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Cesaire

Ce résumé décrit un document analysant un poème d'Aimé Césaire décrivant un homme noir dans un tramway de manière négative. Le résumé explique que cette description négative vise en réalité à dénoncer la misère dans laquelle la société raciste force les Noirs à vivre, et les images racistes dont ils sont victimes. Il décrit ensuite l'ambiguïté du poète noir Césaire face à cette description, tiraillé entre complicité et révolte.

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Cesaire

Ce résumé décrit un document analysant un poème d'Aimé Césaire décrivant un homme noir dans un tramway de manière négative. Le résumé explique que cette description négative vise en réalité à dénoncer la misère dans laquelle la société raciste force les Noirs à vivre, et les images racistes dont ils sont victimes. Il décrit ensuite l'ambiguïté du poète noir Césaire face à cette description, tiraillé entre complicité et révolte.

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Le nègre dans le tramway

Aimé Césaire

I- Un portrait monstrueux

A- Animalité, disproportion et laideur :

Le poète est dans un tramway quand soudain il voit un « nègre » qu’il décrit. Cette description est
nettement marquée par un caractère péjoratif.
Césaire nous décrit un homme monstrueux :
-des comparaisons animales : l.5 : « c’était un nègre grand comme un pongo » ; « un gros
oreillard » a modelé ce visage à coups de griffes l.9.

-L’homme est caractérisé par la démesure, la disharmonie (signes de laideur) :


l.6 « des jambes gigantesques »; « son nez qui semblait une péninsule  en dérade », l.7 ; « le nez
percé de « deux tunnels parallèles et inquiétants »l.12 ; « la démesure de la lippe »l.12, « un
nègre dégingandé »l.14
Nous remarquons la fréquence des comparaisons « comme » « semblaient » les métaphores avec
les tunnels…Comme si une description non métaphorique, une description réaliste était
impossible face à cet homme qui ne ressemble à rien de connu…

-Le champ lexical de la laideur :


« cartouche hideux »l.10 ; « nègre comique et laid » deux fois.
« le front en bosse »l.11 ; et aussi « creusé l’orbite » ; « un nègre hideux »l.22
Il ressemble à un pantin désarticulé : « un nègre dégingandé sans rythme ni mesure »
« L’espace vide entre l’accrochement solide des mâchoires et les pommettes »l20

Mais si on se penche plus avant sur ce portrait péjoratif on s’aperçoit qu’un responsable de cette
laideur est désignée : la Misère

B- La Misère : ouvrier infatigable de cette laideur.

C’est la misère dans laquelle vit le nègre qui l’a rendu laid. On peut même imaginer qu’avant,
enfant, il est né beau : il lui reste toujours « la plus minuscule mignonne petite oreille de la
création » La seule chose que la Misère ait épargné.
La misère c’est les conditions de travail et de vie des nègres, c’est cette vie de labeur et de
soumission dans laquelle l’oppression des Blancs les place. Ainsi dénoncer la Misère c’est
dénoncer le racisme de la société.
l.8  « Et la Misère était le mégissier » : Ouvrier qui tanne les peaux.
Remarquons l’allégorie avec le M majuscule à Misère et la personnification de la misère avec la
comparaison avec le mégissier. La misère est acharnée « inlassable »l.8 ; « infatigable »l.10
Il n’est pas anodin que la Misère blanchisse le nègre, elle lui enlève même sa couleur de peau,
son identité propre. Il est blanchi par la Misère  « sa négritude même qui se décolorait »l.8.Il n’a
plus ni rythme ni mesure…
Pas anodin non plus que le travail de la misère soit comparé à celui d’un ouvrier, cela nous place
d’emblée dans un univers qui est celui des hommes exploités , ouvriers, travailleurs, comme
souvent les noirs à cette époque.
-champ lexical du travail ouvrier :
Le tramway : monde industriel et urbain
Ouvrier infatigable, Le mégissier, la mégie, le pouce industrieux, travaillant, modelé, percé,
allongé, raboté, poli, verni,creusé, poussière et chassie, tendu, planté les petits pieux…
Tout cela pour décrire le travail de la Misère sur le corps de ce noir , ce ravage.
La misère le laboure elle « s’était donné un mal fou pour l’achever » verbe qui s’emploie quand
on tue un animal…L.18
-champ lexical de la pauvreté : « crasseux »l.6 ( saleté) ; « affamé » l.7 ;« scabieux » l.9 
(maladie); « « puante » ; « entrebaillée »l.16 (souliers déchirés), « joue décatie », « vieille veste
élimée »l.24., « barbe de plusieurs jours ».
La misère apparaît ici comme un artiste « malveillant »l.11 a travaillé le nègre pour en faire un
« chef d’œuvre caricatural »l.12.
On reconnaît ici les caricatures faites des noirs par les blancs racistes, l’image monstrueuse qu’ils
leur renvoient d’eux-mêmes.

Ainsi dans ce portrait négatif ce n’est pas l’homme décrit mais la misère dans laquelle il vit qui
est visée. La misère dans laquelle la société raciste le force à vivre. Ce qui est visé c’est ce que
les blancs font des noirs, cette image raciste du noir. Cet homme est le résultat de siècles
d’esclavage et de colonisation.

II-Rapports ambigus du poète et du « nègre ».

A –Une position de témoin :

Le poète se démarque du « nègre » et se pose comme témoin, auteur de la description .


« c’était un nègre »l.5,l.14,16,23,24,25 répétition du mot « nègre » à connotation raciste qui
scande le texte.
Extériorisation de la négritude comme si l’auteur s’en démarquait.
Tous les mots péjoratifs »hideux », « sans pudeur », « laid »semblent mimer le regard que les
Blancs racistes portent sur les Noirs.
Le jugement central : « il était comique et laid » deux fois l 26 et 27 en lettres majuscules reprend
une expression du poème l’albatros de Baudelaire. Dans ce poème cela qualifiait l’albatros ,
métaphore du poète maudit, incompris et rejeté des hommes. Ici le nègre est comme l’albatros, un
exilé, un exclus, un sujet de moquerie.
Les femmes se moquent de lui : « et des femmes derrière moi ricanaient ln le regardant » l.25

B-complicité douloureuse du poète avec les femmes qui se moquent du nègre.

Ces femmes que l’on imagine blanches se moquent de la laideur du « nègre » et le poète arbore
« un grand sourire complice »l.28
Une façon pour lui de se ranger du coté des forts, des dominants et non pas de ceux qui sont la
risée des autres.
Pourtant Césaire est noir. Il renie ainsi une part de lui-même. Ce « nègre » caricatural est une part
de lui-même qu’il n’assume pas, qu’il déteste, un miroir insupportable.
De la même façon le texte est marqué par la culture française, la culture des colons, des
dominants et non celle des martiniquais et des noirs antillais. Pas de trace de Créole , langue qui
sera revendiquée par les descendants de Césaire : Confiant, Glissant ou Chamoiseau.
Des références culturelles classiques : Baudelaire avec l’Albatros, Rimbaud avec le « genou
ivre »l.37  qui rappelle le bateau ivre, Cyrano de Bergerac avec le nez en « péninsule »l.7.
Il y a un désir d’intégration chez le poète, le désir d’être accepté , reconnu par Les Français, les
Blancs, les dominants et un refus d’être classé comme un renégat , une caricature.

C-La colère :
Césaire se révolte enfin contre ses sentiments contradictoires, contre la honte qu’il éprouve et qui
le pousse à la complicité avec les femmes moqueuses.
Contre sa propre lâcheté. Mais aussi contre la soumission du « nègre » qui est une forme de
lâcheté, cet homme qui essayait de se faire « tout petit »l.5 ; « mains tremblantes »l.5, plein de
« lassitude »l.15 ; le dos « vouté » comme un signe de résignation, de soumission un nègre
« affalé »l.24 symbole de l’absence de combat « ses mains réunis en prière »l.24 comme s’il ne
restait plus que la supplique face à de telles injustices.
Face à lui , toute sa vie Césaire incarnera le combat : « Et moi, et moi ,/moi qui chantais le poing
dur »l.1 et 2. »Mon héroïsme »l.31.
Mais ici Césaire n’a pas la force de combattre face à une image de lui-même si soumise et
résignée. « mon sang minimisé »l.30
« il faut savoir jusqu’où je poussais la lâcheté »l.3
« Ma lâcheté retrouvée ! »29
Il se sent lâche et ne croit plus en « l'élan viril, le genou vainqueur, les plaines à grosses mottes de
l’avenir »La formule interrogative marque le doute. Le manque d’espoir.
Césaire s’en veut d’avoir été complice »Mon héroïsme, quelle farce ! »l.31. Il se sent comme sa
ville ,trainé dans la boue et le mépris : « Cette ville est à ma taille. Et mon âme est couchée.
Comme cette ville dans la crasse et dans la boue couchée »l.33. Répétition du verbe « couchée »
comme image de soumission, de résignation. Rapport d’inclusion et d’identification entre Césaire
et sa ville, et son peuple.
« Cette ville, ma face de boue ». Sa ville, son peuple soumis lui renvoie une image de lui
dégradée.
Le poète réclame une punition pour ne pas avoir su se dresser en défenseur de ce noir bafoué :
« Je réclame pour ma face la louange éclatante du crachat »l.35.Le crachat au visage comme
signe suprême du mépris qu’il mérite.
Césaire appelle à la révolte et à l’action mais la forme interrogative l.36 et la dernière phrase
« Tiens je préfère avouer que j’ai généreusement déliré, mon cœur dans ma cervelle ainsi qu’un
genou ivre »l.37. est un aveu de découragement. Aveu de délire. La lutte est trop lourde, un
combat trop difficile à mener. Face à trois siècles d’oppression « je salue les trois siècles qui
soutiennent mes droits civiques et mon sang minimisé »l.30

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