République Algérienne Démocratique et populaire
Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique
Université Yahia Farès – Médéa
Département des langues étrangères
Division de français
Phonétique corrective
et articulatoire
L2
Année universitaire
2020-2021
Cours 1 : distinction phonétique / phonologie
La phonétique et la phonologie
I. Phonétique et phonologie
La distinction phonétique / phonologie est issue de la tradition structurale
fonctionnaliste.
Phonétique Phonologie
Étude des sons de la parole Étude des sons à valeur
appelés phones linguistique, phonèmes en relation
avec un signifié. Les traits
phoniques sont appréhendés par
rapport à leur valeur distinctive
II. Les branches de la phonétique
Étape de la communication Branche de la phonétique
correspondante
Production Phonétique articulatoire
(étude des organes de la parole et
de la production des sons)
Transmission Phonétique acoustique
(étude des propriétés physiques des
sons)
Perception Phonétique auditive
(étude de l'appareil auditif et du
décodage des sons)
III. Les branches de la phonologie
Phonématique Prosodie
Étude linguistique des unités Étude de la valeur linguistique des
distinctives de la langue, les sons selon :
phonèmes que l'on peut :
- leur durée (cs),
- commuter sur un axe - leur intensité (dB),
paradigmatique : - et leur variation mélodique (Hz).
ex. /ru/ (rue) / /nu/ (nu)
à partir desquels les phénomènes
(Le phonème a une fonction
d'accentuation et d'intonation sont
distintive)
constitués.
- permuter sur un axe
syntagmatique :
ex. /sale/ (salé) / /lase/ (lacé)
(Le phonème a alors une fonction
démarcative)
IV. Organes de la parole
Organes Manifestations selon le mode et le
point d'articulation
Nez
Bouche Nasale
Orale
Lèvres
Dents Labiale
Alvéoles des dents Dentale
Palais Alvéolaire
Voile du palais Palatale
Luette Vélaire
Pointe de la langue Uvulaire
Dos de la langue Apicale
Pharynx Dorsale
Cordes vocales Pharyngale
Trachée artère - voisée / sonore (vibration des
cordes vocales)
- non voisée / sourde (pas de
vibration des cordes vocales)
Epiglotte
Oesophage
V. Les voyelles du français
Le timbre des voyelles dépend, entre autres, du nombre des résonateurs :
le résonateur buccal, le résonateur labial et le résonateur nasal.
V.1. Le lieu d'articulation des voyelles du français
V.1.1. Le quadrilatère vocalique
Il représente les traits articulatoires pour les voyelles du français.
En phonologie, on retiendra quatre critères phonétiques qui permettront
de produire des phonèmes que l'on distinguera selon quatre traits qui,
selon les combinaisons de phonèmes dans lesquels ils apparaîtront,
pourront former des paires minimales d'unités significatives.
Traits distinctifs des voyelles du Exemples de paires minimales
français
relis (+ écartée)/ relu (-écartée)
Labialité (écartée/arrondie)
brin ( + écartée) / brun (-écartée)
rue (+ antérieure)/ roue (-
Antériorité (antérieure/postérieure)
antérieure)
Aperture (fermée/ ouverte) vis (+ fermée)/ va (- fermée)
Nasalité (orale/ nasale) beau (-nasale) / bon (+nasale)
Notons que lorsqu'il s'agit d'aperture, la tradition générative préfère
parler de «+ ou - haut », plutôt que de « ouvert / fermé », car les
voyelles sont, par nature, réalisées sans aucune obstruction possible. Il n'y
a donc jamais de véritable fermeture.
V.1.2. Traits articulatoires des 16 voyelles du français
Cours : 2 (suite)
V.2. Les consonnes du français
Comme pour les voyelles, un certain nombre de critères phonétiques
permettent de distinguer phonologiquement les consonnes du français.
V.2.1. Le classement auditif des consonnes
Les consonnes non-voisées sont perçues comme sourdes et les consonnes
voisées comme sonores. Il y a par ailleurs d'autres critères qui permettent
de classer les consonnes selon la perception.
V.3. Les semi consonnes de français
Ces semi-consonnes parfois appelées semi-voyelles correspondant
articulatoirement aux voyelles [i], [y] et [u] sont plus fermées que ces
dernières.
V.4. La syllabe
Syllabe
Phonème ou combinaison de phonèmes dont le noyau est une voyelle
prononcée parfois entourée d'une ou plusieurs consonnes.
Ex.
/o/ (eau) =V
/ri/ (riz) = CV
IX La loi de la distribution complémentaire
(= loi de position)
En syllabe accentuée les archiphonèmes E, EU, O sont généralement
• ouverts si la syllabe est fermée : /sœl/ (seul)
• et ces archiphonèmes sont généralement fermés si la syllabe est
ouverte. /sø/ (ceux)
[Il nous faut remarquer qu'en ce qui concerne ces, on le trouve rarement
placé en position accentuée en français sauf dans un énoncé
métalinguistique comme : "ce" a pour pluriel "ces".
Il existe des exceptions de type graphique, phonétique ou phonologique à
cette loi de la distribution complémentaire.
Exceptions de type graphique E est généralement prononcé
ouvert avec les graphies
- et (ballet)
- ais, ait, aient, aix (chantait, paix)
- les voyelles O et EU sont
prononcées fermées lorsqu'il y a un
accent circonflexe "^" dans leur
graphie (pôle, jeûne)
- la voyelle O est généralement
prononcée fermée lorsqu'il se
transcrit par la graphie "au"
(mauve).
Exceptions de type phonétique O et EU sont généralement
prononcés fermés lorsque la
syllabe se termine par la consonne
prononcée [z] (heureuse, chose)
Exceptions de type phonologique ex. gré, vallée, veule (prononcés
fermés) s'opposent à grès, valet,
veulent prononcés ouverts.
terminaisons verbales :
ex. j'irai (futur= fermé)
/ j'irais (conditionnel=ouvert)
Cours : 3
VI. INTERDÉPENDANCE DE LA PHONÉTIQUE ET DE LA
PHONOLOGIE
La phonétique et la phonologie sont deux sciences interdépendantes. La
phonétique détermine la nature physiologique des sons. Ses unités sont
les voyelles, les consonnes et les semi-voyelles. La phonologie fait partie
de la phonétique et envisage les sons du point de vue de leur fonction
dans une langue. Ses unités sont les phonèmes
Il est sans importance que nous prononcions chèvre avec une voyelle
longue ou brève, si bien que les deux sons ne constituent pas deux
phonèmes, parce que le mot reste lui-même, en dépit des deux
prononciations différentes. En revanche, prononcer pas et bas avec une
consonne du même type (occlusives, orales, labiales), sauf que la
première est sourde et la seconde est sonore, change le mot: p et b
constituent donc deux phonèmes. Les fautes dans l’emploi de phonèmes
détruisent le sens; ce sont des fautes dites phonologiques. Ainsi on dit de
deux phonèmes qu’ils sont en opposition. Il y a donc opposition en
français entre p et b, t et d, etc., puisqu’il est possible de changer le sens
d’un mot en remplaçant l’un par l’autre (rit : lit, peau : beau, thé : dé, vie :
vue, etc.). Mais il n’y a pas opposition entre r antérieur et r postérieur, ou
entre l sonore et l sourd. Toutes les langues n’utilisent ni le même nombre
d’oppositions, ni les mêmes types d’oppositions.
Ainsi la recheche des unités se fait à partir d’un échantillon de la langue
d’observation, que l’on appelle un corpus transcrit phonétiquement.
Premièrement on dresse la liste des sons proches, comme, par exemple,
en français [e] et [], et l’on cherche à établir si la différence phonétique
qui les sépare a ou n’a pas de valeur fonctionnelle (syn. distinctive), c’est
à dire si elle est utilisée pour distinguer des mots de sens différents. Pour
s’en assurer, on a recours à une procédure fondamentale en grammaire, la
commutation. On peut tirer la conclusion dira alors que si deux sons,
apparentés phonétiquement, commutent (c.à. d peuvent être échangés),
dans un entourage identique, et que cela entraîne un changement de sens,
ils constituent deux phonèmes distincts. Par exemple, en français standard
le cas pour les deux sons cités et l’on peut ainsi opposer été [ete] et était
[eteouvert]. Été et était constituent ainsi ce que l’on appelle une paire
minimale, un couple de mots formellement identiques, sauf sur un point,
et différents sémantiquement. Donc [e] et [] constituent deux phonèmes,
que l’on note entre barres obliques /e/ et /e ouvert/.
Du point de vue phonétique, selon le mode et le point d’articulation, la
consonne l est caractérisée comme constrictive, orale, sonore et dentale.
Pourtant, le phonème n’a pas de sens en lui-même; sa valeur distinctive
ne lui vient qu’en sa qualité de composant d’un mot. Ainsi dans le mot, le
phonème apparaît sous forme de différentes variantes (un phonème dans
un milieu phonétique concret). Par exemple: dans le participe lui nous
avons la voyelle labiale u qui labialise la consonne dentale l parce que la
voyelle est en position tonique, c’est-à-dire position forte. Donc dans ce
mot nous avons une variante labialisée de la consonne l. Dans le mot
peuple – variante de l sous sa forme assourdie à cause de p sourd, etc. On
appelle variantes deux sons ou plus, qui ont des ressemblances
physiologiques et acoustiques qui fonctionnent dans des positions
phonétiques différentes, appartenant, en même temps, à un même
phonème. Il est à noter que deux variantes d’un même phonème ne
peuvent pas se substituer parce que toute variante est due à un entourage
phonétique déterminé. Ainsi elles assument le rôle distinctif.
Les exemples précédents ont notamment permis de montrer que la nature
articulatoire et acoustique d’une consonne peut être modifiée par la
voyelle qui précède ou qui suit. Par exemple, les différences que l’on
perçoit dans la production de k (occlusive, orale, sourde, vélaire) lorsque
l’on oppose les mots qui et coup (consonne vélaire : consonne palatale)
font de ces deux réalisations des variantes combinatoires (syn.
allophones) du même phonème k; elles sont appelées combinatoires car
elles dépendent de la mise en relation de k avec[ u] et[ i]
Il existe des variantes dites libres. Prenons le r; un francophone utilisera
en fonction de ses origines géographiques, du milieu socioculturel, soit un
r parisien (c’est la prononciation standard de cette consonne, dite
également r dorsal dans la mesure où elle est articulée avec le dos de la
langue), soit un r roulé où la pointe de la langue se soulève vers les
alvéoles supérieures et vibre, d’où aussi son nom de r alvéolaire (dans
quelques régions, la Bourgogne par exemple). Puisque la réalisation de
ces différents r n’est pas conditionnée par le contexte mais dépend de
l’histoire individuelle du locuteur, donc on parle de variantes libres.
La Phonétique et la Phonologie sont deux domaines de la Linguistique
s’intéressant à l’aspect sonore du langage. Ces deux disciplines se
complètent. Le phonéticien identifie et décrit expérimentalement les
caractéristiques des sons de parole au moyen de divers appareils. Le
phonologue construit un modèle permettant de comprendre le
fonctionnement des sons dans la langue.
Partons du concret vers l’abstrait et allons de la phonétique vers la
phonologie.
VI.1 La phonétique.
VI.1.1 Ses caractéristiques.
C’est une science interdisciplinaire par essence.
Elle emprunte à plusieurs disciplines : physiologie, acoustique, physique,
psychologie, médecine, sociologie, anthropologie, linguistique…
Elle irrigue plusieurs champs : psycho-acoustique de la parole, pathologie
du langage, didactique des langues, informatique, synthèse et
reconnaissance automatique de la parole, audiométrie…
La phonétique comprend trois grands domaines
• phonétique articulatoire : concerne la physiologie de la phonation
et les particularités articulatoires des sons de parole ;
• phonétique acoustique : traite de l’aspect physique des sons de
parole en analysant le signal de parole ;
• phonétique perceptive : s’applique à la perception des sons
paroliers.
Un aperçu de la méthode de travail et de la problématique.
La phonétique est l’étude scientifique des sons du langage. Elle se fixe
comme but de fournir une description très fine de tous les sons. Elle y
parvient grâce à divers instruments.
Prenons un exemple simple. Un phonéticien travaille sur la phrase papa
va tard à la gare. Il en analyse tous les « A ». Et prouve qu’ils sont tous
physiquement différents. Ce qui pose une série de questions
• pourquoi identifions-nous « A » alors qu’on a affaire à des sons
différents;
• sur quels critères faut-il classer « A » : quels traits retenir afin d’en
souligner sa spécificité ; parmi les différences relevées, lesquelles
sont secondaires et ne doivent pas être retenues ?
Allons plus loin, toujours avec « A »
En tant qu’algérienne, je prononce toujours « A » de la même façon. Et
ne fais aucune distinction entre les mots pattes et pâtes. Mais la situation
est différente dans certaines régions de France. Certains Français
distinguent pattes de pâtes ; mal de mâle ; ma de mât. L’environnement
phonique est le même mais on a affaire à des doublets sémantiques.
Face à ces problèmes, le phonologue va se demander quelles sont les
différences permettant, à elles seules, de distinguer entre deux mots.
Il relève une différence entre le « A » de pattes et celui de pâtes. Cette
distinction n’est pas due au contexte : le voisinage de « A » est le même
dans pattes et pâtes, ma et mât, etc. C’est la façon dont la voyelle est
articulée qui explique la différence. Le phonologue stipule alors
l’existence de deux unités linguistiques distinctes, les phonèmes /a/ et /ɑ/.
Il les note entre barres penchées. Il précise que la différence entre eux est
pertinente. Au contraire, les différences physiques relevées par le
phonéticien entre les [a] de la phrase analysée sont dues au contexte ;
elles ne sont pas pertinentes. Ces variantes sont notées entre crochets.
Cet exemple permet de préciser une différence essentielle entre
Phonétique et Phonologie:
• la phonétique étudie les sons dans toutes leurs dimensions et
variations. Elle accumule un maximum de détails. A la limite, il
n’est pas besoin de connaître la langue à laquelle appartient tel ou
tel son de parole;
• la phonologie aborde les sons en mettant en évidence en quoi ils se
distinguent les uns des autres afin de permettre la signification
entre unités de rang supérieur que nous appelons « mots ». C’est
une phonétique fonctionnelle qui travaille uniquement sur les sons
distinctifs de sens. Le phonologue établit le système des sons
distinctifs d’une langue.
Cours : 4
VI.2. Phonétique et phonologie
VI.2.1. La phonologie.
VI.2.1.1 Le critère de pertinence.
Il est fondamental. il permet de distinguer ce qui est essentiel, parce que
distinctif, dans chaque langue ou chaque usage. Et ce qui est accessoire,
c’est-à-dire déterminé par le contexte ou certaines circonstances.
La phonologie dégage tous les faits phoniques à partir du critère de
pertinence. Elle les hiérarchise selon leur fonction dans la langue. Ainsi,
le contingent ne s’impose jamais au détriment de l’essentiel. Par exemple,
• pour certains Français il y a 2 phonèmes /a/ antérieur et /ɑ/
postérieur là où le Toulousain ne connait que la réalisation
antérieure;
• l’articulation de [k] dépend de la voyelle suivante: son point
d’articulation est plus avancé dans kilo que dans courage. Ce qui
n’a aucune incidence en français où il y a un seul phonème /k/.
Mais joue en esquimau où le locuteur choisit l’un ou l’autre selon
ce qu’il veut dire; il y deux phonèmes;
• en français, on distingue très bien /t/ et /d/ dans douche et touche,
donc 2 phonèmes. Mais un seul phonème dans certaines
communautés linguistiques en Polynésie où les locuteurs
prononcent indifféremment [t] ou [d] selon le contexte ou l’humeur
(Ces deux exemples sont empruntés à A. Martinet La linguistique
synchronique Partis, PUF, 1974).
Décrire une langue, ce n’est pas dégager tous les traits physiques, mais
dégager la pertinence. Qui correspond à la réalité exprimée par les
habitudes linguistiques de telle ou telle communauté. La pertinence
permet de
• compter le nombre de phonèmes distincts dans la langue ou l’usage
considéré;
• compter le nombre de phonèmes successifs dont un mot est
composé. Ainsi, les locuteurs de langues comportant des
diphtongues ou des affriquées les traitent comme une seule unité
sonore là où les Français perçoivent deux sons successifs: comme
dans le mot anglais flight ou espagnol mucho;
• d’établir une hiérarchie des faits phoniques selon leur rôle dans le
système.
VI.3. Méthodes de travail en phonologie.
L’identification des unités phonologiques d’une langue.
Cet inventaire s’opère par l’épreuve de commutation. Le principe est
d’extraire un élément de la chaîne, de le substituer par un autre, sans
modifier le contexte. Ceci permet de chercher en quoi un élément est
différent de tous les autres pouvant figurer à sa place. La commutation
s’opère sur l’axe paradigmatique. Elle doit être distinguée de
la permutation qui s’effectue sur l’axe syntagmatique – et qui est à
l’origine des contrepèteries - .
Cours :5
VI.4. Le principe du test de commutation
C’est la commutation d’un son par un autre son qui provoque une
modification de sens. Prenons d’autres exemples : d’un point de vue
sonore, le changement de sens entre bureau et bourreau est dû à la
différence entre [y] et [u]; si je commute avec [a], je réalise barreau qui a
un autre sens. Si maintenant je remplace le [ʁ] de barreau avec [l]
j’obtiens ballot et bateau avec [t], etc. Ces sons ont une fonction
distinctive; ils sont à la base d’un changement de sens entre les unités
lexicales de la langue dans un même contexte phonétique.
Ce sont donc des phonèmes. Ils doivent être notés entre barres penchées.
Le but de l’épreuve de commutation est de parvenir à isoler des unités
distinctives (fonctionnelles, pertinentes) dans des positions bien
déterminées. Le phonologue parvient ainsi à dégager un nombre fini
d’unités fonctionnelles constituant l’inventaire des phonèmes d’une
langue.
Le phonème est une forme sonore constituée d’un faisceau de traits
distinctifs. Il a un signifiant et pas de signifié. Par commutation, il
contribue à produire un changement de sens pour des unités de rang
supérieur, les « mots ». Il a une fonction distinctive. C’est la plus petite
unité linguistique.
VI.5. La description phonologique des unités fonctionnelles.
Le principe est de dégager les caractéristiques constantes des phonèmes.
Quelles sont celles qui sont pertinentes, autrement dit qui permettent de
distinguer ce phonème de tous les autres phonèmes du système. Soit le
tableau ci-après qui définit le statut phonologique de 3 consonnes. Il se
fonde sur la combinaison de 4 propriétés articulatoires distinctives.
/k/ /t/ /d/
Oral Oral oral
Occlusif Occlusif occlusif
non voisé non voisé voisé
Vélaire Dental dental
VI.5.2.Le statut phonologique de 3 consonnes
On constate que
• le phonème /d/ partage deux traits avec les autres consonnes:
« oral » et « occlusif »; il s’en distingue par 2 traits: « voisé » et
« dental »;
• les phonèmes /k/ et /t/ ont 3 traits en commun: « oral »,
« occlusif », « non voisé »; ils ne se distinguent que par un trait: /k/
est vélaire, /t/ est « dental ».
/d/ et /t/ sont des paires minimales: ils ne s’opposent que par un seul
trait pertinent: le voisement. Par contre, /k/ et /d/ ne sont pas des paires
minimales: ils s’opposent par plusieurs traits simultanément. Donc, un
phonème dans une langue donnée
• comporte et réalise simultanément plusieurs caractéristiques
(articulatoires, perceptives, physiques);
• est identifié sur la base de ses traits distinctifs. Ils assurent la
distinction entre lui et les autres phonèmes de la langue;
• existe parce qu’il s’oppose par un trait au moins aux autres
phonèmes du système. Ce trait est appelé trait pertinent;
• existe aussi par la notion de réciprocité: il aide à définir le statut
phonologique des autres phonèmes; son propre statut est défini par
les autres unités fonctionnelles du système.
Deux phonèmes appartenant à deux langues différentes ne peuvent
jamais être semblables: chacun se définit par rapport à la langue à
laquelle il appartient.
Soit le statut de /s/ en français et en espagnol. En français, /s/ et /z/ sont
deux phonèmes distincts constituant une paire minimale. Ils ne
s’opposent que par le trait pertinent de « voisement ». En espagnol, les
sons [s] et [z] existent, mais
• [z] apparaît automatiquement devant consonne sonore: desde,
rasgo, mismo...
• [s] apparaît dans tous les autres cas: casa, mes… A l’initiale, on a
[ɛs] devant consonne: estación; et [s] devant voyelle: saber.
Les deux langues connaissent une différence phonétique identique entre
[s] et [z]. Elle est fonctionnelle en français. Elle n’est pas pertinente en
espagnol (les natifs ne s’entendent pas prononcer la sonore) où elle
constitue une variante. Un phonème n’a pas forcément une réalisation
unique. Il peut donner lieu à des variantes. Le phonologue poursuit son
travail de classement et de hiérarchisation des éléments phoniques en
distinguant les divers types de variantes.
Les divers types de variantes.
Cours: 6
VI.5.3. Les variantes libres.
Ces variantes sont dites libres car elles se situent en dehors du système
linguistique. Et rien dans le système ne permet de justifier leur apparition.
Elles sont une manifestation du principe, omniprésent à l’oral, de
la variation. Je l’ai abordé dans un autre article. Elles donnent des
indications sur le locuteur. Ce dernier ne choisit pas de les produire. Elles
sont dues à des raisons extralinguistiques et fournissent un certain nombre
d’indices:
variation dialectale origine géographique
variation sociolectale indications sur l'appartenance
socio-culturelle du sujet, son âge...
Facteurs de variation entraînant l'apparition de variantes libres
Un exemple très classique pour le français est de rappeler les différentes
façons de produire le phonème /ʁ/ décrit comme une dorso-vélaire
dévibrée. Il peut également être rendu par
• un [r] apico-alvéolaire dit « roulé »: l’apex (pointe de la langue)
vibre au niveau des alvéoles (un ou plusieurs battements);
• un [R] dorso-vélaire dit « grasseyé » ou encore « parisien »: le dos
de la langue vibre au niveau du velum, le palais mou;
• une variante [ᴚ] correspondant à une dorso-uvulaire vibrée au
niveau de la luette, uvula en latin.
Les phones [ʁ], [r], [R], [ᴚ] correspondent à un même phonème /ʁ/. Ils
sont en commutation, non en opposition. Leur variation est libre, elle
dépend exclusivement du sujet parlant. C’est toujours le même mot qui
est réalisé, quelle que soit la variante utilisée pour le prononcer.
VI.5.4 Les variantes combinatoires.
Ce sont des variations que le système permet de prévoir à coup sûr. Elles
sont dues à des raisons strictement linguistiques et se manifestent dans un
certain contexte d’apparition. Pour un phonème donné, une seule variante
est possible dans un contexte précis et toujours identique, une autre
variante se produit dans un autre contexte tout aussi précis et identique.
Ces variantes combinatoires se produisent en un point précis de la chaîne,
elles s’excluent mutuellement, ce sont les allophones d’un phonème.
Voici plusieurs exemples:
✔︎ selon les règles d’assimilation consonantique, quand 2 consonnes se
suivent, c’est la 2ème qui assimile la 1ère. Donc,
• sonore + sourde devient sourde: vodka se prononce
[votka], médecin [mɛtsɛ]̃ , obscur [opskyʁ];
• sourde + sonore devient sonore: examen se prononce
[ɛgzamɛ]̃ , adjudication [adʒydikasjɔ]̃
✔︎ la coarticulation explique pourquoi le point d’articulation de /k/ est
plus antérieur quand suivi de [i] ou [e] et davantage reculé avec [u] ou
[o].
✔︎ Cas des voyelles d’aperture moyenne. En français méridional on
applique strictement la règle voyelle ouverte en syllabe fermée vs voyelle
fermée en syllabe ouverte. Ce n’est pas le cas partout. Et le Parisien de se
gausser du Toulousain quand celui-ci prononce [ʁɔ:z] pour rose ou
[ɑ̃tʁəkɔt] pour entrecôte.
En résumé, un phonème se réalise concrètement par d’innombrables
variantes
• libres: elles sont individuelles et dépendent du locuteur;
• combinatoires: elles dépendent du contexte linguistique.
Les variantes ne sont pas fonctionnelles (pertinentes). Elles n’ont pas
d’impact sur le contenu du message. Le locuteur n’est d’ailleurs pas
conscient de sa façon de les prononcer.
VI.5.5. Neutralisation et archiphonème.
Prenons quelques exemples.
Comme déjà mentionné en supra, certains Français distinguent entre /a/ et
/ɑ/ d’où l’existence de doublets sémantiques dus à la façon de
prononcer patte et pâte, mal et mâle, etc. Le Toulousain ne connaît que le
/a/ et prononce mal et mâle indifféremment [mal]. L’opposition entre [a]
et [ɑ] n’a pas de valeur distinctive pour le Toulousain; on dit alors qu’elle
est neutralisée.
Certaines personnes établissent une différence dans la façon de
prononcer homme et heaume, pomme et paume, sol et saule, etc. Ils
distinguent les deux phonèmes /o/ et /ɔ/. Le Toulousain ne connaît que le
[ɔ] et prononce homme et heaume indifféremment [ɔm]. L’opposition
entre [o] et [ɔ] est neutralisée pour le Toulousain dans cette position.
Tous les Français prononcent [o] en syllabe finale ouverte: chapeau,
bateau, cageot… L’opposition [o] vs [ɔ] est neutralisée dans la position
considérée.
En russe, une consonne sonore se prononce comme son homologue
sourde en finale absolue. C’est ainsi que le [k] final de [rɔk] peut être
celui de rog « corne » ou de rok « destin ». Le contexte situationnel
permettant de trancher. Là encore, l’opposition [k] vs [g] est neutralisée
dans cette position.
On remarque que la neutralisation
• se produit dans des positions bien précises;
• se réalise entre deux phonèmes ayant les mêmes traits distinctifs,
sauf un. Dit autrement, les 2 phonèmes ne s’opposent que par un
seul trait;
• résulte de la suspension d’une opposition entre 2 phonèmes
possédant les mêmes caractéristiques.
VI.5.6. L’archiphonème
L’archiphonème est la base commune, les traits distinctifs communs
qu’ont les 2 phonèmes dans la position de neutralisation considérée. Il est
généralement noté par une majuscule [O], [A], [K].
PHONÉTIQUE PHONOLOGIE
but: décrire toutes leurs but: interpréter et rendre compte de
caractéristiques: acoustiques, l'utilisation des sons par l'humain
articulatoires, perceptives pour communiquer
prise en compte de toues les mise en relief des traits phoniques
différences phoniques à valeur distinctive (tri): critère de
pertinence
science des sons concrets science des sons immatériels
étude des sons de parole sans tenir étude des sons selon la fonction
forcément compte de leur (distinctive) qu'ils remplissent dans
appartenance à une langue une langue déterminée
étude du signifiant étude du signifiant en relation avec
le signifié en vue de
l'intercompréhension
étude physique des sons étude fonctionnelle des sons