«
Le Maroc est le pays le plus inégalitaire d’Afrique du Nord » : tel est le constat implacable
fait par l’ONG Oxfam, L’expertise plaide pour une fiscalité plus équitable et établit par là
même, un constat précis et consistant des inégalités de richesses qui déchirent le pays.
Une chose est sûre : le rapport d’Oxfam est tombé à point nommé alors que gouvernement
s’apprêtait à lancer, les 3 et 4 mai 2020 à Rabat, des troisièmes assises de la fiscalité sous le
thème de l’« équité fiscale ». L’objectif déclaré de cette entreprise à terme étant de fournir
aux politiques une base de travail pour l’élaboration d’un projet de loi-cadre (2020-2024)
visant la réforme du système fiscal.
LE PRINCIPAL CHALLENGE est de réfléchir à une modernisation « par le haut » d’un
dispositif fiscal archaïque fondé sur les rentes et les privilèges.
Pour l’anecdote, la préparation de ces assises de la fiscalité a été confiée à Mohamed Berrada,
économiste et ex-ministre des Finances, durant les années 1980.
En 1988, le jeune ministre libéral, avait accusé à l’époque le patronat de défendre des rentes
de situation, en s’opposant à la libéralisation du commerce.
Trois décennies après (c.à.d. en 2018), cet homme est appelé, cette fois-ci par le roi
Mohammed VI pour empêcher le Maroc de basculer dans le club des paradis fiscaux. Le
challenge est de réfléchir à une modernisation « par le haut » d’un dispositif fiscal archaïque
fondé sur les rentes et les privilèges.
On est loin ici de la philosophie de la justice sociale qui se traduit par une redistribution juste
et équitable des richesses.
À l’origine, l’équité fiscale a toujours été un principe fondateur des régimes démocratiques.
D’après Mr BERRADA une bonne réforme fiscale consiste à baisser les taux, de l’impôt sur le
revenu comme de l’impôt sur les sociétés, tout en élargissant la base. Tout cela doit être
établi progressivement, sur une période de cinq ans.
Pour l’impôt sur les sociétés, il est impératif de garder la progressivité car elle réduit les
inégalités.
En revanche, il faut adopter le principe de la neutralité au niveau de la TVA, car les taux
multiples compliquent la vie des entreprises, qui n’arrivent pas toujours à récupérer les
taxes versées à l’État.
Enfin, il faut supprimer la cotisation minimale, qui est, selon lui, un impôt injuste. Ce n’est
pas normal que les entreprises paient un impôt sur un résultat déficitaire. En parallèle, il
faut multiplier les contrôles chez les entreprises qui déclarent des déficits chaque année !
On oublie souvent que l’impôt, c’est la reconnaissance d’un citoyen vis-à-vis d’un état. Il n’y
a pas de démocratie sans civisme fiscal.
La légitimité de l’État dépendait ainsi de la perception des impôts en vue d’assurer les
services publics dans l’intérêt général de la collectivité.
Dans les régimes autoritaires, le système fiscal est souvent considéré comme un outil régalien
qui tend à asseoir la supériorité du pouvoir en place, notamment à travers le financement de
son appareil répressif et son train de vie luxueux.
Car l’impôt payé par les particuliers, en plus de servir de mécanisme de redistribution et de
solidarité, se justifie par la nécessité pour l’État de collecter des ressources, d’un côté, afin de
pouvoir fournir, de l’autre, des services et prestations sociales universelles comme l’éducation
et la santé.
Or, payer des impôts mais ne pas avoir, en face, une école digne de ce nom pour la
progéniture et des hôpitaux décents où se soigner relève au minimum de l’injustice social.
Dans certains pays, la dépense moyenne annuelle des ménages fait ressortir également le
montant des impôts payés au même titre que les autres rubriques comme l’éducation, la
santé, l’alimentation, le logement…
Mais ceci est passé sous silence par nos statisticiens. Pour établir l’injustice envers les
ménages marocains, il faut d’abord que le HCP revoie sa méthodologie et qu’il fasse ressortir
lors de sa prochaine enquête sur la dépense des ménages ce que ces derniers déboursent en
impôts et en même temps leurs dépenses pour l’éducation des enfants. Une fois ce double-
emploi établi de manière flagrante, il faudra corriger l’injustice en permettant la
déductibilité des impôts. D’ailleurs, la piste avait fait partie des recommandations des
fameuses Assises de la fiscalité de 2013 et consignée noir sur blanc dans les actes il y a plus de
cinq ans. Mais étrangement elle est restée lettre morte…