0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
395 vues7 pages

"Chant Grégorien: Héritage Vivant"

Transféré par

leonarddecorbiac
Copyright
© Attribution Non-Commercial (BY-NC)
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
395 vues7 pages

"Chant Grégorien: Héritage Vivant"

Transféré par

leonarddecorbiac
Copyright
© Attribution Non-Commercial (BY-NC)
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Le chant grégorien, un chant d’avenir ?

A. P., musicien, organiste,


ancien responsable musical
à Saint Germain l'Auxerrois

Introduction

À propos du chant grégorien, il n’est pas rare qu’on entende dire qu’il s’agit d’une musique écrite
par le pape Saint Grégoire pour les moines, et qui a été chantée dans l’église jusqu’au Concile
Vatican II. Ce dernier aurait alors demandé qu’on l’abandonnât au profit du seul chant en langue
française.
Il ne resterait donc aujourd’hui pour s’intéresser au répertoire grégorien que quelques
« nostalgiques », quelques moines et aussi quelques musicologues (sans oublier, bien sûr, les firmes
de disques dans la mouvance New-Age…).
Or ces affirmations sont loin d’être exactes et ne rendent pas bien compte de la réalité. Il convient
donc de les examiner successivement :
1) Tout d’abord, il faut rappeler que le chant grégorien n’est pas l’œuvre de Saint Grégoire. Ce
pape travailla à la restauration des livres liturgiques et eut effectivement à travailler au chant
qui accompagnait les rites liturgiques à son époque. Cependant il mourut en l’an 604, soit près
de deux siècles avant la naissance du chant grégorien.
En réalité – sauf quelques rares exceptions – on ignore les noms de ceux qui participèrent à
l’élaboration du répertoire grégorien : les compositeurs sont demeurés anonymes.
2) Le chant grégorien n’a jamais été composé pour des moines mais pour des chantres de
cathédrale – qui en furent également les auteurs. Ces derniers étaient à leur époque les plus
grands spécialistes de l’art musical et ils mettaient leurs compétences aussi bien artistiques
que pédagogiques au service de l’école de chant constituée autour des principaux édifices
cultuels (la Schola Cantorum).
3) Le chant grégorien n’a pas été chanté sans interruption jusqu’au moment du Concile
Vatican II : si certaines mélodies grégoriennes ont traversé les âges, c’est pour servir de
matière première à un style musical (en général polyphonique) qui s’est rapidement éloigné de
l’esprit originel de cette musique. Le chant grégorien a ainsi été intégré thématiquement à
l’intérieur de langages musicaux ayant leur propre identité, mais il a perdu la sienne. On
trouve encore de nombreux exemples d’intégration de thèmes grégoriens durant le XXe siècle,
dans certaines œuvres de Maurice Duruflé, Olivier Messiaen, etc.
En fait, dès le XIIe siècle, la décadence du chant grégorien comme art monodique autonome
est en marche.
4) Le Concile Vatican II n’a jamais demandé l’arrêt de l’utilisation du chant grégorien dans la
liturgie romaine. Le texte de la Constitution sur la Liturgie dit au contraire : « L’Église
reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui,
dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place ».
(cf. art. 116).
5) Enfin, il ne reste pas que quelques nostalgiques et quelques partisans du nirvana sur fond de
musique « d’un autre âge » pour s’intéresser à ce répertoire d’une valeur inestimable. En effet,
pour peu que l’on veuille bien s’éloigner des idées reçues, on peut y découvrir des trésors
d’une grande valeur pour notre XXe siècle finissant.
C’est munis de ces quelques précisions qu’il s’agit à présent de considérer ce que peut représenter
aujourd’hui le chant grégorien tant aux yeux des musiciens – qu’ils soient croyants ou non – qu’aux
yeux des fidèles catholiques.
Chant d’avenir ? 1 [Link]
Le chant grégorien aux yeux des musiciens

1. Le chant grégorien, un jalon historique

Le chant grégorien est un peu à la musique ce que le latin est à la langue française, italienne ou
espagnole… Toute notre musique occidentale y a ses racines.
Donnons rapidement les grandes étapes de l’histoire du chant grégorien, depuis sa création jusqu’à
sa disparition quelques siècles plus tard.

a) Naissance du répertoire grégorien

Jusque vers le VIe siècle, de nombreuses régions d’Europe ont vu se constituer des liturgies
différentes les unes des autres. Ces liturgies, propres à un espace géographique ou à une
communauté chrétienne précise, possédaient toutes un chant particulier : à Rome par exemple, on
trouvait le chant romain pour faire corps avec le rite romain ; dans les Gaules, on trouvait le chant
gallican ; à Milan, on chantait du milanais pour accompagner la liturgie ambrosienne… etc.
À l’occasion d’une unification tant religieuse que politique voulue conjointement par le pape
Etienne II et par le roi Pépin le Bref (puis par son fils Charlemagne), il est décidé de diffuser partout
la liturgie romaine ainsi que le chant qui lui est associé. Dans ce but, des chantres exerçant à la
chapelle papale sont délégués dans plusieurs villes des Gaules – dont en particulier Metz – pour
l’apprendre à leurs homologues gallicans.
Mais cette tentative va aboutir à un résultat inattendu : au lieu du simple remplacement du chant
gallican par le chant romain, il va se créer une hybridation des deux répertoires.
Ainsi naquit le chant « romano-franc » qui sera baptisé bien après « chant grégorien » en hommage
au pape saint Grégoire le Grand dont l’œuvre de restauration liturgique était encore dans la
mémoire des érudits de cette époque.
C’est ce nouveau chant qui se répandra par la suite dans toute l’Europe.

b) Naissance de l’écriture musicale

Au début du VIIe siècle, Saint Isidore de Séville écrit : Nisi ab homine memoria teneantur, soni
pereunt, quia scribi non possunt (S’ils ne peuvent être retenus par l’homme dans sa mémoire, les
sons périssent, car on ne peut pas les écrire).
Au moment où naît le chant grégorien, on ne sait pas écrire la musique, et tout le répertoire des
chants liturgiques doit donc être su par cœur. On sait qu’à l’époque, un chantre mettait environ dix
ans pour assimiler intégralement un tel répertoire qui comprenait l’ensemble des pièces devant être
exécutées aux différents offices répartis sur toute une année.
Cependant, au moment où a été créé le nouveau répertoire « romano-franc » (grégorien), il a fallu
que les chantres apprennent par cœur – et très rapidement – un nouvel ensemble de pièces devant
remplacer les pièces qui leur avaient été transmises jusqu’ici par une tradition vivante et qu’ils
avaient en mémoire.
Une telle entreprise est bien plus lourde de conséquences que s’il s’était agi tout simplement de
remplacer un livre de chant devenu obsolète par un nouveau livre de chant. On comprend que la
difficulté devant laquelle se sont soudain trouvés les chantres a vivement augmenté le désir de
savoir transcrire la musique : les recherches vont donc aller dans ce sens.
Dès le IXe siècle, des tentatives de différentes natures naissent dans toute l’Europe, se succédant
jusqu’à conduire à l’ancêtre de la notation moderne : dans un premier temps apparaissent les

Chant d’avenir ? 2 [Link]


neumes qui constituent comme une sorte de dessin ou image du chant, avant que ne se précise la
hauteur des sons sur une portée musicale comportant des lignes et une clef.
Ainsi, c’est à la suite de la naissance du chant grégorien et afin de pouvoir l’écrire que se met en
place le système de notation musicale qui conduira à celui que nous connaissons aujourd’hui
encore.

c) Naissance de la polyphonie

L’apparition – puis le développement – de l’écriture musicale aura deux conséquences de taille :


- d’une part elle va rendre possible l’élargissement de l’imagination musicale des
compositeurs ; ceux-ci se dirigeront alors vers la création d’une musique de plus en plus
complexe dans la mesure où la mémoire, inapte à tout retenir, pourra se faire aider par
l’écriture.
Cette orientation nouvelle entraînera par la suite un désintérêt pour la monodie grégorienne au
profit de la polyphonie.
- d’autre part, la fixation des mélodies grégoriennes sur le papier s’accompagnera de la perte de
leur moyen de transmission oral et, par là-même, des secrets de son interprétation.
« Si le grain ne meurt… » À l’exemple de cette parole de l’Évangile, on peut dire que la disparition
du chant grégorien comme art vocal monodique autonome s’est faite au profit de la polyphonie dont
seront issues par la suite la musique tonale et toutes les musiques qui ont suivi.
Le chant grégorien se situe donc à un moment très important de l’histoire de la musique, qui voit
naître tour à tour l’écriture musicale et la polyphonie. Son étude permet donc de remonter aux
sources de la musique d’aujourd’hui.

2. Le chant grégorien, base de réflexion

Au delà de son intérêt purement historique, tel qu’il a été évoqué ci-dessus, le chant grégorien
possède en outre un caractère d’une extrême originalité : celui d’être une musique dont on sait
qu’elle a été conçue et exécutée avant qu’existe la possibilité même de la noter.
Il en découle pour nous la certitude qu’existait au moins une façon authentique d’interpréter le
chant grégorien, même si la tradition orale s’est depuis perdue.
Les plus anciens témoignages dont nous disposons sont un ensemble de manuscrits utilisant des
systèmes de notation forts différents et ayant des qualités très diverses.
On sait par exemple que les manuscrits qui sont pour nous les plus éloignés dans le temps (ceux
dont les conventions de lecture sont les plus éloignées des conventions actuelles) donnent un
maximum d’indications sur la façon d’interpréter les mélodies, alors que les manuscrits les plus
récents donnent surtout – voire exclusivement – la hauteur des notes.
Ainsi, pour retrouver une interprétation authentique du chant grégorien, le musicien d’aujourd’hui
doit s’appuyer sur la certitude que derrière le filtre de la partition se trouve une pensée musicale
cohérente. C’est cette pensée qu’il s’agit de redécouvrir si l’on ne veut pas uniquement exploiter le
grégorien comme un ensemble de thèmes musicaux à utiliser.
Un tel programme pourrait très bien être le point de départ d’une réflexion plus profonde sur la
question de l’interprétation musicale.
En effet, cette démarche est – toutes proportions gardées – la même que celle de tout interprète
devant n’importe quelle partition : derrière les signes musicaux conventionnels, il faut découvrir
une réalité musicale qu’il s’agit de rendre vivante.

Chant d’avenir ? 3 [Link]


Naturellement, dans le cas d’une sonate pour piano de Mozart, l’interprète contemporain est
grandement aidé par son professeur de piano ainsi que par les exemples donnés par les
enregistrements ou les concertistes. Dans le cas du chant grégorien, le problème est tout autre : au
moment où on l’a redécouvert, le modèle vivant n’existait plus car la tradition s’était interrompue.
Certes, le chant grégorien n’est pas la seule musique à être dans ce cas ; mais il constitue le seul
répertoire qui présente l’avantage d’utiliser des moyens très simples (voix, monodie, échelles
modales simples) pour atteindre une telle perfection.
Cette démarche conduit ainsi à réfléchir à ce qu’est une partition musicale, au rôle exact qu’elle
joue entre l’œuvre et l’interprète.
Il est possible d’ébaucher ensuite une réflexion sur la musique elle-même en observant le lent
passage d’une musique exécutée avant d’être écrite – c’est le cas du chant grégorien comme on l’a
dit plus haut – à une musique écrite avant d’être exécutée (sans oublier les musiques improvisées
qui ne sont pas écrites du tout).
On remarquera alors comment la partition musicale a changé de fonction : au départ, elle aide la
mémoire à retrouver ou à interpréter une pièce connue par le lecteur, et par la suite, elle devient le
moyen de prendre connaissance d’une œuvre inconnue de lui, ou encore un outil pour composer de
la musique.
Le compositeur ou l’interprète est ainsi conduit à rechercher la « localisation » de l’œuvre musicale
pour, ensuite, découvrir sa nature.
Vaste réflexion qui permettra, en partant d’un modèle fort ancien, d’éclairer les plus récentes
évolutions du langage musical.

Le chant grégorien aux yeux des croyants

1. Le rôle de l’Église dans la redécouverte du chant grégorien

a) La restauration du chant grégorien

Au point de départ de la redécouverte du chant grégorien s’est trouvée la figure de Dom Prosper
Guéranger (1805-1875) restaurateur de la vie bénédictine en France autour de l’abbaye de
Solesmes. Il eut l’intuition que cette musique contenait à l’origine une capacité éminente de porter
les textes sacrés en usage dans la liturgie ; il y voyait une prière musicale d’une rare richesse pour
ses moines : la Parole de Dieu qui chante.
Mais, au temps de Dom Guéranger, les secrets de l’interprétation du chant grégorien étaient perdus
depuis longtemps et il n’existait encore aucune édition cohérente donnant les mélodies
grégoriennes. Il fallait donc entreprendre de grands travaux de restauration du répertoire grégorien.
C’est sous cette impulsion que l’abbaye de Solesmes commença ses travaux de recherche devant
aboutir à une restauration de l’intégralité du répertoire et, conjointement, à une redécouverte de la
façon d’interpréter les mélodies grégoriennes.
Dès 1903, le pape Saint Pie X allait confirmer la valeur d’une telle démarche et, plus encore,
demander à toute l’Église de rite romain de reprendre le chant grégorien comme chant étroitement
lié à la liturgie latine.
Cette demande sera réitérée par tous les papes qui succéderont par la suite à Saint Pie X, et sera
confirmée pour la première fois, de façon particulièrement solennelle, par la Constitution
Sacrosanctum Concilium du Concile Vatican II, ainsi qu’on l’a déjà rappelé.

Chant d’avenir ? 4 [Link]


On remarquera que, pour les moines de Solesmes, la première urgence fut d’unifier le répertoire à
l’usage de la liturgie de l’Église, en rétablissant autant que faire se pouvait les mélodies
grégoriennes dans leurs versions originales.
C’est ainsi que la première édition des mélodies grégoriennes datant du début du siècle utilisa une
notation tardive dans l’histoire de la notation grégorienne (notation avec notes carrées sur quatre
lignes datant des XVe et XVIe siècles) qui permettait de préciser clairement la hauteur des sons et,
par conséquent, les mélodies.
Quant au travail de recherche d’une interprétation plus authentique, il fut plus lent et plus complexe.
Il n’a débouché que plus tard sur un résultat satisfaisant et a conduit à une nouvelle édition datant de
1979 : le “Graduale Triplex”. Ce dernier reproduit de part et d’autre de la notation carrée des
manuscrits plus anciens (Xe siècle) donnant de précieuses informations au sujet de l’interprétation
des mélodies. Encore fallait-il en retrouver les clefs de lecture… Ce travail de recherche n’est pas
totalement achevé aujourd’hui et tout porte à croire que, s’il prendra encore du temps, il réservera
aussi d’intéressantes surprises.

b) Le choix judicieux de Saint Pie X

Saint Pie X a donc demandé à l’Église de se réapproprier, dans son esprit d’origine, un ancien
répertoire musical faisant corps avec la liturgie au lieu de continuer uniquement à intégrer le style
musical moderne comme cela s’était fait régulièrement jusqu’ici – produisant au cours des siècles
d’immenses chef-d’œuvres.
Ce faisant, Saint Pie X était très en avance sur son temps, et ce pour plusieurs raisons :
- Tout d’abord compte tenu de la richesse du chant grégorien dans le cadre d’une réflexion plus
globale sur l’interprétation musicale et sur la musique elle-même ainsi qu’on l’a vu plus haut :
en demandant à l’Église de redécouvrir ce chant dans sa pureté originelle, le pape donnait au
monde musical un élément vivant de réflexion sur son propre art.
Ainsi l’Église allait-elle continuer à illuminer le monde artistique alors même que les chefs
d’œuvres musicaux qu’elle allait susciter au XXe siècle par sa liturgie allaient devenir plus
rares.
- Ensuite, opter pour le chant grégorien revenait pour l’Église à choisir, parmi l’immense
répertoire musical composé jusque-là, un chant du passé possédant toutes les qualités
souhaitées pour la liturgie.
Cette démarche consistant à aller chercher parmi le répertoire du passé celui qui nous
convient le mieux peut nous sembler normale aujourd’hui – il suffit de se rendre dans un
grand magasin de disques pour constater que c’est ce que chacun fait pour son propre usage –
mais elle ne l’était pas du tout à l’époque de Saint Pie X.
- Enfin parce que son choix allait permettre – au moins temporairement – à la musique
liturgique d’échapper à la grande crise musicale du XXe siècle où l’unité du style musical
allait continuer de disparaître et où le lien entre le compositeur et l’auditeur allait
progressivement se couper.
En choisissant le chant grégorien, Saint Pie X donnait à l’Église le moyen de préserver l’unité
musicale de la liturgie et de se situer en dehors de la polémique autour de la “musique
moderne”.

2. Le chant grégorien : un modèle de musique liturgique

On ne cherchera pas ici à démontrer la richesse spirituelle propre au chant grégorien : une telle
entreprise demanderait beaucoup plus de place, et surtout ne pourrait convaincre vraiment que ceux
qui par ailleurs le pratiquent régulièrement.

Chant d’avenir ? 5 [Link]


En effet, une telle richesse ne peut, de par sa nature, s’imposer d’emblée dès la première écoute
(même s’il se peut parfois que le climat musical créé par le chant grégorien oriente immédiatement
des néophytes vers une attitude intérieure de prière). Elle suppose nécessairement de la part de
l’auditeur une familiarisation avec l’univers musical grégorien et un désir ardent de recevoir la
Parole vivante de Dieu.
On se limitera donc à observer quelques caractères objectifs de ce chant dont la perfection contribue
certainement à ce que le chant grégorien soit effectivement porteur de valeurs spirituelles et
liturgiques de grande qualité :
1) Le chant grégorien est le fruit d’une très haute compétence musicale, il a été composé par des
professionnels qui furent en leur temps des compositeurs modernes aussi bien que de fins
pédagogues.
2) Le chant grégorien a été composé et organisé de façon à ce qu’il soit toujours en étroite
connexion avec le moment de l’action liturgique. Les textes bibliques utilisés sont ceux
choisis par l’Église pour correspondre aux lectures de chaque jour de l’année liturgique.
3) Le chant grégorien comporte des pièces de toutes difficultés selon qu’elles doivent être
chantées par des solistes, par une schola, par les ministres du culte ou par l’assemblée. Nous
sommes donc en présence d’un répertoire parfaitement respectueux des compétences de
chacun.
4) Il s’agit d’un répertoire composé par des anonymes, dont on sait simplement qu’ils étaient
tout entiers au service de la liturgie. Ainsi, les pièces grégoriennes sont-elles nées afin de
servir la seule Gloire de Dieu.
Mieux encore : le chant grégorien est le fruit d’un véritable « travail d’équipe » qui a permis
aux compétences de se compléter les unes les autres, pour aboutir à une perfection à laquelle
ne serait jamais parvenu le travail d’un seul.
En outre, l’anonymat a donné au chant grégorien bien plus de possibilités de rayonnement, lui
permettant d’acquérir un caractère universel au lieu d’être l’œuvre d’un seul ou de telle ou
telle chapelle.
5) Il s’agit d’une musique portée par la prière et la « manducation » de la Parole de Dieu : on
voit en effet, lorsqu’on pratique le chant grégorien assidûment, combien “le” compositeur
connaît en profondeur les textes sacrés qu’il emploie, sachant les faire parler avec une grande
finesse au-delà de ce qu’ils expriment.
Aujourd’hui, on pourrait fort bien s’inspirer de ces différents points pour composer des pièces
destinées à la liturgie ; car n’oublions pas qu’un tel travail de composition a toujours été encouragé
par l’Église, parallèlement à la demande d’un retour à la pratique du répertoire grégorien.
On remarque d’ailleurs que de plus en plus, les productions actuelles de musique liturgique tendent
à utiliser prioritairement les textes de l’Écriture Sainte, ce qui correspond en partie au deuxième
point évoqué ci-dessus.

Conclusion

Le chant grégorien est un chant qui mérite grandement à être connu par tous les musiciens
d’aujourd’hui, mais plus particulièrement par ceux qui œuvrent dans la liturgie : il leur offre un
exemple éminent de ce que peut et doit être la musique liturgique.
On ne saurait assez encourager le lecteur à se lancer dans cette redécouverte, de préférence en
cherchant à pratiquer le chant grégorien dans un chœur ou au cours de stages, la bibliographie qui
suit n’étant qu’un apéritif !

Chant d’avenir ? 6 [Link]


Bibliographie
- Dom Daniel SAULNIER, Le chant grégorien par un moine de Solesmes,
éd. des Pays de Loire ; Les modes grégoriens, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes.
- Albert-Jacques BESCOND & Giedrius GAPSYS, Le chant grégorien, éd. Buchet-Chastel.
- Philippe BERNARD, Du chant romain au chant grégorien, éd. Cerf.
- Dom Jacques HOURLIER, La notation musicale des chants liturgiques latins,
Abbaye Saint-Pierre de Solesmes.
- Sous la direction de Dom Eugène CARDINE, Graduale Triplex,
Abbaye Saint-Pierre de Solesmes.
Janvier 1999.

Chant d’avenir ? 7 [Link]

Vous aimerez peut-être aussi