L’alcool éthylique
I. Consommation d’alcool en France
18 - 75 ans :
o 12% déclarent avoir bu de l’alcool tous les jours au cours des 12 derniers mois (1/10 qui
boit tous les jours)
o 37% au moins 1 fois par semaine (+1/3 au moins une fois par semaine)
o 38%, moins souvent (+1/3 moins d’une fois par semaine)
o 13% n’ont pas consommé au cours des 12 derniers mois
Quand quotidienne, la consommation est :
o Plutôt masculine (18% des hommes contre 6% des femmes)
o Plus importante chez les plus de 45 ans
Les boissons les plus consommées :
Vin chez 39% des consommateurs hebdomadaires
Bière chez 19%
Alcools forts chez 16%
La consommation de vin augmente avec l’âge, quel que soit le niveau d’usage !
Consommation quotidienne :
o chez 0,6% des 18-25 ans
o 27,5% des 65-75 ans
Consommation en une même occasion d’au moins 6 verres de boissons
alcoolisées :
Distinction avec le « binge drinking » (boire plusieurs verres en une même occasion, dans un laps
de temps court, dans une perspective de « défonce »)
36% des 18-75 ans au cours des 12 derniers mois
52% des hommes contre 21% des femmes
Dont 64% ont moins de 35 ans
La survenue d’une ivresse au cours des 12 derniers mois :
19% des adultes (1 adulte sur 5)
En moyenne, 7 fois dans l’année
Prédominance masculine
Augmentation entre 2005 et 2010, surtout chez les femmes de 18-34 ans
Les consommations à risque sont évaluées par le test « audit-C »
Alcohol Use Disorder Identification : Test mis au point sous l’égide de l’OMS ; 3 questions simples
Il tient compte :
o Fréquence de consommation au cours des 12 derniers mois
o Nombre de verres bus un jour de consommation type
o Fréquence des épisodes de consommation ponctuelle de quantités importantes
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Il permet de définir 4 types de buveurs
o Buveur sans risque occasionnel, o Buveur sans risque régulier,
o Buveur à risque ponctuel o Buveur à risque chronique
CSRR va de façon
Classification des croissante avec
buveurs selon l’âge
« l'audit–C »,
suivant l’âge CRP attitude de
jeune
II. Toxicocinétique de l’éthanol
L’alcool éthylique : composé aliphatique de faible poids moléculaire (46g)
Densité : 0,789 (environ 0,80)
Fonction alcool confère deux propriétés chimiques
o Estérifiable par les acides organiques et inorganiques
o C’est un réducteur qui est donc oxydable
Légèrement soluble dans les lipides
Complètement miscible à l’eau
Se distribue rapidement dans tout l’organisme
Peut franchir toutes les membranes biologiques (BHE) et notamment la barrière hémato-
encéphalique
Peut agir sur un grand nombre d’organes et de processus biologiques
1. Absorption :
Principale voie = voie orale
Absorbé au niveau de l’estomac (10%) et surtout au niveau du duodénum et jéjunum proximal
(70 à 80%)
Passage de la barrière intestinale par simple diffusion, de part ces propriétés à la fois hydrophiles
et lipophiles
Atteint ensuite le foie par la veine porte, puis la circulation générale.
La cinétique d’apparition de l’éthanol dans le sang se traduit par une courbe d’alcoolémie :
o La quantité d’alcool en g/L présente dans le sang depuis l’absorption jusqu’à l’élimination
complète
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Différents facteurs influencent l’absorption
La présence d’aliments ralentit l’absorption (quelle que
soit leur nature)
Plus rapide si absorption unique (favorise le gradient de
concentration et donc la diffusion)
Plus rapide si la concentration en éthanol est comprise
entre 15 et 30 degrés
Plus rapide si elle contient du gaz carbonique (champagne,
« whisky-coca »)
2. Distribution
Caractère hydrophile :
o Imprègne l’organisme comme l’eau imbibe une éponge
o Distribution dans les différents compartiments vascularisés : cerveau, poumons, foie
o Distribution liée au contenu hydrique des différents organes et tissus
o Equilibre rapide des concentrations entre ces organes et le sang
Circulation libre dans le sang et les organes, sans liaison aux protéines plasmatiques
Ainsi :
o Le volume de distribution moyen est de 0,6 L/kg chez l’homme
o Et de 0,5 L/kg chez la femme
o Le tissu adipeux n’en retient que 4%
o Donc, chez le sujet obèse, une quantité identique d’alcool ingérée par unité de poids
donne une alcoolémie plus élevée que chez le sujet mince
3. Métabolisme de l’éthanol
Essentiellement par oxydation au niveau du foie
Les reins et le tractus gastro-intestinal participent également mais de manière moindre
Le métabolisme hépatique élimine 80% de l’éthanol par 3 grandes étapes
1er temps : oxydé en acétaldéhyde dans le cytoplasme de l’hépatocyte
2eme temps : acétaldéhyde est transformé en acétate, essentiellement dans la mitochondrie
3eme temps : acétate libéré dans la circulation sanguine, puis oxydé dans les tissus
périphériques en CO2, en acides gras et en H2O
La principale voie du métabolisme passe par une enzyme appelée alcool déshydrogénase (ADH)
o Il existe des voies alternatives de l’oxydation de l’éthanol qui sont situées dans les
compartiments cellulaires : la voie microsomiale qui fait intervenir des isoenzymes du
cytochrome P450 (CYP 2E1, 1A2, 3A4 : les formes les plus communes et les plus abondantes)
o La voie accessoire de la catalase
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Le reste de l’alcool qui n’est pas métabolisé par le foie se retrouve dans l’air expiré, dans l’urine et
dans la sueur
Il existe un métabolisme non oxydatif :
o Avec formation d’esters éthyliques
d’acides gras (FAEE) et de
phosphatidyl éthanol
o Potentiellement utilisés comme
biomarqueurs de l’imprégnation
éthylique Inductible = plus on consomme
d’éthanol, plus il fonctionne
La voie principale impliquant
l’ADH :
Cette voie est principalement utilisée à
la suite d’ingestion modérée d’alcool
Ce système enzymatique n’est pas
inductible par la prise répétée d’éthanol
L’ADH peut présenter des activités variables :
o Diminution d’activité de l’ADH hépatique dans le cas de carences protéiques sévères ou dans
le cas de prises d’aspirine (qui peut augmenter l’éthanolémie de 30%)
o Augmentation de l’activité de l’ADH
Il existe un polymorphisme génétique expliquant la production plus rapide
d’acétaldéhyde.
Par conséquent la fréquence de manifestations d’intolérance = flush : vasodilatation de
la face et du cou, hypotension avec tachycardie réflexe, céphalées, vomissement,
sueurs, vertiges
C’est le cas dans 90% de la population japonaise, et seulement 10% des populations
européennes
La voie microsomiale qui fait intervenir des isoenzymes du CYP450 :
La voie de l’ADH fonctionne au maximum de ses capacités
Lors de l’ingestion de doses répétées, elle est complétée par la voie microsomiale
Cette voie est inductible par l’alcool ce qui explique les capacités métaboliques différentes entre
les divers types de buveurs
Elle produit des anions superoxydes et des radicaux hydroxyles et hydroxyéthyles qui sont des
entités chimiques très réactives (et très toxiques)
L’oxydation de l’acétaldéhyde :
L’acétaldéhyde est un produit hautement réactif
Sa toxicité cellulaire est beaucoup plus importante que celle de l’éthanol
Son oxydation en acétate fait intervenir l’acétaldéhyde déshydrogénase (ALDH)
Polymorphisme génétique :
o 50% de la population asiatique ont une activité limitée de leur
acétaldéhyde déshydrogénase = produit plus facilement de
l’acétaldéhyde, le dégrade moins facilement = effet antabuse
Notion de coefficient d’éthyloxydation
o La diminution moyenne d’éthanolémie est de l’ordre de 0,10 à 0,15 g/L/h (gramme par
litre et par heure) chez un adulte buveur occasionnel
o 0,30 à 0,40 chez un adulte éthylique
o 0,30 chez un enfant
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Alphonse B. (60kg) est un habitué des urgences du samedi soir, il est amené ivre par les
gendarmes qui l’ont intercepté au volant de son véhicule. Aujourd’hui, il annonce fièrement
qu’il n’a pris que 5 verres de 100ml d’un vin à 11° avant de prendre le volant, 30 minutes plus
tôt. 30 min plus tard, un prélèvement sanguin est effectué. Après analyse, le labo rapporte une
concentration de 0,8 g/L
Quelle est la consommation en gramme d’alcool aujourd’hui ?
Degré = pourcentage du volume d’éthanol pur
Densité de l’éthanol, environ 0,79
Quantité = volume ingéré x degré x densités = 43 g
Estimer le pic d’alcoolémie chez Alphonse B. Confronter cette valeur à celle rendue par le
laboratoire
Formule de Widmark :
𝐐𝐮𝐚𝐧𝐭𝐢𝐭é
Cmax (g/L) = quantité (g) / poids (kg) x 0,6 = 𝐏𝐨𝐢𝐝𝐬 × 𝟎,𝟔 = 𝐂𝐦𝐚𝐱
0,6 0,5 si femme
o = 1,2 g/L environ égal au 0,8 g/L du laboratoire si l’on prend en considération le temps
entre le prélèvement sanguin et l’analyse du laboratoire
III. Intoxication alcooliques
Les effets de l’éthanol sont imputables :
o A la molécule
o A ses métabolites (acétaldéhyde et radicaux libres)
1. Rôle toxique de l’acétaldéhyde
Electrophile de par sa fonction carbonyle = une molécule active qui se combine instantanément
avec de nombreuses autres molécules nucléophiles :
o Les protéines plasmatiques
o Les protéines membranaires
o Hémoglobine
o Cytochrome P450 ….
Donc :
o Rôle dans la genèse des lésions viscérales (foie, cœur, muscles)
2. Rôle des radicaux libres
Ils se fixent dès leur formation sur les protéines, les acides nucléiques et les lipides insaturés :
Un excès de radicaux libres oxydants = « stress oxydatif »
Celui-ci est responsable de modifications lipidiques : lipoperoxydation avec lyse des parois des
cellules
En particulier les cellules hépatiques
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3. Symptomatologie de l’intoxication aiguë
L’éthanol est avant tout un dépresseur du SNC
La stimulation apparente est due à la désinhibition de certaines zones du cerveau
On distingue 3 phases cliniques :
Phase excito-motrice : 0,5 – 2 g/L
Ebriété
Troubles de l’humeur, logorrhée (trouble du langage caractérisé par un flot de parole) et levée
des inhibitions profondes
Recherchée par le consommateur
Peut s’accompagner d’une diminution des fonctions sensorielles et de la nociception
Phase d’incoordination : 1,5 – 4 g/L
La logorrhée diminue progressivement : il parle moins
Propos répétitifs avec troubles de l’élocution
Troubles sensoriels importants avec parfois des hallucinations visuelles ou auditives
Diminution nette de la nociception (=Perception des stimulations produisant la douleur.)
Syndrome cérébelleux entraînant des tremblements des extrémités et une démarche titubante
Un syndrome vestibulaire avec vertiges rotatoires et nystagmus (mouvements d’oscillations
involontaire du globe oculaire)
Risque de convulsions
Phase de coma : > 4 g/L
Calme, hypotonique, hyporéflexique
Soit une mydriase, soit un myosis
Miction involontaire (effet polyurique de l’éthanol ou convulsions)
o « troubles » qui peuvent être très différents d’un individu à un autre
o Le parallélisme entre l’état clinique et l’alcoolémie est surtout observable chez le sujet
non éthylique chronique
On peut proposer de découper les 3 phases en :
0,5 – 2 g/L 1,5 – 4 g/L > 4 g/L
•Phase excito-motrice •Phase d'incoordination •Phase de coma
4. L’intoxication chronique ou éthylisme :
Causée par l’ingestion répétée de boissons alcoolisées
C’est une véritable toxicomanie
Elle peut occasionner des atteints organiques importantes
Les plus graves touchent le foie
L’élimination de l’alcool endommage les cellules du foie :
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o Il s’y accumule de la graisse = apparition d’une stéatose
o Qui évolue en hépatite
o Puis en cirrhose
o Et en cancer
D’autres organes comme le pancréas ou le tube digestif sont atteints
Des modifications au niveau cardiaque avec risque d’infarctus
Amoindrissement des capacités d’attention et de concentration
De graves lésions du cerveau avec des maladies psychiques (dépression et psychoses)