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EHESS

La naissance du Cameroun (1884-1914) (The Birth of Cameroon, 1884-1914)


Author(s): Adalbert Owona
Reviewed work(s):
Source: Cahiers d'Études Africaines, Vol. 13, Cahier 49 (1973), pp. 16-36
Published by: EHESS
Stable URL: [Link] .
Accessed: 18/11/2011 08:31

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ADALBERT OWONA
Universitd du Cameroun

La naissance du Cameroun (I884-I9I4)

Jusqu'a une date recente, celle de l'indipendance (IeJ janvier I960),


et meAme au-deld, les circonstances dans lesquelles les Allemands ont ite
amenes d mettre la main sur le (( Cameroun ))demeuraient quelque peu mys-
terieuses. La plupart des auteurs de langue fran9aise ou anglaise qui ont
aborde' ce probleme sont d'une impre'cision singulilrement detconcertante.
Les conditions dans lesquelles la prise de possession du pays s'est effectue'e,
la chronologie ou le film des eve'nements,I'inventaire et le contenu des traites
conclus entre les chefs indigenes et les commer9ants allemands, tout cela
a souvent dte relate d'une maniere vague et confuse, sans parler des erreutrs
que l'on peut relever dans la plupart des ecrits.
Cet Jtat de choses s'explique evidemment par le fait qu'aucun des auteurs
concernes ne sem ble avoir eu entre les mains les documents d'archives rela-
tifs d I'installation des Allemands au (( Cameroun )) en juillet I884. Le
resultat: les auteurs se copient les uns les autres et leutrs etudes se fondent
essentiellement sur des sources de seconde main.
C'est en poursuivant nos recherches sur les sources efcritesde l'histoire
du Cameroun' qu'il nous a ete donne de mettre la main sur plusieurs dos-
siers conserves aux archives allemandes de Potsdam, en R6publique Demo-
cratique d'Allemagne. Ces dossiers, au nombre d'une quinzaine, ont tous
trait d l'installation des Allemands dans la baie de Biafra.
Le present travail, extrait d'une these de doctorat d'Itat es lettres en
preparation2, a non seulement pour but de combler les lacunes qui viennent
d'etre signalees, mais aussi de preciser les conditions tres gen6rales qui ont
preside d la formation territoriale et d l'organisation administrative du
Cameroun allemand.
Pre'cisons, d'autre part, que le Cameroun, tel que nous le connaissons
aujourd'hui, c'est-ad-dire comme entite territoriale, humaine et politique
ayant des contours et des frontiWresbien definis, n'existait pas avant I8943.
i. Nous nous proposons en effet de publier a ce sujet un ouvrage dont le titre
sera: Les sources dcrites de l'histoire du Cameroun, des ddcouvertesportugaises au
lendemain de la Premitre Guerre Mondiale (I472-I9I9).
2. Cette these a pour th6me d'etude: Le nationalisme camerounais : ses fonde-
ments et ses manifestations.
3. Les frontieres du Cameroun ont 6t6 d6finies avec une suffisante pr6cision
entre 1885 et I894. Elles ont W modifi6es en i9ii, I9I6 et i96i.
NAISSANCE DU CAMEROUN I7

La re'gion qui allait devenir le Cameroun etait alors ethniquement et politi-


quement tyes morcele'[Link] ne comptait pas moins d'une centaine de groupes
ethniques differents, parlant chacun son dialecte, adorant chacun ses dieux,
possedant chacun son histoire, ses coutumes et ses traditions. Les systeenes
politiques allaient du type non etatique (les populations bantu de la foret
(sud-camerounaise ))et les populations dites paiennes du ((Nord-Cameroun )))
jusqu'aux formes etatiques du pouvoir (les petits royaumes cotiers, les
chefferies Barnilgke, les royaumes Bamoun et Tikar, les principautes
Kotoko, les sultanats et lamidats du (( Nord-Cameroutn )), etc.). De la mieme
maniere, les structures sociales variaient du type clanique egalitaire jusqu'au
type ((feodal ))fortement hierarchise'.
Le terme meme de (( Cameroun )) n'apparait guere avant le XVIe siecle.
Le Cameroun tire son nom d'un mot portugais, camarao (pI.: cama-
roes), qui signifie (( crevette )) et non pas (( crabe )), comme on l'a parfois
ecrit. Les Portugais atteignirent, en effet, le fond du golfe de Guinee a' la
fin du XVe si'ecle, en I47I-72 semble-t-il. Ils furent frappes par un pheno-
mine extraordinaire qui se produit encore de nos jours, tous les quatre ou
cinq ans: le pullulemett dans une riviere de la cote (le Wourti) de crustaces
de couleur blanchatre. Ils appelerent le vaste estuaire du Wouri (( Rio dos
Camardes )), la riviere des crevettes'. Sous l'influence espagnole, l'estuaire
du Wouri fut designe sous la forme de (( Rio de los Camerones )) ou (( Rio
dos Camerones ). Sous l'influence anglaise, le nom se transforme au
XIXe siecle en ( Cameroons ) (( Cameroons River ))). Pendant longtemps,
il fut attribuxed la contree sise de part et d'autre des rives du ((Fleuve Came-
roun )) ((( le pays des Camarones )) ou (( la province des Camarones ))) et
aux habitants de cette meme contree ((( les Camarones )). II fut egalement
donne' a l'actuelle ville de Douala ((( Cameroons Town ), ( at Cameroons )),
(d Cameroun ))), et d la montagne voisine (((Cameroons Mountains)),,le
Mont Cameroun ))). En I9O1, les Allemands d'tendirentla denomination,
de forme germanique, ((Kamerun ))d 1'ensemble du pays, c'est-d-dire d leur
colonie, distinguant ainsi le pays de (( la ville de Cameroun )) qui requt, a'
partir de cette date, le nom de ((Douala )), le nom des populations qui habi-
tent cette region. Les Fran9ais en ont fait (( Cameroun )) (((le pays du Came-
roun )) ou ((le pays des Cameroitns )),((au Cameroun ))ou ((aux Camerouns ))).

i. Aucun document historique, I notre connaissance, ne permet d'identifier


de fa,on certaine les Portugais qui ont d6couvert 1'estuaire du Wouri et lui ont
donne le nom de (( Rio dos Camaroes )), contrairement a l'hypoth6se avanc6e par
plusieurs auteurs qui attribuent cette d6couverte a Fernando P6, parce que celui-ci,
((navigando [au debut de l'ann6e I472] desde o Cabo Formoso para Leste, desco-
briu os Camaroes, cujus montanhas receberam depois o seu nome: Serra de Fer-
nando P6 [Cameroons Mountains] [...] P6, navigando dos Camaroes para Sudoeste,
descobriu e denominou a Ilha Formosa, que depois tomou o seu nome: Fernando
P6 )) (Historia da Expansdo portuguesa no munzdo,Lisboa, I937, I, 2- parte, capi-
tulo IX, p. 360). Mais i'histoire ne nous dit pas si, de l'lle Formose, Fernando Po
s'est dirig6 vers 1'estuaire du Wouri ou s'il est rentre directernent au Portugal.
En revanche, le fait que Lopo Gon9alves, au cours de son voyage effectu6 vers
1473-74, (( desde os Camar6es descobriu e denominou: o Rio Gabao, e mais para
o Sul, o Cabo de Lopo Gonvalves ))(Historia da Expansdo..., I, p. 360), nous incline
i penser que c'est probablement lui qui a d6couvert 1'estuaire du Wouri.
2
I8 ADALBERT OWONA

On trouve egalement dans les textes ( Cameroon ), ( Cameruns ), ( Kame-


rones )), ((Kameroon )), ((Kameroons (, Kameroun )).
Ainsi donc, quand nous parlons de (( Cameroun prehistorique ) ou de
u Cameroun precolonial ))par exemple, prenons soin d'indiquer qu'il s'agit
de la region qui allait devenir le Cameroun, celui d'aujottrd'hui. Pour ce
faire, mettons le mnotentre guillemets ((( Cameroun ))) ou alors donnons au
pays un tout autre nomi, comme on parle de la Gaule par opposition a la
France.
En re'alite, les faits que nous presentons ici se rapportent bel et bien a'
la naissance et a la formation du Cameroun actuel.

C'est en I884 que Bismarck se resolut a engager une politique d'expan-


sion colonialel. Mais deja au d6but du mois d'avril I883, a l'occasion
d'une convention signee le 28 juin 1882 et publi6e en mars I883 - par
laquelle l'Angleterre et la France garantissaient reciproquement des
droits 6gaux a leurs commerSants dans leurs possessions africaines -,
le Chancelier avait demande a son ministre des Affaires etrangeres, le
comte Hatzfeld, de faire remettre aux magistrats des villes hans6atiques
une note les invitant a proposer des mesures pour favoriser l'extension
du commerce allemand sur la cote occidentale d'Afrique2. Le 9 juillet,
le senat de Breme recommande deux mesures essentielles: la conclusion
de traites de commerce avec les chefs indigenes; la formation d'une
escadre chargee de visiter regulierement les comptoirs allemands pour
faire impression sur les indigenes et pour les intimider. II n'etait abso-
lument pas question d'annexions territoriales3. Quant 'a la Chambre de
commerce de Hambourg, pr6sid6e par le c6lebre n6gociant Adolf Woer-
mann, qui avait des int6rets sur la cote occidentale d'Afrique, elle
adressa 'aBismarck, le 6 juillet, un long et interessant memoire4.
Apres avoir brosse un tableau des possessions europ6ennes sur la cote
occidentale, enumere les maisons allemandes qui y etaient repr6sent6es
et expose la maniere dont elles 6taient traitees dans les colonies etran-

i. Les raisons de cette conversion de Bismarck sont resum6es dans Henri


BRUNSCHWIG, Le partage de l'Afrique noire (Paris, 1971, PP. 15I-I53), qui donne
la bibliographie.
Le fait decisif qui a motive (( le revirement de I884 )) fut incontestablemenit le
mrmoire que le conseiller intime de legation aux Affaires etrangeres, Henri de
Kusserow, adressa a Bismarck le 8 avril I884. Le fonctionnaire allemand y d6ve-
loppait l'idee que, par le biais des compagnies a charte, tres en vogue dans les pos-
sessions anglaises, I'Allemagne pouvait acqu6rir des colonies sans que l']ttat se
charge ni de leur administration ni de leur mise en valeur. Cette id6e plut tellement
I Bismarck que le Chancelier decida de la mettre aussitot en pratique.
2. Cette note est dat6e du I4 avril I883. Elle fut remise aux autorites des villes
hans6atiques par M. de Wentzel, ambassadeur de Prusse 'a Hambourg. Cf. Das
Staatsarchiv: Sammlung der officiellen A ctenstiicke zur Geschichte der Gegenwart,
42-43, Leipzig, 1884, pp. 224-225.
3. Ibid., pp. 225-226.
4. Ibid., pp. 226-243.
NAISSANCE DU CAMEROUN I9

geres et dans les territoires des chefs ind6pendants, le rapport de la


Chambre de commerce de Hambourg montrait la valeur des 6tablisse-
ments coloniaux que l'Allemagne pourrait fonder a l'embouchure du
Niger et dans la baie de Biafra (Cameroun); en raison des conditions
climatiques tres dures dans ces r6gions et des considerations d'ordre
budg6taire, le m6moire s'opposait 'a la fondation de colonies de peuple-
ment, mais recommandait avec insistance I'acquisition de comptoirs
et de territoires d'exploitation comme tres favorable aux interets com-
merciaux de l'Allemagne; il concluait 'a 1'ex6cution d'un programme
comprenant:
( la nomination du consul d'Allemagne sur la C6te de l'Or;
i.
2. la conclusion de trait6s avec l'Angleterre et 6ventuellement avec la France,
en vertu desquels les Allemands, dans les colonies de ces deux ttats, jouiraient
en toute matiEre, particulierement au point de vue de l'acquisition de terres, des
m6mes droits que leurs ressortissants (surtout sur la c6te de Sierra Leone);
3. la negociation avec la France pour la suppression des mesures pr6judiciables
au commerce allemand, de l'interdiction de l'importation des armes au Gabon et
de l'introduction simultanee de grandes quantites d'armes destinees au commerce
par M. de Brazza;
4. la reconnaissance de la validite du trait6 de commerce de I867 par la R6pu-
blique du Liberia; la revision 6ventuelle du trait6 et concession aux Allemands
du traitement de la nation la plus favorisee au Liberia;
5. la protection des interets allemands dans les regions habit6es par des tribus
nbgres independantes par la conclusion de trait6s avec les chefs et par L'6tablisse-
ment de navires de guerre stationnaires;
6. la neutralisation des bouches du Congo et du littoral voisin;
7. la fondation d'une station - Fernando-Po;
8. l'acquisition d'un territoire c6tier dans la baie de Biafra pour la fondation
d'une colonie commerciale. 0,

Le m6moire de la Chambre de commerce de Hambourg plut tellement


a Bismarck que le Chancelier en accepta integralement le programme.
Le 22 decembre, le comte Hatzfeld fit connaltre ,i la Chambre de com-
merce, par M. de Wentzel, les mesures que le Gouvernement comptait
prendre pour r6pondre a ses voeux. I1 annonSait en particulier qu'un
commissaire imperial allait etre d6signe pour se rendre en Afrique et
engager des negociations avec des souverains indigenes dans differentes
parties de la cote occidentale2. Ainsi s'explique la pr6sence du Docteur
Nachtigal sur la c6te du ((Cameroun ))en juillet i884.
Les Allemands y commerSaient depuis longtemps. Des i868, la
Maison Woermann, de Hambourg, avait installe un comptoir 'a Came-
roun. En I875, la Maison Jantzen et Thormahlen, 6galement de Ham-
bourg, participait a Cameroun, elle aussi, 'a la traite de l'ivoire et de
l'huile de palme. A partir de cette epoque, le commerce allemand sur
la cote occidentale d'Afrique connut un developpement et une extension

i. Das Staatsarchiv, pp. 24I-242. Traduction fran9aise dans Louis DELAVAUD,


a La politique coloniale de I'Allemagne )), Annales de l'Ecole Libre des Sciences
Politiques, 15 oct. I887, p. 543.
2. Das Staatsarchiv, p. 244.
20 ADALBERT OWONA

tres rapides. Des I883, la moitie du commerce de l'Afrique occidentale


etait entre les mains des Allemands. Pour concurrencer les Anglais, la
Maison Woermann relia Hambourg et l'Afrique occidentale par une ligne
allemande de navigation a departs reguliers'. D6ja en I874, elle avait
demande au ministere des Affaires etrangeres de nommer un consul alle-
mand 'a Cameroun. Aucune suite officielle ne fut donnee 'a cette requete.
Voyant les succes commerciaux remport6s par les Allemands 'a Came-
roun, certains negociants et residents anglais s'inquieterent. A plusieurs
reprises, ils incit'erent les chefs duala a demander le protectorat bri-
tannique. Des lettres furent adressees au gouvernement anglais a ce
sujet; elles emanaient des chefs et notables duala et meme de certains
missionnaires anglais2. Mais le gouvernement de Londres, soit qu'il
manquat de moyens, soit qu'il fut occupe ailleurs (Nigeria, Egypte,
Afrique du Sud), n'y donna pas suite. Plus exactement, la reponse vint
trop tard3. Les commer~ants allemands profiterent de cette ((ne'gligence)
pour conseiller aux souverains duala de solliciter le protectorat de
l'Empire allemand.
C'est sur ces entrefaites que, le 6 juillet I883, a la demande du minis-
tere prussien des Affaires etrangeres, la Chambre de commerce de Ham-
bourg formula ses propositions; le 22 decembre, le Gouvernement
repondit qu'un envoye sp6cial allait etre designe pour se rendre en Afrique,
mais il r6clama des renseignements plus precis. La Chambre de commerce
de Hambourg dut consulter 'a ce sujet la Maison Jantzen et Thormahlen.
Celle-ci envoya les noms des chefs indigenes avec lesquels il y aurait
lieu de traiter4.
Entre-temps, Adolf Woermann fut reSu en audience par Bismarck
auquel il adressa, le 30 avril I884, un memoire resumant les instructions
qu'S son avis il fallait donner au commissaire imperial envoye en Afrique>.
Ces instructions furent approuv6es et adress6es le I9 mai I884 au consul
g6n6ral, Nachtigal6. Bismarck sut profiter de l'occasion pour donner

i. [Anonyme], (( Les lignes maritimes allemandes vers I'Afrique )), Afrika,


[Munchen], XII, 3, I971, PP. 36-39.
2. Ces lettres se trouvent dans Accounts and Papers, vol. LV. Session 23 Octo-
ber I884-I4 August i885. Africa. NO i (I885). (C. 4279) CorrespondenceRespecting
Afairs in the Cameroons, London, I885, pp. I-I3.
3. C'est le io juillet I884 que le consul Hewett est arriv6 a Cameroun (Douala).
II etait autorise a y proclamer le protectorat britannique. Mais il dut se rendre
a l'6vidence: le drapeau allemand flottait d6ja a Bell-Town, a Akwa-Town et a
Deido-Town depuis le 14 juillet!
4. Das Staatsarchiv, pp. 245-246.
5. Ibid., pp. 248-250.
6. Ibid., pp. 246-248.
Gustav Nachtigal connaissait parfaitemnent I'Afrique. I1 avait parcouru les
regions du Bornu, de l'Adamawa et du Tchad entre I869 et I874. I1 avait pr6sid6
le comit6 allemand de l'Association Internationale Africaine et la Societ6 de Geo-
graphie de Berlin. II avait et6 nomme' consul general d'Allemagne a Tunis en I882,
commissaire imp6rial pour l'Afrique occidentale le 17 avril I884. I1 mourut en mer,
le 20 avril i885, au cours de son voyage de retour. Cf. Hans HEUER, Nachtigal:
eine Biographie, Berlin, I937; Theodor HEuss et al., Gustav Nachtigal, I869-I969,
Bad Godesberg, I969.
NAISSANCE DU CAMEROUN 2I

une esquisse du r6gime colonial qu'il voulait appliquer. II expliqua


notamment:
(( L'installation de tous les rouages administratifs, qui necessitent l'envoi de
nombreux fonctionnaires allemands, F'ktablissement de garnisons fixes avec des
troupes allemandes, 1'engagement pris par l'Empire allemand de porter secours
aux Allemands qui ne craindraient pas d'6tablir dans ces pays des factoreries et
des entreprises commerciales, meme au risque d'entrer en conflit avec les puis-
sances maritimes sup6rieures, n'a jamais kt6 l'idee du Gouvernement. Pour atteindre
le but que nous nous proposons, nous nous contenterons de signer des trait6s
d'amiti6, de commerce et de protectorat, qui nous permettront de soutenir effica-
cement les sujets allemands. '),

En d'autres termes, Nachtigal etait charg6 de conclure des trait6s de


commerce et d'amiti6 avec des chefs indigenes et de proclamer le pro-
tectorat allemand sur certaines localites de la c6oteoccidentale d'Afrique,
dont le ((Togo)) et le ((Cameroun )).
Le 1er juin I884, le commissaire imp6rial s'embarquait, a Lisbonne,
a bord de la Mowe (Mouette). II 6tait accompagn6 de Max Biichner.
Les choses paraissaient tres claires. En fait, elles ne l'6taient pas2.
A Cameroun, en particulier, oiu Anglais et Allemands se livraient a une
course contre la montre pour gagner la confiance des chefs duala, il
6tait difficile de savoir lequel des deux pays l'emporterait et planterait
son drapeau dans cette ville. Les rivalit6s les plus bassement organis6es
ne tarderent pas a etre suscitees. Les Anglais expliquaient aux Duala
que l'Allemagne etait un petit pays sans importance, avec lequel il ne
fallait pas traiter; ils leur rappelaient que leurs chefs avaient sollicit6
le protectorat britannique et leur conseillaient d'attendre l'arriv6e du
consul Hewett qui, revenant d'Angleterre, devait certainement se trou-
ver en mer avec, dans son porte-documents, une r6ponse positive de
Londres. Les Allemands de leur cote ne se faisaient pas faute de d6nigrer
l'Angleterre et attendaient avec anxiWtd l'arriv6e de la canonniere la
Mdwe, plac6e sous le commandement du lieutenant Hoffmann. L'6cho
des succes allemands au (( Togo s) &tait parvenu jusqu'aux oreilles des
Anglais qui avaient constitu6 une petite escadre a Fernando Po. En
l'absence du consul Hewett qui aurait dfu agir, le lieutenant Moore avait
&6 d6pech6 pour observer le deroulement des 6venements et conseiller
aux chefs duala de s'abstenir de toute n6gociation avec l'Allemagne
jusqu'a l'arriv6e imminente du consul britannique. En realit6, il venait
offrir aux chefs la protection anglaise au nom du gouvernement de la
COte de l'Or. Les souverains duala, qui 6taient sans doute d6ja engag6s
avec les Allemands, declinerent cette offre. Le lieutenant Moore, furieux,
se retira en menaSant d'incendier les villages et de d6poser les chefs s'ils
persistaient a vouloir signer un trait6 avec l'Allemagne. Sans d6fense,

I. Das Staatsarchiv, p. 246. Traduction de Pierre DECHARME, Compagnies et


socidtds coloniales allemandes, Paris, 1903, PP. 43-44.
2. Cf. Andr6 CH?RADAME, La colonisation et les colonies allemandes, Paris,
I905, pp. 65-66.
22 ADALBERT OWONA

les rois Bell et Akwa, ainsi que quelques autres chefs se pr6cipiterent chez
le representant de la Maison Woermann pour demander sa protection
contre les menaces britanniques. Les Allemands se concerterent et decide-
rent de hisser eux-memes leur drapeau, sans attendre l'arrivee de Nachtigal.

LE FILAI DES EVENEMENTS'

-II juillet I884. Pendant que ces pourparlers se poursuivaient a


Cameroun, le consul d'Allemagne et agent de la Maison Woermann au
Gabon, Emil Schulze, l'agent de la meme firme 'a Cameroun, Eduard
Schmidt, et le plus jeune des freres Woermann, Eduard, alors en voyage
d'information sur la cote, signaient a Bimbia un traite avec les chefs
indigenes, qui c6daient leur territoire a la Maison Woermann2.
Revenant de Bimbia, le soir, sur leur vapeur cotier Mpongwe, ils
rencontrerent a l'entree de la ("Riviere Cameroun ))la Mawe qui cherchait
le passage. Nachtigal fut rapidement mis au courant des evenements
et la nouvelle de son arriv6e se repandit dans toute la ville de Cameroun.
Quelques heures auparavant, la Mowe avait d'ailleurs crois6 la canonniere
Goshawk sans y preter attention. C'est le lendemain matin que Nachtigal
apprit par un pilote noir du nom de (( Bottle Beer )) que la canonniere
rencontree la veille au soir etait anglaise. I1 fallait donc agir vite3. Un
i. Le document de premiere main relatif 6i ces 6venements est 6videmment
le long rapport que Nachtigal a adress6 - Bismarck sur les acquisitions qu'il a rea-
lis6es sur la c6te du ((Cameroun ))en juillet I884. II est dat6 du i6 aoiut I884. La
copie originale se trouve aux Deutsches Zentralarchiv Potsdam, Reichskolonial
Amt (DZA Potsdam, RKA), Nr. 4202. Ce rapport a paru dans Das Staatsarchiv,
pp. 263-271. A cette source s'ajoutent les documents d'archives suivants: DZA
Potsdam, RKA, Akten, Nr. 4203, 4204, 4205, 4206, 4207, 4208, 4209, 4210, 4211,
42I2, 42I3, 4214, 4447, 4449. Quant aux sources imprimees, elles sont nombreuses;
cf. notamment Max BUCHNER, A urora colonialis: Bruchstiicke eines Tagebuchs
aus dem ersten Beginn unserer Kolonialpolitik, I884-85, Munchen, 1914; Arthur
RAFFALOVICH, ((L'Allemagne et l'Angleterre -I Cameroun)), L'Aconomiste Franfais,
14 mars 1885, pp. 332-334; Accounts and Papers, vol. L V...; M. GAUDEFROY-
DEMOMBYNES, (( Les colonies allemandes dans l'Afrique occidentale )), Revue de
Glographie, XXI, juil. I887, pp. 26-42 ; septembre i887, PP. I78-I9I ; Louis DELA-
VAUD, ((La politique coloniale de I'Allemagne )), Annzalesde l'Ecole Libre des Sciences
Politiques, I5 oct. I887, PP. 523-546, et janv. i888, pp. IO-42; (( Correspondence
between Great Britain and Germany, Respecting the Establishment of a German
Protectorate over the Cameroons Territory, West Coast of Africa, I884 )), British
and Foreign State Papers, LXXVI: I884-1885, London, I892, PP. 755-778; Andr6
CHtRADAME, pp. 63-69; Harry R. RUDIN, Germans in the Cameroons, I884-I9I4,
New Haven, I938, chap. i: (( The Occupation of the Cameroons )); Hans-Peter
JAECK, ((Die Deutsche Annexion )), in Helmuth STOECKER, Kamerun unter Deutscher
Kolonialherrschaft, Berlin, 1960, I, pp. 29-95; Engelbert MVENG, Histoire du
Cameroun, Paris, I963, 5e partie, chap. i et i; Shirley ARDENER, Eye-Witnesses
to the Annexation of Cameroon, I883-I887, Buea, i968, etc.
2. La copie originale de ce traite, comme toutes celles des traites dont nous
parlons plus loin, se trouve aux DZA Potsdam, RKA, Nr. 4447.
3. Les Allemands n'etaient pas sOrs de sortir vainqueurs de la situation. Cf. a ce
sujet le t6moignage d'Eduard WOERMANN, (( Aus dem Tagebuch von Eduard
Woermann )), in Hans ZACHE, Das deutsche Kolonialbuch, Berlin, 1925, pp. 261-264.
Lire 6galement t( Translation of Instructions of Adolf Woermann to Eduard
Schmidt )), in ARDENER, pp. 84-86.
NAISSANCE DU CAMEROUN 23

traite fut signe entre les commerSantsallemands et King Deido. D'autre


part, on pr6para l'6bauche du traits germano-duala qui allait etre
signe le lendemain par King Bell et King Akwa.
I2 juillet. Le samedi I2 juillet au matin, la Mowe vint s'arreter a la
hauteur de Bell-Town et d'Akwa-Town. Dans l'apres-midi, un franc
palabre eut lieu, au cours duquel les rois Bell et Akwa signerent le fameux
trait6 du I2 juillet I884, par lequel ils c6daient, sous certaines reserves,
leur territoire (((le pays appel6 Cameroun)))et tous leurs droits de sou-
verainete a la MaisonWoermann1.
13 juillet. Le I3 juillet, le tambour a convoque a la factorerie une
grande assembl6e. Seuls les chefs devaient y avoir acces. Dans cette
cohue de chefs tranchaient les deux rois Bell et Akwa. Les voici, vus
par Buichner:
(( Le chef Bell fait une impression tout I fait bonne, le chef Akwa, une tr6s
mauvaise. Manga Bell, l'h6ritier du chef Bell, est un Noir merveilleusement beau.
II a & 6duqu6 i Bristol et parle un anglais accompli; au contraire l'autre h6ritier,
Manga Akwa, est tout simplement repugnant. )'

On relit donc le trait6 signe la veille. Les chefs Bell et Akwa sont
disposes a abdiquer au profit du Kaiser. Certes les droits ont 6t6
ceWdsa la Maison Woermann, mais celle-ci a bien l'intention de les
r6troc6derau Reich et a l'Empereur. Et cela fut fait dans une conven-
tion sign6e le meme jour par les commer9ants allemands et le com-
missaire imp6rial, et legalis6e par le consul d'Allemagne au Gabon, Emil
Schulze3.
I1 ne restait plus que la c6r6monieofficielle et solennelle de la prise
de possession du territoire. Mais, on est dimanche, et le roi Bell entend
observer la pieuse coutume britannique du repos dominical. On remit
donc la cer6monieau lendemain.
- 14 juillet. C'est lundi, (( le glorieux jour de l'envoi des couleurs ))4*

Dehors, il pleuvine. Nachtigal a cependant revetu son uniforme de


consul avec toutes ses d6corations. Les officiers de la MVUwesont en
grande tenue. Les civils sont en habits de fete. Un peloton de vingt
matelots command6s par le lieutenant Hoffmann, deux tambours et
trois fifres constituent le d6cor militaire de parade. Meme les Anglais
sont en fete5.
(( Le docteur Nachtigal tient un discours d'abord en anglais, puis en allemand.
Le drapeau s'e16ve solennellement sous un triple 'hoch', les tambours roulent,

I. DZA Potsdam, RKA, Nr. 4447.


2. Cf. BUCHNER,pp. 66-67.
3. DZA Potsdam, RKA, Nr. 4447.
4. BUiCHNER,p. 67.
5. Voir la reproduction photographique de la scene dans STOECKER, entre
pp. 48 et 49.
24 ADALBERT OWONA

les fifres jouent, et pour finir, sont tir6s trois salves de mousqueterie [.. et vingt
et un coups de grosses pikces de la Mowe. ))"

Donc, comme on le voit, une c6r6monie solennelle dans une atmo-


sphere martiale! Le scenario avait 6t6 bien pr6par6 pour faire impres-
sion sur les indigenes, les intimider et pour leur montrer que le Kaiser
6tait un roi tres puissant... Ainsi fut hisse le drapeau allemand sur
Bell-Town, Akwa-Town et Dido-Town. Cela voulait dire que le terri-
toire ainsi delimit62 dtait desormais zone soumise 'a la protection alle-
mande.
I1 n'y eut, sur l'heure, aucune r6action de la part des Anglais. D'ail-
leurs les traites n'affectaient pas leur commerce3. Mais il restait a regler
la question de la Cour d'l:quite .
- i6 juillet. En effet, les Allemands ne pouvaient plus accepter qu'une
institution britannique fonctionne sous leur drapeau. II fut donc d6cid6
qu'une juridiction analogue, sous un autre nom et une pr6sidence alle-
mande, serait maintenue. Le i6 juillet, Nachtigal tint les Anglais au
courant du statut projet6 de ce (( Conseil du Cameroun )) et sollicita leur
adhesion. Les Britanniques r6pondirent qu'ils n'6taient pas qualifi6s
pour traiter cette affaire et qu'il valait mieux attendre l'arriv6e immi-
nente du consul Hewett. Ils refuserent par cons6quent d'assister a la
premiere s6ance du ((Conseil du Cameroun ))5.
- I9 juillet. Et effectivement, la canonnilere Flirt arrivait dans l'apres-
midi du samedi i9 juillet, ayant -i son bord le consul de Sa Majest6
Britannique pour les baies de Benin et de Biafra, pr6sident sup6rieur
de la Cour d'I:quit6, Edward Eyde Hewett. Le commandant de la Mowe
alla lui rendre une visite de courtoisie. Mais le consul avait d'autres
chats 'a fouetter. Sans perdre de temps, il tint conseil 'a bord, le soir
meme, avec ses compatriotes et quelques chefs indigenes dont le roi Bell.
Ne voulant pas se compromettre, King Akwa resta chez lui et n'assista
pas a la r6union. Le consul Hewett reprocha au roi Bell d'avoir negoci6
avec les Allemands sans tenir compte de l'avertissement lanc6 par le
lieutenant Moore, et surtout sans attendre la r6ponse de Londres. Or,

i. BUCHNER, p. 68. Cf. 6galement ((Ueber der Aushissung der deutschen Flagge
in Kamerun )),HanzburgischerCorrespondant, 246, 4 aout I884. Coupure dans DZA
Potsdam, RKA, Nr. 4202, p. 64.
2. Le traite germano-duala du I2 juillet I884 d6limite avec precision (( le
pays appel6 Cameroun, situ6 le long du fleuve Cameroun, entre les fleuves Bimbia
au nord et Kwakwa au sud, et jusqu'au 4?IO', degre de longitude Nord )) (cf. DZA
Potsdam, RKA, Nr. 4447, p. 2).
3. Voir les articles I et 2 du trait6 germano-duala du 12 juillet I884.
4. Tribunal que les Anglais avaient institu6 en I856 pour regler les diff6rends
entre commercants europ6ens et indig6nes. Texte dans Jean-Ren6 BRUTSCH,
((Les traites camerounais )), Atudes Camerounaises, 47-48, mars-juin I955, Pp. 20-23.
5. Cf. (( Les annexions allemandes en Guinee )), L'Exploration, XVIII, I884,
p. 492. Voir les circulaires de Nachtigal dans BUCHNER, PP. 74-76. Vraisembla-
blement, il s'agit des toutes premi6res circulaires qui aient jamais ete diffus6es au
Cameroun par une autorite administrative.
NAISSANCE DU CAMEROUN 25

celle-ci etait positive. I1 fut facile 'a King Bell de r6torquer que, tout
comme le consul lui-meme, la reponse venait trop tard'.
20 juillet. Le lendemain matin, le consul Hewett, en compagnie du
commandant de la canonniere Flirt, rendit visite 'a Nachtigal a bord
de la Mowe et exprima poliment sa protestation contre la prise de posses-
sion allemande de territoires dont les chefs 6taient lh6spar des promesses
prealables au gouvernement de la Grande-Bretagne. II protesta 6gale-
ment contre la decision du consul g6n6ral d'abolir la Cour d'lquit6. Le
commissaire imp6rial transmit cette protestation 'a son gouvernement
et maintint ses d6cisions. Mais, dans la question de la Cour d'tquit6,
il fit preuve de beaucoup de compr6hension en la laissant subsister,
a condition que le repr6sentant interimaire de l'Empire assiste aux
seances pour sanctionner ses decisions. Le consul Hewett accepta cette
solution.
Comme Biichner se trouvait etre le seul ressortissant allemand qui
su't parler et 6crire correctement l'anglais2 et qu'il avait une grande
exp6rience des choses africaines, Nachtigal le nomma repr6sentant int&-
rimaire du Reich 'a Cameroun, en attendant l'arrivee du gouverneur
Julius Freiherr von Soden (I885-I89I). Il lui donna en consequence
les instructions qui se rapportaientau fonctionnement de la Courd'lquit6
et aux relations entre les commercants anglais et les ressortissants
allemands de la ville de Cameroun.
Apres avoir pris cong6 du consul Hewett qui envisageait, lui aussi,
de quitter la ville de Cameroun le lendemain, le commissaire impernal
et sa suite se rendirent 'ala riviere Bimbia situ6e h l'ouest, pour y jeter
l'ancre dans la soiree.
2I juillet. A Bimbia, les Anglais avaient essay6 de devancer les
Allemands. Le I9 juillet, en effet, la corvette anglaise Opal mouilla
devant la localit6 appel6e King William's Town et d6barquaune section.
Mais, apres avoir appris qu'un trait6 avait &6 sign6 le ii juillet avec
l'Allemagne, l'Opalse retira. Et le 2I juillet au matin, Nachtigal vint
hisser le drapeau allemand sur King William's Town et proclamer, de
la meme fa~on qu'a Cameroun,que le pays de Bimbia se trouvait d6sor-
mais sous la protection de l'Empire allemand et sous la souverainet6
de Sa Majest6 l'Empereur.
-22 [Link] avoir d6ploy6 le drapeau allemand a King William's
Town, Nachtigal s'embarqua sur la Mowe le 22 juillet et, poursuivant
son voyage vers le sud, alla hisser le drapeau allemand sur King Passall's
Town (Malimba). Un trait6 y avait &6 conclu le 20 juillet entre le roi
i. C'est la raison pour laquelle on a donn6 au consul Hewett le surnom peu
glorieux de ((Too late Consul >)! (Cf. BRUTSCH, P. 35.)
2. I1 n'y avait alors i Cameroun (Douala), en dehors des int6r6ts allemands,
que des intdr6ts anglais. Par ailleurs, la seule langue europ6enne qui pr6dominait
en ces lieux etait la langue anglaise ou ce que Nachtigal appelle el'anglais n6gre ),
c'est-4-dire le pidgin.
26 ADALBERT OWONA

Passal (Jamb6) et ses chefs et un commer9ant allemand, Rudolph Raben-


horst, agent local de la Maison Woermann.
Nachtigal devait accomplir le meme geste
le 23 juillet, a Small-Batanga, ou un trait' avait 6te conclu le i8 juillet
entre les chefs locaux, dont King Japite, et un commerSant allemand,
H. Dettmering, directeur local de l'etablissement Woermann;
le 24 juillet, a Plantation' et a Kribi2;
le 27 juillet, i Bata3
le 30 juillet, a Campo, ou un traite avait e't conclu le meme jour
entre les chefs indigenes et le commer~ant Wilhelm Hommann.
Dans les jours qui suivirent, Nachtigal hissa encore le drapeau alle-
mand sur plusieurs localites situ6es au sud de Campo:
- le 2 aou't, a Benito4;
- le 6 aouit, a Awouni5;
- le 7 aouit, a Bapouko8;
Puis, le Io aout, le commissaire imp6rial rendit une visite au gouver-
neur franSais du Gabon, Cornut-Gentille. Les deux hommes discuterent
des int6rets territoriaux de leurs deux pays et deciderent d'en r6f6rer
h leurs gouvernements respectifs pour proc6der 'a une d6limitation7.
S'etant rendu compte du bien-fonde des pr6tentions franSaises,
Nachtigal revint au Gabon vers la fin du mois d'aofut et enleva le dra-
peau allemand qui avait &t6 arbor6 par lui sur la rive gauche du Benito.
Le 28 aofut, il rentrait a Cameroun et d6ployait le drapeau imp6rial a
Hickory-Town (Bonaberi), dont le roi Lock Priso avait reparu.
La nouvelle des 6venements du ((Cameroun)) surprit le gouvernement
anglais qui s'y attendait d'autant moins que le comte Miinster, ambas-
sadeur d'Allemagne a Londres, annonSant le voyage de Nachtigal en
Afrique h Lord Granville, lui avait 6crit le 20 avril I884:
(( Le consul imperial, le docteur Nachtigal, a et6 d6sign6 par le Gouvernement
pour visiter dans le courant du mois prochain la c6te occidentale d'Afrique afin

i. Trait6 conclu le i8 juillet I884 entre King Gray et le commer9ant Dettmering.


2. Traite conclu le i8 juillet I884 entre King Jack et le commer,ant Dettmering.
3. Traite conclu le 2I juillet 1884 entre les chefs indig6nes dont King Villan-
gue et le commercant Wilhelm Homann, agent de la Maison Woermann.
4. Traite conclu les 21 octobre I883 et 23 juillet I884.
5. Trait6 conclu le 2I juillet I884.
6. Trait6 conclu les I7 et i8 juillet I884 entre les chefs indigenes et le commer-
9ant August Lubcke, agent de la Maison Woermann.
7. Le proces-verbal de cette entrevue se trouve aux archives allemandes de
Potsdam, DZA Potsdam, RKA, Nr. 4204. C'est un rapport redige en fran9ais,
intitul6: (( Le Capitaine de Fr6gate, Commandant sup6rieur des ltablissements
Frangais du golfe de Guin6e A Monsieur le Ministre de la Marine et des Colonies.
Libreville (Gabon), le I5 aofit I884 )).II est sign6: Cornut-Gentille)). Cf. 6galement
Adalbert OWONA,(( Au xIxe si6cle d6jIt, l'amitie franco-camerounaise... )), L'Unitd,
[Yaound6], 203, I2-19 f6vr. 1971.
NAISSANCE DU CAMEROUN 27

de completer les renseignements que poss6de le minist6re des Affaires 6trang6res


sur la situation du commerce dans ces parages. II se mettra en communication
avec les autorites des etablissements anglais sur cette c8te et il est autoris6 par le
gouvernement imperial a entamer des n6gociations relatives a certaines questions. ))I

Sous cette derniere phrase, d'une ambiguitR calculee, se cachaient les


projets d'annexion que Nachtigal devait realiser en juillet I884. Le
gouvernement anglais croyait que ce voyage avait pour but l'envoi d'un
rapport sur l'opportunit6 de nommer des consuls allemands sur la cote...
Aussi le charg6 d'affaires d'Angleterre a Berlin adressait-il, le
29 aou't I884, au sous-secr6taired'1ltat des Affaires etrangeresune note
tendant 'a d6montrer l'anciennete des relations amicales du gouveme-
ment britannique avec les chefs du (( Cameroun )). La note insistait lon-
guement sur le fait qu'a plusieurs reprises- les 7 aoiutI879, 6 novembre
i88i et 23 avril I883 -, les rois Bell et Akwa avaient sollicit6 le protec-
torat britannique et qu'on leur avait r6pondu, en mars I882, que la
question 6tait a l'6tude; elle ajoutait qu'il en avait 6tWde meme des
chefs de Bimbia; elle indiquait enfin que des le i6 mai I884, peu de temps
avant de quitter Londres, le consul Hewett avait recu l'ordre d'aller
placer les r6gions de Bimbia et du (( Cameroun )) sous le protectorat
britannique2.
En Allemagne, a l'exception des quelques personnes qui 6taient au
courant des 6v6nements, on ne savait rien de tout cela. Mais, des que la
note du Foreign Office fut connue, une partie de la presse d6sapprouva
les acquisitions r6alis6es par Nachtigal, l'autre partie les approuva. En
tout cas, tout le monde en Allemagne ne fut pas convaincu, surtout
apres les 6v6nementssanglants de d6cembreI884, que les ((Camerounais))
s'6taient bien rendu compte de ce qu'on leur faisait faire et de ce qu'ils
avaient sign6. L'ancien gouverneurint6rimairedu ((Cameroun)),Biichner,
dut, au cours d'une conf6rence donn6e a Mayence, le I3 f6vrier i886,
expliquer longuement que les Noirs du ((Cameroun))avaient agi en pleine
connaissance de cause3. I1 en fut de meme en Angleterre oiu l'opinion,
d'abordviolemment hostile a la colonisation allemande, finit par admettre
le fait accompli4.

i. Cf. ((Correspondence between Great Britain and Germany... )),p. 755.


2. Voir la copie de cette note aux DZA Potsdam, RKA, Nr. 4202, pp. 65-66.
Quant aux lettres des chefs du (( Cameroun )), elles se trouvent dans Accounts and
Papers, vol. LV..., pp. I et 4. On y trouvera 6galement les lettres de protestation
des residents et missionnaires anglais du ((Cameroun )),ainsi que celle des Chambres
de commerce de Bristol et de Liverpool.
3. Cf. (( Die ersten Flaggenhissung in Westafrika )), Deutsche Kolonialzeitung,
I886, p. 130, et Max BUCHNER, ((Afrikanische Vertrage und ihr moralischer Wert )),
Deutsche Kolonialzeitung, i886, pp. 174-175.
4. Voir, par exemple, le journal londonien de l'epoque, Public Opinion, notam-
ment ((Germany in Africa )), Aug. 22, I884, pp. 227-228; ((German Colonisation )),
Jan. i6, I885, PP. 59-6i ; ((The Cameroons )), Jan. i6, I885, P. 7I ; ((The Germans
in the Cameroons )), Feb. 20, I885, P. 223 ; ((England and Prince Bismarck )), Mar. 6,
i885, pp. 288-289; (( Germany and England in Africa )), Mar. 13, pp. 3I9-320.
Cf. 6galement Margaret ADAMS, (( The British Attitude to German Colonization,
i88o-i885 )), Bulletin of the Institute of Historical Research, XV, 1937, PP. 190-I93.
28 ADALBERT OWONA

Mais a Hickory-Town et a Victoria, les Anglais ne se tinrent pas pour


battus. Soutenus sans doute par le consul Hewett, ils inciterent les indi-
genes a la r6voltel. A Hickory-Town et a Joss-Town notamment, ou les
indigenes, dans leur d6sir de rejeter la domination coloniale allemande,
s'6taient souleve's contre les Allemands et leurs amis (( camerounais )),
il fallut envoyer une escadre avec plus de trois cents hommes pour reta-
blir l'ordre. Mais un agent de la Maison Woermann - un certain Pon-
tanius -, pris comme otage par les insurges, n'en fut pas moins mas-
sacr62. Un aventurier polonais du nom de Stephane Rogozinski penetra
dans les montagnes du Cameroun, conclut des trait6s avec des chefs
indigenes au nom de l'Angleterre3 et, avec l'appui du vice-consul
anglais Buchan, souleva les populations contre les Allemands. Au
reste, ces derniers ne se laisserent pas distancer. Du mois de janvier
au mois de mars I885, ils signerent des traites avec les chefs indi-
genes de l'arriere-pays de Bimbia. Ces traites furent ensuite ratifi6s par
Nachtigal4.
En Allemagne meme, Bismarck r6unit le 25 septembre I884, a Frie-
drichsruhe, les chefs des grandes maisons allemandes etablies sur la
c6te occidentale d'Afrique et arreta avec eux les principes de l'orga-
nisation administrative des nouvelles possessions. Le I5 octobre I884,
il notifia officiellement aux Puissances la liste des acquisitions alle-
mandes:

(( Le gouvernement de Sa Majeste Imperiale, pour proteger d'une favon effective


le commerce de la c6te occidentale d'Afrique, a pris sous son protectorat quelques
territoires de cette cote, en vertu soit de traites que le docteur Nachtigal, consul
g6n6ral en mission dans l'Afrique occidentale, a n6goci6s avec des chefs ind6pendants,
soit de traites de protectorat de sujets de l'Empire qui ont acquis certains terri-
toires par des traites avec des chefs ind6pendants.
En consequence sont plac6s sous le protectorat de Sa Majest6 Imperiale: sur
la c6te des Esclaves: le territoire de Togo avec les ports de Lom6 et Bagida avec
l'ile Nikol, Kamerun, Malimba (y compris la partie septentrionale), Petit-Batanga,
Plantation et Criby; dans l'Afrique sud-occidentale: la c6te entre le cap Frio et
le fleuve Orange, a l'exception de la Walfish-Bay. Comme signe ext6rieur de ce
protectorat, le drapeau militaire de l'Empire a 6t6 hiss6 et des bornes ont 6t6 plan-
t6es, il a Wt6proclam6 que tous les droits d6montr6s certains des tiers seraient
respect6s. ))6

i. Les residents anglais du ((Cameroun ))ont naturellement nie avoir 6t6 pour
quelque chose dans la gen6se des 6v6nements. Voir les lettres qu'ils adress6rent
aux autorites allemandes du a Cameroun )) aux DZA Potsdam, RKA, Nr. 4206.
2. Les incidents sanglants des 20, 2I et 22 decembre 1884 ont 6t6 relat6s par
le journaliste allemand Hugo ZOLLER: voir ses reportages dans la Kolonische
Zeitung de I885, PP. 97 et 123. Voir la correspondance de l'amiral Knorr, qui mena
les op6rations, aux DZA Potsdam, RKA, Nr. 4206. Ces 6v6nements ont ft6 racont6s
6galement par GAUDEFROY-DEMOMBYNES, PP. 35-38; STOECKER, PP. 7I-77.
3. Les copies de ces trait6s sont conservees au Public Record Office (Londres),
F.O. 93/6/I3.
4. Les originaux se trouvent aux DZA Potsdam, RKA, Nr. 4449.
5. Cf. Die deutsche Kolonialpolitik, Leipzig, i886, I, p. 65, recueil de documents
officiels; trad. GAUDEFROY-DEMOMBYNES, PP. 33-34.
NAISSANCE DU CAMEROUN 29

Pour rassurer le gouvernement franSais, le Chancelier tel6graphia


de Varzin, le 29 octobre, a son ambassadeur a Paris:

z Un t6lgramme que je reqois a l'instant du docteur Nachtigal me fait connaitre


les mesures qu'il a prises dans le sud de Batanga. Ces mesures semblent ftre en
contradiction avec les pretentions de la France. Dans le cas oii cela serait, nous
ne maintiendrions pas les mesures prises. Faites-en part a M. Jules Ferry. '),

Des le mois de septembre I884, en effet, un rapprochemelnt s'6tait


oper6 entre la France et l'Allemagne a l'occasion des affaires d'Egypte
et du Congo. Les deux gouvernements tomberent d'accord pour inviter
les Puissances europ6ennes a une conference qui devait se tenir i Berlin
et dont le but etait de fixer le r6gime international du Congo et de d6ter-
miner les conditions auxquelles les Etats europ6ens devaient se soumettre
pour que leurs nouvelles annexions en Afrique fussent reconnues par
les Puissances etrangeres. La conference s'ouvrit a Berlin le I5 novembre
I884 et s'acheva le 23 fevrier I885. Elle fut essentiellement consacree
aux questions africaines2. Parmi les mesures prises, la Conference de
Berlin:

i. prenait acte de 1'existence de l'ltat Independant du Congo, avec comme sou-


verain le roi des Belges, Leopold II;
2. posait les principes qui devraient etre respectes a l'avenir pour la prise de pos-
session de nouveaux territoires: tout ttat assurant la prise de possession
devrait adresser une notification aux autres Puissances et effectuer une occupa-
tion r6elle;
3. 6tablissait la libert6 du commerce dans toute la zone que l'on appelait le ((Bassin
conventionnel du Congo )) et qui comprenait le littoral atlantique depuis l'em-
bouchure de la Loge jusqu'a la rive sud de l'Ogoou6, et, du c6t6 de l'Oc6an
Indien, toute la zone comprise entre le Zamb6ze au sud et la fronti6re meridio-
nale de L'Ethiopie, au nord'.

Ainsi donc, Bismarck a r6ussi 'afaire reconnaitre et ratifier par la Conf6-


rence les acquisitions r6alisees en Afrique par Nachtigal. Mieux : il a
permis 'a l'Allemagne de faire son entr6e en Afrique avec la b6n6diction,
pour ainsi dire, des autres Puissances.

i. Cite par DELAVAUD, P. 22.


2. PATZIG, Die afrikanische Konferenz und der Congostaat, Heidelberg, I885;
F. DE MARTENS, ((La Conference du Congo a Berlin et la politique coloniale des
ltats modernes , Revue de Droit International et de Le'gislation Coinparee, XVIII,
i886, pp. 137 sq., Henri CRIBIER, (( L'Europe, le Congo et la Conference africaine
de Berlin )), Annales de l'Eicole Libre des Sciences Politiques, IV, I889, PP. 487-
5I4; Sybil Eyre CROWE,The Berlin West African Conference, I884-I885, London,
I942.
3. Cette libert6 commerciale impliquait la libert6 de navigation pour les navires
de toute nationalit6 sur le Congo et ses affluents, l'entr6e en franchise dans tous
ces territoires des marchandises import6es et enfin l'Fgalitd de droit au point de
vue 6conomique et commercial pour tous les Europ6ens appel6s 'a s'6tablir dans
ces territoires.
30 ADALBERT OWONA

LA FORMATION DU CAMEROUN ALLEMAND

Si, a la fin de l'ann6e I884 et surtout au d6but de I885, nul ne pouvait


plus contester les droits acquis par l'Allemagne sur certaines parties
de la cote occidentale d'Afrique, notamment sur la cote de la baie de
Biafra, le Cameroun, defini comme une entite territoriale et politique
autonome, n'avait toujours pas d'existence propre. En d'autres termes,
le territoire annex6 n'6tait encore d6limit6 par aucune frontiere precise.
C'est 'a cette tache que la diplomatie et les explorateurs allemands
s'attelerent entre I884 et 1894.
La premiere tache a accomplir fut de resorber la tension qui r6gnait
entre l'Angleterre et I'Allemagne depuis le mois de juillet I884 jusqu'au
d6but de l'ann6e I885. I1 y eut entre les deux gouvernements un echange
de notes, parfois aigres-douces, qui finirent par dissiper tous les malen-
tendus'. Les n6gociations entre Lord Granville et le comte Herbert de
Bismarck aboutirent 'a l'obtention par l'Allemagne de deux trait6s
conclus avec l'Angleterre pour 6tablir la portion sud de la frontiere
occidentale du (( Cameroun )). Elles furent resumees dans une note du
ministre au comte Minster le 29 avril i885:
((La Grande-Bretagne s'engage a ne faire aucune acquisition, a n'accepter aucun
protectorat et a ne point s'opposer au d6veloppement de l'influence allemande dans
la partie de la c6te de Guinee et de l'interieur situ6e a l'est d'une ligne qui est
form6e par la rive du Rio del Rey, depuis son embouchure entre 8042' et 8046' de
longitude Est de Greenwich jusqu'a sa source, et qui se dirige en droite ligne vers
la rive gauche du Vieux-Calabar [Cross-River], traverse le fleuve et se termine
par environ 908' de longitude Est en un point appel ' Rapids ' par la carte de I'ami-
raute anglaise.
L'Allemagne prend le meme engagement pour la partie de la c6te de Guin6e
et de l'interieur situee entre la ligne pr6c6demment determinee et la colonie anglaise
de Lagos. Les deux puissances conviennent de s'abandonner les protectorats
qu'elles ont deja acquis hors de leurs limites ainsi fix6es, sauf pour la mission de
Victoria dans la baie d'Ambas, qui reste possession anglaise. o'

Dans une seconde note du meme jour, Lord Granville faisait savoir que
l'Angleterre etait dispos6e 'a ceder Victoria "al'Allemagne, si celle-ci s'en-
tendait au pr6alable avec les missionnaires3. Tout comme la premiere, cette
note fut confirm6e officiellement par le comte de Miinster le 7 mai r885 .
Les Allemands se voyaient ainsi abandonner tout le massif du Mont

i. Cf. ((Correspondence between Great Britain and Germany... I884 ,,, PP. 755-
778; et egalement Accounts and Papers, vol. LV...; Accounts and Papers, vol. LIX.
Session 23 October I884-14 August 1885. (C. 4290). Africa. New Guinea. Memo-
randa of Conversations at Berlin on Colonial Matters between Mr. Meade... and
Prince Bismarck and Dr. Busch, London, I885.
2. Cf. (( Arrangement between Great Britain and Germany, Relative to their
Respective Spheres of Action in Portions of Africa, 29th April - i6th June, I885 )),
in Sir Edward HERTSLEY, The Map of Africa by Treaty, London, I909, III, p. 868.
3. Ibid., p. 86o.
4. Ibid.
NAISSANCE DU CAMEROUN 3I

Cameroun. De plus, par deux notes dat6es des i6 mai et 2 juin I885,
les deux gouvernements se garantissent la liberte commerciale dans
leurs possessions respectives de l'Afrique occidentalel.
Quant au second trait6, ce fut I'accord du 27 juilet - 2 aofut i886,
entre Lord Rosebery et le comte Hatzfeld. I1 prolongeait la frontiere
((du point terminal de la ligne primitive sur le Vieux Calabar ou Cross-
River, en diagonale, jusqu'a la rive droite de la B6nou6, 'a l'est de Yola )2,
laissant cette ville dans le domaine anglais.
Parallelement, des n6gociations avaient W engag6es avec la France
pour la delimitation de la frontiere m6ridionale. Elles aboutirent 'a la
convention du 24 decembre i885, redig6e et sign6e par le baron de
Courcel et le comte Herbert de Bismarck:
(( Le gouvernement de Sa Majest6 l'Empereur d'Allemagne renonce en faveur
de la France a tous droits de souverainet6 et de protectorat sur les territoires
qui ont ete acquis au sud de la rivi6re Campo par des sujets de l'Empereur alle-
mand et qui ont 6t6 plac6s sous le protectorat de Sa Majest6 l'Empereur d'Alle-
magne. II s'engage a s'abstenir de toute action politique au sud d'une ligne suivant
ladite riviere, depuis son embouchure jusqu'au point ou elle rencontre le meridien
situe par io degres de longitude Est de Greenwich (7040' de longitude Est de Paris)
et, a partir de ce point, le parallele prolong6 jusqu'a sa rencontre avec le meridien
situ6 par 150 de longitude Est de Greenwich (I2040' de longitude Est de Paris).
Le gouvernement de la Republique Frangaise renonce a tous droits et a toutes
pr6tentions qu'il pourrait faire valoir sur des territoires situes au nord de la meme
ligne et il s'engage As'abstenir de toute action politique au nord de cette ligne.
Aucun des deux gouvernements ne devra prendre de mesures qui puissent
porter atteinte a la libert6 de navigation et au commerce des ressortissants de
l'autre gouvernement sur les eaux de la rivi6re Campo, dans la portion qui restera
mitoyenne et dont l'usage sera commun aux ressortissants des deux pays. ,

Les limites occidentale et meridionale du (( Cameroun )) se trouvaient


ainsi d6finies avec une suffisante pr6cision. Mais il restait a regler le pro-
bleme de l'hinterland et celui de la d6limitation de la frontiere orientale.
Ce fut l'oeuvre des explorateurs fran,ais et allemands, ceuvre dont les
chancelleries n'ent6rinerent pas toujours les r6sultats.
Sans vouloir aborder ici l'histoire des explorations du Cameroun4,
disons simplement que ces explorations ont donne lieu h des n6gociations
qui ont abouti a la signature de deux accords conclus l'un avec l'Angle-
terre et l'autre avec la France.
Le traite du I5 novembre I893, conclu avec l'Angleterre, fixait la

i. HERTSLEY, pp. 87I-873.


2. Ibid., p. 88o: (( Supplementary Arrangement between Great Britain and
Germany, Relative to their Respective Spheres of Action in the Gulf of Guinea,
27th July - 2nd August, i886 )).
3. Cf. ((Protocole sign6 'a Berlin, IC 24 decembre I885, entre la France et l'Alle-
magne, concernant les possessions frangaises et allemandes i la cote occidentale
d'Afrique et en Oceanie )), in Alexandre J. G. DE CLERCQ, Recueil des traites de la
France, Paris, i888, XV (suppl6ment: 17i5-i885), p. 928.
4. L'histoire de ces explorations n'a pas encore 6t6 ecrite. Elle a ete bien resu-
mee cependant par Robert CORNEVIN, (( Republique F6d6rale du Cameroun
aperqu historique )), AfriquteCentrale, Paris, I962, PP. 380-383 (((Les Guides bleus ))
32 ADALBERT OWONA

frontiere occidentale du (( Cameroun )), de Yola au lac Tchad, laissant


a l'Allemagne le Massif des Mandaral. Quant au second trait62, il fut
sign6 a Berlin le 4 fWvrieri894 et compl6te par l'accord du I8 aoiut I9o83,
a la suite des missions franco-allemandes de delimitation effectuees en
I902-03 et I903-1906 ; il d6finissait la frontiere orientale du ((Cameroun )),
de la confluence Sangha-Ngoko jusqu'au lac Tchad.
C'est donc le trait' du 4 f6vrier I894, complete par l'accord du
i8 aofut I908, qui a achev6 de donner au (( Cameroun )) la forme et les
contours qu'il a connus jusqu'en I96I, a l'exception toutefois du (( Bec
de Canard )) qui, bien que reste celebre4, ne subsista pas tres longtemps
sur la carte. Le territoire ainsi d6limit6 a pris le nom de (( Kamerun 0.
En chiffres ronds, il couvrait 500 ooo km2 et comptait de 2 millions et
demi a 3 millions d'habitants8.
Mais, pour ce qui est des frontieres m6ridionale et orientale, tout fut
completement remis en cause en I9II quand, pour avoir les mains libres
au Maroc, la France dut c6der a l'Allemagne, par le traite du 4 novembre,
le bassin de la Sangha avec des points sur l'Oubangui et le Congo, ainsi
qu'une bande du Gabon. En compensation, bien maigre a la verite,
elle re,ut le (( Bec de Canard ))7. Cette acquisition de I9II constitua ce
que les Allemands appelerent le (( Nouveau Cameroun ,,8 un territoire

I. HERTSLEY, PP. 9I3-9I5: ((Agreement between Great Britain and Germany,


Respecting Boundaries in Africa. Signed in English and German Languages at
Berlin, 15th November, I893 )).
2. Cf. ((La convention franco-allemande relative a la frontiere du Cameroun
Bulletin du Comiti de l'Afrique Franfaise, avr. I894, PP. I8-20.
3. Cf. ((La fronti6re du Cameroun)), Renseignements Coloniaux, supplement au
Bulletin du Comite de l'Afrique Franfaise, aofut I908, pp. i85-187, OU CLERCQ,
I894, XX, PP. I12 et II7.
4. S. HtRELLE, ((Le ' Bec de Canard' )),Renseignements Coloniaux, supplement
au Bulletin du Comit6 de l'Afrique Franfaise, IO, I938, Pp. 26I-264.
S. Le ler avril I90I, le si6ge de l'administration centrale a 6te transfere de la
mville de Cameroun )) (<(Kamerunstadt ))) & Buea. En meme temps, le nom de
l'ancienne capitale, qui 6tait le m6me que celui de la colonie, a 6te change. C'est a
partir de cette date que la (( ville de Cameroun )) porte le nom de Douala
(cf. Deutsches Kolonialblatt, I901, P. 275).
6. Les chiffres varient d'une source a une autre, d'un auteur a un autre.
Cf. Engelbert MVENG, qui semble pourtant d6plorer ce fait, avance les chiffres de
480 ooo km2 et de 3 500 ooo habitants. Le Statesman's Year Book de 1915, g6n6ra-
lement bien informe, parle de 496 938 kmi et de 2 540 000 habitants. Camille FIDEL
(Les colonies allemandes: etude historique et renseignements statistiques, Tonnerre,
I908, P. 32) evalue cette superficie a 495 6oo km' et la population a 3 500 ooo habi-
tants. Jacques FEILLET (((Apr6s le trait6: Congo Franvais et Cameroun allemand)),
Revue Politique et Parlementaire, dec. I9I I, P. 422) indique les chiffres de 495 ooo kmi
et de 2 300 ooo habitants. Dans une lettre au ministre des Colonies (Paris) dat6e
du 29 janvier I9I6, le colonel Mayer dvalue la superficie du Cameroun d'avant I91I
a 500 ooo km" et la population a 2 500 000 habitants (cf. ANSOM, Affaires poli-
tiques, Carton IO50: Le Togo et le Cameroun pendant la guerre de I9I4-I9I8).
Florent Eily ETOGA (Sur les chemins du ddveloppement: essai d'histoire des faits
dconomiques du Cameroun, Yaounde, 197I, pp. i8 et 24), qui cite les sources alle-
mandes, parle, lui, de 495 ooo kmi et de 2 717 io6 habitants, etc.
7. Cf. ((Accord franco-allemand du 4 novembre I9II relatif au Congo )), Bulletin
du Comitd de l'Afrique Fran;aise, nov. 19II, PP. 4I2-431.
8. Karl RITTER, Neu-Kamerun, Jena, 19I2; Emil ZIMMERMANN,Neu-Kanerun,
Berlin, I9I 3.
NAISSANCE DU CAMEROUN 33

de 275 000 a 276 000 ki2, avec une population estimee 'a un million et
demi d'habitants, qui s'ajouta a 1' (( Ancien Cameroun )), celui de
fevrier I894 et d'aoiut i908l.
Territoire de 750 ooo kM2, avec une population estimee 'a un peu plus
de 4 millions d'habitants2, le (( Grand Cameroun )) n'eut pas longue vie.
A peine ne en novembre I9II, il devait etre entame' des le mois de sep-
tembre I9I4 pour etre depece finalement au mois de mars I9I6. Les
troupes anglo-franco-belges, avec la complicite de Camerounais hostiles
aux Allemands3, le conquirent les armes 'a la main4. Par l'accord du
4 mars I9I6, conclu entre la France et l'Angleterre5, le ((Grand Cameroun))
dut subir bien des amputations. 1 fut divise en trois parties. Les terri-
toires cedes par la France 'al'Allemagne en novembre I9II furent pure-
ment et simplement reintegres 'a l'Afrique Equatoriale Fran9aise dont
ils avaient ete detaches. L'Angleterre s'attribua une bande etroite a
l'ouest, un territoire de go ooo kM2, avec une population estime'e a
un peu moins d'un million d'habitants. Quant a la troisiieme partie,
de loin la plus importante - un territoire de 432 ooo kM2, avec une
population evaluee a un peu plus de 2 millions d'habitants -, elle
revint a la France6.

UNE ENTITE TERRITORIALE ET POLITIQUE

Ainsi est ne le Cameroun: une entite territoriale et politique qui a


subsistei malgre les vicissitudes de l'histoire et qui fait aujourd'hui la
gloire et la fierte des Camerounais.

i. Bulletin du Comite de l'Afrique Franfaise, nov. I9II, P. 4I8.


2. ANSOM, Affaires politiques, Carton I050. Cf. aussi MVENG, PP. 360-36I.
3. Cf., par exemple, les temoignages de Gustave BABIN, (( Le Cameroun fran-
,ais )), L'Illustration, 23 sept. I9I6, pp. 296-297, et de Q. F. C. GUNS, (( Doing Her
Bit: an Account of a Cruisers Operations in the Cameroons )),Blackwood's Magazine,
Dec. I9I5, PP. 525-528. Cf. egalement Victor CHAZELAS, Territoires africains sous
mandat de la France: Cameroun et Togo, Paris, I93I, P. 79; Jean DE SAINT-
CHAMANT, (( Une Republique originale : le Cameroun )), Revue des Deux Mondes,
I5 juin I965, P. 54I.
4. Gal de div. AYMERICH, La conque'te du Cameroun, ler aoi't 19I4 - 20 fedvrier
I9I6, Paris, I933; Gal E. Howard GORGES, La guerre dans l'Ouest Africain: Togo,
ao?'t I9I4-Cameroun, I9I4-I9I6, Paris, I933.
5. Les Belges qui, pourtant, avaient pris une part importante aux operations
militaires (plus de 750 hommes), 'a la prise de Lomie et de Yaounde, n'avaient
aucune pretention 'a se maintenir au Cameroun.
6. Les sources d'information relatives 'a toutes ces questions sont encore ine-
dites et se trouvent dispersees dans les dep6ts d'archives d'Europe. Cf., par exemple,
ANSOM, Affaires politiques, Carton IO50 ; Public Record Office (Londres), C.O. 649,
Cameroons I9I9. On lira egalement le ((Rapport au ministre des Colonies sur l'admi-
nistration des territoires occupes du Cameroun de la conquete au 1er juillet 1921 )),
Journal Officiel de la Ripublique Fran9aise, Annexe, 7 septembre I921 ; Raoul
NIcOLAS,Le Cameroun depuis le Traite de Versailles, Saint-Armand, 1922; Report
by His Britannic Majesty's Governmenton the British Mandated Sphere of the Came-
roons for the Year I923, London, I924; CHAZELAS, 2e partie, chap. iii: ((La guerre
et le partage )); MVENG, 5e partie, chap. vi et vii.
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NAISSANCE DU CAMEROUN 35

Le Cameroun allemand, ramen6 dans ses frontieres de ig081, 6tait


divis6 en dix-neuf circonscriptionsadministratives de superficie r6duite
pour celles qui voisinaient le littoral, mais d'une 6tendue d'autant plus
grande que l'on avan~ait vers l'est et le nord2.
La puissance souveraine dans la colonie 6tait exerc6e par l'Empereur
au nom de l'Empire3.L'ordonnancedu 3 juin 1908 pla9ait dans les attri-
butions du gouverneur le droit d'organiser l'administration locale et de
d6terminerles regles du droit des indigenes et du mode d'administration
de la justice en ce qui les concernait.
Un conseil de gouvernement, cr66 par un arret6 du Chancelier pris
le 24 decembre I903, assistait le gouverneur. Cette assembl6e 6tait
compos6e, a l'exception des indigenes4,de fonctionnaireset de particuliers
d6sign6s en nombre 6gal par le gouverneur et comprenant au minimum
trois membres de chaque cat6gorie. Le conseil 6tait obligatoirement
consult6 sur le projet de budget et les textes d'arret6s n'ayant pas un
caractere purement local; mais son avis ne liait pas le gouverneur.
Tout le personnelcolonial, civil et militaire, 6tait plac6 dans la d6pen-
dance du ministere des Colonies et sous les ordres du gouverneur qui
jouissait de l'autoritWla plus 6tendue (arret6minist6rieldu i6 mars I908).
Le gouverneur 6tait assist6 d'un secr6taire g6n6ral qui le remplaSait
de plein droit pendant ses absences et ses tourn6es, et il avait sous ses
ordres directs un nombre assez restreint de fonctionnaires, portant le
titre de (( r6f6rents )), qui 6taient les chefs des services techniques et les
collaborateursimm6diats du gouverneur (Postes et T6l6graphes,Travaux
Publics, Service Public de Navigation Maritime et Fluviale, Douanes,
Police, Cadastre, Ecole et Missions,Arm6e).
Dans les provinces appel6es ((cercles ))ou ((r6sidences )),un fonction-
naire ou un officier (chef de cercle ou r6sident) repr6sentait le gouver-
neur et 6tait sous les ordres directs du chef du territoire. Lorsque les
services techniques etaient repr6sent6s par des agents professionnels,
ceux-ci recevaient leurs instructions techniques de leurs chefs de Bu6a
et de Douala qui controlaient leur gestion et en etaient normalement
responsables. Les chefs de cercle exerSaient 6ventuellement les fonctions
techniques, a defaut de personnel spkcialis6.
Dans les cercles tres etendus, on avait cre6 des stations et des postes
i. C'est en r6alit 1' ((Ancien Cameroun)) qui a subsist6 et qui nous est parvenu,
malgr6 deux amputations de detail enregistr6es en i9ii (le (( Bec de Canard ))) et
en I96I (le Cameroun septentrional britannique).
2. Ces circonscriptions etaient: 1. Rio del Rey; II. Ossidingu6; III. Johann-
Albrechtshohe; IV. Victoria; V. Buea; VI. Douala; VII. Bare; VIII. Yabassi;
IX. Pd6a; X. Yaounde; XI. Kribi; XII. Ebolowa; XIII. Lomie; XIV. Doum6;
XV. Dschang; XVI. Bamenda; XVII. Manyo; XVIII. Adamaoua (Garoua);
XIX. Territoire allemand du lac Tchad (Kousseri). Cf. STOECKER, carte L la fin du
livre.
3. Sur l'organisation administrative du Cameroun allemand, cf. MVENG,
5e partie, chap. vi.
4. Le gouverneur pouvait appeler un ou plusieurs Chefs indigenes &si6ger au
conseil chaque fois que la discussion portait essentiellement sur les affaires indi-
g6nes.
36 ADALBERT OWONA

secondaires dont les chefs administraient par d6legation du chef de


circonscription du territoire d6termin6, mais avec des pouvoirs plus ou
moins etendus suivant les localites.
Commeon le voit, le ((systeme ))n'associait pas directement les Came-
rounais a l'administration du pays. Certes les Allemands ont exclusive-
ment pratiqu6 la m6thode d'administration coloniale indirecte; leur
politique consistait a utiliser les chefs indigenes derriere lesquels ils
pouvaient abriter des proc6d6s administratifs dont ils n'osaient pas
prendre la responsabilit6. En r6alit6, les chefs indigenes, traditionnels
ou nomm6s, remplissaient leurs fonctions sous la surveillance et le
controle des administrateurs allemands. Leur autorit6, en definitive,
ne fut jamais fonction que du bon vouloir de l'administration locale.
I1 n'est donc pas etonnant que celle-ci ait eu tendance 'a ne mettre en
place que des hommes sfurset a se servir du fouet, de la prison ou de la
pendaison pour punir ou pour 6carter les chefs soupSonn&sd'esprit
d'ind6pendance.
Quoi qu'il en soit, une entit6 territoriale et politique avait vu le
jour en Afrique. Elle s'appelait le Cameroun. Ce sont les Allemands
qui lui ont donn6 naissancel. C'est une evidence. Mais, ce qui est non
moins 6vident, c'est qu'en faisant du Cameroun leur colonie, les Alle-
mands ne se doutaient pas qu'ils 6taient en train de jeter les bases d'une
nation - la nation camerounaise- et que le Camerounserait l'hMritage
le plus pr6cieux qu'ils allaient 1egueraux Camerounais.

A. OWONA - The Birth of Cameroon, *884-y9I4. A detailed history, based mainly on unpublish-
ed sources from the Potsdam archives of the German conquest and organisation of Cameroon.
Anglo-German rivalry on the coast, boundary agreements with France and Britain (I885-I908,
I9I1), Anglo-French conquest (1914-igi6); administrative organisation.

I. Edwin ARDENER, ( The' Kamerun Idea ' )), West Africa, 7 June 1958, p. 533;
14 June 1958, P. 559.

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