Sauvetage Judiciaire des Entreprises
Sauvetage Judiciaire des Entreprises
LE JUGE ET LE SAUVETAGE DE
L’ENTREPRISE EN DIFFICULTE EN DROIT
Thèse de Doctorat / septembre 2013
Membres du jury :
M. Alain GHOZI, Professeur à l'Université Panthéon-Assas (Paris II)
M. Jean-Jacques ANSAULT, Professeur à l'Université de Rouen
M. Philippe ROUSSEL GALLE, Professeur à l'Université René Descartes (Paris V)
BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
AVERTISSEMENT
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REMERCIEMENTS
Nos remerciements s’adressent enfin aux membres de famille, aux amis qui n’ont eu
cesse de nous encourager, ainsi qu’à tous les artisans de l’ombre dont les travaux de
saisie, de relecture et autres mises en forme ont permis à cette thèse de prendre corps.
Leur soutien multiforme n’aura pas été vain.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
RESUME
Descripteurs :
Accès au juge – actions – arrêt des poursuites – cessation des paiements – compétence du
juge – confidentialité – créanciers – débiteur – entreprise en difficulté – exécution
provisoire – formation – indépendance et impartialité du juge – intervention judiciaire –
prévention des difficultés– recours – sauvetage de l’entreprise – spécialisation de la justice
– suspension des poursuites – voies d’exécution.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
ABSTRACT
Keywords:
Access to the Courts - actions - stay of proceedings - cessation of payments - jurisdiction of
the Court - privacy policy - company - debtor - creditors in trouble - provisional
enforcement - training - independence and impartiality of the judge - judicial intervention -
prevention of difficulties - use - rescue of the undertaking - specialization of justice – stay
of proceedings - channel execution.
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PRINCIPALES ABREVIATIONS
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SOMMAIRE
AVERTISSEMENT ................................................................................................. 1
REMERCIEMENTS ................................................................................................ 2
RESUME ................................................................................................................. 3
ABSTRACT ............................................................................................................. 4
PRINCIPALES ABREVIATIONS ........................................................................... 5
SOMMAIRE ............................................................................................................ 8
INTRODUCTION GENERALE ............................................................................. 10
PREMIERE PARTIE : LA MESURE DU ROLE DU JUGE DANS LE
SAUVETAGE DE L’ENTREPRISE EN DIFFICULTE ........................................ 29
TITRE 1 : UNE DIVERSITE DE DEGRES D’INTERVENTION ......................... 32
CHAPITRE 1 : LES DEGRES DE L’INTERVENTION DU JUGE A TITRE
PREVENTIF ......................................................................................................... 34
SECTION 1 : UNE INTERVENTION INTENSE DANS LE REGLEMENT PREVENTIF
AFRICAIN ...................................................................................................................... 36
SECTION 2 : UNE INTERVENTION GLOBALEMENT ALLEGEE DANS LE DROIT
FRANÇAIS DE LA PREVENTION .................................................................................. 63
CONCLUSION DU CHAPITRE 1 DU TITRE 1 .................................................................. 112
CHAPITRE 2 : LES DEGRES DE L’INTERVENTION DU JUGE A TITRE
CURATIF ............................................................................................................ 113
SECTION 1 : LA DETENTION DU POUVOIR DE DECIDER DU SORT DE
L’ENTREPRISE ............................................................................................................ 115
SECTION 2 : L’ENCADREMENT LEGAL DU CHOIX DU JUGE QUANT AUX
MODALITES DU DEVENIR DE L’ENTREPRISE ......................................................... 142
CONCLUSION DU CHAPITRE 2 DU TITRE 1 .............................................................. 158
CONCLUSION DU TITRE 1 .............................................................................................. 159
TITRE 2: UNE COMMUNAUTE DE MOYENS D’ACTION PROCESSUELS .... 161
CHAPITRE 1: LA MAITRISE DE L’INSTANCE PAR LE JUGE ....................... 163
SECTION 1: LA COMMUNE DEROGATION AU DROIT COMMUN PROCESSUEL .... 163
SECTION 2: LE REAMENAGEMENT DES PRINCIPES DIRECTEURS DU PROCES ... 185
CONCLUSION DU CHAPITRE 1 DU TITRE 2 .............................................................. 199
CHAPITRE 2 : L’EXECUTION IMMEDIATE DES DECISIONS ...................... 200
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INTRODUCTION GENERALE
2. Le Code de commerce de 1807 n’a pas rompu avec ces principes dans la
mesure où, il s’est caractérisé par une grande sévérité à l’égard des commerçants
faillis, en réaction sans doute aux abus antérieurs résultant notamment des scandales
retentissants provoqués par la faillite de certains fournisseurs des armées et dont
s’était ému Napoléon.
1 Le terme « faillite » est encore utilisé dans le langage courant. Mais, juridiquement, il ne désigne plus aujourd’hui, sous l’expression
« faillite personnelle » qu’une sanction professionnelle susceptible de frapper le dirigeant d’entreprise coupable d’agissements
déterminés.
2 [Link] et R. BONHOMME, Entreprises en difficulté-Instruments de crédit et de paiement L-G.D.J, 8 e éd, n°2, p.2.
3 Du latin « fallere », c'est-à-dire tromper.
4 [Link] et [Link], ouvrage précité, n° 2, p.2. Dans l’ancien droit français, l’infamie, la mise au pilori, et l’exc lusion du
monde des marchands auquel le failli appartenait symbolisées par la rupture de son comptoir, de son banc (d’où l’expression « banca
rotta » qui donnera banqueroute) le frappent.
5 Stricto sensu, une procédure collective est une procédure patrimoniale universelle qui appréhende tous les actifs du débiteur et
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5. Des critiques adressées aux textes sus énoncés, est née une idée nouvelle : la
procédure ne saurait dépendre du seul jugement moral sur le débiteur, et doit prendre
en compte le sort de l’entreprise elle-même, ainsi que celui de ses composantes. Il
n’est dès lors pas exagéré de soutenir que l’idée fondatrice du droit français des
entreprises en difficulté doit être trouvée dans la thèse de la séparation de l’homme et
de l’entreprise9. Ainsi qu’il a été fort opportunément relevé, dans le but d’adapter « le
droit des faillites aux besoins économiques contemporains, il convient que le débiteur
ne puisse plus dissimuler l’entreprise et que la nécessaire protection du crédit et des
créanciers ne puisse plus écarter celle des autres intéressés et celle de l’intérêt
général »10.
6 M. JEANTIN et P. LE CANNU, Droit commercial-Instruments de paiement et de crédit –Entreprises en difficulté, Dalloz , 5 e éd., n°539,
p. 349.
7 DERRIDA, « La réforme du règlement judiciaire et de la faillite », Defrénois, 1969, n°3, p.18.
8 M. JEANTIN et P. LE CANNU, [Link]., n°539, p.350.
9 En ce sens, [Link] et P. LE CANNU, [Link]., n°540, P.350.
10 J. PAILLUSSEAU, «Du Droit des faillites au droit des entreprises en difficulté », Etudes HOUIN, Dalloz-Sirey, 1985.
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11 R. HOUIN, « Permanence de l’entreprise au travers de la faillite », « Liber amircorium », Baron [Link]édéricq, 1965, [Link], p.609 ; v.
également, BRUNET, « De la distinction de l’homme et de l’entreprise », Etudes Roblot, 1984, p.471.
12 Il s’agit en l’occurrence de la loi n°67-563 du 13 juillet 1967 sur le règlement judiciaire, la liquidation des biens, la faillite personnelle et
les banqueroutes et de l’ordonnance n°67-820 du 23 septembre 1967 tendant à faciliter le redressement économique de certaines
entreprises.
13 F. PEROCHON et [Link], op. cit., n°6, p.4.
14 F. PEROCHON et [Link], op. cit.,n° 6, p.5
15 Bien que constituant l’un des piliers de la loi de 1967, la séparation de l’homme et de l’entreprise n’avait pas été totaleme nt consacrée
par ladite loi. En effet, des interférences subsistaient entre le sort économique de l’entreprise et la situation des dirigeants, ce qui
expliquait d’ailleurs la subsistance de nombreuses sanctions tant civiles que pénales pouvant être prononcées contre les diri geants. Au
surplus, si l’on pouvait admettre que la loi de 1967 avait réellement consacré le principe de la séparation de l’homme et de l’ entreprise
lorsque celle –ci était organisée sous une forme sociale, il en allait autrement lorsque l’entreprise demeurait la propr iété personnelle du
débiteur.
16 Il s’agit d’abord de la loi n°84-148 du 1 er mars 1984 relative à la prévention et au règlement amiable des difficultés des entreprises qui
tend à favoriser la détection précoce des difficultés et leur résolution amiable. Il s’agit ensuite de la loi n° 85-98 du 25 janvier 1985
relative au redressement et à la liquidation judiciaires des entreprises qui substitue aux deux procédures collectives antéri eures, une
procédure unique de redressement judiciaire « destinée à permettre » la sauvegarde de l’entreprise, la maintien de l’activité et de
l’emploi et l’apurement du passif.
17 Il s’agit d’une part de la loin°2005-845 de sauvegarde des entreprises du 26 juillet 2005, complétée par le décret n°2005 -1677 du 28
décembre 2005, textes entrés en vigueur le 1 er janvier 2006, en général pour les nouvelles procédures seulement. Il s’agit d’autre part de
l’ordonnance n° 2008-1345 du 18 décembre 2008 portant réforme du droit des entreprises en difficulté, modifiée par l’ordonnance n°
2009-112 du 30 janvier 2009 portant diverses mesures relatives à la fiducie et du décret n°2009 -160 du 12 février 2009 pris pour
l’application de l’ordonnance n°2008-1345 du 18 décembre 2008 portant réforme du droit des entreprises en difficulté et modifiant les
procédures de saisie-immobilière et de distribution du prix d’un immeuble.
18 Le vocabulaire juridique Cornu définit l’entreprise comme un «ensemble de moyens humains et matériels concourant, sous une
direction économique, à la réalisation d’un objectif é conomique ». Pour M. PAILLUSSEAU, il s’agit d’un « organisme se proposant
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essentiellement de produire pour les marchés certains biens ou services, financièrement indépendant de tout autre organisme » (cf.
PAILLUSSEAU, D-2003.260 et 322, spéc. n°66 s.)
19 [Link] et [Link], [Link], n°1, p.1.
20 Idem.
21 Pour les besoins de la présente étude, les termes « droit des entreprises en difficulté » et « droit des procédures collectives » seront
indifféremment employés.
22 V. à cet effet, SAYAG et SERBAT, « L’application du droit de la faillite, éléments pour un bilan », Etudes du CREDA, Litec 1992.
23 Il est malheureusement regrettable de constater que, de manière générale, dans les Etats Parties au Traité OHADA, il n’existe pas de
statistiques précises en matière de défaillances d’entreprises. En France, il ressort des statistiques établies par L’INSEE que le nombre
de défaillance d’entreprises est passé de 8000 en 1966 à 47000 en 1998, [Link], Droit des affaires, t.2, entreprises en d ifficultés-
redressement judiciaire-faillite, Economica, 7 e éd., n°1003, p.2. De même, il ressort des chiffres fournis par l’AGS et le Ministère de la
Justice la situation suivante à partir de l’année 2000 en termes de procédures collectives ouvertes : environ 43700 en 2000, environ
43100 en 2001, environ 43800 en 2002, environ 44700 en 2003, environ 48650 en 2004,51.149 en 2005 (Ministère de la Justice),
environ 47300 en 2006, environ, 50.200 en 2007, environ 55700 en 2008, cf. [Link] et [Link], [Link], n°20, pp.12 et s.
24 Cf. P.-G POUGOUE, Compte rendu du colloque de l’IDEF sur le droit des entreprises en difficulté, Libreville (Gabon) 6/13 mai 1990,
cité par [Link] KANTE in, Les techniques de sauvetage des entreprises en difficulté en droit camerounais, thèse Docto rat 3 e cycle
en Droit privé, Université de Yaoundé II-Soa (Cameroun), 1999, p 15.
25 F. ANOUKAHA, « L’émergence d’un nouveau droit des procédures collectives d’apurement du passif dans les Etats africains membres
de l’OHADA », Afrique juridique et politique, la Revue du CERDIP, n°1, vol.1, janvier –juin 2002, p.85, n°53.
26 [Link], ouvrage précité, n°1004.
27 Tel fut notamment en France le cas de BOUSSAC et de MANUFRANCE et, surtout, en 1984 de CREUSET -LOIRE, et en 1986 des
CHANTIERS NORMED. Comme le relève à juste titre le professeur Yves Guyon (op. cit. n°1004), la disparition de telles entreprises
produit des conséquences beaucoup plus ravageant que la liquidation d’un petit banquier. A titre d’illustration, la société C REUSET-
LOIRE assurait directement 30.000 emplois et beaucoup plus si l’on tenait compte de ses sous traitants. Par ailleurs, entre 6 et 8
milliards de fonds publics où ont été engloutis en vain dans les tentatives de redressement (cf. Le Monde, 14 décembre 1984) .
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10. Si, en France, l’émergence d’un droit des entreprises en difficulté sur les
ruines du droit des faillites s’est faite par strates successives, l’évolution se présente
de manière différente dans les pays africains relevant de l’espace OHADA 29. En effet,
pendant que s’opérait en France une véritable « mutation »30 du droit de la faillite,
bon nombre de pays africains appartenant aujourd’hui à cet espace, restaient
embastillés par la législation résultant du livre III du Code de commerce français de
1807 tel qu’il avait été rendu applicable en Afrique 31 par la loi française du 04 mars
188932 et les décrets-lois du 08 août et 30 octobre 1935 33. La particularité de ces
différents textes résidait naturellement dans le fait qu’ils comportaient les défauts
imputables au droit des faillites en France avant l’avènement des réformes de 1967 en
ce que qu’ils ne prenaient pas en compte les besoins économiques contemporains et
brillaient par leur caractère répressif tout en ignorant le principe de la séparation de
du décret n°55-583 du 20 mai 1955, n’ont pas été rendues applicables en Afrique. A ce propos, v. [Link], Le nouveau droit commercial
des pays de la zone OHADA, comparaisons avec le droit français L.G.D.J, 2003, n°12, p.11.
30 L’expression est de P.-G POUGOUE et Y KALIEU, in L’organisation des procédures collectives d’apurement du passif OHADA,
du décret n°55-583 du 20 mai 1955, n’ont pas été rendu applicable en Afrique, cf. [Link], le nouveau droit commerc ial des pays de la
zone OHADA, comparaisons avec le droit français L.G.D.J, 2003, n°12, p.11.
32 Rendue applicable outre-mer par un décret du 09 juillet 1890.
33 Sur cette question, v. notamment les différents auteurs suivants :
F.M SAWADOGO, Présentation générale de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement
du passif, in : Traité et Actes uniformes commentés, 3 e éd., Juriscope, 2008, p.877.
[Link] et E. SCHAEFFER (sous la direction de), Droit des entreprises en difficulté, Acte du congrès de l’Institut
International des droits d’expression et d’inspiration française, (IDEF) tenu au Gabon Bruylant, Bruxelles 1991. Cet
ouvrage traite du droit des Etats Africains suivants : Benin, Cameroun, Congo, Gabon, Madagascar, Mali, République
Centrafricaine et Sénégal.
C. KOUASSI, Traité des faillites et liquidations en Coté d’Ivoire, Etudes juridiques et formulaires, éd. SOGOGEC,
collection espace entreprise, 1987.
D. ABAR-CHI, Pour une adaptation du droit nigérien des procédures collectives à l’évolution socio-économique, thèse de
Doctorat en droit, Université d’Orléans, 1990.
A. AGGREY, Guide de la faillite, Juris–Edition juridiques de Côte –d’ivoire, 1989 (plusieurs fascicules).
[Link], « Réflexions sur quelques aspects de droit de la faillite au Togo », Penant, n°812, mai-septembre 1993,
p.189 à 230.
F.M. SAWADOGO, « L’application judiciaire du droit des procédures collectives en Afrique francophone, à partir de
l’exemple du Burkina Faso », Revue burkinabé de Droit, n°26- juillet 1994, p.191 à 248.
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11. La crise économique qui s’est amorcée dans de nombreux pays africains dès
les années 1980 35 a incité certains de ces pays à entreprendre des réformes en faveur
des législations beaucoup plus modernes. Ces Etats peuvent être classés en trois
catégories36. Il y a d’abord les Etats ayant élaboré des avant-projets de textes 37. Il y a
ensuite les Etats ayant procédé à des réformes partielles 38. Il y a enfin les Etats ayant
procédé à une réforme complète 39. Il reste que les réformes ainsi entreprises, pour
louables qu’elles fussent, ne pouvaient que conduire à l’émergence ça et là, de
procédures collectives spécifiques à chaque pays concerné inspirées plus ou moins du
modèle français et dont la diversité s’avérait être une source d’insécurité juridique 40.
12. C’est dans ce contexte qu’a été adopté le 10 avril 1998 à Libreville, capitale du
Gabon, l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement
du passif entré en vigueur le 1 er janvier 1998 41. Cet Acte uniforme est donc arrivé fort
opportunément « pour assurer enfin la cohérence entre les législations des différents
pays de l’OHADA relativement à cette matière »42, une réglementation datant de
l’époque coloniale et généralement perçue comme vieille et inadaptée 43.
34 J.M NYAMA, Stratégie et perspectives du droit de la faillite au Cameroun, thèse, Paris 1980.
35 Crise du système bancaire, remise en cause de certains modèles de développement basé sur l’interventionnisme de l’Etat, etc.
36 Sur cette question, v. J.R GOMEZ, OHADA, Entreprises en difficulté, Lecture de l’Acte uniforme de l’OHADA portant organisation des
procédures collectives d’apurement du passif à la lumière du droit français, BAJAG -MERI, n°s 6 et s., p.21.
37 Dans cette catégorie, il faut classer le Cameroun (qui avait élaboré un avant-projet de loi de 213 articles, lequel s’inspirait dès lois
françaises du 1 er mars 1984 relative à la prévention et au règlement amiable des difficultés de entreprises et du 25 janvier 1985 relative
au redressement judiciaire) et le Benin (dont l’avant projet de loi comportait 226 article et avait été conçu dans le même esprit q ue celui
du Cameroun.
38 Sont concernés ici le Gabon (lois gabonaises n°7 et 8-86 du 04 août 1986) qui, dans le même esprit que le Bénin et le Cameroun,
s’étaient inspirés des réformes françaises issues des lois du 1 er mars 1984 et de celle du 25 janvier 1985. La différence entre les
législations de ces pays est que le Gabon et le Guinée avaient adopté des textes définitifs tandis que les textes du Cameroun et du
Benin n’étaient que des avant –projets ([Link]-SAYEGH, « Présentation Générale de l’Acte uniforme…, in Penant, numéro spécial
OHADA, p.217.
39 Dans cette catégorie figurent le Mali (cf. Articles 173 à 315 du Code de commerce du Mali abrégé) et le Sénégal (cf. articles 927 à
1077 du Code des obligations civiles et commerciales abrogé). Ces deux pays avaient adopté littéralement la loi française du 13 juillet
1967 qui distinguait trois procédures : le règlement judiciaire, la liquidation des biens et la faillite.
40 J.M NYAMA, Eléments de Droit des Affaires Cameroun-OHADA, Presses de l’UCAC, éd.2000, V. Introduction.
41J.O OHADA, n° 7 du 1 er juillet 1998, p. 1 et s.
42 P.- G POUGOUE et [Link], ouvrage précité, n°5, p.5.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
44 [Link]-SAYEGH, « L’intégration juridique des Etats africains de la Zone Franc », Penant, 1997, n°823, p-5 et n°824, p.125.
45 Au lendemain des indépendances, les Etats africains suivants constituaient la Zone Franc : Bénin (ex-Dahomey), Burkina Faso (Ex
Haute-Volta), Cameroun, Centrafrique, Comores, Congo, Côté d’Ivoire, Gabon, Guinée, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal,
Tchad, Togo. Le Mali l’a réintégrée après l’avoir quittée pendant plusieurs années ; Madagascar et la Mauritanie l’ont quitté
définitivement ; La Guinée Equatoriale et la Guinée Bissau l’ont rejointe.
46 En ce sens, v. [Link], ouvrage précité, n°4, p.5. Dans le même sens, [Link], « La supranationalité dans l’Organisation pour
l’harmonisation du droit des affaires en Afrique », Revue burkinabé de droit, 2000, n°37, p.9 et S. L’unification juridique.
47 L’unification judiciaire repose sur la Cour commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA) installée à Abidjan. Sur les attribution s de cette
commun aux Etats Parties au Traité OHADA, à savoir le Conseil des Ministres. De ce fait, les législ ateurs nationaux se trouvent
dessaisis d’une partie de leurs attributions.
49 J. ISSA-SAYEGH « L’OHADA, instrument d’intégration juridique des pays africains de la Zone Franc », Penant, 1997, n° 823, p.5-31 et
n° 824, p.125 et s.
50 Les avantages d’une loi uniforme sont indéniables. D’abord l’unité du droit des affaires a pour conséquence première d’éliminer ou
d’atténuer les distorsions juridiques susceptibles d’être à l’origine des déséquilibres économiques importants d’un pays à l’ autre selon
que les règles juridiques sont rigides ou libérales. Ensuite, le droit uniforme émanant d’une structure communautaire présente l’avantage
de sécurité en ce que, une fois connue une législation donnée, celle des autres pays appartenant à la Zone Franc est d’office connue.
Enfin, l’unité des règles de droit élimine ipso facto les conflits de lois.
51 Il ya là incontestablement une règle de supranationalité issue de l’article 10 du Traité (Telle est d’ailleurs la position de l’Avis
n°001/2001/EP du 30 avril 2001 donné par la CCJA, RDAI/IBLJ, n°6, 2001, p.756). Cette application directe des Actes uniformes dans
l’ordre juridique interne des Etats Parties, est l’une des originalités de l’OHADA par rapport aux autres initiatives d’intég ration juridique.
En ce qui concerne par exemple l’harmonisation européenne, la directive ne s’applique pas directement dans le Etats. Il faut pour ce
faire, un acte de transposition émanant du législateur national. Il en de même pour ce qui est des conventions d’uniformisati on. A titre
d’illustration, les dispositions de la Convention de Genève de 1931 portant loi uniforme sur le chèque ont été introduites en droit f rançais
par un décret-loi du 30 octobre 1935.
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économique52 ». C’est fort de cette idée que l’on a pu parler, à propos de l’OHADA
précisément, de « la suprématie du droit comme support de l’activité économique »53.
54
14. A ce jour, neuf Actes uniformes sont en vigueur et constituent dans les
différentes matières concernées, le droit communautaire applicable directement dans
les Etats parties au Traité OHADA, lequel droit uniforme se substitue ipso facto aux
55
législations nationales antérieures « vétustes, incertaines et disparates ». C’est donc
à juste titre que M. PAILLUSSEAU a soutenu à ce propos qu’une révolution
juridique s’est produite dans l’espace OHADA 56.
16. En droit français, les finalités assignées au droit des procédures collectives
depuis la loi n°85-98 du 25 janvier 1985 relative au redressement et à la liquidation
judiciaires des entreprises sont quasiment les mêmes. La loi du 25 janvier 1985
« destinée à permettre la sauvegarde de l’entreprise, le maintien de l’activité et de
52 P.-G POUGOUE, « OHADA et intégration économique », in Dynamiques de développement, Débats et enjeux politique à l’aube du 21
e siècle éd. Monchrestien, Collection Grands Colloques, Paris, 2003, p.575 et S ; V. également, [Link], in « l’Organisation pour
l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires », Les Petites Affiches, n°spécial 205, 13 octobre 2004, P.60 : « si le droit n’est pas une
condition suffisante pour le développement , il en est une condition nécessaire ».
53 [Link], « Brèves réflexions à propos de l’entrée en vigueur d’une règlementation commune du droit des affaires des Etats membres
commerciales et du groupement d’intérêt économique, droit des sûretés, procédures collectives d’apurement du passif, procédures
simplifiées de recouvrement des créances et des voies d’exécution, droit de l’arbitrage, droit comptable, contrat de transpor t des
marchandises par route, droit des sociétés coopératives.
55 [Link], « une révolution juridique en Afrique francophone-L’OHADA », in perspectives de droit économique-dialogue avec
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
18. Ainsi, en ce qui concerne l’objet général de l’Acte uniforme, il découle des
dispositions de l’article 1 er dudit Acte que celui-ci a pour objet d’une part
« d’organiser les procédures collectives de règlement préventif, de redressement
judiciaire et de liquidation des biens du débiteur en vue de l’apurement collectif de
son passif » et, d’autre part, « de définir les sanctions patrimoniales, professionnelles
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
21. En effet, alors qu’en droit français depuis la loi du 25 janvier 1985, la
sauvegarde de l’entreprise est l’objectif premier visé par le législateur des procédures
collectives, en droit de l’OHADA, les choses ne sont pas aussi précises que l’on
pourrait le penser. A priori, il apparaît que l’Acte uniforme portant organisation des
procédures collectives d’apurement du passif donne la priorité à l’apurement du
passif et place ainsi l’intérêt des créanciers au premier plan ce, au détriment de celui
de l’entreprise68 . Pour s’en convaincre, il suffit de se reporter à l’intitulé dudit Acte
qui, en lui-même, est révélateur de cette situation puisqu’il y est question de
« l’organisation des procédures collectives d’apurement du passif ». Par ailleurs,
l’article 1 er de l’Acte uniforme décline sans équivoque son objectif général qui, mise
à part la question liée aux sanctions, est l’organisation des « procédures collectives…
68V.F.M. SAWADOGO, présentation générale de l’Acte uniforme, op. cit, p. 885 qui écrit : « Quand aux procédures collectives ouvertes
après cessation des paiements, elle visent toutes à apurer le passif, d’où la conclusion que, dans l’Acte uniforme de l’OHADA , le
paiement des créanciers est l’objectif premier des procédu res collectives » ; V. également, J-R GOMEZ, ouvrage précité, n°11.
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22. Il a ainsi été soutenu que le choix du législateur communautaire africain des
procédures collectives de donner la priorité au paiement des créanciers se justifie par
le fait que l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives
d’apurement du passif s’inspire essentiellement de la loi française du 13 juillet 1967 69
et qu’il se situait ainsi dans le prolongement de certains droits antérieurs 70. Cette
dernière législation a donc été jugée « adaptée au contexte africain et dénuée de
complexité »71. Pourtant, l’examen attentif des dispositions des articles 2-1 et 2-2 de
l’Acte uniforme concerné, vient quelque peu tempérer ces certitudes. En effet, tandis
que l’article 2.1 dispose que « le règlement est une procédure destinée à éviter la
cessation des paiements ou la cessation d’activité de l’entreprise et à permettre
l’apurement de son passif… ». L’article 2-2 dispose pour sa part et s’agissant du
redressement judiciaire, que celui-ci est destiné « à la sauvegarde de l’entreprise et à
l’apurement de son passif… ». Dans les deux hypothèses visées par le texte, la
sauvegarde de l’entreprise prime sur l’apurement du passif. Il y donc comme une
contradiction entre l’énoncé de l’objectif général visé à l’article 1 er de l’Acte
uniforme et l’énoncé des objectifs spécifiques se rapportant aux procédures de
règlement préventif et de redressement judiciaire visés à l’article 2. Il paraît dès lors
plus juste de conclure à l’existence en droit de l’OHADA, d’un « régime dualiste »
faisant coexister l’objectif de paiement des créanciers et l’objectif de redressement de
l’entreprise comme l’atteste du reste si bien la note de présentation de l’Acte
uniforme72.
23. C’est donc à juste titre que le professeur SAWADOGO, à propos des options
prises par le législateur africain des procédures collectives, fait état de la « tentative
69 F.M SAWADOGO, présentation générale de l’Acte uniforme…, précité, p.888 ; V. également, J.R GOMEZ, [Link], n°10, p24
70 Notamment le droit malien et le droit sénégalais, supra, n° 11.
71 J-ISSA-SAYEGH, Présentation de l’Acte uniforme…, in Penant, Numéro spécial OHADA, [Link] p.217.
72 Celle- ci est ainsi conçue : « le redressement judiciaire permet au débiteur qui a cessé ses paiements d’obtenir un concordat de
redressement dont l’objet n’est pas uniquement d’obtenir des délais et remises, mais également de prendre toutes mesures, mais
également de prendre toutes mesures juridiques, techniques et financiers (y compris la cession partielle de l’entreprise) sus ceptibles de
réaliser le rétablissement des conditions de fonctionnement normal de l’entreprise ». cf. avant –projet d’Acte uniforme portant
organisation des procédures collectives d’apurement du passif, octobre 1993, p.5 ; v. également, ISSA-SAYEGH, in Penant, n° spécial
OHADA, [Link], p.220-221.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
73
de conciliation entre sauvetage de l’entreprise et intérêt des créanciers » Sous ce
rapport, il est permis d’affirmer qu’’avec les finalités de sauvetage de l’entrepr ise et
de maintien de l’activité qu’il contient, l’article 2 de l’Acte uniforme portant
organisation des procédures collectives d’apurement du passif constitue le socle sur
lequel repose l’émergence d’un véritable « droit des entreprises en difficulté » dans
l’espace OHADA.
25. Il est généralement admis qu’il existe une double typologie des modes de
traitement des difficultés des entreprises : d’une part, les modes non juridictionnels
ou extra-juridictionnels et, d’autre part, les modes juridictionnels ou judiciaires 75.
Tandis que dans le premier cas, le traitement des difficultés de l’entreprise se fait en
dehors de toute intervention judiciaire, dans la seconde hypothèse, le traitement des
difficultés de l’entreprise se fait devant les Tribunaux . Mais, en réalité, l’essentiel
du droit des entreprises en difficulté se déroule de nos jours sous le contrô le de
l’autorité judiciaire, qu’il s’agisse des procédures dites préventives intervenant en
l’absence de cessation des paiements ou qu’il s’agisse des procédures dites curatives
intervenant après cessation des paiements.
[Link], p.21. et s.
76 Y. GUYON, Droit des affaires, [Link]. n°1152, p.174.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
à transcender entre des intérêts opposés77 » et qu’il est par ailleurs question d’assurer
l’efficacité et la moralité des procédures 78. Cette situation a été accentuée par la loi
du 25 janvier 1985 qui a transformé le Tribunal en « grand maitre de la
procédure »79. Avec la loi de sauvegarde des entreprises du 26 juillet 2005, alors
qu’une présence active du Ministère public dans le déroulement des procédures
collectives est observable, le rôle du Tribunal a connu un petit recul 80, sans pour
autant que ses pouvoirs soient sensiblement amputés 81. En droit de l’OHADA, l’on
82
constate une « omnipotence » des Tribunaux dans le déroulement des procédures,
ces derniers jouant un rôle décisif tant avant qu’après la cessation des paiements. A
titre d’illustration, les trois procédures 83 mises en place par l’Acte uniforme portant
organisation des procédures collectives d’apurement du passif sont des procédures
essentiellement judiciaires 84.
77 Idem.
78 F.M SAWADOGO, OHADA : Droit des entreprises en difficulté, Bruylant, Bruxelles, collection Droit uniforme africain, 2002, n°4, p.3
79 Idem.
80 On constate en effet un recul du rôle du Tribunal de commerce (en matière de préve ntion) désormais «consacré comme un organe
protecteur des entreprises qui peuvent se placer sous main de justice sans être en cessation des paiements » (cf. rapp. AN n° 2094,
2005, Traitement des entreprises en difficulté, [Link], p.15).
81 JAZOTTES, RPC 2005, 358, spéc. 360.
dans les Etat parties au Traité OHADA. Ainsi par exemple, dans le cadre de la liquidation judiciaire qui servait de procédure judiciaire de
sauvetage, le Tribunal avait pour unique mission l’homologation du concorda t sans possibilité de remettre en cause une décision prise
par un créancier. Il ne pouvait qu’approuver le vote du concordat qui lui était soumis ou le rejeter si les conditions de mor alité exigées
par la loi n’étaient pas remplies.
85 Sur cette question, v. JEANTIN et P. LE CANNU, ouvrage précité, n°438, p.208.
86 La formule est empruntée au titre de l’ouvrage d’[Link], Droit de la prévention et du règlement amiable des difficultés des
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
ne saurait appréhender les difficultés des entreprises s’il n’est pas suffisamment
souple. Par ailleurs, la prise en compte de l’objectif de prévention suppose une règle
de droit dont l’application laisse une grande place de négociation conventionnelle 87.
Cette situation appelle une double conséquence. La première conséquence est une
mutation des formes mêmes du droit : le passage d’un droit imposé à un droit
négocié88. La deuxième conséquence est une perception nouvelle de l’institution
judiciaire. Non seulement celle-ci n’est plus perçue comme la seule institution à
même de contribuer efficacement à la résolution des crises que connaît l’entreprise 89,
mais en plus il s’opère un changement des modalités de l’intervention judici aires en
ce sens qu’il est désormais fait appel largement aux procédures non contentieuses 90.
90 Il en est par exemple ainsi du caractère non contentieux de l’homologation du concordat préventif passé par le débiteur avec ses
créanciers dans le cadre du règlement préventif OHADA (v. infra, n° 103 et s.) ou de l’homologation de l’accord amiable dans le cadre
de la procédure de conciliation en droit français (v. infra, n° 193 et 194)
91 A l’exception de la Guinée Bissau et de la Guinée Equatoriale.
92 V. supra, n° 10
93Pour les nuances terminologiques liées à ces deux notions, v. J. BRILLMAN, in Le redressement des entreprises en difficulté, Ed.
Hommes et Techniques, Suresnes-France, 1979, p.20, cité par [Link] KANTE, thèse précitée, p.8. IL semble bien que stricto sensu,
le « sauvetage » et le « redressement » ne sont pas synonymes. Alors que le sauvetage renverrait à des mesures d’urgence, le
redressement s’inscrit dans la durée et nécessité un ensemble de mesures de réorientation stratégique et/ou de réorganisation dans e l
cadre d’un « plan de redressement ». Cependant, pour les besoins de l’étude, les deux termes seront utilisés indifféremment.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
30. Le terme « juge » employé dans le cadre de la présente étude doit être
considéré comme un terme générique qui renvoie indifféremment au Président du
Tribunal, au Tribunal lui-même ou au juge commissaire qui, aussi bien en droit
français qu’en droit africain, constitue le « chef d’orchestre » en matière de
procédures collectives 94. Le « sauvetage» s’entend de toutes les mesures prises et de
nature à conduire à la sauvegarde de l’entreprise en tant qu’unité économique ainsi
que le maintien de l’activité et des emplois qui y sont attachés. Ces mesures peuvent
s’inscrire soit dans le cadre de la continuation de l’entreprise entre les mains du
débiteur, soit dans le cadre de sa cession à un tiers. Quant à la notion d’ « entreprise
en difficulté », il convient de relever d’entrée de jeu, qu’elle n’est pas facile à définir
en raison notamment de « la diversité des modes d’analyse des défaillances, des
stades différents de gravité de la situation, de la variété des critères permettant de les
déceler et de l’hétérogénéité de leurs causes »95. Généralement, la notion d’entreprise
en difficulté suppose que l’entreprise a cessé de fonctionner de manière harmonieuse
et qu’une rupture dans la continuité de son exploitation 96 s’est produite, va ou risque
de se produire 97. En réalité, la notion d’entreprise en difficulté est disparate, en
fonction des préoccupations législatives dont elle est la cible 98. Pour notre part et,
dans le cadre de notre étude, l’entreprise en difficulté est celle qui remplit les
conditions de soumission aux différentes procédures tant à visée préventive qu’à
94 Infra, n° 1284 et s.
95 P. NGUIHE KANTE, « Réflexion sur la notion d’entreprise en difficulté dans l’Acte uniforme portant organisation des procédures
collectives d’apurement du passif OHADA », Ann. [Link] Sciences Juridiques et Politiques de l’Université de Dschang (Cameroun), t 5,
2001, PUA, p. 87, n°1.
96 Sur cette notion comptable, v. [Link] et DE LAUZAINGHEIN, Droit comptable, Dalloz 1993, n°354 et s.
que par l’usage de critères objectifs, la Commission des communautés européennes, dans une première communication en 1999, s ans
donner une véritable définition de l’entreprise en difficulté , a envisagé 04 situations dans lesquelles, elle estime qu’il y a entreprise en
difficulté : entreprise incapable d’assurer son redressement avec ses ressources financières propres ou avec celles dont sont disposés à
faire apport ses actionnaires et créanciers, entreprise soumise à une procédure collective fondée sur l’insolvabilité, société dont les
associés ont une responsabilité limitée et qui a perdu plus de la moitié de son capital avec une perte du quart de ce capital au cours des
12 derniers mois, société à responsabilité limitée ayant perdu plus de la moitié de ses fonds propres et plus que du quart de ceux-ci au
cours des 12 derniers mois. La Commission a, en 2004, posé de nouvelles lignes directrices d’aides aux entreprise s en difficulté et dont
l’article 1 er précise que l’entreprise est en difficulté dès lors qu’elle remplit les conditions de soumission à une procédure d’insolvabil ité,
ce qui en droit français, correspond au redressement judiciaire, à la liquidation judici aire et à la sauvegarde (En ce sens, Ph. ROUSSEL
GALLE, « Les aides publiques aux entreprises en difficulté : les lignes directrices communautaires, le Ciri et les Codefi »,
[Link].2006/2, p.128 et s. , sp.,p.129).
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
visée curative en vigueur en France et dans l’espace OHADA. Dans le cas français,
l’entreprise concernée sera celle remplissant les conditions requises pour sa
soumission aux procédures d’alerte 99, de sauvegarde, de redressement et de
liquidation judiciaires. Dans le cas du droit de l’OHADA, l’entreprise concernée sera
celle remplissant les conditions requises pour la mise en œuvre des procédures
d’alerte et d’expertise de gestion, de règlement préventif, de redressement judiciaire
et de liquidation des biens.
32. Une fois cette délimitation faite, l’on peut s’interroger à juste titre sur
l’utilité d’une telle étude. Des ouvrages 102, thèses,103 articles 104 de doctrine et
colloques105 ont été consacrés aux questions relatives à l’intervention judiciaire dans
la prévention et le traitement des difficultés des entreprises tant sous l’angle du droit
substantiel que sous l’angle du droit processuel 106.
L’intervention judiciaire dans les entreprises en difficulté, 2 e éd., Technique et Documentation, Lavoisier 1986 et plus récemment, P.
CAGNOLI, Essai d’analyse processuelle du droit des entreprises en difficulté, L.G.D.J, 2002.
103 V. par exemple, P. JEANNEROT, L’intervention judiciaire dans les procédures de redressement judiciaire, thèse Paris I, 1982 ; O.
STAES, Procédures collectives et droit judiciaire privé, thèse (dact.), Toulouse, 1995 ; D. MELEDO –BRIAND, Nature du droit des
entreprises en difficulté et systèmes de droit, thèse (dact-), Rennes, 1992.
104 V. notamment : Y. CHAPUT, « L’office du juge dans le traitement précoce des difficultés », Le nouveau droit des défaillances
d’entreprises, Dalloz, coll. Thèmes et commentaires, 1995, p.93 ; J.L VALLENS, « Droit de la faillite et droits de l’homme : la loi sur le
redressement judiciaire et la Convention européenne des droits de l’homme », RTD com. 1997, p. 567 ; F. DERRIDA et P. JULIEN, « Le
droit procédural du redressement et de la liquidation judiciaires et le droit judiciaire privé », Mélanges [Link], le Juge entre deux
millénaires, Dalloz, 2000, P.284.
105 Il en est par exemple ainsi du Colloque Nice Sophia-Antipolis, 25 avril 1998 portant sur le thème : « Redressement et liquidation
d’entreprises est fondamentale. En effet, l’on a souligné les difficultés qui sont celles des règles classiques du droit judiciaire privé
(« ensemble des règles qui gouvernent l’organisation et le fonctionnement de la justice en vue d’assurer aux particuliers la mi se en
veuve et la sanction de leurs droits subjectifs en matière de droit privé », cf. A-Solus et [Link], Droit judiciaire privé, t.1, Sirey,
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
33. L’intérêt d’une étude de droit comparé sur le rôle du juge dans le sauvetage
de l’entreprise en difficulté en droit de l’OHADA et en droit français apparaît certain
pour le théoricien. En effet, au delà des avantages classiques liés à tout travail de
comparaison juridique 108, l’étude offre l’occasion de nourrir d’avantage la réflexion
quant au débat sur le positionnement des droits africains dans la classification
internationale des droits 109, question sur laquelle, la doctrine reste divisée. Tandis que
certains défendent le rattachement du droit privé des pays africains de la Zone Franc
au droit français 110, d’autres soutiennent que les droits africains constituent une
famille juridique distincte 111 . La présente étude pourrait ainsi contribuer à clarifier ce
débat. S’il en ressort le constat selon lequel, il y a eu alignement des droits africains
sur l’évolution du droit français, la thèse du particularisme devra être nuancée. En
revanche, s’il en résulte le constat selon lequel, il y a confirmation ou aggravation de
l’écart qui existait entre les droits africains et le droit français, la thèse du
particularisme s’en trouvera confortée. Par ailleurs, une telle étude pourrait contribuer
à apporter une réponse à la question de savoir jusqu’où peut aller l’adaptation dans
1961, n°5). Un auteur va même jusqu’à affirmer, l’inadéquation du modèle juridictionnel aux objectifs et aux contraintes du d roit
substantiel des entreprises en difficulté (cf. [Link], « Le traitement judiciaire de la situation des entreprises en difficulté : mythe
ou possibilité réelle », in Le droit de l’entreprise dans ses relations externes à la fin du XX e siècle, mélanges C. CHAMPAUD, Dalloz ,
1997, p.507), d’où la nécessité d’une adaptation des règles. Sur cette question, v. infra, n° 459 et s., à propos du réaménagement des
principes directeurs du procès.
107 Il convient cependant de signaler l’ouvrage de J.R GOMEZ déjà cité (OHADA -Entreprises en difficulté, collection BAJAG-MERI,
[Link]). Mais cet ouvrage est un ouvrage d’ordre général qui, comme l’indique son sous -titre, n’est qu’une « Lecture de l’Acte uniforme de
l’OHADA pourtant organisation des procédures collectives d’apurement du passif à la lumière du droit français ».
108 V. L.J CONSTANTINESCO, Traité de droit comparé, [Link], méthode comparative, L.G.D.J, 1974.
109 [Link], Le nouveau droit commercial des pays de la zone OHADA, [Link].n°17, p.14.
110 V. F. LEPOINTE, « De l’histoire du droit au droit comparé : l’exemple du droit commercial applicable au Gabon », Penant 1991, p.214
et s., et 343 et s.
111 V. Dans ce sens, R. DAVID et C. JAUFFRET-SPINOZI, Les grands systèmes de droit contemporains, précis Dalloz, 10 e éd., n°24 et
500 qui classent dans une famille juridique spécifique, les droits d’Afrique noire et de Madagascar ; v. également, M. FROMONT Grands
systèmes de droit étrangers, Mémento Dalloz, 3 e éd.19987, P.8 et 8 et s. qui inclut dans la même famille juridique les droits d’Afrique et
d’Asie.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
34. De surcroît, une étude sur le rôle du juge dans le sauvetage de l’entreprise ne
difficulté en droit africain et en droit français, donne l’occasion au théoricien de
découvrir et de s’approprier, des concepts abstraits portant sur le fonctionnement de
l’institution judiciaire appliqués au droit des procédures collectives. Il en va
notamment ainsi des concepts relatifs à l’instance, au pouvoir d’initiative du juge,
aux principes directeurs du procès, à l’exécution provisoire des décisions, aux voies
de recours, etc… Un auteur n’a –t-il pas par ailleurs écrit que le droit comparé est
souvent « le plus Court chemin pour la compréhension des phénomènes juridiques
nationaux » ?[Link] reste cependant qu’une telle compréhension ne peut être
pleinement acquise que si la méthode choisie pour y parvenir est pertinente.
35. A cet égard, force est de constater qu’en dépit des progrès réalisés par le
droit comparé113, aucune méthode classique applicable à tout type de sujet n’a encore
été unanimement admise à telle enseigne qu’il revient à chaque comparatiste de
définir sa méthode tenant compte des caractéristiques du sujet traité. La méthode à
laquelle nous entendons recourir dans le cas d’espèce, consistera en une confrontation
entre les solutions françaises et les solutions africaines quant au rôle du juge dans le
sauvetage de l’entreprise en difficulté. Cette confrontation des solutions concernera
aussi bien le droit positif que les tendances jurisprudentielles et doctrinales, a vec
cette précision que le droit des entreprises en difficulté OHADA est encore assez
récent et n’a en conséquence pas encore donné lieu à un apport jurisprudentiel et
doctrinal aussi dense qu’en droit français.
36. Notre démarche comparative dans le cadre de la présente étude entend revêtir
une double nature, à la fois institutionnelle et fonctionnelle. Lorsqu’il apparaîtra que
le droit africain et le droit français comportent des institutions ou des règles
similaires, il y aura lieu à confrontation de ces règles ou institutions afin d’en dégager
les convergences et les divergences. Lorsqu’en revanche, une telle similitude des
112 [Link], Droit économique, PUF, Thémis, 1971, p.17, cité par F.M SAWADOGO, Droit des entreprises en difficulté, [Link], n°29 ,
p.20.
113 Sur ce point, v. L.J. CONSTANTINESCO, op. cit, n°2 et s.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
règles ou des institutions n’aura pas été constatée, une approche fonctionnelle sera
adoptée, laquelle consistera à procéder à une analyse croisée des solutions apportées
au même problème juridique par les différents législateurs concernés.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
40. La prééminence du juge est certes aussi bien dans le droit des entreprises en
difficulté OHADA que dans le droit français, une réalité indéniable. Mais il y a lieu
de reconnaître que, dans le cadre de sa mission de sauvetage, son intervention ne se
déroule pas toujours de manière linéaire.
114 [Link], « l’idée d’une magistrature économique. Bilan de deux décennies », Justices 1995, n° 1, p. 61.
115 Y. GUYON, Droit des affaires, t.2, Entreprises en difficulté, redressement judiciaire - Faillite, Economica, 7è éd,1999, n° 1066.
116 [Link], Droit des entreprises en difficulté, OHADA, Bru ylant Bruxelles, 2002, p. 380.
117 M. JEANTIN et P. LE CANNU, Droit commercial – Instruments de paiements et de crédit – Entreprises en difficulté, Dalloz, 5 ème éd,
1999, n° 540.
118 L. n° 2005-845 : J.O. 27 Juill. 2005, p. 1287.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
44. La question est d’autant importante que la réalisation d’un objectif aussi
grandiose, nécessite, la possibilité d’une intervention précoce du Tribunal, un
diagnostic prompt et exact de l’origine des difficultés du débiteur ainsi que le
déroulement rapide de la procédure, assurant, en peu de temps, le prononcé d’une
décision statuant sur le sort de l’entreprise 120. Or, pour certains, les règles classiques
du droit judiciaire privé, entendu au sens large comme « l’ensemble des règles qui
gouvernent l’organisation et le fonctionnement de la justice en vue d’assurer aux
particuliers la mise en œuvre et la sanction de leurs droits subjectifs en matière de
droit privé »121, seraient inaptes à appréhender les dimensions collective et objective
du traitement de l’entreprise 122.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
[Link], « Prolégomènes sur une refonte du droit de la faillite », D. 1976, Chron. 253.
124 Sur la nature de tels accords voir notamment, A. MARTIN SERF, « Réflexion sur la nature contractuelle du concordat », Rev. de
jurisp. Com, sept-oct 1980, p . 293 et s;
J. P. GASTAUD, “La nature juridique du plan arrêté judiciairement », Colloque CRAJEFE 1993, p. 37, et P. A., 16 juin 1993 ; S.
NEUVILLE, Le plan en droit privé, th. Toulouse, 1994..
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
48. Le rôle du juge dans la prévention des difficultés de l’entreprise diffère selon
que l’on se place dans le contexte du droit français ou du droit africain. Il suffit d’en
retracer brièvement l’évolution dans l’un et dans l’autre cas pour s’en conva incre.
51. La loi n° 2005-845 du 26 juillet 2005 est venue confirmer cette tendance du
législateur français à impliquer de plus en plus le juge dans la prévention des
125 DERRIDA, Concordat préventif et droit français, Mélanges Hamel, p. 489, Paris, 1961.
126 Cette procédure a pris fin le 31 décembre 1938.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
130 P. G. POUGOUE, Compte rendu du XXI ème congrès de l’IDEF sur le « droit des entreprises en difficulté », Libreville 6/13 1990, Rev.
132 Ainsi, en République centrafricaine, l’ordonnance n° 82 – 463 du 06 septembre 1982 avait institué une procédure de suspension des
poursuites et d’apurement collectif du passif pour les entreprises d’intérêt national en situation financière difficile, mais non
irrémédiablement compromise, à l’instar de l’ordonnance française du 23 septembre 1967 ; le Gabon (lois n° 7 et 8 – 86 du 4 août
1986) et la Guinée avaient élaboré des textes qui s’inspirèrent de la loi française du 1 er mars 1984.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
55. Le règlement préventif issu du droit de l’OHADA est « une procédure destinée
à éviter la cessation des paiements ou la cessation de l’activité de l’entreprise et à
permettre l’apurement de son passif au moyen d’un concordat préventif »137.
56. Les origines du règlement préventif africain sont quelque peu controversées.
Pour certains, le règlement préventif OHADA s’inspire du règlement amiable français
tel qu’issu de la loi du 1 er mars 1984 modifié 138. Pour d’autres au contraire,
l’institution africaine se serait éloignée du règlement amiable français, lequel ne
paraissant pas indiqué, par ce que manquant de précision et ne présentant pas un
grand intérêt comparativement au concordat amiable qu’il est loisible de conclure
dans la pratique des affaires 139.
133 L’article 4-2 nouveau de l’avant-projet d’amendements de l’AUPC dispose que « la conciliation est ouverte aux personnes (…) qui
connaissent des difficultés avérées ou prévisibles mais qu i ne sont pas encore en état de cessation des paiements ».
134 Sur la procédure de conciliation en droit français, v. infra, n° 171 et s.
135 Supra, n° 51.
136 La procédure d’alerte est réglementée par les articles 150 à 158 de l’Acte uniforme relatif au droit d es sociétés commerciales et au
139 M. POCANAM, Le concordat préventif, remède aux difficultés des entreprises au TOGO, 1994, dactylographié, 41 pages.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
57. En réalité, le règlement préventif africain n’est point une création ex nihilo.
Par ses aspects contractuels, il s’inspire fort bien de l’ancien règlement amiable
français. Par ses aspects autoritaires, il rappelle la procédure de suspension des
poursuites instituée par l’ordonnance du 23 septembre 1967. La parenté avec cette
dernière procédure prend au demeurant du relief lorsqu’on s’intéresse aux pouvoirs
décisionnels du juge aussi bien lors de la phase préparatoire du concordat préventif
(paragraphe 1), que lors de sa phase d’élaboration (paragraphe 2).
59. Les pouvoirs du juge du règlement préventif au regard des diverses poursuites
engagées par les créanciers ainsi que par les mandataires de justice sont de deux
140 Aux termes des dispositions de l’article 2(2) de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif,
« le redressement judiciaire est une procédure destinée à la sauvegarde de l’entreprise et à l’apurement de son passif au moyen d’un
concordat de redressement ».
141 Aux termes des dispositions de l’article 2(3) de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif,
« la liquidation des biens est une procédure qui a pour objet la réalisation de l’actif du débiteur pour apurer son passif ».
142 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 2.
143 Le juge du règlement préventif est, selon les dispositions de l’article 8 de l’Acte uniforme portant organisation des procédures
collectives d’apurement du passif, le Président de la juridiction compétente et non le Tribunal , v. Tribunal Régional hors classe de
Dakar, jugement n° 1373 du 11 juillet 2000, Sté GPL Dakar frais (Sarl), Ohadata J-04-340 ; Répertoire quinquennal Ohada 2000-2005,
p.489.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
ordres : d’une part le pouvoir de suspension des poursuites (1) et, d’autre part, le
pouvoir de désignation des mandataires de justice (2).
a) La suspension automatique
61. Il résulte des dispositions de la loi 145 que « dès le dépôt de la proposition du
concordat préventif, celle-ci est transmise sans délai, au président de la juridiction
compétente qui rend une décision de suspension provisoire des poursuites
individuelles… ». Si l’on s’en tient à la lettre des dispositions légales, le président de
la juridiction compétente est tenu de rendre une décision de suspension des poursuites
dès qu’il est saisi. Il ne semble même pas qu’il ait à vérifier au préalable, l’état réel
des difficultés de l’entreprise. Il aurait donc, à ce stade de la procédure, une
compétence liée, ne jouant qu’un rôle passif.
144 Ph. ROUSSEL – GALLE « OHADA et difficultés des entreprises, étude critique des conditions et effets de l’ouverture de la procédure
de règlement préventif » R.J. com., fév-mars 2001, p.62 et s.
145 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 8.
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64. Le législateur communautaire africain ne semble pas être resté insensible aux
faiblesses du dispositif en vigueur. Dans la perspective de la réforme du droit des
entreprises en difficulté, il est prévu d’encadrer d’avantage la suspension des
poursuites en matière de règlement préventif. Il est d’abord préconisé que la durée de
la suspension des poursuites soit de trois mois avec possibilité de prorogation d’un
mois149. Il est ensuite préconisé que le Président de la juridiction compétente soit saisi
à tout moment, par toute personne intéressée, lorsqu’il apparaît que le débiteur est en
147 L’article 36 alinéa 1 er de la loi du 1 er mars 1984 modifié, prévoyait, en matière de règlement amiable, la nomination par le Président du
Tribunal , d’un conciliateur ayant pour mission de « rechercher la conclusion d’un accord avec les créanciers ».
148 Y. CHAPUT, « l’office du juge dans le traitement précoce des difficultés », in le nouveau droit des défaillances d’entreprises, Dalloz,
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état de cessation des paiements 150. Cette disposition permettrait ainsi d’éviter de faire
perdurer inutilement un règlement préventif.
b) La suspension générale
153 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 9, alinéa 3.
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68. En second lieu, la suspension ne s’étend pas aux créances salariales sans
limitation de montant, du fait, vraisemblablement, du caractère alimentaire desdites
créances154. L’extrême protection des créances salariales peut cependant constituer un
obstacle sérieux au redressement de l’entreprise lorsque l’effectif des salariés y est
important155. En l’absence de toute précision légale, l’on admettra volontiers que,
même la partie du salaire ne bénéficiant ni du privilège, ni du super privilège,
échappe à la suspension des poursuites. Qui plus est, contrairement aux autres
créanciers, les salariés ne peuvent consentir aucune remise, ni se voir imposer un
délai non consenti par eux-mêmes156 et, lorsque, d’aventure, ils acceptent de consentir
un délai, celui-ci ne peut excéder un an 157. N’eût-il pas été plus indiqué, au titre de
contribution à l’effort de redressement de l’entreprise d’admettre tout au moins, une
suspension des poursuites sur la partie du salaire ne bénéficiant ni du privilège , ni du
super privilège ?
69. Pareillement, les sûretés personnelles n’étant pas visées, il y a lieu d’admettre
que les poursuites à l’encontre des codébiteurs ou cautions du débiteur restent
possibles. Cet état de choses peut s’avérer préjudiciable au redressement de
l’entreprise, en ce que, le dirigeant caution, conscient de ce qu’il peut être poursuivi
en sa qualité de caution personnelle, peut être tenté de retarder la demande
d’ouverture du règlement préventif. Il peut, de même, être tenté de payer les
créanciers bénéficiaires de cette garantie avant l’ouverture de la procédure, rompant
ainsi le principe d’égalité entre les créanciers 158 .
154 Pour l’application de ce principe, v. CA Abidjan, arrêt n° 89 du 16 janvier 2001, Sté Word City C/Grodji Djokouchi Jean, Ohadata J-02-
80 ; Répertoire quinquennal Ohada, 2000-2005, p. 502 ; v. également, CA Abidjan, arrêt n° 272 du 26 févr. 2002, ASH International
Disposal C/ Damel Sany Solange, Actualités juridiques, n° 35 -2003, p.35 ; Ohadata J02-156 et Ohadata J03-81 ; Répertoire
quinquennal Ohada, 2000-2005, p.502.
155 P. NGUIHE KANTE, thèse précitée, n° 170; cet auteur pense à juste titre que dans la plupart des cas, les créances salariales sont
159 Cf. Acte uniforme portant organisation des procédures d’apurement du passif, article 9, alinéa 1.
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créances … ». La question qui se pose alors, est celle de savoir si, en l’absence de
précision quant à la notion de créance, toutes les créances doivent être prises en
compte pour l’application des dispositions légales, y compris, celles ne portant pas
sur une somme d’argent. Il n’y a pas lieu de souscrire à cette t hèse. Comme le relève
à juste titre M. ROUSSEL – GALLE 160, le texte devrait connaître une interprétation
restrictive, tant est qu’il ne paraît pas juste, dans le contexte du règlement préventif,
que les contractants subissent les affres de la non exécution d’obligations de faire ou
de ne pas faire, incombant au débiteur. L’entreprise est encore, par définition, in
bonis et, rien ne justifie qu’elle bénéficie d’une protection excessive, sauf à elle,
d’honorer, au minimum ses obligations de faire, sous peine d’une action en résolution
à son encontre, susceptible, il est vrai, d’entraver son redressement du fait de la
disparition de contrats importants. En revanche, si la demande en résolution se double
d’une demande en paiement de dommages-intérêts, il y aurait, inévitablement là,
matière à application du principe de la suspension des poursuites puisque, par
définition, la demande en paiement de dommages-intérêts, constitue une demande de
paiement d’une somme d’argent.
71. Enfin, le domaine de suspension des poursuites est restreint par la disposition
légale qui veut que, les créances concernées soient celles visées par le débiteur dans
sa requête161. Autrement dit, seul le débiteur a qualité pour spécifier les créances
devant bénéficier de la suspension des poursuites.
72. Cette exigence légale liée à la désignation préalable par le débiteur des
créances dans sa requête introductive d’instance en règlement préventif, si elle peut
paraître salutaire en ce que, elle lui permet de bénéficier pleinement de la protection
judiciaire résultant de la procédure 162, est cependant fort critiquable. En effet, outre
qu’elle permet au débiteur de violer le principe de l’égalité des créanciers du fait de
la faculté qui lui est laissée de ne pas désigner telle ou telle créance, elle lui per met
surtout de favoriser certains créanciers au détriment des autres en omettant
délibérément de les viser dans sa requête.
redressement de l’entreprise.
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75. Une autre mission centrale de l’expert consiste à faciliter la conclusion d’un
accord entre le débiteur et ses créanciers sur les modalités de redressement de
l’entreprise et de l’apurement de son passif. Dans cette optique, il entend le débiteur
et ses créanciers en leur prêtant ses bons offices. Il convient cependant de relever que
le législateur communautaire africain a été avare en précisions s’agissant des contours
de cette mission qui dans tous les cas, ne saurait être une mission à connotation
juridique166. On peut cependant penser que la mission tendant à faciliter un accord
163 Selon le Tribunal Régional hors classe de Dakar, l’appréciation de la situation économique du débiteur nécessite la désignat ion d’un
expert, v. jugement n° 1373 du 11 juillet 2000, précité, Ohadata J-04-340.
164 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 8.
165 J. M NYAMA , Droit des entreprises en difficulté, CERFOD, 2004, p. 71.
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entre le débiteur et ses créanciers porte essentiellement sur les éléments de l’offre de
concordat tels que prévus par la loi 167.
76. A cet égard, une similitude existe entre le droit français et le droit africain. Dans
le règlement amiable français issu de la loi du 1 er mars 1984, le conciliateur nommé
par le Tribunal avait pour mission « de favoriser le fonctionnement de l’entreprise et
de rechercher la conclusion d’un accord avec les créanciers ». Ici aussi, la loi ne
précisait pas l’objet de l’accord dont le conciliateur devait permettre la conclusion.
Outre les délais et les remises de dettes, toutes mesures pouvaient être envisagées,
non seulement dans l’accord, mais également pour favoriser le fonctionnement de
l’entreprise168. La nouvelle loi française de sauvegarde des entreprises du 26 juillet
2005 va dans le même sens, puisqu’elle permet au Président du Tribunal , saisi dans
le cadre de la procédure de conciliation, de désigner un conciliateur ayant pour
mission de « rechercher la conclusion d’un accord avec les créanciers de
l’entreprise »169.
167 Aux termes des dispositions de l’article 7 de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, il
s’agit des mesures et conditions envisagées pour le redressement de l’entreprise telles notamment les modalités de continuation de
l’entreprise, les personnes tenues d’exécuter le concordat et l’ensemble des engagements souscrits par elles et nécessaires a u
redressement de l’entreprise.
168 J. M. LUCHEUX, « Les innovations dans la détection des difficultés des entreprises et dans les modalités de leur traitement
amiable », in le nouveau droit des défaillances d’entreprises, Dalloz, coll. Thèmes et commentaires, 1995, p. 81.
169 Voir infra, n° 183.
170 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 12.
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78. l’on pourrait cependant s’interroger, à juste titre, sur, la marge de manœuvre
dont dispose le juge dans la nomination de l’expert chargé de faciliter la conclusion
d’un accord entre le débiteur et ses créanciers. Dispose-t-il à cet égard d’une liberté
absolue de son choix ou bien, la loi lui impose-t-elle des directives ? Le Président du
Tribunal dispose d’une liberté absolue dans son choix. Tout au plus, la loi précise-t-
elle que l’expert est soumis à certaines dispositions de la loi applicables au syndic en
matière de nomination et révocation 172. Ainsi, l’expert ne saurait être ni un parent, ni
un allié du débiteur jusqu’au quatrième degré inclusivement. Par ailleurs, sa
révocation peut être prononcée par la juridiction compétente, soit d’office, soit sur les
réclamations qui lui sont adressées par le débiteur ou par les créanciers. Dans la
réforme envisagée de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives
d’apurement du passif, il est prévu que le débiteur propose une personne susceptible
désignée en qualité d’expert 173. Cette disposition, si elle venait à être définitivement
adoptée, serait semblable à celle existant en droit français permettant au débiteur de
proposer la personne susceptible d’être désignée administrateur dans le cadre de la
procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaire 174.
79. Il reste que cette situation n’entame nullement l’étendue des pouvoirs du juge
lors de la phase préparatoire au concordat préventif ce d’autant plus que, à ce stade, il
est également de son pouvoir de restreindre les droits du débiteur.
171 Sur le problème général de la qualité des personnels d’encadrement de la faillite, voir infra, n°…………
172 Ces dispositions sont celles prévues aux articles 41 et 42 de l’Acte uniforme portant organisation des procéd ures collectives
d’apurement du passif.
173 Cf, avant-projet d’amendements à l’AUPC, article 8, alinéa 2.
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175 Et non à compter de la décision de règlement préventif comme le dispose, vraisemblablement par erreur, l’article 11 de l’Acte
uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif dès lors qu’à ce stade de la procédure, il n’y a pas
encore une décision finale de règlement préventif mais plutôt une simple suspension des poursuites.
176 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 11.
177 Supra, n° s 169 et 170.
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84. En somme, bien que le débiteur ne soit pas dessaisi, sa gestion doit cependant
être limitée aux actes d’administration Courante. Les actes de disposition lui sont
interdits, à moins qu’ils ne soient liés au fonctionnement normal de l’entreprise. L’on
conviendra cependant que la cloison entre les deux catégories d’actes n’est pas d’une
grande précision, ce qui rend ainsi vaine toute tentative d’énumération.
179 Il ainsi été proposé dans l’avant-projet d’amendement à l’Acte uniforme, un alinéa 4 à l’article 9, permettant aux perso nnes physiques
ayant consenti un cautionnement ou ayant affecté ou cédé un bien en garanti, de se prévaloir de la suspension provisoire des
poursuites.
180 F. PEROCHON et R. BONHOMME, op. cit., n° 85, p. 67.
181 L’autorisation du juge devrait, en toute logique procédurale, revêtir la forme d’une ordonnance rendue au pied d’une requête
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a) Les sanctions des actes accomplis par le débiteur sans autorisation judiciaire
86. Les sanctions à la violation des actes posés par le débiteur sans autorisation
judiciaire sont de deux ordres. Elles sont d’abord d’ordre civil. Elles sont ensuite
d’ordre pénal.
87. Sur le plan civil, les actes du débiteur fautif sont sanctionnés par une
inopposabilité de droit 182. L’inopposabilité ne s’attaque pas à l’acte lui-même, mais à
ses effets. Comme le souligne M. BASTIAN, en laissant subsister l’acte,
l’inopposabilité traduit simplement une inefficacité d’étendue plus ou moins variable
à l’égard des tiers 183. En vertu de la sanction de l’inopposabilité des actes posés par le
débiteur dans le cadre du règlement préventif africain, le créancier ayan t reçu
paiement se doit de rapporter la somme encaissée tout comme l’acheteur irrégulier
d’un bien se doit de le restituer. Il reste cependant que la solution législative arrêtée
par le législateur africain pose un problème de bon sens qui n’a pas manqué d e retenir
l’attention de certains auteurs 184. Du moment où les créanciers ne sont pas constitués
en une masse dans la procédure, comment déterminer ceux à l’égard de qui les actes
du débiteur doivent être déclarés inopposables ? A titre comparatif, l’on rappellera
que dans le cadre du redressement judiciaire, les inopposabilités de la période
suspecte profitent à la masse constituée dès le premier jour 185. En l’absence d’une
masse dans le règlement préventif, les inopposabilités doivent-elles profiter aux
créanciers pris individuellement et, dans l’affirmative, faudrait-il en limiter les effets
182 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 11.
183 BASTIAN, Essai d’une théorie générale de l’inopposabilité, th. Paris, 1929, P. 354.
184 P. G. POUGOUE et Y. KALIEU, op. cit. n° 57, p. 26.
185 Cf. Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 67.
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89. Sur le plan pénal, le débiteur qui décide de se passer de l’autorisation du juge
pour accomplir les actes incriminés, s’expose à des poursuites pénales du chef d e
instance ou de grande instance, Tribunal régional) qui connaît des affaires civiles et commerciales.
190 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 3, alinéa 1.
191 Ibid, article 3, alinéa2 ; sur l’extension de la compétence d’attribution du juge, v. infra, n° 430 et s.
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192 Aux termes des dispositions de l’article 233, 2, 2° de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apur ement du
passif sont punis des peines de la banqueroute frauduleuse, les dirigeants ayant, sans autorisation du préside nt de la juridiction
compétente, accompli un des actes interdits par l’article 11 dudit Acte.
193 L’infraction de banqueroute frauduleuse constitue un simple délit dans la plupart des Etats parties au Traité OHADA d’où la
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92. Les aspects contractuels du règlement préventif africain ont été relevés 196.
Aussi, dans la phase de conclusion du concordat préventif, on se serait attendu, de ce
fait à ce que les seuls acteurs en présence fussent le débiteur et ses créanciers. L’on
ne saurait en effet perdre de vue qu’avant que ne soit institué un contrôle judiciaire,
les concordats se sont présentés à l’origine comme des « concordats amiables ». Rien
n’empêche en effet à ce que, en l’absence d’une réglementation spéciale, tous les
créanciers ou, du moins les principaux d’entre eux, se mettent d’accord en vue de
consentir à leur débiteur commun en difficulté, un moratoire général 197. La validité de
telles conventions repose sur le principe général posé par l’article 1134 du Code
civil198 en vertu duquel, les conventions légalement formées tiennent lieu de loi des
parties.
A. L’EFFACEMENT DU JUGE
199 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 7.
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conclusion d’un accord entre le débiteur et ses créanciers relativement aux modal ités
de redressement de l’entreprise et à l’apurement de son passif 200.
96. En tout état de cause, un tel accord ne peut que résulter de l’application du
droit commun des contrats. En effet, les auteurs se sont accordés assez vite sur une
définition présentant le concordat comme « une convention collective passée entre le
débiteur et ses créanciers avec l’homologation de la justice, et par laquelle le
débiteur s’engage à rembourser ses créanciers en tout ou partie, immédiatement ou à
terme202. »
97. Dans le cas du règlement préventif OHADA, il est question que le débiteur
parvienne avec chacun de ses créanciers à un accord portant sur les délais ou remises
consentis, le créancier ne se prononçant qu’en fonction des mesures que le débiteur
envisagerait de prendre en vue d’une part d’assainir rapidement l’entreprise et de
garantir le paiement des créanciers 203. Les délais et remises peuvent être différents
d’un créancier à un autre. Les délais consentis ne sauraient excéder trois ans pour
des biens, règlement judiciaire, concordat, Fasc. I 10 n° 98, Rocher,précis Dalloz de droit commercial, 8è éd. 1978 n° 348 ;
ARGENSON et TOUJAS, Règlement judiciaire-liquidation-liquidation des biens et faillite, Traité et formulaire, 4è éd. 1973, t. 2, n°
953.
203 F. M. SAWADOGO, op. cit., n° 78, p. 69.
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l’ensemble des créanciers et un an pour les créanciers de salaires, sous peine de refus
d’homologation du concordat par la juridiction compétente 204.
204 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 15, alinéa 2.
205 P. G. POUGOUE et Y. KALIEU, op. cit., n° 193.
206 Infra, n° 173.
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grande importance 208, d’élaborer avec ses créanciers réunis en comités 209, un plan
visant à la réorganisation de l’entreprise, plan arrêté en définitive par le Tribunal 210.
B. LA RÉAPPARITION DU JUGE
208 Sur les critères de détermination des entreprises éligibles, v. infra, n° 208.
209 Sur les modalités de constitution des comités, v. infra, n° 208 et s.
210 Infra, n°209 et s.
211 La matière gracieuse qui s’oppose traditionnellement à la matière contentieuse se définit généralement comme celle où « en l’absence
de litige, le juge est saisi d’une demande dont la loi exige, à raison de la nature de l’affaire ou de la qualité de requéran t, qu’elle soit
soumise à son contrôle »
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104. Faut-il donc conclure que le juge appelé à homologuer le concordat préventif
africain, ne jouerait qu’un rôle passif ? Serait-il simplement le témoin solennel de
l’accord entre le débiteur et ses créanciers ? Rien n’est moins sûr. En réalité, le
problème tient à la définition même de l’acte juridictionnel qui, depuis longtemps, est
au cœur des débats non seulement des processualistes, mais également des
publicistes 213. Il résulte de nombreuses théories développées 214 que la fonction
juridictionnelle se limite au règlement des litiges et qu’en conséquence, il ne saurait y
avoir d’acte juridictionnel sans contestation. Les décisions du juge de l’homologation
étant de nature essentiellement administrative, elles sont rendues en l’absence de
vérification juridictionnelle.
106. La vérité est que le juge de l’homologation du concordat préventif a bien pour
mission de dire le droit. Il statue après avoir opéré une vérification de nature
juridictionnelle, après avoir procédé à une constatation. Or, sa constatation n’a de
212 GARÇONNET et Cézar BRU, Traité de procédure civile et commerciale, 3è éd., 1925, t. I, n° 64.
213 I. BALENSI, article précité, n° 24.
214 Sur cette question, voir notamment : GUILLIEN, L’acte juridictionnel et l’autorité de la chose jugée, thèse Bordeaux, 1931 ; WALLINE,
« Du critère des actes juridictionnels », Rev. Dr. Publ. 1933 n° 569 ; CHAUMONT, « Esquisse d’une notion de l’acte juridictionnel »,
Rev. Dr. Publ. 1942, p. 93 ; MABILEAU, De la distinction des actes administratifs et des actes juridictionnels, thèse Paris, 1945 ; pour
une synthèse des différents critères de l’acte juridictionnel : LAMPUE « la notion d’acte juridictionnel », Rev. Dr. Publ. 194, p. 6.
215 S. NEUVILLE, op. cit., n° 127.
216 En ce sens également, J. BON, Le rôle du juge, in Les innovations de la loi sur le redressement judiciaire, t II, p. 45 ; P. JEANNEROT,
L’intervention judiciaire dans les procédures de redressement judiciaire, thèse, Paris I, 1992.
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sens que par rapport à une règle de droit donnée dont il vérifie la réunion des
conditions d’application pour en tirer les conséquences qui s’imposent 217.
Précisément, la juridiction compétente ne peut homologuer le concordat préventif que
si certaines conditions sont réunies. Il appartient au juge de procéder tantôt à un
contrôle de régularité juridique, tantôt à un contrôle d’opportunité.
redressement : cf. article 127 de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif.
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224 Ibid.
225 Sur les conditions d’opposabilité des délais aux « créanciers refusants », Voir Cour d’appel d’Abidjan, arrêt n° 1054 du 1 er déc. 2000,
obs. F. M. SAWADOGO.
226 L’article 1165 du Code civil, consacrant ce dernier principe, dispose : « Les conventions n’ont d’effet qu’entre les parties
2005, p. 508.
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111. Faudrait-il s’aligner sur l’opinion doctrinale qui voudrait que le concordat ait
une nature contractuelle pour les créanciers l’ayant accepté et, une nature judi ciaire
228
pour les autres ? Cette opinion ne paraît guère d’utilité en l’espèce tant est que, la
Cour de Cassation française, a, depuis fort longtemps, posé le principe selon lequel,
le concordat forme avec la décision d’homologation un tout indivisible 229. En
revanche, la notion de « contrat forcé » pourrait mieux expliquer la situation des
créanciers non consentants victimes d’une imposition judiciaire de délais. Pour la
doctrine, le contrat forcé est un « rapport juridique créé soit directement par la loi,
soit indirectement par l’intermédiaire du juge, sans la volonté des intéressés, mais
soumis aux règles des obligations contractuelles »230.
112. Dans l’hypothèse concernée, il y a bien un rapport juridique qui naît entre le
débiteur et les créanciers non consentants, créé par le juge, contre le gré de ces
derniers. Comme palliatif destiné à éviter que les créanciers non consentants ne
paralysent le redressement de l’entreprise, il eût été certainement plus judicieux de
s’inspirer du système français qui permet au juge, pour les créances non inclus dans
l’accord homologué, d’accorder au débiteur des délais de paiement prévus par le droit
commun231. Une telle disposition aurait permis de mettre les créanciers consentants à
l’abri des surprises pouvant résulter des exigences de créanciers non signataires de
l’accord.
231 Ces délais de paiement sont ceux de droit commun prévus par l’article 1244 -1 du Code civil français ; le règlement amiable issu de la
loi de 1984 ( cf. article 36, alinéa 8), puis à sa suite la procédure de conciliation issue de la loi de sauvegarde des entreprises du 26
juillet 2005 (cf. article L.611-7, alinéa 5 du Code de commerce) ont expressément prévu cette possibilité. Toutefois, s’agissant de
délais facultatifs, encore faut-il qu’ils soient expressément demandés.
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tire sa force que de la volonté des parties, de sa force obligatoire 232. Une telle position
mérite cependant d’être fortement nuancée et ramenée à sa juste proportion. Certes,
dans l’élaboration du concordat, le juge, sous réserve de la possibilité exceptionnelle
qui lui est offerte par la loi d’imposer des délais aux créanciers non consentants 233,
n’a en principe pas le pouvoir de modifier les accords concordataires, ni celui de tenir
compte de nouvelles propositions présentées par le débiteur en Cours d’instance
d’homologation. Mais il convient de se rappeler que, de manière générale en matière
d’homologation, le rôle du juge est de parachever un acte incomplet qui, sans son
intervention, serait dépourvu d’efficacité 234. De la sorte, l’acte et le jugement qui
l’homologue sont indissolublement liés l’un à l’autre et ne peuvent avoir d’effet l’un
sans l’autre car, c’est de leur conjonction que naissent les effets juridiques
recherchés.
114. Pour ce qui est précisément du concordat préventif OHADA, force est de
relever que la phase d’homologation est une étape obligatoire. Là est toute la
différence avec le règlement amiable français issu de la loi de 1984 dans lequel,
l’homologation de l’accord entre le débiteur et ses créanciers n’était obligatoire que
lorsque l’accord avait été conclu avec tous les créanciers et facultative lorsque
l’accord n’avait été conclu qu’avec les principaux créanciers 235. Le jugement
d’homologation du concordat préventif africain apparaît ainsi, en définitive, comme
une « condition de forme à caractère solennel », sans laquelle, l’accord entre le
débiteur et ses créanciers serait privé d’effets voulus par les parties. De même,
aujourd’hui, dans la procédure de conciliation française, l’accord entre le débiteur et
ses créanciers peut être soit seulement constaté par le Président du Tribunal, soit
homologué par le Tribunal.
115. Sur le fond, outre que la décision d’homologation du concordat met fin à la
mission de l’expert et permet au débiteur de recouvrer la liberté d’administration et
de disposition de ses biens, c’est à partir de son homologation que le concordat
préventif devient obligatoire pour tous les créanciers antérieurs, qu’ils soient
232 En ce sens voir notamment, « Procédure de règlement amiable et droit commun », Le nouveau droit des défaillances d’entreprises,
Dalloz coll. Thèmes et commentaires, 1995, p. 103 ; A. MARTIN-SERF, article précité.
233 Supra, n° 109.
234 I. BALENSI, article précité, n° 33.
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chirographaires ou munis de sûretés dans les conditions de délais et remises qu’ils ont
consentis au débiteur, sauf si le délai n’excédant pas deux ans, la juridiction
compétente l’a rendu opposable aux «créanciers refusants. » Il en est de même à
l’égard des cautions ayant acquitté les dettes du débiteur nées antérieurement à la
décision236. Ce qui veut dire que la caution doit payer la créance sans pouvoir exercer
un recours contre le débiteur principal 237.
236 Acte uniforme portant organisation des procédures d’apurement du passif, article 18, alinéa 1.
237 A comparer avec Cass. com. 5 mai 2004, n°01-03873, qui, pour éviter cela, décide que la caution bénéficie des délais et remises
accordés par un créancier dans un règlement amiable.
238 Y. GUYON, op. cit.
239 F. DERRIDA et J.P. SORTAIS, « Philosophie de la réforme », observations critiques, Petites affiches, n° spéc. 14 sept 1994, p. 6, n°
8.
240 Le soutien abusif est prévu par l’article 118 de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif
aux termes duquel : « les tiers, créanciers ou non, qui, par leurs agissements fautifs, ont contribué à retarder la cessation des
paiements ou à diminuer l’actif ou à aggraver le passif du débiteur peuvent être condamnés à réparer le préjudice subi par la masse
sur action du syndic agissant dans l’intérêt collectif des créanciers ».
241 En ce sens, F PEROCHON, op. cit., n° 70 pour les effets de l’homologation dans le cadre du règlement amiable.
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119. Quelle signification donner en effet à l’obligation faite par la loi au juge de
n’homologuer l’accord entre le débiteur et ses créanciers que si « les conditions de
242 Cette action prévue à l’article 183 de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif a pour but
de sanctionner civilement le dirigeant coupable de faute de gestion, ayant contribué à l’insuffisance de l’actif en cas de redre ssement
judiciaire ou de liquidation des biens de la personne
243 Il résulte des dispositions de l’article 184 de l’Acte uniforme portant organisation des procédures d’apurement du passif qu’en cas de
redressement judiciaire ou de liquidation des biens d’une personne morale, peut être déclarée personnellement en redressement
judiciaire ou en liquidation des biens, tout dirigeant qui a, sans être en cessation des paiements lui-même, poursuivi abusivement une
exploitation déficitaire qui ne pouvait conduire qu’à la cessation des paiements de la personne morale.
244 I. BALENSI, article précité, n° 49.
245 Il est à noter que les trois premières conditions sont, à quelque chose près, identiques à celles requises pour l’homologation du
concordat de redressement judiciaire ; voir article 127 de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement
du passif.
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120. Une certaine opinion soutient que, l’Acte uniforme étant peu explicite, l’on
pourrait se référer aux dispositions régissant le concordat de redressement judiciaire
ainsi qu’aux conditions de validité de tout contrat 246. Il y a lieu de se rallier à cette
dernière approche fort intéressante en rapport avec les pouvoirs du juge de
l’homologation. Elle permet de soutenir que, contrairement à ce qui est
traditionnellement affirmé sur les limites imposées au juge quant à l’appréciation de
la validité de l’acte à homologuer, le juge de l’homologation du concordat préventif
OHADA, détient les pleins pouvoirs de par la loi et est, par voie de conséquence,
compétent pour vérifier, outre la réunion des autres conditions légales exigées 247, si le
contrat passé entre le débiteur et ses créanciers est valide en tous points de vue,
conformément aux règles régissant les contrats.
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124. Même lorsque les parties sont d’accord, le droit des procédures collectives
obéit à des règles impératives qui ne sauraient être écartées et qui, dès lors,
nécessitent l’existence d’un contrôle tant est que, le juge est garant de l’ordre public
et de l’intérêt général. L’obstacle majeur que constitue, traditionnellement, la
méfiance des gestionnaires d’entreprises à l’égard du droit conduit tout opérateur
250 Y. CHAPUT, « L’office du juge dans le traitement précoce des difficultés », article précité, p. 99.
251 [Link], « La réforme des procédures collectives : le retour », les Petites Affiches, 4 novembre 2003, n° 220, p. 4. Cette
préoccupation est prise en compte par l’article L. 631-8, alinéa 2 du Code de commerce.
252 Voir article 7 de la loi du 26 juillet 2005 et sur la question, infra, n° 193.
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126. Le rôle du juge dans la prévention des difficultés de l’entreprise a été calqué
sur cette évolution comme en témoigne son intervention dans les procédures de
négociation amiable mises en place par le législateur (paragraphe 2). Mai s, bien avant
cela, beaucoup ont réclamé un système qui eût permis d’intervenir bien en amont de
la cessation des paiements. Dès 1975, le rapport Sudreau 256 a proposé l’instauration
de « clignotants » dont l’objectif aurait été de mettre en garde le chef d’entreprise
contre la survenance des difficultés. Les activités de prévention dans le traitement des
risques des défaillances d’entreprises se sont développées avec la crise économique à
partir de 1991 et il n’était plus question que le juge fût un simple spectateur passif
des retards généralisés dans la déclaration par le défaillant de la cessation de ses
paiements. Là aussi, le législateur a confié au juge une mission qui lui permet
d’exercer ce que M. PERROT appelle « une sorte de vigilance tutélaire sur les
entreprises ». Cette mission est exercée à travers l’exercice du droit d’alerte que lui
reconnaît la loi (paragraphe 1).
253 M. ROUGER, « Difficultés économiques et interventions judiciaires », Mélanges A. HONORAT, éd. Frison-Roche, 2000, p. 187 et s.
254 M. JEANTIN et P. LE CANNU, op. cit, n° 438.
255 Sur ce point, voir l’étude du CERCRID (Université de Saint-Etienne), « Pour une réflexion sur les mutations des formes du droit »,
Procès, 1982, n° 9, p. 5 et s.
256 Rapport présenté par P. SUDREAU, doc. Française, 1975 et notamment, p. 137 ; Voir aussi, R. BRUNOIS, « Les entreprises en
difficultés : les solutions préconisées par le Comité d’études présidé par P. SUDREAU et leur influence sur l’évolution de la législation
in « Aspects contemporains du droit des affaires de l’entreprise », Etudes Azard, CUJAS, 1980, p. 47.
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127. Pour favoriser une prise de conscience rapide des difficultés, lé législateur
français a mis en place ‘’un dispositif léger, souple et peu coercitif‘’257 inspiré du
rapport SUDREAU précité. Partant de l’idée selon laquelle, les dirigeants risquent de
ne pas voir ou de refuser de voir la réalité, ce rapport suggérait, en vu de favoriser la
détection précoce des difficultés, de reconnaître aux « diverses parties constitutives
de l’entreprise, le droit de mettre en œuvre une procédure spéciale lorsqu’elles ont
des éléments d’informations concordant et sérieux laissant présager l’existence de
difficultés qui peuvent être lourdes de conséquences…»258. C’est dans ce contexte que
la loi du 1 er mars 1984 a créé plusieurs procédures 259, dites procédures d’alerte
« destinées à attirer l’attention au sein de l’entreprise sur certains dangers menaçant
celle-ci »260.
129. Alors qu’en droit français, le juge joue un rôle capital dans l’exercice du droit
d’alerte (1), il n’en est rien en droit africain où le juge ne figure pas parmi les
personnes habilitées à déclencher cette procédure (2).
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261 J. PH HAEL, « La consécration du droit d’alerte du Président du Tribunal», commentaire de l’article 34 de la loi du 1 er mars 1984,
modifié par la loi du 10 juin 1994, relative à la prévention et au traitement des difficultés des entreprises, Les Petites Affiches, n° 117
du 30 septembre 1994, n° 15.
262 Selon les chiffres donnés par le Professeur Jean Philippe HAEL dans l’article précité, au niveau du Tribu nal de commerce de Paris,
ont ainsi respectivement reçus : 150 chefs d’entreprise en 1989, 600 en 1999, 1000 en 1991, 1800 en 1992, 2114 en 1993.
263 Il aurait fallu pour cela analyser les comptes déposés au greffe, ce qui a été manifestement impossible pou r le Président du Tribunal
ou un juge délégué.
264 Journée d’étude de l’Institut du droit de l’entreprise de l’université de Poitiers, 15 mai 1987 : « La prévention des difficultés des
entreprises après deux années d’application », J.C.P.E. 1987. II. 15066, P. 615.
265 J. Ph. HAEL, article précité, n° 34.
266 Ce renforcement des pouvoirs du Président du Tribunal résulte particulièrement des dispositions légales selon lesquelles, p ossibilité
lui ait donnée d’adresser, de sa propre initiative, une injonction d e faire à bref délai et sous astreinte, aux dirigeants d’une société
commerciale qui n’ont pas procédé au dépôt de leurs comptes annuels dans les délais prévus par les textes applicables (cf, Co de de
commerce, article L.611-II, nouveau).
267 Infra, n° 136 et s.
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132. Certes, des critiques se sont élevées ici et là à l’endroit de ces mécanismes
issues de droit de l’OHADA, lesquels mécanismes constituent une innovation pour la
plus part des Etats Parties au traité OHADA. Ces critiques ont porté tantôt sur le
caractère limitatif des bénéficiaires de l’alerte 268, tantôt sur le caractère limitatif et
facultatif de la lettre des associés 269, tantôt enfin sur le caractère vague et imprécis
des critères de déclenchement de l’alerte 270. D’aucuns sont même allés jusqu’à se
poser la question de savoir s’il ne fallait pas supprimer les procédures d’alerte en
vigueur dans l’espace OHADA 271.
133. Quelle que soit la pertinence de toutes ces critiques, le mérite qui revient au
législateur communautaire africain, est d’avoir prévu dans le dispositif cet outil de
prévention des difficultés des entreprises somme toute perfectible sur les points objets
des critiques sus énoncées.
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135. Le fait que le juge africain ne dispose pas du pouvoir de déclencher l’alerte, ne
signifie pas pour autant que ce dernier soit totalement absent des procédures d’alerte
entendu au sens large du terme. Le juge y est en effet présent dans le cadre du droit
d’alerte des associés. Il faut à cet égard rappeler qu’aussi bien dans les sociétés
anonymes que dans les autres sociétés, tout actionnaire ou tout associé peut, deux fois
par exercice, adresser des questions écrites au dirigeant de la société concernée 274 sur
« tout fait de nature à compromettre la continuité de l’exploitation »275 et ce,
indépendamment du pourcentage du capital détenu comme c’est le cas en France 276.
La réponse qui doit être faite dans un délai d’un mois, est alors adressée avec une
copie de la question à l’associé ou à l’actionnaire ainsi qu’au commissaire aux
comptes s’il en existe un. Mais, à côté de ces questions écrites, la procédure
d’expertise de gestion permet à un ou plusieurs associés représentant au moins le
cinquième du capital social, de demander soit individuellement, soit en se groupant
sous quelque forme que ce soit, « au Président de la juridiction compétente du siège
social, la désignation d’un ou de plusieurs experts chargés de présenter un rapport
sur une ou plusieurs opérations de gestion »277. S’il est fait droit à cette demande, le
juge détermine l’étendu de la mission et les pouvoirs des experts dont les honoraires
sont supportés par la société et dont les rapports sont adressés au demandeur et aux
organes de gestion, de direction ou d’administration278.
136. Il apparaît ainsi que l’intervention du juge en droit africain dans le cadre du
droit d’alerte des associés est une intervention indirecte donnant lieu à une procédure
au moins le dixième du capital social, cf. article 226-1 de la loi du 24 juillet 1966.
277 Acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, article 159. Pour l’application de ces
dispositions textuelles, v. CA d’Abidjan, arrêt n°376 du 2 mars 2004, sté METALOCK PROCESS Sarl C/ TOURREGUITART, Ohadata
J04-489 ; Rép. Quinquennal OHADA, 2000-2005, p.652.
278 Ibid., article 160.
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279En ce sens, Y. GUYON, Droit des affaires, op. cit., n°1060, p.66.
280A ce propos, il a précisément été jugé que l’expertise de gestion n’est pas en soit une procédure d’urgence et le juge des ré férés ne
pouvait intervenir en cette matière qu’en cas d’urgence (lorsque par e xemple, le retard dans la décision à intervenir risque de mettre en
péril les intérêts d’un ou de plusieurs associés), v. Tribunal Régional de Dakar, ordonnance de référé n°901 du 9 août 1999, Ohadata
J.02-198, Répertoire quinquennal OHADA, 2000-2005, p.653.
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141. Les premières sources d’information permettant d’évaluer l’état des dettes
d’une entreprise et ses éventuelles difficultés de gestion, sont les données disponibles
dans les greffes des tribunaux. Comme le relève fort à propos M. Michel ROUGER,
état civil et casier judiciaire de l’entreprise, le greffe est le comptable de la naissance,
de la mortalité et des prémices des défaillances des entreprises. Les principaux
critères de détection dont dispose le juge en provenance du greffe sont ainsi
constitués notamment par les inscriptions de privilège du trésor, de l’URSSAF et des
protêts, la perte de plus de la moitié du capital social, les capitaux propres devenus
inférieurs à la moitié du capital social, les démarches de report des dates
d’assemblées générales, les radiations à l’audience après désistement dans le cadre
des demandes de redressement judiciaire, les demandes de paiement et injonctions de
payer multiples à l’encontre d’une même entreprise, le non dépôt des comptes
annuels. Le traitement informatisé de ces informations permet d’établir un panel de
clignotants et de ratios.
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142. Des sources d’information externes peuvent permettre au juge d’être informé
de la situation de l’entreprise au cas où le chef d’entreprise est réticent à donner des
informations utiles. Ces secondes sources d’information résultent des dispositions de
l’alinéa 2 du nouvel article L 611-2 du Code de commerce. En vertu de ce texte et, à
l’issue de l’entretien ou si les dirigeants ne se sont pas rendus à sa convocation, «le
Président du Tribunal peut, nonobstant toute disposition législative ou réglementaire
contraire, obtenir communication, par les commissaires aux comptes, les membres et
représentants du personnel, les administrations publiques, les organismes de sécuri té
et de prévoyance sociale ainsi que les services chargés de la centralisation des
risques bancaires et des incidents de paiements, des renseignements de nature à lui
donner une exacte information sur la situation économique et financière du
débiteur».
143. Le pouvoir spécial qui permet d’obtenir des tiers des informations fiables sur
la situation économique et financière de l’entreprise a, à l’évidence, une utilité
psychologique certaine. Elle permet de faire planer une menace plus nette sur les
chefs d’entreprise qui ne réagissent pas vigoureusement aux difficultés, sans qu’il y
ait toutefois, à leur encontre, une contrainte immédiate.
144. En dépit des pouvoirs d’investigation assez étendus dont dispose le Président
du Tribunal, celui-ci, dans la pratique et, au regard même de l’objectif poursuivi par
cette procédure, exerce son droit d’alerte avec souplesse.
145. Même s’il faut admettre à la faveur de la réforme française du 10 juin 1994,
en rapport avec le droit d’alerte du Président du Tribunal que celui-ci est devenu la
« véritable clé de voûte de la prévention »281, l’on doit également reconnaître que
cette mission d’alerte reconnue au juge ne constitue qu’une faculté pour lui. A cet
égard, l’article 34 nouveau de la loi du 10 juin 1994 précise que les dirigeants
281 [Link], « Le traitement non judiciaire des difficultés des entreprises » in La réforme de droit des entreprises en difficultés,
Montchrétien, 1995, p. 13 et s.
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« peuvent être convoqués. » Il ne dispose pas que les dirigeants « sont »convoqués. Il
en résulte que rien n’oblige le juge à convoquer les dirigeants de toutes les entreprises
dont la situation alarmante lui aura été signalée.
146. Par ailleurs, la loi laisse aux présidents des tribunaux, une totale liberté
quant à l’organisation du déroulement de l’alerte. Tout au plus se borne -t-elle à
indiquer la finalité de l’entretien qui, faut-il le rappeler, est d’envisager les mesures
propres à redresser la situation de l’entreprise. Des précautions sont prises afin que la
convocation du chef d’entreprise par le juge garde un caractère confidentiel 282 et que
l’entretien se déroule dans un climat convivial.
282 Sur le caractère confidentiel du droit d’alerte du Président du Tribunal, v . infra, n° 838.
283 Y. GUYON, op. cit, n° 1061
284 En ce sens, A. M. ROMANI, « Les techniques de prévention des risques de défaillance des entreprises » in, « Procédures collectives
et droit des affaires, morceaux choisis : mélanges en l’honneur d’Adrienne HONORAT », éd. Frison-Roche, 2000, p.172, spéc. p. 179.
285 Cette situation est déplorée par une certaine doctrine. En ce sens, voir F. DERRIDA, J. P. SORTAIS, « Philosophie de la réforme,
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occasion, que l’entreprise était redressable et que, par voie de conséquence, il n’y
avait pas lieu à dépôt de bilan. La chambre commerciale de la Cour de cassation a
rejeté net ce moyen de pourvoi en énonçant que : « la responsabilité de l’absence de
déclaration de cessation des paiements dans le délai incombe exclusivement au
dirigeant, même dans le cas où, il n’a différé sa déclaration que sur les conseils d’un
tiers288. »
149. Quel peut être le résultat de l’entretien entre le juge et le chef d’entreprise ?
Plusieurs hypothèses sont envisageables. Lorsque le redressement de l’entreprise
paraît possible, le Président du Tribunal peut inviter le chef d’entreprise à recourir à
la procédure de conciliation. Lorsqu’au contraire, la cessation des paiements est déjà
intervenue, il invitera le chef d’entreprise à déposer le bilan. Dans cette dernière
hypothèse, l’on est en droit de s’interroger, à juste titre, sur le point de savoir si le
juge ayant convoqué un dirigeant dans le cadre de la procédure d’alerte peut
intervenir dans la procédure collective ultérieure sans qu’il se pose un problème
d’ « impartialité fonctionnelle »290. Même si le droit à un procès équitable n’impose
peut-être pas, de manière absolue, au juge ayant connu de la « prévention détection »
d’intervenir dans la procédure collective, selon M. ROUSSEL GALLE 291, un tel juge
pourra toujours être soupçonné de partialité dès lors qu’il aura pris connaissance
auparavant de divers éléments que le dirigeant lui aura confiés sans crainte lors de
l’entretien. Aussi, cet auteur suggère-t-il d’éviter qu’un même juge intervienne dans
288 Com. 30 novembre 1993, Le quotidien juridique, 19 mai 1994, p. 2 ; Bulletin Joly, 1994, p. 410, n°122, note PETEL.
289 Y. GUYON, op. cit, n° 1061.
290 Sur la question de l’indépendance et de l’impartialité du juge de l’entreprise en difficulté, v. infra, n° 1420 et s.
291 Ph . ROUSSEL GALLE, Réforme du droit des entreprises en difficulté, de la théorie à la pratique, Litec, 2 e édit., n° 65, p. 41.
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152. La procédure judiciaire n’est pas la seule voie de résolution des difficultés de
l’entreprise : la conclusion d’un accord d’amiable sérieux est, depuis longtemps,
reconnue comme un instrument amiable fiable, le débiteur étant le mieux à même
d’apprécier la procédure la mieux adaptée à sa situation 296.
153. Cependant, il faut reconnaître que le règlement des difficultés des entreprises
réalisé par des procédés non juridictionnels a longtemps été perçu avec méfiance en
292 Ibidem.
293 Sur cette possibilité, v. Infra n° s 397 et s.
294 Ordonnance n° 2008-1345 du 18 décembre 2008 portant réforme du droit des entreprises en difficulté, JO du 19 décembre, modifiée
par l’ordonnance n° 2009-112 du 31 janvier 2009 portant diverses mesures relatives à la fiducie, art. 11, JO du 31 janvier 2009.
295 Code de commerce, article 2, alinéa 1 issu de l’article 2 de l’ordonnance du 18 décembre 2008.
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droit français à l’instar du concordat préventif 297. Il est apparu, de manière générale
que, bien que susceptible d’aboutir au sauvetage d’entreprises, le concordat amiable
présentait des inconvénients notables. De fait, dans les périodes troubles précédant ou
entourant la cessation des paiements, des fraudes et des chantages sont à craindre
aussi bien de la part du débiteur que de la part des créanciers 298. Du reste, l’exécution
d’un tel concordat ne peut qu’être précaire du fait de l’apparition éventuelle d’un
nouveau créancier qui, faisant valoir d’un seul trait tous ses droits, peut entraîner le
débiteur vers une cessation des paiements prématurée. Enfin, les accords amiables ne
mettent pas les parties à l’abri d’actions en responsabilité dans l’hypothèse de m ise en
redressement judiciaire ou de liquidation ultérieure des biens du débiteur. Pour toutes
ces raisons, le contrôle de l’autorité judiciaire s’est avéré nécessaire.
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306 Il en est ainsi du Cameroun, v. en ce sens : J. H. ROBERT, le droit des sociétés commerciales de l’ex -Cameroun Oriental, cours
polycopié, Université de Yaoundé, 3 ème année de Licence en droit, éditions Clé, 1980, p. 49 et s. ; J. M. NYAMA, Stratégie et
perspectives du droit de la faillite au Cameroun, thèse, Paris, 1980, p. 48 ; P. NGUIHE KANTE, thèse précitée, n° 110 et s ; Pour la
jurisprudence, v. CA de Douala, arrêt n° 38/REF du 10 février 1999, note Y. KALIEU, juridis périodique, n° 42, p. 45 et s.
307 Sur la question, v. notamment P. N. FERRAND, « Le mandataire ad hoc dans le cadre de l’article 35 de la loi n° 84 -148 du 1 er mars
1984 », Les Petites Affiches, 8 janvier 1996, p. 12 ; lettre de l’observatoire consulaire des entreprises en difficulté, » le mandat ad
hoc, mode d’emploi, juillet 1995, n° 3, p. 23 ; G. BOLARD, « Administration provisoire et mandat ad hoc : du fait au droit », J.C.P.
édition G. 1996, I, n° 3882, p. 439.
308 PICARD, « Le mandat ad hoc : un instrument à redécouvrir », Les Petites Affiches, 14 juin 2007, p. 7.
309 En ce sens, Ph. ROUSSEL GALLE, Réforme du droit des entreprises en difficulté, op. ci t., n° 96, p.55.
310 Code de commerce, article R.600-2, alinéa 1, ancien article 2 du décret du 28 décembre 2005.
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mandataire ad hoc doit être déterminé en accord avec le débiteur, à la fois parce que
la mise en place de ce dispositif repose sur sa seule initiative et parce que le
mandataire est rémunéré par ce dernier et que, de surcroît, la réussite du mandat ad
hoc paraît peu probable sans sa participation 321. Il n’empêche que le mandataire ad
hoc doive rester indépendant des parties 322.
165. Le mandat ad hoc n’affecte pas les pouvoirs et les obligations du chef
d’entreprise. Celui-ci conserve ses prérogatives et continue de gérer l’entreprise sans
être dessaisi. Il reçoit l’assistance du mandataire ad hoc qui ne saurait se substituer à
lui. En réalité, le rôle du mandataire ad hoc consiste à assister le « chef d’entreprise
pour restaurer la confiance entre le débiteur et ses créanciers, et rechercher la
conclusion d’un accord permettant d’assurer la pérennité de l’entreprise (maintien
de l’activité et de l’emploi) en recherchant la convergence entre ce que l’entreprise
en difficulté peut consentir et ce que les principaux créanciers peuvent accepter 323 ».
La mission du mandataire ad hoc ne saurait cependant le conduire à s’immiscer dans
la gestion de l’entreprise 324. Il n’est mandataire ni du débiteur, ni des créanciers et il
est indiqué qu’il conserve à leur égard la plus grande indépendance. En revanche, son
rôle peut être comparé à celui d’un médiateur au sens de l’article 131-1 du Code de
procédure civile français 325.
321 Ph. ROUSSEL GALLE, Réforme du droit des entreprises en difficulté, op. cit., pp. 59 et 60, n° 105.
322 En ce sens, E. DOUHAIRE, « Le rôle du mandataire ad hoc et du conciliateur », in La prévention des difficultés des entreprises.
Analyse des pratiques juridiques, PU Aix-Marseille, 2004, p. 127.
323 A. REINS, in Table ronde, l’application de la loi de sauvegarde des entreprises », cah. dr. entr., janv-févr. 2006, p. 11, spéc. p.15.
324En ce sens, Ph. ROUSSEL GALLE, Réforme du droit des entreprises en difficulté, op. cit., n° 105, p.60.
325 Th. MONTENAN, « Médiation et sauvegarde des entreprises », in La lettre de l’observatoire consulaire des entreprises en difficulté,
juin 2005,n° 26, p.8, 2 e col.
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168. A la différence du conciliateur dont la mission est fixée à quatre mois plus un
à sa demande326, la durée de la mission du mandataire ad hoc, quant à elle, n’est
enfermée dans aucun délai comme dans le régime antérieur à la loi du 26 juillet 2005.
14.
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329 Sauf en matière agricole où une procédure spéciale de règlement amiable est encore en vigueur.
330 Sur cette procédure, v. notamment : MONTERAN, « La réforme de la prévention des difficultés », D.2009. 639 ; MACORIG-VENIER,
« L’anticipation des difficultés… Approche comparatiste », in Qu’en est-il du Code de commerce200 ans après ? LGDJ, 2009, p. 339 ;
ROHART-MESSAGER, « L’amélioration de la prévention », GPC, 7 mars 2009, p.5 ; DELATRE, « Prévention : amélioration de la
conciliation », RPC 2009-1, p.6, et chron. Les Petites Affiches, 19 oct. 2005, p.3 ; Ph. ROUSSEL GALLE, « Etude prévention des
difficultés », in DPA, 2009 et Les Petites Affiches, 12 juil. 2006 ; SORTAIS, « les mécanismes d’alerte et de conciliation », Rev. Banque,
édit.2007, n°33s et 41s.
331 Code de commerce, article L.611-7. L’article L. 351-4 du Code rural dispose que la mission du conciliateur est de « favoriser le
règlement de la situation financière de l’exploitation agricole par la conclusion d’un accord amiable (…) sur les délais de paiement ou de
remises de dettes ».
332 Exposé des motifs du projet de loi de sauvegarde des entreprises, p. 6.
333 En ce sens, F. X. LUCAS, « L’ouverture de la procédure collective », in La réforme des poursuites collectives, Les Petites Affiches, n°
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
174. L’article 5 de la loi du 26 juillet 2005 de sauvegarde des entreprises qui crée
un nouvel article L.611-4 du Code de commerce institue la procédure de conciliation
en ces termes : « Il est institué, devant le Tribunal de commerce, une procédure de
conciliation dont peuvent bénéficier les personnes exerçant une activité commerciale
ou artisanale qui éprouvent une difficulté juridique, économique ou financière avérée
ou prévisible, et ne se trouvent pas en cessation des paiements depuis plus de
quarante cinq jours». Aux termes des dispositions de l’article L. 611-5, cette
procédure est également applicable « aux personnes morales de droit privé et aux
personnes physiques exerçant une activité professionnelle indépendante, y compris
une profession libérale soumise à un statut législatif ou règlementaire ou dont le titre
est protégé »
176. En ce qui concerne d’abord les conditions d’ouverture, elles sont relatives
tantôt aux personnes habilitées à recourir à cette procédure, tantôt aux modalités
procédurales.
335 Supra, n° s 60 et s.
336 Rapp. Sénat n° 335, t.1, p. 104, J.-J. HYEST.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
179. La première condition posée par l’article L.611-4 susvisé, tient au fait que le
débiteur concerné doit éprouver « une difficulté juridique, économique ou financière,
avérée ou prévisible ». En vue de favoriser la prévention, ce texte autorise l’ouverture
très précoce de la conciliation sous le contrôle du juge 338 puisque, le débiteur n’a plus
nécessairement à attendre que ses difficultés soient avérées, il suffit qu’elles soient
prévisibles 339. Cette formule assez souple est de nature à « renforcer le pouvoir
d’appréciation du juge sur l’opportunité d’ouvrir la procédure »340, le législateur se
refusant, semble t-il, à lui imposer un cadre trop strict 341. Quant à la nature des
difficultés, la formule employée par le texte de loi est vaste. Il peut s’agir de
problèmes financiers matérialisés par des retards de paiement, ou encore de la rupture
d’un crédit, mais également d’une difficulté juridique comme par exemple un conflit
entre associés, ou d’une difficulté économique liée à un secteur d’activité donné 342.
180. La deuxième condition posée par l’article L.611-4 du Code de commerce pour
bénéficier de la procédure de conciliation, est l’absence de « cessation des paiements
durable » : le débiteur ne doit pas être en état de cessation des paiements depuis plus
337 Sauf pour ces dernières, s’il s’agit de sociétés commerciales, [Link] rural, article L.351 -1, alinéa 3.
338 [Link] et R. BONHOMME, op. cit., n° 66, p. 51.
339 L’innovation doit être relativisée à cet égard dès lors que le règlement amiable agricole peut être ouvert du moment où les difficultés
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de quarante-cinq jours 343. D’aucuns pensent qu’il y a là, une innovation très
pragmatique de la loi du 26 juillet 2005 dans la mesure où, le débiteur a, même en cas
de cessation des paiements récente, une dernière chance de résoudre à l’amiable ses
difficultés 344. Cette solution discrète admise en matière agricole 345, avait été surtout
été consacrée par la Cour de cassation française laquelle, dans un arrêt rendu en date
du 14 mai 2002, aux termes duquel, elle avait « audacieusement » décidé qu’il devait
être tenu compte des reports d’échéance consentis par les créanciers dans l’accord
amiable pour apprécier, a posteriori, la cessation des paiements 346. La loi du 26 juillet
2005 offre en somme au débiteur beaucoup plus de souplesse et, partant, des
alternatives dont il importe de comparer les termes : s’il n’est pas en état de cessation
des paiements, le débiteur peut hésiter entre la conciliation et la sauvegarde ; dans le
cas contraire, entre la conciliation et le redressement judiciaire 347. D’où le reproche
adressé parfois au législateur de « brouiller les critères de ventilation des
procédures »348 , un auteur évoquant d’ailleurs « un certain obscurantisme, source
d’insécurité juridique »349 .
181. La troisième condition posée par la loi pour la mise en œuvre de la procédure
de conciliation est l’absence de conciliation antérieure en Cours dans les trois mois
précédant la demande. Cette condition négative de recevabilité résulte de la nouvelle
rédaction de l’article L.611-6, alinéa 2 du Code de commerce telle qu’issue de
l’ordonnance du 18 décembre 2008, lequel énonce qu’ « une nouvelle conciliation ne
peut être ouverte dans les trois mois qui suivent ». A ce propos, l’article R.611-22, 5°
du Code de commerce exige que le demandeur joigne à sa requête une « attestation
sur l’honneur » certifiant l’absence de procédure de conciliation dans les trois mois
précédant la date de la demande. En cas d’existence d’une procédure de conciliation
avortée, le texte impose donc un « délai de carence » de trois mois pour introduire
une nouvelle demande. L’objectif recherché par cette disposition textuelle est sans
343 Les articles L.631-4 et L.640-4 du Code de commerce imposent en effet au débiteur de solliciter l’ouverture du redressement judiciaire
ou de la liquidation judiciaire dans les quarante-cinq jours qui suivent la cessation des paiements sauf, précisément, s’il a demandé
l’ouverture de la conciliation.
344 F. PEROCHON et R. BONHOMME, op. cit., n° 67.
345 L’article L.351-1 du Code rural n’exige pas en effet l’absence de cessation des paiements.
346 Com., 14 mai 2002, n° 98-22446, B. 87, JCP E 2002, 1380, n° 2, obs. PETEL ; D. 2002.1837, obs. LIENHARD, et 2003, 615, M.
MARTINEAU-BOURGNINAUD.
347 V. spéc. sur les choix du débiteur, CHAPUT, JCP G 2005, I. 184, n°s 14 et 21s ; BARBIERI, RPC 2005.346 ; PATUREAUX, Les
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183. Le Président du Tribunal est par la suite, tenu de désigner un conciliateur pour
une période n’excédant pas quatre mois, mais qui peut être prorogée d’un mois au
plus tard à la demande de ce dernier par décision motivée 354. Il convient de rappeler
que dans le droit africain, le rôle de conciliateur est assuré par l’expert désigné par le
juge dans le cadre du règlement préventif, expert chargé de faire rapport notamment
sur la situation économique et financière de l’entreprise ainsi que ses perspectives de
redressement 355.
184. La mission du conciliateur désigné par le juge français voit son champ
d’application plus élargi que dans l’ancien règlement amiable356. En effet, selon
l’article L.611-7 du Code de Commerce, le conciliateur a désormais pour mission
de « favoriser la conclusion entre le débiteur et ses principaux créanciers ainsi que,
le cas échéant, ses cocontractants habituels, d’un accord amiable destiné à mettre fin
aux difficultés de l’entreprise ». Il peut également présenter toute proposition se
350 Ph. ROUSSEL GALLE, Les Petites Affiches, 24 déc. 2008, p.3, n° 8.
351 Pour A. LEINHARD, Code 2009, p. 119, cette méfiance ne s’imposait pas dans la mesure où, le juge est à même d’apprécier
l’opportunité d’ouvrir ou non une nouvelle conciliation ; DELATTRE, RPC 2009-1, p. 37, n° 9.
352 Loi du 26 juillet 2005, article 5, nouvel article 611-6, alinéa 1 du Code de commerce.
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187. Le juge français doit d’abord tenir compte des dispositions légales aux termes
desquelles, la mission de conciliateur ne peut être exercée par une personne ayant, au
Cours des vingt-quatre mois précédents, perçu, à quelque titre que ce soit,
directement ou indirectement, une rémunération ou un paiement de la part de
l’entreprise concernée, ou d’une personne qui en détient le contrôle ou est contrôlée
par elle, sauf s’il s’agit d’une rémunération perçue au titre d’un mandat ad hoc ou
d’une mission de règlement amiable ou de conciliation réalisée pour le même débiteur
ou le même créancier 361. Le juge doit ensuite tenir compte de ce que les fonctions de
conciliateur ne peuvent être confiées à un juge consulaire en fonction ou ayant quitté
ses fonctions depuis moins de cinq ans 362. Il appartient au juge français de vérifier, au
357 L’article L.351-4, alinéa 2 du Code rural est plus précis sur la mission du conciliateur.
358 Ibid.
359 Loi de sauvegarde des entreprises, article 6, nouvel article L. 611-7 du Code de commerce.
360 Article 89 de la loi du 26 juillet 2005, nouvel article L. 631 -4, alinéa 2 du Code de commerce.
361 Loi de sauvegarde des entreprises, article 10, nouvel article 611 -7, 611-13 du Code de commerce.
362 Ibid.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
préalable, que toutes les conditions légales sont réunies en la personne du conciliateur
pressenti.
188. S’agissant de l’issue de la procédure, il faut souligner que, bien que le recours
à la procédure de conciliation soit de l’initiative du débiteur, le droit français de la
prévention a rejoint le droit africain en instituant un contrôle judiciaire sur l’accord
passé entre le débiteur et ses créanciers par le biais d’une homologation. Toutefois en
la matière, force est de reconnaître qu’il s’est opérée une évolution notable en droit
français entre la situation antérieure à la loi du 26 juillet 2005 et celle issue de cette
loi.
189. Comme il a été déjà rappelé363, dans la procédure de règlement amiable issue
de la loi du 1 er mars 1984, l’homologation était systématique lorsque l’accord avait
été conclu avec tous les créanciers et facultative lorsque l’accord n’avait été conclu
qu’avec les principaux créanciers. Avec la loi du 26 juillet 2005, l’homologation
devient purement et simplement facultative. Ainsi, la loi nouvelle offre au débiteur le
choix entre une simple « constatation » sans effet juridique nouveau vis-à-vis des
tiers par rapport au régime antérieur, mais sans non plus, une mesure particulière de
publicité364 et, une homologation judiciaire en bonne et due forme. Dans l’hypothèse
de l’accord amiable simplement constaté, le Président du Tribunal et non le Tribunal
tout entier, sur la requête conjointe des parties, constate l’accord intervenu entre les
parties et donne à celui-ci force exécutoire 365. Il s’agit là, selon un auteur, d’une sorte
d’ « homologation visa ». Le juge statue au vu d’une déclaration certifiée du débiteur
attestant qu’il ne se trouvait pas en cessation des paiements lors de la conclusion de
l’accord, ou que ce dernier y met fin 366. La décision constatant l’accord n’est pas
soumise à publication et n’est pas susceptible de recours, elle met fin à la procédure
de conciliation 367.
367 Ibid.
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son existence, sans en analyser en quoi que ce soit le contenu qu’il n’est pas cens é
apprécier368. Il a été soutenu que le juge n’avait pas néanmoins « à se prêter à une
mascarade » et devait refuser ce constat « si l’attestation du débiteur était
manifestement mensongère, au vu de l’évidence de la cessation des paiements »369.
Mais, il a également été soutenu que bien qu’une telle analyse soit pertinente, une
telle possibilité doit rester d’un usage très exceptionnel dans la mesure où, d’une part,
le Président du Tribunal ne dispose d’aucune information lui permettant d’avoir une
telle connaissance et, d’autre part, il ne doit pas être conduit à rechercher diverses
informations sur l’état de l’entreprise de peur d’aboutir à un dévoiement du dispositif
de constatation en raison du risque lié à une appréciation indirecte par lui de
l’accord370.
192. Si la confidentialité de l’accord est maintenue, en ce sens que celui-ci n’est pas
soumis à publication, elle a cependant comme contrepartie une certaine insécurité
puisque, la constatation n’a aucune autorité de la chose jugée concernant l’état de
cessation des paiements, le Président du Tribunal n’ayant pas qualité pour vérifier
l’existence ou non d’une telle situation.
368 En ce sens, F. MACORIG-VENIER, « Du règlement amiable à la conciliation », RPC 2005, p.354, 1 re col.
369 F. PEROCHON et R. BONHOMME, op. cit., n° 89, p. 70.
370 Ph. ROUSSEL GALLE, Réforme du droit des entreprises en difficulté, op. cit., n° 223, p.116.
371 Rapp. Sénat n° 335, t.1, p. 123, J.-J. HYEST.
372 Dans la pratique, l’accord est constaté par une ordonnance du Président du Tribunal qui y fait apposer la formule exécutoir e par le
greffier. A cette ordonnance, est annexée la déclaration certifiée du débiteur (cf. Code de commerce, article R.611 -39), par laquelle,
celui-ci atteste qu’il ne se trouvait pas en état de cessation des paiements lors de l’accord, ou que ce dernier y met fin (cf. Code de
commerce, article L. 611-39).
373 En ce sens, H. CROZE, Loi de sauvegarde des entreprises (II). Mandat ad hoc et procédure de conciliation : Procédures nov. 2005, n°
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n’est pas en cessation des paiements ou l’accord conclut y met fin, les termes de
l’accord sont de nature à assurer la pérennité de l’activité de l’entreprise, l’accord ne
porte pas atteinte aux intérêts des créanciers non-signataires 375. C’est donc un organe
collégial qui est amené à statuer sur l’homologation de l’accord par le biais non pas
d’une ordonnance, mais d’un jugement rendu contradictoirement 376. Cette innovation
s’expliquerait par l’importance des effets juridiques attachés à l’homologation377.
194. L’homologation de l’accord entre le débiteur et ses créanciers telle que faite
par les juges préventifs africain et français suscite quelques réflexions. En effet, il ne
saurait être contesté que, comme son homologue africain 378, le juge préventif français,
dans le cadre de l’homologation de la procédure de conciliation, statue après avoir
procédé à une vérification juridictionnelle. En termes de contrôle de régularité
juridique notamment, il lui appartient en l’occurrence, de vérifier préalableme nt à
l’octroi de son aval, que toutes les conditions cumulatives posées par le nouvel article
611-8 du Code de commerce sont réunies. Toutefois, contrairement au dispositif
africain issu du règlement préventif dans lequel le juge n’homologue le concordat q ue
si, en autres, ses conditions de validité sont réunies comme pour tout contrat 379, le
dispositif français de la procédure de conciliation ne prévoit pas, de manière
expresse, une telle exigence. On pourrait en déduire que ce dispositif n’intègre pas
l’ensemble des points inhérents à la validité de tout contrat, à telle enseigne qu’il est
toujours à craindre que la vérification faite par le juge français soit restreinte et ne se
cantonne qu’aux seuls points que le législateur a bien voulu soumettre à son co ntrôle.
195. Le législateur français ne semble pas avoir ainsi autorisé le juge à vérifier si
l’accord passé entre le débiteur et ses créanciers est valide en tous points de vue, au
regard des règles régissant le droit commun des contrats, même si, à cet égard , ses
pouvoirs de vérification, à première vue, paraissent supérieurs à ceux dont il dispose
dans le cadre de la procédure de sauvegarde.
375 Loi du 26 juillet 2005, article 7, nouvel article 611-8, alinéa 2 du Code de commerce.
376 Code de commerce, article L.611-9.
377 En ce sens, Ph. ROUSSEL GALLE, Réforme du droit des entreprises en difficulté, op. cit., n° 234, p.119.
378 Supra, n° 106.
379 Acte uniforme OHADA portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 15 -2.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
198. L’intervention du juge dans le cadre de cette procédure est une intervention à
géométrie variable. Les pouvoirs du juge diffèrent en effet selon que celui-ci
intervient préalablement à l’adoption du plan de sauvegarde (1), dans le cadre de
l’adoption dudit plan (2) ou, en rapport avec son inexécution (3).
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200. De manière générale, il apparaît que le juge joue un rôle décisif dans la
fixation de la période d’observation au Cours de laquelle, le débiteur jouit d’une
protection très étendue de manière à reconstituer ses forces et à préparer la
réorganisation de son entreprise 383. La loi impose en effet une durée maximale de la
période d’observation de six mois 384. Le Tribunal peut cependant renouveler cette
période une fois à la demande de l’administrateur, du débiteur, du débiteur, ou du
Ministère public. Une prorogation exceptionnelle de six mois au maximum est
toujours encore possible ce, à la demande exclusive du Ministère public 385. Lorsqu’il
s’agit d’une exploitation agricole, le Tribunal peut, de manière plus souple, proroger
la période d’observation « en fonction de l’année culturale en Cours et des usages
spécifiques aux productions de l’exploitation »386.
382 Loi du 26 juillet 2005, article 22, nouvel article 621-12 du Code de commerce.
383 F. PEROCHON et R. BONHOMME, op. cit., n° 228, p. 212.
384 Code de commerce, article L.621-3.
388 Ibid.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
203. A ces pouvoirs du juge, viennent s’ajouter ceux liés à l’élaboration du plan de
sauvegarde.
389 Ibid.
390 Ibid.
391 Selon l’article L.639-9 du Code de commerce, la réalisation physique de l’inventaire se fait en principe avec le concours d’u n
commissaire-priseur judiciaire, d’un huissier, d’un notaire ou d’un courtier en marchandises assermenté désigné par le Tribunal.
392 La pensée (qui permet d’avoir une évaluation des biens du débiteur par un tiers professionnel) n’est plus obligatoire depui s l’entrée en
vigueur de l’ordonnance du 18 décembre 2008 dont les rédacteurs ont estimé qu’elle constituait une mesure de défiance envers le
débiteur, peu compatible avec l’esprit de la procédure.
393 Code de commerce, articles L.622-6-1 et R.622-4-1.
394 Loi du 26 juillet 2005, article 58, nouvel article 626-1 du Code de commerce.
395 Ibid.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
a) La contractualisation de la procédure
206. La conclusion d’un accord amiable entre le débiteur et ses créanciers a, de tout
temps, été considéré en droit français comme un instrument fiable de solution des
difficultés de l’entreprise. Mais, il ne saurait être contesté que même dans ce
contexte, la loi française du 25 janvier 1985 est venu accroître énormément les
pouvoirs des organes juridictionnels, instituant ainsi un quasi « dirigisme
judiciaire »399. Cette forte judiciarisation de la procédure, outre qu’elle réduisait la
participation des créanciers au redressement de l’entreprise à la portion congrue,
396 V. article 15-2 de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif qui énonce que : la juridiction
compétente homologue le concordat préventif, si celui-ci offre des possibilités sérieuses de redressement de l’entreprise, de règlement
du passif et des garanties suffisantes d’exécution.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
207. La réforme opérée par la loi du 26 juillet 2005 constitue donc la réponse à
cette situation. Elle tend à privilégier une approche plus contractuelle du droit
français des entreprises en difficulté, de manière à intégrer pleinement les créanciers
dans le déroulement de la procédure 401. Cette intégration s’est introduite par
l’instauration des comités de créanciers dans les procédures de sauvegarde et de
redressement judiciaire 402. Ces comités sont en effet conçus comme des « moteurs
possibles de l’adoption du plan de sauvegarde ou de redressement »
400 Avis de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comp tes économiques de la Notion du sénat sur le projet de loi de
sauvegarde des entreprises, p. 15.
401 Ibid.
402 Loi du 26 juillet 2005, article 83, nouveaux articles L. 626 – 29 et s. du Code de commerce.
403 J.-L VALLENS, [Link], sept.2005, p.13, n° 11, D. 2004, p. 2420; R. DAMMANN, “Les comités des créanciers”, RDLA, mars
2006, p.65; G. BREMOND et E. SCHOLASTIQUE, « Réflexions sur la composition des comités… », JCPE 2006 : 1405.
404 DEHARVENG, [Link]. Lamy comm., n°182, nov.2005,p.5.
405 Loi du 26 juillet 2005, article 83, nouvel article L. 626-29 du Code de commerce.
406 L’article 162 du décret du 28 décembre 2005, devenu le nouvel article R.626 -52 du Code de commerce fixe ainsi les seuils : cent
cinquante (150) salariés et vingt millions d’euros de chiffres d’affaires hors taxes. Il en résulte que si l’entreprise a plus de cent
cinquante (150) salariés ou réalise plus de vingt millions d’euros de chiffre d’affaires hors taxes par an, les comités de cr éanciers sont
obligatoires.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
créanciers en deçà des seuils prescrits 407. En ce cas, les comptes de l’entreprise
devront également être certifiés par un commissaire aux comptes ou établis par un
expert comptable. 408
209. Il faut préciser que les règles de constitution des comités des créanciers ont été
revisitées par l’ordonnance du 18 décembre 2008 et le décret du 1é février 2009. Elles
sont à la fois plus précises et plus souples que les précédentes 409 et mettent fin à
d’importantes incertitudes ainsi qu’à un inutile « carcan des délais »410. Tout doit être
fait (constitution et vote des comités) dans un délai de six mois à compter du
jugement d’ouverture 411. L’article L.626-30 du Code de commerce prévoit la
constitution par l’administrateur ou l’administrateur désigné à cette seule fin, s ’il
n’en existe pas, de deux comités : un comité des établissements de crédit et un comité
des principaux fournisseurs de biens de service, auquel s’ajoute un troisième comité
qui ne dit pas son nom, en l’occurrence l’assemblée générale des obligataires.
407 Ibid.
408 Rapport J-J. HYEST, n° 335, p.294.
409 [Link] et [Link], [Link]., n° 339, p. 344.
410 FRAMONT, RPC 2009-1, p.84, n° 24. L’on se rappellera que les textes de 2005 fixaient avec minutie chaque étape de la mise en
place et du fonctionnement des comités, ce qui était à la fois contraire à la philosophie contractuelle du dispositif et très gênant en
pratique.
411 Code de commerce, article L. 626-34.
412 V. Code de commerce, article L. 626-30, alinéa 1, in fine : « la composition des comités est déterminée au vu des créances nées
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
212. De manière concrète, toutes les personnes ayant acquis des créances
antérieures sur le débiteur sont membres de droit du comité des établissements de
crédit, peu important le procédé d’acquisition dont il n’est d’ailleurs même pas requis
qu’elle ait eu lieu à titre onéreux 414. L’article L. 626-30-1 du Code de commerce
précise enfin que « l’obligation ou, le cas échéant, la faculté de faire partie d’un
comité constitue un accessoire de la créance née antérieurement au jugement
d’ouverture de la procédure et se transmet de plein droit à ses titulaires successifs
nonobstant toute clause contraire ».
214. Le principe sus énoncé 419 en vertu duquel tout acquéreur d’une créance de
fournisseur devient membre du comité des établissements de crédit emporte comme
414 Cession de droit commun, cession par bordereau Dailly, subrogation personnelle à l’occasion d’une opération d’affacturage ou lors de
la mise en jeu d’une assurance-crédit, etc…
415 Comités dont sont exclus les collectivités territoriales et leurs établissements publics.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
corollaire le fait que le comité des fournisseurs n’est constitué que des créanciers
originaires ou primaires dont la créance n’a jamais circulé. Pour certains auteurs, ce
choix est judicieux car « ces fournisseurs » devraient partager une vision
économique, industrielle ou commerciale de la situation, par opposition à la vision
financière des membres du comité des établissements de crédit 420.
215. S’agissant enfin des créanciers obligataires régis par une disposition
spéciale421, ceux-ci n’appartiennent à aucun des deux comités de créanciers. Mais ils
sont convoqués de leur côté à délibérer sur le projet en une assemblée générale
unique et « mondiale » par dérogation aux règles du droit des sociétés 422. Cette
assemblée statue selon les règles identiques à celles des comités 423 et son vote revêt la
même portée, à telle enseigne qu’elle constitue bel et bien un troisième comité.
Cependant, cette assemblée est en retrait par rapport aux deux comités « officiels »
dans la mesure où elle n’est conseillée que si lesdits comités ont voté le projet 424.
216. Une fois les comités des créanciers créés, la négociation contractuelle se
poursuit dans la perspective de la préparation d’un plan de sauvegarde ou de
redressement 425. A cet effet, il résulte des dispositions de l’article L. 626-30, alinéa 2
du Code de commerce que le débiteur avec le concours de l’administrateur, doit
présenter aux comités « des propositions en vue d’élaborer le projet plan de
sauvegarde » dont le contenu est précisé à l’article 626-2 du Code de Commerce426.
l’article L. 228-61 du Code de commerce que s’il existe plusieurs masses d’obligataires, « elles ne peuvent en aucun cas délibérer au
sein d’une assemblée commune ». En réalité, le texte légalise la solution appliquée sans texte dans le Tribunal de commerce de Paris
dans l’affaire Eurotunnel (emprunts émis à l’étranger), V. SAINT- ALARY-HOUIN, RTB com. 2008, 854.
423 C’est-à-dire à la majorité des deux tiers du montant des créances détenues par les exprimés (cf Code de commerce, article L. 626-32,
alinéa 3).
424 Code de commerce, article L.626-32, alinéa 1 er .
425 Infra n°…
426 Ancien article 60 de la loi du 26 juillet 2005. Aux termes de cet article, le projet de plan détermine les perspectives de redressement
en fonction des possibilités et des modalités d’activités, de l’état de marche et des moyens de financement disponibles. Il d éfinit les
modalités de règlement du passif ainsi que les garanties éventuelles que le chef d’entr eprise doit souscrire pour en assurer l’exécution. Il
expose et justifie le niveau et les perspectives d’emploi ainsi que les conditions sociales envisagées pour la poursuite de l ’activité,
lorsque des licenciements pour motif économique sont prévus, le projet rappelle les mesures déjà intervenues et définit les actions à
entreprendre en vue de faciliter le reclassement et l’indemnisation des salariés dont l’emploi est menacé. Il tient compte de s travaux
recensés par le bilan environnemental. Il recense, annexe et analyse les offres d’acquisition portant sur une ou plusieurs activités
présentées par les tiers et indique la ou les activités dont sont proposées l’arrêt ou l’adjonction.
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priori sur tous les autres éléments du projet du plan. Depuis la réforme de 2008 -2009,
la discussion peut également porter sur les propositions soumises par un créancier
membre d’un comité 427, précision étant faite que le débiteur conserve la maîtrise du
futur plan puisque « avec le concours de l’administrateur », il lui est loisible de
filtrer le propositions des créanciers et de ne transmettre aux comités que celles
jugées bonnes.
218. En définitive, sur des bases souples, « la loi suscite une véritable négociation
entre le débiteur, l’administrateur et chacun des deux comités, qui peut conduire à
l’amendement par le débiteur de ses propositions »428. Cependant cette discussion
doit être rapide puisque le projet final doit être soumis au vote de chacun des com ités,
dans les vingt à trente jours suivant la transmission des propositions du débiteur et
après que les avis respectifs du mandataire judiciaire et des représentants du
personnel aient été recueillis 429.
219. Les deux comités statuent séparément sur le projet de plan unique selon les
modalités de vote fixés par l’administrateur 430. Il convient de préciser à cet égard que
les conditions de majorité ont été allégées en 2008 en vue de favoriser l’adoption des
plans. En effet, désormais, il faut une majorité des deux tiers du montant des créances
détenues par les membres des comités « ayant exprimé » un vote et non plus du
montant des créances des membres du comité.
220. Une fois que les deux comités ont voté en faveur du projet de plan et, s’il
existe des créanciers obligataires, leur assemblée générale doit être convoquée par
l’administrateur « afin de délibérer sur le projet de plan adopté par les comités des
créanciers » et, spécialement, sur le traitement des créances obligataires. L’article L.
626-32 du Code de commerce prévoit le même éventail de mesures de restructuration
du passif que pour les comités 431, les conditions de majorité étant également les
mêmes.
431 Délais de paiement, remise de dettes, conversion en capital, traitement préférentiel des obligataires
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221. Au total, le recours à la constitution des comités des créanciers ne peut qu’être
encouragé dans la mesure où le dispositif peut aboutir non seulement à un plan
approuvé par la majorité des fournisseurs du débiteur et des partenaires financiers,
mais surtout, ce dispositif permet à ceux-ci de participer à l’élaboration du plan.
223. L’effacement du juge dans la procédure de sauvegarde n’est pas aussi po ussée
que les apparences le laissent croire. Certes, le Tribunal arrête le plan conformément
au projet de plan adopté par les comités de créanciers. Mais, la situation n’est pas
aussi simple que cela à telle enseigne que l’on est en droit de se poser la qu estion de
savoir si, en dépit de la volonté du législateur français de faire de la procédure de
sauvegarde une procédure essentiellement contractuelle, celui-ci n’a pas repris d’une
main ce qu’il a donné de l’autre au regard de certains pouvoirs octroyés par ailleurs
au juge.
224. Le projet de plan adopté par les comités doit être soumis au Tribunal, lequel
doit s’assurer avant de l’arrêter définitivement « que les intérêts de tous les
créanciers sont suffisamment sauvegardés 432». Les créanciers visés par l’article
L.626-31 du Code de commerce433 sont vraisemblablement les créanciers membres
des comités, et en particulier, les minoritaires, mais également les créanciers qui n’en
sont pas membres et les salariés 434. Le Tribunal doit sans doute également vérifier que
l’un des comités n’a pas accepté des sacrifices disproportionnés par rapport à
l’autre435.
432 Loi du 26 juillet 2005, article 83, alinéa 7, nouvel article L. 626-31 du Code de commerce.
433 Et sur renvoi de l’article L. 631-19, I en redressement judiciaire.
434 V. sur ce point, débat Sénat, séance 30 juin 2005, JO Sénat CR, 1 er juillet 2005, p.4863.
435 En ce sens, [Link], « La loi de sauvegarde des entreprises, JCP N 2005, 1397, p.1586, p.1586, spéc. N° 61.
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226. S’il est vrai que le pouvoir d’appréciation du Tribunal quant à l’adoption du
plan est réel, il n’en demeure pas moins vrai que d’un autre côté, ce pouvoir est très
encadré. Le Tribunal ne peut ainsi, en aucun cas, modifier le contenu du plan adopté :
soit il accepte le projet de plan dans toutes ses dispositions, soit il le refuse. Le
Tribunal ne peut refuser le plan qu’en se fondant sur la protection insuffisante des
intérêts de certains créanciers ou sur le défaut d’approbation de la mod ification du
capital prévue.
228. Le plan ainsi adapté revêt un caractère intangible en ce sens qu’il ne peut être
substantiellement modifié qu’à la suite d’un nouveau vote des comités et de
l’assemblée et non au gré du [Link] ailleurs, la décision du Tribunal adoptant
le plan « rend applicables à tous leurs membres les propositions acceptées par
chacun des comités »439. Naturellement, en vertu du principe de la relativité des
conventions, cette applicabilité ne concerne que les seuls membres des comités, les
effets du plan quant au règlement des créances des autres créanciers étant arrêtés dans
les conditions de droit commun, après consultation individuelle des intéressés par le
mandataire judiciaire 440.
229. La mise en place des comités des créanciers aboutit en définitive à un nouveau
mode d’adoption du plan 441 « qui combine composante contractuelle et composante
judiciaire »442.
436 Le pouvoir du Tribunal est ici de même nature qu’à propos de l’accord amiable en matière de conciliation, [Link], n°193 et s.
437 F. PEROCHON et [Link], [Link]., n° 343-1, p.355.
438 Code de commerce, article L. 626-31, alinéa 2 qui déroge à l’article L. 626-26.
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231. En toute hypothèse, lorsque le Tribunal n’arrête pas le plan parce qu’il estime
que les intérêts de tous les créanciers ne sont pas suffisamment protégés, la procédure
est reprise selon les modalités qui excluent la constitution des comités de créanciers.
Il faudrait en réalité comprendre que le Tribunal arrêtera, dans ce cas, un autre plan
après consultation individuelle des créanciers conformément à la procédure
ordinaire445. Ce pouvoir reconnu au juge pourrait, manifestement, vider de toute sa
substance le dispositif de sauvegarde auquel le législateur a entendu conférer un
caractère essentiellement contractuel. Le danger est d’autant plus réel qu’à la vérité,
une procédure collective ne peut, par définition, satisfaire tous les créanciers, le juge
devant, semble-t-il, plutôt être attentif à l’équilibre d’ensemble du projet du plan
adopté, sauf à intervenir de nouveau en cas d’inexécution dudit plan.
443 En ce sens, PH. PETEL, « La réforme des plans de redressement » in « La réforme des procédures collectives », Petites Affiches, n°
spécial précité, p. 34.
444 PH. PETEL, article précité, p. 37.
445 La procédure de consultation individuelle est la procédure de droit commun prévue à l’article L. 626-5 du Code de commerce.
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assurée. Des solutions aménagées depuis 1985 par le législateur en rapport avec cette
question, solutions étoffées et améliorées au fil des réformes, il résulte que le juge
peut intervenir à trois niveaux.
235. Lorsqu’il se trouve face à certaines difficultés, le débiteur est fondé à so lliciter
du Tribunal la modification du plan initial car, il ne saurait le modifier de son propre
chef446. Le nouvel article de L.626-26 du Code de commerce447permet au Tribunal de
décider une modification substantielle des objectifs et des moyens du plan. Le
Tribunal ne détient pas cependant un tel pouvoir lorsqu’il s’agit d’un plan voté par les
comités des créanciers, lequel ne peut être modifié que sur la base d’un nouveau vote
dans les mêmes conditions 448. Sous cette réserve, toute modification des conditions
d’exécution du plan requiert l’autorisation du Tribunal. Il en va par exemple ainsi si
le débiteur doit être absorbé par sa société mère 449. Pour certains auteurs, on y voit
« un moyen de prévenir l’inexécution du plan ou bien une forme atténuée
d’inexécution du plan initial »450, du moment où, généralement, le débiteur sollicite
une révision des objectifs à la baisse 451 qui peut s’accompagner de celle de moyens à
la hausse452.
236. Saisi d’une demande en modification du plan, le Tribunal statue sur le rapport
du commissaire à l’exécution du plan et sur avis du Ministère public. Il est tenu
d’entendre toutes les parties prenantes (débiteur, commissaire à l’exécution du plan,
contrôleurs, représentants du personnel) et toute autre personne intéressée.
Lorsqu’une modification de l’échéancier est envisagée, l’article R.626-45 du Code de
446 Il n’est pas du pouvoir du débiteur et de ses principaux créanciers d’assouplir les dispositions du plan, opposables à tous. Le non
respect par le débiteur des obligations lui incombant en vertu du plan serait une inexécution l’exposant à sa résolution.
447 Applicable au redressement Judiciaire sur renvoi de l’article L.626-19, I.
448 Cf. Code de commerce, article L.626-26.
449 Ré[Link] n°52523, M. Justice, JOAN 17 mai 2005 p.5151, APC 2005 -13 obs. LEGROS.
450 [Link] et [Link], [Link]., n°377, p.387.
451 Les licenciements éventuels, régis par le droit commun, sont garantis par L’AGS s’ils interviennent dans le mois du jugement
modifiant le plan, selon la jurisprudence pour qui, le jugement modifiant le plan fait corps avec celui-ci : Soc, 3 avr.1991, B-165 ;
[Link].44, obs DERRIDA.
452 Par exemple, la cession d’une branche d’activité qui devait être conservée , pour dégager des fonds et alléger les charges.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
237. Constat a été fait que les tribunaux semblent faire un usage prudent de ces
dispositions textuelles et requièrent, pour accéder à la demande de modification du
plan, un « motif grave et non imputable au débiteur »453, motif qui, selon certains,
aurait pu être exigé par les textes dans le but d’éviter les abus454. Par ailleurs, les
juges exigent que la modification soit nécessaire sinon à la survie de l’entreprise, du
moins à celle du plan 455.
239. Bien que le texte paraisse impératif, il semble bien que le commissaire à
l’exécution du plan est fondé à apprécier la situation et décider en opportunité d’agir
soit en recouvrement, soit en résolution du plan, soit d’engager les deux actions à la
fois457 si le débiteur n’est pas en état de cessation des paiements. Si tel est le cas,
l’alinéa 3 du I de l’article L.626-27 du Code de Commerce le contraint à solliciter du
Tribunal la résolution du plan et l’ouverture d’un redressement ou d’une liquidation
judiciaires.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
241. Le nouveau texte a au moins le mérite de la clarté et, selon [Link] 460 , il
évite « la multiplication des procédures tendant à l’obtention de titres exécutoires
individuels », ce qui « participe d’une bonne administration de la justice » A dire
vrai, il n’y aurait « multiplication ». de procédures que si le commissaire à
l’exécution du plan est « durablement défaillant ».
243. Il est donc question pour le commissaire à l’exécution du plan, comme sous
l’empire de la législation antérieure, d’obtenir un titre exécutoire en engageant
l’action en recouvrement des dividendes. Pourtant, le créancier ayant été admis au
passif, l’on aurait pu penser que cette admission constituait une décision de justice et
que dès lors, il y avait déjà là un titre exécutoire dispensant d’agir à nouveau en
justice. Mais il n’en est rien car, d’une part la décision d’admission a u passif n’est
pas revêtue de la formule exécutoire et empêche donc l’exécution forcée et, d’autre
part, la décision arrêtant le plan n’emporte pas condamnation du débiteur à payer une
somme d’argent.
458 LUCAS, in LUCAS et LECUYER, Réforme des procédures collectives, loi de sauvegarde article par article, LGDJ 2006, p.223.
459 [Link] et [Link], [Link]., n°378, p.389.
460 [Link], « L’exécution forcée du plan de sauvegarde », RPC 2009-3, p.26, n°[Link]. l’opinion nuancée de LIENHARD, Code
2009, p.205.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
247. Pour ce qui est enfin de la résolution judiciaire du plan de sauvegarde, depuis
l’ordonnance du 18 décembre 2008, l’on distingue désormais deux hypothèses de
résolution du plan : une hypothèse de résolution facultative et une hypothèse de
résolution obligatoire.
461 En ce sens, P.-M, LE CORRE, Droit et Pratique des procédures collectives, Dalloz Action, 2012/2013, n°522.54, P.1077.
462 P-M LE CORRE, ibid.
463 P.-M LE CORRE, Ibid.
464 Paris, 14 e ch., 6 fév.2002, Ricci 2003 n°1283, p.36.
465 Telle a été la solution adoptée au profit du créancier agissant en recouvrement des dividendes :Com.14 mars 1995, n°91-22.186,
[Link].4, n°81 ;RPC 1995, 151, obs. SOINNE ; JCP E 1995.p.3861 ,n°2,[Link].
466 [Link], obs. sous T. Com. Paris, réf.21 mars 1989, JCP E 1990. II .15658, n°7.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
249. Cette disposition textuelle rappelle fort bien celle issue de l’article 139(1°) de
l’Acte uniforme OHADA portant organisation des procédures collectives
d’apurement du passif relative à la résolution du concordat préventif ou de
redressement. Cet article énonce en effet que la résolution du concordat peut être
prononcée, entre autres, «en cas d’inexécution par le débiteur, de ses engagements
concordataires ou des remises et délais consentis… ». Elle appelle des observations
tenant aussi bien au domaine de la résolution qu’à son régime.
250. S’agissant du domaine de la résolution, celle–ci n’est admise que s’il ya une
inexécution des engagements contractés par le débiteur. Cette formule large qui n’a
pas été retouchée en 2008 viserait à « renforcer le sérieux du plan et à mieux en
contrôler l’exécution » 468. Dès lors, peu importe la nature des engagements
inexécutés. Il peut s’agir d’engagements financiers que sociaux, stratégiques ou
juridiques469. Selon [Link] et Mme PEROCHON, 470
la solution doit être
certaine pour tous les engagements contractés expressément par le débiteur et intégrés
dans le plan, qu’ils soient, malgré la lettre du texte, assorties, ou non d’un délai
particulier471. Deux limites peuvent cependant être apportées à ce vaste domaine. En
premier lieu, l’on observera que seul est visé par le texte l’inexécution du débiteur
alors que celle-ci est parfois imputable à une autre personne 472. En second lieu, les
obligations non mentionnées dans le plan telle l’obligation de payer à l’échéance les
créanciers, ne sauraient, a priori, conduire à l’application de l’article L.626-27 pris à
la lettre, en l’absence d’engagement exprès du débiteur.
467 Applicable en redressement judiciaire sur renvoi de l’article L.631-19 du Code de commerce.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
251. Sous cette réserve, tout engagement inexécuté est susceptible d’être source de
résolution. La résolution du plan a ainsi été prononcée pour inexécution de
l’engagement de vente d’un immeuble 473. De même, lorsque le plan prévoit une
modification du capital social non mise en œuvre au jour de son adoption, le refus de
l’assemblée générale des associés de voter l’augmentation du capital en conformité
avec les prévisions du jugement arrêtant le plan est constitutif d’une inexécution
imputable à la personne morale. 474
254. Tout comme dans le droit commun de la résolution judiciaire des contrats à
laquelle la technique de la résolution du plan emprunte, la résolution ne sera
prononcée que si l’inexécution du plan est d’une certaine gravité, ou si elle
s’accompagne de la création d’un passif nouveau 478, ou encore de l’arrêt de
l’activité479. En droit africain, l’exigence d’une inexécution revêtant une certaines
gravité est formulée expressément à l’article 139 précité qui précise que « la
juridiction compétente apprécie si ces manquements sont suffisamment graves p our
compromettre définitivement l’exécution du concordat ». Dans le cas contraire, ajoute
le texte, la juridiction compétente « peut accorder des délais de paiement qui ne
sauraient excéder, de plus de six mois, ceux déjà consentis par les créanciers ». Il
479 Lyon, 3 e ch., 26 nov.1993, RPC 1995, 152, n°32, obs. SOINNE
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
faut préciser que sur cette question, il apparait qu’en droit français, le Tribunal ne
peut accorder au débiteur des délais de grâce, pour l’exécution de son plan, sur le
fondement de l’article 1244-1 Code civil, ce texte étant inapplicable en dehors des
obligations conventionnelles aux quelles il n’est pas possible d’assimiler le plan de
sauvegarde ou de redressement qui est « arrêté » par le Tribunal et non homologué
par celui-ci480.
480 En ce sens, P.-M LE CORRE, Droit et pratique des procédures collectives, Dalloz Action, 2012/2013, n°524.11, p.1093.
481 Com., 26 juin 2001, n°98-15123 NP-Com., 5 mars 2002, n°98-23.411, n°98-23.412, NP.
482 Com., 8 juill.2008, n°07-15.176, NP, n°796 F-D ; LX13 hebdo, sept.2008, n°318, N° N9882 13 G4, note LE CORRE.
483 Com, 9 déc.1997, n°95-14.082, n°95-14.083, [Link], n°330 ; RJDA 1998/4 n°478.
484 Ce droit appartient aussi bien aux créanciers chirographaires auxquels le concordat es t opposable, qu’aux créanciers titulaires de
sûretés qui se trouvent, volontairement ou légalement, associés au concordat : ceux qui sont soumis aux délais et remises
concordataires parce qu’ils n’ont pas fait connaitre leurs intentions dans le délai presc rit, et même ceux qui ont accordé des délais et
remises pour faciliter l’exécution du concordat.
485 Il faut rappeler que ceux-ci sont spécialement chargés de « faire rapport sur tout retard ou autre manquement à l’exécution du
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
259. Cette résolution obligatoire du plan entraine ipso facto l’ouverture d’une
nouvelle procédure. En la matière, le principe légal d’une double sanction est
emprunté à la jurisprudence qui avait décidé en son temps que « la résolution du
plan de continuation, même consécutive à la constatation de l’état de cessation des
paiements, entraine le prononcé de la liquidation judiciaire »488.
487 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 141.
488 Com., 10 mai 2005, n°03-18797, B.99 ; Com., 4 janv.2000, B.1
489 P-M LE CORRE, Droit et pratique des procédures collectives, DALLOZ Action, 2012/2013, n°564.22, p 1303.
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261. L’on précisera cependant que cette solution est limitée au seul plan de
sauvegarde, puisque l’apparition de l’état de cessation des paiements pendant
l’exécution du plan de redressement continue a être sanctionnée par une résolut ion du
plan, imposant au Tribunal d’ouvrir concomitamment la liquidation judiciaire. Cette
différence s’expliquerait par le fait que, dans le cadre du plan de redressement
judiciaire, il y aurait récidive dans la cessation des paiements, ce qui n’est pas l e cas
dans l’hypothèse de résolution du plan de sauvegarde 491.
493 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 141, ali néa 1. Ibid, article 141, alinéa 2.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
264. Pour autant, l’intensité de cette intervention est réelle alors même que
l’entreprise est encore in bonis et que par ailleurs, la procédure de règlement
préventif se veut volontariste. Cette intensité de l’intervention du juge africain dans la
procédure de règlement préventif se ressent aussi bien au niveau des pouvoirs
décisionnels reconnus au juge lors de la phase préparatoire de cette procédure qu’au
travers des pouvoirs décisionnels détenus par lui lors de la phase d’élaboration du
concordat.
265. A l’opposé, il apparaît nettement que le rôle du juge préventif français dans le
processus de sauvetage de l’entreprise en difficulté est plus réduit lorsque l’on
appréhende l’ensemble des composantes du dispositif français du droit de la
prévention que sont respectivement la procédure d’alerte, le mandat ad hoc, la
conciliation et la sauvegarde.
266. S’il apparaît, in fine, que le juge français intervient moins intensément que son
homologue africain dans le cadre de la prévention des difficultés de l’entreprise, il est
à se demander si cette tendance est encore valable dans le cadre d’une intervention
judiciaire à titre curatif.
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267. Il arrive que les difficultés de l’entreprise soient trop graves pour être résolues
à l’amiable. Concrètement, lorsque l’entreprise n’est plus à même de payer ses
créanciers, elle devient éligible d’un traitement judiciaire à visée soit cu rative, soit
liquidative. A ce stade, il n’est plus question pour le juge de prévenir mais, plutôt, de
guérir, le cas échéant, l’entreprise ayant cessé ses paiements 494.
494 Il y a cependant lieu de nuancer ces propos puisque, désormais, la loi française du 26 juillet 2005 permet au juge préventif d’intervenir
dans le cadre de la procédure de conciliation si le débiteur est en état de cess ation des paiements depuis 45 jours.
495 Cass. Com. 14 févr. 1978, B. 66; D. [Link] 443, obs. HONORAT.
496 L’article 88 de la loi du 26 juillet 2005 devenu le nouvel article L 631 – 1 du Code de commerceest ainsi libellé : « Il est institué une
procédure de redressement judiciaire ouverte à tout débiteur … qui, dans l’impossibilité de faire face au passif exigible avec son
actif disponible, est en cessation des paiements. »
497L’article 25 de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apu rement du passif est ainsi libellé: « Le débiteur qui
est dans l’impossibilité de faire face à son passif exigible avec son actif disponible… »
498 La Cour de cassation française jugeait constamment que les tribunaux respectifs n’étaient pas liés par les déc larations des tribunaux
de commerce sur l’époque de l’ouverture des faillites ou sur celle de la cessation des paiements et, pouvaient, en conséquenc e,
prononcer les peines de banqueroute en l’absence de tout jugement déclarant de faillite ou, en présence d’un jugement décidant de
ne pas prononcer la faillite : Crim., 23 février 1880, D.P. 1880. 1 . 399 ; 13 mai 1882, D.P. 1882. 1. 487 ; 18 janvier 1936, D.H.
1936.85.
499 Y. GUYON, op cit., n° 1128
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pour prétendre, par exemple, que le débiteur ayant dû être dessaisi de ses biens,
n’aurait pas dû passer valablement tel acte donné 500. Il va sans dire qu’une telle
approche était dangereuse en ce que, d’une part elle privait le débiteur des garanties
que le législateur avait entendu lui accorder en instituant l’intervention du Tribunal à
titre principal dès le début de la procédure et, d’autre part, elle était contraire au
principe d’égalité entre créanciers 501.
270. Aussi, la loi française du 13 juillet 1967 en son article 6 in fine, à la suite du
décret du 20 mai 1955, a posé le principe selon lequel, en l’absence de jugement, le
règlement judiciaire ou la liquidation des biens ne résultaient pas du fait de la
cessation des paiements. Ce faisant, le législateur français condamnait la théorie de la
« faillite de fait. » Bien que les législations postérieures n’aient pas expressément
repris cette interdiction, il n’en reste pas moins vrai que cette théorie a disparu de
l’ordonnancement juridique français. Le législateur africain, de son côté, condamne,
de manière expresse, la « faillite de fait » au travers des dispositions de l’article 32 de
l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du
passif aux termes desquelles, « l’ouverture d’une procédure collective de
redressement judiciaire ou de liquidation des biens ne peut résulter que d’une
décision de la juridiction compétente.»502
271. Mais, l’exigence légale va plus loin. Non seulement l’intervention du juge est
nécessaire pour la constatation de l’état de cessation des paiements, mais, encore,
obligation est faite au débiteur de saisir le juge à cet effet. Aussi bien en droit
africain503 qu’en droit français 504, la saisine du Tribunal par le débiteur en état de
cessation des paiements aux fins de dépôt de bilan semble constituer le mode de
saisine normal 505, les autres modes de saisine ne constituant que des modes
occasionnels 506. L’obligation ainsi faite au débiteur en état de cessation des paiements
par les législations africaine et française de déposer le bilan en saisissant le juge dans
500 Ibid.
501 Ibid.
502 Paradoxalement, le législateur africain reconnaît la validité de la « faillite de fait » en matière pénale, puisque, il résulte des
dispositions de l’article 236 du même Acte uniforme qu’« une condamnation pour banqueroute simple ou frauduleuse … peut être
prononcée même si la cessation des paiements n’a pas été constatée… » . Une telle situation s’explique difficilement, même si l’on
prend en considération l’autonomie du droit pénal.
503 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 25.
504 Loi du 26 juillet 2005 de sauvegarde des entreprises, article 88, alinéa 7, nouvel article L. 631 -4 du Code de commerce.
505 F. PEROCHON et R. BONHOMME, op. cit., n° 187,p. 161.
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des délais déterminés 507, résulte à n’en point douter, d’une volonté d’assurer un
possible sauvetage de l’entreprise. Il semble bien en effet qu’à ce stade des
défaillances de l’entreprise, le sort de celle-ci est détenu entre les mains du juge
(section 1) qui dispose du pouvoir certes encadré, d’arrêter les modalités du choix de
son devenir (section 2).
273. Le sort de l’entreprise en état de cessation des paiements est ainsi devenu le
principal enjeu de la procédure. L’entreprise est-elle redressable par la continuation
de l’exploitation par le débiteur ou faut-il, pour son sauvetage, la céder à un tiers
repreneur ? La situation est-elle si catastrophique qu’il faille immédiatement procéder
à sa liquidation ?
507 Alors qu’en droit africain, le délai imparti au débiteur en état de cessation des paiements, pour déposer le bilan est de 30 jours à
compter de la cessation des paiements, en droit français, il est de 45 jours.
508 Supra, n°6
509 Supra, n° 5 et s.
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275. Ainsi, le juge qui détient le pouvoir de décider du sort de l’entreprise doit
choisir entre deux choses. Ou bien il estime que l’entreprise peut faire l’objet d’un
sauvetage, auquel cas, dans le cadre d’un plan de redressement, il choisit les
modalités de ce sauvetage 510 qui peuvent être soit la continuation de l’entreprise, soit
sa cession totale ou partielle. Ou bien il estime que le sauvetage de l’entreprise n’est
plus possible, auquel cas, il prononce la liquidation judiciaire.
276. A cet égard, il ne paraît pas inutile de relever que le moment du choix de la
procédure applicable par le juge diffère selon que l’on se place sur le terrain du droit
français ou sur le terrain du droit africain.
JEANTIN et P. LE CANNU (op. cit., n° 632) qu’on peut s’interroger sur le pouvoir d’appréciation du juge relativement au carac tère
« manifestement impossible » du redressement et craindre que la formule ne devienne une clause de style.
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juge africain qui constate la cessation des paiements doit prononcer soit le
redressement judiciaire, soit la liquidation des biens 514. Il prononcera le redressement
judiciaire s’il lui apparaît que le débiteur a proposé un concordat sérieux et, dans le
cas contraire, il prononcera la liquidation des biens 515. Il s’en suit que la question du
choix de la procédure se pose au juge africain dès le jugement d’ouverture et doit être
tranché à cet instant précis après, le cas échéant, expiration des délais impartis au
débiteur pour présenter un concordat sérieux 516, même si certains tribunaux africains
ne semblent pas percevoir les choses dans ce sens 517.
280. S’il apparaît, en fin de compte, que la primauté du rôle du juge constitue une
réalité indéniable à un moment crucial de la vie de l’entreprise aussi bien dans le
droit africain que dans le droit français, l’on constate cependant que cette intervention
judiciaire est contrastée (paragraphe 2). Qui plus est, l’importance du rôle des
créanciers antérieurs au jugement d’ouverture dans le déroulement de la procédure,
dans les deux systèmes, vient, quelque peut, tempérer cette primauté (paragraphe 1).
514 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 33, alinéa 1.
515 Ibid, article 33, alinéa 2.
516 En ce sens, F. M. SAWADOGO, Droit des entreprises OHADA, op. cit., n° 126,p. 118. On ne peut s’empêcher de regretter la brutalité
de ces dispositions légales africaines quant au choix par le juge de la procédure si l’on se situe dans une perspective de sa uvetage
de l’entreprise. En effet, il paraît difficile de juger du caractère sérieux d’une proposition de concordat dès la saisine du Tribunal.
Afin d’éviter que le juge ne se prononce à la hâte sur la liquidation de l’entreprise, il eût été peut -être plus prudent, comme le
relève M. ISSA-SAYEGH (cf. J. ISSA-SAYEGH, obs. sous T.G.I. Ouagadougou, 24 janvier 2001, [Link] / jurisprudence)
de donner une chance au débiteur qui, spontanément, dépose son bilan, en ouvrant systématiquement une procédure de
redressement judiciaire, quitte à la convertir plu tard en liquidation des biens apr ès échec de la négociation des termes du
concordat avec les créanciers tel que prévu à l’article 119, alinéa 4 de l’Acte uniforme portant organisation des procédures
collectives d’apurement du passif ou, en cas de rejet des propositions par les créanciers, lors de l’assemblée concordataire.
517 Tribunal de Grande Instance, Ouagadougou, jugement n° 234 du 29 mars 2000 (inédit). Dans le dispositif de cette décision, le juge
autorise plutôt le débiteur à « proposer un projet de concordat ou un plan de redressement à soumettre aux différentes parties », v.
F.M SAWADOGO, note sous article 33 de l’AUPC, Traité et Actes uniformes commentés et annotés, p.922.
518 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 32, alinéa 2.
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282. Alors qu’en droit africain la consultation des créanciers dans l’élaboration des
solutions de sauvetage de l’entreprise se manifeste dans le cadre du concordat de
redressement (1), en droit français, celle-ci transparaît dans le cadre de l’élaboration
du plan de redressement (2.)
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
285. On rappellera qu’en même temps que la déclaration de cessation des paiements
au greffe de la juridiction compétente et, au plus tard dans les quinze jours suivant
celle-ci, le débiteur est tenu de déposer une offre de concordat précisant les mesures
et conditions envisagées pour le redressement de l’entreprise. Ces mesures et
conditions sont celles énumérées à l’article 27 de l’Acte uniforme portant
organisation des procédures collectives d’apurement du passif. Il s’agit d’abord des
modalités de continuation de l’entreprise telles notamment la demande ou l’octroi de
délais et de remise, la cession partielle d’actif avec indication préci se des biens à
céder, la cession ou la location-gérance d’une branche d’activité formant un fonds de
commerce, la cession ou la location-gérance de la totalité.
286. Il s’agit ensuite des personnes tenues d’exécuter le concordat et l’ensemble des
engagements souscrits par elle et nécessaires au redressement de l’entreprise, les
modalités du maintien et du financement de l’entreprise, du règlement du passif né
antérieurement à la décision d’ouverture ainsi que, s’il y a lieu, les garanties fournies
pour en assurer l’exécution. Ces engagements et garanties peuvent consister,
notamment, en la souscription d’une augmentation du capital social par les anciens
associés ou par de nouveaux, l’ouverture de crédits par des établissements bancaires
ou financiers, la poursuite de l’exécution de contrats conclus antérieurement à la
décision d’ouverture, la fourniture de cautions. Il s’agit enfin des licenciements pour
motif économique envisagés ainsi que le remplacement des dirigeants.
287. Le délai pour le dépôt des propositions concordataires est d’un mois à compter
de l’assignation ou de la comparution au Tribunal lorsque la procédure s’ouvre sur
assignation des créanciers 521 ou sur saisine d’office 522. Le délai est de quinze jours
pour les héritiers désireux de proposer un concordat lorsqu’une procédure est engagée
519 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 72.
520 Aux termes des dispositions de l’article 52 de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif,
« la décision qui prononce le redressement judiciaire emporte de plein droit … assistance obligatoire du débiteur pour tous les
actes concernant l’administration et la disposition des biens … »
521 Ibid, article 28.
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contre une personne décédée 523. Les délais ainsi répartis ne sont pas sans intérêt car,
c’est à partir des propositions concordataires que le Tribunal décidera du choix de la
procédure à appliquer, d’où l’intérêt à avoir suffisamment du temps et des éléments
pour se décider 524. Il n’est dès lors guère étonnant qu’à défaut de proposition de
concordat ou, en cas de retrait de celle-ci, la juridiction compétente soit tenue de
prononcer l’ouverture de la liquidation des biens ou de convertir le redressement
judiciaire en liquidation des biens 525.
288. Il est cependant regrettable que le législateur africain n’ait accordé au débiteur
qu’un délai de quinze jours pour déposer ses propositions concordataires. Comme le
pensent à juste titre certains526, on comprend mal la raison justifiant qu’il soit accordé
au débiteur un délai de trente jours pour présenter son offre de concordat préventif 527
et seulement quinze jours pour déposer une offre de concordat de redressement. Ce
dernier délai apparaît manifestement bref si l’on tient à présenter une offre de
concordat sérieux.
289. Les créanciers sont consultés aussitôt le dépôt des propositions concordataires
fait par le débiteur. Les créanciers chirographaires sont avisés par des insertions dans
un journal d’annonces légales 528. Quant aux créanciers munis d’une sûreté réelle
spéciale, ils sont immédiatement avertis personnellement par le greffier, par lettre
recommandée avec accusé de réception ou par tout moyen laissant trace écrite, au
plus tard à l’expiration du délai de quinze jours à compter de la réception de
l’avertissement, d’avoir à faire connaître s’ils acceptent ces propositions
concordataires ou s’ils entendent accorder des délais et des remises différents de ceux
proposés et lesquels ces créanciers doivent répondre à l’avertissement à eux adressé
par le greffier, par lettre recommandée avec accusé de réception ou par tout moyen
laissant trace écrite. Ils ont un choix à opérer : ou ils refusent de s’associer au
redressement de l’entreprise et répondent négativement, ou ils choisissent d’accorder
526 F. M. SAWADOGO, in OHADA, Traité et actes uniformes commentés et annotés, note sous article 27 de l’Acte uniforme port ant
528 Ibid.
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290. Certes, le texte ne vise que la consultation des créanciers munis de sûretés
spéciales. Il faut cependant convenir avec certains auteurs 529 que, cette mesure se
justifiant par le souci d’associer tous les créanciers aux efforts de redressement de
l’entreprise, il importe que l’avertissement soit également adressée aux créanciers
titulaires d’un privilège général et, notamment, aux administrations fiscales,
douanières ainsi qu’aux organismes de sécurité et de prévoyance sociale tant il est
vrai que, ceux-ci constituent souvent les plus gros créanciers dont l’attitude pourrait
influencer le sort du concordat. Le syndic met à profit les délais de production et de
vérification des créances pour rapprocher les positions du débiteur et des créanciers
sur l’élaboration du concordat, rapprochement également recherché dans le cadre de
l’élaboration du plan de redressement français.
291. La loi française du 13 juillet 1967 avait supprimé les assemblées des
créanciers pour ne laisser subsister que l’assemblée concordataire, tout en maintenant
l’idée d’une organisation collective des créanciers, sous la forme d’une masse, dotée,
d’après la jurisprudence, de la personnalité morale. La loi du 25 janvier 1985 a
supprimé tout pouvoir collectif de décision des créanciers en supprimant les
assemblées concordataires 530. Exclusion faite de l’hypothèse dans laquelle, les
créanciers, agissant individuellement, pouvaient accorder des délais ou des remises au
débiteur, aucun pouvoir de décision ne leur était accordé. La loi du 26 juillet 2005 est
venue radicalement modifier cette image du rôle des créanciers.
292. Cette dernière loi marque un discret retour de la collectivité des créanciers
dans les négociations menant au plan 531. Aujourd’hui, que ce soit dans l’hypothèse de
constitution obligatoire des comités de créanciers 532 ou, dans celle de constitution
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facultative533, comme pour l’élaboration du plan de sauvegarde 534, le débiteur est tenu
de présenter aux comités des créanciers des propositions en vue de l’élaboration du
projet de plan de redressement. Mais, à la différence de la situation dans laque lle il
serait question d’une timide association des créanciers, avec voix simplement
consultative, au déroulement de la procédure, une décision est prise souverainement
par chaque comité des créanciers sur le projet de plan à eux soumis par le débiteur
dans des conditions bien déterminées 535 pour adoption par l’ensemble des comités.
294. Toutefois, l’examen des modalités du vote des propositions du débiteur par les
créanciers laisse apparaître que dans cet exercice, alors que le pouvoir des comités de
créanciers appelés à voter le plan de redressement est souverain (2), celui des
créanciers appelés à voter le concordat de redressement bien que réel, est quelque peu
limité (1).
295. Dans les quinze jours suivant l’expiration du délai imparti aux créanciers pour
élever des réclamations 536, le juge-commissaire saisit le président de la juridiction
compétente « qui fait convoquer, par avis insérés dans les journaux et par lettres
adressés individuellement par le greffier, les créanciers dont les créances ont été
admises à titre chirographaire, définitivement ou par proposition »537. Sont
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296. S’agissant des règles relatives au déroulement de l’assemblée, celles -ci sont
régies par les articles 123 et suivants de l’acte uniforme portant organisation des
procédures collectives d’apurement du passif. Il résulte des dispositions y relatives
qu’ « aux lieu, jour et heure fixés par la juridiction compétente, celle-ci se réunit, le
juge-commissaire et le représentant du Ministère Public étant présents et entendus 539.
Les créanciers admis s’y présentent en personne ou, s’y font représenter par un
mandataire muni d’une procuration régulière et spéciale 540. Le créancier dont
seulement la sûreté réelle, quelle qu’elle soit, est contestée, est admis dans les
délibérations à titre chirographaire 541. Le débiteur ou les dirigeants des personnes
morales appelés à cette assemblée par lettre recommandée ou par tout moyen
laissant trace écrite du greffier, doivent s’y présenter en personne et ne peuvent s’y
faire représenter que pour des motifs reconnus légitimes par la juridiction
compétente »542.
538 Ibid.
539 Ibid., article 123, alinéa 1.
540 Ibid., article 123, alinéa 2.
541 Ibid., article 123, alinéa 3.
542 Ibid., article 123, alinéa 4.
543 Ibid., article 124, alinéa 1.
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arrêté au dernier jour du mois écoulé »544 est remis signé à la juridiction compétente
qui le reçoit après avoir entendu le juge-commissaire en ses observations sur les
caractères du redressement judiciaire et sur l’admissibilité du concordat 545 ainsi que le
représentant du Ministère Public en ses conclusions orales et écrites 546.
298. Après quoi, la juridiction compétente fait procéder au vote, étant entendu que
le vote par correspondance et le vote par procuration sont admis547. Les créanciers
titulaires d’une sûreté réelle n’ayant pas répondu à l’avertissement à eux adressé de
faire connaître s’ils acceptaient les propositions concordataires ou s’ils entendaient
accorder des délais et des remises différents de ceux proposés et lesquels, « peuvent
prendre part au vote sans renoncer à leur sûreté et consentir des délais et remises
différents de ceux imposés par le débiteur »548. Ces derniers, ainsi que les créanciers
chirographaires sont présumés accepter le concordat si, dûment appelés, ils ne
participent pas au vote de l’assemblée concordataire 549.
299. Le vote du concordat n’est acquis que s’il obtient une double majorité en
nombre et en créances : majorité des créances admises définitivement ou
provisoirement représentant la moitié, au moins, du total des créances 550. Il y a là, un
allègement de la majorité destinée sans doute à favoriser le vote du concordat tant il
est vrai que, sous l’empire du Code de commerce applicable pendant longtemps dans
la plupart des pays de l’espace OHADA, il était exigé une majorité en nombre des
créanciers représentant au moins les deux tiers en sommes 551. Si les deux majorités ne
sont pas obtenues à la fois, c’est-à-dire si une seule des majorités est acquise, la
délibération est continuée à huitaine pour tout délai et sans autre formalité 552. Dans ce
cas, précise l’article 125, alinéa 5 de l’Acte uniforme, « les créanciers présents ou
régulièrement représentés ayant signé le procès-verbal de la première assemblée, ne
sont pas tenus d’assister à la seconde », les résolutions par eux prises et les adhésions
données restant définitivement acquises.
552 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 125, alinéa 6.
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300. Dans la gamme des mesures proposées par le débiteur dans l’offre de
concordat en vue du redressement de l’entreprise, il se pourrait que le débiteur
propose une cession partielle d’actifs 553 avec indication précise des biens à céder.
Dans cette hypothèse, le vote des propositions concordataires par les créanciers obéit
à une procédure particulière. Lorsque le concordat comporte des offres de cession
partielle d’actifs, le délai pour la convocation de l’assemblée concordataire est d’un
mois au lieu de quinze jours comme dans le droit commun 554. Le syndic est, par la
suite, tenu d’établir un état descriptif des biens meubles et immeubles dont la cession
est envisagée, la liste des emplois qui y sont éventuellement attachés, les sûretés
réelles dont ils sont affectés, et la quote-part de chaque bien dans le prix de cession 555
afin de permettre aux créanciers d’exercer leurs droits sur le prix. Cet état est joint à
la convocation individuelle destinée aux créanciers. Les offres d’acquisition sont
reçues par le débiteur assisté du syndic et portées à la connaissance de l’assemblée
concordataire qui décide, aux mêmes conditions, de majorité prévues par la loi, de
retenir l’offre d’acquisition la plus avantageuse 556. Dans l’hypothèse où aucune offre
d’acquisition n’est exprimée avant l’assemblée concordataire ou reconnue
satisfaisante par celle-ci, le débiteur peut retenir son offre de cession et, s’il la
maintient, la cession sera réalisée ultérieurement dans les conditions d’une cession
globale d’actifs par le syndic 557.
553 Il convient de relever que l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’ apurement du passif n’a pas prévu
l’hypothèse de cession globale d’actifs dans le cadre du redressement judiciaire. Pourtant, comme le pense M. F. M. SAWADOGO
(cf. note sous article 131 de l’Acte uniforme), celle -ci pourrait présenter un intérêt réel lorsque, notamment, le débiteur est inapte
ou frappé d’une interdiction d’exercer le commerce ou de diriger une entreprise commerciale.
554 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 131, alinéa 1.
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l’objectif de redressement de l’entreprise n’a pas voulu pour ceux -ci, d’un pouvoir de
voter illimité et souverain, à l’identique de celui reconnu aux comités de créanciers
français.
303. Mais, l’on observera que les conditions de vote des créanciers dans le
concordat de redressement sont plus souples puisque, qu’il y est exigé une majorité
de 50% en sommes. Cette exigence du législateur français étonne quelque peu
lorsqu’on sait que l’institution des comités des créanciers par la loi du 26 juillet 2005,
participe, entre autres, d’une volonté d’intégrer d’avantage les créanciers dans le
déroulement des procédures collectives.
304. Cette réserve sur les conditions de majorité faite, on pourrait s’interroger sur
l’objet du vote par les comités dont la décision devrait s’imposer à tous les
créanciers, y compris ceux qui ne l’auraient pas votée 561. Les dispositions de l’article
60 de la loi du 26 juillet 2005, devenu le nouvel article L. 626-2 du Code de
commerce, relatives au plan de sauvegarde s’appliquant mutatis mutandis au plan de
558 Pour les modalités de constitution des comités de créanciers, v. supra, n° s 207 et s.
559 Supra, n° 216.
560 Article 83 de la loi du 26 juillet 2005, nouvel article L. 626 -30, alinéa 3 du Code de commerce.
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redressement par le jeu du renvoi opéré à l’article 88 de la même loi 562, les
propositions présentées par le débiteur aux comités pour vote dev ant permettre
l’élaboration du projet de plan mentionné à l’article L. 626-2 du Code de
commerce563.
305. En somme, le projet de plan présenté par le chef d’entreprise aux comités
comportera toutes mesures utiles de réorganisation telles notamment les remises de
dettes, la modification du capital, les délais et autres mesures de réorganisation. Par
ailleurs, les comités peuvent avoir à prendre une décision sur des offres d’acquisition
présentées par des tiers dès l’ouverture de procédures et tendant au maintien d e
l’activité de l’entreprise, par une cession totale ou partielle de celle -ci, étant entendu
que si une décision positive est prise, la réalisation de la cession s’inscrira dans la
phase de liquidation judiciaire 564.
306. Comme pour le vote du plan de sauvegarde 565, les comités de créanciers, lors
du vote du plan de redressement, disposent d’un pouvoir souverain en matière de
remise de dettes ou de l’avis de paiement en ce que, ils ne sont soumis ni à l’exigence
légale d’un plan d’une durée inférieure à dix ans ou quinze lorsque le débiteur est un
agriculteur566 ni à celle d’un premier paiement avant un délai d’un an et, au-delà de la
deuxième année, d’un montant de chacune des annuités prévues par le plan ne
pouvant être inférieur à 5% du passif admis, sauf dans le cas d’une exploitation
agricole567.
562 Il résulte en effet du nouvel article L. 631-1 du Code de commerce que la procédure de redressement judiciaire donne lieu à un plan
arrêté par jugement à l’issue d’une période d’observation et, le cas échéant, à la constitution de deux comités de créanciers ,
conformément aux dispositions des articles L. 626-29 et L. 626-30.
563 Supra, n° 214.
564 Loi du 26 juillet 2005, article 92, nouvel article L.631-13 du Code de commerce.
565 Supra, n° 219 et s.
566 Nouvel article L. 626-12 du Code de commerce.
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309. Pour certains auteurs, la loi française du 25 janvier 1985 a fait de l’autorité
judiciaire le grand maître de la procédure569. D’autres n’ont pas manqué de relever un
incontestable dirigisme judiciaire, le Tribunal pouvant prendre non seulement des
décisions d’ordre juridique, mais également des décisions de nature économique en
vue d’assurer le redressement 570.
310. En vérité, l’impression générale qui s’est dégagée de cette loi est un certain
« dirigisme judiciaire » facilité par certains facteurs tels notamment l’extension du
domaine d’intervention du juge détenant par exemple le pouvoir de porter atteinte au
droit commun des contrats ou des sociétés, le pouvoir reconnu au même juge de
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311. Dans la recherche des solutions de sauvetage de l’entreprise ayant cessé ses
paiements, avec l’instauration des comités de créances, la loi du 26 juillet 2005 est
venue, incontestablement, réhabiliter la négociation contractuelle entre le débiteur et
ses créanciers dont la décision pèsera désormais lourd quant au devenir de
l’entreprise. Mais, peut-on sous ce rapport, pour autant conclure à un véritable recul
du rôle du juge ? Rien n’est moins sûr lorsque, dans le cadre de l’adoption du plan de
redressement, on examine attentivement aussi bien son intervention consécutive au
vote des comités des créanciers (1) que celle faite en dehors du vote desdits comités
(2).
571 A. ORTH, « Le rôle du juge dans la nouvelle législation des entreprises en difficulté », in Le redressement judiciaire de l’entreprise,
Rev. Jurisp. Com., février 1987, n° spécial, p. 91.
572 Supra, n° s 204 et s.
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qu’il est avancé par la doctrine que « le plan consacre l’émergence dans le droit des
574
procédures collectives d’un ordre public négocié. » Bien qu’arrêté par le Tribunal,
le plan de redressement dans la procédure de droit commun 575, résulte d’une
concertation entre le débiteur, les salariés et d’éventuels repreneurs. S’agissant
précisément du plan adopté par les comités de créanciers, n’est -on pas fondé à
soutenir que, comme pour l’homologation 576, l’intervention du juge relève de la
matière gracieuse en ce que, pour arrêter le plan adopté, le juge ne met pas fin à un
litige mais fait plutôt produire son plein effet à l’accord passé entre le débiteur et ses
créanciers ?
314. A l’instar de la position adoptée par la doctrine dominante 577 à propos du plan
de redressement issu de la loi du 25 janvier 1985, le plan de redressement adopté par
les comités de créanciers et arrêté par le Tribunal, tel qu’issu de la loi du 26 juillet
2005, ne peut que s’analyser en un acte judiciaire « produit par une décision à
caractère juridictionnel » Cette décision absorbe tous les éléments de nature
contractuelle apparus lors de l’élaboration du projet de plan par les comités,
élaboration sanctionnée par un vote. Comme toute décision judiciaire, elle sera
revêtue de l’autorité de la chose jugée et opposable erga omnes 578.
315. Au demeurant, n’a-t-il pas été soutenu que l’importance essentielle accordée
au plan, en tant que technique privilégiée de restructuration des entreprises en
difficulté579, marquait tout à la fois le déclin du rôle joué par les créanciers dans la
recherche d’une solution au travers du vote du concordat, et une nouvelle perception
des procédures collectives dont la mission est de redresser les entreprises
défaillantes 580 ? C’est sans doute l’occasion de reprendre l’heureuse formule de M.
JEANTIN selon laquelle « la décision judiciaire arrêtant le plan emporte, en quelque
578 Il importe cependant de nuancer cette affirmation tant est que, le plan arrêté par le Tribunal ne devrait être opposable qu’ aux
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est ouverte. L’appréciation pourrait d’autant plus être subjective, voir faussée, qu’il
n’est pas exclu que le Tribunal ait à arrêter un projet de plan instituant par exemple
un traitement inégalitaire entre créanciers du fait de l’organisation de consultations
séparées de trois catégories de créanciers 585.
318. Comme il a du reste été signalé, s’agissant de l’arrêt du plan de sauvegarde 586,
ce vers quoi le juge devrait sans doute tendre, c’est être attentif à l’équilibre
d’ensemble du plan adopté par les comités et soumis à son appréciation dans la
mesure où, par définition, une procédure collective ne saurait satisfaire tous les
créanciers587. Il n’empêche que contrairement à la situation en vigueur dans le
concordat de redressement africain, situation dans laquelle, après rejet du concordat
voté par l’ensemble des créanciers, le Tribunal ne peut procéder à aucune
substitution, le Tribunal français qui refuse d’arrêter le projet de plan de redressement
adopté par les comités dispose du pouvoir d’arrêter un autre plan selon des modalités
excluant la constitution des comités de créanciers 588.
319. Lorsque l’un ou l’autre des comités ne s’est pas prononcé sur un projet de plan
de redressement dans des délais fixés, qu’il a refusé les propositions qui lui sont
faites par le débiteur, que le Tribunal a refusé d’arrêter le projet adopté par les
comités ou que le débiteur n’a pas présenté ses propositions de plan aux comités dans
les délais fixés, la procédure est reprise en vue de préparer un plan dans les
conditions prévues aux articles L. 626-5 à L. 626-7 du Code de commerce589. De
même, les créanciers qui ne sont pas membres des comités institués sont consultés
reprise de la procédure de droit commun, la Commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la
Nation avait proposé un amendement tendant à la substitution de cette formule ainsi conçue : « Le Tribunal s’assure que les
intérêts des créanciers sont équitablement protégés ». Cet amendement n’a pas été retenu encore que la formule était tout aussi
discutable que l’actuelle car, l’équité dans la protection des intérêts des créanciers peut aussi contenir une dose de subjec tivité.
588 Nouvel article L. 626-34 du Code de commerce.
589 Ces articles organisent la consultation des créanciers dans le cadre de la procédure ordinaire excluant la constitution des c omités des
créanciers.
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selon les dispositions des mêmes articles 590. Les créanciers hors comité qui sont
consultés individuellement, sont les créanciers sociaux et fiscaux591.
321. Dans le régime institué par la loi du 26 juillet 2005 excluant l’intervention des
comités de créanciers, le juge français retrouve tous les pouvoirs qui étaient les siens
quand il fallait décider du devenir de l’entreprise sous l’empire de la loi du 25 janvier
1985. Il importe en effet de rappeler que selon les dispositions de l’ancien article L.
620-1 du Code de Commerce, le redressement judiciaire de l’entreprise était assuré
selon un plan arrêté par décision de justice, lequel plan prévoyait soit la continuation
de l’entreprise, soit sa cession 593. Partant de ces dispositions textuelles, la
jurisprudence avait posé le principe selon lequel les juges du fond étaient souverains
pour retenir la solution la plus opportune 594. Dans cette optique, il n’appartient pas à
la Cour de cassation de s’immiscer dans le choix effectué par les juges du fond, celui-
ci relevant de leur « pouvoir optionnel », variante de leur pouvoir d’appréciation
excluant tout contrôle de la haute juridiction sauf sur la motivation. Cette
jurisprudence retrouvera, sans nul doute, toute sa valeur chaque fois que, pour une
raison ou une autre, l’intervention des comités de créanciers sera exclue du processus
d’arrêt du plan de redressement.
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constitue pas une condition d’efficacité du concordat passé entre le débiteur et ses
créanciers, l’accord ne tirant point sa force de l’homologation, mais plutôt de la
volonté des parties.
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616 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif.
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des créanciers privilégiés, n’est pas tenu de les accepter expressément dès lors
qu’elles sont faites dans son intérêt exclusif sur incitation de la loi. Les créanciers
munis de sûretés, sur ce «succédané d’action provocatoire» constitué par
l’interpellation du greffier, sont libres de contracter ou non, leur seule obligation
consistant à faire connaître leur intention dans un délai de quinze jours 617.
617 Ibid.
618 A. MARTIN-SERF, article précité, n° 16.
619 Supra, n° s 106 et s.
620 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 127(1°).
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
gardé de spécifier ces « conditions de validité » Il pourrait s’agir alors des conditions
de forme et de fond de validité des contrats et notamment des conditions de
majorité621.
339. Ainsi pour le Tribunal régional hors classe de DAKAR, doit être déclarée en
redressement judiciaire la société dont l’état de cessation des paiements est
caractérisé et qui présente un concordat susceptible de préserver l’entreprise et
d’assurer le paiement des créanciers dans des conditions acceptables 626.
340. Par ailleurs, relativement aux dirigeants, il incombe au juge de vérifier qu’en
cas de redressement judiciaire d’une personne morale, la direction de celle-ci n’est
plus assurée par les dirigeants dont le remplacement a été proposé dans les offres
concordataires ou par le syndic ou contre lesquels ont été prononcés, soit la faillite
personnelle, soit l’interdiction de diriger, gérer ou administrer une entreprise
commerciale627.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
réelles spéciales sur les biens cédés, sauf renonciation par eux à cette condition et
acceptation des dispositions de l’article 168 de l’Acte uniforme portant organisation
des procédures collectives d’apurement du passif 628 et, d’autre part, il est payable au
comptant ou si, dans le cas où les délais de paiement sont accordés à l’acquéreur,
ceux-ci n’excèdent pas deux ans et sont garantis par le cautionnement solidaire d’un
établissement bancaire 629,
628 Il résulte des dispositions de cet article que « si le prix de la vente d’un bien spécialement affecté à une sûreté est insuffisant à payer
la créance en principal et intérêts, le créancier titulaire de cette sûreté est traité, pour le reliquat non payé de sa créan ce, comme
un créancier chirographaire. »
629 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 132.
630 Le Tribunal de Grande Instance de Banfora (Burkina Faso), aux termes d’un jugement rendu le 22 août 2003, a ainsi eu l’occasi on
d’homologuer un concordat de redressement réunissant les conditions cumulatives posées par l’article 127 de l’AUPC. En effet, ledit
concordat a été homologué pour les raisons suivantes : aucun motif tiré de l’intérêt collectif ou de l’ordre public ne parait de nature à
empêcher le concordat, les propositions concordataires offrent des possibilités sérieuses de redressement et de règlement du passif, le
remplacement du Président Directeur Général est préconisé en raison de la mauvaise gestion, les créanciers consentent d es délais de
règlement et des réductions de leur créances à hauteur de 15, 30 et 5%, les travailleurs faisant de même à hauteur de 10% en vue
d’éviter les licenciements, enfin le concordat a été voté par 36 créanciers présents dont le montant des créances s’élève à 3 887 750 608
FCFA, toute chose représentant plus de la majorité en nombre des 50 créanciers et plus de la moitié des créances chiffrées à
4 069 688 837 FCFA : cf. TGI de Banfora, jugement n° 25 du 22 août 2003, Les Grands Moulins du Burkina ( G. M.B) Ohadata J-04-61,
Répertoire quinquennal OHADA, 2000-2005 , p.509.
631 Com., 28 octobre 1953, motifs, D. 1954.41, note PERCEROU ; il résulte à cet effet des dispositions de l’article 145, alinéa 1 de l’Acte
uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif que « dès que la liquidation des biens est
prononcée, les créanciers sont constitués en état d’union. »
632 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 145.
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345. Aux termes des dispositions de l’article 122, alinéa 3 de l’Acte uniforme
portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif « dans le cas
où la proposition du concordat de redressement ne comporte aucune demande de
remise ni des demandes de délai excédant deux ans, il n’y a pas lieu à convocation de
l’assemblée concordataire … seuls le syndic, le juge-commissaire, le représentant du
Ministère Public et les contrôleurs, s’il en a été nommé, sont entendus. »
346. L’article 127, alinéa 4 du même Acte uniforme reprend, à quelque chose près,
la même idée en énonçant que « dans le cas où le concordat de redressement ne
comporte aucune remise ni délai excédant deux ans, la juridiction compétente peut
prononcer l’homologation après avoir reçu communication des rapports du syndic et
du juge-commissaire et entendu les contrôleurs, s’il en a été nommé, en leurs
observations sans que les créanciers soient appelés à voter. »
347. Ces dispositions textuelles instituent ainsi un concordat qui ne requiert pas
l’accord des créanciers lorsque les propositions concordataires du débiteur ne
comportent pas de demande de remise, ni de demande de délai supérieur à deux ans.
Dans ce cas de figure, l’octroi du concordat et, partant, le sort de l’entreprise, reste
exclusivement tributaire de la volonté de la juridiction compétente.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
349. Cette procédure n’est pour autant pas exempte de critiques. N’y a-t-il pas, par
exemple, lieu de craindre que le concordat simplifié constitue une porte ouverte à la
fraude pour certains débiteurs qui, afin de contourner les aléas liés au vote des
créanciers, pourraient être enclins à élaborer des propositions concordataires sans
demande de remises et de délais excédant deux ans pour les soumettre directement à
l’homologation de la juridiction compétente connaissant à l’avance le car actère
irréalisable desdites propositions ? Le risque est d’autant plus réel que cette
homologation exceptionnelle par le juge hors l’accord des créanciers, hormis le
critère de l’inexistence de remises ou délais excédant deux ans, ne semble pas
suffisamment encadrée par le législateur comme c’est le cas pour le choix par le juge
des modalités du devenir de l’entreprise.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
respective des dispositions du droit africain et du droit français révèle que le juge
obéit à des directives. Ces directives sont, pour l’ensemble, dans leur contenu,
communes au droit africain et au droit français. On n’oubliera pas cependant de
relever qu’alors qu’en droit français, le juge qui arrête le plan de redressement adopté
par les comités de créanciers doit seulement s’assurer que les intérêts de tous les
créanciers sont suffisamment protégés 635, en droit africain, le juge qui homologue le
concordat de redressement doit vérifier, de manière cumulative, que les conditions de
validité du concordat sont réunies, qu’aucun motif, tire de l’intérêt collectif ou de
l’ordre public, ne paraît de nature à empêcher le concordat, que le concordat offre des
possibilités sérieuses de redressement de l’entreprise et de règlement du passif, qu’en
cas de redressement judiciaire d’une personne morale, la direction de celle -ci n’est
plus assurée par les dirigeants dont le remplacement a été proposé dans les offres
concordataires ou par le syndic ou contre lesquels ont été prononcées, soit la faillite
personnelle, soit l’interdiction de diriger, gérer ou administrer une entreprise
commerciale636. Cette réserve faite, il conviendra de cerner le contenu des directives
légales concernées (paragraphe 1) avant que ne soit analysé le pouvoir d’appréciation
dont dispose le juge à cet égard (paragraphe 2).
352. L’on observe que le dénominateur commun entre le droit africain et le droit
français, en cas d’option pour la continuation de l’entreprise en état de cessation des
paiements est le critère lié à l’existence de possibilités sérieuses de redressement et
de règlement du passif (A.) En revanche, lorsqu’il est question de la cession de
l’entreprise, un double critère commun de décision est exigé (B.)
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
637 M. JEANTIN, « La continuation de l’entreprise », RJ. Com. 1986, n° spécial, p. 187 et s ; B. SOINNE, « La continuation de
l’entreprise », RTD Com. 1986, n° spécial, p. 87 et s ; J. Ph. HAEHL, « Les plans de continuation à Lyon et Bourg-en-Bresse »,
JCP, 1987, E, 15073.
638 C. SAINT-ALARY-HOUIN, Op. Cit., n° 859.
639 Supra, n° s 349 et s.
640 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 1 27(3°).
641 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 33, alinéa 2.
642 Supra., n° 229.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
par les textes 644, lorsque ces critères ne sont pas réunis par une entreprise, la
procédure de droit commun qui emprunte la quasi-totalité de ses règles au plan de
continuation issu de la loi du 25 janvier 1985, tant au stade de l’élaboration, qu’à
celui de l’exécution 645 fait sa réapparition. Dans ce contexte, le Tribunal ne peut
décider de la continuation de l’entreprise que lorsqu’il existe des possibilités
sérieuses de redressement et de règlement du passif 646.
357. Pour M. SAWADOGO, « le concordat sérieux est probablement celui qui, tout
en préservant et en assainissant l’entreprise, assure le paiement des créanciers dans
des conditions acceptables. Il faut donc, d’une part des mesures de redressement de
l’entreprise et un plan de paiement des créanciers théoriquement satisfaisants, d’autre
part des garanties d’exécution des engagements que contient la proposition de
concordat»650. Comme on l’a constaté 651 les juges du fond africains dans la plupart
des décisions rendues jusqu’ici, attachent du prix à la justification du caractère
sérieux du concordat ou des « possibilités séreuses de redressement de l’entreprise et
644 Sur les critères de constitution des comités de créanciers, v. supra , n° 206.
645 P. M. LE CORRE, « Premiers regards sur la loi de sauvegarde des entreprises », D. 2005, chrono, p. 2298, spécial, n° 33.
646 Tel est le critère dégagé par l’ancien article L.621-70 du Code de commerce.
647 Sur le pouvoir d’appréciation des juges du fond à l’occasion de l’ho mologation du concordat, v. cass. Com. 6 novembre 1956 : D.
1957, 87 Gaz. pal, 1957, 1, 49 ; Req. 3 juin 1935 ; Gaz. pal., 1935, 2, 558.
648 En ce sens, B. SOINNE, Traité des procédures collectives, 2 ème édition, Litec, n° 1552.
649 RIPERT par ROBLOT, Traité de droit élémentaire de droit commercial, n° 3210, p. 895.
650 F. M. SAWADOGO, op. cit., n° 126, p. 118.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
de règlement du passif »652. Ils estiment à cet égard que des propositions
concordataires impossibles à réaliser ne sauraient être retenues pour envisager un
redressement judiciaire et qu’en conséquence, le rejet des propositions concordataires
par de nombreux créanciers ainsi que l’absence d’engagement des partenaires
importants, militent en faveur de l’ouverture d’une liquidation des biens 653.
358. De la même manière, le plan de continuation ne peut être arrêté par le Tribunal
qu’après un examen solide des chances de sauvetage de l’entreprise 654.
1997, p. 539.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
363. La cession de l’entreprise peut être une cession totale ou une cession partielle.
Lorsqu’elle est totale, elle porte sur l’intégralité des actifs de l’entreprise. Dans ces
conditions, l’offre de cession doit avoir pour objet l’entreprise dans son intégralité et
non le seul fonds de commerce s’il n’en constitue qu’un élément 658. Lorsqu’elle est
partielle, elle concerne soit un certain nombre de biens corporels ou incorporels,
meubles ou immeubles, soit une cession d’entreprise ou d’établissement, entendue
comme toute cession de biens susceptibles d’exploitation autonome permettant
d’assurer le maintien d’une activité économique, des emplois qui y sont attachés et
d’apurer le passif. En instituant la cession partielle d’actif dans le cadre de la
procédure de redressement judiciaire, l’Acte uniforme portant organisation des
procédures collectives d’apurement du passif 659 a reconnu, à la suite du législateur
français de 1985, que la cession en bloc pourrait constituer une solution heureuse
dans la recherche du redressement de l’entreprise. Le législateur africain a cependant
laissé un goût d’inachevé en limitant le champ d’application de cette cession à
certaines composantes de l’entreprise. Pourtant, même au stade de la procédure de
redressement judiciaire, la cession globale peut présenter un intérêt particulier
notamment dans l’hypothèse d’incompétence ou d’incurie du débiteur ou, lorsque
celui-ci est frappé d’une interdiction d’exercer le commerce à la suite du prononcé
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
364. Les législateurs français et africain ont imposé au juge désireux d’opter pour
la cession de l’entreprise, qu’elle soit totale ou qu’elle soit partielle, la vérification de
la réunion préalable de deux conditions particulières. Il faut d’abord que les entités à
céder constituent de véritables unités économiques susceptibles d’exploitation
autonome (1). Il faut ensuite que l’offre d’acquisition faite par les tiers présente un
caractère sérieux (2.)
365. La cession doit porter sur une « entreprise ». Pour les tribunaux français, il en
est autrement si le cessionnaire n’entend faire qu’une opération spéculati ve
immobilière en acquérant des actifs cédés 662 ou si la cession a trait aux actifs
immobiliers d’un promoteur 663 ou la vente d’un portefeuille d’actions 664. La cession
totale de l’entreprise suppose la cession de l’ensemble des actifs affectés à une
activité de production 665. Il résulte à cet égard d’une jurisprudence française constante
que la cession ne peut porter que sur l’ensemble des biens de production qui,
nécessairement associés à une force commune de travail, conCourent par eux-mêmes,
soit à la transformation de la matière, soit et de fait, plus généralement, à une création
de valeur ajoutée 666.
366. Lorsque la cession est partielle, tant le législateur français 667 que le législateur
africain668 exigent que les entités cédées aient une autonomie d’activité. La notion
d’autonomie s’entend de l’indépendance économique possible que doit révéler la
20 juillet 1986 cité in SOINNE, « La problématique du plan de cession de l’entreprise, » Rev. Proc. Coll. 1989, p. 473 et s ; Aix-en-
Provence, 8 ème ch. A, 3 juin 1993, Juris-Data n° 044264.
667 Loi du 26 juillet 2005, article L. 642-1, alinéa 2.
668 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 31, alinéa 3.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
669 PAILLUSSEAU, CAUSSAIN, LAZARSKI et PEYRAMAURE, La cession d’entreprise, éd. Dalloz 19 88, coll. « Réussir en affaires, » p.
499.
670 B. SOINNE, op. cit., n° 1677, p. 1333.
671 Trib. Com. Paris, 11 février 1994 et Paris, 18 mars 1994, Rev. Proc. Coll. 1995 -2, n° 37, obs. SOINNE.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
tout ou partie des emplois qui y sont rattachés et d’apurer le passif .»673 Lorsqu’il est
appelé à arrêter un ou plusieurs plans de cession, le législateur français donne comme
directive au Tribunal de retenir « l’offre qui permet dans les meilleures conditions
d’assurer le plus durablement l’emploi attaché à l’ensemble cédé, le paiement des
créanciers et qui présente les meilleures garanties d’exécution.»674 Cette loi reprend,
à quelque chose près, les dispositions de la loi du 25 janvier 1985 desquelles il
résultait que « le Tribunal retient l’offre qui permet dans les meilleures conditions
d’assurer le plus durablement l’emploi attaché à l’ensemble cédé et le paiement des
créanciers675 » après qu’il eût été énoncé que l’administrateur était tenu au préalable
de donner au Tribunal tout élément permettant de vérifier le caractère sérieux de
l’offre676. La même disposition est d’ailleurs reprise par la nouvelle loi qui exige que
le liquidateur ou l’administrateur, lorsqu’il en a été désigné, donne au Tribunal tous
éléments permettant de vérifier le caractère sérieux de l’offre 677. La loi du 26 juillet
2005 a cependant introduit une exigence supplémentaire liée aux garanties offertes
par le repreneur.
673 Article 111 de ladite loi, nouvel article L.642-1, alinéa 1 du Code de commerce; cette énonciation est, à quelque chose près, identique
à celle de l’article 131, alinéa 3 de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif s ur la
cession partielle d’actifs.
674 Loi du 26 juillet 2005, article 111, nouvel article L. 642 -5 du Code de commerce.
678 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif article 160, alinéa 1.
679 Ibid., article 160, alinéa 2.
680 Ibid., article 161.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
lorsque l’offre paraissant la plus sérieuse lui est soumise par le syndic en vue d’une
appréciation souveraine et, une seconde fois, pour ordonner la cession, approuvant de
ce fait le caractère sérieux de l’offre. Ainsi, pour les juges africains, dans le cadre
d’une cession globale d’actifs, la société qui fait l’offre la plus sérieuse compte tenu
du prix offert, du mode de paiement (au comptant) et des chances de préservation de
l’activité et des emplois doit être retenue comme repreneuse 682.
370. Il apparaît ainsi que le critère de décision pour le Tribunal français dans le
cadre du plan de cession 683 est le même que celui du juge-commissaire africain dans
le cadre de la cession globale d’actifs : le caractère sérieux de l’offre. Quel contenu
donner dès lors à cette formule ? Partant des dispositions du nouvel article L. 621-87
du Code de commerce issu de la loi française du 26 juillet 2006, on pourrait se
contenter de répondre que l’offre la plus sérieuse est celle qui paraît de nature à
mieux assurer le plus durablement, l’emploi attaché à l’ensemble cédé, le paiement
des créanciers et qui présente les meilleures garanties d’exécution. Une telle réponse
paraît cependant Courte, dès lors que, la notion « d’offre sérieuse » paraît difficile à
cerner ce, en dépit des larges pouvoirs d’appréciation dont dispose le juge et qu’il
convient d’analyser.
371. S’il revient au juge d’arrêter un choix sur les modalités du devenir de
l’entreprise qui n’honore plus ses paiements, cette mission va de pair avec un certain
nombre de constatations et vérifications. En vue de parvenir au sauvetage de
l’entreprise, le juge se doit, au moment de sa prise de décision, de vérifier que les
exigences légales sont satisfaites dans chaque espèce qui lui est soumise. Vérifi er
l’existence de possibilités sérieuses de redressement de l’entreprise, vérifier
l’existence d’unités économiques susceptibles d’exploitation autonome, vérifier le
caractère sérieux des offres constituent autant de questions de fait qui relèvent du
pouvoir souverain d’appréciation des juges du fond. En résumé, ce pouvoir
682 Tribunal Régional Hors Classe de Dakar, ordonnance de cession globale d’actifs n° 482/2001 du juge commissaire, liquidation des
biens de la société NBA, Ohadata J-O5-53 ; Répertoire quinquennal OHADA, 2000-2005, p. 511.
683 Il convient de préciser que la loi française du 26 juillet 2005 a unifié le plan de ce ssion et la cession d’unités de production, cette
dernière institution concurrente jugée moins contraignante pour les repreneurs, ayant été absorbée par la première.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
373. En réalité, c’est à une véritable analyse économique que se livrent les
tribunaux au moment d’opter pour la continuation de l’entreprise. C’est ainsi que la
Cour de Cassation française a eu à approuver le prononcé de la liquidation judiciaire
sur la base de la motivation d’une Cour d’appel précisant que « … pendant la période
de continuation d’activité, le passif s’est aggravé, la trésorerie ne permet pas de
régler les charges sociales, la poursuite de l’exploitation présente un risque pour les
salariés, aucun plan de continuation ou de cession fondé sur des éléments certains
688
objectifs n’est présenté … » Il appartient notamment à la juridiction compétente
684 A titre d’illustration, voir. T. com. Nanterre, 17 juin 1986, Gaz-Pal., 7 février 1987, note D. CALMELS qui note une réduction possible
des frais financiers, le redéploiement de l’activité sur un produit à forte marge et un bénéfice prévisionnel d’exploitation ainsi que
l’absence de licenciement ; TGI., Béthume, 24 mars 1989, Rev. Proc. Coll. 1989, n° 4, p. 151, obs. B. SOINNE qui examine si
l’entreprise peut faire face à une créance encore incertaine dans son montant.
685 Com. 17 février 1998, RJDA 6/98, n° 769, Petites affiches, 1998, n° 42, p. 7, 16 février 1999.
686 T. Com. Lyon, 30 juillet 1986, J.C.P. 1986, II. 20 700, note J. Ph. HAEL et surtout Com. 6 janvier 1998, Bull. civ. IV, n° 8 : cette
dernière décision de la Cour de cassation estime que le plan doit permettre le règlement de toutes les créances déclarées, mê me si
elles sont contestées.
687 C. SAINT-ALARY-HOUIN, op. cit., n° 855, p. 569.
688 Cass. Com. 6 octobre 1992, Bull. civ. IV, n° 285 ; RJDA, Déc. 1992, n° 1175, p. 940 ; JCP 92, éd. E, 1384; JCP 92, éd. G. IV, 2982.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
696 Trib. Com. Nantes, 30 juillet 1910, Journ. Faillites 1911.136 ; Montpellier, 19 mai 1931, D. M. 1932, Somm. 6.
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BALEMAKEN Eugène Louis René| Thèse de doctorat | Septembre 2013
375. Il appartient au juge africain, statuant dans le cadre d’une cession partielle
d’actif, sous peine de réformation de sa décision, de préciser en quoi une telle cession
est une cession de « biens susceptibles d’exploitation autonome permettant d’assurer
le maintien d’une activité économique, des emplois qui y sont attachés et d’apurer le
passif. » De même, dans le cadre d’une cession globale d’actif, il lui appartient, à
l’instar de son homologue français statuant sur la cession globale d’unités de
production alors prévue par la loi du 25 janvier 1985 de s’attacher à « vérifier que les
biens cédés forment bien un ensemble cohérent, susceptible de servir de support à
697
une activité rentable. »
376. S’il apparaît en somme que le juge dispose d’une totale liberté dans le choix
des offres en matière de cession, il convient de relever avec M. CALENDINI qu’ « à
tous le moins, on sera en droit d’attendre des juges du fond qu’ils caractérisent les
éléments de la cession, qu’ils montrent que l’entreprise est transmise dans son entier
en cas de cession totale, en tant qu’unité économique globale, en vue de la
continuation de son activité dans d’autres mains. De même, qu’ils indiquent, en cas
de cession partielle, en quoi la fraction cédée constitue une branche complète
698
susceptible d’une activité autonome. » Sur le terrain du caractère sérieux de l’offre,
l’examen de la jurisprudence française est particulièrement édifiant. De manière
générale, les juges français se livrent à un examen global de l’offre, c’est -à-dire de la
solidité financière de la proposition d’achat mais aussi de ses chances de réussite sur
le plan social 699. Les tribunaux procèdent à une analyse détaillée de l’offre,
s’attachant notamment à la situation du marché, à l’importance des investissements, à
la structure et à la compétence du personnel 700, au maintien de l’emploi et au
désintéressement des créanciers.
697 Trib. com. Lyon, 29 juillet 1986, RTD Com. 1989, p. 310. obs. P. HAEHL ; CA. Paris, 27 février 1990, RTD Com. 1990, p. 479, Obs. P
HAEHL.
698 M. CALENDINI, « L’élaboration des plans de redressement et d’apurement du passif après la période d’observation, » Les Petites
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377. A titre d’illustration, il a été jugé par la Cour d’Appel de Paris que l’offre de
reprise d’un cabinet de Courtage d’assurance n’était pas sérieuse dans la mesure où,
elle présentait un caractère aléatoire en raison de l’importance des charges sociales
liées au personnel maintenu en fonction qui représentait près de 75% du produit brut
du cabinet 701. En revanche, le Tribunal de commerce de Paris a jugé sérieuse une
offre résultant d’un long processus d’élaboration dont elle était l’aboutissement, « le
consensus social dans lequel elle s’inscrit n’en étant pas la moindre caractéristique
702
pour évaluer les chances de réussite qu’elle peut offrir pour l’avenir. »
378. Il n’est pas sans intérêt de s’interroger sur l’importance que le juge, dans
l’exercice de son pouvoir souverain d’appréciation, accorde au prix de la cession. La
question se justifie d’autant plus l’importance du prix de la cession constitue un
indicateur déterminant sur le caractère sérieux de l’offre de cession. La problématique
est alors celle de savoir si les tribunaux pouvait consentir à la cession d’entreprise,
opération par nature aléatoire 703 alors même que le prix offert ne serait pas à même de
désintéresser les créanciers. Majoritairement, de nombreuses juridictions de fond ont
répondu par l’affirmative, fort de ce que, d’une part « rien dans le texte de loi ne
stipule que le bénéficiaire d’une cession consentie dans le cadre du redressement
704
judiciaire de l’entreprise devrait payer l’intégralité du passif » et, d’autre part,
certains textes impliquent la possibilité d’une insuffisance de prix 705. Dans un arrêt en
date du 26 juin 1990 706, la Cour de cassation française a consacré cette position
jurisprudentielle en jugeant qu’un plan de cession pouvait être valablement arrêté
même s’il ne permettait pas le règlement intégral des créanciers. Elle a même
l’application des garanties prévues dans le droit commun de la vente et obéissant à des règles propres édictées en vue du mai ntien
au moins partiel de l’activité par une loi d’ordre public… », v. B. SOINNE, « L’autonomie des règles relatives à la transmission
d’entreprise en situation de redressement ou de liquidation judiciaire », Les Petites Affiches, 10 novembre 1993, p. 10.
704 Versailles, 9 juillet 1986, Gaz. Pal. 1986. II. 436, note D. CALMELS ; Aix-en-Provence, 2 octobre 1986, D. 1987. Som. 9 et 10, obs. F.
DERRIDA ; Toulouse, 16 avril 1987, Petites affiches, 1988, n° 74, p. 5, obs. F. MACORIG-VENIER ; T. Com. Paris, 16 avril 1986,
Gaz. Pal. 4/5 juin 1986, obs. ANNICHIARICO.
705 Trib. Com ; 16 avril 1986, précité. Aux termes des dispositions de l’ancien article L. 621-102 du Code de commerce français, la
vérification des créances chirographaires n’avait pas lieu lorsqu’il apparaissait que le prix de la cession serait absorbé pa r les
créances privilégiées et les frais de justice. Cette disposition est reprise par le nouvel article L. 641 -4 dudit Code. A contrario, le
droit africain n’a pas prévu une telle disposition, puisqu’aux termes des dispositions de l’article 84 de l’Acte uniforme por tant
organisation des procédures collectives d’apurement du passif, « la vérification des créances … est obligatoire quelle que soit
l’importance de l’actif et du passif. »
706 Com. 26 juin 1990, B.R.D.A. 31 août 1990, n° 15, p. 14 ; J.C.P. éd. E., 1991. 355, obs. M. CABRILLAC et Ph. PETEL ; Rev. Proc.
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considéré que la question du montant du prix relevait du pouvoir souverain des juges
du fond, marquant ainsi sa volonté de ne pas l’arbitrer.
379. Toutefois, cette jurisprudence doit être ramenée à sa juste proportion. Les
juges ne sauraient rester indifférents à l’élément prix. La jurisprudence estime de plus
en plus qu’il n’est pas possible d’arrêter un plan de cession qui ne désintéresse pas
suffisamment les créanciers même si l’offre présente un intérêt économique réel 707. Il
convient dès lors d’approuver les juges français dans le cadre d’une décision qui
énonce que « la cession d’une entreprise sans paiement du moindre prix et sans que
le législateur en ait posé le principe de façon ferme et précise constituerait un
véritable bouleversement du droit positif de la procédure de redressement judiciaire ;
la sauvegarde d’emplois prévue par la loi ne doit pas conduire le Tribunal à tout
admettre et à permettre en particulier qu’un repreneur dicte d’abusives conditions
constitutives d’une véritable spoliation des créanciers, contraire à la morale des
affaires et à laquelle il appartient au Tribunal de veiller pour une indispensable
défense des droits des créanciers.» 708
707 Orléans, 5 janvier 1993, Rev. Proc. Coll. 1993.505, obs. B. SOINNE.
708 T.G.I. Metz, 3 août 1988, Rev. Proc. Coll. 1989-4, p. 526, n° 26, obs. SOINNE; D. 1991, som. com. 17, obs. DERRIDA.
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cela se traduit ailleurs par des licenciements provoqués par une concurrence
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déloyale… »
712 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 132.
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383. Bien que la primauté du rôle du juge paraisse indéniable lorsque l’entreprise
est en état de cessation des paiements, il est apparu que le droit africain et le droit
français avaient un dénominateur commun important : le rôle des créanciers dans le
déroulement de la procédure de redressement judiciaire. Ce rôle transparaît aussi bien
au moment de la phase d’élaboration des solutions qu’au niveau de la phase
d’adoption de celles-ci. Mais dans cette dernière phase, l’on a pu observer que les
créanciers disposaient d’un pouvoir beaucoup plus souverain en droit français qu’en
droit africain, au travers du vote du plan de redressement.
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CONCLUSION DU TITRE 1
386. Alors que le législateur africain n’a pas cru devoir impliquer très tôt le juge
dans la résolution des difficultés de l’entreprise dans la procédure d’alerte instituée
dans le droit des sociétés commerciales, l’on constate en revanche que, dans le cadre
de la procédure de règlement préventif, l’intensité de l’intervention du juge est réelle.
Cette intensité qui contraste avec le caractère contractuel de l’accord entre le débiteur
et ses créanciers est tel que, faute de consensus, il pourrait constituer une entrave au
redressement de l’entreprise.
388. En revanche, l’intervention des juges africain et français dans le cadre des
procédures curatives se heurte à l’important rôle reconnu aux créanciers dans le
déroulement de ces procédures. Il apparaît cependant que pour l’adoption d’un plan
de redressement de l’entreprise en état de cessation des paiements, le juge français
dispose de plus de pouvoirs que le juge africain.
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l’absence d’une prise de mesures efficaces dès l’apparition des premiers indices
attestant de la gravité de la situation 713.
391. Mais, que le juge africain ou français se prononce sur le sort d’une entreprise
in bonis, ou qu’il soit appelé à se prononcer sur une entreprise en état de cessation
des paiements, l’objectif de sauvetage ne peut être efficacement mis en œuvre que si,
au plan du droit processuel, il dispose d’instruments adaptés à la prévention et au
traitement des difficultés de l’entreprise : se pose alors ainsi le problème des moyens
d’action processuels mis à la disposition du juge.
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392. Les législateurs africain et français ont assigné au droit des procédures
collectives une finalité essentielle et commune : la sauvegarde de l’entreprise 714.
L’objectif économique de sauvegarde de l’entreprise assigné aux procédures
collectives tant par le législateur africain que par son homologue français, apparaît
donc indéniable. A partir de ce postulat, la question qu’il convient de se poser est
celle de savoir si, dans le cadre du traitement judiciaire des difficultés de l’entreprise,
les règles de la procédure civile classique sont adaptées.
714 Supra n° s 20 et s.
715 G. CORNU et J. FOYER, procédure civile, PUF, Thémis, 2 ème édition, 1996, n°3, p.7.
716 P. CAGNOLI, op. cit., n° 94, p. 71.
717 F. DERRIDA et P. JULIEN, « Le droit procédural du redressement et de la liquidation judiciaires et le droit privé », Mélanges P. DRAI,
summa divisio entre d’une part, le contentieux dit « objectif » qui intéresserait le sort de l’entreprise et, d’autre part, le contentieux dit
« subjectif » dans lequel le juge se contenterait de trancher entre des prétentions contradictoires, portant sur des droits subjectifs.
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395. Les juges africain et français disposent en commun des instruments d’ordre
processuel susceptibles de leur permettre de réaliser l’objectif de redressement de
l’entreprise tel que fixé par les différents législateurs. Face au constat d’inadaptation
des règles classiques de la procédure civile, il ne restait plus, dans le déroulement de
l’instance, qu’à déroger au droit commun processuel (section 1), et à procéder à un
réaménagement des principes directeurs essentiels du procès (section 2).
396. Il est généralement admis que juger, c’est trancher une contestation et mieux,
c’est choisir entre deux prétentions qui ont, l’une comme l’autre, vocation à
s’imposer720. Du reste, pour certains auteurs 721, il n’y a de juridiction que
contentieuse, le juge se bornant alors à trancher un litige. Suivant les travaux de la
doctrine italienne reprise en France par M. BRULLIARD, le doyen HERON et
Madame BLERY 722, la mission du juge consiste à lever l’obstacle qui entrave les
droits, l’activité des justiciables 723.
397. Or, il apparaît clairement qu’en droit africain et en droit français, dans le
contentieux dit « objectif », la mission confiée au juge des procédures collectives
s’éloigne de toute idée de juridiction. Pour certains, la mission du juge est ici
beaucoup plus une mission « de nature administrative » orientée vers la satisfaction
de l’intérêt général qu’une mission ordinaire 724. A cet égard, M. LEBRIS estime que
« l’intérêt général était l’obsession du législateur qui entendait assumer le sacrifice
720 M. BANDRAC, « De l’acte juridictionnel, et de ceux des actes du juge qui ne le sont pas », Mélanges P. DRAI, Le juge entre deux
millénaires, Dalloz 2000, p. 171.
721 P. LAMPUE, « La notion d’acte juridictionnel », RDP 1946, p. 56.
722 G. BRULLIARD, « L’évolution de la notion de juridiction dite « gracieuse » ou volontaire et de celle de juridiction d’après les récents
724 P. CAGNOLI, op. cit., n° 300, p. 239; v. également M. BANDRAC, article précité, n° 7.
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398. Avant l’ouverture d’une procédure collective, en vue d’avoir une idée exacte
sur la situation financière et économique du débiteur, le juge peut recourir à une
enquête préalable (A). Bien plus, le juge se réserve le droit de se saisir d’office d’une
procédure (B).
400. A ce propos, l’article 32, alinéa 2 de l’Acte Uniforme portant organisation des
procédures collectives d’apurement du passif dispose qu’« avant l’ouverture d’une
procédure collective, le président de la juridiction compétente peut désigner un juge
du siège ou toute personne qu’il estime qualifiée, à charge de dresser et de lui
remettre un rapport dans un délai qu’il détermine, pour recueillir tous
renseignements sur la situation et les agissements du débiteur et la proposition du
concordat faite par lui ». Les tribunaux africains n’hésitent pas à recourir à cette
disposition légale 725. Il faut cependant préciser que la désignation d’un juge ou toute
autre personne qualifiée pour procéder à une enquête préalable n’est qu’une simple
faculté et non une obligation faite à la juridiction 726.
TGI de Ouagadougou, jugement ° 45 du 18 fév. 2004, BTM & BATEC Sarl c/ SOSACO, Ohadata J -04-374, Répertoire quinquennal
726
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402. Il doit cependant être entendu que l’enquête préalable ainsi prescrite en droit
africain et en droit français n’est qu’une simple faculté pour le juge et non une
obligation. Il en résulte qu’une décision intervenant en l’absence d’une telle enquête
ne saurait être contestée de ce chef727.
403. A cette enquête préalable, il faudrait sans doute rapprocher les pouvoirs
d’investigation reconnus au juge-commissaire par le législateur africain. En effet,
nonobstant toute disposition législative ou réglementaire contraire, le juge -
commissaire africain « peut obtenir communication, par les commissaires aux
comptes, les comptables, les membres et représentants du personnel, par les
administrations et organismes publics, les organismes de prévoyance et de sécurité
sociales, les établissements de crédit ainsi que les services chargés de centraliser les
risques bancaires et les incidents de paiement, des renseignements de nature à lui
donner une information exacte sur la situation économique et financière de
l’entreprise. »728
405. Le principe d’une enquête préalable n’est pas, en soi, une particularité du droit
processuel des entreprises en difficulté. En droit processuel commun, le juge n’a
jamais été confiné dans un rôle passif en matière de recherche des preuves. Très tôt,
727 Paris, 24 octobre 1989, Rev. dr. Bancaire et Bourse, mars 1990, n°18, obs. CAMPANA et CALENDINI.
728 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 39, alinéa 2.
729 Ibid, article 39, alinéa 1.
730 Ibid.
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les tribunaux ont estimé que les pouvoirs accordés au juge en matière d’enquête n’ont
d’autre limite, par la volonté de la loi, que leur conscience et l’impérieux besoin de
s’éclairer pleinement ; qu’en toutes matières et surtout en celles qui intéressent
directement l’ordre public, il serait trop regrettable que les juges n’eussent pas le
droit et le devoir de rechercher à suppléer d’office l’insuffisance des preuves et les
éléments de conviction que le débat oral leur aura fourni… »731
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409. L’impartialité se doit d’être définie 741 au regard de la mission du juge. Pour
certains auteurs, elle consiste en l’adoption d’une démarche de remise en cause par le
juge, qui lui permet de ne pas prendre parti avant tout débat en se fondant sur des
considérations étrangères à une discussion contradictoire avec les parties 742.
410. En fait, il semble bien que le pouvoir du juge de se saisir d’office ne consti tue
pas en lui-même une méconnaissance du procès équitable 743. Ce sont plutôt les
circonstances entourant l’exercice de ce pouvoir qui, objectivement, peuvent traduire
la partialité du juge 744. Dans ce contexte, pour la jurisprudence française, lorsqu’un
président de juridiction cite un dirigeant en complément de passif social et en
736 R. MARTIN, « La saisine d’office (essai sur sa signification) », J.C.P. éd. G 1973.
737 Sur les liens entre l’indépendance et l’impartialité, v. P. CROCQ « Le droit à un tribunal impartial », Libertés et droits fondamentaux,
Dalloz, éd., 2002, 480, n°521.
738 L’article 6, 1° de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales énonce que « toute
personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, pa r un tribunal
indépendant et impartial établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur les droits et obligations à caractère ci vil, soit du bien
fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle ».
739 CEDH, 1 er octobre 1982, PIERSACK c/ Belgique, publ. CEDH, série A, vol. 53 ; jurisprudence de la cour européenne des droits de
l’homme, Sirey, 7 ème éd., 2000, n°62, obs. V. BERGER ; JDI 1985, p. 210, obs. P. TAVERNIER.
740 Com. 16 mars 1993, D. 1993, 538, note J-L. VALLENS.
741 En matière pénale, V. JOSSERAND, L’impartialité du magistrat en procédure pénale, LGDJ 1988 ; ROETS, Impartialité et justice
pénale, Cujas 1997 ; CANIVET, « La justice des années 2000 doit s’adapter aux attentes de la société », JCP, 2000, I, 192.
742 N. FRICERO, « Les procédures collectives à l’épreuve du procès équitable », Mélanges A. HONORAT, éd. Frison – Roche, p.18.
743 MATRAY, « Réflexions sur la faillite d’office », rev. gén. Dr., 1988, p.145.
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411. En dépit des griefs relevés contre cette technique, le droit reconnu au Tribunal
de se saisir d’office, a jusqu’ici été consacré aussi bien par le législateur africain et
par le législateur français. Les exemples cités pour attester de cette situation dans les
deux ordres juridiques n’ont, dans ces conditions, que valeur indicative.
412. Ainsi, à côté des modes de saisine usuels 746 constitués respectivement par la
déclaration du débiteur 747, l’assignation des créanciers 748, le droit africain a prévu que
la juridiction compétente peut se saisir d’office en vue d’ouvrir une procédure
collective à l’encontre d’un débiteur vivant 749 ou décédé750, dans l’hypothèse de
résolution ou d’annulation du concordat préventif ou de redressement 751, dans
l’hypothèse d’un constat de cessation des paiements dans le cadre de la procédure de
règlement préventif 752 en cas de radiation du registre du commerce du débiteur ou
d’un associé indéfiniment et solidairement responsable du passif social, lorsque leur
cessation des paiements est antérieure à cette radiation 753.
413. Le droit français n’est pas en reste. Bien au contraire, les hypothèses de saisine
d’office offertes par le législateur français sont plus nombreuses que celles offertes au
juge africain. A titre d’illustration, si après l’ouverture de la procédure de sauvegarde,
il apparaît que le débiteur était déjà en état de cessation des paiements au moment du
prononcé du jugement, le Tribunal dispose du pouvoir de se saisir d’office pour
constater l’état de cessation des paiements, en fixer la date et convertir la procédure
de sauvegarde en une procédure de redressement judiciaire 754. De la même manière,
la loi française permet au Tribunal de se saisir d’office à tout moment de la période
745 Com. 3 novembre 1993, Bull. civ. IV, n° 345; D. 1994, 537, note VALLENS; J.C.P., 1993, IV, 100.
746 F. M. SAWADOGO, op. cit., n°119, p.112.
747 Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, article 25.
754 Loi du 26 juillet 2005, article 22, alinéa 6, nouvel article L. 621 -12 du Code de commerce.
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755 Ibid., article 90, alinéa 2, nouvel article L. 631-4 du Code de commerce.
756 Ibid., article 90, alinéa 3, nouvel article L. 631-5 du Code de commerce.
757 Ibid., article 90, alinéa 9, nouvel article L. 640-5 du Code de commerce.
758 Loi du 26 juillet 2005, articles 129, 131, 137 (nouveaux articles L . 651-3, L. 652-5 et L. 653-7 du Code de commerce).
759 Ibid., articles 62 et 92 (nouveaux articles L. 626-4 et L. 631-19 du Code de commerce).
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761 [Link]., 7 déc.2012, n°2012-2086 QPC, [Link]. coll.2013, n°1, [Link] ; JCP E 2013, 1048, note [Link] ;
D.2013, p-28, chron.p. FRISON-ROCHE ; Rev. Soc.2013, note 50, [Link] ; D-2012, p.2886, [Link] ; D.2013, p.338, note
J-L VALLENS.
762 L’alinéa 1 er de l’article L.631-5 du Code de commerce dispose en effet que : « Lorsqu’il n’y a pas de procédure de conciliation en
cours, le Tribunal peut également se saisir d’office ou être saisi sur requête du Ministère public aux fins d’ouverture de la procédure de
redressement judiciaire ».
763 Lesquelles dispositions permettent qu’une procédure de redressement judiciaire ne soit pas retardée afin d’éviter l’aggravation