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Régulation Télécoms en Algérie

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Université Mouloud Mammeri Tizi-Ouzou

Faculté de Droit et des Sciences Politiques

LES NOUVEAUX MODES DE


RÉGULATION EN MATIÈRE DE
TÉLÉCOMMUNICATIONS

Thèse pour le Doctorat en Sciences


Filière : Droit

Présentée par M. BERRI NOUREDDINE

Sous la direction du Professeur Sous la co-direction du Professeur


Rachid ZOUAÏMIA Philippe DELEBECQUE

Jury :

M. KACHER A/Kader, Professeur, Université M. Mammeri, Tizi-ouzou,....Président


M. ZOUAÏMIA Rachid, Professeur, Université A. Mira, Béjaïa,…........... Rapporteur
M. DELEBECQUE Philippe, Professeur, Université Paris I, France.....Co-rapporteur
M. SAMAR Nasreddine, Professeur, Université M. S. Benyahia, Jijel.....Examinateur
M. KHERBACHI Hamid, Professeur, Université A. Mira, Béjaïa,……. Examinateur
M. KAÏS Chérif, Professeur, Université M. Mammeri, Tizi-ouzou...........Examinateur

Date de soutenance : 14 Juin 2014


A mes parents, frères et sœurs
A ma femme et ma Fille Safa..
Remerciements

Ce travail est l’aboutissement d’un effort auquel ont contribué de nombreuses personnes
auxquelles je tiens ici à exprimer toute ma gratitude.

Je remercie tout particulièrement :

- Le Professeur ZOUAÏMIA Rachid, d’avoir dirigé ce travail et qui a toujours été à mes côtés
et a toujours su m’apporter les conseils pédagogiques, les critiques, la rigueur
méthodologique et les suggestions nécessaires à la bonne avancée de ce travail. Je tiens ici à
lui témoigner ma sincère reconnaissance.

- Le Professeur DELEBECQUE Philippe, d’avoir co-dirigé cette Thèse et qui m’a facilité
l’accès à plusieurs bibliothèques d’institutions Françaises durant mon séjour scientifique à
Paris 1. Ses conseils ont été essentiels pour la finalisation de ce travail.

Mes remerciements s’adressent également à tous mes enseignants, à M. Ferchouli Md. Bachir
& Dr. Oussidhoum Youcef pour avoir corrigé les erreurs de style et d’orthographe de ce
travail.

Je tiens à remercier aussi mes collègues de l’équipe de recherche sur "le droit de la
régulation à l’épreuve des impératifs de bonne gouvernance" de l’Université de Béjaia, et en
particulier M. Aissaoui Azedine.

Je tiens enfin à remercier ma famille et mes proches pour la constance de leur soutien.

Que soient enfin remerciés tous ceux qui, à divers niveaux, ont concouru à la réalisation de
ce travail.
"Le droit de la régulation économique se met en place,
en grande partie sur les cendres de l’organisation
économique construite autours des monopoles
d’Etat en charge des services publics"
Frison-Roche Marie-Anne,
« Définition du droit de la régulation économique»,
D, 2004
SOMMAIRE

Introduction………………………………………………………………………….09

1EREPARTIE – L’ENCADREMENT LIBÉRAL DES TÉLÉCOMMUNICATIONS : LA


RÉGULATION ÉCONOMIQUE………………………………………………………....14

Titre 1 – La régulation sectorielle : Mécanisme d’ouverture des Télécommunications à la


concurrence…………………………………………………………………………………...16

- Chapitre 1 - De la libéralisation mondiale des télécommunications à l’adoption du


concept de régulation………………………………………………………………………....17

- Chapitre 2 - La mise en œuvre de la réforme des télécommunications en Algérie :


l’adoption d’une législation sectorielle d’application concurrentielle……………………......59

Titre 2 – La régulation sectorielle des télécommunications : entre concurrence et service


public………………………………………………………………………………………...111

- Chapitre 1 - Organisation concurrentielle et équitables du marché…………………….112

- Chapitre 2 - La conciliation de la concurrence et des missions de service public……...153

2EMEPARTIE – LA REFONDATION DE L’INTERVENTION PUBLIQUE DANS LES


TÉLÉCOMMUNICATIONS…………………………………………………………… 196

Titre 1 – La création d’un régulateur indépendant………………………………………… 198

- Chapitre 1 - La nature juridique du régulateur………………………………………….199

- Chapitre 2 - Fonctions et pouvoirs du régulateur………………………………………249

Titre 2 – La redéfinition de l’architecture institutionnelle dans les télécommunications… 305

- Chapitre 1 - Le partage des compétences de régulation………………………………. 307

- Chapitre 2 - Le contrôle juridictionnel sur la régulation des télécommunications……..345

Conclusion générale………………………………………………………………………..382

4
Table des abréviations

AAI : Autorités Administratives Indépendantes


ADSL : Asymmetric Digital Subscriber Line (ligne d’abonné numérique asymétrique)
AGCS : Accord Général sur le Commerce des Services
AJDA : Actualité Juridique de Droit Administratif
AMF : Autorité des Marchés Financiers (France)
ANF : Agence Nationale des Fréquences
ANGCM : Agence Nationale de la Géologie et du Contrôle Minier
ANPM : Agence Nationale du Patrimoine Minier
AR : Autorité de Régulation
ARPT : Autorité de Régulation de la Poste et des télécommunications
ARPE : Autorité de Régulation de la Presse Écrite
ARA : Autorité de Régulation de l’Audiovisuel
ARCEP : Autorité de Régulation des Communications Électroniques et de la Poste
ANDI : Agence Nationale de Développement de l’Investissement
APSI : Agence de Promotion, de Soutien et de Suivi des Investissements
Art. : Article
AT&T: American Telephone and Telegraph
AT : Algérie Télécom
A.U : Accès Universel
BM : Banque Mondiale
CAT : Consortium Algérien de Télécommunications
CA : Cour d’Appel
Chron. Chronique
CE : Conseil d’Etat
CEE : Communauté Economique Européenne, devenue Union Européenne (UE)
Cf. Confère (comparer avec.)
CJCE : Cour de Justice de la Communauté Européenne, devenue Cour de justice de
l'Union européenne (CJUE). .
CNUCED : Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement

5
CNPE : Conseil National des Participations de l’Etat
COB : Commission des Opérations de Bourse (France)
Coll. : Collection
CDMT : Commission pour le Développement Mondial des Télécommunications
CMILT : Coût Moyen Incrémental de Long Terme
CNIL : Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (France)
Cons. Conc. : Conseil de la Concurrence
C.const. : Conseil Constitutionnel
COSOB : Commission d’Organisation et de Surveillance des Opérations de Bourse
CSA : Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (France)
CSM : Conseil Supérieur de la Magistrature
CSI : Conseil Supérieur de l’Information
CPCE : Code des Postes et des Communications Electroniques (France)
CREG : Commission de Régulation de l’Electricité et du Gaz
D : Recueil Dalloz
DSP : Déclaration de Politique Sectorielle
EDCE : Etudes et Documents du Conseil d’Etat
Ed : Edition
EPE : Entreprise Publique Economique
Fasc. : Fascicule
FMI : Fonds Monétaire International
Gaz. Pal : Gazette du Palais
GSM : Global System for Mobiles (système global pour les communications mobiles)
ISP : Internet Service Provider
IDEP : Institut D’Economie Publique
IDE : Investissements Directes Etrangers
JCP : La Semaine Juridique- Jurisclasseur périodique
JORA : Journal Officiel de la République Algérienne
JORF : Journal Officiel de la République Française
JOCE : Journal Officiel des Communautés Européennes
Litec : Librairies Techniques

6
LGDJ : Librairie Générale de Droit de Jurisprudence.
LPA : Les Petites Affiches
Obs. : Observations
OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economique
OMC : Organisation Mondiale du Commerce
OPU : Office des Publications Universitaires
OTA : Orascom Telecom Algérie
OTH : Orascom Telecom Holding
MPTIC : Ministre de la Poste et des Technologies de l’Information et de
Communication
PAS : Programme d’Ajustement Structurel
PED : Pays En voie de Développement
PIB : Produit Intérieur Brut
PNUD : Programme des Nations-Unis pour le Développement
PUF : Presses Universitaires de France
PTT : Postes Télégraphe et Téléphone
QPC : Question Prioritaire de Constitutionnalité
RASJEP : Revue Algérienne des Sciences Juridiques, Economiques et Politiques
RARJ : Revue Académique de la Recherche Juridique (université de Béjaia)
Rev. Conc. Consom : Revue Concurrence et Consommation
Rec. : Recueil
RDC : Revue Des Contrats
RDP : Revue de Droit Public et de la science politique
RFE : Revue Française d’Economie
RFAP : Revue Française d’Administration Publique
RIDC : Revue Internationale de Droit Comparé
Rép. : Répertoire
Rép. Pén. : Répertoire Pénal
Rev. Adm. : Revue Administrative
RFAP : Revue Française d’Administration Publique
RFDA : Revue Française de Droit Administratif
RIDE : Revue Internationale de Droit Economique

7
RJC : Revue de la Jurisprudence Commerciale
RRJ : Revue de la Recherche Juridique- Droit prospectif
RTD com. : Revue Trimestrielle de Droit Commercial et de droit économique
RTD eur. : Revue Trimestrielle de Droit Européen
RTCP : Réseau Téléphonique Commuté Public
SPA : Société Par Actions
S/dir. : Sous Direction
S.U : Service Universel
TC : Tribunal des Conflits
TIC : Technologies de l’Information et de la Communication
UIT : Union Internationale des Télécommunications
UMTS : Universal Mobil Telecommunications System (système de communications
mobile de troisième génération à vocation mondiale)
UNESCO : Organisation des Nations-Unis pour l’Education, la Science et la Culture
VOIP : La Voix sur IP
Vol. : Volume
VSAT : Very Small Aperture Terminal (station terrienne à antenne de faible
dimension; liaison satellitaire correspondante)
WLL : Wirless Local Loop
WTA : Watania Telecom Algérie

8
INTRODUCTION____________________________________________________

INTRODUCTION

Les télécommunications, définies comme " toute transmission, émission ou


réception de signes, de signaux, d’images, de sons ou de renseignements de toute
nature par fil, radioélectricité, optique ou autres systèmes électromagnétiques"1,
revêtent une importance capitale pour le développement dans les pays en
développement. L’utilisation des technologies de l’information et de la
communication (TIC) pour construire les infrastructures d’information et
contribuer ainsi aux sociétés innovantes du savoir, entraîne des investissements
colossaux2. L’importance de l’investissement dans le domaine se rapporte
particulièrement à la construction du réseau. C’est pourquoi, les
télécommunications sont qualifiées comme étant un « service public de réseau ».
Cette notion, d’origine économique, a fini par s’imposer dans le jargon juridique.
La spécificité d’un réseau est de lier une infrastructure de base étendue et
lourde à une prestation de services pour satisfaire les consommateurs.
L’infrastructure représente ici le support qui permet d’acheminer les biens et
services vers le consommateur final3.
La théorie des réseaux étudie un certain nombre de propriétés qui caractérisent
non seulement le secteur des télécommunications, mais aussi toute activité
économique appartenant à un réseau (électricité, gaz, eau). Parmi les propriétés
économiques présentes dans la plupart des réseaux, nous observons notamment la
présence d’économies d’échelle et d’externalités de réseau4. Le secteur des

1
- Art. 15 de la Constitution de l’UIT du 22 décembre 1992, modifiée à Kyoto en 1994, en 1998 à
Minneapolis et en 2002 à Marrakech. La Constitution affirme dans son préambule le droit souverain
pour chaque Etats de réglementer le secteur des télécommunications., www.uit.int/.
2
- Cf. KOUNDOUL (I.), Les télécommunications en Afrique : du sous développement à la
libéralisation économique, Thèse de doctorat en droit, Université Paris 1, panthéon-Sorbonne, 2008,
p.2.
3
- LAGET ANNAMAYER (A.), La régulation des services publics en réseaux : télécommunications
et électricité, L.G.D.J, Paris, 2002, p.11.
4
- Cf. CURIEN (N.), « Régulation des réseaux : approches économiques », Annales des mines, octobre
1994, pp. 20-26.
9
INTRODUCTION____________________________________________________

télécommunications se distingue plus particulièrement par l’existence de deux


autres phénomènes économiques, lesquels ont une importance particulière pour la
recherche de l’optimum social sur le marché des services de télécommunications.
Ces deux autres phénomènes clés de l’économie des réseaux de
télécommunications sont relatifs, d’une part au service universel et, d’autre part, à
l’accès et à l’interconnexion des réseaux de télécommunications.
Si la fourniture du service public des télécommunications était assurée, dans la
quasi-totalité des pays à travers le monde, par des monopoles souvent publics, cette
tendance s’est renversée dans les années quatre-vingt en raison de l’évolution du
secteur. En plus de son ouverture à la concurrence, les réformes du secteur ont
également porté sur la privatisation des opérateurs historiques. En effet, les
gouvernements ont eu besoin de l’attraction et du maintien de l’investissement
privé pour satisfaire la demande croissante et diversifiée résultant directement de
l’évolution technologique qui a touché les télécommunications. En outre,
l’intervention publique dans le secteur à travers un monopole à montré ses limites.
Bien qu’elle ait été considérée, pendant longtemps, comme une solution pour la
fourniture de biens et services publics, l’intervention publique, dépassée par une
demande croissante, a été fortement remise en cause.
Pour assurer un encadrement efficace de ces demandes que l’évolution
technologique offre dans les télécommunications, la forme moderne de
l’intervention de l’Etat consiste à assurer la régulation du secteur.
C’est dans ce mouvement que l’Algérie a entamé la réforme du secteur en
mettant fin au monopole public et en ouvrant les télécommunications à l’initiative
privée.
Le monopole public sur les télécommunications algériennes5 a engendré de
nombreuses contraintes, à savoir notamment un mode de gestion assez lourd,

5
- Ordonnance n° 75-89 du 30 décembre 1975 portant code des postes et télécommunications, JORA
n°29 du 09-04-1976, p. 338, abrogée et remplacée par la loi n° 2000-03 du 05 août 2000 fixant les
règles générales relatives à la poste et aux télécommunications, JORA n° 48 du 06-08-2000., modifiée
et complétée par loi n° 06-24 du 26 décembre 2006 portant loi de finance pour 2007, JORA n° 85 du
27 décembre 2006 (la modification concerne l’art. 116 de la loi 2000-03 ayant trait aux comptes
courants postaux).
10
INTRODUCTION____________________________________________________

l’absence de concurrence, des capacités d’autofinancement insuffisantes dues


essentiellement au faible taux de recouvrement des créances. Cet état de fait a par
ailleurs entrainé un retard important dans la diffusion des services Internet, la
transmission des données et autres services à valeur ajoutée.
Ces contraintes et insuffisances ont conduit l’Etat à entreprendre une vaste
réforme du secteur tant au plan juridique qu’institutionnel en le dotant d’un cadre
législatif et réglementaire favorisant l’émergence de la concurrence dans le but de
développer le réseau et les services, de fournir un service public de qualité à un
coût raisonnable sur tout le territoire et d’ouvrir le secteur sur l’économie mondiale.
Le nouveau dispositif, issu de la loi 2000-03 fixant les règles générales
relatives à la poste et aux télécommunications, réaffirme les principales
prérogatives de l’Etat en matière de contrôle et de régulation du secteur tout en
consacrant l’ouverture de l’exploitation à la concurrence. En outre, pour permettre
l’exercice effectif de la fonction de régulation et de contrôle de ce marché par
l’Etat, le législateur institue un régulateur spécialisé et indépendant.
Ce nouveau dispositif constitue "un véritable tournant" dans l’histoire des
télécommunications algériennes dans la mesure où il marque la fin du monopole
d’Etat sur le téléphone. Néanmoins, cette démonopolisation ne signifie point
l’abandon du service public. La loi s’efforce de définir une concurrence "régulée"
en partant du postulat que la concurrence n’est pas l’ennemi du service public6. La
loi traduit cette volonté d’équilibre et précise les facettes du dispositif : le libre
exercice des activités, le maintien et le développement du service public,
l’indépendance de la mission de régulation par rapport aux fonctions d’exploitation
du réseau ou de fournisseur de service.
La fonction de régulation est exercée au nom de l’Etat par le ministre chargé
de la poste et des TIC et par l’autorité de régulation de la poste et des
télécommunications (ARPT). Cette dernière est qualifiée par le législateur
d’autorité de régulation indépendante.

6
- Cf. CHEVALLIER (J.), « La nouvelle réforme des télécommunications : rupture et continuité »,
RFDA, septembre-octobre 1996, p.909
11
INTRODUCTION____________________________________________________

L’ouverture à la concurrence semble alors être le mode d’intervention le plus


approprié dans le secteur des télécommunications, à condition de préserver les
préoccupations du service public. La préservation de l’équilibre entre concurrence
et service public relève de la fonction de régulation, objet principal de cette thèse.

Si la régulation étatique du secteur des télécommunications s’oriente vers la


recherche de nouveaux modes d’action plus souples, il reste que l’Etat, comme au
temps du monopole, intervient encore massivement dans le secteur. Il est dès lors
judicieux de s’interroger sur l’intérêt de la mise en place d’une régulation
indépendante si l’Etat pérennise son action en économie de marché.

Le processus de régulation ne relève pas seulement du ressort de l’autorité de


régulation indépendante ; la loi accorde, en effet, des prérogatives de régulation
importantes au Gouvernement. L’intervention de celui-ci dans le processus de
régulation suscite, en outre, la question du degré de libéralisation du secteur des
télécommunications. Mais au-delà, la problématique globale que suscite ce travail
tourne autour de la pérennité de l’action publique et du droit public en économie de
marché et ce, à travers la recherche de nouveaux modes de régulation différents de
ceux exercés au temps du monopole public.

Une telle problématique s’articule autour de deux questions principales :

- la première a trait à l’encadrement libéral des télécommunications par le


mécanisme de la régulation économique : il s’agit en somme de l’examen de la
notion de régulation sectorielle comme mécanisme d’ouverture des
télécommunications à la concurrence ; un mécanisme qui tend à concilier deux
objectifs contradictoires : la concurrence et le service public (Partie 1).

- la seconde se situe au plan de la refondation de l’intervention de l’Etat dans le


secteur des télécommunications qui commande l’analyse de l’environnement

12
INTRODUCTION____________________________________________________

institutionnel des télécommunications dans lequel les fonctions de régulation sont


partagées principalement entre le Gouvernement, l’autorité de régulation sectorielle
et le Conseil de la concurrence (Partie 2).

Notre étude sera menée à la lumière du droit français et des expériences de


régulation dans d’autres pays. Il ne s’agit pas de procéder à une étude comparative,
mais simplement de ne pas isoler le cas algérien en le replaçant en perspective dans
un contexte mondial ouvert.

13
PREMIÈRE PARTIE
L’ENCADREMENT LIBÉRAL DES

TÉLÉCOMMUNICATIONS :

LA RÉGULATION ÉCONOMIQUE
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

L’Algérie a, dans une dynamique de déréglementation mondiale, fait des


concessions sur le principe de la souveraineté sur les télécommunications
domestiques. Cette réalité annonce des mutations profondes de la réglementation et
des institutions en charge du développement du secteur.
La libéralisation de ce secteur anciennement en situation de monopole
nécessite, toutefois, un accompagnement public. Ceci s’explique par deux raisons :
le besoin de règles permettant l’émergence de la concurrence et l’exigence de
règles assurant la perpétuation des missions d’intérêt général.
La libéralisation des télécommunications appelle, en effet, un phénomène
communément appelé "régulation" qui vise, à terme, l’établissement d’un marché
concurrentiel. La régulation a pour fonction principale l’accompagnement du
secteur des télécommunications d’une situation monopolistique à une situation
concurrentielle ; elle est conçue comme étant le mécanisme adéquat d’ouverture du
secteur à la concurrence (Titre I). Ensuite, dans cet environnement concurrentiel,
elle est le moyen de la préservation des missions de service public (Titre 2).

15
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

TITRE I
LA RÉGULATION SECTORIELLE : MÉCANISME
D’OUVERTURE DES TÉLÉCOMMUNICATIONS A LA
CONCURRENCE
Les réformes du secteur s’inscrivent dans le cadre d’une politique sectorielle
dont l’objet est de mettre au diapason des nouvelles technologies de l’information
et de communication et de hisser la qualité des services au niveau de ceux offerts
sur les marchés internationaux. Les causes des réformes du secteur des
télécommunications sont pratiquement les mêmes que celles des autres pays les
ayant entreprises.
L’évolution technologique est la principale raison, au niveau international, de
la déréglementation des télécommunications. La réforme engagée par les pouvoirs
publics algériens résulte, en grande partie, d’un processus de transposition1 des
orientations multilatérales et de la déréglementation mondiale du secteur des
télécommunications (Chapitre I). La déréglementation -partie des États-Unis -
s’est "répandue comme une trainée de poudre" et le monde des
télécommunications explose de tous côtés : "le combat est planétaire"2. Mais,
comme indiqué plus haut, la dérèglementation s’accompagne d’une nouvelle
réglementation que l’on appelle régulation. Cette dernière est très récente en
Algérie ; elle est le fruit du phénomène mimétique et de l’émergence des autorités
de régulation indépendantes dans le tissu administratif algérien.
Suivant les orientations multilatérales, mais aussi l’arrivée des nouvelles
technologies de l’information et de communications, le législateur algérien procède
à la réforme du secteur en l’an 2000 en adoptant une législation sectorielle
d’application concurrentielle (Chapitre II). Cette loi marque la fin du monopole
public sur les activités de télécommunications en ouvrant le secteur à l’initiative
privée et, en dissociant les activités de réglementation, d’exploitation et de
régulation.
1
- Un auteur va jusqu’à parler de "contagion déréglementaire dans les télécommunications des pays
du tiers-Monde". ELYAHIAOUI (Y.), Les télécommunications à l’épreuve des mutations : Etat,
monopole, déréglementation et concurrence, éd. Okad, Rabat, 1995, p. 62.
2
- DARMON (J.), Le grand dérangement : la guerre du téléphone, éd. Jean-Claude Lattès, Paris,
1985, p. 9

16
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

CHAPITRE I

DE LA DÉRÉGLEMENTATION MONDIALE DES


TÉLÉCOMMUNICATIONS À L’ADOPTION DU CONCEPT DE
RÉGULATION

Le marché des télécommunications a longtemps été dominé par les théories du


monopole naturel. Lorsqu’à la fin du 19ème siècle, les pays industrialisés
construisent leurs réseaux téléphoniques nationaux, ils les organisent autour de
monopoles publics en raison de leur importance stratégique. Ce caractère fera des
activités des télécommunications un domaine d’élection de droits exclusifs ou
spéciaux au bénéfice de la puissance publique considérée alors comme seule
instance susceptible d'engager les investissements nécessaires à la mise en place
d’une infrastructure nationale accessible à tous. Il faut attendre le siècle suivant,
vers les années 1980, pour voir les pays industrialisés ouvrir largement ce secteur à
la concurrence et faire appel aux techniques privées de gestion. Sous l'impact des
changements technologiques et de la mondialisation des réseaux, les politiques de
libéralisation ont été amorcées aux USA et en Grande Bretagne au début des années
1980 avant de s'étendre à partir des années 1990 au niveau régional (Europe) puis
mondial (Asie, Amériques, Afrique).
Dans ce sillage, et comme l’écrit le professeur Mohand Chérif Belmihoub, "La
dérèglementation est présentée comme la panacée dans les modèles de réformes
des modes d’intervention de l’Etat et dans la gestion des services publics"3. En
effet, la dérèglementation, qualifiée par certains auteurs de "redoutable polysème"4,
s’est imposée au point d’être érigée à la hauteur d’un dogme5. Dénommée

3
- BELMIHOUB (M.-C.), « Dérèglementation dans les activités de réseaux : l’apport des nouvelles
régulations économiques », Revue Idara, n° 21, 2001, pp.5-22, dans ce sens également, ZOUAÎMIA
(R.), « Déréglementation et ineffectivité des normes en droit économique algérien », Revue Idara, n°
21, 2001, pp. 127- 131
4
- MUSSO (P.), Le fonctionnement symbolique des télécommunications : théorie saint-simonienne et
régulation des réseaux, Thèse de doctorat en Sciences politiques, Université Paris -1 Panthéon
Sorbonne, 1996, p.738, Voir également, BRAIBANT (G.), « Le problème des circulaires », in Les
dérèglementations : étude comparative, colloque de l’IFSA, éd. Economica, Paris, 1988, p. 347.
5
- CHEVALLIER (J.), « Les politiques de dérèglementation », in Les dérèglementations : étude
comparative, op.cit. p. 12. Selon l’auteur, la promotion de la déréglementation à un véritable dogme

17
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

également "notion-valise"6, tant elle regroupe des significations et tant elle


accompagne une vaste extension mondiale de libéralisation du secteur des
télécommunications, la dérèglementation doit son succès à son caractère
multidimensionnel et multinational. En ce sens, le développement technologique
est sans conteste la justification mondiale de la déréglementation des
télécommunications (Section 1).
D’un autre point de vue, la régulation, objet principal de cette thèse, se
présente comme le résultat direct de la dérèglementation ou de la dérégulation. Ces
deux dernières, vues comme synonymes, comportent au moins deux phases : une
phase de déconstruction ou de décomposition d’une situation existante, puis une
phase de recomposition d’un mode de régulation différent du précédent. La
régulation est très récente en droit algérien ; elle est en effet apparue avec la
naissance des autorités de régulation indépendantes (Section 2).

n’est pas dénuée d’équivoque. La diffusion du concept de dérèglementation a, en effet, été assortie
d’une surcharge de significations : le vocable désigne des phénomènes extrêmement divers, tels que la
simplification, l’assouplissement ou l’allègement des règlements, mais aussi l’ouverture de secteurs
jusqu’alors monopolisés par l’Etat à la concurrence, la privatisation d’organismes publics, la
disparition des privilèges etc.
6
- MUSSO (P.), Le fonctionnement symbolique des télécommunications…, op.cit, p.739.

18
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

SECTION I

La dérèglementation des télécommunications

Si la libéralisation des télécommunications correspond, pour certains pays, à la


mise en œuvre de politiques publiques adoptées dans le cadre d’une décision
souveraine, pour d’autres, en revanche, elle interviendra comme composante d’une
politique multilatérale visant une libéralisation mondiale du secteur des services7.
C’est le cas notamment des pays en développement, dont l’Algérie, qui n’ont
emprunté la voie d’une libéralisation du secteur des télécommunications que
contraints et forcés8.
Les institutions de coopération multilatérale donnent de la déréglementation
mondiale du marché des télécommunications une justification non pas idéologique,
mais plutôt technologique et réglementaire, traduisant ainsi une évolution sans
précédent, au niveau mondial, des télécommunications (Sous-section 1), dans
laquelle les pays en développement peinent à faire leur entrée dans la société de
l’information qui caractérise cette dynamique. Cette dernière a vu naître une sorte
de coutume internationale en matière de libéralisation des télécommunications. En
effet, la dérèglementation du secteur a commencé, comme indiqué précédemment,
aux Etats-Unis, pour s’étendre ensuite à d’autres pays industrialisés comme le
Royaume-Uni et l’ensemble des pays européens, marquant des expériences
historiques en la matière (Sous-section 2).

7
- Voir, Rapport de l’UIT sur, Tendance des réformes dans les télécommunications : une régulation
efficace, UIT, 2002.
8
- Cf. KANE (O.), Economie de la régulation postcoloniale du secteur des télécommunications
sénégalaises dans le cadre de la gouvernance globale : le cas des ressources communes, Thèse de
Doctorat en communications, Université du Québec, 2008, p. 174.

19
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Sous-section 1. Evolution des télécommunications

Les années 1990 ont été marquées par un essor exceptionnel des services de
télécommunications sous l’effet de trois facteurs majeurs : le basculement dans le
paradigme numérique, le rôle de la connaissance dans les modèles de croissance
économique et le changement du régime institutionnel.

Les mutations intervenues dans le secteur des télécommunications sont donc


le résultat de ces facteurs qui se sont conjugués et ont concouru positivement au
développement du secteur. Economique et technologique d’une part (A)
institutionnel et règlementaire d’autre part (B).

A. Facteurs d’évolution

Dans le discours des institutions multilatérales, la déréglementation du marché


des télécommunications prend sa source dans les innovations technologiques qui
sont à l’origine de la convergence des technologies de l’information et de la
communication. Ces innovations concernent les domaines des équipements de
communication, des équipements de transmission et des équipements de
terminaux9.

Le développement de l’informatique, soutenue par les technologies mises à


jour dans le domaine des télécommunications (1), sera la cause du développement
des réseaux et infrastructures de télécommunications. L’accès à ces nouvelles
technologies est toutefois perçu comme inégal entre Nord et Sud. La numérisation a
en effet, construit une fracture numérique entre les deux pôles (2).

9
- Tendances des réformes dans les télécommunications : une régulation efficace, Rapport de l’UIT,
2002. Pour plus de détails sur cette question, voir, KOUNDOUL (I.), Les télécommunications en
Afrique…, op.cit, p.32, Voir également, CHAPPEZ (J.) et al. « Mondialisation et services publics », in
LOQUIN (E.) et KESSEDJAN (C.) (s/dir.), La Mondialisation du Droit, éd. Litec, Paris, 2000, p. 88
et ss.

20
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

1- La numérisation
Une profonde réorganisation du secteur des télécommunications a été
impulsée par la diffusion d’une grappe d’innovations technologiques dans les
domaines de la micro-électronique et de l’informatique, dominée notamment par
l’accroissement exponentiel des capacités des circuits intégrés et la numérisation du
traitement de l’information. Ces innovations technologiques ont entraîné une
réduction importante des coûts d’exploitation des réseaux de télécommunication et
ont considérablement amélioré leur efficacité. Le basculement vers un nouveau
paradigme technologique, le paradigme numérique, a eu pour le moins trois
conséquences importantes : l’intégration des réseaux informatiques et de
télécommunications, préalablement inscrits dans des sentiers technologiques
spécifiques, le redéploiement en amont des infrastructures de télécommunication et
le développement de l’industrie naissante du contenu multimédia intégré en aval10.
Ces évolutions technologiques ont permis la mise en place de nouvelles capacités
de télécommunications - à la fois complémentaires et concurrentes - et une
diversification de l’offre de services.
Servie par les progrès corrélatifs réalisés dans les domaines de la compression
des données et de la puissance de calcul des microprocesseurs, la numérisation a
ouvert les portes d’un monde nouveau où tout trafic est un échange de données
acheminées à des vitesses et pour des volumes très supérieurs à ceux que l’on
connaissait jusqu’alors, ce que résume, aujourd’hui, une expression fréquemment
répétée, le « haut débit »11.
Le réseau mondial (qui est l’Internet) n’a connu le succès que l’on sait que
suite à la déréglementation du secteur des télécommunications associée aux
nouvelles perspectives techniques du progrès de l’informatique12. L’infrastructure
internationale et décentralisée de l’Internet doit beaucoup à cette préalable
déréglementation du secteur des télécommunications qui a créé les conditions
10
- Voir, KHADRAOUI (W.), Société de l’information : genèse, enjeux et défis de la gouvernance
mondiale, Thèse, Université Paris II, Panthéon- Assas, 2006, p.60.
11
- KOUNDOUL (I.), Les télécommunications en Afrique : …, op.cit, p.32
12
- Voir, AMBLARD (P.), Régulation de l’Internet : l’élaboration des règles de conduite par le
dialogue internormatif, éd Bruylant, Bruxelles, 2004, p.56.

21
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

propices à une économie de concurrence et de marché. S’ouvrant au monde, les


réseaux de télécommunications ne pouvaient plus être régis par des règlementations
nationales qui avaient institué, de droit ou de fait, des situations monopolistiques.

Le secteur des télécommunications étant désormais global avec l’expansion


des services internationaux, ces réglementations étatiques étaient inaptes à
appréhender les nouvelles réalités de ce marché devenu international. Plus
précisément, face à cette croissante internationalisation de leur économie, en
particulier des activités de télécommunications et des réseaux, les Etats ne
souhaitaient pas que leur réglementation soit un handicap pour leurs entreprises
nationales, désormais confrontées à une concurrence mondiale. La
déréglementation a donc eu pour objet, en plus de la suppression de toute
réglementation, la levée des obstacles à la concurrence13.

L’impact technologique est donc à l’origine de la crise du monopole naturel et


le point de départ pour de nouvelles perspectives dans l’organisation et la gestion
des télécommunications14. Si les télécommunications des pays développés ont été
dérèglementées suite au développement technologique, il n’en est pas de même
pour celles des pays en développement. En effet, ces derniers, de par le sous-
développement qui frappe leurs infrastructures et l’absence de politique de
développement technologique, ont été aidés ou forcés à libéraliser.

13
- AMBLARD (P.), Régulation de l’Internet : l’élaboration des règles de conduite par le dialogue
internormatif, op.cit, p.57 ; Voir également, BRAIBANT (G.), « Le problème des circulaires », in les
dérèglementations…, op.cit, p. 347.
14
- Cf. BELMIHOUB (M.-C.), « Grandeur et décadence du monopole public : réflexion sur les
changements dans la gestion des activités de service public de réseaux », Revue Idara, n° 25, 2003,
pp.185-195.

22
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

2- La fracture numérique

La commission pour le développement mondial des télécommunications


(CDMT) publiait en 1985, sous la direction de Donald Maitland, un rapport intitulé
"Le Chaînon manquant", dans lequel il était souligné que le manque
d’infrastructures des télécommunications dans les PED entrave toute croissance
économique15.
Les télécommunications sont à la base de toute une gamme d’industries et
d’activités de services16. Aussi, il est extrêmement difficile de définir un réseau de
télécommunications qui n’interagisse pas de façon instantanée et permanente avec
les réseaux des autres pays. Cette interdépendance étroite justifie la création de
l’UIT17, née de la nécessité absolue de l’interconnexion technique et administrative
des réseaux nationaux18.
Le développement de ces nouveaux segments d’activités liés aux
télécommunications engrange un potentiel commercial et financier inestimable
dans un environnement de plus en plus mondialisé, ce qui ne va pas échapper aux
Etats qui vont établir, par le biais de l’OMC, un cadre institutionnel et
réglementaire avec l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) 19.

15
- Commission indépendante pour le développement mondial des télécommunications, « Le chaînon
manquant », Rapport Maitland, 1985, www.itu.int ; Cette étude précurseur qui constitue une référence
dans les organisations internationales, attirait l’attention sur l’écart considérable entre les pays
développés et en développement en matière d’accès au téléphone. La Commission a unanimement
conclu que le profond déséquilibre qui ne cessait de croître dans la répartition des moyens de
télécommunication à l’échelle planétaire était intolérable.
16
- Voir, France Télécom, Les Télécommunications, dirigé par Du Castel François, éd. Berger-
Levrault International, Paris, 2003, p.87 et s.
17
- L'UIT (Union Internationale des Télécommunications) a été fondée à Paris en 1865 sous le nom
d'Union télégraphique internationale. Elle porte son nom actuel depuis 1934. En 1947, elle est devenue
l'une des institutions spécialisées des Nations Unies. Bien que son domaine d'activité initial ait été la
télégraphie, ses travaux couvrent aujourd'hui l'ensemble du secteur des TIC, de la radiodiffusion
numérique à l'Internet, en passant par les technologies mobiles et la TV3D. Son siège est à Genève
(Suisse) et elle a douze bureaux régionaux et de zone répartis dans le monde. www.itu.int
18
- KOUNDOUL (I), Les télécommunications africaines…op.cit., p. 33 et s.
19
- RAPP (L.), « Les accords du GATT et les activités de télécommunications dans la réorganisation
mondiale des échanges : problèmes juridiques », in Colloque de Nice de la SFDI. Ed. Pedone, Paris,
1996, p.153

23
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

La globalisation du secteur des télécommunications constitue un facteur de


croissance économique et d’intégration à l’économie mondiale. Dans le cas des
pays en développement, la libéralisation des services pose, avec d’autant plus
d’acuité, la question fondamentale de l’accès aux réseaux de télécommunications.
Cette globalisation des télécommunications décrit une réalité ambivalente : à
mesure que l’offre de services devient globale, les conditions d’insertion des pays
en développement dans les réseaux de télécommunications sont plus restrictives.
Par conséquent, dans un contexte d’intégration technologique, le manque
d’infrastructures de télécommunications dans ces pays constitue un facteur
additionnel au processus d’exclusion de l’économie internationale. Le débat sur le
numérique pointe plus précisément la dynamique des écarts entre les pays du nord
et du sud en matière de diffusion et d’usage des technologies de l’information et de
communication. Ce débat s’est notamment focalisé sur la mesure du fossé
numérique. Les TIC constituent, selon un auteur, les nouveaux outils de
l’hégémonie20. Pour pallier à ces inégalités de l’économie de la connaissance entre
Nord et Sud, la Banque Mondiale21 et le PNUD (programme des Nations-Unis pour
le développement) parient sur le savoir et la technologie pour lutter contre la
pauvreté. Ce dernier22 propose même la conversion d’une partie de la dette des pays
en développement en fonds pour la recherche et appelle à "une utilisation équitable
des droits de propriété intellectuelle et industrielle", tout en regrettant que le
système actuel "permet, en particulier à des intérêts privés, d’accaparer des
innovations d’origines indigènes et collectives".
Le sous-développement qui touchait la quasi-totalité des activités
économiques des pays du Sud s’est étendu au secteur du savoir et de la technologie

20
- KHADRAOUI (W.), Société de l’information : genèse, enjeux et défis de la gouvernance, op.cit, p.
37.
21
- Banque Mondiale, « Le savoir au service du développement », Rapport sur le développement dans
le monde, Washington, D.C, Banque Mondiale, 1999, p. 4 et s, www.worldbank.org
/external/default/main
22
- Cf. PNUD, Rapport mondial sur le développement humain, New-York, PNUD, 2001,
www.undp.org/fr/rapports/mondial/rdh2001/

24
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

de l’information. A chaque découverte technologique, la distorsion entre les pays


développés et les pays en développement ne cesse de se creuser au fil du temps23.
Censées être une chance pour les PED, les TIC n’apportent pas encore les solutions
adéquates tant attendues aux problèmes endémiques dont souffre la plupart des
pays du sud. Aux fractures socio-économiques Nord-Sud est venue s’ajouter la
fracture numérique24, qui s’accentue à chaque innovation technologique.
Avec la mondialisation, tout semble plus que jamais s’articuler entre les deux
pôles majeurs du monde. Le premier pôle, celui de la civilisation occidentale et des
pays développés qui tire sa supériorité de ses capacités scientifiques et techniques
porteuses d’innovation. Le second pôle, auquel appartiennent les pays du sud
dépourvus pour la plupart de base scientifique et technique, est simplement
consommateur des connaissances scientifiques et des innovations techniques
élaborées par l’Occident et ne peut vraiment en tirer parti. Ce dernier pôle est
apparemment condamné à être dominé et à vivre à la marge du premier.
Cette fracture est "symptomatique d’un ordre mondial asymétrique et
hégémonique, responsable d’un non développement dans les pays du Sud"25.
Replacée dans son contexte mondial, la fracture est un produit de l’histoire en ce
sens qu’elle est le reflet d’une certaine conception du monde, le résultat d’une
accumulation d’inégalités et l’expression d’un développement à deux vitesses.

B –Résultats de l’évolution des télécommunications

1- Les télécommunications au sein de l’OMC

23
- Voir, Rapport de l’UNESCO, Vers les sociétés du savoir, éd. Unesco, Paris, 2005,
www.unesco.org
24
- Fracture Numérique : son équivalent anglais est « Digital divide ». Cette expression est définie
comme une série d’écarts ou de disparités observés dans l’accès aux technologies et aux réseaux
numériques. Cf. SOUPIZET (J.-F.), « La fracture numérique : mesure et spécificités »,
www.africanti.org/
25
- KHADRAOUI (W.), Société de l’information : genèse, enjeux …, op.cit, p. 5 et s.

25
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Face aux mutations des techniques de télécommunications et aux


modifications qu'elles entraînaient sur le marché des équipements, les États ont
réagi de manières différentes suivant leur tradition juridique, leur niveau de
développement économique, leur doctrine politique dominante. Certains pays ont
adopté une politique volontariste de libéralisation du marché interne, notamment
par le démantèlement progressif des situations de monopole. Ces évolutions
structurelles et réglementaires qui ont eu lieu dès le début des années 1980 aux
États-Unis, au Royaume Uni et au Japon ont reçu un écho favorable en Europe26.
Toutefois, un grand nombre d’États conservèrent pour des raisons propres, une
configuration monopolistique de leur marché des télécommunications. Cette
configuration différenciée des marchés apparut alors comme une entrave à l’impact
de la convergence des technologies de l’information et de la communication sur la
compétitivité et la croissance économique. C’est sans doute pourquoi, dès 1980, les
États-Unis anticipèrent sur cette perspective en lançant l’idée d'une extension des
règles libérales du GATT au domaine des services27. Sous leur influence, l’idée
d'une régulation concurrentielle du secteur des télécommunications s’imposa
progressivement dans les enceintes multilatérales28. Cette idée trouva un écho
favorable au sein des négociations commerciales multilatérales dans le cadre de
l’Uruguay round (1986-1993). Celles-ci ont conduit, le 15 avril 1994, à la
conclusion de l’Acte final de Marrakech portant création de l’OMC. Elles intègrent
à cet Acte diverses annexes au nombre desquelles on trouve l’annexe 1B connue
sous le sigle français de AGCS (Accord Général sur le Commerce et les Services)29.
Ce dernier constitue une des composantes essentielles du système commercial
multilatéral intégré mis sur pied par l’Acte final de Marrakech et dont le cadre

26
- DO-NASCIMENTO (J.), « La dérèglementation du marché africain des télécommunications », in
GABAS (J.-J.) (s/dir.), Société numérique et développement en Afrique, usages et politiques publiques,
éd. Karthala, Paris, 2004, pp. 123-150, KOUNDOUL (I), Les télécommunications en
afrique…op.cit,p.36 et s.
27
- KHADRAOUI (W.), Société de l’information : genèse, enjeux et …, op.cit, p. 106.
28
- Cf. CARREAU (D.) & JUILLARD (P.), Droit international économique, 4e édition, L.G.D.J, Paris,
1998, p. 101.
29
-Annexe 1B de l’OMC, portant accord général sur le commerce et des services,
www.wto.org/french/docs_f/legal_f/26-gats.pdf

26
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

institutionnel commun est constitué par l'OMC (préambule et article II de l'OMC).


Il fait partie des accords commerciaux multilatéraux de nature contraignante pour
tous les membres de l’OMC30.
En raison de l'indivisibilité du nouveau système OMC, il n’est pas possible
pour un pays d’être membre de cette institution et de refuser d’être lié par les
dispositions de l’accord. La portée de celui-ci est considérable : il élargit le droit
international du commerce, du domaine des marchandises à celui des services,
comme il couvre l’ensemble des services à la seule exception de ceux fournis dans
l’exercice du pouvoir gouvernemental31.
Selon les termes de son préambule, cet accord se présente comme un cadre
multilatéral de principes et de règles pour le commerce des services, la mise en
œuvre de ces principes et règles devant contribuer à une élévation progressive des
niveaux de libéralisation du commerce des services par des séries de négociations
commerciales successives32. L’accord invite les Etats membres de l’OMC à donner
à ses principes et règles une portée concrète grâce à des négociations multilatérales
appropriées. A cet effet, des groupes de négociation se sont constitués pour arriver
à des engagements spécifiques en vue d’une dérèglementation de secteurs identifiés
comme particuliers. Les négociations menées au sein du groupe de négociation sur
les services (le GNS) ont conduit à la conclusion de divers accords sectoriels, parmi
lesquels il y a lieu de mentionner l’Accord de l’OMC sur les télécommunications
de base en date du 15 février 1997. Ce texte contient des engagements pris par plus
de 70 pays en vue d’ouvrir leurs marchés des services de télécommunications de
base33.

30
- Voir, l’article 2 de l’accord, précité.
31
- DO-NASCIMENTO (J.), « La dérèglementation du marché africain des télécommunications »,
op.cit, p.128.
32
- BRONCKERS (M.), « Les télécommunications et l’Organisation mondiale du commerce », AJDA,
1997, p.267.
33
- OMC, « Les négociations sur les télécommunications aboutissent à un accord historique »,
FOCUS, Bulletin d’information de l’OMC, n° 26, Février 1997, www.wto.org , voir également,
BRONCKERS (M.), « Les télécommunications et l’organisation mondiale du commerce », Ibid.

27
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Le document de référence joint à l'Accord énonce les principes réglementaires


applicables aux fournisseurs de services de télécommunications de base, y compris
les fournisseurs principaux34.

Les pressions en vue de l’ouverture des marchés ont rapidement porté leurs
fruits dans le secteur des télécommunications. Un certain nombre d’Etats ont
engagé un processus de dérèglementation qui modifie profondément l’organisation
juridique traditionnelle des télécommunications fondée sur le principe de la
souveraineté des Etats35.

2- Les Télécommunications du tiers monde


Les organisations internationales se sont très tôt investies dans le
développement des télécommunications dans les PED36.
Le droit international des télécommunications s’est étalé jusqu’au début des
années 80 par des programmes d’aide, d’assistance technique et de financement de
projets. Cette panoplie de mesures s’enrichira par assimilation de techniques du
droit économique telle la dualité des normes qui veut que les règles différenciées
soient appliquées selon le niveau de développement37. Elle se concrétisera avec la
prise en compte du traitement national et différencié au sein des organisations à
caractère universel, d’institutions spécialisées et récemment à travers les accords de
Marrakech38.

34
- Rapport de l’UIT, 2002, op.cit. V, commentaire de DO-NASCIMENTO (J.), « La
dérèglementation du marché africain des télécommunications », op.cit, p.128 et s.
35
- Ibid., v. également, CURIEN (N.) & GENSOLLEN (M.), Economie des télécommunications, éd
Economica, Paris, 1992, p. 62.
36
- C’est ainsi que des programmes ont vu le jour comme celui des Nations-unies pour le
développement (PNUD) en 1965 ; un programme d’assistance technique qui fournissait déjà en 1980,
61 millions de dollars en aide aux projets de télécommunications nationaux exécutés par l’UIT et 17
millions pour des projets internationaux.
37
- Cf. CARREAU (D.) et al. Droit international économique, 3e éd. L.G.D.J, Paris, 1990, p. 215 et ss.
38
- En effet, à la signature de l’accord final de l’Uruguay Round à Marrakech en Avril 1994, plusieurs
Etats Africains (comme le Kenya, le Nigeria, le Sénégal) avaient soumis des listes d’engagements de
libéralisation de certains services. Lors de la conclusion des négociations en Février 1997, l’Afrique
du sud, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Maroc, la Tunisie et le Sénégal ont fait partie des 68
gouvernements ayant soumis des listes d’engagements. Voir, l’article IV sous le titre « Participation
croissante des pays en développement », de l’annexe 1B portant accord général sur le commerce et des

28
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Dans le cadre de l’AGCS, des organisations internationales telles que


l’UNESCO se sont aussi inquiétées des possibles conséquences néfastes de
négociations de l’AGCS sur le système d’éducation, en particulier dans les pays en
développement. De même, l’AGCS est parfois accusé de mettre en cause le modèle
social de certains pays. De manière plus globale, de nombreuses craintes existent
concernant le manque de transparence des négociations sur le commerce des
services et leurs effets sur les populations concernées, sur la part prépondérante
laissée aux intérêts des entreprises transnationales qui tirent profit "du bradage des
services publics"39 et sur le manque de considération accordé aux intérêts et
contraintes des pays en développement.

L’OMC a tenté de répondre à ces critiques, en faisant un effort particulier de


communication concernant la portée et les enjeux de l’AGCS et des négociations
en cours, ainsi qu’en publiant une brochure d’explication destinée à faire la part
entre les faits et la fiction concernant l’AGCS40.

services, op.cit. Sur la question du droit au développement dans le domaine des télécommunications,
voir, KOUNDOUL (I.), Les télécommunications en Afrique :…, op.cit, p. 35 et ss.
39
- Cf. SANOUSSI (B.), « Etats et enjeux des négociations à l’OMC sur le commerce des services :
priorités des pays en développement francophones », communication au colloque de l’agence
intergouvernementale de la francophonie sur Les enjeux de la conférence ministérielle de Cancún pour
les pays francophones, Paris, 25 et 26 Juin 2003, www.ecdpm.org/web-ecdpm/web/content/download
40
- Rejetant l’accusation d’une libéralisation des services qui entraînerait une déréglementation forcée
des services, l’OMC a rappelé à de nombreuses reprises que les négociations résultent d’un processus
volontaire des Etats membres, reposant sur un processus démocratique, que les services publics ne font
pas partie des négociations sur les services, que la libéralisation n’entraîne pas la privatisation, que le
droit de réglementer est explicitement reconnu par l’AGCS et que les négociations sont menées de
manière transparente, les communications des Etats membres étant disponibles sur le site de l’OMC.
www.wto.org.

29
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Sous-section 2. Quelques expériences de régulation des télécommunications

La déréglementation généralisée, imposée par l’internationalisation croissante


des activités économiques, a eu pour effet soit l’abrogation pure et simple de règles
impératives restreignant ou conditionnant les activités économiques, soit
l’aménagement réglementaire de dérogations conventionnelles à des règles
jusqu’alors d’ordre public. Corrélativement à une plus grande liberté des acteurs du
secteur, cette moindre influence des règles impératives due au désengagement de
l’Etat, a rendu plus complexe l’organisation juridique des activités économiques.
L’exemple américain (A), de par le temps qu’il a pris, s’opposera à l’exemple
britannique (B) ou même à l’expérience de l’Union Européenne (C), bien que tous
historiques, ils sont riches d’enseignements.

A- L’expérience de régulation américaine


L’expérience américaine en matière de dérèglementation est la plus ancienne.
Ce pays a forgé ses outils de régulation depuis plus d’un siècle. Les Etats-Unis ont
développé leur dispositif à partir d’une double racine : la première, la plus connue,
est à rechercher dans la lutte contre les pratiques anti-concurrentielles, avec les lois
Scherman de 1890 et Clayton de 1914 qui ont pour but de combattre les ententes et
de prévenir les concentrations excessives. L’autre, moins connue, résulte de la
volonté de garantir l’exercice des missions d’intérêt général, sur la base de l’idée
que lorsqu’un intérêt public est en jeu, il doit y avoir intervention publique.
L’exemple cité en ce sens est l’arrêt bien connu des spécialistes, « Munn contre
l’Etat d’Illinois » de 187741. L’arrêt établit que le propriétaire d’un bien ou le
prestataire d’un service d’intérêt général doit se soumettre au contrôle public dans
le but commun.

41
- L’arrêt Munn concernait le stockage de Grains, mais il traite clairement de « Public Utilities »,
terme communément utilisé en anglais pour désigner les services comportant des missions d’intérêt
général. La cour suprême avait indiquée que l’Etat d’Illinois avait le droit de fixer les prix dans une
entreprise puisque celle-ci était revêtue de l’intérêt public. Voir, WOOD (M.), « Régulations
nationales : Royaume-Uni », in VANDAMME (D.) et VAN DER MENSBRUGGHE (F.) (s/dir.), La
régulation des services publics en Europe, éd. ASPE Europe, Paris, 1998, p. 107-159.

30
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

C’est sur cette base que se sont constituées les autorités de régulation
américaines sous la forme de commissions indépendantes (Indepedant regulatory
commissions ou IRC), crées par le Congrès. Dans ce sens, l’exploitation des
télécommunications a toujours été confiée à des monopoles privés sous le contrôle
d’agences chargées de la régulation du marché42. Depuis 1934, le secteur est sous
contrôle de la Federal Communication Commission (FCC) en remplacement du
post master general43. La loi Anti trust du Scherman act interdisait le monopole des
télécommunications et, c’est ainsi que la situation exceptionnelle d’AT&T qui
dominait le secteur par une intégration verticale autour du "bell system" sauta après
les deux guerres.
L’introduction de la concurrence dans les années 60, en commençant par le
segment des liaisons longue distance et des réseaux de données, finira par le
démantèlement définitif d’AT&T en 1982. La promulgation en février 1996 du
Telecom Act marqua la libéralisation totale du secteur américain des
télécommunications. Cette loi autorisera le décloisonnement entre les trois
principaux marchés de la communication : téléphonie, vidéocommunication et les
services de télécommunications longue distance44.
B –La dérèglementation britannique
Comme de nombreuses autres régions d’Europe, le Royaume-Uni a assisté,
pendant la période de l’après-guerre, à la nationalisation d’un nombre important de
services publics passant sous la propriété et le contrôle de l’Etat. Mais malgré
l’obtention de quelques succès notoires dans la fourniture des services publics,

42
- BROUSSEAU (E.), PETIT (P.) et PHAN (D.), Mutations des télécommunications : des industries
et des réseaux, éd. Economica, Paris, 1996, p.36.
43
- La Federal Communication Commission (FCC), agence administrative indépendante, est chargée
d'assurer la régulation tant de l'audiovisuel que des télécommunications. Suite à l'ouverture de ce
secteur, dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix : le monopole public éclate inévitablement ; le
service public doit être défini et trouver sa place, l'Etat, abandonnant sa fonction d'exploitant, doit
préciser son rôle de régulateur, Voir, MAISL (H.), « La régulation des télécommunications,
changements et perspectives », RFDA 1995 p. 449 ; voir également sur ce sujet, ZOLLER (E.), « Les
agences fédérales américaines, la régulation et la démocratie », RFDA, n° 4, Juillet-Aout 2004, p.757.,
CONAC (P.-H.), « Un exemple étranger : la SEC aux Etats-Unis », in le contrôle démocratique des
autorités administratives indépendantes à caractère économique, Economica, Paris, 2002, pp. 34-42.
44
- Voir, KOUNDOUL (I), Les télécommunications africaines…op.cit, p. 42

31
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

comme dans l’industrie du gaz, la désillusion prit la forme d’une critique croissante
de la production étatique à fin des années 1960 et au cours des années 197045.
Le changement incrémentiel avait été la philosophie et la pratique, à la fois,
des gouvernements travaillistes et conservateurs dans le cadre d’un Etat et d’une
économie corporatiste, mais le corporatisme en tant que philosophie et idéologie fut
abandonnée en 197946.
L’élection du gouvernement Thatcher vit naître un changement fondamental et
profond dans la manière dont les services publics étaient fournis. De ce fait, il y eut
l’instauration de formes radicalement nouvelles de régulation et de contrôle, qui
allaient refléter la nouvelle structure industrielle, l’orthodoxie économique et
politique de l’époque, l’influence grandissante de la concurrence globalisée et
l’influence croissante de l’Europe.
Ce nouveau gouvernement avait pris la décision de privatiser presque toute la
fourniture des services publics britanniques. Dans ce cadre, la libéralisation des
télécommunications britanniques commença en 1981 par le British
Telecommunications act qui procéda à la séparation entre British Telecom et le Post
office en même temps que le premier perdit l’exclusivité de la fourniture des
terminaux. Il posa également le principe de la concurrence entre opérateurs qui
débutera avec l’entrée sur le marché de Mercury. L’opérateur naturel ne sera
privatisé qu’en 1984 après la vente de 50,2% de son capital. L’acte de 1984 mettra
en place un organisme public indépendant : office of telecommunications (OFTEL)
et ouvrira la téléphonie cellulaire à la concurrence47.

45
- V. BELL (J.), « Le service public : l'expérience britannique », AJDA, 1997 p. 130
46
- WOOD (M.), « Régulations nationales : Royaume-Uni », op.cit. 110 et ss.
47
- Le modèle Britannique de régulation est le plus récent mais, de ce fait peut être, d’intérêt plus
immédiat et pratique. Cette expérience est connue sous le nom des organismes mis en place par le
Gouvernement pour réguler divers marchés : les QUANGOS (Quasi autonomous non governemantal
organisations), qui disposent d’un personnel et d’un budget propre, et qui ont proliféré au Royaume-
Uni après la seconde guerre mondiale. Chaque industrie a un office indépendant de régulation (Une
douzaine seulement au début du siècle dernier, elles étaient une centaine en 1959 et entre 489 et 2000
selon un recensement opéré en 1980), voir, Conseil d’Etat Français, Rapport public sur les Autorité
Administratives indépendantes, études & documents n° 52, 2001, p. 283.

32
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

C – Régulation dans le cadre de l’Union européenne : l’exemple français

C’est à l’initiative de la Commission des communautés européennes48, et dans


un contexte international particulièrement favorable, notamment marqué par
l’abandon des théories économiques traditionnelles du monopole naturel, que les
activités de télécommunications ont été progressivement ouvertes à la concurrence.
En effet, la première directive relative à la concurrence dans le marché des
terminaux de télécommunications date du 16 mai 198849.
L’objectif de la commission et du Conseil européen est l’ouverture à la
concurrence et l’harmonisation. Les objectifs des instances communautaires ont été
dessinés lors de la mise en place notamment d’une régulation sectorielle sur le
marché des télécommunications50. A partir de 1996, le mouvement s’accélère avec
l’adoption de la directive 96/19/CE51 qui étend le domaine de la libéralisation aux
services et infrastructures nécessaires, avec le règlement du 18 décembre 2000
relatif au dégroupage de la boucle locale52 et avec la vaste réforme encadrée dans
une série de directives prises en 2002 formant ce qui a été nommé le « paquet
télécom »53.

48
- Les réformes en Europe ont commencé avec le livre Vert des télécommunications de la
commission en 1987.
49
- Directive 88-301 de la commission européenne, 16 mai 1988, JOCE, n° L.131, du 27 mai 1988,
p.73.
50
- Directive 90-388/ CEE de la commission européenne, du 28 juin 1990, relative à la concurrence
dans les marchés de services de télécommunications, JOCE, n° L.192, du 24 juillet 1990, p. 10. Les
dispositions importantes de cette directive ont été modifiées et regroupées avec six directives
différentes dans la directive 2002-77/CE de la commission européenne, du 26 septembre 2002, relative
à la concurrence dans les marchés des réseaux et des services de communications électroniques,
JOCE, n° L.249/21 du 17 septembre 2002.
51
- Directive 96-19/CE de la commission européenne, du 13 mars 1996 relative à la réalisation de la
pleine concurrence sur le marché des télécommunications, JOCE, n° L.74, du 22 mars 1996.
52
- Règlement CE n° 288-2000 du Parlement européen et du Conseil du 18 décembre 2000, relatif au
dégroupage de la boucle locale, JOCE, n° L.336 du 30 décembre 2000.
53
- L’expression « paquet télécom » désigne un ensemble de sept textes européens destinés à poser des
règles communes pour la réglementation et la régulation des réseaux dits de « communications
électroniques », à savoir les réseaux des télécommunications et les réseaux audiovisuels. Pour les
télécommunications plus précisément, cinq directives ont été adoptées : une directive cadre (2002-
21/CE) et quatre directives spécifiques : « autorisation » (2002-20/CE), « accès » (2002-19/CE),
« service universel » (2002-21/CE) et « concurrence » (2002-77/CE), JOCE, n° L.108, 24 avril 2002,
p.37. Voir le commentaire de, KOUNDOUL (I), Les télécommunications en afrique…, op.cit, p. 45et s.

33
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

En même temps que les organes communautaires cherchaient à créer les


conditions du marché, en faisant reculer les prérogatives du monopole, ils
récupéraient de l’influence sur le secteur, en obligeant les politiques nationales à
passer par le moule de normes ou de principes communs et uniformes. La
maturation du marché est venue en conséquence de l’important effort réglementaire
que la Commission, le Parlement et le Conseil, séparément ou ensemble, ont
déployé au cours de la première période, pour substituer une situation de
concurrence au régime du monopole54.
Dans cette perspective, le législateur français a opéré un spectaculaire
bouleversement dans le système des télécommunications, d’une part en ouvrant à
la concurrence l’ensemble des activités du secteur, téléphonie vocale comprise,
d’autre part en transformant France Télécom (opérateur historique) en société de
droit privé dont le capital doit cependant être détenu en majorité par l’Etat55, le tout
sous le contrôle d’une autorité administrative indépendante : l’autorité de
régulation des communications électronique et des postes (ARCEP), qui remplace
l’autorité de régulation des télécommunications (ART)56. Le processus de
dérèglementation est initié par l’édiction de la loi du 26 juillet 1996 ouvrant le
secteur des télécommunications à une concurrence totale programmée le 1er janvier
1998 et créant l’ART, mise en place le 5 janvier 1997. Le processus législatif de
transposition des directives Européennes de 2002 s’est achevé en France en 2004
54
- Il s’est agi rien moins que de contraindre les Etats à l’abandon de leurs souverainetés et de
privilèges d’exclusivité qui les fondaient, de les aider a distinguer les niveaux de réglementation et
d’exploitation, de forcer les opérateurs historiques au respect de leurs concurrents, d’organiser les
conditions d’une régulation satisfaisante du marché naissant, de traquer les situations d’asymétrie de
marché, par des mécanismes correcteurs ex ante. V. BRIAND-MELEDO (D.), « Autorités sectorielles
et autorités de concurrence : acteurs de la régulation », Revue Internationale de droit économique, n°
3, 2007, pp.345-371 ; voir également, SREENBERGEN (J.), « Vers une régulation européenne ?
Libéralisation et re-régulation des services universels : les télécommunications comme test de
l’approche européenne des services publics », in VANDAMME (D.) & VAN DER MENSBRUGGHE
(F.) (s/dir.), La régulation des services publics en Europe, op.cit, p.441.
55
- RAPP (L.), « France Télécom entre service public et secteur privé ou la tentation de Madrid »,
AJDA, 2004, p. 579 ; CHEVALLIER (J.), « La nouvelle réforme des télécommunications : ruptures et
continuités », RFDA, n° 5, 1996, p. 909 et s ; MAISL (H.), « La nouvelle réglementation des
télécommunications », AJDA, n° 10, 1996, p. 762 et s
56
- L’Autorité de Régulation des Télécommunications (ART) avait été créée par la loi de 1996 pour
réguler le secteur des télécommunications. En 2005, le législateur a souhaité lui confier également la
régulation des activités postales. C’est ainsi que l’ART est devenue l’ARCEP : l’Autorité de
Régulation des Communications Electroniques et des Postes. www.arcep.fr/

34
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

avec le vote de la loi relative aux communications électroniques et aux services de


communications audiovisuelle (loi dite de transposition du « paquet Télécom »
adopté le 3 juin 2004). Puis, intervient l’adoption de la loi sur la confiance dans
l’économie numérique adoptée le 22 juin 2004 ; la loi relative aux obligations de
service public des télécommunications et à France télécom adoptée le 31 décembre
2003 et enfin, la loi du 20 mai 2005 relative à la régulation des activités postales57.
L’expérience de la France en matière de télécommunications est riche
d’enseignements dans la mesure où elle constitue, comme le relève un auteur, "un
laboratoire d’expérimentation pour la création des autorités de régulation
spécifiques"58.
Tous les pays industrialisés connurent une semblable déréglementation des
activités de télécommunications qui constituent désormais un grand marché global,
certes de libre concurrence, mais plus complexe à réguler.

57
- L’ensemble des textes cités sont publiés sur le site Internet de l’ARCEP, www.arcep.fr/
58
- LAGET-ANNAMAYER (A.), La régulation des services publics en réseaux…, op.cit, p.302

35
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

36
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

SECTION II

NOTION DE RÉGULATION ÉCONOMIQUE ET SON


ÉMERGENCE EN DROIT ALGÉRIEN

La déréglementation apparaît comme un moyen privilégié de réforme en


permettant de restaurer l’esprit d’entreprise et de stimuler l’activité économique.
Pour ce faire, toutes les politiques de déréglementation affirment la suprématie de
la régulation du marché. Cette dernière rapproche l’économie du droit. L’analyse
économique du droit s’est peu à peu imposée pour mieux comprendre l’évolution
des sciences juridiques et en particulier celle de la régulation économique (Sous-
section 1). Née et développée dans les pays anglo-saxons, la notion de régulation a
émergé en droit algérien (Sous-section 2) suite au mouvement de libéralisation des
activités économiques et à l’apparition des autorités de régulation.
Sous-section 1. Notion de régulation
Dans son acception micro-économique développée dans les pays anglo-
saxons, la régulation est un concept qui est intrinsèquement lié à la notion de
concurrence. Elle est aujourd’hui érigée en réalité incontournable du débat
politique, en concept phare de l’économie publique et en attribut indispensable de
toute science administrative un peu moderne59.
Paradigme majeur des sciences sociales60, la notion de régulation ne se laisse
pas facilement embrasser dans une définition unique et univoque. Comme l’a écrit
le Professeur Antoine JEAMMAUD, "Le terme « régulation » connaît, dans le
langage des sciences sociales comme dans celui des juristes, divers usages

59
- V. DU MARAIS (B.), Droit public de la régulation économique, éd. Dalloz et PNESP, Paris,
2004, p.481
60
- Voir, CHEVALLIER (J.), « De quelques usages du concept de régulation », in MIAILLE (M.)
(s/dir.), La régulation entre droit et politique, éd. L’Harmattan, Paris, 1995, pp.71-93, voir également,
MUSSO (P.), La fonction symbolique des télécommunications…, op.cit, p.743.

37
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

également pertinents. Ils correspondent à autant d’espèces d’un concept générique,


qu’il importe d’élaborer en se souvenant que le terme est emprunté à la langue des
sciences physique et biologiques"61. Dans le même sens, il a été observé que "La
notion, pourtant très employée, ne semble pas avoir de définition, pas de contenu
réel. Chacun prêchant pour sa propre chapelle voit dans la régulation la
confirmation de ses propres thèses"62.
A-Evolution du concept de régulation

La notion de régulation a traversé plusieurs disciplines. Elle est apparue en


sciences techniques, puis en biologie, sociologie, sciences politiques…son
apparition en sciences juridiques est justifiée tant il est difficile d’exprimer les
mutations économiques par d’autres concepts.

Le thème de régulation est désormais indissociable de la perspective


néolibérale. L’Etat se charge d’assurer le maintien des grands équilibres
économiques, en intégrant des contraintes de nature diverse63. L’évolution de
l’économie de marché rendrait cette intervention indispensable : la mondialisation
des échanges économiques, les mutations technologiques, la sophistication des
produits financiers…, imposent la mise en place d’instances capables de fixer
certaines règles du jeu et de protéger certains intérêts.

On passe en effet des mécanismes de contrôle social à de nouvelles formes


d'intervention que l'on résume sous le vocable de régulation.

Le concept de régulation ne se laisse pas aisément définir. Le mot est apparu en


français dès 1460 ; il a depuis la fin du 19e siècle, un sens assez proche de celui
sous-entendu lorsqu’il est question d’autorités de régulation. Le terme régulation se
61
- JEAMMAUD (A.), « Introduction à la sémantique de la régulation juridique : des concepts en
jeu », in Les transformations de la régulation juridique, (s/dir de) CLAM (G.) & MARTIN (G.),
L.G.D.J, Paris, 1998, p.53
62
- JOBART (M.-C.), « Essai de définition du concept de régulation : de l’histoire des sciences aux
usages du droit », RRJ, n° 1, 2001, p. 33 et ss.
63
- GROZIER (M.), « Le problème de la régulation dans les sociétés complexes modernes », in
Normes juridiques et régulation sociale, s/dir. De F. Chazel & J. Commaille, L.G.D.J, Paris, 1991,
p. 131.

38
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

trouve obscurci par la référence au même mot anglais dont la traduction exacte est
« réglementation ». La réglementation peut même être regardée comme une des
formes de la régulation, « celle qui consiste à produire des normes destinées à
discipliner un secteur déterminé » .

Au sens fonctionnel, la régulation est d’origine économique et s’est développée


dans les pays anglo-saxons. L’usage Américain a voulu que le terme soit employé
pour désigner l’intervention des autorités publiques, notamment fédérales, dans le
contrôle de certaines activités économiques. Cette fonction économique tente de
corriger diverses formes de déficiences du marché, telles que le pouvoir des
monopoles, le déficit d’information ou une fourniture insuffisante des biens
collectifs65. Cette utilisation économique du terme régulation a été reprise dans la
littérature anglo-saxonne contemporaine au moment de la mise en œuvre du
programme de privatisation du Gouvernement Thatcher et de l’ouverture à la
concurrence des grands services publics au Royaume-Uni66.

Dans sa définition la plus générale, celle liée au modèle dit de l’Etat régulateur,
déchargé des taches d’opérateur, la régulation désigne en fait, les formes diverses
d’intervention par lesquelles l’Etat « garantit pour le présent et pour l’avenir, le
projet social, économique et culturel dont une communauté humaine est dotée »67,
tout en déléguant au maximum les taches opérationnelles à d’autres acteurs.

64
-La régulation est considérée par Yves Gaudemet comme, « un nouveau pavillon de normativité » Y.
Gaudemet, « La concurrence des modes et des niveaux de régulation », RFAP, n°109- 1, 2004, p.
13-16
65
- MAJONE (G.), La communauté européenne: un Etat régulateur, Montchrestien, Paris, 1997, p.
13 à 22
66
-LAGET-ANNAMAYER (A.), La régulation des services publics en réseaux ,op.cit, p. 3 et s.
67
-SILICANI (J-J), « Demain : l’Etat régulateur », Les échos, 16.02.2000, cité dans le rapport public
du Conseil d’Etat Français sur les Autorité Administratives indépendantes, études & documents n°
52, 2001, p. 280 et s.

39
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Le concept de régulation est considéré par certains auteurs, comme « une


alternative à l'intervention directe d'un Etat entrepreneur ; elle vise la correction des
déficiences du marché par l'édiction de règles ou par l'institution d'autorités de
supervision»68.

Pour d’autres, la régulation signifie que l'intervention de l'Etat est nécessaire dans
la sphère économique, il reste toutefois qu'une telle intervention change de nature :
son rôle consiste à superviser le jeu économique, en établissant certaines règles,
assurer le maintien d’un équilibre d’ensemble, régler les conflits; par la régulation,
l’Etat se pose comme arbitre du jeu économique et non comme acteur ; tout en se
bornant à poser les règles aux opérateurs et en s’efforçant d’harmoniser leurs
actions69.

- La plupart des analystes lient la régulation à l’existence d’autorités de régulation.


Et effectivement, la régulation appelle des autorités nouvelles, c’est à partir de leur
existence que l’on s’est mis à parler de régulation70. En droit algérien, le législateur

68
-JOBART (J.C.), "Essai de définition du concept de régulation : de l'histoire des sciences aux usages
du droit", Droit Prospectif, n° 1, 2004, p. 54, cité par ZOUAIMIA (R.), « De l’Etat
interventionniste à l’Etat régulateur : note introductive », op.cit.
69
-CHEVALLIER (J.), « L’Etat régulateur », op.cit., d’autres encore définissent la régulation comme
étant « Une fonction de la puissance publique qui tend à établir un compromis entre des objectifs
et des valeurs économiques et non économiques, pouvant être antinomiques, dans le cadre d'un
marché concurrentiel. La régulation impose ce compromis aux opérateurs sur le marché par des
moyens juridiques. En d'autres termes, il s'agit de la fonction de la puissance publique visant à la
satisfaction de besoins collectifs par des activités de nature économique sous un régime
concurrentiel », MARCOU (G.), « La notion juridique de régulation », A.J.D.A, 2006, p.347
70
-FARJAT (G.), Pour un droit économique, Puf, Paris, 2004, p.115, Un auteur écrit à propos de la
création des autorités de régulation qu’ ‘‘ On voit naître des institutions dont la structure est un
défi aux conceptions juridiques contemporaines (...), Si elles durent, il faut bien que la doctrine
révise ses idées générales et intègre l'existence de ces monstres dans une nouvelle explication de
l'ordre social », CHENOT (B.), Organisation économique de l'Etat, Dalloz, 2e éd., 1965, p. 101.

40
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

adopte par mimétisme les mêmes structures administratives de régulation que celles
des pays occidentaux, tout en les vidant de toute leur substance originelle71.

B- La régulation au sens strict


Au sens strict, la régulation vise des secteurs économiques particuliers mais
dont le point commun est d’être des secteurs qui n’ont pas en l’état la capacité
intrinsèque de produire leur propre équilibre. A ce propos, un auteur écrit que "Le
secteur doit être régulé parce qu’il souffre de faiblesses requérant une tutelle des
marchés"72. L’auteur identifie trois causes différentes à cette faiblesse : d’une part,
elle peut n’être que provisoire en raison de l’ouverture d’un secteur à la
concurrence ; d’autre part, elle peut être "plus congénitale", lorsque la
configuration ou la structure du marché rend délicat l’exercice de la compétition,
notamment dans les industries de réseaux où le développement d’une compétition
suppose la mise à disposition d’infrastructures essentielles. Enfin, elle peut tenir à
la nécessité de prendre en compte des objectifs indifférents aux opérateurs, comme
par exemple le pluralisme d’opinion73.

Le professeur Claude Champaud relève que le thème de la régulation "n’a


d’intérêt au regard des sciences juridiques que si le système juridico-juridictionnel
qu’il inspire et les techniques qui en assurent le fonctionnement se distinguent de
l’interventionnisme étatique pur et simple d’une part, et du libéralisme pur et dur,
d’autre part, lequel ne connaît que la "self-regulation" provenant du "jeu naturel
du marché"74. Selon l’auteur, la régulation prend, d’une part appui sur le principe
de l’économie de marché ; d’autre part, l’économie de marché a intrinsèquement
besoin du droit pour exister. Dans le même sens, le Professeur Stéphane
Braconnier parle de "voie médiane entre l’interventionnisme forcené de l’Etat dans

71
- Voir, ZOUAIMIA (R.), Les autorités administratives indépendantes et la régulation…, op.cit, p.7.
72
- DESCOINGS (R.), « La nécessité d’une réflexion générale et croisée sur la régulation », in
Régulateurs et juges, LPA n°17 (Numéro spécial), Janvier 2003, p.6 et s
73
- GLAMOUR (G.), Intérêt général et concurrence : essai sur la pérennité du droit public en
économie de marché, Thèse de Doctorat en Droit, Université Montpellier I, 2004, p. 646.
74
- CHAMPAUD (C.), « Régulation et droit économique », op.cit, p. 29

41
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

l’économie et le libéralisme sauvage"75. Cette définition se rapproche de celle


retenue par l’étude de François Gazier et d’Yves Connac, selon laquelle la
régulation désigne "l’activité intermédiaire entre la définition de la politique, qui
revient au gouvernement et au parlement et, d’autre part, la gestion
entrepreneuriale qui relève des opérateurs économiques"76. Dans ce sens la
régulation semble s’être progressivement imposée en liaison avec la libéralisation
de l’activité économique. C’est la raison pour laquelle elle est entrée dans le débat à
propos de l’ouverture à la concurrence des services publics en réseaux. Dans cette
perspective, plusieurs définitions recevables77 peuvent être retenues et parmi
lesquelles on dénombre celles proposées par le professeur Marie-Anne Frison-
Roche. Dans une première explication du terme, la régulation signifierait "une
technique d’intervention de nature politique dans un secteur qui le requiert parce
que les intérêts de la nation sont en jeu"78. Dans une autre définition, la régulation
correspondrait au moyen dynamique de passage sectoriel d’un système
monopolistique à un système concurrentiel79. Enfin, la régulation est considérée
comme étant "un moyen dynamique de maintenir les grands équilibres" d’un
secteur80. L’auteur propose au total cinq définitions qui ne peuvent être écartées car
il est certain que l’action des pouvoirs publics sur l’économie, le passage à un état
concurrentiel comme le maintien des équilibres entre différents impératifs appellent
un nouveau système vu que "l’interventionnisme" classique apparaît mal adapté et
tant le jeu "naturel" du marché est clairement indésirable81.

75
- BRACONNIER (S.), « La régulation des services public », RFDA, 2001, p.45
76
- GAZIER (F.) & CONNAC (Y.), Etude sur les autorités administratives indépendantes, EDCE,
1983-1984, n° 35
77
- GLAMOUR (G.), Intérêt général et concurrence...op.cit, p. 646 et s. l’étude du Professeur
GLAMOUR est sans conteste la plus importante des études fournies au sujet de la régulation de ces
dix dernières années.
78
- FRISON-ROCHE (M.-A.), « Les différentes définitions du droit de la régulation », in Colloque
DGCCRF sur : La régulation : monisme ou pluralisme ?, LPA, n° 83, 1998, p.5
79
- Ibid.
80
- Ibid., p. 6
81
GLAMOUR (G.), Ibid., p. 647.

42
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Toutes ces définitions et fonctions caractérisent une « nouvelle branche du


droit », qui serait le droit de la régulation 82?
En Algérie, hormis la définition donnée par le législateur au concept de
régulation83, la doctrine aborde le sujet d’un point de vue institutionnel, sans se
livrer à une définition fonctionnelle et opérationnelle. En effet, les quelques
analystes ayant entrepris des recherches sur le thème, lient la régulation à
l’émergence d’institutions de régulation apparues à partir de 199084. L’intérêt de la
doctrine s’est porté tant sur les réformes économiques engagées par les pouvoirs
publics que par la curiosité de discerner l’arrivée d’une nouvelle catégorie juridique
dans le tissu administratif algérien (AAI).
Pour notre part, et compte tenu du caractère transitoire des règles du droit
sectoriel85- leur fonction principale étant d’accompagner l’ouverture des secteurs
jadis monopolisés par l’Etat à la concurrence-, nous suggérons l’expression de
"régulation transitoire", c’est-à-dire une régulation de transition et une transition
dans le mode de régulation. Employer l’expression de " régulation transitoire" pour
analyser, de façon opérationnelle, le processus de réorganisation du secteur des
télécommunications offre l’intérêt d’appréhender l’ensemble du processus de
déconstruction-reconstruction d’un mode de régulation économico-politique.
Enfin, de ces différentes présentations, il faut retenir que l’idée de régulation
doit maintenir en équilibre constant les préoccupations concurrentielles et les
exigences traditionnellement qualifiées d’intérêt général. Cette idée d’équilibre
82
- Cf. FRISON-ROCHE (M.-A.), « Définition du droit de la régulation économique », op.cit ;
s’opposant à une telle supposition, Cf. BOY (L.), « Réflexion sur le droit de la régulation. (A propos
du texte de M.-A. Frison-Roche)», D, 2001, 3031.
83
- Art. 3 de l’ordonnance n°03-03 du 19 juillet 2003 relative à la concurrence, modifiée et complétée,
op.cit.
84
- Voir par exemple, ZOUAÏMIA (R.), « Le droit économique dans la régulation en Algérie »,
RASJEP n° 1, mars 1990, pp. 99-112, du même auteur, entre autre, Les autorités administratives
indépendante et la régulation économique en Algérie, éd. Houma, Alger, 2005, Les AAI dans le
secteur financier en Algérie, éd. Houma, Alger, 2005 ; BELMIHOUB (M.-C.), « Dérèglementation
dans les activités de réseaux : l’apport des nouvelles régulations économiques », op.cit, KHELLOUFI
(R.), « Problématique de la déréglementation des services publics : approches juridique », Les cahiers
du CREAD, n° 64, 2003, p.27, BENLATRACHE (M.), « Les autorités administratives autonomes dans
le système bancaire : nouvelle approche du rôle de l’Etat », Revue . Idara, n°2, 2002, p.57 (en arabe),
LEBAD (N.), « Les autorités administratives indépendantes », Revue. Idara, n°1, 2001, p. 7 (en
arabe).
85
- Sur la question, V. infra., p.103.

43
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

apparaît comme le trait saillant de la régulation, comme l’a révélé d’ailleurs la


définition sectorielle de la régulation à laquelle la doctrine semble aujourd’hui se
ranger86.
L’idée de régulation ainsi clarifiée, il reste à savoir comment le législateur
algérien s’est saisi de la notion, ou plutôt comment cette notion a fait son
apparition en droit algérien.

86
- Au terme d’une recherche sur la définition du droit de la régulation, le professeur Marie-Anne
Frison-Roche a pu établir que le droit de la régulation correspond à "la construction de secteurs dans
lesquels la concurrence pénètre et qu’elle ne gouverne pas seule", in, « Définition du droit de la
régulation économique », op.cit, p.9 ; Le sujet de cette démarche juridique est ainsi « le secteur
régulé » et son objet, la construction et le maintien des équilibres entre des exigences plurielles.

44
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Sous-section 2 : L’émergence de la notion de régulation en droit


algérien

La notion de régulation est très récente en droit algérien. Elle se présente


comme le résultat des réformes engagées par les pouvoirs publics, depuis la fin des
années 1980, qui ont marqué le désengagement de l’Etat de pans entiers de
l’économie (A). Cependant, la notion est née suite à la création d’institutions de
régulation que le législateur puise essentiellement dans le droit Français (B) qui
s’est lui-même inspiré des expériences américaine et anglaise.
A- Le désengagement de l’Etat de la sphère économique
A la fin des années 1980, l’économie algérienne a connu des difficultés
importantes et le choc pétrolier de 1986 a porté un coup dur à une économie
quasiment rentière87. Devant une crise plurielle, notre pays s’est trouvé forcé
d’engager des réformes structurelles concrétisant ainsi le passage à l'économie de
marché dont les résultats dépendent en grande partie de l'économie mondiale dans
le contexte du libre échange et de la mondialisation88. Cette crise a eu donc le
mérite de mettre en évidence, de façon définitive, le dysfonctionnement de
l'économie planifiée telle qu'elle était conçue et de s'orienter vers les réformes
structurelles de façon décisive : le passage de l’Etat-providence à l’Etat régulateur à
travers un processus de déréglementation où l’Etat n’intervient plus pour diriger
l’activité économique, l’orienter, la contrôler au moyen de réglementations
détaillées, mais juste pour édicter des normes minimales89.

87
- En effet, la rente pétrolière couvrait toutes les impérities dans la gestion de l’économie et renvoyait
à plus tard la question d’une véritable économie de production. Cette crise est donc ancienne, elle est
seulement restée latente tant que la rente pétrolière a permis à l’Etat de s’assurer une certaine
autonomie en égard aux critères de la rentabilité économique. Voir, ZOUAÎMIA (R.), « Le droit
économique dans la régulation en Algérie », op.cit ; du même auteur, « L’ambivalence de l’entreprise
publique en Algérie », RASJEP n° 1, 1989, pp. 145- 157.
88
- A partir 1995, l’Algérie a mis en œuvre le programme d’ajustement structurel (P.A.S.) avec le
soutien et les conditionnalités des institutions internationales (F.M.I. et B.M). Voir, BELMIHOUB
(M.-C.), « Gouvernance et rôle économique et social de l’Etat : entre exigences et résistances », Revue
Idara, n° 21, 2001, pp. 7-36.
89
- Sur le processus de déréglementation voir, ZOUAÏMIA (R.), « Déréglementation et ineffectivité
des normes en droit économique algérien », op.cit ; du même auteur, « De l’Etat interventionniste à
l’Etat régulateur : l’exemple algérien », Revue critique de droit et sciences politiques (Université de
Tizi-ouzou), n°1, 2008, pp.7-41.

45
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

1. La réception de l’ordre libéral


La libéralisation de l’activité économique engagée par les pouvoirs publics
depuis la fin des années 1980, a pris une nouvelle forme avec la démonopolisation
de secteurs considérés jusque-là comme le siège d’activités de service public.
Malgré les incertitudes et limites juridiques des réformes engagées90, on
assiste tout de même à la réception d’un corpus de règles d’essence libérale parmi
lesquelles on recense la loi 89-12 relative aux prix91 qui consacre –timidement-
pour la première fois, le principe cardinal de l’économie libérale : celui de la libre
concurrence.
En outre, l’entrée en vigueur de la constitution de 1989 va permettre au
législateur de mettre en œuvre les réformes libérales en gestation à l’époque. Dans
la mesure où celle-ci est vidée de l’idéologie socialiste, le législateur procède à
l’édiction de textes fondateurs des réformes libérales92 : il s’agit de la loi relative à
la monnaie et au crédit de 1990 en vertu de laquelle le secteur des banques et
établissements financiers échappent désormais au monopole de l’Etat93. Le second
secteur visé par les réformes est celui de l’information et de l’audiovisuel dont

90
- L’initiative d’abrogation, par un décret, des textes juridiques instituant un monopole au profit
d’une entité publique, en est la première incertitude. En effet, le décret n°88-201 du 18-10-1988
portant abrogation de toutes dispositions réglementaires conférant aux entreprises socialistes, à
caractère économique, l’exclusivité d’une activité ou le monopole de la commercialisation, JORA, 42
du 19-10-1988, ne peut abroger que des dispositions réglementaires et par conséquent, diverses
activités monopolistiques sont soustraites au champ de son application en ce qu’elles ont été érigées en
monopoles par voie législative. A titre d’exemple, on peut citer l’ordonnance 75-89 du 30 décembre
1975 portant code des postes et des télécommunications, op.cit ; la loi n° 85-07 du 6 Août 1985
relative à la production, au transport, à la distribution d’énergie électrique et à la distribution publique
de gaz, JORA n° 33 du 07-08-1985. Une autre limite est posée par la constitution de 1976 dont les
dispositions ne peuvent s’accommoder d’une véritable libéralisation en ce qu’elle s’articule sur la
propriété publique des moyens de production et le rôle moteur de l’Etat dans l’édification d’une
économie socialiste.
91
- Loi n° 89-12 du 5 juillet 1989 relative aux prix, JORA n°29 du 19-07-1989 (abrogée).
92
- Cf. ZOUAÏMIA (R.), Droit de la régulation économique, éd. Berti, Alger, 2006, p.8
93
- Loi n° 90-10 du 14 Avril 1990 relative à la monnaie et au crédit, JORA n° 16 du 18-04-1990.
Après trois modifications (1993, 1996, 2001), elle a été abrogée et remplacée par l’ordonnance n° 03-
11 du 26 août 2003 relative à la monnaie et au crédit, JORA n° 52 du 27-08-2003, modifiée et
complétée par ordonnance n° 09-01 du 22 juillet 2009 portant loi de finances complémentaire pour
2010, JORA n° 44 du 26-07-2009, modifiée et complétée par ordonnance n° 10-04 du 26 août 2010,
JORA n°50 du 1er septembre 2010.

46
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

l’ouverture à l’investissement privé est consacré par un texte de loi94. Dans le


même esprit, le législateur a, en 1993, abrogé la loi de 1988 relative à
l’investissement privé national par un décret législatif qui soumet les
investissements privés nationaux et étrangers au même régime juridique95.
Le législateur a ensuite mis en place les premières bases juridiques de
l’économie de marché que sont la Bourse des valeurs mobilières96 et le régime de la
libre concurrence97. Cependant, il a fallu attendre la révision constitutionnelle de
1996 pour que le principe cardinal de l’économie de marché, celui de la liberté du
commerce et de l’industrie, soit solennellement consacré. L’article 37 de la
constitution de 1996 dispose en effet que " La liberté du commerce et d’industrie
est garantie. Elle s’exerce dans le cadre de la loi"98.
En application de la nouvelle orientation économique, le législateur procède à
la refonte d'un ensemble de textes juridiques destinés à assurer la démonopolisation
et l'ouverture à la concurrence de multiples activités économiques dont certaines

94
- Loi n° 90-07 du 3 Avril 1990 relative à l’information, JORA n° 14 du 04-04-1990, modifiée et
complétée par décret législatif n° 93-13 du 26 octobre 1993 se rapportant à certaines dispositions de la
loi n° 90-07 relative à l’information, JORA n° 69 du 27-10-1993, remplacée par la loi organique n° 12-
05 du 12 janvier 2012 relative à l’information, JORA n° 02 du 15-01-2012
95
- Décret législatif n° 93-12 du 5 octobre 1993 relatif à la promotion de l’investissement, JORA n° 64
du 10-10-1993, modifié et complété par la loi n° 98-12 du 31 décembre 1998 portant loi de finances
pour 1999, JORA n° 98 du 31-12-1998. Remplacé par ordonnance n° 2001-03 du 20 août 2001 relative
au développement de l'investissement, JORA n° 47 du 22-08-2001, modifiée et complétée par
ordonnance n° 06-08 du 15 juillet 2006, JORA n° 47 du 19 juillet 2006 ; modifiée et complétée par
ordonnance n° 09-01 du 22 juillet 2009 portant loi de finances complémentaire pour 2009, JORA n° 44
du 26 juillet 2009 ; modifiée et complétée par ordonnance n° 10-01 du 26 août 2010 portant loi de
finances complémentaire pour 2010, JORA n° 49 du 29 août 2010, modifiée et complétée par loi n°
11-16 du 28 décembre 2011 portant loi de finances pour 2012, JORA n° 72 du 29 décembre 2011,
modifiée et complétée par loi n° 12-12 du 26 décembre 2012 portant loi de finances pour 2013, JORA
n° 72 du 30 décembre 2012.
96
- Décret législatif n° 93-10 du 23 mai 1990 relatif à la bourse des valeurs mobilières, JORA n° 34 du
23-05-1993, modifié et complété par ordonnance n° 96-10 du 10 janvier 1996, JORA n° 03 du 14-01-
1996 et loi n° 03-04 du 13 février 2003, JORA n° 11 du 19-02-2003 (rectificatif in JORA n° 32 du 7-
05-2003).
97
- Ordonnance n° 95-06 du 25 janvier 1995 relative à la concurrence, JORA n° 09 du 22-02-1995,
abrogée et remplacée par ordonnance n° 03-03 du 19 juillet 2003 relative à la concurrence, modifiée et
complétée, op.cit
98
- Décret présidentiel n° 96-438 du 7 décembre 1996 relatif à la promulgation au journal officiel de la
République algérienne démocratique et populaire de la révision constitutionnelle adoptée par
référendum du 28 novembre 1996, JORA n° 76 du 08-12-1996 ; Loi n° 2002-03 du 10 avril 2002
portant révision constitutionnelle, JORA n° 25 du 14 avril 2002 ; Loi n° 08-19 du 15 novembre 2008
portant révision constitutionnelle, JORA n° 63 du 16 novembre 2008.

47
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

sont considérées traditionnellement comme étant le siège de services publics99. Ces


secteurs dont la régulation relève désormais d’une autorité de régulation sont, entre-
autres : la poste et les télécommunications100, les tabacs101, les mines102, l'électricité
et le gaz103, les hydrocarbures104, les ressources hydrauliques105, les assurances106,
la bourse des valeurs mobilières107, le secteur bancaire108...
2- Le processus de déréglementation
Les réformes engagées par les pouvoirs publics ont engendré une nouvelle
forme d’intervention de l’Etat dans l’économie.
L’Etat, jusque-là régulateur des activités économiques, prescripteur des
services publics, responsable des stratégies nationales, régulateur des prix,
contrôleur de la gestion des opérateurs historiques et maître de leur politique
d’investissement, a du organiser lui-même son retrait au profit du marché109.

99
- ZOUAÏMIA (R.), Droit de la régulation économique, op.cit, p. 10
100
- Loi n° 2000-03 du 5 août 2000 fixant les règles générales relatives à la poste et aux
télécommunications, op.cit
101
Loi n° 2000-06 du 23 décembre 2000 portant loi de finances pour 2001, JORA n° 80 du 24-12-2000
(Art. 33), décret exécutif n° 04-331 du 18 octobre 2004 portant réglementation des activités de
fabrication, d’importation et de distribution de produits tabagiques, JORA n° 66 du 20 octobre 2004.
102
- Loi n° 2001-10 du 3 juillet 2001 portant loi minière, JORA n° 35 du 04-07-2001, modifiée et
complétée par ordonnance n° 07-02 du 1er mars 2007, JORA n° 16 du 7 mars 2007.
103
- Loi n° 2002-01 du 5 février 2002 relative à l'électricité et à la distribution du gaz par canalisations,
JORA n° 08 du 06-02-2002.
104
- Loi n° 05-07 du 28 avril 2005 relative aux hydrocarbures, JORA n° 50 du 19 juillet 2005, modifiée
et complété par ordonnance n° 06-10 du 29 juillet 2006, JORA n° 48 du 30 juillet 2006, modifiée et
complétée par loi n° 13-01 du 20 février 2013, JORA n° 12 du 24 février 2013.
105
- Loi n° 05-12 du 4 août 2005 relative à l'eau, JORA n° 60 du 4 septembre 2005, modifiée et
complétée par ordonnance 08-03 du 23 janvier 2008, JORA n° 04 du 27-01-2008, modifiée et
complétée par ordonnance n° 09-02 du 22 juillet 2009, JORA n° 44 du 26-07-2009
106
- Loi n° 06-04 du 20 février 2006 modifiant et complétant l’ordonnance n° 95-07 du 25 Janvier
1995 relative aux assurances, JORA n°15 du 12 mars 2006 (rectificatif in JORA n°27 du 26 avril
2006). Modifiée et complétée par ordonnance n° 10-01 du 26 août 2010 portant loi de finances
complémentaire pour 2010, JORA n° 49 du 29-08-2010.
107
- Décret législatif n° 93-10 du 23-05-1993 relatif à la bourse des valeurs mobilières, modifiée et
complétée, op.cit
108
- Ordonnance n°03-11 du 26-08-2003 relative à la monnaie et au crédit, modifiée et complétée,
op.cit
109
- L’idée selon laquelle, l’Etat pouvait se prévaloir d’être à la fois « scénariste, metteur en scène et
acteur du développement économique » est remise en question aujourd’hui, du fait de multiples
facteurs dont la mondialisation et la faiblesse de l’Etat de juguler la crise multidimensionnelle que
traversait l’Algérie après 1986, on est passé alors d’un Etat interventionniste à un Etat régulateur de
l’activité économique. V. ZOUAÏMIA (R.), « De l'Etat interventionniste à l'Etat régulateur : l’exemple
algérien », op.cit, p.9 et s ; « L’introuvable pouvoir local », Insaniyat, Revue Algérienne
d’Anthropologie et de sciences sociales, n°16, Janvier-Avril, 2002, p.31-53

48
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Le passage de cette gestion administrée des monopoles à une prépondérance du


marché témoigne de la transition d’une économie de la réglementation vers une
nouvelle économie de régulation. En effet, ces réformes ont substitué un type
d’Etat à un autre : l’Etat producteur110 de biens et services devient un Etat
« producteur de règles ». Dans ce nouveau contexte, l’Etat veille seulement au bon
déroulement des processus de production par la mise en place des cadres
règlementaires efficaces régissant le comportement des agents économiques. De ce
fait, on est passé d’un Etat gérant à un Etat garant, d’un Etat gendarme à un Etat-
stratège111.
Dans ce cadre, l’instauration d’une économie ouverte prive l’Etat de ses moyens
d’action classiques et lui interdit toute possibilité de définition d’un projet
volontariste de développement ; de même, la logique concurrentielle qui commande
le fonctionnement des activités productives pousse au démantèlement du secteur
public. Néanmoins, ce reflux de la conception qui érigeait l’Etat en moteur de
développement et lui confiait la gestion de secteurs-clés de l’économie, sinon de
l’économie tout-entière, n’est pas synonyme de désengagement : l’Etat apparaît
comme un « régulateur »112. La conception de l’Etat comme régulateur du jeu
économique implique une double rupture avec la logique de l’Etat-providence.
D’abord, l’Etat régulateur ne saurait être un Etat dirigiste. En effet, l’Etat
providence n’a pas résisté au nouveau contexte résultant de la mondialisation. En
outre, du fait de l’ouverture des frontières et l’interpénétration croissante des
économies, l’Etat a non seulement perdu la maîtrise de leviers d’action économique
(monnaie, budget…), mais encore l’arme règlementaire dont il avait fait un très

110
- CHEVALLIER (J.), L’Etat post-moderne, 2e éd. L.G.D.J, 2004, p. 53.
111
- ARNAUD (A.-J.), Entre modernité et mondialisation, Leçons d’histoire de la philosophie du droit
et de l’Etat, 2e éd. L.G.D.J, 2004, p. 141 et ss., Voir également, LAGGOUNE (W.), « De l’Etat
entrepreneur à l’Etat actionnaire : discours juridique et réalité d’un processus », RASJEP, n° 4, 1993,
p. 723 et ss.
112
- Le sujet de l’Etat régulateur est très débattu ces dernières années par la communauté des juristes,
et l’un des intérêts majeurs de la controverse tient probablement dans l’analyse du passage progressif
-dans l’action de politique économique-, du mode de gouvernement à celui de gouvernance. Voir par
exemple, MAJONE (G.), La communauté européenne: un Etat régulateur, Montchrestien, Paris,
1997, COHEN-TANUGI (L.), Le droit sans l’Etat, Puf, Paris, 1986, CHEVALLIER (J.), « L’Etat
régulateur », RFAP, n°11-3, 2004, pp. 473-482, RENARD (D.), « Les trois naissances de l’Etat-
providence », Rev. Pouvoirs, 94, 2000, p. 19-29

49
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

large usage pour encadrer la vie économique s’est émoussée113. La réception de


l’ordre libéral et des exigences d’une gestion efficiente de l’économie nationale
plaident donc la levée de réglementations faisant obstacle aux échanges et faussant
la concurrence. La réglementation tend ainsi à apparaître comme une entrave au
développement économique. En somme, la sphère économique doit être restituée
aux acteurs économiques qui doivent pouvoir participer à l’élaboration des règles
qui régissent le marché. L’Etat se contente alors de jouer un rôle d’arbitrage entre
les différents intérêts en présence.
Un mouvement de déréglementation gagnera ainsi les entreprises publiques
économiques que le législateur soustrait de plus en plus au contrôle étroit de l’Etat
en ce qu’elles tendent, progressivement, à exprimer l’autonomie dont elles
jouissent en tant qu’acteur du marché. Elles sont devenues, en somme, "un lieu
d’élaboration de règles autonomes et originales et, elles constituent désormais un
niveau pertinent d’analyse dans l’univers du droit"114. Dans ce cadre, les acteurs
économiques et les régulateurs déterminent eux-mêmes leurs propres normes de
conduite ainsi que la procédure de règlement des conflits qui leur sont internes. La
déréglementation apparaît également dans la tendance contractuelle des relations
juridiques dans le domaine économique ; une telle tendance peut être perçue
essentiellement au plan des rapports qu’entretiennent les entreprises avec leurs
employés ainsi qu’avec leurs contractants115. La déréglementation s’attaquera aussi
aux dispositifs plus généraux d’encadrement de la vie économique ; c’est le cas par
exemple en matière de prix qui relève désormais du régime de la liberté. Enfin, le
législateur confère explicitement –avec certaines conditions- le pouvoir
réglementaire à certaines autorités de régulation instituées pour encadrer la vie

113
- Cf. CHEVALLIER (J.), L’Etat post-moderne, op.cit, p. 57
114
- COMMAILLE (J.) & JOBERT (B.), « La régulation politique : l’émergence d’un nouveau régime
de connaissance ? » in COMMAILLE (J.) & JOBERT (B.), (s/dir), Les métamorphoses de la
régulation politique, L.G.D.J, Paris, 1998, p. 20.
115
- Avec la promulgation de la loi 90-11 relative aux relations de travail, le contrat succède désormais
au règlement dans diverses matières réglementées précédemment par voie de prescriptions
unilatérales. Voir, loi n°90-11 du 21 Avril 1990 (modifiée et complétée), JORA n° 17 du 25-04-1990

50
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

économique dans « les secteurs libéralisés », confirmant ainsi l’émoussement de


l’arme réglementaire de l’Etat116.
B-La réception juridique des autorités de régulation indépendantes
Comme mentionné supra, la plupart des analystes lient la régulation à
l’existence d’autorités de régulation. Et, effectivement, la régulation appelle des
autorités nouvelles ; c’est à partir de leur existence que l’on s’est mis à parler de
régulation117. C’est inévitablement avec l’apparition de telles structures dans
l’architecture institutionnelle du pays que le vocable de régulation est né. Toutefois,
ces structures inédites ne sont pas le fruit d’un « génie législatif algérien », mais
importées par simple mimétisme du modèle occidental des "Autorités
administratives indépendantes" (1). Elles se trouvent de ce fait nécessairement
confrontées à une culture administrative incompatible avec les principes et l’esprit
d’une régulation indépendante (2).
1- Le mimétisme juridique des autorités administratives
indépendantes
Si le droit administratif constitue l’un des principaux supports au phénomène
du mimétisme juridique118, le droit économique en offre l’image, le prototype de
réalisation dans la mesure où sa projection –isolée des autres composantes de la
personnalité d’une société- est un terrain propice pour concevoir le modèle de
développement sans les conditions sociales qui l’entourent119.
Le terme mimétisme trouve sa signification première en biologie, dans la
production de la nature et désigne le processus de ressemblance de certains
animaux ou plantes aux apparences du milieu ambiant ou d’un « adversaire

116
- La régulation est, dans ce sens, qualifiée par un auteur comme étant, "un nouveau pavillon de
normativité", Voir, GAUDEMET (Y.), « La concurrence des modes et des niveaux de régulation »,
RFAP, n°109- 1, 2004, p. 13-16
117
- Cf. FARJAT (G.), Pour un droit économique, Puf, Paris, 2004, p.115.
118
- HAMROUCHI (N.), Le droit algérien entre mimétisme et créativité, Thèse de doctorat en droit,
Université de Nice-Sophia Antipolis, 1990, p. 187.
119
-Voir, DU GOUDUSSON (J.), « Le mimétisme postcolonial, et après ? », Revue Pouvoirs, n°129,
2009, p. 45, voir également, RIVERO (J.), « Les phénomènes d’imitations des modèles
étrangers en droit administratifs », in Mélanges offerts à GANSHOF VAN DER MEERSCH,
Tome 3, Litec, Paris, 1972, p. 619 et s.

51
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

potentiel » afin d’en tirer un avantage se présentant très rarement sous la forme
offensive120. Dans son acception biologique, le phénomène mimétique exige, d’une
part l’existence d’un système mimétique constitué de mime imitateur, d’un modèle
imité et d’une dupe, ce qui nécessite également que "les protagonistes du système
vivent au même endroit" et, d’autre part, qu’il y ait un avantage pour l’un d’entre-
eux à se conformer à l’autre, conditions sans lesquelles nous ne sommes plus en
présence d’un mimétisme, de sorte que toute ressemblance ne bénéficiant pas à
l’imitateur, n’entre pas dans le cadre de cette définition121.
En science sociale, par contre, cette faculté devient comportement, prise de
position se prolongeant dans le temps, ce qui n’a pas manqué de soulever une
seconde approche quelque peu différente de la première : " reproduction machinale
de gestes, d’attitudes ou de sentiments"122. C’est là une différence de fond entre la
ressemblance biologique et l’imitation culturelle ».
D’un autre point de vue, se conformant à l’image actuelle du mimétisme en
droit économique, le grand sociologue musulman Ibn Khaldoun écrit :
" On voit toujours la perfection réunie dans la personne d’un vainqueur.
Celui-ci passe pour parfait, soit sous l’influence du respect qu’on lui porte, soit
parce que ses inférieurs pensent, à tort, que leur défaite est dûe à la perfection du
vainqueur. Cette erreur de jugement devient un acte de foi. Le vaincu adopte, alors,
tous les usages du vainqueur et s’assimile à lui. C’est de l’imitation (Iktida) pure et
simple"123.
Ainsi, le mimétisme culturel trouve ses explications au-delà d’une volonté
souveraine de reconduction et ne semble répondre à des besoins impérieux que

120
- Voir, PASTERER (G.), Le mimétisme, PUF, Paris, 1972, p. 3 ; Le mimétisme est définit comme
étant la faculté ou la « propriété que possèdent certaines espèces animales, pour assurer leur
protection, de se rendre semblables par l’apparence, au milieu environnant, à un être de ce milieu, à un
individu d’une espèce mieux protégée au moins redoutée », Dictionnaire, Le Robert, 2009 ; Le
Dictionnaire Larousse, 2010 définit le mimétisme comme étant la "Particularité des espèces qui, en
raison de leur forme et/ou de leur couleur, peuvent se confondre avec l'environnement ou avec les
individus d'une autre espèce"
121
- PASTERER (G.), Le mimétisme, op.cit, p. ".
122
- Voir, Dictionnaire Larousse, 2010.
123
- Discours sur l’histoire universelle (El MOUKADIMA), par IBN KHALDOUN, réédition, 1978,
p.291, cité par HAMROUCHI (N.), Le droit algérien entre mimétisme et créativité, op.cit, p. 231

52
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

dans peu de cas de figures parmi lesquels apparaît la reconduction automatique de


la législation de l’ancienne métropole. Ainsi, il est indéniable que le cadre juridique
et institutionnel algérien relatif aux AAI, est marqué par de nombreuses
ressemblances et similitudes avec le régime français. Au lieu d’y voir une
spécificité de l’Algérie, le mimétisme, ou ce que l’on qualifie de tel, est ou est
devenu à cette époque de mondialisation un aspect d’un phénomène d’une plus
grande ampleur et complexité avec lequel on l’a confondu, celui de la
standardisation politique et institutionnelle124.
Le professeur Rachid ZOUAÏMIA écrit, à propos du mimétisme des AAI "on
assiste à la réception de l’ordre libéral au moyen de l’importation de technologies
juridiques « clé en mains ». Les pouvoirs publics ne s’arrêtent pas aux règles
matérielles ; l’ordre juridique interne est également envahi par les organes et
institutions chargées d’en assurer l’application. Ainsi, les AAI sont nées en Algérie
par suite d’un phénomène de macro-mimétisme"125. Toutefois, on va le voir, le
législateur opère un mimétisme sélectif126 dans la mesure où, tantôt il vide une
institution imitée de toute sa substance originelle127, tantôt il complète un régime
imité par des dispositions conduisant à des situations illogiques128.
En somme, si le législateur consacre la notion d’autorités administratives
indépendantes et, par là-même, la notion de régulation129, le doute est permis quant

124
- Voir, DU GOUDUSSON (J.), « Le mimétisme postcolonial, et après ? », op.cit ; On ne saurait
ignorer les ressemblances textuelles, les recopies d’articles de lois françaises, la reprise de systèmes
forgés ailleurs, les conditions d’élaboration des nombreux régimes aboutissant à de véritables « copier-
coller ».
125
- ZOUAÏMIA (R.), Les autorités administratives indépendantes et la régulation économique en
Algérie, op.cit, p. 17
126
- Les autorités imitées sont bien des autorités administratives indépendantes dans leur pays
d’origine, mais le législateur algérien semble répugner à utiliser ce qualificatif ; pour les différentes
autorités crées en Algérie, plusieurs qualificatifs ont pu être utilisés : il s’agit des notions d’organisme
indépendant, d’institution, d’autorité administrative, d’autorité de régulation indépendante ou encore
d’autorité administrative autonome. Sur la question, voir infra.
127
- Par exemple, le Conseil de la concurrence est, d’une part qualifié par la loi d’autorité
administrative autonome et, d’autre part, placé auprès du ministère chargé du commerce. Art. 23 de
l’ordonnance n° 03-03 relative à la concurrence, tel que modifié par loi n° 08-12, op.cit. Alors qu’en
France, l’autorité de Concurrence est qualifiée expressément "d’autorité administrative indépendante"
excluant sur elle tout lien hiérarchique ou contrôle de tutelle.
128
- Une de ces situations sera démontrée à travers l’étude du sujet de l’interrégulation. V. Infra, p.340
129
- Art. 3 de l’ordonnance 03-03 relative à la concurrence telle que modifiée en 2008, op.cit,

53
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

à l’ancrage et à l’adaptation de ces notions dans un Etat marqué par une culture
administrative centralisatrice.
2-Une culture administrative incompatible avec les principes des AAI

Comme on a pu le relever précédemment, les évolutions sociopolitiques qu’à


connu l’Algérie au début des années 1990 ont été suivies par la création d’un
certain nombre d’autorités de régulation indépendantes.
Toutefois, celles-ci ne sont jamais parvenues à se départir de l’influence du
pouvoir politique, ni à exister en dehors de ce dernier, ce qui, du reste, constitue
l’un des buts -sinon le but principal- recherchés à travers la création de ces
instances de régulation.
Les raisons de cette impuissance des AAI se trouvent, à notre sens, moins dans
leurs structures que dans leur incompatibilité avec la culture administrative du
pays.
En effet, la création des AAI implique que soit consacré ce que le Professeur
Jacques Chevallier qualifie de "Polycentrisme administratif "130. En d’autres
termes, elle induit pour l’administration centrale ou classique l’acceptation et la
reconnaissance de centres de décisions périphériques et indépendants.
Ces AAI constituent ainsi "des îlots autonomes dans l’Etat : l’absence de lien
hiérarchique et de contrôle de tutelle leur confère une pleine capacité d’action et
une faculté de libre détermination (…) ; chacune d’entre elles constitue un centre
spécifique de pouvoir situé en marge de l’appareil administratif"131.
De même, leur création suppose "Une forme d’autolimitation du pouvoir exécutif
central"132.
Or, depuis l’indépendance, le régime politique s’est toujours caractérisé par
une centralisation excessive, voire une personnalisation du pouvoir politique. Ainsi,
comme le souligne un auteur, s’exprimant au sujet des pouvoirs politiques

130
- CHEVALLIER (J.), « Régulation et polycentrisme dans l’administration française », La revue
Administrative, n° 301, 1998, p. 45.
131
- CHEVALLIER (J.), « Régulation et polycentrisme dans l’administration française », op.cit, p. 49
132
- CONNAC (Y.) et GAZIER (F.), Etude sur les autorités administratives indépendantes, op.cit, p.
29.

54
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

africains, "En Afrique, le pouvoir politique est généralement concentré sur un


homme, une équipe ou un groupe détenteurs de la légitimité nationale, peu
habitués à accepter l’idée que leurs opinions soient remises en cause ni même
appréciées par un autre pouvoir dont on ne comprend pas l’autorité ou l’assise"133.
Cette caractéristique a inévitablement déteint sur le fonctionnement de
l’administration et ce d’autant plus que dans ces pays "le système politique et le
système administratif paraissent s’identifier"134.
De fait, le déplacement du centre de décisions administratives qu’induit la
création des AAI s’avérait a priori difficile à mettre en œuvre dans un Etat
centralisateur. En conséquence, plutôt que de voir les instances de régulation se
poser en "tampons" entre le gouvernement et les secteurs régulés, on a plutôt assisté
à l’érection de succursales gouvernementales en charge de régulation. On attendait
d’elles qu’elles furent ses "Conseils de sages", au lieu de quoi, on assiste à la
naissance d’une sorte de nouvelle fonction publique de pseudo-experts.

* * *

L’étude nous a permis de démontrer l’existence d’une sorte de coutume


internationale en matière de libéralisation des télécommunications et de son
adoption par l’Algérie : la réforme est née aux États-Unis, elle est largement suivie
dans le monde sous l’effet du développement technologique. La mondialisation de
la "déréglementation ou de la dérégulation des télécommunications" a pour
conséquence l’avènement du concept de régulation pertinente pour l’ouverture du
secteur à la concurrence. L’Algérie, n’ayant pas adhéré aux accords de l’OMC,
notamment l’AGCS, a quand même suivi la dynamique internationale des
télécommunications et a, sous de multiples pressions : internes (demande sociale)
et externes (FMI, BM & développement technologique), adopté sa propre politique
de déréglementation du secteur en adoptant une législation sectorielle d’application

133
- Voir, BOCKEL (A.), « Le contrôle juridictionnel de l’administration », in CONAC (G.) (s/dir.),
Les institutions administratives des Etats francophones d’Afrique noire – la vie du droit en Afrique,
éd. Economica, 1979, p. 197.
134
- Ibid.

55
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

concurrentielle mettant fin aux barrières à l’entrée sur la marché pour les opérateurs
privés.

56
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

CHAPITRE II.

LA MISE EN ŒUVRE DE LA RÉFORME DES


TÉLÉCOMMUNICATIONS EN ALGÉRIE :
L’ADOPTION D’UNE LEGISLATION SECTORIELLE
D’APPLICATION CONCURRENTIELLE
Suivant les orientations multilatérales, les pouvoirs publics algériens ont
présenté, à la fin des années 1990, le but et les objectifs de la réforme des
télécommunications dans un document gouvernemental intitulé : « politique
sectorielle de la poste et des télécommunications », engageant ainsi une complexe
transition institutionnelle d’un mode de régulation administrative du secteur vers un
mode de régulation libéral. L’Etat déclare vouloir opérer des réformes matérielles
et structurelles dans ledit secteur afin d’"assurer la compétitivité et la
diversification de l’économie algérienne et de ses entreprises et de favoriser le
développement d’un secteur des télécommunications concurrentiel et
dynamique"135.
Pour atteindre cet objectif, le gouvernement adopte une législation sectorielle
dans laquelle il consacre les principes d’une libéralisation ex ante (Section 1) :
démantèlement du monopole public sur les télécommunications et le transfert de la
tâche d’exploitation et de gestion du secteur à un opérateur de droit privé.
Toutefois, la nouvelle loi sectorielle n’est pas adoptée ex nihilo ; elle se
présente comme le prolongement "naturel" des règles générales relatives à la
concurrence tout en conservant son caractère sectoriel. Malgré des différences
substantielles, les deux corps de règles coexistent dans le secteur des

135
- Déclaration de politique sectorielle (DSP) pour la poste et les télécommunications, inédit. Selon la
déclaration, les principaux objectifs de la stratégie des télécommunications du gouvernement, sont ; entre autre :
accroître l’offre de services téléphoniques et faciliter l’accès aux services de télécommunications au plus grand
nombre d’usagers à des prix compétitifs ; améliorer la qualité des services offerts et accroître la gamme des
prestations rendues ; assurer l’accès aux habitants de zones rurales et aux autres groupes défavorisés aux services
de télécommunications et aux réseaux d’informations ; promouvoir le secteur des télécommunications comme
secteur économique essentiel à l’essor d’une économie compétitive (…).

57
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

télécommunications et concourent, à atteindre un objectif primordial : l’ordre


public concurrentiel (section 2).

58
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Section I
Les principes d’une libéralisation ex ante : du monopole public à la
propriété publique ?
La législation concurrentielle classique se caractérise, on le sait, par une
application ex-post. Elle organise une régulation des marchés par application de
mesures correctives et de sanctions en cas d'infractions, sans fixer de règles
précises à l'avance ou en n'en fixant qu’un petit nombre. Or, les litiges susceptibles
de naître sur un marché des télécommunications touchent des questions
particulières qui ne peuvent faire l’objet d’une régulation par le moyen d’une
législation concurrentielle d’application ex-post. Ces questions concernent
l’accessibilité aux abonnés, l’interconnexion, les tarifs d’interconnexion, la
numérotation, les ondes radioélectriques, etc.
Autant d’éléments qui, par nature, nécessitent une législation concurrentielle
qui organise avant tout la transparence du marché en termes de conditions d’entrée,
de fixation des prix, d’octroi des licences, d'interconnexion, d’attribution des
fréquences, de service universel, etc. C’est dire donc qu’une législation
concurrentielle d’application ex ante s’impose avec nécessité. Elle seule permet de
satisfaire à l'exigence d’une transparence du marché. Elle introduit en effet des
mesures de régulation non pas correctives mais préventives des pratiques
commerciales anti-concurrentielles ou répréhensibles. C’est pour répondre à cette
condition de transparence et éviter ainsi une incertitude du marché des
télécommunications, que le quatrième protocole annexé à l’AGCS exige des Etats
l’adoption d’une législation concurrentielle d’application ex-ante, dont la mise en
œuvre revient à un organe doté d’une autonomie décisionnelle : l’autorité nationale
de régulation des télécommunications136.
L’adoption de cette loi marque la fin du monopole public sur les
télécommunications tout en dissociant les fonctions d’exploitation, de
règlementation et de régulation et ce, malgré le maintien de la propriété publique

136
- Voir, Rapport de l’UIT sur Les tendances des réformes dans les télécommunications : une
régulation efficace, 2002, www.iut.org/

59
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

sur l’ensemble des télécommunications (Sous-section 1). Ces dernières sont


constitutionnellement considérées comme relevant de la propriété publique, frappée
d’une inaliénabilité absolue.
D’un autre côté, l’ouverture du secteur à l’initiative privée est marquée par
plusieurs limites, à commencer par la nature publique de l’opérateur historique qui
opère dans un environnement concurrentiel (réguler sans privatiser) et
l’instauration du droit de préemption qui retrace la voie vers le tout public (Sous-
section 2)

Sous-section 1. Démantèlement du monopole public malgré le maintien


de la propriété publique sur les télécommunications

L’article 17 de la Constitution fait des télécommunications une propriété


publique. Si celle-ci est adaptée dans un cadre monopolistique (A), il n’en va pas
de même dans un cadre libéralisé (B).
A- Démantèlement du monopole sur les télécommunications
Le monopole établi sur les télécommunications depuis l’indépendance (1)
s’est vu remettre en cause du fait de son échec (2), contraignant le législateur à
opérer une nette dissociation des fonctions de réglementation, d’exploitation et de
régulation (3) ; fonctions monopolisées jadis par le ministère des postes et
télécommunications.
1- Le monopole des télécommunications en Algérie : legs colonial
Le réseau de télécommunications existant après l’indépendance de l’Algérie
en 1962 avait été établi par l’ancienne puissance coloniale137. L’accession à
l’indépendance a permis la nationalisation, par le nouveau gouvernement, de
l’ancien office colonial des postes et des télécommunications138. Nationalisation

137
- Construit pour les besoins de l’administration coloniale, le réseau des postes et
télécommunications était axé sur les centres de commandement administratifs. Des liaisons
téléphoniques ou postales étaient réalisées entre les chefs-lieux d’entités administratives au moyens de
jonctions filaires, radios ou postales. Voir, NACHSRUNOW (G.), Développement des
télécommunications et organisations internationales, (IUT-CEPT-Eutelsat), Partie II. 2000.
138
- Le service des postes et télécommunications était érigé par le décret n° 1229 du 3 décembre 1956
en un établissement public national à caractère administratif dénommé « L’office administratif central

60
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

qui a fait tomber les activités de téléphone et télégraphe dans le domaine public
national avec la mise en place de monopole d’Etat et donc de monopole de droit.

Longtemps après, pratiquement toutes les communications internationales


(téléphoniques et les télégrammes) devaient passer par l’Europe occidentale
(parfois plusieurs pays européens) ce qui rendait les coûts prohibitifs, mais en plus
tendaient à générer une forte dépendance et une forte dette139.
Depuis l’indépendance, l’activité des télécommunications était strictement
encadrée par l’Etat, témoignant de sa volonté de développement et de contrôle du
réseau national de télécommunications. L’Etat cumulait les fonctions d’opérateur,
de financement et de gestion des infrastructures, de maître d’œuvre du cadre
règlementaire et de la standardisation technique, de formation du personnel qualifié
et de garant de la politique nationale.
Le principe de la souveraineté de l’Etat a conduit donc à la mise en place de
situations de monopole, tant pour l’établissement des réseaux physiques des
télécommunications (y compris équipement et terminaux) que pour l’exploitation.
Le monopole des télécommunications n’est pas seulement juridique, comme dans
la plupart des Etats c’est historiquement un monopole naturel en ce sens que
l’exploitation des services de télécommunications est traditionnellement perçue
comme une activité où les économies d’échelle sont si importantes qu’il est
nécessaire qu’une seule firme ou organisme en assure l’ensemble140.

des postes et télécommunications d’outre mer ». Par la suite, les différents services fonctionnant
jusqu’alors outre mer et particulièrement en Afrique du nord, furent transformés en établissements
publics locaux à caractère industriel et commercial, dotés de la personnalité civile et de l’autonomie
financière dont la forme fut complète en 1958. V. KOUNDOUL (I.) Les télécommunications en
Afrique : du sous développement à la libéralisation économique, op.cit, p. 9.
139
- Les exploitants de la partie internationale des télécommunications étaient propriété de la
métropole. Les coûts des appels en direction de l’étranger étaient imputés à la nouvelle administration
nationale puisque la séparation est devenue effective entre la personnalité juridique de la métropole et
celle de l’ancienne colonie et par ricochet entre leurs administrations nationales des
télécommunications. DEBOIS (D.), « Politique du développement dans le secteur des
télécommunications », INRA-Economie et sociologie rurale, Bureau du RICA, SCEES, document n°
6, p. 12 et s.
140
- Voir, Rapport de l’OCDE, 1983, Les télécommunications, perspectives d’évolution et stratégies
des pouvoirs publics, op.cit, p. 31. Globalement, l’organisation en réseau des services publics entraîne
des économies d’échelle, et leurs infrastructure relèvent souvent de monopoles naturels, Cf.

61
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Le monopole juridique sur les télécommunications s’est confirmé en Algérie


avec l’adoption du code des postes et télécommunications en 1975 qui confie la
gestion du service des télécommunications exclusivement au ministre des postes et
télécommunications141.
Le monopole naturel était le modèle de référence de la réglementation des
télécommunications142. Il est au cœur de la justification de l’intervention publique
dans les activités industrielles majeures que sont l’énergie143, le transport, et les
services d’environnement144.
Le besoin des pouvoirs publics de contrôler les télécommunications s’est traduit
donc par la nationalisation de l’industrie. Le but de cette dernière était d’acquérir
la souveraineté nationale par le contrôle d’un secteur stratégique.
Toutefois, pour diverses raisons, le monopole sur les télécommunications a
prouvé son échec au fil du temps.

BELMIHAUB (M.-C.), « Nouvelles régulations économiques dans les services publics de réseaux :
fonctions et institutions », op.cit, p. 9 et s. Le monopole des télécommunications est doublement
historique ; c’est un monopole naturel (il était donc nécessaire qu’un seul organisme en assure la
gestion), et qu’historiquement, c’est un legs de la colonisation.
141
- Voir l’article 39 de l’ordonnance n° 75-89 du 30 décembre 1975 portant code des postes et
télécommunications, p. 338, sous le titre : « le monopole des télécommunications »
142
- Il existe également d’autres formes de monopole. On cite par exemple, le monopole économique
et le monopole protégé. L’origine de ce dernier dans les télécommunications émane généralement de
la volonté des pouvoirs publics de contrôler cette activité. En effet, la puissance publique peut décider,
d’assurer elle-même, par le biais d’un organisme public (exemple de PTT), ou les confier à une
entreprise privée sous forme d’une concession, par exemple, le cas d’AT& T aux Etats-Unis durant la
période (1934-1956). On parle aussi de monopole économique, lorsque des coûts fixes importants
représentent des barrières à l’entrée et font que la libre concurrence se termine logiquement par la
constitution de monopole d’une entreprise. Cf. KOUNDOUL (I.), Les télécommunications en
Afrique…op.cit, p.11. La situation de monopole dans une branche ou dans une industrie, peut aussi
provenir, du contrôle d’un brevet de fabrication, lorsqu’une firme dispose temporairement d’un brevet
lui assurant une certaine durée d’exclusivité de la fabrication d’un produit déterminé. Tel fut le cas
pour AT & T aux Etats-Unis dans les années 1876-1894 protégé par les brevets Graham Bell, était
ainsi en position de monopole juridique. Dans une telle situation, la firme peut pratiquer une politique
de tarifs élevés. Par exemple, la firme américaine AT & T avait pratiqué des tarifs plus élevés que
ceux qui auraient maximisé son profit. Voir, Brevet Alexandre Graham Bell,
www.wikipedia.org/wiki/Alexander-Graham-Bell
143
- L’article 29 de loi 2002-01 du 5 février 2002 relative à l’électricité et à la distribution du gaz par
canalisation, prévoit dans ce sens que « Le réseau de transport de l’électricité est un monopole
naturel. Sa gestion sera assurée par un gestionnaire unique » ; L’article 45 de la même loi prévoit,
concernant la distribution du gaz par canalisation que « Le réseau du transport du gaz pour le marché
national est un monopole naturel » ; entre autre, les deux gestionnaires bénéficient d’une autorisation
incessible délivrée par le ministre chargé de l’énergie.
144
- LEVEQUE (F.), Economie de la réglementation, Coll. Repères, La découverte, Paris, p. 51

62
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

2-L’échec de la théorie du monopole: les défaillances du service public


des télécommunications

Comme dans l’ensemble des autres pays à travers le monde, le monopole


réglementé des télécommunications s’est révélé inapproprié dans un environnement
économique, technologique et institutionnel en profonde mutation. La détérioration
du monopole, liée notamment au progrès technique, n’est toutefois pas apparue
dans les pays disposant de monopoles défaillants mais plutôt dans un pays où le
monopole est parmi les plus efficaces (USA)145.
En Algérie, le régime de monopole a commencé à présenter des signes
d’essoufflement dès le début des années 1980 et a montré pleinement ses limites
au cours des années 1990146.
Malgré les progrès enregistrés en matière d’adoption technologique
(introduction d’Internet et développement des capacités de télécommunications via
le câblage sous-marin en fibres optiques et les liaisons par satellite), la télédensité
de la téléphonie fixe s’élevait en 1990 à 3,1%, ce taux est passé à seulement 5,8%
et à atteint 00,5% pour la téléphonie mobile en 1997 (contre près de 55% en
moyenne dans l’union européenne)147.
Par ailleurs, la qualité des prestations de l’administration publique était jugée
médiocre par les consommateurs dont les réclamations permanentes témoignaient

145
- Cf. MINT-BEDDY (M.), Régulation des télécommunications et environnement institutionnel : le
cas des pays en développement, Thèse de doctorat en sciences économiques, Université Nancy II,
2007, p. 17 et ss.
146
- A partir de 1980, l’effort d’investissement public se situera entre 0,20 et 0,40%, ce qui ne
permettra pas de faire face à l’effet de boucle de neige par les efforts de dé-saturation et de
modernisation de l’infrastructure intervenus au cours de la décennie 1990. En conséquence du
ralentissement de l’effort de rattrapage, les listes d’attente pour le raccordement téléphonique
s’allongent et atteindront sept ans au début de la décennie 1990. La qualité du service s’est dégradée
peu à peu, et les dérangements sont devenus de plus en plus fréquents. En effet, l’explosion de la
demande non satisfaite s’explique par le ralentissement de l’effort de l’investissement, mais aussi par
de multiples inefficacités de gestion et d’opération caractérisant l’administration algérienne des postes
et télécommunications. V. Banque Mondiale, Fondations pour le développement des technologies de
l’information et de la communication en Algérie, Rapport n° 25841, Avril 2003, p. 16 et s. Voir
également, MEZOUAGHI (M.), « La réforme des télécommunications au Maghreb : transition
institutionnelle, nouveaux acteurs et performances », Actes du colloque International sur les TIC et
inégalités : les fractures numériques, Paris, 18-19 novembre 2004.
147
- Le taux de télédensité enregistré au Maroc et en Tunisie est presque similaire à celui enregistré en
Algérie à la même époque, Données de l’UIT, 2002, www.iut.fr.nt/

63
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

d’une insatisfaction chronique. La dégradation des infrastructures et l’incapacité à


répondre à une demande croissante marquent les limites du mode de régulation, ou
ce qu’il convient d’appeler d’autorégulation administrative des
télécommunications148.
L’inefficacité du monopole public s’explique par plusieurs causes149 :

- La régulation administrative du secteur, avec un monopole incontestable, a eu


pour résultats une inefficience allocative des ressources qui s’est manifestée par un
gaspillage des fonds publics, des incohérences organisationnelles (sureffectif,
duplication des hiérarchies, centralisation des pouvoirs de décision…) ;

- l’absence de contraintes d’efficacité économique a fini par freiner l’effort


productif. La facturation imprécise de la clientèle a toujours posé des problèmes de
recouvrement à l’administration, au même moment où l’Etat, devenu insolvable et
l’administration défaillante vis-à-vis d’elle-même, n’arrivait plus à honorer ses
factures, agrégeant ainsi les impayés ;

- enfin, le secteur des télécommunications constituait souvent une variable


d’ajustement du budget de l’Etat. En effet, l’absence de rigueur et de transparence
comptable autorisait des mécanismes de compensation budgétaire à travers
l’allocation d’une partie des excédents d’exploitation ou de recettes tirées d’une
augmentation de la tarification au financement de déficits publics.150.

148
- On parle d’autorégulation d’un secteur quand la même entité exploitante ou bien un de ses
démembrements assure la fonction de réglementation, d’exploitation et de régulation. L’Etat détient le
monopole des télécommunications qu’il assure par le biais du ministère des télécommunications. Il est
évident, par conséquent, que ce schéma est le visage d’une implication profonde de l’Etat dans
l’ensemble du secteur.
149
- Sur l’ensemble des raisons de l’inefficacité du monopole public des télécommunications, voir,
KOUNDOUL (I.), Les télécommunications en Afrique : du sous développement à la libéralisation
économique, op.cit, p 17 et s ; MEZOUAGHI (M.), « La réforme des télécommunications au
Maghreb : transition institutionnelle, nouveaux acteurs et performances », op.cit, p.17 et s.
150
-MEZOUAGHI (M.), « La réforme des télécommunications au Maghreb : transition institutionnelle,
nouveaux acteurs et performances », op.cit, p.19

64
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Il s’agit là d’autant de raisons qui ont conduit à l’abandon du monopole public


dans le secteur des télécommunications. Cependant, il convient également
d’inscrire cet abandon dans un contexte donné : l’échec d’un modèle de
développement fondé sur une exploitation extensive des ressources auquel s’est
substituée une politique de libéralisation et du désengagement de l’Etat de pans
entiers de l’économie et des télécommunications en particulier.
L’abandon du monopole s’inscrit également dans un processus fortement
répandu dans les pays du Sud et par lequel, de nombreuses réformes ont été
engagées dans ces pays : c’est le processus du mimétisme, pratiqué dans presque
tous les secteurs économiques dont celui des télécommunications.
L’adoption d’un nouveau mode de régulation fondé sur la libre concurrence
impose la dissociation des fonctions de règlementation, d’exploitation et de
régulation.
3- La dissociation des fonctions de règlementation, d’exploitation et de
régulation

Dans le modèle classique de fourniture de services de télécommunications


qu’est le modèle des PTT (Postes, Téléphone et Télégraphe), un même organisme
gouvernemental exerce les trois fonctions d’élaboration de la politique de
régulation et d'exploitation des réseaux. Or, dans un contexte concurrentiel, les
fournisseurs de services de télécommunications ne peuvent être gérés comme un
département ministériel assujetti à une intervention politique ou administrative.
Une telle forme d’administration n’est pas de nature à encourager l’arrivée massive
de l’investissement privé, lequel est un facteur essentiel pour construire des réseaux
et réaliser les objectifs du service universel.
Pour attirer ce type d’investissement, il faut offrir aux opérateurs potentiels un
environnement stable et des garanties dignes de foi. Ces garanties ont pour objet de
prémunir les opérateurs privés contre une expropriation de jure (mesures de
nationalisation) ou une expropriation de facto qui émane soit de l’Etat (refus
d’autoriser une hausse légitime des prix, obligation d’investir dans des régions non

65
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

rentables)151, soit de l’opérateur historique (refus d’interconnexion ou conditions


inéquitables pour le bénéfice de celle-ci). Autant de mesures qui viendraient limiter
la capacité de l’opérateur privé à rentabiliser son investissement. En outre, la
séparation des fonctions d’exploitation suppose une double restructuration : d’une
part, une réorganisation des activités de télécommunications, structurellement
dissociées des activités postales et d’autre part, chacune de ces activités est confiée
à une entreprise publique qui devra s’adapter à l’environnement concurrentiel152.
Par ailleurs, comme indiqué plus haut, la loi 2000-03 crée un organe inédit,
« tiers à l’Etat et aux opérateurs économiques », auquel sont confiées les missions
de régulation. Cette solution apparaît efficace dans la mesure où l’action d’un tel
organe est censée réduire considérablement les risques liés à l’investissement dans
le secteur153.

151
- DO-NASCIMENTO (J.), « La dérèglementation du marché africain des télécommunications », in
GABAS (J.-J) (s/dir.) Société numérique et développement en Afrique, usages et politiques publiques,
éd. Karthala, Paris, 2004, pp. 123-150. Selon la pratique récente des tribunaux arbitraux, une mesure
étatique de règlementation générale constituerait une mesure d’effets équivalents à une expropriation
(Une forme d’expropriation indirecte) « avec quelques conditions ».
152
- L’exploitation des activités postales sont confiées à un établissement public à caractère industriel
et commercial, tandis que les activités de télécommunications sont exploitées par une entreprise
publique économique. V. l’article 12 de la 2000-03, op.cit. De même au Maroc et en Tunisie, les deux
activités sont exploitées par deux entités distinctes. V. MEZOUAGHI (M.), « Les réformes des
télécommunications au Maghreb : transition institutionnelle, nouveaux acteurs et performances »,
op.cit, p.6.
153
- L’article 10 de loi 2000-03 prévoit la création d’une autorité de régulation indépendante (ARPT) à
laquelle sont transférées les missions de régulation du secteur. Les détails, sur la création de l’autorité,
son statut, ses relations avec le gouvernement et le Conseil de la concurrence, feront l’objet des
développements de la deuxième partie.

66
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

B- Les télécommunications : exception au domaine public en tant que


propriété publique ?

Depuis longtemps, l’intérêt de la doctrine pour le domaine public ne s’est


jamais démenti. Les nombreux ouvrages publiés, tout particulièrement à partir de
1990, en témoignent154. Cela n’a rien d’étonnant dans la mesure où le domaine
public reflète un certain type d’Etat. Un Etat interventionniste fera de son domaine
un instrument de développement économique, ce qui le conduira à l’accroître tout
en le dotant d’un régime juridique moins contraignant au nom de l’efficacité de
gestion. Un Etat libéral se contentera d’un domaine public restreint dans son
étendue mais fortement protégé en raison de son affectation à l’usage de tous. C’est
cette dernière tendance qui semble avoir emporté l’adhésion dans la législation
algérienne relative aux télécommunications, soit excepter ces dernières du domaine
public. Toutefois, le législateur confond entre domaine public et propriété publique
dans les télécommunications, en ce sens que le texte constitutionnel maintient la
propriété publique sur les réseaux et activités de télécommunications alors que le
législateur de l’an 2000 fait de ces dernières (activités) une exception à la
domanialité publique (1). D’un autre côté, la question qui se pose est bien de savoir
où ranger l’espace hertzien qui constitue un support nécessaire à tout réseau de
télécommunications : domaine public ou propriété publique ? (2). L’étude de ces
points est pertinente dans la mesure où, la libéralisation passe par le
réaménagement et l’adaptation de l’environnement juridique conceptuel propre à
l’économie sectorielle.

154
- Par exemple : BERARD (Y.), Domaine public et privé des personnes publiques, Dalloz, 1994 ;
BROUANT (J.-P.), Le régime domanial à l’épreuve de la valorisation économique, Thèse, Paris 1,
1995 ; BEAUREGARD-BERTIHER (D.), La justification actuelle de la distinction entre le domaine
public et le domaine privé, Thèse, Aix-Marseille III, 1994 ; MAMONTOFF (C.), Domaine public et
entreprises privées : la domanialité mise en péril par le marché, L’Harmattan, Paris, 2003., pour la
doctrine algérienne, RAHMANI (A.), Domaine économique et unité du domaine national, Thèse,
Université d’Alger, 1988, du même auteur, Les biens publics en droit algérien, éd. Internationales,
Alger, 1996 ; KHALFOUNE (T.), Le domaine public à l’épreuve du droit Algérien, Thèse, Université
Jean-Moulin, Lyon 3, 2003., du même auteur, le domaine public en droit algérien : réalité et fiction,
éd. L’Harmattan, Paris, 2004.

67
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

1- Les télécommunications : Une propriété publique ?


L’article 3 de la loi 2000-03 fixant les règles générales relatives à la poste et
aux télécommunications prévoit que les activités de la poste et des
télécommunications ne relèvent pas du régime de la domanialité publique155, alors
que l’article 17 de la Constitution maintient la propriété publique sur l’ensemble
des télécommunications (réseaux et activités). Si le législateur soustrait les activités
de télécommunications du régime de la domanialité publique (frappé d’une
inaliénabilité relative), c’est sans doute pour ne pas tomber en contradiction avec le
texte constitutionnel et le principe de l’inaliénabilité absolue156. Toutefois, les deux
textes sont, a priori contradictoires et le législateur ne semble pas faire la
distinction entre les deux notions.
La propriété publique est la propriété de l’Etat ou entité assimilable, par
opposition à la propriété privée des particuliers, des communautés de particuliers et
des entreprises. Plusieurs propriétés publiques sont accessibles librement au public.
On peut citer à titre d’exemple ; les bibliothèques, les parcs, les forêts, les routes
etc.157
L’article 17 de la Constitution du 29 novembre 1996 dispose que "La
propriété publique est un bien de la collectivité nationale. Elle comprend le sous-
sol, les mines et les carrières, les sources naturelles d’énergie, les richesses
minérales, naturelles et vivantes des différentes zones du domaine maritime
national, les eaux et les forêts.
Elle est, en outre, établie sur les transports ferroviaires, maritimes et
aériens, les postes et les télécommunications, ainsi que sur les autres biens fixés

155
- Voir également l’article 2 de l’avant projet de loi fixant les règles applicables aux activités de la
poste, des télécommunications et à celles liées aux technologies de l’information et de la
communication, op.cit
156
- Un auteur soutien que le législateur a opéré une scission entre la propriété et les activités de
télécommunications afin d’éviter de tomber dans la violation de l’article 17 de la constitution. Cf.
MENOUER (M.), Droit de la concurrence, éd. Berti, Alger, 2013, p. 157 ; toutefois, on peut affirmer
le contraire dans la mesure où les télécommunications étaient pensées comme étant propriété publique
en tant qu’ensemble : réseau et activités, au surplus, l’article 17 de la constitution consacrant la
propriété publique sur les télécommunications est en vigueur depuis 1989, voire depuis 1976.
157
- Cf. RAHMANI (A.), Les biens publics en droit algérien, éditions Internationales, Alger, 1996, p.
135.

68
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

par la loi "158. Cet article a pour but principal de protéger les richesses et
ressources naturelles et les activités de service public (y compris les
télécommunications) en les déclarant patrimoine public insusceptible d’une
appropriation privée. En outre, et à cet égard, la déclaration de politique sectorielle
de la poste et des télécommunications159 renvoie à la Constitution de 1996 et
considère que "La poste et les télécommunications sont propriété publique" et que
cela n’empêche pas les marchés relatifs à ces domaines de faire l’objet
« d’ouverture par le biais de concessions » ; donc, une exception à la propriété
publique. Enfin, la loi 2000-03 fixant les règles générales relatives à la poste et aux
télécommunications, traduit imparfaitement cette directive gouvernementale en
faisant des télécommunications une exception à la domanialité publique instaurée
sur les activités du secteur par la loi domaniale de 1990160 et non comme une
exception à la propriété publique.
L’article 3 de loi 2000-03 indique en effet que " nonobstant" l’article 12 de la
loi domaniale édictant leur appartenance au domaine public, les activités de la poste
et des télécommunications sont ouvertes à l’initiative privée. L’article 12 de la loi
domaniale, avant sa modification en 2008, indique in fine que les biens considérés
comme propriété publique par l’article 17 de la constitution font partie du domaine
public161. C’est sous ces dispositions que le législateur a pris en compte
l’assimilation (entre les deux régimes), dans la loi 2000-03, pour " la dépasser et en
quelque sorte la défier pour lui imposer l’exception des réformes"162. Or, il n’y
avait aucune raison de livrer un quelconque défi dans la mesure où il est établi que
la patrimonialité publique n’implique pas toujours une inaliénabilité absolue et, que

158
- Voir également, l’article 17 de la constitution de 1989. L’article 22 la Constitution de 1976
disposait que les télécommunications étaient des propriétés publiques.
159
-Déclaration gouvernementale intitulée "Politique sectorielle de la poste et des télécommunications,
op.cit.
160
- Loi n° 90-30 du 1er décembre 1990, portant loi domaniale, JORA n° 52 du 2-12-1990, p. 1416,
modifiée et complétée par la loi n° 08-14 du 20 juillet 2008, JORA n° 44 du 3-8-2008.
161
- L’article 12 de la loi domaniale n°90-30 prévoit que "Le domaine public comprend les droits et les
biens meubles et immeubles qui servent à l’usage de tous (…), ainsi que les biens considérés comme
propriété publique au sens de l’article 17 de la constitution".
162
- Voir, BESSAID (M.-T.), « De quelques aspects saillants de la réforme des télécommunications »,
RASJEP n° 3, 2008, pp. 35-54

69
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

même des patrimoines privés dans les mains des particuliers peuvent aussi donner
lieu à des protections inattendues encadrées par le système de l’inaliénabilité propre
à la propriété publique163. C’est la propriété publique instaurant un système
d’inaliénabilité absolue qui est ici touchée par l’exception et non la domanialité
publique dans laquelle, les télécommunications étaient improprement rangées par la
loi domaniale.
Si l’on pouvait admettre que la constitution -en déclarant certains biens et
activités y compris les télécommunications propriété publique- avait entendu les
exclure du champ de la propriété privée, on pourrait considérer que les
télécommunications sont frappées d’une inaliénabilité absolue et non d’une
inaliénabilité relative comme c’est le cas pour le domaine public164.
La loi domaniale de 2008 supprime le renvoi à la propriété publique et
l’assimilation au domaine public165. Toutefois, si le législateur a essayé d’éviter la

163
- C’est le cas notamment des biens présentant un intérêt historique, artistique ou culturel, les
établissements classés, les curiosités naturelles, les réserves naturelles…, V. L’article 32 de la loi 90-
30 portant loi domaniale modifiée et complétée, op.cit. L’inaliénabilité du domaine public remonte (en
France) à un édit de juin 1539, puis à l’ordonnance de Moulins de Février 1566 ; son
imprescriptibilité- qui en est le prolongement logique- est établie dès un édit d’Aout 1667. Sur
l’origine du principe en droit Français, Cf. COSTA (D.), « L’inaliénabilité du domaine public à
l’épreuve de la convention européenne des droits de l’homme », in, Bien public, bien commun,
Mélanges en l’honneur de, Etienne FATÖME, Dalloz, Paris, 2011, pp.87-113. L’inaliénabilité du
domaine public avait essentiellement pour objet de préserver l’intégrité du patrimoine royale, source
de revenu ; l’inaliénabilité du domaine public a aujourd’hui une toute autre finalité. Il s’agit désormais
d’assurer que ces biens puissent toujours être maintenus à la disposition du public ou des services
publics auxquels ils sont affectés. Elle ne s’applique qu’à des biens affectés à l’usage du public ou à
un service public. Cf. DELALOY (G.), « Faut-il supprimer le principe d’inaliénabilité du domaine
public ? », RDP, n° 3, 2006, p. 575.
164
- Le domaine public affecté à une mission d’intérêt général est inaliénable mais l’inaliénabilité ne
dure que tant que dure l’affectation. Toutefois, l’inaliénabilité n’est pas nécessairement inhérente à la
domanialité (le cas des ouvrages d’art ou d’intérêt historique propriété privée déclarés inaliénable par
l’ordonnance du 20-12-1967). Sur la question, voir, RAHMANI (A.), Les biens publics en droit
algérien, op.cit, p. 134 et s. Le professeur Rahmani relève que le législateur n’a pas été au terme de la
logique puisque seules les richesses et ressources naturelles (visées à l’article 18 de la constitution)
son considérées comme dépendances du domaine public tandis qu’aucune allusion n’est faite aux
activités de transport maritime, ni aux télécommunications bien que ces activités soient déclarées
propriété publique. En effet, si tous les biens propriété publique, au sens de la constitution, devrait être
considérés comme des dépendances du domaine public, il est incompréhensible que ces activités ne
reçoivent pas le même traitement au plan du régime juridique. On aboutit en somme à la dualité du
régime juridique en la matière ; soumettre une partie de la propriété publique aux règles de la
domanialité tandis que l’autre partie y échapperait : deux régimes déférents sous une même notion : le
domaine public.
165
-V. l’article 6 de la loi n° 08-14 du 20 juillet 2008 modifiant et complétant l’article 12 de la loi
n°90-30 portant loi domaniale, op.cit

70
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

confusion entre domaine public et propriété publique, le maintien de l’article 3 de


la loi 2000-03, faisant exception des télécommunications du domaine public, pose
le problème avec autant d’acuité. En effet, si les télécommunications demeurent
propriété publique au sens de l’article 17 de la Constitution, elles sont toujours
considérées comme étant une exception à la domanialité publique au sens de
l’article 3 de la loi 2000-03 fixant les règles générales relatives à la poste et aux
télécommunications166.
En définitive, libéraliser les activités de télécommunications ne nécessitait pas
de ranger ces dernières dans le domaine public, mais aurait dû convoquer la voie de
l’amendement constitutionnel afin de corriger la rédaction défectueuse des
dispositions de l’article 17 de la Constitution. Car, on ne peut raisonnablement dire
que l’Etat ou la collectivité nationale est propriétaire des transports aériens ou bien
des télécommunications en ce sens qu’il s’agit d’activités insusceptibles
d’appropriation. La propriété publique peut être établie sur des installations, des
biens, mais pas sur une activité.
En consacrant deux alinéas différents, il semble que le Constituant visait deux
choses différentes :
- établir la propriété publique sur les biens considérés comme richesses
nationales ;
- établir le contrôle de l’Etat sur les activités auxquelles l’Etat attache le caractère
de service public. Activités qui peuvent être exercées par des personnes privées
sous le régime de la délégation. On peut à cet égard, se référer à l’article 19 de la
Constitution qui dispose que " L’organisation du commerce extérieur relève de la
compétence de l’Etat". Il pourrait en être de même pour les activités mentionnées
à l’alinéa 2 de l’article 17 : elles sont placées sous la maîtrise de l’Etat en raison de
la nécessité pour les pouvoirs publics de veiller à la protection de l’intérêt général.

166
- On relève au passage, une autre contradiction entre l’article 17 de la constitution et l’article 15 de
la loi domaniale qui n’a pas été réglée avec la modification de cette dernière en 2008 ; alors que la
constitution classe le sous-sol et les sources naturelles d’énergie comme propriété publique, la loi
domaniale les intègre dans le domaine public « naturel ».

71
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Plus pertinent, en revanche, si les télécommunications sont propriété publique,


donc inaliénables, l’espace hertzien et les ressources en fréquences qui les
caractérisent et sans lesquelles aucun réseau de télécommunications n’est
concevable -et donc aucune activité de télécommunications-, sont susceptibles
d’une appropriation privative et peuvent faire l’objet d’une occupation avec
autorisation délivrée par l’autorité compétente167.

167
- L’ARPT a la charge d’assigner et de contrôler l’utilisation des fréquences dans les bandes qui lui
sont attribuées, dans le respect des principes de transparence, d’objectivité et de non discrimination. A
ce titre, et conformément aux dispositions de l’article 39 de la loi n° 2000-03 fixant les règles
générales relatives à la poste et aux télécommunications, l’autorité a pris une décision relative à la
procédure applicable aux opérateurs en matière d’assignation ou de modification d’assignation des
fréquences radioélectriques. Décision n° 22 SP/PC/ARPT du 21 juin 2005, www.arpt.dz/

72
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

2- L’espace hertzien : domaine public ?


L’espace hertzien correspond à l’espace accueillant le dispositif fonctionnel
permettant la production et la diffusion des ondes ; il est alors constitué comme le
support d’équipements et d’installations qui lui donnent sa fonction et caractérisent
l’apport humain à défaut duquel il n’existe pas ; ce qui conduirait à y voir un
domaine artificiel168. A quoi s’ajoute que certains ont parfois soutenu une
présentation énumérative et limitative du domaine public naturel169.
La Constitution affirme la souveraineté de l’Etat sur son espace aérien qui
comprend forcément, nature oblige, les fréquences hertziennes qui s’y déploient.
Toutefois, l’article 17 de la constitution ne comprend pas dans son énumération,
consacrée à la patrimonialité publique, l’espace hertzien ni a fortiori l’espace
aérien170. C’est à la loi domaniale qu’il convient de recourir afin d’être fixé sur le
statut des fréquences hertziennes et sur celui de l’espace aérien qui le comprend.
Les fréquences hertziennes telles que définies plus haut, font-elles partie des
droits et bien meubles et immeubles qui servent à l’usage de tous et qui sont à la
disposition du public usager directement ou par l’intermédiaire du service public,
comme le prévoit l’article 12 de la loi domaniale ?
Selon un auteur, "la nature incorporelle de ce bien s’accommode mal, en fait, du
raisonnement traditionnel repris par ledit article et fondé sur le critère
d’affectation des biens du domaine à l’usage du public ou d’un service public"171.
Le législateur ne fait aucune référence à l’espace hertzien dans la loi domaniale et,
spécialement à l’article 15 consacré aux dépendances du domaine public naturel qui
comprend l’espace aérien172.

168
- GAUDEMET (Y.), Droit administratif des biens, Tome 2, 12e éd. L.G.D.J, Paris, 2002, p.69.
169
- Ibid.
170
- BESSAÏ (M.-T.), « De quelques aspects juridiques saillants de la réformes des
télécommunications », op.cit, p.39
171
- BESSAÏ (M.-T.), « De quelques aspects juridiques saillants … », op.cit, p.39.
172
- Art. 15 de la loi n° 08-14 du 20 juillet 2008 modifiant et complétant la loi 90-30 du 1er décembre
1990 portant loi domaniale, op.cit ; Une partie de la doctrine range, en général et sans commentaire, le
domaine hertzien au côté du domaine aérien dans le domaine public naturel, qui est fait d’autre part de
dépendance maritimes dont l’Etat à la propriété, Voir par exemple, CHAPUS (R.), Droit administratif
général, T. 2, éd. Montchrestien, Paris, 1996, ° 455).

73
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

En France, l’article 22 de la loi du 17 janvier 1989 relative à la liberté de


communication, dispose à cet égard : "l’utilisation par les titulaires d’autorisations
de fréquences radioélectriques disponibles sur le territoire de la République
constitue un mode d’occupation privatif du domaine public de l’Etat" 173; ce qui
implique clairement que le législateur français a consacré au moins la domanialité
publique des ondes dans cet espace ou de ce mode d’utilisation de l’espace aérien.
Dans le même ordre d’idée, le Conseil Constitutionnel Français a confirmé la
domanialité publique de l’espace hertzien174 et partant, de la domanialité publique
des télécommunications. Il s’agit ici d’une domanialité publique par détermination
de la loi ; il n’y a pas à rechercher les éléments d’une affectation au public ou à un
service public. Et en cela le domaine hertzien ne saurait être confondu avec le
domaine aérien175. L’opinion dominante dans la doctrine conduit à distinguer l’un
et l’autre176.
En droit algérien, l’utilisation des fréquences hertziennes constitue, d’après les
termes même du législateur, une occupation du domaine public. En effet, l’article
24 de la loi 2000-03 dispose que "Le spectre des fréquences radioélectriques fait
partie du domaine public de l’Etat. Le découpage du spectre en bandes de
fréquences et leur attribution aux différents utilisateurs relève des prérogatives
de l’Etat. L’assignation des fréquences radioélectriques est soumise au paiement
d’une redevance déterminée par voie règlementaire"177.
Le spectre hertzien, comme on va le voir, constitue, avec la numérotation, une
des ressources rares en économie des télécommunications, qui relève de la gestion
de l’autorité de régulation.

173
- Cité par, GAUDEMET (Y.), Droit administratif des biens, op.cit, p. 72.
174
- Cons.Const. n° 2000-442 DC du 28 décembre 2000 à propos de la loi de finance pour 2001; le
conseil constitutionnel considère que " l’utilisation des fréquences radioélectriques sur le territoire de
la République constitue un mode d’occupation privatif du domaine public de l’Etat » (considérant n°
14). www.conseil-constitutionnel.fr
175
- "Le domaine hertzien n’est pas le domaine aérien au sens habituel (…), qui désigne les routes
empruntées par les aéronefs", DELCROS (B.) & TRUCHET (D.) « Les ondes appartiennent-elles au
domaine public ?, RFDA, 1989, p. 251
176
- Cf. GOUDEMT (Y.), Droit administratif des biens, op.cit, p.69
177
- Voir également les articles 6 et 8§11 de la loi 2000-03, op.cit.

74
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Sous-section 2. De l’ouverture du secteur à l’initiative privée à


l’exercice du droit de préemption sur les opérateurs privés : vers le
tout public?

Pendant longtemps, le secteur des télécommunications a été considéré comme


faisant partie du monopole de l’Etat. Mais cette situation est aujourd’hui
reconsidérée. Comme nous l’avons souligné précédemment, le monopole public
n’est plus adapté à l’évolution actuelle dans le secteur des télécommunications. Ce
dernier est entré dans l’ère de la globalisation et on assiste à la constitution de
firmes mondialisées capables d’intervenir dans les activités de télécommunications.
Ainsi la libéralisation du secteur des télécommunications s’identifie aujourd’hui
avec trois sujets essentiels : l’Etat, l’entreprise publique et les opérateurs privés.
Le désengagement de l’Etat de la gestion administrative du secteur a permis
l’institution d’un opérateur public sous forme d’entreprise publique économique
(Algérie Télécom), auquel sont transférées les tâches de gestion et d’exploitation
commerciales du secteur (A).
Cet opérateur n’agit pas seul sur le marché ; il est concurrencé par des
opérateurs privés. Toutefois, les pouvoirs publics algériens semblent vouloir
"publiciser" la sphère des télécommunications en instaurant le droit préemption
permettant de racheter les opérateurs privés et ce, au détriment des conventions
d’investissements signées par l’Algérie et les textes régissant le secteur des
télécommunications. Cette publicisation est démontrée à travers l’affaire de
l’opérateur OTA (B).
A- La restructuration de l’opérateur public
A la suite de la déclaration de politique sectorielle du gouvernement portant
sur la réforme des secteurs de la poste et des télécommunications, la loi 2000-03
fixant les règles générales relatives à la poste et aux télécommunications a
transformé le statut de l’exploitant public des télécommunications, le faisant
évoluer de celui d’une direction générales de l’administration des PTT à celui
d’exploitant public à statut particulier, Algérie Télécom (EPE), à partir de l’année
2000. Le régime juridique de cette entreprise est marqué par une ambivalence

75
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

tenant à ce qu’en tant qu’entreprise, elle devrait être soumise aux mêmes règles que
les entreprises privées pour jouer pleinement sont rôle industriel et commercial,
alors qu’en tant que publique, elles doit subir des contraintes tenant aux fonctions
particulières qu’elle peut devoir remplir et aux liens qui l’unissent aux pouvoirs
publics178, voire au pouvoir politique.
C’est entre ces deux pôles contradictoires que se situe le régime d’Algérie
Télécom : société commerciale (1) et entreprise publique (2).

1-Algérie Télécom : une société commerciale


L’article 12 de loi 2000-03 prévoit que "Les activités d’exploitation de la
poste et des télécommunications exercées par le ministère des postes et des
télécommunications sont transférées respectivement à un établissement public à
caractère industriel et commercial pour la poste et à un opérateur de
télécommunications constitué conformément à la législation en vigueur"179.
Le texte marque une nette séparation entre les activités postales et les activités
des télécommunications, en confiant l’exploitation des premières à un
établissement public à caractère commercial et industriel « Algérie poste »180, et les
secondes, à un opérateur public « Algérie Télécom » sous forme d’entreprise
publique économique.
En application de ce texte ainsi que des résolutions du conseil national des
participations de l’Etat (CNPE) du 1er Mars 2001, une entreprise publique
économique dénommée « Algérie Télécom » voit le jour mais, n’est entrée
officiellement en activité qu’à partir du 1er janvier 2003.
La dénomination Algérie-Télécom recouvre l’ensemble du groupe,
l’exploitant public et ses filiales. L’exploitant public, doté de la personnalité
morale, a pour mission d’assurer tous services publics de télécommunications,
d’établir et d’exploiter les réseaux publics nécessaires à la fourniture de ces

178
- cf. DELVOLVE (P.), Droit public de l’économie, Dalloz, Paris, 1998, p.706
179
- V. Art. 12 de la loi 2000-03, op.cit
180
- V. Décret exécutif n° 02-04 du 14 Janvier 2002, portant création d’Algérie poste, JORA n° 4 du
16 janvier 2002.

76
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

services et de fournir, dans le respect de la concurrence, tous autres services,


installations et réseaux de télécommunications.
L’article 2 de la loi 01-04 du 20 août 2001 relative à l’organisation, la gestion
et la privatisation des entreprises publiques économiques définit les EPE comme
étant " des sociétés commerciales dans lesquelles l’Etat ou toute autre personne
morale de droit public détient directement ou indirectement la majorité du
capital social. Elles sont régies par le droit commun"
L’opérateur public, Algérie Télécom, est une société par actions (SPA), à
capitaux publics opérant sur le marché des réseaux et services de communications
électroniques181. Algérie Télécom est soumise aux règles en vigueur dans le
commerce. Dans ce sens, l’article 5 de la loi suscitée prévoit que "La création,
l’organisation et le fonctionnement des entreprises publiques économiques
obéissent aux formes propres aux sociétés de capitaux prévues par le code de
commerce"182.
Il est à noter néanmoins, qu’une EPE à capital public, dont l’activité revêt un
caractère stratégique au regard du programme du gouvernement, est soumise à des
règles différentes de celles régissant les sociétés par action prévues à l’article 592
et suivants du code de commerce. En effet, l’existence d’une société par actions
suppose un certain nombre d’actionnaires, qui ne peut être inférieur à sept (7) 183.
Dans le cas d’Algérie Télécom (EPE/SPA) où l’Etat est l’unique actionnaire, cette
condition s’avère impossible à être réalisée. A cet égard, la loi indique, comme on
va le voir, que le capital social des EPE constitué de fonds publics sous forme de
parts sociales, d’actions, de certificats d’investissement, titres participatifs ou toutes
autres valeurs mobilières, relève du domaine privé de l’Etat184.
Mais est-ce à dire qu’Algérie Télécom est dotée du statut de commerçant ? La
soumission des activités d’Algérie Télécom aux règles du code de commerce n’est

181
- V. www.algerietelecom.dz/
182
- Voir également l’article 25/1 de l’ordonnance n°95-25 du 25-09-1995 relative à la gestion des
capitaux marchands de l’Etat, JORA n° 55 du 27-09-1995.
183
- Art. 592 du code de commerce, éd. Berti, 2007.
184
- Art. 3 de la loi 01-04 du 20 août 2001 relative à l’organisation, à la gestion et à la privatisation des
EPE, op.cit ;

77
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

pas suffisante pour répondre positivement à cette question puisqu’il existe des
activités qui peuvent être régies par le droit commercial et qui sont considérées
comme non-exercées par des commerçants. En somme, la qualité de commerçant
de l’EPE est établie à partir d’autres données à savoir, l’obligation faite à
l’entreprise de s’inscrire au registre du commerce qui conditionne l’acquisition de
la personnalité morale des sociétés commerciales185 et que les actes passés pour
l’exercice de ses activités intègrent fort bien la catégorie des actes de commerce en
application de l’article 2 du code de commerce186. En outre, il est sans nul doute
qu’Algérie télécom exploite un fonds de commerce car, dans une logique de
concurrence, on assiste à la disparition de l’incompatibilité entre service public et
fonds de commerce qui résultait de l’ancien monopole. En somme, Algérie
Télécom, intervenant dans un domaine purement concurrentiel, exploite un fonds
de commerce.
2- Algérie Télécom : entreprise publique

Dans la mesure où l’entreprise opère dans un secteur qui revêt un caractère


stratégique, la loi impose qu’elle soit régie par son statut organique187 en vigueur,
ou par un statut spécial fixé par voie réglementaire188.

185
- Algérie télécom est inscrite au centre du registre de commerce le 11 Mai 2002 sous le numéro
02B 0018083. V. www.algerietelecom.dz/. Cette inscription aux multiples conséquences, n’est pas
attributive de la qualité de commerçant, mais fait naître une présomption légale. Cf. BOUSSOUMAH
(M.), L’entreprise socialiste en Algérie, éd. Economica, Paris, 1982, p.594 et s ; BRAHIMI (M.),
« Quelques questions à la réformes de l’entreprise publique (loi 88-01) », RASJEP, n° 1, Mars 1989,
pp. 89-126 ; Loi n° 88-01 du 12 janvier 1988 portant loi d’orientation sur les entreprises publiques
économiques, JORA n° 2 du 13 janvier 1988 et spécifiquement les dispositions maintenues en vigueur
par l’ordonnance n°95-25 du 25-09-1995 relative à la gestion des capitaux marchands de l’Etat, JORA
n° 55 du 27-09-1995.
186
- Il ressort, en effet, des dispositions de l’article 2 du code de commerce, que le droit commercial
s’applique à la fois à l’industrie et au commerce, c’est-à-dire aux activités de distribution et de
circulation des biens et des services, ainsi qu’à celles de productions et de transformation. Le code de
commerce algérien investit la conception dite objective selon laquelle le droit commercial est défini
comme étant le droit des actes de commerce. Le commerçant est celui dont la profession est de faire
des actes de commerce. Voir, l’article 2 du code de commerce, op.cit.
187
- Art. 6 de la loi 01-04 du 20 août 2001 relative à l’organisation, à la gestion et à la privatisation des
EPE, op.cit. Malgré nos efforts considérables, les dirigeants d’Algérie Télécom interdisent tout accès
aux documents de l’opérateur y compris son statut.
188
- Art. 6 de la loi 01-04, ibid. En l’absence de texte réglementaire, on peut supposer qu’Algérie
Télécom est considérée comme une entreprise publique ordinaire. Il est possible, en somme, de la
comparer par exemple, avec SONELGAZ qui a fait l’objet d’un décret présidentiel qui en fixe les
statuts, V. Décret présidentiel n°02-195 du 1er juin 2002 portant statut de la Société Algérienne de

78
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Si Algérie Télécom est organisée selon le moule de la société commerciale,


elle reste propriété de l’Etat et se situe, comme le souligne le professeur Zouaîmia
Rachid s’exprimant sur l’ambivalence de l’entreprise publique, "au cœur d’une
logique, celle de l’Etat qu’elle va continuer à subir dans la mesure où elle ne nait
pas ex nihilo"189. En effet, le constat est sans équivoque ; l’entreprise est marquée
profondément par des préoccupations socio-politiques du système sur lesquelles
elle n’a pas de prise.
Le caractère public d’Algérie Télécom, comme opérant dans un
environnement concurrentiel, restitue d’une part le débat sur son autonomie au-delà
de la sphère juridique et, pose, d’autre part la problématique de son influence sur le
marché des télécoms. Concernant la question de son autonomie, en tant
qu’entreprise publique, elle "subit le projet d’autonomie qui reste une œuvre
étatique ; ensuite, elle est chargée d’un héritage qu’elle porte en elle en tant que
structure instrumentale et que la seule force des textes n’est pas en mesure de
gommer"190.
En outre, en tant qu’entreprise publique soumise à des sujétions de service
public, de par le caractère stratégique du secteur des télécoms, Algérie Télécom
peut, aux termes de l’article 6 de la loi 01-04 relative à l’organisation, à la gestion
et à la privatisation des EPE, conclure des conventions avec l’Etat : ce qui témoigne
de la relation « intime » entre l’Etat et les EPE.
Quant à son influence sur le marché des télécoms, son caractère public lui
offre la possibilité de dominer les autres concurrents compte tenu des subventions
que lui accorde l’Etat, par exemple dans le cadre du financement du service
universel ou du fait de sa détention du principal des télécommunications (réseau et

l’électricité et du gaz dénommée "SONELGAZ. spa", JORA n°39 du 02-06-2002, ou encore avec
SONATRACH, V. Décret présidentiel n°98-48 du 11 février 1998 portant statuts de la société
nationale pour la recherche, la production, le transport, la transformation et la commercialisation des
hydrocarbures " SONATRACH", JORA n° 07 du 15-02-1998 modifié et complétée par décret
présidentiel n°2000-271 du 23 septembre 2000, JORA n° 57 du 24-09-2000. Un autre élément permet
également une telle affirmation : il s’agit du projet d’ouverture du capital d’Algérie Télécom qui a été
abandonné par la suite. Or, les entreprises dites stratégiques ne peuvent faire l’objet d’une privatisation
partielle.
189
- ZOUAÏMIA (R.), « L’ambivalence de l’entreprise publique en Algérie », op.cit, p.151.
190
- ZOUAÏMIA (R.), « L’ambivalence de l’entreprise publique en Algérie », op.cit, p.152.

79
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

infrastructures). Il y a, certes, un régulateur pour veiller à l’existence d’une


concurrence effective et loyale sur le marché, mais cette situation de réguler « sans
privatiser l’opérateur public » contient un obstacle majeur. Dans cette situation,
l’opérateur public peut s’affranchir de la discipline du marché grâce à la protection
que lui confère son actionnariat public191.
Si une telle protection est bénéfique lorsque le climat économique est
favorable, elle conduit inéluctablement à socialiser les pertes en cas de
retournement de conjoncture. En outre, et compte tenu des caractéristiques du
secteur des télécoms, en tant que service collectif, la défaillance de l’opérateur
public dominant accroît les effets induits sur l’ensemble du marché, pour devenir
un risque systémique192.
Le caractère public de l’entreprise impose au surplus, qu’on lui applique des
règles différentes de celles appliquées aux sociétés commerciales. Ces règles
concernent le personnel de l’EPE, ses biens et ses marchés.
- S’agissant de son personnel, l’article 146 de la loi 2000-03 fixant les règles
générales relatives à la poste et aux télécommunications accorde aux personnels
permanents d’Algérie Télécom, en fonction à l’administration des
télécommunications à la date de l’entrée en vigueur de la loi précitée, le choix de
maintenir à titre résiduel la qualité d’agent public pour le personnel qui souhaite la
garder et ce, dans le souci de préserver des "acquis", soit opter pour le statut
particulier des personnels de l’autorité de régulation et des deux opérateurs prévus à
l’article 12 de la loi précitée193.
Cette solution n’a pu être adoptée que parce que le président de la nouvelle
société reste une autorité subordonnée au gouvernement, le capital de l’entreprise
demeure totalement détenu par l’Etat et que l’entreprise est chargée d’une mission
de service public. On trouve là une illustration de la position subordonnée des

191
- Voir, DU MARAIS (B.), Droit public de la régulation économique, op.cit, p.566.
192
- Ibid. p. 567.
193
- La même solution a été présentée en France, lorsque l’entreprise France télécom s’est transformée
en société anonyme en 1996. Voir, DELVOLVE (P.), Droit public de l’économie, op.cit, p. 716.

80
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

organes dirigeants de l’entreprise publique, de l’ambiguïté de son statut et des


contradictions de son régime.
Quant aux biens de l’entreprise, ils relèvent du domaine privé de l’Etat194. Le
législateur considère toutefois que l’actif de l’entreprise est aliénable, saisissable et
prescriptible selon les règles en usage dans le commerce195.
- Enfin, les marchés de l’entreprise, comme ceux des administrations et des
établissements publics, sont soumis aux dispositions de la règlementation relative
aux marchés publics196.
L’article 2 du décret présidentiel n°13-03 modifiant et complétant le décret
présidentiel n°10-236 portant réglementation des marchés publics, précise que :
"Les entreprises publiques économiques ne sont pas soumises au dispositif de
passation des marchés prévu par le présent décret. Toutefois, elles sont tenues
d’élaborer et de faire adopter, par leurs organes sociaux, des procédures de
passation de marché, selon leurs spécificités, fondées sur les principes de liberté
d’accès à la commande, d’égalité de traitement des candidats et de transparence.
Par ailleurs, les EPE demeurent soumises aux contrôles externes prévus par
la loi au titre des attributions dévolues aux commissaires aux comptes, à la Cour
des comptes et à l’inspection générale des finances"197.

194
- Voir, l’article 1er et 2/2 de ordonnance n° 95-25 du 25 septembre 1995 relative à la gestion des
capitaux marchands de l’Etat, JORA n° 55 du 27-09-1995 ; voir également, les dispositions des articles
4 et 18 de la loi n° 08-14 modifiant et complétant la loi n° 90-13 du 1er décembre 1990 portant loi
domaniale, op.cit.
195
- L’article 4 de la loi 01-04 relative à l’organisation, à la gestion et à la privatisation des entreprises
publiques économiques, dispose que " Le patrimoine des entreprises publiques économiques est
cessible et aliénable conformément aux règles de droit commun et des dispositions de la présente
ordonnance. Leur capital social constitue le gage permanent et irréductible des créanciers sociaux".
L’article 3 in fine de la même loi, prévoit que le capital social des EPE est régi par les dispositions de
la loi n° 90-30 portant loi domaniale, et notamment celles relatives à la gestion du domaine privé de
l’Etat. Pour plus de détails sur le sujet des biens des EPE, voir, RAHMANI (A.), Les biens publics en
droit Algérien, op.cit, p.191 et s, en droit comparé, voir, DELVOLVE (P.), Droit public de
l’économie, op.cit, p. 721 et s, COLSON (J.-F.) & IDOUX (P.), Droit public économique, L.G.D.J, 5e
éd. Paris, 2010, p.877.
196
- Voir, Décret présidentiel n° 12-23 du 18 Janvier 2012 modifiant et complétant le décret
présidentiel n° 10-236 du 07 Octobre 2010 portant règlementation des marchés publics, JORA n° 4 du
26-01-2012., modifié et complété par décret présidentiel n° 13-03 du 13 janvier 2013, JORA n° 2 du
13-01-2013, p.4
197
- L’article 2 du décret présidentiel n° 12-23 de l’année 2012 disposait que "Les disposition du
présent décret sont applicables exclusivement aux marchés, objet des dépenses : (…) des
établissements publics à caractère industriel et commercial et des entreprises publiques économiques

81
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

L’exécutif revient à la disposition de l’article 2 du décret n° 10-236 en


imposant aux entreprises publiques économiques et aux établissements publics à
caractère industriel et commercial d’adopter et de valider les dispositions de la
règlementation relative aux marchés publics, respectivement par leurs organes
sociaux et leurs conseils d’administration. En revenant à l’obligation contenue dans
l’ancienne réglementation, le décret modificatif ne définit aucun mode opératoire ;
il laisse toute l’initiative au secteur économique de s’organiser, de s’inspirer d’un
modèle et de mettre en place des procédures d’achat et de contrôle.
En outre, il ressort de la lecture d’un arrêté interministériel publié au journal
officiel six mois après son adoption que, le recours aux appels d’offres dans le
secteur de la poste et technologies de l’information et de la communication ne
concernera que les grands projets198. Cet arrêté accorde en effet, une importante
place au gré à gré dans la conclusion des marchés publics liés à ce secteur.
Il est pertinent en somme de conclure en s’interrogeant sur l’intérêt qu’il y a à
conserver la totalité du capital public dans l’opérateur dominant dans un service
collectif, dès lors que ce secteur est libéralisé.

lorsque ceux-ci sont chargés de la réalisation d’une opération financée, totalement ou partiellement
sur concours temporaires ou définitif de l’Etat". L’article prévoit par ailleurs que "Les entreprises
publiques et les établissements publics, lorsqu’ils ne sont pas soumis aux dispositions du présent
décret, sont tenus d’adapter leurs propres procédures à la réglementation des marchés publics et de
les faire adopter par leurs organes habilités ".
198
- Arrêté interministériel adopté le 02 Août 2011 fixant la liste des études, fournitures et services
spécifiques aux technologies de l’information et de la communication ne nécessitant pas le recours à
un appel d’offres, JORA n° 6 du 12-02-2012. Dans cette liste, (art. 2) figurent de larges pans de
services et de fournitures qui étaient soumis précédemment à la procédure d’appel d’offres. Ne sont
pas soumis aux procédures d’appels d’offres, entre autre, les « études de veille, de faisabilité,
d’expertise, de consulting et d’audit » ainsi que celles relevant du « conseil et assistance, depuis la
définition des besoins jusqu’à la réception des projets liés à la mise en place d’infrastructures des TIC
ou au développement et à l’intégration de solutions informatiques ». Dans le chapitre « Services
spécifiques » aux TIC, l’article 2 dresse une liste de sept prestations relevant principalement de
l’Internet, mais également de la formation et la maintenance. Dans la partie « Fournitures », l’arrêté
interministériel exclut de la procédure des appels d’offres toutes les acquisitions « des licences
logicielles et d’exploitation », « d’infrastructures réseaux passifs multimédias », et « des logiciels et
applications informatiques». Dans la partie « Fournitures », l’arrêté interministériel exclut de la
procédure des appels d’offres toutes les acquisitions « des licences logicielles et d’exploitation », «
d’infrastructures réseaux passifs multimédias», et « des logiciels et applications informatiques ».

82
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

B- L’exercice du droit de préemption sur les opérateurs privés :


l’affaire OTA

La pérennité de l’action publique dans le secteur des télécommunications est


fortement démontrée à travers la volonté des pouvoirs publics de vouloir racheter
les parts sociales d’OTA (1) par l’exercice du droit de préemption (2).

1- Le contexte de l’affaire OTA

Avec l’appui des autorités algériennes, Orascom Télécom Holding (OTH) a


remporté la première licence de téléphonie mobile de type GSM au prix de 737
millions de dollars ($us)199, soit un tiers en moins que la licence payée par
l’opérateur Meditel au Maroc alors que le PIB par tête des Algériens était deux (2)
fois plus élevé que celui des marocains200.

Aujourd’hui, Orascom Telecom Algérie, filiale d’"OTH", représente près de


45% du chiffre d'affaires de la holding Orascom201. "OTA" a notamment permis à
la holding de devenir un groupe important du monde des télécommunications202.

199
- Voir, décret exécutif n° 01-219 du 31 juillet 2001 portant approbation de licence d’établissement
et d’exploitation d’un réseau public de télécommunications cellulaire de norme GSM et de fourniture
de services de télécommunications au public, JORA n°43 du 05-8-2001, voir également, Convention
d’investissement du 5 août 2001 entre l’Etat Algérien et Orascom Télécom Holding SAE agissant au
nom et pour le compte de Orascom Télécom Algérie., la convention est annexée au décret exécutif n°
01-416 du 20 décembre 2001 portant approbation de la convention d’investissement signée entre
l’agence de promotion, de soutien et de suivi des investissements "APSI" et Orascom Télécom
Algérie, JORA n° 80 du 26 décembre 2001. A noter que l’agence nationale de développement de
l’investissement (ANDI) a succédé à l’APSI en vertu de l’article 6 de l’ordonnance n°01-03 du 20
août 2001 relatif au développement de l’investissement (modifiée et complété), op.cit, OTA a
remporté également une licence VSAT en Algérie pour la somme de 2,05 millions de dollars. Décret
exécutif n° 04-107 du 13 avril 2004 portant approbation de licence d’établissement d’un réseau public
de télécommunications par satellite de type VSAT et de fourniture de service de télécommunications
au public, JORA n°23 du 14-04-2004.
200
- En Tunisie, c’est également l’opérateur Orascom qui obtient la première licence, après
l’annulation du premier appel d’offre en 2001 à la suite d’une offre de 381 millions de dollars par le
consortium (Telefonica et Portugal-Telecom), jugée insuffisante par les pouvoirs publics Tunisiens.
201
- OTA est jusqu’à 2008 leader avec plus 67 % du marché de la téléphonie mobile en Algérie. Sa
stratégie commerciale est basée sur quatre marques commerciales : Djezzy, Allo ota, OTAxiphone,
Imtiyaz
202
- Le groupe égyptien OTH est crée en 1998, il a développé ses activités de télécommunications
essentiellement au Moyen-Orient, au Maghreb et en Afrique subsaharienne. Son directeur et principal

83
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

A travers l’exemple d’"OTA", l’on mesure d’emblée les faiblesses de la


régulation indépendante en Algérie. En témoigne le manque de transparence des
autorités algériennes vis-à-vis des " prétendants " de la première licence. En effet,
après une première sélection sur la base de critères techniques, quatre (4)
opérateurs internationaux sont retenus pour proposer une offre financière. La
prudence de l’offre de l’opérateur Orange et le renoncement des opérateurs
Espagnol (Telefonica) et Portugais (Portugal Telecom) à faire une offre commune,
témoigne d’une méfiance des investisseurs à l’égard du marché algérien. Cette
méfiance résulte plus globalement du contexte d’incertitude, du manque de lisibilité
de la stratégie de développement des télécommunications et des forces d’inertie qui
pèsent sur le programme de libéralisation économique.

L’offre de l’opérateur Orascom surévalue le marché de près de 75% par rapport


à la seconde enchère. Cet écart pose la question de la pertinence de retenir
l’opérateur le plus optimiste qui n’est pas nécessairement le plus efficace à
développer, dans les meilleurs délais, un réseau de télécommunications. De ce fait,
l’opérateur égyptien a été confronté à d’importantes difficultés financières qui ont
retardé ses engagements en matière d’investissement203. En conséquence, il s’est
produit un effet d’éviction des objectifs d’efficacité de la procédure d’attribution au
profit des seuls objectifs de taxation.

L’affaire "OTA" est une excellente illustration des problèmes réels auxquels
sont confrontées les entreprises étrangères implantées en Algérie, étant donné
l’attitude historiquement suspicieuse du gouvernement algérien à l’égard des

actionnaire est l’égyptien Naguib Sawiris. En 2010, OTH et VimpelCom (Opérateur Russe) ont
annoncé leur fusion ; OTH est dorénavant partie intégrante de VimpelCom. Voir,
www.wikipedia.org/orascom_telecom_holding.
203
- Le groupe était contraint, d’une part, à mettre en vente une partie de ses licences en Afrique
subsaharienne, et, d’autre part, à solliciter un financement bancaire auprès d’un consortium de banques
publiques Algériennes (175 millions de Dollars auprès de la BADR, du CPA, de la BNA, de la BEA,
de la CNEP et de la BDL), et de Banques internationales (300 millions de Dollars auprès du crédit
lyonnais et de la banque allemande West L.B) pour le financement de la licence et de l’acquisition
d’équipements dans la période 2002-2003. En outre, la réticence des équipementiers (Alcatel et
Siemens) à octroyer des crédits fournisseurs à témoigné de la méfiance à l’égard de la solvabilité de
l’opérateur égyptien.

84
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

investisseurs étrangers et la tendance à adopter des mesures contre leurs intérêts


sans consultation préalable ni avertissement.

La question de la vente d’Algerie Djezzy, filiale d’Orascom Telecom Holding


(OTH), s’est posée bien avant novembre 2009, date à laquelle l’opérateur est
soumis à un redressement fiscal. Suite à des difficultés financières, la filiale
algérienne du groupe de télécommunications égyptien Orascom Telecom s’est vue
notifier pour près de 600 millions de dollars d’arriérés fiscaux et de pénalités par
les autorités algériennes, comptant pour les années 2005, 2006 et 2007. Et pour
céder sa filiale algérienne, elle a agi en contradiction avec les procédures prévues à
cet effet.

Dès que la société égyptienne a exprimé publiquement son intention de céder


sa filiale, les autorités algériennes ont immédiatement annoncé leur volonté de la
récupérer. Sans se conformer à la loi algérienne, la société égyptienne a pris attache
avec la société sud-africaine NTM pour céder ses parts sociales de sa filiale
algérienne, sans en informer au préalable l’autorité de régulation204. En effet,
l’article 19 du décret exécutif n°01-124 du 9 mai 2001 portant définition de la
procédure applicable à l’adjudication par appel à la concurrence pour l’octroi des
licences en matière de télécommunication dispose que "Tout projet de cession par
le titulaire de la licence des droits découlant de la licence doit faire l'objet d'une
demande auprès de l'Autorité de régulation". Demande qui doit être accompagnée
d’un dossier comportant l’ensemble des informations requises par le règlement
d’appel à la concurrence qui a donné lieu à l’attribution de la licence. Ensuite,
l’autorité de régulation dispose d’un délai d’un mois suivant la date de réception du

204
- D’après le ministre des finances algérien, la société Orascom n'avait jamais informé l'ARPT de
son intention de céder à une autre entreprise sa filiale. Alors que le changement d’actionnaires ne doit
pas s’effectuer sans l’accord préalable des autorités algériennes, auquel cas, le non-respect de cette
clause peut conduire l’Etat algérien à retirer la licence d’exploitation à Djezzy.

85
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

dossier pour se prononcer et soit accepter le projet de cession205, soit de le refuser,


auquel cas, la décision de l’autorité est motivée.

La démarche d’"OTH" était motivée par le fait que la société égyptienne


voulait mettre les autorités algériennes devant le fait accompli, en lui imposant un
repreneur étranger, venant d’un pays ami : l’Afrique du sud206.

Au cours de l’année 2011, le gouvernement algérien a décidé de racheter tout


le capital de Djezzy. A notre sens, si le gouvernement parvient à racheter le capital
de l’opérateur, Orascom n’aura plus à payer toutes ses dettes, à commencer par les
dettes fiscales, les dettes envers l’opérateur Algérie Telecom pour les
interconnexions et autres services fournis, les dettes envers les banques algériennes
et étrangères, les dettes sociales, les dettes envers les fournisseurs, etc. Après le
rachat de Djezzy, le gouvernement algérien –créancier de Djezzy par
l’intermédiaire du trésor public qui attend le paiement de ses dettes- devient
endetté. La Presse nationale évoque un scandale, que "c’est le gouvernement
algérien qui a permis à Orascom de piller l’Algérie"207.

En somme, l’achat du capital de l’opérateur qui est une manœuvre comptable


pour ne pas payer les dettes accumulées est une preuve supplémentaire que le
gouvernement est au service des intérêts d’Orascom. Pour éviter ce "vol déguisé", il
existe une solution légale : retirer la licence d’exploitation à Djezzy pour non

205
- En cas d’acceptation du projet de cession, la nouvelle licence dont le texte est élaboré par l’ARPT
est attribuée au cessionnaire par décret exécutif. Voir, l’article 19 du décret exécutif n°01-124 du 09
mai 2001 portant définition de la procédure applicable à l’adjudication par appel à la concurrence pour
l’octroi des licences en matière de télécommunications, JORA n° 27 du 13-05-2001.
206
- Après la visite du Président Jacob Zuma en Algérie, qui était accompagné du PDG de la société
NTM et face à l’intransigeance algérienne, cette dernière a retiré sa proposition de rachat. Voir,
HAFID (C.-ED.), « Algérie : rachat des parts sociale de l’entreprise Orascom Télécom Algérie
(OTA) », www.avocats.fr/space/chems-eddine.hafid
207
- V. « Comment Bouteflika a permis à Orascom de piller l’Algérie », www.lematin.dz, 15 avril
2010.

86
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

respect des textes législatifs et règlementaires. Avec ce retrait, l’opérateur entrera


dans la phase de la liquidation judiciaire208.

2- Le rachat de l’opérateur : le droit de préemption ?

A la date de l’obtention de la première licence par "OTH", la législation


algérienne ne connaissait pas le droit de préemption. En effet, ce n’est qu’en 2009
que le législateur a pensé à l’introduire dans la loi de finances complémentaire pour
l’année 2009.

Les différentes déclarations dans la presse nationale et internationale, quant à


la cession de Djezzy, ont fait réagir le gouvernement algérien qui entend faire
prévaloir le droit de préemption et que « toute transaction ne respectant pas les
dispositions légales ne sera pas avalisée par les pouvoirs publics et sera déclarée
nulle et sans effet »209, invoquant l’article 62 de la loi de finances complémentaire
de 2009 qui dispose que "l’Etat ainsi que les entreprises publiques économiques
disposent d’un droit de préemption sur toutes les cessions de participations des
actionnaires étrangers ou au profit d’actionnaires étrangers"210. De même,
l’article 47 de la loi de finances complémentaire pour 2010 dispose que "L’Etat ou

208
- Le lancement de la 3G, qui devait avoir lieu en septembre 2011 est, selon le ministre chargé du
secteur, tributaire du règlement de l’affaire Djezzy. Voir, « Cession de Djezzy et lancement de la 3G :
dans moins d’un mois », Le soir d’Algérie, 6 avril 2013, p.3. Pour le rachat de Djezzy, les
négociations entre le gouvernement et VimpelCom (propriétaire de Djezzy) sont enclenchées depuis
janvier 2012. Du reste, le règlement du litige opposant Naguib Sawiris et le gouvernement algérien est
tributaire de la sentence arbitrale du CRDI. Voir, ARBANI (M.), « Affaire Djezzy : un centre
américain pour l’arbitrage du litige Algérie-Sawiris », (15-02-2013)
www.algerie1.com/actualité/affaire-djezzy. Voir également, LEGHLIEL (N.), « Un expert
international évalue les actifs de Djezzy : l’Etat achète une coquille vide », (16-02-2013),
www.algeriepatriotique.com . Dans un flash répercuté par bon nombre d’agences de presse
internationales le 02 juin 2010, la direction d’Orascom estime que la firme sud-africaine NTM lui a
offert 7,8 milliards de dollars pour racheter « Djezzy ». Mais un peu plus tard, le 9 août 2010, la
Deutsche Bank valorise Djezzy à 3,6 milliards de dollars.
209
- « L’Algérie et le droit de préemption dans le cas de Djezzy », Le quotidien d’Oran, 11-08-2012.
210
-Voir, article 62 de l’ordonnance n°09- 01 du 22 juillet 2009 portant loi de finance complémentaire
pour 2009, JORA n°44 du 26-07-2009 ; l’article 58/3 de la même ordonnance prévoit que "Les
investissements étrangers ne peuvent être réalisés que dans le cadre d’un partenariat dont
l’actionnariat national représente 51% au moins du capital social. Par actionnariat national, il peut
être entendu l’addition de plusieurs partenaires".

87
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

les entreprises publiques conservent le droit de racheter les actions ou parts


sociales de la société concernée par la cession directe ou indirecte"211.

Le droit de préemption est défini comme étant un droit légal ou contractuel


accordé à certaines personnes privées ou publiques d’acquérir un bien en priorité ou
par préférence à tout autre personne lorsque le propriétaire manifeste la volonté de
le vendre212. Si ce droit est appliqué pour la cession d’entreprises dans bon nombre
de pays pour des raisons qu’ils jugent stratégiques, le grand problème est que cela
doit figurer dans la convention d’investissement initiale et de s’entendre sur la
totalité ou une fraction de la vente et sur le prix de cession213. Le droit de
préemption est juridiquement inapplicable pour le rachat de Djezzy dans la mesure
où la convention d’investissement signée entre l’Algérie et le groupe "OTH", qui
définit les conditions d’investissement, ne le prévoit pas. En somme, c’est le
principe de non rétroactivité du droit des investissements qui est mis à rude
épreuve214.

Comme souligné précédemment, l’Algérie peut, au préalable, faire prévaloir


les clauses contenues dans le cahier des charges où l’autorité de régulation doit être
avertie avant toute transaction en application de l’article 19 du décret exécutif
n°01-124 sus-cité qui prévoit que tout projet de cession par le titulaire de la licence
des droits découlant de la licence doit faire l’objet d’une demande auprès de
l’Autorité de régulation ; de l’article 3 du décret 01-219 attribuant la licence à
OTA, qui prévoit que la licence acquise dans ce cadre "est personnelle et ne peut
être cédée ou transférée que dans le cadre et conformément aux dispositions
211
- voir les articles 47,48 et 49 de l’ordonnance 10-01 du 26 août 2010 portant loi de finance
complémentaire pour 2010, JORA n° 49 du 29 août 2010.
212
- Voir, GUILLIEN (R.) & VINCENT (J.), Termes juridiques, 10 éd. Dalloz, 1995, p.424
213
- Sur la question du droit de préemption, voir, ZOUAÏMIA (R.), « Le régime des investissements
étrangers à l’épreuve de la résurgence de l’Etat dirigiste », RASJEP n° 2, 2011, pp.5-38.
214
- Le droit algérien connait la règle selon laquelle " la loi ne dispose que pour l’avenir ; elle n’a
point d’effet rétroactif". Art. 2 du code civil. Le principe de l’application immédiate et de non
rétroactivité de la loi implique que les situations non contractuelles en cours soient immédiatement
régies par la loi nouvelle. En conséquence, hors le cas de la stipulation expresse de rétroactivité que
contient la convention et non la loi, le droit de préemption n’est point rétroactif. Sur le principe de non
rétroactivité en matière d’investissement, voir, HAROUN (M.), Le régime des investissements en
Algérie à la lumière des conventions Franco-Algériennes, Litec, Paris, 2000, p. 230 et s.

88
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

législatives et réglementaires en vigueur et aux conditions fixées dans le cahier


des charges"215 et, de l’article 40 du cahier des charges qui prévoit expressément
que toute modification affectant la participation directe ou indirecte dans le capital
social doit faire l’objet d’une notification préalable à l’ARPT216. Cette dernière doit
également être informée de toute modification affectant directement plus de 10%
de la répartition de l’actionnariat du titulaire217.

De cette affaire, on peut tirer deux enseignements négatifs :

-le premier concerne les faiblesses de la régulation indépendante en


Algérie caractérisée par la primauté du politique sur l’économique. En effet, l’on
constate une nette primauté des logiques politiques sur les considérations
d’efficacité et d’efficience économique. Le marché des télécommunications étant
évolutif, les pouvoirs publics auraient dû laisser le soin à l’autorité de régulation de
procéder, malgré la limitation de son pouvoir de sanction, à la mise en demeure
d’OTA de se conformer au cahier des charges ou, le cas échéant, proposer le retrait
de la licence.

-le deuxième, parfois inhérent au premier, a trait à l’ineffectivité de la norme


en droit économique Algérien. Si l’Algérie utilise le droit de préemption dans le cas
de Djezzy, les pouvoirs publics signent "l’acte de décès" des textes régissant le
secteur des télécommunications antérieurs à 2009.

Enfin, vouloir rendre tout propriété de l’Etat signifie à plus d’un titre
pérenniser l’action publique sur le secteur des télécommunications et, en

215
- Décret exécutif n° 01-219 du 31 juillet 2001 portant approbation de licence d’établissement et
d’exploitation d’un réseau public de télécommunications cellulaire de norme GSM et de fourniture de
services de télécommunications au public, op.cit
216
- Art. 40.2 a. du cahier des charges relatif à l’établissement et l’exploitation d’un réseau public de
télécommunications cellulaire de norme GSM (…), annexé au décret exécutif n° 01-219 du 31 juillet
2001,portant approbation de licence au profit d’OTA, op.cit
217
- Voir, Art. 40.2 a-I du cahier des charges, Ibid.

89
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

conséquence, retrouver la situation de monopole218. Or, comme l’écrit le professeur


Gérard Farjat, " contrairement à ce qui est souvent affirmé, la catégorie
fondamentale du droit dans l’architecture juridique des sociétés développées
contemporaines n’est pas la propriété mais le contrat "219.

218
- Au-delà du conflit Algérie-OTA, c’est l’image du pays qui est ternie. L’affaire Djezzy rappelle à
certains égards l’affaire Khalifa Banque où, au lieu de redynamiser les actifs de la banque, les
pouvoirs publics les ont mises en liquidation pour revenir au monopole.
219
- FARJAT (G.), Pour un droit économique, éd. Puf, Paris, 2004, p.47

90
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Section II
De la coexistence de deux corps de règles dans la régulation des
télécommunications : le sectoriel et le général/ ex ante et ex post.

La mise en place de la régulation sectorielle des télécommunications en


Algérie est le fruit d’une profonde réorganisation du secteur. Elle est, par ailleurs,
le fruit d’une réflexion portant sur l’organisation optimale des marchés dits en
transition, ou déréglementés. En ce sens, la réception de l’ordre libéral dépasse les
frontières du secteur de télécommunications et embrasse la totalité des industries de
réseau (transport, électricité et gaz, eau…) qui se libéralisent ou qui s’ouvrent
progressivement à la concurrence. Si les principes de base sont presque identiques
pour tous les secteurs, les spécificités de chacun appellent une analyse séparée.

Les activités de télécommunications sont régulées par deux corps de règles


différents : droit sectoriel et droit de la concurrence. Les deux corps de règles sont
complémentaires malgré les différences des institutions qui les mettent en œuvre
(Sous-section 1) et, en dépit du caractère transitoire des règles sectorielles, les deux
corps de règles partagent un objectif commun : l’ordre public concurrentiel (Sous-
section 2).

91
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Sous-section 1. Entre complémentarité des corps de règles et


différenciation institutionnelle

Malgré les différences des institutions qui les mettent en œuvre (C), les deux
corps de règles sont complémentaires tant d’un point de vue fonctionnel (A)
qu’opérationnel (B).
A- Complémentarité en termes de fonction
La régulation sectorielle puise sa base juridique dans le droit de la concurrence
et s’inspire de ses concepts pour accompagner un secteur donné vers un régime
concurrentiel. Le cadre législatif et réglementaire des télécommunications qui
essaie d’aligner la régulation sectorielle aux principes du droit de la concurrence,
en s’appropriant plusieurs de ses notions-clés, en constitue une illustration
caractéristique.
Les deux groupes de règles servent l’objectif d’une concurrence pérenne sur le
marché et s’inscrivent alors sur une continuité. Celle-ci devient plus apparente si on
se penche sur le volet économique de la régulation sectorielle qui s’efforce de
contenir le pouvoir de l’opérateur historique dominant en imposant entre autres des
règles détaillées sur les prix et les modalités d’accès à son réseau220. Le contrôle du
pouvoir de marché et la supervision concurrentielle du secteur par la sanction des
comportements anticoncurrentiels relèvent également du droit de la concurrence
qui n’a pourtant pas été considéré pour le moment apte à assurer seul
l’accomplissement de ces missions221. En outre, l’objectif de la protection du bien-
être des consommateurs préside à la fois les règles du droit de la concurrence et la

220
- Cf. COHEN-TANUGUI (L.), « L’articulation entre la régulation sectorielle et le droit de la
concurrence », Contribution au colloque organisé par la DGCCRF sur " la régulation : Monisme ou
pluralisme ? Equilibre dans les secteurs des services publics concurrentiels", Rev. conc. consom. n°
103, mai-juin 1998, p. 60., l’auteur met en avant cette parenté des concepts entre la régulation
sectorielle et le droit de commun de la concurrence. Les questions principales traitées par la régulation
sectorielle sont grosso modo les conditions techniques et tarifaires d’accès au réseau, les modalités
d’entrée aux marchés (autorisation, allocation des ressources rares), la détermination des prix finals, le
service universel et une série de sujets n’ayant aucun rapport, ou presque, avec la concurrence.
221
- Voir, GALANIS (T.), Droit de la concurrence et régulation sectorielle : l’exemple des
communications électroniques, Thèse de doctorat en Droit, Université Paris 1, Panthéon -Sorbonne,
2008, p.31.

92
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

régulation sectorielle appréhendée dans toutes ses dimensions économiques et


extra-économiques.
Cependant, si les fonctions du droit commun et de la réglementation
spécifique affichent une certaine parenté, elles ne sont pas identiques. Il est souvent
affirmé que la régulation sectorielle a pour objet principal d’instaurer, de faire
surgir la concurrence sur des marchés fortement réglementés ou longtemps
monopolisés, tout en conciliant le principe de la concurrence avec les missions
d’intérêt général222. En revanche, le droit de la concurrence veille à la préservation
de la concurrence et ne vise pas à la création ex nihilo des conditions
concurrentielles sur un marché donné. De façon générale, il peut être aisément
avancé que la régulation sectorielle se reconnaît d’abord par sa spécificité d’assurer
le respect des objectifs parfois éloignés des préoccupations concurrentielles.
L’éventail de ses missions allant de l’encadrement technique du secteur, du service
universel et de l’organisation de l’entrée des opérateurs sur les marchés jusqu’à
l’imposition des standards de qualité, le contrôle de l’accès au marché et la
promotion des investissements223, dépasse largement celui du droit de la
concurrence, cantonné à lutter contre les comportements anticoncurrentiels.
Au surplus, les règles issues de la régulation sectorielle peuvent arriver à
protéger temporairement certaines entreprises de la concurrence, notamment les
nouveaux entrants, afin qu’ils puissent participer ultérieurement, d’une manière
plus active, au jeu concurrentiel. Ces préoccupations sont inconnues au droit de la
concurrence qui cible, en principe, le bien-être des consommateurs224.

222
- KOVAR (R.), V° Concurrence, Répertoire communautaire Dalloz, (encyclopédie Dalloz droit
communautaire), Paris, Dalloz 1992, p. 2. SCHAPIRA (J.), LE TALLEC (G.), BLAISE (J.-B.), IDOT
(L), Droit européen des affaires, 5ème éd., PUF, Paris, 1999, T. 1, p.217 et s.
223
- Pour illustration, voir, Rapport annuel de l’ARPT pour 2001, www.artpt.dz/, p. Dans le même
ordre en droit français, voir, Avis cons. Cons., français, n°08-A-09 du 5 juin 2008, relatif à la
demande d’avis de l’ARCEP dans le cadre d’analyse des marchés de gros du haut débit et du très haut
débit : « (…) La réglementation ex ante a pour objet, à titre transitoire, de permettre la concurrence
entre les services et la liberté de choix de l’acheteur, mais également, de favoriser les investissements
de développement des infrastructures concurrentes de celles de l’opérateur historique », cité par,
GALANIS (T), Droit de la concurrence et régulation sectorielle : l’exemple des communications électroniques,
op.cit, p. 33.
224
- GLANIS (T.), Ibidem.

93
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Etant donné que l’objectif de l’ouverture des marchés à la concurrence est plus
ou moins atteint, l’enjeu principal de la régulation sectorielle dans le secteur des
télécommunications se déplace de l’introduction à la concurrence à l’introduction
durable à la concurrence225. A cette fin, la correction des défaillances du marché226
dues à la présence des éléments de monopole naturel, des asymétries de
l’information et des externalités, c’est-à-dire des situations qui sont liées à la
présence d’importantes barrières à l’entrée d’un marché et permettent aux
opérateurs solidement ancrés dans le marché ouverts à la concurrence d’exercer
leur pouvoir de monopole, devient la principale préoccupation de la régulation
sectorielle. En revanche, le droit de la concurrence s’occupe indirectement de ces
obstacles structurels pour l’accès au marché et l’exercice d’une concurrence
effective, sous la condition que la régulation sectorielle soit en place et arrive à
produire des résultats concrets227.

B- Complémentarité de fond
La régulation sectorielle intervient d’une façon plus directe à la constitution et à
l’organisation du marché, ce qui affecte son contenu ainsi que la nature et la forme
de ses instruments : les règles du droit sectoriel sont beaucoup plus détaillées que
celles du droit de la concurrence et s’appliquent souvent d’une manière plus
générale, moins dépendante des cas individuels228. De surcroît, la régulation
sectorielle peut donner naissance à de nouvelles obligations légales destinées aux
acteurs du marché et d’en préciser le contenu d’une façon détaillée, un exemple
topique étant le prix de l’interconnexion229.

225
- Cf. HOBERDON (N.), Droit de la concurrence et régulation sectorielle : recherche sur un
ensemble juridique cohérent, Thèse de Doctorat en Droit, Université Paris-Dauphine, 2010, p.268
226
- Voir, DUMEZ (H.) et JEUNEMAITRE (A.), « Les institutions de la régulation des marchés :
étude de quelques modèles de référence », RIDE, n° 1, 1999, p.12. V. également, MAJONE (G.), La
communauté européenne : Un Etat régulateur, Coll. Clef Politiques, Montchrestien, Paris, 1996, p. 13.
227
- V. GALANIS (T.), Droit de la concurrence et régulation sectorielle : l’exemple des
communications électroniques, op.cit, p. 33
228
- GALANIS (T.), Droit de la concurrence et régulation sectorielle …op.cit, p.34 et s.
229
- Obligations qui peuvent résulter du pouvoir de règlement des litiges et d’arbitrage reconnu à
l’autorité sectorielle. Sur ce sujet, voir, infra.

94
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Justement parce qu’elle intervient notamment ex ante et qu’elle a vocation à


structurer le secteur régulé, les règles spécifiques doivent tenir plus compte des
potentialités futures et être dotées d’une permanence pour ne pas prendre par
surprise les acteurs économiques230.
L’application du droit de la concurrence est conditionnée par la qualification
des pratiques. Les exigences en matière de preuve sont par conséquent renforcées,
car les contestations d’une entente ou d’un abus de position dominante, requièrent
des analyses minutieuses, parfois très controversées231. En matière de preuve, le
droit de la régulation est peu pragmatique. En témoigne une décision de la Cour de
cassation française, en 2011, qui interdit tout moyen de preuve (enregistrement de
conversations téléphoniques en l’occurrence) accepté comme preuve auparavant
par l’autorité de concurrence française. En plus, « la mise en mouvement du droit
de la concurrence reste soumise à une plainte ou à une détection de comportement
nocif pour l’équilibre concurrentiel, une réalité qui l’immobilise devant les
configurations des marchés imparfaitement concurrentiels, mais toujours pas
entachés d’une pratique suspecte »232. La gamme des mesures correctives propices
à pallier un dysfonctionnement concurrentiel est aussi plus circonscrite dans le
cadre du droit de la concurrence (prix excessif, non-discrimination…). Enfin, une
différence épistémologique doit être mise en relief : le droit de la concurrence se
structure autour d’un nombre très limité de règles générales233.

Toutefois, à la lumière de ce qui précède, la régulation sectorielle et le droit de


la concurrence ne s’opposent pas. Ils s’inscrivent plutôt sur un continuum de
l’intervention publique sur les marchés en question et poursuivent l’objet commun
et exclusif pour le droit de la concurrence, de la surveillance des marchés et de la
promotion d’une concurrence effective.
230
- VOGEL (L.), « Concurrence et télécommunications : dynamique et régulation », Intervention in
Atelier de la concurrence DGCCRF, Rev. conc. consom, n°103, mai-juin 1998, p.32
231
- PERROT (A.), « Les frontières entre régulation sectorielle et politique de la concurrence », RFE,
n°4, 2002, p.81.
232
- V. GALANIS (T.), Droit de la concurrence et régulation sectorielle : l’exemple des
communications électroniques, op.cit, p. 36.
233
- Ibid.

95
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

C- Les différences entre régulateur sectoriel et Conseil de la


concurrence
Introduites à partir du monde occidental, les autorités sectorielles
indépendantes se sont rapidement développées en Algérie où elles évoluent
désormais à coté du Conseil de la concurrence. Elles partagent avec ce dernier la
mission de la surveillance concurrentielle des secteurs libéralisés ; une fonction
qu’elles exécutent toutefois dans un esprit et sous un angle différent.
Bien que les objectifs des deux autorités puissent varier temporellement, ils
convergent plutôt vers un souci prédominant d’efficience économique. Cet objectif
pourrait dépasser les seules préoccupations concurrentielles et embrasser des
considérations plus vastes, mais consiste pour l’essentiel en la création d’une
situation économiquement efficiente234.
Dotée de pouvoirs étendus, l’autorité sectorielle est plus compétente que son
collègue en matière d’arbitrages délicats, surtout dans le maintien de l’équilibre
entre les préoccupations de nature concurrentielle avec des objectifs et des aspects
techniques, comme par exemple la nécessité d’imposer des standards techniques.
Enfin, l’ampleur du pourvoir discrétionnaire conféré au régulateur sectoriel est
assez grand. D’abord parce qu’il est chargé de mettre en œuvre la politique choisie
par les pouvoirs publics pour un secteur déterminé et ensuite parce que la
pertinence des considérations techniques et sociales de ses décisions, ne peut pas
être facilement remise en question par la juridiction de contrôle235.
En outre, les méthodes suivies par l’instance généraliste et l’autorité
spécialisée obéissent à des philosophies différentes. Chacune approche son rôle de
234
- HOBERDON (N.), Droit de la concurrence et régulation sectorielle …op.cit, p. 268, GLANIS
(T.), Droit de la concurrence et régulation, op.cit, p.36 et s. Cf. également, PERROT (A.), « Les
frontières entre régulation sectorielle et politique de la concurrence », op.cit, p.86, dans le même sens,
Voir, CHEROT (J.-Y.), Droit public économique, 2e éd. Economica, Paris, 2007, p.79.
235
- Il faut admettre pourtant que des efforts doivent être entrepris au niveau de la spécialisation des
juridictions compétentes pour le contrôle des décisions des régulateurs : l’attribution d’une
compétence, limité, au Conseil d’Etat, répond mal à cette nécessité. De ce fait, le contrôle
juridictionnel sur les décisions des régulateurs ne peut pas atteindre le degré de celui exercé sur le droit
de la concurrence. Ce point sera développé à l’occasion de l’étude du contrôle juridictionnel sur la
régulation des télécommunications (Partie 2, titre 2, chapitre 2)

96
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

régulateur économique sous un angle différent. La seconde est souvent appelée à


organiser les règles de jeu sur le marché en cause et à bâtir ab initio le cadre
juridique selon lequel les entreprises tracent leurs stratégies commerciales et sur
lequel elles calquent leur comportement concurrentiel236. A ce titre, l’organe
sectoriel est parfois investi d’un pouvoir règlementaire technique et limité à son
secteur237. La logique de son intervention repose alors sur le caractère imparfait de
la concurrence sur le marché qui est incapable de fonctionner seul d’une manière
satisfaisante, sans contrôle extérieur direct, ce qui va au-delà du seul respect du
droit de la concurrence.
Le conseil de la concurrence intervient en principe dans un deuxième temps,
une fois que l’intensité de la concurrence se trouve infléchie pour sanctionner les
atteintes au libre jeu concurrentiel et corriger les effets qui l’entravent. Son
intervention vise dès lors la protection de la concurrence comme processus dont la
sauvegarde ne passe pas nécessairement par la survie de tous les concurrents.
L’autorité sectorielle est plus encline à intervenir directement sur le marché, voire se
substituer aux forces du marché en présence de défaillances238.
Les différences d’approche subsistent : selon le Professeur Bruno Lasserre, "le
régulateur sectoriel est un acteur dans le jeu concurrentiel, alors que l’autorité de la
concurrence (…) n’est qu’un modulateur du contrat"239. Si le régulateur sectoriel
intervient d’une façon continue à la formation et au contenu des contrats grâce à ses
pouvoirs étendus, la mission de l’autorité de la concurrence consiste, d’après le
Professeur Bruno Lasserre, à laisser fonctionner la liberté contractuelle en s’appuyant

236
- Voir, DE GUILLENSCHIMIDT (J.), « Le sectoriel et le général dans le droit de la régulation »,
LPA, n°110, 3 juin 2002, p.59
237
- Il faut préciser que l’autorité de concurrence pourrait aussi disposer d’une compétence quasi-
règlementaire limitée afin d’édicter, par exemple, des lignes directrices d’autodiscipline. A noter que
l’ARPT ne dispose pas de pouvoir règlementaire, mais elle l’invente parfois. Sur la question du
pouvoir règlementaire de l’ARPT, Voir, infra, (Partie 2).
238
- V. GALANIS (T.), Droit de la concurrence et régulation sectorielle : l’exemple des
communications électroniques, op.cit, p. 38.
239
- LASSERRE (B.), « Le contrat, entre la régulation sectorielle et le droit commun de la
concurrence », in FRISON-ROCHE (M.-A.) (s/dir.), Les engagements dans les systèmes de régulation,
série Droit et économie de la régulation, Vol. 4, Presses de Sciences Po et Dalloz, pp.239-251, cf.
p.246.

97
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

"sur une plus grande responsabilisation des acteurs qui sont dissuadés
d’entreprendre ou de réitérer des pratiques illégales, par les sanctions imposées"240.
La démarche différente des deux organes se traduit et se reflète aussi sur la
fréquence de leurs interventions sur le marché : l’instance spécialisée exerce une
surveillance permanente sur les structures du marché et sur les comportements des
opérateurs soumis à des obligations asymétriques dont elle assure le respect. A cet
égard, elle a besoin d’un flux continu d’informations qui lui confère à son tour, en
combinaison avec son expertise technique, une plus grande spécialisation sur le
secteur. Toutefois, le contact quasi-quotidien de son personnel avec les entreprises
régulées la rend plus vulnérable aux pressions des opérateurs et des groupes divers.
Sa propension à « la capture » est par conséquent plus grande241.

240
- Ibid.
241
- GALANIS (T.), Droit de la concurrence et régulation sectorielle : l’exemple des communications
électroniques, op.cit, p. 40 et s.

98
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Sous-section 2. L’ordre public concurrentiel : objectif commun des


deux corps de règles

Droit de la concurrence et régulation sectorielle ont pour objectif commun le


développement d’une concurrence loyale sur les marchés libéralisés ou qui
s’ouvrent progressivement à l’initiative privée. En dépit du caractère transitoire des
règles du droit sectoriel (B), les deux corps de règles concourent à accomplir un
certain ordre : de l’ordre public à l’ordre public concurrentiel et régulatoire (A).

A- De l’ordre public économique à l’ordre concurrentiel


De ces deux corpus juridiques émane évidemment une conscience de la
concurrence. La complémentarité des droits et, par extension, des autorités
s’exprime au sein d’un même ordre public des activités économiques242.
Il est aujourd’hui prématuré de tenter une systématisation des rapports que
ces deux régimes spéciaux entretiendraient avec un hypothétique droit commun de
la concurrence qui, précisément, est difficile à identifier. Compte tenu de ce
constat, il est pertinent de reconnaitre la consécration du principe de libre
concurrence, pierre angulaire d’un droit de la concurrence désormais présent dans
toutes les disciplines juridiques. Par extension, la réconciliation du droit de la
concurrence et du droit sectoriel pensée comme deux modes de normalisation des
relations de marché, s’opère à travers un principe supérieur garantissant la
cohérence et l’ordonnancement qu’ils assurent : l’ordre public concurrentiel
De la notion classique d’ordre public concernant la politique et la morale, le
droit contemporain a étendu l’acception aux rivages social et économique. Cette
notion a ainsi évolué en fonction des transformations qui ont affecté les missions
dévolues à l’administration que l’on pourrait résumer en un passage de l’Etat-
gendarme à l’Etat providence. A l’époque contemporaine, de multiples
élargissements l’ont affecté, notamment par la satisfaction des besoins collectifs.

242
- Sur la question des liens entre les deux « droits », voir, HOBERDON (N.), Droit de la
concurrence et régulation sectorielle : recherche sur un ensemble juridique cohérent, op.cit, p. 334 et
s.

99
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

L’ordre public économique prend deux aspects : "ordre public de protection


destiné à protéger des catégories faibles –consommateurs, entrepreneurs,
locataires etc. - " et ordre public de direction "destiné à transmettre aux différents
rouages de l’activité économique que décide l’Etat lorsqu’il opte pour un système
dirigiste- politique des prix qui se traduit par le droit de la concurrence"243.
Le conseil de la concurrence applique le droit de la concurrence dont l’objectif
est de prévenir la mise en œuvre des pratiques contraires à l’ordre public
économique, même lorsque ces pratiques résultent d’une entente ou d’une
convention entre les parties244. Le professeur Philippe Malaurie, observant les
transformations de l’ordre public économique français depuis que l’ordonnance de
1986 relative à la concurrence245 a consacré le principe de la libre concurrence, a pu
estimer que "ce n’est plus un ordre public de direction économique ; c’est un
nouvel ordre économique : l’ordonnance pose le principe de l’économie de
marché, mais une économie qui est soumise à un contrôle"246. En conséquence,
une expression est apparue sous la plume du Professeur Antoine Pirovano faisant
s’entrelacer l’ordre et la concurrence sous le concept d’ordre concurrentiel. Cela
implique une concurrence ordonnée par un ordre, un corpus de règles impératives,
un ordre hétéro-régulateur247. L’auteur a pu écrire que "l’ordre concurrentiel et les
tables de la loi de la concurrence peuvent être regardées comme le droit
constitutionnel d’un marché transcendant les frontières nationales (…). L’ordre
concurrentiel apparaît comme le droit constitutionnel du marché en ce qu’il
subvertit les ordres constitutionnels nationaux, et plus largement encore les

243
- VINCENT-LEGOUX (M.-C.), L’ordre public : étude de droit comparé interne, Puf, (les grandes
thèses du droit français), Paris, 2001, p. 349. Cité par HOBERDON (N.), Droit de la concurrence et
régulation sectorielle : recherche sur un ensemble juridique cohérent, op.cit, p. 335.
244
- Voir, Conseil de la concurrence Français, avis n° 96-A-04 du 13 mars 1996 relatif à une demande
d’avis sur le projet de loi de règlementation des télécommunications, www.autoritedelaconcurence.fr,
Voir, dans ce sens également, Arrêt de la Cour d’appel de Paris, C-A Paris, 8 septembre 1998, Coca-
cola et Orangina, aff. 1997/04714.
245
- Ordonnance n°86-1243 du 1er décembre 1986 relative à la liberté des prix et de la concurrence,
JORF du 9 décembre 1986, www.legifrance.gouv.fr
246
- MALAURIE (P.), « La notion d’ordre public économique », RCC, n° 83, 1995, p.48
247
-Cf. PIROVANO (A.), « L’expansion de l’ordre concurrentiel dans les pays de l’Union
européenne », in CHARVIN (R.) et GUESMI (A.), (s/dir.), L’Algérie en mutation : instruments
juridiques de passage à l’économie libérale, éd. l’Harmattan, Paris, 2001, p.19

100
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

systèmes juridiques internes"248. Un ordre économique classique se transforme en


ordre concurrentiel de par l’expansion concurrentielle touchant des secteurs qui,
auparavant, y échappaient.
L’ordre concurrentiel, à la fois organisation et commandement, se trouve
protégé par l’ordre public économique, à travers le principe de liberté de la
concurrence. Le professeur Laurence Boy écrit à ce propos que " l’ordre
concurrentiel engendre les conditions juridiques de son existence (liberté) et de son
fonctionnement (droits subjectifs) ; il en résulte l’apparition de nouvelles branches
du droit et de nouveaux biens et services qui sont directement liés à l’ordre
concurrentiel (…). L’ordre concurrentiel a donc juridiquement un effet créateur
sur l’économie"249. Mais pour cela, il a besoin de l’ordre public, il est protégé par
lui, il repose sur lui afin de garantir son efficacité et sa pérennité250.
La concurrence, elle-même ordonnatrice, doit être soumise à un ordre. Se pose
alors la question du contrôle de la concurrence et de ses modalités251. Le système
juridique, en essayant d’apporter les outils les plus adaptés, s’est d’abord doté du
droit de la concurrence puis- dans le cadre de la libéralisation des secteurs clés de
l’économie- a fait appel à la régulation sectorielle, manifestation d’une sorte
d’expansionnisme du droit économique sommé de contrôler, comme il le peut, les
métastases de l’ordre concurrentiel252 ; c’est l’ordre régulatoire253.

248
- PIROVANO (A.), « L’expansion de l’ordre concurrentiel dans les pays de l’Union européenne »,
op.cit, p.19
249
- BOY (L.), « L’ordre concurrentiel : essai de définition d’un concept », in L’ordre concurrentiel,
Mélanges en l’honneur d’Antoine Pirovano, éd. Frison-Roche, Paris, 2003, p. 40-63, cf. p.40
250
- Le professeur Jacques Chevallier écris à ce propos qu’il ne faut pas amalgamer purement et
simplement ordre concurrentiel et ordre étatique : la différence de logique, l’opposition des réalités
substantielles bel et bien ; chacun des ordres à seulement besoin de l’autre. C’est donc un rapport
dialectique qui les unit (Le développement résulte de l’équilibre établi entre le marché et le droit conçu
comme instrument de régulation des rapports sociaux) ; selon que le développement penche du côté du
marché ou du côté du droit, l’équilibre entre les composantes du tryptique changera. Voir,
CHEVALLIER (J.), « Etat et ordre concurrentiel : rapport introductif », in L’ordre concurrentiel,
op.cit, p. 9. et s.
251
- HOBERDON (N.), Droit de la concurrence et régulation sectorielle : recherche sur un ensemble
juridique cohérent, op.cit, p. 335 et s.
252
- Cf. BOY (L.), Ibid. p. 48.
253
- Cf. MOHAMED SALAH (M.-M.), « Les transformations de l’ordre public économique : Vers un
ordre public régulatoire ? », in Mélanges en l’honneur de Gérard Farjat, éd. Frison-Roche, Paris, 1999,
pp. 261-289.

101
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Le passage à cet ordre s’observe à travers la mise en place d’un régulateur


spécialisé et l’organisation de passerelles entre ce dernier et le Conseil de la
concurrence. Car, l’action conjointe des deux autorités devrait aboutir, non pas à un
chevauchement de compétences mais à une cohérence des deux systèmes de
contrôle. Le professeur Jacques Chevallier va même jusqu’à affirmer qu’avec
l’apparition des régulateurs indépendants, on assiste à l’apparition d’un Etat régulé
et surplombé par l’ordre concurrentiel254.
Le régulateur des télécommunications a pour mission, dans le cadre d’un ordre
public régulatoire, de veiller à l’existence d’une concurrence effective et loyale sur
le marché des télécommunications en prenant toutes les mesures nécessaires afin de
promouvoir ou de rétablir la concurrence sur ce marché255. Ayant une mission de
régulation ex ante, le régulateur se charge d’accompagner le secteur vers un
système concurrentiel. Il est à, ce titre, habilité à fixer lui-même les règles du jeu en
fixant les paramètres tarifaires et en procédant à des arbitrages. S’agissant du
Conseil de la concurrence, sa mission relève de la régulation ex post en ce sens
qu’il intervient en aval pour sanctionner les pratiques restrictives de concurrence.
Sa mission consiste alors à surveiller le degré de conformité des pratiques des
opérateurs aux règles de la concurrence. Cela suppose, comme l’écrit le professeur
Zouaîmia Rachid, que "les entreprise en cause évoluent dans un marché mature, un
marché concurrentiel. Ce qui signifie que le Conseil de la concurrence est appelé à
prendre le relais des autorités sectorielles au moment où le secteur en cause
dépasse l’étape transitoire et entame son accès à l’ordre concurrentiel"256. Ce qui
confirme bien le caractère transitoire des règles du droit sectoriel.

254
- Cf. CHEVALLIER (J.), « Etat et ordre concurrentiel : rapport introductif », in L’ordre
concurrentiel, op.cit, p. 53. L’auteur, en affirmant que l’Etat est mis en concurrence, explique que la
pénétration de la logique concurrentielle dans celui-ci "se traduit essentiellement par la fin des
privilèges dont bénéficiait les services publics économiques : dès l’instant où il entre dans la sphère
des activités économiques, c’est-à-dire s’engager à offrir des biens et services sur un marché, l’Etat
est tenu de se plier à la loi de la concurrence qui commande ces activités"
255
- Voir, l’article 13 de la loi 2000-03, op.cit
256
- ZOUAÏMIA (R.), Les instruments juridiques de la régulation économique en Algérie, éd.
Belkeise, Alger, 2012, p. 195.

102
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

B- Le caractère transitoire des règles du droit sectoriel


La disparition des dispositions sectorielles et du régulateur spécialisé est
inscrite dans leurs « gènes » puisqu’ils ne constitueraient, initialement, qu’un
marchepied, un simple moyen pour mettre en place les conditions d’une
concurrence loyale (1). Après la maturation des règles du marché et la réalisation
d’une bonne organisation industrielle, l’autorité de régulation sectorielle perdrait sa
raison d’être. La régulation sectorielle est essentiellement un moyen de prévention
contre les excès du monopole, ce n’est pas un substitut de la concurrence, c’est
uniquement un moyen de monter la garde en attendant que la concurrence arrive257.
Il est toutefois pertinent de relever que, pour transiter vers la concurrence dans le
secteur des télécommunications, les règles du droit sectoriel doivent atteindre
certains objectifs (2).
1- Le principe de la disparition de la régulation sectorielle
Le cadre législatif algérien relatif aux télécommunications, mis en place en
l’an 2000, est à l’image du modèle européen, marqué par la volonté d’assurer la
transition du monopole à la concurrence. Il apparaît, dans les textes de la loi 2000-
03 fixant les règles générales relatives à la poste et aux télécommunications, que le
droit de la concurrence prendra le relais de la régulation sectorielle une fois la
concurrence installée sur tous les segments du marché.
Le cadre européen est plus explicite quant à la disparition de la régulation
sectorielle au profit du droit commun de la concurrence. Si l’on suit le scenario
envisagé par la Commission européenne, les autorités de régulation n’ont pas
vocation à s’inscrire durablement dans le paysage institutionnel des secteurs
économiques régulés, leur mission n’étant que d’accompagner l’ouverture à la
concurrence des secteurs anciennement monopolisés258. En effet, la directive
Européenne 2002/19 relative à l’accès au réseau de communications électroniques

257
- Cf. MAJONE (G.), « Innovations politiques et retards institutionnels », in VANDAMME (D.) et
VAN DER MENSBRUGHE (F.) (s/dir.), La régulation des services publics en Europe, op.cit, p. 359.
258
- A titre d’exemple, la législation du Bénin est explicite quant à la disparition de la régulation
sectorielle ; le législateur béninois a institué une autorité de régulation des télécommunications
nommée formellement autorité transitoire de régulation de la poste et des télécommunications
(ATRPT), créée par décret n°2007-209 du 10 mai 2007, www.atrpt.bj/autorité

103
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

prévoit que " (…) l’objectif est de réduire progressivement la réglementation


sectorielle ex ante au fur et à mesure que la concurrence s’intensifie sur le
marché"259. Le désengagement de l’Etat à conduit immédiatement à se poser la
question de savoir si l’attribution de pouvoirs aux autorités sectorielles spécialisées
n’était que séquentielle, c’est-à-dire si elle s’épuisait par la vertu de la finalisation
du passage au secteur concurrentiel260. La directive cadre du 7 Mars 2002, en son
article 16, définit une procédure d’analyse de marché à l’issue de laquelle,
" lorsqu’une autorité réglementaire nationale conclut que le marché est
effectivement concurrentiel, elle n’impose ni ne maintient l’une quelconque des
obligations réglementaires spécifiques "261.
Le législateur français a suivi l’analyse communautaire, notamment décelable
dans la formulation de l’exposé des motifs du projet de loi n°2004-669 du 3 juin
2004 relative aux communications électroniques et aux services de communication
audiovisuelle : " le projet de loi marque l’entrée dans une nouvelle phase de la
régulation qui doit conduire graduellement au remplacement des règles sectorielles
spécifiques par l’application du droit général de la concurrence ". A ce propos, le
Conseil de la concurrence, dans sa réponse à la consultation publique relative à
l’évolution du droit français des communications électroniques, a manifesté le
souhait que le législateur fixe une date pour la convergence des droits sectoriels
vers le droit de la concurrence262. Le Conseil remarque que, sous l’impulsion du
droit communautaire, la loi précitée marque une étape importante dans l’abolition
d’une régulation ex ante et le rapprochement entre droit sectoriel et droit de la
concurrence263.

259
- Directive 2002/19 du Parlement Européen et du Conseil du 7 mars 2002, relative à l’accès aux
réseaux de communications électroniques et aux ressources associées ainsi qu’à leur interconnexion,
(Point 13 de l’exposé des motifs), op.cit.
260
- Voir, DEZOBRY (G.), « L’indépendance des autorités de régulation économiques à l’égard des
opérateurs régulés », RFAP, n°143, 2012/3, pp. 645-654, voir également, BRIAN-MELEDO (D.),
« Autorités sectorielles et autorités de concurrence : acteurs de la régulation », RIDE, 2007, p. 348
261
- Art. 16 de la Directive 2002/21/CE, op.cit
262
- HOBERDON (N.), Droit de la concurrence et régulation sectorielle…op.cit, p.256
263
-voir le commentaire de BRIAN-MELEDO (D.), « Autorités sectorielles et autorités de
concurrence : acteurs de la régulation », op.cit, p. 349

104
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Cet avis rejoint l’opinion du professeur Marie-Anne Frison-Roche qui, parmi


les nombreuses acceptions qu’elle a dégagées de la notion de régulation, la définit
comme étant " le moyen dynamique de faire passer un secteur d’un état à un autre
et notamment d’assurer la transition d’une organisation monopolistique à une
organisation concurrentielle"264. Le même auteur reconnait la pertinence d’un droit
éventuellement transitoire de la régulation, à travers " le temps et les actes
nécessaires à la construction et la maturation d’un marché concurrentiel qui peut
être par la suite laissé à ses propres forces"265.
Dans le même sens, un auteur souligne que "Le marché devenant mature, le
moment est donc venu de permettre le basculement de l’ensemble du secteur sous le
régime du droit commun du marché"266. Le choix de ce moment critique - du
passage de l’ex ante à l’ex post -est dénommé par le Professeur Marie-Anne Frison-
Roche, le Kaïros267 ; c’est-à-dire " le bon moment où il faut retirer les
échafaudages de l’ex ante pour laisser prospérer l’ex post, pas trop tôt pour que le
relais sur la seule puissance des acteurs puisse s’opérer, pas trop tard pour que
l’ex ante n’étouffe pas le dynamisme plus naturellement engendré par les espaces
de liberté"268. La recherche du bon point de passage entre ex ante et ex post est le
travail auquel se livre normalement l’autorité de régulation, en accord avec le
Conseil de la concurrence269.

264
- FRISON-ROCHE (M.-A.), « Les différentes définitions de la régulation », op.cit, p.5
265
- Ibid.p.5. Dans le même sens, le Conseil d’Etat français explique que, le processus de
démonopolisation implique une évolution en trois phases : 1- la régulation de l’entrée, 2- la régulation
de la dominance dans lesquelles, le régulateur produit des normes permettant l’arrivée de nouveaux
opérateur et procéder à des arbitrages et enfin, 3-la régulation de la concurrence dans laquelle, l’utilité
du régulateur tend à diminuer pour laisser le relais aux mécanismes du droit de la concurrence. Voir,
Rapport du Conseil d’Etat Français, Les autorités administratives indépendantes, op.cit, p.388.
266
- HOBERDON (N.), Droit de la concurrence et régulation sectorielle…op.cit, p.335.
267
- Le Kaïros est le temps de l’occasion opportune. " Il qualifie un moment, en mathématique on
pourrait dire un point d’inflexion, comme en physique un moment de rupture dans un sens ou dans un
autre à partir d’un barycentre par nature toujours en mouvement. Dans le langage courant, on parlerait
de point de basculement décisif, avec une notion d’un avant et d’un après". Voir sur la définition,
www.wikipedia.org/wiki/kairos
268
- FRISON-ROCHE (M.-A), « Le couple ex ante-ex post, justification d’un droit propre et
spécifique de la régulation », in FRISON-ROCHE (M.-A) (s/dir), Les engagements dans le système de
régulation, Presses de Sciences Po et Dalloz, Paris, 2006, pp.32-51.
269
- HOBERDON (N.), Ibid, p. 336

105
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

2- Les préalables à la suppression de la régulation sectorielle des


télécommunications
Si l’on peut évoquer, théoriquement, la possibilité de la suppression de la
régulation sectorielle des télécommunications au profit du droit de la concurrence,
il n’en est pas de même d’un point de vue pratique, car le moment du retrait des
"échafaudages de l’ex ante" semble très loin.
Ce constat est fondé dans la mesure où, d’une part, l’on remarque que non
seulement le besoin de régulation sectorielle ex ante ne diminue pas mais il semble
au contraire avoir tendance à augmenter et, d’autre part, à défaut d’une réelle
concurrence entre infrastructures, on n’imagine pas comment une industrie de
réseau pourrait fonctionner sans intervention d’une autorité de régulation
garantissant la neutralité de l’accès à l’infrastructure essentielle270.
Le développement de la concurrence par les infrastructures est nécessaire
pour réduire progressivement le champ de la régulation sectorielle : les nouvelles
technologies permettraient de déployer de nouveaux réseaux d’infrastructures
concurrentes de celles de l’opérateur historique (développement du satellite, des
réseaux sans fils, de la fibre optique, etc.) ce qui permettrait alors d’accroître la
concurrence.
A ce propos, le Conseil de la concurrence Français constate, dans un avis
rendu le 31 janvier 2005 que " la régulation ex ante peut permettre des objectifs
plus larges que ceux recherchés par le droit de la concurrence, notamment quant à
l’horizon temporel pris en compte. L’analyse des obstacles à la concurrence faite
au niveau communautaire conclut ainsi que seule une concurrence suffisante entre
les infrastructures peut permettre à terme, de garantir l’exercice d’une
concurrence effective, la réglementation ex ante ayant pour objet à titre transitoire
de permettre la concurrence entre services et le choix du consommateur mais
également de favoriser l’investissement de développement des infrastructures

270
- Cf. DEZOBRY (G.), « L’indépendance des autorités de régulation économique à l’égard des
opérateurs régulés », op.cit, p. 647.

106
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

concurrentes à celles de l’opérateur historique"271. Pour que la concurrence dans le


secteur des télécommunications arrive à maturité, les opérateurs alternatifs devront
déployer des boucles locales résidentielles optiques, marquant ainsi le point
d’aboutissement d’un processus graduel d’investissement dans des réseaux de plus
en plus capillaires, leur permettant ainsi progressivement de s’affranchir du réseau
de l’opérateur historique. Ce dernier, à défaut d’une concurrence par les
infrastructures, reste en situation de monopole par rapport aux opérateurs
alternatifs. Pour pouvoir espérer une ouverture totale du secteur à la concurrence et,
donc opérer, à terme, cette transition vers l’ordre concurrentiel, les pouvoirs
publics, en collaboration avec l’expertise du régulateur sectoriel, doivent de prime
abord, dégrouper la boucle locale de l’opérateur historique et permettre ainsi, aux
nouveaux entrants de développer une concurrence effective sur le marché272.

En attendant que cela soit réalisé, le constat qui s’impose est que, l’état de la
concurrence actuelle sur le marché des télécoms est contraire aux objectifs tracés
par la loi 2000-03, notamment celui du développement et de la fourniture des
télécommunications de qualité assuré dans des conditions objectives, transparentes
et non discriminatoires dans un environnement concurrentiel273.

En somme, ordre concurrentiel et ordre régulatoire cohabitent dans la mesure


où, même en transition, le secteur des télécommunications est soumis à la fois aux
deux ordres. L’ordre concurrentiel est déjà de mise en ce sens que les règles du
droit de la concurrence sont bien établies et, même si l’autorité spécialisée est
appelée à céder sa place au Conseil de la concurrence, le droit sectoriel des
télécommunications- vu la technicité du secteur et donc des règles applicables- et
le droit concurrence demeureront. S’agissant de l’autorité des télécommunications,
271
- Cons. conc, avis n° 05-A-03, 31 janvier 2005 relatif à une demande d’avis présentée par l’autorité
de régulation des télécommunications en application de l’article L.37-1 du code des postes et des
communications électroniques, (point n° 100), www.autoritédelaconcurrence.fr/pdf/avis/05a03.pdf
272
- La problématique des infrastructures essentielles et de la boucle locale fera l’objet des
développements du Titre II.
273
- Art. Premier § 1 de la loi 2000-03 fixant les règles générales relatives à la poste et aux
télécommunications, op.cit.

107
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

elle exerce un contrôle particulier sur les opérateurs qui ne relève pas du droit
commun de la concurrence et ne peut donc être hérité par l’autorité de la
concurrence : celui qui consiste à veiller au respect par les opérateurs des
obligations de service public "universel". L’autorité sera en outre, plus appelée,
dans le futur, à faire preuve d’expertise dans ce domaine évolutif dans la mesure
où, ni le Conseil de concurrence investi de pouvoirs assez larges pour s’intéresser
aux techniques de télécommunications, ni a fortiori, le juge, ne pourront, comme le
fait l’autorité spécialisée, réguler efficacement le secteur. L’effacement de la
régulation sectorielle serait donc un mythe- il ne faut pas s’en étonner- puisque
l’idée procède de cette même logique selon laquelle la dérèglementation ne signifie
pas un allègement du cadre juridique mais conduit plutôt à un surplus de règles : la
régulation de la concurrence appelle plus de droit que le dirigisme pur et simple.
Ainsi, comme l’affirment deux auteurs, " l’avènement d’un système régulateur
apparaît non pas comme le témoignage d’un retrait de la puissance publique, ainsi
qu’il est traditionnellement enseigné mais, bien au contraire, comme le révélateur
d’une autre façon pour celle-ci d’intervenir sur le marché (…) loin de signer un
recul radical de la puissance publique du marché, la régulation en attesterait tout
à la fois la pérennité et le caractère protéiforme"274.

* * *
L’influence du droit international dans les télécommunications algériennes est
plus que jamais une réalité. Cet impact s’est traduit dans un processus de réforme
entamé à la fin des années 1990. L’adoption d’une législation sectorielle
d’application concurrentielle a rendu possible l’investissement dans le domaine des
télécommunications. En dissociant les fonctions d’exploitation, de réglementation
et de régulation, cette législation sectorielle tend à maitriser l’influence de
l’opérateur historique sur les opérateurs privés.

274
- PENARD (T.) et THIRION (N.), « La régulation dans les télécommunications : une approche
croisée de l’économie et du droit », in THIRION (N.) (s/ dir.), Libéralisations, privatisations,
régulations : aspects juridiques et économiques des régulations sectorielles, éd. Larcier, Bruxelles,
p.85.

108
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Toutefois, l’arsenal juridique régissant l’activité des télécommunications


comporte plusieurs lacunes limitant l’attractivité du secteur. En effet, le maintien
de l’opérateur historique dans le giron public est de nature à fausser le jeu normal
de la concurrence sur le marché et y limite l’accès à de nouveaux opérateurs. De
même, l’instauration du droit de préemption et son application rétroactive est de
nature à nuire à l’attractivité du marché des télécommunications. De ce fait, le
marché algérien qui, bien que connaissant un des taux de croissance les plus
élevés, ne pourra désormais attirer des IDE sur le secteur, bien que restant le
secteur le plus dynamique.

109
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Conclusion du titre I

La libéralisation effective des télécommunications ne devrait s’entendre, ni


comme une démission définitive et totale de l’Etat dans l’organisation de cette
activité, encore moins comme une soumission de celle-ci aux seules lois du
marché.
Elle signifie au contraire, outre l’ouverture de l’activité aux initiatives privées,
que l’Etat prend du recul dans la mise en œuvre du cadre organisationnel et
décisionnel de cette activité, tant à l’égard des acteurs privés, que du secteur public,
et se contente de garantir les missions de service public qui lui incombent
principalement.
Or, à l’observation de la situation actuelle, et à l’aune des développements
précédents, il nous semble que l’on y soit aujourd’hui, douze (12) ans après
l’ouverture du secteur à la concurrence, proche d’un simple réaménagement du
monopole que d’une véritable libéralisation.

110
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

TITRE II

LA RÉGULATION SECTORIELLE DES


TÉLÉCOMMUNICATIONS : ENTRE CONCURRENCE ET
SERVICE PUBLIC

Dans l’ancien mode de régulation des télécommunications, la totalité des


opérations et actions visant le fonctionnement du système était l’œuvre conjointe de
l’Etat et de l’administration des PTT. Ce modèle classique est devenu inadapté dans
la mesure où le secteur des télécommunications est ouvert à la concurrence et dans
lequel opèrent désormais, à côté de l’opérateur historique, des opérateurs privés.
Dans ce nouveau cadre, ces derniers doivent se soumettre à la nouvelle discipline
de régulation, exercée par une autorité de régulation sectorielle et qui a pour objet
principal "d’assurer, entre les droits et les obligations de chacun, le type
d’équilibre voulu par la loi"275. Dans la phase d’ouverture du secteur à la
concurrence, la régulation tend plus précisément à la recherche des équilibres du
marché tout en défendant l’intérêt général276.
En outre, la fonction de régulation est évolutive en ce sens qu’elle suit
l’organisation concurrentielle du marché. Avant d’être une régulation de la
concurrence, c’est une régulation de la mise en concurrence. Les équilibres du
marché ne sont donc pas fixés définitivement, ce qui entraîne un certain relativisme
de ce droit appelé à évoluer régulièrement et à s’adapter au degré de concurrence
introduit dans le secteur277.
La discipline de régulation répond ainsi à un double objectif. Elle est le
mécanisme de l’introduction de la concurrence et d’organisation équitable du
marché dans le secteur (Chapitre I). Elle vise également à concilier la concurrence
avec les missions de service public (Chapitre II).

275
- GAZIER (F.) & CANNAC (Y.), Etude sur les autorités administratives indépendantes, op.cit, p.
27.
276
- Voir les dispositions de l’article 1er de la loi 2000-03, op.cit.
277
- Cf. LASSER (B.), « La régulation, la concurrence, la dominance », op.cit, p.53.

111
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

CHAPITRE I.
L’ORGANISATION CONCURRENTIELLE ET ÉQUITABLE DU
MARCHÉ

Afin de garantir une concurrence loyale sur l’ensemble des secteurs de


réseaux, il est important de définir au préalable les conditions équitables d’entrée
sur le marché et d’accès au réseau. L’entrée sur le marché spécifique des
télécommunications exige la mise en place d’un certain nombre de modalités et de
moyens juridiques permettant un accès équitable et non discriminatoire sur le
marché et l’allocation, dans les mêmes conditions, des ressources rares. D’un autre
côté, quelques instruments ne sont pas à négliger dans le jeu concurrentiel : l’accès
au réseau et aux infrastructures, condition sine qua non d’une concurrence
effective.
Ces modalités, moyens et instruments juridiques sont mis en place pour
faciliter l’entrée sur le marché et l’accès aux ressources rares (Section 1) et pour
permettre l’accès aux réseaux et à l’infrastructure de base des télécommunications
(Section 2).

112
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Section I.

Les instruments d’accès au marché

Les télécommunications ont toujours été considérées comme des activités


de service public. Ce dernier était exploité sous le régime de la régie en ce que
l’administration centrale prend en charge la gestion de l’activité sans qu’il n’y
ait création d’une personne publique distincte de l’Etat. Cependant, avec la
réforme du secteur en 2000, le législateur renonce au régime de la régie, d’une
part en confiant l’exploitation des télécommunications à un opérateur public et,
d’autre part, en ouvrant l’activité à l’investissement privé278. Ce dernier est
soumis à différents régimes (Sous-section 1) : celui de la licence d’exploitation,
celui de l’autorisation, celui de la simple déclaration et enfin celui de
l’agrément. L’entrée sur le marché est en outre conditionnée par l’allocation
équitable et non discriminatoire des ressources rares (fréquences et
numérotation), base principale de l’industrie des télécommunications et objet de
la régulation sectorielle (Sous-section 2).

278
- Sur la délégation de service public, voir, ZOUAÏMIA (R.), La délégation de service public au
profit de personnes privées, éd. Belkeise, Alger, 2012, (Pour le cas spécifique des
télécommunications, cf. p. 31)

113
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Sous-section 1. Les différents régimes d’accès au marché

L'accès au marché peut s’effectuer par le régime de la licence (A), de


l’autorisation, de la simple déclaration et de l’agrément (B). L’attribution des titres
inhérents à ces différents régimes relève des prérogatives du Ministre des
télécommunications et des compétences de l’autorité de régulation.

A- Le régime des licences

Du fait de l’importance des marchés qui vont être exploités sous le régime de
la licence, les opérateurs intéressés doivent remplir un certain nombre de conditions
(nombre d’abonnés, chiffre d’affaires, expérience professionnelle, etc.). La
satisfaction de ces exigences minimiserait les risques inhérents à l’ouverture du
marché d’autant plus que l’octroi de licence est le point de départ d’une mise en
place d’un marché concurrentiel viable. Par conséquent, c’est l’échec ou la réussite
du processus de l’octroi des licences qui marquerait la viabilité du marché.
Nous envisagerons la définition de la licence (1) et nous analyserons les
conditions d’octroi des licences mobile de type GSM et celles octroyées pour le
marché de la téléphonie fixe (2). A noter que ce dernier demeure en situation de
monopole.
1-Définition de la licence
L’établissement et/ou l’exploitation du réseau public de télécommunications,
et/ou la fourniture des services téléphoniques, sont subordonnés à l’obtention d’une
licence délivrée par décret exécutif279. Il n’existe pas de définition claire et précise
de la licence. Il est simplement indiqué dans les cahiers des charges annexés aux

279
- Art. 2 du décret exécutif n° 01-123 du 9 mai 2001 relatif au régime d’exploitation applicable à
chaque type de réseaux, y compris radioélectriques et aux différents services de télécommunications,
JORA n° 27 du 13 mai 2001, modifié et complété par le décret exécutif n° 04-157 du 31 mais 2004,
JORA n°35 du 2 juin 2004, complété par décret exécutif n° 05-98 du 20 mars 2005, JORA n°20 du 20
mars 2005, modifié et complété par décret exécutif n° 07-162 du 30 mai 2007 modifiant et complétant
le décret exécutif n° 01-123 du 9 mai 2001 relatif au régime d'exploitation applicable à chaque type de
réseaux, y compris radioélectriques et aux différents services de télécommunications, JORA n° 37 du 7
juin 2007.

114
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

décrets exécutifs attribuant des licences aux opérateurs de télécommunications, que


la licence désigne celle qui est "délivrée par décret exécutif, sur proposition de
l’autorité de régulation autorisant le titulaire à établir et exploiter sur le territoire
Algérien un réseau public de télécommunications cellulaires de norme GSM et à
fournir les services"280.
Le terme "Licence" s’identifie généralement avec le terme autorisation. Elle
est généralement désignée comme étant "une autorisation spéciale, octroyée par les
pouvoirs publics, parfois moyennant le paiement d’une contribution"281 ; ou encore,
"la procédure permettant à l’administration une surveillance particulièrement
serrée de certaines activités. Elle impose que ces activités soient formellement
acceptées par l’autorité. Les suites, permettant un regard plus au moins constant
de cette autorité, sont souvent rigoureuses (…)"282. C’est ici qu’il faut placer ce
qu’on appelle « attribution de licence » ; une sorte d’autorisation d’exercer une
activité réglementée. Dans ce sens, un auteur estime que "la licence est une
autorisation d’exercer une profession réglementée, en quelque sorte un permis
d’exploiter délivré par l’administration"283.
La licence est, en somme, l’autorisation délivrée par les pouvoirs publics pour
l’exploitation d’une activité règlementée. Cette dernière est considérée, au sens de
la loi, comme toute activité soumise à inscription au registre du commerce et
requérant par sa nature, son contenu, son objet et les moyens mis en œuvre, la
réunion de conditions particulières pour autoriser son exercice284. L’activité
réglementée est, en outre, subordonnée à l’existence de préoccupations ou

280
- Voir par exemple, le cahier des charges de la licence attribuée à Algérie-Télécom, annexé au
décret exécutif n° 02-186 du 26 mai 2002 portant approbation, à titre de régularisation, de licence
d’établissement et d’exploitation d’un réseau public de télécommunications cellulaires de norme
GSM et de fourniture de services de télécommunications au public, JORA n° 38 du 29 mai 2002.
281
- V. CORNU (G.), Vocabulaire juridique, PUF, Paris, 1987, p. 478
282
- V. GUILLIEN (R.) & VINCENT (J.), Termes Juridiques, (S/dir de), 10e éd. Dalloz, Paris, 1995,
p.57
283
- Voir, BIHL (L.), « Débits de boissons : définition et classification », JCP, entreprise individuelle
et fond de commerce, 1988 ; Vol. 2, Fasc. 3400, 8.
284
- Voir, l’article 2 du décret exécutif n° 97-40 du 18 janvier 1997 relatif aux critères de
détermination et d’encadrement des activités et professions réglementées soumises à inscription au
registre du commerce, JORA n° 5 du 19-01-1997, p.6 ; complété par le décret exécutif n° 2000-313 du
14 octobre 2000, JORA n° 61 du 18-10-2000, p. 11

115
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

d’intérêts nécessitant un encadrement juridique et technique appropriés. Ces


intérêts et préoccupations doivent être liés, selon la loi, à l’un des domaines
suivants :
- à l’ordre public

- à la sécurité des biens et des personnes

- à la préservation de la santé publique

- à la protection des intérêts légitimes des particuliers

- à la préservation des richesses naturelles et des biens publics composant le


patrimoine national

- au respect de l’environnement, des zones et sites protégés et du cadre de vie


des populations

- à la protection de l’économie nationale285.

Cette énumération des domaines susceptibles d’accueillir une activité réglementée,


par la généralité des termes qui la constituent, touche en réalité l’ensemble des
activités économiques286, y compris les télécommunications.
Elles constituent en somme, un ensemble d’activités économiques soumises à un
encadrement juridique strict, permettant un contrôle étroit et continu de l’Etat sur
les investissements qu’elles suscitent.
2- L’octroi des licences

Dans le domaine des télécommunications, l’attribution d’une licence pour


l’établissement et/ ou d’exploitation d’un réseau public de télécommunications est
souvent précédée par la signature d’une convention d’investissement entre l’organe
de promotion des investissements, agissant au nom et pour le compte de l’Etat, et

285
- Art. 3 du décret exécutif n° 97-40 du 18 janvier 1997 relatif aux critères de détermination et
d’encadrement des activités et professions réglementées soumises à inscription au registre du
commerce, (modifié et complété), op.cit
286
- BENNADJI (C.), « La notion d’activités réglementées », Revue Idara, n° 2, 2000, pp.25-42

116
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

l’investisseur287. Ensuite, sera annexé au décret attribuant la licence d’établissement


et d’exploitation d’un réseau public de télécommunication, un cahier des charges
contenant l’ensemble des conditions d’investissement, notamment les obligations
de l’investisseur et les conditions techniques et règlementaires qu’il doit
respecter288. La licence est attribuée à toute personne physique ou morale
adjudicataire d’un appel à la concurrence qui s’engage à respecter les conditions
fixées dans le cahier des charges289.
L’élaboration d’un cahier des charges hors la volonté de l’investisseur
n’influence pas le caractère consensuel du contrat d’investissement dès lors que les
deux parties se concertent au préalable sur l’ensemble des conditions
d’investissement. Le cahier des charges est un document ou un ensemble de
documents déterminant les conditions dans lesquelles la délégation du service
public sera exécutée. Il comprend à la fois des documents généraux et des
documents particuliers290.

287
- Voir par exemple, Convention d’investissement du 5 août 2001 entre l’Etat Algérien et Orascom
Télécom Holding SAE agissant au nom et pour le compte de Orascom Télécom Algérie., la
convention est annexée au décret exécutif n° 01-416 du 20 décembre 2001 portant approbation de la
convention d’investissement signée entre l’agence de promotion, de soutien et de suivi des
investissements "APSI" et Orascom Télécom Algérie, op.cit.
288
- Voir par exemple, le cahier des charges de la licence attribuée à Orascom Télécom, annexé au
décret exécutif n° 01-219 du 31 Juillet 2001 portant approbation de la licence d’établissement et
d’exploitation d’un réseau public de télécommunications cellulaire de norme GSM et de fourniture de
services de télécommunications au public, JORA n° 43 du 5 août 2001.
289
- Voir, l’article 32 de la loi 2000-03, op.cit ; la procédure applicable à l’adjudication par appel à la
concurrence est fixée par le décret exécutif n° 01-124 du 9 mai 2001 portant définition de la procédure
applicables à l’adjudication par appel à la concurrence pour l’octroi des licences en matière de
télécommunications, JORA n° 27 du 13 mai 2001. Selon l’article 9 de ce décret, il relève de la
compétence du ministre chargé du secteur de décider le lancement la procédure d’adjudication par
appel à la concurrence. La décision peut prévoir une procédure d’adjudication par appel à la
concurrence comportant (2) deux phases : -une phase de pré-qualification et une phase d’offre.
Ensuite, la ou/les licences adjugées par l’autorité de régulation sont approuvées par décret exécutif
(art.17).
290
- Cf. BERBARI (M.), Marchés publics locaux : les commissions d’appel d’offre, éd. Le moniteur,
Paris, 1998, p.13. Les marchés publics sont le domaine de prédilection des cahiers des charges.,
l’article 10 du décret présidentiel n° 10-236 du 07 Octobre 2010 portant règlementation des marchés
publics (modifié et complété), prévoit que "Les cahiers des charges actualisés périodiquement,
précisent les conditions dans lesquelles les marchés sont passés et exécutés. Ils comprennent
notamment : - les cahiers des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux,
de fourniture, d’études et de services (…) ; -les cahiers de prescriptions communes, qui fixent les
dispositions techniques applicables à tous les marchés portant sur la même nature de travaux, de
fourniture, d’études et de services (…) ; - les cahiers de prescriptions spéciales qui fixent les clauses
propres à chaque marché".

117
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Le cahier des charges spécifique au domaine des télécommunications fixe les


règles d’établissement et/ou d’exploitation notamment, les conditions
d’établissement du réseau ou du service, les conditions de fourniture de service, en
particulier les conditions minimales de continuité, de qualité et de disponibilité, les
conditions d’interconnexion, les conditions d’exploitation commerciale nécessaires
pour garantir une concurrence loyale et une égalité de traitement des usagers…291.
Le cahier des charges a une double qualification. Il est de nature règlementaire
en ce qu’il est élaboré par le ministre chargé de la poste et des
télécommunications292, et annexé au décret exécutif portant approbation de la
licence. Il est en outre, de nature contractuelle en ce qu’il est signé par les deux
parties. Ces cahiers des charges ne peuvent être considérés comme des mesures
d’ordre intérieur comme ceux relatifs aux marchés publics293, et ils sont de ce fait,
susceptibles d’un recours contentieux.
a- Licence Mobile de type GSM
La procédure d’ouverture de la téléphonie mobile à la concurrence devait
répondre, à la fois, à un objectif d’efficacité (sélection d’entreprises présentant la
capacité à développer le marché) et un objectif de taxation (faire payer le juste prix
d’un bien public rare). Trois critères peuvent être avancés pour apprécier la gestion
publique de l’attribution des licences d’établissement et/ou d’exploitation du réseau
de téléphonie mobile : la crédibilité des opérateurs adjudicataires, le montant de
l’offre et la qualité de la transparence.

291
- Voir l’article 32/3 de la loi 2000-03, op.cit.
292
- L’article 13§2 de la loi 2000-03 dispose que "L’autorité de régulation est consultée par le
ministre chargé de la poste et télécommunications pour : la préparation des cahiers des charges (…)".
La nature règlementaire du cahier des charges est encore plus évidente dès lors que tous les cahiers des
charges d’une même catégorie de licence ou d’autorisation sont identiques, V. art. 32 in fine de la loi
2000-03, ibid.
293
- Le professeur René Chapus considère que ce type de cahier des charges n’est proposé que comme
modèle (cahiers des charges types). Il constitue donc, selon lui, "une mesure d’ordre intérieur, non
décisoire et insusceptible de recours", en ce qu’il s’agit de mesures ne faisant pas grief et n’affectent
donc pas les intérêts des personnes concernées. Voir, CHAPUS (R.), Droit administratif général, T.1,
15e éd. Montchrestien, Paris, 2001, p.523. Le caractère réglementaire du cahier des charges apparaît
également dans la possibilité donnée à l’autorité publique de procéder, unilatéralement, à sa
modification.

118
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Après la publication de l’appel à la concurrence en date du 10 mai 2001, le


processus d’octroi de la première licence s’est déroulé en deux phases distinctes :
une phase dite de pré-qualification et une autre phase de qualification294. La phase
de pré-qualification a porté sur la sélection de tout opérateur désireux d’accéder au
marché. Selon l’ARPT, ne peuvent prétendre à une pré-qualification que des
sociétés ayant rempli une série de critères et certaines conditions295.
La phase de pré-qualification a été clôturée avec cinq soumissionnaires
internationaux : Orange (France), OTA filiale d’OTH (Egypte), Portugal Telecom
Moveis (Portugal), Telefonica Moviles (Espagne) et un opérateur disqualifié, il
s’agit d’Investcom Holding Luxembourg296.
Après la phase de pré-qualification, l’ARPT passe à la deuxième phase d’offre
en appelant les entreprises pré-qualifiées à retirer l’appel d’offre dans lequel se
trouve un mémorandum d’information, règlement de l’appel à la concurrence ainsi
que la documentation juridique de la transaction.
Les documents que contient le dossier de l’appel d’offre permettent aux opérateurs
pré-qualifiés d’évaluer les potentialités du marché algérien, ce qui leur permettra
par la suite d’estimer convenablement leurs offres financières. Comme il comporte
également les informations relatives aux procédures, aux conditions de
participation ainsi que la description et contenu du processus. Et, en dernier lieu, le

294
- Voir l’article 9 du décret exécutif n° 01-124 du 9 mai 2001 portant définition de la procédure
applicable à l’adjudication par appel à la concurrence pour l’octroi des licences en matière de
télécommunications, op.cit. Cet article prévoit qu’il relève de la compétence du ministre chargé du
secteur de décider le lancement de la procédure d’adjudication par appel à la concurrence. La décision
peut prévoir une procédure d’adjudication par appel à la concurrence comportant (2) deux phases : -
une phase de pré-qualification et une phase d’offre. Ensuite, la ou/les licences adjugées par l’autorité
de régulation sont approuvées par décret exécutif (art.17).
295
- Parmi les conditions fixées, l’opérateur doit avoir : un nombre d'abonnés supérieur à 1 500 000 à
la date du 31 décembre 2000; une expérience internationale qui consiste en une présence dans deux
pays différents et un nombre d'abonnés d’au moins 500 000 au 31 décembre 2000; un montant des
capitaux propres de trois (3) milliards USD ou une capitalisation boursière du groupe auquel
appartient la filiale de 10 milliards USD au 31 mars 2001. Il est à noter par ailleurs, que l'ARPT se
garde, toujours, le droit d'apporter à tout moment des amendements ou des éclaircissements sur les
conditions et règles fixées dans le règlement de pré-qualification. Ces derniers peuvent émaner de sa
propre initiative comme ils peuvent être le fait des soumissionnaires.
296
- Cf. MENASRIA (N.), Analyse du rôle régulateur de l’Etat en économie de marché à travers le cas
de l’ARPT dans le secteur des télécommunications, Mémoire de Magister en Sciences économiques,
Université de Béjaia, 2007, p. 154 et s.

119
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

projet de licence, le cahier des charges et les investissements. Enfin, les opérateurs,
après retrait et consultation du dossier d’appel d’offres, peuvent formuler des
demandes d’éclaircissement et d’amendements éventuels dans le délai qui leur est
imparti. En effet, les amendements ont été apportés par l’ARPT au dossier d’appel
d’offres suite aux demandes formulées par les opérateurs.
Par ailleurs, les opérateurs pré-qualifiés ne peuvent prétendre à une soumission de
leurs offres qu’après avoir créé une société de droit algérien.
Après dépôt des offres par les sociétés retenues et l’ouverture publique des
plis par une commission créée par décision de l’ARPT297, les offres financières des
sociétés retenues ont été de 737 millions de dollars pour OTH et 422 millions de
dollars pour Orange.
Après les procédures nécessaires, la société OTH a été retenue comme
attributaire provisoire de la licence. A l’issue de cette attribution provisoire,
l’ARPT finalise le cahier des charges et la convention d’investissement qui est
notifiée à l’opérateur concerné. En denier lieu, l’ARPT demande à l’opérateur la
remise de sa garantie de paiement au profit du Ministère des finances, chose qui est
accomplie par OTH.
Par ailleurs, l’ARPT, en vertu du décret exécutif n° 01-124 du 09 avril 2001,
doit notifier la licence après que l’opérateur ait été retenu dans un délai ne
dépassant pas trois mois suivant la date de publication du décret298. Pour OTA, la
notification de sa licence a eu lieu, en effet, suite à la signature du décret exécutif
n° 01-219 du 31 juillet 2001 portant approbation de licence d’établissement et
d’exploitation d’un réseau public de télécommunications.

297
- Voir, article 12 du décret exécutif n° 01-124 du 9 mai 2001 portant définition de la procédure
applicable à l’adjudication par appel à la concurrence pour l’octroi des licences, op.cit, voir
également, Décision n°02/SP/PC/ARPT/ du 09 Juillet 2001, www.arpt.dz/
298
- Article 17 du décret exécutif n° 01-124, ibid.

120
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

b- Licences de téléphonie fixe : monopole de l’opérateur historique


La libéralisation de la téléphonie fixe constitue une étape importante de la
réforme des télécommunications, car elle ouvre la possibilité aux opérateurs privés
d’accéder aux infrastructures publiques en même temps qu’elle parachève le
processus de libéralisation du secteur.
En Avril 2004, les pouvoirs publics ont lancé un appel d’offre pour
l’acquisition d’une licence d’exploitation d’un réseau de téléphonie fixe, mais
aucune offre financière n’a été présentée. Selon un auteur299, l’échec de l’opération
peut s’expliquer, à la fois, par la spécificité du secteur considéré et les conditions
d’ouverture à la concurrence. De prime abord, la libéralisation de la téléphonie fixe
se distingue de celle du marché de la téléphonie mobile par un moindre potentiel
d’attractivité des investisseurs. Par ailleurs, le nouvel entrant devait faire face à un
opérateur historique dont la position sur le marché a été construite sur plusieurs
années (contre quelques années dans le cas de la téléphonie mobile).
Ensuite, les conditions d’attribution de la licence se sont révélées contraignantes
pour les opérateurs. En effet, le cahier des charges prévoyait que 55% du réseau
interurbain devait être achevé au terme des trois premières années.
Dans cette perspective, la rentabilité de l’activité ne pouvait être envisagée qu’à
long terme. De plus, durant cette période, la méfiance des investisseurs a découlé
d’une visibilité insuffisante des évolutions du marché et surtout d’un manque patent
de confiance à l’égard de l’environnement règlementaire300.
En décembre 2004, un second appel d’offre a été lancé par les pouvoirs
publics pour l’attribution de deux licences d’établissement et d’exploitation d’un
réseau public de télécommunications et de fourniture de services téléphoniques
fixes internationaux, interurbains et de boucle locale en Algérie. Un seul
soumissionnaire, le Consortium Telecom Egypt et Orascom télécom Holding pour

299
- MEZOUAGHI (M.), « Libéralisation des services de télécommunications au Maghreb : transition
institutionnelle et performances », op.cit, p. 29.
300
- Dans la période (2000-2004), tout un ensemble de texte règlementaires attendait d’être adopté,
notamment l’encadrement du service universel, la tarification et celui relatif à la structuration de
l’opérateur historique.

121
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

le compte du Consortium Algérien de Télécommunications (CAT) a été enregistré


à la date limite de dépôt des offres301. La commission de l’appel à la concurrence, a
procédé à l’ouverture des plis, et après l’examen de l’offre, a recommandé la
qualification du Consortium Telecom Egypt et Orascom Telecom Holding pour une
offre financière de 65 millions de Dollars302.
L’absence des grands opérateurs internationaux n’est pas en soi étonnante
compte tenu de leur préférence pour la prise de participation dans le capital des
opérateurs publics. La visibilité du développement de la téléphonie fixe reste
cependant faible si on ajoute les incertitudes qui pèsent sur le dégroupage de la
boucle locale, condition sine qua non de l’effectivité d’un régime concurrentiel.
La licence attribuée à CAT n’a duré que trois (3) ans puisqu’en 2008, et du fait du
surendettement de l’opérateur Orascom, et après avoir essayé sans succès de mettre
en place un réseau de téléphonie sans fil (WLL), ce dernier décide de fermer sa
filiale algérienne de téléphonie fixe (Lacom)303. Depuis, Algérie Télécom reste
seule sur le marché de la téléphonie fixe304.

301
- V. Rapport annuel d’activité de l’ARPT pour l’année 2005, p. 47, www.arpt.dz
302
- Voir décret exécutif n° 05-174 du 9 mai 2005 portant approbation d’une licence d’établissement et
d’exploitation d’un réseau public de télécommunications et de fourniture de services téléphoniques
fixes internationaux, interurbains et de boucle locale au public, (au profit du Consortium Telecom
Egypt et Orascom Telecom holding agissant au nom et pour le compte de du Consortium Algérien de
Télécommunications (CAT), JORA n° 34 du 5 mai 2005, p. 5
303
- A vrai dire, l’affaire de LACOM reste quelque peu mystérieuse. A en croire l’ex-directeur général
du groupe (Naguib Sawiris), l’ARPT a favorisé et soutenu l’opérateur historique au détriment de
LACOM. Dès le commencement de l’exploitation du réseau fixe par ce dernier, Algérie Télécom a
réduit le prix au dessous des coûts de revient et ce, en offrant le WLL gratuitement et que cette
pratique est anticoncurrentiel pour le marché national de la téléphonie fixe. L’autorité de régulation a,
dans cette affaire, réglé le différend à l’amiable entre les deux opérateurs concernant les tarifs
pratiqués par Algérie Télécom. Voir, « L’ARPT répond au PDG d’Egypte Télécom », www.tsa-
algerie.com/politique/algerie-l-arpt-. Algérie Télécom a usé d’une pratique anticoncurrentiel profitant
de la faiblesse de l’opérateur entrant et ce, en bafouant le cahier des charges des opérateurs de la
téléphonie fixe, notamment l’article 18 qui a trait à la concurrence loyale entre opérateurs.
304
- Voir, Décret exécutif n° 09-395 du 24 novembre 2009 portant approbation du retrait définitif de la
licence d’établissement et d’exploitation d’un réseau public de télécommunications et de fourniture de
services téléphoniques fixe internationaux, interurbains et de boucle locale au public octroyée à
l’opérateur compagnie algérienne des télécommunications (CAT), JORA n° 70 du 29 Novembre 2009,
p.20.

122
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

B. Le régime d’autorisation, de simple déclaration et d’agrément

Le marché des télécommunications en Algérie couvre une large panoplie de


produits et services qui sont exploités par une multitude d’opérateurs sous
différents régimes. De ce fait, certains services qui ne nécessitent pas, de par leurs
spécificités, un régime lourd tel celui de la licence, peuvent être exploités et fournis
sous d’autres régimes d’accès : l’autorisation (1), la simple déclaration (2) et le
régime de l’agrément (3) sont les autres moyens d’accès au marché par les acteurs
désirant l’exploitation des segments du marché autres que ceux de la téléphonie
mobile ou de la téléphonie fixe.
1. Le régime des autorisations
Le régime des autorisations est défini par la loi 2000-03 du 5 Août 2000.
L’article 39/1 de cette loi dispose que "L’autorisation est délivrée à toute personne
physique ou morale qui s’engage à respecter les conditions dans lesquelles les
réseaux ou services soumis au régime de l’autorisation peuvent être établis,
exploités et/ou fournis, et fixées par l’autorité de régulation". En application de ce
texte, le décret exécutif n° 01-123 du 9 mai 2001 relatif au régime d’exploitation
applicable à chaque type de réseau, y compris radioélectrique et aux différents
services de télécommunications, définit les réseaux et services subordonnés à
l’octroi d’une autorisation305. L’article 3 de ce décret tel que modifié et complété,
dispose : " Sont subordonnés à l’octroi d’une autorisation délivrée par l’autorité
de régulation de la poste et des télécommunications, l’établissement et
l’exploitation de :
- réseaux privés (…) empruntant le domaine public, y compris hertzien ;

- réseaux utilisant exclusivement des capacités louées à des opérateurs


titulaires de licence ;

305
- V. Décret exécutif n° 01-123 du 9 mai 2001, relatif au régime d’exploitation applicable à chaque
type de réseaux, y compris radioélectriques et aux différents services de télécommunications, (modifié
et complété), op.cit.

123
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

- les services de fourniture d’accès à Internet, y compris le transfert de la


voix sur Internet ;

- de l’audiotex ;

- des centres d’appels

- des services de certification électronique"306.

Le réseau privé au sens de l’article 8§11 de la loi 2000-03, constitue un


réseau de télécommunications destiné soit à l’usage privé lorsqu’il est réservé à
l’usage de la personne physique ou morale qui l’établit, soit à un usage partagé
lorsqu’il est réservé à l’usage de plusieurs personnes physiques ou morales
constituées en un groupe fermé d’utilisateurs, en vue d’échanger des
communications internes307.
La procédure d’octroi d’autorisation est définie par simple décision du Conseil
de l’ARPT308. L’ARPT reçoit les dossiers, les instruit et rend une décision d’octroi
d’autorisation ou de refus motivé et ce, après l’avis de la commission d’instruction
des dossiers309.
L’autorité de régulation, qui est consultée sur des projets de loi ou de décrets
relatifs au secteur des télécommunications et participe à leur mise en œuvre est, en
outre, compétente pour assigner les fréquences radioélectriques qui sont destinées à
des usages de télécommunications310. Les autorisations d’utilisation du domaine

306
- L’autorisation de certification électronique est, toutefois, assortie d’un cahier des charges fixant
les droits et les obligations du prestataire du service et de l’utilisateur. Dans les conditions et les
modalités qu’elle fixera, en application de l’article 39 de la loi n°2000-03, l’autorité de régulation
veille au respect des prescriptions exigées par les autorités habilitées en matière de défense nationale et
de sécurité publique. Art. 3 du décret 01-123 tel que modifié et complété, op.cit.
307
- Le réseau privé est dit « interne », s’il est entièrement établit sur une même propriété, sans
emprunter ni le domaine public, y compris hertzien, ni une propriété tierce. V. Art. 8§11-2 de la loi
2000-03, op.cit
308
- Voir, décision n° 03/SP/PC/ARPT05, relative à la procédure d’autorisation applicable aux
opérateurs, 2005, www.arpt.dz/
309
- V. Décision n° 4/SP/PC/ARPT05, relative à la procédure interne pour l’étude de la demande
d’autorisation applicable aux opérateurs, www.arpt.dz/
310
- V. Art. 13§6 de la loi 2000-03, op.cit

124
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

public hertzien qu’elle délivre à l’issue de procédures particulières présentent


certaines caractéristiques311.
Sont également subordonnés à l’octroi d’une licence, les services de
fourniture d’accès à Internet y compris le transfert de la voix sur Internet. Sous
l’empire du décret de 1998, la fourniture des services Internet est soumise à une
licence pour la mise en place et l’exploitation des services Internet, délivrée par le
ministre chargé des télécommunications312. Aux termes de l’article 4 du décret
exécutif n°98-257 définissant les conditions et les modalités de mise en place et
d’exploitation des services Internet, seules les personnes morales de droit algérien
dont le capital est détenu exclusivement par des personnes morales de droit public
et/ou par des personnes physiques de nationalité algérienne, sont autorisées à
assurer la mise en place et l’exploitation à des fins commerciales des services
Internet313. Avec la modification intervenue en 2000, le décret exécutif ouvre la
possibilité à toute personne morale de droit algérien, à mettre en place et à
exploiter les services Internet à des fins commerciales314. La généralité du texte
modificatif, sous-entend, à notre sens, la non restriction de la détention du capital,
c’est-à-dire que, ce dernier peut être détenu par toute personne, physique ou morale
nationale ou étrangère dès lors qu’elle remplit les conditions requises. En outre, le
terme « Licence » est remplacé par le terme « autorisation »315. Cette dernière est
désormais délivrée par l’autorité de régulation de la poste et des
télécommunications316.

311
- Voir, infra. p. 130
312
- V. Art 5 du décret exécutif n° 98-257 du 25 août 1998 définissant les conditions et les modalités
de mise en place et d’exploitation des services Internet, JORA n°63 du 26 août 1998, modifié et
complété par décret exécutif n° 2000-307 du 14 octobre 2000, JORA n°60 du 15 octobre 2000, p.14.
313
- Art. 4 du décret exécutif n° 98-257, op.cit
314
- L’article 3 du décret exécutif n° 2000-307, ibid., prévoit que " seules les personnes morales de
droit algérien dénommées ci-après fournisseurs de services Internet peuvent être autorisées à mettre
en place et à exploiter les services Internet à des fins commerciales…".
315
- Art. 5 du décret exécutif n° 2000-307, ibid.
316
- A noter que les autorisations délivrées par l’autorité de régulation ne sont pas publiées sur son site
Internet. Elle ne publie que les décisions de retrait de ces autorisations, qui peut être parfois, un retrait
collectif. Voir par exemple, décision n° 09/SP/PC/ARPT du 26/01/2011 portant retrait définitif des
autorisations d’exploitation de services Internet de 34 ISP, www.arpt.dz/. Dans cette décision, l’ARPT
se réfère à la décision n°26/SP/PC/ARPT/2010 du 24/08/2010 relative à la suspension totale des 34
autorisations d’exploitation des services Internet pour une durée d’une semaine et constate le non

125
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

A côté du régime de l’autorisation considérée comme condition


d’investissement dans des domaines exhaustivement énumérés par la loi, une autre
technique d’accès est prévue par les textes : il s’agit de la technique de la simple
déclaration.
2. Le régime de la simple déclaration
Certains services limitativement énumérés par le décret exécutif n° 01-123 sus
cité, sont soumis au régime de la simple déclaration. Ces services sont : les services
à valeur ajoutée, le télex ainsi que la mise en place de transmission de signaux de
télécommunications317. Le régime de simple déclaration est le moins contraignant
et le plus libéral entre tous318. Dans ce régime, le déclarant n’est tenu que de faire
une déclaration à l’autorité de régulation s’agissant de la nature de l’activité qu’il
entend exercer. Cette information met l’autorité de régulation en mesure de
contrôler éventuellement le déclarant, si l’exercice de l’activité n’est pas conforme
à la déclaration ou n’entre pas dans les activités énumérées limitativement par la
loi319. La simple déclaration correspond, en effet, au degré le plus faible
d’immixtion de l’administration dans une activité privée320.

paiement, par les 34 sociétés, des redevances annuelles et/ou les frais de gestion des numéros et ce,
malgré les lettres de rappel et la mise en demeure notifiée par l’ARPT, le Conseil de l’ARPT s’est
basé sur l'article 36 de la loi 2000-03 pour décider du retrait définitif des licences dans les mêmes
formes que celles qui ont prévalu à leur obtention. Il est ainsi prononcé, selon l’article 1 de la décision,
le retrait définitif des 34 autorisations relatives à l’exploitation des services Internet à l'encontre et à la
charge des sociétés indiquées dans la décision citée ci-haut.
317
- Art. 4 du décret exécutif n°01-123 du 9 mai 2001, relatif au régime d’exploitation applicable à
chaque type de réseaux, y compris radioélectriques et aux différents services de télécommunications
(modifié et complété), op.cit. Les services à valeur ajouté sont des services dans le cadre desquels les
fournisseurs ‘‘ajoutent une valeur’’ aux informations fournies par le client en améliorant leur forme ou
leur contenu ou en prévoyant leur stockage et leur recherche. Voir, Définition des services de
télécommunications à valeur ajoutée, OMC, www.wto.org/. Ils représentent tous services de
télécommunications au public autres que les services téléphoniques ; ils comprennent : la messagerie
vocale ; audiotex ; téléconférence ; vidéotex ; banque de données ; messagerie électronique. Voir,
l’annexe du décret exécutif n° 01-123, Ibid, p. 10.
318
- Ce régime est qualifié de "répressif", il signifie que le contrôle s’exerce seulement a posteriori,
par opposition au régime "préventif" (celui des autorisations), qui a pour objet de permettre à l’autorité
de régulation d’exercer un contrôle préalable sur les activités d’un opérateur et de subordonner
l’exercice de celles-ci à certaines conditions (cahier des charges). V. KERNINON (J.), Droit public
économique, éd. Montchrestien, Paris, 1999, p. 135 et s.
319
- L’immatriculation au registre du commerce, peut également s’interpréter comme une sorte de
déclaration "préalable". A noter que, la loi 2000-03 utilise l’expression de "déclaration" alors que le
décret exécutif n°01-123, emploie l’expression "déclaration préalable".
320
- Cf. DE LAUBADERE (A.), Traité de droit administratif, T. 3, 6e éd. L.G.D.J, Paris, 1970, p. 20.

126
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Toute personne physique ou morale qui souhaite exercer un service de


télécommunications soumis au régime de la simple déclaration, dépose auprès de
l’ARPT une déclaration d’intention d’exploitation commerciale de ce service. Le
déclarant, à l’issue de l’étude de sa déclaration par l’ARPT, reçoit un certificat
d’enregistrement contre paiement des redevances y afférentes321. Ce régime
considéré comme libéral, donc sans restrictions pour les opérateurs, est toutefois
limité par l’autorité de régulation dans la mesure où cette dernière a glissé
volontiers comme une sorte de charte de l’exploitation, "un vade-mecum des
dispositions législatives et règlementaires applicables de plein droit à l’activité
déclarée et qu’elle a en fait glanées et synthétisées dans le document, ersatz de
cahier des charges à l’impossible émission dans cette catégorie d’actes"322.
3. Le régime de l’agrément
L’article 28 in fine de la loi 2000-03 dispose que "les terminaux de
télécommunications sont soumis à l’agrément". L’article 41 de la même loi, énonce
en détail, les équipements et terminaux ou installations radioélectriques soumis au
régime de l’agrément. Sont soumis au régime de l’agrément : tout équipement
terminal ou installation radioélectrique, destiné à être connecté à un réseau public
de télécommunications, fabriqué pour le marché ou être importé, détenu en vue de
la vente ou être mis en vente, distribué à titre gratuit ou onéreux ou faire l’objet de
publicité323.
La notion d’agrément est très vaste. Cet outil est utilisé dans tous les secteurs
d’intervention de l’Etat (économie et fiscalité mais aussi social, enseignement,
sport, professions réglementées…) ; il étend ses effets au droit privé (agrément
bancaire par exemple). Peuvent être concernés par l’agrément aussi bien des
personnes physiques ou morales (de droit public ou de droit privé) que des objets.

321
- V. L’article 40 de la loi 2000-03, op.cit ; décision n° 05/SP/PC/ARPT/05, relative à la procédure
applicable en matière de demande d’enregistrement des services de la poste et des télécommunications
soumis au régime de la simple déclaration ; décision n° 06/SP/PC/ARPT/05, relative à la procédure
interne applicable en matière de demande d’enregistrement des services de la poste et des
télécommunications soumis au régime de la simple déclaration, www.arpt.dz/
322
- BESSAÏD (M.-T.), « De quelques aspects juridiques saillants de la réforme des
télécommunications », op.cit, p, 38
323
- Art. 41 de la loi 2000-03, op.cit.

127
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Cette prolifération quantitative est telle que l’on peut se demander si, sous un mot
unique, se cache toujours la même réalité juridique.
Il n’existe pas de définition législative ou règlementaire de l’agrément. Quant
à la doctrine, si elle n’ignore pas l’agrément, elle l’étudie le plus souvent dans le
cadre d’un thème beaucoup plus vaste (comme, par exemple, l’association des
personnes privées à l’action de l’administration, les activités privées d’intérêts
général etc.) ou au contraire à travers des exemples très précis qui portent sur un
exemple particulier (l’agrément des associations par exemple). Sans doute aussi la
doctrine est-elle déroutée par le paradoxe que révèle l’agrément. En effet, il est le
témoin tout à la fois du maintien d’une société libérale (les bénéficiaires de
l’agrément sont le plus souvent des personnes privées) et de l’importance de
l’intervention publique (il s’agit néanmoins, par l’agrément, de contrôler ces
personnes tout en les faisant collaborer à une mission d’intérêt général définie par
l’Etat). Ainsi, il peut paraître illusoire de tenter de dégager une définition commune
à une série de cas d’agréments créés au fil des besoins de l’administration, sans
rechercher d’unité et en poursuivant parfois des objectifs contradictoires. De ce
point de vue, l’étude monographique de tel ou tel exemple d’agrément est moins
périlleuse, même si elle amène au constat suivant : les agréments ont été étudiés
mais l’agrément reste méconnu324.
En droit administratif, l’agrément est un "acte administratif unilatéral
reconnaissant la contribution de personnes privées à la réalisation de l’intérêt
général et leur conférant à ce titre, des avantages ou des privilèges"325. De ce fait,
son régime tire ses principales caractéristiques des dispositions communes à tout
acte de cette nature. Cependant, il s’y ajoute certaines spécificités, tant au moment
de l’octroi de l’agrément que pendant sa durée ou lors de sa disparition. Tout
d’abord, l’administration n’est pas libre de créer un agrément : elle doit y avoir été

324
- Cf. BERTRAND (C.), L’agrément en droit public, L.G.D.J, Paris, 1999, p. 3 et s.
325
- Voir, VAN LANG (A.) et al. Dictionnaire de droit administratif, 2e éd. Armand Colin, Paris,
1999, p. 26.

128
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

habilitée, généralement par la loi326. C’est donc un acte conditionné. De plus,


l’octroi de l’agrément entraîne au profit de son bénéficiaire l’attribution d’un statut
privilégié dont les caractères ne sont pas ceux d’un acte administratif unilatéral.
L’octroi de ce statut privilégié peut cependant être remis en cause, l’agrément étant
un acte précaire.
Mais l’agrément dont il s’agit en matière de télécommunications, à seulement
trait à un contrôle qui permet de s’assurer de la qualité des équipements et des
installations qui doivent être conformes aux standards établis. Il n’a donc pas le
même sens qu’un agrément qui permet l’exercice d’une activité.
A relever que l’ARPT n’a pas le monopole de la délivrance de l’agrément,
d’autres structures, dûment habilitées par l’autorité, peuvent délivrer des agréments
pour les équipements terminaux et installations radioélectriques. Il s’agit de
laboratoires d’essais et mesures327. En définitive, l’agrément doit être notifié à
l’intéressé dans un délai de deux (2) mois à compter de la date de la demande
attestée par un accusé de réception et, tout refus doit être motivé328.

Par l’étude des différents régimes d’entrée sur le marché des


télécommunications, le constat qui s’impose est que : la fonction de régulation
prend la forme d’une modalité d’intervention sur le marché qui se rattache plutôt à
un mode d’action administrative. Ce mode est également démontré à travers
l’allocation des ressources rares qui constituent l’objet principal de la régulation
sectorielle des télécommunications.

326
- Le texte de loi peut prévoir expressément un agrément ou bien il peut simplement disposer qu’une
activité ne peut être exercée librement, ou qu’un avantage est soumis à la réunion d’un certain nombre
de conditions, sans préciser la forme juridique que prendra cette restriction. Dans le cas de l’agrément
en matière de télécommunications, le législateur prévoit un agrément pour les équipements terminaux
et installations radioélectriques. Il y habilite même, au sens de l’article 41 de la loi 2000-03, les
laboratoires d’essais et mesures dûment agrée par l’ARPT, à délivrer un agrément.
327
- L’article 41 § 3 de la loi 2000-03 prévoit que "Cet agrément est délivré par l’autorité de
régulation ou par un laboratoire d’essais et mesures dûment agréé par ladite autorité dans les
conditions fixées par voies règlementaire". A ce jour, l’autorité n’a agréée aucun laboratoire d’essais
et mesures pour délivrer un agrément et ce, en l’absence de décret d’application de cet article.
328
- Un grand nombre d’agrément a été attribué par l’ARPT à partir de l’année 2003, ça concerne
notamment les équipements de la téléphonie filaire, de la téléphonie sans fils et de publiphonie. Voir,
ARPT, rapport d’activité annuel pour 2003, Tome 2, p.5, www.arpt.dz/

129
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Sous-section 2. Les ressources rares : objets de la régulation sectorielle

Selon la théorie de l’économie publique, il existe des biens publics ou semi-


publics qui sont analysés comme des défaillances du marché. Il s’agit de biens
présentant des caractéristiques spécifiques en termes de non-rivalité et de non-
exclusion, qui implique l’intervention de l’Etat car le marché ne permet pas de les
allouer de manière efficace. Pour certains économistes, le secteur des
télécommunications est grevé d’un grand nombre de biens publics ou semi-
publics329. C’est notamment le cas du spectre hertzien (A), dont il faut éviter la
saturation, ce qui limite la possibilité d’utiliser les technologies sans fil et constitue
donc un goulot d’étranglement330. On retrouve la même logique concernant
d’autres ressources rares, comme la numérotation (B).

A-Le spectre hertzien : outil de la régulation sectorielle

Le développement exponentiel des technologies de l’information et de la


communication requiert une demande sans cesse croissante des ressources rares.
Aussi, cette « insuffisance potentielle » constitue-t-elle le postulat nodal des
conditions d’accès au spectre radioélectrique331. "Le spectre, ou les bandes de
fréquences utiles, est une ressource rare dans la mesure où sa quantité physique est
limitée de manière absolue pour réaliser des transmissions"332. Le spectre est
qualifié de ressource rare mais qui peut être exploité économiquement333. Le
spectre hertzien relève, comme indiqué plus haut, du domaine public de l’Etat. "Le
domaine public semble en effet la notion juridique la plus adaptée à la prise en
charge du spectre hertzien en ce qu’il permet à l’Etat de s’assurer de la maitrise de
ressources tout à la fois rares, stratégiques et indispensables à l’exercice de

329
- CROCQ (I.), Régulation et réglementation dans les télécommunications, éd. Economica, Paris,
2004, 59 et ss.
330
- Ibid. p. 165
331
- ARPT, Rapport d’activité annuel pour 2007, p. 31, www.arpt.dz
332
- CROCQ (I.), Ibid. p. 166
333
- Cf. RAMBEAU (R.), L’institution juridique de régulation : recherches sur les rapports entre droit
administratif et théorie économique, éd. L’Harmattan, Paris, 2012, p. 256.

130
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

nombre de ses missions d’intérêt général, tout en lui permettant de disposer d’une
ressource financière intéressante, puisque la catégorie du domaine public permet
l’exploitation économique en même temps qu’elle garantit la protection de la
ressource"334.
L’autorité de régulation de la poste et des télécommunications confirme
quelque peu cette analyse en qualifiant le spectre hertzien de ressource publique
limitée qui a une grande valeur marchande et pour la population335. En tant que
ressource relevant du domaine public, le spectre hertzien fait donc l’objet d’un
régime exorbitant de droit commun. L’attribution des fréquences, en effet, relève de
la compétence de l’Etat336 qui décide quelles fréquences sont attribuées à
l’ARPT337. Par ailleurs, est instituée une agence nationale des fréquences, ANF,
établissement public à caractère industriel et commercial338, qui a pour mission
d’assurer la planification, la gestion et le contrôle de l’utilisation du spectre des
fréquences radioélectriques339. L’agence assure une mission de service public
conformément au cahier des clauses générales de sujétion de service public340.
Dans ce cadre, l’agence est chargée, entre autre, d’attribuer les bandes de

334
- RAMBEAU (R.), L’institution juridique de régulation : recherches sur…op.cit, p.256, Sur la
question de la rareté des ressources, voir, CALMETTE (J.-F.), La rareté en droit public, éd.
L’Harmattan « logiques juridiques », Paris, 2004.
335
- Voir par exemple, le rapport d’activité annuel pour 2007, op.cit, p. 32
336
- Voir, l’article 6§1 de la loi 2000-03, op.cit.
337
- L’article 13 de la loi 2000-03 dispose que "L’autorité de régulation a pour missions : (…) – de
planifier, de gérer, d’assigner et de contrôler l’utilisation des fréquences dans les bandes qui lui sont
attribuées dans le respect du principe de non discrimination (…)".
338
- L’ANF est placée sous la tutelle du ministre chargé des télécommunications. L’agence est régie
par les règles administratives dans ses relations avec l’Etat et par les règles commerciales dans ses
rapports avec les tiers. V. Les articles 1er et 2 du décret exécutif n° 02-97 du 02 mars 2002, portant
création de l’agence nationale des fréquences, JORA n° 17 du 6-03-2002, modifié et complété par
décret exécutif n° 06-195 du 31 mai 2006, JORA n° 36 du 31-05-2006, et par décret exécutif n°07-303
du 27 septembre 2007, JORA 63 du 7-10-2007. En France, l’agence nationale des fréquences est
qualifiée par le législateur d’établissement public de l’Etat à caractère administratif, Art. L.34 du Code
des postes et des communications électroniques, Dalloz, Paris, 2010.
339
- Art. 3 du décret exécutif n°02-97 du 02 mars 2002, portant création de l’agence nationale des
fréquences, modifié et complété, op.cit. Pour mener à bien son rôle, cet instrument de l’Etat en
matière de planification et de gestion des fréquences radioélectriques, est doté de deux
commissions spécialisées : la commission d’attribution des bandes de fréquences et la commission de
traitement des brouillages.
340
- Article 5 du décret exécutif n° 02-97 du 02 mars 2002, portant création de l’ANF (modifié et
complété), op.cit. A noter que le cahier des clauses générales de sujétion de service public qui doit être
approuvé par arrêté conjoint du ministre chargé de des technologies de l’information et de
communication et le ministre des finance, n’a pas été signé ou n’a pas été rendu public à ce jour.

131
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

fréquences ; d’octroyer des autorisations d’exploitations des équipements


radioélectrique hormis celles délivrées pour les tiers par l’ARPT et par l’agence
nationale de navigation maritime ; de délivrer les autorisations d’implantation des
équipements radioélectriques sur les sites radioélectriques après avis favorable de la
commission nationale des points hauts341.
Il apparaît à travers ces dispositions que la mission de régulation du spectre
hertzien est partagée entre l’Etat, l’agence nationale des fréquences et l’autorité de
régulation342. Il n’en reste pas moins que ce spectre constitue l’élément
fondamental de la régulation du marché de l’accès de départ pour les opérateurs
économique
L’utilisation des fréquences hertziennes constitue, comme indiqué
précédemment, une occupation du domaine public343. En effet, l’article 6 de la loi
2000-03 fixant les règles générales relatives à la poste et aux télécommunications
prévoit expressément que : "Dans le cadre de ses prérogatives de contrôle des
télécommunications, l’Etat :
- dispose de l’usage exclusif du spectre des fréquences radioélectriques et en
administre l’usage par les opérateurs, les prestataires de service et les usagers
directs et veille à l’application des conventions, règlements et arrangements de
l’UIT ;
- exerce, conformément aux dispositions constitutionnelles, la souveraineté sur
l’ensemble de l’espace hertzien ;

341
- Article 3 du décret 02-97 tel que modifié en 2007, op.cit. La commission nationale des points
hauts est créée par décret présidentiel n°02-49 du 19 janvier 2002 fixant la composition, les
attributions et le fonctionnement de la commission nationale des points hauts, JORA n° 5 du 20-01-
2002., décret présidentiel n°01-94 du 15 avril 2001 portants définitions des points hauts et précisant
les modalités de leur gestion et protection, JORA n° 22 du 15-04-2001 ; Arrêté ministériel du 18 avril
2006 fixant les conditions, modalités et procédures relatives à l’édification et à l’utilisation des points
hauts, JORA n°38 du 11-06-2006.
342
- Par exemple, durant l’année 2008, l’ARPT a délivré 76 autorisations pour la création de nouveaux
réseaux radioélectriques ; ce nombre était de 90 en 2007. Voir, ARPT, rapport d’activité annuel pour
2008, p. 39, www.arpt.dz
343
- Voir par exemple l’article 8§11 de la loi 2000-03 ayant trait au réseau privé, que ce dernier « est
dit "interne", s’il est entièrement établi sur une même propriété, sans emprunter ni le domaine public, y
compris hertzien (…) ».

132
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

- fixe les règles d’occupation du domaine public et du bénéfice des servitudes


liées au déploiement des réseaux de télécommunications et à l’usage de l’espace
hertzien"344.
Il ressort de la lecture de cet article et de l’article 24 de la 2000-03, que nul ne
peut, sans autorisation délivrée par l’autorité compétente, occuper une dépendance
du domaine public national. En revanche, le caractère immatériel des fréquences
hertziennes peut faire douter de la réalité d’une « occupation », au sens physique du
terme. L’utilisation des fréquences hertziennes est une occupation privative du
domaine public. Le terme privatif a ici son importance : il s’oppose à l’utilisation
collective du domaine public, utilisation libre, gratuite et anonyme. L’occupation
privative est soumise à autorisation, individualisée et entraîne en contrepartie le
paiement d’une redevance345. Elle constitue, par ailleurs, un droit d’usage qui ne
peut être que précaire et révocable en conformité avec la domanialité publique et
n’emporte pas de droit de type patrimonial et l’inexistence d’un marché des
fréquences et leur non attribution par voie d’appel d’offres confirme ce fait346.

344
- L’article 24 de la loi 2000-03 dispose en outre que " le spectre des fréquences radioélectriques
fait partie du domaine public de l’Etat. Le découpage du spectre en bandes de fréquences et leur
attribution aux différents utilisateurs relève des prérogatives de l’Etat. L’assignation des fréquences
radioélectriques est soumise au paiement d’une redevance déterminée par voie règlementaire".
345
- Voir, Décret exécutif n° 04-158 du 31 mai 2004 fixant le montant des redevances d’assignation
des fréquences radioélectriques, JORA n° 35 du 2 Juin 2004., l’article 4 de ce décret prévoit que "Les
redevances d’assignation des fréquences sont annuelles et sont dues pendant toute la durée de validité
de l’autorisation. La période d’exigibilité commence à la date d’établissement de la décision
d’assignation des fréquences". Les fréquences sont assignées pour une période de cinq (5) ans à
compter de la date de décision d’assignation. Le renouvellement de la décision d’assignation de
fréquences radioélectriques fait l’objet d’une demande par le titulaire dans un délai d’un (1) an avant
l’expiration de la durée pour laquelle la fréquence a été attribuée. Voir, rapport annuel d’activité de
l’ARPT, p. 31, www.arpt.dz . En application de l’article 39 de la loi n°2000-03 fixant le régime des
autorisations, et dans le cadre de sa compétence en matière d’assignation des fréquences
radioélectriques, l’ARPT a pris une décision relative à la procédure applicable aux opérateurs en
matière d’assignation ou de modification d’assignation des fréquences radioélectriques. Décision n° 22
SP/PC/ARPT du 1er juin 2005, voir également, décision n°23/SP/PC/ARPT du 16 juin 2009 mettant
fin à l’autorisation d’utilisation de la sous bande de fréquences 1940-1955MHZ et son duplexe 2130-
2145MHZ au profit de l’opérateur Algérie Télécom mobile, www.arpt.dz
346
- BESSAÏ (M.-T.), « De quelques aspects saillants de la réformes des télécommunications », op.cit,
p. 40 ; à ce propos le Professeur Yves GAUDEMET, Traité de droit administratif, Tome 2, L.G.D.J,
1996, p.355, écrit : "l’occupation est reconnue même dans les hypothèses où il n’y a pas emprise, mais
une simple utilisation privative organisée de dépendances domaniales spécifiquement désignées (…),
le gestionnaire d’une station de Radio doit donc logiquement, tout comme le commerçant sur un
marché, bénéficier d’une autorisation en vue d’occuper, ou plutôt d’utiliser, une fréquence"; voir
également dans ce sens, BROUANT (J.-P.), « L’usage des fréquences de communication audiovisuelle

133
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Analyser l’utilisation des fréquences en une occupation domaniale permet la


soumission à une autorisation administrative et la perception de redevances
d’occupation et véhicule l’idée d’une mise à disposition d’un domaine pour le
développement d’un outil industriel. Le système apparaît ainsi adapté aux enjeux
actuels de l’attribution des fréquences et contribue au développement du marché
des télécommunications. Il permet de concilier un régime de liberté avec la
nécessité d’une autorisation administrative347.
B- La numérotation : une autre mission de régulation

Si le spectre hertzien est considéré comme relevant du domaine public, il


n’en est pas de même pour la numérotation. Cette dernière, relève davantage, selon
un auteur, d’une police spéciale348. En tout état de cause, la numérotation est
qualifiée de ressource rare349 ; son exploitation économique par les opérateurs est
rendue possible par les textes tout en garantissant le maintien de prérogatives de
puissance publiques sur elle, évitant que cette rareté n’échappe à l’Etat. La
prérogative de puissance publique sur la numérotation est l’une des missions de

et la domanialité publique », AJDA, 1997, p. 115. Au niveau Européen, à propos des licences UMTS,
la directive 97/13/CE du 10 Avril 1997 et la décision 128/1999/CE du 14 décembre 1998 relative à
l’utilisation du spectre radioélectrique pour la prestation de service de télécommunications, ont
accordé une certaine marge de manœuvre aux Etats pour définir les procédures et conditions
d’utilisation du spectre radioélectrique. Si un Etat membre choisit d’octroyer des licences et limite le
nombre de licences susceptibles d’être attribuées, il devra diligenter une procédure ouverte, non
discriminatoire et transparente, sur la base de critères de sélection objectifs. L’article L.42.1 du Code
des postes et télécommunications électronique (français), pris sur ce fondement fait obligation à
l’ARCEP d’attribuer les autorisations d’utilisation des fréquences radioélectriques « dans des
conditions objectives, transparentes et non discriminatoires ». Lorsqu’il n’est possible d’attribuer
qu’un nombre limité d’autorisations que plusieurs candidats convoitent, la sélection des titulaires se
fait par appel à candidature. Sur cette question, voir, NICINSKI (S.), « Faut-il soumettre la délivrance
des titres d’occupation du domaine public à une procédure de mise en concurrence ? », in, Bien
public, bien commun, Mélanges en l’honneur d’Etienne Fatôme, Dalloz, Paris, 2011, pp. 373-388
347
- Ce système d’origine Française (où il y a depuis longtemps, une convergence entre
télécommunications et audiovisuel). Au niveau mondial, l’UIT a mis en œuvre une résolution
(résolution n° 9) qui a pour objet de faciliter la participation des pays, en particulier les pays en
développement, à la gestion du spectre radioélectrique et fait de l’élaboration de méthodes de calcul
des droits perçus pour l’utilisation du spectre des fréquences radioélectrique une priorité. Voir,
www.itu.int/ITU-D/study_groups/SGP_2006-2010/documents/DEFQUEST-Resolution9-F.pdf
348
- Voir, RAMBEAU (R.), L’institution juridique de régulation…, op.cit, p. 257. Les numéros ou
blocs de numéro attribués aux opérateurs ou utilisateurs, qui sont incessibles, ne sont pas la propriété
de ces derniers. Sur ce sujet, voir, LAGET-ANNAMAYER (A.), « Les numéros de téléphone ne sont
pas la propriété des opérateurs », AJDA, 2003, p.1381.
349
- V. ARPT, rapport d’activité annuel pour 2008, op.cit, p.37.

134
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

l’ARPT. En effet, l’article 13§4 de la loi 2000-03 fixant les règles générale relatives
à la poste et aux télécommunications dispose que : "L’autorité de régulation a
pour missions : (…)- d’établir un plan national de numérotation, d’examiner les
demandes de numéros et de les attribuer aux opérateurs "350.
La structure du plan national de numérotation a enregistré, jusqu’en 2007,
trois changements importants : en 1986, en 1989 et en décembre 2000. L’ARPT a
hérité du plan de numérotation fermé à neuf (9) chiffres, mis en place par le
ministère de la poste et des télécommunications351. La demande sans cesse
croissante des opérateurs de cette ressource rare a poussé l’autorité de régulation à
repenser le plan de numérotation qu’elle a hérité de l’ancienne tutelle. L’objectif
de cette refonte était de "rencontrer autant la satisfaction des usagers que les
préoccupations des opérateurs, en faisant en sorte de préserver la rationalité et le
caractère durable et pérenne de l’économie de la ressource rare (…et ce) en totale
adéquation avec les meilleures pratiques internationales suivies dans le
domaine"352.
Soucieuse de l’importance de la numérotation dans la régulation et respectant
les fondamentaux de l’économie des ressources rares, l’ARPT, avec l’aide d’un
cabinet d’experts international, a élaboré un nouveau plan national de numérotation
à la fin de l’année 2007. Selon l’ARPT, ce nouveau plan de numérotation à 10
chiffres, a été élaboré dans le souci de répondre au problème de rareté et dans le
souci de simplifier et de clarifier son utilisation avec la possibilité de faire face à

350
- Le cahier des charges relatif à l’établissement et l’exploitation d’un réseau public de
télécommunications cellulaire de norme GSM et à la fourniture de services de télécommunications au
public précise en son article 9.1 que, "l’autorité de régulation détermine les blocs de numérotation qui
sont nécessaires au titulaire pour l’exploitation du réseau GSM et la fourniture des services", Cahier
des charges annexé au décret exécutif n°01-219 du 31 juillet 2001 portant approbation de licence au
profit d’Orascom Télécom Algérie, op.cit. Voir également, l’article 10.1 du cahier des charges des
opérateurs de téléphonie fixe, op.cit
351
- V. ARPT, Rapport d’activité annuel pour 2007, op.cit, p.36
352
- BELFODIL (M.), « Un nouveau plan national de numérotation à partir de décembre 2007 »,
Bulletin trimestriel de l’ARPT, n° 7 & 8. mai 2007, www.arpt.dz

135
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

une éventuelle expansion de la demande353. Le nouveau plan de numérotation est


entré en vigueur à compter du mois de février 2008354.
Consciente, en outre, du vide juridique qui entrave la gestion des ressources en
numérotation, l’autorité de régulation a pris d’importantes décisions ayant trait aux
règles de gestion du plan national de numérotation et fixant les conditions
d’attribution et d’utilisation des ressources du plan national de numérotation. Elle a
fixé par conséquent, la rémunération pour service rendu en matière d’attribution des
ressources en numérotation355.
La numérotation sert, comme le spectre hertzien, à la régulation du marché des
télécommunications. Cependant, pour faire une économie de cette ressource rare, il
est pertinent, dans le but de satisfaire la demande des opérateurs existant sur le
marché et de faciliter l’arrivée de nouveaux opérateurs, de procéder au lancement
du processus de portabilité du numéro356.
Les ressources rares apparaissent comme une composante essentielle de la
régulation des télécommunications. Leur régime juridique consacre la pérennité de

353
- A ce titre, une projection sur 50 ans est requise par l’autorité et ce, "afin de garantir la
disponibilité des ressources en numérotation adéquate et promouvoir le développement et la
généralisation des technologies de l’information et de la communication (…) dans un environnement
fortement concurrentiel ", ARPT, Rapport d’activité annuel 2007, op.cit, p.37
354
- Elle concerne la numérotation de la téléphonie mobile, les services à valeur ajouté, la téléphonie
fixe, les numérotations VSat et VoIP. Voir par exemple, ARPT, Rapport d’activité annuel 2011, p.24.
www.arpt.dz/
355
- Voir, décision n°19/SP/PC/ARPT/ du 22 juillet 2008 fixant la rémunération pour service rendu en
matière d’attribution des ressources en numérotation aux opérateurs de télécommunications non
titulaires de licences et autres demandeurs, www.arpt.dz/
356
- La portabilité d’un numéro se définit comme la possibilité offerte au consommateur de changer
d’opérateur tout en conservant son numéro. En Europe, la portabilité du numéro est devenue une
obligation. Elle découle de l’article 30 de la directive 2000/22/CE du 7 mars 2002, modifiée par la
directive 2009/136/CE, op.cit. Selon les termes de la directive, notamment le paragraphe 40 de
l’exposé des motifs, la portabilité du numéro constitue "un élément moteur du choix du consommateur
et du jeu effectif de la concurrence dans un environnement concurrentiel des télécommunications".
L’obligation de portabilité du numéro est reprise en droit Français à l’article L.44 du CPCE, op.cit,
l’article D.406-18 du CPCE confie à l’ARCEP le soin de préciser la portée et les modalités
d’application de celle-ci. Sur la question de la portabilité du numéro, voir, le site Internet de l’ARCEP,
www.arcep.fr/ . Le projet de loi fixant les règles générales relatives à la poste, les télécommunications
et à celles liées aux technologies de l’information et de la communication prévoit le lancement de la
portabilité du numéro. L’article 124 de ce texte prévoit que " Les opérateurs de réseaux publics de
télécommunications doivent permettre à leur abonnés, s’ils le demande par écrit, de bénéficier de la
procédure de portabilité. Les conditions et les modalités d’application du présent article sont fixées
par voie règlementaire".

136
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

la régulation sectorielle puisque la régulation des ressources rares est prise en


charge par l’autorité de régulation sectorielle.

Les instruments juridiques de l’entrée sur le marché étant instaurés, la


question qui se pose maintenant est de savoir si la législation des
télécommunications actuelle permet l’accès des opérateurs au réseau, sans lequel ils
ne peuvent prétendre à aucun bénéfice.
Pour répondre à cette question, nous avons jugé pertinent d’étudier les
instruments juridiques permettant l’accès aux infrastructures et ce, à travers l’étude
de l’essentiel des télécommunications : l’infrastructure essentielle, la boucle locale
et l’interconnexion.

137
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Section II
Les instruments juridiques de l’accès aux infrastructures de réseau
des télécommunications

L’étude des instruments juridiques d’accès aux infrastructures du réseau de


télécommunications, celui d’accès à l’interconnexion (Sous-section 2) et à la
boucle locale (Sous-section 3), commande au préalable de définir ces
infrastructures de base, appelées également, infrastructures essentielles ou facilités
essentielles (sous-section 1).

Sous-section 1. Les infrastructures essentielles : inaccessibilité ou


concurrence en demi-teinte ?

Au carrefour du droit et de l’économie, la théorie des infrastructures


essentielles357, a été une réponse originale et paradoxale permettant d’atteindre des
objectifs d’ouverture de marchés à la concurrence ou de partage bénéfique de
ressources limitées. Née dans les industries de réseaux aux Etats-Unis, la théorie
des infrastructures essentielles est fondée sur le Sherman Act américain de 1890
condamnant les pratiques concertées et les monopoles restreignant le libre
commerce entre Etats358. Elle a ensuite été consacrée en droit communautaire sur le
fondement de l’article 82 du Traité des Communautés Européennes proscrivant
l’exploitation abusive d’une position dominante sur un marché. Elle repose sur le
principe selon lequel "le détenteur d’une infrastructure commet un abus de
position dominante s’il refuse l’accès à cette infrastructure lorsque cet accès
conditionne l’accès au marché"359. La théorie a ensuite été reprise en droit français

357
- Issue du droit de la concurrence Américain, la notion d’essential facilities se trouve traduite en
français par les expressions de facilités, d’infrastructures ou encore de ressources essentielles.
358
- Appliquée pour la première fois dans l’arrêt de la Cour suprême des Etats-Unis « Terminal
Railroad » de 1912. Le consortium du même nom contrôlait un nœud ferroviaire à Saint-Louis et par
là même les entrées et sorties de la ville. Il a été jugé qu’il fallait admettre des tiers concurrents au
consortium, ou bien le dissoudre. Voir sur cette question, « La notion d’infrastructure essentielle dans
la régulation sectorielle », La lettre de l’ARCEP, Janvier/ février 2008, p. 21, voir également,
DEZOBRY (G.), La théorie des facilités essentielles : essentialité et droit communautaire de la
concurrence, L.G.D.J, Paris, 2009, p. 12.
359
- Pour l’application de la théorie, la CJCE énonce trois conditions principales à savoir ; l’utilisation
de la facilité essentielle doit être indispensable pour permettre aux tiers d’exercer leur activité sur le

138
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

en 1997, par un arrêt de la Cour d’appel de Paris, à propos d’un Héliport360. Dans
le domaine des télécommunications, la Cour d’appel de Paris a jugé, dans son arrêt
rendu le 1er septembre 1998, « SFR contre France Télécom », que "le fichier des
abonnés au service public de téléphone constitue pour France télécom une facilité
essentielle", elle a en outre, dans une autre affaire, ordonné à France Télécom de
communiquer l’intégralité de ses listes d’abonnés (considérées comme facilité
essentielle) à un concurrent, en estimant qu’aucune raison tirée de la protection du
service public ne s’y opposait361. En somme, faut-il le rappeler, il est nécessaire que
la facilité en question soit indispensable à l’activité de l’opérateur qui en réclame

marché dérivé ; le détenteur de la facilité essentielle doit ensuite avoir refusé sans raison valable cette
utilisation aux entreprises opérant sur le marché dérivé et, enfin, le refus doit être de nature à éliminer
toute concurrence sur le marché dérivé. V. CJCE, 6 avril 1995 (affaire Magill), cité par, BAZEX (M.),
« Entre concurrence et régulation, ‘‘la théorie des facilités essentielles’’ », Revue de la concurrence et
de la consommation, n° 119, 2001, p. 37. La cour ajoute deux conditions nouvelles sur l’application de
la théorie en droit de propriété intellectuelle qui sont, la condition d’absence de substitut réel ou
potentiel pour l’exercice de l’activité sur la marché car, en droit de la concurrence général, on est en
présence d’une facilité essentielle lorsqu’il y a impossibilité ou quasi-impossibilité de reproduire de
manière raisonnable l’infrastructure, c’est la condition d’absence d’alternative., la deuxième
conditions nouvelle est celle de l’interdiction de l’apparition sur le marché dérivé d’un produit
nouveau correspondant à une demande virtuelle du consommateur. V. EDELMAN (B.), « L’arrêt
Magill : une révolution ? », D. 1996, p. 19 ; BLAISE (J.-B.), « L’arrêt Magill : un autre point de vue.
Une illustration de la théorie des ‘‘installation essentielles’’ », Dalloz affaires, 1996, p. 859. Voir
également sur l’application de la théorie en droit de la propriété intellectuelle, RANOUIL (M.), La
théorie des facilités essentielles et le droit de la propriété intellectuelle, Mémoire de DESS de
propriété industrielle, Université Paris 2, 2004.
360
- Dans l’affaire soumise à son jugement, la Cour d’appel de Paris considère que "Les ressources
essentielles désignent des installations et équipements indispensables pour assurer la liaison avec les
clients et/ou permettre à des concurrents d’exercer leurs activités et qu’il serait impossible de
reproduire par des moyens raisonnables". CA de Paris, Héli-inter assistance, 9 septembre 1997.
Globalement, les infrastructures peuvent être très diverses et très différentes et ce, en fonction du
secteur considéré. Il peut ainsi s’agir d’un port, d’un héliport ou d’un tunnel (ex. tunnel sous la
manche en France), il peut s’agir également de réseau de distribution, de droit de propriété
intellectuelle voire industrielle ou encore, dans le domaine des télécommunications, d’équipements
corporels (une ligne téléphonique, filaire ou hertzienne) ; ou une zone de stockage de gaz dans le
domaine gazier. Il peut donc s’agir d’une infrastructure immobilière, d’un équipement, d’un produit
ou d’un service. De surcroît, ces mêmes infrastructures peuvent, selon une casuistique bien
déterminée, être ou ne pas être qualifiées d’essentielles. Car ce qui importe ici, ce n’est pas la nature
ou la qualification juridique de l’infrastructure concernée (meuble, immeuble, produit, service etc.),
mais bien davantage l’utilisation qu’en fait son propriétaire sur le marché. Voir, MARTIN (S.) &
LEVILAIN (F.), « L’application de la théorie des « facilités » essentielles dans le secteur des
télécoms, de l’électricité et du gaz », Gaz. Pal. n° 297, 2002, p. 4.
361
- CA Paris, CMS c/ France Télécom, Rev. Europe, Avril 1994, p. 13.

139
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

l’accès, et qu’il serait impossible de la reproduire par des moyens raisonnables, du


fait de contraintes techniques, juridiques et financières362.
La notion d’infrastructures essentielles est donc essentiellement d’origine
jurisprudentielle. En droit algérien, il n’y est fait référence à cette notion qu’à titre
d’indication -sans vouloir l’évoquer au sens du droit comparé- quand les textes
évoquent le partage des infrastructures de télécommunications mais, aucunement de
l’accès équitable à ces dernières363.
Pourtant, pour développer une concurrence loyale sur le marché, l’Etat doit
veiller à l’accès équitable à l’infrastructure essentielle qui constitue la base ou le
point de départ du processus concurrentiel dans le secteur.
Cependant, la question prédominante reste de savoir pour qui l’infrastructure
est essentielle. Il ne s’agit pas de déterminer si un avantage possédé par un
concurrent est nécessaire aux autres concurrents, mais si l’entrée de nouveaux
concurrents sur le marché grâce à l’accès à une infrastructure est profitable aux
consommateurs. L’actualité de la boucle locale s’inscrit parfaitement dans cette
problématique. En effet, l’existence de la théorie des facilités essentielles en droit

362
- CA Paris, 29 juin 1998, Suez-Lyonnaise des eaux, B.O.C.C.R.F. 16 juillet 1998, p.393, cité par,
RODRIGUE (L.), La théorie des infrastructures essentielles appliquée aux industries de réseaux,
Mémoire de DEA en droit public de l’économie, Université Paris II Panthéon-Assas, 2000, p. 38. Dans
cette affaire, quatre communes d’Ile-de-France sont alimentées en eau potable par la société SLE sur
la base de contrats d’affermage arrivant tous à échéance en 1997. L’eau fournie aux habitants provient
d’installations de production, de transport et de stockage appartenant à la société SLE et exploitées par
l’une de ses filiales. Lors de la mise en concurrence par ces communes pour l’obtention de nouveaux
contrats de délégation du service public de distribution d’eau potable, des concurrents de la SLE ont
relevé le refus du délégataire initial de communiquer ses conditions de vente en gros de l’eau potable.
Or, du fait de l’impossibilité pour ces concurrents d’utiliser un moyen de production alternative, la
Cour d’appel de Paris, considérant que la SLE détenait l’unique moyen de production d’un bien
indispensable à l’accès au marché de ma délégation du service public de la distribution de l’eau, a
imposé à ladite société de communiquer à tout candidat potentiel le prix de vente en gros de l’eau
potable, établi de manière objective, transparente et non discriminatoire. Il apparaît en effet, sans
discuter le bien-fondé de cette décision, que les installations de productions, de transport et de
stockage, n’étaient pas substituables, tant pour des raisons financières évidentes que pour des
contraintes techniques, environnementales et juridiques. La construction de telles installations
nécessitent en effet du temps, des terrains disponibles (des expropriations étant parfois nécessaires), et
des autorisations administratives. Pour plus de détails sur l’application de la théorie aux industries de
réseaux, voir, RODRIGUE (L.), ibid., p.39 et s.
363
- L’article 13§2 de la loi 2000-03 prévoit que "L’autorité de régulation a pour mission : (…) – de
veiller à fournir, dans le respect du droit de propriété, le partage d’infrastructures de
télécommunications". Voir également, le cahier des charges des opérateurs de la téléphonie fixe
(article 12.2), op.cit.

140
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

algérien des télécommunications, est tributaire de certains préalables "politiques" ;


à commencer par le dégroupage de la boucle locale364 qui permet la rencontre
directe de l’opérateur avec son abonné.
En outre, la réalité économique qu’est l’infrastructure essentielle se traduit
juridiquement en termes de droit d’accès365. L’interconnexion en est l’instrument
complémentaire en ce sens qu’elle tend à garantir l’interopérabilité des normes
pour assurer l’unité du système366. Cette notion technique et économique a
désormais fait son entrée dans les disciplines juridiques. L’étude de cette notion
confronte le juriste aux difficultés de l’appréhension juridique d’éléments qui sont
aussi bien techniques qu’économiques et politiques. Un élément clé de la régulation
sectorielle.
Sous-section 2. La juridisation de l’interconnexion
L’interconnexion est plus que jamais un facteur essentiel, voire vital à la
viabilité de la concurrence et à son développement. Sans interconnexion, il est
utopique de parler de réseau de télécommunications (A). Elle constitue en outre, la

364
- Sur la question de la boucle locale, voir, infra, sous-section 3. De façon paradoxale, l’article 13§1
de la loi 2000-03 prévoit que l’autorité de régulation veille à l’existence d’une concurrence effective et
loyale sur le marché des télécoms et prend toutes les mesures nécessaires pour promouvoir et rétablir
la concurrence sur ce marché. La question qui se pose alors est de savoir, pourquoi l’ARPT, dans une
démarche de promotion de la concurrence et de favoriser l’investissement dans les services de
télécommunications, notamment l’accès à Internet, n’arrive pas à pousser l’opérateur historique à
dégrouper ? Pourquoi l’opérateur historique n’est pas prêt à dégrouper la boucle locale ? Dans un
rapport réalisé par des experts algériens dans le domaine intitulé « Etat des lieux de l’ADSL en
Algérie », et parmi les recommandations qui y figurent on cite, le dégroupage de la boucle locale et
l’accès équitable aux infrastructures essentielles afin d’encourager une concurrence loyale entre
opérateurs.
365
- V. LAGET-ANNAMAYER (A.), La régulation des services publics en réseaux :
télécommunications et électricité, op.cit, p. 173. Les nouveaux entrants sur le marché des
télécommunications disposeront alors de deux moyens pour concurrencer l’opérateur historique. La
concurrence par les services et par les infrastructures. La concurrence par les services est, lorsque les
nouveaux entrants s’appuient sur les infrastructures de l’opérateur historique pour développer leurs
services et les commercialiser aux consommateurs finaux ; la concurrence par les infrastructures est,
lorsque les nouveaux entrants installent pour cela leurs propres infrastructures, concurrentes de celles
de l’opérateur en place. Ces deux procédés appellent bien évidemment à parler de l’interconnexion et
de l’accès. Cf. KOUNDOUL (I.), Les télécommunications africaines…., op.cit, p. 278.
366
- L’accès aux infrastructures et l’interconnexion sont devenus une des questions critiques de la
concurrence dans le marché des télécommunications, et à moins d’y répondre très rapidement, elles
pourraient devenir un barrage à la concurrence.

141
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

clef de l’ouverture à la concurrence (B) et l’un des paramètres essentiels de


l’organisation et de la régulation du marché des télécommunications367.

A- L’interconnexion : support nécessaire des activités de


télécommunications

Au sens de la loi sur les télécommunications, l’interconnexion représente "les


prestations réciproques offertes par deux opérateurs de réseaux publics ou les
prestations offertes par un opérateur de réseau public à un prestataire de service
téléphonique au public qui permettent à l’ensemble des utilisateurs de
communiquer librement entre eux, quels que soient les réseaux auxquels ils sont
raccordés ou les services qu’ils utilisent"368.
Il ressort de cette définition que l’interconnexion est ce qui permet
concrètement à n’importe quel abonné d’un réseau ouvert au public de
communiquer avec n’importe quel autre abonné et ce, quels que soient les
opérateurs auxquels ils sont raccordés.
Historiquement, l’interconnexion a débuté quand est apparue la nécessité de
l’interconnexion internationale aux frontières entre les réseaux des opérateurs
nationaux. Durant cette période, les relations avec les opérateurs avaient
généralement un caractère bilatéral et même si un opérateur tiers pouvait jouer un
rôle d’intermédiaire ou de réseaux de transit de communication, l’objectif de la
négociation entre deux opérateurs était de définir une taxation pour le coût de la
communication internationale de bout en bout entre abonnés de deux réseaux369.
Mais avec l’ouverture du secteur à la concurrence, l’interconnexion est devenue

367
- Un auteur souligne à ce propos que le régime de l’interconnexion "est l’instrument nécessaire de
cette fonction de régulation et la pierre d’achoppement de toute politique de libéralisation. S’il est
inadapté ou seulement inefficace, il peut provoquer l’échec de toute la politique de libéralisation…",
RAPP (L.), « Le nouveau régime de l’interconnexion des réseaux de télécommunications dans la loi
française du 26 juillet 1996 », Juris PTT, n° 49, p.7
368
- Art. 8§4 de la loi 2000-03, op.cit ; l’opérateur auquel est demandée une interconnexion, doit
mettre à la disposition des opérateurs interconnectés des emplacements dans ses locaux techniques aux
points d’interconnexion afin de permettre à ces opérateurs d’installer leurs équipements d’interface
avec son réseau., voir l’article 10.1 du cahier des charges des opérateurs de téléphonie mobile.
369
- V. BULATOVIC (V.), Les enjeux économiques de l’interconnexion des réseaux de
télécommunications, Thèse de doctorat en sciences économiques, Université d’Orléans, 2004, p. 15.

142
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

une obligation imposée par la régulation. Le concept d’interconnexion est très


complexe et ce notamment en raison de sa diversité370. Sa consécration pour la
première fois comme un droit est inhérent à la libéralisation du secteur des
télécommunications.

L’interconnexion entre différents réseaux se matérialise par des contrats


librement négociés entre les différents exploitants de réseaux de
télécommunications371. Il s’agit de conventions décrivant les conditions techniques
et financières des prestations de services d’interconnexion. Ces conventions sont la
traduction contractuelle de l’obligation posée par la loi faite aux exploitants de
réseaux ouverts au public de faire droit aux demandes d’interconnexion
raisonnables372.
En application de la loi sectorielle, le décret sur l’interconnexion prévoit que
les opérateurs sont tenus de donner suite aux demandes d’interconnexion formulées
par d’autres opérateurs et les prestataires de services, dans des conditions
objectives, transparentes et non discriminatoires373 ; le refus de la demande devant
être motivé par des raisons objectives d’impossibilité techniques majeures374. Le

370
- Il existe deux types d’interconnexion ; directe et indirecte. Voir par exemple, le catalogue
d’interconnexion d’Algérie Télécom, Année 2011.
371
- Voir l’article 10.3 du cahier des charges des opérateurs de téléphonie mobile ; en cas de désaccord
dans la conclusion du contrat, il sera fait recours à l’arbitrage de l’autorité de régulation.
372
-Le droit sectoriel oblige les opérateurs à la mise en place de conventions d’interconnexion. Ce sont
des conventions de droit privé dénommées sous les appellations de « contrats, conventions ou accords
d’interconnexion ». Leur objet est de déterminer, dans le respect de la réglementation des
télécommunications, les conditions techniques et financière de l’interconnexion entre les exploitants
concernés ; comme elle sanctionne les rapports de chaque opérateur avec chacun des autres. Ces
conventions sont soumises à l’approbation de l’autorité de régulation qui vérifie si les conditions
techniques de l’interconnexion sont réunies et si les principes tarifaires du catalogue d’interconnexion
ont été respectés.
373
- Art. 5 du décret exécutif n° 02-156 du 9 mais 2002, fixant les conditions d’interconnexion des
réseaux et services de télécommunications, JORA n° 35 du 15 mai 2002, p.9
374
- Voir, l’article 25§3 de la loi 2000-03 fixant les règles générales relatives à la poste et aux
télécommunications, op.cit. L’article 6 du décret précité précise qu’ " Une demande d’interconnexion
ne peut être refusée que lorsqu’elle ne peut être satisfaite sur la base du catalogue d’interconnexion
dûment approuvé par l’autorité de régulation. Dans ce cas, ou lorsque l’offre est jugée insatisfaisante,
le demandeur peut saisir l’autorité de régulation" cette dernière " rend une décision motivée dans un
délai de 30 jours à compter de sa saisine par le demandeur d’interconnexion, après avoir invité les
deux parties à présenter leurs observations…".

143
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

tarif d’interconnexion doit, lui-même, être assis sur des bases objectives, tendre
vers les coûts que supporte l’opérateur qui offre l’interconnexion demandée375.
Les opérateurs de réseaux publics376 sont tenus, du reste, de publier, dans les
conditions déterminées par leur cahier des charges, un catalogue d’interconnexion
de références qui contient une offre technique et tarifaire d’interconnexion et ce,
après son approbation par l’ARPT377 qui vérifie, à cette occasion, le caractère
objectif des tarifs offerts et qui peut en conséquence, demander à l’opérateur
d’introduire des amendements à cet égard.
La régulation de l’interconnexion est l’occasion de constater la grande part
que prend le droit privé dans la régulation des télécommunications, par le fait que
les accords d’interconnexion, qualifiés de "conventions d’interconnexion", sont des
conventions de droit privé. Ainsi, la technique contractuelle de droit privé fait son
entrée dans un secteur anciennement régi par le droit public378.
B- Interconnexion et concurrence
Le marché des télécommunications est potentiellement prometteur, pourtant,
l’Etat doit s’attaquer à un défi de taille à savoir l’effectivité du jeu concurrentiel et
de la régulation indépendante. Le régulateur, institué à cet égard, doit arbitrer entre
plutôt développer une concurrence par les services, plus rapide à mettre en œuvre,
ou plutôt favoriser une concurrence par les infrastructures, plus à même de produire
les effets attendus de la concurrence379. Les opérateurs ont en effet le choix entre

375
- BESSAID (M.-T.), « De quelques aspects juridiques saillants de la réformes des
télécommunications », op.cit, p.40
376
- Le droit à l’interconnexion n’est accessible qu’à un petit nombre d’opérateurs autorisés et
l’obligation qu’il fait naître ne concerne que les exploitants de réseaux ouverts au public.
377
- Voir par exemple, catalogue d’interconnexion d’Algérie Telecom, année 2011 (valable du 1er
juillet 2011 au 30 juin 2012), publié sur le site Internet d’Algérie télécom, www.algerietelecom.dz/ ;
voir également les dispositions des articles 7 et 8 du décret exécutif n° 02-156 du 9 mai 2002, op.cit.
378
- Toutefois, nous le verrons dans la deuxième partie de cette thèse, la question se pose à propos du
caractère privé de ces conventions d’autant que la fonction de régulation intervient selon un autre
mode opératoire dans ce domaine : le règlement des litiges. En cas d’échec des négociations
commerciales, la convention est communiquée à l’ARPT, qui peut en modifier le contenu et régler le
litige par décision. Ensuite, il revient au juge administratif d’en apprécier la légalité sans trancher sur
le fond.
379
- Cet arbitrage qui aboutit non pas à un choix exclusif entre l’une ou l’autre de ces deux formes de
concurrence, mais plutôt à un équilibre entre elles -s’exerce au travers des conditions d’accès aux
infrastructures de l’opérateur historique, en particulier les conditions tarifaires, et au travers de la
politique d’octroi de licences pour les infrastructures concurrentiels.

144
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

différents comportements pour faire échouer la mise en place d’une véritable


concurrence. Par exemple, ils peuvent imposer des taxes d’interconnexion
prohibitives380, refuser de construire ou de rendre inaccessible un dispositif
d’interconnexion adapté ou refuser de dégrouper les éléments ou les services de
réseau nécessaires à une interconnexion efficace.
En outre, les tarifs d’interconnexion sont étroitement contrôlés par l’autorité
de régulation en dépit du principe de liberté tarifaire que le droit sectoriel ne peut
que constater381. En effet, à la lecture de "la jurisprudence" de l’ARPT, le recours à
l’application du droit de la concurrence en la matière est plutôt important. Les
pratiques tarifaires anticoncurrentielles sont proscrites et en particulier la vente à
perte, la subvention d’un service en concurrence par un service en situation
d’exclusivité382 etc. En définitive, pour permettre à l’autorité de régulation

380
- Il s’agit de donner au propriétaire de l’infrastructure une juste rémunération pour l’usage de ses
infrastructures, lui permettant de couvrir ses coûts d’exploitation et de renouvellement. Si les charges
d’accès sont fixées à un niveau trop bas, l’opérateur historique n’est plus incité à entretenir ses
infrastructures. Il risque alors d’assister à une détérioration de la qualité des infrastructures qui se
répercutera sur la qualité du service final. De plus, des prix d’accès trop bas peuvent encourager
l’entrée de concurrents inefficaces, sans que le client final en retire un bénéfice important. A l’inverse,
des charges d’accès trop élevées empêchent le développement de la concurrence ou peuvent conduire
les nouveaux opérateurs à investir dans des technologies de contournement de la facilité essentielle,
qui ne sont pas toujours efficaces.
381
- Tout nouveau tarif doit être communiqué à l’autorité de régulation 30 jours avant la date de
l’entrée en vigueur du changement envisagé par l’opérateur. Voir, Art. 7 du décret exécutif n°02-156
du 9 mai 2002, fixant les conditions d’interconnexion des réseaux et services de télécommunications,
op.cit. L’autorité de régulation peut, également exiger de ce dernier de modifier les tarifs de ses
services ou de leurs conditions de vente, s’il apparaît que ces changements ne respectent pas les règles
de concurrence loyale et les principes d’uniformité des tarifs nationaux des services de
télécommunications. Voir, l’article 22. 2 du cahier des charges des opérateurs de téléphonie mobile et
l’article 21 du cahier des charges des opérateurs de téléphonie fixe, op.cit.
382
- En application de la loi 2000-03, notamment l’article 27, l’autorité de régulation relève, dans une
affaire soumise à son appréciation et opposant Orascom Télécom Algérie (OTA) à Algérie Télécom
(AT), que "les tarifs d’interconnexion des opérateurs dominants peuvent être soumis à encadrement
par l’ARPT » et que « l’objectif de cet encadrement est de promouvoir la concurrence"., V. décision
n° 03/ SP / PC / ARPT / 03 du 30 juin 2003 relative à la détermination de la taxe de terminaison d'un
appel en provenance de l'international sur les réseaux mobiles de Orascom Télécom Algérie (OTA) et
Algérie Télécom (AT), www.arpt.dz/., Dans une seconde affaire opposant les mêmes opérateurs à
propos de pratiques anticoncurrentielles, l'Autorité de régulation mentionne dans les visas de sa
décision, l'ordonnance de 1995 relative à la concurrence et spécialement son article 10. En outre, dans
ses considérants, elle relève que les pratiques tarifaires anticoncurrentielles sont proscrites, notamment
: "la vente à perte" ainsi que "la subvention d’un service en concurrence par un service en situation
d’exclusivité". V. Décision n° 02/SP/PC/ARPT/03 du 30 juin 2003 relative aux règles applicables par
les opérateurs de télécommunications pour la tarification des services fournis au public, www.arpt.dz/;
Enfin, l'autorité de régulation a délivré une injonction à l'encontre d'OTA à l'effet de retirer une offre
tarifaire au double motif que l'opérateur n'a pas observé les conditions de publicité des tarifs et que

145
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

d’appréhender avec précision les principes de prohibition anticoncurrentielle


qu’elle proclame, les opérateurs sont tenus de lui présenter une comptabilité
analytique383. Néanmoins, l’approche comptable a un caractère arbitraire qui va
déterminer, d’une certaine manière, le sort des opérateurs avant que le jeu
concurrentiel commence. En outre, des difficultés de lancement liées notamment à
l’abstention de l’opérateur historique à établir sa comptabilité analytique, du fait de
son passage d’une gestion administrative à une gestion commerciale, n’ont pas
permis à tous les opérateurs d’établir cette comptabilité. De ce fait, l’autorité de
régulation a fait appel au modèle dit CMILT ayant pour objectif d’orienter les tarifs
d’interconnexion vers les coûts hypothétiques d’un opérateur efficace384. Cette
méthode permet de réguler efficacement les tarifs d’interconnexion385.

l'offre tarifaire constitue une pratique de tarif singulièrement bas. V. Décision n° 11/SP/PC/ARPT du
12 mars 2007 portant retrait sans délai, par l'opérateur Orascom Télécom Algérie, de l'offre tarifaire
relative à son produit Allo OTA, www.arpt.dz/
383
- L’article 20 du décret exécutif n° 02-156 du 9 mai 2002 fixant les conditions d’interconnexion des
réseaux et services de télécommunications prévoit que "Les tarifs d’interconnexion, comme ceux de
location de capacité, sont établis dans le respect du principe d’orientation vers les coûts réels. Les
opérateurs doivent prendre en compte les meilleures pratiques internationales d’opérateurs dans des
situations comparables. A cet effet, les opérateurs mettront en place avant la fin de la période
transitoire, prévue dans leur cahier des charges, une comptabilité analytique qui leur permettra
d’identifier les différents types de coûts suivants : les coûts de réseau général (…) ; les coûts
spécifiques aux services d’interconnexion, c’est-à-dire les coûts directement induits par les seuls
services d’interconnexion ; les coûts spécifiques aux services de l’opérateur autre que
l’interconnexion, c’est-à-dire les coûts induits par ces seuls services". Bien que ce système soit
formellement consacré, jusqu’à présent, aucun opérateur n’a présenté une comptabilité analytique sur
laquelle l’ARPT peut apprécier les tarifs d’interconnexion. Ceci s’explique selon un auteur par les
difficultés rencontrées par les opérateurs au lancement du processus d’ouverture à la concurrence. V.
BESSAID (M.-T.), « De quelques aspects juridiques saillants de la réforme des télécommunications »,
op.cit, p.41
384
- Coût moyen incrémental de long terme (CMILT). L’orientation des tarifs d’interconnexion vers
les coûts représente un aspect permettant de juger le degré d’efficience de la régulation
d’interconnexion, la notion pertinente de coût étant ici celle de « coût moyen incrémental de long
terme », celui que l’opérateur historique encourt par minute de trafic (coût « moyen ») du fait du
supplément de trafic que lui adressent les nouveaux entrants (coût « incrémental »), et qui doit être
calculé en valorisant les équipement de réseau à leur valeur de remplacement par les meilleures
technologies aujourd’hui disponible (coût de « long terme »), et non à leur valeur comptable
historique. Sur ce point, voir, CURIEN (N.), « Libéralisation des télécommunications en Europe », in,
HENRI (C.) & QUINET (E.), Concurrence et service public, éd. L’Harmattan, Paris, 2003, pp.353-
365.
385
- A titre indicatif, la réglementation Européenne favorise l’application des prix plafonds guidés
d’abord par le modèle de comptabilité fondé sur les données historiques des prix plafonds et, ensuite,
par le modèle de type CMILT. Ces modèle sont basé sur des calculs comptables ne respectant pas de
manière satisfaisante la considération économique de la problématique de l’interconnexion des réseaux
de télécommunications. Ce défaut de l’approche comptable a pousser certains auteurs, économistes, à
la recherche d’un autre modèle théorique qui intégrera mieux les observations des phénomènes

146
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Sur ce point, nous adoptons une position de principe selon laquelle la


transition du marché des services de télécommunications passe avant tout par la
libre négociation des accords bilatéraux d’interconnexion. Le régulateur doit
intervenir uniquement lorsqu’un échec est constaté dans la négociation bilatérale
des termes de l’accord d’interconnexion entre deux opérateurs386. Les relations que
noue le gestionnaire de réseau avec ses partenaires sont purement conventionnelles.
Pour autant, l’affirmation légale de la liberté contractuelle masque difficilement la
part prise par un ordre public économique qui confère à l’Etat une extraordinaire
puissance ; celle-ci constituant un paradoxe au moins apparent si l’on admet que le
droit de la régulation s’est bâti sur le double fond du retrait de l’Etat et de la montée
en puissance du marché concurrentiel. De nombreux textes régissant les relations
entre opérateurs fourmillent de dispositions propres à borner cette liberté. Il en va
d’abord ainsi en matière tarifaire : le principe de liberté des prix est largement
remis en cause. La liberté de contracter ou de ne pas contracter est mise à mal : un
opérateur est tenu de contracter avec une personne qui en fait la demande. Le refus
de contracter n’a rien de souverain : il doit être motivé, ce qui postule son contrôle.
Et ce ne sont là que des exemples démontrant que la législation propre à la
régulation des télécommunications est lardée de dispositions qui entravent la liberté
des contractants. Pour le coup, nous sommes très loin du contrôle des prix opéré
ordinairement par le juge. Ce qui permet certes de parler d’exacerbation, en matière
de droit de la régulation, des tendances lourdes de la théorie générale du contrat,
mais peut-être d’aller au-delà en posant l’hypothèse d’une contradiction interne au

économiques et qui soit, plus particulièrement, adapté à l’évolution des conditions concurrentielles sur
le marché des services de télécommunications. Cf. BULATOVIC (V.), Les enjeux économiques de
l’interconnexion des réseaux de télécommunications, op.cit, p. 319.
386
- Au sens de l’article 8 du décret exécutif n°02-156 sus cité, l’autorité de régulation peut, autre sa
prérogative d’approbation des conventions d’interconnexion entre opérateurs, demander aux parties
d’apporter des amendements à la convention d’interconnexion c’est-à-dire, elle dispose d’un contrôle
a priori sur ses conventions. Ceci réduit considérablement, sa compétence d’arbitrage en matière
d’interconnexion, compétence qu’elle exerce sans partage. On se demande alors, pourquoi doter le
régulateur d’un tel pouvoir puisqu’il exerce un contrôle sur les conventions d’interconnexion avant
leur approbation et leur mise en œuvre. D’un autre côté, ce contrôle des tarifs est justifié d’une part,
par les impératifs de la préservation de l’ordre public économique, dont la protection du
consommateur et d’autre part, par la nature des conventions d’interconnexion.

147
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

droit des secteurs régulés387. Le législateur a certes ouvert le secteur à la


concurrence, mais dans des conditions qui manifestent la prégnance de l’ordre
public économique388.

Sous-section 3. La problématique de l’accès à la boucle locale


Sur le plan technique, "la boucle locale peut se définir comme la composante
locale d’un réseau de télécommunications qui relie l’abonné au commutateur
auquel il est rattaché. De façon plus concrète, elle représente l’ensemble des
infrastructures techniques (fils de cuivre, câbles coaxiaux, liaison radio, fibres
optiques etc.) qui permettent aux opérateurs de raccorder l’abonné à leur propre
réseau"389.
La boucle locale constitue un enjeu économique majeur au moment où
l’Internet, le commerce électronique et les services avancés sont en pleine
expansion et où la technologie des systèmes ADSL suscite un regain d’intérêt pour
la boucle locale « cuivre »390.
A l’heure actuelle, aucune disposition législative et règlementaire ne fait
référence à la boucle locale. Toutefois, nous allons le voir, l’ouverture de la boucle

387
- Sur ce point, un auteur écrit "le droit des secteurs régulés, vu sous l’angle de la théorie générale
du contrat, marque un retour au dirigisme étatique, mais un dirigisme qui ne se présente plus tout à
fait sous les mêmes traits ; le contrôle de l’administration est toujours aussi prégnant, mais il s’opère
par le biais des organes de régulation et très largement au nom de l’efficacité économique", JAMIN
(C.), « Théorie générale du contrat et droit des secteurs régulés », Rec. Dalloz, 2005, p. 2342
388
- S’agissant de ce point précis, la Cour de Cassation Française a rendu un arrêt célèbre dans le
domaine des télécommunications. Dans l’affaire opposant France Télécom et Paris TV câble (SLEC) ;
France télécom, gestionnaire du réseau, qui se plaignait de l’atteinte excessive portée à ses
prérogatives contractuelles, autrement dit de l’atteinte portée au principe de l’autonomie de la volonté,
la Cour a répondu "que s’agissant des prérogatives contractuelle, les restrictions qui y sont apportées
ont été voulue par le législateur qui, pour des motifs d’ordre public économique, a confié à l’autorité
de régulation, dans l’exercice des prérogatives de puissance public, la mission d’imposer aux parties
qui la saisissent des décisions exécutoires tranchant leurs litiges sur la conclusion ou l’exécution
d’une convention d’interconnexion ou d’accès à un réseau dé télécommunications". V. « Conditions
d’ouverture des réseaux câblés aux services de télécommunications : Arrêt rendu par la Cour d’appel
de Paris », AJDA 1998, p. 835.
389
- Définition de l’ART (France), Télécoms : mode d’emploi, Janvier 1999, citée par ESTRYN (C.) &
GUERRIER (C.), « La boucle locale de télécommunications : un enjeu pour le droit de la
concurrence », LPA n° 236, 2000, p.4.
390
- La boucle locale a été entièrement réalisée par les PTT et elle est la propriété d’Algérie Télécom.
Elle est essentielle aux opérateurs cherchant à s’implanter soit sur le marché des communications local
(services bas débit), soit sur le marché de l’Internet (services haut débit).

148
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

locale par la technique du dégroupage391, est prévue par le projet de loi fixant les
règles applicables aux activités de la poste, des télécommunications et à celles liées
aux TIC392.
En effet, l’opérateur historique ne peut pas tout prendre en charge. A terme, il
doit se spécialiser dans sa mission d’être l’opérateur des opérateurs. Il doit de ce
fait, se décharger de la prise en charge des besoins des citoyens à travers des ISP ou
d’autres intervenants, comme il doit développer son réseau haut débit et assurer la
connexion à ces opérateurs393. L’intérêt pour ces derniers étant de ne pas devoir
déployer tout un réseau téléphonique dans le pays, ce qui représente un
investissement gigantesque394.
Au niveau européen, un règlement communautaire du 18 décembre 2000 relatif
au dégroupage de l’accès à la boucle locale reconnaît aux opérateurs entrants le
droit d’utiliser, de manière exclusive ou partagée, le dernier tronçon du réseau de
télécommunications des opérateurs historiques et ce, afin de fournir des services

391
- Le dégroupage de la boucle locale consiste pour un opérateur de réseau à désolidariser les
différentes parties de la composante du réseau pour qu’elles puissent utilisées séparément par les
autres opérateurs concurrents en vue d’offrir à leurs clients une gamme de service. L’opérateur
demandeur pourra installer ses propres équipements dans les locaux techniques de l’opérateur
historique et utiliser les lignes du réseau de ce dernier pour raccorder ses propres clients. L’accès peut
se traduire par la mise à disposition de la totalité de la ligne ou par un partage de la ligne en haut et bas
débit. Le dégroupage permet aux opérateurs alternatifs de bénéficier d’un accès « directe » à
l’utilisateur final par l’intermédiaire du réseau déjà existant (propriété de l’opérateur historique), sur ce
point, voir, LOMBARD (M.), « L’accès dégroupé à la boucle locale », in, Les entretiens de l’autorité
(ART France) du 23 mars 1999, p. 7. L’intérêt de l’opération de dégroupage est d’éviter la duplication
des infrastructures téléphoniques tout en permettant le développement effectif de la concurrence. Voir,
PRADA-BORDENAVE (E.), « L’annulation d’une décision de l’autorité de régulation des
télécommunications en matière de tarifs de dégroupage de la boucle locale, et ses conséquences »,
RFDA, Juillet-Août 2005, p.802.
392
- Le ministre chargé du secteur affirme que le nouveau texte prévoit le dégroupage de la boucle
locale pour des impératifs de promotion de la concurrence et dans la perspective de donner la
possibilité à d’autres acteurs pour investir sur la boucle locale afin d’offrir des services à haute valeur
ajoutée. Voir, les propos du Ministre, « La nouvelle loi va soulager Algérie Télécom dans la
couverture du pays en services TIC », Le quotidien d’Oran, 18 janvier 2012.
393
- L’un des grands intérêts du dégroupage, n’est pas la fourniture d’Internet en soit, mais tous les
services qui viennent avec l’Internet. On parle alors d’offres triple-paly alliant l’Internet, téléphonie et
télévision numérique au même temps.
394
- La duplication du réseau fixe d’Algérie Télécom ne peut sérieusement être envisagée par les
opérateurs concurrents en raison du coût d’investissement initial élevé du fait de la nécessité de
travaux importants de génie civil ; coûts essentiellement supportés par les pouvoirs publics et donc par
les contribuables, ainsi qu’en raison de coût unitaires par ligne trop élevé par rapport à ceux de
l’opérateur historique.

149
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

aux clients locaux395. Ce règlement, qui fait suite au premier train de mesures de
libéralisation des réseaux de télécommunications, constitue une mesure
ambitieuse ; l’enjeu n’est plus d’autoriser les opérateurs alternatifs à construire et
exploiter leurs propres infrastructures de télécommunications, mais de leur
reconnaître le droit d’utiliser de manière exclusive ou partagée la boucle locale de
cuivre de l’opérateur historique.
Au niveau international, l’OMC joue un rôle essentiel. La boucle locale est en
phase avec l’annexe au G.A.T.S sur les télécommunications de base. C’est d’abord
aux Etats-Unis que la boucle locale est devenue un enjeu dans le cadre de la
concentration entre entreprises de télécommunications. Le dégroupage est rendu
obligatoire par le Telecommunications Act de 1996. Mais dans les faits, la mise en
œuvre de ces dispositions a donné lieu à de nombreux contentieux à tous les
niveaux des juridictions américaines396.
L’accès des opérateurs alternatifs à la boucle locale suppose, d’une part la
conclusion d’un contrat avec l’opérateur historique et, d’autre part la possibilité
d’implanter leurs équipements à proximité d’un répartiteur principal de l’opérateur.
Bien entendu, l’accès à la boucle locale, comme dans le cas de
l’interconnexion, est subordonné à la conclusion d’une convention entre l’opérateur
historique et le nouvel entrant dont les clauses essentielles doivent figurer dans une
offre de référence. Cette offre de référence, qui sera élaborée par l’opérateur
historique, sous le contrôle de l’autorité de régulation, doit préciser, entre autres, la
tarification de l’accès à la boucle locale en prenant en compte les principes de la
transparence, la non–discrimination et l’objectivité, en d’autres termes,
l’orientation des tarifs vers les coûts. Cela suppose préalablement l’élaboration de
principes et de modalités d’évaluation des coûts d’accès à la boucle locale. La
pertinence des coûts, c’est-à-dire la forme de causalité directe ou indirecte à l’accès

395
- Règlement CE n° 2887/2000 du Parlement et du Conseil du 18 décembre 2000 relatif au
dégroupage de l’accès à la boucle locale JOCE du 30 décembre 2000, entré en vigueur le 2 janvier
2001, cité par, NZALOUSSOU (C.), « Les vicissitudes de l’accès dégroupé à la boucle locale en
Europe : le cas de la France, de l’Espagne et de la Belgique », LPA n° 201, 2001, p. 4.
396
- Voir, LAGET-ANNAMAYER (A.), La régulation des services publics en réseaux :
télécommunications et électricité, op.cit, p. 185.

150
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

à la boucle locale, doit ainsi participer à la promotion de la concurrence entre


opérateurs, sans décourager leurs investissements dans les infrastructures locales.
Une fois la boucle locale dégroupée, faudrait-il encore reconnaître à l’autorité
de régulation le droit d’imposer les modifications de l’offre de référence d’accès à
la boucle locale ainsi que la sanction de la violation du droit applicable en la
matière397.
Le dégroupage est justifié notamment par les avantages maximaux pour les
utilisateurs finaux tels que, la baisse des prix des communications et par leur accès
aux services avancés de télécommunications. Ainsi, le retard observé contribue
incontestablement à freiner l’économie des nouvelles technologies ; le marché du
haut débit en souffre.
L’échec de l’introduction de la 3G devant servir d’exemple, il convient d’éviter
le retrait des opérateurs du marché398. L’autorité de régulation et, en cas de carence,
le gouvernement, doivent veiller à l’ouverture effective de la boucle locale de
manière équitable. C’est certainement dans ces conditions que les utilisateurs
finaux pourront effectivement profiter de cette technologie et des potentialités
offertes en matière de haut débit, notamment pour le développement du commerce
électronique.
Enfin, le développement du marché algérien n’étant pas acquis, les nouveaux
opérateurs auront intérêt à développer des stratégies commerciales afin de se
positionner sur ce marché face à l’opérateur historique. Mais il convient dès à
397
- Aussi, il faudrait nommer au sein de l’autorité de régulation des experts indépendants en la
matière vu la complexité technique du domaine. Comme nous le verrons dans les développements de
la deuxième partie, l’expertise dans ce domaine permet à l’autorité d’être audacieuse dans la prise de
décision et le courage, en tant que gardien de l’ordre concurrentiel dans le domaine, de s’impliquer
aux cotés des opérateurs, à la promotion de cet ordre. Ainsi, le régulateur doit pouvoir assurer l’accès
des nouveaux opérateurs sans toutefois fragiliser la situation de l’opérateur historique.
398
- C’est le cas par exemple de l’opérateur Internet E-epad., ce dernier (Isp : internet service
provider, entreprise algérienne) était le premier fournisseur d’accès Internet privé en algérie. Le retrait
de l’opérateur du marché haut débit a été voulu par le gouvernement algérien. L’ancien ministre des
télécommunications avait décidé, brutalement et sans concertation une baisse générale et immédiate de
50% des tarifs de l’ADSL ce qui a sérieusement pénalisé les ISP face à l’opérateur historique, car en
amont cette baisse n’a pas été répercutée sur les tarifs appliqués par Algérie Télécom envers ses clients
fournisseurs d’accès tels E-epad. Suite aux multiples coupures du réseau par algérie télécom,
l’entreprise a céder et propose d’ouvrir sont capital à AT à hauteur de 60%. Le conseil
d’administration d’AT a refusé cette proposition et déclare alors préférer faire disparaitre l’E-epad.
Pour plus de détails sur l’affaire E-epad, voir, www.wikipedia.org/wiki/EEPAD/

151
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

présent d’éviter l’éviction de la concurrence et le maintien d’un monopole de fait


sur ce marché porteur.
L’avant projet de loi fixant les règles applicables aux activités de la poste, des
télécommunications et à celles liées aux technologies de l’information et de la
communication, sous réserve qu’il soit adopté par le parlement, prévoit le
dégroupage de la boucle locale en renvoyant toutefois la précision des conditions et
les modalités liées au dégroupage à la voie réglementaire399.

La régulation sectorielle répond à un autre objectif essentiel, celui de la


conciliation de la concurrence et des missions de services public.

399
- Art. 123 de l’avant projet de loi fixant les règles générales relatives à la poste, aux
télécommunications et à celles liées aux technologies de l’information et de la communication,
Ministère de la poste et des technologies de l’information et de la communication, Avril 2013.

152
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

CHAPITRE II
LA CONCILIATION DE LA CONCURRENCE ET DES MISSIONS
DE SERVICE PUBLIC

Le principe de la soumission du service public au droit commun résulte, en


grande partie, des crises qu’à subies la notion de service public. Ces crises sont,
pour l’essentiel, dues à la disparition du critère organique de la notion et aux
mutations de l’intervention de l’Etat dans le domaine économique. Ainsi, la gestion
privée du service public et la gestion par les personnes privées constituent les
catalyseurs principaux de la crise de la notion car elles sont le signe d’un
rapprochement des services publics et des personnes privées, et par conséquent, de
leur soumission aux règles du droit de la concurrence. Les deux catalyseurs sont
facilement identifiables dans le service des télécommunications en ce que, sa
gestion est devenue privée et assurée par des personnes privées. Mais cela suffit-il
pour affirmer la soumission du service public, en tant que tel, aux règles du droit de
la concurrence ? La réponse à une telle question n’est pas aisée dans la mesure où,
les deux notions sont issues de deux univers juridiques différents (droit public et
droit privé)400 (Section 1). Un rapprochement est, toutefois, permis entre les deux
notions dans la mesure où, le service public s’est adapté aux réalités du marché. En
effet, la fonction de régulation a permis l’évolution du concept de service public de
sorte qu’il soit familier au droit commun de la concurrence. Le concept de service
public dans les industries de réseaux telles que les télécommunications, s’appelle
désormais service universel. Ce dernier est né avec l’introduction du secteur à la
concurrence. Mais s’agit-il d’un renouveau de la notion classique du service
public ? (Section 2).

400
- MARCON (N.), Service public et concurrence, Thèse de Doctorat en Droit, Université Paris 1
Panthéon-Sorbonne, 2006, p. 80.

153
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Section I
Les télécommunications : service public soumis aux règles du droit de
la concurrence ?

Les télécommunications ont toujours été considérées comme des activités de


service public. Leur introduction à la concurrence ne s’est faite que moyennant
certains aménagements. Ces aménagements ont touché l’essence même de la notion
de service public, en ce que ce dernier est rendu adaptable aux réalités du marché
(Sous-section 2), malgré l’opposition séculaire entre service public et droit du
marché (Sous-section 1).

Sous-section 1. Service public et droit de la concurrence : deux


notions différentes

Même si le droit positif marque, de plus en plus, une dilution des séparations
originelles et une interpénétration croissante entre droit privé et droit public, il
demeure que l’essence du droit de la concurrence est privée (B), tandis que la
nature du service public est issue de la construction doctrinale et jurisprudentielle
du droit administratif (A).
A- Le service public : d’origine publiciste
La notion de service public a été forgée par la doctrine administrative et la
jurisprudence du tribunal des conflits et du Conseil d’Etat Français. Elle a été la
notion centrale et fondatrice du droit administratif, puisque dans son arrêt Blanco,
le Tribunal des conflits en faisait le critère de la compétence du juge
administratif401. Par la suite, il va permettre, avec l’école du service public de
Duguit d’expliquer et de justifier l’ensemble du droit administratif402.

401
- T.C, 8 février 1873- Blanco. Par l’arrêt Blanco, le Tribunal des conflits consacre à la fois la
responsabilité de l’Etat à raison des dommages causés par des services publics et la compétence de la
juridiction administrative pour en connaître. Dans l’affaire Blanco, une enfant avait été renversée et
blessée par un wagonnet d’une manufacture de tabac, exploitée en régie par l’Etat. Le père avait saisi
les tribunaux judiciaires pour faire déclarer l’Etat civilement responsable du dommage, sur le
fondement des articles 1382 à 1384 du code civil. Le conflit fut élevé et le Tribunal des conflits

154
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

La notion de service public est complexe. Cette complexité relève de sa nature


même, et du fait de la diversité des raisons de son émergence. Ces raisons, souvent
d’ordre historique, font en sorte que la notion de service public est en constante
recomposition403. La notion évolue en fonction de la conception que les pouvoirs
publics ont de leur rôle face à la société civile ; elle se transforme au vu des
variations que connaissent les relations entre les pouvoirs publics et la société
civile, entre l’administration et les administrés, entre l’administration et le
public404.
Dans un premier temps, par l’expression « services publics », Léon Duguit
justifiait une sphère d’intervention propre de l’Etat. Pour lui, l’expression désigne
"toute activité dont l’accomplissement doit être réglé, assuré et contrôlé par les
gouvernants, parce qu’il est indispensable à la réalisation et au développement de

attribua la compétence pour connaitre du litige à la juridiction administrative. L’arrêt Blanco consacre
ainsi la responsabilité de l’Etat. Cette dernière est toutefois soumise à un régime spécifique, en
considérant la responsabilité qui peut incomber à l’Etat du fait du service public ne peut être régie par
les principes qui sont établis dans le code civil pour les rapports de particulier à particulier. La
nécessité d’appliquer un régime spécial, justifié par les besoins du service public, est ainsi affirmée.
Voir, Tribunal des conflits- 8 février 1873- Blanco, www.conseil-etat.fr/fr/presentation-des-grands-
arrets/tribunal-des-conflits-8-fevrier-1873-blanco.html. Le service public est également présent au sein
du bloc constitutionnaliste et surtout au sein de la jurisprudence constitutionnelle. V. BRACONNIER
(S.), Droit des services publics, Puf Thémis, Droit public, Paris, 2003, p.7. Cf. également, CHAPUS
(R.), L’administration et son juge, Puf, Paris, 1999, p. 165 et s.
402
- D’autres grands arrêts du Conseil d’Etat et du Tribunal des conflits ont confirmé les principes
énoncés dans l’arrêt Blanco (Arrêt, Terrier, CE, 6 Février 1903 ; Arrêt Feutry, TC, 29 Février 1908 ;
Arrêt Thérond, CE, 4 mars 1910). Dans ces arrêts, le critère du service public est utilisé comme critère
de répartition des compétences juridictionnelles, permettant ainsi une unification du contentieux de
l’Etat et des autres personnes publiques. C’est cette jurisprudence qui conduisit un certain nombre
d’auteurs à voir dans le service public la pierre angulaire du droit administratif. DUGUIT (L), Traité
de droit constitutionnel, T-2, éd. Sirey, 1923, 55. Pour plus de détails sur les arrêts précités, voir,
GUGLIELMI (G.-J.) et KOUBI (G.), Droit du service public, Domat droit public, Montchrestien,
Paris, 2000, p. 52 et ss ; voir également, MESCHERIAKOFF (A.-S.), Droit des services publics, Puf
2e édition, Paris, 1997.
403
- Plus les services publics se multiplient, plus la notion de service public est difficilement
saisissable. A ce propos, Marcel Waline constatait en 1961 qu’"il est plus facile de récupérer le
mercure échappé d’un vieux baromètre que de saisir la notion de service public dans une définition",
Le pouvoir exécutif (et son chef) et la justice, Puf, Paris, 1961, p. 57, cité par, DUPUIS (G.) et al.
Droit administratif, Dalloz, Paris, 1999, p. 484.
404
- La notion relève, comme l’affirment deux auteurs, " d’une mystification dont la permanence dans
le système de droit (français) dérive de l’histoire, de l’histoire des institutions politiques et sociales,
de l’histoire du droit (…) elle reflète l’illusion d’une frontière entre espace d’interventions publiques
et zones d’activités privées dans laquelle l’Etat n’aurait par à intervenir". GUGLIELMI (G.-J.) et
KOUBI (G.), Droit du service public, Ibid. p. 60., MARCON (N.), Service public et concurrence,
op.cit, p.81.

155
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

l’interdépendance sociale et qu’il est de telle nature qu’il ne peut être assuré
complètement que par l’intervention de la force gouvernante "405. Ou encore, est
considérée comme relevant du service public "l’activité que les gouvernants
doivent obligatoirement exercer dans l’intérêt des gouvernés"406.
Apparaît à l’évidence le rôle fondamental alloué à l’Etat par cette doctrine juridique
dans le cadre de la conception et de l’exercice de toute activité qui se veut
étroitement liée à « l’intérêt général »407.
Dans un essai de définition de l’essence d’un service public, le Professeur Jean
RIVERO408 précisait que "créer un service public, c’est affirmer que l’intérêt
général serait compromis en cas de non satisfaction du besoin social
correspondant (…) ". C’est pourquoi, "la finalité de tout service public est la
satisfaction d’un besoin d’intérêt général ; cette finalité exige que le service public
relève d’une autorité publique et soit soumis, dès lors, aux règles juridiques
qu’implique cette dépendance". En associant ainsi les concepts de service public et
d’intérêt général, cet auteur confirme d’un côté, le lien « inexorable » entre ces
deux notions, et explicite un enseignement d’importance quant au rôle premier de
tout service public énoncé, c’est-à-dire que l’utilité des services publics n’est
effective que s’ils répondent concrètement et spécifiquement à certains besoins

405
- DUGUIT (L.), Traité de droit constitutionnel, op.cit, p. 55
406
- DUGUIT (L.), « De la situation des particuliers à l’égard du service public », RDP, 1907, p. 417,
cité par, CHEVALLIER (J.), Le service public, Puf, coll. Que-sais-je ? Paris, 1997, p.7.
407
- Le rôle de l’Etat en la matière est très étendu en France, et pour le moins ancré dans la plupart des
pays de droit Romain. Le professeur Jacques Chevallier souligne d’ailleurs que, le service public est
identifié dans l’Hexagone comme "La véritable clef de voûte de la construction étatique", Ibid. p. 8.
Certains auteurs affirment que, le service public est une mission d’intérêt général, Voir par exemple,
DUPUIS (G.) et al. Droit administratif, op.cit, p.480. Le Conseil d’Etat Français invoque, pour tracer
les contours du service public, trois critères : exécution d’une mission d’intérêt général ; existence de
prérogatives de puissance publique conférées à l’organisme chargé de cette mission ; droit de regard
de l’administration sur les modalités d’accomplissement de la mission. CE. 28 juin 1963, Narcy, R.
401, RDP, 1963. 1186, cité par DUPUIS (G.) et al. Ibidem. Les prérogatives de puissance publique
semblent constituer un élément essentiel. Cependant, la grande diversité des cas concrets ne permettent
pas d’affirmer que la reconnaissance d’un service public est absolument liée à l’existence de
prérogatives de puissance publique. Certains organismes peuvent assurer une mission de service
public sans disposer de tels pouvoirs. Sur cette question, voir, GEFFROY (J.-P.), « service public et
prérogatives de puissance publique : réflexion sur les déboires d’un couple célèbre », RDP, 1997, p.49
408
- Cité par STOFFAES (C.), Rapport de la commission, service public : question d’avenir, éd.
Jacob, Paris, 1995, p. 47, 48 et p. 32. Voir également, TRAVARD (J.), « Jean Rivero et les lois du
service public », AJDA, 2010, p.987.

156
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

d’intérêt général, exprimés par tout ou partie importante de la collectivité. D’un


autre côté, il met en avant -à juste titre- l’impératif de l’assise et du respect de «
règles juridiques » immuables, qui vont régir la gestion et la fourniture de chaque
service public, bien évidemment sous l’égide de la force gouvernante409.
Parce qu’ils sont institués pour concrétiser des aspirations de premier ordre
des citoyens, les services publics sont appelés à se conformer à quelques exigences
essentielles, dont les plus illustres sont résumées au travers les "lois de Rolland".
Ces lois se résument principalement en trois grands principes que sont : égalité,
continuité et adaptabilité. Tout service public doit, en effet, nécessairement
satisfaire aux critères de continuité -dans la fourniture dudit service - d’égalité de
traitement de tout un chacun devant le service en question et d’adaptabilité ou de
mutabilité notamment au rythme des évolutions dans le progrès technique et des
demandes de la collectivité. Ces principes traditionnels, qui furent institués par
Rolland au tout début du siècle dernier, constituent toujours le noyau dur du régime
juridique du service public dans plusieurs pays de par le monde410. Les "lois de
Rolland" ont cristallisé la conception juridique du service public et théorisé les
droits des usagers aux services publics411.
Certains auteurs donnent pour définition juridique au concept de service
public la conjonction des trois principes d’égalité d’accès, de mutabilité et de
continuité dans la prestation d’une activité d’intérêt général pour la population.
Toutefois, le critère de l’intérêt général doit être combiné avec d’autres qui sont
d’ailleurs de portée variable selon les cas412. La définition très globale du service
public recouvre un éventail fort large de situations : "c’est une activité assumée
directement ou indirectement par une personne publique dans le but de satisfaire

409
- BELKHOUS (I.), L’impact du progrès technique sur l’évolution du concept de service public,
Thèse de Doctorat en sciences économiques, université de Montpellier I, 2007, p.97
410
- D’autres principes auxiliaires régissent la fourniture du service public, notamment celui de la
neutralité ou transparence, le principe de spécialité mais également –et c’est une exception française
dans une large mesure- la gratuité de certains services collectifs. Voir, DENOIX DE-SAINT MARC
(R.), Le service public, Rapport de mission, La documentation Française, coll. des rapports officiels,
Paris, 1996, p. 13 et s.
411
- L’étude de ces principes fera l’objet de la deuxième section de ce chapitre.
412
- MARCON (N.), Service public et concurrence, op.cit, p.82., BELKHOUS (I.), L’impact du
progrès technique sur l’évolution du concept de service public, op.cit, p. 99.

157
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

un besoin d’intérêt général et soumise au moins partiellement à un régime de droit


public"413.
En Algérie, force est de constater de prime abord que la notion même de
service public n’est pas une notion constitutionnelle. La lecture de la constitution
du 16 Novembre 1996 est, à cet égard, éclairant. On ne relève, en effet, qu’une
seule disposition constitutionnelle employant expressément les termes « service
public »414. Ce désintérêt à la notion de service public n’est qu’un simple
prolongement, à la reprise en demi-teinte, de la notion de service public à la
Française par les pouvoirs publics algériens depuis 1962. Si le service public est
fondamentalement étranger au droit constitutionnel, il n’en est pas moins
consubstantiel à la théorie de l’Etat. Le service public (colonial) a, en effet,
contribué, sous l’influence de Duguit notamment, à conférer à l’Etat une assise plus
solide, voire à dessiner une nouvelle théorie de l’Etat, moins prescriptive et plus
"prestative"415. Le service public colonial évoque, comme dans le système juridique
français, à la fois trois significations : institutionnelle, juridique et idéologique. Dès
l’indépendance, le service public est débarrassé de la gangue idéologique coloniale
qui altérait son éclat mais, préserve à la fois son contenu technique ou juridique et
son aspect économique. Cependant, au plan philosophique, le service public est
dépourvu de toute signification pendant plusieurs décennies416. Consubstantiel à
l’Etat et se rattachant davantage à l’idéologie libérale, le service public est, très tôt,
en porte-à-faux avec une autre conception de l’Etat, avec une autre philosophie
politique, « le socialisme Algérien »417. Malgré la disparition du critère de la

413
- DUPUIS (G.) et al. Droit administratif, op.cit, p. 482.
414
- Article 170 de la constitution de 1996.
415
- V. CHEVALLIER (J.), Le service public, op.cit, p.7 et s.
416
- Cf. BOUSSOUMAH (M.), « Essai sur la notion juridique de service public », RASJEP, Vol. 3,
1992, pp. 331-499
417
- Jusqu’à la fin des années 1980, Ce n’est plus le service public qui est le fondement et la limite du
pouvoir des gouvernants mais le socialisme Algérien, BOUSSOUMAH (M.), ibid., p.340. Le service
public et ses techniques de gestion ont survécu après l’indépendance ; préservant la compétence du
juge administratif, la loi du 31 décembre 1962 prorogeant la législation coloniale « sauf dans ses
dispositions contraire à la souveraineté nationale », introduit dans le nouvel ordre juridique algérien le
droit administratif colonial avec tout son contenu technique, ses méthodes particulières, son régime
dérogatoire et ses moyens d’action, y compris le service public. Avec la disparition de la compétence
territoriale de la Cour de cassation et du Conseil d’Etat, le système juridictionnel demeure imparfait.

158
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

compétence des juridictions administrative et du critère organique inhérent au


service public et donc, de la disparition de la notion, les gouvernants reproduisent
les mécanismes juridiques du service public (régie, établissement public,
concession…), sans se demander s’ils sont ou non compatibles avec l’Etat du
socialisme418.
La notion est restée en hibernation jusqu’à la fin des années 1980 où le
législateur a tenté de la réhabiliter et ce, en prenant conscience -tardivement - de
son utilité technique en adoptant plusieurs réformes pour améliorer et moderniser le
fonctionnement de l’appareil administratif et promouvoir une nouvelle conception
de service public. Parmi les textes adoptés à cette époque, on recense la loi du 12
janvier 1988 relative aux entreprises publiques économiques qui vise expressément
la notion de service public (industriel et commercial).
La situation complexe du service public, par suite des profondes mutations
qu’il a subi dans notre pays, apparaît nettement dans le désintérêt de la doctrine
juridique. En effet, et comme l’écrit le professeur Boussoumah Mohamed, qu’ "à
coté du service public français qui occupe une place de choix dans la littérature
juridique, le service public algérien fait vraiment figure de parent pauvre. C’est
certainement la notion la moins étudiée de notre droit administratif. En la matière,
c’est quasiment le désert juridique"419.

Avec l’instauration de l’unité de juridiction au sommet, la loi du 18 juin 1963 portant création de la
Cour suprême ne brise pas fondamentalement l’ancien mode organisationnel. La dualité subsiste, à la
base, d’un côté, un ordre administratif (tribunaux administratif : Alger, Oran et Constantine), et, de
l’autre côté, des tribunaux de grandes instance et trois Cours d’appel. Ces ordres sont coiffés par la
cour suprême divisée en quatre chambres, dont la chambre administrative.
418
- Ces mécanismes étaient reproduits dans le code communal de 1967, JORA, 1969, p.375.
419
- BOUSSOUMAH (M.), « Essai sur la notion juridique de service public », op.cit. En effet, Les
quelques auteurs ayant fait référence à la notion, la traitent dans le cadre d’étude des critères du droit
administratif français. Ils traitent les critères de la notion de manière incomplète et sans donner
l’image exacte du service public et sans prendre en compte les développements depuis plusieurs
années de la jurisprudence du Conseil d’Etat et du tribunal des conflits et de l’apport de la doctrine
française en la matière. V. Par exemple, AOUABDI (A.), Droit administratif, OPU, Alger, 1990, p.
139 et s (en arabe) ; MAHIOU (A.), Cours d’institutions administratives, 3e éd. OPU, Alger, 1987, p.
383 et s. De manière générale, et à l’instar de quelques auteurs, qui aborde la notion à titre accessoire
ou connexe dans leurs contributions scientifiques, tout devient service public en Algérie dans la
mesure où les entreprises publiques sont chargées avant tout de la socialisation de l’économie et de
l’exécution les plans nationaux de développement". V. ZOUAÏMIA (R.), Un essai d’adaptation de la
fonction publique aux exigences du développement : le cas algérien, Thèse, Université de Nice, 1986,
p. 282. Le vide juridique entourant la notion de service public se confirme dans la mesure où, même

159
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

B- Le droit de la concurrence : d’origine privatiste ?


Dans son acception la plus courante, l’expression « droit de la concurrence »
désigne l’ensemble de ce qu’un usage unanimement suivi appelle règles de
concurrence, c’est-à-dire celles qui ont pour objet le maintien de la libre
concurrence entre entreprises sur le marché. Elles visent à sauvegarder des
structures d’entreprises et à imposer des comportements qui sont de l’essence de
l’économie de marché420. Le droit de la concurrence regroupe, selon le professeur
ZOUAÏMIA Rachid, " l’ensemble des règles juridiques qui gouvernent la
compétition entre entreprises dans la conquêtes et la conservation de parts de
marché et de la clientèle. (…) en tant que manifestation de l’ordre public
économique, le droit de la concurrence poursuit un objectif de défense de l’intérêt
général. Il ne vise pas la protection des intérêts particuliers des entreprises (…)
"421.
Le développement du droit de la concurrence est traditionnellement associé à
l’essor de ce droit aux Etats-Unis, dont l’origine est la loi Scherman du 2 Juillet
1890. Cette loi, appelée aussi loi antitrust est, en effet, le premier texte d’ensemble
dirigé contre les ententes et les monopoles de l’époque contemporaine. Ainsi, la
genèse du droit moderne de la concurrence est, indirectement, à trouver au sein de
la législation américaine et plus largement, dans l’économie capitaliste.
Il est, à ce propos, intéressant de lier l’origine américaine du droit de la
concurrence avec la tradition juridique anglo-saxonne qui ignore un droit spécifique
à l’administration422. En effet, contrairement au système juridique français qui
présente la particularité de soumettre l’Etat et la société civile à deux constructions
juridiques distinctes et séparées (droit public et droit privé), le système américain,
malgré sa complexité, ne présente pas cette dualité423. En droit anglo-saxon, les

la constitution de 1996, n’emploie qu’à une seule occasion l’expression de « service public », (art.
170).
420
- DECOCQ (A.) & DECOCQ (G.), Droit de la concurrence interne et communautaire, L.G.D.J,
Paris, 2002, p.9.
421
- ZOUAÏMIA (R.), Le droit de la concurrence, éd. Belkeise, Alger, 2012, p.8
422
- MARCON (N.), Service public et concurrence, op.cit, p.84.
423
- COHEN-TANUGI (L.), Le droit sans l’Etat, PUF, Paris, 2007, p. 95.

160
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

personnes publiques et les personnes privées sont soumises à la Common Law et au


juge judiciaire et, par conséquent, les « public utilities » anglo-saxons ne
bénéficient pas d’un régime spécial ni d’un juge spécifique. Par exemple, en droit
anglais, le statut des opérateurs autorisés à gérer une activité d’intérêt général n’est
pas défini de manière particulière. Le droit anglo-saxon est ainsi, "au plan des
principes en opposition totale avec le droit administratif français"424.
Ainsi, le principe d’égalité de traitement entre opérateurs économiques
consacré par le droit communautaire et français de la concurrence, suppose la
soumission de tout organisme exerçant une activité d’entreprise au droit commun
de la concurrence425. Ces derniers reconnaissent le principe de la soumission des
personnes publiques et privées au droit de la concurrence. L’entreprise représente le
principal sujet du droit de la concurrence et l’utilisation même du vocable
entreprise suppose une influence déterminante du droit privé. De plus, toutes les
entreprises sont soumises au même droit devant le même juge. Comme on va le
voir, la volonté d’unification du contentieux et du droit entre personnes privées et
personnes publiques est très représentative de l’organisation du contentieux
français et même algérien, de la concurrence. Le législateur a pu transférer le
recours contre les décisions du Conseil de la concurrence, autorité administrative
indépendante, à la Cour d’appel de Paris et déroger à la règle française de
séparation des autorités administratives et judiciaires. Il s’agit alors d’un manifeste
effort de privatisation du droit de la concurrence. En toute logique, le juge
judiciaire devait donc connaitre des affaires de la puissance publique par le biais du
droit de la concurrence426.
En définitive, les personnes publiques ont le même régime que les personnes
privées et sont soumises au principe de libre concurrence et le particularisme de
leurs actions est envisagé comme exception. Mais, le fondement du droit de la
concurrence étant l’efficience du fonctionnement du marché grâce à la concurrence
effective, le fait même d’assurer, et donc de réglementer l’ordre naturel du marché,

424
- COHEN-TANUGI (L.), Le droit sans l’Etat, op.cit, p. 96.
425
- voir, MARCON (N.), Service public et concurrence, op.cit, p. 86 et s.
426
- Pour plus de développement sur cette question, voir infra, sous-section 2.

161
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

relativise la dimension de droit privé427. En effet, le droit de la concurrence


présente le paradoxe d’être une régulation étatique basée sur une logique de droit
privé et ainsi, d’être un droit mixte428.
En Algérie, le principe de la liberté de la concurrence a été proclamé
timidement par la loi de 1989 relative aux prix429. Mais le droit de la concurrence
en tant que discipline autonome, commence véritablement avec l’ordonnance 95-06
relative à la concurrence430, qui sera abrogée et remplacée en 2003 par ordonnance
n°03-03431. Cette dernière reprendra l’essentiel des dispositions de l’ordonnance de
1995 à l’exception des dispositions relatives à la transparence des pratiques
commerciales qui feront l’objet de la loi n°04-02 relative aux pratiques
commerciales432. Dans la modification intervenue en 2008, le législateur élargira le
champ d’application du droit de la concurrence aux associations433 et aux ordres
professionnels434 ainsi qu’aux marchés publics et aux activités d’importation435. Il
découle de cet élargissement, que le droit de la concurrence ne comporte aucune
immunité sectorielle et s’applique aussi bien aux marchés publics qu’aux ordres

427
- Cf. MARCON (N.) Service public et concurrence, op.cit, p. 88
428
- Cf. ZOUAÏMIA (R.), Le droit de la concurrence, op.cit, p.6.
429
- Loi n° 89-12 du 5 juillet 1989 relative aux prix, op.cit
430
- Ordonnance n° 95-06 du 25 Janvier 1995 relative à la concurrence, op.cit
431
- Ordonnance n°03-03 du 19 Juillet 2003 relative à la concurrence, modifiée et complétée en 2008
et en 2010, op.cit
432
- Loi 04-02 du 23 juin 2004 fixant les règles applicables aux pratiques commerciales, JORA n° 41
du 27 juin 2004, modifiée et complétée par loi n° 10-06 du 15 août 2010, JORA n° 46 du 18 août
2010.
433
- Les associations étaient soumises aux dispositions de l’ordonnance de 1995, écartées dans celle de
2003 et enfin, réintroduites à nouveau dans son champ d’application en 2008 et reconduites en 2010.
Voir, article 2 de l’ordonnance 03-03 relative à la concurrence, tel que modifiée par la loi n°08-12 du
25 juin 2008 et loi n° 10-05 du 15 août 2010, op.cit
434
- L’article 2 de l’ordonnance 03-03 relative à la concurrence tel que modifiée par la loi n°08-12
prévoit que "Les dispositions de la présente loi s’appliquent : aux activités de production, de
distribution et de service y compris l’importation et celles qui sont le fait (…) et de corporations
professionnelles, quelques soient leur statut, leur forme ou leur objet (…)".
435
- La modification touchera également le fonctionnement du Conseil de la concurrence et précisera
certains concepts comme celui de la régulation. La modification intervenue en 2010 modifie le régime
des prix en assortissant le principe de la liberté des prix de certaines conditions et en élargissant le
champ d’intervention de l’Etat dans la fixation des prix ou la limitation des marges.

162
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

professionnels qui se distinguent des commerçants par le fait qu’ils contribuent à


l’intérêt général436.

Bien qu’il existe une certaine privatisation du service public et une relative
publicisation du droit de la concurrence, leurs logiques juridiques propres sont
opposées, car ils ont une légitimité et un but différents.

Sous-section 2. L’adaptation du service public aux réalités du marché


Du fait de l’évolution technologique, de nombreux nouveaux services
collectifs ont fait leur apparition. L’émergence de ces nouveaux services, tel que
l’Internet, a largement contribué au renouveau des missions de service public dans
les télécommunications qui ne peuvent, par leur nature, être érigées en monopole
(A). Toutefois, supposé être en concurrence, le réseau de télécommunications
demeure inaccessible aux opérateurs alternatifs et reste entièrement en situation de
monopole. L’adaptabilité du service public aux réalités du marché se dégage en
outre, du principe général de la soumission à la concurrence des personnes
publiques chargées d’accomplir des missions de service public ; principe consacré
par le droit de la concurrence (B).

A. Le renouveau des missions de service public dans les


télécommunications

La libéralisation du secteur des télécommunications par le fait d’évolution


technologique, conduit le législateur à la reconnaissance de nouvelles missions de
service public (1). Il est toutefois pertinent de constater le maintien du monopole

436
- Sur la soumission des ordres professionnels à la concurrence, voir, CAPITAINE (P.), Les ordres
professionnels en droit privé, Thèse de doctorat en droit privé, Université Montpellier I, 2006 ;
LASCOMBE (M.), « Les ordres professionnels », AJDA, 2007, p.855 ; DECOCQ (G.), « L’ordre
professionnel, le droit de la concurrence et le procès équitable (commentaire d’arrêt) », Revue
Contrats Concurrence et Consommation, n° 16, Juin, 2007, commentaire. 153.

163
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

naturel sur les télécommunications du fait de l’absence de l’insertion du réseau


dans l’environnement concurrentiel (2).

1- De nouvelles missions
Toute industrie de réseau recèle assurément des missions de service public.
Leur nombre et leur étendue d’assise et d’exercice diffèrent certes d’une industrie à
une autre, mais là où elles sont présentes, ces missions ont pour objectifs
principaux de répondre à certaines attentes sociales et limiter de par leur
accomplissement les effets de différents échecs de marché. Les
télécommunications, ayant un statut symbolique d’un "bien social", sont
considérées comme "une commodité" de première importance437, et perçues donc
par tous comme étant un bien premier. L’intérêt général exige que ce bien essentiel
soit mis à la disposition de tous les consommateurs à un prix abordable ou
accessible438.
L’accès du grand nombre à ce bien, en ce qu’il conditionne « la capacité à
fonctionner dans la société » devient assez rapidement une priorité collective,
témoignant de l’essence « publique » – au sens économique – de ce bien devenu
essentiel439. Les fournissant à tout demandeur, l’industrie des télécommunications
constitue de ce fait naturellement un exemple type de service public.
Le service public étant une notion présente dans les télécommunications,
qu’en est-il concrètement de ses composantes pour le secteur ? Ce « service de base
» se présentait en Algérie jusqu’à une date récente uniformément sous la forme
d’une fourniture exclusivement sous monopole public d’un service unique à tarif
unique. Depuis l’avènement de la concurrence dans le paysage industriel des
secteurs en réseaux, notamment des télécommunications, et le constat de

437
- Cf. FLACHER (D.) & JENNEQUIN (H.), Réguler le secteur des télécommunications ? Enjeux et
perspectives, éd. Economica, Paris, 2007, p. 7, Voir également, BELKHOUS (I.), L’impact du progrès
technique sur l’évolution du concept de service public, op.cit, p. 98 et s. Ce dernier considère que "ce
bien est fondamentalement désiré par tout individu rationnel".
438
- V. BOURGUIGNON (H.), Service universel et concurrence : une analyse des effets stratégiques
de contraintes politiques, Thèse de Doctorat en sciences économiques, Université Paris I- Panthéon
Sorbonne, 2005, p.39.
439
- Cf. BELKHOUS (I.), ibid. p. 100.

164
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

manifestations technologiques importantes, les choses ont pour le moins évolué. La


concurrence et l’innovation, en multipliant les services finals que procurent ces
différents réseaux aux consommateurs finals (de plus en plus exigeants), ont eu
pour conséquence le vol en éclat du service unique. Le service de base devait, dès
lors que l’on aspirait à baigner les industries en question dans un monde
concurrentiel et marqué par des changements continus, être perçu comme une
notion évolutive. Le service public contient ainsi une composante « de base », mais
également d’autres obligations devant être assurées.
C’est en l’an 2000 que les pouvoirs publics ont pour la première fois défini au
plan législatif, sans le nommer comme tel, le contenu du service public des
télécommunications440. Un service public « ambitieux » au regard de l’état des
technologies de l’époque fut spécifié par la loi 2000-03 fixant les règles générales
relatives à la poste et aux télécommunications et a été depuis mis en œuvre.
La loi 2000-03 prend pleinement en compte l’importance des services de
télécommunications dans le lien social en instituant un service universel de la poste
et des télécommunications. Dès son article 4, la loi met à la charge de l’Etat de
veiller, notamment, à la fourniture conforme aux prescriptions légales et
réglementaires du service universel441. Les dispositions ayant trait au service
universel des télécommunications dénotent de la reconnaissance par le législateur
de l’existence de missions de service public en la matière.
La loi affirme implicitement le principe du maintien d’un service public des
télécommunications dans un environnement concurrentiel. Elle précise que l’Etat
veille à la continuité et à la régularité des services offerts au public, au respect des
règles d’une concurrence loyale entre opérateurs et à l’égard des usagers ainsi qu’à
la fourniture conforme aux prescriptions légales et règlementaires du service
universel442. En application de l’article 7 de la loi sur les télécommunications, les

440
-Les missions et obligations de ce service public étant définies antérieurement par la déclaration de
politique sectorielle du gouvernement.
441
- L’article 4§4 de la loi 2000-03, op.cit.
442
- V. article 4§ 2 et 3 de la loi 2000-03, op.cit ; la loi française sur les télécommunications affirme
expressément son attachement aux principes traditionnels du service public. L’article 35 du code de
la poste et des communications électroniques Français prévoit que le service public des

165
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

objectifs ainsi que le contenu du service universel sont définis par le décret
exécutif n° 03-232 déterminant le contenu du service universel de la poste et des
télécommunications443.
Le premier chapitre du décret en question consacré au « service universel des
télécommunications » énonce explicitement, au travers de l’article 4, quatre types
de missions de service public devant être assurées dans le respect des principes
d’égalité, de continuité et d’adaptabilité. Il s’agit de :
- La desserte en cabines téléphoniques installées sur la voie publique ;
- L’acheminement des appels d’urgence ;
- La fourniture du service de renseignements et d’un annuaire d’abonnés.
Après la modification du décret 03-232 en 2009, l’exécutif ajoute un autre service :
celui de l’accès aux services internet à un débit minimum de 512 Kbits comme
obligation supplémentaire pour les opérateurs des télécommunications chargés du
service universel444.
L’article 3 du même décret dispose que, " Les objectifs du service universel
des télécommunications doivent concourir à :
- La garantie de l’accès au réseau téléphonique ;
- La pérennité de la fourniture du service téléphonique ;
- La connexion au réseau public pour assurer la continuité du service ;
- La tarification à des prix raisonnable ;
- Une qualité de service technique et commerciale spécifiée"

télécommunications est assuré dans le respect des principes d’égalité de continuité et d’adaptabilité et
qu’il comprend trois (3) composantes : le service universel des télécommunications ; les services
obligatoires des télécommunications qui comprennent notamment, une offre sur l’ensemble du
territoire, l’accès au réseau numérique à intégration de services, de liaisons louées, de commutation de
données par paquet, de service avancés de téléphonie vocale et de service télex ; les missions d’intérêt
général dans le domaine des télécommunications, en matière de défense, de sécurité, de recherche
publique et d’enseignement supérieur. V. Rapport d’activité annuel de l’ARCEP 1997, www.arcep.fr
443
- Décret exécutif n° 03-232 du 24 Juin 2003 déterminant le contenu du service universel de la poste
et des télécommunications, les tarifs qui lui sont appliqués et son mode de financement, JORA n°39 du
29-06-2003, modifié et complété par décret exécutif n°09-310 du 23 septembre 2009, JORA n° 55 du
27-09-2009.
444
- Article 9 du décret exécutif n° 09-310 du 23 septembre 2009 modifiant et complétant le décret
exécutif n°03-232, déterminant le contenu du service universel …, op.cit.

166
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Les deux textes définissent à la fois le contenu du service universel des


télécommunications et rappellent les trois principes classiques du service public :
égalité, continuité et adaptabilité445.
La première composante du service public des télécommunications correspond
au « service public de base », celui lié essentiellement à la téléphonie vocale. Son
contenu se résume à universaliser un service téléphonique, assurant en tout point du
territoire et entre les points d’abonnement l’acheminement des communications
téléphoniques, des communications par télécopie et des communications des
données à des débits suffisants qui permettent l’accès à internet. Le service inclut
en sus l’assurance de la fourniture d’un service de renseignements et d’un annuaire
d’abonnés sous formes imprimée et électronique, et de l’acheminement gratuit des
appels d’urgence. La desserte du territoire en cabines téléphoniques de proximité en
constitue une autre composante dudit service de base.
Le « service universel », notons-le, doit être fourni dans des conditions
tarifaires garantissant la non exclusion, dans l’accès au service téléphonique, de
tout citoyen en faisant la demande, fut-t-il isolé géographiquement ou appartenant à
une catégorie de personnes défavorisées en raison de tout handicap physique ou
financier.
Ainsi, il ressort de la fourniture du « service universel » de
télécommunications, la poursuite de l’autorité publique d’au moins deux objectifs
phares :
- un objectif social, celui de permettre, équitablement et dans un souci de solidarité,
à tous de bénéficier de services de télécommunications de base ;
- un objectif d’aménagement du territoire, du fait d’une uniformité géographique
des tarifs, la desserte en tout point du territoire en services téléphoniques est
permise, permettant ainsi de corriger certaines externalités liées à une occupation
déséquilibrée du territoire.
La loi française sur les télécommunications, dans son volet relatif au service public
des télécommunications, ajoute une autre obligation de service universel : les

445
- Articles 3 et 4 du décret exécutif n°03-232 déterminant le contenu du service universel, op.cit.

167
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

missions d’intérêt général446. Ces missions englobent certaines prestations exigées


par la défense et la sécurité publique, l’enseignement supérieur dans le domaine des
télécommunications ainsi que des missions de recherche publique en termes de
télécommunications447.
Les trois composantes présentées du service public de télécommunications
définissent ainsi spécifiquement la notion de service public de télécommunications.
Des missions de ce service public ont été prescrites dans la perspective de répondre,
eu égard aux technologies télécoms en place, à des besoins spécifiques de la
société. Le service public étant par essence une notion évolutive, ces missions sont
amenées à être révisées périodiquement pour être reconduites ou abrogées à chaque
fois que se constatent des évolutions du contexte technologique et de la demande
sociale.

2- Le maintien du monopole malgré le développement technologique :


l’absence d’insertion du réseau dans l’environnement concurrentiel

L’essentiel du service public des télécommunications est toujours sous


monopole public : il s’agit du réseau. En effet, on constate une nette
monopolisation de l’Etat sur celui-ci. Les réseaux servent, généralement, à "fournir
un service public"448.
Il n’existe aucune définition précise de la notion de réseau. Selon le
dictionnaire Larousse, un réseau est "un ensemble de voies ferries, de lignes
téléphoniques, de lignes électriques, de canalisations d’eau ou de gaz, de liaison
hertziennes, etc., reliant une même unité géographique"449. Le dictionnaire des
médias propose comme définition : "ensemble d’équipements assurant des

446
- Voir, l’article L.35-6 du code de la poste et des communications électroniques, op.cit
447
- Cf. BELKHOUS (I.), L’impact du progrès technique sur l’évolution du concept de service public,
op.cit p. 101 et ss.
448
- CHARBIT (N.), « La notion de réseaux : l’exclusion des secteurs de réseaux des directives
Marchés », Rev. Contrats Publics, dossier Industries de réseaux et contrats, n° 24, Juillet-août 2003,
p.26.
449
- Dictionnaire, Larousse, 2010. Les ouvrages professionnels de référence se hasardent peu à
proposer une définition transversale de la notion de réseau et procèdent à un découpage par matières
(télécommunications, Internet) ou par régime (accès, contenu) ; Voir, VIVANT (M.) & Le Stanc (C.-
H.), « Droit de l’information et des réseaux », Lamy, 2003, p.1076

168
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

transports matériels (chemins de fer, navires…), ou immatériels (téléphone, radio,


télévision, télématique…)"450. Un réseau est donc un équipement destiné à assurer
une forme de transport. Ainsi apparaît l’élément clé de la définition d’un réseau : sa
finalité, c’est-à-dire, la distribution451.
Tout ce qui sert à assurer un flux de transport ou de diffusion d’un bien ou
d’un service est susceptible de constituer un réseau. Le réseau semble se définir
avant tout par sa finalité ; c’est ce qu’à fait le législateur algérien à l’occasion de la
définition du réseau de télécommunications. L’article 8 point 9 de la loi 2000-03
fixant les règles générales relatives à la poste et aux télécommunications définit le
réseau de télécommunications comme étant : " Toute installation ou ensemble
d’installations assurant soit la transmission, soit la transmission et
l’acheminement de signaux de télécommunications ainsi que l’échange des
informations de commande et de gestion qui y sont associées, entre les points de
terminaison de ce réseau". Toutefois, ces installations servant à acheminer et
transmettre des signaux de télécommunications et à l’échange d’informations,
demeurent propriété de l’Etat, donc, un réseau mais sans concurrence, autrement
dit, un marché fermé.
La théorie de l’économie des réseaux conçoit le réseau dans les industries de
réseau en trois couches principales, dont le degré de réceptivité à la concurrence est
variable. La couche la plus haute, qui correspond aux services finals rendus aux
clients ; la couche médiane, qui correspond à la couche des services de contrôle et
de direction du réseau et, enfin, la couche basse, qui correspond aux infrastructures.
Les deux premières (haute et médiane) tendent à fusionner et correspondent aux
services452. Par contre, les infrastructures posent des problèmes plus délicats. De ce
point de vue, l’ouverture à la concurrence est souhaitable à chaque fois qu’il est
possible de le faire, c’est-à-dire jusqu’aux éléments de monopole naturel qui
450
- " (…) quel qu’il soit, un réseau comprend toujours des nœuds, des liaisons et des terminaux, même
si les dénominations varient selon la nature de ce qui est transporté", BALLE (F.), Dictionnaire des
médias, Larousse, 1998.
451
- Voir, LIBOIS (L.-J.), Les télécommunications : technologies, réseaux, services, éd. Eyrolles,
Paris, 1994, p. 74.
452
- Sur la théorie dite « des trois couches », voir, CURIEN (N.), Economie des réseaux, éd. La
découverte « Repères », Paris, 2005, p. 3 et ss.

169
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

doivent faire l’objet d’une régulation incitative453. Le marché algérien de


télécommunications correspond uniquement, pour le moment, à la couche haute,
c’est-à-dire, les services. Or, le but premier de la régulation sectorielle est bien
l’accès des tiers au réseau. Ce dernier, ne pouvant être multiplié ou dupliqué dans
des conditions raisonnables, soit d’un point de vue financier (trop coûteux),
environnemental (trop perturbateur) ou réglementaire (trop long et compliqué), est
considéré comme étant une facilité ou infrastructure essentielle454. C’est sur ce type
de réseaux que le droit de la concurrence comparé se préoccupe essentiellement455.
Ce qui prouve leur ouverture à l’initiative privé, sans que la conception de service
public soit considérablement anéantie. C’est d’ailleurs la préoccupation primaire
des autorités de concurrence en tant que gardiennes de l’ordre public concurrentiel.
L’accès au réseau de télécommunications se conçoit en obligeant l’opérateur
historique à mettre son réseau à disposition des nouveaux opérateurs, tout en lui
laissant le soin de définir les conditions, notamment techniques, d’accès et
d’utilisation, pourvu qu’elles soient fondées sur les critères objectifs, qu’elles
soient transparentes et publiées de manière appropriée, et qu’elles tendent à garantir
l’égalité d’accès sans discrimination. Encore c’est au regard de la boucle locale,
c’est-à-dire de l’ensemble des liens filaires ou radioélectriques qui relient l’abonné
au commutateur auquel il est rattaché, que va se nouer une étape importante de la
mise en concurrence, si, bien entendu, les pouvoirs publics procèdent à son
dégroupage, c’est-à-dire en permettant à tout opérateur d’avoir un lien direct avec
l’abonné.
En somme, l’absence d’insertion du réseau dans l’environnement
concurrentiel maintient l’opérateur historique en position dominante sur le marché
et permet à l’Etat de garder encore un "segment essentiel du service public des
télécommunications" en situation de monopole.

453
- Cf. CURIEN (N.), Economie des réseaux, op.cit, p.67
454
- Cf. CLAMOUR (G.), Intérêt général et concurrence…, op.cit, p. 660 ; CHABIT (N.), « La notion
de réseau :… », op.cit, p. 28
455
- DEZOBRY (G.), La théorie des facilités essentielles : essentialité et droit communautaire de la
concurrence, op.cit.

170
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

B- Eléments de convergence entre service public et concurrence :


principe de la soumission des personnes publiques à la concurrence.

Il est certain que l’entreprise représente le principal sujet du droit de la


concurrence. En tant qu’acteur économique, les personnes publiques et privées
chargées d’une mission de service public (à travers l’apparition des EPIC et EPE)
se sont retrouvées dans une situation d’égalité avec leurs concurrents, dès lors
qu’elles exploitent des activités de production, de distribution ou de service456.
Le législateur a pris conscience de cette nécessité en édictant des dispositions,
aux termes desquelles les personnes publiques (Etat, collectivité territoriales,
établissements publics, entreprises publiques…) intervenant sur un marché dans les
mêmes conditions qu’un opérateur privé, en exerçant une activité économique, sont
soumises aux règles du droit de la concurrence457.
Toutefois, l’article 2 de l’ordonnance relative à la concurrence précise que
"la mise en œuvre de ces dispositions ne doit pas remettre en cause
l’accomplissement de missions de service public ou l’exercice de prérogatives de
puissance publique".
Lorsque ces personnes publiques exercent une activité économique sur un
marché en fournissant des biens ou des services, il leur est fait application, comme
à tout opérateur économique, des règles du droit de la concurrence458. Il s’ensuit
que leurs pratiques sont soumises au contrôle de l’autorité de concurrence459, à

456
- ANTOINE (A.), Prérogatives de puissance publique et droit de la concurrence, L.G.D.J, Paris,
2009, p. 33
457
- Article 2 de l’ordonnance 03-03 relative à la concurrence tel que modifié par loi n°08-12 et n° 10-
05, op.cit
458
- Le Conseil de la concurrence algérien estime que "si les dispositions de l’article 2 de
l’ordonnance relative à la concurrence sont applicables aux personnes publiques, c’est à la condition
qu’elles exercent une fonction économique de même nature que celle qui peut être assurée par une
personne privée et qu’elles interviennent sur le marché comme offreurs d’un bien ou prestataires d’un
service". Décision n° 99 D 02 en date du 17 octobre 1999, saisine relative à la dévolution d’un marché
public pour la réalisation des centres de formations professionnelles de Fennoughil et Stabit, cité par
AREZKI (N.), Contentieux de la concurrence, op.cit (annexe 2).
459
-L’application de cette condition a vu le jour suite à une célèbre affaire dite « ville de Pamiers »,
dont la municipalité de cette ville avait décidé de mettre fin à la concession de service public accordée
à une entreprise pour la distribution de l’eau et de la confier à une autre entreprise (…). Cette dernière
prétendait que l’attribution de la concession était le résultat d’une entente entre la municipalité et
l’attributaire. Le Conseil de la concurrence français déclarait la saisine non recevable. Il s’appuyait sur
l’article 53 de l’ordonnance de 1986 relative à la concurrence pour estimer que les dispositions de

171
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

condition qu’elles soient détachées de l’accomplissement des missions de service


public460 ou de l’exercice de prérogatives de puissance publique461. Le cas échéant,
lorsque l’activité économique de la personne publique se rattache à
l’accomplissement de ces missions et lorsqu’elle est indissociable de celles-ci, la
compétence du juge administratif est de principe tandis que le Conseil de la

cette dernière ne s’appliquaient aux personnes publiques que dans la mesure ou celles-ci se livrent à
des activités de production, de distribution ou de services. V. Décision du Conseil de la concurrence
français du 17 mai 1988, Rapport annuel de 1988, p. 61, citée par BLAISE (J-B), Droit des affaires
(commerçants, concurrence, distribution), 2éme éd. L.G.D.J, Paris, 2000, pp. 400-403.
460
- Cela implique que seuls les actes détachables des missions de puissance publique liés à des
activités de production, de distribution ou de service sont soumis à l’autorité de concurrence est donc
pleinement au droit de la concurrence. La notion d’acte détachable est l’invention du juge des conflits
français. Dans une affaire opposant une filiale de British Airways, (TAT European Airlines), à la
compagnie Air France et à l’établissement public Aéroports de Paris. Ce dernier a entendu regrouper
par aérogare les différentes compagnies utilisatrices de ses installations et, à cette fin, a imposé à la
société TAT de quitter le site d’Orly-Ouest (où est basé le trafic de la compagnie Air France) pour
s’installer à Orly-Sud. L’établissement a en outre, refusé à la société TAT la possibilité d’ouvrir de
nouvelles liaisons à partir d’Orly-Ouest et l’a obligé à utiliser les services d’assistance en escale de
l’établissement public (une telle obligation ne pesant pas sur Air France en droit d’utiliser son propre
personnel). Le Conseil de la concurrence, approuvé par la Cour d’appel de Paris, s’était reconnu
compétent pour sanctionner (pour entente illicite et abus de position dominante) l’attitude de
l’établissement public ; il s’agissait donc pour le tribunal des conflits de déterminer si l’autorité de
régulation de la concurrence était compétente pour connaitre des pratiques mises en œuvre par
l’Aéroport de Paris, dans la mesure où pouvaient être en cause, les actes administratifs pris par cet
établissement public dans le cadre de sa mission de service public et de ses pouvoirs de gestion
domaniale. Dans cette affaire, le tribunal des conflits considère que, « Les décisions par lesquelles ces
personnes assurent la mission de service public qui leur incombe au moyen de prérogatives de
puissance publique, relèvent de la compétence de la juridiction administrative pour en apprécier la
légalité et, le cas échéant, pour statuer sur la mise en jeu de la responsabilité encourue par ces
personnes publiques (…) ». Dès lors, « que sont détachables de l’appréciation de la légalité d’un acte
administratif les pratiques » de l’entreprise en cause (Aéroport de Paris), le juge judiciaire est
compétent. Voir, Arrêt du Tribunal des Conflits, 18 octobre 1999, Préfet de la région Île-de-France
c/Cour d’appel de Paris Aéroports de Paris et Air France c/TAT European Airlines,
www.tribunaldesconflits.fr ; voir également le commentaire du professeur LAIDIE (Y.), « Brèves
observations sur les difficultés de l’évolution du contentieux de la concurrence : A propos de la
décision du Tribunal des Conflits du 18 octobre 1999 », RFDA, 2000, p.567.
461
- La notion de prérogatives de puissance publique est difficile à cerner dans une définition. La
prérogative de puissance publique est relativement proche de certains termes récurrents en droit
public, par exemple, les pouvoirs, les privilèges ou encore les clauses exorbitantes du droit commun.
Les rares auteurs ayant essayé de donner une définition lient la notion avec celle de l’intérêt général.
Le professeur René CHAPUS définit la notion comme étant « l’exercice d’un pouvoir de décision
destiné à satisfaire les exigences de l’intérêt général, ou plus précisément les besoins du service
public », Droit administratif général, Tome I, 15e éd, Montchrestien, Paris, 2001, p. 712. Les activités
mettant en jeu des prérogatives de puissance publique sont des activités d’intérêt général, telles que les
télécommunications, la distribution de l’électricité, le service postal de base…etc. Positivement, les
prérogatives de puissance publique renvoient à la mise en œuvre des moyens exorbitants du droit
commun afin de satisfaire l’intérêt général. Cf. ANTOINE (A.), Prérogatives de puissance publique et
droit de la concurrence, op.cit, p.9.

172
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

concurrence est écarté. Mais faut-il pour autant écarter les dispositions du droit de
la concurrence dans ce dernier cas?
Le Conseil d’Etat français a pu constater que, "souvent, les pratiques
anticoncurrentielles reprochées aux personnes publiques sont indissociablement
liées à des actes administratifs pris par la personne publique dans le cadre de ses
462
prérogatives de puissance publique ou de l’organisation du service public" , ce
qui l’a certainement poussé à reconnaître, depuis 1997, dans l’arrêt de principe"
Million et Marrais" du 3 novembre 1997463, que même en attribuant au juge
administratif la compétence du contrôle de telles pratiques, ce dernier est appelé à
appliquer les dispositions du droit de la concurrence dans le bloc de légalité de ces
actes en combinaison avec d’autres tempéraments, "concilier entre la concurrence
et les impératifs du service public"464, autrement, faire la balance entre les
spécificités des missions de l’autorité publique et le nécessaire respect par celle-ci
du droit de la concurrence465.
Dans le cas algérien, le législateur laisse une incertitude en matière de droit
applicable et semble adopter une position paradoxale entre 2003 et 2008, dans la
mesure ou l’article 2 de l’ordonnance n°03-03466 en ses termes, évoquait que

462
- CE, Rapport public, Collectivités publiques et concurrence, études & documents n°53, La
documentation Française, 2008, p. 244.
463
- La décision « Million et Marais » marque un revirement de jurisprudence quant à l'application du
droit de la concurrence aux actes de puissance publique : le Conseil d'Etat français admet que la
légalité d'un acte administratif peut être appréciée au regard des dispositions de l'ordonnance de 1986
relative à la concurrence et il certifie que l’acte administratif ne peut être appréhendé sur le terrain de
la concurrence que s’il induit un comportement anticoncurrentiel d’entreprise, ou selon les termes de
la décision qu’il ait «pour effet de placer l’entreprise dans une situation où elle contreviendrait». V.
GIRARDOT (T.-X.), « Contrat de concession du service extérieur des pompes funèbres. - Application
de l'ordonnance du 1er décembre 1986 relative à la liberté des prix et de la concurrence », AJDA 1997.
p. 945.
464
-Voir, CHEROT (J.-Y.), « Les méthodes du juge administratif dans le contentieux de la
concurrence », AJDA, 2000, p. 687 ; NICINSKI (S.), « Les évolutions du droit administratif de la
concurrence », AJDA 2004, p. 751.
465
-FUCHS (O.), « La conciliation des intérêts dans le contentieux administratif de la concurrence »,
AJDA, 2006, p. 746.
466
-Ordonnance n° 03-03 du 19 juillet 2003 relative à la concurrence, op. cit ; A noter que
l’ordonnance n°95-06 relative à la concurrence (abrogée), n’indique aucune dérogation quant à
l’intervention des personnes publiques dans l’environnement concurrentiel ; il est fait, semble t-il,
application absolue de l’ordonnance à leurs activités économiques) ; en effet, l’article de 2 de cette
ordonnance prévoit de façon générale que « La présente ordonnance s’applique aux activités de (…) y
compris celle qui sont le fait de personnes publiques ou d’associations… ».

173
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

" La présente ordonnance s’applique aux activités … y compris celles qui sont le
fait de personnes publiques, dans la mesure où elles n’interviennent pas dans le
cadre de l’exercice de prérogatives de puissance publique ou dans
l’accomplissement de missions de service public ". On peut nettement comprendre
une soustraction absolue de telles pratiques, non seulement de la compétence du
Conseil de la concurrence, mais, plus encore, de l’applicabilité des dispositions du
droit de la concurrence. En revanche, la révision de cet article intervenue en 2008,
semble plutôt pencher pour la position du Conseil d’Etat français où l’on remarque
une reformulation de ce texte dans une logique d’assouplissement de la mise en
œuvre de l’ordonnance qui dispose désormais que " (…) toutefois, la mise en
œuvre de ces dispositions ne doit pas remettre en cause l’accomplissement de
missions de service public ou l’exercice de prérogatives de puissance publique ".
Il ne s’agit plus de l’exclusion d’intervention des personnes publiques dans le cadre
de missions de service public ou l’exercice de prérogatives de puissance publique
mais du respect de celles-ci. Autrement dit, concilier entre les éléments du couple :
service public - prérogatives de puissance publique et logique concurrentielle,
même en accordant une telle compétence au juge administratif et non pas au
Conseil de la concurrence467.

Section II

Le service universel : nouvelle conception du service public ?

L’introduction de la concurrence dans le secteur des télécommunications


pouvant se traduire pour les usagers par des distorsions de traitements selon leur
467
- Le législateur opte pour la même solution en 2010 ; l’article 2 de l’ordonnance n° 03-03 relative à
la concurrence, tel que modifié par loi n° 10-05, op.cit, dispose que " …Toutefois, la mise en œuvre de
ces dispositions ne doit pas entraver l’accomplissement de missions de service public ou l’exercice de
prérogatives de puissance publique ".

174
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

situation géographique et/ou financière, de ce fait, le législateur a donc prévu un


"garde-fou" en introduisant les concepts de service et d’accès universels. Les deux
concepts de service universel (S.U) et d’accès universel (A.U) sont étroitement liés.
Les deux termes sont d’ailleurs, dans certains cas, interchangeables468. On retrouve
les deux termes dans les textes législatifs et règlementaires régissant les
télécommunications469, même si le concept le plus usité est celui de service
universel.
Un aperçu historique, de l’origine du concept de service universel (sous-
section 1), permet de nous éclairer sur son régime juridique en droit algérien des
télécommunications (sous-section 2).

Sous-section 1. La notion de service universel


Pour pouvoir comprendre le concept de service universel, il est nécessaire en
premier lieu, de chercher ses racines (A) pour ensuite, tenter de le comparer avec le
concept de service public (B).
A- L’origine du service universel
468
- Les deux concepts sont définis de manière générale comme un ensemble de mesure d’intérêt
public visant à garantir à tous, dans des conditions définies, l’accès à un ensemble de services
reconnus comme essentiels, d’une qualité donnée, et à un prix abordable.
469
- Voir, décret exécutif n° 03-332 du 24 juin 2003 déterminant le contenu du service universel de la
poste et des télécommunications, les tarifs qui lui sont appliqués et son mode de financement, modifié
et complété par décret exécutif n°09-310 du 23 septembre 2009, op.cit, le terme accès universel figure
dans les cahiers des charges des opérateurs de télécommunications (fixe et mobile). Voir par
exemple, l’article 26.1 du cahier des charges relatif à l’établissement et à l’exploitation d’un réseau
public de télécommunications et à la fourniture de services téléphoniques fixes internationaux,
interurbains et de boucle locale en Algérie (cahier des charges annexé au décret exécutif n°05-174 du
9 mai 2005 portant approbation d’une licence d’établissement et d’exploitation d’un réseau public de
télécommunications (…), op.cit).

175
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

La notion de service universel est inventée aux Etats-Unis au début du 20e


siècle par (AT&T)470. Au départ, l’expression « service universel » traduit l’objectif
de l’entreprise dominante des télégraphes et téléphones (AT&T) pour assurer son
contrôle du marché. En effet, à l’expiration du brevet Bell en 1893471, l’industrie
téléphonique américaine a connu une phase de concurrence considérable. La
plupart des villes étaient desservies par des réseaux parallèles sans interconnexion.
Si les utilisateurs avaient le choix entre deux compagnies, de nombreux industriels
préféraient souscrire deux abonnements. Pour reprendre sa position initiale, AT &T
défendit l’idée selon laquelle seul un système interdépendant, inter-communicant et
universel pouvait offrir au public un service efficace472. Le concept de service
universel permit alors de promouvoir cette solution, de justifier ce qui devait être
considéré comme un « monopole naturel ». Le concept servit donc initialement à
faire obstacle aux concurrents d’AT&T, aux opérateurs indépendants qui géraient
environ la moitié des lignes téléphoniques aux Etats-Unis. Le service universel est
utilisé par AT&T pour justifier l’unification des systèmes concurrentiels en un
ensemble monopolistique. Les interconnexions avec les sociétés indépendantes
furent alors acceptées sous réserve que ces dernières respectent les normes
d’AT&T. L’interconnexion était la porte ouverte au monopole d’AT&T et à la
fourniture d’un service universel, cantonné à l’offre d’un service unique. Ensuite, le
congrès américain suivit le raisonnement d’AT&T en considérant que le transport
de la voix devait relever d’un « monopole naturel » permettant à AT&T d’offrir
« un service téléphonique universel »473.

470
- MOINE (G.), « Droit des télécommunications : le service universel, contenu, financement,
opérateur », AJDA, 1997, p. 246.
471
- Voir, Brevet Alexandre Graham Bell, précité.
472
- V. DEBENE (M.), « Sur le service universel : renouveau du service public ou nouvelle
mystification », AJDA, 1996, p. 183.
473
- Cf. WASHSMANN (A.) & BERROD (F.), « Les critères de justification des monopoles : un
premier bilan après l’affaire Corbeau », RTDE, 1994, p.39 ; MOINE (G.), « Service universel, service
minimum et dynamique de la concurrence », in, Les services publics en Europe, L.G.D.J, Paris, 1994.
En 1982, le tribunal du district de Colombia, ordonne l’éclatement des réseaux régionaux d’AT&T. Le
break up de l’entreprise la plus puissante des Etats-Unis se réduit par l’émancipation de ses filiales
d’exploitation locales et l’abandon de 75% de ses actifs immobilisés. Le démembrement d’AT&T a eu
pour effet de passer d’une société cotée en Bourse à huit (8) sociétés (AT&T et sept compagnies
régionales).

176
PARTIE I. L’encadrement libéral des télécommunications : La régulation économique

Au niveau Européen, la notion de service universel est apparue à la suite de


l’Acte unique européen (1986) qui, tout en affirmant les principes de libéralisation
et de développement de la concurrence au sein du grand marché européen,
manifestait la volonté de ne pas exclure une partie de la population des progrès
technologiques.
Le Livre Vert sur la libéralisation des télécommunications en 1987, qui prône
l’ouverture à la concurrence de marchés de terminaux de télécommunications,
n’emploie l’expression de service universel qu’à titre accessoire, affirmant vouloir
"trouver un compromis équitable entre l’orientation des coûts et l’objectif du
service universel"474.
Au nom de l’un des principes fondateur de l’union européenne- la cohésion-,
la commission européenne a reconnu explicitement la nécessité d’un service
universel dont la définition a été peu à peu précisée jusqu’à l’élaboration de la
résolution du Conseil des ministres des communautés européennes adoptée le 7
février 1994, qui consacrait les principes d’universalité, d’égalité et de continuité
comme éléments de base du service universel475.
Ensuite, dans le cadre d’un nouveau « paquet télécom », les instances
européennes ont adopté en 2009 une série de directives relatives à la libéralisation
des télécommunications dont celle relative au service universel476.
Ainsi, les instances communautaires mentionnent le service universel parmi
les objectifs de la communauté dans le secteur des télécommunications. L’existence
de réseaux et de services de télécommunications transeuropéens universels
performants est vitale pour la prospérité du marché unique. Un service universel,
c’est-à-dire un réseau doté d’une couverture géographique générale et qui est mis

474
- « Le service universel et la restructuration des tarifs dans les télécommunications », Rapport
OCDE, 1991, p.20 et s.
475
- MOINE (G.), « Droit des télécommunications : le service universel ; contenu, financement,
opérateurs », op.cit
476
- Directive 2002/22/CE relative au service universel, modifiée par la directive 2009/136/CE du
Parlement et du Conseil du 25 novembre 2009. www.eur-lex.europa.eu/ . Dans le cadre de ce nouveau
« paquet télécom » le Parlement européen et le Conseil modifient le cadre règlementaire de 2002 et
mettent en place l’ORECE (organe des régulateurs européens des communications électroniques).
Pour plus de détails sur ce sujet, voir, IDOT (L.), « Adoption du 3e "Paquet télécom" », Revue Europe,
n° 2, février 2010, com. 76.