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Espaces de Banach et applications différentiables

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Raissa Y. Yameogo
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Table des matières

0.1
0.2
0.3 UR
Chapitre 0 — Généralités sur les espaces de Banach . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Espace de Banach . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Ouverts et Fermés d’un e.v.n. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Applications linéaires continues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
3

3
5
6
0.4
0.5
0.6
O
Normes équivalentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

B
Applications multilinéaire continues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Isomorphismes canoniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
0.7
L
Espace de Hilbert . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19

E
Chapitre 1 — Applications différentiables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20

1.1 Applications différentiables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20


1.2 Différentielles de fonctions particulières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
1.3 Propriétés des applications différentiables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
1.4 Différentielle d’une fonction composée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
1.5 Fonctions à valeurs dans un produit d’e.v.n . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
1.6 Fonctions définies sur un ouvert d’un produit d’e.v.n . . . . . . . . . . . . . . . 32
1.7 Combinaison des cas précédents . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
1.8 Fonctions définies sur un ouvert de Rn . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36

Chapitre 2 — Théorème des accroissements finis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38

2.1 Théorème des accroissements finis lorsque la variable est réelle . . . . . . . . . . 38


2.2 Théorème des accroissements finis lorsque la variable est dans un e.v.n . . . . . 41
2.3 Application du théorème des accroissements finis . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43

1
Chapitre 3 — Théorème d’inversion locale et Théorème des fonctions
implicites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
3.1 Difféomorphisme de classe C 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
3.2 Le théorème d’inversion locale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
3.3 Théorème des fonctions implicites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51

Chapitre 4 — Différentielles d’ordre supérieur et formule de Taylor . . . 56

4.1 Différentielle seconde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56


4.2 Différentielle d’ordre n (avec n > 2) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
4.3

R
Formules de Taylor . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64

U
Chapitre 5 — Équations différentielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69

5.1
5.2
5.3
O
Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
Problème de Cauchy, théorème de Cauchy-Lipschitz . . . . . . . . . . . . . . . . 70

B
Equations différentielles linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74

EL

2
Chapitre 0
Généralités sur les espaces de Banach

0.1
U
Espace de Banach
R
Dans tout ce qui suit K désigne l’un des corps R ou C.

i) ∀x ∈ E,
BO
Définition 0.1 Soit E un espace vectoriel sur K. On appelle norme sur E toute application
k·k : E −→ R+ vérifiant les propriétés suivantes :

kxk = 0 ⇐⇒ x = 0,

ii) ∀λ ∈ K, ∀x ∈ E,

EL
iii) ∀ (x, y) ∈ E 2 ,
kλxk = |λ| kxk,

kx + yk ≤ kxk + kxk.

Un espace vectoriel muni d’une norme s’appelle espace vectoriel normé (en abrégé e.v.n).

Remarque: Si E est un e.v.n, on obtient une distance d sur E en posant d(x, y) = kx − yk.
Ainsi, le choix d’une norme sur un espace vectoriel E définit sur cet espace une structure
d’espace métrique, donc aussi une topologie. Sauf mention contraire, c’est cette distance que
l’on choisit toujours dans un e.v.n.

Exemples: 1. On peut définir plusieurs normes sur l’espace E = Kn (avec n ∈ N∗ ), par


exemples les normes usuelles k·k1 , k·k2 et k·k∞ , en posant pour tout x = (x1 , x2 , · · ·, xn ) ∈
Kn :
kxk1 = |x1 | + · · · + |xn |
q
kxk2 = |x1 |2 + · · · + |xn |2 (la norme euclidienne)
kxk∞ = sup1≤i≤n |xi |

2. Soit E = C ([0, 1]) l’ensemble des fonctions continues sur l’intervalle [0, 1] à valeurs dans
K (c’est un K-espace vectoriel). On peut définir deux normes sur E, en posant pour tout

3
f ∈ E,
kf k∞ = sup |f (x)| ;
x∈[0,1]
Z 1
kf k1 = |f (x)| dx.
0

La norme k·k∞ est appelée norme de la convergence uniforme.

Définition 0.2 Soit (xn )n∈N une suite d’éléments d’un e.v.n E.

1. On dit que la suite (xn )n∈N converge (ou tend ) vers x ∈ E si et seulement si ∀ε > 0,
∃Nε ∈ N tel que ∀n ≥ Nε , kxn − xk ≤ ε.
On écrit alors lim xn = x ou xn −→ x.
n→+∞ n→+∞

UR
2. On dit que la suite (xn )n∈N est de Cauchy si et seulement si : ∀ε > 0, ∃Nε ∈ N tel que
∀p, q ≥ Nε , kxp − xq k ≤ ε.

Remarques: - La suite (xn )n∈N converge vers x ∈ E si et seulement si lim kxn − xk = 0.


n→+∞

général.

BO
- Toute suite convergente d’un e.v.n est de Cauchy, mais la réciproque n’est pas vraie en

Définition 0.3 Un e.v.n E est dit espace de Banach (ou espace vectoriel normé complet) si

Exemples:
L
toute suite de Cauchy dans E est convergente dans E.

E
1. Pour tout n ∈ N∗ , l’espace Kn est complet pour chacune des trois normes
usuelles k·k1 , k·k2 et k·k∞ .
En général, tout e.v.n de dimension finie est complet.

2. L’espace C ([0, 1]) est complet pour la norme de la convergence uniforme k·k∞ . Mais il
n’est pas complet pour la norme de la convergence en moyenne
Z 1
kf k1 = |f (x)| dx.
0

Définition 0.4 Soit (un )n≥0 une suite d’un e.v.n E.

P
1. On dit que la série de terme général un (en abrégé : la série un ) est convergente si la
suite (Sn )n≥0 définie par Sn = u0 + u1 + · · · + un , a une limite dans E. Dans ce cas, la
P P∞
limite S = lim Sn est appelée la somme de la série un et on la note n=0 un .
n→+∞
P
2. On dit que la série un est absolument convergente (ou normalement convergente) si la
kun k est convergente.
P
série des normes

Théorème 0.5 Dans un espace de Banach, toute série absolument convergente est convergente.

4
Démonstration: Soit
P
un une série absolument convergente d’éléments d’un espace de Ba-
Pn Pn
nach E. Posons Sn = k=0 uk et Vn = k=0 kuk k. Par hypothèse, la suite (Vn )n≥0 est conver-
gente, donc elle est de Cauchy. Alors, pour tout ε > 0, il existe Nε ∈ N tel que :

∀n, m ≥ Nε , |Vn − Vm | ≤ ε

Par suite, pour tout n > m ≥ Nε on a :



n n
X X

kSn − Sm k =
uk ≤ kuk k = Vn − Vm ≤ ε
k=m+1 k=m+1

Cela montre que la suite (Sn )n≥0 est de Cauchy. Puisque E est complet, on en déduit que

Puisque

UR
(Sn )n≥0 est convergente dans E, c-à-d la série
P
un est convergente dans E.

ku0 + u1 + · · · + un k ≤ ku0 k + ku1 k + · · · + kun k ,

alors en faisant tendre n vers +∞, on obtient

BO +∞

X


n=0


un


+∞
X

n=0
kun k .

0.2 EL
Ouverts et Fermés d’un e.v.n.


Soit E un espace vectoriel normé. Soit a ∈ E, et r ∈ R∗+ . On appelle :

• boule ouverte de centre a et de rayon r l’ensemble

B(a, r) = {x ∈ E; ka − xk < r} ,

• boule fermée de centre a et de rayon r l’ensemble

B(a, r) = {x ∈ E; ka − xk ≤ r} .

Définition 0.6 Soit E un espace vectoriel normé

1. Une partie U de E est dite ouverte (ou un ouvert) si :

∀a ∈ U, ∃r > 0 tel que B(a, r) ⊂ U.

5
2. Une partie A de E est dite fermée (ou un fermé) si son complémentaire E \ A est un
ouvert de E.

Exemple: Toute boule ouverte d’un e.v.n est ouverte. Toute boule fermée d’un e.v.n est
fermée.

0.3 Applications linéaires continues


Définition 0.7 Soient E et F deux espaces vectoriels normés. Soit f : A −→ F une application
d’une partie A de E dans F . Alors :

1. f est dite continue en un point x0 de A si :

UR
∀ε > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ A, kx − x0 k ≤ η =⇒ kf (x) − f (x0 )k ≤ ε.

2. f est dite continue sur A si elle continue en tout point de A.

BO
3. f est dite uniformément continue sur A si :

∀ε > 0, ∃η > 0, ∀x ∈ A, ∀y ∈ A, kx − yk ≤ η =⇒ kf (x) − f (y)k ≤ ε.

EL
4. f est dite lipschitzienne s’il existe un réel positif k tel que

∀x ∈ A, ∀y ∈ A, kf (x) − f (y)k ≤ k kx − yk ,

on dit alors que f est lipschitzienne de rapport k ou encore f est k-lipschitzienne.

Remarque: Toute application lipschitzienne est uniformément continue, et toute application


uniformément continue est continue.
On vérifie facilement qu’une application f : A −→ F est continue sur A si et seulement si
pour tout ouvert V de F , f −1 (V ) est un ouvert relatif de A.

Exemple: Si (E, k · k) est un e.v.n, alors l’application norme E −→ R est continues sur E
x7−→kxk
(elle est même lipschitzienne de rapport 1). Cela résulte de l’inégalité suivante :

| kxk − kyk | ≤ kx − yk ∀ (x, y) ∈ E 2 .

Théorème 0.8 (Applications linéaires continues) Soient E et F deux espaces vectoriels


normés sur le corps K, et f : E −→ F une application linéaire. Les conditions suivantes sont
équivalentes :

6
1. f est continue (sur E) ;

2. f est continue en 0 ;

3. Il existe M ≥ 0 tel que : ∀x ∈ E, kf (x)k ≤ M kxk .

Démonstration: (1) =⇒ (2) évident.


(2) =⇒ (3) Supposons f continue en 0 ; Pour ε = 1, il existe η > 0, tel que :

∀x ∈ E, kxk ≤ η =⇒ kf (x)k ≤ 1.


ηx
Soit x ∈ E \ {0}. On a kxk = η ≤ η, donc

d’où
UR η
kxk



kf (x)k = f

1
ηx
kxk
!




≤ 1,

kf (x)k ≤ kxk .

O η
Cette dernière inégalité est encore vérifiée lorsque x = 0 (car f (0) = 0). Donc l’application f

B
vérifie la condition (3) avec M = η1 .

EL
(3) =⇒ (1) Supposons la condition (3) vérifiée. Puisque f est linéaire, alors pour tout
(x, y) ∈ E 2 on a :
kf (x) − f (y)k = kf (x − y)k ≤ M kx − yk .

Cela exprime que f est lipschitzienne de rapport M , donc continue. 

Corollaire 0.9 Pour toute application linéaire continue f : E −→ F les nombres suivants sont
égaux :

kf (x)k
a1 = sup ; a2 = sup kf (x)k ; a3 = sup kf (x)k ; a4 = inf A
x6=0 kxk kxk=1 kxk≤1

où A = {M ∈ R+ | ∀x ∈ E, kf (x)k ≤ M kxk}.
Leur valeur commune est appelée norme de f et on la note kf k.
 
kf (x)k x x
Démonstration: Pour tout x ∈ E, x 6= 0 on a kxk
= f kxk

≤ a2 (car kxk = 1). Donc

a1 ≤ a2 . On a évidemment a2 ≤ a3 . On a a3 ≤ a4 car pour tout M ∈ A on a a3 ≤ M . On a


enfin a4 ≤ a1 car a1 ∈ A. Donc
a1 = a2 = a3 = a4 .

Notons que kf k est le plus petit élément de A. 

7
Remarque: Il faut retenir que pour toute application linéaire continue f : E −→ F on a :

kf (x)k ≤ kf k kxk pour tout x ∈ E,

et que kf k est le plus petit nombre réel positif M qui vérifie l’inégalité kf (x)k ≤ M kxk,
∀x ∈ E.
On note L (E, F ) l’ensemble des applications linéaires continues de E dans F . On vérifié
facilement que L (E, F ) est un K-espace vectoriel. De plus, L (E, F ) muni de l’application

k·k : L (E, F ) −→ R+
f 7−→ kf k

R
est un espace vectoriel normé.
Si E = F on note L (E) = L (E, E).

U
Remarque: (Composée d’applications linéaires continues) Soient E, F et G trois es-

BO
paces vectoriels normés. Si f ∈ L (E, F ) et g ∈ L (F, G) alors g ◦ f ∈ L (E, G) et

kg ◦ f k ≤ kgk · kf k

EL
En effet, il est clair que g ◦ f est linéaire. De plus, pour tout x ∈ E on a :

k(g ◦ f ) (x)k = kg (f (x))k ≤ kgk · kf (x)k ≤ kgk · kf k · kxk

Donc g ◦ f est continue (d’après le théorème 0.8). De plus kg ◦ f k ≤ kgk · kf k.

Théorème 0.10 Si F est de Banach, alors L (E, F ) est de Banach.

Démonstration: Soit (fn )n∈N une suite de Cauchy dans L (E, F ).


- Fixons x ∈ E. L’ingalité

kfp (x) − fq (x)k ≤ kxk · kfp − fq k ,

montre que (fn (x))n∈N est une suite de Cauchy dans F . Puisque F est complet, la suite
(fn (x))n∈N converge alors vers un élément de F noté f (x).
Cela définit une application f : E −→ F telle que f (x) = lim fn (x).
n→+∞
- Montrons que l’application f est linéaire. Pour tous x, y ∈ E et tout λ ∈ K on a :

f (x + y) = lim fn (x + y) = lim [fn (x) + fn (y)] = f (x) + f (y)


n→+∞ n→+∞

8
et
f (λx) = lim fn (λx) = lim λfn (x) = λf (x)
n→+∞ n→+∞

D’où f est linéaire.


- Montrons maintenant que f est continue et que (fn )n∈N converge vers f dans L (E, F ).
Soit ε > 0. Puisque la suite (fn )n∈N est de Cauchy, il existe N ∈ N tel que :

∀p, q ≥ N, kfp − fq k ≤ ε

On en déduit que pour tout x ∈ E et tout p, q ≥ N on a :

kfp (x) − fq (x)k ≤ ε kxk .

UR
En fixant p dans la dernière inégalité et en faisant tendre q vers +∞, on obtient

kfp (x) − f (x)k ≤ ε kxk . (∗)

BO
Donc pour tout p ≥ N , l’application linéaire fp − f est continue (d’après le théorème 0.8).
Autrement dit, fp − f ∈ L (E, F ). Puisque L (E, F ) est un espace vectoriel, alors f = fp −
(fp − f ) ∈ L (E, F ). Cela prouve que f est continue. D’autre part, d’après (∗) on a

EL ∀p ≥ N, kfp − f k ≤ ε.

Cela montre que la suite (fn )n∈N converge vers f dans L (E, F ). Donc L (E, F ) est complet.


Définition 0.11 (Isomorphisme d’espaces normés) Soient E et F deux espaces vectoriels


normés.

1. Une application f : E −→ F est appelée un isomorphisme (d’espaces normés) si elle est


linéaire bijective et si f et f −1 sont continues.

2. Une application f : E −→ F est appelée une isométrie si elle linéaire bijective et si


kf (x)k = kxk pour tout x ∈ E.

On note Isom(E, F ) l’ensemble des isomorphismes de E dans F . Lorsque E = F on note


Isom(E) = Isom(E, E).

Remarque: - Toute isométie est un isomorphisme ; mais la réciproque n’est pas vraie : par
exemple, une homothétie E −→ E (où λ 6= 0) est un isomorphisme, mais n’est pas une isométrie
x7−→λx
si |λ| =
6 1.

9
- La composée des deux isomorphismes est un isomorphisme, et l’application réciproque
d’un isomorphisme est aussi un isomorphisme.

On admet le théorème suivant :

Théorème 0.12 (de Banach) Soient E et F deux espaces de Banach. Si f : E −→ F est


une application linéaire, bijective et continue alors son application réciproque f −1 est automa-
tiquement continue (i.e. f un isomorphisme).

Théorème 0.13 Soit E un espace de Banach, et u ∈ L (E). Si kuk < 1 alors id − u ∈


Isom (E), où id désigne l’application identité IdE : E −→ E. De plus, (id − u)−1 =
P+∞
n=0 un .

Démonstration: Par une récurrence facile, on a pour tout n ∈ N :

UR
Puisque kuk < 1, la série géométrique
P
kun k ≤ kukn .

kukn est convergente. On en déduit que la série


P n
u

la série
P n
u

BO
est absolument convergente dans L (E). Comme L (E) est complet (car E est complet), alors
est convergente dans L (E). Soit v la somme de la série


2 n
 +∞
X
un .
P n
u , c’est-à-dire,

EL v = lim
n→+∞

D’autre part, pour tout n ≥ 0 on a :


id + u + u + · · · + u =
n=0

id − un+1 = (id − u) ◦ (id + u + · · · + un ) = (id + u + · · · + un ) ◦ (id − u) .

En faisons tendre n vers +∞, on obtient :

id = (id − u) ◦ v = v ◦ (id − u) ,

donc l’application id − u est bijective, et son application réciproque est l’application linéaire
continue v. Autrement dit, id − u ∈ Isom (E) et (id − u)−1 =
P+∞
n=0 un . 

Théorème 0.14 Soient E et F deux espaces de Banach. Alors :

(a) Isom(E, F ) est un ouvert de L (E, F ) ;

(b) l’application u 7−→ u−1 de Isom(E, F ) dans L (F, E) est continue.

Démonstration: Soit u0 ∈ Isom(E, F ).


- Pour prouver (a), nous devons montrer que tout u ∈ L (E, F ) assez voisin de u0 est encore
un isomorphisme. Soit u ∈ L (E, F ) tel que ku0 − uk < 1
.
ku−1
0 k

10
Pour que u : E −→ F soit un isomorphisme il faut et il suffit que u−1
0 ◦ u : E −→ E soit un

isomorphisme.
Posons
v = id − u−1 −1
0 ◦ u = u0 ◦ (u0 − u) .

Puisque kvk = u−1 −1
0 ◦ (u0 − u) ≤ u0 · ku0 − uk < 1, alors d’après théorème 0.13 on a

id − v = u−1
0 ◦ u est unisomorphisme. D’où, u = u0 ◦ (id − v) est un isomorphisme.
1
Donc B u0 , ⊂ Isom(E, F ). Ceci prouve bien que Isom(E, F ) est un ouvert de
ku−1
0 k
L (E, F ).
- Il reste à démontrer (b). On a

u−1 = (u0 ◦ (id − v))−1 = (id − v)−1 ◦ u−1


0 ,

d’où

UR u−1 − u−1
0 = (id − v)
h
−1
− id ◦ u−1
0 ;
i

O
or d’après théorème 0.13,

B(id − v)−1 =
+∞
X

n=0
vn, d’où (id − v)−1 − id =
+∞
X

n=1
vn,

donc

D’où EL
(id − v)
−1

− id ≤
+∞
X

n=1
kvkn =
kvk
1 − kvk
.


−1 −1
u − u−1
0 ≤ (id − v) − id u−1

0

kvk
≤ · u−1
0

(1)
1 − kvk

Lorsque u tend vers u0 , kvk tend 0 (car kvk ≤ u−1
0 ·ku0 − uk), donc u
−1
tend vers u−1
0 (d’après

1). Ceci prouve bien que l’application u 7−→ u−1 de Isom(E, F ) dans L (F, E) est continue. 

0.4 Normes équivalentes


Définition 0.15 Soit E un K-e.v. Soient k · k1 : E −→ R+ et k · k2 : E −→ R+ deux normes
sur E.

1. On dit que la norme k · k1 est plus fine que la norme k · k2 si l’application identité IdE :
(E, k · k1 ) −→ (E, k · k2 ) est continue, c’est-à-dire, s’il existe une constante M > 0 telle
que ∀x ∈ E, kxk2 ≤ M · kxk1 .

11
2. On dit que k · k1 et k · k2 sont équivalentes si chacune d’elles est plus fine que l’autre.
Autrement dit, k · k1 et k · k2 sont équivalentes si et seulement s’il existe deux constantes
M > 0 et M 0 > 0 telles que

∀x ∈ E, M 0 · kxk1 ≤ kxk2 ≤ M · kxk1 .

Notons que k · k1 et k · k2 sont équivalentes si et seulement si elles définissent sur E la même


topologie.

Exemples: 1. Sur Kn (n ∈ N∗ ) les normes usuelles k·k1 , k·k2 et k·k∞ sont équivalentes
car :
∀x ∈ Kn , kxk∞ ≤ kxk2 ≤ kxk1 ≤ n kxk∞ .

UR
2. Soient E1 , · · ·, En n espaces vectoriels normés (n ≥ 2), de norme respectives k·k1 , · · ·, k·kn .
On obtient trois norme équivalentes sur l’espace produit E1 × · · · × En en posant, pour
tout x = (x1 , x2 , · · ·, xn ) ∈ E1 × · · · × En :

BO kxk1 = kx1 k1 + · · · + kxn kn


kxk2 =
q
kx1 k21 + · · · + kxn k2n

L kxk∞ = sup1≤i≤n kxi ki

De plus, si chaque espace Ei est un espace de Banach alors l’espace produit E1 × · · · × En

E
est de Banach pour chacune des normes précédentes. Sauf mention contraire, l’espace
produit E1 × · · · × En est toujours muni d’une des 3 normes précédentes.

On admet le théorème suivant :

Théorème 0.16 Sur un K-espace vectoriel de dimension finie toutes les normes sont équiva-
lentes.

Proposition 0.17 Soient E et F deux espaces vectoriels normés. Si E est de dimension finie,
alors toute application linéaire f : E −→ F est continue.

Démonstration: Soit B = (e1 , · · ·, en ) une base de E ; comme toute les normes sur E sont
Pn
équivalentes, on peut prendre la norme définie par kxk = sup |xi | pour tout x = i=1 xi e i
1≤i≤n
dans E. On a alors
n
X
kf (x)k = xi f (ei )



i=1
n
X
≤ |xi | kf (ei )k
i=1
n
X
≤ kxk · kf (ei )k .
i=1

12
Pn
Posons M = i=1 kf (ei )k. Alors pour tout x ∈ E, on a

kf (x)k ≤ M kxk .

Ceci montre la continuité de l’application linéaire f (Théorème 0.8). 

0.5 Applications multilinéaire continues

0.5.1 Applications bilinéaire continues


Soient E1 , E2 et F des espaces vectoriels normés sur le même corps K ; une application

UR f : E1 × E2 −→ F

est dite bilinéaire si elle est linéaire par rapport à chacune de ses variables ; autrement dit, si :

BO
• pour tout a1 ∈ E1 fixé, l’application partielle x2 7−→ f (a1 , x2 ) de E2 dans F est linéaire ;

• pour tout a2 ∈ E2 fixé, l’application partielle x1 7−→ f (x1 , a2 ) de E1 dans F est linéaire.

EL
En d’autres termes, l’application f : E1 ×E2 −→ F est bilinéaire si et seulement si ∀(x1 , y1 ) ∈
E1 × E1 , ∀(x2 , y2 ) ∈ E2 × E2 , ∀λ ∈ K,






f (x1 + y1 , x2 ) = f (x1 , x2 ) + f (y1 , x2 )

 f (x1 , x2 + y2 ) = f (x1 , x2 ) + f (x1 , y2 )




f (λx , x ) = f (x , λx ) = λf (x , x ).

1 2 1 2 1 2

Dans ce cas, on a
f (x1 , 0) = f (0, x2 ) = 0, ∀x1 ∈ E1 , ∀x2 ∈ E2 .

En particulier f (0, 0) = 0. De plus, on a

∀ (λ1 , λ2 ) ∈ K2 , ∀ (x1 , x2 ) ∈ E1 × E2 , f (λ1 x1 , λ2 x2 ) = λ1 λ2 f (x1 , x2 ).

Puisque le produit E1 ×E2 a une structure d’espace vectoriel normé (produit d’espaces vectoriels
normés), alors on peut se demander si une application bilinéaire f : E1 ×E2 −→ F est continue.

Théorème 0.18 (Applications bilinéaire continues) Soient E1 , E2 et F des e.v.n, et soit


f : E1 × E2 −→ F une application bilinéaire. Les conditions suivantes sont équivalentes :

1. f est continue ;

13
2. f est continue à l’origine (0, 0) ;

3. Il existe une constante M ≥ 0 tel que kf (x1 , x2 )k ≤ M kx1 k · kx2 k pour tout (x1 , x2 ) ∈
E1 × E2 .

Démonstration: On choisit sur E1 × E2 la norme définie par

k(x1 , x2 )k∞ = sup {kx1 k , kx2 k} .

(1) =⇒ (2) évident.


(2) =⇒ (3) Supposons f continue à l’origine ; Pour ε = 1, il existe η > 0 tel que ∀(x1 , x2 ) ∈
E1 × E2 ,

UR k(x1 , x2 )k∞ ≤ η =⇒ kf (x1 , x2 )k ≤ 1.

Soit (x1 , x2 ) ∈ E1 × E2 . Si x1 et x2 sont non nuls, alors pour yi =

k(y1 , y2 )k∞ = sup {ky1 k , ky2 k} = η,


ηxi
kxi k
∈ Ei (i = 1, 2) on a :

donc

BO kf (y1 , y2 )k ≤ 1,

c-à-d

D’où EL η2
kx1 k · kx2 k
kf (x1 , x2 )k ≤ 1.

1
kf (x1 , x2 )k ≤ kx1 k · kx2 k ;
η2
inégalité encore vérifiée si l’un des xi est nul car dans ce cas, f (x1 , x2 ) = 0. D’où (3) avec
1
M= η2
.
(3) =⇒ (1) Supposons la condition (3) vérifiée, et montrons que f est continue. Soit alors
a = (a1 , a2 ) un point de E1 × E2 , et soit ε > 0. On a pour tout (x1 , x2 ) ∈ E1 × E2 ,

f (x1 , x2 ) − f (a1 , a2 ) = [f (x1 , x2 ) − f (a1 , x2 )] + [f (a1 , x2 ) − f (a1 , a2 )]


= f (x1 − a1 , x2 ) + f (a1 , x2 − a2 ) .

Donc

kf (x1 , x2 ) − f (a1 , a2 )k ≤ kf (x1 − a1 , x2 )k + kf (a1 , x2 − a2 )k


≤ M kx1 − a1 k · kx2 k + M ka1 k · kx2 − a2 k .

14
Posons η = inf (1, ε), et soit x = (x1 , x2 ) ∈ E1 × E2 tel que

kx − ak∞ = sup {kx1 − a1 k , kx2 − a2 k} ≤ η.

On a kx2 k ≤ 1 + ka2 k, kx1 − a1 k ≤ ε et kx2 − a2 k ≤ ε. D’où la majoration suivante

kf (x1 , x2 ) − f (a1 , a2 )k ≤ M kx1 − a1 k · kx2 k + M ka1 k · kx2 − a2 k


≤ M (1 + ka2 k) ε + M ka1 k ε
≤ M (1 + ka1 k + ka2 k) ε

Ceci prouve bien la continuité de l’application f au point (a1 , a2 ). D’où la continuité de f . 

R
Notation 0.19 On notera L (E1 , E2 ; F ) l’ensemble des applications bilinéaires continues de
E1 × E2 dans F . Si E1 = E2 = E, on le notera L2 (E; F ).

U
C’est évidemment un K−espace vectoriel. On munit L (E1 , E2 ; F ) de la norme définie par

BO
kf k = sup
kf (x1 , x2 )k
x1 6=0,x2 6=0 kx1 k · kx2 k

Pour f ∈ L (E1 , E2 ; F ) on a toujours


= sup
kx1 k≤1,kx2 k≤1
kf (x1 , x2 )k .

EL kf (x1 , x2 )k ≤ kf k · kx1 k · kx2 k , ∀ (x1 , x2 ) ∈ E1 × E2

et que kf k est la plus petite constante M ≥ 0 qui satisfait l’inégalité

kf (x1 , x2 )k ≤ M kx1 k · kx2 k ∀ (x1 , x2 ) ∈ E1 × E2 .

De plus, si F est complet, alors L (E1 , E2 ; F ) est aussi complet.

Exemple: Soient E, F et G trois e.v.n.


L’application de composition ϕ : L (E, F ) × L (F, G) −→ L (E, G) définie par ϕ (f, g) = g ◦ f
est une application bilinéaire continue.
En effet, il est facile de vérifier que l’application ϕ est bilinéaire. D’autre part, pour tout
f ∈ L (E, F ) et g ∈ L (F, G) on a :

kϕ (f, g)k = kg ◦ f k ≤ kgk · kf k .

Cela montre que l’application bilinéaire ϕ est continue, et que sa norme kϕk est ≤ 1.

15
0.5.2 Applications multilinéaire continues
Soient E1 , E2 , · · · , En et F des espaces vectoriels normés sur le même corps K ; une appli-
cation
f : E1 × E2 × · · · × En −→ F

est dite multilinéaire (ou n-linéaire) si f est linéaire par rapport à chacune de ses variables ;
autrement dit, si, pour tout i, 1 ≤ i ≤ n, et tous aj ∈ Ej fixés (1 ≤ j ≤ n, j 6= i), l’application
partielle
xi 7−→ f (a1 , · · ·, ai−1 , xi , ai+1 , · · ·, an )

de Ei dans F est linéaire.


Le théorème 0.18 se généralise comme suit :

UR
Théorème 0.20 Soient E1 , E2 , · · · , En et F des e.v.n, et soit f : E1 × E2 × · · · × En −→ F
une application multilinéaire. Les conditions suivantes sont équivalentes :

1. f est continue ;

O
2. f est continue à l’origine ;

B
3. Il existe une constante M ≥ 0 tel que kf (x1 , x2 , · · ·, xn )k ≤ M kx1 k · kx2 k · · · kxn k pour

EL
tout (x1 , x2 , · · ·, xn ) ∈ E1 × E2 × · · · × En .

Notation 0.21 On notera L (E1 , E2 , · · · , En ; F ) l’ensemble des applications multilinéaires


continues de E1 × E2 × · · · × En dans F . Si E1 = E2 = · · · = En = E, on le notera
Ln (E; F ).
C’est un espace vectoriel. On munit L (E1 , E2 , · · · , En ; F ) de la norme :

kf (x1 , x2 , · · ·, xn )k
kf k = sup = sup kf (x1 , x2 , · · ·, xn )k .
x1 6=0,···,xn 6=0 kx1 k · · · · kxn k kx1 k≤1,···,kxn k≤1

Pour f ∈ L (E1 , E2 , · · · , En ; F ) on a toujours

kf (x1 , x2 , · · ·, xn )k ≤ kf k · kx1 k · kx2 k · · · kxn k ,

et que kf k est la plus petite constante M ≥ 0 qui satisfait l’inégalité

kf (x1 , x2 , · · ·, xn )k ≤ M kx1 k · kx2 k · · · kxn k ∀(x1 , x2 , · · ·, xn ) ∈ E1 × E2 × · · · × En .

De plus, si F est complet, alors L (E1 , E2 , · · · , En ; F ) est aussi complet.

16
0.6 Isomorphismes canoniques

0.6.1 L’isométrie naturelle L (K; F ) ≈ F .


Théorème 0.22 Soit F un K-e.v.n quelconque. Alors L (K, F ) est canoniquement isomorphe
à F.

Démonstration: On va définir une isométrie naturelle qui permet d’identifier L (K, F ) et F .


Pour cela, considérons l’application

ϕ : L (K, F ) −→ F
f 7−→ f (1)

UR
Évidemment, ϕ est linéaire. Elle est injective car f (1) = 0 implique f (λ) = λf (1) = 0 pour
tout λ ∈ K, et donc f = 0. Elle est surjective : en effet, si y ∈ F alors l’application

f : K −→ F, λ 7−→ λy

BO
est éviemment un élément de L (K, F ), et ϕ (f ) = f (1) = y.
D’autre part, puisque kf (λ)k = kλf (1)k = |λ| kf (1)k, alors

EL kf k = sup
λ∈Kr{0}
kf (λ)k
|λ|

On en déduit que ϕ est une isométrie de L (K, F ) sur F .


= kf (1)k .

0.6.2 L’isométrie naturelle L (E1 , E2 ; F ) ≈ L (E1 , L (E2 , F )).


Rappelons que L (E1 , E2 ; F ) est l’espace des applications bilinéaires continues de E1 × E2
dans F , et que L (E1 , L (E2 , F )) est l’espace des applications linéaires continues de E1 dans
L (E2 , F ).

Théorème 0.23 Soient E1 , E2 et F trois K-e.v.n. Alors L (E1 , L (E2 , F )) est canoniquement
isomorphe à L (E1 , E2 ; F ).

Démonstration: A chaque T ∈ L (E1 , L (E2 , F )), on lui associe l’application T̃ : E1 ×E2 −→


F définie par
T̃ (x1 , x2 ) = T (x1 ) (x2 ) .

Évidemment T̃ est bilinéaire, et puisque




(x1 , x2 ) = kT (x1 ) (x2 )k ≤ kT (x1 )k · kx2 k ≤ kT k · kx1 k · kx2 k ,

17

alors T̃ est continue, et par suite T̃ ∈ L (E1 , E2 ; F ). De plus on a T̃ ≤ kT k. Or pour tout
(x1 , x2 ) ∈ E1 × E2 on a :


kT (x1 ) (x2 )k = T̃ (x1 , x2 ) ≤ T̃ · kx1 k · kx2 k ,

donc

kT (x1 )k ≤ T̃ · kx1 k , (∀x1 ∈ E1 )

et par suite

kT k ≤ T̃ ,

D’où

R
Considérons maintenant l’application :

U
kT k = T̃ .

ϕ : L (E1 , L (E2 , F )) −→ L (E1 , E2 ; F )

BO T 7−→ T̃

Elle est évidemment linéaire injective. Montrons que elle est surjective. Soit U ∈ L (E1 , E2 ; F ).
Si on fixe x1 ∈ E1 , l’application partielle Ux1 : x2 7−→ U (x1 , x2 ) est une application linéaire

EL
continue de E2 dans F , c’est-à-dire, Ux1 ∈ L (E2 , F ). Considérons alors l’application

T : E1 −→ L (E2 , F ) , x1 7−→ Ux1 .

Il est facile de vérifier que T est une application linéaire continue, c’est-à-dire, T ∈ L (E1 , L (E2 , F )).
De plus, pour tout (x1 , x2 ) ∈ E1 × E2 on a :

T̃ (x1 , x2 ) = T (x1 ) (x2 ) = Ux1 (x2 ) = U (x1 , x2 ) ,

donc T̃ = U . D’où la surjectivité de ϕ. En tenant compte du kT k = kT̃ k, on conclut donc ϕ


est une isométrie de L (E1 , L (E2 , F )) sur L (E1 , E2 ; F ). 

Remarques: 1. Lorsque E1 = E2 = E, on obtient : L (E, L (E, F )) ≈ L2 (E, F ) .


Plus généralement, pour tout entier n ≥ 1 on a

L (E, Ln (E, F )) ≈ Ln+1 (E, F ) ,

où on a posé L1 (E, F ) = L (E, F ).

2. Lorsque E = K, on obtient : L2 (K, F ) ≈ L (K, L (K, F )) ≈ L (K, F ) ≈ F.

18
Plus généralement, pour tout entier n ≥ 1 on a Ln (K, F ) ≈ F .

0.7 Espace de Hilbert


Soit H un espace vectoriel sur R. Un produit scalaire sur H est une forme bilinéaire symé-
trique h·, ·i : H × H −→ R définie positive, c’est-à-dire :

1. ∀x ∈ H, hx, xi ≥ 0;

2. ∀x ∈ H, hx, xi = 0 ⇐⇒ x = 0.

Rappelons qu’un produit scalaire vérifie l’inégalité de Cauchy-Schwarz :

UR |hx, yi| ≤
q q
hx, xi hy, yi,

Rappelons aussi que l’application x 7−→ kxk =


q
∀ (x, y) ∈ H 2 .

hx, xi est une norme sur H, dite norme

O
assoiée au produit scalaire.

Définition 0.24 Un espace préhilbertien réel est un espace vectoriel réel muni d’un produit

B
scalaire. S’il est complet pour la norme assoiée au produit scalaire, on dit que c’est un espace

L
de Hilbert (ou hilbertien). Un espace euclidien est un espace hilbertien réel de dimension finie.

E
Remarque: Un espace préhilbertien est toujours supposé muni de la norme associée à son
produit scalaire : kxk =
q
hx, xi. L’inégalité de Cauchy-Schwarz s’écrit donc

|hx, yi| ≤ kxk kyk , ∀ (x, y) ∈ H 2 .

Cette inégalité montre que le produit scalaire h·, ·i : H × H −→ R, qui est bilinéaire, est
continue.

Exemple: L’espace Rn (avec n ∈ N∗ ) muni du produit scalaire usuel

n
X
hx, yi = xi y i ,
i=1

est un espace euclidien.


L’espace E = C ([0, 1] , R) muni du produit scalaire
Z 1
hf, gi = f (t) g (t) dt
0

est un espace préhilbertien réel non complet.

19
Chapitre 1
Applications différentiables

1.1

UR
Applications différentiables
Dans tout ce qui suit, on se donne deux espaces vectoriels normés E et F sur le même corps
K qui pourra être R ou C, et un ouvert non vide U de E.

BO
Définition 1.1 On dit qu’une application f : U −→ F est différentiable en un point a de U ,
s’il existe une application linéaire continue L ∈ L (E, F ) telle que

EL lim
x→a
x6=a
kf (x) − f (a) − L (x − a)k
kx − ak

Si on pose h = x − a, la condition (1.1) est équivaut à :


= 0. (1.1)

kf (a + h) − f (a) − L (h)k
lim = 0. (1.2)
h→0
h6=0
khk

Autrement dit, f est différentiable au point a si et seulement s’il existe une application
linéaire continue L ∈ L (E, F ), un nombre réel r > 0 et une application ε : B (0E , r) −→ F tels
que : 

 f (a + h) = f (a) + L (h) + khk ε (h) , ∀h ∈ B (0E , r)

 lim ε (h) = 0.
h→0

Ce qui s’écrit, en utilisant les notations de Landau,

f (a + h) = f (a) + L (h) + o (khk) .

Remarques: 1. La condition de continuité imposée à L est automatiquement vérifiée si E


est de dimension finie.

2. La notion de différentiabilité ne change pas si on remplace les normes choisies sur E et F

20
par des normes équivalentes. En particulier, si les espaces E et F sont de dimension finie,
il n’est pas nécessaire de préciser les normes choisies (puisque, sur un espace de dimension
finie, toutes les normes sont équivalentes).

Avant d’aller plus loin, il importe d’établir l’unicité de l’application L.

Proposition 1.2 Si f est différentiable en a, alors il existe une unique application linéaire
continue L ∈ L (E, F ) vérifiant (1.2).

Démonstration: Supposons qu’il existe une application linéaire continue L ∈ L (E, F ) véri-
fiant (1.2). Soit h ∈ E \{0} fixé. Puisque th tend vers 0 lorsque t tend vers 0, alors en remplaçant
h par th dans (1.2) on obtient

d’où
UR lim
t→0
t6=0
kf (a + th) − f (a) − L (th)k
kthk
= 0,

c’est-à-dire,

BO lim
t→0
t6=0
kf (a + th) − f (a) − tL (h)k


f
lim
|t|

(a + th) − f (a)
= 0,



− L (h) = 0,

donc

EL t→0
t6=0
t

L (h) = lim
t→0
t6=0

f (a + th) − f (a)
t
,

relation reste vraie pour h = 0. Ceci prouve l’unicité de L. En effet, s’il existe une autre
application linéaire continues M ∈ L (E, F ) vérifiant la condition (1.2), on aura aussi

f (a + th) − f (a)
M (h) = lim , ∀h ∈ E.
t→0
t6=0
t

Donc M (h) = L (h) pour tout h ∈ E, d’où M = L. 

Définition 1.3 Si f : U −→ F est différentiable en un point a de U , alors l’unique application


linéaire continue L : E −→ F vérifiant (1.2) est appelée la différentielle (ou la dérivée) de f
au point a, et elle sera notée Df (a), ou f 0 (a).
Si f est différentiable en tout point de U , on dit que f est différentiable sur U . S’il en est
ainsi, l’application
x 7−→ Df (x) = f 0 (x)

de l’ouvert U dans L(E, F ) s’appelle la différentielle de f sur U , et elle sera notée Df , ou f 0 .

21
Remarque: Il faut remarquer que Df (a) n’est pas un élément de F , mais un élément de
L (E, F ). L’image d’un vecteur h ∈ E par l’application linéaire Df (a) sera notée Df (a) (h) ou
Df (a) · h. De plus on a

f (a + th) − f (a) d
Df (a) (h) = lim = f (a + th) |t=0 .
t→0
t6=0
t dt

Le vecteur Df (a) (h) est appelé la dérivé de f au point a suivant le vecteur h.

Exemple: (Différentielle et dérivée usuelle) Considérons le cas où E = R, où U est un


intervalle ouvert de R, et f : U −→ F une application de U dans un e.v.n réel F .
Si f est différentiable en un point a de U , alors il existe L ∈ L (R, F ) telle que

qui s’écrit aussi


UR lim
h→0
h6=0


kf (a + h) − f (a) − L (h)k

f
|h|
= 0,

(a + h) − f (a) − hL (1)

ou encore

BO lim
h→0
h6=0

lim
h→0
h

f (a + h) − f (a)
h
= L (1) .
= 0,

L h6=0

Cela montre que f est dérivable au point a au sens usuel, et que f 0 (a) = L (1) (c’est un élément
de F ).
E
Réciproquement, si la dérivé usuelle f 0 (a) = limh→0
h6=0
f (a+h)−f (a)
h
existe, alors

(a + h) − f (a) − hf 0 (a)

f
lim = 0.

h→0
h6=0
h

Cela montre que f est différentiable au point a, et que sa différentielle est l’application linéaire
continue L : R −→ F définie par L (h) = hf 0 (a) pour tout h ∈ H.

Conclusion: Une application f : U −→ F d’un ouvert U de R dans un e.v.n réel F , est


différentiable en un point a de U si et seulement si elle est dérivable en ce point a au sens usuel.
Lorsque c’est le cas, la différentielle de f au point a est l’application linéaire conitinue

Df (a) : R −→ F
h 7−→ hf 0 (a)

où f 0 (a) est la dérivée de f au point a au sens usuel. En particulier, on a

Df (a) (1) = f 0 (a) .

22
De plus, la différentielle de f au point a, élément de L (R, F ), et sa dérivée au point a, élément
de F , s’identifient de manière très naturelle, grâce à l’isométrie canonique L (R, F ) ≈ F .

Ce qui précède reste applicable lorsque U est un ouvert de C et que F est un e.v.n complexe.

1.2 Différentielles de fonctions particulières


Proposition 1.4 Si f : U → F est une application constante, alors f est différentiable sur U ,
et on a Df (a) = 0 pour tout a ∈ U . Où 0 désigne l’application nulle de E dans F .

Démonstration: On a f (x) − f (a) = 0 pour tout x ∈ U . Donc si L = 0 est l’application


nulle de E dans F ,

UR lim
x→a
x6=a
kf (x) − f (a) − L (x − a)k
kx − ak

D’où f est différentiable au point a et Df (a) = L = 0.


= 0.

Proposition 1.5 Soit f : E −→ F une application linéaire continue. Alors f est différentiable

BO
sur E, et on a Df (a) = f pour tout a ∈ E.

Démonstration: On a f (x) − f (a) − f (x − a) = 0 pour tout x ∈ E. Donc

EL lim
x→a
x6=a
kf (x) − f (a) − f (x − a)k
kx − ak

D’où f est différentiable au point a, et on a Df (a) = f .


= 0.

Remarque: Si f : U −→ F est la restriction d’une application linéaire continue L : E −→ F ,


alors f est différentiable, et on a Df (x) = L pour tout x ∈ U .

Exemples: Soit U un ouvert non vide d’un e.v.n E.

1. L’injection canonique j : U −→ E, x 7−→ x est différentiable et on a

Dj(x) = IdE pour tout x ∈ U.

2. Puisque l’application p : E −→ E × E, x 7−→ (x, x) est linéaire continue, elle est diffé-
rentiable et Dp (x) = p tout h ∈ E.

On en déduit que l’application q : U −→ E × E, x 7−→ (x, x) est différentiable et on a

Dq(x) = p pour tout x ∈ U.

En d’autres termes, Dq(x) (h) = (h, h) pour tout x ∈ U et tout h ∈ E.

23
Proposition 1.6 Soit f : E1 × E2 −→ F une application bilinéaire continue. Alors f est
différentiable en tout point (a1 , a2 ) de E1 × E2 , et sa différentielle en ce point est donnée par

Df ((a1 , a2 )) (h1 , h2 ) = f (h1 , a2 ) + f (a1 , h2 ) .

pour tout (h1 , h2 ) ∈ E1 × E2 .

Démonstration: Voir TD. 

Proposition 1.7 Généralisation. Soit f : E1 × · · · × En −→ F une application multili-


néaire continue. Alors f est différentiable en tout point (a1 , a2 , · · ·, an ) de E1 × · · · × En , et sa
différentielle en ce point est donnée par

UR
Df (a1 , a2 , · · ·, an ) (h1 , h2 , · · ·, hn ) = f (h1 , a2 , · · ·, an ) + f (a1 , h2 , · · ·, an )
+ · · · +f (a1 , a2 , · · ·, hn ) . (1.3)

O
(dans f (a1 , a2 , · · ·, an ), on remplace successivement chaque ai par hi , sans toucher aux autres
aj (j 6= i) ; on fait la somme des termes obtenus, et cela donne le second membre de (1.3)).

B
Définition 1.8 On dit que f : U −→ F est de classe C 1 sur U (ou continûment différentiable
sur U ), si :

EL
1. f est différentiable sur U , c’est-à-dire différentiable en tout point de U ;

2. l’application différentielle Df : U −→ L(E, F ) est continue.


x 7−→ Df (x)

Exemples: 1. Toute application constante f : U −→ F est de classe C 1 . En effet, dans ce


cas l’application différentielle Df : U −→ L(E, F ) est une application constante (puisque
Df (x) = 0 pour tout x ∈ U ), donc continue.

2. Toute application linéaire continue f : E −→ F est de classe C 1 . En effet, dans ce cas


l’application différentielle Df : U −→ L(E, F ) est une application constante (puisque
Df (x) = f pour tout x ∈ E), donc continue.

3. Toute application bilinéaire continue est de classe C 1 (voir TD).

4. Plus généralement, toute application multilinéaire continue est de classe C 1 .

Nous terminons ce paragraphe par un exemple non trivial d’une application différentiable :

24
Rappelons que si E et F sont deux espaces de Banach, alors l’application

ϕ : Isom(E, F ) −→ L(F, E)
u 7−→ u−1

est continue sur l’ouvert Isom(E, F ) de L(E, F ). On peut se demander si ϕ est différentiable.
Sa différentielle sera alors un élément de L (L(E, F ), L(F, E)).

Théorème 1.9 Avec les notations précédentes, l’application ϕ est de classe C 1 sur l’ouvert
Isom(E, F ), et sa différentielle en un point u ∈ Isom(E, F ) est donnée par

Dϕ (u) (h) = −u−1 ◦ h ◦ u−1 pour tout h ∈ L(E, F ). (1.4)

définie par
R
Démonstration: Soit u ∈ Isom(E, F ) fixé. Considérons l’application L : L(E, F ) −→ L(F, E)

UL(h) = −u−1 ◦ h ◦ u−1 pour tout h ∈ L(E, F );

BO
qui est évidement linéaire continue. Rappelons que pour tout h ∈ L(E, F ) tel que khk <
on a u + h ∈ Isom(E, F ). De plus :
1
ku−1 k

EL ϕ (u + h) − ϕ (u) = (u + h)−1 − u−1


= (u + h)−1 ◦ [u − (u + h)] ◦ u−1
= − (u + h)−1 ◦ h ◦ u−1 .

Donc

ϕ (u + h) − ϕ (u) − L(h) = − (u + h)−1 ◦ h ◦ u−1 + u−1 ◦ h ◦ u−1


= [− (u + h)−1 + u−1 ] ◦ (h ◦ u−1 )

d’où


kϕ (u + h) − ϕ (u) − L(h)k ≤ (u + h)−1 − u−1 · h ◦ u−1


≤ kϕ (u + h) − ϕ (u)k · u−1 · khk .

Puisque ϕ est continue en u, lim kϕ (u + h) − ϕ (u)k = 0. On en déduit que


h→0

kϕ (u + h) − ϕ (u) − L(h)k
lim = 0.
h→0
h6=0
khk

25
Cela montrer que ϕ est différentiable en u, et que sa différentielle Dϕ (u) est donnée par la
formule (1.4).
Pour montrer que ϕ est de classe C 1 , il reste à démontrer que l’application

Dϕ : Isom(E, F ) −→ L (L(E, F ), L(F, E))


u 7−→ Dϕ(u)

est continue. Introduisons pour cela une notation : pour tout v ∈ L(F, E), w ∈ L(F, E), notons
ψ (v, w) l’application
ψ (v, w) : L(E, F ) −→ L(F, E)
h 7−→ −v ◦ h ◦ w

UR
qui est évidement linéaire continue, et on a kψ (v, w)k ≤ kvk · kwk. En particulier, pour tout
u ∈ Isom(E, F ) on a
 
Dϕ (u) = ψ u−1 , u−1 .

Alors l’application Dϕ est la composée des applications suivantes :

• l’application

BO T : Isom(E, F ) −→ L(F, E) × L(F, E)

L u 7−→ (u−1 , u−1 )

qui est continue car ses deux composantes le sont ;

• l’application
E ψ : L(F, E) × L(F, E) −→ L (L(E, F ), L(F, E))
(v, w) 7−→ ψ (v, w)

qui est évidement bilinéaire et continue (car kψ (v, w)k ≤ kvk · kwk).

Donc l’application Dϕ est continue ; autrement dit ϕ est de classe C 1 . 

1.3 Propriétés des applications différentiables


Proposition 1.10 Si f : U −→ F est différentiable en un point a de U alors f est continue
en a.

Démonstration: Par définition, si la différentielle L = Df (a) existe, alors

kf (x) − f (a) − L (x − a)k


lim = 0.
x→a
x6=a
kx − ak

26
Pour ε = 1, il existe donc un nombre η > 0 tel que l’inégalité kx − ak ≤ η entraine

kf (x) − f (a) − L (x − a)k ≤ kx − ak ,

et donc

kf (x) − f (a)k ≤ kL (x − a)k + kx − ak


≤ (kLk + 1) kx − ak .

D’où lim f (x) = f (a). Cela prouve que f est continue en a. 


x→a

Remarque: La réciproque est fausse. En effet, l’application R −→ R, t 7−→ |t| est continue

UR
en 0 mais elle n’est pas différentiable en 0.

Théorème 1.11 (Linéarité de la différentielle) Soient f, g : U −→ F deux applications


et soit λ ∈ K.

BO
1. Si f et g sont différentiables au point a ∈ U , alors, f + g et λf sont différentiables au
point a, et on a

EL D (f + g) (a) = Df (a) + Dg (a) ; D (λf ) (a) = λDf (a) .

2. Si f et g sont différentiables différentiables sur U (resp., de classe C 1 sur U ), alors f + g


et λf sont différentiables sur U (resp., de classe C 1 sur U ).

Démonstration: 1) Cela résulte immédiatement des propriétés des limites et du fait que les
applications linéaires Df (a) + Dg (a) et λDf (a) sont continues (puisque Df (a) et Dg (a) le
sont).
2) C’est évident à partir des définitions. 

1.4 Différentielle d’une fonction composée


Théorème 1.12 Soient E, F et G trois espaces vectoriels normés. Soit U un ouvert de E, V
un ouvert de F . Soient f : U −→ F et g : V −→ G deux applications telles que f (U ) ⊂ V .

1. Si f est différentiable en un point a ∈ U , et si g est différentiable au point b = f (a), alors


l’application g ◦ f est différentiable au point a, et on a

D (g ◦ f ) (a) = Dg(f (a)) ◦ Df (a).

27
2. Si f est différentiable sur U (resp., de classe C 1 sur U ), et si g est différentiable sur V
(resp., de classe C 1 sur V ), alors l’application g ◦ f est différentiable sur U (resp., de
classe C 1 sur U ).

Démonstration: (1) Posons L = Df (a) ; M = Dg(b) = Dg(f (a)) ; et appliquons la définition


1.1. Pour tout ε > 0, il existe α > 0 tel que l’inégalité kuk ≤ α entraîne

kf (a + u) − f (a) − L (u)k ≤ ε kuk ; (1.5)

et il existe de même β > 0 tel que l’inégalité kvk ≤ β entraîne

kg (b + v) − g (b) − M (v)k ≤ ε kvk . (1.6)

UR
Supposant ε < 1, l’inégalité (1.5) entraîne

kf (a + u) − f (a)k = kf (a + u) − f (a) − L (u) + L (u)k

BO ≤ ε kuk + kL (u)k
≤ ε kuk + kLk · kuk
≤ (1 + λ) kuk

L 
β
avec λ = kLk. Posons η = inf α, 1+λ

E

. Pour tout u ∈ E vérifiant kuk ≤ η on a

kf (a + u) − bk = kf (a + u) − f (a)k ≤ (1 + λ) kuk ≤ (1 + λ) η ≤ β;

donc en remplaçant v par f (a + u) − b dans (1.6), on obtient :

kg [f (a + u)] − g (b) − M [f (a + u) − b]k ≤ ε kf (a + u) − bk ≤ ε (1 + λ) kuk . (1.7)

Mais on a aussi

kM [f (a + u) − b] − M (L (u))k ≤ kM k kf (a + u) − f (a) − L (u)k ≤ µε kuk (1.8)

avec µ = kM k. De (1.7) et (1.8) on déduit :

kg [f (a + u)] − g (b) − M (L (u))k ≤ ε (1 + λ) kuk + µε kuk


≤ ε (1 + λ + µ) kuk .

28
Cela montre que

k(g ◦ f ) (a + u) − (g ◦ f ) (a) − (M ◦ L) (u)k


lim = 0.
u→0
u6=0
kuk

L’application linéaire composée M ◦ L étant continue, cela prouve que g ◦ f est différentiable
au point a, et on a D (g ◦ f ) (a) = M ◦ L.
(2) Supposons maintenant f différentiable sur U et g différentiable sur V ; le résultat de (1)
montre que g ◦ f est différentiable en tout point x de U , et a pour différentielle en ce point
D (g ◦ f ) (x) = Dg(f (x)) ◦ Df (x).
Supposons enfin f et g de classe C 1 . L’application

UR D (g ◦ f ) : U −→ L(E, G)
x 7−→ Dg(f (x)) ◦ Df (x)

est la composée des applications suivantes :

• l’application

BO T : U −→ F × L(E, F )
x 7−→ (f (x), Df (x))

E
• l’applicationL
qui est continue car ses deux composantes le sont ;

ϕ : V × L(E, F ) −→ L(F, G) × L(E, F )


(y, A) 7−→ (Dg(y), A)

qui est continue car ses deux composantes le sont ;

• l’application
ψ : L(F, G) × L(E, F ) −→ L(E, G)
(B, A) 7−→ B ◦ A

qui est bilinéaire continue.

Donc l’application D (g ◦ f ) est continue ; autrement dit g ◦ f est de classe C 1 . 


Nous terminons ce paragraphe par un cas particulier très important du théorème 1.12.

Proposition 1.13 Soit I un ouvert de R, U un ouvert d’un e.v.n E. Soient ϕ : I −→ E et


f : U −→ F deux applications telles que ϕ (I) ⊂ U , où F est un e.v.n.
Si ϕ est dérivable en un point t de I, et si f est différentiable au point ϕ (t) alors l’application
composée f ◦ ϕ est dérivable au point t, et sa dérivée est donnée par :

(f ◦ ϕ)0 (t) = Df (ϕ (t)) (ϕ0 (t)) .

29
Démonstration: L’existence de la dérivée ϕ0 (t) entraine la différentiabilité de ϕ au point t ,
et on a Dϕ(t) (1) = ϕ0 (t) (voir conclusion page 22). Puisque f est différentiable au point ϕ (t),
alors l’application ψ = f ◦ ϕ est différentiable au point t, et on a

Dψ(t) = Df (ϕ (t)) ◦ Dϕ(t).

Donc ψ est dérivable au point t, et on a

ψ 0 (t) = Dψ(t) (1) = Df (ϕ (t)) (Dϕ(t) (1)) = Df (ϕ (t)) (ϕ0 (t)) .

r
ouvert − khk+1 r
, khk+1
h
UR
Remarque: (Cas particulier) Soit f : U −→ F une application différentiable, et soit a ∈
U . Soit h ∈ E un vecteur quelconque. Alors la fonction t 7−→ f (a + th) est définie sur un
voisinage ouvert I de 0 dans R (de façon précise, elle est définie (au moins) sur l’intervalle
i
, où r désigne le rayon d’une boule de centre a contenue dans U ).

O
Prenons pour ϕ l’application I −→ E, t 7−→ a + th. On a alors ϕ0 (t) = h pour tout t ∈ I ;
donc la fonction t 7−→ f (a + th) est dérivable sur I, et on a

B d
f (a + th) = Df (ϕ (t)) (ϕ0 (t)) = Df (a + th) (h) .

EL dt

Pour t = 0, on retrouve la dérivé de f au point a suivant le vecteur h :

d
f (a + th) |t=0 = Df (a) (h) .
dt

1.5 Fonctions à valeurs dans un produit d’e.v.n


Soit E, F1 , ···, Fn des espaces vectoriels normés, U un ouvert de E. Posons F = F1 ×···×Fn .
Introduisons les notations suivantes : pour chaque entier i tel que 1 ≤ i ≤ n, soit

pi : F −→ Fi

la i-ième projection définie par pi (y1 , y2 , · · ·, yn ) = yi , et soit

ui : Fi −→ F

l’injection canonique définie par

ui (yi ) = (0, · · ·, 0, yi , 0, · · ·, 0)

30
[0 partout sauf à la i-ième place]. Remarquons que les applications pi et ui sont linéaires
continues. De plus, on a les relations suivantes :

n
X
pi ◦ ui = IdFi ; ui ◦ pi = IdF .
i=1

Considérons maintenant une fonction f : U −→ F . Les fonctions fi = pi ◦ f : U −→ Fi


(1 ≤ i ≤ n) sont appelées les composantes de f , et on a la relation suivante :

n
X
f= ui ◦ fi
i=1

Notons que pour tout x ∈ U on a

UR
f (x) =
n
X

i=1
(ui ◦ fi ) (x) = (f1 (x), f2 (x), · · ·, fn (x)).

Proposition 1.14 Avec les notations précédentes, pour que f soit différentiable en un point

BO
a ∈ U , il faut et il suffit que ses composantes f1 , f2 , · · ·, fn le soient. Lorsque si le cas, on a :

Df (a) =
n
X

i=1
ui ◦ Dfi (a) .

EL
En d’autres termes, pour tout h ∈ E,

Df (a) (h) = (Df1 (a) (h) , Df2 (a) (h) , · · ·, Dfn (a) (h)) .

Démonstration: Pour tout entier i (1 ≤ i ≤ n), les applications pi et ui sont linéaires


continues, donc différentiables. Alors si f est différentiable au point a, l’application composée
fi = pi ◦ f est différentiable en ce point et on a

Dfi (a) = Dpi (f (a)) ◦ Df (a) = pi ◦ Df (a) .

Réciproquement, supposons que les applications fi (1 ≤ i ≤ n) sont différentiables au point


Pn
a. Donc les applications ui ◦ fi sont différentiables en a. Or f = i=1 ui ◦ fi . Donc f est
différentiable en a et on a

n
X n
X n
X
Df (a) = D (ui ◦ fi ) (a) = Dui (fi (a)) ◦ Dfi (a) = ui ◦ Dfi (a) .
i=1 i=1 i=1

31
Par suite, pour tout h ∈ E on a

n
X
Df (a) (h) = [ui ◦ Dfi (a)] (h)
i=1
= (Df1 (a) (h) , Df2 (a) (h) , · · ·, Dfn (a) (h)) .

Proposition 1.15 Avec les notations précédentes, supposons f : U −→ F différentiable sur U .


Pour que l’application différentielle Df : U −→ L(E, F ) soit continue, il faut et il suffit que
Dfi : U −→ L(E, Fi ) soit continue pour chaque i (1 ≤ i ≤ n). Autrement dit, f est de classe
C 1 sur U , si et seulement si ses composantes f1 , f2 , · · ·, fn le sont.

R
Démonstration: Supposons l’application Df : U −→ L(E, F ) continue. Puisque Dfi (x) =
pi ◦ Df (x) pour tout x ∈ U , l’application Dfi : U −→ L(E, Fi ) est composée de l’application

U
continue Df et de l’application linéaire continue

BO ψi : L(E, F ) −→ L(E, Fi )
ϕ 7−→ pi ◦ ϕ

Donc Dfi est continue. La réciproque est vraie, car la relation

EL Df (x) =
n
X

i=1
ui ◦ Dfi (x)

montre que l’application Df est somme des applications composées Ti ◦ Dfi (1 ≤ i ≤ n), où Ti
est l’application linéaire continue

Ti : L(E, Fi ) −→ L(E, F )
ϕi 7−→ ui ◦ ϕi

Pn
Donc si les applications Dfi (1 ≤ i ≤ n) sont continues, l’application Df = i=1 Ti ◦ Dfi est
continue. 

1.6 Fonctions définies sur un ouvert d’un produit d’e.v.n


On suppose maintenant que E = E1 × · · · × En , et que U est un ouvert de E. Une
application f : U −→ F de U dans e.v.n F se note comme une fonction de n variables,
(x1 , · · ·, xn ) 7−→ f (x1 , · · ·, xn ).
Soit i un entier tel que 1 ≤ i ≤ n. Pour chaque a = (a1 , · · ·, an ) ∈ U , considérons l’injection

32
λi : Ei −→ E définie par

λi (xi ) = (a1 , · · ·, ai−1 , xi , ai+1 , · · ·, an ) ;

qui est évidemment continue. Donc l’ensemble (λi )−1 (U ) est un ouvert de Ei , qui contient
ai ∈ Ei . L’application composée

f ◦ λi : xi 7−→ f (a1 , · · ·, ai−1 , xi , ai+1 , · · ·, an )

est définie dans l’ouvert (λi )−1 (U ) de Ei ; on l’appelle la i-ième application partielle associée à
f au point a.

UR
Définition 1.16 Avec les notations précédentes, si l’application partielle f ◦λi est différentiable
au point ai , sa différentielle en ce point est appelée différentielle partielle de f par rapport à
la i-ième variable au point a, et on la note Di f (a), ou
L(Ei , F ).
fx0 i (a), ou ∂f
∂xi
(a) ; c’est un élément de

BO
Proposition 1.17 Avec les notations précédentes, si f est différentiable au point a, alors, les
n différentielles partielles Di f (a) (1 ≤ i ≤ n) existent, et on a

EL Df (a) =
n
X

i=1
Di f (a) ◦ pi ,

où pi : E −→ Ei est la i-ième projection. En d’autres termes, pour tout h = (h1 , · · ·, hn ) ∈ E


on a
n
X
Df (a) (h) = Di f (a) (hi ) .
i=1

Démonstration: Soit i un entier tel que 1 ≤ i ≤ n. Soit ui : Ei −→ E l’injection canonique,


définie par
ui (xi ) = (0, · · · , 0, xi , 0, · · · , 0);

c’est une application linéaire continue, donc différentiable. On a évidemment

λi (xi ) = (a1 , · · ·, ai−1 , 0, ai+1 , · · ·, an ) + ui (xi ), et λi (ai ) = a;

d’où λi est différentiable sur Ei , et on a

Dλi (xi ) = ui pour tout xi ∈ Ei .

Si f est différentiable au point a, f ◦ λi est donc différentiable au point ai , c’est-à-dire, Di f (a)

33
existe. De plus on a

Di f (a) = D (f ◦ λi ) (ai ) = Df (λi (ai )) ◦ Dλi (ai ) = Df (a) ◦ ui .

Pn
D’autre part, on sait que i=1 ui ◦ pi = IdE , donc

n
X
(Df (a) ◦ ui ) ◦ pi = Df (a) ,
i=1

c’est-à-dire,
n
X
Di f (a) ◦ pi = Df (a) .
i=1
Pn
Donc, pour tout h = (h1 , · · ·, hn ) ∈ E on a Df (a) (h) = i=1 Di f (a) (hi ). 

R
Proposition 1.18 Avec les notations précédentes, supposons f : U −→ F différentiable sur U .
Alors f est de classe C 1 si et seulement si les n différentielles partielles Di f : U −→ L(Ei , F )
sont continues.
U
O
Démonstration: Supposons que f soit différentiable en tout point de U . Puisque Di f (x) =
Df (x) ◦ ui pour tout x ∈ U , l’application Di f : U −→ L(Ei , F ) est composée de l’application

B
Df : U −→ L(E, F ) et de l’application linéaire continue

EL ψi : L(E, F ) −→ L(Ei , F )
ϕ 7−→ ϕ ◦ ui

Par conséquent, si Df : U −→ L(E, F ) est continue, les applications Di f sont continues. La


Pn
réciproque est aussi vraie, car la relation Df (x) = i=1 Di f (x) ◦ pi montre que l’application
Df est somme des applications composées Ti ◦ Di f , où Ti est l’application linéaire continue

Ti : L(Ei , F ) −→ L(E, F )
ϕi 7−→ ϕi ◦ pi

Pn
Donc, si les applications Di f sont continues, l’application Df = i=1 Ti ◦ Di f est continue. 

Remarque: L’existence des différentielles partielles de f en un point a n’implique pas néces-


sairement la différentiabilité de f en ce point.

Le résultat qui suit donne une condition suffisante pour qu’une fonction f : U −→ F soit
différentiable en un point a de U .

Proposition 1.19 Avec les notations précédentes, si les n différentielles partielles Di f (x)
existent en tout point x = (x1 , · · ··, xn ) ∈ U , et si les applications Di f : U −→ L(Ei , F )
sont continues au point a, alors f est différentiable en a.

34
Démonstration: Voir plus loin (chapitre 2). 

Théorème 1.20 Avec les notations précédentes, l’application f est de classe C 1 sur U si et
seulement si les n différentielles partielles existent en tout point de U et sont des applications
continues.

Démonstration: Si f est de classe C 1 sur U alors, d’après les propositions 1.17 et 1.18, les n
différentielles partielles existent en tout point de U et sont des applications continues.
Réciproquement, si les n différentielles partielles existent en tout point de U et sont des
applications continues, alors, d’après la proposition 1.19, f est différentiable en tout point de U .
La continuité de l’application différentielle Df : U −→ L(E, F ) résulte alors de la proposition
1.18. 

1.7
UR
Combinaison des cas précédents
Supposons à la fois que E = E1 × · · · × En et F = F1 × · · · × Fp . Soit U un ouvert de E, et

BO
soit f : U −→ F une application de composantes f1 , · · ·, fp .
Si f est différentiable au point a = (a1 , · · ·, an ) ∈ U , alors les fonctions fi : U −→ Fi
sont différentiables au point a, par suite, les différentielles partielles ∂fi
∂xj
(a) ∈ L(Ej , Fi ) existent

EL
(1 ≤ i ≤ p et 1 ≤ j ≤ n). D’après la proposition 1.14 on a

Df (a) =
p
X

i=1
ui ◦ Dfi (a)

où ui : Fi −→ F est l’injection canonique. D’autre part, d’après la proposition 1.17, pour tout
i ∈ {1, · · ·, p} on a
n
X ∂fi
Dfi (a) = (a) ◦ qj ,
j=1 ∂xj

où qj : E −→ Ej est la projection canonique. Donc


 
p n
X ∂fi X
Df (a) = ui ◦  (a) ◦ qj 
i=1 j=1 ∂x j
p X
n
!
X ∂fi
= ui ◦ (a) ◦ qj
i=1 j=1 ∂xj

 
∂fi
Ainsi l’application linéaire Df (a) est déterminée par la matrice ∂xj
(a) ; c’est une matrice
1≤i≤p
1≤j≤n

à p lignes et n colonnes (i est l’indice des lignes, la i-ème ligne correspondant à l’espace Fi ; j
est l’indice des colonnes, la j-ème colonne correspondant à l’espace Ej ). Notons que pour tout

35
h = (h1 , · · ·, hn ) ∈ E on a
 
p n
X ∂fi X
Df (a)(h) = ui  (a) (hj )
i=1 j=1 ∂xj
 
n n n
∂f1X X ∂f2 X ∂fp
=  (a) (hj ) , (a) (hj ) , · · ·, (a) (hj ) .
j=1 ∂xj j=1 ∂xj j=1 ∂xj

1.8 Fonctions définies sur un ouvert de Rn


Considérons le cas où E = Rn (E1 = E2 = · · · = En = R).

Définition 1.21 (Dérivées partielles) Soit U un ouvert de Rn , et f : U −→ F une appli-


cation de U dans un e.v.n F . Soit a = (a1 , · · ·, an ) ∈ U . On appelle dérivée partielle de f au

partielle

UR
point a par rapport à la i-ième variable, lorsqu’elle existe, la dérivé au point ai de l’application

xi 7−→ f (a1 , · · ·, ai−1 , xi , ai+1 , · · ·, an ) .

On la note ∂f
∂xi
(a) ;

BO c’est un élément de F .

Remarque: Notons que l’existence de la dérivée partielle ∂f


∂xi
(a) de f au point a par rapport

∂f
h ∂x i
L
à la i-ième variable équivaut à l’existence de la différentielle partielle Di f (a) de f au point a
par rapport à la i-ième variable (élément de L(R, F )), et on a la relation suivante Di f (a)(h) =

E
(a) pour tout h ∈ R. Moyennant l’isométrie canonique de L(R, F ) sur F , la dérivée partielle
de f et la différentielle partielle de f au point a par rapport à la i-ième variable s’identifient.

Le résultat suivant est un cas particulier de la proposition 1.17 :

Corollaire 1.22 Si f : U ⊂ Rn −→ F est différentiable en un point a de U , alors, les n


∂f
dérivées partielles ∂xi
(a) existent, et on a

n
∂f
(a) pour tout h = (h1 , · · ·, hn ) ∈ Rn .
X
Df (a) (h) = hi
i=1 ∂xi

∂f
Remarque: L’existence des dérivées partielles ∂xi
(a) ne suffit pas pour assurer la différentia-
bilité de f au point a. Considérons, par exemple, l’application f : R2 −→ R définie par

xy


x2 +y 2
si (x, y) 6= (0, 0) ,
f (x, y) =

 0 si (x, y) = (0, 0) .

Les deux applications partielles x 7−→ f (x, 0) et y 7−→ f (0, y) associées à f au point (0, 0)
sont identiquement nulles, donc les dérivées partielles de f en (0, 0) existent et sont nulles :

36
∂f ∂f
∂x
(0, 0) = ∂y
(0, 0) = 0. Cependant, f n’est pas continue en (0, 0), donc f n’est pas différentiable
en (0, 0).

Considérons maintenant le cas où E = Rn et F = Rp . Soit U un ouvert de Rn , et f : U −→


Rp une application de composantes f1 , · · ·, fp .
Si f est différentiable au point a = (a1 , · · ·, an ) ∈ U , sa différentielle en ce point est l’appli-
cation linéaire de Rn dans Rp définie, pour tout h = (h1 , · · ·, hn ) ∈ Rn par
 
n n n
∂f1 X X ∂f2 X ∂fp 
Df (a)(h) =  hj (a), hj (a), · · ·, hj (a)
j=1 ∂xj j=1 ∂xj j=1 ∂xj

Donc la matrice de l’application linéaire Df (a) dans les bases canoniques de Rn et Rp est

UR 
∂f1
 ∂x1
 ∂f2
(a)
 ∂x1 (a)




..
.
∂f1
∂x2
∂f2
∂x2
(a)
(a)
..
.
···
···
∂f1
∂xn
∂f2
∂xn
(a)

(a)
..
.



O
 
∂fp ∂fp ∂fp
∂x1
(a) ∂x2
(a) ··· ∂xn
(a)

La matrice

∂fi
∂xj
(a)

L B
1≤i≤p
1≤j≤n
est appelée la matrice jacobienne de f au point a, et on la note Jf (a).

Lorsque p = n, Jf (a) est une matrice carrée et son déterminant est appelé jacobien de f au
point a, et on le note

E D(f1 , f2 , · · · , fn )
D(x1 , x2 , · · · , xn )
(a) ou
∂(f1 , f2 , · · · , fn )
∂(x1 , x2 , · · · , xn )
Exemple: Soit f : R2 → R2 l’application définie par f (r, θ) = (r cos θ, r sin θ). Sa matrice
(a).

jacobienne au point (r, θ) dans les bases canoniques est :


   
∂(r cos θ) ∂(r cos θ)
 ∂r ∂θ cos θ −r sin θ
= ,

 
∂(r sin θ) ∂(r sin θ)
∂r ∂θ
sin θ r cos θ

et son jacobien au point (r, θ) est




D (r cos θ, r sin θ) cos θ −r sin θ
=
= r.
D (r, θ) sin θ

r cos θ

37
Chapitre 2
Théorème des accroissements finis

2.1
R
Théorème des accroissements finis lorsque la variable
est réelle
U
Soient a et b deux points de R tels que a < b. Si f : [a, b] −→ R est une fonction continue

c ∈]a, b[ tel que

BO
sur [a, b] et dérivable sur ]a, b[, le théorème classique des accroissements finis dit qu’il existe

f (b) − f (a) = (b − a)f 0 (c).

EL
Ce résultat ne subsiste pas si l’application f est à valeurs dans un e.v.n réel E de dimension
supérieur ≥ 2. Il suffit pour s’en convaincre de considérer l’application

f : [0, 2π] −→ R2 t 7−→ (cos t, sin t) ;

on a f (2π) = f (0) mais il n’existe aucun c ∈]0, 2π[ tel que f (2π) − f (0) = (2π − 0)f 0 (c).
Il est cependant très important pour les applications de pouvoir donner une majoration
précise et simple de kf (b) − f (a)k connaissant une majoration de kf 0 (x)k sur ]a, b[ ; et nous
allons établir un théorème plus général. Avant de l’énoncer, il faut donner une définition.

Définition 2.1 Soient a et b deux points de R tels que a < b. On dit qu’une application
f : [a, b] −→ F admet une dérivée à droite en un point t0 ∈ [a, b[ si

f (t) − f (t0 )
lim
t→t0
t>t0
t − t0

existe ; cette limite se note alors fd0 (t0 ) et s’appelle la dérivée à droite de f au point t0 . C’est un

38
élément de F . On définit de même, si elle existe, la dérivée à gauche de f en un point t0 ∈]a, b] :

f (t) − f (t0 )
fg0 (t0 ) = lim .
t→t0
t<t0
t − t0

Pour qu’une fonction f : [a, b] −→ F admette une dérivée f 0 (t0 ) en un point t0 ∈]a, b[, il
faut et il suffit que fd0 (t0 ) et fg0 (t0 ) existent, et soient égales.

Théorème 2.2 Soient a et b deux points de R tels que a < b, F un espace vectoriel normé.
Soient f : [a, b] −→ F et g : [a, b] −→ R deux applications continues sur [a, b].
On suppose que f et g possèdent des dérivées à droite en chaque point x de l’intervalle
ouvert ]a, b[ vérifiant l’inégalité

Alors on a
UR kfd0 (x)k ≤ gd0 (x), ∀x ∈]a, b[.

kf (b) − f (a)k ≤ g(b) − g(a).

a
O
Démonstration: Nous allons d’abord prouver que pour tout sous-intervalle [u, v] de ]a, b[ on

B kf (v) − f (u)k ≤ g(v) − g(u). (2.1)

EL
En faisant tendre u vers a et v vers b et en tenant compte de la continuité de f et g, on obtient

kf (b) − f (a)k ≤ g(b) − g(a).

Soit donc [u, v] un sous-intervalle de ]a, b[ (avec u < v). Pour établir l’inégalité (2.1), il suffit
de montrer que pour tout ε > 0 et tout x ∈ [u, v] on a :

kf (x) − f (u)k ≤ g(x) − g(u) + ε(x − u). (2.2)

En effet, en appliquant l’inégalité (2.2) pour x = v, puis en faisant tendre ε vers 0, on obtiendra
l’inégalité (2.1).
Soit donc ε > 0 donné, et soit Iε l’ensemble des points x ∈ [u, v] pour lesquels on a

kf (t) − f (u)k ≤ g(t) − g(u) + ε(t − u), ∀t ∈ [u, x] (2.3)

Il s’agit de montrer que Iε = [u, v]. Puisque l’ensemble Iε ⊂ [u, v] est non vide (car u ∈ Iε ) et
majoré, c = sup Iε existe, et on a u ≤ c ≤ v.
Montrons d’abord que Iε = [u, c]. Évidement on a Iε ⊂ [u, c]. Si c = u, le résultat est
évident car dans ce cas Iε se réduit au singleton {u}. Supposons donc c > u. Soit x ∈ [u, c[.

39
Par définition de la borne supérieure, il existe x0 ∈ Iε tel que x < x0 . Puisque l’inégalité (2.3)
est vraie pour tout t ∈ [u, x0 ], elle est aussi vraie pour tout t ∈ [u, x]. Donc x ∈ Iε . Cela montre
que [u, c[⊂ Iε . D’autre part, l’inégalité (2.3) est vraie pour chaque t ∈ [u, c[, donc aussi pour
t = c (puisque f et g sont continues), ce qui prouve que c ∈ Iε . D’où Iε = [u, c].
Il reste donc à établir que c = v. Supposons c < v. L’existence de fd0 (c) et gd0 (c) entrainent
celle d’un nombre h > 0 tel que, pour tout t ∈]c, c + h] on a à la fois

f (t) − f (c) ε g(t) − g(c) ε


k − fd0 (c)k ≤ et | − gd0 (c)| ≤
t−c 2 t−c 2

En tenant compte de kfd0 (c)k ≤ gd0 (c) et en utilisant l’inégalité triangulaire, on en déduit les
inégalités

d’où
k

UR
f (t) − f (c)
t−c
ε
2
ε
k ≤ kfd0 (c)k + ≤ gd0 (c) + ≤
2
g(t) − g(c)
t−c
+ ε,

et puisque c ∈ Iε ,

BO kf (t) − f (c)k ≤ g(t) − g(c) + ε(t − c);

kf (c) − f (u)k ≤ g(c) − g(u) + ε(c − u).

Donc :

EL kf (t) − f (u)k ≤ g(t) − g(u) + ε(t − u);

pour tout t ∈]c, c + h] (et par suite pour tout t ∈ [u, c + h]), ce qui montre que c + h ∈ Iε , ce
qui contredit le fait que c = sup Iε . On a donc c = v. Cela montre que Iε = [u, v], c’est-à-dire,
l’inégalité (2.2) est satisfaite pour tout ε > 0 et tout x ∈ [u, v]. 

Remarques: 1. Sous les hypothèses du théorème 2.2 on a

kf (v) − f (u)k ≤ g (v) − g (u)

quels que soient u, v ∈ [a, b] vérifiant u ≤ v.

2. Le théorème 2.2 reste vraie si on y remplace les mots “dérivée à droite” par “dérivée
à gauche”. Il suffit d’appliquer le théorème 2.2 aux fonctions x 7−→ −f (−x) et x 7−→
−g (−x).

Cas particuliers importants :


En prenant f (x) = 0 quel que soit x ∈ [a, b], on obtient le corollaire suivant :

Corollaire 2.3 Si g : [a, b] −→ R est une fonction continue et possède une dérivée à droite
gd0 (x) ≥ 0 pour tout x ∈]a, b[, alors g est croissante.

40
En prenant g (x) = kx (k étant une constante positive), on obtient le résultat suivant :

Corollaire 2.4 Soit f : [a, b] −→ F une application continue sur [a, b] dans un e.v.n F ,
admettant en chaque point x ∈]a, b[ une dérivée à droite vérifiant kfd0 (x)k ≤ k, alors on a :

kf (b) − f (a)k ≤ k (b − a)

et, plus généralement :


kf (x) − f (y)k ≤ k|x − y|

quels que soient x, y ∈ [a, b].

En particulier, si k = 0 dans le corollaire 2.4, on obtient :

UR
Corollaire 2.5 Soit f : [a, b] −→ F une application continue sur [a, b] dans un e.v.n F ,
admettant en chaque point x ∈]a, b[ une dérivée à droite nulle. Alors f est constante sur [a, b].

2.2
O
Théorème des accroissements finis lorsque la variable

B
est dans un e.v.n

EL
Définition 2.6 Soient a et b deux points d’un e.v.n E. On appelle segment d’extrémités a et
b, et on note [a, b], l’ensemble des points z ∈ E de la forme

z = (1 − t)a + tb, avec 0 ≤ t ≤ 1.

En d’autres termes, [a, b] = {a + t (b − a) ; 0 ≤ t ≤ 1}.


Une partie A de E est dite convexe si pour tous a, b ∈ A on a [a, b] ⊂ A.

Théorème 2.7 Soient E et F deux espaces vectoriels normés, U un ouvert de E, et f : U −→


F une application différentiable sur U . Si a et b deux points de U tels que le segment [a, b] est
contenu dans U , alors on a

kf (b) − f (a)k ≤ kb − ak · sup kDf (z)k.


z∈[a,b]

Démonstration: Soit φ : [0, 1] −→ F la fonction définie par φ(t) = f (a + t (b − a)). C’est une
fonction continue sur [0, 1], dérivable sur ]0, 1[, et d’après la proposition 1.13 on a

φ0 (t) = Df (a + t (b − a)) (b − a),

41
d’où

kφ0 (t)k ≤ kDf (a + t (b − a)) k · kb − ak


≤ kb − ak · sup kDf (z)k.
z∈[a,b]

En appliquant à φ le corollaire 2.4, on obtient


!
kφ(1) − φ (0)k ≤ kb − ak · sup kDf (z)k · (1 − 0),
z∈[a,b]

c’est-à–dire,
kf (b) − f (a)k ≤ kb − ak · sup kDf (z)k.
z∈[a,b]

R
Supposons maintenant que l’ouvert U soit convexe, c’est-à-dire que, pour tout couple (a, b)

U
de points de U , le segment [a, b] soit contenu dans U .


O
Théorème 2.8 Soit U un ouvert convexe d’un e.v.n E, et soit f : U −→ F une application
différentiable à valeurs dans un e.v.n F . Supposons qu’il existe k ≥ 0 tel que

B kDf (x)k ≤ k pour tout x ∈ U.

EL
Alors, quels que soient x, y ∈ U , on a

kf (x) − f (y)k ≤ kkx − yk.

Autrement dit la fonction f est k-lipschitzienne.

Corollaire 2.9 Sous les hypothèses précédentes, supposons que k = 0, c’est-à-dire que Df (x) =
0 pour tout x ∈ U . Alors f est constante dans U .

On va voir maintenant que ce corollaire est, en réalité, valable non seulement si U est
convexe, mais plus généralement si U est connexe.
Rappelons qu’un espace topologique X est dit connexe si, chaque fois que X est une réunion
de deux ouverts disjoints, l’un deux est vide (et l’autre est X).

Théorème 2.10 Soit U un ouvert connexe d’un e.v.n E, et soit f : U −→ F une application
différentiable sur U à valeurs dans un e.v.n F . Si la dérivée Df (x) = 0 pour tout x ∈ U , alors
f est constante.

Démonstration: D’après le théorème 2.7 on a f (a) = f (b) pour tout couple (a, b) de points
de E tels que le segment [a, b] soit contenu dans U . Quel que soit a ∈ U , on a donc f (x) = f (a)

42
sur toute boule ouverte de centre a contenue dans U . Soit x0 ∈ U fixé. Alors l’ensemble D des
x ∈ U tel que f (x) = f (x0 ) est ouvert. Mais puisque f est continue, son complémentaire V est
aussi ouvert (comme image réciproque de l’ouvert F \ {f (x0 )}). Or D est non vide, car x0 ∈ D.
Si donc V était non vide, on aurait une partition de U en deux ouverts non vides, et U ne
serait pas connexe, contrairement à l’hypothèse. D’où D = U , et par suite pour tout x ∈ U on
a f (x) = f (x0 ). Cela montre que f est constante. 

Théorème 2.11 Soient E un e.v.n, U un ouvert de E, et f : U → R une fonction numé-


rique différentiable sur U . Si a et b sont deux points de U tels que le segment [a, b] soit contenu
dans U , alors il existe c ∈ ]a, b[ avec

f (b) − f (a) = Df (c) (b − a) (2.4)

UR
Démonstration: Soit φ : [0, 1] → R la fonction numérique définie par

φ (t) = f (a + t (b − a)) .

BO
Elle est continue sur [0, 1], dérivable sur ]0, 1[ et on a φ0 (t) = Df (a + t (b − a)) (b − a). Donc
d’après le théorème classique des accroissements finis il existe un nombre réel θ ∈ ]0, 1[ tel que

c’est-à-dire,
EL φ (1) − φ (0) = φ0 (θ) ,

f (b) − f (a) = Df (c) (b − a) ,

avec c = a + θ (b − a) ∈ ]a, b[. 

Remarque: Si E = Rn , la relation (2.4) s’écrit :

n
X ∂f
f (b) − f (a) = (bi − ai ) (c) .
i=1 ∂xi

L’intérêt de cette relation vient de ce que les n dérivées partielles qui y figurent sont prises au
même point c.

2.3 Application du théorème des accroissements finis


Nous sommes maintenant en mesure de démontrer la proposition 1.19.

Proposition 2.12 Soient E1 , · · ·, En des espaces vectoriels normés, et soit E = E1 × · · · × En .


Soit f : U −→ F une application d’un ouvert U de E à valeurs dans un e.v.n F . Si les n

43
différentielles partielles Di f (x) existent en tout point x ∈ U , et si les applications Di f : U −→
L(Ei , F ) sont continues en un point a de U , alors f est différentiable au point a.

Démonstration: Il suffit d’établir le résultat pour n = 2, le cas général s’en déduisant par
récurrence sur n. Supposons que les deux différentielles partielles f10 = D1 f et f20 = D2 f de
f existent sur U , et soient continues en un point a = (a1 , a2 ) de U . On munit E = E1 × E2
de la norme kxk = sup(kx1 k , kx2 k). Puisque U est un ouvert de E, il existe r > 0 tel que
B(a, r) ⊂ U . Considérons l’application g : E −→ F définie par

g(v) = f10 (a)(v1 ) + f20 (a)(v2 ) pour tout v = (v1 , v2 ) ∈ E;

c’est une application linéaire continue. On veut montrer que

Pour tout x ∈ U on a UR lim


x→a
x6=a
kf (x) − f (a) − g(x − a)k
kx − ak
= 0.

BO
f (x) − f (a) − g(x − a) = f (x1 , x2 ) − f (a1 , a2 ) − f10 (a)(x1 − a1 ) − f20 (a)(x2 − a2 )
= f (x1 , x2 ) − f (a1 , x2 ) − f10 (a)(x1 − a1 )

D’où
EL +f (a1 , x2 ) − f (a1 , a2 ) − f20 (a)(x2 − a2 ).

kf (x) − f (a) − g(x − a)k ≤ kf (x1 , x2 ) − f (a1 , x2 ) − f10 (a)(x1 − a1 )k


+ kf (a1 , x2 ) − f (a1 , a2 ) − f20 (a)(x2 − a2 )k .

Soit ε > 0 donné. Puisque la différentielle partielle f10 = D1 f est continue au point a = (a1 , a2 )
(par hypothèse), il existe un η 0 > 0 (auquel nous pouvons imposer de vérifier η 0 < r) tel que les
inégalités kx1 − a1 k < η 0 et kx2 − a2 k < η 0 entraînent

ε
kf10 (x1 , x2 ) − f10 (a1 , a2 )k ≤ .
2

Fixons x = (x1 , x2 ) ∈ E tel que kx − ak < η 0 (c’est-à-dire, kx1 − a1 k < η 0 et kx2 − a2 k < η 0 ),
et considérons l’application ϕ : B(a1 , η 0 ) ⊂ E1 −→ F définie par

ϕ (v1 ) = f (v1 , x2 ) − f10 (a)(v1 );

où B(a1 , η 0 ) est la boule ouverte de centre a1 et de rayon η 0 dans E1 . On veut majorer


kϕ (x1 ) − ϕ (a1 ) k. L’application ϕ est différentiable sur B(a1 , η 0 ) car l’application partielle

44
v1 7−→ f (v1 , x2 ) est différentiable sur B(a1 , η 0 ) (puisque f10 (v1 , x2 ) existe par hypothèse) et f10 (a)
est une application linéaire continue (donc différentiable). De plus, pour tout v1 ∈ B(a1 , η 0 ) on
a
Dϕ (v1 ) = f10 (v1 , x2 ) − f10 (a),

et donc
ε
kDϕ (v1 )k = kf10 (v1 , x2 ) − f10 (a1 , a2 )k ≤ .
2
En appliquant le théorème des accroissements finis (théorème 2.8) à l’application ϕ sur la boule
ouverte B(a1 , η 0 ), on conclut donc que

ε
kϕ (x1 ) − ϕ (a1 )k ≤ kx1 − a1 k ,
2

c’est-à-dire,

UR
kf (x1 , x2 ) − f (a1 , x2 ) − f10 (a)(x1 − a1 )k ≤
ε
2
kx1 − a1 k .

D’autre part, puisque l’application partielle x2 7−→ f (a1 , x2 ) est différentiable au point a2 (car

O
f20 (a1 , a2 ) existe), alors il existe un η 00 > 0 (auquel nous pouvons imposer de vérifier η 00 < r) tel
que l’inégalité kx2 − a2 k < η 00 entraîne

B ε

EL kf (a1 , x2 ) − f (a1 , a2 ) − f20 (a)(x2 − a2 )k ≤


2
kx2 − a2 k

Posons η = inf(η 0 , η 00 ). Alors les inégalités kx1 − a1 k < η et kx2 − a2 k < η entraînent à la fois

ε
kf (x1 , x2 ) − f (a1 , x2 ) − f10 (a)(x1 − a1 )k ≤ kx1 − a1 k ,
2

et
ε
kf (a1 , x2 ) − f (a1 , a2 ) − f20 (a)(x2 − a2 )k ≤ kx2 − a2 k .
2
Donc
ε ε
kf (x) − f (a) − g(x − a)k ≤ kx1 − a1 k + kx2 − a2 k ≤ ε kx − ak .
2 2
D’où
kf (x) − f (a) − g(x − a)k
lim = 0.
x→a
x6=a
kx − ak

Ceci prouve que f est différentiable au point a, et que sa différentielle en ce point est l’application
g. 

45
Chapitre 3
Théorème d’inversion locale et Théorème des
fonctions implicites

3.1
UR
Difféomorphisme de classe C 1

O
Définition 3.1 Soient U un ouvert d’un e.v.n E, V un ouvert d’un e.v.n F . On dit qu’une
application f : U −→ V est un C 1 −difféomorphisme de U sur V si f est une bijection et si f

B
et l’application inverse f −1 sont de classe C 1 .

Exemple:

EL
1. L’application f : R2 −→ R2 ;
de R2 sur R2 .
(x, y) 7−→ (x+y, x−y) est un C 1 -difféomorphisme

2. Pour tout ouvert non vide U d’un e.v.n E, l’application IdU : U −→ U est un C 1 -
difféomorphisme de U sur U .

3. L’application f : R −→ R; x 7−→ x3 est une bijection de classe C 1 . Mais l’application


1
réciproque g = f −1 : R −→ R; x 7−→ x 3 n’est pas différentiable en 0. En effet, la
dérivée f 0 (x) = 3x2 s’annule pour x = 0 ; on a g ◦ f = IdR . Donc, si g 0 (0) existe, on aura
g 0 (0)f 0 (0) = 1, ce qui est absurde. Par conséquent, f n’est pas un C 1 -difféomorphisme de
R sur R.

Remarque: Soient U un ouvert d’un e.v.n E, V un ouvert d’un e.v.n F . Si f : U −→ V est


un C 1 −difféomorphisme de U sur V , et si on pose g = f −1 , on a :

g ◦ f = IdU ; f ◦ g = IdV ,

d’où en appliquant le théorème de la différentielle d’une application composée (théorème 1.12)

Dg(f (x)) ◦ Df (x) = IdE ; Df (g(y)) ◦ Dg(y) = IdF

46
pour tout x ∈ U et y = f (x) : Les applications Dg(f (x)) et Df (x) sont donc réciproques l’une
de l’autre. Cela montre que pour tout x ∈ U , Df (x) ∈ Isom(E, F ). De plus, pour tout y ∈ V
on a :
Dg(y) = [Df (g(y))]−1 .

3.2 Le théorème d’inversion locale


Théorème 3.2 (Inversion locale) Soient E, F deux espaces de Banach, U un ouvert de E
et f : U −→ F une application de classe C 1 . On suppose qu’il existe a ∈ U tel que Df (a)
soit un isomorphisme de E sur F . Alors il existe un voisinage ouvert V de a (V ⊂ U ) et un
voisinage ouvert W de f (a) tels que la restriction f |V de f à V soit un C 1 -difféomorphisme
de V sur W .

UR
Démonstration: - Cas particulier : Nous commençons par établir le résultat dans le cas

BOE = F, a = 0 ∈ U, f (0) = 0 et Df (0) = IdE .

Pour tout r > 0, on note Br la boule ouverte de centre 0 de rayon r dans E, et B̄r la boule
fermée correspondante.

L
Comme f est de classe C 1 , il existe r > 0 tel que B̄r ⊂ U et kDf (x) − Df (0)k =
kDf (x) − IdE k ≤ 1/2 pour tout x ∈ B̄r . Considérons maintenant x ∈ Br . Posons u =

E
IdE − Df (x). On a kuk ≤ 1/2 < 1 donc IdE − u est un isomorphisme de E sur E qui
vérifie (IdE − u)−1 =
P+∞
un (voir le théorème 0.13), et de plus
n=0

+∞ +∞
1
− u)−1 ≤ kukn ≤
X X
(IdE = 2.

n
n=0 n=0 2

Autrement dit, pour tout x ∈ Br , Df (x) ∈ Isom(E) et


[Df

(x)]−1 ≤ 2. (3.1)

(i) Nous voulons montrer que f a un inverse local. Plus précisément, nous allons prouver
que pour tout y ∈ Br/2 , il existe un unique x ∈ Br vérifiant f (x) = y.
Fixons donc y ∈ Br/2 et considérons la fonction

h : B̄r −→ E, x 7−→ y + x − f (x).

47
Elle est continue sur B̄r , de classe C 1 sur Br , et pour tout x ∈ Br , kDh (x)k = kIdE − Df (x)k ≤
1/2, donc d’après l’inégalité des accroissements finis,

∀ (x, x0 ) ∈ (Br )2 , kh (x) − h (x0 )k ≤ 1/2 kx − x0 k .

Par continuité de la fonction h, l’inégalité précédente reste vraie dans la boule fermée B̄r ,
c’est-à-dire :
 2
∀ (x, x0 ) ∈ B̄r , kh (x) − h (x0 )k ≤ 1/2 kx − x0 k . (3.2)

En particulier, pour tout x ∈ B̄r on a kx − f (x)k = kh (x) − h (0)k ≤ 1/2 kxk


donc
1 r r
∀x ∈ B̄r , kh(x)k ≤ kyk + kx − f (x)k ≤ kyk + kxk < + = r.

R 2 2 2
Ainsi, h est une fonction de B̄r dans Br , donc dans B̄r . Comme de plus h vérifie (3.2), on

U
peut appliquer le théorème du point fixe qui entraîne l’existence et l’unicité de x ∈ B̄r tel que
h(x) = x, et comme h est à valeurs dans Br , x ∈ Br . On a donc f (x) = y.

O
Résumons. Nous avons montré, pour tout y ∈ Br/2 l’existence et l’unicité de x ∈ Br tel que
f (x) = y. L’application n’est peut-être pas une bijection de Br sur Br/2 : on a Br/2 ⊂ f (Br ),

B
mais on n’a pas montré l’inclusion inverse. En posant

EL V = Br ∩ f −1 Br/2
 

on obtient cependant un voisinage ouvert de 0 (car f (0) = 0 et f est continue en 0) tel que
f |V : V −→ W = Br/2 soit une bijection.
(ii). Notons g : W −→ V l’application inverse. Désignons par h l’application h : x −→
x − f (x) (c’est l’application h précédente avec y = 0), de sorte que x = h(x) + f (x) pour tout
x ∈ U . Pour montrer que g est continue, il suffit de remarquer que tous x, x0 ∈ Br on a

1
kx − x0 k ≤ kh(x) − h(x0 )k + kf (x) − f (x0 )k ≤ kx − x0 k + kf (x) − f (x0 )k
2

donc kx − x0 k ≤ 2 kf (x) − f (x0 )k. On en déduit

∀y, y 0 ∈ W, kg(y) − g(y 0 )k ≤ 2 kf (g(y)) − f (g(y 0 ))k = 2 ky − yk , (3.3)

autrement dit g est lipschitzienne, donc continue.

48
(iii). Fixons x ∈ V et posons y = f (x) ∈ W . Soit w tel que y + w ∈ W . On note v =
g(y + w) − g (y). On a kvk ≤ 2 kwk d’après (3.3), et

A(w) := g(y + w) − g(y) − [Df (x)]−1 (w)


= (x + v) − x − [Df (x)]−1 [f (x + v) − f (x)]
= − [Df (x)]−1 [f (x + v) − f (x) − Df (x) (v)] .


Or [Df (x)]−1 ≤ 2 d’après (3.1), donc

kA(w)k ≤ 2 kf (x + v) − f (x) − Df (x) (v)k

UR
donc pour tout w 6= 0 tel que y + w ∈ W on a

kA(w)k
kwk
≤ 2

≤ 4
kf (x + v) − f (x) − Df (x) (v)k kvk
kvk
kf (x + v) − f (x) − Df (x) (v)k
.
·
kwk

différentiable en x,
BO kvk

La fonction g étant continue, on a v = g(y + w) − g (y) −→ 0 quand w −→ 0. Puisque f est

kf (x + v) − f (x) − Df (x) (v)k

donc limw−→0
w6=0

EL
kA(w)k
kwk
.
lim
v−→0
v6=0
kvk
= 0.

La fonction g est donc différentiable en y et Dg (y) = [Df (x)]−1 .


Comme f est de classe C 1 , que la fonction g est continue et que Inv : u 7−→ u−1 est continue
(théorème 0.14), alors l’application y 7−→ Dg (y) = [Df (g (y))]−1 est continue comme composée
d’applications continues, donc g est de classe C 1 . Par conséquent f est un C 1 -difféomorphisme
de V sur W .
- Cas général : Ramenons nous au cas général. Posons Ũ = U − a (c’est un voisinage
ouvert de 0 dans E), et considérons la fonction f˜ : Ũ −→ E définie par

f˜(x) = (Df (a))−1 [f (a + x) − f (a)] .

Il est clair que f˜ de classe C 1 et que f˜ (0) = 0 et Df˜(0) = IdE .


En appliquant ce qui précède à f˜, il existe alors un voisinage ouvert V1 de 0 (V1 ⊂ Ũ ) et un
voisinage ouvert W1 de 0 tels que la restriction f˜ |V de f˜ à V1 soit un C 1 -difféomorphisme de
1

V1 sur W1 . Notons g̃ : W1 −→ V1 l’application inverse. Posons V = V1 + a (c’est un voisinage


ouvert de a dans E) et W = Df (a) (W1 ) + f (a) (c’est un voisinage ouvert de f (a) dans F car
Df (a) est un isomorphisme de E sur F ). Alors on vérifie facilement que la restriction f |V de
f à V est un C 1 -difféomorphisme de V sur W . En effet,

49
• pour tout x ∈ V on a :

x − a ∈ V1 , et f˜ (x − a) = (Df (a))−1 [f (x) − f (a)] ;

donc 

 f˜ (x − a) ∈ W1
  ;
 f (x) = (Df (a)) f˜ (x − a) + f (a)

d’où f (x) ∈ W . Cela montre que f (V ) ⊂ W .

• d’autre part, pour tout y ∈ W on a :

 
(x ∈ V et f (x) = y) ⇔ (Df (a)) f˜ (x − a) + f (a) = y

UR ⇔ f˜ (x − a) = (Df (a))−1 [y − f (a)]


h
⇔ x = a + g̃ (Df (a))−1 (y − f (a)) .
i

BO
Cela montre que la restriction f |V de f à V est une bijection de V sur W . De plus,
l’application inverse g : W −→ V est définie par

h
g (y) = a + g̃ (Df (a))−1 (y − f (a)) .
i

EL
Elle est évidement de classe C 1 puisque l’application g̃ est de classe C 1 . D’où résultat.

Remarque: Lorsque E et F sont de dimension finie, l’hypothèse Df (a) ∈ Isom(E, F ) im-




plique dim E = dim F . Envisageons donc le cas où E = F = Rn . Soit f : U −→ Rn une


application de classe C 1 sur un ouvert U de Rn . L’application linéaire Df (a) ∈ L(Rn , Rn ) est
définie par sa matrice jacobienne dans les bases canoniques. Dire que Df (a) ∈ Isom(Rn , Rn )
équivaut à dire que le jacobien de f au point a est non nul.

Corollaire 3.3 Soient E, F deux espaces de Banach, U un ouvert de E. Soit f : U −→ F


une application de classe C 1 telle que pour tout x ∈ U , Df (x) ∈ Isom(E, F ). Alors f est une
application ouverte, c’est-à-dire que pour tout ouvert Ω ⊂ U , f (Ω) est un ouvert de F . En
particulier f (U ) est un ouvert de F .

Démonstration: Soit Ω un ouvert de U . Pour tout x ∈ Ω, d’après le théorème d’inversion


locale (théorème 3.2), on peut trouver un voisinage ouvert Vx ⊂ Ω de x et un voisinage ouvert
Wx de f (x) tels que f soit une bijection de Vx sur Wx . En particulier, f (Vx ) = Wx . On en
déduit que  
[ [ [
f (Ω) = f  Vx  = f (Vx ) = Wx
x∈Ω x∈Ω x∈Ω

est un ouvert de F . 

50
Corollaire 3.4 (Inversion Globale) Soient E, F deux espaces de Banach, U un ouvert de
E, et f : U −→ F une application de classe C 1 . Pour que f soit un C 1 −difféomorphisme de U
sur un ouvert de F , il faut et il suffit que :

(i) f soit une injection ;

(ii) Df (x) ∈ Isom(E, F ) pour tout x ∈ U .

Démonstration: Les deux conditions sont évidemment nécessaires. Réciproquement, supposons-


les remplies ; d’après le corollaire précédent, la condition (ii) entraîne que V = f (U ) est un
ouvert de F . De plus, d’après (i), f est une bijection de U sur V . Montrons que l’application
réciproque g = f −1 : V −→ U est de classe C 1 . Soit y ∈ V et posons x = g (y) (donc x ∈ U

UR
et f (x) = y). D’après le théorème d’inversion locale, on peut trouver un voisinage ouvert A
de x et un voisinage ouvert B de y tels que f soit un C 1 −difféomorphisme de A sur B. Donc
l’application inverse g est de classe C 1 sur un voisinage de y (ici B), et ceci est vrai pour tout
y ∈ V , donc g est de classe C 1 sur V . Par conséquent f soit un C 1 −difféomorphisme de U sur

3.3
BO
l’ouvert V = f (U ) de F

Théorème des fonctions implicites




EL
Parmi les conséquences fondamentales du théorème d’inversion locale, on trouve un résultat
tout aussi important, connu sous le nom de théorème des fonctions implicites (en fait ces deux
théorèmes sont équivalents, car on peut aussi déduire le premier du second). Il concerne la
résolution d’équations non-linéaires de la forme :

f (x, y) = 0,

et doit son nom au fait que, sous les hypothèses que l’on va préciser, on peut en tirer y comme
fonction de x : on dit alors que f (x, y) = 0 définit implicitement y, ou encore y comme fonction
implicite de x.

Théorème 3.5 Soient E, F, G trois espaces de Banach, U un ouvert de E ×F , et f : U −→ G,


(x, y) 7−→ f (x, y) une application de classe C 1 . Supposons qu’en un point (a, b) de U on a
f (a, b) = 0 et la différentielle partielle D2 f (a, b) ∈ L(F, G) est un isomorphisme de F sur G
(où D2 f désigne la différentielle partielle de f par rapport à y). Alors il existe un voisinage
ouvert V de (a, b) dans U , un voisinage ouvert W de a dans E et une fonction ϕ ∈ W −→ F
de classe C 1 tels que la relation

(x, y) ∈ V et f (x, y) = 0 (3.4)

51
est équivalente à la relation
x∈W et y = ϕ(x). (3.5)

Démonstration: Comme annoncé, on va appliquer le théorème d’inversion locale. Pour cela,


on considère la fonction

g : U → E × G, (x, y) −→ (x, f (x, y)).

Elle est de classe C 1 , et pour tout (x, y) ∈ U , pour tout (h, k) ∈ E × F , on a

Dg(x, y) · (h, k) = (h, D1 f (x, y) · h + D2 f (x, y) · k),

UR
où D1 f désigne la différentielle partielle de f par rapport à x. Vérifions que Dg(a, b) est un
isomorphisme de E × F sur E × G : d’après l’hypothèse sur la différentielle partielle D2 f (a, b),
0
on a pour tout (h , k ) ∈ E × G et (h, k) ∈ E × F

équivaut à
BO Dg(a, b) · (h, k) = (h0 , k 0 )

h = h0 et k = (D2 f (a, b))−1 (k 0 − D1 f (a, b) · h0 ).

L
Donc Dg(a, b) est bien un isomorphisme, d’inverse

E (Dg(a, b))−1 : E × G → E × F,
(h0 , k 0 ) 7−→ (h0 , (D2 f (a, b))−1 (k 0 − D1 f (a, b) · h0 )).

On peut donc appliquer le théorème d’inversion locale (théorème 3.2) à l’application g. Donc
g est un C 1 −difféomorphisme d’un voisinage ouvert V de (a, b) sur voisinage ouvert de (a, 0),
que l’on peut supposer de la forme W × Z0 où W est un voisinage ouvert de a et Z0 est un
voisinage ouvert de 0. L’application réciproque de g est nécessairement de la forme

g −1 (x, z) = (x, φ(x, z)),

avec φ de classe C 1 sur W × Z0 . Autrement dit, on a

[(x, y) ∈ V et f (x, y) = z] ⇔ [(x, z) ∈ W × Z0 et y = φ(x, z)].

En particulier,
[(x, y) ∈ V et f (x, y) = 0] ⇔ [x ∈ W et y = ϕ(x)].

52
où l’on a noté ϕ(x) = φ(x, 0). 

Remarque: Dans le voisinage ouvert V de (a, b), les solutions de l’équation f (x, y) = 0 sont de
la forme (x, ϕ(x)), où x ∈ W et ϕ : W −→ F une application de classe C 1 . On a f (x, ϕ(x)) = 0
pour tout x ∈ W .
Puisque, par hypothèse, on a (a, b) ∈ V et f (a, b) = 0, alors l’équivalence de (3.4) et (3.5)
montre que l’on a ϕ(a) = b.

Proposition 3.6 Sous les hypothèses du théorème 3.5, quitte à réduire W , on a

Dϕ(x) · h = − [D2 f (x, ϕ(x))]−1 [D1 f (x, ϕ(x)) · h]

pour tout x ∈ W et pour tout h ∈ E. Autrement dit, pour tout x ∈ W on a

UR Dϕ(x) = − (D2 f (x, ϕ(x)))−1 ◦ D1 f (x, ϕ(x)).

Démonstration: L’image réciproque de l’ouvert Isom(F ; G) par l’application continue D2 f

O
est un ouvert et il contient (a, b). Donc, quitte à réduire V et donc aussi W , on peut supposer
D2 f (x, ϕ(x)) ∈ Isom(F ; G) pour tout x ∈ W . On obtient la différentielle de ϕ en calculant la

B
différentielle des deux membres de l’égalité f (x, ϕ(x)) = 0, ce qui donne

EL D1 f (x, ϕ(x)) · h + D2 f (x, ϕ(x)) (Dϕ(x) · h) = 0

pour tout x ∈ W et pour tout h ∈ E. D’où

Dϕ(x) · h = − [D2 f (x, ϕ(x))]−1 [D1 f (x, ϕ(x)) · h]

pour tout x ∈ W et pour tout h ∈ E. 


Cas où E, F, G sont de dimension finie. Les hypothèses du théorème 3.5 impliquent
alors que dim F = dim G. Supposons donc E = Rn , F = Rp , G = Rp .
Le théorème de fonctions implicites prend la forme suivante :

Corollaire 3.7 Soient n, p ∈ N∗ , U un ouvert Rn × Rp et une application f : U −→ Rp ,


(x, y) = (x1 , · · ·, xn , y1 , · · ·, yp ) 7−→ f (x, y) de classe C 1 et de composantes (f1 , · · ·, fp ). Soit
(a, b) = (a1 , · · ·, an , b1 , · · ·, bp ) ∈ U et supposons f (a, b) = 0 et
!
D(f1 , f2 , · · · , fp ) ∂fi
(a, b) = det (a, b) 6= 0.
D(y1 , y2 , · · · , yp ) ∂yj 1≤i≤p
1≤j≤p

Alors il existe dans Rn × Rp un voisinage ouvert V de (a, b) contenu dans U , il existe dans Rn
un voisinage ouvert W de a, et il existe une application ϕ : W −→ Rp de classe C 1 tels que la

53
relation
(x, y) ∈ V et f (x, y) = 0

est équivalente à la relation


x∈W et y = ϕ(x).

Si (ϕ1 , · · ·, ϕp ) sont les composantes de ϕ, alors le système d’équations



fi (x1 , · · ·, xn , y1 , · · ·, yp ) = 0 pour tout 1 ≤ i ≤ p


(x1 , · · ·, xn , y1 , · · ·, yp ) ∈ V


est équivalent à 





UR ϕi (x1 , · · ·, xn ) = yi pour tout 1 ≤ i ≤ p


(x1 , · · ·, xn ) ∈ W
De plus, la différentielle de ϕ en tout point x ∈ W est donnée par sa matrice jacobienne :
.

BO
Jϕ (x) =

−


∂fi
∂yj
(x, ϕ(x))
!

1≤i≤p
1≤j≤p
−1



∂fi
∂xj
(x, ϕ(x))
!

1≤i≤p
1≤j≤n
.

EL
Remarque: La condition
D(f1 , f2 , · · · , fp )
D(y1 , y2 , · · · , yp )
traduit le fait que D2 f (a, b) ∈ Isom(Rp ; Rp ).
(a, b) 6= 0.

On utilise beaucoup le corollaire précédent lorsque n = p = 1 ou lorsque n = 2, p = 1 (ou


n = 1, p = 2). Dans ces cas particuliers, ceci s’énonce comme suit.

Corollaire 3.8 Soit f : U ⊂ R2 −→ R, (x, y) 7−→ f (x, y) une fonction de classe C 1 (où U est
∂f
un ouvert de R2 ). Soit (a, b) ∈ U et supposons f (a, b) = 0 et ∂y
(a, b) 6= 0.
Alors il existe dans R2 un voisinage ouvert V de (a, b) contenu dans U , il existe dans R
un voisinage ouvert W de a, et il existe une application ϕ : W −→ R de classe C 1 tels que la
relation
(x, y) ∈ V et f (x, y) = 0

est équivalente à la relation


x∈W et y = ϕ(x).
∂f
(x,ϕ(x))
De plus, ϕ0 (x) = − ∂x
∂f
(x,ϕ(x))
pour tout x ∈ W .
∂y

Corollaire 3.9 Soit f : U ⊂ R2 × R −→ R, (x, y, z) 7−→ f (x, y, z) une fonction de classe C 1


∂f
(où U est un ouvert de R3 ). Soit (a, b, c) ∈ U et supposons f (a, b, c) = 0 et ∂z
(a, b, c) 6= 0.

54
Alors il existe dans R3 un voisinage ouvert V de (a, b, c) contenu dans U , il existe dans R2
un voisinage ouvert W de (a, b), et il existe une application ϕ : W −→ R de classe C 1 tels que
la relation
(x, y, z) ∈ V et f (x, y, z) = 0

est équivalente à la relation


(x, y) ∈ W et z = ϕ(x, y).
∂f ∂f
∂ϕ (x,y,ϕ(x,y)) ∂ϕ (x,y,ϕ(x,y))
De plus, ∂x
(x, y) =− ∂x
∂f
(x,y,ϕ(x,y))
et ∂y
(x, y) =− ∂y
∂f
(x,y,ϕ(x,y))
.
∂z ∂z

Dans le voisinage ouvert V de (a, b, c), les solutions de l’équation f (x, y, z) = 0 sont de la
forme (x, y, ϕ(x, y)), où (x, y) ∈ W et ϕ : W −→ R est de classe C 1 .

R
Corollaire 3.10 Soit f : U ⊂ R × R2 −→ R2 , (x, y, z) 7−→ f (x, y, z) une application de
classe C 1 et de composantes (f1 , f2 ) (où U est un ouvert de R3 ). Soit (a, b, c) ∈ U et supposons
f (a, b, c) = (0, 0) et
U
BO D(f1 , f2 )
D(y, z)
(a, b, c) =

∂f1
∂y (a, b, c)


∂f2
∂y (a, b, c)
∂f1
∂z
∂f2
∂z
(a,
(a,
b,
b,

Alors il existe dans R3 un voisinage ouvert V de (a, b, c) contenu dans U , il existe dans R
c)
c)






6= 0.

EL
un voisinage ouvert W de a, et il existe une application ϕ : W −→ R2 de classe C 1 et de
composantes (ϕ1 , ϕ2 ) tels que la relation

(x, y, z) ∈ V et f1 (x, y, z) = 0, f2 (x, y, z) = 0

est équivalente à la relation

x∈W et y = ϕ1 (x), z = ϕ2 (x).

Dans le voisinage ouvert V de (a, b, c), les solutions du système



f1 (x, y, z) = 0


f2 (x, y, z) = 0


sont de la forme (x, ϕ1 (x), ϕ2 (x)), où x ∈ W et ϕ1 : W −→ R, ϕ2 : W −→ R sont de classe


C 1 . De plus,
   −1  
0 ∂f1 ∂f1 ∂f1
ϕ1 (x) ∂y
(x, ϕ1 (x), ϕ2 (x)) ∂z
(x, ϕ1 (x), ϕ2 (x))  ∂x (x, ϕ1 (x), ϕ2 (x))
  = −
   
∂f2 ∂f2 ∂f2
ϕ02 (x) ∂y
(x, ϕ1 (x), ϕ2 (x)) ∂z
(x, ϕ1 (x), ϕ2 (x)) ∂x
(x, ϕ1 (x), ϕ2 (x))

55
Chapitre 4
Différentielles d’ordre supérieur et formule de
Taylor

4.1
UR
Différentielle seconde

O
Soient E et F deux espaces vectoriels normés, U un ouvert de E, et f : U −→ F une
application que nous supposons différentiable dans U . La différentielle de f ,

B
EL Df : U −→ L(E, F ),

est une application de l’ouvert U dans l’espace vectoriel normé L(E, F ), et on peut se demander
si Df est différentiable en un point a ∈ U , ou même en tout point de U .

Définition 4.1 On dit que f est deux fois différentiable en un point a ∈ U si l’application
Df est différentiable en a. La différentielle de Df en a est notée D2 f (a) ou f 00 (a). C’est un
élément de L(E, L(E, F )), qu’on appelle la différentielle seconde (ou la dérivée seconde) de f
en a.

Remarque: Sans supposer f différentiable dans tout l’ouvert U , on dit plus généralement
que f est deux fois différentiable en un point a ∈ U si f est différentiable dans un voisinage
ouvert V de a (V ⊂ U ), et si l’application Df : V −→ L(E, F ) est différentiable au point a.

Définition 4.2 On dit que f est deux fois différentiable dans U si elle est deux fois diffé-
rentiable en tout point de U . S’il en est ainsi, l’application x 7−→ D2 f (x) = f 00 (x) est une
application D2 f : U −→ L(E, L(E, F )), qu’on appelle la différentielle (ou dérivée) seconde de
f sur U (qu’on note aussi f 00 ).
On dit que f est de classe C 2 (ou deux fois continûment différentiable) dans U si f est deux
fois différentiable dans U , et si sa différentielle seconde D2 f est continue sur U .

56
Évidemment les deux propriétés suivantes sont équivalentes :

a) f est de classe C 2 dans U .

b) f est différentiable dans U et Df est de classe C 1 dans U .

Remarque: Rappelons que l’espace L(E, L(E, F )) est canoniquement isomorphe à l’espace
L2 (E, F ) (l’espace des applications bilinéaires continues de E × E dans F ) :

L(E, L(E, F )) ≈ L2 (E, F ).

L’image de D2 f (a) par cet isomorphisme est donc une application bilinéaire continue de E × E
dans F , qui est définie par (h, k) 7−→ (D2 f (a) · h)·k : D2 f (a) fait correspondre à h ∈ E l’élément

R
D2 f (a) · h de L(E, F ), et l’image de k ∈ E par cette dernière application est (D2 f (a) · h) · k,
que l’on notera D2 f (a) · (h, k).

U
Nous pouvons donc considérer la différentielle D2 f (a) de f en un point a de U , si elle existe,

O
comme un élément de L2 (E, F ), et la différentielle D2 f de f , si elle existe en tout point de U ,
comme une application de U dans L2 (E, F ).

B
Remarque: (Calcul de D 2 f (a)) Supposons f deux fois différentiable en a. Appliquons la

EL
remarque qui suit la définition 1.3 (chap 1) à Df :

2 d
dt

D f (a) · h = D(Df )(a) · h = Df (a + th)

t=0

On obtient ainsi un élément de L(E, F ), dont la valeur en k ∈ E est



2 d
D f (a) · (h, k) = Df (a + th) · k

dt t=0

Mais, toujours d’après la remarque qui suit la définition 1.3 (chap 1),

d
Df (a + th) · k = f (a + th + sk) .

ds
s=0

Par conséquent,
2 d d
D f (a) · (h, k) = f (a + th + sk) . (4.1)
dt ds
t=s=0

Proposition 4.3 Soit f : U −→ F une application différentiable dans U . Si f est deux fois
différentiable en un point a ∈ U , alors pour tout k ∈ E, l’application

g : U −→ F
x 7→ Df (x) · k

57
est différentiable en a et sa différentielle en a est donnée par

Dg (a) · h = D2 f (a) · (h, k) pour tout h ∈ E.

Démonstration: Il suffit de remarquer que l’application g est la composée de Df et de


l’application linéaire continue

ϕ : L (E, F ) −→ F
L 7→ L (k)

Remarque: Soit f : U −→ F une application deux fois différentiable dans U . Soient a ∈ U

définie par

UR
et h ∈ E tels que le segment [a, a + h] soit contenu dans U . Alors la fonction ψ : [0, 1] −→ F

ψ (t) = f (a + th) ,

BO
est continue sur [0, 1] et deux fois dérivable sur ]0, 1[. De plus, pour tout t ∈ ]0, 1[ on a

ψ 0 (t) = Df (a + th) · h et ψ 00 (t) = D2 f (a + th) · (h, h) .

EL
Exemple: (Applications bilinéaires continues) Soit f : E1 × E2 −→ F une application
bilinéaire continue. Si a = (a1 , a2 ) et h = (h1 , h2 ) sont deux éléments de E1 × E2 , on a d’après
la proposition 1.6
Df (a) · h = f (h1 , a2 ) + f (a1 , h2 ).

L’application
Df : E1 × E2 −→ L (E1 × E2 , F )

est donc une application linéaire continue. Donc Df est différentiable en tout point a = (a1 , a2 )
de E1 × E2 et sa différentielle en ce point est constante. Cette constante est l’élément D2 f (a) ∈
L2 (E1 × E2 , F ) dont la valeur sur les éléments h = (h1 , h2 ) et k = (k1 , k2 ) de E1 × E2 est

D2 f (a) · (h, k) = f (h1 , k2 ) + f (k1 , h2 ),

comme on le voit aussi en utilisant la relation (4.1).

Théorème 4.4 (Schwarz) Si f : U −→ F est deux fois différentiable au point a, la différen-


tielle seconde D2 f (a) ∈ L2 (E, F ) est une application bilinéaire symétrique ; autrement dit :

D2 f (a) · (h, k) = D2 f (a) · (k, h) , ∀(h, k) ∈ E × E.

58
La démonstration de ce théorème repose sur le lemme suivant :

Lemme 4.5 À une fonction f : U −→ F et un point a ∈ U on associe la fonction définie sur


un voisinage ouvert de (0, 0) dans E × E :

A(h, k) := f (a + h + k) − f (a + h) − f (a + k) + f (a) .

Si f est deux fois différentiable en a, alors on a

kA(h, k) − D2 f (a) · (h, k)k


lim = 0.
(h,k)→(0,0) (khk + kkk)2

Admettons provisoirement ce lemme, et démontrons le théorème 4.4.

R
Démonstration: [du théorème 4.4] Soit ε > 0 donné. Le lemme 4.5 montre qu’il existe
η > 0 tel que pour tout (h, k) ∈ E 2 vérifiant khk < η et kkk < η on a

U
A(h, k) − D 2 f (a) · (h, k)

≤ ε (khk + kkk)2

et

BO
A(k, h) − D 2 f (a) · (k, h)

≤ ε (khk + kkk)2 .


2
L
Mais on a évidement A(h, k) = A(k, h). On en déduit

E
D f (a) · (h, k) − D 2 f (a) · (k, h)


≤ D2 f (a) · (h, k) − A(h, k) + A(k, h) − D2 f (a) · (k, h)
≤ 2ε (khk + kkk)2 .

Ceci implique, par la bilinéarité de D2 f (a),

D2 f (a) · (h, k) = D2 f (a) · (k, h) pour tout (h, k) ∈ E 2 .

En effet, pour tout (h, k) ∈ E 2 , il existe un réel λ > 0 tel que kλhk < η et kλkk < η (il suffit
η
de prendre par exemple λ = khk+kkk+1
), d’où


≤ 2ε (kλhk + kλkk)2 ,
2
D f (a) · (λh, λk) − D 2 f (a) · (λk, λh)

c’est-à-dire

λ2 D2 f (a) · (h, k) − D2 f (a) · (k, h) ≤ 2ελ2 (khk + kkk)2 ,

et donc, en simplifiant par λ2 ,


≤ 2ε (khk + kkk)2 .
2
D f (a) · (h, k) − D 2 f (a) · (k, h)

59
Cette inégalité étant vraie quel que soit ε > 0, on en déduit

D2 f (a) · (h, k) = D2 f (a) · (k, h) .


Démonstration: [du Lemme 4.5] L’ingrédient essentiel est le théorème des accroissement
finis. Soit ε > 0. Puisque Df est différentiable en a, il existe η > 0 tel que pour tout h0 ∈ E
vérifiant kh0 k < η,

Df (a + h0 ) − Df (a) − D 2 f (a) · (h0 ) ≤ ε kh0 k . (4.2)

 
Fixons h ∈ E tel que khk < η2 , et considérons la fonction g : B 0, η2 −→ F définie par

UR
g(k) = A(h, k) − D2 f (a) · (h, k)

 

= f (a + h + k) − f (a + h) − f (a + k) + f (a) − D2 f (a) · h · k.


 
La fonction g est différentiable sur B 0, η2 , et sa différentielle en tout point k ∈ B 0, η2 est :

BODg (k) = Df (a + h + k) − Df (a + k) − D2 f (a) · (h)


= Df (a + h + k) − Df (a) − D2 f (a) · (h + k)

EL +Df (a) − Df (a + k) + D2 f (a) · (k).

En appliquant l’inégalité (4.2) à h0 = h + k et à h0 = k, on obtient


Df (a + h + k) − Df (a) − D 2 f (a) · (h + k) ≤ ε kh + kk

et

Df (a + k) − Df (a) − D 2 f (a) · (k) ≤ ε kkk

On en déduit par l’inégalité triangulaire que

kDg (k)k ≤ ε (kh + kk + kkk) ≤ 2ε (khk + kkk)

Le théorème des accroissement finis appliquer à la fonction g sur le segment [0, k] montre alors
η
que kkk < 2
entraine

kg(k)k = kg(k) − g(0)k ≤ kkk sup kDg (λk)k


0≤λ≤1

≤ 2ε (khk + kkk) kkk ≤ 2ε (khk + kkk)2 ,

60
c’est-à-dire,

A(h, k) − D 2 f (a) · (h, k)

≤ 2ε (khk + kkk)2 .

η
Cette inégalité étant vraie pour tous h, k ∈ E vérifiant khk < 2
et kkk < η2 . D’où le résultat. 
Cas où E = Rn (dérivées partielles seconde)
Supposons ici que E = Rn et soit (e1 , · · ·, en ) la base canonique de Rn . Soit f : U −→ F une
∂f
application différentiable sur un ouvert U ⊂ Rn . On sait que les n dérivées partielles ∂xi
(x)
existent en tout point x ∈ U , et on a

∂f d
(x) = Df (x) · ei = f (x + tei ) .

∂xi dt t=0

Si l’application f est deux fois différentiable en un point a ∈ U , alors les dérivées partielles
seconde ∂2f
∂xi ∂xj
(a) :=

2
∂ f
∂xi ∂xjUR∂
∂xi

(a) =

∂f
∂xj

(a) de f au point a existent pour tous i, j ∈ {1, · · ·, n}, et on a

d ∂f
dt ∂xj


(a + tei )


t=0
=
d d
dt ds

f (a + tei + sej )


t=s=0

donc

BO ∂ 2f
∂xi ∂xj
(a) = D2 f (a) · (ei , ej ) .

EL
Le théorème de Schwarz (théorème 4.4) montre alors que

∂ 2f
∂xi ∂xj
(a) =
∂ 2f
∂xj ∂xi
(a) .

Par bilinéarité, si h = (h1 , · · ·, hn ) et k = (k1 , · · ·, kn ) sont deux vecteurs de Rn ,

n
n X
∂ 2f
D2 f (a) · (h, k) =
X
hi kj (a).
i=1 j=1 ∂xi ∂xj

Théorème 4.6 (Schwarz en dimension finie) Soit f : U ⊂ Rn −→ R une application deux


fois différentiable en un point a ∈ U alors la matrice hessienne de f au point a
!
∂ 2f
Hess(f ) (a) := (a)
∂xi ∂xj 1≤i,j≤n

est symétrique.

Notons que par définition de la matrice hessienne, quels que soient h, k ∈ Rn ,

D2 f (a) · (h, k) = hh, Hess(f )(a)ki ,

où h·, ·i désigne le produit scalaire usuel de Rn .

61
4.2 Différentielle d’ordre n (avec n > 2)
Soient E et F deux espaces vectoriels normés, U un ouvert de E, et f : U −→ F une
application de U dans F .
On dira que f est trois fois différentiable en un point a ∈ U , si f est deux fois différentiable
dans un voisinage ouvert V de a (V ⊂ U ), et si sa différentielle seconde D2 f : V −→ L2 (E, F )
est différentiable en a. On notera alors D3 f (a) ou f (3) (a) ou encore f 000 (a), la différentielle
de D2 f au point a, qui est appelée différentielle d’ordre 3 de f au point a ; c’est un élément
de L (E, L2 (E, F )) ≈ L3 (E, F ). Lorsque f est trois fois différentiable en tout point de U , on
dira que f est trois fois différentiable sur U . Dans ce cas, l’application D3 f : U −→ L3 (E, F ),
x 7→ D3 f (x) est alors appelée différentielle (ou dérivée) d’ordre 3 de f sur U (qu’on note aussi
f (3) ou f 000 ).

UR
Par récurrence sur n, on définit l’expression : “f est n fois différentiable au point a”, et la
différentielle Dn f (a) d’ordre n de f comme un élément de Ln (E, F ). Supposons ces notions
déjà définies pour n − 1 (n étant un entier ≥ 3) ; on dira que f est n fois différentiable en a s’il

O
existe un voisinage ouvert V de a (V ⊂ U ) tel que f soit n−1 fois différentiable en chaque point
de V , et si l’application x 7−→ Dn−1 f (x) de V dans Ln−1 (E, F ) est différentiable au point a ;

B
alors la différentielle de D(n−1)f au point a se note Dn f (a) ou f (n) (a) et s’appelle la différentielle

EL
(ou dérivée) d’ordre n de f au point a. C’est un élément de L (E, Ln−1 (E, F )) ≈ Ln (E, F ).
Pour h1 , · · ·, hn ∈ E, on notera Dn f (a) · (h1 , · · ·, hn ) la valeur de Dn f (a) : E × · · · × E −→ F
pour l’élément (h1 , · · ·, hn ) ∈ E × · · · × E, et on a

d d d
Dn f (a) · (h1 , · · ·, hn ) = ··· f (a + t1 h1 + t2 h2 + · · · + tn hn ) .

dt1 dt2 dtn
t1 =t2 =···=tn =0

Définition 4.7 On dira que f est n fois différentiable sur U si elle est n fois différentiable
en tout point de U . Dans ce cas, l’application Dn f : U −→ Ln (E, F ), x 7→ Dn f (x) est alors
appelée différentielle (ou dérivée) d’ordre n de f sur U (qu’on note aussi f (n) ).
On dira que f est de classe C n dans U (ou encore, que f est n fois continûment différentiable
dans U ), si f est n fois différentiable en tout point de U , et si l’application Dn f : U −→
Ln (E; F ) est continue.
On convient de poser D0 f = f (0) = f . On dira que f est de classe C 0 si f est continue sur
U.
On dira que f : U −→ F est de classe C ∞ ou indéfiniment différentiable sur U si elle est
de classe C n pour tout n ∈ N.

Remarque: Pour que f soit n fois différentiable au point a (n ≥ 2), il faut et il suffit que
Df (x) existe en tout point x d’un voisinage ouvert V de a (V ⊂ U ), et que l’application

62
Df : V −→ F soit n − 1 fois différentiable au point a ; alors

Dn f (a) = Dn−1 (Df )(a).

Plus généralement on a,

Dn f (a) = Dn−k (Dk f )(a), pour tout 1 ≤ k ≤ n.

Le théorème de Schwarz (théorème 4.4) se généralise comme suit :

Théorème 4.8 Si f est n fois différentiable au point a, la différentielle Dn f (a) ∈ Ln (E, F )


est une application multilinéaire symétrique E × · · · × E −→ F . Autrement dit, pour tous

UR
h1 , · · ·, hn ∈ E, et pour toute permutation de l’ensemble {1, 2, · · ·, n}, on a

Dn f (a) · (h1 , · · ·, hn ) = Dn f (a) · (hσ(1) , · · ·, hσ(n) ).

Quelques exemples

O
Proposition 4.9 (Applications constantes) Toute application constante f d’un ouvert U

B
d’un e.v.n E dans un autre e.v.n F est de classe C ∞ , et toutes ses différentielles d’ordre n ≥ 1

EL
sont identiquement nulles.

Proposition 4.10 (Application linéaire continue) Soient E et F deux espaces vectoriels


normés. Toute application linéaire continue f ∈ L (E, F ) est de classe C ∞ , et pour tout x ∈ E,

Df (x) = f et Dn f ≡ 0 pour tout n ≥ 2.

Toutes les différentielles d’ordre n ≥ 2 de f sont identiquement nulles.

Proposition 4.11 Soient E1 , E2 et F trois espaces vectoriels normés.Toute application bili-


néaire continue f : E1 × E2 −→ F est de classe C ∞ ; plus précisément, D2 f est une application
constante, et les différentielle Dn f sont donc nulles pour n ≥ 3.

Ces résultats s’étendent aisément à toute application multilinéaire continue.


Cas où E = Rn (dérivées partielles d’ordre supérieur)
Supposons ici que E = Rn et soit f : U −→ F une application d’un ouvert U ⊂ Rn dans
un e.v.n F . Sous réserve d’existence, on peut définir par récurrence sur p, les dérivées partielles
d’ordre p de f par la relation :

∂ pf ∂ p−1 f
!

(x) = (x) ,
∂xi1 ∂xi2 · · · ∂xip ∂xi1 ∂xi2 · · · ∂xip

63
avec i1 , i2 , · · ·, ip ∈ {1, 2, · · ·, n}.
Si f est p fois différentiable en un point a ∈ U , alors les np dérivées partielles d’ordre p en
a existent, et on a
∂ pf  
(a) = Dp f (a) · ei1 , ei2 · ··, eip ,
∂xi1 ∂xi2 · · · ∂xip
où (e1 , · · ·, en ) désigne la base canonique de Rn . Le théorème de Schwarz (théorème 4.8) montre
∂pf
alors que la valeur de ∂xi1 ∂xi2 ···∂xip
(a) ne change pas lorsqu’on change l’ordre des dérivations
successives.
En utilisant la multilinéarité de Dp f (a) on obtient :

Proposition 4.12 Soient U un ouvert de Rn , p ∈ N∗ , et f : U −→ F une application p fois


différentiable en un point a ∈ U . Alors pour hi = (hi,1 , hi,2 , · · ·, hi,n ) ∈ Rn (1 ≤ i ≤ p) on a

UR
Dp f (a) · (h1 , h2 , · · ·, hp ) =
n X
X n

i1 =1 i2 =1

En particulier, si h = (h1 , h2 , · · ·, hn ) ∈ Rn alors


···
n
X

ip =1
h1,i1 h2,i2 · · · hp,ip
∂ pf
∂xi1 ∂xi2 · · · ∂xip
(a) .

| {z

BO
Dp f (a) · (h, h, · · ·, h) =
p fois
}
X n
n X

i1 =1 i2 =1
···
n
X

ip =1
hi1 hi2 · · · hip

p!
∂ pf
∂xi1 ∂xi2 · · · ∂xip
(a) .

∂ pf

EL =
X

α1 ,α2 ,···,αn ∈N
α1 +α2 +···+αn =p
α1 !α2 ! · · · αn !

L’expression Dp f (a) · (h, h, · · ·, h) se note aussi Dp f (a) · (h)p .


| {z }
hα1 1 hα2 2 · · · hαnn α1 α2
∂x1 ∂x2 · · · ∂xαnn
(a) .

p fois

Proposition 4.13 Soient U un ouvert de Rn , p ∈ N∗ . Pour qu’une application f : U −→ F


soit de classe C p sur U , il faut et il suffit que toutes ses dérivées partielles d’ordre p,

∂ pf
(i1 , i2 , · · ·, ip = 1, 2, · · ·, n)
∂xi1 ∂xi2 · · · ∂xip

existent et soient continues sur U .

Exemple: Toute fonction polynôme de n variables réelles est de classe C ∞ ; toute fonction
rationnelle est de classe C ∞ sur son domaine de définition.

4.3 Formules de Taylor


Dans tout ce paragraphe, f : U −→ F est une application d’un ouvert U d’un espace
vectoriel normé E dans un espace vectoriel normé F , et a est un point de U .

64
Théorème 4.14 (formule de Taylor-Young) On suppose que l’application f est n fois dif-
férentiable en a ∈ U (n entier ≥ 1). On a alors

n
1 k
D f (a) · (h)k = o (khkn ) .
X
f (a + h) − f (a) −
k=1 k!

On a posé Dk f (a) · (h)k = Dk f (a) · (h, · · ·, h).


| {z }
k fois

Dans cet énoncé la notation de Landau o (qu’on lit “petit o de ” ) signifie que le membre de
gauche divisé par khkn tend vers 0 lorsque h tend vers 0. Cette “formule de Taylor” exprime
seulement une propriété “asymptotique” ; elle dit ce qui se passe quand h tend vers zéro.
Démonstration: Pour n = 1, cette propriété résulte de la définition même de la différentielle :

UR f (a + h) − f (a) − Df (a) · h = o (khk) .

On va procéder par récurrence sur n. Supposons la établie pour n − 1, et montrons qu’elle est

O
vraie pour n, avec (n ≥ 2). Puisque f est au moins 2 fois différentiable en a, elle est différentiable
en tout point d’un voisinage ouvert V de a, V ⊂ U . L’application Df : V −→ L (E, F ) est

B
n − 1 fois différentiable en a. D’après l’hypothèse de récurrence, nous pouvons écrire, puisque

EL
Dk (Df ) (a) = Dk+1 f (a),

Df (a + h) − Df (a) −
n−1
X 1 k+1
k=1 k!
 
D f (a) · (h)k = o khkn−1 .

Donc pour tout ε > 0, il existe η > 0 tel que, pour tout h ∈ E vérifiant khk ≤ η on a

n−1

1 k+1
D f (a) · (h)k ≤ ε khkn−1 .
X
Df (a + h) − Df (a) −

k=1 k!

Fixons h ∈ E tel que khk ≤ η. Pour tout t ∈ R vérifiant 0 ≤ t ≤ 1 nous avons kthk ≤ η, et
donc
n−1

X tk
k
Df (a + th) − Df (a) − Dk+1 f (a) · (h) ≤ ε khkn−1 tn−1 .


k!
k=1

Considérons l’application ϕ : [0, 1] −→ F définie par

n
tk
Dk f (a) · (h)k
X
ϕ(t) = f (a + th) −
k=1 k!

65
L’application ϕ est continue sur [0, 1], dérivable sur ]0, 1[, et sa dérivée vérifie

n
tk−1
0
Dk f (a) · (h)k
X
ϕ (t) = Df (a + th) · h −
k=1 (k − 1)!
n−1
X k t k+1
= Df (a + th) · h − Df (a) · h − D f (a) · (h)k+1 .
k=1 k!

Donc pour tout t ∈ ]0, 1[ on a

n−1

X k t k+1
0
kϕ (t)k ≤ Df (a + th) − Df

(a) − D f (a) · (h)k · khk
k=1 k!

≤ ε khkn tn−1 ≤ ε khkn .

UR
L’inégalité des accroissements finis entraîne alors

kϕ (1) − ϕ (0)k ≤ ε khkn ,

c’est-à-dire,

BO

f (a + h) − f (a) −

ce qui établit le résultat annoncé.


n
X 1 k
k=1 k!


D f (a) · (h)k ≤ ε khkn ,

EL
Lemme 4.15 On suppose que l’application f est n + 1 fois différentiable dans U (avec n entier
≥ 1). Soit h ∈ E, et I un intervalle ouvert de R tel que pour tout t ∈ I, a + th ∈ U . Alors la
fonction ψ : I −→ F définie par

n
(1 − t)k k
D f (a + th) · (h)k
X
ψ (t) = f (a + th) +
k=1 k!

est dérivable dans I et a pour dérivée

(1 − t)n n+1
0
ψ (t) = D f (a + th) · (h)n+1 .
n!

Démonstration: En dérivant terme à terme l’expression de ψ on trouve

n
(1 − t)k k+1 (1 − t)k−1 k
!
k+1
0
D f (a + th) · (h)k
X
ψ (t) = Df (a + th) · h + D f (a + th) · (h) −
k=1 k! (k − 1)!
n
(1 − t)k k+1 n
(1 − t)k−1 k
= f 0 (a + th) · h + D f (a + th) · (h)k+1 − D f (a + th) · (h)k
X X

k=1 k! k=1 (k − 1)!


n
(1 − t)k k+1 X (1 − t)k
n−1
D f (a + th) · (h)k+1 − Dk+1 f (a + th) · (h)k+1
X
=
k=0 k! k=0 k!
(1 − t)n n+1
= D f (a + th) · (h)n+1 .
n!

66


Théorème 4.16 (formule de Taylor avec reste de Lagrange) On suppose que l’applica-
tion f : U −→ F est n + 1 fois différentiable dans U ; Supposons qu’il existe un réel M ≥ 0 tel
que

n+1
D f (x) ≤ M , pour tout x ∈ U.

Soit h ∈ E tel que le segment [a, a + h] soit contenu dans U . Alors

n
M khkn+1

X 1 k
k
f (a + h) − f (a) − D f (a) · (h) ≤ .


k=1 k!
(n + 1)!

Démonstration: La fonction ψ : [0, 1] −→ F définie par

R
ψ (t) = f (a + th) +

U k=1
(1 − t)k k
n
X
k!
D f (a + th) · (h)k

est continue sur [0, 1], dérivable sur ]0, 1[. D’après le lemme 4.15, elle a pour dérivée, en tout
point t ∈ ]0, 1[,

donc BO ψ 0 (t) =
(1 − t)n n+1
n!
D f (a + th) · (h)n+1 ,

EL 0
kψ (t)k =


(1 − t)n n+1
n!
D

(1 − t)n n+1
n!
D

f (a + th) · khkn+1


f (a + th) · (h)n+1

(1 − t)n
≤ M · khkn+1 .
n!

D’autre part, la fonction g : [0, 1] −→ R définie par

(1 − t)n+1
g (t) = −M khkn+1 ,
(n + 1)!

est continue sur [0, 1], dérivable sur ]0, 1[ et a pour dérivée,

(1 − t)n
g 0 (t) = M khkn+1 ,
n!

d’où l’inégalité
kψ 0 (t)k ≤ g 0 (t) , ∀t ∈ ]0, 1[ .

En appliquant le théorème des accroissements finis (théorème 2.2), nous obtenons

kψ (1) − ψ (0)k ≤ g (1) − g (0) ,

67
c’est-à-dire,
n
M khkn+1

1 k
D f (a) · (h)k ≤
X
f (a + h) − f (a) − .


k=1 k! (n + 1)!


Théorème 4.17 (formule de Taylor avec reste intégral) On suppose que l’application f :
U −→ F est de classe C n+1 dans U , et que l’espace vectoriel normé F est complet. Soit h ∈ E
tel que le segment [a, a + h] soit contenu dans U . Alors

n
1 k k
Z 1
(1 − t)n n+1
D f (a + th) · (h)n+1 dt
X
f (a + h) = f (a) + D f (a) · (h) +
k=1 k! 0 n!

Démonstration: Les notations utilisées sont les mêmes que dans la démonstration du théo-

sur [0, 1]. Donc

UR
rème précédent. Puisque f : U −→ F est de classe C n+1 sur U , la fonction ψ est de classe C 1

ψ (1) − ψ (0) =
Z 1

0
0
ψ (t) dt,

BO
d’où la formule indiquée. 

EL

68
Chapitre 5
Équations différentielles

5.1 Généralités

UR
Une équation différentielle est une équation portant sur les dérivées d’une fonction. Plus
précisément :

O
Définition 5.1 Soient n ∈ N∗ , E un espace de Banach sur R, Ω un ouvert de R × E n et
f : Ω −→ E une application continue. On appelle solution de l’équation différentielle d’ordre n

B
EL y (n) = f (t, y, y 0 , · · ·, y (n−1) )

toute application ϕ : I −→ E (où I est un intervalle de R), n fois dérivable et vérifiant

i) pour tout t ∈ I,
 
t, ϕ (t) , ϕ0 (t) , · · ·, ϕ(n−1) (t) ∈ Ω ;
(∗)

ii) pour tout t ∈ I, f (t, ϕ (t) , ϕ0 (t) , · · ·, ϕ(n−1) (t)) = ϕ(n) (t).

Remarque: Toute équation différentielle peut se ramener à une équation différentielle d’ordre
1. Avec les notations de la définition précédente, si on définit les applications

 
φ : I −→ E n t 7−→ ϕ (t) , ϕ0 (t) , · · ·, ϕ(n−1) (t)

F : Ω ⊂ R × E n −→ E n (t, y) = (t, x0 , x1 , · · ·, xn−1 ) 7−→ (x1 , · · ·, xn−1 , f (t, y)) ,

il est équivalent de dire que ϕ est solution de (∗) ou que φ est solution de φ0 = F (t, φ). On peut
donc se limiter à étudier les équations différentielles du premier ordre.

Lemme 5.2 Soit ϕ : I −→ E une fonction continue définie sur un intervalle I de R contenant
le point t0 , et dont le graphe {(t, ϕ (t)) , t ∈ I} soit contenu dans Ω. Pour que ϕ soit une solution
de l’équation différentielle d’ordre 1

ϕ0 (t) = f (t, ϕ (t))

69
et vérifiant ϕ (t0 ) = x0 , il faut et il suffit que ϕ vérifie l’équation dite intégrale
Z t
∀t ∈ I, ϕ (t) = x0 + f (u, ϕ (u)) du.
t0

Démonstration: Si la fonction ϕ est continue, il en est de même de la fonction t 7−→


f (t, ϕ (t)) ; on a donc
d
Z t 
f (u, ϕ (u)) du = f (t, ϕ (t)),
dt t0

et le résultat est alors évident. 

Définition 5.3 (Solution maximale) Une fonction ϕ : I −→ E (où I est un intervalle de


R) est dite solution maximale de l’équation différentielle y (n) = f (t, y, y 0 , · · ·, y (n−1) ) s’il n’existe

5.2 UR
pas d’autre solution ψ : J −→ E de cette équation différentielle telle que I ⊂ J, I 6= J et ψ = ϕ
sur I, où J est un intervalle de R.

Problème de Cauchy, théorème de Cauchy-Lipschitz

BO
Problème de Cauchy. On se donne une équation différentielle

y (n) = f (t, y, y 0 , · · ·, y (n−1) ) (∗)

EL
et un point (t0 , x0 , x1 , · · ·, xn−1 ) ∈ Ω. On appelle problème de Cauchy de (∗) en (t0 , x0 , x1 , · · ·, xn−1 )
la recherche d’une fonction ϕ : I −→ E (où I est un intervalle de R) solution de (∗) et vérifiant

t0 ∈ I, ϕ (t0 ) = x0 , ϕ0 (t0 ) = x1 , · · ·, ϕ(n−1) (t0 ) = xn−1 .

On dit qu’il y a unicité au problème de Cauchy (∗) en (t0 , x0 , x1 , · · ·, xn−1 ) s’il existe au moins
une solution à ce problème de Cauchy et si pour toutes solutions ϕ : I −→ E et ψ : J −→ E à
ce problème, les fonctions ϕ et ψ coïncident sur I ∩ J.
Lorsque la fonction f vérifient certaines hypothèses, on peut assurer l’unicité au problème
de Cauchy. Rappelons que l’on peut se limiter à l’étude des équations différentielles du premier
ordre.

Définition 5.4 Soit E un e.v.n et Ω un ouvert de R × E. Une fonction f : Ω −→ E, (t, x) 7→


f (t, x) est dite localement lipschitzienne par rapport à la seconde variable si pour
tout (t0 , x0 ) ∈ Ω, il existe un voisinage V de (t0 , x0 ) et un nombre réel k ≥ 0 tels que, pour tout
t ∈ R et tous x, y ∈ E vérifiant (t, x) ∈ V et (t, y) ∈ V , on a :

kf (t, x) − f (t, y)k ≤ k kx − yk .

70
Cela étant, on a le théorème fondamental suivant :

Théorème 5.5 (Cauchy-Lipschitz) Soient E un espace de Banach sur R, Ω un ouvert de


R × E et f : Ω −→ E une application continue et localement lipschitzienne par rapport à la
seconde variable. Alors pour tout (t0 , x0 ) ∈ Ω, il existe un intervalle I voisinage de t0 dans R
et une application ϕ : I −→ E solution de y 0 = f (t, y) telle que ϕ (t0 ) = x0 . De plus, il y a
unicité pour le problème de Cauchy de cette équation différentielle en (t0 , x0 ).

Démonstration: Existence. Nous aurons besoin de la notion de cylindre de sécurité. Un


point (t0 , x0 ) ∈ Ω est fixé. Pour tout r > 0, on pose Br = {x ∈ E, kx − x0 k < r} et pour tout
α > 0, Iα =]t0 − α, t0 + α[.
Soit V un voisinage ouvert de (t0 , x0 ) dans Ω sur lequel f est k-lipschitzienne par rapport à

de f sur U .

UR
la seconde variable. De plus, la continuité de f au point (t0 , x0 ) de Ω entraîne l’existence d’un
voisinage ouvert U ⊂ V de ce point sur lequel la fonction f soit bornée. Notons M un majorant

On peut choisir r > 0 et α > 0, désormais fixés, tels que Iα × Br ⊂ U et αM < r (on dit

O
que Iα × Br est un cylindre de sécurité pour f en (t0 , x0 )).
La fonction f est continue, toute solution est donc de classe C 1 . Ainsi, une application

B
ϕ : Iα −→ E est solution si et seulement si pour tout t ∈ Iα ,

EL (t, ϕ (t)) ∈ Ω et ϕ (t) = x0 +


Z t

t0
f (u, ϕ (u)) du.

Notons T l’ensemble des fonctions continues ψ : Iα −→ E telles que ψ (Iα ) ⊂ Br . Pour tout
ψ ∈ T , l’application
Z t
ψ̃ : Iα −→ E t 7−→ x0 + f (u, ψ (u)) du (∗)
t0

vérifie Z t

∀t ∈ Iα , ψ̃ (t) − x0 ≤ kf (u, ψ (u))k du ≤ αM < r,

t0

donc ψ̃ ∈ T . On est donc autorisé (et c’est là l’utilité du cylindre de sécurité) à définir la suite
de fonctions (ψn ) par
ψ0 : Iα −→ E t 7−→ x0

et
∀n ∈ N ψn+1 = ψ̃n .

Montrons que pour tout t ∈ Iα et pour tout n ∈ N,

rk n |t − t0 |n
kψn+1 (t) − ψn (t)k ≤ .
n!

Pour n = 0, c’est immédiat d’après (∗). Pour passer du rang n − 1 au rang n, il suffit d’écrire,

71
pour tout t ∈ Iα ,
Z t

kψn+1 (t) − ψn (t)k ≤
kf (u, ψn (u)) − f (u, ψn−1 (u))k du
t
Z 0t


k kψn (u) − ψn−1 (u)k du
t0
rk n Z t rk n |t − t0 |n

n−1
≤ |t − t0 | du = .
(n − 1)!
t0

n!

(ψn+1 − ψn ) converge donc normalement sur Iα , par conséquent la suite


P
La série de fonctions
de fonctions (ψn ) converge uniformément sur Iα . Notons ψ la fonction limite. On a ψ ∈ T et
Z t
∀t ∈ Iα , ∀n ∈ N, ψn+1 (t) = x0 + f (u, ψn (u)) du,
t0

UR
et en faisant tendre n vers +∞ on en déduit

∀t ∈ Iα , ψ (t) = x0 +
Z t

t0
f (u, ψ (u)) du,

allons établir :
BO
c’est-à-dire que ψ est solution au problème de Cauchy en (t0 , x0 ) sur l’intervalle Iα .
Unicité. L’unicité de cette solution résultera de la proposition générale suivante, que nous


EL
Proposition 5.6 Les hypothèses étant celles du théorème 5.5, soient ϕ1 et ϕ2 deux solutions
de l’équation différentielle y 0 = f (t, y) définies sur un même intervalle I de R. Si ces deux
solutions prennent la même valeur en un point de I, elle coïncident sur tout I.

Démonstration: Désignons par A l’ensemble des points t ∈ I tels que

ϕ1 (t) = ϕ2 (t) .

Du fait que les fonctions ϕ1 et ϕ2 sont continues sur I, on déduit que l’ensemble A est un
fermé relatif de I. Nous allons maintenant prouver que A est un ouvert relatif de I : l’ensemble
complémentaire I \ A sera donc un fermé relatif de I ; puisque I est connexe et que A est
supposé non vide, il en résultera que A = I.
Soit donc t0 un point quelconque de A, et soit x0 = ϕ1 (t0 ) = ϕ2 (t0 ). Du fait que f est
localement lipschitzienne par rapport à la seconde variable, il existe trois nombres réels α, r, k
avec α > 0, r > 0 tels que les relations |t − t0 | ≤ r, kx − x0 k ≤ α et ky − x0 k ≤ α impliquent
(t, x) ∈ Ω, (t, y) ∈ Ω et
kf (t, x) − f (t, y)k ≤ k kx − yk .

D’autre part, la continuité des fonctions ϕ1 et ϕ2 implique l’existence d’un nombre γ > 0 tel

72
que pour tout t ∈ I vérifiant |t − t0 | ≤ γ on a :

kϕ1 (t) − x0 k ≤ α et kϕ2 (t) − x0 k ≤ α.

Pour tout t ∈ I ∩ [t0 − γ, t0 + γ], la fonction ϕ = ϕ1 − ϕ2 vérifie donc l’inégalité :


Z t

kϕ (t)k =
kf (u, ϕ1 (u)) − f (u, ϕ2 (u))k du
t
Z0 t

≤ k kϕ (u)k du .

t0

Or, il est facile de voir que l’on peut toujours supposer γ assez petit pour que l’intervalle
K = I ∩ [t0 − γ, t0 + γ] soit compact (il y a deux cas à considérer, selon que t0 est, ou non, une

UR
extrémité de I). Désignons alors par M un majorant de la fonction continue t 7−→ kϕ (u)k sur
ce compact. Par récurrence sur l’entier n, on obtient facilement les relations :

(∀n ∈ N, ∀t ∈ K) kϕ (t)k ≤ M
k n |t − t0 |n
n!
≤M
knγ n
n!
;

limkn γ n
n→+∞ n!

BO
et, en faisant tendre n vers +∞, on voit que l’on a ϕ (t) = 0 pour tout t ∈ K (puisque
= 0). En d’autres termes ϕ1 (t) = ϕ2 (t) pour tout t ∈ K ; et K constitue un
voisinage relatif de t0 dans I. Il en résulte bien que l’ensemble A = {t ∈ I, ϕ1 (t) = ϕ2 (t)} est

EL
un ouvert relatif de I.
Pour savoir si les hypothèses du théorème de Cauchy-Lipschitz sont réalisées, on utilise le
plus souvent le lemme suivant :


Lemme 5.7 Soit E un e.v.n et Ω un ouvert de R × E. Si une fonction f : Ω −→ E est de


classe C 1 , f est localement lipschitzienne par rapport à la seconde variable.

Démonstration: Soit (t0 , x0 ) un point quelconque de Ω. L’application

Df : (t, x) 7−→ Df (t, x)

étant continue, il existe un voisinage V du point (t0 , x0 ) sur lequel elle est bornée ; et nous pou-
vons nous ramener au cas où V est défini par des inégalités de la forme |t − t0 | ≤ r, kx − x0 k ≤
α. Désignant par k un majorant de kDf (t, x)k sur V on a alors, par application de l’inégalité
des accroissements finis :
kf (t, x) − f (t, y)k ≤ k kx − yk

pourvu que, t, x, y vérifient (t, x) ∈ V et (t, y) ∈ V ; d’où le résultat. 


Terminons par le corollaire suivant portant sur les solutions maximales.

73
Corollaire 5.8 Soit E un espace de Banach et Ω un ouvert de R × E. Soit f : Ω −→ E une
fonction continue et localement lipschitzienne en la seconde variable. Alors pour tout (t0 , x0 ) ∈
Ω, il existe une solution maximale unique ϕ de l’équation différentielle y 0 = f (t, y) vérifiant
ϕ (t0 ) = x0 ; cette solution maximale est définie sur un intervalle ouvert de R.

5.3 Equations différentielles linéaires


Nous nous limiterons à l’étude des équations différentielles linéaires en dimension finie. Dans
toute cette partie, n désigne un entier naturel non nul, I un intervalle de R (non réduit à un
singleton), et K désigne le corps R ou C. On identifie les éléments de Kn et leur écriture sous
forme de matrice colonne.

UR
Définition 5.9 Soit p ∈ N∗ . Toute équation différentielle sur Kn d’ordre p du type

Y (p) = Ap−1 (t) Y (p−1) + · · · + A0 (t) Y + B (t) , (L)

BO
où Ap−1 , · · ·, A0 sont des fonctions continues de I dans Mn (K) et B : I −→ Kn une fonction
continue quelconque, est appelée équation différentielle linéaire d’ordre p.
Lorsque la fonction B est identiquement nulle sur I, l’équation différentielle linéaire (L) est
dite homogène.

EL
Comme on l’a vu dans la partie précédente, on peut ramener toute équation différentielle
d’ordre p à une équation différentielle d’ordre 1. Ici, l’équation différentielle linéaire (L) peut
aussi s’écrire
      
Y 0 In 0 Y 0 
 .  . 
     
 0

 .. .. ..  Y 0
 
 .. 
d  Y
 . . 
 .

= 
 . +
  
 ..
 .
  
dt  


 0 ... 0 In  .
 
  0 

      
Y (p−1) A0 (t) . . . . . . Ap−1 (t) Y (p−1) B (t)

(écriture en matrices par blocs). Ainsi, nous avons ramené l’équation différentielle linéaire (L)
d’ordre p à une équation différentielle linéaire d’ordre 1 (l’espace des vecteurs de base passe
de Kn à Knp ). Pour cette raison, nous nous limiterons à l’étude des équations différentielles
linéaires d’ordre 1.

Remarque: Lorsque l’équation différentielle linéaire porte sur des fonctions à valeurs dans
Kn (avec n ≥ 2), on parle aussi de système différentiel linéaire. Si n = 1, on parle d’équation
différentielle linéaire scalaire.

74
Solutions des équations différentielles linéaires. Les solutions maximales des équations
différentielles linéaires ont la propriété d’être définies sur tout l’intervalle I où les fonctions de
l’équation sont définies. Plus précisément, on a le résultat suivant :

Théorème 5.10 Soit une équation différentielle linéaire

Y 0 = A (t) Y + B (t) , (L1 )

où A : I −→ Mn (K) et B : I −→ Kn sont des fonctions continues. Alors pour tout t0 ∈ I et


pour tout X0 ∈ Kn , il existe une unique solution V de (L1 ) définie sur I tout entier, telle que
V (t0 ) = X0 .

R
Remarque: La version de ce théorème pour les équations différentielles linéaires d’ordre p est
la suivante : pour tout t0 ∈ I et pour tous X0 , · · ·, Xp−1 ∈ Kn , il existe une unique solution ϕ

U
de (L) définie sur I tout entier, telle que

BO ϕ (t0 ) = X0 , ϕ0 (t0 ) = X1 , · · ·, ϕ(p−1) (t0 ) = Xp−1 .

Théorème 5.11 Soit A : I −→ Mn (K) une fonction continue. L’ensemble SH des solutions
maximales de l’équation différentielle linéaire homogène

EL Y 0 = A(t)Y

est un s.e.v de dimension n du K-espace vectoriel C 1 (I, Kn ) (fonctions de classe C 1 de I dans


(H)

Kn ).

Démonstration: La forme de (H) montre que SH est un s.e.v de C 1 (I, Kn ). Par ailleurs,
pour t0 ∈ I fixé, l’application Φ : SH −→ Kn V 7−→ V (t0 ) est linéaire. C’est même un
isomorphisme d’après le théorème précédent, d’où le résultat. 

Remarque: 1. De ce théorème, on déduit que l’ensemble des solutions de l’équation dif-


férentielle (L) : Y 0 = A(t)Y + B(t) est un espace affine de dimension n. En effet, si V0
est une solution particulière de (L), les solutions de L s’écrivent V + V0 , où V décrit les
solutions de (H).

2. La construction effectuée plus haut pour transformer une équation différentielle linéaire
d’ordre p en une équation différentielle linéaire d’ordre 1 montre, avec ce dernier théorème,
que les solutions d’une équation différentielle linéaire homogène sur Kn , d’ordre p, forment
un K-e.v de dimension np.

75
Wronskien. On se donne (H) : Y 0 = A(t)Y une équation différentielle linéaire homogène
d’ordre 1 sur Kn , où A : I −→ Mn (K) est continue.

Définition 5.12 Soient V1 , · · ·, Vn n solutions de (H). On appelle wronskien de V1 , · · ·, Vn


l’application wronskien : I −→ K t7−→ det(V1 (t), · · ·, Vn (t)).

Remarque: Considérons une équation différentielle linéaire homogène scalaire d’ordre p :

y (p) = ap−1 (t) y (p−1) + · · · + a0 (t)y (Hp )

(où les ai sont des fonctions de I dans K). Nous avons vu plus haut comment transformer (Hp )
en une équation différentielle (H1 ) d’ordre 1 sur Kp , et il résulte de la construction que v est
 
v 

UR 
 v0 

une solution de (Hp ) si et seulement si  . 

 . 
 . 

 est solution de (H1 ).

v (p−1)
 

On appelle wronskien de p solutions v1 , ···, vp de (Hp ) le wronskien de l’équation différentielle

(H1 ) des solutions 



BO
vi 
 v0 

 .. 
 . 

i 

 (1 ≤ i ≤ p) de (H1 ), en d’autres termes

EL 
(p−1)
vi


v1 (t)


v 0 (t)

1
v2 (t)
v20 (t)
...
...
vp (t)
vp0 (t)



wronskien(v1 , · · ·, vp )(t) = .

.. .. ..

. . .


(p−1) (p−1) (p−1)
(t) (t) . . . (t)

v1 v2 vp

Par exemple, le wronskien de deux solutions u et v d’une équation différentielle linéaire homo-
gène d’ordre 2 : y 00 = p(t)y 0 + q(t)y est


u v

= uv 0 − u0 v.
0 0
u v

Proposition 5.13 Soient V1 , · · ·, Vn des solutions de (H). Le rang des vecteurs V1 (t), · · ·, Vn (t)
est indépendant de t ∈ I.

Démonstration: C’est une conséquence immédiate de l’isomorphisme

Φ : SH −→ Kn V 7−→ V (t0 )

(où t0 ∈ I est fixé) - voir la preuve du théorème 5.11. 

76
Corollaire 5.14 Des solutions V1 , · · ·, Vn de (H) forment une base des solutions de (H) si
et seulement s’il existe t0 ∈ I tel que wronskien(V1 , · · ·, Vn ) (t0 ) 6= 0, et dans ce cas on a
wronskien(V1 , · · ·, Vn ) (t) 6= 0 pour tout t ∈ I.

Résolution de l’équation différentielle linéaire d’ordre 1 sur K. Il est facile de


résoudre l’équation différentielle linéaire homogène (H) : y 0 = a(t)y, où a : I −→ K est continue.
Les solutions (dont on sait d’après le théorème 5.11 qu’elles forment un K-e.v de dimension 1)
sont toutes proportionnelles à t 7−→ eϕ(t) où ϕ est une primitive de a sur l’intervalle I.
Pour résoudre ensuite l’équation différentielle linéaire inhomogène (L) : y 0 = a(t)y + b(t),
où b : I −→ K est continue, on applique la méthode de variation de la constante. On recherche
les solutions sous la forme t 7−→ λ (t) eϕ(t) où λ : I −→ K est une fonction de classe C 1

UR
encore inconnue. Par dérivation, on voit que notre fonction est solution si et seulement si
λ0 (t) eϕ(t) = b(t) pour tout t ∈ R, ce qui équivaut à dire que λ est une primitive de e−ϕ(t) b(t)
sur I. Rappelons que la solution générale de (L) est la somme de la solution générale de (H)
et d’une solution particulière de (L).

O
Résolution d’un système linéaire d’ordre 1. Dans le cas général, il n’existe pas de
méthode pratique pour résoudre un système différentiel homogène (H) : Y 0 = A(t)Y lorsqu’on

B
est en dimension n ≥ 2. Cependant, si on connaît n solutions V1 , · · ·, Vn de (H), linéairement

EL
indépendantes, on sait que la solution générale de (H) est

n
X

i=1
λi Vi

où les λi ∈ K (voir le théorème 5.11). Connaissant ces solutions, on peut résoudre le système
différentiel inhomogène (L) : Y 0 = A(t)Y + B(t) par la méthode de variation des constantes.
Pn
On recherche les solutions de (L) sous la forme V : t 7−→ i=1 λi (t) Vi (t) où les λi : I −→ K
sont des fonctions C 1 . Par dérivation, on obtient que V est solution de (L) si et seulement si

n n n
λ0i (t) Vi (t) + λi (t) Vi0 (t) =
X X X
λi (t) A (t) Vi (t) + B (t) ,
i=1 i=1 i=1

et comme Vi0 (t) = A (t) Vi (t) ceci s’écrit aussi

n
λ0i (t) Vi (t) = B (t) ,
X

i=1

Les Vi étant indépendants, ceci apparaît comme un système de Cramer dont les inconnues sont
les λ0i (t). Par résolution puis intégration, on trouve les λi .
Regardons en particulier comment mettre en œuvre cette méthode pour les équations diffé-
rentielles linéaires d’ordre 2 sur K.

77
Supposons connues deux solutions linéairement indépendantes u et v de (H) : y 00 = a(t)y 0 +
b(t)y, et recherchons la solution générale de (L) : y 00 = a(t)y
 
0
+ b(t)y + c(t). On se ramène
y 
d’abord à un système différentiel d’ordre 1 : en posant Y =  , les équations différentielles
y0
(H) et (L) deviennent respectivement (H1 ) : Y 0 = A(t)Y et (L1 ) : Y 0 = A(t)Y + C(t) où
   
0 1 0
A(t) = 


 et C(t) = 
 .

b (t) a (t) c (t)

Il
 s’agit donc de trouver
 les
 solutions de (L1 ). On pose W (t) = λ(t)U (t) + µ(t)V (t), où U (t) =
 u (t)   v (t) 
  et V (t) =  . Comme on l’a vu plus haut, W est solution de (L1 ) si et seulement
u0 (t) v 0 (t)

UR
si λ0 (t)U (t) + µ0 (t)V (t) = C(t) pour tout t ∈ I, donc t 7−→ λ(t)u(t) + µ(t)v(t) est solution de
(L) si et seulement si 




0
λu+µv =0 0

λ0 u0 + µ0 v 0 = c (t)
,

BO
relations utiles dans les exercices.
Equations différentielles linéaires à coefficients constants
Lorsque A(t) est une matrice constante A, il est possible de résoudre l’équation différentielle

EL
Y 0 = AY en utilisant une exponentielle de matrice. Rappelons que pour A ∈ Mn (K), on note

exp(A) = eA =
+∞
X An
n=0 n!
.

Proposition 5.15 Soit A ∈ Mn (K). L’équation différentielle (H) : Y 0 = AY a ses solutions


maximales définies sur R, et la solution prenant une valeur donnée V0 ∈ Kn en t = 0 est
V : R −→ Kn t 7−→ etA V0 .

Démonstration: La fonction V prend bien la valeur V0 en 0 car l’exponentielle de la matrice


P+∞ tn
nulle est la matrice identité. Par ailleurs, on peut écrire V sous la forme V (t) = n=0 n! (An V0 ).
Par les techniques usuelles sur les séries de fonctions, on montre que V est de classe C 1 sur R
et que
+∞ +∞
tn−1 X tn
!
0
(An V0 ) = A (An V0 ) = AV (t) .
X
∀t ∈ R, V (t) =
n=1 (n − 1)! n=0 n!


78

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