Gestion des Finances Locales: Défis et Réformes
Gestion des Finances Locales: Défis et Réformes
Introduction générale :
Dans le cadre de notre insertion en tant que cadres au sein de la Trésorerie Générale
du Royaume, une formation théorique et un stage pratique nous ont été dispensé.
Le stage a succédé une formation théorique qui s’est étalée sur une durée de quatre
mois et qui nous a été présenté par des responsables des différentes directions du
Ministère de l’Economie et des Finances. Cette formation nous a permis d’asseoir et
d’assimiler les bases théoriques des métiers de la TGR en particulier et des finances
publiques d’une manière générale et nous a beaucoup aidé pour s’inserer et élargir
l’horizon de découverte des postes comptables dans lequel s’est déroulé notre stage
pratique.
Le stage pratique s’est déroulé au sein des postes comptables qui constitue le vaste réseau de
la TGR, à savoir la perception de Témara, la Trésorerie Communale de Rabat et la Trésorerie
Préfectorale de Salé.
Notre visite à concerner également la Trésorerie ministérielle auprès du Ministère de l’habitat,
l’urbanisme et du développement régional.
Le stage s’est déroulé en général dans les meilleures conditions et a été très formateur et
épanouissant par la rencontre de divers professionnels du métier et la connaissance de leur
pratique dans le domaine du recouvrement, de la dépense de la comptabilité, des finances
locales et de l’activité bancaire.
L’action de formation qui nous a été dédié marque l’implication des décideurs de la TGR pour
le développement de la recherche scientifique appliquée au management public et aux
questions ayant trait à la gestion des ressources humaines et la bonne gestion de leur carrière.
Je tiens à remercier les responsables et l’ensemble du staff du personnel qui ont participé de
près ou de loin pour la réussite de cette initiative.
Dans le cadre de ce rapport de stage, j’ai mis l’accent sur la gestion des finances des
collectivités locales qui constitue l’un des métiers majeurs de la Trésorerie Générale.
L’intérêt pour le sujet a été également retenu du fait de l’importance des réformes engagées
pour une meilleure articulation des finances locales avec le budget de l’Etat et pour
accompagner le processus de régionalisation avancée qui favorise le développement territorial
intégré et pour la mise en œuvre des dispositions de la nouvelle constitution.
La TGR de par son positionnement actuel dans le circuit des finances locales est responsable
de la conduite de changement relatif à l’évolution du contrôle de la dépense des collectivités
locales, à la concrétisation des dispositions des lois sur la fiscalité locale et à l’augmentation
de la capacité de gestion.
Les comptables gestionnaires des budgets des collectivités locales constituent aujourd’hui
plus que par le passé des interlocuteurs privilégiés des ordonnateurs locaux de par leur qualité
de co gestionnaire du budget et de conseillers aux responsables locaux.
Afin de rapprocher les grandes lignes de ce rapport, je propose de le scinder en deux parties.
Une première partie sera réservée à une brève présentation de notre institution, à savoir son
importance, ses métiers et la diversité de ses structures. Elle fera état également à des
éléments saillants, forces et faiblesses, tel qu’ils étaient observés aux postes comptables lieux
du stage.
Une seconde partie sera consacrée à l’analyse des dernières et principales réformes en matière
de finances locales et leurs implications en matière de gestion et de responsabilité. Des
mesures d’accompagnement et des axes d’amélioration pour une meilleure cohérence entre les
finances locales et les finances de l’Etat seront également présentés.
I. Présentation de la TGR
La TGR assure, par le biais de son vaste réseau de comptables publics, la perception
des recettes fiscales et non fiscales, à travers notamment :
la gestion du contentieux administratif et judiciaire relatif au recouvrement
et l’assistance des percepteurs en la matière;
la prise en charge des ordres de recettes au titre du budget général de
l’Etat, des budgets annexes et des comptes spéciaux du Trésor;
la centralisation des prises en charges et des recouvrements au titre des
amendes et condamnations pécuniaires;
la gestion des comptes de prêts et d’avances accordées par le trésor et de
«fonds de roulement»consentis par des organismes de financement des
projets publics;
l’élaboration des statistiques concernant la situation du recouvrement de
créances publiques;
La TGR assure la mission de gestion des dépôts au Trésor. Elle participe à travers
cette activité au financement de la trésorerie de l’Etat. A ce titre, elle gère les
comptes des entreprises et établissements publics qui sont soumis à l’obligation de
dépôt de leurs fonds au trésor . Cette activité est étendue également à la gestion des
dépôts d’autres personnes morales ou privées.
a. La perception
La perception est chargée du recouvrement des créances publiques, du
paiement des dépenses, de la tenue de la comptabilité et de la production du compte
de gestion à la cour des comptes pour examen.
La perception de Temara, où nous avons effectué notre stage, est rattachée à la
Trésorerie préfectorale de Temara et elle est gérée par Mr Abdelaziz ADDALA. Le
percepteur est assisté par un fondé de pouvoir et 17 agents dont 4 sont des ANET.
Ce poste couvre la préfecture de Temara qui se caractérise par une forte
concentration des collectivités locales (10 communes).
La perception de Temara s’occupe se charge :
Des fontions de front office liées à l’encaissement des impôts et taxes
de l’Etat;
Des fonctions de back-office liées au recouvrement des impôts et taxes
de l’ Etat ;
Le règlement de certaines dépenses (restitution d’ IR, titres
d’annulation, les pensions et rentes des accidents de travail;
A l’accueil des redevables et la délivrance des différentes attestations.
Durant notre stage au sein de cette perception, nous avons soulevé quelques
remarques d’ordres fonctionnels et organisationnels :
Remarques d’ordres organisationnels :
Remarques
Recommandations
La trésorerie préfectorale de Salé est le 3ème poste comptable que nous avons visité.
Elle est chargée des missions suivantes :
Le contrôle et l’exécution des dépenses des sous ordonnateurs ;
La pré-centralisation des écritures comptables des postes rattachés ;
L’activité bancaire ;
La gestion des régies des sous ordonnateurs ;
Le recouvrement des créances émises par les sous ordonnateurs
Accorde les autorisations et visas relatifs aux actes de recouvrement forcé
Recommandations :
Le poste est en général bien organisé et bien structuré, ce qui reflète l’esprit
manageriel et l’engagement de la trésorerie dans ce sens.
d. La trésorerie ministérielle de l’Education Nationale
Notre 4ème stage s’est déroulé au sein de la trésorerie ministérielle de l’Education
Nationale. Cette trésorerie est dirigée par M. Elmaati SAADOUNE qui est assisté par
3 chefs de service.
La trésorerie ministérielle de l’Education Nationale est chargée de gérer le budget
de 3 ministères à savoir :
Ministère de l'Education nationale, de l'enseignement supérieur, de la
formation des cadres et de la recherche scientifique ;
Ministère de la Culture.
Les remarques
Nous allons présenter les remarques que nous avons observées au cours de
notre stage à la Trésorerie Ministérielle de l’Education Nationale :
Service du règlement, des recettes et de la comptabilité
Chez le comptable :
La charge de travail au sein de la Trésorerie Ministérielle de l’Education
Nationale est très intéressante (9017 OP en 2009) surtout dans les
périodes de haute saison ce qui rend le respect de délais de contrôle dans
cette période très difficile par rapport aux autres périodes.
La redondance du contrôle dans le service personnel : presque le même
contrôle effectué par les trois intervenants de contrôle : contrôle de
régularité, de validité et celui de CNT.
Manque de voitures de services ; surtout pour le personnel de la dépense
qui sont chargés d’assister aux commissions d’ouverture des plis.
Chez l’ordonnateur : GID n’a pas atteint la phase de maturité; il y’en a encore des
opérations qui ne sont pas encore sujette à la correction GID.
Exemple : les intérêts moratoires.
Recommandations :
L’un des enjeux de la décentralisation repose essentiellement sur le pouvoir financier des
collectivités locales, appelées à contribuer au développement socio-économique de leurs
territoires.
La pérennité du processus de décentralisation demeure tributaire de cette démarche à faire
bénéficier les collectivités locales d’une véritable autonomie à même de leur permettre de
certaines de leurs compétences dans des conditions optimales.
Dans ce contexte, il a été procédé à maintes reprises à la révision des dispositions de
l’organisation financière de ces entités territoriales qui consacre l’équilibre des pouvoirs, le
renforcement de la responsabilisation, du contrôle, et la reddition des comptes pour un modèle
de régionalisation avancée qui favorise le développement territorial intégré.
La TGR exécute et contrôle les dépenses des CL. L’allègement du contrôle a permis la
responsabilisation des acteurs locaux. La question qui se pose est si ces CL sont suffisamment
outillées et encadrées pour gérer ces nouvelles responsabilités qui lui ont été confiées ?
La TGR est aussi un acteur principal en matière de fiscalité locale. Elle est également
impliquée dans la concrétisation des nouvelles dispositions de la nouvelle loi. En effet, celle-
ci a simplifié la fiscalité dans le but de renforcer leur autonomie financière. Sont-elles
capables de gérer une administration fiscale locale ? Comment asseoir une fiscalité locale et
assurer à ses collectivités locales les ressources financières nécessaires sans remise en cause
leur autonomie financière ?
La TGR gère le budget des CL, son rôle est de les informer sur leurs situations financières et
les éclairer sur l’impact de leurs décisions. Les CL sont elles équipées en outils de
programmation budgétaire ?
D’où ressort l’importance des directions de la TGR et des comptables du réseau notamment
les TP/ TC/ RC en matière de valorisation du conseil financier et d’assistance juridique en
faveur des CL.
La nécessité de réformer la fiscalité locale faisait l’objet d’un consensus. Elle a été critiquée
sur plusieurs points : archaïsme des bases d’imposition, injustices et inégalité territoriales
mais aussi entre contribuables, manque de lisibilité de la gestion locale, cout de gestion jugé
excessif pour l’Etat.
2- Réforme de la fiscalité locale régie actuellement par la loi 47/06: Apport et
défaillances.
La nouvelle réforme sur la fiscalité locale vise le renforcement des moyens financiers ayant
pour objectif de simplifier le système fiscal local, d’améliorer sa gestion et de renforcer son
rendement.
Cette loi a supprimé certaines taxes à faible rendement ou qui faisaient double emploi avec
celles de l’Etat, la fusion de certaines taxes touchant la même assiette, tout en instaurant une
nouvelle répartition des produits des taxes. Ainsi, la nouvelle loi compte 17 taxes instituées ou
réaménagées au profit des communes urbaines et rurales. De même, elle a apporté plus de
simplification, comme le montre, par exemple, le remplacement de la patente par la taxe
professionnelle et la taxe urbaine par la taxe d’habitation.
La fiscalité locale a connu un tournant décisif avec la réforme de 2007. Après l'entrée en
vigueur de la réforme de 2007, il y a eu de bons effets, mais des insuffisances persistent. Une
baisse des recettes alors que le but recherché était de renforcer l'autonomie des collectivités
locales. Ceci est imputé au manque de progrès au niveau des capacités de gestion des
collectivités locales. D'où le nécessité de la mise à niveau des ressources humaines.
Aussi, actuellement, le système fiscal ne favorise pas l'autonomie financière des collectivités
locales. «Il y a des lourdeurs, une multiplicité de visas, le poids du département de tutelle…».
Aussi, Certaines régions souffrent d’une insuffisance de ressources car il y a des disparités
socio-économiques très importantes entre elles. Certaines ont un potentiel fiscal important,
d’autres non. La régionalisation des recettes pourrait être à l’origine de beaucoup d’inégalités
face à l’impôt. Il n’est pas question de remettre en cause le système de fiscalité locale institué
par la loi 47-06 mais de le réadapter au contexte de la régionalisation, car c’est un stade très
avancé de la décentralisation.
Le centre marocain de conjoncture confirme qu’il y a beaucoup d'évasion du produit fiscal à
tous les stades (recensement, émission, recouvrement. La réforme fiscale est aussi limitée par
le fait que ce sont les services de la trésorerie générale du ministère des Finances qui
perçoivent les impôts collectés par l'Etat au profit des collectivités locales. Ce «process»
bloque en raison du problème d'identification du contribuable.
Et quand ce sont les communes qui se chargent de gérer les ressources fiscale, les problèmes
se rattachent à la fixation des taux, la compétence de la décision des autorités locales sur ce
volet, puisque les taux et tarifs de ces taxes varient selon leur nature et la source de leur
fixation (selon qu'ils ont été fixés par la loi ou par les communes elles-mêmes).
Les communes n'utilisent pas toutes les possibilités dont elles disposent pour percevoir les
taxes, comme elles n'utilisent pas les taux maximums lorsqu'une fourchette de taux est
possible à leur disposition.
Une autre limite est liée aux «dysfonctionnements communs à tous les impôts et taxes locaux.
Dans ce sens, les prérogatives par lesquelles l'Etat favorise certaines catégories de
contribuables ampute les caisses des collectivités de sources importantes, puisque ces
exonérations ne sont pas compensées par les caisses étatiques
Un autre handicap est lié à l'activité de recensement, effectuée tous les cinq ans et souffrant
elle-même de certains manques, demeure une opération qui patauge dans un océan de données
ambiguës. A citer, la difficulté de vérifier les changements d'affectation des locaux et des
transferts de propriétaires, erreurs dans les mandats d'imposition, les élus communaux ne sont
pas pleinement impliqués dans le processus de recensement.
3- Contraintes constatées de la gestion comptable des taxes gérées pour le compte des CL
La gestion des taxes gérées pour le compte des CL souffre d’un certain nombre de contraintes
portant dysfonctionnements, qui pèsent sur le rendement desdites taxes, qui ne représente que
25% de l’ensemble des ressources des CL.
Le partage des compétences entre les trois catégories de comptables formant le réseau
territorial de la TGR suppose une parfaite harmonie entre les registres comptables de chacun
des intervenants en matière de PEC des taxes considérées.
Alors que le système souffre d’anomalies qui nécessite des mises à jour et des redressements
des dits PEC.
Le percepteur, détient des PEC nominatives par contribuable et le TC/RC détient des PEC
écritures égales à la somme des recettes auxquelles les CL concernées peuvent prétendre.
Dans ce cas de figure la différence entre les deux registres n’a aucune chance d’être réalisée et
plombe les restes à recouvrer chez le TC/RC et chez l’ordonnateur.
Ceci est le résultats de rejets de PEC non communiqué au TC/RC, d’erreurs dans la
comptabilisation des certificats à joindre au compte de gestion en mélangeant les collectivités
locales concernées, d’erreurs dans la répartition des recettes entre les bénéficiaires et des
erreurs dans la répartition des recettes entre CL gérées.
L’idée est qu’il y a eu des réformes dans les textes, mais il faut réfléchir encore pour les
concrétiser et à améliorer ainsi la gouvernance des finances locales.
Ceci est réalisable d’abord par la mise à niveau des services fiscaux communaux, la formation
du personnel de ces services et leur renforcement en moyens humains (compétences humaines
qualifiées) et matériels nécessaires à leur action.
Pour atténuer le phénomène de disparités de potentiel fiscal entre régions, il est recommandé
de donner plus de prérogatives au président de la région. Par exemple, actuellement,
l’ordonnateur de la région est le wali, alors que normalement ça doit être le président du
Conseil régional.
Aussi, la meilleure façon d’utiliser le volet fiscal comme levier de développement est
d’accorder plus de dérogations aux régions les moins avancées sous formes d’incitation à
l’investissement ou d‘exonération au niveau des bénéfices. Ces dérogations doivent concerner
notamment les quatre principaux impôts à savoir, l’IS, l’IR, la TVA et les droits
d’enregistrement
De plus, la convergence entre le système fiscal de l’Etat et celui des collectivités territoriales
pour une meilleure harmonisation entre la fiscalité locale et la fiscalité de l’Etat doit prendre
en compte la nécessité de veiller à un niveau de pression fiscale globale soutenable pour les
contribuables et favorisant le climat des affaires et le déploiement territorial équilibré des
investissements.
L’un des schémas possibles pour assurer une telle synergie a été préconisé par la Commission
consultative sur la régionalisation, qui a précisé que « pour toute recette fiscale ou parafiscale,
la détermination et le contrôle de l’assiette, la liquidation et le recouvrement seront confiés
contractuellement aux services spécialisés de l’Etat, contre une juste rémunération des
charges qui en résultent »
Il est à remonter également que la loi fiscale semble diffuse et mal comprise par les acteurs
locaux ce qui justifie la mise en place d'un guide fiscal local leur permettant d'appliquer au
mieux ses dispositifs.
Tout transfert de compétence par l’Etat à la région doit être accompagné du transfert des
budgets correspondants, par le truchement de la loi et sur la base de contrats. Il reviendra à un
comité de définir les compétences, d’arrêter les charges correspondantes et d’en évaluer la
bonne exécution.
Les budgets ainsi transférés doivent être régulièrement actualisés pour tenir compte de
l’évolution des coûts et des performances des conseils régionaux dans chaque compétence
transférée.
La fiscalité locale se base essentiellement sur la valeur locative. En vue d’en améliorer le
rendement, les valeurs locatives doivent être régulièrement réévaluées pour se rapprocher des
prix du marché en se basant sur les données disponibles, notamment, au niveau de la
conservation foncière et de la DGI.
En outre, il est primordial d’améliorer les opérations de recensement pour mieux appréhender
la matière imposable, en renforçant le rôle et la structure des commissions locales créées à cet
effet avec une étroite collaboration de l’autorité locale et des autres organismes intervenant
dans l’identification des contribuables
Le résultat des opérations de recensement doit être transmis au niveau central en vue de
permettre les recoupements et le partage des informations entre l’ensemble des CL et les
services de l’Etat, en raison de la mobilité géographique des contribuables et de l’existence de
plusieurs centres d’intérêts économiques.
Par ailleurs, il est à souligner qu’après la réforme de la fiscalité locale, régie actuellement par
la loi n° 47‐06, ce dispositif légal ne peut être modifié que par des amendements au niveau de
ladite loi au lieu de la loi de finances comme auparavant. Par contre, si les règles régissant la
fiscalité de l’Etat peuvent être modifiées annuellement au niveau des lois de finances, la
modification de la fiscalité locale exige l’introduction des amendements au niveau de la loi
correspondante ; ce qui impacte négativement l’harmonisation entre la fiscalité nationale et
locale. C’est ce qui explique par exemple le nombre important des exonérations au niveau de
la fiscalité locale qui n’évolue pas avec la politique de suppression menée par l’Etat au niveau
de la fiscalité nationale. A titre d’exemple, il y a lieu de citer la réduction de 50% accordée
aux activités installées à Tanger et les taux réduits applicables aux entreprises situées dans les
provinces à faible niveau de développement, dont les avantages ont été atténués en matière
d’IR et d’IS pour les impôts de l’Etat, mais toujours maintenus au niveau de certaines taxes
locales, notamment la taxe professionnelle.
D’où l’intérêt de la deuxième option qui offre l’avantage de la maîtrise de la matière, du coût
de gestion et de la simplification des procédures pour les contribuables par la mise en place
d’un « guichet fiscal unique ». En effet, disposant d’une administration fiscale bien outillée,
les services de l’Etat peuvent assurer la gestion de la fiscalité locale qui recoupe, sur plusieurs
aspects, avec la fiscalité nationale, car in fine il s’agit souvent de la même matière imposable
et du même contribuable.
Par le biais d’un cadre partenarial définissant les objectifs à atteindre et les moyens de mise en
œuvre, l’administration fiscale étatique peut prendre en charge la gestion de la fiscalité locale
pour le compte des CL moyennant une juste rémunération à définir d’un commun accord,
prenant en considération les moyens financiers des CL et la charge de travail pour les services
de l’Etat. A cet effet, la gestion de l’assiette peut être confiée à la DGI et le recouvrement aux
services de la TGR relevant du Ministère de l’Economie et des Finances.
Dans ce sens, il est à rappeler que la gestion de la fiscalité locale par les services de l’Etat
(DGI et TGR) pour le compte des CL se fait déjà à travers la taxe professionnelle, la taxe
d’habitation et la taxe de services communaux, mais également dans le domaine de la paie du
personnel local qui est assurée pour un certain nombre de CL par la TGR qui est chargée du
traitement de la paie du personnel de l’Etat et de certains organismes publics. Dans ce schéma
d’organisation, les régisseurs communaux ne seront chargés que de l’encaissement des droits
au comptant et de l’appui aux services de l’Etat pour les autres aspects de la gestion de la
fiscalité locale.
A côté de la gestion administrative, les mêmes services de l’Etat pourront assurer une mission
de conseil fiscal en faveur des assemblées locales dans l’exercice de leurs attributions en
matière de fixation des taux et tarifs d’impositions, de manière à éclairer les élus locaux sur
les moyens financiers à mobiliser pour atteindre les objectifs de développement économique
et social fixés.
Si l’architecture proposée permettrait l’amélioration des ressources des CL, elle offre
également pour l’Etat la possibilité de mise en place d’un cadre de partenariat, dès lors que les
CL peuvent, en raison de leur maîtrise du territoire et de leur proximité, concourir à
l’identification du secteur informel en vue de son intégration dans l’économie nationale.
L’amélioration des procédures d’exécution des dépenses s’est imposé comme une mesure
impérative, et ce, en réduisant les points de contrôle et en responsabilisant davantage le
management local par la mise en place des outils de contrôle interne.
1 /L’apport de la réforme durant les années 2009 et 2010: Allègement des contrôles à priori
Les procédures d’exécution des dépenses des CL font intervenir deux autorités :
l’ordonnateur et le comptable public. Ainsi, la réalisation d’une dépense nécessite le visa de
services externes à la collectivité, à savoir le Receveur communal.
Ainsi, la réalisation des dépenses nécessite un contrôle à priori exercé par le comptable public
(engagement et validité) et un contrôle à posteriori exercé par les corps d’inspection
(IGAT/IGF) et juridictionnel exercé par les cours régionales des comptes (CRC).
La réforme est venu répondre aux disfonctionnements liées aux irrégularités et les retards
dans l’exécution des marchés des collectivités territoriales.
La suppression du contrôle de la régularité exercé par les TC/RC/PRC sur les engagements
des dépenses des CL a été remplacée par l’instauration du contrôle budgétaire des
engagements de dépenses.
Dans ce sens « une fiche navette », dont le modèle est fixé par décision du MI, accompagne
toute proposition d’engagement de dépenses.
La simplification des procédures passe par une réforme en profondeur du contrôle des
dépenses des cl et sa réorientation d’une logique de régularité juridique, vers une logique de
responsabilisation des gestionnaires, avec comme corollaire le renforcement des contrôles a
posteriori et des contrôles d’audit et d’évaluation de la performance.
Cette simplification des procédures nécessitera une réorganisation administrative pour définir
les chaînes de responsabilité et asseoir le pilotage par la performance, dès lors que
l’amélioration de la transparence de l’action publique des cl exige la responsabilisation des
gestionnaires sur les résultats.
-La levée progressive du contrôle préalable doit tenir compte de la qualité de l’organisation et
de chaque collectivité territoriale, de ses performances en matière de gestion, et de leurs
capacités à gérer leurs nouvelles responsabilités par la mise en place d’un système de
contrôle interne et de gestion des risques et du respect de critères réglementaires et d’un audit
financier et comptable pour évaluer les performances des CL pour une bonne gestion
financière (suite à la faible maitrise des règles d’exécution des dépenses).
Particulièrement, le contrôle budgétaire juridictionnel par les cours régionales des comptes
doit être intensifié à cet effet en leur conférant un pouvoir de décision et non un simple avis
comme c’est le cas actuellement et par la certification des comptes des CL par celles-ci
comme c’est le cas dans certaines expériences étrangères.
-Toutefois, le champ de la simplification des procédures ne doit pas se limiter au seul mode de
contrôle des dépenses, mais il doit aussi concerner le dispositif régissant la commande
publique, avec comme objectif fondamental la simplification des formalités d’octroi et
d’exécution des marchés publics et la dématérialisation du processus d’achat.
-Aussi, pour faciliter la tâche aux services ordonnateurs, il est recommandé de mettre en place
les manuels de procédures pour chaque catégorie de dépenses, ainsi que les cahiers de charges
types et la documentation relative à la commande publique.
Le budget est une autorisation normale d’exécution des dépenses et de collecte des recettes. Il
ne peut être modifié que dans les mêmes formes de son adoption, sauf dérogations
réglementaires.
Le budget des CL peut être modifié par des autorisations spéciales (AS) autorisant des
recettes supplémentaires appelant des dépenses supplémentaires, en fonctionnement ou en
investissement;
Soit par des autorisations de programme (AP) ouvrent des crédits d’engagement, en
investissement qui seront consommés sur plusieurs exercices au lieu d’un. A la différence de
l’Etat, les crédits de paiement afférents aux AP sont en fait des transformations de CE en CP
et non pas des crédits supplémentaires.
Il peut y avoir des modifications à l’intérieur du budget sans incidence sur son volume par des
décisions de virement de crédits de fonctionnement :
- pour les communes: à l’intérieur du même article par décision de l’ordonnateur sans
délibérations du conseil et à l’intérieur du même chapitre par décision de
l’ordonnateur après délibérations du conseil
- pour les PP & Régions : à l’intérieur du même chapitre ou du même article par
décision de l’ordonnateur après délibérations du conseil
- pour les arrondissements: en exécution d’une décision prise par le conseil
La nouvelle législation en matière de refonte du cadre de l’élaboration des budgets s’est axée
autour des axes suivants :
Suppression du visa des budgets et des actes modificatifs y afférents par les
représentants du ministère des Finances.
Le contrôle à priori du ministère des finances sur les documents budgétaires est limité au
visa des actes de création et de clôture des comptes d’affectation spéciaux et aux
opérations d’emprunts. Les opérations en matière d’autorisation préalable ( le budget, les
budgets annexes, CDD, compte administratif, actes modificatifs des budgets, l’arrêté
fiscal, conventions et contrats administratifs)est sous la tutelle unique du Ministère de
l’Intérieur.
Les ordonnateurs délégués, les sous-ordonnateurs ainsi que leurs suppléants agissent sous
la responsabilité et le contrôle des ordonnateurs qui les ont institués.
L’exécution des projets de développement économique et social s’étale souvent sur plusieurs
exercices et ce en raison de leurs caractères structurel et capitalistique. De ce fait, il est
normal que le cadre budgétaire s’y ajuste et se dote d’instruments de programmation et
d’exécution pluriannuelle.
Aussi, la mise en place d’outils de gestion moderne à travers des bases de données
exhaustives est essentielle pour le suivi de l’exécution budgétaire des CL.
L'objectif est de mettre à la disposition des différents utilisateurs intervenants dans le secteur
des finances locales un outil permettant de :
• valoriser l’information financière des collectivités locales produites par le réseau de la TGR
• Fournir des outils automatisés et efficaces pour le pilotage, le suivi et l’analyse des finances
des collectivités locales ;
• Réduire de manière significative les délais de production des différents documents se
rapportant au conseil financier des collectivités locales.
Ce système doit constituer un outil au service de la gestion des finances locales de nature à
informer les décideurs locaux sur l’état de la situation financière de leurs collectivités et de les
éclairer sur l’impact financier de leurs décisions chaque fois qu'ils envisagent de réaliser des
projets ou des actions. .
Le dit système permet l’élaboration, le paramétrage, l’édition de documents ( tableaux de bord
mensuels, d’analyse financière rétrospective et prospective et des situations annuelles de suivi
de l’exécution budgétaires) et les communiquer aux ordonnateurs concernés et décideurs
locaux.
La réussite de cet outil automatisé est tributaire de la sensibilisation des deux parties sur son
importance pour le pilotage, le suivi et l’analyse des finances des collectivités locales ;
Aussi, le projet de réforme de la loi organique des finances, qui consacre la performance dans
la gestion des deniers publics et la programmation des dépenses devrait intégrer la dimension
régionale dans la présentation du budget de l’Etat.
Ce projet devrait en complément mettre en place les instruments idoines à la nouvelle
gouvernance financière territoriale, à travers l’intégration des principes de partage des
ressources fiscales entre l’Etat et ses démembrements territoriaux et de transfert des
ressources parallèlement au transfert d’attributions.
Cette adéquation entre le transfert de compétences et le transfert de ressources a été consacré
par la nouvelle constitution dans son article 141 et comprend également le transfert de
ressources humaines. Il est conditionné par la necessité de coordination et d’équilibre des
pouvoirs au niveau local entre l’élu de la collectivité territoriale, tirant sa légitimité du
suffrage universel et le représentant de l’Etat désigné par le pouvoir central.
En parallèle, l’harmonisation des finances locales et celles de l’Etat est tributaire de leur
consécration dans la loi organique des finances pour une meilleure lisibilité de l’information
sur la répartition territoriale des crédits alloués à chaque programme et une présentation
budgétaire adéquate pour favoriser la contractualisation et le partenariat avec les acteurs
locaux.
Le débat sur la rénovation des modalités de la gestion des finances locales doit intégrer la
gestion axée sur les résultats, le passage d’un budget de moyens à un budget de résultats, la
programmation pluriannuelle, la responsabilisation des gestionnaires.
L’effort de réforme déjà engagé en matière d’organisation des finances locales et de fiscalité
des collectivités territoriales devra être continu et soutenu dans le sens, notamment, d’une plus
grande simplification et d’un meilleur rendement.
Par ailleurs, la régionalisation avancée nécessite que les ressources mises à la disposition des
conseils régionaux soient accrues de manière conséquente, afin de leur permettre de réaliser
des actions d’envergure en matière de développement économique, social, culturel et
environnemental des régions.
Aussi, la vie territoriale exige une bonne organisation des rôles et de l’harmonie entre les
différents acteurs afin de construire un système cohérent fondé sur un contrat social.
Enfin, toutes les réformes à venir relatives à la loi organique des finances, à la loi organique
relative aux collectivités territoriales, aux marchés publics, au contrôle et à la comptabilité
publique et leur mise en œuvre exigent qu’elles soient menées dans le cadre d’un véritable
esprit d’équipe et de coordination permanente tirant profit d’un atout majeur lié à la
multiplicité des acteurs au niveau local.