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Cours Philo Le Bonheur

Ce document traite de la définition du bonheur et explique que le bonheur n'est pas un état de satisfaction totale atteignable, mais plutôt un idéal vers lequel tendre en maîtrisant ses désirs. Il présente les visions antiques et modernes du bonheur, et discute de l'influence de la société de consommation sur la conception du bonheur.

Transféré par

Mamadou Moustapha Sarr
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Cours Philo Le Bonheur

Ce document traite de la définition du bonheur et explique que le bonheur n'est pas un état de satisfaction totale atteignable, mais plutôt un idéal vers lequel tendre en maîtrisant ses désirs. Il présente les visions antiques et modernes du bonheur, et discute de l'influence de la société de consommation sur la conception du bonheur.

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Le bonheur

Le bonheur

FICHE DE COURS

Introduction :

L’objectif de cette leçon est de remettre en question une croyance assez répandue sur le
bonheur. En effet, nous croyons que le bonheur est le but ultime à atteindre dans notre
existence, mais nous essayerons de prouver qu’il n’est pas une fin en soi.

Tchat avec un prof


Étymologiquement, le mot bonheur désigne le « bon augure », la « chance ». Effectivement,
nous avons le sentiment que le bonheur est une chance – à la portée de tous – que nous
devons saisir. Métaphoriquement, le bonheur devient le point culminant de notre existence.

Aristote explique que le bonheur est une fin en soi : c’est un but final, un état de satisfaction
totale et durable. Deux questions se posent alors :

• Est-ce que cet état de béatitude absolue


existe ?

• Si oui, comment faire pour l’atteindre à


coup sûr ?

Pour répondre à ces deux questions, nous définirons tout d’abord le bonheur. Pour ce faire,
nous distinguerons dans une première partie le bonheur et le plaisir éphémère. Par la suite,
nous comprendrons que le bonheur est quelque chose que l’on désire. Enfin, nous verrons que
c’est un idéal et non une réalité, mais que c’est en continuant à désirer le bonheur que nous
œuvrons pour l’atteindre.

1 Bonheur et plaisir éphémère

• Est-il possible d’être totalement satisfait ?

• Si oui, le bonheur réside-t-il dans la recherche


constante du plaisir ?

a La satisfaction de tous nos désirs peut-elle conduire au


bonheur ?

Platon et le bonheur : la satisfaction des désirs est une quête sans fin

Dès l’Antiquité et jusqu’à aujourd’hui, beaucoup s’accordent à dire que le bonheur s’obtient
par la recherche du plaisir. Cette conception se nomme « hédonisme ».

Définition

Hédonisme :

Selon l’hédonisme, pour être heureux, il suffit de multiplier les désirs et les réaliser.

Définir le bonheur ainsi est tentant. Dans le Gorgias de Platon, le sophiste Calliclès s’entretient
avec Socrate à ce sujet :

« Vivre dans la jouissance, éprouver toutes les formes de désirs et les assouvir, Voilà, c’est
cela la vie heureuse ! »

Cette devise est intéressante, mais Socrate y répond sans ménagement par une métaphore :

« Suppose qu’il y ait deux hommes qui possèdent, chacun, un grand nombre de tonneaux.
Les tonneaux de l’un sont sains et remplis de vin, de miel, de lait […] de toutes sortes de
choses. Chaque tonneau est donc plein de ces denrées liquides qui sont rares, difficiles à
recueillir et qu’on n’obtient qu’au terme de maints travaux pénibles. Mais, au moins, une
fois que cet homme a rempli ses tonneaux, il n’a plus à y reverser quoi que ce soit ni à
s’occuper d’eux ; au contraire, quand il pense à ses tonneaux, il est tranquille. L’autre
homme, quant à lui, serait aussi capable de se procurer ce genre de denrées, même si elles
sont difficiles à recueillir. Mais comme ses récipients sont percés et fêlés, il est forcé de les
remplir sans cesse, jour et nuit, en s’infligeant les plus pénibles peines. Alors, regarde bien,
si ces deux hommes représentent chacun une manière de vivre, de laquelle des deux dis-tu
qu’elle est la plus heureuse ? Est-ce la vie de l’homme déréglé ou celle de l’homme
tempérant ? En te racontant cela, est-ce que je te convaincs d’admettre que la vie
tempérante vaut mieux que la vie déréglée ? Est-ce que je ne te convaincs pas »

Gorgias, Platon

➜ Pour Socrate, la conception du bonheur de


Calliclès et son mode de vie ressemblent
au sort des Danaïdes, ces femmes
condamnées à remplir à jamais un
tonneau percé.

Résumons la thèse platonicienne sur le bonheur comme cela : une vie passée à courir après ce
dernier est épuisante. Pour vivre heureux, il faut absolument maîtriser la force de notre désir.

À retenir

Le bonheur n’est pas dans le plaisir à répétition, mais dans la quête des plaisirs
durables.

Pour Démocrite, le bonheur se définit de façon négative : il est l’absence de peine. Les
penseurs de la Grèce antique appelaient cela l’ataraxie (du grec ἀταραξία, signifiant
« absence de troubles »). Pour être heureux il faut donc éviter tout ce qui nous fait du mal.
Épicure, l’un des principaux représentants de l’hédonisme, considère qu’il faut chercher le
plaisir mais aussi éviter le déplaisir. Par exemple, dévorer des plaquettes de chocolat nous
procurera – sur le moment – un plaisir certain, mais provoquera très certainement des maux
de ventre et donc du déplaisir.
➜ L’hédonisme ne peut être relégué à une
vision trop simpliste de la recherche du
plaisir à tout prix.

b Le bonheur de consommer, une invention économique ?

Dans notre société, le bonheur est une préoccupation politique depuis le XVIIIe siècle. Après la
Révolution française, l’article 1 de la Constitution de 1793 affirme :

« Le but de la société est le bonheur commun. »

➜ Comment la politique a-t-elle pu


s’orienter vers ce but ?

➜ Sur quels types de plaisirs et de biens


positionne-t-elle le bonheur ?

Pendant les Trente Glorieuses (1945-1975), l’idée d’une conquête du bonheur par la
consommation s’installe progressivement dans les pays industrialisés. C’est une suite logique
de la croissance économique de l’époque – qui produit en quantité croissante une large
gamme de biens matériels. Pour les vendre, la publicité transforme ces nouveautés en besoins.
Les foyers s’équipent alors d’automobiles, de télévisions ou d’électroménager. Cependant,
l’idée d’une consommation contribuant au bonheur sera vite contestée.

1 Le fonctionnement de la société de
consommation

Le sociologue et philosophe Baudrillard met en évidence le principe de fonctionnement actuel


de l’économie dans son ouvrage La Société de consommation écrit en 1970. En satisfaisant
sans cesse les besoins matériels, la société de consommation en génère automatiquement
d’autres et provoque ainsi l’aliénation de l’être humain. Son bonheur est « monté de toutes
pièces » par un capitalisme dont l’ambition est l’enrichissement de certains patrons et
industriels. Tout est fait pour préserver l’identification entre bonheur et possession matérielle.
➜ Plus je suis persuadé – notamment par les
publicités – que je manque de quelque
chose, plus je suis en souffrance et plus je
serai apte à acheter ce qui me « manque »
pour sortir de cette souffrance.

De nombreuses personnes ne parviennent plus à éprouver de plaisir, même lors de


réjouissances exceptionnelles. Peut-être sont-elles conscientes d’être aliénées à des désirs
imposés par d’autres. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il faut renoncer à désirer, mais il
faut se méfier de l’influence qu’a le monde extérieur sur ce que nous désirons.

2 Utilitarisme : une vision du bonheur


partagé

De manière générale, il faut différencier le bonheur comme état subjectif et personnel, du


bonheur pris au sens politique de « bonheur collectif » (ce dernier étant rattaché à une
conception morale de la maximisation du bonheur pour tous).
Ainsi l’utilitarisme est une notion d’utilité consistant à agir pour maximiser ce bonheur, ce
bien-être collectif, en une maximisation de l’utilité pris au sens de bonheur pour tous dans la
société.

➜ L’utilitarisme hédoniste consiste par


exemple à maximiser le plaisir pour tous.

L’un des principaux représentants de ce courant de pensée fut John Stuart Mill, philosophe

anglais du XIXe siècle. Même pour les utilitaristes les plus convaincus, cette maximisation de
l’utilité ne sera jamais vraiment atteinte. L’utopie est en ce sens un horizon mais jamais
réellement un but à atteindre. C’est en cherchant à s’approcher de la perfection qu’on est
heureux, non pas en l’atteignant.

2 Le bonheur c’est désirer


a Se sentir libre de choisir nos désirs

➜ Se laisser commander par des désirs


préfabriqués nous donne-t-il accès au
bonheur ?

The Truman Show, film de Peter Weir avec Jim Carrey, met en scène un homme qui semble
posséder tout ce dont on peut rêver : une femme adorable et des enfants géniaux. Il vit dans
une ville paradisiaque et exerce un travail passionnant. Or, cette vie rêvée l’ennuie
profondément. Il va alors tenter d’en repousser les limites et découvrir que ces limites existent
au sens propre puisque depuis sa naissance, il est en fait le héros d’une télé-réalité suivie par
des milliers de personnes. Son existence est entièrement fabriquée, calquée sur ce que la
majorité des gens voit comme étant le bonheur. Lorsque Truman découvre la supercherie, il
comprend alors que ses désirs lui ont été imposés et que c’est pour cela qu’il s’ennuyait et
n’était pas heureux. À la fin du film, il trouve une porte pour sortir du studio : le réalisateur
s’adresse alors à lui en voix-off et lui propose de rester vivre dans cette illusion de bonheur
pour ne pas avoir à subir les difficultés du monde extérieur. Mais Truman (en anglais
« l’homme vrai ») refuse : mieux vaut souffrir et se débattre dans une vie parfois pénible mais
être libre de découvrir la singularité des idéaux qui nous animent.
➜ Être heureux ne consiste donc pas à se
conformer à un idéal de bonheur tel que
l’entend la croyance commune mais à se
sentir libre de déployer notre propre désir.

b Ne rien désirer rend malheureux

Même si nous ne parvenons pas à satisfaire nos envies, désirer est primordial. La preuve en est
que l’absence de désir nous rend malheureux, quel que soit ce que nous possédons. Lorsque
nous sommes insatisfaits ou déprimés, on nous dit parfois « de quoi te plains-tu ? Tu as tout
pour être heureux. » Pourtant, nous ne le sommes pas : nous manquons d’appétit de vivre, d’un
bien-être authentique. Nous nous sentons apathique et sans aucune motivation.

Réflexion

Un cas de désespoir : Octave de Saville, personnage romantique de


Théophile Gautier

Octave de Saville, personnage romantique inventé par Théophile Gautier en 1857


dans Avatar, possède tout pour faire son bonheur : famille fortunée, amis sincères,
magnifique demeure. Il n’est pourtant pas heureux : il est saisi d’un étrange mal-
être, d’un spleen qui paralyse sa joie de vivre :

« Personne ne pouvait rien comprendre à la maladie qui minait lentement


Octave de Saville. […] Interrogé par les médecins, que le forçaient à consulter la
sollicitude de ses parents et de ses amis, il n’accusait aucune souffrance précise,
et la science ne découvrait en lui nul symptôme alarmant […] Comment se
faisait-il que jeune, beau, riche, avec tant de raisons d’être heureux, un jeune
homme se consumât si misérablement ? Vous allez dire qu’Octave était blasé,
que les romans à la mode du jour lui avaient gâté la cervelle de leurs idées
malsaines, qu’il ne croyait à rien, que de sa jeunesse et de sa fortune gaspillées
en folles orgies il ne lui restait que des dettes ; toutes ces suppositions manquent
de vérité. »
Théophile Gautier, Avatar, 1857
Cet exemple illustre l’idée que l’on peut être comblé par de nombreuses choses ou
personnes, mais ne pas se sentir heureux pour autant. Octave souffre d’ennui, plus
rien ne le divertit. De ce fait, il regarde sa vie telle qu’elle est : un vide profond. Il
semble avoir perdu ce qui l’anime, ce qui le rend vivant : il a perdu son désir. Octave
ne « veut » pas, consciemment, son malheur, il ne sombre pas intentionnellement
dans le désespoir, mais il n’arrive plus à désirer. Or, a priori, ne plus rien désirer
signifie que l’on est comblé et par conséquent heureux : mais Octave ne l’est pas.

➜ Le désir est donc le moteur essentiel pour


ressentir le bonheur s’offrant à nous.

Si au sens absolu du terme, le bonheur ne réside ni dans les possessions, ni dans les amis, ni
dans la famille, où se situe-t-il exactement ?

c Désirer ce que l’on fait

Le stoïcisme est un courant philosophique fondé par Zénon de Citium qui fonda l’école du
Portique en Grèce antique, selon lequel le bonheur s’obtient au travers d’une conception
particulière du désir :
• premièrement, il ne faut pas désirer ce
que l’on a car, à tout moment, on peut le
perdre. Il s’agit de se défaire de notre
attachement aux biens matériels, mais
aussi aux personnes ;

• deuxièmement, il ne faut pas désirer non


plus ce que l’on n’a pas, parce que rien
n’indique qu’on l’obtiendra un jour et
même si c’est le cas on pourra le perdre à
tout moment ;

• troisièmement, à vivre dans la perspective


d’un avenir meilleur on en oublie le
présent. Il faut plutôt désirer ce que l’on
fait. Cela signifie que le bonheur ne passe
pas par un attachement à des objets ou à
des personnes, mais à la seule chose que
nous maitrisons : nos actes.

Pour Schopenhauer, cette vision est cependant illusoire : selon lui le bonheur n’existe pas.

3 Le bonheur est un idéal

Dans sa chanson La robe et l’échelle, Francis Cabrel exprime ce qu’est le bonheur :

« Et voilà que, du sol où nous sommes,

Nous passons nos vies de mortels

À chercher ces portes qui donnent

Vers le ciel »

Le bonheur est donc un état impossible à atteindre. Les « portes qui donnent vers le ciel »
montrent qu’il s’agit en fait d’un idéal, d’un absolu que nous convoitons, mais à défaut de
l’atteindre, nous ne pouvons qu’imaginer à quoi il ressemble.
Réflexion

Schopenhauer : le bonheur est une perspective qui n’arrive jamais

Schopenhauer est un héritier de Kant. Sa vision très pessimiste a marqué ses


contemporains puisque selon lui le bonheur n’existe pas. En effet l’être humain
alterne sans cesse entre désir et ennui. En contre-pied de la vision stoïcienne, il
conçoit le désir comme une souffrance qu’on ne maitrise pas et qui reste jusqu’à ce
qu’on l’assouvisse. Une fois assouvit, on ressent un plaisir qui n’est rien d’autre
qu’une absence de peine, une libération. Selon Schopenhauer et à proprement
parler, le plaisir n’est rien. Par ailleurs, cette libération est de courte de durée
puisqu’un autre désir prendra la place du premier. Si ce n’est pas le cas, alors on
connaitra un autre sentiment qui ne lui est pas enviable : l’ennui. Sans désir
l’être humain s’ennuie et l’ennui est aussi une souffrance car il nous confronte à
notre peur de la mort.

➜ La souffrance est donc selon


Schopenhauer le propre de la vie humaine
et elle ne prendra fin qu’avec la mort.

Fort heureusement, avant lui, Kant avait une vision bien moins pessimiste du bonheur.

Réflexion

Kant : « le bonheur est un idéal de l’imagination »

« Le concept du bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’a


tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes
précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut. […] Le problème qui
consiste à déterminer d’une façon sûre et générale quelle action peut favoriser
le bonheur d’un être raisonnable est un problème tout à fait insoluble […] parce
que le bonheur est un idéal, non de la raison, mais de l’imagination. »
Kant, Fondements pour la métaphysique des mœurs, 1785
À retenir

Puisqu’il est un idéal impossible à atteindre, le bonheur n’existe pas réellement. Ce


n’est ni un état, ni un but : c’est une idée.

En tant qu’idée, le bonheur est imaginé différemment par chacun d’entre nous. Ainsi, certaines
personnes qui, à nos yeux, possèdent peu de choses peuvent pourtant assurer qu’elles sont
heureuses. Ces premières ont trouvé leur bonheur là où nous ne le trouverions pas forcément :
elles ont atteint leur idéal particulier.

➜ Plusieurs choses peuvent donc permettre


de construire un bonheur qui nous est
particulier.

Conclusion :

De nos jours, nous peinons à atteindre le bonheur et cela occasionne des frustrations. Souvent
le problème est que nous identifions le bonheur au plaisir. Or, plus que jamais, les plaisirs sont
faussés par notre modèle de société tourné vers la consommation. Pour la plupart d’entre
nous, chercher son bonheur là-dedans revient à faire fausse route. En effet, dès l’Antiquité, les
philosophes ont mis en évidence qu’accumuler les plaisirs éphémères ne suffit pas à être
heureux.

Malheureusement, la société de consommation n’offre rien de plus que des objets rapidement
démodés, usés et finalement jetés. Mieux vaut trouver notre bonheur dans des plaisirs
durables : l’amour, l’amitié, la famille, la construction d’un patrimoine ou l’étude d’un sujet qui
nous passionne. Là encore, la déception peut survenir car ces choses – censées faire notre
bonheur – ne conviendront pas à tous.

Ces exemples ne sont heureusement pas les seuls que nous pourrions trouver. Si nous peinons
tant à atteindre le bonheur, c’est peut-être parce qu’il n’existe pas. Il n’est rien de plus qu’une
construction de l’esprit humain. Kant l’a très bien dit « le bonheur est un idéal de
l’imagination. » C’est à la fois frustrant et réconfortant. En effet, si trouver le bonheur est
impossible, inventer notre idéal particulier, et tout faire pour l’atteindre, est en revanche tout à
fait possible.

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