre erreur. Battons-nous
donc pour qu'on détruise ces chambres à gaz que l'on montre aux touristes dans les
camps où l'on sait maintenant qu'il n'y en eut point, sous peine qu'on ne nous croie
plus sur ce dont nous sommes sûrs. Les nazis avaient des camps modèles à montrer
aux bonnes âmes de la Croix-Rouge, ne nous laissons pas suer à faire l'inverse.
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Je ne veux pas ici entrer dans la discussion sur les chambres à gaz: y en eut-il ou pas?
S'il y en eut, dans quel camp exactement? Ont-elles été l'instrument systématique ou
accessoire du massacre? Car, pour moi, si ce fait a son importance, j'avoue ne pas
comprendre l'attitude qui consiste à penser que SI cette pièce était enlevée en partie
voire en totalité au système concentrationnaire, tout s'écroulerait.
Malgré le respect que j'ai pour les historiens signataires de cet article, dont certains
ont même joué un rôle non négligeable dans mes positions actuelles je me demande:
"Mais quelle est donc cette logique absurde?"; C'est justement parce que le meurtre de
masse a eu lieu, ce que, pour leur part, ni Rassinier, ni Faurisson ne mettent en doute,
qu'on peut se demander justement comment, y compris techniquement, il a pu avoir
lieu. Il n'y a que ceux qui nient le génocide qui n'ont pas en toute logique à se poser la
question du comment.
Il serait trop long et pourtant fondamental d'étudier tout ce qu'on a, depuis plus de
trente ans, justifié au nom de la lutte contre le nazisme, à commencer par feu le
stalinisme; les millions de Juifs morts sont utilisés constamment comme contre-
argument à toute critique de la politique d'Etat d'Israël par exemple.
Quant à moi, je préfère pour garder leur souvenir, défendre sans relâche le droit à la
liberté, empêcher toute velléité de chasse aux sorcières, de persécutions vis-à-vis de
groupes, minorités, individus, pensant et agissant autrement que moi.
Ce que je me refuse à faire, y compris aux néo-nazis, je ne suis pas prêt à accepter
qu'on le fasse à des hommes comme Rassinier ou Faurisson dont je sais qu'ils n'ont
rien à voir avec eux, et le procès intenté à ce dernier me rappelle plus l'Inquisition
qu'une lutte contre le retour du pire.
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Jugement de valeur
Il faut savoir, tout d'abord, que les juges du tribunal ont admis qu'une association
quelconque pouvait librement ester en justice, non seulement pour la préservation de
son intérêt personnel (protection de sa dénomination, de son patrimoine, etc.), mais
encore pour assurer "l'accomplissement de la défense de l'objet statutaire dont chacun
de ses membres ou adhérents lui a confié la charge collective et ce indépendamment
du préjudice social subi par chacun d'eaux." Jusqu'ici, la jurisprudence était restée très
rétive, l'objet statutaire étant resté à la libre fantaisie des fondateurs d'associations,
rarement à cours d'imagination. Aussi le législateur avait-il été conduit à instituer des
habilitations spéciales (par exemple pour permettre aux syndicats professionnels de
défendre les intérêts collectifs d'une profession, ou pour qualifier certaines
associations à agir pour poursuivre les manifestations délictuelles du "racisme"). Si le
jugement rendu le 8 juillet par le tribunal de grande instance de Paris devait faire
jurisprudence, les associations de libres-penseurs ou les associations religieuses
pourraient plaider les unes contre les autres pour faire trancher par la justice du mort
de Dieu, de sa vie, de son œuvre!
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du 6 novembre 1980, conclusions qui ne précisaient pas à laquelle des sept procédures
parallèles, alors pendantes, l'U.N.D.I.V.G. entendait s'adjoindre (la "jonction" des
instances n'étant intervenue qu'avec le jugement). C'est pourquoi la défense n'a jamais
répondu à ces conclusions. En effet, selon les règles de la procédure applicables au
tribunal de grande instance, en préalable à toute contre-argumentation, l'avocat du
défendeur doit déposer un formulaire de "constitution", formulaire qui doit être
retourné par l'avocat demandeur à son confrère avec l'indication du numéro de la
procédure. En l'espèce, cette indication faisait défaut et n'a été faite que
postérieurement à la clôture de la procédure. Les conclusions de l'U.N.D.I.V.G.
étaient donc hors procédure, formellement inexistantes, ce qui ne les a pas empêchées
d'être satisfaites! Pleurez pauvre plaideur. Enfin, et avant d'en venir au fond élu procès
qui nous intéresse, mentionnons qu'a été admise l'intervention de l'Association Fils et
Filles des déportés juifs de Frange, association créée après les faits reprochés à Robert
Faurisson, et dont la demande a été jugée comme en effet dépourvue d'objet
(préjudice allégué), mais non de cause légitime; ce qui peut laisser perplexe,
l'association intéressée étant: ainsi admise à plaider pour ne rien demander. En
revanche, l'intervention de l'éditeur de M. Faurisson a été, elle, jugée irrecevable, tout
comme les interventions des responsables, autour de Serge Thion, de la publication du
livre de celui-ci en faveur du professeur, Vérité historique ou vérité politique?.. Les
intervenants, si l'on comprend bien le tribunal, ne sauraient avoir un intérêt personnel
à sauvegarder dans cette affaire, en dépit de l'engagement positif qu'ils ont pris
publiquement pour se porter garant du sérieux et de l`honnêteté de Robert Faurisson.
Ils ont cherché en vain une cause qu'a pourtant trouvé sans peine "Fils et Filles", par
la seule vertu de l'objet social ad hoc que cette association s'est donné après qu'ont été
publiés les écrits ayant fondé lies poursuites.
Avant d'en venir à la question de fond traitée dans le jugement du 8 juillet, il convient
également de souligner que la procédure applicable devant le tribunal de grande
instance est une procédure écrite. Voilà ce qu'il ne faut pas perdre de vue pour
comprendre ce qui va suivre. Quelques précisions: une telle procédure est introduite
par une "assignation" motivée, acte d'huissier délivré au défendeur qui, pour se
défendre, doit constituer un avocat (on a déjà vu plus haut ce qu'il en était de l'acte
formel de constitution). Ensuite, de part et d'autre, les arguments sont concrétisés par
des "conclusions" écrites signifiées par l'avocat d'une partie à l'avocat de l'autre, dans
les formes particulières édictées par le Code de procédure civile. Dans ce cadre, les
plaidoiries, pour spectaculaires qu'elles puissent être (deux journées entières dans le
cas qui nous intéresse, avec la prestation remarquée de l'avocat Badinter, devenu
garde des Sceaux avant le prononcé du jugement) ne peuvent qu'illustrer des
arguments figés par les "écritures" qui seules fournissent aux juges la substance de
leur décision
Dès lors, nous appuyant sur les écritures de justice de la L.I.C.R.A., association pilote
en l'espèce, quel est le débat? Il est reproché au professeur Faurisson d'avoir:
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3. écarté "sans justification sérieuse un certain nombre de preuves retenues
jusqu'alors par des instances judiciaires nationales et internationales" (même
assignation, en sa page 3).
Le tribunal nous dit que M. Faurisson a, avec "une légèreté insigne" (?) paru vouloir
faire admettre que "les victimes du régime concentrationnaire auraient, de près ou de
loin [?], été les auteurs et les bénéficiaires volontaires ou involontaires d'une
"gigantesque escroquerie politico-financière" (jugement page 14, quatrième alinéa). Il
y a là une allusion directe à la fameuse phrase de soixante mots prononcée par le
professeur sur les ondes d'Europe 1, le 17 décembre 1980. Phrase surprenante ici,
puisque étrangère à la cause concernant des écrits remontant aux mois de janvier et
février précédents. Phrase que la première chambre du tribunal a été pêcher dans le
procès pénal (jugé le 2 juillet 1981 par la dix-septième chambre correctionnelle); et
qu'elle taxe d'"apologie du crime de guerre" et d'"incitation à la haine raciale",
oubliant que la condamnation pénale pour ce propos et visant d'ailleurs la seule
"incitation" n'étant pas devenue définitive, toute appréciation lui en est interdite au
nom du principe "le criminel tient le civil en état", principe de procédure qui défend
aux juges civils de se prononcer sur un point concurremment soumis aux juges du
18
pénal; la suprématie étant conférée à la décision de ces derniers pour pallier les
éventuelles contradictions de jugement.
Et tout cela parce que, voici la faute, la très grande faute, le délit civil, le professeur
Faurisson tend "à écarter par principe tous les témoignages rapportant l'existence des
chambres à gaz et à leur refuser toute valeur probante pour avoir été recueillis sous la
contrainte ou grâce à des promesses" (jugement, page 13, quatrième alinéa). C'est
donc à l'argument 3, subtilement dissocié du numéro 2, que le tribunal, en fin de
compte, s'est rattrapé, en termes très généraux, et non sans caricaturer outrancièrement
la position du professeur à cet égard. Et le jugement se dispense de donner la moindre
précision, précisions qui, du reste, ne lui ont jamais été fournies dans l'assignation, ni
dans les conclusions subséquentes de la L.I.C.R.A., laquelle s'est bornée à affirmer
gratuitement: "attendu qu'il a été amplement satisfait à la demande de M. Faurisson de
fournir les preuves des allégations de la L.I.C.R.A." (conclusions du 9 octobre 1980).
L'association demanderesse n'a donc rien démontré, gagnant ainsi sans combat, en
s'abritant derrière une muraille de papiers constituée par les pièces qu'elle a versées au
débat. Pièces à l'appui d'une démonstration toujours attendue mais jamais seulement
esquissée. Alors pourquoi ces dizaines de kilogrammes de pièces hétéroclites, allant
du document justifiant d'intéressantes controverses à la feuille invérifiable, en passant
par la littérature de gare (tel Au nom de tous les miens, de Martin Gray, best-seller
rédigé par le "nègre" Max Gallo, et relatant notamment un séjour que l'"auteur" n'a
jamais fait à Treblinka)? De son côté, la défense a déposé des conclusions de
plusieurs pages pour critiquer ces pièces, dont certaines traductions tendancieusement
tronquées, ce qui ne ressort pas malheureusement de la lecture du jugement.
19
Le tribunal, nonobstant les principes de la procédure écrite, me paraît s'être laissé
influencer par la marée des plaidoiries, riches en effets oratoires et en affirmations
irresponsables comme par les dizaines de kilogrammes de papiers versés au débat par
la L.I.C.R.A. (dont toute la procédure de justice militaire concernant le camp de
concentration du Struthof, dont il n'a pas été en définitive question).
Non, mais Robert Faurisson faute de pouvoir être condamné de ce fait (objectivable)
l'a été pour impiété. En effet il a été sanctionné pour avoir, dit-on, écarté "tous les
témoignages"; c'est-à-dire à raison de son intime conviction (non objectivable). Ce,
alors même, comme nous l'avons vu précédemment, que les juges devant des
témoignages demeurent par principe libres de leur accorder le crédit qu'ils veulent. Il
est donc reproché à M. Faurisson de ne pas croire. Pour justifier un tel reproche on
remarque qu'il refuse et critique des "témoignages" (lesquels au fait?) de gens au-
dessus de tout soupçon. Et quand on aura dit que l'Eglise catholique elle-même n'a pas
fait de Fatima une vérité de foi, en dépit de multiples témoignages, on pourra se
demander où aujourd'hui s'est réfugiée la société cléricale, et si certains procès ne sont
pas les messes rituelles nouvelles (ici on a eu recours à la preuve ontologique: "Le
national-socialisme est le mal parfait, or la marque du mal parfait est le génocide,
donc le national-socialisme a nécessairement commis le génocide").
Robert Faurisson est notre dissident, et à travers lui a été condamnée la "propagande"
anti-holocauste, comme en U.R.S.S. est condamnée la propagande anti-soviétique.
Certes ici c'est le conformisme qui le plus souvent sert de police de la pensée, mais on
voit que les institutions judiciaires peuvent y prêter la main.
20
De l'intolérance et quelques considérations
subjectives sur le nationalisme
Claude KARNOOUH
Maintenant, pour ce qui est du reproche de mordre, je répondrai que toujours liberté fut
donnée aux gens d'esprit de railler impunément la vie des hommes en général, pourvu que
cette licence n'aille pas à la rage. J'en admire d'autant la délicatesse des oreilles de ce temps,
qui ne supportent plus que titres solennels. On voit même des gens, dévots, mais dévots
tellement à rebours qu'ils supportent mieux les plus gros blasphèmes contre le Christ, que la
plus légère plaisanterie sur le Pape ou le Prince, surtout s'il y va de leur pain. Mais celui qui
attaque les mœurs des hommes sans jamais atteindre nommément personne, dis-moi a-t-il l'air
de mordre ou d'enseigner et d'avertir?
Lettre d'Érasme à Thomas More 9 juin 1508, Introduction à Éloge de la folie.
J'ai été dénoncé et puis on m'a arrêté C'est la police française qui m'a arrêté elle m'a amené à
la prison à Clermont-Ferrand. J'ai été à Toulouse au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe et à
Buchenwald. Et voilà.
– Vous savez qui vous a donné?
Si je le savais, je ne vous le dirais pas. Je l'ai appris par-derrière, en revenant de déportation.
D'autres le savent aussi. Mais je ne vous dirai pas qui c'est; je le garde pour moi tout seul.
– Vous n'avez jamais cherché à vous venger?
Non. A quoi bon? Si je m'étais vengé, j'aurais été de la même race qu'eux
et je n'étais pas de la même race.
Interview de Louis Grave, agriculteur, reproduite dans le film: Le Chagrin et la Pitié
A la suite de la lecture des lettres que j'ai reçues et des questions qui m'ont été posées
après ma déposition en faveur de Faurisson devant la dix-septième chambre
correctionnelle de Paris, il me semble nécessaire de procéder à certaines clarifications
tant la rumeur et les ragots ont brouillé non seulement mes propres paroles, mais, et
surtout, les données du problème moral posé par la mise en accusation d'un travail de
recherche, quels qu'en soient le contenu et le résultat.
21
Il ne faut pas entendre cette mise au point comme une justification, ce ne sera pas
même un pamphlet, plutôt un bref essai grâce auquel j'espère clarifier les raisons, à la
fois théoriques et personnelles, qui décidèrent de mon action. Il doit être encore
entendu que je ne réponds point aux injures les plus ordurières qui me furent
adressées; de tels propos, énoncés par de prétendus intellectuels, ne méritent pas
même une seconde d'attention. Si j'avais à répondre, ce serait d'abord à mes parents et
à quelques-uns parmi mes amis qui furent un temps troublés par ma déposition car ils
n'en lurent que des comptes rendus tronqués par les media; par la suite, ils surent
m'écouter avec tolérance et attention, malgré des interprétations divergentes qui,
néanmoins, n'entamèrent en rien l'estime, voire l'amitié ou l'amour réciproque, que
nous nous portons.
Par ailleurs, il se trouve que mon métier d'ethnologue m'a conduit à travailler en
Europe de l'Est où j'avais été habitué à fréquenter ces discours totalitaires qui
ressemblent à ceux de la croyance: là-bas, nul n'a le droit de douter de la doctrine
officielle interprétant la société et l'histoire; au contraire, le devoir des intellectuels
consiste à le justifier selon les fluctuations des aléas politiques contemporains, ou les
obsessions des chefs d'Etat. Or, jusqu'à présent, je pensais que seules les orthodoxies
totalitaires étaient capables d'imposer l'énoncé de semblables propositions – qui
sanctionnent la fin de toute pensée critique – que les intellectuels occidentaux ne se
font pas faute de dénoncer quotidiennement. Aussi fus-je surpris de constater leur
silence en face de semblables opinions proférées dans leur propre pays. Pourquoi cette
attitude contradictoire parmi les chantres des droits de l'homme? Pourquoi traitent-ils
du problème juif et de l'affaire Faurisson selon des procédures et des méthodes qu'ils
dénoncent lorsqu'elles s'appliquent aux interprétations staliniennes de l'histoire? Y
aurait-il deux poids et deux mesures de la critique selon qu'il s'agit des Juifs et des
"goyim", des régimes staliniens et de l'Etat d'Israël? Or cette contradiction n'est point
nouvelle; depuis quelques années, j'avais remarqué les tendances hagiographiques de
l'historiographie sioniste ou judéo-centrique – l'expression est de Maxime Rodinson.
Toute interprétation de l'histoire de la Seconde guerre mondiale se doit de satisfaire le
discours de l'Etat hébreu, sans quoi elle subit les foudres de ses idéologues ou de ses
leaders politiques.
22
Mais cette intolérance quasi étatique ne se cantonnait point aux seuls débats entre
intellectuels, elle visait encore un plus large public en développant une bien plus vaste
offensive en direction des media, de manière à imposer son point de vue; on vit alors
s'épanouir le grand spectacle de la consommation massive de l'horreur avec le film
Holocauste et la publication de livres "génocidaires" précédés de puissantes
campagnes de publicité. On tendait à imposer une version de l'histoire de la guerre
mondiale au moyen de procédures semblables à celles que le western inventa pour
justifier la version yankee de la conquête de l'Ouest. Vérités et mensonges s'y
côtoyaient dans la plus grossière simplification afin de convaincre les juifs qu'ils
avaient subi l'injustice la plus exceptionnelle de toute l'histoire de l'humanité, et les
"goyim" qu'ils avaient une dette éternelle envers eux, dette dont ils ne pouvaient
s'acquitter qu'en soutenant sans défaut la politique israélienne! Puis, de nombreux
intellectuels juifs envahirent les écrans et les ondes pour nous conter tel ou tel aspect
de la déportation, réduisant toujours la guerre au seul problème juif. Or, pour ceux qui
s'intéressent quelque peu à cette période de l'histoire européenne et à ses
prolongements contemporains, il s'agit d'une simplification trop facile, d'une quasi-
imposture. Malheureusement, la Seconde guerre mondiale représente un ensemble
d'événements bien plus complexes que sa présentation hagiographique par
l'historiographie sioniste, la déportation et le massacre quasi général des populations
qui s'y trouvèrent engagées ne peuvent être réduits au seul antisémitisme des nazis et
du peuple allemand, quand bien même ceux-ci eussent porté la principale
responsabilité du conflit. Un phénomène tel que la guerre moderne où s'enchevêtrent
les intérêts économiques et stratégiques des États, avec des conflits idéologiques qui
dépassent leurs frontières, exige des explications complexes; ici, les simplifications ne
sont que mensonges ou vulgaires instruments de propagande.
Toutes ces questions se bousculaient en moi depuis quelques années sans que j'en
puisse parfois démêler clairement l'écheveau. J'en parlais fréquemment à mes proches,
leur faisant part du malaise que j'éprouvais lorsque la déportation et le massacre des
juifs servaient à justifier les pires agressions Israël envers le peuple palestinien. C'est à
ce moment de mes interrogations qu'intervint, voici plus d'un an, l'affaire Faurisson à
laquelle se trouvait mêlé mon ami S. Thion. Confronté aux interprétations partiales
23
des media, aux ragots qui envahissaient notre milieu professionnel, je me suis attaché
à la lecture des textes de Faurisson et de ses contradicteurs; j'ai encore profité de ces
débats pour relire les ouvrages de Bernard Lazare (aujourd'hui introuvables) ou ceux
de Hannah Arendt qui, quelques années auparavant, avaient provoqué l'ire de
l'establishment juif. Rassemblant enfin des informations que j'avais recueillies lors de
mes voyages en Roumanie et en Hongrie, je me suis aperçu en dépit de mes réserves à
son égard que les accusations portées contre Faurisson participaient plus d'une
opération idéologico-politique d'envergure, que d'une controverse intellectuelle. Je
découvrais que nos sociétés occidentales, réputées libérales, pouvaient parfois agir de
manière identique à celles réputées totalitaires, lorsque les fondements idéologiques
de leurs valeurs se trouvaient contestés, et leur prétendue démocratie placée en
contradiction avec leurs intérêts économiques et stratégiques.
Autant de questions qui méritent réflexion pour qui veut comprendre et non créer des
croyances en assénant des vérités révélées. Pour ce qui concerne les communautés
juives: à laquelle dois-je présentement lier mon sort, mes pensées, mon allégeance?
Qu'ai-je de commun avec le C.R.I.F. ou le Consistoire juif de Paris ou d'ailleurs?
Athée, mes intérêts n'ont rien de commun avec ceux de ces associations. Partagerais-
je le même idéal que les dirigeants de la banque américaine Salomon Brothers qui
profite de l'impérialisme au même titre que des banques dirigées par des "goyim"?
Devrais-je me sentir solidaire de la politique nationaliste et raciste de M. Begin?
Éprouverais-je une émotion différente devant les hassides d'Anvers ou d'ailleurs que
face à toute autre culture archaïque? Devrais-je ressentir une fraternité de "sang" avec
les membres du Bétar ou ceux de l'O.J.D.? Certains me disent que oui, en vertu de
mon ancestralité et de l'impérative solidarité qui me lie éternellement avec ceux qui
disparurent dans l'univers concentrationnaire. Mais existe-t-il une contradiction
essentielle entre le respect dû aux victimes et le refus de s'identifier à leur culture et à
leur religion? Seule une théorie raciste de la société peut l'affirmer. Quant à moi je
24
m'y refuse, ma compassion s'étend également à toutes les victimes des meurtres
collectifs quelles que soient leurs races, leurs religions ou leurs opinions politiques.
Depuis que les États-nations se s'ont approprié, au profit de leurs classes dirigeantes,
l'identité ethnique de leurs élites, il n'est point aisé de se définir en dehors d'une
ancestralité collective. Les axiomes des théories nationalistes reposent sur des
principes génético-ethniques qui aliènent la personne à des déterminants quasi a-
historiques indépendamment et à l'encontre de la libre volonté de chacun. Or
comment accepter cette appartenance a priori sans qu'une profonde adéquation unisse
25
la société ancestrale et la société contemporaine? Si certains se permettent de tenir un
discours tout en menant, par ailleurs, des actions qui en contredisent les principes,
libre à eux; encore faut-il ne pas exiger d'autrui qu'il suive les mêmes voies! Je me
refuse à cette forme d'aliénation qui fait, d'une part, tenir un discours sur les valeurs
morales intangibles du passé tandis que, d'autre part, les exigences de la société
moderne contraignent à s'y opposer.
Cette situation n'est pas uniquement réservée aux juifs, elle envahit aujourd'hui la
plupart des discours politiques qui mettent er, avant le retour aux sources, à la société
paysanne d'antan, sous la forme du régionalisme ou de l'écologie. Or ma vie, mon
éducation, les valeurs que m'enseignèrent mes maîtres et mes parents sont étrangères à
celles qui fondaient l'originalité des communautés juives auxquelles appartenaient
mes ancêtres (mes arrière-grands-parents). Il se trouve que les hasards de l'émigration
ont conduit mes grands-parents à vivre en France et c'est ici que j'ai reçu une
éducation "laïque et républicaine" en même temps que les petits paysans gascons avec
lesquels je partageais naguère mes jeux. Plus tard, après des années de lycée et
d'université, je suis devenu athée et nourri d'une indéfectible tolérance envers les
croyances des autres. Je dois confesser que ma mère m'y aida beaucoup, elle qui avait
tant souffert en Pologne de l'antisémitisme d'un nationalisme hystérique. Je me suis
marié à des compagnes que mes ancêtres définissaient comme des "shikse"[note de
l'Aaargh: mot du dialecte yiddish signifiant esclave chrétienne] et mes deux filles
ressemblent à tous les enfants de petits bourgeois français. D'un point de vue social,
notre vie imite celle de milliers d'autres couples et, quoi que nous fassions ou
pensions, nous sommes inscrits dans l'esprit de notre temps. Mes enfants connaissent
leurs origines quasi internationales sans qu'elles en fassent grand cas. Ce sont les
résultats du hasard et de l'amour.
Pourtant, si j'ai conscience de cette banalité, je sais aussi que ma culture française est
encore marquée par d'autres influences, anglaise ou germanique. De plus, en raison de
mon travail d'ethnologue, j'ai été conduit à approcher d'autres formes culturelles qui
infléchirent mon expérience sociale et historique. Bref, comme de nombreux
intellectuels, je prétends détenir une part de la culture universelle même s'il m'arrive
parfois d'en user avec maladresse. Ainsi – et en dépit de mon horreur pour le
nationalisme pontifiant –, lorsqu'il m'arrive d'éprouver le sentiment d'une dette envers
un pays, c'est vers la France que je porte ce sentiment. C'est le pays qui accueillit mes
parents, c'est de lui qu'ils tirèrent leur aisance et c'est lui qui m'offrit sa culture au
travers de sa langue. Mais ce sentiment de vague reconnaissance ne m'a jamais
interdit de critiquer mon pays et de mettre en doute le bien-fondé de sa politique, c'est
justement parce qu'il me permet de conserver mon libre arbitre que je suis fidèle au
contrat qui nous lie.
Je crois devoir ajouter que mon refus de m'identifier à une quelconque tradition juive
tient, d'une part, au sentiment de respect que j'éprouve envers mes ancêtres, envers
leur expérience sociale, religieuse et historique, leurs coutumes, leurs langues, leurs
rites, leurs croyances, et, d'autre part, au sérieux qui doit guider toute lecture
historico-anthropologique. Il s'agit d'abord de reconnaître une véritable mutation dans
le cours de mon histoire généalogique et d'accepter l'écart quasi infranchissable qui
s'est ainsi créé, et, ensuite, de refuser les impostures épistémologiques si familières
aux historiographies nationalistes qui ne cessent de lire les phénomènes de la tradition
(histoire, ethnographie, philologie) en fonction d'axiomes établis par des nécessités
26
politiques éminemment contemporaines. Voici quatre ans, j'écrivais un article où
j'essayais de montrer les procédures idéologiques grâce auxquelles les intellectuels
nationalistes d'Europe centrale manipulaient et manipulent le folklore paysan afin de
justifier la théorie mono-ethnique de l'Etat-nation et d'en légitimer la souveraineté
Aujourd'hui, les thèmes esquissés dans ce texte pourraient s'appliquer mot à mot au
discours sioniste (1).
27
solidarité ethnico-généalogique (ou génético-généalogique) pré-étatique traverse les
classes sociales, les institutions, les bureaucraties de l'Etat-nation au seul profit de
ceux qui manipulent l'archaïsme des émotions qu'elle engendre encore pour les
desseins d'une réelle modernité.
Depuis plus de quinze ans, on assiste en France (depuis plus longtemps aux U.S.A.)
au développement de diverses pensées qui prônent le retour "aux sources", les "roots"
du fameux feuilleton américain. Ces idées énoncent des thématiques passéistes
complémentaires qui mettent en scène tel ou tel aspect de l'archaïsme européen. On y
rencontre pêle-mêle un régionalisme fondé sur les divisions territoriales et
linguistiques de la France médiévale, un paysannisme écologique promettant une vie
associative et agraire fondée sur les descriptions benoîtement idéalisées par
l'hagiographie ethnographique actuelle. On découvre un "nouveau mysticisme"
actualisant les formes les plus vulgaires de la croyance, cependant que de "nouveaux
philosophes" – qui ne sont ni nouveaux, ni philosophes – resservent, avec un zeste
d'actualité, les arguments usés d'un idéalisme de pacotille.
Il se trouve que j'ai eu l'occasion de visiter une des dernières communautés juives
traditionnelles vivant en Europe orientale. Devant ces hommes perpétuant avec
obstination leur croyance et les rites s'y attachant, j'éprouvais une émotion identique à
celle qui m'étreint chaque fois que je partage ma vie professionnelle et affective avec
ces paysans orthodoxes qui poursuivent leurs traditions anachroniques dans
l'isolement de leurs vallées carpatiques. C'était encore le même sentiment que me
procuraient les quelques jours passés avec les pêcheurs-paysans de Taaha en
Polynésie. Toutes ces cultures tiennent de l'universelle humanité et chacune, selon ses
modalités originales, contribue à l'expression de la totalité de l'être. Toutes méritent la
28
même attention, le même respect, la même intelligence, et, cependant, jamais je n'y ai
reconnu ma culture, c'est-à-dire une expérience sociale et historique inconsciemment
partagée. Je n'ai pour elles, et pour d'autres, aucune préférence particulière, seules
certaines me sont plus ou moins familières et, de ce fait, plus immédiatement
accessibles. Or certains prétendent que, de par mon ancestralité et mon appartenance
"logique" au judaïsme, il me faut aimer ou du moins éprouver une sympathie plus
intense pour les juifs que pour tout autre peuple: "Tu es juif, donc tu dois avant tout
aimer les juifs au-delà ou en deçà de toutes différences sociales, politiques et
religieuses." Aurait-on oublié que l'amour est une affaire individuelle ou divine? Il
faut réserver ses passions amoureuses à Dieu, ses parents, ses enfants, ses compagnes
ou ses amis. Ainsi j'aime des individus d'origine juive, des Arabes, des Asiatiques, des
"goyim" occidentaux, selon le hasard de nos rencontres et les penchants des affinités
électives. Aimant individuellement, il m'arrive aussi de haïr individuellement, mais,
quant à aimer collectivement les peuples, les membres d'une secte, d'une religion ou
d'une ethnie, je me méfie de ce sentiment et l'écarte délibérément parce qu'il contient
son complément logique, la haine collective: ensemble ils fondent le racisme. Les
peuples ne sont ni à aimer ni à haïr, ils sont à étudier, ou pour emprunter les mots de
Spinoza: "Quand il s'agit d'autrui, ne pas se moquer, ne pas pleurer, mais
comprendre." On a fréquemment énoncé cet adage: ce ne sont pas les bons sentiments
qui font la bonne histoire ou la bonne anthropologie; s'en convaincre, c'est éliminer de
nos procédures analytiques toute sensiblerie collective, c'est conserver à la raison son
pouvoir discriminateur à l'encontre des passions.
C'est en ce sens que je trouve quelque peu suspect l'amour présent des "goyim" pour
les juifs en général. Et ces derniers s'en félicitent naïvement, le favorisent, parfois le
manipulent en jouant de la culpabilité qui le fonde. Cet amour me semble suspect
parce qu'il me remémore une récente lâcheté collective qui laissa les Juifs
singulièrement solitaires et démunis devant la trahison de l'Etat français et de sa classe
politique. Jean-Paul Sartre offre un bon exemple des errements auxquels conduit cet
amour coupable. Grand pourfendeur du racisme et de l'antisémitisme depuis 1945, il
commit ce texte simpliste et quelque peu insultant pour la tradition juive: Réflexion
sur la question juive. Il s'agit non seulement d'un grimoire psychologique, mais d'une
preuve irréfutable de son ignorance de la culture et de l'histoire des communautés
juives européennes car le judaïsme ne se limite point, tant s'en faut, à l'intelligentsia
parisienne. Or, si j'en crois les mémoires de Mme de Beauvoir, je n'ai pas souvenir
que J.-P. Sartre ait montré la moindre sollicitude, ni esquissé la moindre manifestation
de protestation quand le gouvernement de son pays expulsait ses collègues juifs ou
d'origine juive des cadres de l'instruction publique! frileusement assis aux côtés du
poêle dans l'arrière-salle d'un café il écrivait son œuvre tout en quémandant aux
autorités d'occupation l'autorisation de faire jouer ses pièces. [Note de l'Aaargh: sur ce
personnage et ses contorsions existentialisto-staliniennes à propos du révisionnisme,
voir le récit de S.Thion, Une allumette sur la banquise, 1993, chapitre I] Mais
pouvait-on s'attendre à un autre comportement de la part de celui qui, "refusant de
désespérer Billancourt", s'attachait à nous faire aimer la Russie soviétique quand ses
thuriféraires voulaient nous faire croire à la culpabilité de certains médecins juifs?
Pourquoi encore, parmi les chantres du sionisme, rencontrons-nous tant d'anciens
staliniens, ces amoureux de la religion du père Joseph? Voilà quelques exemples,
certes partiels, qui montrent, cependant, à quels dangers racistes et totalitaires nous
mène cet amour des peuples et des systèmes politiques.
29
Refuser l'amour collectif et électif n'entraîne pas, par ailleurs, au cynisme et à la
distance qui laisseraient sans jugement devant les violences du pouvoir politique.
Lutter contre telle ou telle forme de l'oppression n'implique pas qu'il faille vouer au
peuple qui s'y soumet une haine éternelle et sans partage, car il demeure toujours une
partie de ce peuple pour en contester la loi.
Comprendre une culture, un pouvoir, une société, c'est aussi saisir les contradictions
qui la traversent et hors desquelles il n'est point de société humaine. Pourtant, c'est au
nom de cet amour collectif et manichéen que se sont produits les plus gigantesques
massacres qu'ait jamais connus l'Europe; c'est encore au nom de cet amour que les
peuples se sont satisfaits de théories racistes inventées et manipulées par les
intellectuels. On ne peut concilier l'égalité théorique de l'humanité avec un
quelconque amour privilégiant l'une de ses parties: on ne peut affirmer cette égalité et,
par ailleurs, alléguer d'une supériorité ontologique pour prétendre détenir le privilège
d'une vérité révélée, qu'elle soit l'alliance privilégiée avec la parole divine ou le
message libérateur d'une théorie philosophique. En postulant cette égalité théorique, je
ne prétends point unifier empiriquement la diversité des manifestations culturelles de
l'humanité, ni occulter les écarts économiques et politiques créés par les puissances
conquérantes et plus tard les super pouvoirs. Je laisse ce fade humanisme aux
péroraisons d'un parisianisme en mal d'émotion à bon marché: l'ethnocide a toujours
prudemment évité les problèmes trop explosifs pour le confort de ses prophètes.
L'égalité de l'homme, en tant que concept, n'est pas d'ordre empirique (faut-il le
déplorer?) mais d'ordre théorique, il a sa source dans l'essence même de l'activité
humaine, la pensée et ses multiples expressions; et c'est en raison de cette activité que
je peux tenter de dialoguer avec la plus démunie des tribus australiennes sans pour
autant m'y intégrer.
Et si, présentement, j'accepte ces postulats, il me faut encore en tirer toutes les
conséquences qui s'appliquent aux problèmes politiques, moraux, économiques et
culturels où s'engage la société. C'est ce que je fis en refusant de me laisser imposer
une appartenance ethnique et religieuse juive qui m'eût contraint d'approuver, à un
moment ou l'autre de ma vie, un postulat culturel de supériorité. S'il existe des êtres
supérieurs, des esprits hors du commun, des penseurs et des artistes, ils ne forment
pas un peuple, ils demeurent des individualités quand bien même on les rencontrerait
plus fréquemment chez certains peuples à un moment donné de leur histoire. Ainsi on
peut aimer la Renaissance italienne sans italo-centrisme, de même que ma passion
pour la musique allemande ne m'a jamais conduit à choisir le pangermanisme. On
peut apprécier Freud, Shoenberg, Wittgenstein, sans une appréciation judéo-centrique
de la société viennoise.
30
et donc des pratiques d'une semblable intolérance? Je m'étonne toujours d'un tel
jugement qui, dans le premier cas, s'attache à l'opinion philosophique de la personne
et, dans l'autre, transforme cette opinion en une allégation raciste.
Aussi m'interrogé-je sur les intentions de cette transformation. N'est-ce point, d'une
certaine manière, une "demande" de racisme, une sorte de justification a posteriori, et
quelque peu morbide, de la haine d'autrui (qui est peut-être la haine qu'on lui porte)
nécessaire à consacrer, jusques et y compris dans l'hostilité, la supériorité ontologique
du peuple juif? Pourtant, dénier aux rabbins la possession d'une vérité transcendantale
n'est rien d'autre que l'exercice normal de l'esprit critique et du doute tel que nous
l'enseigne la philosophie depuis ses origines helléniques. Et d'aucuns connaissent le
précédent trop fameux de Spinoza pour s'étendre plus avant sur cette thématique qui
met en lumière l'une des procédures par laquelle une Eglise, une secte, un groupe
ethnique fonde sa supériorité.
Je laisse aux croyants leurs certitudes, elles ne recouvrent que des débats d'idées tant
que leurs zélateurs ne s'acharnent pas à les imposer par la force, chacun est libre de
ses choix, c'est affaire personnelle et je me garderai bien de ressembler à ces athées
qui transforment les arguments de la raison en certitudes religieuses, ou à ces
théoriciens nationalistes qui utilisent des évidences ethnographiques pour établir des
vérités politiques intemporelles.
Foi religieuse ou foi laïque, ce sont deux variations d'une même pensée qui s'unissent
dans une conception xénophobe du monde telle que le pangermanisme, le
panslavisme, le sionisme et, sur un mode mineur, les nationalismes roumain,
hongrois, bulgare ou polonais, etc. C'est ainsi que le sionisme reprend à son compte
l'antique notion religieuse d'élection du peuple juif qu'il inscrit dans une conception
singulièrement simpliste de l'antisémitisme auquel il donne la valeur d'une vérité
intemporelle, a-historique, sorte d'essence des rapports inter-ethniques justifiant, après
coup, la fondation de l'Etat hébreu.
31
l'historiographie sioniste. Je limiterai mon propos à l'Europe centrale et orientale
puisqu'elle occupe l'essentiel des problèmes posés par l'affaire Faurisson.
Tous les peuples de toutes les religions qui peuplent l'Europe centrale et orientale sont
réputés antisémites depuis la nuit des temps; la preuve est simple: qui défendit les
juifs à l'heure de la déportation? Pour répondre à cette question fort complexe, il faut
auparavant préciser le contexte social et politique de ces marches européennes car, à
présenter cette question brutalement et hors du processus historique qui la prépare, il
devient aisé de faire parler les faits selon le désir idéologique de chacun.
Je pense que l'historiographie moderne a quelque peu exagéré l'ampleur des exactions
dues à l'antisémitisme ethnico-religieux, et que certaines comparaisons,
soigneusement évitées, auraient tempéré les visions apocalyptiques judéocentriques.
Relisons l'introuvable Histoire de l'antisémitisme de B. Lazare (à propos pourquoi ne
réédite-t-on pas ce livre?) [Note de l'Aaargh: rééditée depuis par P.Guillaume et
disponible sur notre site, ainsi qu'une traduction anglaise]. Nous y découvrirons que le
fameux antisémitisme des paysans russes était des plus modérés, actualisé au cours de
la Semaine sainte par des jets de pierres et quelques horions peu meurtriers. En
revanche, si l'on veut rencontrer l'antisémitisme meurtrier, il nous faut tourner nos
regards vers l'Etat autocratique et ses sbires: ce sont eux les instigateurs de pogroms.
Que des paysans crédules et miséreux fussent abusés par ces vulgaires séides, j'en
conviendrais aisément car rien n'est plus aisé que rendre des peuples affamés assassins
de leurs voisins tout aussi affamés qu'eux. Mais à refuser cette réalité trop
contradictoire pour un amalgame confortable, on se prive de toute clairvoyance; et
c'est au nom de cet aveuglement que la bourgeoisie juive russe réclamait pour les
pauvres Juifs des bienfaits et une situation qu'elle aurait pu tout aussi bien exiger pour
la masse des moujiks. C'est l'Etat qu'il fallait attaquer, et c'est précisément ce qu'avait
compris le mouvement révolutionnaire (2).
Dans le beau roman de Mandelstam, Les Plaines de Mazovie, l'auteur nous conte avec
nostalgie la vie quotidienne de ces bourgades peuplées de Juifs et de Polonais tout
aussi pauvres les uns que les autres, et tout autant soumis au pouvoir seigneurial des
grands propriétaires fonciers. Il décrit avec précision et retenue la dégradation rapide
32
de cette symbiose communautaire qui apparaît dès la naissance de l'Etat polonais en
1918, à mesure que l'idéologie de l'Etat-nation mono-ethnique réglait la compétition
économique et culturelle entre ces deux groupes. Indépendante mais pauvre, chargée
par les puissances capitalistes de tenir les avant-postes de l'anticommunisme
combattant, la Pologne ressuscitée n'eut pas d'autres arguments que la xénophobie
ethnique et religieuse pour s'attacher une paysannerie miséreuse et une fragile
bourgeoisie qui L'auraient peut-être trouvé un sort meilleur dans d'autres cadres
étatiques (par exemple au sein de l'empire austro-hongrois).
Je pourrais encore tenir de semblables propos sur les événements sanglants qui
décimèrent les populations civiles pendant la guerre polono-ukrainienne (1918-1920).
A l'époque, on accusa les Ukrainiens de provoquer des pogroms sans remarquer que
de nombreux juifs avaient choisi la nationalité polonaise. Aussi serait-il plus juste de
parler de pogroms de Polonais sans oublier que ces derniers ne manquèrent point de
retourner leurs exactions aux Ukrainiens (3). J'ajouterai que l'antagonisme polono-
ukrainien, toujours vivace à la veille de la Seconde guerre mondiale, fut très
habilement utilisé par les autorités allemandes au cours des années 1939-1945, mais
c'est là pratique courante chez toutes les puissances occupantes (cf. A. Speer, Au cœur
du Troisième Reich).
Enfin, pour compléter les éléments de cette situation tragique, je rappellerai que les
Ukrainiens eurent à combattre aussi les troupes bolcheviques lors de la guerre russo-
polonaise (1920-1921). Relisons, sans parti pris, Cavalerie rouge, ces récits-
reportages d'Isaac Babel dans lesquels nous décelons un univers de perpétuelle
vengeance, cette vendetta à l'échelle d'un peuple toujours prêt à restaurer les injustices
d'une histoire qui, depuis 1914, ne lui laisse pas grand répit. Dans ce monde, la
situation des juifs n'était ni plus ni moins enviable que celle des autres, toutes
unissaient l'horreur et le massacre.
Depuis la fin du Moyen Age jusqu'à la Première guerre mondiale, la situation des juifs
d'Europe centrale et orientale ressemblait donc à celle des populations qu'ils
côtoyaient quotidiennement dans un monde où les xénophobies religieuses et les
haines ethniques participent d'une conception "normale" du monde. Il faut se défaire
d'une idée trop répandue qui prétend au perpétuel complot contre les juifs; en fait, les
situations varièrent au gré des politiques et des privilèges octroyés par les princes. Si
je compare rapidement l'état des juifs dans le dernier tiers du XIXe siècle en Hongrie
et en Roumanie, j'y trouve deux situations opposées, qui dépendent éminemment de la
politique de l'Etat. Paisible dans une Hongrie qui cherchait à intégrer ses nombreuses
"minorités" ethniques dans un processus rapide et parfois violent de magyarisation,
les juifs y furent les alliés objectifs de cette politique qui se retourna contre eux
lorsque l'empire des Habsbourg se désagrégea au profit des États successeurs.
Situation précaire dans une Roumanie ultra-nationaliste et paysanniste qui ne pouvait
accepter la lente immigration juive qui, depuis le milieu du XVIIIe siècle, venait de
Galicie et de Bessarabie et peuplait sa province orientale, la Moldavie. Situation
certes intolérable, sans cesse dénoncée par les comités juifs d'Angleterre,
d'Allemagne, de France ou d'Autriche, mais tout aussi intolérable la situation de la
paysannerie de cet Etat latifondiaire exploité par des capitaux étrangers (anglais,
allemands et français). Notons, une fois encore, que l'antisémitisme virulent et
efficace (interdiction professionnelle et de résidence) fut le fait de l'Etat, de ses élites
et de ses nouveaux cadres qui tentaient de défendre les privilèges que leur offrait l'Etat
33
naissant: une promotion sociale et, une valorisation du capital, rapides et sans
concurrence excessive. Le problème de l'intolérance roumaine ne peut se réduire à
celui de l'antisémitisme, il concerne plus généralement celui de la démocratie
politique que ce pays n'a jamais résolu.
Le tribut humain et moral payé par les diverses communautés ethniques ou religieuses
d'Europe centrale et orientale au cours des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles n'est pas
moindre que celui des juifs; ceux-ci jouissant parfois de privilèges royaux ou
impériaux qui les mettaient à l'abri des représailles exercées par les princes à
l'encontre de leurs paysans hérétiques ou révoltés. J'évoquerai ainsi la contre-réforme
entreprise par Marie-Thérèse d'Autriche en Transylvanie: combien de nobles et de
paysans hongrois protestants périrent sous les armes des impériaux? Nul ne le sait
précisément, mais les descriptions ne manquent point sur les campagnes dévastées, les
villages brûlés, les femmes violées et éventrées, les hommes et les enfants empalés,
bref le déchaînement de l'intolérance religieuse au service d'une foi et de la conquête
impériale. Faut-il enfin rappeler le destin tragique des hussites tchèques, et leur totale
destruction après la Montagne-Blanche, ou plus banalement la répression des révoltes
de paysans roumains qui n'ont jamais manqué dans ce monde de misère et de famine?
Et si l'Europe orientale ne connut point d'épidémies de répression de la sorcellerie à
l'image de celles qui sévissaient en Occident, la lutte ethnico-religieuse y trouva, en
revanche, un terrain d'élection où les juifs subirent les effets de cette intolérance
dévastatrice entre sectarismes schismatiques, antischismatiques, réformés ou
apostoliques. Pourquoi auraient-ils échappé au lot commun? Au nom de quelle
tolérance particulière auraient-ils été mis à l'écart de l'histoire? Non, ils appartinrent à
cette sanglante histoire sans qu'elle leur attribuât un destin spécifique, sinon qu'ils s'en
sont sortis plus indemnes que d'autres qui furent totalement éradiqués des sociétés
modernes issues de cet accouchement sanglant. De ce point de vue, la comparaison se
révèle salutaire pour l'esprit, car elle nous montre avec quelle vitalité les
communautés juives émergèrent de ces âges des ténèbres. Et qu'on ne me livre pas
l'argument de leur effroyable misère, celle-ci n'était ni pire ni moindre que celle de
toutes ces paysanneries écrasées sous le joug du "second servage". Que les historiens
sionistes se penchent avec la même commisération sur le sort des paysans ukrainiens,
polonais, roumains ou hongrois, ils seraient peut-être surpris de rencontrer des
similitudes qui ne leur conviendraient guère. Il faudrait enfin qu'ils tiennent compte
des évolutions et des transformations politiques qui affectèrent l'Europe orientale et
n'oublient point que les juifs chassés d'Occident à la fin du Moyen Age trouvèrent ici
un asile salvateur.
Mais je pourrais étendre la comparaison du destin des juifs à celui de certains peuples
d'Asie, d'Afrique ou d'Océanie. Leurs témoignages ou celui de témoins occidentaux
nous éclaireraient sur les conditions de vie au beau temps du colonialisme. Ainsi, au
congrès de Berlin (1878), tandis que les Britanniques s'attachaient à défendre le triste
sort des juifs de Roumanie, certains de leurs compatriotes chassaient à courre le
Tasmanien. Chacun sait ce qu'il advint des Tasmaniens, et leur totale disparition
n'émut point outre mesure les leaders des mouvements nationaux. Ils n'étaient ni des
blancs, ni les instruments de l'impérialisme de sa Très Gracieuse Majesté. S'il faut se
féliciter du soutien que le gouvernement britannique apporta aux juifs roumains, je ne
peux m'interdire de penser que ce souci n'était pas le fruit d'un humanisme généreux
mais plutôt un moyen de concilier la charité avec de puissants intérêts économiques et
34
politiques. Nous étions à la fin du XIXe siècle, et la Grande-Bretagne était alors au
faîte de sa puissance mondiale (4).
L'histoire sioniste des juifs européens n'est pas sans évoquer les hagiographies
propagandistes des mouvements nationalistes (5). Il s'agit d'abord et toujours de
construire un modèle tragique dans lequel le peuple doit être présenté comme le "bouc
émissaire" de l'histoire, l'objet sans volonté de situations qui lui sont toujours
imposées de l'extérieur, détenant le sujet aliéné par excellence. Aliénation tragique de
l'homme qui ne peut maîtriser son destin. Mais de quelle société paysanne ne pourrait-
on affirmer la même chose, lorsqu'elle se trouvait involontairement mêlée aux
batailles des princes? Du point de vue de la société paysanne, toute l'histoire de
l'Europe est tragique et aliénée. Mais les cultures, les groupes ethniques ou religieux
ne sont pas uniquement composés de paysans, ils sont stratifiés, et leurs élites n'ont
jamais manqué les rendez-vous de l'histoire. Ainsi, au début du XIXe siècle, lorsque
les juifs de Berlin s'opposaient à l'extension de leurs privilèges royaux aux autres juifs
vivant dans le royaume de Prusse, n'agirent-ils pas selon leur volonté? Lorsque la
banque juive décida de faire transiter les fonds anglais nécessaires pour payer les
troupes de la dixième coalition qui vainquit Napoléon à Waterloo, n'était-elle point
sujet de l'histoire? Lorsque les juifs hongrois décidèrent de répondre favorablement à
la magyarisation qui suivit le compromis de 1867, n'étaient-ils pas encore des sujets
de l'histoire au même titre que les minorités nationales qui la refusèrent?
Tout autant que la pensée de croyance, la pensée sioniste cherche à construire une
histoire extraordinaire des communautés juives. Histoire extraordinaire, élection
extraordinaire, histoire hors l'histoire qui doit accréditer l'idée d'un antisémitisme
inscrit au cœur de toutes les autres visions du monde, d'un antisémitisme immuable
dans sa forme et son contenu quels que soient le lieu et le temps, un antisémitisme
inhérent à l'humanité. Mais, pour être tout à fait précis, cet axiome de la pensée
sioniste exige son complément, formulé de la manière suivante: n'est-ce pas une
nécessité fondamentale que d'attribuer à autrui sa propre vision du monde pour en
justifier les implications pratiques? Je laisse la réponse à ceux qui souhaiteraient
réfléchir sur les discours moraux, historiques et politiques, utilisés par les sionistes
pour justifier la pratique politique israélienne.
Dans cette exceptionnalité de l'histoire, quoi qu'ils fassent, le Juif ou les communautés
juives doivent apparaître sans volonté, comme agis de l'extérieur, forcés par
l'événement, perpétuellement en situation de défense (6). C'est le modèle du "bouc
émissaire" intemporel qui devient la norme de l'histoire juive. C'est grâce à lui que
l'on évita et que l'on évite les contradictions inhérentes à l'entrée de toute société dans
le champ du capitalisme et de l'impérialisme puisque tout comportement peu
conforme à l'humanisme trouve sa justification comme réponse à la situation de "bouc
émissaire". On élimine, annule, ainsi les rapports de classes qui viendraient à coup sur
troubler l'unité recherchée. Ainsi fi des collusions entre les instances des pouvoirs
économiques et politiques des divers groupes ethniques! Fi aussi du rôle déterminant
des juifs dans le développement des diverses versions du socialisme, du communisme
ou du stalinisme! puisque cette émergence du sujet de l'histoire contredit la théorie du
"bouc émissaire" qui ne doit s'achever qu'en 1948, à l'aube de la naissance Israël. Pour
l'historiographie sioniste, le sujet ne peut être que le pionnier de l'Etat hébreu parce
qu'il avait fait le "bon choix" Mais cette démarche de l'esprit ne possède aucun
caractère exceptionnel, elle parcourt tous les livres d'histoire des pays d'Europe
35
orientale quels que fussent leurs régimes politiques. Une fois encore, les intellectuels
sionistes n'ont point innové, ils se sont moulés dans l'esprit d'un temps et d'un lieu qui
n'était autre que le lieu d'émergence de leur théorie politique: l'Europe centrale et
orientale. Quant à moi, je me refuse à cautionner ces mythes historiques.
36
nationale et à la reconstruction du troisième temple." Ces déclarations se passent de
commentaires parce qu'elles font naître en moi la remembrance d'un autre discours
qui scella naguère le destin apocalyptique de l'Europe contemporaine.
J'ai donc attendu quelques jours pour entendre l'écho d'une voix juive s'élever et
protester aussi bien des propos d'Elie Wiesel que des assertions racistes des zélateurs
de la Yéchiveh. Dans un cas, comme plus tard dans l'autre, rien, sinon le silence. Pas
un seul juif de gauche n'osa prendre sa plume pour répondre à ces affirmations d'une
xénophobie perverse. Que faire lorsqu'on est confronté à une telle démission surtout
chez ceux qui, en d'autres moments, font profession d'humanisme pointilleux. Que
faire sinon renoncer à une quelconque appartenance à cette communauté, à ce peuple
ou à toute autre de ses variantes qui accepte ces présupposés. Si j'approuvais, même
de manière tacite, de telles affiliations, je me verrais contraint de renier, hormis mes
parents, les êtres que j'aime le plus. Comment alors pourrais-je regarder tendrement
ma femme? Comment pourrais-je éprouver une profonde et sincère affection pour
mes enfants? Comment enfin fraterniser avec mes amis? Tous des Untermenschen!
Eh bien, non monsieur Wiesel! je ne peux souscrire à vos opinions sur les "goyim"
sans vous renvoyer à ceux qui vous déportèrent jadis. Votre souffrance d'Auschwitz,
pour laquelle j'éprouve le plus profond respect, ne vous donne cependant pas le droit
d'insinuer que chaque "goy" est ennemi du juif. Ce fut au nom d'assertions identiques
que l'on vous déporta. Ne l'oubliez jamais! Si je suivais votre raisonnement je me
verrais contraint encore à mépriser les "goyim" chez qui je vécus pendant la guerre.
Étaient-ils des ennemis? Avaient-ils seulement réveillé en eux-mêmes une judéité en
en sommeil ou bien assumaient-ils simplement, mais avec un modeste et silencieux
courage, l'humanisme de l'homme toujours possible, quand bien même les lumières de
la raison sembleraient un temps obscurcies sous les vagues des haines xénophobes?
Dites-moi de quelle humanité judaïque étaient bâtis ces Juifs de l'establishment
hongrois ou français qui maquignonnèrent leurs communautés pour assurer leur
propre salut (cf. H. Arendt, Eichmann à Jérusalem et M. Rajfus, Des Juifs dans la
collaboration, Paris, 1980)! Je souhaiterais une réponse qui satisfasse à la fois au
théologique et au politique.
Quoique dispersées, les cendres des chefs nazis n'ont pas fini de rallumer les feux des
génocides, car, semblable au phœnix renaissant de ses cendres, la pensée raciste ne
peut s'éteindre tant que les conditions présidant au gouvernement des hommes
demeurent fondées sur la violence idéologique, économique et politique. L'histoire
possède, me semble-t-il, cette suprême et unique qualité de n'épargner personne, pas
même, et surtout, ceux qui s'en prétendent les élus hors de sa raison. Mais y aurait-il
d'autres voies possibles afin d'échapper à sa loi quand, après la victoire sonnant le glas
des fascismes européens, se profilait l'ombre de l'Etat hébreu, son idéologie
37
nationaliste – et socialiste – inscrite dans la nouvelle expansion de l'impérialisme
occidental?
S'il est un thème favori du discours politique sioniste contemporain, c'est sûrement
celui qui traite de la trahison de l'Etat français envers ses citoyens d'origine juive tout
au long de la Seconde Guerre mondiale.
Cette trahison nous oblige à rester sans cesse vigilants, à ne pas relâcher notre
attention dès que l'antisémitisme fait mine de resurgir ici ou là. Cela doit encore nous
rendre soupçonneux et enfin intransigeants au point de ne plus admettre une
quelconque réserve à l'égard de la politique israélienne qui est, comme chacun le sait,
la plus parfaite incarnation du juste droit des juifs. Bref, tous les "goyim" sont, par
essence, antisémites au point qu'il faille toujours le leur rappeler, à tout propos et hors
de propos.
Qu'il faille demeurer vigilant devant la montée ou, plus précisément, la permanence
du racisme, j'en suis tout à fait conscient et avec d'autant plus de force, que je suis
plus convaincu de son extension que de sa régression, en dépit de la défaite partielle
subie par ses formes politiques européennes. Le racisme manifeste toujours une
effrayante vitalité, jamais il n'a été altéré même si son objet a changé de couleur, de
religion ou de lieu. Et, quoi qu'en disent les aveugles, le temps du mépris et de la
dérision n'a pas fini de déchaîner ses violences. Cette vigilance sioniste, toute légitime
qu'elle soit, ne devrait pas toutefois servir d'écran et masquer un problème bien plus
crucial: la trahison de l'Etat. Or, la trahison de l'Etat français, entre 1940 et 1944,
n'était que la manifestation locale d'une trahison plus générale affectant tous les États
européens; d'une trahison de l'humanisme et du libre arbitre à l'heure des
nationalismes xénophobes et des intolérances internationalistes. La plupart des États
européens (à l'exception des pays anglo-saxons et nordiques) rompirent le contrat
avec tous leurs citoyens qui, soit n'entraient point dans les catégories définies par le
discours nationaliste, soit refusaient d'admettre leur xénophobie nationale ou
internationale. Temps des totalitarismes de toute sorte, des plus messianiques aux plus
localisés, des plus forcenés aux plus indécis, chacun œuvrait selon des situations
locales et concrètes toujours animé du même esprit d'intolérance nationaliste. C'était
le temps du nazisme, du fascisme, du stalinisme, du croatisme, du franquisme, du
roumanisme expansif, de l'hongourisme irrédentiste, etc. Dans cette situation le sort
des juifs français ne me paraît point exceptionnellement différent de celui des Serbes
en Croatie, des Ukrainiens en U.R.S.S., des communistes en Allemagne, en Espagne
ou en France. La trahison de l'Etat français n'est autre que la version française de la
trahison du contrat établissant les principes juridiques et politiques fondateurs de
l'Etat-nation démocratique: aussi, la vigilance consiste-t-elle à élaborer les
prolégomènes d'une critique radicale de l'Etat dans ses formes et ses idéologies
nationales.
La solution adoptée par le sionisme appartient à une tout autre démarche qui consiste
à reproduire des solutions dangereuses ou, du moins, qui recèlent des dangers contre
lesquels il prétend s'élever. Mais le prétend-il réellement? En créant, en Palestine, un
Etat conçu sur le modèle des États successeurs d'Europe centrale et orientale, les
sionistes déplacèrent leur problème national au Moyen-Orient (comme une sorte de
38
pédagogie nationaliste) sans pour autant régler le problème des juifs de la diaspora qui
est encore celui de toutes les diasporas. Seuls les naïfs, les ignorants ou les exploiteurs
peuvent se laisser abuser et croire à une quelconque différence essentielle entre l'Etat
hébreu et les autres États conçus sur le modèle national. En tant qu'Etat, Israël
représente et manifeste un Etat empirique appartenant à la catégorie générale et
abstraite Etat, de sorte qu'il en possède potentiellement tous les traits constitutifs, y
compris ceux qui le conduisent à trahir ses citoyens...
Je pourrais ainsi multiplier les exemples de ces discours fondateurs, le modèle qu'ils
dévoilent demeurerait identique; celui qu'offrent les Roumains ressemble tant à une
39
caricature qu'il en révèle les ressorts idéologiques avec plus de précision. Dès avant la
reconnaissance internationale du royaume de Roumanie (1877), les intellectuels
nationalistes se sont attachés à construire et à nourrir d'informations "scientifiques" le
mythe des origines daces des peuples roumains (8). Que ce soit la monarchie
oligarchique, la dictature militaire ou celle du prolétariat, chacun de ces pouvoirs
reprit à son compte cette théorie des origines hypothétique et contestable qui fait
cependant l'objet d'une croyance quasi absolue. Avant de poursuivre, je tiens à
préciser immédiatement mes intentions; je n'écris pas ces lignes pour défendre la
théorie inverse avec les arguments de l'irrédentisme et du chauvinisme hongrois; ces
combats douteux ne sont pas les miens. Tout autant que le "dacisme", le mythe
historique hongrois est irrecevable: en effet, comment concevoir l'irruption au VIIIe
siècle des cavaliers hongrois dans une Transylvanie vide de toute humanité! C'est
ainsi que l'histoire ancienne sert d'argument politique pour justifier les luttes
contemporaines. Lorsqu'en 1918 le royaume roumain (Moldavie, Valachie) s'agrandit
par l'adjonction de la Transylvanie (ex-hongroise) et de la Bessarabie (ex-russe), les
intellectuels nationalistes ont parlé d'une "justice immanente de l'histoire (9)". Or,
celui qui regarde avec quelque attention cette période des relations internationales
européennes ne peut manquer de s'apercevoir combien la création de la grande
Roumanie répond à la stratégie des grandes puissances de ce temps. Installée sur le
flanc méridional de la jeune Union soviétique, la Roumanie jouait le même rôle de
garde-fou anticommuniste que la grande Pologne sur le flanc septentrional des
Soviétiques (à l'époque leurs frontières se rejoignaient au sud de la Podolie). Non
seulement contenir le communisme et protéger l'Europe centrale de la contagion
rouge, mais encore offrir aux capitaux occidentaux de vastes territoires et de
nombreuses populations pour de fructueux investissements, voilà la triste et banale
réalité qui présida au destin de la grande Roumanie. Que cela ait répondu aux
aspirations du mouvement nationaliste, c'est évident, mais c'est une autre analyse qu'il
faut conduire pour comprendre cette formation territoriale. Or c'est en refusant ou en
déformant délibérément cette réalité des stratégies politiques que les idéologues
peuvent en appeler à la "justice immanente de l'histoire". S'il s'agissait d'une "justice
immanente" l'équilibre, ainsi établi, ne constituerait pas une injustice pour d'autres
peuples! N'oublions point que les Alliés chargèrent les troupes roumaines (aidées par
les Tchèques) de rétablir l'ordre politique et moral en Hongrie en éliminant par la
force le gouvernement de Bela Kun. Et, sans faire aucune concession au chauvinisme
revanchard des Hongrois, on peut affirmer que le dépeçage de ce pays et sa réduction
à la plaine danubienne sont le résultat d'une stratégie des dominos visant à protéger
l'Europe des influences communistes. Rien qui puisse tenir d'une "justice immanente"
ou simplement du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Tout ressemble à
l'établissement d'un nouvel équilibre international sanctionnant l'effondrement de
l'ancien ordre impérial et dynastique...
Si l'on s'en souvient, la Déclaration Balfour date de cette époque, et, en dépit des
contradictions et des habiletés de l'impérialisme britannique – de son jeu entre Arabes
et juifs –, l'idée d'un foyer national juif doit être comprise dans le cadre de cette
stratégie mondiale qui suivit immédiatement la fin de la Première Guerre mondiale.
C'est une raison supplémentaire qui me conduit à voir et à comprendre Israël comme
le produit politique et idéologique de ce temps. Toutefois, ces réalités ne peuvent pas
servir d'arguments pour d'habiles idéologues; elles portent trop peu de rêves, trop peu
d'illusions humanistes, trop peu de fausse compassion pour le malheur des hommes.
L'idéologie a besoin de raisons irréelles, moins vérifiables, plus émotives, bref
40
d'arguments qui tiennent plus de la révélation que de la démonstration. L'idéologue a
pour devise: éviter les cyniques vérités des relations internationales pour leur préférer
le conte merveilleux d'une antériorité qui annule le temps et renforce la solidarité
ethnico-généalogique.
La fondation de l'Etat hébreu s'inscrira quelque trente ans plus tard dans un même
procès de réorganisation de l'ordre international: Yalta. Suivant la défaite de la
démocratie en Europe et le massacre massif des juifs, l'Etat Israël n'eut point de
difficulté pour présenter cette instauration comme la réalisation d'une "justice
immanente de l'histoire", dont la reconnaissance par la communauté internationale
sanctionnait la dette de la mort, et d'une souffrance exceptionnelle. Si ce n'était qu'au
même moment l'Occident coupable oubliait que cette "justice" entraînait une nouvelle
injustice envers les Palestiniens qui ne pouvaient accepter un Etat-nation fondé sur
l'ethnie judaïque et la religion juive.
Or, c'est précisément le contenu de la notion d'Etat dû qui est utilisé par la propagande
sioniste pour justifier toutes les actions des juifs Israël, y compris le terrorisme
précédant la proclamation de l'Etat. En soi, cette notion me paraît quelque peu naïve et
simpliste; cependant elle possède une efficacité qui soulève de sérieux problèmes.
Cette idée aurait sûrement tenté nombre d'élites des États-nations nouveau-nés; mais
c'est Israël qui en a fait, me semble-t-il, le plus largement usage, ce qui montre, peut-
être, sa fragilité idéologique et, à plus long terme, sa fragilité politique!
La dette fonctionne sur deux plans historiques: d'une part, l'antiquité vraie ou fausse
de l'ethnie et, d'autre part, le présent, l'actualité. Mais qu'est-ce qu'une dette? La
notion suppose un sujet privé d'un objet qu'il possédait auparavant, et, s'il s'agit d'un
sujet collectif, d'un peuple, d'une communauté, la dette compenserait une spoliation
territoriale, physique, culturelle, ou morale. Il faut convenir, aussi, que toute instance
souveraine, tout Etat, quelle que soit sa forme, se fonde sur une spoliation, lors même
qu'il procède d'une souveraineté populaire. C'est là peut-être l'essence même du
pouvoir, et l'Etat-nation n'échappe pas à ce caractère universel inscrit au centre de
l'activité politique. Toute souveraineté qui s'instaure procède donc, soit d'un coup de
force direct, soit du bouleversement d'un équilibre permettant à telle ou telle force
sociale de manifester concrètement son pouvoir politique. Ainsi connaît-on des
peuples européens qui n'ont jamais eu ni la puissance nécessaire pour imposer leur
pouvoir, ni le bénéfice d'une géopolitique favorable à leur désir de souveraineté. Or la
théorie – en est-ce une? – de l'Etat dû possède l'apparence de la tolérance et semblerait
respecter certaines unités culturelles et historiques. Mais, fondée sur le mono-
ethnisme ou le mono-théisme de l'Etat-nation, la dette recouvre un principe politique
expansionniste et xénophobe.
Si j'applique la notion de dette politique au discours français qui énonce cette "vérité",
"nos ancêtres les Gaulois", et qu'ensuite je veuille lui donner une réalité politique, il
me faudrait imaginer la fiction suivante: après avoir effacé un univers géopolitique
issu d'une lente et violente gestation, offrir aux peuples d'origine celtique le privilège
du pouvoir politique sur la plus grande partie de l'Europe occidentale et centrale, sur
l'Italie en raison du sac de Rome, et enfin sur le centre de la Turquie puisque saint
Paul y prêcha le message du Christ devant les Galates. D'aucuns ont compris le
ridicule de ces propositions qui eurent néanmoins le plus grand succès dans leurs
versions germanique pour les nazis ou italique pour les fascistes. C'est encore, sous
41
des formes plus modestes, les prétentions polonaises à l'extension de son territoire aux
limites de son ancien empire féodal et fédéral, dont les Ukrainiens et les Lituaniens
firent les frais en 1920.
L'État-dette c'est d'abord une dette imaginaire qui utilise les arguments d'une
ancestralité à la fois révolue et, en partie, inventée pour valider les besoins des
pouvoirs contemporains. Car ce qui caractérisa et caractérise toujours l'Europe
centrale et orientale tient d'une contradiction entre les souverainetés politiques et
l'extension des langues, des religions et des groupes ethniques. Et jamais, depuis
l'effondrement des empires centraux, l'argument de la dette et de l'ancestralité n'a
résolu aucun des problèmes politiques et économiques qui se sont posés à ces pays.
Au contraire, ces États, toujours soumis à des impérialismes conquérants, se sont
épuisés en propagandes interne et externe, toutes deux aussi vaines qu'illusoires.
L'État-dette n'a jamais été qu'une manipulation des émotions populaires (souvent
justifiée par les souffrances des peuples) pour masquer la réalité des coups de force
opérés par des élites opportunistes, aveuglées par l'appât du pouvoir, inconscientes ou
cyniques devant les aventures sanglantes qu'elles préparaient (10).
Ce n'est pas le coup de force que je reprocherais aux sionistes, même si je suis
profondément convaincu (comme Raymond Aron) de l'erreur historique commise
avec la fondation de l'Etat Israël; ce que je n'admets point (comme je ne l'admets point
d'autres idéologies nationalistes), c'est le maquillage moral au service duquel cette
dette fonctionne. Que les sionistes aient recouru au terrorisme le plus sanglant (qu'ils
reprochent aujourd'hui aux Palestiniens!) pour imposer leur Etat dans un contexte
favorable à leurs desseins, je l'admets comme une nécessité historique incontestable;
en revanche je refuse de me laisser berner par un discours en trompe-l'œil, qui, au-
delà d'une vulgaire et traditionnelle manipulation de la réalité historique, n'en finit pas
de justifier et de légitimer les actions les plus banalement colonialistes et racistes de
l'Etat hébreu. Est-ce au nom de l'essence de l'Etat juste et du que des agents des
services de sécurité israéliens supervisaient les agissements de la trop sinistre
S.A.V.A.K.? Au nom de quelle justice, l'Etat juif supplée-t-il habilement les États-
Unis pour acheminer le matériel militaire nécessaire aux besoins de répression des
régimes les plus fascistes d'Amérique latine? Est-ce encore au nom de cette dette
ancestrale Israël noue des rapports privilégiés avec l'Afrique du Sud dont l'élite raciste
ne manqua point naguère de soutenir l'Allemagne nazie? Il me serait aisé de multiplier
les exemples montrant que les actions politiques de l'Etat hébreu appartiennent bien à
l'Etat moderne et, dans ce cadre, à l'action des alliés privilégiés des U.S.A. De ce
point de vue, les sionistes m'apparaissent davantage comme les héritiers de John
Foster Dulles que de David ou de Salomon...
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des généalogies, la justice immanente qui définit toute victime face à son bourreau. La
"race" des Justes ne peut s'éteindre, le sionisme se l'est appropriée pour toujours! La
réalité historique est cependant bien différente, et précisément ce qui définit le Juste
dans le mouvement de l'histoire c'est qu'il n'appartient à aucune "race", aucun peuple,
aucune religion, pour autant que le bourreau tienne aussi d'une possibilité universelle.
Toutefois, on peut admirer l'aisance avec laquelle cet argument pseudo-moral opère
sur les États, les institutions ou les individus. La réalité historique ou l'actualité
contemporaine se dissolvent à son contact comme s'il avait la propriété d'annihiler
toute réalité. En effet, si les enfants des Justes n'en possèdent plus les fondements
moraux, les enfants de l'Allemagne nazie ou ceux de l'Italie fasciste ne sont pas des
anciens fascistes comme les royalistes français ne représentent plus que les résidus
obsolètes d'une ancienne histoire qui a achevé son parcours. Le fascisme actuel a pris
d'autres visages, sous la tutelle américaine, il a envahi le tiers monde, et s'il est des
lecteurs curieux, qu'ils portent leurs regards sur le Nicaragua de Somoza, le Paraguay
de Stroessner, l'Argentine, le Chili, le Salvador, l'Indonésie... L'Europe occidentale n'a
plus besoin de camps de concentration sur ses territoires, elle les a déplacés ailleurs, là
où il est aisé de reproduire facilement le capital à l'aide du travail esclave... Et Israël
ne se prive point de cette facilité...
Entre les deux guerres mondiales, après la création des États-nations, c'était l'Europe
centrale et orientale qui fournissait au capital occidental ses énormes possibilités de
plus-values. Ainsi, comment oublier que les banques occidentales (catholiques,
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protestantes et juives) avaient massivement investi dans le pétrole roumain, les
anglaises dans le charbon roumain ou polonais, les allemandes dans l'industrie
tchèque. Ces pays, à l'époque essentiellement ruraux s'offraient encore aux premiers
essais fructueux de l'industrie agroalimentaire. La masse miséreuse des Juifs y jouait
un double rôle: d'une part, source importante de main-d'œuvre à bon marché dont ne
s'est jamais privé le capital, y compris le capital juif, et, d'autre part, "bouc émissaire"
au moindre coût dans le contexte idéologique de l'Etat-nation qui exploitait avec une
violence identique ses nationaux. Enfin, et l'argument n'est pas négligeable, les
gouvernements occidentaux pouvaient aussi se servir de cette masse juive,
difficilement intégrable dans des économies pauvres et dépendantes, pour orienter la
politique de l'Etat-nation au mieux des intérêts étrangers. On jouait avec les Juifs
miséreux comme aujourd'hui on joue avec les réfugiés vietnamiens ou cambodgiens,
avec une différence notable: à l'époque, les contradictions entre les États d'Europe
occidentale et les États-Unis étaient plus accusées et laissaient donc place à des luttes
où chaque Etat-nation pouvait gagner un profit, tandis que, présentement, l'unification
des pouvoirs autour de deux super-puissances a fermé plus encore les possibilités
d'indépendance. Enfin, il faut souligner l'importance du rôle joué par les classes
moyennes juives dans l'implantation du capitalisme en Europe centrale et orientale.
Sans développer le thème fort connu de l'intendant juif du propriétaire latifundiaire, il
existait toute une frange non négligeable de la communauté juive qui gérait les
entreprises du capital étranger et qui, de ce fait, entrait en compétition avec les classes
moyennes de l'ethnie privilégiée par l'Etat-nation. Bref, cette histoire s'arrêta, à l'aube
de la Seconde guerre mondiale lorsque l'impérialisme allemand, et son idéologie
raciste, tenta de s'approprier l'Europe centrale et orientale après l'avoir partagée un
moment avec le totalitarisme soviétique.
Or, dès avant la fin de la guerre, les deux Grands instaurent à Yalta un nouvel ordre
international, et ce n'est pas l'effet du hasard si la naissance Israël s'effectua sous les
doubles auspices de l'Union soviétique et des États-Unis. Chacun tentait d'installer au
cœur de l'empire britannique du Moyen-Orient un pion fidèle. On comprendra
aisément Israël se soit ensuite éloigné de l'U.R.S.S. au fur et à mesure que les juifs
établis dans les instances de pouvoir des pays satellites se trouvaient éliminés par un
communisme national (le parti-nation, version stalinienne de l'Etat-nation) qui les
expulsait. En outre, jamais à ma connaissance les sionistes officiels ne formulèrent de
critiques particulières à l'égard des États staliniens et des déportations massives de
l'époque stalinienne. N'était-ce point parce qu'ils furent, pour la plupart, des alliés de
l'Allemagne? Que valaient ces milliers de paysans ou de "bourgeois" qui refusaient
l'ordre collectif? Tout change lorsqu'il s'agit d'atteindre aux droits des juifs! Encore
deux poids, deux mesures. Ainsi, l'interprétation de la crise polonaise de 1968 par les
sionistes comme une vague d'antisémitisme ne fut jamais sérieusement critiquée: il
était entendu que la Pologne était familière de cet état d'esprit et que toute faille de
l'humanisme marxiste est bonne à prendre pour la contre-propagande des pays
capitalistes. Cependant, cette version traduit mal la situation réelle dans le parti
communiste polonais. Certes l'antisémitisme polonais n'est point une chimère,
toutefois, on peut s'étonner de voir se développer cette campagne dans un pays où la
communauté juive ne comptait plus qu'une petite minorité de personnes. Si l'on
s'attache au déroulement de l'affaire, on remarque qu'il s'agit pour l'essentiel d'un
règlement de comptes entre apparatchiks où le groupe dominant – les communistes
nationalistes – utilisa une terminologie disponible et sémantiquement efficace pour
masquer aux masses l'enjeu du conflit. On employa ainsi l'antisionisme teinté d'un réel
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antisémitisme pour éliminer le groupe juif qui gênait les ambitions du groupe Moczar.
D'autres fois dans l'histoire du mouvement communiste où ils furent nombreux,
jamais les apparatchiks juifs ne se sont privés de l'usage de ces manipulations; à
l'heure de leur pouvoir, ils accusaient leurs camarades, leurs compagnons de lutte, de
déviationnisme de droite ou de gauche, d'espionnage au profit de l'Intelligence
Service ou du Deuxième Bureau ou, même, de sionisme quand ce n'était point de
judaïsme rétrograde (cf. Isaac Babel, Cavalerie rouge et Trotski, Ma Vie). Que les
apparatchiks juifs aient ensuite voulu renforcer cette interprétation pour éviter que l'on
se penchât avec trop d'attention sur leurs comportements politiques précédents, je n'y
verrais qu'un comportement "humain, trop humain".
Le lent et irrésistible déplacement Israël vers le camp américain est tout aussi
compréhensible si l'on tient compte de la puissance, inespérée voici trente-cinq ans, de
la communauté juive américaine. Et, sans vouloir établir une comparaison pas trop
simplificatrice, il n'est pas négligeable de souligner à quel point l'Etat hébreu semble
jouer le rôle de l'intendant surveillant le Moyen-Orient pour le compte de
l'impérialisme américain. Parfois je me surprends à penser que le destin du peuple juif
ne peut échapper à celui de l'intendant, c'est-à-dire à celui de l'intermédiaire, celui qui
permet aux autres d'assurer toutes leurs violences et leurs pouvoirs sur leurs
semblables. Mais n'est-ce point retrouver là une sorte d'intériorisation, à l'échelle des
communautés et de l'histoire, de la notion religieuse d'élection?
Pour en revenir à l'Etat-dette, je remarque qu'il satisfait tout le monde, toutes les
bonnes consciences des âmes pieuses rétroactivement coupables, le redéploiement de
l'impérialisme américain, le maintien des Allemands dans une éternelle culpabilité et,
bien entendu, la spécificité du projet sioniste. L'impérialisme soviétique y trouve aussi
sa pâture, car, en favorisant l'idée d'une permanente menace israélienne, il peut
intervenir sur la politique des États arabes "progressistes", c'est-à-dire maintenir sa
présence en ce lieu de richesse pétrolière et d'intérêt stratégique. Seuls les
Palestiniens, ces trouble-fête, ces "sanglants terroristes" qui soumettent à leurs "noirs
desseins" d'innocenter victimes (n'est-ce pas, monsieur Begin, vous qui êtes, me
semble-t-il, un expert en terrorisme aveugle), bref, seuls les Palestiniens refusent
d'admettre cette dette et d'entendre raison. Eux aussi se sentent créditeurs de l'histoire
et souhaiteraient profiter quelque peu de cette "justice immanente" que leurs
oppresseurs ne manquent jamais d'invoquer quand il leur faut repousser par quelque
moyen que ce soit tout règlement pacifique et démocratique de cette spoliation.
J'attends avec intérêt le jour où la conscience malheureuse de l'Occident découvrira
cette nouvelle dette... Ne sera-t-il pas alors trop tard pour éviter un nouveau conflit
mondial?...
Etat juste! Quel Etat oserait aujourd'hui se proclamer tel? En général ceux qui le font
réservent ce thème à l'usage de leur propagande interne, et se gardent bien d'insister
sur la dette dans la mesure où certaines de leurs minorités – regardant au-dehors –
pourraient s'interroger sur la dette étatique dont elles sont créditrices. Même les deux
grandes puissances éprouvent parfois des bouffées passagères de culpabilité quand
bien même celles-ci servent leurs desseins futurs: voir le rapport Khrouchtchev au
XX' congrès du P.C.U.S., ou les États-Unis après le Viêt-Nam.
Comment un Etat peut-il être juste (hormis pour ses zélateurs les plus fervents)
lorsqu'il fonde ses lois sur des principes à la fois ethniques et religieux: il procède
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ainsi d'une axiomatique exclusiviste et donc injuste dans la mesure où seul un rapport
de force favorable est à même de donner à ces principes une réalité politique. Or, je
me souviens d'avoir été profondément bouleversé par la lecture d'un passage du livre
d'H. Arendt, Eichmann à Jérusalem, Rapport sur la banalité du mal; l'auteur y
soulignait combien les sionistes avaient applaudi lors de la promulgation des lois de
Nuremberg! [note de l'Aaargh: pour un examen complet du rapport des sionistes avec
les autres mouvements nationalistes, y compris le nazisme, voir le livre de L. Brenner,
Zionism in the age of the dictators] Aujourd'hui, je ne m'en étonne guère, car je vois
se dessiner le vrai visage Israël, agressif, conquérant, spoliateur, raciste et
religieux (11), tant et si bien que son protecteur américain s'en émut, fût-ce pour de
mauvaises raisons liées à sa stratégie globale antisoviétique au Moyen-Orient. Enfin,
un simple survol de certaines dispositions législatives ou administratives israéliennes
prouve la nature raciste de cet Etat. N'est-ce point l'Etat hébreu qui oblige ses citoyens
d'origine arabe (quelle que soit leur religion) à porter sur leurs cartes d'identité cette
mention ethnique: Arabe. Pourquoi alors reprocher aux Russes de procéder de
manière semblable avec le passeport intérieur (vieille pratique autocratique) et de
contraindre les citoyens soviétiques d'origine juive à voir inscrit sur ce document la
mention: juif? Faut-il rappeler aux sionistes que cette mesure, décrétée en son temps
par les premiers bolcheviques, donnait aux juifs le statut officiel de minorité nationale
que leur avait toujours refusé le régime impérial et autocratique! Certes, aujourd'hui
cette mention n'a plus le même sens qu'autrefois, encore devais-je l'évoquer afin de
montrer la différence de pensée entre la mention soviétique et celle appliquée aux
citoyens arabes vivant en Israël. Que dire enfin d'un Etat moderne sans état civil
quand beaucoup s'accordent à considérer la séparation de l'Eglise et de l'Etat comme
l'une des bases essentielles de la démocratie moderne! Un Etat peut-il se parer du
manteau de la justice éternelle lorsqu'il ne reconnaît pas la citoyenneté aux conjoints
"goyim" des juifs de la diaspora tandis que ceux-ci possèdent automatiquement la
citoyenneté israélienne? Quels furent les États qui, au cours du XXe siècle, fondèrent
leurs lois organiques ou leur constitution sur de tels principes racistes? Je n'ose donner
la réponse de peur, une fois encore, de me faire accuser de vouloir réhabiliter le
nazisme ou les nationalismes les plus xénophobes...
J'en viens maintenant au cœur du sujet: l'affaire Faurisson. L'affaire Faurisson, c'est,
en premier lieu, la volonté de trois associations, la L.I.C.R.A., le M.R.A.P. et
l'Amicale des déportés d'Auschwitz, qui, épousant totalement les thèses sionistes,
accusèrent Robert Faurisson de "diffamation envers le peuple juif". Il s'agit d'une
réponse judiciaire à une phrase, aujourd'hui célèbre, prononcée par Faurisson devant
les micros d'Europe 1 en réponse à une interview d'Ivan Levaï: "Les prétendues
chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des Juifs forment un seul et même
mensonge historique, qui a permis une gigantesque escroquerie politico-financière
dont les principaux bénéficiaires sont l'Etat Israël et le sionisme international, et dont
les principales victimes sont le peuple allemand – mais non pas ses dirigeants – et le
peuple palestinien tout entier."
Certes la formulation est rude, je ne l'apprécie guère, j'aurais préféré une pensée et un
énoncé plus nuancés, plus analytiques, moins à l'emporte-pièce. Faurisson n'a pas
résisté à ces phrases-massues dont les media sont si friands. Que Faurisson ait sacrifié
à ce genre de discours pour résumer un sujet aussi délicat, je le regrette; toutefois, s'il
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faut l'accuser, je souhaiterais voir sur le même banc ces cohortes de journalistes bien-
pensants qui n'hésitent pas à proclamer quotidiennement de trop courtes vérités sur le
mode sensationnel. De combien de mensonges ne nous abreuvèrent-ils pas au "beau
temps" de la guerre d'Algérie et, plus récemment, combien de fadaises ne nous
contèrent-ils point sur les événements cambodgiens? Mais, pour donner à l'action
judiciaire toute sa valeur exemplaire, quelques remarques complémentaires
illustreront la nature politique de l'affaire Faurisson.
Pour répondre à cette question posée par l'intolérance persistante des hommes, il faut
rappeler quelques idées élémentaires sur la valeur de l'hypothèse historique et son
application au domaine controversé de l'univers concentrationnaire. Le fait qu'une
hypothèse quelconque, qu'une affirmation fondée ou infondée, puisse être utilisée
comme argument d'une procédure judiciaire relève de la pensée totalitaire ou d'un
nationalisme xénophobe. Ce sont ces formes de pouvoirs étatiques qui ont institué
l'histoire en tant que pratique politique normative. L'Etat totalitaire et national refuse
et enfouit sous le silence de la répression toutes interprétations de l'histoire qui ne
satisfont point les idées conçues par lui comme autant de vérités éternelles – même si
elles traduisent l'éternité d'un moment dans les rapports politiques! Les hypothèses et
les interprétations "révisionnistes" (12) sont plus que fausses, elles constituent un
attentat à l'essence de la Nation, du Parti, de l'Etat, du Peuple ou de la Religion
officielle. Oserais-je raviver la mémoire de quelques amnésiques et leur immortaliser
le souvenir des hypothèses et des conclusions racistes prononcées par de dangereux
savants germaniques, sans évoquer le sort de ceux qui s'y opposèrent... Si j'avais osé
écrire en 1941, contre l'idéologie paysanniste, nationaliste et xénophobe de l'Etat
français, il m'en aurait coûté quelques ennuis. Si, enfin, citoyen soviétique, j'avais
émis en 1939 quelques doutes sur la culpabilité de Boukharine ou de Toukhatchevski,
je n'aurais pas donné très cher de ma peau. Pourtant, à chaque fois, j'aurais trouvé de
nombreux témoins pour affirmer que je n'étais qu'un vil menteur, un traître, un
destructeur des plus hautes valeurs de la nation... Les miracles de la Vierge ont aussi
leurs témoins qui jurent leur grand Dieu que tout est vrai...
Aujourd'hui, toute affirmation qui ne loue pas la version sioniste de la Seconde guerre
mondiale est considérée comme diffamatoire. Il y a une vérité et une seule, à prendre
ou à laisser, mais en silence! Certains historiens, aujourd'hui grands zélateurs du
sionisme, connurent intimement ces modes d'accusation, au service d'autres
idéologies, pour en avoir été les procureurs! Ils appartiennent toujours aux institutions
universitaires les plus prestigieuses sans qu'on leur tienne rigueur de leurs mensonges
de naguère. Toujours deux poids, deux mesures!
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Georges Duby écrivait un jour que l'histoire, c'est aussi l'opinion des historiens; or, si
l'histoire est affaire d'opinions, on m'accordera, d'une part, qu'elles peuvent être
nombreuses et contradictoires et, d'autre part qu'elles traduisent des vérités relatives
sans cesse révisables, qui s'approchent ou s'éloignent de la véracité des faits, suscitant
des dialogues courtois ou discourtois qui participent toujours de l'esprit du temps et du
lieu social où son auteur les énonce. Entendons-nous, il s'agit des hypothèses d'une
histoire qui se veut une science sociale et empirique et non de l'histoire qui se veut
décryptage et herméneutique, des principes abstraits œuvrant dans les actions, les
institutions et les pensées humaines. Je parle ici de cette histoire empirique, celle dont
les prétendues vérités universelles et éternelles permettent de conduire Faurisson au
banc des accusés (13). Pourtant, s'il fallait constituer des dossiers d'accusation à
l'encontre des historiens ou des politicologues qui professent de fausses hypothèses et
proclament des discours attentatoires à la dignité de certains régimes politiques ou de
certains peuples, je conseillerais aux associations antiracistes et à la justice de
procéder à des vagues d'épurations universitaires! Combien d'intellectuels avancent à
l'encontre des pays socialistes ou des pays du tiers monde des propos qui se
confondent avec la propagande la plus vulgaire? Combien de journalistes omettent
des informations qui dérangeraient les conformismes de notre pays; il leur faut rendre
l'actualité plus confortable et l'idéologie plus crédible.
Tous ces textes, tous ces dires, toutes ces professions de foi sont acceptables, à la
seule condition qu'ils puissent faire l'objet de débats publics, de controverses, de
mises au point différentes. Je sais que la "science humaine" universitaire préfère
parfois les sirènes des conformismes, les succès mondains du star-system ou les
débats sans fin sur de faux objets, pourtant il faut les tolérer si l'on prétend assumer en
toute circonstance la liberté d'opinion. Aussi la question se pose-t-elle à nouveau:
pourquoi les affirmations de Faurisson, fussent-elles outrancières, entraînent-elles ces
procès indignes de la justice d'un pays réputé démocratique?
Je n'ai jamais dit ou écrit publiquement que Faurisson nous révèle enfin la Vérité
absolue, le nouveau dogme, qu'il faut courir l'adorer comme le nouvel oracle. J'ai
simplement exprimé devant le tribunal que ses hypothèses et ses conclusions méritent
qu'on s'y arrête parce qu'elles soulèvent de manière convaincante bon nombre de
problèmes encore obscurs qui méritent discussions et objections.
Deux phénomènes traités par Faurisson et les "révisionnistes" semblent déclencher les
foudres des idéologues sionistes: le nombre des victimes juives dues à la terreur nazie
et les chambres à gaz comme instrument de la mise à mort. N'étant pas spécialiste de
cette période de l'histoire récente, je me garderai bien de traiter ce problème par le
détail; toutefois, grâce à mon travail d'ethnologue de l'Europe orientale, à quelques
lectures et à l'activité de l'esprit critique, je me suis permis de réfléchir sur les
principes guidant les accusateurs de Faurisson.
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victimes, les juifs polonais représenteraient la moitié, trois millions, soit la presque
totalité de la communauté polonaise massacrée dans la machine concentrationnaire.
Or, à présent, on feint d'oublier que, avant l'attaque allemande du 22 juin 1941, la
Pologne avait été partagée entre l'Allemagne et la Russie soviétique depuis le 30
octobre 1939. Ainsi, pendant un an et demi, la moitié de ce pays (dans ses frontières
issues des traités de 1919 et des guerres polono-russes) plus les Pays baltes, le nord de
la Bucovine et la Bessarabie (roumaines), tous gouvernés par des régimes plus ou
moins capitalistes, furent soumis à l'administration soviétique et à la pédagogie
socialiste du N.K.V.D. déjà dirigé par Béria (personnage politique dont le témoignage
ne souffre aucun doute!). Si l'on s'en remet aux chiffres fournis par L'Universal
Jewish Encyclopaedia (1940-1943), on notera qu'environ 40% des Juifs polonais
passèrent sous contrôle russe. D'autre part, toujours selon cette encyclopédie et divers
témoignages (je connais personnellement des témoins), la presque totalité de ces Juifs
furent déportés en Sibérie. Or pourquoi les sionistes s'acharnent-ils à présent à les
compter parmi les morts du génocide germanique? A quels intérêts politiques ces
morts (ou ces vivants) doivent-ils le fait d'avoir changé de camp? Veut-on nous cacher
que des apparatchiks soviétiques d'origine juive prirent part à ces décisions? Quelles
sont les manipulations sous-jacentes à cette virevolte? Après avoir énoncé ces simples
questions de bon sens devant le président de la dix-septième chambre, je fus
copieusement injurié, insulté par l'assistance qu'une haine aveugle et une passion
xénophobe rendait sourde à tout argument quel qu'il fût! Or voici que, quelques jours
après ma déposition, Le Monde du 5 juillet 1981 reproduisait une interview de Nahum
Goldmann, ancien président du C.J.M. (Conseil juif mondial), dans laquelle on
pouvait lire ce passage: "Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l'Union soviétique
a sauvé des centaines de milliers de Juifs des territoires occupés par les Allemands, en
leur permettant de se réfugier en Sibérie. Après la guerre, une grande partie de ces
Juifs a pu retourner en Pologne et de là en Israël." (Souligné par moi.)
Ces précisions appellent quelques remarques. En premier lieu, je relève que non
seulement les Russes "protégèrent" les Juifs dans les territoires qu'ils occupaient, mais
qu'ils poussèrent leur mansuétude à étendre leurs mains secourables aux Juifs vivant
dans les territoires soumis à l'administration allemande, c'est-à-dire à l'autre partie de
la Pologne occupée. Ainsi ce n'est plus la moitié des Juifs polonais, mais une quantité
supérieure (non précisée) qui se seraient trouvés du côté soviétique pour s'en
"retourner, une fois la guerre terminée, en Pologne et de là en Israël". Ce texte, et les
informations qu'il apporte, va bien au-delà de mes affirmations lors du procès
Faurisson. Je serais donc conduit à réviser mes chiffres et ceux de l'historiographie
sioniste: les morts dus à la soldatesque teutonique seraient encore moins nombreux!
N'y aurait-il pas ici un motif pour traduire N. Goldmann devant une cour de justice ou
bien ne serait-il pas plus sérieux de s'atteler à ce problème et tenter de l'approcher
avec plus de précision? Il reste que nous avons là un domaine incertain auquel les
sionistes prétendent répondre par des certitudes...
Je suis d'ailleurs quelque peu surpris qu'un homme aussi intelligent et bien informé
que N. Goldmann puisse affirmer que, en pleine ère stalinienne, la déportation de
Juifs en Sibérie par le N.K.V.D. puisse s'apparenter à la protection des populations
juives. Aucun témoignage ultérieur ne signale à l'attention cette entreprise de
protection (cf. The Great Terror et L'Archipel du Goulag). Je connais, en outre, des
témoins qui m'ont conté les conditions effroyables de transport et du travail forcé
auxquels ils furent contraints (sans doute par soucis de protection!). Certaines
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estimations suggèrent que plus du tiers des Juifs déportés par les Soviétiques périrent
au cours du voyage et de leur première année de détention... Pourquoi N. Goldmann
fournit-il des faits qui contredisent la vulgate sioniste tout en leur donnant une
interprétation quelque peu surprenante?
Il semble que l'auteur cherche à ménager l'Union soviétique (ce que ne faisait point
l'Encyclopaedia Judaica) tout en faisant porter toute la responsabilité du génocide sur
l'Allemagne nazie (cf. la suite de l'interview). Il lui faut absolument présenter la
Russie comme un pays inclus dans le camp de la liberté. Or chacun sait que le C.J.M.
a toujours entretenu des rapports officieux ou officiels avec l'Union soviétique pour ce
qui concerne la communauté juive et l'émigration. C'est encore avec l'Union
soviétique que l'Etat Israël doit négocier au Moyen-Orient, même s'il agit par Etat
interposé (Roumanie). En revanche, l'Allemagne nazie est un régime déchu, banni des
mémoires dans les deux Allemagnes, qui n'a plus aucune valeur dans les stratégies
politiques mondiales, tout en conservant une valeur symbolique irremplaçable. Aussi
n'est-il pas surprenant qu'on lui fasse supporter tous les crimes, y compris ceux qu'elle
n'a point commis, comme si les massacres ressortissant à sa seule responsabilité ne
suffisaient point à la condamner irrévocablement. Enfin, il ne faudrait point omettre le
rôle décisif de N. Goldmann dans la négociation des dommages de guerre marchandés
avec Konrad Adenauer. Établis sur la base de six millions, il fallait les trouver. Où?
Dans l'incalculable génocide nazi (14)? Comment cet homme habile aurait-il pu,
aujourd'hui, se déjuger et, de ce fait, attenter à l'honneur de l'Etat Israël? On comprend
alors que le vieil homme donne des gages d'humanisme à l'U.R.S.S. et voue aux
gémonies de l'enfer l'Allemagne nazie. Toutefois, cette concession faite au stalinisme
ne peut s'accomplir sans révéler un fait qui tend à donner raison aux "révisionnistes".
Que chacun par la suite interprète ce fait selon sa propre théorie de l'histoire ou selon
ses préférences idéologiques, libre à lui, mais à une seule et unique condition: ne point
traîner en justice ses contradicteurs en vertu d'une orthodoxie politique qui
départagerait la vérité de l'erreur. Tout est révisable, l'infaillibilité de Staline, de Mao
et du Pape, la justesse de la politique américaine ou française, la démocratie libérale,
etc., y compris la légitimité des États.
Or la révision des chiffres des victimes avait déjà été l'objet de vives controverses au
cours du procès d'Eichmann, tant et si bien que le président du tribunal de Jérusalem
dut fréquemment interrompre de violents débats beaucoup trop dangereux pour la
version officielle de la déportation (cf. H. Arendt, op. cit.). C'est encore avec
étonnement que j'ai noté la virtuosité de M. Wellers qui jongle avec les chiffres en se
fondant uniquement sur les données démographiques soviétiques ou nazies que tout le
monde s'accorde à trouver fausses ou du moins largement manipulées lorsqu'il s'agit
d'une thématique autre que celle concernant les juifs. Mais le fait le plus significatif,
c'est son omission des données juives contradictoires.
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exceptionnelles, je n'oserais jamais évoquer ces principes méthodologiques qui
constituent l'apprentissage minimal du travail d'historien. Il m'a semblé néanmoins
nécessaire de les rappeler à nouveau dans la mesure où l'acte d'accusation s'est appuyé
sur une pétition signée par quelques-uns de nos plus brillants universitaires (15).
51
Et c'est en raison de ces principes que toute discussion sur le problème des chambres à
gaz provoque des réactions qui confinent à l'hystérie collective comme si l'on osait
prêcher l'athéisme dans une communauté hassidique!
Le problème soulevé par la présence ou l'absence de chambres à gaz dans les camps
de concentration revêt aujourd'hui les mêmes aspects idéologiques que le problème
posé, voici trente ans, par l'existence des camps de concentration soviétiques.
Souvenons-nous des déclarations des Wurmser, Daix, Desanti, Besse, Kanapa, etc.,
tous convaincus des mensonges de la presse bourgeoise ou de Kravtchenko; tous
juraient leurs grands dieux (ainsi que des milliers de gens) qu'il s'agissait là de
sournoises manœuvres de l'impérialisme américain. Or, malgré le profit politique que
l'impérialisme tire des crimes de l'ennemi pour couvrir les siens, il n'en demeure pas
moins vrai que la déportation massive, le travail esclave et l'exécution systématique
des opposants constituèrent les armes du pouvoir stalinien pour régler ses
contradictions.
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que le destin des juifs participe de principes différents de celui des autres peuples
soumis à la xénophobie nazie. Que doit-on penser alors des assiégés de Léningrad?
Neuf cents jours sous les obus allemands sans pouvoir y échapper! Est-ce un sort
normal pour les Russes? Ces trois années ne s'apparentent-elles point au Voyage au
bout de l'enfer? Interrogeons encore les descendants des 400 000 Serbes disparus dans
les camps d'Ante Palevitch, et demandons-leur si ce destin ne possédait point des
qualités extraordinaires (20)? Or, quels que soient les moyens employés, la mort d'un
seul homme au nom d'une quelconque xénophobie raciste, nationale, religieuse ou
politique est crime contre l'humanité: non seulement les crimes civils, mais aussi la
guerre – ce crime collectif sanctifié par les lois des États.
Quant à moi, je ne saisis pas la différence qu'il y aurait entre les souffrances dues aux
chambres à gaz, vraies ou fausses (c'est par ailleurs un moyen légal d'exécution aux
U.S.A.), et l'incommensurable répétitivité de la déchéance physique due au travail
esclave. Comment les sionistes ont-ils le cynisme de surévaluer la mort par les gaz (si
elle eut lieu) par rapport au sort effroyable de ceux qui s'épuisaient journellement dans
les souterrains de Dora, dans les carrières, ou à construire des routes stratégiques.
Sous-alimentés pour ne pas dire affamés, sans aucune aide médicale, par tous les
temps, si contrastés en Europe orientale, ils assuraient une part non négligeable de la
logistique guerrière allemande comme, à quelques milliers de kilomètres vers l'Orient,
leurs frères du Goulag soviétique participaient, eux aussi, à l'effort de guerre russe.
L'univers concentrationnaire demeurera l'une des grandes inventions de la modernité
politique et économique de l'Occident pour trouver une main-d'œuvre à la fois
soumise (pas de syndicats ou de revendications salariales) et pour un temps
inépuisable.
53
soulevé par un chercheur dont les travaux servent de référence à l'histoire de l'univers
concentrationnaire. Olga Wormser-Migot émet de sérieuses réserves quant à leur
présence à Mauthausen tandis que l'historiographie officielle continue à l'affirmer
sans tenir aucun compte des remarques énoncées par une universitaire que l'on peut
difficilement accuser d'antisémitisme ou de pronazisme. Aucun doute ne doit subsister
dans la conscience populaire, la version officielle doit demeurer celle de la Vérité. De
même, tout le monde connaît la vulgaire cabane du Struthof dont l'opinion commune
affirme qu'elle fut une chambre à gaz! Pourquoi ne pas s'en tenir à la stricte réalité qui
est déjà si terrifiante pour l'esprit.
D'autre part, s'il faut douter des matériaux produits par les enquêtes du N.K.V.D., on
peut encore suspecter les documents quand ils sont utilisés par les enquêteurs sionistes
ou les témoins qu'ils manipulent. Je ne reviendrai pas sur la brillante démonstration de
Faurisson à propos du Journal d'Anne Frank. Ce faux n'est pas à mettre au compte du
respect des victimes mais, au contraire, il pue les charognards qui se repaissent du
malheur des hommes pour en faire des drames à grand spectacle. La disparition
d'Anne Frank n'a pas besoin de ce grimoire pour nous plonger au fond de la tragédie
54
inhumaine du nazisme. Pourquoi alors en rajouter? S'il est, en outre, un fait
significatif de la plaidoirie des avocats de l'accusation, c'est le peu de cas qu'ils firent
du livre de Filip Muller, Trois ans dans une chambre à gaz d'Auschwitz, publié à
point nommé ses contradictions se révèlent si grossières qu'elles montrent par trop les
faiblesses de sa fabrication, et qu'il aurait été difficile d'éviter la ruine de ses
arguments.
Les sionistes, comme Faurisson, ont sous-estimé toutes les conditions réunies en ce
lieu européen pour asservir et tuer les hommes, les premiers au profit du gaz, le
second par sa méconnaissance de l'histoire moderne de l'Europe centrale prise entre
ses propres nationalismes et les impérialismes occidentaux. Ici, plus de conventions
internationales de la Croix-Rouge, pas de droits du prisonnier de guerre ou du civil,
rien que la violence aveugle des xénophobies nationales ou économiques. Au-delà de
l'Oder, la vie humaine comptait peu, quelles que fussent la race, la religion ou
l'idéologie de la personne. De Budapest à Stalingrad, tout ne fut que ruines et
désolation sans fin. Combien de juifs sont morts épuisés de faim et de maladie sur les
chantiers des routes stratégiques de l'Ukraine et de la Biélorussie? Combien encore
tombèrent anonymes sous les balles de la soldatesque à l'orée d'un bois, au bord d'un
55
champ, brûlés dans leur maison? N'est-ce pas suffisamment horrible pour qu'il faille
en rajouter!
Cette guerre, en faisant sauter tous les verrous institutionnels établis par les États-
nations, permit à toutes les rancœurs accumulées depuis 1920 de s'exprimer sous le
contrôle et au profit de l'impérialisme allemand ou russe. Lutte animée d'une haine
inextinguible et archaïque entre les Germains et les Slaves, qui n'épargna ni les
personnes ni les plus belles créations humaines; lutte messianique entre deux
théologies modernes qui font perdre au présent toute valeur au profit d'un futur et
lointain âge d'or (Reich millénaire ou accomplissement idéal du communisme). Nos
parents furent les acteurs, les complices ou les spectateurs passifs et apeurés du plus
grand carnage et du plus grand charnier que l'Europe ait jamais connus. La modernité
idéologique ancrée sur des haines traditionnelles et les innovations techniques de cette
guerre mondiale s'est jouée à l'Est, et les juifs en furent les victimes au même titre que
les Polonais, les Russes, les Ukrainiens, les Serbes, les Grecs... et les Allemands. Oui,
les Allemands payèrent aussi leur tribut à cette hécatombe qui coûta pour les seuls
fronts européens quelque trente-six millions de morts dont la plupart furent des civils
décimés par la faim, les représailles et le travail esclave du système
concentrationnaire. La conscience vacille devant cette folie meurtrière. Comment cela
a-t-il été possible?
Une fois la paix revenue, et dans l'illusion d'une quiétude retrouvée (seule l'Europe l'a
retrouvée), on a forgé des réponses simples, facilement acceptables par des hommes
harassés de souffrances et de privations; des réponses fondées sur une causalité
mécaniste qui accablait les Allemands de toutes les responsabilités dans l'origine de la
guerre (vingt-cinq ans auparavant on fit de même à l'issue de la guerre de 14-18). Est-
il possible qu'un phénomène aussi complexe que la Seconde Guerre mondiale puisse
se réduire à une seule cause, les Allemands, et plus particulièrement à celle du groupe
des dirigeants nazis dont on affirme qu'ils furent des fous? Mais qui donc permit aux
Allemands, sans intervenir, d'acquérir cette puissance dévastatrice? Qui donc encore
s'est satisfait de voir les nazis mettre à mal la puissance du parti communiste
allemand? Qui laissa les troupes hitlériennes expérimenter leurs tactiques et leurs
armements sur les villes espagnoles? Qui abandonna la Tchécoslovaquie à son triste
sort, trop content d'avoir sauvé par une lâcheté le douillet confort De la paix à tout
prix? Qui boycotta le commerce allemand après 1933? Certes pas les juifs américains,
si j'en crois toujours N. Goldmann! Quel Etat démocratique, y compris ceux où les
juifs exerçaient un certain pouvoir, aurait voulu prendre en charge cette masse de juifs
miséreux d'Europe orientale? Interrogeons les émigrés des années trente, et
demandons-leur comment legs traitait l'establishment juif français? Les bonnes âmes
de la L.I.C.R.A. ou du M.R.A.P. devraient écouter les souvenirs de mon père, allies y
découvriraient que le racisme traverse aussi les communautés juives, comme
aujourd'hui l'exemple Israël le prouve clairement. Bref, je pourrais égrener le chapelet
des questions où apparaît la multiplicité des responsabilités et des culpabilités, des
fautes, des erreurs fatales, des lâchetés confortables et surtout l'omnipotence des
intérêts des États, du capital et des idéologies pour qui les masses humaines ne sont
que des masses de manœuvre et de main d'œuvre. J'eusse souhaité que MM. Poliakov
et Wellers répondissent à ces questions, et qu'ils délaissent un moment le judéo-
centrisme pour enquêter sur ces thèmes avec le même acharnement qu'ils mettent à
sur-accabler l'Allemagne...
56
Certains de mes bons amis m'accuseront à croup sûr de vouloir réhabiliter le nazisme.
J'avoue que leur accusation me fait sourire lorsqu'elle est le fait d'adorateurs Israël et
des États-Unis, ou d'anciens adeptes de la religion stalinienne. Lorsque je suis honni
par d'anciens pieds-noirs qui applaudissaient nos paras quand "ils cassaient du
Bougnoule", je n'ai pas le sentiment de commettre une erreur de jugement. En
revanche, l'accusation me fait moins sourire lorsque je sais qu'elle participe d'une
entreprise plus ou moins consciente qui vise à occulter une réflexion sur la nature du
nazisme dans ses relations avec l'idéologie univoque et massive des media, et la
nature de l'Etat national, ainsi que sur sa vitalité qui déborde largement la défaite
allemande pour s'inscrire, sous d'autres apparences, au cœur de nos sociétés.
Ceux qui reportent sur l'Allemagne nazie toutes les causes de la guerre ne font que
reconstruire, une fois encore, la pseudo-théorie du "bouc émissaire" généralisé en
inversant les termes qui qualifient les juifs. L'Allemagne devient ainsi l'élément
inverse et symétrique du peuple juif, l'exceptionnalité du destin génocidaire des juifs
exigeant le destin exceptionnel d'un bourreau qui achève en soi-même tous les
antisémitismes et leurs cortèges de pogroms mineurs. On aura donc réussi à résumer
un long moment d'histoire moderne avec la simplicité d'arguments "clairs" et
convaincants pour les ignorants et les amnésiques; quant aux imposteurs, aux
idéologues et à leurs maîtres, chacun y trouvera son compte. Cela rassurera les
timorés, consolera ceux qui éprouvent encore une vague culpabilité et des bribes de
doute et sanctifiera les actes des baroudeurs. Il ne restera plus qu'à organiser cette
croyance, dont on actualisera épisodiquement les dogmes en de vastes
rassemblements où les hommes répéteront, comme des litanies, les mêmes idées
reçues. On aura construit l'image d'Épinal de la guerre et de la déportation: une
esquisse, certes grossière, mais suffisamment colorée et explicite pour créer les
émotions instantanées qui déchaînent les haines vengeresses.
C'est un phénomène humain bien connu que les hommes préfèrent les assurances de la
croyance aux explications complexes, fluctuantes et incertaines; pourtant, concernant
les événements qui composent la Seconde guerre mondiale, on ne peut se satisfaire de
simplifications, d'idées reçues ou de slogans publicitaires; ils concernent trop notre vie
actuelle pour qu'on puisse laisser les idéologues propagandistes déblatérer leurs
fadaises soporifiques.
Il faut en finir avec les sornettes et les actes de foi, laissons cela aux fans des
chanteurs pop. Pour se convaincre des dangers qui menacent la pensée critique
contemporaine, il suffit de se reporter aux attendus d'un jugement condamnant
Faurisson: on y lira ces phrases qui feraient frémir de rage bien des "maîtres penseurs"
qui, contrairement à ce que certains prétendent, savaient encore penser: "Attendu que,
s'il est admissible que l'historien spécialiste d'une époque largement révolue peut, en
toute impunité juridique, manier, voire solliciter textes et documents et contribuer
ainsi, par un exercice de virtuosité historique, au renversement de statues ou à
l'éradication de thèses ou croyances séculaires, un tel " jeu intellectuel" ne saurait se
concevoir chez l'historien qui choisit de porter ses recherches et ses réflexions sur une
période récente de l'Histoire douloureuse et tragique des hommes, sur une époque
dont les témoins encore vivants et meurtris méritent égards et considérations."
Si j'ai bien compris la leçon, nous avons l'autorisation de nous amuser à renverser sans
vergogne les idoles du Moyen Age en nous livrant à des "jeux intellectuels", à des
57
pirouettes puisqu'elles ne concernent plus une période tragique et que les témoins ne
sont plus là pour nous rappeler à un devoir de réserve. Que nos interprétations soient
vraies, fausses ou approximatives, nous pouvons nous permettre de jongler avec le
massacre des templiers, des cathares et peut-être celui des juifs...; leurs histoires
respectives ne sont plus douloureuses. J'en prends acte, en espérant, toutefois, que les
médiévistes répondront un jour à cette conception de l'histoire à laquelle ils
consacrent leur vie! En revanche, attention à nos discours sur l'actualité, laissons nos
contemporains se nourrir de mythes et d'idées toutes préparées par les idéologues
officiels qui, eux, ne sont pas tenus au devoir de décence laissons-les adorer les idoles
du pouvoir et des media, sans cela ils en éprouveraient grand-peine et profonde
tristesse. Entonnons les airs triomphants des vérités éternelles sans quoi nous
manquerions d'égards et de respect envers leurs souffrances! Surprenante pédagogie,
qui devrait nous conduire à taire les atrocités de la guerre d'Algérie sous prétexte que
des révélations et des interprétations pourraient blesser la susceptibilité de nos anciens
soldats. Dans le même esprit, je propose de condamner Soljénitsyne parce qu'il
manque d'égard vis-à-vis des premiers déportés communistes, des mencheviks ou des
socialistes-révolutionnaires qu'il accuse de collusion idéologique avec leur bourreau!
Que doit-on ajouter à cet appel à la démission de la pensée? Il nous engage à nous
laisser bercer par des ombres inoffensives dont nous apercevons les mouvements du
fond de notre douillette caverne, où la chaleur et la douceur du confort nous protègent
de l'angoisse du doute.
Ainsi, lorsque les débats du procès portèrent sur l'ampleur généralisée des massacres,
les avocats de l'accusation tentèrent de mithridatiser le débat, assimilant toute position
non sioniste à une proclamation antisémite. Le péché de Faurisson: c'est qu'il ose
parler du "sionisme international" que le racisme des avocats renvoie à Vidée d'un
complot juif! Que l'on fasse procès à Luc Rozenzweig et au Monde pour le "chapeau"
de son interview de N. Goldmann (Le Monde, 5 juillet 1981). J'y lis avec surprise la
phrase suivante: "Grand défenseur de l'idéal sioniste, N. Goldmann a joué pendant
soixante ans, un rôle de premier plan dans la politique juive internationale sans
occuper aucune fonction officielle dans un gouvernement."
Cela se passe de commentaires! Je n'en suis pas choqué, simplement je constate une
fois encore que le système des deux poids, deux mesures fonctionne parfaitement
bien. Car, avant 1918, en l'absence d'Etat, le sionisme possédait bien une politique
internationale, et des instances supranationales. Pourquoi ne pas dire les choses telles
qu'elles sont, au lieu de chercher les faux-semblants. Tout cela ne traduirait que le
ridicule de nouveaux riches si, derrière, ne se profilait le désir inconscient d'un nouvel
antisémitisme, peut-être justificateur des arrière-pensées sionistes, mais
potentiellement tout aussi meurtrier que les précédents sans que nous puissions encore
deviner son futur visage.
Je trouve tout simplement scandaleux et immoral que tout intérêt pour la politique
israélienne ou celle du sionisme international ne doive exprimer que des opinions
laudatives. Je ne connais que les États totalitaires pour contraindre leurs citoyens,
leurs alliés ou leurs sympathisants à cette attitude. Juger de la politique israélienne, ou
de celle des organisations sionistes, se rapporte à un Etat et à des institutions qui n'ont
aucun caractère d'infaillibilité, et ne sont habités d'aucune grâce inamissible. Mais
juger l'Etat et les organisations qui en soutiennent l'action n'implique point un
jugement global sur tous les individus qui prétendent appartenir de près ou de loin à la
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judéité. Ceux qui conçoivent le monde en assimilant antisionisme et antisémitisme
devraient être accusés de racisme, car, grâce à cet habile télescopage conceptuel, ils
espèrent faire de tout juif, un sioniste et, de tout sioniste, un citoyen momentanément
expatrié Israël. Le racisme et la xénophobie de l'Etat-nation consistent justement à
transformer une solidarité culturelle, voire religieuse, en une unité politique plus ou
moins totalitaire. L'Etat Israël et sa théorie politique, le sionisme, ne manquent pas à
cette loi en développant leur propre rhétorique historique qui vise à protéger et à
promouvoir leurs points de vue.
A présent il appert que les idéologues sionistes cherchent à clore l'histoire de l'univers
concentrationnaire par un ensemble de propositions simples, efficaces et possédant, de
surcroît, une valeur de révélation absolue qui en ferait une sorte de religion de
l'"holocauste", englobant le passé (les pogroms et leur acmé: la déportation nazie), le
présent (la politique israélienne de conquête et le soutien que lui apporte la Diaspora)
et enfin le futur (l'achèvement du Grand Israël...). L'offensive des zélateurs de cette
religion vient à point nommé, elle n'est pas le fruit du hasard, rien de fortuit dans tous
les aspects de cette agitation; elle s'exprime avec toute la force des media au moment
où se développe et s'affirme le "second Israël", celui dont les gouvernements Begin
expriment la nature politique.
Comment justifier auprès des citoyens Israël et des bailleurs de fonds de la diaspora la
fameuse théorie de l'"agression préventive" chère aux sionistes et que M. Begin
applique avec un talent consommé par une longue pratique du terrorisme? C'est très
simple: par l'"holocauste"! Toutefois cela me paraît un aspect superficiel des fonctions
assurées par la religion de l'"holocauste", qui recouvre un phénomène idéologique et
social plus profond mais aussi plus tragique pour la survie Israël, Que j'admets car elle
tient d'une réalité politique et historique. Pour saisir l'enjeu de cette idéologie-religion
il me faut revenir sur quelques points essentiels pour comprendre la construction d'un
Etat-nation composé de populations disparates.
La différence entre les nations de l'Europe occidentale et les nations d'Europe centrale
et orientale repose sur un fait fondamental: les Premières ont construit leur unité
politique avant Que soit réalisée l'unité culturelle et sociale des Populations sur
lesquelles elles exerçaient leur souveraineté, tandis que les secondes furent contraintes
à procéder de manière inverse, en plaquant une unité politique octroyée sur des
populations aux cultures partiellement identiques mais à l'expérience sociale et
historique très diversifiée. Israël appartient à cette seconde catégorie d'états, et c'est la
raison qui me conduit à l'assimiler aux États successeurs d'Europe centrale et
balkanique. Or tout Etat-nation confronté à cette hétérogénéité de l'expérience
historique de ses nouveaux citoyens doit nécessairement créer les conditions
favorables à l'émergence d'une nouvelle conscience collective, où se trouve partagé le
sentiment d'un véritable "nous" politique. Ainsi, tant Israël était majoritairement
peuplé d'ashkénazes venus d'Europe centrale ou orientale, cette expérience commune
existait, plus ou moins marquée selon l'origine nationale et sociale des émigrants.
Toutes ces communautés européennes véhiculaient un ensemble de traditions et de
coutumes archaïques ainsi qu'une expérience historique et tragique identiques. Plus
encore, la majorité des émigrants partageaient une langue commune dans ses variables
dialectales, le yiddish, sans compter le rôle joué par l'allemand et le russe comme
langues savantes. Or, depuis les décolonisations française et anglaise, il se trouve que
de nombreuses communautés orientales furent contraintes d'émigrer en Israël portant
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avec elles des traditions, des coutumes, des langues et urne expérience historique sans
aucun rapport avec le sionisme et les émigrés européens. Beaucoup plus proches des
communautés arabes et de leurs valeurs sociales et ethniques, ces juifs orientaux sont,
à la différence des Ashkénazes, contraints à demeurer en Israël tant est difficile ou
même impossible leur réinstallation dans les pays occidentaux. Installés en Israël,
leurs sentiments à l'égard des Arabes sont un mélange de haine et de compréhension
immédiate puisque c'est avec eux qu'ils partagent les mêmes normes culinaires,
familiales, linguistiques... En revanche, ils ne partagent point avec leurs frères
occidentaux l'expérience concentrationnaire sur laquelle se fonde la légitimité de
l'Etat qui désormais leur sert de patrie. A elle seule l'élection biblique du peuple juif
est apparue insuffisante parce qu'elle porte concurremment en elle les germes de ses
héritières monothéistes qui lui donnent une dimension quasi universelle (25). Et
même si l'Etat hébreu utilise la Parole du Livre pour légitimer son retour sur la terre
de Judo, sa volonté est contestée de l'intérieur par les juifs orthodoxes qui se
considèrent comme les Gardiens de la foi antique. Il ne faut pas négliger le fait que le
sionisme est aussi une idéologie européenne nationale et socialisante (pour les seuls
juifs), étrangère aux traditions politiques; orientales toutes imprégnées de féodalisme,
de communautarisme religieux et de colonialisme. Aussi le sionisme s'est-il nourri des
idées et dies thèmes nationaux qui se développaient parallèlement dans toute l'Europe
centrale. Déjà, pour justifier le retour à la Terre promise, ses fondateurs avaient mis
l'accent sur l'antisémitisme des pays européens n'est-ce pas l'affaire Dreyfus qui servit
de catalyseur à la pensée de Herzl? , mais les pogroms n'avaient pas encore cette
dimension apocalyptique que la Seconde Guerre mondiale et l'univers
concentrationnaire offrirent aux idéologues. Car, si l'on peut affirmer que les juifs
sortirent vainqueurs de cette épreuve, la plus tragique de leur histoire quelle victoire
ne s'obtient pas dans les larmes et dans le sang? , il faut ajouter qu'ils surent en tirer le
meilleur parti politique. Or donc, comment créer chez les juifs orientaux épargnés par
l'apocalypse guerrière, la communauté idéologique qui les intégrera dans cette histoire
et cette victoire exceptionnelles? Comment unifier dans le creuset d'une seule et
même foi nationaliste l'héritier du bourgeois viennois et le Yéménite à l'allure de
pasteur biblique, l'intellectuel parisien ou new-yorkais et l'habitant du mellah
d'Afrique du Nord, le Russe et l'Irakien, le Polonais et l'Iranien? Il y eut certes les
guerres avec les pays arabes et le sentiment de supériorité que l'on y gagne facilement
sur ses semblables, pourtant ces événements ne sont point suffisants à créer une foi
nationaliste fondatrice même s'ils l'entretiennent. Pour ce faire, il faut construire les
imageries des épopées ou des tragédies historiques. L'Etat-nation a toujours eu besoin
de ces représentations simplifiées de l'histoire pour agencer l'efficacité de ses mythes
fondateurs capables de jouer à son profit des émotions populaires et collectives.
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Les idéologues de l'Etat hébreu ont donc trouvé dans une réalité contemporaine –
l'asservissement et le meurtre collectif des juifs dans le système concentrationnaire –
le principe fondateur d'une croyance, avec ses rites, ses lieux de culte (Mémorial de la
déportation à Jérusalem; pourquoi ne l'avoir pas établi en Allemagne?), sa rhétorique
et ses livres sacrés dont personne, e ne peut mettre en doute les vérités
transcendantales qu'ils énoncent.
Et la faute impardonnable de Faurisson c'est d'avoir mis en doute les canons de cette
religion avec des propos certes provocateurs – mais ni plus ni moins que ceux de ses
accusateurs – qui ne sont exempts ni d'erreurs, ni d'interprétations discutables. Or
jamais Faurisson, encore moins son présentateur (S. Thion) et ses éditeurs (La Vieille
Taupe) n'ont proclamé qu'il s'agissait là d'une autre vérité tout aussi absolue que celle
dont ils critiquent les présupposés. Leur but était, au contraire, de provoquer urée
débat public, savant ou politique, débarrassé de sua gangue passionnelle. Or, depuis
qu'il y a une. "affaire" Faurisson, on assiste à la mise en œuvre de tous les moyens
possibles pour étouffer la controverse: la L.I.C.R.A. et le M.R.A.P. mobilisent leur
pouvoir financier, institutionnel et les media pour transformer toute discussion en un
débat théologique à l'issue duquel Faurisson doit sortir écrasé, socialement brisé alla
yeux d'une opinion publique qui préfère ce réconfort momentané aux incertitudes des
interprétations historiques ou de l'actualité. Il faut: faire comprendre au bon peuple
que Faurisson n'est qu'un vulgaire antisémite qui utilise certaines obscurités de
l'histoire concentrationnaire pour diffamer le peuple juif en appelant à la haine raciale.
Et hop! le tour est joué, on évite alors de bien gênantes questions...
J`ajouterai que, même si Faurisson était l'antisémite que l'on présente à l'opinion
publie que, il faudrait savoir l'écouter sans haine ni préjugé, car tout discours possède
aussi sa part de vérité; c'est la raison pour laquelle je lis des livres sionistes en dépit de
mes idées. Je n'oublierai jamais que la droite anticommuniste dénonça violemment les
camps de concentration soviétiques. A l'époque, les staliniens en appelèrent aux
arguments d'une croyance pour convaincre leurs amis des mensonges de ces
diaboliques impérialistes. Or, il se révéla qu'elle avait raison. La vérité et surtout la
justice ne sont jamais ou presque jamais du côté du pouvoir politique... Les juifs
auraient dû retenir cette leçon de l'histoire dont ils furent souvent les victimes... Mais,
préférant l'Etat-nation aux aléas d'un destin parfois exceptionnel, ils ont choisi de se
conformer au modèle politique dominant; dès lors, il leur faudra bien un jour
comprendre qu'ils ne peuvent échapper à la règle commune, qu'ils doivent renoncer à
l'Etat-dette, à l'Etat juste et convenir que leur pays est bien le résultat d'une victoire
dans un rapport de forces international qui leur était favorable. Ils auront alors
compris que le Juste n'a point achevé de proférer l'universalité de son message éthique
dans les crématoires nazis, mais à l'instant même où, dans le ciel de Judée, s'élevait le
drapeau frappé de l'étoile de David. Un destin nouveau s'ébauchait, banal et meurtrier,
injuste et xénophobe; les sionistes étaient entrés dans le concert des États-nations pour
s'engager désormais sur le chemin de l'intégration au monde...
Ainsi, pour toutes les raisons que j'ai énoncées – politiques et morales – je ne peux
accepter une quelconque appartenance à des communautés qui accordent crédit aux
principes étatiques qui fondent l'Etat-nation ethnique ou religieux.
Les ayant refusés, tant dans mon propre pays qu'ailleurs, je ne conçois point une
réflexion et âme attitude plus indulgente à l'égard des juifs qui s'y conforment. Un tel
61
procédé reviendrait à assumer des mensonges historiques et à promouvoir une
idéologie intolérable – car intolérante – au nom d'une prétendue solidarité ethnique
et/ou culturelle que je récuse en soi. Considérant, par ailleurs, les livres de Faurisson
comme l'essai, à la fois pertinent, erroné et maladroit, d'une critique de
l'historiographie sioniste ou judéo-centrique, je soutiens qu'ils ne peuvent être à ce
titre juridiquement coupables, à moins que ces mêmes associations, qui l'accusent de
propager la haine raciale, ne déploient un acharnement identique à combattre les
ouvrages où la xénophobie sioniste s'exerce à l'encontre des gentils, des Arabes et des
Noirs. Dans cette situation, le silence équivaudrait à une approbation, aussi aide parlé,
puis écrit pour ne point trahir mes principes.
62
Notes
2. Il n'est pas surprenant de rencontrer aujourd'hui une attitude semblable parmi les
défenseurs des droits de l'homme qui concentrent leurs attaques sur la seule situation
des juifs en Union soviétique sans s'intéresser, par ailleurs, ni à la situation des autres
minorités nationales ou religieuses, ni à celle plus générale et plus fondamentale des
croyants de toute obédience. En outre, il faut se convaincre que le problème de la
démocratie en U.R.S.S. ne sera jamais résolu par l'exil. Si oui, pourquoi ne pas alors
proposer l'émigration massive de millions Ukrainiens ou de Baltes! Quel pays les
accueilleraient ? Soyons sérieux, le problème de la démocratie en U.R.S.S. est
éminemment celui de toute la société soviétique, et seul un combat intérieur pourra un
jour en transformer les équilibres et les contradictions. Le reste n'est que bavardage
mondain et activisme de bonnes âmes en mal de justes causes. Sachons comprendre
notre monde: la Pologne nous en fournit la démonstration quasi exemplaire.
3. Sur ce point je renvoie le lecteur curieux de documents anciens aux divers libelles,
pamphlets et mémoires adressés par les Ukrainiens et les Polonais aux puissances
alliées chargées d'établir les Traités de Versailles, Saint-Germain et Trianon.
5. L'un des plus précieux exemples de ces pratiques fut donné par l'histoire du faux
manuscrit de Hanka, grâce auquel le conservateur de la Bibliothèque royale de Prague
pensait pouvoir démontrer l'antiquité de la langue tchèque. Et ce n'est pas le moindre
de ses mérites que la lutte acharnée menée par Masaryk pour rétablir la vérité. Autres
temps, autres mœurs...
6. Sur ce thème, il serait tout à fait éclairant d'entreprendre une recherche sur la vision
judéo-centrique des rapports des Juifs à l'argent et, plus tard, à la construction du
capitalisme, pour ensuite la comparer à d'autres travaux historiques traitant du rapport
de certaines cités et de leurs élites italiennes à la naissance de la banque.
7. S'il est toujours possible de déceler parmi les sociétés rurales européennes des
valeurs archaïques, celles-ci sont encore en contradiction avec celles avancées par le
discours de l'Etat-nation.
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8. Les Daces occupaient principalement la plaine centrale des Carpates roumaines
(aujourd'hui la Transylvanie) ainsi que la rive gauche du bas Danube. Ils furent
vaincus par l'empereur Trajan au cours de deux campagnes (101-105 après J.-C.). Le
Sénat romain lui consacra une colonne pour célébrer sa victoire. C'est la découverte
au XVIIe siècle de ces sculptures par des intellectuels roumains qui fournit l'amorce
de ce mythe.
10. En revanche s'il fallait poursuivre l'idée d'une justice due aux premiers occupants,
je suggérerais à l'Etat d'Israël de soutenir les revendications des mouvements de
libération d'Afrique du Sud car je n'ai pas souvenir que les Boers en fussent les
premiers occupants!...
14. À cet égard, il faut souligner une anomalie bien surprenante, mais les
interprétations de la Seconde guerre mondiale ne manquent pas de ce genre de
surprises. Seule l'Allemagne fédérale fut contrainte de payer cette dette-réparation.
Jamais il ne fut question de faire payer l'Allemagne de l'Est. Est-ce l'effet bénéfique
de son régime qui dispensa ce pays de ce sacrifice ? Est-ce le fait de reconnaître la
"protection" donnée aux Juifs par le grand frère soviétique ? Est-ce enfin l'absence de
nazis parmi les habitants de la république démocratique ? Je laisse la réponse aux
lecteurs, selon leurs idées, leurs préférences ou leurs opinions politiques. Tout compte
fait, c'est encore une question d'histoire ! [Note de l'Aaargh: voir notre article
Goldmann]
15. Cette pétition constitue un scandale pour la pensée. Comment ces brillants esprits
osent-ils prétendre que l'interprétation historique du génocide ressortit à une vérité
intangible qui ne saurait jamais être remise en question. Lorsqu'on sait que certains
d'entre eux nous servaient voici trente ans la messe stalino-thorézienne, je me
surprends à sourire devant l'amnésie des clercs...
16. Cette critique vaut pour toute version officielle, quel que soit l'Etat ou le groupe
nationaliste qui les promeut.
17. Pourquoi a-t-il fallu attendre plus de douze ans pour projeter sur les écrans de
télévision Le Chagrin et ta Pitié?
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18. Op. cit. Je recommande la lecture de ce livre, certaines des informations qu'il nous
livre sur la collusion entre les pires aspects de l'impérialisme américain et Israël sont
de précieux arguments pour nous suggérer le rôle symbolique assumé par la version
officielle du génocide.
19. "Israel to Halt Aid to Non-Settling Soviet Emigrants", 24 août 1981: "Israeli
Immigration authorities have decided to stop criding Soviet Jewish emigrants who do
not come to Israel..." M. Rodinson nomme ce mouvement inverse, qui inquiète tant
les autorités israéliennes: "le vote avec les pieds".
20. Cf. Jacques de LAUNAY, Les Derniers Jours du fascisme en Europe, Paris, 1977,
p. 310.
21. Sur le travail des enfants arabes dans les Kibboutz. Cf. l'article de Ian Black,
"Peace or no Peace, Israël Will Still Need Cheap Arab Labour" New Statesman, 28
septembre 1978. Lire in N. Chomsky, E.S. Herman, op. cit., p. 385, note 57.
22. Les bonnes âmes ne reprochent-elles point aux nazis d'avoir, à la fin du conflit,
envoyé les adolescents puis les enfants allemands aux combats et donc à la mort...
23. Il faudrait alors donner raison aussi aux accusations portées contre Slansky et
Rajk.
24. Ethnocide des Ukrainiens en U.R.S.S., préface d'Alain Besançon, Paris, 1978.
25. Cette dimension universaliste a une résonance politique dans le problème posé par
le statut de Jérusalem...
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Le prêt-à-penser au tribunal de l'Histoire
Vincent MONTEIL.
Le procès fait à Robert Faurisson est-il plus odieux qu'absurde? La lecture des
attendus du jugement rendu, le 8 juillet 1981, par le tribunal de grande instance de
Paris – et pour lequel il a été interjeté appel – est à la fois source d'édification et de
perplexité. L'accusation portée par les demandeurs (huit associations d'A.C.V.G. ou
professionnels de l'antiracisme) consiste, en effet, à tenir pour inadmissibles, et donc
pour condamnables en justice, la négation de l'existence des chambres à gaz et le
"prétendu génocide des juifs". La phrase incriminée mise en vedette, prononcée le 17
décembre 1980 par Robert Faurisson au micro d'Europe 1, est ainsi reproduite par
l'accusation (1): "Le mensonge historique a permis une gigantesque escroquerie
politico-financière, dont les principaux bénéficiaires sont: l'Etat Israël et le sionisme
international, et dont les principales victimes sont: le peuple allemand, mais non pas
ses dirigeants, et le peuple palestinien tout entier."
En réalité, comme toujours dans les affaires de ce genre, il y a mise en question dans
la forme et sur le fond. De quoi s'agit-il ici? D'un cas de ce que Serge Thion appelle si
bien le "prêt-à-penser". La société de consommation (qu'elle se dise capitaliste, ou se
prétende "socialiste") sécrète immanquablement des réflexes conditionnés. Il suffit de
prononcer les mots "juif, Israël, Palestine, chambre à gaz, holocauste", etc., pour que
les hurlements d'indignation et de fureur se, déchaînent. Un peu de sérieux ne ferait
pas de mal dans cette histoire. C'est ce qu'on peut conclure de l'examen des dix-huit
attendus contradictoires du 8 juillet. En effet, on peut grouper ceux-ci en quatre
catégories:
I. Ceux, six au total, qui font la part du feu, ou, si l'on préfère, font pleuvoir des
vérités premières, savoir:
1. Ils reconnaissent que "les Tribunaux [...] n'ont ni qualité ni compétence pour juger
l'Histoire";
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2. "[...] ni reçu de la loi mission de décider comment doit être représenté et caractérisé
tel ou tel épisode de l'Histoire nationale ou mondiale";
3. "que la vérité judiciaire, par essence relative, ne peut être que celle d'un moment
[...] et que, dans ces conditions, il échappe aux Tribunaux d'imposer une thèse
historique qui aurait valeur d'histoire officielle [...]";
5. "qu'il lui est loisible de remettre en cause des idées acquises ou des témoignages
reçus, nulle période de l'Histoire humaine ne pouvant échapper à "la recherche
obstinée de la vérité"";
6. "que, bien plus, rien n'interdit au chercheur de faire, s'il le souhaite, de l'histoire dite
engagée ni [...], dès lors que les résultats d'une telle démarche intellectuelle et sa
sanction restent librement soumis au seul jugement de ses pairs et de l'opinion
publique [...]".
[Arrêtons-nous ici. Le mot "sanction (2)" – cela ressort du contexte – n'est pas de
nature pénale: il s'agit simplement de l'approbation, ou de la désapprobation,
exprimée – par exemple dans la presse, ou dans les revues spécialisées – par le
jugement des autres historiens et, généralement à leur suite, de l'opinion publique
(courrier des lecteurs, tribunes libres, opinions, etc.) C'est ce que l'on appelle la liberté
d'expression On est donc bien libre de trouver sans précèdent (ou presque) et, en tout
cas, exorbitante du droit la "déclaration des historiens", publiée dans Le Monde du 21
février 1979, selon laquelle "il n'y a pas, il ne peut y avoir de débat sur l'existence des
chambres à gaz". "Il ne peut", vraiment? Dans ce cas, il y aurait, en histoire, des sujets
tabous, c'est-à-dire des zones interdites de caractère religieux ou rituel... Cela pourrait
nous mener loin, en tout cas nous ramener en arrière. Prenons-y garde! Admettre le
bien-fondé d'une semblable prise de position serait, pour reprendre un mot d'Émile
Henriot, vouer tout historien non-conformiste "à l'exécration de la foule et des
historiens vertueux". Où diable la vertu va-t-elle se nicher? Attention: l'Inquisition et
le Saint-Office ne sont pas loin!]
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condamné dix fois pour escroquerie", auteur du célèbre "faux Henry" (une lettre de
Panizzardi, attaché militaire italien à Paris, où Dreyfus était nommé, en 1898), trouvé
pendu dans sa chambre d'hôtel le 3 mars 1898... (voir Maurice Paléologue, Journal de
l'affaire Dreyfus, 1894-1899, Paris, Plon, 1955, p. 69, 156, 204, 228, 242, pour
Maurice Weil, et p. 137 note 1 pour Moise Leeman)];
4. R. Faurisson "ne saurait [...] refuser le débat judiciaire là où ses adversaires ont
entendu l'instaurer"! [On est en pleine confusion mentale! Car, au nom de quoi les
tribunaux, qui s'étaient (dans les attendus du groupe I) reconnu incompétents pour
"dire l'histoire", peuvent-ils transférer celui-ci entre les mains, encore plus
incompétentes, des demandeurs c'est-à-dire des "adversaires", donc partiaux par
définition, laissés, de surcroît, maîtres du terrain où ils "ont entendu instaurer" le
débat ?]
III. Encore quatre attendus qui, cette fois, font appel à la responsabilité et à la
sérénité:
2. Pas d'impunité, donc, pour "le jeu intellectuel" auquel viendrait à se livrer le
chercheur ou l'historien. [Le mot "jeu " a bien des significations: activité purement
gratuite, passe-temps, fantaisie, plaisanterie etc., d'une part; et, d'autre part, "le jeu",
c'est-à-dire les conventions établies, l'ensemble des règles à respecter, etc. Or, il
apparaît, à tout lecteur informé et de bonne foi, que les travaux de Robert Faurisson
qui ne sauraient, sans préjudice grave, se réduire à une phrase de soixante mots !ne
sont nullement gratuits et, au contraire, respectent les règles de la recherche historique
dont la première est le doute méthodique, la remise en question "des idées acquises ou
des témoignages reçus (attendu n· I, 5).]
3. Cet attendu mérite d'être cité intégralement, en raison de son importance cruciale:
"S'il est admissible que l'historien spécialiste d'une époque largement révolue peut, en
toute impunité juridique, manier voire solliciter textes et documents" [dans la langue
courante, "solliciter" a pris, dans ce cas, le sens de "altérer, déformer, forcer par une
interprétation abusive", ce qui, quoi qu'en ait le tribunal, est peut-être permis au
romancier, mais sûrement pas à l'historien fût-il médiéviste!] "et contribuer ainsi par
un exercice de virtuosité historique, au renversement de statues ou à l'éradication de
thèses ou croyances séculaires, un tel 'jeu intellectuel' ne saurait se concevoir chez
l'historien qui choisit de porter ses recherches et ses réflexions sur une période récente
de l'Histoire douloureuse et tragique des hommes, sur une époque dont les témoins,
encore vivants et meurtris, méritent égards et considération". [Autrement dit, il est
permis d'étudier "l'histoire moderne et contemporaine" (n'est-elle pas enseignée dans
nos universités?), à condition de ne pas se livrer à un "jeu intellectuel" (cf. attendu III,
2), susceptible de porter tort aux "égards et considération" mérités par des "témoins,
encore vivants et meurtris". A ce compte-là, pourquoi épargner les nazis encore bien
vivants et meurtris par des procès éprouvants et des périodes interminables de
68
détention? Ce genre de "raisonnement" est sans valeur, parce que réversible et du type
boomerang. Il faut donc trouver autre chose.]
4. "Qu'il est profondément vrai que "l'Histoire se doit d'attendre que le temps permette
une étude sans agressivité de certains problèmes d'horreur" (lettre d'Olga Wormser-
Migot)." [Autrement dit: il faut laisser le temps faire son œuvre. Bien. Mais alors, que
deviendrait, par exemple, aux éditions du Seuil, la collection dont le titre seul est une
provocation: "L'Histoire immédiate", surtout lorsque ses titres abordent des
"problèmes d'horreur", tels: Pie XII et le IIIe Reich (Saul Friedlander), J'accuse le
général Massu (Jules Roy), Ravensbrück (Germaine Tillion) ou Les juifs du silence
(Elie Wiesel)? Et que dire d'un livre de Simon Wiesenthal, Les assassins sont parmi
nous (1967), qui ne manque pas de rouvrir d'anciennes blessures et d'ailleurs par la
même occasion, de poser des questions sans réponse au sujet du "chasseur
d'Eichmann" qui aurait été "personnellement traqué par les nazis dans plus d'une
douzaine de camps de concentration, de sa Pologne natale jusqu'en Autriche, et ne
devrait la vie qu'à une suite d'interventions presque miraculeuses(3)!" Allons, les
Italiens ont raison: "Le temps est galant homme"...]
IV. Voici enfin les neuf attendus décisifs, ceux qui condamnent, sans risque
excessif, dans leur formulation, de se contredire avec les paragraphes précédents:
1. "Attendu que M. Robert Faurisson a fixé, de façon quasi exclusive, son attention
sur l'un des moyens d'extermination dont la réalité a été affirmée [...]." [Par qui, où,
quand, comment? c'est justement toute la question que cet "attendu" risqué (c'est moi
qui souligne les mots clefs) esquive et prétendrait résoudre par l'argument d'autorité le
plus éculé, le plus discrédité qui soit sans s'apercevoir qu'il y a contradiction avec les
attendus I, 1 à 5 (ceux que j'appelle "des vérités premières"). D'autre part, qu'est-ce
qu'une quasi-exclusivité? C'est tout l'un ou tout l'autre! "L'un des moyens...", c'est,
bien entendu, les chambres à gaz. Ce qui est parfaitement justifié, quand on considère
que l'on soit pour ou contre que, sans chambres à gaz, il n'y a pu y avoir
d'extermination massive et donc de "génocide" c'est-à-dire de "destruction
méthodique d'un groupe ethnique" (Petit Robert). Enfin, Robert Faurisson a consacré
au moins l'une de ses recherches à tout autre chose: "Le Journal d'Anne Frank est-il
authentique?"]
2. "Ses écrits [...] tendent à écarter, par principe, tous les témoignages [...]." [Au
contraire, non seulement R. Faurisson passe au crible tous les témoignages, mais il a
scruté toutes les archives accessibles et il s'est rendu, à ses frais, dans les camps de
concentration nazis et il a enquêté scrupuleusement sur tous les locaux présentés
aujourd'hui au public comme d'anciennes chambres à gaz. Ce n'est pas de sa faute si le
truquage ou l'invraisemblance lui ont sauté aux yeux.]
3. "De même, tous documents écrits sont repoussés au terme d'une analyse
sémantique toujours orientée dans le sens de la négation." [Le tribunal reconnaît qu'il
y a "analyse" des documents "écrits", mais qu'après analyse R.F. les rejette. Par
exemple, dans le cas du journal (1942) du docteur S.S. Johann Paul Kremer, qui a
purement et simplement supprimé les mots gênants dans le texte du 2 septembre 1942
et singulièrement draussen, qui signifie "dehors" et donc élimine l'espace clos d'une...
chambre à gaz? ce n'est pas Faurisson, c'est G. Wellers; c'est l'avocat Serge Klarsfeld
qui donne, p. 245 de son Mémorial (1978), la photocopie de la page en question qui
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traduit Sonderaktion par a action spéciale" (ce qui est exact), mais paraphrase (de quel
droit?) par "la sélection et l'assassinat dans les chambres à gaz" (4).]
4. "M. Faurisson affirme, certes, qu'il se contenterait d'un "unique témoignage" pour
revenir sur sa thèse, mais cette concession au "doute scientifique" paraît bien viser,
dans l'esprit de son auteur, une preuve impossible (probatio diabolica)". [Décidément,
certains de ces attendus ont recours au langage ecclésiastique! Le témoin unique,
vainement recherché, a miraculeusement fait surface dans un livre attribué à Filip
Muller, dont la version française porte le titre incroyable de Trois ans dans une
chambre à gaz d'Auschwitz (Paris, Pygmalion/Gérard Watelet, 1980), avec une
émouvante préface de Claude Lanzmann (5). Si la "preuve diabolique" se révèle, en
effet, impossible, ce n'est certes pas la faute de R. Faurisson, mais celle d'une
publication de "littérature de sex-shop" qui ne serait que ridicule, s'il ne s'agissait pas
d'un sujet sérieux.]
70
8.. "Attendu que ce manquement à des obligations incontestables..., [comme si tout,
dans la vie, n'était pas contestable! Et que le rôle de l'historien ne soit pas, d'abord,
contestataire! La seule "obligation incontestable" de l'historien. Jaurès l'avait bien dit,
à Albi, en 1913 "c'est de chercher la vérité, et de la dire". Quoi qu'il en coûte: après
quinze audiences, en février 1898, Zola est condamné au maximum, un an de prison
et trois mille francs d'amende] "... [ce manquement, donc] a causé directement un
préjudice moral" [à qui?]" dans la mesure où son auteur apparaît vouloir" [notons bien
la prudence die la forme: R.F. n'aurait-il voulu causer de tort à personne?] "rejeter
globalement, dans le même néant du mythe, les souffrances" de témoins encore
vivants. [D'abord, Robert Faurisson n'est nullement un homme insensible aux
souffrances des déportés, comme le prétendent ceux qui n'en finissent pas d'utiliser
cette souffrance! Ensuite, c'est jouer sur les mots que de parler de témoins "encore
vivants", car les survivants des camps ne comptent, parmi eux, jusqu'ici aucun témoin
digne de foi des chambres à gaz].
71
[Suite du texte de l'attendu final] "et en permettant avec une légèreté insigne mais
avec une conscience claire, de laisser prendre en charge, par autrui, son discours dans
une intention d'apologie des crimes de guerre ou d'incitation à la haine raciale M.
Faurisson a causé le préjudice, etc."
Nous y voilà! Peut-on, à part la perpétration du crime lui-même, imaginer pire forfait
que "l'apologie des crimes de guerre" c'est-à-dire la prétention de les justifier "ou
d'incitation à la haine raciale"? Il est vrai. Malheureusement pour le rédacteur d e cet
attendu (le dernier), même si l'on veut absolument condamner Robert Faurisson, il est
impossible de relever, dans ses textes publiés, la moindre circonstance atténuante,
encore moins l'excuse absolutoire pour les crimes de guerre de qui que ce soit: pour
lui, ni les vainqueurs ni les vaincus, dans le conflit majeur n. 2 du XXe siècle, ne se
comportent autrement que comme des bêtes féroces à l'échelle des États, ces
"monstres froids" disait Nietzsche (6)?, ce qui n'empêche pas, bien entendu, des
actions individuelles ou collectives héroïques, ou même des gestes chevaleresques.
C'est ainsi qu'en 1946 Simon Wiesenthal, pourfendeur de Nazis s'il en fut, fit acquitter
ou libéra deux S.S. (nommés Beck et Schmidt) qui, en effet, étaient "blancs comme
neige (7)". Quant à "l'incitation à la haine raciale", qu'est-ce que cela veut dire?
Aucun esprit scientifique sérieux ne soutient plus le concept erroné de "race", surtout
lorsqu'il s'agit de juifs ou d'Arabes qui se sont abondamment métissés. A moins que le
tribunal n'ait voulu parler de "religion", mais il sait bien que rien n'est plus éloigné de
l'agnosticisme de R. Faurisson que la référence religieuse.
72
Khmers rouges". Dans le premier cas, le chiffre énorme de 200 (deux cents) millions
d'esclaves tend à devenir, les media aidant, "sacro-saint", intouchable, surtout depuis
le numéro spécial de Présence africaine, n· 24-25 (1959, p. 252), en oubliant
généralement que ce chiffre est obtenu à partir de 20 (vingt) millions d'esclaves en
trois siècles, avec des pertes de neuf morts pour un déporté. Le professeur Philip D.
Curtin (Wisconsin) (14) a rejeté "le poids de l'autorité et de la tradition" et "les
chiffres" canonisés "par des générations de répétition" et proposé une estimation
"d'environ dix millions d'esclaves noirs effectivement transportés au Nouveau Monde,
avec une marge de perte de 20%". Eh bien! Ph. Curtin a-t-il été traîné en justice par
quelque association de Noirs des États-Unis? On dira que les faits en question
remontent à plus d'un siècle et que les survivants ne sont plus là pour protester.
L'argument est spécieux, car la sensibilité des descendants des survivants est toujours
à vif, comme l'a montré le succès considérable remporté par le livre Roots (Racines)
d'Alex Haley, sans aucune valeur scientifique, publié en 1976, et surtout par le film
qui aurait été suivi, à la télévision américaine, par cent trente millions de spectateurs!
Le plus grand génocide de l'histoire serait, dit-on, celui des Indiens des Amériques.
Mais comment, sur quelle base, peut-on écrire que ces Premiers Américains étaient de
quatre-vingts à cent millions avant l'arrivée des Blancs? Comment peut-on soutenir
que "c'est le quart de l'humanité, en gros, qu'auront anéanti les chocs microbiens du
XVIe siècle (15)"? Toujours le vertige des grands nombres! Ce qui ne veut certes pas
dire que la responsabilité des Européens soit minime! Par exemple, il paraît
vraisemblable que la population indienne de l'Amazonie soit tombée, "d'un million et
demi à deux millions au XVIe siècle, à moins de deux cent mille maintenant" (en
raison des épidémies de variole et de rougeole, des germes inconnus, des massacres
systématiques par le feu ou le poison, etc.). "Aujourd'hui, les Indiens du Brésil sont en
voie d'extinction totale. (16)" Là encore, croit-on que les "survivants" ont perdu la
mémoire, que l'alcoolisme et la tuberculose leur ont fait oublier les tueries de Sand
Creek (1864) ou de Wounded Knee (1890)? Il suffit de parler avec eux pour se
convaincre du contraire. Heureusement, les Amérindiens prennent de plus en plus
conscience de leur solidarité entre le nord et le sud du Rio Grande et ils réclament
leurs droits sur leurs terres et sur les richesses de leur sous-sol (ils ont déjà gagné des
procès). Leur exemple montre, en tout cas, qu'un génocide peut fort bien se perpétrer
sans chambres à gaz. Il ne manque pas, hélas! à l'homme, de moyens efficaces pour se
débarrasser de son semblable.
73
guerre avec ses "classes creuses" fait baisser, pendant plusieurs années (effet différé),
le nombre de vies "potentielles": quand meurent les "géniteurs", le taux
démographique s'en ressent. On ne peut donc pas dire qu'il manque 110,7 millions
d'hommes en Union soviétique et que, les morts de la guerre étant estimés à 44
millions (20), il faut bien que la différence 66 millions représente les morts des
prisons et des bagnes! Tout cela n'est pas sérieux. Qu'importe, comme ailleurs pour
Hitler, il s'agit de "prouver" les crimes "monstrueux" de Staline.
Voilà des exemples (il y en a bien d'autres) qui devraient donner à réfléchir. Jusqu'en
1978, j'ai cru moi-même à l'existence généralisée (ou à peu près) des chambres à gaz
dans les camps, tout en faisant des réserves sur le chiffre invérifiable et sûrement
excessif des victimes juives de l'"Holocauste". Il suffit de se reporter à mon livre
(introuvable, en raison de l'obstruction de la "pieuvre Hachette", qui a "étranglé" Guy
Authier, mon éditeur) Dossier secret sur Israël: le terrorisme (Paris, mars 1978), pour
voir quelle était ma position d'alors. Mais depuis j'ai lu et rencontré Robert Faurisson:
son sérieux et sa bonne foi m'ont convaincu, même si certaines appréciations me
paraissent discutables, qu'il est justement urgent de les... discuter posément, au lieu de
jeter sur un chercheur honnête et courageux l'anathème réservé aux hérétiques! Il y a
tout de même lieu de réfléchir, quand on pense que le simple chiffre des déportés
"raciaux", c'est-à-dire juifs, de France est plus proche de 28.000 (21) que des 90.000
(ou davantage) (22) communément admis. Quand cessera-t-on de mélanger recherche
historique et vérité religieuse révélée? Charles Samaran (membre de l'Institut) écrivait
naguère (en 1961) que "l'honnêteté et le courage moral sont les qualités essentielles de
74
l'historien" et citait Cicéron en ces termes: "la première loi qui s'impose à lui est de ne
rien oser dire qu'il sache faux, la seconde d'oser dire tout ce qu'il croit vrai (23)". Plus
j'avance en âge et plus je me rends compte d'un certain nombre d'évidences. D'abord
que, "monstrueux" ou pas, le nazisme était intolérable – sans qu'il soit nécessaire d'en
rajouter. En conséquence, ses armées – circonstance aggravante – occupant ma patrie,
livrée à l'ennemi – "sans honneur et sans dignité" – par Pétain et ses acolytes, le
devoir était clair et la fameuse "crise de conscience", nulle: il fallait résister à tout prix
et les armes à la main. C'est ainsi qu'avec mes camarades j'ai été arrêté par la police de
Vichy le 8 novembre 1940. Je n'ai donc pas servi, honteusement, l'"Etat nouveau",
pour rejoindre, symboliquement et sans risques inutiles, la Résistance, en février ou
mars 1944 – comme d'autres qui, depuis, ont fait claironnante carrière. Et les juifs,
dans tout cela? Eh bien, jusqu'à la fin de 1945, personne ne m'avait parlé des camps, à
peine de la déportation (il est vrai que je me trouvais alors au Maroc). Pendant la
guerre, j'avais été emprisonné, notamment, à Clermont-Ferrand (en 1941) où j'avais
été le voisin de Pierre Mendès France. Plus tard, en 1943, à l'hôpital militaire de
Tunis, le docteur Stora, puis le regretté médecin de la 1-D.F.L., André Lichwitz, m'ont
pratiquement sauvé la vie. Aux forces françaises libres, on était entre gaullistes,
combattants volontaires, et la question ne se posait pas de savoir si l'un de nous était
juif, et l'autre pas. Nous étions frères d'armes, un point c'est tout. Après 1945, je me
suis lié d'amitié avec des déportés de Dachau, comme Edmond Michelet et Joseph
Rovan. En 1955, je me suis retrouvé à Alger avec notre chère et grande Germaine
Tillion et, par elle, j'ai connu Geneviève de Gaulle, sa compagne de Ravensbrück. En
aucun cas il ne me viendrait à l'esprit de remettre en cause mon engagement de 1940:
si c'était à refaire, je recommencerais. Mais je ne veux pas me laisser "intoxiquer" par
l'inlassable propagande en faveur de l'Entité sioniste connue sous le nom d'Etat Israël.
D'ailleurs, le trop court séjour – si instructif pourtant – que j'ai fait, en 1948, à
Jérusalem, comme observateur des Nations unies, m'a convaincu du caractère de plus
en plus raciste, terroriste et de type nazi de l'Etat juif (c'est son nom officiel). A cet
égard, la poignée de main que Mitterrand se propose de donner à Begin est aussi
indéfendable que celle, autrefois, de Montoire. Pour en revenir à Robert Faurisson, j'ai
tendance à croire les témoins qui ont tout à perdre – et il a déjà beaucoup perdu. Sa
condamnation, injuste, inacceptable, si elle est confirmée en appel, serait la victoire de
la lâcheté sur le courage.
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Notes
1. Telle quelle, cette citation est tronquée. Il manque le début (reproduit dans Le Droit
de vivre, n· 470 de juillet-août 1981, p. 8: "les prétendues chambres à gaz hitlériennes
et le prétendu génocide des juifs forment un seul et même mensonge historique...")
4. Voir "Le professeur Dr Johann Paul Kremer", par Robert FAURISSON, dans son
livre Mémoire en défense, Paris, La Vieille Taupe, 1980, p. 103 à 148.
6. "L'Etat, c'est le plus froid des monstres froids" (Staat heiszt das kaelteste alter
kalten Ungehener), Ainsi parlait Zarathoustra, 1883.
7. Les assassins sont parmi nous, tr. fr., Paris, Stock, 1967, p. 16.
8." Le Journal d'Anne Frank est-il authentique?", dans Vérité historique ou vérité
politique? par S. THION, Paris, La Vieille Taupe, avril 1980, p. 213-300.
13. L'article "Génocide" de l'Encyclopaedia Universalis (tome VII, 1970), signé par
K. VASAK (chef de division au Conseil de l'Europe), contient des erreurs ridicules
(p. 589): Staline a déporté bien des groupes ethniques mais il ne les a pas massacrés;
où K Vasak a-t-il vu que "les actes constitutifs de ce crime" (de génocide) "ont été
relevés [...] contre les juifs Israël et des pays arabes"? La passion l'égare!
16. "Indiens d'Amérique", par S. Dreyfus (Enc. Universalis, tome VIII, 1970, p. 911).
76
17. L'Archipel du Goulag, tr. fr., Paris, Seuil, 1974.
18. Reproduit à Paris dans la revue Est Ouest (n· du 15-30 mai 1977).
19. Dossier secret sur Israël: le terrorisme, Paris, Éd. Guy Authier, 1978, p. 206.
21. Voir AZÉMA, De Munich à la Libération, Paris, Le Seuil, 1969, et "Une mise au
point de La Guerre sociale: De l'exploitation dans les camps à l'exploitation des
camps", Paris, mai 1981, p. 33. [Note de l'Aaargh: ce texte est sur notre site.]
23. Préface (p. XIII) "L'Histoire et ses méthodes", Encycl. de la Pléiade, 1961.
77
Supplique à MM. les magistrats de la cour
d'appel de Paris
Jean-Louis TRISTANI.
(Maître assistant à l'U.E.R. de sciences sociales de l'université de Paris 5 (Sorbonne),
licencié en théologie, agrégé de philosophie)
Cette pénible affaire Faurisson, dont vous avez à connaître, soulève des problèmes
relevant de nombreuses disciplines dont les principales sont, outre le droit et l'histoire,
l'éthique, la science politique, la sociologie et, tout particulièrement, l'anthropologie
des religions, qui est mon domaine d'enseignement et de recherche.
Ayant pris connaissance du dossier, assisté aux audiences et lu les jugements des 3 et
8 juillet 1981, j'ai pu constater que le caractère religieux de cette affaire, à première
vue peu apparent, l'emportait sur tous les autres au point de mettre en danger les
positions de la justice comme de la science.
C'est donc en qualité d'anthropologue que j'ose vous soumettre les raisons qui m'ont
conduit à cette conclusion.
Pour le judaïsme, c'est le passage de la mer Rouge par les Hébreux sous la conduite de
Moise. La Bible en propose deux récits, l'un miraculeux où la mer s'ouvre pour laisser
passer le peuple juif. L'autre version fait intervenir une cause naturelle: Yahvé envoie
un grand vent qui repousse ou assèche les eaux.
78
En revanche, si Dieu existe, il serait philosophiquement inconséquent de ne pas tenir
compte de lui dans notre histoire. Hegel en a montré la lumineuse nécessité dans toute
son œuvre et plus particulièrement dans ses Leçons sur la philosophie de la religion,
où l'histoire et la pensée humaines sont réparties en trois règnes, celui du Père, du Fils
et de l'Esprit.
L'Holocauste, qui présente l'une des figures les plus populaires du judaïsme
contemporain, s'inscrit ainsi dans une longue tradition. Il fait corps avec ce qu'il
faudrait appeler l'"invention de Israël" (1), de Israël d'aujourd'hui. Le génocide
hitlérien perpétré dans les chambres à gaz, l'Exodus et la création de l'Etat israélien
n'accèdent-ils pas en effet à la signification éminente qu'eurent jadis la servitude en
Égypte, l'Exode et l'installation en Terre promise?
N'est-il pas surprenant, dit-il ensuite, que les archives concentrationnaires qui se
trouvent à Coblence, Arolsen et Orianenburg aient été si peu étudiées? Leur
traitement démographique permettrait cependant d'obtenir une fourchette raisonnable
sur le nombre réel des déportés et de faire le compte des disparus.
Dans le jugement rendu le 8 juillet 1981 par la première chambre civile du tribunal de
Paris, il est écrit que M. Robert Faurisson affirme sur un ton quasi messianique, être
porteur d'une "bonne nouvelle" (page treizième). Certes. Je me demanderais
cependant si ce ton messianique et cette bonne nouvelle ne seraient pas les
contrepoints du messianisme holocaustique. Le ton messianique de l'énoncé "les
chambres à gaz n'ont pas existé" n'a-t-il pas pour fonction de souligner le contexte
messianique de l'énoncé contradictoire "les chambres à gaz ont existé"? Supposons
que je veuille mettre ironiquement en question le dogme central du christianisme, je
dirai en effet: je vous annonce une bonne nouvelle: "Jésus-Christ n'est pas ressuscité."
Qui ne voit alors que le ton kérygmatique de mon propos est emprunté aux écrits néo-
testamentaires eux-mêmes?
Nous ne sommes ici pas loin du scénario imaginé dans un roman anglais When it was
dark, dont S. Freud nous donne l'admirable résumé suivant: "L'auteur imagine une
conspiration ourdie par des ennemis de la personne du Christ et de la foi chrétienne
qui prétendent avoir réussi à retrouver à Jérusalem un caveau et, dans ce caveau, une
inscription par laquelle Joseph d'Arimathie avoue avoir, pour des raisons de piété,
enlevé clandestinement, trois jours après ses obsèques, le corps du Christ de sa tombe
pour le transporter dans ce caveau. Cette découverte archéologique signifie la ruine
des dogmes de la résurrection du Christ et de sa nature divine et a pour conséquence
79
un ébranlement de la culture européenne et un accroissement extraordinaire du
nombre de violences et de crimes de toutes sortes, jusqu'au jour où le complot des
faussaires est découvert et dénoncé (23)."
Cette parabole devrait nous servir de talisman dans l'affaire présente. Qu'elles aient
existé ou non, les chambres à gaz fournissent l'un des moments principaux du récit
fondateur dans lequel s'enracinent la légitimité de l'Etat israélien, de ses
revendications territoriales ainsi que de sa politique envers les Palestiniens, mais aussi
la légitimité des institutions politiques occidentales postérieures à la Deuxième Guerre
mondiale. Les chambres à gaz jouent, dans le système actuel des représentations, le
rôle dévolu naguère à l'enfer. Si le socialisme promet de faire descendre le paradis sur
la terre, le national-socialisme y fit déjà monter l'enfer. Toute vision messianique
s'appuie, hélas! sur une hallucination diabolique introduite dans l'histoire.
L'originalité anthropologique de ces religions séculières (4) qu'ont été et que sont à
des titres divers, les fascismes, le marxisme soviétique et l'Holocauste est de dénier à
leurs fondations tout caractère religieux en invoquant les évidences de l'histoire. A la
différence de la résurrection du Christ, les chambres à gaz ne présentent, à première
vue, rien de surnaturel. Je dis "à première vue", car une lecture méditée du récit publié
par celui qui devrait en être le témoin privilégié, M. Philip Muller, ne peut que
suggérer cette surnature, dans l'arborescence symbolique de son imaginaire (5).
Je dois encore constater que cette "légèreté" faurissonienne fut, hélas! partagée par les
magistrats qui l'ont condamné. Les conclusions du ministère public de la première
chambre civile laissent transparaître, sans l'identifier, la nature religieuse de
l'accusation lancée contre M. Faurisson.
80
de concentration" (p. 27). Je pense que M. le premier substitut fut ici victime d'un
lapsus calami. Au lieu de "chambres à gaz", il écrit "camps de concentration" dont M.
Faurisson n'a jamais mis en doute l'existence ni la réalité. "Légèreté", sans doute? Je
laisse ces vétilles pour traduire en termes simples les conceptions profondes du
ministère public: M. Robert Faurisson ne croit pas au dogme des chambres à gaz et,
de ce fait, il pervertit les jeunes générations.
Comment ne pas découvrir la ressemblance de cet énoncé à celui d'une très ancienne
accusation d'impiété? Je ne crois pas manquer au respect en rappelant que, en l'an 399
avant Jésus-Christ, Mélétos et quelques citoyens d'Athènes introduisirent devant les
tribunaux une accusation pour impiété contre Socrate, fils de Sophronisque. Socrate,
dirent ces quidams, n'honore pas les dieux que la cité révère et pervertit la jeunesse.
Pour prévenir toute confusion, je dis bien que je ne compare pas M. Faurisson à
Socrate mais l'accusation portée contre mon collègue à celle qui conduisit Socrate à la
mort.
J'appelle enfin l'attention sur l'énoncé de l'objet statutaire de l'association Fils et Filles
des déportés juifs de France: "Le regroupement des enfants des victimes de
l'Holocauste, la défense de la mémoire de leurs parents et la lutte contre l'oubli ou la
dénaturation de leur tragique destin." Le culte de la mémoire des déportés français
d'origine juive s'identifie purement et simplement ici avec le culte holocaustique, sans
que ladite association apparaisse ordinairement comme une association cultuelle ou
une congrégation religieuse.
Il est tout à fait légitime que, à la suite des persécutions et massacres de caractère
raciste perpétrés par le gouvernement d'Hitler, une immense réprobation se soit élevée
parmi les survivants et qu'elle ait pris, chez beaucoup, la force d'une conviction
religieuse. La représentation populaire de l'Holocauste, en donnant au sacrifice du
peuple juif une forme christique, a singulièrement œuvré à la réconciliation entre
chrétiens et juifs, et l'anthropologue ne peut que s'en réjouir. Il arrive cependant un
moment où le bénéfice d'un consensus social de nature religieuse s'épuise pour laisser
81
apparaître sa face d'ombre, c'est-à-dire d'intolérance, et pis d'inquisition! Or, n'est-ce
pas à vous déguiser en inquisiteurs que vous invitent inconsciemment les parties
civiles et demanderesses à partir du moment où le "préjudice moral" allégué résulte en
fait d'un délit d'impiété?
Cette vigilance ne devient-elle pas chaque jour plus urgente dans un monde où les
fanatismes religieux, que l'on pouvait croire assoupis, renaissent pour s'affronter avec
une violence meurtrière, tout spécialement au Proche-Orient où chrétiens, juifs et
musulmans s'entre-tuent avec une désespérante monotonie?
82
Notes
1. Je m'inspire du titre que Mme N. LORAUX a donné à sa thèse: L'Invention
d'Athènes, Mouton.
83
Annexe
Comité d'action de la résistance (C.A.R.) dont le siège social est à Paris 12·, 10, rue
de Charenton, représenté par son président Mme Marie- Madeleine Fourcade,
représenté également par M e Jean-Claude Dubarry, avocat
Amicale des déportés d'Auschwitz et des camps de Haute-Silésie, dont le siège est
à Paris 16e, 10 rue Leroux représentée par son président Mme Marie Élisa Cohen,
Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples, dont le siège est à
Paris 2, 120, rue Saint-Denis, représenté par M. Pierre Paraf, son président,
représentés par M Manfred Imerglik, avocat.
84
Association des Fils et filles des déportés juifs de France, 78, rue de la Fédération à
Paris 15e, représentée par son président, M. Henri Golub, représentée par M Lucien
Halimi, et par M e Serge Klarsfeld, avocats.
Intervenante
Défendeurs
M. Robert Faurisson, de nationalité française, demeurant 10, rue .... représenté par M e
Éric Delcroix, avocat, assisté de Me Chotard, avocat plaidant (du barreau de Nantes).
La S.A.R.L. "Le Monde", 5, rue des Italiens à Paris, Y, représentée par M e Yves
Baudelot, avocat.
La Société du Nouveau Quotidien, éditrice du Matin de Paris, 21, rue Hérold à Paris
1r, représentée par M. le Bâtonnier Jean Couturon.
Intervenants
M. Guillaume Pierre Noël Charles, de nationalité française, domicilié 16, rue ... .
Ministère public
Composition du tribunal
85
Secrétaire greffier
M. Michaud.
Débats: aux audiences des 1r et 2 juin 1981 tenues publiquement, le ministère public
ayant conclu à l'audience publique du 17 juin 1981.
Plus précisément, il a, dans ces mêmes écrits, affirmé qu'après quatorze ans de
réflexion personnelle et quatre ans d'une "enquête acharnée", la certitude s'est faite en
lui que les "prétendues chambres à gaz", à la réalité desquelles il avait lui-même
d'abord cru et qui auraient, "selon la science historique officielle", constitué l'un des
moyens d'élimination physique utilisés par le régime allemand nazi, durant la
deuxième guerre mondiale, n'ont jamais existé;
Que, se voulant "porteur d'une bonne nouvelle pour la pauvre humanité" et chargé de
la mission de la révéler, Robert Faurisson entend proclamer que "les prétendues
chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des juifs forment un seul et
même mensonge historique";
Cette thèse, amalgamant le "problème des chambres à gaz" et celui du "génocide des
juifs", a été exprimée, notamment, au travers d'un article publié par Le Matin de
Paris (16 novembre 1978) et de trois autres articles publiés au titre du droit de
réponse par Le Monde (16 et 29 décembre 1978 et 16 janvier 1979);
Acceptant de tenir M. Faurisson pour un "historien", la L.I.C.R.A. lui fait grief d'avoir
"manqué à ses obligations rigoureuses de conscience, de prudence et de sérieux", gage
de l'objectivité de ses recherches et de ses conclusions, et d'avoir ainsi commis une
faute "de caractère délictuel certain", engageant sa responsabilité par application des
articles 1382 et 1382 (sic!) du Code civil;
Pour réclamer la réparation du préjudice moral que cette faute lui aurait causé, la
L.I.C.R.A. conclut à l'allocation d'un "franc symbolique", à titre de dommages-
intérêts, et à la publication du jugement à intervenir aux frais avancés de M.
Faurisson;
86
justification sérieuse un certain nombre de preuves retenues jusqu'alors par des
instances judiciaires nationales et internationales".
***
Ces associations entendent obtenir, pour chacune d'elles et à l ' encontre de M. Robert
Faurisson, la réparation de leur préjudice propre, en la même forme et sur la base de la
même faute délictuelle que celles retenues par la L.I.C.R. A. au soutien de sa
demande.
***
Par les mêmes assignations et à seule fin de leur voir déclarer opposable le jugement à
intervenir, ont été appelées en la cause les sociétés éditrices du journal Le Monde et
du journal Le Matin de Paris;
Ces sociétés ont pris acte de ce qu'aucune condamnation n'était requise contre elles
puisqu'elles n'avaient agi que dans les limites de leur droit et de leur devoir
d'information du lecteur, sans jamais apporter leur caution aux thèses de Robert
Faurisson.
***
87
tend pas à la protection de l'objet ou de l'intérêt collectifs visés dans leurs statuts
respectifs.
Refusant, d'autre part, toute compétence aux Tribunaux pour déterminer et imposer
"une vérité officielle" et pour "trancher entre des vérités sans cesse mouvantes", M.
Faurisson – qui conteste s'être jamais présenté comme un "historien" – fait plus
particulièrement grief aux association s demanderesses de se cantonner dans des
allégations dépourvues de toute rigueur et non confortées par des éléments de preuve
sérieux et irréfutables, "au besoin par un témoignage circonstancié, fût-il unique";
En tout état de cause et pour la sanction d'une action qu'il tient pour "abusive et
vexatoire", M. Faurisson réclame à chacun de ses adversaires paiement d'un franc à
titre de dommages-intérêts, outre 3.000 francs, par application de l'article 700 du
nouveau Code de procédure civile, et la publication forcée du jugement à intervenir.
***
Leur intervention volontaire est faite, d'abord à titre accessoire (art. 330 nouveau
Code de procédure civile).
Les intervenants exposent, à cet égard, qu'ils ont intérêt, pour la conservation de leurs
droits, à apporter leur soutien à M. Robert Faurisson, parce qu'ayant notamment édité
un "mémoire en défense" ou ayant manifesté au même Robert Faurisson leur
"solidarité intellectuelle et morale", ils peuvent craindre qu'un jugement admettant la
thèse de la L.I.C.R.A. provoque, à leur endroit, "des conséquences préjudiciables tant
sur le plan juridique que politique ou professionnel".
Mais l'intervention volontaire des personnes susnommées est également faite à titre
principal (art. 329 nouveau Code de procédure civile).
88
Les intervenants sollicitent, en outre, la publication du jugement aux frais avancés de
la L.I.C.R.A. et l'allocation, à leur profit, d'une somme de 10.000 francs, au titre de
l'article 700 du nouveau Code de procédure civile.
Attendu que les instances judiciaires engagées successivement par les Associations
demanderesses et les interventions volontaires – accessoires ou principales – qu'elles
ont suscitées présentent entre elles, un lien tel qu'il est de l'intérêt d'une bonne justice
de les juger ensemble (art. 367, N.C.P.C.);
Que l'intervention d'une décision judiciaire commune à toutes les parties en cause
apparaît être la mesure la plus pertinente pour la solution du litige.
Sur la recevabilité
Attendu qu'une association déclarée est recevable à former une action civile destinée à
assurer l'accomplissement et la défense de l'objet statutaire dont chacun de ses
membres ou adhérents lui a confié la charge collective, et ce indépendamment du
préjudice personnel subi par chacun d'eux ou du préjudice social dont la réparation
incombe aux seules diligences du Ministère Public;
Attendu que la thèse, soutenue par M. Faurisson dans les articles de journaux
incriminés, doit être reprise dans ses deux propositions essentielles:
1. Hitler n'a jamais ordonné ni admis que quiconque fût tué en raison de sa
race ou de sa religion,
2. Les prétendues chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des juifs
forment un seul et même mensonge historique;
Attendu que ces deux propositions peuvent être éclairées par les propos que M.
Faurisson a tenus, en cours d' instance, le 17 novembre 1980 [ * Erreur, lire: 17
décembre. Note de l 'éditeur.], au micro d'Europe n· 1: "Le mensonge historique a
permis une gigantesque escroquerie potitico – financière dont les principaux
bénéficiaires sont l'Etat Israël et le sionisme international et dont les principales
victimes sont le Peuple allemand, mais non pas ses dirigeants, et le Peuple
palestinien tout entier";
Attendu qu'en l'état de ces propos ainsi reproduits et qui mettent en cause la réalité du
"génocide des juifs"ou le fait procéder d'une escroquerie minutieusement préparée et
89
réalisée, les Associations demanderesses sont justifiées à prétendre qu'ils portent
directement atteinte aux intérêts légitimes dont elles ont la charge et pour la défense
desquels elles ont été créées:
Attendu qu'en ce qui concerne l'association dénommée "Fils et filles des déportés juifs
de France", il doit être relevé que ses statuts ont été déposés à la Préfecture de Police
de Paris le 17 janvier 1979 et publiés au Journal Officiel du 1r février 1979;
Attendu que cette Association, qui fonde son action, de façon exclusive, sur les textes
publiés par M. Faurisson entre le 16 novembre 1978 et le 16 janvier 1979, n'est pas
recevable à poursuivre la réparation d'un préjudice moral né et consommé
antérieurement à sa constitution définitive;
Que, dès lors, sa présence aux débats ne saurait être tenue, en tant que de besoin, que
pour une simple intervention volontaire accessoire (article 330, N.C.P.C.), destinée à
appuyer les prétentions des autres associations demanderesses;
Attendu qu'à ce titre, l'intervention des Fils et fille s des déportés juifs de France est
recevable, l'Association en question ayant pour objet "le regroupement des enfants des
victimes de l'holocauste, la défense de la mémoire de leurs parents et la lutte contre
l'oubli ou la dénaturation de leur tragique destin".
Attendu, certes, que celui-ci conteste avoir jamais pris cette qualité et déclare se
contenter de n'être qu'un "spécialiste de critique de textes et de documents";
Mais attendu que la recherche et la critique des textes écrits constituent le principe
fondamental de la démarche de l'historien et qu'au surplus, en fustigeant les idées
acquises d'une "Histoire officielle" et le conformisme ambiant "imposé par les.
historiens exterminationnistes" M. Faurisson entend sauvegarder son "droit à la
90
recherche de la vérité historique", par opposition à ce qui ne serait qu'une "vérité
politique";
Attendu que les Tribunaux, appelés à trancher des litiges avec des matériaux
exclusivement fournis par les parties, n'ont ni qualité ni compétence pour juger
l'Histoire;
que, démunis de tout pouvoir de recherche inquisitoriale ou d'action d'office, ils n'ont
pas reçu de la loi mission de décider comment doit être représenté et caractérisé tel ou
tel épisode de l'Histoire Nationale ou Mondiale;
Attendu que la vérité judiciaire, par essence relative, ne peut être que celle d'un
moment, appliquée seulement aux parties en cause et que, dans ces conditions, il
échappe aux Tribunaux d'imposer une thèse historique qui aurait valeur d'histoire
officielle ou, même simplement, de marquer une préférence en tentant de départager
les tenants de telle ou telle thèse, en fonction d'une idéologie déclarée dont ils seraient
les protecteurs ou d'une prétendue objectivité dont ils seraient les détenteurs;
Attendu, cela étant, que l'historien a, par principe, liberté pleine et entière d'exposer
selon ses vues personnelles, les faits, les actes et les attitudes des hommes ou
groupements d 'hommes ayant joué un rôle dans les événements qu'il choisit librement
de soumettre à sa recherche;
que, bien plus, rien n'interdit au chercheur de faire, s'il le souhaite, de l'histoire dite
"engagée" en apportant, dans ses travaux, une dose de subjectivité ou d'idéologie
supérieure à la moyenne communément admise, dès lors que les résultats d'une telle
démarche intellectuelle et sa sanction restent librement soumis au seul jugement de
ses pairs et de l'opinion publique;
Attendu qu'en cet état, il reste que, si les droits de l'historien peuvent et doivent
s'exercer librement, sans la caution et hors de toute surveillance des tribunaux, et si
l'expression d'une opinion doit rester libre, l'historien ne saurait cependant échapper à
la règle commune liant l'exercice légitime d'une liberté à l'acceptation éclairée d'une
responsabilité;
que, pas plus qu'une autre, la recherche historique ne saurait être tenue, de manière
absolue, pour un "jeu intellectuel", faisant bénéficier celui qui s'y livre à un régime
particulier d'impunité,
Attendu que, s'il est admissible que l'historien spécialiste d'une époque largement
révolue peut, en toute impunité juridique, manier , voire solliciter textes et documents
91
et contribuer ainsi, par un exercice de virtuosité historique, au renversement de statues
ou à l'éradication de thèses ou croyances séculaires, un tel "jeu intellectuel" ne saurait
se concevoir chez l'historien qui choisit de porter ses recherches et ses réflexions sur
une période récente de l'Histoire douloureuse et tragique des hommes, sur une époque
dont les témoins encore vivants et meurtris méritent égards et considération;
qu'alors s'impose un devoir élémentaire de prudence, qui fait l'honneur du savant et lui
inspire le nécessaire "doute scientifique", dans l'incertitude où il se trouve que tous les
documents et tous les témoignages sont bien parvenus au grand jour, sans exception et
de quelque source que ce soit;
qu'il est profondément vrai que "l'histoire se doit d'attendre que le temps permette une
étude sans agressivité de certains problèmes d'horreur" (Olga Wormser-Migot, Lettre
adressée à M. Robert Faurisson le 7 novembre 1973).
***
Attendu que M. Robert Faurisson a fixé, de façon quasi exclusive, son attention sur
l'un des moyens d'extermination dont la réalité a été affirmée, dès la fin du deuxième
conflit mondial et la découverte du système concentrationnaire;
que ses écrits, et notamment ceux qui lui sont imputés à faute à l'occasion de la
présente instance, tendent à écarter, par principe, tous les témoignages rapportant
l'existence des chambres à gaz et à leur refuser toute valeur probante pour avoir été
recueillis sous la contrainte ou grâce à des promesses;
que, de même, tous documents écrits sont repoussés au terme d'une analyse
sémantique toujours orientée dans le sens de la négation;
Attendu que la méthode d'exploration "historique" ainsi adoptée et qu'il appartient aux
seuls spécialistes de peser et de juger, n'empêche pas M. Faurisson d' affirmer sur un
ton quasi messianique, être porteur d' une " bonne nouvelle" et d'annoncer de façon
définitive que "les chambres à gaz n'ont pas existé";
Attendu que, sans avoir à rechercher si un tel discours constitue ou non une "
falsification de l'Histoire", il reste qu'en rejetant dans le néant des mythes ce qu'il ne
peut ou ne veut admettre et en se proclamant définitivement porteur de la "bonne
nouvelle" et de la "vérité historique", M. Faurisson, universitaire français, manque
92
aux obligations de prudence, de circonspection objective et de neutralité intellectuelle
qui s'imposent au chercheur qu'il veut être;
que cette réparation sera assurée ainsi qu'il est dit dans le dispositif du présent
jugement.
Attendu que MM. Serge Thion, Maurice Di Scuillo, Gabor Tamas Rittersporn, Jean-
Luc Redlinski, Jean-Gabriel Cohn-Bendit, Pierre Guillaume et Jacob Assous, qui sont
intervenus volontairement et à titre strictement personnel dans la seule instance
engagée par la L.I.C.R.A., ne sont pas recevables en leur initiative processuelle;
qu'en effet et sur le plan de l'intervention accessoire (art. 330 N.C.P.C.), l'invocation
d' une, "solidarité intellectuelle et morale" envers M. Robert Faurisson ou la crainte de
voir celui-ci condamné ne saurait justifier un élargissement du débat ouvert par
l'assignation initiale, alors que seule une volonté positive et concrète de protéger des
droits personnels autorise un tiers à participer à des débats judiciaires qui ne le
concernent pan directement;
Attendu, d'autre part, qu'en ce qui concerne leur intervention principale avec demande
de condamnation de la L.I.C.R.A. les intervenants ne peuvent, de même, justifier d'un
préjudice direct et personnel que la L.I.C.R.A. leur aurait causé en recherchant la
responsabilité exclusive de M. Faurisson, pris en qualité d'historien;
que cette responsabilité étant retenue par le présent jugement, la procédure engagée
par la L.I.C.R.A. ne saurait être tenue pour "abusive" et préjudiciable plouc les
intervenants.
93
PAR CES MOTIFS;
Le Tribunal,
Joint les instances figurant au rôle sous les numéros 39.152, 39.153, 39.154, 39.155,
39.156, 39.597 et 41.354;
Dit que l'action formée par l'Association "Fils et filles de déportés juifs de France",
vaut, en tant que de besoin, comme intervention volontaire aux débats à titre
accessoire;
1. Le Monde,
2. Le Matin de Paris,
3. Historia,
et ce, aux frais avancés par M. Robert Faurisson, sans que le coût de chaque
publication puisse être supérieur à 20.000 F. sous réserve cependant d'une plus juste
appréciation au vu de devis ou factures;
Rejette comme non recevables ou non justifiées les interventions volontaires formées
contre la L.I.C.R.A. par MM. Serge Thion, Maurice Di Scuillo, Gabor Tamas
Rittersporn, Jean-Luc Redlinski, Jean-Gabriel Cohn-Bendit, Pierre Guillaume et
Jacob Assous;
94
Donne acte aux Associations demanderesses de ce qu'elles déclarent ne requérir
aucune condamnation à l'encontre des sociétés éditrices des journaux Le Monde et Le
Matin de Paris;
Condamne M. Robert Faurisson aux dépens nés de chacune des instances principales
et dit que la S.C.P. Lévy et Korman, Me Jean-Claude Dubarry, Me Manfred Imerglik
et Me Serge Klarsfeld, avocats, pourront recouvrer directement contre lui ceux des
dépens dont ils ont fait l'avance sans avoir reçu provision;
Dit que les Associations demanderesses supporteront la charge des dépens nés de la
mise en cause des sociétés éditrices des journaux Le Monde et Le Matin de Paris;
Dit que MM. Serge Thion, Maurice Di Scuillo, Gabor Tamas Rittersporn, Jean-Luc
Redlinski, Jean-Gabriel Cohn-Bendit, Pierre Guillaume et Jacob Assous supporteront,
par parts égales entre eux, les dépens nés de leur intervention volontaire aux débats;
Fait et jugé à Paris le mercredi huit juillet mil neuf cent quatre-vingt-un.
Le secrétaire-greffier, Le président,
95