Guide sur la norme NF P 94-500 pour tunnels
Guide sur la norme NF P 94-500 pour tunnels
ET DE L’ESPACE SOUTERRAIN
Recommandations
de l’AFTES
GT43R1F1
RECOMMANDATION DE L’AFTES N°GT43R1F1
Texte présenté par Michel PRÉ (SETEC), animateur du Groupe de Travail n°43
Daniel BRUNET (expert), Elena CHIRIOTTI (Systra), Hervé LE BISSONNAIS (Terrasol), Alain ROBERT (Egis tunnels), Adrien SAITTA (Egis tunnels),
Didier SUBRIN (CETU). Il a aussi bénéficié de la participation active du regretté Daniel MÉRAKEB (RATP).
1 - Avant-propos
La norme NF P 94-500 [1] « Missions d’ingénierie géotechnique - Classi- GT 32R2F1 [3] « Caractérisation des incertitudes et risques géologiques,
fication et spécifications », qui datait de 2006, a fait l’objet d’un important hydrogéologiques et géotechniques ») sur ce thème, en proposant une
effort de mise à jour afin de prendre en compte le retour d’expérience démarche détaillée complète aboutissant notamment à l’élaboration pour
de son application. Cette nouvelle version a été publiée le 30 novembre les appels d’offres des trois cahiers A (données d’entrée), B (mémoire de
20131. synthèse géologique, hydrogéologique et géotechnique (MSG) et registre
des incertitudes) et C (mémoire de conception et registre des risques).
Cette norme présente un caractère général censé s’appliquer à tout type Une troisième recommandation, en cours d’élaboration, est destinée à
de projet de construction en interaction plus ou moins importante avec le approfondir le contenu de ces pièces.
terrain, depuis la petite construction jusqu’au grand projet d’infrastructure
ou de bâtiment. • Le nouveau fascicule 69 du CCTG [4] et son guide d’application [5] défi-
Or le domaine des ouvrages souterrains est spécifique. Il se caractérise no- nissent à présent un certain nombre de principes organisationnels appli-
tamment par un degré très fort d’interaction avec le terrain, celui-ci contri- cables dans le cadre des marchés publics, et en particulier introduisent
buant activement au comportement de l’ouvrage, ainsi que par un niveau de des principes de management du risque. Il intègre la démarche du GT32
risque lié aux incertitudes géotechniques plus élevé que pour la plupart des et introduit le Plan de Management des Risques.
autres ouvrages.
• Une nouvelle Recommandation du GT 25R3F1 [6] de l’AFTES (« maîtrise
Par ailleurs, la réflexion autour de l’approche de maîtrise de risques liés économique et contractualisation ») est en cours d’élaboration, et pro-
aux projets d’ouvrages souterrains s’est développée ces dernières années : posera un certain nombre de principes à respecter, dans les contrats de
maîtrise d’œuvre et de construction.
• l’AFTES a mis au point, en deux grandes étapes, des Recommandations
(GT32R1F1 [2] « Prise en compte des risques géotechniques dans les • La nouvelle Recommandation du GT16R2F1 [7] propose la démarche à
dossiers de consultation des entreprises pour les projets de tunnels » et suivre pour la maîtrise du risque de dommage aux avoisinants.
1 - Dans la suite, les expressions placées entre guillemets sont des citations de la Norme.
Dans la mesure où cette norme sert très généralement de référence dans le L’objectif de ce guide est :
dialogue entre Maîtres d’ouvrages, Ingénieries et Entreprises à propos des • De souligner les apports de la révision de la norme NF P 94-500 ;
missions à caractère géotechnique, il est apparu nécessaire d’en préciser • De préciser les particularités d’application de la norme au domaine spéci-
l’application au domaine des ouvrages souterrains. fique des ouvrages souterrains, en proposant un tableau à l’image de ceux
établis pour d’autres domaines dans l’Annexe A à cette norme.
L’effort de révision de la norme a porté en grande partie sur une redéfinition • Une mission G3 (côté entreprise de construction) pour l’étape 3 de réali-
de l’enchaînement des missions d’ingénierie géotechnique : sation, d’étude de détail des ouvrages géotechniques et de suivi continu
• en réduisant le nombre de ces missions; sur le site des travaux « permettant de confirmer le modèle géotechnique
• en adoptant un parallélisme étroit avec les missions de maîtrise d’œuvre retenu pour la conception des ouvrages […] en mettant à jour l’identifica-
générale, telles qu’elles sont définies dans la loi MOP [8], ce qui est de tion et le management des risques résiduels […] »
nature à faciliter l’intégration des unes aux autres ;
• en intégrant pleinement la démarche de management du risque. • Une mission G4 (côté maîtrise d’ouvrage) de supervision de la mission G3 et
dont l’objectif est « la vérification de conformité de l’étude et du suivi géo-
C’est ainsi qu’on retrouve maintenant : technique d’exécution des ouvrages géotechniques G3 dans le respect des
• Une mission G1 (côté maîtrise d’ouvrage) pour l’étape 1 d’étude géotech- règles de l’art, pour contribuer à la maîtrise des risques géotechniques ».
nique préalable ; cette mission est divisée en deux phases : La norme ne fait pas une obligation d’intégrer cette mission à la mission de
- une phase « étude de site » (ES) « permettant de décrire un modèle maîtrise d’œuvre : nous aurons également à revenir sur ce point.
géologique préliminaire et les spécificités géotechniques du site ain-
si que d’établir une première identification des risques géotechniques • Enfin, une mission G5 de diagnostic géotechnique permettant « pendant
majeurs », le déroulement d’un projet ou au cours de la vie d’un ouvrage de procéder
- une deuxième phase « principes généraux de construction » (PGC) « per- à l’étude d’un ou plusieurs éléments géotechniques spécifiques, dans le
mettant d’une part de compléter le modèle géologique et de définir le cadre d’une mission ponctuelle ».
contexte géotechnique, d’autre part de mieux sérier, en fonction de l’ou-
vrage projeté, les risques géotechniques et de réduire les conséquences La norme met ainsi bien en évidence la définition des missions au regard de
des risques géotechniques majeurs en cas de survenance ». la démarche de maîtrise des risques.
• Une mission G2 (côté maîtrise d’ouvrage) pour l’étape 2 d’avant-projet et La norme insiste par ailleurs sur le fait que les missions doivent nécessaire-
de projet de conception des ouvrages géotechniques « permettant d’une ment s’enchaîner, et va plus loin en conseillant autant que faire se peut une
part d’affiner le modèle géologique et le contexte géotechnique, d’autre unicité de prestataire entre les missions G2 et G4.
part de mieux identifier, en fonction de l’ouvrage projeté, les risques géo- Ces avancées rejoignent les préoccupations des acteurs du domaine des
techniques et de réduire les conséquences des risques géotechniques ouvrages souterrains, pour lesquels l’émiettement des missions et les chan-
importants en cas de survenance ». L’étape 2 couverte par cette mission gements à répétition de prestataires portent en germe une perte en ligne
G2 inclut la phase d’élaboration des dossiers de consultation des Entre- des informations, voire des blancs dans le déroulement nécessaire des mis-
prises et l’Assistance à la passation des Contrats de Travaux. La norme ne sions, alors qu’à l’opposé, l’acquisition progressive de l’expérience d’un site
fait pas une obligation d’intégrer cette mission à la mission de maîtrise donné, qui peut être longue et difficile, est un facteur essentiel de réduction
d’œuvre : nous aurons à revenir sur ce point. des risques.
3 - Ce qui doit être précisé dans l’application de la norme au domaine des ouvrages souterrains
Il reste qu’un certain nombre de points méritent d’être précisés et complétés Le tableau en annexe en présente une synthèse – cf. § 6-.
quand on applique cette norme au domaine des ouvrages souterrains.
3.1 - Mission G1 Si l’objectif de cette mission G1 est relativement simple à définir, il n’en est
pas de même pour les moyens correspondants à mettre en œuvre parce que
Eu égard d’une part au rôle prépondérant joué par les conditions géotech- ceux-ci peuvent être extrêmement variables d’un cas d’ouvrage souterrain
niques dans la conception et la réalisation des ouvrages souterrains et à un autre, en fonction des conditions de site et des circonstances.
d’autre part à l’importance des études préliminaires dans le bon déroule-
ment des études de conception, la mission d’ingénierie géotechnique de Ainsi dans le cas d’un tunnel au rocher, sous faible couverture, non urbain et
type G1 revêt un caractère tout à fait singulier et critique. implanté dans un contexte géologique simple où les roches affleurent large-
ment, il sera facile pour un concepteur expérimenté de conclure à la faisa-
En effet cette mission doit, à l’issue des études préliminaires, permettre au bilité technique et économique de l’ouvrage sur la seule base des données
Maître d’ouvrage de disposer des éléments nécessaires à la décision de disponibles. Il en serait sans doute de même pour le cas du creusement d’un
Tous droits de reproduction, traduction, adaptation, totales ou partielles sous quelques formes que ce soit sont expressément réservés
poursuivre ou non les études du projet envisagé vis-à-vis notamment des deuxième tube parallèle à un ouvrage existant dont la réalisation n’aurait
risques et du coût de réalisation. Plus précisément, il convient à ce stade connu aucune difficulté particulière et dont les conditions géotechniques
d’éviter deux erreurs : seraient bien connues.
• éliminer trop hâtivement une solution ou une variante par excès de pes-
simisme (ou de prudence), alors que des études appropriées auraient pu A l’opposé, dans le cas d’un tunnel à grande profondeur, implanté dans un
révéler que, moyennant certaines dispositions constructives adéquates, il contexte géologique mal connu et réputé complexe, l’expertise du concep-
s’agissait d’une solution techniquement et économiquement acceptable ; teur expérimenté, aussi grande soit-elle, s’avère insuffisante pour prétendre
• sous-estimer ou ne pas identifier des risques majeurs affectant une solu- atteindre l’objectif des études préliminaires sans la réalisation d’un volume
tion retenue parce que jugée satisfaisante à ce stade mais qui se révèlera, conséquent de reconnaissances et d’études spécifiques.
ultérieurement, après approfondissement des études et reconnaissances
(phases d’AVP et/ou de PRO), beaucoup plus délicate et coûteuse que ne Il convient d’attirer fortement l’attention sur les quelques singularités
le prévoyait l’étude préliminaire en raison de très graves difficultés non propres à cette mission G1 :
détectées. ➢ La mission G1 est réalisée lors des études préliminaires, c’est-à-dire avant
que le Maître d’ouvrage ne dispose des services d’un Maître d’œuvre.
L’objectif de cette mission G1, dès lors qu’elle n’est pas limitée à la seule Pour la conduire à bien, le Maître d’ouvrage doit donc (à défaut de com-
Etude de Site, mais accompagne tout le processus des Etudes Préliminaires, pétences internes) s’assurer la collaboration d’un assistant à la maîtrise
est donc d’éliminer les risques géotechniques majeurs qui pourraient re- d’ouvrage disposant des mêmes compétences que celles attendues de la
mettre en cause le projet. Pour ce faire, le concepteur doit accéder à un part d’un Maître d’œuvre spécialisé en matière d’ouvrages souterrains.
degré de connaissance des conditions géotechniques tel que le modèle ➢ Comme déjà indiqué ci-dessus (contexte géologique complexe et peu
géologique prévisionnel et le profil en long géotechnique en résultant soient ou mal connu), le volume des reconnaissances nécessaires à la réalisa-
suffisamment détaillés et fiables pour que eu égard aux méthodes de réa- tion de la mission G1 peut être important et exiger la réalisation d’une
lisation envisageables (excavation et soutènement) il puisse identifier les campagne de reconnaissance pouvant comporter elle-même plusieurs
risques, les analyser, les éliminer ou les traiter de manière à ce que le niveau phases s’enchaînant les unes derrière les autres. L’intérêt de décom-
de risque résiduel soit acceptable vis-à-vis des critères définis par le Maître poser la campagne de reconnaissance en phases successives est de
d’ouvrage. Dès cette première étape et conformément à la recommandation pouvoir redéfinir et/ou ajuster le programme de la phase à venir en fonc-
du GT 32R2F1 le concepteur devra : tion des résultats et de la synthèse établie à l’issue de la phase précé-
➢ faire réaliser des reconnaissances autant que nécessaire pour lui per- dente. Ainsi, chacune de ces campagnes contribue, par ses résultats, à
mettre d’élaborer le modèle géologique et le profil en long géotechnique élaborer et consolider le modèle géologique, à alimenter le processus
suffisamment détaillés et fiables pour cerner les incertitudes géotech- de management du risque et à préciser le programme de la campagne
niques majeures ; suivante, l’objectif étant d’évaluer le risque encouru en fonction des in-
➢ conduire une réflexion aussi approfondie que nécessaire pour, eu égard à certitudes restantes liées au volume des reconnaissances engagées.
ces incertitudes et compte tenu des éléments de conception et des dis- ➢ Pour éclairer valablement le Maître d’ouvrage quant à sa décision de faire
positions constructives envisageables, identifier les risques, en analyser réaliser son projet (moyennant d’éventuels aménagements), la mission
notamment les conséquences éventuelles en terme de faisabilité de réali- G1 doit préciser, dans le cadre de l’étude préalable d’un ouvrage souter-
sation, d’ordre de grandeur de coût et de délai (principalement) et évaluer rain, non seulement sa faisabilité, mais également les principes généraux
le niveau des risques et s’intéresser en priorité aux risques majeurs ; cette de construction envisageables, les risques géotechniques associés, ainsi
réflexion est formalisée à travers le registre des incertitudes et des risques ; que, contrairement aux stipulations de la norme, les éléments néces-
➢ produire une étude préliminaire destinée à éclairer le Maître d’ouvrage saires à une évaluation sommaire du délai et du coût de réalisation de
sur ses choix, et susceptible de comporter une approche dimensionnelle l’ouvrage projeté.
minimale visant les méthodes d’exécution, les soutènements (y compris ➢ Même si la mission G1 doit permettre de traiter tous les risques majeurs
pré-soutènements) de manière à recueillir les éléments nécessaires à identifiés dès l’étape des études préliminaires, il est toujours possible
une estimation sommaire de l’ouvrage projeté. qu’au cours des reconnaissances et études conduites dans le cadre
interpréter correctement et rapidement les comportements observés en du massif (par ex., boulonnage radial) et de soutènement du périmètre
phase de construction ; d’excavation ;
• la définition du programme minimum de reconnaissances et d’ausculta- - « la force portante des appuis » au pied des cintres (sécurité par rapport
tions à mettre en œuvre lors de la réalisation (reconnaissances à l’avan- à la rupture) ;
cement définies dans le GT24R1F1 [9] et GT24R2F1 [10], paramètres - l’évaluation des déplacements du terrain encaissant, notamment dans
de pilotage à surveiller, auscultations du terrain et des avoisinants) qui l’environnement des avoisinants, et la comparaison de ces déplacements
permettra la mise en œuvre de la méthode observationnelle ainsi que la avec les valeurs des seuils contractuels et d’urgence associés définis sur
surveillance et la revue des risques ; la base de la sensibilité des avoisinants ;
• la définition de ce qui est attendu des missions G3 et G4, en spécifiant en - l’identification des paramètres de pilotage et le cadre de définition des
particulier le programme minimum de suivi à mettre en œuvre en phase «(valeurs) seuils » de pilotage « associées au projet » pour contrôler le
Tous droits de reproduction, traduction, adaptation, totales ou partielles sous quelques formes que ce soit sont expressément réservés
d’exécution, les besoins d’analyse et rétro-analyse technique nécessaires comportement des ouvrages en construction, la réponse du terrain en-
en phase d’exécution, leur périodicité, la forme attendue pour les rendus, caissant, et le respect des seuils contractuels et d’urgence « associés aux
et l’organisation à mettre en place pour l’efficacité des deux missions vis- avoisinants » ; dans le cas de l’excavation mécanisée, l’estimation des
à-vis du pilotage technique du chantier et en fonction de son niveau de performances minimales de la machine (par exemple les pressions de
risque. confinement minimales permettant de respecter les seuils de pilotage).
Dans la suite, les dispositions définies dans la norme sont précisées à la 3.3 - Mission G3
lumière des considérations ci-dessus ; les points de la norme qui ne sont
pas expressément cités sont à considérer valables sans modification. Par La mission G3, à la charge de l’Entreprise, est une réponse aux attentes
ailleurs, les tableaux des § 8.2 à 8.5 de la norme sont à interpréter en ayant définies dans le cadre de la mission G2. La mission G3, dans le présent
à l’esprit que « les prestations à réaliser et documents à fournir par l’ingé- guide, est définie comme l’ensemble des missions à caractère géotechnique
nierie géotechnique » sont à réaliser et à fournir par le Maître d’Œuvre. La que doit conduire l’Entreprise dans le cadre de la réalisation d’un ouvrage
troisième colonne des tableaux « à fournir par le client ou son mandataire » souterrain.
est à interpréter en séparant ce qui relève du Maître d’ouvrage et ce qui Il est en effet essentiel que le marché de construction, dans le cas des tra-
relève du Maître d’œuvre en charge également de la mission G2 vaux souterrains, prévoie explicitement l’obligation faite à l’Entreprise de
• Les « programmes successifs d’investigations géotechniques spéci- mettre en place une mission G3, afin que les moyens correspondants soient
fiques » qui sont élaborés pour cette phase doivent aussi prendre en bien inclus dans l’offre de celle-ci.
compte les exigences des méthodes constructives envisageables et les
données géotechniques nécessaires à leur définition. De ce point de vue, l’offre doit préciser dans une note technique dédiée
• Les « notes techniques concernant les choix constructifs des ouvrages » la proposition d’approche, moyens et processus que l’Entreprise prévoit de
souterrains doivent s’appuyer sur la compréhension des mécanismes mettre en place, compte tenu de son appropriation du contexte du projet,
pouvant conduire à l’instabilité de l’ouvrage, et doivent indiquer et com- de ses caractéristiques et difficultés à partir des études conduites antérieu-
parer les méthodes constructives possibles vis-à-vis de l’efficacité dans rement.
la maîtrise des comportements prévisibles à l’excavation ainsi que des
risques identifiés, tout en indiquant « les choix recommandés ». Le pha- Les moyens devront être déclinés dans un volet études d’exécution et un
sage de réalisation (par ex., excavation en pleine section ou en section volet réalisation en tenant compte des spécificités du projet. Un tunnel est
divisée pour la méthode conventionnelle; pas d’avancement et décousu ; en effet lui-même un sondage en grande dimension et son exécution doit
etc.) doit être justifié de façon quantitative. permettre d’améliorer au fur et à mesure le degré de connaissance, selon
• Les « notes de calcul de dimensionnement de niveau projet » doivent le modèle d’un système expert qui s’autoalimente en connaissances avec
concerner notamment : l’avancement. Par conséquent, les ouvrages souterrains demandent en par-
- « les dispositifs de maîtrise de la nappe » en phase travaux (par ex., par ticulier :
traitement de sol, rabattement préalable avec ou sans rechargement de 1. Des études approfondies qui s’appuient sur une connaissance poussée
la nappe, ou drainage à l’avancement dans le cas des tunnels) et à long des conditions de terrain, qui prédéterminent les adaptations et les contre-
terme (par ex., tunnel drainé ou non-drainé) ; mesures à prévoir dans l’intervalle de variabilité raisonnablement prévu
- « la stabilité des talus et des soutènements » aux têtes des ouvrages ; (en lien avec le registre des risques) et qui préconisent les critères d’adap-
- la stabilité du front de taille avec des approches de calcul suffisamment tation de la solution de référence d’une façon suffisamment flexible.
sophistiquées et adaptées à la méthode de réalisation préconisée ; le di- 2. Une grande expérience et réactivité en phase d’exécution pour pouvoir
mensionnement des moyens de stabilisation, notamment dans le cas de adapter le soutènement (en méthode conventionnelle) et les paramètres
l’excavation mécanisée d’avancement (en méthode mécanisée) aux conditions rencontrées, en
- l’identification quantitative des mécanismes d’instabilité et le dimension- s’appuyant sur des critères (d’applicabilité du soutènement ou d’in-
nement des dispositifs de pré-confinement (par ex. boulonnage au front tervalle opérationnel des paramètres tunnelier) établis dans les études
de taille), de pré-soutènement (par ex. voûte parapluie), de requalification d’exécution.
3. La capacité d’exploiter les données et informations recueillies en phase Dans la suite, les dispositions définies dans la norme sont précisées à la
de construction pour confirmer, et modifier si nécessaire, les prévisions lumière des considérations ci-dessus ; les points de la norme qui ne sont
de comportement (à partir des résultats d’une rétro analyse). pas expressément cités sont à considérer valables sans modification. Par
ailleurs, les tableaux des § 9.2.1 et 9.2.2 de la norme sont à interpréter
La définition de la mission G3 figurant dans la norme s’applique bien aux en ayant à l’esprit que « les prestations à réaliser et documents à fournir
travaux souterrains en ce qui concerne le recours à la méthode observation- par l’ingénierie géotechnique » sont à réaliser et à fournir par l’Entreprise.
nelle et l’implication de l’Entreprise dans sa mise en œuvre, dans le cadre La troisième colonne des tableaux « à fournir par le client ou son manda-
d’un suivi continu. taire » n’a plus à être prise en compte.
faire place, dans le cas des ouvrages souterrains, à des actions de suivi L’application de la méthode observationnelle ajoute aux responsabilités in-
quotidien sur site par une ou plusieurs personnes spécialisées et dédiées au combant au titulaire de la mission G4. Il doit en effet être partie prenante au
suivi technique de l’ouvrage (géologie, paramètres d’excavation, ausculta- processus de décision propre à cette méthode. C’est aussi pourquoi il est
tions et mesures, suivi des valeurs seuils, etc.) et à des rapports périodiques recommandé que le Maître d’œuvre en phase de réalisation soit le même
d’analyse et retro-analyse (prévisions vs. performance et éventuel ajuste- que celui des phases de conception, afin qu’il soit possible de tirer, en cours
ment du projet d’exécution pour les tronçons encore à creuser). de réalisation, le maximum de profit de toute la connaissance acquise dans
les phases précédentes.
Les alertes ne devront pas seulement être données « en cas de dépasse-
ment des valeurs seuils » (§[Link].4), qu’il s’agisse des seuils de vigilance Les précisions suivantes peuvent être apportées aux dispositions définies
ou d’alerte, mais aussi en cas de tendances anormales au rapprochement dans la norme :
Tous droits de reproduction, traduction, adaptation, totales ou partielles sous quelques formes que ce soit sont expressément réservés
des valeurs seuils. Ceci nécessite de disposer en temps réel de la capacité • On entend par « supervision de l’étude d’exécution » le visa du Maître
d’interpréter les différentes données recueillies pendant la construction. À d’œuvre, qui a pour objet d’assurer au maître d’ouvrage que les documents
ce sujet, un système de partage des données de construction et auscultation établis par l’Entreprise respectent les dispositions du projet. Doivent faire
disponible en temps réel en ligne, sur un système d’information géogra- partie des documents visés ceux qui définissent les critères et actions
phique adapté, est un bon moyen de mise à la disposition de ces données d’adaptation ainsi que le mode d’organisation pour leur mise en œuvre.
aux acteurs concernés. • La « supervision du suivi d’exécution » réalisée par le Maître d’œuvre n’est
Les alertes en cas de survenance d’un risque doivent non seulement pas une « intervention périodique et discontinue » (§9.3) comme l’écrit la
concerner les risques non identifiés comme cité au §[Link].4, mais aussi, norme à propos de la supervision due par l’ingénierie géotechnique, mais
bien évidemment les risques identifiés. Ces alertes devront être formalisées doit au contraire revêtir un caractère continu. En effet, sans aller jusqu’à
au sein des procédures spécifiques du Plan de Management des Risques. la présence permanente d’un géotechnicien de la maîtrise d’œuvre à
chaque front d’excavation, ce qui n’est pas généralement nécessaire, le
Le dossier récapitulatif de suivi d’exécution, défini dans la norme, trop sou- Maître d’œuvre a une obligation de moyens pour remplir la mission de
vent négligé, n’est pas une prestation secondaire. Il est essentiel pour le surveillance des activités du chantier, ce qui est une de ses principales
gestionnaire qui aurait à intervenir dans le futur sur l’ouvrage. missions dans le cadre de la Direction de l’Exécution des Travaux. Il lui faut
donc prévoir, en tenant compte de la spécificité des travaux souterrains
3.4 - Mission G4 (adaptation des méthodes de creusement/soutènement aux conditions
rencontrées, risques particuliers, notification et levée de points d’arrêt),
La mission G4, à l’image de la mission G2 pour la conception, est définie la mobilisation des compétences nécessaires pour remplir sa mission, sur
dans le présent guide comme étant l’ensemble des missions à caractère toute la durée du chantier.
géotechnique indissociables des missions de maîtrise d’œuvre en phase de • Les « avis » évoqués dans la norme sont à entendre comme des visas,
réalisation (éléments de mission normalisés DET/VISA/AOR), dans le cadre et non de simples avis puisque la mission G4 est réalisée par le Maître
de la loi MOP par exemple. Dans l’intérêt du projet, cette mission doit sys- d’Œuvre.
tématiquement être prévue, et il n’est pas envisageable qu’elle puisse être • La supervision du suivi d’exécution doit être étendue à la surveillance et
dissociée de la mission de Maîtrise d’Œuvre. à la revue des risques.
La norme autorise de grouper dans une même prestation la mission d’ingé- Par ailleurs, les reconnaissances au stade des études, hiérarchisées dans
nierie proprement dite et la réalisation des reconnaissances spécifiques à le cadre du processus de management du risque, ont pour objectif de trai-
la phase considérée. Si cela peut éventuellement s’envisager pour d’autres ter les risques identifiés. Il convient d’intégrer au planning des études le
types d’ouvrages, cette pratique est à proscrire dans le cas des ouvrages délai nécessaire à l’exploitation et à l’interprétation des résultats de ces
souterrains. En effet, plus que dans d’autres domaines, il ne peut être ques- reconnaissances pour être en mesure de lever les incertitudes et traiter les
tion de définir par avance des quantités-types de reconnaissances. Il est risques correspondants en adaptant la conception du projet.
donc contraire à l’intérêt du Maître d’ouvrage de demander aux candidats
Maîtres d’œuvre de définir dès leur offre la campagne qu’ils souhaitent en-
treprendre alors que par définition ils n’ont pas encore réalisé l’évaluation
des incertitudes et des risques. Ceux-ci n’ont alors d’autre choix que de
spéculer sur l’importance de la campagne.
La démarche de contractualisation recommandée correspondant aux diffé- mentaire au sens de la loi MOP de définition et de suivi des campagnes de
rentes étapes d’un projet d’ouvrage souterrain est donc la suivante : reconnaissance. Il est bon de rappeler également aux candidats qu’ils sont
tenus à un devoir de conseil.
• Il est important que dès l’étape 1 le Maître d’ouvrage se dote pour la • Pour la phase de réalisation, il lui est recommandé de contractualiser la
réalisation de la mission G1 d’un Assistant qui ait non seulement des mission G4 avec le Maître de d’œuvre ayant réalisé la mission G2. La
compétences en géotechnique, mais également qui dispose d’une solide réalisation d’une mission G4 est indispensable à la maîtrise des risques.
expérience en ouvrages souterrains (concepteur expérimenté).
• De même, lorsqu’il passe à l’étape 2 de projet, le Maître d’ouvrage doit Lorsque le Maître d’ouvrage le jugera utile (projet complexe, contexte géo-
Tous droits de reproduction, traduction, adaptation, totales ou partielles sous quelques formes que ce soit sont expressément réservés
exiger des candidats à la maîtrise d’œuvre les qualifications nécessaires technique défavorable, environnement très sensible,…), il pourra s’ad-
en matière de conception d’ouvrages souterrains et de géotechnique. Il joindre un Assistant spécialisé en géotechnique pour bénéficier d’un second
doit également prévoir dès l’origine une mission G2 à réaliser par le Maître regard sur les prestations géotechniques réalisées par le Maître d’œuvre.
d’œuvre qu’il aura désigné et y adjoindre l’élément de mission complé-
La norme NF P94-500 propose en annexe A, à titre informatif, des exemples gique et géotechnique ;
de contenu des missions d’ingénierie géotechnique préalable G1 et de - p lan de management des risques et registre des risques résiduels.
conception G2. Il s’agit de tableaux par type d’ouvrage contenant une liste de
problématiques à étudier en fonction du niveau d’études. La norme précise Pour chaque phase au sens de la norme, le tableau décrit les principaux
dans le préambule de l’annexe A que cette liste peut être adaptée en fonction objectifs et contenu des dossiers à remettre :
du projet et peut être dans ce sens simplifiée ou complétée. Ainsi, le tableau • mémoire de synthèse géologique, hydrogéologique et géotechnique (ca-
ci-après rappelle les spécificités propres aux ouvrages souterrains creusés hier B au sens du GT32R1F1) ou cahier B1 au sens du GT32R1F2
en méthode conventionnelle ou à l’aide d’un tunnelier, dont notamment : • mémoire de sensibilité des constructions avoisinantes (cahier B2 au sens
• nécessité d’une connaissance géotechnique assez importante dès les du GT16R2F1)
études préliminaires, notamment à l’issue de la phase EP – G1 (PGC) ; • mémoire de conception (cahier C au sens du GT32R1F1) et CCTP ou au
• obligations du fascicule 69 : sens du GT32R1F2
- contractualisation du mémoire de synthèse géologique, hydrogéolo- • plan de management des risques (PMR au sens du fascicule 69).
7 - Annexe : références
[1] Norme NF P94-500 Missions d’ingénierie géotechnique - Classification [5] Guide d’application du fascicule 69 du CCTG Travaux en souterrain, CETU
et spécifications, AFNOR novembre 2013 décembre 2013
[2] Prise en compte des risques géotechniques dans les dossiers de consul- [6] Maîtrise économique et contractualisation, Recommandation AFTES
tation des Entreprises pour les projets de tunnel, Recommandation GT25R3F1, à paraître
AFTES GT32R1F1 2004, TOS n°185 et révision à paraître [7] Prise en compte des effets induits par le creusement sur les construc-
[3] Caractérisation des incertitudes et des risques géologiques, hydrogéolo- tions avoisinantes dans la conception et la réalisation des ouvrages sou-
giques et géotechniques, Recommandation AFTES GT32R2F1 2012, TES terrains, Recommandation GT16R2F1, à paraître
n°232 [8] Loi n°85-704 du 12 juillet 1985 (dite Loi MOP) relative à la maîtrise
[4] Fascicule 69 « Travaux souterrains » du Cahier des Clauses Techniques d’ouvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise d’œuvre privée[9]
Générales applicables aux Marchés Publics de Travaux, annexé à l’arrêté Reconnaissances à l’avancement, Recommandation AFTES GT24R1F1
du 30 mai 2012 2008, TES n°209[10] Reconnaissances à l’avancement pour les tunne-
liers, Recommandation AFTES GT24R2F1 2014, TES n°242
Recueil des données factuelles (cahier A1) et Mémoire de synthèse géotechnique (cahier B1)
- visite du site - c onduite du programme de reconnaissances
- enquête documentaire géotechnique (sondages, mesures piézométriques, recueil de données
- identification du comportement des terrains de pluie, …) : avis sur les offres techniques, surveillance,
Géologie, hydrogéologie et géotechnique - identification préliminaire des nappes, des sens analyse, interprétation, confrontation
d’écoulement, des variations saisonnières
Tous droits de reproduction, traduction, adaptation, totales ou partielles sous quelques formes que ce soit sont expressément réservés
Recueil des données factuelles (cahier A2) et Mémoire de sensibilité des constructions avoisinantes (cahier B2)
- pré-analyse
Réutilisation/valorisation des matériaux
- appropriation (bilan des connaissances, analyse de - conduite d’un programme de reconnaissances - finalisation des documents du dossier de consultation des
la fiabilité, synthèse et interprétation) par le MOE et (sondages, mesures piézométriques, recueil de données Entreprises (recueil des données factuelles cahier A1)
compléments au programme de reconnaissances de pluie, …) : avis sur les offres techniques, surveillance,
- conduite du programme de reconnaissances analyse, interprétation, confrontation
(sondages, mesures piézométriques, recueil de données
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- définition du programme de reconnaissances de niveau - définition des besoins de reconnaissances à l’avancement - définition du programme détaillé de reconnaissances à
G2-PRO (sondages, mesures piézométriques, recueil et le cas échéant de reconnaissances complémentaires l’avancement (réalisation et exploitation) à conduire en
de données de pluie, …) pour réduire le niveau des phase G3
(principaux) risques - le cas échéant, définition d’un programme de
reconnaissances complémentaires à conduire en phase G3
- conduite d’une enquête caves, bâti, fondations - compléments à l’enquête caves, bâti, fondations - finalisation des documents du dossier de consultation des
- conduite des enquêtes ouvrages et réseaux - compléments aux enquêtes ouvrages et réseaux Entreprises (recueil des données factuelles cahier A2)
- niveau de dommages accepté par le MOA (ou les - détermination des seuils admissibles, en étroite - finalisation des documents du dossier de consultation
concessionnaires) collaboration avec les concessionnaires des entreprises (mémoire de sensibilité des constructions
- évaluation de la sensibilité des constructions aux avoisinantes cahier B2)
tassements et vibrations
- étude comparative des méthodes de construction - définition précise des méthodes de construction admises - finalisation des documents du dossier de consultation des
(terrassement, sujétions d’exécution, phasage, ...) (terrassement, sujétions d’exécution, phasage, ...) Entreprises (mémoire de conception cahier C)
- définition de la ZIG - confirmation de la ZIG - définition contractuelle de la ZIG
- pré-évaluation de l’impact des ouvrages sur les nappes - évaluation de l’impact des ouvrages sur les nappes - plan de contrôle des niveaux de nappe et des débits
- adaptation des méthodes en conséquence
- analyse de la stabilité et des déplacements - dimensionnement des profils-types ou des pressions de - définition contractuelle des profils-types ou des pressions
- pré-dimensionnement des profils-types ou des pressions confinement de confinement
de confinement
- analyse des déplacements en souterrain et en surface - compatibilité des méthodes avec le niveau de dommages - plan de contrôle et suivi d’exécution
- choix préliminaire des paramètres de pilotage accepté par le MOA - instrumentation et suivi dans le temps
- principe d’auscultation et de surveillance pour la phase - définition et détermination des seuils contractuels et de
chantier pilotage
- définition des besoins d’auscultation et de surveillance
pour la phase chantier
- bilan des terres - mise à jour du bilan des terres - exigences de réutilisation
- possibilités de réutilisation, zones de dépôt - possibilités de réutilisation, zones de dépôt
- actualisation du registre des risques (de conception) et - finalisation du registre des risques (de conception) et - rédaction des documents du dossier de consultation des
traitement des risques résiduels traitement des risques résiduels Entreprises (Plan de management des risques PMR, y
- acceptation du registre des risques par le MOA - acceptation du registre des risques par le MOA compris registre des risques contractuels)
- coût prévisionnel des travaux (y compris provision pour - actualisation du coût prévisionnel des travaux (y compris - coût prévisionnel de réalisation des travaux
risques) provision pour risques) - planning prévisionnel de réalisation des travaux
- planning prévisionnel des travaux (y compris analyse des - actualisation du planning prévisionnel (y compris analyse
risques planning) des risques planning)
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