Encyclopédie berbère
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G. Camps
Djedar
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Référence électronique
o
G. Camps, « Djedar », in 16 | Djalut – Dougga, Aix-en-Provence, Edisud (« Volumes », n 16) , 1995 [En ligne], mis
en ligne le 01 juin 2011, consulté le 16 janvier 2014. URL : http://encyclopedieberbere.revues.org/2177
Éditeur : Éditions Peeters
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Djedar 2
G. Camps
Djedar
Pagination de l'édition papier : p. 2409-2422
1 Djedar, ou mieux Djidar, désigne, en arabe, une construction, un mur. Pour les archéologues
du Maghreb, les Djedars sont des mausolées de la région de Frenda (wilaya de Tiaret, Algérie)
de plan carré et à couronnement pyramidal qui s’élèvent sur deux collines, le Djebel Lakhdar
au nord et le Djebel Araoui au sud. La première de ces nécropoles compte trois mausolées,
traditionnellement désignés, depuis R. de la Blanchère, par les lettres A, B et C. Les mausolées
du Djebel Araoui sont au nombre de dix : ce sont les Djedars D à M. Ces précisions ont été
rendues nécessaires à la suite des confusions introduites par S. Gsell qui, dans Les Monuments
antiques de l’Algérie, ne décrit que deux djedars du Djebel Lakhdar (qu’il appelle Dj. Hadjar)
les mausolées A et B et un seul du Djebel Laraoui, à Ternaten, le plus grand de tous, qu’il
désigne à tort sous la lettre C, alors qu’il s’agit du monument F de la nomenclature de R. de
la Blanchère.
2 Ces monuments attribués à l’Antiquité tardive n’ont guère retenu l’attention malgré leur aspect
grandiose. Seul, parmi les auteurs arabes, Ibn er-Rakik, un chroniqueur du Xe siècle, cité par Ibn
Khaldoun (Histoire des Berbères, 1, p. 234 et 11, p. 540), mentionne trois de ces monuments en
dos d’âne de la région de Tiaret qui, suivant une inscription lue au sultan fatimite El Mansour,
auraient été élevés par « Soleïman le Sederghos » pour commémorer une victoire remportée
sur des rebelles. Il est difficile de ne pas reconnaître sous ce nom et ce titre le Stratège Solomon,
lieutenant puis successeur de Bélisaire lors de la reconquête byzantine de l’Afrique. Mais il
est impossible d’attribuer les monuments du Djebel Lakhdar à cette époque (cf infra).
3 C’est à R. de La Blanchère que l’on doit les descriptions les plus complètes de ces monuments
découverts en 1842 par le Cdt Bernard ; après l’analyse de S. Gsell qui reprend les plans de Mac
Carthy et de La Blanchère, il faut attendre les importants travaux de F. Kadra en 1968-1969,
pour obtenir une documentation et une étude fondées sur des fouilles régulières. Celles-ci
portèrent sur les monuments du Djebel Lakhdar.
Les Djedars du Djebel Lakhdar
4 F. Kadra commença par dégager le Djedar A qui se révéla le plus important en raison des
éléments architecturaux constituant un ensemble cultuel du plus haut intérêt. Ce monument
domine la plaine de 100 m environ ; son soubassement, qui est un carré imparfait, mesure
selon les faces de 34,30 m à 34, 80 m de longueur. Les murs de façade sont constitués de
huit lits de pierre de taille soigneusement assisées ayant de 1 à 1,50 m de long. Ces façades
s’élèvent de 3,20 m à 3,85 m au-dessus du sol. Le couronnement pyramidal était constitué de
gradins de plaques calcaires qui cachaient un noyau de moellons liés par un mortier de chaux.
La hauteur totale atteignait 17 m.
5 F. Kadra mit au jour une enceinte limitant une vaste cour de plus de 50 m de côté qui avait
été en partie remblayée. Sur la face est, cette enceinte délimite un podium sur lequel s’élève
un petit monument cultuel possédant une étroite porte à glissière dans laquelle était mue une
roue de pierre qui a été conservée. Le long de la façade orientale du Djedar, en face de cet
édicule, était disposée une rangée de six auges de pierre, sans doute destinées à des libations ou
des offrandes. Comme dans le Médracen, l’entrée du monument était cachée dans les degrés
de la façade est. Un couloir conduisait à une galerie en U qui enserrait un noyau central sauf
à l’ouest. A chacun des angles de la galerie étaient aménagées deux chambres contiguës.
Les encastrements des linteaux et des pieds-droits rappellent davantage des montages de
menuiserie que des dispositifs architecturaux.
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Djedar 3
Le Djedar A (Djebel Lakhdar). Photo G. Camps
Djedar A ; vue de la galerie et du plafond surélevé, d’après F. Kadra
6 Contrairement à ce que pensait S. Gsell, la décoration du Djedar A est entièrement originale.
Il ne fut trouvé aucun bloc de remploi dans ce mausolée, contrairement à ceux de Ternaten
et c’est par erreur qu’il attribue à ce monument une inscription en remploi datée de 486. Les
linteaux sculptés des portes intérieures portent un décor géométrique bien connu dans les
basiliques et édifices chrétiens. Ce décor est à base de défoncements à section triangulaire, de
chevrons, de rosaces à six pétales, d’étoiles, autant de motifs qui évoquent, eux aussi, le travail
du bois et qui se retrouvent, incisés, sur les épi-taphes d’Altava et même de Volubilis. A ce
décor géométrique s’ajoute un décor figuratif en relief découvert par F. Kadra. A l’exception
d’une colombe qui orne le linteau de l’une des chambres intérieures, les figures animales
n’apparaissent que sur le revêtement du soubassement du djedar et sur la face extérieure de
la grande enceinte de l’area funéraire. Ces figures sont en relief plat ; ce sont des colombes
affrontées de part et d’autre d’un calice, un oiseau à longue queue (colombe* ou paon) devant
un bassin, deux chevaux rendus d’une manière très maladroite, un bovin, une antilope bubale,
un félin. Trois scènes où figurent des personnages retiennent particulièrement l’attention. C’est
en premier lieu un gisant nu représenté naïvement. La seconde, située sur la façade méridionale
de l’enceinte, représente une chasse à l’autruche menée par un cavalier figuré de face alors
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Djedar 4
que la monture et l’oiseau sont en profil absolu, un chien, qui précède deux chasseurs à pied,
complète la scène. Plus intéressante par son symbolisme, la dernière scène représente un
personnage vu de face entre deux figurations animales, à sa gauche un cheval qu’il tient par la
bride, à sa droite un félin dont il semble se protéger à l’aide d’un petit bouclier rond. Nettement
plus grand que les animaux, figuré de face dans une nudité héroïque, alors que le cheval et le
félin sont représentés de profil, l’homme apparaît comme un « maître des animaux ». Dans
ces trois scènes le personnage représenté ne peut être que le prince défunt pour qui fut élevé
le monument.
7 F. Kadra a montré que le Djedar A, malgré ses structures intérieures complexes, fut construit
autour d’un « noyau » lui aussi de plan carré. Le même programme de construction explique
la structure du Djedar C ; celui-ci présente également un système de galerie et de chambres
qui enserrent, sans l’entourer complètement, un noyau central carré. Le Djedar C a les mêmes
dimensions que le monument A, la longueur moyenne des façades est de 34,60 m ; la longueur
des blocs oscille entre 1 m et 1,40 m. Le soubassement possède le même nombre de lits mais ne
possède aucun décor. Le Djedar C est beaucoup plus bas que le monument A, le couronnement
est réduit à quelques degrés et le faible volume des déblais accumulés au pied du soubassement
indique que le couronnement pyramidal était, dès l’origine, de faible hauteur, reproduisant
plus fidèlement que les autres monuments le schéma habituel de la bazina* à degrés de plan
carré. F. Kadra pense plutôt que le djedar dépourvu de monument cultuel, demeura inachevé.
On ne partage pas cette opinion quand on remarque que ce monument reçut une dédicace qui
fut, comme celle du Djedar A, placée sur la face est, dans l’axe de la galerie d’accès. Cette
inscription est malheureusement illisible, mais il serait surprenant qu’un monument funéraire
inachevé ait néanmoins reçu l’épitaphe de la personne à qui il était destiné.
Djedar A ; assemblage du linteau et des pieds-droits de la chambre G, d’après F. Kadra
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Djedar A ; l’édifice cultuel, restitutions extérieure et intérieure, d’après F. Kadra
Djedar A ; scène de chasse à l’autruche sur le parement externe de l’enceinte. Photo F. Kadra
Djedar A ; cheval et rosace hexapétale. Photo F. Kadra
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Djedar A ; cheval, façade nord. Photo F. Kadra
Djedar A ; bœuf ou antilope. Photo F. Kadra
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Djedar A ; colombe. Photo F. Kadra
Djedar A ; décor géométrique. Photo F. Kadra
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Djedar A ; décor géométrique du linteau de la salle F. Photo F. Kadra
8 Le Djedar B est le plus petit du Dj. Lakhdar ; ses façades mesurent chacune 11,55 m et le
soubassement atteint, avec ses 6 assises, 2, 75 m de hauteur. Le couronnement pyramidal est
entièrement détruit. Comme sur les deux autres monuments, les degrés étaient constitués de
plaques calcaires soigneusement dressées. Le Djedar B ne possède pas le système complexe
de galeries et de chambres enserrant le noyau central, comme dans les deux autres djedars
du Dj. Lakhdar. A vrai dire, le monument est réduit à ce noyau central qui recouvrait une
fosse funéraire ; celle-ci fut fouillée par le Dr Roffo qui malheureusement ne publia jamais les
résultats de cette fouille. Les travaux de dégagement de F. Kadra ont permis de reconnaître
que la fosse dont les côtés étaient limités par des dalles plantées de chant, avait renfermé un
cercueil en bois.
Plan du Djedar B, d’après F. Kadra
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Djedar B, façade est et édifice cultuel. Photo F. Kadra
Djedar С. Photo G. Camps
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Djedar С ; détail du plafond de la galerie. Phot F.Kadra
Les Djedars du Djebel Araoui ou de Ternaten
9 La nécropole de Ternaten, au sommet du Djebel Araoui, compte une dizaine de monuments,
en grande partie ruinés, sauf le plus grand, le djedar F appelé localement Ternaten et aussi le
« keskes » en raison de sa forme en pain de sucre qui est celle du récipient en vannerie qui sert
à faire cuire à la vapeur la semoule du couscous. Son aspect arrondi est dû à l’érosion et aux
glissements qui affectèrent un couronnement pyramidal identique à celui des autres djedars.
Malheureusement, ce vaste monument ne fit l’objet que de descriptions à différentes époques
depuis le milieu du siècle dernier ; s’il fut sondé par des chercheurs de trésor, aucune fouille
archéologique n’y fut jamais entreprise.
10 Le Djedar F a, comme tous les djedars, un soubassement carré. Il mesure 46 m de côté (sauf
à l’Est où la façade n’a que 45,70 m de longueur) et 2,50 m de hauteur. Le couronnement
était constitué d’une masse de dalles et de moellons liés au mortier de chaux recouverts de
gradins de 0,20 m de haut ; on peut, selon F. Kadra, estimer à 16 m environ l’élévation
du couronnement terminé par un pyramidion et à 18, 50 m la hauteur totale du djedar. Ce
monument présente les aménagements intérieurs les plus complexes et les plus achevés. Deux
galeries concentriques, de plan carré, qui réunissent respectivement un chapelet de douze et
de six chambres, constituent un double déambulatoire qui permet de circuler autour de deux
chambres centrales dont la fonction sépulcrale ne fait pas de doute. Une galerie axiale qui
s’ouvre au milieu de la façade est du soubassement, au niveau du sol naturel, traverse d’est
en ouest le système du double déambulatoire, pour atteindre directement les deux chambres
funéraires au centre du mausolée. Ces chambres voûtées ont une hauteur de 4 m, les voûtes
en plein cintre prennent naissance à partir de 1,95 m, alors que les couloirs qui réunissent les
chambres du déambulatoire ne dépassent pas une hauteur de 1,25 m. A l’inverse de ce qui
a été observé au Djebal Lakhdar, les pierres de remploi sont très nombreuses dans le Djedar
F, inscriptions, voussoirs, encastrements de porte et blocs divers décorés de motifs chrétiens
permettent de fixer un terminus a quo (Cf. infra), mais une décoration originale de grand
intérêt, sous forme de fresque, subsiste dans les deux chambres centrales. R de La Blanchère
avait déjà décrit sommairement ces peintures qu’il comparait avec les œuvres les plus récentes
des catacombes romaines. F. Kadra a pu encore discerner parmi les débris de peinture, de
couleur bleu et rouge, un personnage vu de face dont la tête est nimbée ; il est revêtu d’une
tunique blanche et porte un manteau sur les épaules. La main droite tient une crosse. D’après
R. de La Blanchère on aurait encore distingué, peu avant son exploration, le cheval sur lequel
ce personnage était monté. Toujours selon ce même auteur une autre scène aurait représenté
deux personnages assis qui paraissaient converser, à l’arrière-plan apparaissaient les traces
d’un paysage.
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Djedar 11
Djedar F (Ternaten). Photo G. Camps
11 Les autres djedars de Ternaten présentent les mêmes caractères mais sont tous plus petits
que le monument F. Le Djedar D avait 16 m de côté, son couronnement pyramidal a été
en grande partie détruit par des pillards à la recherche de trésors ; des alignements de murs
sont décelables autour du monument. Le Djedar E, plus petit, possédait des aménagements
intérieurs comparables aux djedars A et C du Djebel Lakhdar. On y reconnaît le noyau central
enserré par une galerie. Le Djedar G mesure 25 mètres de côté et possède un monument cultuel
devant la face est. Les Djedars H et I sont, le premier, complètement arasé, le second, réduit
à l’état d’un tumulus dont l’amoncellement des matériaux cache toute structure, il en est de
même pour les monuments K, L et M. Le Djedar J est un peu mieux conservé bien que le
couronnement pyramidal ait en grande partie disparu ; dans le soubassement des structures
complexes, peu discernables, déterminent des cellules triangulaires. Ce djedar est, par ses
dimensions (les côtés mesurent en moyenne 30 m), le second de la nécropole du Djebel Araoui.
Le monument disposait d’une annexe cutuelle à l’est et d’une enceinte faite d’un mur à double
parement.
Djedar F ; détail de la galerie. Photo F. Kadra
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Djedar F ; détail de la galerie. Photo F. Kadra
Fonction des Djedars
12 Personne ne met en doute que les djedars soient des monuments funéraires, vraisemblablement
des mausolées d’une ou plusieurs familles princières de l’Antiquité tardive, contemporaines
de la domination vandale. La multiplicité des chambres intérieures dans les Djedars A (huit
chambres), D (5 chambres), F (16 chambres rectangulaires et 4 cellules carrées) et E (structure
intérieure semblable à A) a fait penser que ces monuments importants ne servait pas de
sépulture unique. F. Kadra défend l’hypothèse de sépultures collectives et pense que toutes
ou la plupart des chambres, au moins dans les Djedars A et C, avaient reçu des sépultures.
Elle en voit pour preuve les traces, dans plusieurs chambres, de banquettes en briques qui
auraient servi de lits funéraires. En admettant que ces banquettes aient effectivement eu cette
fonction, on peut trouver étrange que dans un monument aussi soigneusement construit, on
ait utilisé de simples briques, grossières, pour édifier sommairement ces banquettes élevées
au rang de lits funéraires. Quand on examine attentivement la structure interne des Djedars
A, C et E, on remarque que les galeries et chambres enserrent un noyau central de plan carré
qui fut indubitablement la partie primitive de la construction. Or, dans le Djedar B dont le
« noyau primitif » constitue la totalité du monument, la fosse sépulcrale creusée dans le sol
naturel est cachée par le tumulus ; on songe à une disposition analogue dans les Djedars A, C
et E dont la partie centrale, normalement consacrée à la sépulture, est précisément constituée
par ce noyau carré. Si comme il est suggéré ici, les sépultures des monuments A, C et E se
trouvaient dans ou sous le noyau central, à quoi servaient les chambres réparties autour de
ce noyau central ? On y voit volontiers l’aboutissement ultime des « chapelles » qui, sans
relation directe avec la sépulture, pénètrent dans la masse de certains tumulus ou bazinas*
(cf Djorf Torba*) et servaient au culte funéraire peut-être même de lieu d’incubation* ce qui
justifierait la présence de banquettes. Ces « chapelles » ont des plans et des formes diverses.
Celles digitées, munies de diverticules, des bazinas rectangulaires de Taouz, dans le Tafilalet,
semblent être les prototypes des galeries et chambres des djedars. Ces dispositifs cultuels
atteignent leur plein développement dans le Djedar F de Ternaten où le système de galeries
et de chambres constitue un double déambulatoire autour des deux chambres centrales qui
servirent certainement de sépultures. Il est cependant une disposition architecturale qui va à
l’encontre de la fonction cultuelle des structures internes, c’est l’existence d’un édicule à l’est
des Djedars A, B et J, dans lequel F. Kadra voit une chambre destinée précisément au rite de
l’incubation mais on peut tout aussi bien penser à un local destiné soit à l’exposition du mort
soit à des cérémonies liées au culte funéraire.
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Djedar 13
Chronologie des Djedars
13 Pour dater les djedars on disposait traditionnellement de plusieurs éléments : le style des
décorations, l’épigraphie et l’âge des pierres utilisées en remploi. Le comptage du C 14 est
venu, plus récemment, compléter ces données. L’examen des modes de construction montre
que les trois djedars du Djebel Lakhdar sont plus anciens que ceux du Djebel Araoui (du
moins le Djedar F qui est le mieux connu). Dans cette nécropole le remploi de matériaux, tirés
d’agglomérations romaines voisines sans doute déjà ruinées, est systématique, alors que cette
pratique est inconnue au Djebel Lakhdar.
14 Sur la façade du Djedar A était située dans l’axe de la galerie une dédicace, malheureusement
mutilée et d’interprétation désespérée. Le peu qui en subsiste laisse deviner le titre
d’EGREGIV(S) en ligne 2 et de DVC(I) en ligne 5 suivi, un peu plus loin, de la mention
PROVINCIA. Ces données éparses incitent à penser que ce monument avait été construit pour
un personnage qui, comme Nubel ou Firmus et ses frères, avait exercé, en plus de ses fonctions
tribales, des commandements romains importants. Les croix pattées gravées en relief à droite
de l’entrée du monument cultuel du Djédar B et sur la façade septentrionale du Djedar A
nous font penser que, comme les autres princes maures contemporains, les occupants de ces
monuments étaient de religion chrétienne. Une inscription, totalement illisible était gravée sur
la façade orientale du Djedar C, mais un fragment de bois conservé dans le mortier a été soumis
à l’analyse du C 14 et accuse un âge de 1630 ± 60 ans, soit 320 après J.-C. Un autre fragment
de bois, provenant du cercueil du Djedar B est vieux de 1450 ans (410 après J.-C).
15 C’est d’une période encore plus récente que datent le Djedar F et sans doute les autres
monuments mal connus du Djebel Araoui. Le personnage nimbé de l’une des chambres
funéraires, l’abondance des pierres de remploi portant des symboles chrétiens et surtout les
nombreuses inscriptions, municipales ou funéraires, réutilisées dans la construction de ce
monument permettent de proposer la première moitié du VIe siècle comme la période la plus
ancienne de la construction de ce monument. Les épitaphes datées, trouvées à l’intérieur de
ce djedar, s’échelonnent, en effet, de 433 à 490.
Parentés et origines des Djedars
16 Par leur structure, leur aspect général, les aménagements extérieurs, les djedars sont des
monuments paléoberbères dont les origines remontent à la Protohistoire. Ils se distinguent
cependant des grands mausolées royaux préromains de Numidie (Médracen*) et de Maurétanie
(Tombeau de la Chrétienne*) par leur élévation moindre et leur plan carré, disposition à peu
près inconnue dans le Tell alors qu’elle caractérise les monuments du Sahara occidental,
du Tafilalet et de la Hamada du Guir en particulier. Dans l’ensemble les djedars évoquent
des traditions plus sahariennes que telliennes. Leur situation même, à la limite du Tell et au
voisinage du limes romain incite à rechercher dans les régions méridionales l’origine de la
famille qui les fit édifier en restant fidèle, malgré sa conversion au christianisme, aux traditions
funéraires paléoberbères. En revanche, les nombreuses marques dites de tâcheron, et qui sont
celles des entreprises chargées du transport et de la construction, évoquent indubitablement
la province romaine et les régions septentrionales du Maghreb. F. Kadra a minutieusement
recensé ces noms gravés sur les blocs ; on y lit, en plusieurs exemplaires Ballenis, Acoraiu,
Ami, Cillia, Cilloa, Zarutum, Bannopus (ou Bannorus), Istilani. Plusieurs furent écrits de droite
à gauche, comme le punique et le libyque horizontal. On retrouve dans cette courte liste des
formes nettement africaines qui invitent à certains rapprochements ; ainsi Ballenis évoque à
la fois, Ballene Praesidium* (L’Hilil) et le nom d’un chef mazique de l’Ouarsenis : Bellen ;
Acoraiu évoque le Mons Anchorarius* que l’on identifie soit à l’Ouarsenis soit au Dahra.
Plus curieux, est le rapprochement que suggère la marque CILLA que l’on retrouve semble-
t-il sur un bloc (sous la forme ILLA) de l’oppidum de Sidi Medjahed, éperon formé par un
méandre de la Tafna, à 12 km au sud de Marnia, soit à quelque 160 km à l’ouest des djedars.
Ce rapprochement serait trop risqué si le nom bien lisible de TERNATEN, gravé à la pointe
sur le crépi du même oppidum, ne venait renforcer les liens entre les deux sites qui paraissent
contemporains à en juger par la paléographie, les éléments décoratifs chrétiens et le mode de
construction faisant largement appel au mortier de chaux. Les comparaisons entre les deux
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Djedar 14
sites sont telles qu’on peut se poser la question de savoir si le « petit fortin » carré de 7,50 m
de côté, reconnu par E. Janier sur une hauteur voisine de Sidi Medjahed, n’est pas, en fait, un
monument funéraire du type des djedars.
Djedar F ; chrisme et rosace en remploi à l’entrée de la galerie. Photo F. Kadra
e e
Les Djedars et les royaumes berbéro-romains des V et VI
siècles
17 Pour qui fut édifié cette imposante série de monuments funéraires ? Avant de répondre il
importe de signaler la durée de construction et la longue fréquentation des djedars. Comme il a
été dit ci-dessus, les éléments chronologiques au Djebel Lakhdar permettent d’attribuer au IVe
siècle et au début du Ve les monuments A et B, tandis que le grand djedar de Ternaten (Djebel
Araoui) leur est postérieur de plus d’un siècle. Les autres monuments, dont certains (Djedars
C et J) sont aussi imposants attestent de la durée de la dynastie ou du moins du clan qui, au
cours du dernier siècle de la domination romaine et pendant l’époque vandale, imposa son
autorité sur la région. Quelle était l’étendue de ce territoire que d’aucuns, depuis C. Courtois,
appellent le Royaume des Djedars, ou encore Royaume de Tiaret ?
18 Deux thèses s’affrontent : le point de vue fractionniste de C. Courtois qui tendait à multiplier les
« royaumes berbères » au cours du VIe et VIIe siècles ; c’est ainsi qu’en Maurétanie Césarienne,
le « Royaume d’Altava » documenté par la célèbre inscription du roi Masuna serait distinct du
« Royaume des Djedars », tandis qu’aux confins de la Numidie et de la Maurétanie se serait
constitué le Royaume du Hodna sous l’autorité de Vartaïa (Ortaïas chez Procope). Au nord, en
Petite Kablie, naissait la puissance des Ukutamani (futurs Ketama du Haut Moyen Age) dont
un roi laissa une importante dédicace proclamant sa foi chrétienne. Quant à laudas, maître de
l’Aurès, son intention était bien évidemment de contrôler toute la Numidie.
19 L’autre thèse, que nous soutenons, tend à montrer que le cadre provincial-romain subsista dans
cette « Afrique oubliée » et que les royaumes romano-berbères se constituèrent à partir du Ve
siècle en respectant plus ou moins les anciennes limites entre les provinces. On serait assez
porté à penser que les Djedars furent construits pour une ou deux dynasties (celle du Djebel
Lakhdar, la plus ancienne, et celle de Ternaten, au Djebel Araoui) qui, vraisemblablement
originaires du sud du limes régnèrent sur l’ensemble de l’ancienne Maurétanie césarienne et
peut-être même sur la partie orientale de la Maurétanie tingitane tant sont fortes, à l’époque, les
rapprochements culturels et politiques, voire les liens personnels entre les villes de Maurétanie
césarienne occidentale et la région de Volubilis. Il n’est pas possible d’affirmer que Masuna ait
été, après 508, l’un des constructeurs des djedars mais il semble bien avoir eu pour successeur,
direct ou indirect, le roi Mastinas (ou Mastigas) dont Procope dit qu’il contrôlait, vers 535-539,
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Djedar 15
la Maurétanie seconde ; de lui « dépendaient et étaient tributaires tous les secteurs de la région,
à l’exception de la cité de Césarée (où)... les Romains ne sont pas en mesure d’y aller par
voie de terre car dans cette région vivent les Maures » (La Guerre contre les Vandales, II,
XXX, 30. Traduction D. Roques). Trente années plus tard le roi des Maures (et des Romains
de Maurétanie) est un certain Garmul dont Jean de Biclar dit qu’il est un souverain très
puissant qui vainquit successivement le Préfet d’Afrique Théodore (569), le magister militum
Thevestinos et en 571, un autre magister militum, Amalis. Garmul est battu et tué en 579. C’est
à lui ou à l’un de ces successeurs que l’on peut attribuer le Djedar F qui paraît être le plus
ancien du Djebel Araoui, ce qui laisse entendre que la dynastie subsista jusqu’au VIIe siècle et
eut à subir le choc de la conquête arabe.
Bibliographie
PROCOPE, La Guerre contre les Vandales, trad. D Roques, Paris, les Belles Lettres, 1990.
Jean de BICLAR, in Chroni. Minor, édit. Mommsen, p. 213.
Ibn KHALDOUN, Histoire des Berbères, trad. de Slane, 2e édition, Paris, 1927, t. II, p. 540.
LONGPERRIER A de, « Les tumulus du Djebel el Akhdar dans la province d’Oran », Rev. archéol, t. I,
1845, p. 565-572.
Cdt BERNARD, « Les Djeddars de la haute Mina ». Rev. afr., T. I, 1856-1857, p. 50-52.
LA BLANCHÈRE R. de, « Voyage d’études en Maurétanie césarienne ». Archiv. des Missions, IIIe série,
t. 10, 1883, 78-80 et 418-427.
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Pour citer cet article
Référence électronique
G. Camps, « Djedar », in 16 | Djalut – Dougga, Aix-en-Provence, Edisud (« Volumes »,
no 16) , 1995 [En ligne], mis en ligne le 01 juin 2011, consulté le 16 janvier 2014. URL : http://
encyclopedieberbere.revues.org/2177
Référence papier
G. Camps, « Djedar », in 16 | Djalut – Dougga, Aix-en-Provence, Edisud (« Volumes », no 16),
1995, p. 2409-2422.
Encyclopédie berbère
Djedar 16
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Mots clés : Algérie, Antiquité, Gétules, Maure, Moyen Âge, Protohistoire
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