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La bataille d'Austerlitz : enjeux et résultats

La bataille d'Austerlitz oppose en 1805 la Grande Armée de Napoléon à la Troisième Coalition formée par l'Autriche, la Russie et le Royaume-Uni. Malgré son infériorité numérique, Napoléon bat les coalisés grâce à un plan tactique audacieux. Cette victoire majeure dissout la coalition et oblige l'Autriche à signer la paix.

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La bataille d'Austerlitz : enjeux et résultats

La bataille d'Austerlitz oppose en 1805 la Grande Armée de Napoléon à la Troisième Coalition formée par l'Autriche, la Russie et le Royaume-Uni. Malgré son infériorité numérique, Napoléon bat les coalisés grâce à un plan tactique audacieux. Cette victoire majeure dissout la coalition et oblige l'Autriche à signer la paix.

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Bataille d’Austerlitz

La bataille d’Austerlitz (aujourd’hui Slavkov u Brna, en République tchèque), surnommée la « bataille


des Trois Empereurs », se déroule le lundi 2 décembre 1805Note 2, dans le sud de la Moravie, entre
Brünn et Austerlitz. Après neuf heures de combats, la Grande Armée de Napoléon Ier, malgré son
infériorité numérique, bat les forces de la Troisième Coalition qui se dissout à la suite de la bataille,
obligeant l'Autriche à signer la paix de Presbourg.

Cette coalition réunissait les Austro-Russes de l’empereur François Ier d'Autriche et du Saint-Empire
et de l'empereur russe Alexandre Ier. Le Royaume-Uni, membre et financeur de la coalition, n'a que
marginalement contribué aux opérations terrestres : ses petits contingents débarqués en Italie et en
Allemagne du nord n'ont pas à affronter la Grande Armée. Victorieux sur mer à la bataille de Trafalgar
en octobre 1805, le Royaume-Uni reste la seule grande puissance à rester opposée à l'empire
napoléonien.

Outre son importance stratégique, cette bataille, ainsi que la campagne qui l'a précédée, menant la
Grande Armée de Boulogne-sur-Mer jusqu’à Austerlitz, est considérée comme un chef-d'œuvre
tactique de Napoléon Ier.

La paix d'Amiens et début des hostilités


En mars 1802, la France et l’Angleterre, affaiblies par dix ans de guerre, signent à Amiens un traité de
paix. Cependant, tous les motifs de griefs entre les deux puissances n'ont pas été définitivement réglés,
notamment la volonté de l'Angleterre de dominer toutes les mers sans partage et la poursuite de la
politique économique protectionniste de la France. La paix ne sera donc que de courte durée.

Le nouveau Premier ministre anglais William Pitt, farouchement anti-français, ne respecte pas le traité
et refuse d’évacuer l’île de Malte. Puis, en mai 1803, l’Angleterre ouvre les hostilités en saisissant 1
200 bateaux de commerce français et hollandais dans les ports anglais sans déclaration de guerre. Les
Français réagissent quelques jours plus tard en arrêtant tous les Anglais se trouvant en France et
Bonaparte mobilise son armée.

L’armée d’Angleterre et le camp de Boulogne-sur-Mer


Napoléon Bonaparte a déjà eu l’occasion de commander l’armée du Nord (ou des Côtes de l’Océan)
en 1797. Mais devant l’impréparation de ses troupes et la puissante flotte anglaise croisant dans le pas
de Calais, il préféra alors mener la campagne d'Égypte. En 1803, le Premier consul, fort de son
expérience, assemble ses corps d’armées le long du littoral françaisNote 4 dans l'idée d'envahir
l'AngleterreNote 5,9. Pendant un an, ce qui devint ainsi la Grande Armée s’équipe, s’entraîne, forme
ses conscrits encadrés d'officiers compétents. En effet, la plupart d'entre eux sont d’anciens simples
soldats levés en 1793Note 6 qui, en dix ans, ont acquis l'expérience du combat et gardent un
attachement pour les nouvelles recrues.

La Troisième Coalition : l'Angleterre, l'Autriche et la Russie


Les Britanniques sont certes maîtres des mers, mais leur armée de terre manque d'importance.
Conscient que cette armée serait incapable de s’opposer à la Grande Armée une fois débarquée,
William Pitt, Premier ministre britannique, décide à la fin de l'année 1804 de former une nouvelle
coalition avec l’Autriche, la Russie et la Suède, qui n'eut dans cette guerre qu’un rôle mineur, afin
d'éloigner la menace d’une invasion française. Les alliés du Royaume-Uni adhèrent, quant à eux, à la
coalition pour plusieurs motifs.
Le tsar Alexandre Ier de Russie, sacré en 1801, y adhère pour des raisons de prestige. En effet, vaincre
l’empereur des Français confirmerait la puissance de la Russie en pleine expansion depuis cinquante
ans (absorption d'une partie de la Pologne et gains territoriaux sur l'Empire ottoman).

L’empereur François II du Saint-Empire connaît le talent de Napoléon qui, par deux fois déjà, a battu
les armées autrichiennes durant les premières et deuxièmes coalitions. Mais l’annexion de l’Italie du
Nord par la France (Napoléon s’étant fait couronner roi d’Italie) et les premières tentatives pour réunir
les États allemands sous protectorat français, prérogative autrichienne depuis des siècles, poussent
François II à adhérer à la coalition. Enfin, toutes les cours européennes ont vivement réagi à l’exécution
du duc d’Enghien et au sacre de Napoléon.

Ainsi, le 4 juillet 1804, la Russie et l’Autriche signent une convention de guerre où les Russes s'engagent
à fournir 140 000 hommes pour appuyer 100 000 Autrichiens en passe d'envahir la Bavière. Les Anglais,
eux, financent la coalition, en versant à leurs alliés 1 250 000 livres pour 100 000 hommes mis en
campagne. Cette somme, énorme pour l'époque, oblige le gouvernement anglais à l'emprunt.

Mouvements préliminaires
Mi-août 1805, la situation en France est difficile : malgré la vigilance de Fouché, la contestation des
mouvements royalistes s’intensifie après l’exécution du duc d’Enghien. Les caisses du Trésor public
sont vides : pris de panique face aux tensions internationales, les épargnants tentent de récupérer l’or
en dépôt à la Banque de France. De plus, Napoléon apprend que l’amiral Villeneuve, jugeant sa flotte
trop faible par rapport à celle de Nelson, s’est enfermé à Cadix ; et la Bavière (alliée de la France) est
envahie par les troupes du général autrichien Mack. Devant ces événements, Napoléon décide, le 23
août, de faire pivoter son armée vers le Rhin. Certains historiens prétendent que le projet d'invasion
de l'Angleterre aurait été un leurre afin de galvaniser les troupes napoléoniennes et de masquer à
l'ennemi les réelles intentions françaises9.

Le 29 août 150 000 fantassins, 40 000 cavaliers et 350 canons déferlent du littoral pour gagner
l’Allemagne avec une étonnante précision : chaque unité de la Grande Armée a un itinéraire et des
lieux d’étapes précis à respecter. Cette marche forcée (jusqu’à 40 km par jour) à travers le nord de la
France a pour but d’atteindre Vienne avant que les Russes ne rejoignent les Autrichiens, et qu'ils ne
bénéficient pas ainsi de la supériorité numérique.

Le 26 septembre après trois jours de repos, les 7 torrents (pour les 7 corps de la Grande Armée)
traversent le Rhin en direction de la Bavière envahie. Mack attend de pied ferme Napoléon à Ulm,
verrou de la route la plus courte entre le Rhin et Munich, la capitale bavaroise, c’est-à-dire à travers la
Forêt-Noire. Napoléon décide alors de contourner la Forêt-Noire par le nord pour arriver à Ulm par
l'est, puis de couper Mack des Russes en insérant le gros de ses troupes entre Ulm et la ville de
Ratisbonne. Pendant ce temps, Lannes et la cavalerie de Murat font diversion en faisant croire aux
Autrichiens que la Grande Armée est toujours face à eux. Après la victoire de Ney à la bataille
d'Elchingen, Mack doit se replier avec ses 35 000 hommes dans Ulm. Après une bataille, la meilleure
armée autrichienne se rend ; les simples soldats sont emmenés en France comme captifs et les officiers
sont libérés en promettant qu’ils ne combattront plus les Français. La route de Vienne est ouverte.

L’entrée dans Vienne


Même si Napoléon a vaincu une première fois les Autrichiens, il est loin d’avoir vaincu l’ensemble des
forces de la coalition : Napoléon poursuit l’armée russe de Koutouzov. Au fur et à mesure que celui-ci
bat en retraite, la Grande Armée ne cesse de se diluer, à 1 000 km de ses bases dans le nord de la
France. En Italie, Masséna est incapable de battre l’archiduc Charles malgré son écrasante supériorité
numérique ; Napoléon doit alors se priver de Ney et de Marmont qui partent pour le Tyrol (afin d’éviter
que l’archiduc Charles n’échappe à Masséna puis menace l’aile droite de la Grande Armée). L’empereur
des Français doit aussi se priver d’Augereau, car un autre archiduc, Jean-Baptiste, tente de lever une
armée en Bohême. Pis encore, la Prusse prépare son entrée en guerre et promet à Alexandre Ier
d’attaquer les Français à la mi-décembre, lors d’une réunion secrète du tsar Alexandre et du roi
Frédéric-Guillaume III de Prusse, fin octobre, au château de Potsdam.

Le lendemain de la capitulation d’Ulm survient le désastre naval de Trafalgar, mais Napoléon


n’apprend cette nouvelle que le 1er novembre. Après avoir libéré Munich, la Grande Armée descend
le Danube pour prendre Vienne et chercher la bataille décisive avec les Russes. Napoléon estime les
effectifs de Koutouzov à plus de 100 000 hommes. En fait, le maréchal russe ne dispose que de 36 000
soldats fatigués renforcés par 22 000 Autrichiens démoralisés après la reddition d’Ulm. Koutouzov
décide alors de battre en retraite pour faire liaison avec des renforts russes et autrichiens, malgré les
suppliques de François II pour défendre Vienne, et il charge Bagration, son meilleur subordonné, de
couvrir sa retraite avec ses divisions.

Pendant ce temps, Napoléon espère livrer bataille à Saint-Pölten (Sankt Pölten), mais le 11 novembre,
Koutouzov, renforcé par 10 000 Autrichiens et ayant repris de l’assurance, fond avec 15 000 hommes
sur la division de Mortier, dans le défilé de Dürrenstein. Pris de front, de flanc et par l’arrière, les
Français résistent et combattent à un contre trois, et mettent finalement hors de combat 2 600 Russes.

Napoléon ordonne à Murat de prendre Vienne, l’accusant d’avoir laissé Mortier seul et de ne pas avoir
contre-attaqué les Russes, tandis que Bernadotte franchit difficilement le Danube à cause d’une subite
crue du fleuve. Le 13 novembre, Murat et Lannes prennent Vienne sans coup de feu.

Les deux lieutenants de Napoléon parviennent alors à s’emparer du pont de bois de la ville en affirmant
à l’officier chargé de le faire sauter qu’un armistice a été signé entre Napoléon et François II. Aussitôt,
Bessières et Soult franchissent le fleuve. Le lendemain, Murat attaque avec sa cavalerie l’arrière-garde
de Bagration. Les Russes parviennent à s’échapper en employant le même stratagème, laissant croire
à Murat qu’une négociation d’armistice est en train de se dérouler. Celui-ci arrête son attaque.

Le général Mikhaïl Koutouzov.


Koutouzov est à Olmütz (maintenant Olomouc), en Moravie, où il opère sa jonction le 19 novembre
avec la 2e armée russe du général Buxhowden et le corps autrichien du prince de Liechtenstein.
L’armée coalisée compte alors 86 000 hommes. Le surlendemain, Napoléon arrive à Austerlitz, à 100
km de Vienne, avec 73 000 hommes.

Le piège de Napoléon
Ce piège consiste à faire croire à l'ennemi que les forces de Napoléon Ier sont trop faibles pour vaincre.
Pour ce faire, il utilise de nombreuses ruses (organiser le repli de ses troupes lors d'affrontements ou
d'escarmouches, demander à être reçu par les autres empereurs comme pour négocier, etc.). Les
ennemis pensent alors que Napoléon ne dispose que de 40 000 hommes (au lieu de 73 400). Koutouzov
n'en est pas persuadé mais les jeunes généraux russes, souvent des nobles peu expérimentés ayant
acheté leurs charges, veulent briller devant le tsar et foncent dans le piège, sans attendre les renforts.

Le terrain
Le champ de bataille d’Austerlitz est un vaste rectangle de huit kilomètres sur douze. Il est délimité au
nord par la route Olmütz-Brünn et à l'ouest par la route Vienne-Brünn. Au sud, des étangs gelés
ferment le champ de bataille. Entre le Goldbach et la Littawa (de), deux ruisseaux formant un V, le
plateau de Pratzen est la pièce maîtresse de la zone. La neige hivernale, encore peu épaisse, masque
les dénivellations.

Pendant deux jours, Napoléon étudie scrupuleusement le futur champ de bataille qu’il a choisi. Il
conseille à ses maréchaux : « Jeunes gens, étudiez bien ce terrain, nous nous y battrons ; vous aurez
chacun un rôle à jouer. »
Après la jonction des armées russes et autrichiennes, les Austro-Russes ont une nette supériorité
numérique. Napoléon se résout donc à une bataille défensive ; il rassemble ses forces et convainc ses
adversaires qu’il refuse la bataille en battant en retraite et en abandonnant, le 28 novembre, le plateau
de Pratzen, de haute valeur tactique. Le même jour, il sacrifie aux Cosaques les cavaliers du général
Treilhard. Après une marche agressive de trois mois, ce repli et cette défaite apparaissent aux yeux
des coalisés comme un aveu de faiblesse et réconfortent le tsar, qui a refusé la proposition de
Koutouzov de retraiter jusqu’en Galicie.

Napoléon, pour persuader psychologiquement ses adversaires qu’il est à la veille d’une défaite
certaine, envoie Savary, son aide de camp, faire des propositions de paix. Le tsar refuse mais, le 30
novembre, il envoie tout de même Dolgoroukov, un prince arrogant et impertinent. « Celui-ci, plus
habitué aux bals à Saint-Pétersbourg qu’aux bivouacs, est saisi de surprise quand il voit Napoléon sortir
d’un fossé, la figure sale et mal accoutré », raconte dans ses Mémoires le général Andrault, un émigré
français au service du tsar. Dolgoroukov donne les conditions de paix du tsar : l’abandon de la rive
gauche du Rhin par la France. Napoléon refuse net mais Dolgoroukov est convaincu de la victoire des
coalisés. À son retour, il déclare : « Napoléon tremblait de peur. J’ai vu l’armée française à la veille de
sa perte. Notre avant-garde suffirait à l’écraser. »

Pour persuader tactiquement les alliés, Napoléon place peu de troupes sur son flanc droit. Il prévoit
que les Alliés, voyant le point faible du dispositif français, quitteront leur position dominante, c’est-à-
dire le plateau de Pratzen, pour envelopper les Français et leur couper la route de Vienne, car ils la
croient indispensable aux Français pour battre en retraite en cas de défaite, alors qu'en fait, l'Empereur
se serait replié à Paris. Au centre, Soult, avec ses 20 000 hommes, doit contre-attaquer et couper
l’armée ennemie en deux, en attaquant le plateau de Pratzen laissé sans défense. Lannes (15 000
fantassins) et Murat (8 000 cavaliers), au nord, défendent leurs positions. Pour renforcer son flanc
droit, Napoléon ordonne à Davout de quitter Vienne, lieu de cantonnement de ses troupes, et de le
rejoindre à marche forcée. Les 8 000 soldats de Davout parcourront alors les 110 km qui les séparent
du champ de bataille en 48 heures (36 heures de marche). De plus, il place la cavalerie de Margaron
au château de Sokolnitz et dispose la division Legrand à Sokolnitz (il ordonne également au 3e régiment
de ligne de Legrand de tenir Telnitz jusqu’à l’arrivée de Davout). Enfin, la Garde impériale (5 000
grenadiers) et le 1er corps de Bernadotte (12 000 hommes) restent en réserve. Le positionnement des
Français pour la bataille fut envoyé aux différents maréchaux dans le bulletin Dispositions générales
pour la journée du 11 Frimaire an XIV (2 décembre 1805). L’artillerie française compte 139 canons.

Le 1er décembre, un conseil de guerre se réunit pour discuter du plan de bataille pour l'affrontement
du lendemain. Koutouzov et Andrault, méfiants devant la conduite de l’empereur des Français, veulent
temporiser pour attendre l’archiduc Charles. Celui-ci, parti d’Italie, est le seul qui puisse se mesurer à
Napoléon, l’ayant déjà beaucoup rencontré dans le passé (l’archiduc Charles a conduit la retraite de
l’armée autrichienne pendant la 1re campagne d’Italie). Mais le tsar, encouragé par les jeunes nobles
ambitieux et sans expérience de son entourage, choisit Weyrother, un général autrichien. Celui-ci a
organisé les manœuvres de l’armée des Habsbourg l’année précédente sur ce même emplacement.
Son plan d’attaque prévoit d’utiliser le corps de Bagration pour une attaque de diversion au nord tandis
que la majeure partie de l’armée alliée doit attaquer au sud le flanc droit dégarni des Français avec 40
000 hommes en quatre colonnes et doit prendre les Français dans un mouvement tournant : «
J’emploierai demain contre Bonaparte la même manœuvre qui lui avait servi à battre les Autrichiens à
Castiglione. La victoire est certaine », affirme Weyrother au tsar.

L’armée austro-russe compte 85 000 hommes, dont 15 000 Autrichiens. À la droite du dispositif allié
se trouve le corps de Bagration (environ 15 000 hommes) ; au centre, Kolowrat (17 000 hommes) et à
gauche, 43 000 hommes (formés en quatre colonnes) sous les ordres de Przybyszewski, Langeron,
Dokhtourov et Kienmayer. En réserve, Weyrother place les 4 000 hommes de la Garde impériale russe
(sous les ordres du frère du tsar, le grand-duc Constantin) et la cavalerie du prince de Liechtenstein (7
000 cavaliers). L’ensemble de l’artillerie alliée compte 278 canons.

La nuit du 1er décembre au 2 décembre

Le 1er décembre, à 20 heures 30, Napoléon réunit ses maréchaux pour un dernier conseil : chacun
connaît précisément son rôle et celui de ses unités pour le lendemain. À 22 heures, il part à cheval avec
une escorte de vingt chasseurs rejoindre le sud du champ de bataille afin d’entendre les Russes prendre
leurs positions sur le plateau de Pratzen. Dans l’obscurité, ils dépassent les positions françaises et des
Cosaques surgissent de la nuit, mais l’escorte de l’Empereur les repousse. De retour dans les lignes
françaises, ils s’arrêtent dans le bivouac du 13e de ligne des régiments de Vandamme, du corps de
Soult. Dans l’obscurité, l’Empereur se heurte à une souche d’arbre : un chasseur de son escorte l'éclaire
en allumant une poignée de paille et en la fixant sur un bâton. Un an jour pour jour après le sacre de
Napoléon, toute la compagnie l’imite et 70 000 hommes, répartis en douze bivouacs, font de même
puis renouvellent les feux pendant plus d’une heure. Voyant ce spectacle, les Russes et les Autrichiens
croient que les Français brûlent leurs campements avant la retraite.

Confiant à ses aides de camp que cette nuit du 1er au 2 décembre était la plus belle soirée de sa vie,
Napoléon s’endort vers minuit, rassuré du mouvement des Russes sur sa droite, dans l'auberge où il a
établi son quartier général, non loin de la route Olmütz-Brünn. Dans le château d’Austerlitz, Alexandre
ne se réveille qu’à quatre heures tandis que François II a attendu l’aube, soucieux.

Dans la nuit, des patrouilles de reconnaissance françaises remarquent que les Russes marchent plus
au sud que prévu : Napoléon ordonne alors à Davout de gagner Telnitz, à l’extrême sud du champ de
bataille, afin de les stopper entre ce village et Sokolnitz, distants l’un de l’autre de 800 mètres. La
division Friant, composée de vétérans d’Italie et d’Égypte et surnommée « la division de fer », harassée
de fatigue après sa marche, quitte son bivouac vers 4 heures et part pour Telnitz.

La bataille
Le 2 décembre 1805, à 4 heures du matin, les 4 colonnes alliées quittent le plateau de Pratzen et
marchent sur le flanc droit des Français. À 6 heures, les divisions de Soult (Vandamme et Saint-Hilaire),
cachées par le brouillard, franchissent le Goldbach en silence et attendent le signal de l’attaque.

À 7 heures, Kienmayer envoie son avant-garde à l’assaut de Telnitz, mais elle est repoussée par le 3e
régiment de ligne de Legrand. Quelques minutes plus tard, Kienmayer lance 3 000 Autrichiens et 600
cavaliers pour prendre la petite bourgade. Ceux-ci arrivent à percer la ligne française jusqu’à l’église
du village, mais les Français culbutent les Russes dans une contre-attaque. À 7 heures 30, les troupes
de Davout relèvent le 3e régiment.

À 8 heures, l’état-major allié s’impatiente : Kienmayer a perdu l’ensemble de ses troupes dans une
troisième attaque vaine, tandis que la 2e colonne du général Langeron a perdu une heure dans
l’exécution de sa manœuvre. En effet, à 6 heures, Langeron est bloqué par 4 000 cavaliers de Jean de
Liechtenstein ; or, cette cavalerie devrait se trouver à 2 km derrière lui. Excédé, il alerte le général de
cavalerie et lui démontre son erreur : ce dernier a confondu les villages de Krzenowitz13 et de Pratzen.
Mais le général préfère attendre le jour pour replacer son unité, car il ne veut plus se perdre dans
l’obscurité. Langeron finit par passer outre et fait marcher sa colonne devant les Autrichiens, tandis
que Dokhtourov, ne voyant ni les troupes d'Andrault sur sa droite ni Kienmayer devant lui, arrête sa
colonne. Tout le plan de Weyrother est compromis.

À partir de 8 heures 30, le général Langeron attaque Sokolnitz. Après un violent bombardement, la
colonne de Langeron pénètre dans Sokolnitz que les Français ont abandonné. Mais ceux-ci se
reforment à l’arrière tandis qu’une poignée d’hommes se réfugie dans le château, résistant à tous les
assauts des Russes. Finalement, les Français contre-attaquent et repoussent les Russes hors du village.
Au même moment, Dokhtourov lance régulièrement plusieurs attaques sur Telnitz, forçant les Français
à battre en retraite derrière le village, mais à chaque fois, une charge de dragons force les Russes à
quitter la bourgade. Telnitz change ainsi trois fois de mains en une demi-heure. Finalement à 9 heures,
Dokhtourov et Langeron prennent Telnitz et Sokolnitz dans une dernière attaque. Davout et ses aides
de camp se demandent alors combien de temps ils pourront encore empêcher, avec 1 500 hommes,
l’avancée des Russes. Mais ceux-ci ont cessé leurs attaques car Napoléon vient d’attaquer.

L’attaque du plateau de Pratzen

L’attaque décisive du corps de Soult sur le centre allié et la contre-attaque de la Garde impériale russe.
Carte du Département d’histoire de l’Académie militaire des États-Unis.
La surprise est totale, chez les Russes : les colonnes de Przybyszewski et de Kolowrat sont assaillies de
flanc et en plein mouvement. Les divisions de Saint-Hilaire et de Vandamme chargent et s’enfoncent à
l’arme blanche dans les rangs russes. Le combat, d’une rare violence, ne dure que quelques minutes.
Les Russes de Kolowrat sont culbutés, entraînant les soldats de Przybyszewski dans leur débandade. À
9 heures, les Français sont maîtres du plateau, au sommet duquel Soult installe ses canons.

Koutouzov, voyant ses pires craintes se confirmer, prélève alors des unités des troupes de Langeron et
de Dokhtourov pour reprendre Pratzen. Ces ordres provoquent ainsi dans la 1re et 2e colonnes une
véritable cohue entre les unités descendant du plateau et celles montant à l’assaut. Le général
Langeron envoie un de ses régiments à l’attaque : l’artillerie de Soult le harcèle pendant qu’il remonte
le plateau, creusant de larges trous dans les rangs serrés des Russes, puis une décharge de la
mousqueterie de Saint-Hilaire force Langeron et ses troupes à abandonner. Pour aider Soult, Napoléon
envoie Bernadotte, jusque-là tenu en réserve, au nord du plateau tandis que la Garde impériale est
envoyée à Pratzen.

Vers 11 heures, Koutouzov envoie toutes ses réserves reconquérir le plateau : il envoie les 4 000 soldats
de la garde à pied russe. Mais celle-ci, mal commandée et peu entraînée, part de trop loin et arrive
essoufflée devant le 4e régiment de ligne français. Commandés par Joseph, le frère aîné de Napoléon,
les voltigeurs français prennent rapidement le dessus sur l’élite de l’armée russe et les poursuivent.

Profitant de la faiblesse de cette unité de voltigeurs, infanterie légère peu armée qui n’aura pas le
temps de se former en carré, seule formation d’infanterie efficace contre la cavalerie, Koutouzov
contre-attaque en envoyant dix escadrons de cavalerie lourde. Le choc est brutal et après une vaine
résistance des Français, les cavaliers russes s’emparent de l’aigle du régiment. Aussitôt, Rapp et
Bessières, accompagnés de leurs 375 chasseurs à cheval de la Garde, 48 mamelouks et 706 grenadiers
à cheval de la Garde, chargent les Russes en deux vagues en criant : « Faisons pleurer les dames de
Saint-Pétersbourg. » À un contre quatre, les Français se battent furieusement (« un mamelouk revient
à trois reprises apporter à l’Empereur un étendard russe ; à la 3e fois, Napoléon veut le retenir, mais il
s’élance de nouveau et ne revient plus », tiré des Cahiers du capitaine Coignet) et les chevaliers de la
Garde de Constantin sont battus. Leur chef, le colonel Repnine, fait prisonnier, est présenté comme «
trophée » à Napoléon.

Avec l’échec de la Garde russe, la bataille est perdue pour les Alliés : l’armée est coupée en deux. Au
sud, Andrault et Dokhtourov, isolés, battent en retraite tandis qu’au nord, Bagration résiste aux assauts
de Lannes et Murat ; malgré de lourdes pertes, il bat en retraite en bon ordre.

L'hallali
A 14 heures, l’armée alliée est coupée en deux : Napoléon attaque l’aile sud de l’armée austro-russe
sans se préoccuper de l’aile nord, provoquant la débandade à travers les étangs gelés de Menitz et
Satschan. Carte du département d’histoire de l’Académie militaire des États-Unis.
À 14 heures, Koutouzov étudie seul les voies de retraite, le tsar et tout l’état-major ayant déjà fui une
heure plus tôt. Au centre, Kollowrath, la Garde russe et la cavalerie de Liechtenstein sont en pleine
déroute et retraitent vers l’est. Au sud, Napoléon ordonne à Soult de quitter le plateau de Pratzen et
de couper la retraite aux 1re et 2e colonnes russes, tandis que Davout fait pression à l’ouest et reprend
Sokolnitz.

À 15 heures 30, n’écoutant plus leurs officiers, 20 000 Russes fuient en désordre et espèrent échapper
à l’encerclement en traversant les marais et les étangs gelés proches des villages de Menitz et de
Satschan. Mais quand l’artillerie française tire pour briser la glace, les hommes et leur matériel
s'enfoncent dans l'eau. Paniqués et gelés, 2 000 Russes parviennent à regagner la rive où ils sont
immédiatement faits prisonniers. La question de l’enfouissement dans les étangs de Menitz des 10 000
Russes a longtemps fait débat : Suchet, chargé par Bonaparte de vider les étangs de Menitz et de
Satschan, ne trouva le 4 décembre que 36 canons, 138 chevaux et 3 cadavres ; mais il n’exclut pas que
les villageois des alentours n’aient enterré précipitamment des centaines de noyés14. La victoire
française est indiscutable.

Les Français comptent 1 537 morts15, 6 943 blessés et 573 prisonniers16[source insuffisante]. À
chaque blessé, Napoléon offre 3 napoléons d’or (60 francs), de 500 à 2 000 francs aux officiers selon
leur grade et 3 000 francs aux généraux. Ils ont récupéré 173 prisonniers (la plupart appartiennent à la
division Friant ou à la division Legrand) mais ont perdu le drapeau du 4e de ligne : l’Empereur est
particulièrement fâché de la perte de cette aigle impériale.

Les alliés comptent 16 000 morts et blessés et 11 000 prisonniers. Ils déplorent également la perte de
45 drapeaux, remis aux maires de Paris dans une cérémonie au château de Schönbrunn. Ils iront orner
la cathédrale Notre-Dame de Paris pendant un mois avant d’être placés à la voûte de l’église Saint-
Louis des Invalides.

Conséquences militaires
Koutouzov, qui a perdu son gendre Ferdinand von Tiesenhausen, organise inlassablement la retraite
de l’armée russe : celle-ci se regroupe dans la nuit et part pour Göding en franchissant la March, une
rivière large comme la Marne servant de frontière entre la Moravie et la Hongrie, puis il retourne en
Russie via la Galicie. Andrault présente sa démission, Przybyszewski est ramené au rang de simple
soldat tandis qu’Alexandre éloigne Koutouzov de l’armée en le nommant gouverneur de Kiev.

Conséquences politiques
Au soir du 3 décembre, Napoléon reçoit un émissaire de François II : le prince de Liechtenstein. Celui-
ci demande l’arrêt des combats pour négocier la paix. Le lendemain, Napoléon et François II se
réunissent au Moulin brûlé, à une vingtaine de kilomètres au sud d’Austerlitz. Les deux souverains
conviennent d’un armistice et des principales conditions de paix autour d’un simple brasier. Ils
s’entendent même sur la responsabilité du conflit : « Les Anglais sont des marchands de chair humaine,
ils payent les autres pour se battre à leur place », s’exclame l'empereur autrichien. Après une heure
d’entrevue, Napoléon demande : « Votre Majesté me promet donc de ne me plus faire la guerre ? » et
François II répond : « Je le jure et je tiendrai parole. » De retour à Vienne, acclamé par ses sujets,
François II dit à l'ambassadeur français : « Croyez-vous, Monsieur, que votre Maître pourrait ainsi
retourner à Paris, ayant perdu une bataille comme je l'ai perdue ? »

Le 26 décembre, l’Autriche signe le traité de Presbourg (aujourd’hui Bratislava). Elle perd 4 millions de
sujets et la Vénétie, capitale pour son commerce à cause de la présence du seul port de l’Autriche,
Venise, ainsi que ses dépendances d’Istrie et de Dalmatie. En outre, elle doit donner ses territoires
allemands, comme le Tyrol, au profit de la Bavière et du Wurtemberg. La France a alors les mains libres
pour réorganiser l’Allemagne : l'électorat de Bade devient un grand-duché tandis que la Bavière et le
Wurtemberg deviennent des royaumes. Ces trois États forment, en juillet 1806, le noyau de la
Confédération du Rhin. Le 6 août 1806, François II renonce à son titre d’empereur germanique, devient
alors l'empereur François Ier d'Autriche et dissout le Saint-Empire romain germanique. Enfin, l’Autriche
paye une indemnité de 40 millions de florins, soit un 1/7 de son revenu national.

La Prusse, effrayée par ce coup de tonnerre, signe, le 16 décembre, à Schönbrunn, un traité d’échange
de territoires favorable à la Prusse. Napoléon donne à la Prusse le Hanovre, domaine du roi
d’Angleterre, contre les villes de Neuchâtel, Clèves et Ansbach.

À la nouvelle du désastre de l’armée alliée, le Premier ministre anglais William Pitt, responsable de la
coalition, demanda à son valet de détacher la carte d’Europe accrochée au mur : « Roulez-la, elle ne
servira plus pendant les dix prochaines années. »

Postérité
Les élèves officiers de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr à Coëtquidan identifient par les lettres du
nom « Austerlitz » chacun des dix mois de leur scolarité en commençant par octobre (A) (décembre
est donc S, par exemple). Août et septembre sont respectivement nommés Z' et Z". De plus, ils
célèbrent, ainsi que les élèves de corniche du Prytanée militaire de La Flèche, du lycée militaire de
Saint-Cyr, du lycée militaire d'Aix-en-Provence et de la maison d'éducation de la Légion d'honneur de
Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), la victoire française par une cérémonie le jour anniversaire de la
bataille (2 S).

Toutefois, le deux-centième anniversaire de la bataille n'a fait l'objet que d'une commémoration très
limitée en France. La ville d'Austerlitz, située en République tchèque, a organisé le 2 décembre 2005
une reconstitution de la bataille18. Seule la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a assisté aux
cérémonies officielles de reconstitution, dans un contexte marqué en France par la remise en cause
du rôle de Napoléon Ier dans le rétablissement de l'esclavage dans les colonies et par la volonté
d'afficher un bas niveau de commémoration consécutivement aux émeutes qui venaient d'agiter les
banlieues françaises à l'automne de la même année 2005.

Sources
 Jacques Garnier (préf. Jean Tulard), Austerlitz : 2 décembre 1805, Paris, Fayard, 2005, 457 p.
(ISBN 978-2-213-62729-8, OCLC 62533414).
 Claude Manceron, Austerlitz [et la campagne d’Allemagne], Robert Laffont, 1960, réédité en
1992, 317 p (ISBN 9782221030448).
 François-Guy Hourtoulle et André Joineau (planches uniformologiques), Austerlitz : le soleil de
l'Aigle, Paris, Histoire et collections, 2003, 127 p. (ISBN 978-2-913903-70-8, OCLC 55134454).
 Pierre Miquel (prix littéraire de l'Armée de Terre Erwan Bergot), Austerlitz, Paris, Albin Michel,
2005, 458 p. (ISBN 978-2-226-15587-0, OCLC 57691374).
 Michel Arrous, Paul Noirot, Dominique Feinterie, Les Batailles Napoléoniennes de Balzac dans
: Napoléon de l'histoire à la légende : actes du colloque des 30 novembre et 1er décembre
1999 à l'auditorium Austerlitz du musée de l'armée, Hôtel national des Invalides, Paris, Editions
In Forma Maisonneuve et Larose, 2000, 447 p. (ISBN 978-2-7068-1438-9), p. 90-105.
 Les Batailles de Napoléon – éditions Trésor du Patrimoine.
 Napoléon Bonaparte – éditions Larousse.
 Atlas historique de l’épopée napoléonienne – éditions Argus Konstam.
 Michel Arrous et al., Austerlitz : Napoléon au coeur de l'Europe, Paris, Musée de l'armée
Economica, coll. « Hautes études militaires » (no 30), 2007, 417 p. (ISBN 978-2-7178-5362-9).
 Danielle Quintin et Bernard Quintin, Austerlitz, 2 décembre 1805 : dictionnaire biographique
des soldats de Napoléon tombés au champ d'honneur, Paris, Archives & culture, 2004, 298 p.
(ISBN 978-2-911665-95-0, OCLC 56963207).
 Jacques Jourquin, Nous étions à Austerlitz : 2 décembre 1805, mémoires et souvenirs des
combattants, édition critique ; présentation Jean Tulard, Tallandier, 2004 (ISBN 978-
2847342321).
 Baron Thiébault, « Rôle de la brigade Thiébault (1re de la division Saint-Hilaire du 4e corps de
la Grande armée) à la bataille d'Austerlitz », dans Le Spectateur militaire, 15 avril au 15
septembre 1847, 43e volume, p. 309-331

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