ARTICLE
Les plans d’eau et leurs impacts sur le milieu
Brigitte LANCELOT*
Résumé
Les plans d’eau artificiels quels qu’ils soient (étangs, barrages-réservoirs, gravières...) ont des impacts hydrologiques,
physico-chimiques ou biologiques sur les mileux naturels non négligeables, notamment lorsque ceux-ci sont au fil de
l’eau, en tête de bassin et sur les rivières de première catégorie : réchauffement de l’eau, eutrophisation, entrave à la
libre circulation des poissons... Ces effets entrainent une modification de la dynamique des cours d’eau, de la structure
des peuplements floristiques et faunistiques des mileux naturels.
Aussi, pour limiter ces impacts, des précautions sont à prendre autant en période de gestion courante qu’au moment
de leur vidange. Les recommandations du Schéma Directeur d’Aménagement et de gestion des Eaux (SDAGE) et
la réglementation doivent être respectées. Le cumul des impacts sur le fonctionnement des milieux aquatiques et
humides est à appréhender.
Parfois les plans d’eau deviennent des sites où l’on retrouve des espèces d’oiseaux d’intérêt environnemental particulier.
Mots-clés : étangs, barrages-réservoirs, gravières, gestion, habitats.
* Chargée d’études milieux aquatiques et humides
Agence de l’eau Seine Normandie - DT Seine amont (Sens) -
[email protected] Les différents types de plans d’eau
Plans d’eau naturels
On distingue trois grands types de plans d’eau naturels selon des critères morphologiques :
• les lacs (> 5 m de profondeur) avec une zone toujours en eau plus importante que la
zone littorale. On y observe une stratification thermique ;
• les étangs (< 5 m) zone pélagique (eau profonde) réduite ou absente et pas de strati-
fication thermique ;
• les mares (< 80 cm) alimentées de façon permanente ou temporaire, dépourvue de
connexions avec le réseau hydrographique.
Plans d’eau artificiels
La plupart des plans d’eau sont crées par l’homme. On distingue quatre grands types :
• les étangs à digue artificielle, alimentés par une rivière et avec des ouvrages pour les
vidanger ;
• les réservoirs ou retenues construits pour stocker temporairement des grands volumes
d’eau pour alimenter les canaux, produire de l’hydroélectricité, réguler les débits des
cours d’eau en étiage ou en période de crue, stocker de l’eau de consommation, offrir
des lieux de loisirs…; Ces réservoirs ont pour caractéristique de grandes variations de
niveaux (marnage) ;
• les gravières ou sablières qui font suite à l’extraction des matériaux dans le lit majeur
des cours d’eau, une fois la nappe mise à nue. Généralement ces plans d’eau sont
déconnectés du réseau hydrographique et ne peuvent être vidangés ;
• les mares comme les mares abreuvoirs.
A noter que les biefs d’anciens moulins, sur le plan fonctionnel, jouent un rôle analogue
à celui des plans d’eau.
Leurs effets sur les milieux naturels
Le Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) pour la période
2010-2015 préconise de limiter l’implantation de nouveaux plans d’eau notamment en
tête de bassin et d’encadrer la gestion de ceux existants (orientation 22).
En sites Natura 2000 ou ZNIEFF de type 1, dans les bassins versants à contexte
salmonicole identifiés dans les Plans Départementaux de Protection du milieu aquatique
et de Gestion des ressources piscicoles (PDPG), dans les zones humides remarquables
ainsi que dans les cours d’eau de tête de bassin (rangs 1 et 2), il est même recommandé
de les interdire.
Rev. sci. Bourgogne-Nature - 19-2014, 35-41 35
En effet, les impacts des plans d’eau sur les milieux aquatiques naturels sont loin
d’être négligeables, même si ceux-ci peuvent présenter des peuplements faunistique et
floristique parfois très diversifiés : modification des caractéristiques physicochimiques
des eaux (réchauffement, eutrophisation…), entrave à la libre circulation des espèces
aquatiques et des sédiments…
Ces effets dépendent du lieu d’implantation du plan d’eau par rapport au cours d’eau
(en barrage ou en dérivation…), des équipements techniques associés à sa gestion
(vidange, déversoir de crues…).
Aussi les autorisations de création de nouveaux plans d’eau doivent être associées au
respect d’un certain nombre de précautions qui limiteront leurs impacts sur les milieux
aquatiques et humides :
• périodes de vidange fréquentes et lentes ;
• zones humides naturelles à préserver autour de l’aménagement ;
• localisation, mode d’alimentation et de vidange tenant compte des objectifs d’état éco-
logique (au sens de la directive cadre européenne) du cours d’eau concerné ; l’impact
cumulé de l’ensemble des plans d’eau d’un bassin versant est à évaluer ;
• morphologie des berges appropriée à une fonctionnalité en faveur d’une auto-épuration
des eaux et d’un développement de la biodiversité ;
• transparence vis-à-vis de la continuïté écologique du cours d’eau associé.
La réglementation (code de l’environnement) impose de déposer une déclaration pour
des plans d’eau > 0,1 ha et une demande d’autorisation pour des plans d’eau > 3 ha en
seconde catégorie piscicole. Ce seuil d’autorisation est ramené à 1 ha sur les rivières de
1re catégorie piscicole.
De plus, dans le cas où le plan d’eau n’a plus d’usage socio-économique, son com-
blement doit-être préconisé avec réaménagement en zone humide fonctionnelle vis-à-vis
de la biodiversité et de la ressource en eau (expansion des crues, recharge de nappes…)
qui sera ensuite entretenue de manière à garder ces fonctionnalités.
Brigitte LANCELOT
Photographie 1. Lac de la forêt d’Orient.
36 Brigitte LANCELOT Rev. sci. Bourgogne-Nature - 19-2014, 35-41
Le cas des étangs
Il convient de distinguer les étangs en période de fonctionnement normal des étangs
en phase de vidange.
Étangs en période normale de fonctionnement
Plus l’étang est situé près des sources d’un cours d’eau, plus ses effets sur les milieux
aquatiques seront marqués.
En revanche, plus l’étang est situé loin de la source, plus ses effets se rapprochent
des conditions de fonctionnement normalement observées dans un cours d’eau, liées à
l’élargissement du lit et à des écoulements plus lents.
La mise en place d’un étang sur le cours d’une rivière entraîne des modifications de
son régime hydrologique et des caractéristiques physico-chimiques de l’eau, contribuant
à altérer la bio écologie des cours d’eau (structures des peuplements de végétaux et
animaux) ainsi que des communautés terrestres liées.
L’impact de ces perturbations sera modulé en fonction de l’état écologique du cours
d’eau, des conditions climatiques locales, du type d’occupation des sols, et du mode de
gestion du plan d’eau.
Impacts sur l’hydrologie
En zone non imperméable, le creusement d’un étang peut entraîner d’importantes
pertes de débit par infiltration. D’autres pertes peuvent être observées par évaporation
en période estivale (pertes estimées à 0,5 l/s/ha dans le Loiret) et cela d’autant plus que
l’étang se trouve en milieu ouvert (sans ripisylve).
Plus le débit à l’aval sera diminué, plus le cours d’eau sera sensible aux variations ther-
miques, plus il sera vulnérable aux nuisances et aura sa capacité autoépuratrice diminuée.
Pour le cas des microcentrales hydroélectriques, celles-ci entraînent des variations
brusques de débit du cours d’eau. L’impact des éclusées dépend de 2 facteurs importants :
le débit plancher laissé dans le cours d’eau entre 2 éclusées et sa diversité en habitats
offrant plus ou moins de refuges aux organismes vivants. Plus le débit plancher est élevé
et plus les habitats sont riches moins l’impact sera grand.
Impacts sur la qualité physicochimique de l’eau
Un étang constitue une masse d’eau stagnante, avec une grande inertie : ses eaux sont
lentes à se réchauffer et à se refroidir. Un étang en barrage sur un cours d’eau provoquera
une différence sensible de la température entre l’amont et l’aval pouvant atteindre 10 °C
en été et 1 à 2 °C l’hiver, cela d’autant plus que la surface du plan d’eau est grande et
que son mode de restitution de l’eau se fera par surverse et non par le fond.
Les eaux peuvent parfois concentrer certaines substances polluantes, modifiant ainsi
la qualité du cours d’eau à l’aval, notamment en période d’étiage. Un écosystème d’eau
stagnante contribue à la production de matière organique et à l’enrichissement des eaux
courantes de l’aval. De plus, ces eaux stagnantes sont favorables au développement
bactérien consommateur d’oxygène : le réchauffement estival couplé à la présence de
microorganismes et de matière organique peuvent conduire à des taux de saturation en
oxygène préjudiciable à la vie salmonicole.
A noter également qu’une augmentation même faible du niveau de PH en aval liée à la
présence du plan d’eau en condition de température élevée, génère une hausse sensible
du niveau d’ammoniac sous une forme particulièrement toxique pour la vie aquatique.
En outre, les plans d’eau peuvent jouer le rôle de piège à nutriments et de matières en
suspension (MES), analogue à celui d’un lagunage naturel, ce qui peut être positif pour
les cours d’eau de seconde catégorie piscicole qui sont généralement plus dégradés que
ceux de première catégorie. La fixation des substances nutritives eutrophisantes à l’aval
sera d’autant plus grande que la végétation aquatique sera développée. Il semblerait que
les plans d’eau sur des roches acides soient particulièrement sensibles au phénomène
d’eutrophisation (augmentation des phosphates et azote ammoniacal en circulation) et ce
d’autant que l’occupation des sols des versants favorise l’apport d’éléments nutritifs. La
Les plans d’eau et leurs impacts sur le milieu 37
profondeur de l’étang est aussi un facteur influençant cette sensibilité ainsi que le taux de
renouvellement des eaux du plan d’eau : plus ce taux est élevé, plus la sensibilité est réduite.
Les matières en suspension ainsi que le phosphore, le fer ou le manganèse sont des
éléments piégés dans les sédiments de l’étang. Toutefois, son mode de restitution va
influencer très largement ce piégeage ainsi que les conditions d’oxygénation : si les condi-
tions d’oxygénation se dégradent en profondeur, un relargage important de ces éléments
lors des restitutions par le fond peut être observé à l’aval.
Impacts sur l’hydrobiologie et les peuplements piscicoles
La présence d’un étang sur un cours d’eau, par la modification des régimes hydro-
logique et thermique, l’enrichissement du milieu, l’apport des MES lors des vidanges,
engendre une modification des peuplements floristiques et faunistiques : ceux-ci sont
plus adaptés aux eaux lentes moins attrayantes pour les salmonidés. Plus l’étang est près
des sources, plus ces modifications sont marquées. On parle de dérive typologique ou de
cyprinisation du peuplement piscicole. Ces modifications sont accentuées par les pratiques
de gestion piscicole dans l’étang qui peuvent aboutir à l’introduction d’espèces exotiques
envahissantes. De plus, un étang en barrage d’un cours d’eau bloque la libre circulation
du poisson (et notamment l’accès aux frayères) et le transit des matières solides, ce qui
provoquera une érosion plus marquée à l’aval. Enfin, le relargage des MES va contribuer
à colmater les frayères, compromettant la survie des œufs.
On constate une corrélation entre la densité d’étangs et la disparition d’espèces dans
certaines régions comme l’écrevisse à pattes blanches dans le Morvan.
Les effets de la présence d’un étang sur un cours d’eau de seconde catégorie sont
moins marqués car l’écart avec la situation sans étang est moins grand. De plus la pré-
sence d’étang sur ce type de cours d’eau peut contribuer à une certaine épuration des
eaux en aval par rétention d’éléments nutritifs.
Enfin, certains plans d’eau peuvent amener une certaine diversité écologique.
Étangs en période de vidange
L’apport massif de sédiments entraîne le colmatage du fond de la rivière en aval,
induisant une diminution de la végétation aquatique ainsi qu’une baisse de la diversité
du peuplement d’invertébrés. De plus le poisson devient plus vulnérable aux parasites et
maladies, devant dépenser plus d’énergie pour trouver des lieux de reproduction ou d’abris.
Cet apport massif de sédiments peut s’accompagner d’un relargage de métaux et
matières organiques préjudiciable à la vie aquatique.
Le cas des réservoirs ou retenues
On retrouve quasiment les mêmes impacts avec les retenues. Leur mode de gestion
dépend du type d’usage.
Il faut cependant distinguer les réservoirs en dérivation de ceux au fil de l’eau, barrant le
cours d’eau. Pour ce qui concerne les barrages réservoirs de l’Institution Interdépartementale
des Barrages Réservoirs du Bassin de la Seine (IIBRBS) ou Établissement Public Territorial
de Bassin Seine Grands Lacs, 3 sont en dérivation et 1 au fil de l’eau (Pannecière dans
le Morvan).
Ces réservoirs sont à usages multiples dont les principaux sont le soutien des étiages et
la protection contre les crues. Pour assurer ces 2 fonctions chaque année, leur gestion est
basée sur une même courbe de remplissage : ils sont théoriquement pleins au 1er juillet et
vides au 1er novembre. Les règlements d’eau afférant à cette gestion intègrent les notions
de débits réservés (débit minimum à respecter en aval pour la survie piscicole), les débits
liés au soutien des étiages variables au cours de la saison selon les besoins des usagers,
les débits d’écrêtement des crues.
Mis à part les tronçons court-circuités qui sont très perturbés, une gestion adaptée
des ouvrages permet :
• de tenir compte de la richesse des écosystèmes sur l’Aube et la Seine en amont du
canal à grand gabarit notamment en été et automne, en cherchant à minimiser les
colmatages des frayères et à diversifier les habitats par un régime hydraulique adapté
à une nécessaire dynamique fluviale ;
38 Brigitte LANCELOT Rev. sci. Bourgogne-Nature - 19-2014, 35-41
• de maintenir un certain fonctionnement hydraulique
des noues dans ces vallées alluviales en hiver et
au printemps ;
• de maintenir des débordements « biologiques » de
mi-février à mi-avril dans les plaines alluviales en
aval, nécessaires à le reproduction du brochet.
Pour Pannecière par contre, les impacts sont très
pénalisants pour les espèces salmonicoles.
Brigitte LANCELOT
Photographie 2. Lac-Réservoir de Pannecière et son barrage.
800
Objectif théorique
Volume cumulé 2000 700
Volume cumulé 2001
600
Volume (Mm3)
500
400
300
1600 200
1400 100
1200 0
Débit à Paris 2000
1000 Débit à Paris 2001
Débit (m3/s)
800
600
400
200
0
J F M A M J J A S O N D
Figure 1. Évolution mensuelle des volumes cumulés effectifs des lacs-réservoirs du bassin de la Seine et du débit de la
Seine à Paris-Austerlitz.
Par ailleurs les travaux du Programme Interdisciplinaire de Recherche sur l’Environ-
nement de la Seine (PIREN) ont permis de révéler certains impacts positifs :
• alimentation de la zone humide dans la plaine de la Bassée en période de soutien des
étiages, donc renforcement de son fonctionnement ;
• piégeages des nutriments et MES ;
• dilution des pollutions aval par les lachûres et notamment des rejets de grosses stations
d’épuration ;
Les plans d’eau et leurs impacts sur le milieu 39
• enfin ces sites sont des carrefours d’espèces d’oiseaux migratrices reconnus d’intérêt
européen et international (Convention de Ramsar sur les zones humides).
Le cas des gravières
Rappelons que l’extraction des granulats est interdite dans le lit mineur des cours
d’eau depuis 1994.
L’orientation 20 du SDAGE 2010- 2015 précise qu’il faut réduire les incidences de
l’extraction des granulats sur l’eau et les milieux aquatiques. En particulier l’ouverture de
nouvelles gravières paraît incompatible :
• dans les bras secondaires ou bras morts des rivières
• dans les espaces de mobilité à protéger déjà délimités et cartographiés
• dans les zones humides présentant un intérêt environnemental particulier ou stratégiques
pour la gestion de l’eau.
Les schémas départementaux des carrières doivent être compatibles avec le SDAGE.
Effets sur les rivières à lit mobile et la propagation des crues
Si l’extraction est réalisée dans l’espace de mobilité du cours d’eau, souvent une pro-
tection lourde est réalisée pour éviter que l’évolution du lit n’atteigne la ou les gravières.
Aussi, l’espace de divagation est réduit. La rivière va alors arracher les matériaux au
fond du lit plutôt que sur les berges consolidées et elle ne pourra plus alimenter en eaux
les milieux naturels latéraux (anciens méandres…) ou les zones humides. De plus si ces
protections concernent plusieurs gravières, elles jouent un rôle de digues chenalisant
le lit mineur et empêchant alors la rivière de déborder et d’accéder au champ naturel
d’expansion des crues.
Si la gravière n’est pas protégée, lors d’une crue, elle pourra servir de stockage, mais
cet effet sera limité aux évènements faiblement débordants, le volume de stockage restant
faible. S’il existe une succession de gravières, celles-ci représentent alors un axe préfé-
rentiel d’écoulement lors d’une crue, capturant le lit mineur, pouvant modifier le tracé du
cours d’eau de manière définitive. Après capture du cours d’eau, ces gravières ont alors
un impact identique aux extractions en lit mineur : blocage du transport solide, érosion,
enfoncement du lit, accélération des crues…
Daniel SIRUGUE
Photographie 3. Gravière en bord de Loire à Saint-Agnan (71).
40 Brigitte LANCELOT Rev. sci. Bourgogne-Nature - 19-2014, 35-41
Effets sur les écoulements des eaux souterraines
Les variations du régime de la rivière sont atténuées par la nappe grâce aux échanges
intenses et continus entre nappe alluviale et rivière. Cette dynamique est modifiée par
les gravières.
Lorsque le fond de la gravière n’est pas encore colmaté, le niveau d’eau dans la gravière
étant à l’horizontal, cela créé un abattement de la nappe en amont et une alimentation
en aval. Si le fond est colmaté il forme alors un obstacle à l’écoulement nappe-rivière
et l’inverse se produit. La multiplication des gravières dans une vallée peut modifier le
sens d’écoulement de la nappe. les effets sur la productivité des captages d’eau potable
peuvent alors être positifs ou négatifs selon que l’on se trouve en zone de rabattement
ou d’alimentation.
Effets sur la chimie des eaux souterraines
La mise en contact de l’eau souterraine avec l’air provoque des modifications de ses
caractéristiques physicochimiques : la minéralisation, les phosphates, le calcium dimi-
nuent, tandis que le fer, le manganèse, les sulfates, le magnésium, les germes fécaux
augmentent. Le développement de la flore et la faune contribue à la production de matières
organiques, d’oxygène et d’ammoniaque. Les gravières participent à la dénitrification de
l’eau (transformation des nitrates en azote). Les algues utilisent l’azote pour leur croissance,
et les nitrates peuvent être réduits en ammoniaque si l’oxygène est insuffisant. Dans les
secteurs où l’activité agricole est très développée, l’apport d’engrais peut entraîner une
eutrophisation de l’eau de la gravière.
La mise à nu de la nappe la rend plus sensible aux pollutions accidentelles sur le site,
notamment celles liées aux engins d’extraction (huile, hydrocarbures).
Effets sur les habitats et les espèces
Les extractions en lit majeur font disparaître les milieux naturels inféodés aux vallées
alluviales naturelles. La protection des berges à proximité des gravières entraîne un
appauvrissement des habitats donc la disparition de la faune. De plus, la moindre alimen-
tation des bras secondaires conduit à un appauvrissement de la richesse faunistique et
floristique de ces milieux (eaux calmes) servant de réservoirs biologiques au cours d’eau.
Les endiguements empêchent la reproduction du brochet.
Intérêt patrimonial des gravières
Notons toutefois que lorsque les gravières sont implantées dans des sites initialement
à faible intérêt écologique (peupleraies, champ de maïs, cours d’eau canalisés…), elles
peuvent présenter un bénéfice pour les milieux aquatiques, dans la mesure où une gestion
et un entretien adaptés existent.
La réglementation impose aux exploitants de remettre en état le site après extraction,
en tenant compte des caractéristiques du milieu initial. Ils restent de plus responsables
d’éventuels désordres hydrauliques.
A noter qu’apprécier l’impact d’une gravière sur le plan local est indispensable, mais
c’est le cumul des effets sur l’ensemble du corridor fluvial qui doit être appréhendé, et cela
à plusieurs échelles de temps. Le cours d’eau a besoin d’espaces dans sa vallée alluviale
et les crues se chargent de maintenir la diversité des paysages. Ce sont les processus
qu’il faut protéger plus que les sites.
Les plans d’eau et leurs impacts sur le milieu 41