SOMMAIRE N°5
Saül et David
Vitraux et autres lieux
Editorial
Par Didier Saimpaul
KORA KAËLIG
interview
Cahier de Musique :
Ensemble Toss The Feathers Rodney's glory
interview
(Steven)
Brabazon 2
(Dimitri)
De quelques méthodes de
harpe celtique
De la fabrication d'une Rote A la découverte des leviers
Camac
François Moser
Helen Leitner
Construire une harpe celtique :
La table d'harmonie
Courrier des lecteurs
(-trices)
Stéphan Lemoigne
Dinan :Atelier
« Dessine-moi une harpe »
Par Didier Saimpaul
ÉDITORIAL :
Voilà un numéro qui risque de vous surprendre...
Il y est toujours question de harpes folk, bien sûr, mais on n'hésite pas à en
explorer des domaines peu familiers, voire un peu en marge.
Un luthier breton qui construit de très beaux instruments...africains, et les
décore d'étranges triskells ou autres motifs géométriques...
Un groupe de merveilleux musiciens en quête de musique ancienne, et qui
parviennent à en retrouver l'inspiration dans la musique populaire et savante
des pays celtes.
Une harpe qui n'en est pas une...et nous fait basculer dans le monde des
instruments disparus.
Et quand même, pour garder nos racines, la suite du roman-fleuve de notre
luthier amateur éclairé !
Une chose qui me fait plaisir, surtout, et qui va dans le sens de ce que
j'ambitionnais au départ pour ce magazine, c'est qu'il est de plus en plus
réalisé par ses lecteurs ou avec eux ...le message est passé.
Bonne lecture, et à vos plumes (numériques...)
en attendant l'été !
Didier Saimpaul
KORA KAËLIG
Peux-tu parler de tes débuts dans la lutherie ?
Kaëlig ? Encore un luthier
breton ...? Tout d'abord il faut savoir que je suis musicien depuis toujours !
Oui...mais celui-là est vraiment J'ai commencé la guitare à 3 ans et n'ai par conséquent aucun
atypique ; il ne construit pas de souvenir de ma vie sans instruments...
harpes celtiques...mais des J'ai débuté naturellement dans un atelier de lutherie guitare...
harpes exotiques, koras, kamélé- J'étais arrivé pour créer un espace de vente, mais la passion m'a
ngoni et autre« harpes-luths » poussé à ouvrir la porte de l'atelier pour en savoir plus sur ce
d'Afrique de l'ouest. métier plein de mystères... Les débuts ne furent pas très gratifiants
Ces instruments aux sonorités ni très passionnants, j'ai compris plus tard que c'est une tradition
dans le monde des luthiers, le savoir se transmet uniquement aux
magiques séduisent de plus en
candidats réellement motivés. Même Stradivarius à commencé par
plus de musiciens occidentaux et balayer l'atelier avant de devenir le maître que l'on connaît !
commencent à faire leur Comme j'en voulais, le chef d'atelier a accepté de me former et de
apparition au cœur même du me transmettre son savoir. Après, j'y suis allé au culot, en montant
salon des luthiers de Dinan, la mon échoppe de réparation de guitares...
Mecque des harpistes et harpeurs Au début, je manquais d'expérience et de connaissances, je ne
celtes ! savais pas toujours comment faire, j'ai appris en réfléchissant et
en faisant !
Un parcours original hors des Comme on dit : « c'est en se mouchant qu'on devient
sentiers battus, sur les pistes moucheron ! »
improbables de l'Afrique des Ensuite, j'ai découvert le violon celtique, j'ai commencé à en
jouer et très rapidement j'ai souhaité percer les secrets de la
Griots et des
lutherie du quatuor (violon, alto, violoncelle et contrebasse). Je
magiciens...Embarquement suis allé voir Fanny, luthière de violons, au début elle ne voulait
immédiat ! pas entendre parler de me former car elle estimait ne pas avoir de
temps ni d'argent à me consacrer.
Je ne voulais pas d'argent mais apprendre, alors je lui ai proposé
de m’asseoir sur un tabouret et de la regarder travailler sans poser
de question ni l'importuner. Tous les jours, pendant un mois, je
venais à l'atelier, nous prenions un café ensemble et après je
m'installais sur mon tabouret...et elle a fini par craquer, elle aussi !
C'est elle qui m'a appris à faire sonner le bois...
Et l'Afrique ?
Quand j'étais gosse, mon père voyageait beaucoup et nous
envoyait souvent des cartes postales d'Afrique, ça faisait rêver !
Ensuite, dans les années 80, j'ai commencé à jouer des
percussions, djembé, dununs, sabar etc...Mon Maître Modou
Gueye m'a appris a jouer mais aussi a fabriquer les tambours
mandingues, ce fut mon premier contact avec les peaux et avec la
musique Mandingue.
J'ai découvert la kora pendant un festival ou je jouais avec
Modou, je me souviens encore de Yacouba Cissoko en tenue
traditionnelle avec son grand boubou en bazin égrenant les cordes
de son instrument, c'était magique !
Peu de temps après, j'ai rencontré Gweltas, un musicien et luthier
breton, il était alors installé au Mans et réparait des instruments
ethniques pour l'association « Instruments Migrateurs » ; parmi
les instruments il y avait une belle kora et j'ai su ce jour là que je
voulais en jouer...
J'ai acheté pour presque rien une vieille kora, toute déglinguée .
Comme je travaillais dans un atelier de lutherie guitare, j'ai refait
le manche et remplacé la peau par une table en épicéa ... ça
sonnait pas mal, mais comme une guitare !
Après je suis allé en Afrique, à l'abbaye de Keur Moussa au
Sénégal, où les moines ont créé un atelier de koras, ils sont
d'ailleurs les premiers à avoir proposé des instruments avec des
manches à chevilles et à mécaniques...
Puis un jour j'ai acheté du bois, une calebasse, une peau
parcheminée et des chevilles de violoncelle et je me suis lancé, en
autodidacte ; les débuts furent un peu laborieux ! Heureusement
j'avais déjà quelques années d'expérience en lutherie guitare et
violon dans les mains...
Depuis j'ai continué à apprendre et à fabriquer, mes rencontres
avec des grands maîtres de la kora comme Madou Sidiki Diabaté
et Ballaké Sissoko, pour qui je travaille depuis plusieurs années,
m'ont permis avec le temps d'améliorer la qualité de mon
travail...Voilà !
Comment trouves-tu ce qu'il faut pour construire ces instruments
ici ?
Bon, pour le bois, pas de problème, j'avais déjà mes fournisseurs.
Les calebasses, il faut les faire venir de là-bas. J'ai commencé par
importer moi-même, la galère, la moitié des calebasses arrivaient
en miettes...et j'ai fini par trouver un importateur.
Et les peaux ? Antilope, zébu ...?
Ballaké Cissoko
Traditionnellement on utilise des peaux de vache mais je préfère
des peaux un peu moins épaisses comme le veau, le cerf ou la
peau de bouc pour les koras ; pour les kamélés-ngoni et les
bolons, qui subissent moins de pression, j'utilise de la peau de
chèvre.
Les peaux sont parcheminées, c'est une technique qui permet de
ne garder que le derme, en occident on utilise des bains de chaux,
en Afrique, les peaux sont enduites avec une sève caustique pour
faire tomber les poils mais aussi souvent avec de la fiente qui a
une action corrosive...
Sous les climats froids et humides du nord de la France,on dit que
les peaux ne sonnent pas bien ?
C'est vrai, aussi je suis obligé d'utiliser des peaux assez épaisses
pour qu'elles restent stables mais pas trop pour qu'elles sonnent...
Les musiciens sont souvent emm...bêtés car les instruments
« bougent » quand ils restent sur la scène entre la balance et le
début du concert, une petite astuce consiste à mettre une ampoule
incandescente dans la calebasse pour maintenir la kora à
température constante...
Kora Sawta Pour tous les autres je recommande un lieu sec et chaud, de
toutes façon une kora sonne mieux dans un appartement bien
chauffé que dans une cave humide !
Pour les cordes, du fil de pêche ?
"Mon Travail est la rencontre
de la grande tradition des C'est ce qu'on fait en Afrique. Moi, j'ai tout essayé ! Le boyau
naturel, excellent, mais avec des problèmes de tenue d'accord ; le
griots du mandingue et de la carbone, ça va bien, mais d'abord ça coûte vraiment cher, et la
lutherie séculaire occidentale sonorité ressemble trop à celle de la harpe celtique, trop
pour faire éclore la kora du métallique pour la kora. J'utilise maintenant des cordes calibrées
XXI ème siècle..." en monofilament de nylon, proche du fil de pêche, plus dense, un
bon compromis entre le fil de pêche et les cordes de harpe ou le
KF...
Pas de manches avec des anneaux en cuir ?
L'utilisation des konsos est la technique d'accordage
traditionnelle, c'est efficace, ça fonctionne bien mais c'est malgré
tout réservé à un public d'initiés ! Il faut monter ou descendre les
konsos pour s'accorder, c'est dur et si on ne connaît pas bien, il est
très difficile d'obtenir un bon résultat...Comme me disent la
plupart de mes clients occidentaux : « accorder un instrument
avec ces trucs-là... ». Ils ne veulent pas s'embêter avec ça ! J'ai
commencé par utiliser des mécaniques de guitare, mais ça fait
trop de ferraille, ça dénature le son, ça crée des vibrations
parasites, c'est lourd, et ça casse les cordes !
J'utilise à présent soit des chevilles de harpe, la bonne vieille
cheville conique, soit des chevilles de violoncelle en ébène : le
contact bois sur bois, pour le son, c'est le Top !
Qui sont tes clients ?
Des occidentaux, beaucoup de musiciens expérimentés mais
Kora traditionnelle, équipée de aussi des débutants et de plus en plus les grands maîtres Africains,
« Konsos » comme Ballaké Sissoko, Madou Sidiki Diabaté, Cherif Soumano,
Toumani Diabate, Djéli Moussa Diawara...
Ils viennent s'acheter une kora en France, chez toi ? Ça ne se
trouve donc pas chez eux ?
En Afrique, on trouve bien sûr des luthiers capables de faire de
bons instruments traditionnels. Mais d'être passé par la lutherie
guitare et violon, c’est quand même un sacré avantage : mes
instruments sont beaucoup plus soignés et surtout le son est mieux
maîtrisé. En Afrique, l'approche n'est pas la même, le choix des
matériaux et la finition ne répondent pas aux mêmes critères
d'exigence, le but est d'obtenir une kora qui a un son de kora !
Moi je choisis méticuleusement mes essences de bois, mes
calebasses et mes peaux car je sais ce qu'il me faut pour obtenir le
meilleur résultat, je calcule mes épaisseurs, je travaille avec une
démarche de recherche et d'expérimentation héritée de mes années
de pratique de la lutherie occidentale...
Les musiciens professionnels, ceux qui font de la scène, qui
tournent beaucoup, ont besoin d'instruments fiables, ils ont bien
compris que mon travail est différent de celui proposé par les
Madou Sidiki Diabaté luthiers traditionnels et c'est pour cela que les grands griots
mandingues viennent me voir...
Et c'est vrai que, comme le disait Salif Keïta « Paris est la
capitale de la musique africaine » !
Oui, il y a vraiment beaucoup de musiciens africains qui passent
par Paris, ou qui y vivent, qui ont leurs agents, leurs studios, qui
donnent des cours...
Tu proposes plusieurs instruments...
Je fabrique surtout des koras : c'est un instrument mélodique
accordé en mode diatonique, qui permet une grande virtuosité et
qui attire davantage les musiciens ; mais je propose aussi d'autres
cordophones mandingues comme le kamélé-ngoni, un instrument
plutôt rythmique, accordé en pentatonique, servant à accompagner
le chant, qui est une version élaborée du donso n'goni, la harpe
des chasseurs ; et je fabrique aussi des bolons, l'arc musical
primitif à 3 ou 4 cordes, qui existait déjà au XII ème siècle sous le
règne de l'empereur Soundjata Keïta et dont l'origine se perd dans
la nuit des temps.
Des instruments chromatiques ?
Chérif Soumano
Pour pouvoir jouer dans toutes les gammes traditionnelles sans
ré-accorder, je rajoute souvent huit palettes de harpes. Il y a aussi
des gens qui veulent des palettes partout...et j'ai même fait une
« C'est la peau qui kora chromatique à 41 cordes...une usine à gaz, mais pourquoi
permet d'obtenir le pas ?
timbre si particulier
Et des koras électriques, comme le Gravi-kora ?
de la Kora »
Le Gravi-kora est un instrument intéressant et très bien conçu,
mais...le son n'a plus grand-chose à voir avec la kora ! Moi je
fabrique des koras électriques sans calebasse, mais montées avec
une peau. C'est la peau qui permet d'obtenir le timbre si particulier
de la kora. C'est ce qui me permet de retrouver un son plus
proche de l'instrument traditionnel.
Dans les dernières innovations, j'ai aussi fabriqué pour Madou
Sidiki Diabaté une kora « midi » !
Tu joues toi-même ?
Bien sûr, guitare, violon, djembé, kora, bref tous les instruments
que je fabrique, et quelques autres...Mais il est vrai que ma
rencontre avec la kora a bouleversée ma vie et elle est devenue
maintenant mon instrument de prédilection !
Avec un nom pareil, tu devrais construire des harpes celtiques !
Mais ça aurait pu !
http://www.korakaelig.com/
Kora électrique
Kamélé-ngoni
ENSEMBLE TOSS THE FEATHERS...
Difficile de vous faire Bonjour Dimitri, pourrais-tu te présenter en quelques
lignes ?
découvrir quelqu'un que
tout le monde connaît...De Je suis d'origine néerlandaise, et je suis musicien plus ou
Dimitri Boekhoorn, on peut moins autodidacte à la formation universitaire : j'ai le titre de
déjà dire, pour faire bref, docteur ès Études Celtiques. Il y a quelques années encore
qu'il joue à merveille de j'étais enseignant universitaire de Civilisation Celtique et de
toutes les harpes, dans tous langue bretonne, et j'ai rédigé une thèse « internationale » sur
les styles , et aussi de toutes le bestiaire celtique au Moyen-Age. Aujourd'hui, je suis
concertiste et enseignant de harpes anciennes, médiévales,
sortes de flûtes, irlandaises modernes et celtiques. J'enseigne également les flûtes
et autres. irlandaises et traditionnelles.
Privilégiant la musique traditionnelle des pays celtes et la
Il nous parle dans cet musique ancienne (Moyen-Age, Renaissance, Baroque),
interview de son trio j'aime également composer, dans un style personnel et
Ensemble Toss the Feathers résolument moderne. Je pratique la musique depuis 1988.
Principalement autodidacte, j'utilise les ongles comme les
de ses interprètes, et de la "harpeurs" irlandais, écossais et gallois médiévaux,
musique qu'ils jouent notamment sur des cordes en métal, depuis 1998. Cette
ensemble.
découverte d’une technique à la fois historique étudié les cordes pincées aux Etats-Unis, mais
et traditionnelle m'a fait changer radicalement également à Bâle à l'école de musique
de jeu, pour retrouver un style plus léger, ancienne.Elle pratique, elle aussi, plusieurs
rapide et ornementé. genres musicaux : mise à part la musique
ancienne, elle joue du Folk et Old Time.
Invité du Festival Interceltique de Lorient, des
Festivals de Harpe Celtique à Edimbourg,
Dinan, Porto ainsi que Vevey, du Festival
médiéval de Largentière, du Folkwoods,
Festival Itinéraire baroque du Périgord et du
musicien galicien Carlos Núñez à plusieurs
reprises, je me produis régulièrement en soliste
avec une multitude de harpes modernes et
anciennes dotées de différents types de cordes.
Je collabore également avec des groupes de
musiques traditionnelles et anciennes dont le
trio de musique irlandaise et écossaise ancienne
et traditionnelle Ensemble Toss The Feathers,
et l’ensemble médiéval Amadis (enregistrement
par France Musique). Mon projet avec une
harpe gaélique dotée de cordes en or massif a
été l'objet d'une émission sur France Culture.
Aussi, je me suis produit dans plusieurs pays
d’Europe (Irlande, Royaume-Uni, Pays-Bas,
Belgique, France, Suisse, Espagne, Portugal,
Italie) et je réside en Bretagne, tout en
enseignant principalement au Cercle Celtique
de Rennes.
Si on parlait de ton trio, Ensemble Toss the
Feathers, à l'occasion de votre tournée Et en plus,Valerie est marionnettiste au sein de
d'avril en Bretagne et à Paris. Peux-tu nous la Cie Beausauvage. Elle fait partie de
présenter tes collègues musiciennes ? nombreux ensembles reconnus.
Tina Chancey vient de Washington D.C. et elle Comment vous êtes-vous connus ?
joue de tous les instruments à archet Il y a quelques années, je me trouvais à
imaginables ! Mis à part Old-Time, Jazz, l'important Festival de Largentière (en
musique Sépharade, elle pratique également la Ardèche) consacré à la musique et à la lutherie
musique du Moyen-Age, de la Renaissance et médiévales. Ce festival n'existe
d'époque Baroque, c'est impressionnant ! Elle a malheureusement plus. J'y jouais de la harpe
un diplôme “M.A.” en Viole de Gambe et médiévale, tout en y assistant des luthiers de
également en Musicologie parmi d'autres... Elle harpes. Valerie y était en tant que spectatrice et
dirige l'ensemble Hesperus et a obtenu un prix m'a dit qu'elle aimait beaucoup mon jeu et
des plus prestigieux : le Lifetime Achievement qu'elle aimerait également jouer avec moi. Elle
Award from Early Music America. Tina a passé a rajouté que son amie Tina venait de rentrer
beaucoup de temps en Irlande et aurait pu être à aux Etats-Unis et que c'était dommage qu'elle
la retraite mais elle préfère continuer aux Etats- ne me voie pas.
Unis, tout en se libérant pour nous rejoindre en
Sans y croire vraiment, d'autant plus que la
Europe pour faire des tournées avec notre trio
distance nous séparait entre la Bretagne,
de musiques anciennes et traditionnelles
l'Ardèche et les Etats-Unis, je lui ai donné mes
d'Ecosse et d'Irlande. Valerie Loomer est
coordonnées. Elle m'a contacté quelques mois
américaine, elle aussi, mais habite depuis
plus tard pour me proposer des concerts en trio
longtemps dans le sud de la France. Elle a
et voilà trois ans qu'on joue ensemble !
Quels instruments utilisez-vous ? Tina et Valerie avait déjà, avant de me
connaître, un groupe nommé Toss the Feathers
On joue tous les trois sur de très beaux
(“Lancez les Plumes”), d'après le nom de reels
instruments de luthiers. Tina joue sur des
irlandais connus. Elles adoraient l'image de
copies d'une viole de gambe ( d’après Henry
plumes secouées, lancées et volantes. Puisque
Jaye 1624) et d'un violon Renaissance (d’après
ces reels sont vraiment connus, il existait déjà
Andrea Amati 1564) ; Valerie joue du cistre
une radio et un groupe irlandais (qui ne se
(d’après Gaspar di Salo, Brescia vers 1600), de
produit plus) de ce nom. Un autre problème,
la guitare Renaissance (d’après Melchior Diaz,
c'était que les francophones ne comprenaient
Lisbonne 1581) ainsi que du théorbe (grand
pas toujours qu'il s'agissait d'un nom de groupe
luth de la Renaissance, d’après Matheus
de musique. Le fait qu'on joue de la musique
Buchenberg, Rome début du 17e s.). Pour ma
d'Irlande et d'Ecosse sur des instruments plutôt
part, dans ce trio je joue habituellement d'une
anciens, était une raison de plus pour rallonger
harpe hybride qui s'inspire des harpes d'époque
le nom en Ensemble Toss the Feathers.
romane, mais qui a été agrandie, modernisée et
“celtisée” avec des cordes synthétiques et des Sur le CD, qui est sorti en décembre 2012, la
leviers de demi-tons. La deuxième harpe est première piste est la slip-jig très connue
une harpe dite “gaélique”, avec sa caisse en “Butterfly” (“papillon”), un exemple d'un
saule et ses cordes en laiton. Je tiens beaucoup arrangement plutôt moderne avec un mélange
à utiliser cet instrument car jusqu'au 18e siècle d'instruments anciens et modernes. En plus,
au moins, c'était LA harpe d'Irlande et des une autre pièce s'appelle “Garden of
Hautes-Terres d'Ecosse. Je joue également de Butterflies”, donc on a eu le souhait d'appeler
flûtes “irlandaises” en buis, de grandes flûtes le disque “Butterfly”. Puisque c'est un nom
irlandaises (Low-whistles) en métal et en (trop) connu et qu'il y a déjà des CD de ce nom,
sureau ainsi que d'une flûte traversière en j'ai eu l'idée d'utiliser le mot gaélique et
ébène. C'est une combinaison très inhabituelle. gaélique-écossais pour papillon,‘Féileacán’ . Je
continue donc à employer mes connaissances
'Ensemble Toss the Feathers' et ‘Féileacán’, en civilisation et en langues celtiques au
votre premier CD, d'où viennent ces noms ? service de la musique. Une amie artiste
d'origine anglo-irlandaise nous a proposé de la existe entre « l'ancien » et « le traditionnel ».
calligraphie celtique et des formes d'art Un exemple célèbre de musique ancienne
irlandais sur la pochette et, bien entendu, elle devenue – ou restée – traditionnelle, est
nous a dessiné de beaux papillons ! justement celle de O’Carolan, qui jouait d'une
harpe gaélique cordée en métal, et qui
Quel est le répertoire que vous interprétez ?
composait dans un style à la fois gaélique et
Peux-tu en décrire les spécificités ?
italien, de façon plus ou moins baroque, en
s'inspirant de compositeurs comme Corelli et
Le trio Ensemble Toss the Feathers propose
Vivaldi. Une bonne partie de ses compositions
des concerts de musiques traditionnelles et
est encore jouée de nos jours, sur différents
anciennes d'Ecosse et d'Irlande sur instruments
instruments, c'est vraiment devenu partie
anciens. Le répertoire comporte entre autres
intégrante de la tradition irlandaise.
des pièces écrites ou notées pour le luth
d'Ecosse orientale (1600 - 1700), des pièces
En tant que trio, nous choisissons souvent
composées pour harpe cordes en métal par
entre une interprétation ancienne ou moderne,
Turlough O' Carolan (1670 – 1738) et d'autres
mais parfois on montre les deux. Nous jouons
“harpeurs”, des mélodies et airs à danser des
également maintes jigs et de nombreux reels,
collections anciennes telles Neal (Dublin,
des mélodies collectées aux 17e et 18e siècles.
1724), Nine Notes that shook the world
Même les mélodies plus modernes ont des liens
(cornemuse, 18e s.) de Northumbrie, Edward
avec des époques plus anciennes, ne serait-ce
Bunting manuscrits (harpe) et publications
que par leur structure interne. “dompes” et
(pianoforte, 18e - 19e s.), Petrie (19e s.). On
“ports” par exemple datent des 16e et 17e
interprète également des airs traditionnels, qui,
siècles et quelques-unes des ces mélodies
bien que connus de nos jours, sont souvent en
existent toujours comme des “slow airs”. Nous
lien avec les collections plus anciennes.
connaissons des “ports” composés par des
Les partitions des compositeurs et des
“harpeurs” irlandais et écossais, qui furent
collecteurs ne comportent régulièrement que la
également interprétés par des joueurs de luth
mélodie, celle-ci étant l'essence de la musique
parmi d'autres instrumentistes.
irlandaise. (C'est ainsi qu'a été transcrite la
musique de O' Carolan nous privant
d'informations précieuses sur les modes
d'accompagnement et d'harmonisation de la
musique à l'époque). Chacun se doit alors
d’harmoniser et arranger ces mélodies, c’est-à- Ce projet assez unique a reçu des
dire choisir les accords d'accompagnement, critiques très positives à la fois des
éventuellement composer une seconde voix, spécialistes ainsi que du “grand
imaginer une introduction, etc. C'est ce que public”, ce qui les encourage à
nous tâchons de faire selon nos goûts, de façon continuer et à enregister un
très personnelle. deuxième CD, pour bientôt...
On crée ainsi une fusion entre musique Pour plus de renseignements et
populaire et savante, entre musique ancienne et dates de tournées: www.harpes-
traditionnelle, nous donnant aujourd'hui un dimitri.eu ; www.ensemble-toss-
répertoire où se mélangent goût raffiné de la the-feathers.eu
haute société gaélique et énergie éclatante des
danses populaires, élégance et enthousiasme
endiablé, complexité harmonique et spontanéité
rythmique. On se dit « A la frontière entre la
musique ancienne et une inspiration puisée
dans le répertoire de tradition irlandaise et
écossaise ». L'Ensemble Toss the Feathers
espère parvenir à créer une musique riche et
variée tout en montrant le lien évident qui
Merci, Dimitri, pour ce très beau CD, un merveilleux cadeau qui m'a permis de
découvrir aussi tes talents de flûtiste (ceux de harpiste, je les connaissais déjà...).
C'est rare et précieux : trois musiciens d'exception qui jouent vraiment ensemble, à
l'écoute l'un de l'autre, avec une complicité passionnée, comme dans les meilleurs
trios de Jazz.
Le violon renaissance de Tina Chancey me donne le frisson, quel sacré coup
d'archet ! Valérie Loomer joue à merveille de ce difficile théorbe et autres luths, au
sonorités si prenantes, capables d'ajouter le vibrato qui manque parfois aux harpes.
Jouer ces airs traditionnels avec des instruments anciens, et un peu comme de la
musique baroque, c'est audacieux, mais convaincant ; et dans les deux sens : le
baroque y gagne en gaieté et en énergie, et le folk celtique y prend comme des lettres
de noblesse...Après tout, O'Carolan, c'est aussi de la musique baroque.
Et quelle pêche ! Tout sauf ennuyeux ; par moments même, ça déménage, impossible
de rester scotché à son siège ! Et ça improvise, j'en jurerais, au diable les partitions,
la musique folk ça décolle vraiment quand le papier ne peut plus suivre...
Il y a des audaces remarquables : ce solo de flûte sur fond de basse continue à la
viole de gambe, juste sur deux notes tout le long du morceau, superbe ! Et les
sonorités magiques de la Clarsach !
Il faudrait détailler chaque morceau...le mieux est de se précipiter pour avoir ce CD,
en attendant le prochain ! Et dès que vous donnez un concert pas trop loin de chez
moi, j'arrive !
DS
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De quelques méthodes de harpe celtique
(débutants) :
Une nouvelle rubrique, pour parler des méthodes
de harpe disponibles, des anciennes et des
nouvelles, en français ou pas.
Commençons par ma préférée, celle de Sylvia
Woods, un grand classique, utilisable même si on
est quasi nul en anglais.
Très intéressante aussi la méthode italo-anglo-
française de Françoise Le Visage et Enzo Vacca
« Video metodo pratico per arpa celtica », avec
partitions et vidéo du morceau joué ; le doigté est
bien décomposé, les morceaux sont jolis, mélange
de pièces d'inspiration celtique et de chansons
piémontaises. Elle est distribuée en France par
Camac.
Avec l'enregistrement des morceaux sur un CD,
impeccable, bien utile pour ceux qui (comme moi)
ont quelquefois du mal à trouver le bon rythme sur
la partition, et auraient tendance à en inventer un
autre...
C'est une bonne méthode pour qui travaille seul
dans son coin. Par contre, les doigtés préconisés
sont quelquefois un peu bizarres, des solutions plus
simples vont souvent mieux !
Un gros avantage : tout est en Do majeur : parfait
pour ceux qui ont des harpes sans palettes (ce qui
est souvent le cas aux US).
Aux dernières nouvelles, une version PDF serait
disponible.
On ne présente plus « La Harpe d'Or » de
Dominig Bouchaud...très bon manuel, largement
plébiscité par les profs de harpe.
Plutôt conçu pour les enfants, mais, quand on
débute, on retombe forcément en enfance...et ce
bouquin peut servir à toute la famille.
On peut juste regretter l'absence de CD, qui Voilà, je ne vous parlerai pas des autres, je
pourrait, là encore, faciliter à beaucoup ne les connais pas...Il serait vraiment utile
l'apprentissage, quand on n'a pas de prof sous la que d'autres, plus savants que moi, puissent
main. compléter et alimenter cette rubrique !
CONCEVOIR ET CONSTRUIRE
LES HARPES CELTIQUES
Par Jeremy H. Brown
Traduction et adaptation en français par
Didier Saimpaul
Pour se le procurer : c'est ici ou là !
Saül et David :
A propos de l' image représentant le roi David, David arriva auprès de Saül, et se présenta
parue dans le dernier « harpesmag », une devant lui; il plut beaucoup à Saül, et il fut
lectrice attentive nous écrit : désigné pour porter ses armes. Saül fit dire à
Isaï: ʺJe te prie de laisser David à mon service,
ʺJ'ai retrouvé avec plaisir ce vitrail du Musée car il a trouvé grâce à mes yeux. ʺ
de Cluny, que je ne manque pas d'admirer à Et lorsque l'esprit de Dieu était sur Saül, David
chaque fois que je rends visite à « la Dame à la prenait la harpe et jouait de sa main; Saül
Licorne »...Dommage qu'il soit coupé en deux ! respirait alors plus à l'aise et se trouvait
La scène représente en fait David jouant de la soulagé, et le mauvais esprit se retirait de lui. »
harpe pour calmer la folie du roi Saül...ʺ
Samuel I , XVI, 14 à 23.
Tout à fait exact . Voici une vue entière :
Traduction Louis Segond.
Heureux temps, où un roi ne méprisait pas les
présents d'un berger !
Les cultures antiques du Moyen-Orient avaient
donc déjà remarqué l'efficacité de la harpe et
autres cordophones dans le traitement des
maladies mentales ; ils pratiquaient ainsi la
« musicothérapie » et la « harpe-thérapie »
depuis peut-être fort longtemps...
Le roi David a servi et sert toujours de thème à
de nombreux artistes du vitrail un peu partout
en Europe. En voici un autre avec une bien jolie
C'est l'illustration du passage biblique suivant :
harpe gothique :
« L'esprit de l'Éternel se retira de Saül, qui fut
agité par un mauvais esprit venant de l'Éternel.
Les serviteurs de Saül lui dirent: ʺVoici, un
mauvais esprit de Dieu t'agite.
Que notre seigneur parle! Tes serviteurs sont
devant toi. Ils chercheront un homme qui sache
jouer de la harpe; et, quand le mauvais esprit
de Dieu sera sur toi, il jouera de sa main, et tu
seras soulagé.ʺ
Saül répondit à ses serviteurs: ʺ Trouvez-moi
donc un homme qui joue bien, et amenez-le-
moi.ʺ
L'un des serviteurs prit la parole, et dit: ʺVoici,
j'ai vu un fils d'Isaï, de Bethléem, qui sait
jouer; c'est aussi un homme fort et vaillant, un
guerrier, parlant bien et d'une belle figure, et
l'Éternel est avec lui.ʺ
Saül envoya des messagers à Isaï, pour lui dire:
ʺEnvoie-moi David, ton fils, qui est avec les
brebis.ʺ
Isaï prit un âne, qu'il chargea de pain, d'une
outre de vin et d'un chevreau, et il envoya ces Vitrail de P. von Andlau – Fin du 15ème siècle,
choses à Saül par David, son fils. Wurtemberg Museum Stuttgart.
La scène biblique continue à inspirer des
créateurs contemporains :
Celui de la cathédrale de Bayeux, ci-dessus, est
fort célèbre, avec sa harpe aux têtes de petits
monstres, encore une. Par contre, le pilier droit
surprend un peu...et la position de jeu est plutôt
bizarre.
Les vitraux modernes ne sont pas en reste, avec
ce superbe David tourmenté et méditatif dessiné Vitrail de Paul Challan-Belval
par Chagall pour la cathédrale de Metz :
http://www.paulvitrail.fr/La-musique
À Propos, savez-vous où l'on continue toujours
à représenter ce même roi David avec sa
harpe ? Sur n'importe-quel paquet de cartes à
jouer au portrait français :
Le Roi de Pique !
Cahier de musique :
Une nouvelle façon de présenter les partitions que nous envoient nos arrangeurs et
compositeurs : Sous forme d'un « cahier de musique », avec de la place pour présenter
chaque morceau, le situer historiquement, donner quelques explications ou commentaires .
Tout d'abord « Rodney's glory » proposé par Steven :
“ Le terme hornpipe se rapporte à plusieurs formes de danses dansées en GB et ailleurs
à partir de la fin du 17 siècle jusqu’à maintenant. On pense que le hornpipe en tant
ème
que danse apparut vers le 16 siècle à bord des navires anglais.
ème
Le hornpipe irlandais a une mesure 4/4, et ressemble à un reel lent, avec accent sur le
premier et le troisième temps. Il était à l’origine uniquement dansé par des hommes, ce
n’est qu’en 1850 à Cork que les femmes ont osé défier la prééminence masculine dans
cette danse... J’ai appris cet air sur le disque du groupe Ogham, avec entre autres les
frères Molard. Excellent disque de 1976.”
Ensuite un arrangement de « Brabazon 2 », morceau souvent
joué et arrangé de multiples façons ; voici celle de Dimitri :
“ La deuxième mélodie de George Brabazon est probablement une composition de
Turlough (O') Carolan, même si on ne peut pas la lui attribuer de façon définitive.
Si jamais il en est le compositeur, le sujet en serait un jeune noble du comté de Mayo.
L'arrangement ne se veut pas historique. Je propose ici un style de jeu assez standard qui
convient bien aux harpes celtiques modernes. Personnellement, j'aime bien l'alternance
entre arpèges et quintes plaquées, ainsi que l'utilisation d'octaves.”
George Brabazon (2) Turlough O'Carolan
arr. Dimitri Boekhoorn
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12
©
longtemps avant de voir apparaître la
harpe... les troubadours occitans du 12e et
13e siècles n'était probablement pas très
habitués à voir la harpe, mais connaissaient
la rote !
Ce n'est pas toujours aisé de distinguer les
deux instruments. Mais ici il s'agit
clairement d'une rote . Regarde par
exemple la ʺconsoleʺ et la ʺcaisse de
résonanceʺ, qui n'en est peut-être pas une :
on dirait que ce sont des planches (creuses
ou non). La véritable caisse de résonance
se trouve derrière la rangée de cordes
visible !
On a quelques images de rotes
carolingiennes, plus anciennes que celle-
ci : c'est un instrument ancien et
énigmatiqueʺ.
Mea maxima culpa...Mais ça ne change rien
au propos, et ça m'a donné l'occasion de
découvrir la rote, étrange instrument oublié
dont je ne soupçonnais même pas, naguère,
l'existence...
En voici d' autres représentations ,
Non, je n'essaie pas de pasticher le célèbre caricatures guère plus aimables pour le
tableau de Magritte « ceci n'est pas une musicien...
pipe »...Dimitri Boekhoorn nous a écrit
suite à l'article « Deux Enfers et un Paradis »
publié dans le dernier « harpesmag », pour
quelques rectifications importantes :
ʺBravo pour ce travail !
Par contre je me permets de faire une petite
remarque rectificative : l'instrument
représenté sur le tympan de Conques n'est
sûrement pas une harpe mais une ʺroteʺ ou
ʺharpe-psaltérionʺ: un cordophone à deux
rangées de cordes, séparées par une caisse
de résonance. Sa construction est assez
différente de celle d'une harpe. A ma
connaissance, il n'y a aucune représentation
en ʺFranceʺ de ce que nous appelons
ʺharpeʺ avant la deuxième moitié du 12e
siècle ; l'une des harpes sculptées sur le
portail de la cathédrale de Chartres,
habituellement datée de 1142, paraît, à tort
ou non, être la première représentation de
cet instrument en France, sachant qu'en
Occitanie, il faut attendre encore plus Âne musicien...
Détail d'un chapiteau, église d'Aulnay
Église de Meillers
Les sculpteurs de chapiteaux semblent avoir persécutés par l'Église.
repris ce thème à loisir. L'âne est aussi, On voit aussi que la caisse de résonance est
depuis l'antiquité, associé à la lubricité … percée, par devant, de plusieurs trous pour
Sur les images ci-dessus on commence à se faire sortir le son. Elle semble assez épaisse,
faire une idée de cette famille d'instruments : une bonne dizaine de centimètres, pour
La vue de profil permet de voir l'assemblage obtenir un certain volume sonore.
des deux montants, quasiment en angle droit,
avec la « table » un peu plus longue que la Bien sûr, certains se sont essayés à
« console », et le « pilier-caisse de reconstruire la rote, comme François
résonance » en forme de quart de cercle. Moser, qui nous fait part de son expérience
La vue de face nous montre que l'âne est dans l'article suivant.
accompagné par un autre bestiau à la vièle à Le luthier Yves d'Arcizas, toujours plein
roue ( la manivelle de la vièle apparaît sur la d'idées et de projets, en a proposé une
droite). Rote et vièle, instruments des reconstitution très minutieuse sur son site
baladins et chanteurs populaires, mal vus et excellent, où il y a tant à glaner !
Un instrument de conception très proche est
la « valiha » malgache, qui se présente soit
sous la forme d'un tube en bambou tendu de
cordes (ou de fines lattes de bambou) sur
toute sa périphérie,
soit sous une forme de « double cithare » ou
« double psaltérion », même principe que
notre rote .
On a pu entendre ainsi à Dinan, en 2010,
Justin Vali jouer de cet instrument, entre
autres. Les cordes métal (en cable de frein
de vélo...) chantaient bien, sous des doigts
agiles !
Valiha, construite à Madagascar par un des
On aimerait là encore écouter le résultat !
luthiers de la famille de Justin Vali
Ҫa ne devait pas être très facile à jouer, la
main droite cachée par la caisse de
résonance centrale, obligée de jouer « à
l'aveugle » ; mais comme les musiciens
itinérants étaient souvent aveugles ou mal-
voyants eux-mêmes...
Les deux rangées de cordes s'accordaient
probablement à l'unisson, ce qui peut nous
sembler peu utile à priori. Mais cela
permettait en fait de jouer en doublant la
mélodie, comme en écho, peut-être avec un On notera aussi tout le travail de décoration,
léger décalage, ou d'accompagner une avec ces représentations d'arbres et de
mélodie par un bourdon ou un accord feuilles, célébration de la nature et de la
décomposé, formes primitives d'harmonie forêt !
très en faveur dans les musiques populaires
et toujours cultivées, avec tous les Voilà donc comment, à l'occasion d'une
raffinements que l'on sait, dans la musique erreur d'interprétation, on peut voyager à
classique indienne, par exemple. travers temps et lieux et rencontrer des gens
La Renaissance connaîtra sur le même intéressants, sur la piste d'un instrument
principe les « harpes doubles » « arpa perdu, à la recherche d'un son oublié...Qui
doppia » italienne, « arpa doblada » ne demande, peut-être, qu'à renaître ?
espagnole, à deux rangées de cordes
accordées à l'unisson. D.S.
De la fabrication d’une rote-
psaltérion par un amateur :
Choix du modèle :
Avant d’entreprendre la construction d’un tel
instrument ( à la demande d’un musicien) il faut
trouver une représentation qui paraisse logique,
donc que l’on peut supposer proche de la
réalité. Il faut que le modèle puisse être vu sur
plusieurs faces, ce qui est extrêmement rare. Il
faut aussi que le modèle soit placé dans un
environnement tel que l’on puisse en apprécier
les dimensions réelles.
Grâce à l’iconographie particulièrement
abondante réunie par Lionel Dieu, et avec les
conseils de ce dernier, nous avons choisi la rote
du portail de Moustier, car cette sculpture
semblait réunir la plupart des conditions ci-
dessus énumérées et ne pas avoir une forme
trop complexe.
Appréciation des dimensions réelles :
Il est indispensable de choisir un objet à
reproduire dont la figuration soit associée à
celles d’objets dont peut connaître les
dimensions réelles(bras, main tête) Établir les
rapports de proportion entre ces objets et leur
figuration puis utiliser ce rapport pour calculer
les dimensions réelles de l’instrument convoité.
C'est-à-dire que le « luthier » établit un rapport
proportionnel entre la longueur de son bras et
celui du musicien sculpté, puis entre les bras,
les mains la tête etc : ceci lui donne l’échelle de
l’instrument figuré.
Dans la plupart des cas l’expérimentateur est
conduit à établir des rapports moyens donc à
utiliser la moyenne de dimensions issues des
différents rapports.
A partir de là on trace une première esquisse
qui donnera une première idée du nombre de
pièces de bois dont est composé
Il apparaît que les dimensions que nous avons l’instrument et d’envisager les différents types
restituées par le calcul sont très proches de d’assemblages possibles :
celles d’autres rotes : un triangle quelconque
de l’ordre de 45 à 50 cm de côté.
Le luthier amateur se contentera de bois bien
sec de la famille de ceux utilisés par les
spécialistes.
Par exemple, les fonds de placard en pin des
années trente donnent d’excellentes tables de
vièle et de rebec.. Les pièces de tilleul
proviennent du fond oublié d’un ancien scieur
de long... etc.
Le matériel utilisé n’est pas forcement celui
des spécialistes, évidemment certains outils de
l’amateur sont moins performants et moins
précis que ceux du professionnel, mais cela est
compensé par le fait que l’amateur n’est pas
soumis au rendement, ni aux charges liées à une
échoppe, ou aux nécessités de la vie. Il peut
prendre son temps !
François Moser
En effet les assemblages ne peuvent être,
surtout dans la pierre, clairement figurés. Dans http://francois.moser.pagesperso-orange.fr
le cas d’une rote, ou d’une harpe on est en droit
de se demander si le cordier et le chevillet sont Les photos sont de François Moser, sauf celle
deux pièces de bois assemblées ou bien une de la rote de Moustiers qui est de Lionel Dieu.
fourche d’arbre.
Le choix du bois est une autre épreuve, mais,
pour un premier essai , on peut se contenter de
bois de qualité un peu ordinaire car il y a bien
des chances que l’essai n’aboutisse pas du
premier coup à une construction optimum de
l’instrument.
Harpe monoxyle, par François Moser
A propos de tous ces instruments
médiévaux, on peut consulter l'ouvrage
de Lionel Dieu :"La musique dans la
sculpture romane ; T.1 Les instruments"
ISBN 13 978-2-9525342-4-6.
Pièce maîtresse de la harpe toute entière, c’est chevalet soit plus épais en bas qu’en haut.
essentiellement d’elle que dépendra la sonorité
de l’instrument. Collage des planches
Il convient donc d’y apporter tout le soin Il faut d’abord découper grossièrement les
nécessaire, en commençant par choisir un bois planches selon la forme de la table, en ayant
de qualité. J’utilise pour ma part de l’épicéa en soin de laisser au moins deux centimètres de
planches de 8 mm, qualité lutherie bien chaque côté. On obtient quelque chose comme
évidemment. ça :
La table doit être souple tout en étant
résistante : c’est essentiellement sur elle que
vont s’exercer 500 à 700 kg de traction des
cordes. Pourtant, pour bien sonner, elle doit
être le plus mince possible ! Comment
résoudre l’équation ? De trois façons :
- les planches sont collées les unes aux autres,
fil en travers ; si le fil est en longueur, c’est la
fêlure, et même l’éclatement assurés.
- elle est rabotée progressivement du bas vers
le haut ; c’est ainsi qu’en bas, elle fera 8 mm
d’épaisseur, alors qu’en haut, elle fera environ
3 mm.
En effet, ce sont les basses qui tirent le plus
sur la table, il convient donc de la faire la plus
résistante possible à cet endroit. Le rabotage
permet également d’égaliser la « réponse » de
la table aux différentes cordes : les basses
sonnent naturellement plus fort que les aiguës,
le rabotage permet de compenser cette
différence. Les harpes irlandaises anciennes
amplifiaient encore ce phénomène en faisant Les joints entre les planches doivent être
des côtés de caisse plus larges en bas qu’en absolument parfaits, il faut donc les passer à la
haut. Nous reviendrons sur la technique de dégauchisseuse pour qu’il n’y ait aucun jour
rabotage. entre deux. Lorsque ce travail est fait, on peut
passer au collage. On pourrait penser qu’il
- elle est renforcée au-dessus et au dessous par suffit de coller chaque joint et de serrer le
un chevalet et un contre-chevalet, par lesquels tout : que nenni ! N’oublions pas que la colle à
passent les cordes. Il est bien que le contre-
chaud refroidit vite, il faut donc procéder joint Laisser sécher la colle quelques heures, puis
par joint. J’utilise une planche de contreplaqué vérifier que les joints sont solides. Attention, à
ou de panneau de particules de la forme de la ce stade, la table reste très fragile !
table, mais un plus longue et plus large, pour
pouvoir y passer les serre-joints. Je mets une Rabotage de la table
feuille de journal dessus (il vaut mieux éviter
de faire adhérer la table sur cette planche !) et Avant de la raboter, il convient de la poncer
je visse un premier tasseau en bas. Ensuite, je sur une des faces, qui deviendra la face
fixe un tasseau mobile comme ci-dessous : extérieure ; elle doit donc être parfaite. On
peut procéder à la ponceuse à bande, en
commençant au grain 80, puis au grain 120.
Ensuite, papier de verre jusqu’au grain 240 au
moins.
Ensuite, pour la consolider pendant le
rabotage, je colle dès ce stage le chevalet :
c’est une bande de bois massif (celui de la
console ou de la caisse, au choix) de 2 cm de
large sur 6 ou 7 mm d’épaisseur (ça dépend de
la tension qu’on voudra mettre dessus !).
Certains le font de forme trapézoïdale,
Il suffit maintenant de coller la planche n° 1 à augmentant ainsi le renforcement de la table
la planche n° 2, et de la fixer avec deux serre- en bas. Coller ce chevalet à la colle à chaud (le
joints. On repousse ensuite le tasseau mobile fer à repasser s’impose, car la colle risque de
de la largeur de la planche n° 3 moins un mm, figer avant que la pièce soit appliquée sur la
puis on colle ce joint, et ainsi de suite. A table).
chaque fois qu’on a collé un joint, on serre la Pour raboter, on a le choix : raboter à la main
planche et on repousse le tasseau de la largeur avec le fil en travers ; il va sans dire que le
de la pièce suivante, moins 1 mm. On obtient rabot doit être affûté parfaitement ! J’ai fait
une table ainsi collée : quelques tables de cette manière, et ça
marche : « patience et longueur de temps font
plus que force ni que rage » doit être la devise.
Pour faire un rabotage égal, il est bien de
visser un tasseau de chaque côté de la planche
support (celle qui nous a servi à coller la
table), qui nous servira de guide : il faut
raboter ces tasseaux de 8 mm en bas à 3 mm
en haut. Ensuite, il faudra raboter la table selon
ce guide, sans raboter ledit guide évidemment.
Sinon, on peut se fabriquer un guide de
rabotage, je devrais dire de défonçage :
Voici la bête, ou plutôt les bêtes, car ce guide Il est indispensable pour maintenir la table en
est en deux parties : place, de la retenir au socle avec deux tasseaux
ainsi conçus :
La réalisation est assez simple : une planche
d’aggloméré de 16 ou 19 mm d’épaisseur. tout le sport consistera à ne pas les attaquer
Prévoir beaucoup plus large que la largeur de avec la défonceuse, c’est pour cela qu’il faut
la table, car la défonceuse ne pourra pas aller découper la table au départ plus large.
jusqu’au bout du socle, du moins dans le bas.
La rainure au centre est destinée à recevoir le Quelle fraise utiliser ? Pour ma part, j’utilise
chevalet, puisqu’il est déjà collé à la table. Les une fraise à cuvette de 26 mm de diamètre.
deux guides du socle mobile sont Avec ses bords arrondis, elle ne risque pas
vissés sur les côtés de la planche. Ils doivent d’arracher le bois :
avoir une pente permettant au socle mobile de
raboter de 8 à 3 mm. Les défonceuses ayant
toutes des dimensions différentes, il
appartiendra à chacun de faire son modèle. En
tous cas, il faut laisser suffisamment d’espace
au dessus de la table d’harmonie afin que la
fraise de la défonceuse ait de l’espace (si la
fraise attaque tout de suite la table, ça va
arracher : tout en douceur !) Pour que le tout
coulisse en douceur, le savon de Marseille fait
merveille (et ça rime!).
Nous voilà prêts à raboter : la table est fixée,
le socle mobile glisse à merveille, le support
de défonceuse également. N’allez pas imaginer
maintenant que vous allez faire tout en une
seule passe : la défonceuse serait capable
d’enlever 5 mm d’un coup, mais la table
souffrirait, voire casserait. Il faut donc y aller
progressivement : en commençant par le haut,
enlever 1 mm, puis un autre, jusqu’à ce qu’on
arrive à affleurer en bas.
On obtient quelque chose qui ressemble à
ceci :
Il ne reste plus qu’à coller les tasseaux qui
assureront le joint entre table et côtés de la
caisse. Personnellement, je les colle avant de
couper la table à ses dimensions définitives :
c’est plus simple de couper après, puis de
J’espère que vous ne vous attendiez pas à passer à la dégauchisseuse quand tout est collé.
quelque chose de parfaitement lisse ! il faut
bien sûr finir au rabot, en particulier les bords Ces tasseaux (ou contre-éclisses, puisque les
qui étaient sous le tasseau. côtés de la caisse s’appellent éclisses) sont
C’est mieux de ne pas couper ces bords, il faits d’un morceau de bois massif de 1 cm de
vaut mieux garder du surplus jusqu’au dernier section (mais on peut les tailler en section
moment : s’il y a un éclat, il disparaîtra à la décroissante vers le haut). Ne pas les faire
découpe. courir jusqu’en haut ou en bas, mais prévoir
Quand on a bien dégrossi, on peut y aller à la l’épaisseur du haut et de la base de la caisse.
ponceuse,comme pour l’autre côté, mais celui-
ci ne se verra pas !
L’étape suivante est de coller le contre-
chevalet ; il est bien que celui-ci soit plus épais
en bas qu’en haut (je les fais de 13 mm en bas
pour 6 mm en haut).
On peut à ce stade coller les barres
d’harmonie, petits tasseaux du même bois que
la table, qui tout en consolidant la table, vont
permettre au son de « courir » tout le long de
celle-ci.
Attention, ces contre-éclisses doivent être risque pas de s’enlever. C’est particulièrement
collées à la colle époxy ou autre colle forte. commode pour les harpes à cordes métal, on
Malheureusement, il arrive que des tables peut utiliser des cordes de guitare à boule.
pourtant construites selon les règles de l’art se
mettent à fissurer (Comme le bois contient de -en passant tout simplement la corde à travers
la cellulose -une molécule hydrophile- et est le chevalet : on utilise dans ce cas des petites
poreux, il est vulnérable à l'humidité. Lorsqu'il pièces semblables à celles-ci (pour ma part
fait humide, le bois absorbe l'eau et gonfle j’utilise tout simplement des rivets en
légèrement; lorsqu'il fait plus sec, l'eau se aluminium– à gauche sur la photo)
dégage du bois et celui-ci rétrécit. Ces
réactions aux variations d'humidité peuvent
causer des fentes ou des fissures dans le bois.
Par exemple, comme mon atelier n’est pas
chauffé, j’évite de faire des harpes en hiver !
C’est l’accident assuré : c’est ce qui arrivait
aux meubles de nos grands-parents quand on
les mettait dans des maisons chauffées). Cela
dit, ça ne change rien à la résistance de la
table, ni à la sonorité de l’instrument : c’est
juste rageant ! On peut essayer de contourner
le problème.
Perçage des trous pour les cordes
Étape délicate, car il est très difficile de percer On peut facilement réaliser soi-même des
selon une ligne parfaitement droite. Il faut bien bouchons en nylon en coupant des bouts d’un
marquer les emplacements avec une pointe cm dans de la tige de nylon de 6 mm. Le plus
fine, et percer avec une perceuse à colonne. difficile est de les percer bien au milieu !
Il existe deux façons de fixer les cordes à la
table :
-avec des attaches semblables à celles des
guitares folk :
Il faut percer au diamètre exact de l’attache,
et il faut coller ou insérer une rondelle sur le
chevalet, sinon la corde va couper le bois.
Ce système est pratique, bien que très peu
utilisé maintenant, car il permet d’enlever la
corde rapidement. C’est efficace, car comme (à suivre)
elle est perpendiculaire à la table, elle ne
Atelier
ʺ Dessine-moi une harpe ʺ
A l'occasion des 31èmes Rencontres de la Harpe Celtique de Dinan, le
Samedi 12 Juillet de 9h à 12h, aura lieu un atelier de dessin de harpes,
animé par Didier Saimpaul.
Dessiner est la première et plus importante étape pour qui veut créer un
instrument ; mais par où commencer, quelles sont les règles à respecter,
les précautions à prendre ? Dans quel cadre votre créativité peut-elle
s'exprimer ?
Tout cela est en vérité assez simple. Quelques heures permettent déjà de
mettre en pratique. Chaque stagiaire repartira avec au moins un plan de
harpe, et ce qu'il faut pour continuer...
Même si vous n'avez aucun projet, l'approche par le dessin permet aussi,
tout simplement, de mieux connaître son instrument.
Pour tous renseignements, s'adresser à la Maison de la Harpe :
[email protected]
A la découverte des leviers
Camac
Par Helen Leitner
Les leviers Camac sont une référence pour les luthiers du monde entier.
Leur qualité, leur précision et leur facilité d’installation en ont fait les
leviers les plus vendus dans le monde de la harpe au cours de ces dix
dernières années.
“C'est en 2001 que j'ai décidé de me pencher sur une nouvelle
conception de nos leviers Camac”, explique Jakez François. “J'avais
rédigé un sorte de « cahier des charges » des éléments que je souhaitais
inclure dans cette nouvelle mécanique. D'abord, je voulais un produit
haut de gamme, entièrement en métal et ainsi sortir de l'association
plastique-métal que nous avions jusqu'alors. Ensuite, je souhaitais un
mécanisme qui viendrait presser la corde sans frottement, et il fallait donc
transformer l'action rotative de la manette en une action linéaire du
presseur. Cela permettait plus de justesse et de précision, et évitait
l’usure de la corde dans la mécanique.
Je souhaitais également un levier en une seule pièce, cela nous
permettait de les proposer aussi à d'autres luthiers. Je connaissais alors
bon nombre d'excellents luthiers qui préféraient acheter leurs leviers, tout
simplement parce qu'ils ne se spécialisaient pas dans les questions de
mécanique. Ils étaient par là même obligés d'utiliser des leviers de faible
qualité parce que c'étaient alors les seuls que l'on trouvait sur le marché ;
quel dommage que le magnifique travail de ces artisans soit à chaque
fois éclipsé par une mécanique qui n’était pas à la hauteur.
Il faut bien comprendre que les luthiers artisanaux ont une clientèle
différente de la nôtre. Je ne les vois pas du tout comme des concurrents,
mais plutôt comme des collègues, dont je respecte et soutiens le travail.
Bien sûr, j'avais également des raisons commerciales pour étendre notre
marché des leviers. Si je parvenais à créer de très bons leviers, je
pourrais augmenter notre volume de ventes et je serais alors en mesure
d'investir dans des machines plus performantes pour les fabriquer. Et
c'est ce qui est arrivé. Nous fabriquons à présent nos propres leviers
grâce à un très grand tour à commande numérique. J'ai dû construire
une nouvelle aile à nos bâtiments pour l’accueillir, et pour vous donner
une idée de leur niveau de fonctionnalité, ces travaux d’agrandissement
ont coûté moins cher que la machine elle-même...
Je suis ravi que nos leviers aient été choisis par des artisans comme
Marin Lhopiteau, Marc Brulé, Philippe Volant, Alison Wylie, Patrick Le
Boulge, Klaus Regelsberger, Riedel, Frank Sievert, Pepe Weissgerber,
Dusty, Triplet, Larry Fisher, Timothy Habinski, Violaine Alfaric, Mark
Norris... Nos leviers sont également utilisés par des fabricants de koras,
et sont très appréciés en Amérique du Sud sur les harpes
paraguayennes et llaneras.
Nous proposons des finitions spéciales pour les luthiers. Nous n'utilisons
par exemple pas de leviers en nickel noir ou en plaqué or pour nos
propres harpes, mais nous les fabriquons sur commande pour nos
clients.
L'élaboration de nos leviers représentait un investissement important
pour nous. Je suis fier que nous ayons de tels résultats."
Pour plus d'informations, voir notre site spécialisé (en anglais) :
http://www.harp-levers.com/
(traduction : Anne Postic).
Billets d'humeur
De subventionibus...
J'entends et je lis partout la même rengaine: on a de moins en moins de subventions, qu'est-ce
qu'on va devenir? Comment faire de la musique, du théâtre, de la « culture » sans la manne de
l'argent public ?
Des festivals disparaissent ou maigrissent dramatiquement. De jeunes artistes de talent finissent
par renoncer et s'orientent vers des activités plus lucratives, ou retournent vivre chez leurs
parents...
Nous avons vécu des décennies de vaches grasses qui nous ont habitués à fonctionner dans le
confort douillet de la culture subventionnée...Pas un musicien pour jouer quatre notes, pas un
comédien pour brûler les planches, pas un éditeur pour publier un livre sans la bénédiction
sonnante et trébuchante de Sainte Subvention ! Rassurez-vous, ça continue quand même à
fonctionner. La moindre commune un peu importante a besoin de son festival, tout maire qui
veut être réélu (c'est le moment!) se doit de distribuer un peu d'argent pour la culture ; et ne
soyons pas trop cyniques, certains s'y intéressent vraiment...
Je me souviens d'un festival extraordinaire qui fonctionnait, dans les années 70, quasiment sans
un sou d'argent public. Pas en France, pour sûr, mais en Irlande, dans le Kerry, un petit patelin
du nom de Listowel, où le « Comhaltas Ceoltoiri Eireann », association des musiciens
traditionnels d'Irlande, organisait sa rencontre annuelle. Pas une affiche, aucune annonce nulle
part, que le bouche à oreille et le magazine « Treoir », bulletin de liaison de l'association. Mais
pourtant, des dizaines de musiciens venus de tous les coins du pays, et même de la diaspora
irlandaise d'Angleterre ou des USA, exprès pour jouer...dans la rue ! Car il n'y avait pas même
une salle de spectacle ; tout au plus quelques salles de classe de l'école du coin, prêtées pour un
petit concours de musiciens amateurs. Tout avait lieu dans la rue. Des scènes improvisées
partout, avec, par intermittence, des orages d'été qui obligeaient musiciens et public à se réfugier
dans les pubs, heureusement fort nombreux ! Une ambiance indescriptible, bien arrosée de tous
côtés, avec de la musique irlandaise non stop, jour et nuit, pendant trois jours...
J' ai retenu cela de ce festival : On peut vraiment bien s'amuser entre gens de bonne compagnie
et de communes passions, sans dépendre forcément d'un quelconque satrape, ou pire encore d'
administrations sensées distribuer, au compte-gouttes, le nerf de la...culture.
La raréfaction programmée des subventions va obliger les artistes à inventer une autre façon de
travailler, et de créer ... et qui sait si on ne gagnera pas au change ?
AMADIS
COURRIER DES LECTEURS
(-TRICES) : NOS RÉPONSES :
ʺ Bonjour et félicitations pour votre magazine ! Voilà qui fait plaisir !
Je l'ai découvert depuis peu et le lis à rebours, j'ai encore à croquer Harpesmag' est comestible !
le n° 1... Excellente nouvelle !
Il n'y a qu'un peu plus d'un an que j'apprends la harpe et il me permet
de découvrir une culture harpistique que je ne pourrais appréhender
seule* qu'avec beaucoup de temps sur le net et ce n'est pas forcement Une solution, les cours de harpe
mon plaisir . sur le net :
*(je n'ai pas de professeur et suis harpistiquement isolée dans mon Breizh Music ( sur abonnement).
Auvergne d'adoption). Evélina Simon (gratuit sur
Donc c'est avec beaucoup de plaisir et de curiosité que je lis un Youtube, et excellent).
numéro. Je lis chaque article comme on pose la pièce d'un puzzle et je Ce système commence à
vois apparaître un peu plus à chaque fois le paysage du monde des développer en France. Également,
harpistes (mais il y a encore du travail). des cours de harpe individuels par
internet (Skype) :
Dans ce magazine j'aime les articles et les interviews qui sont Eve Mc Telenn
intéressants et bien illustrés, les liens qui permettent d'avoir des (à suivre...)
compléments d'information, j'aime aussi que l'on puisse y trouver des
partitions.
En tapant le titre d'un morceau
Ce que j'aimerais y trouver d'autre ? sur Google, on en trouve souvent
-le top pour moi qui débute serait que les partitions publiées soient un Youtube, pour la mélodie et le
reliées à un lien ou l'on puisse les écouter (afin de mieux en apprendre rythme, ça peut aider !
le rythme et retenir la mélodie)
-j'aimerais aussi qu'il y ait une actu des CD et livres qui sortent, des Si les harpistes nous envoyaient
stages et concerts (mais je ne sais pas si ces infos seraient faciles à leurs CD et leurs infos...Quant
collecter de façon exhaustive...). aux livres, y a-t il encore des
-ce serait bien également d'y trouver une présentation de recueils de éditeurs dans ce pays ?
partitions histoire de faire des découvertes;
Justement, on y a pensé, mais
1 ou 2 recueil par niveau de harpe 1er cycle, 2ème cycle, 3ème ...
ces recueils sont sous copyright,
sans oublier les recueils pour les petites 22 et 26 cordes, on ne peut pas en publier même
avec à chaque fois une vue sur l'une des partitions (au cas ou on ne des extraits. Seuls auteurs et
soit pas sûr de son propre niveau) et un lien pour en découvrir une éditeurs pourraient le faire...s'ils
jouée (pour chaque recueil) ou au moins des extraits afin que l'on puisse en avaient envie !
se faire une idée en vue d'un achat.
-un article : "historique des personnages clés ou marquants de Les historiques ? Lire « Harpe
l'histoire de la harpe celtique" toujours pour les néophytes qui ont des Celtique, le temps des
années de culture à rattraper. enchanteurs » de Thierry Jigourel,
éditions Celtics Chadenn.
-un annuaire des luthiers de harpes en France et des magasins de On en présente un à chaque N°,
harpe, cela m'aidera peut être à choisir la prochaine destination ou presque, on aura vite fait le
de mes vacances ! tour ! Pour les vacances, les
rencontres de Dinan (9 au 13
J'espère que votre magazine va continuer encore très longtemps Juillet), ils y sont presque tous !
et merci encore pour tout le travail que vous faites .ʺ Pour les magasins, on en connaît
disons trois en France :
Patricia G.
Espace Camac (Paris)
Atelier Camac (Mouzeil)
Le magasin de la Harpe (Paris)
Ont participé à ce numéro :
Dimitri Boekhoorn : http://www.harpes-dimitri.eu/
Kaëlig: http://www.korakaelig.com/
Helen Leitner :http://www.camac-harps.com/camac-harps-fr/
Stéphan Lemoigne
François Moser :http://francois.moser.pagesperso-orange.fr/
Didier Saimpaul: http://harpomania.blogspot.fr/
L'image de couverture nous a été envoyée par
Anne-Catherine Bouf : encore une de ces petites harpes
à têtes de monstres, et qui ressemble beaucoup à celle de la
cathédrale du Mans...mais vient d'Espagne.
Merci à Paul Challan-Belval qui nous a autorisés
à reproduire son très beau vitrail
Si vous avez aimé ce numéro, n'hésitez pas à le partager !
Si vous avez envie de participer à la rédaction du prochain,ou
simplement de nous faire part de vos réflexions,
critiques, éloges...(on aime !)
écrivez-nous donc : mailto:
[email protected] Harpesmag
23 Les Cadets13720
LA BOUILLADISSE
(F)
Si vous prenez le train en route, et si
vous voulez lire nos numéros précédents,
ils sont là :
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Si vous ne voulez plus rien recevoir,
merci de nous le signaler.
Le meill e u r l ev ier d e d e mi - t o n
d is po nib le pou r v ot r e h a r pe
- Ecartement des cordes identique à vide ou altéré.
- Mouvement linéaire sans frottement sur la corde.
- Egalité du son à vide ou altéré.
- Facilité d’installation et de réglage.
- Compatible avec toutes les harpes.
Comme la majorité des fabricants dans le monde,
adoptez le levier de demi-ton Camac pour préserver
le son de votre harpe et améliorer sa qualité.
www.harp-levers.com
Le fa b r ic a nt d e h a r pe d u 2 1 ème s iè c le
L’espace Camac Siege & Ateliers
92 rue Petit - 75019 Paris La Richerais BP15 - 44850 Mouzeil
www.camac-harps.com
www.harpblog.info
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