La Déclaration de Lomé
Une feuille de route pour la création de la monnaie ECO-CEDEAO :
A. Finalités majeures du projet de la réforme
1. Depuis la décision du Sommet des Chefs d’État de la Cedeao du
20 juin 2019 à Abuja, le principe de la monnaie Éco-Cedeao est
acquis. Le processus politique vers l’adoption d’une monnaie
commune répond à une revendication légitime en faveur de
l’établissement de la pleine souveraineté monétaire des 15 États
membres.
2. Le projet s’inscrit dans la perspective post-Covid de reconquête
de toutes les souverainetés fondamentales (alimentaires,
sanitaires, commerciales, financières, politique, sécuritaires) à
l’échelle de la région.
3. Le projet prend acte de la décision de sortie de la Zone franc
engagée depuis fin 2019 par 8 États avec notamment le
rapatriement des devises du compte d’opérations domicilié en
France et avec le choix d’une nouvelle dénomination de la
monnaie, l’Eco.
4. Le projet vise à associer l’ensemble des États, quelles que soient
leurs différences, en garantissant la souplesse nécessaire pour
absorber les impacts des chocs externes lesquels peuvent
diverger.
5. Enfin le projet vise à maximiser les potentialités d’une
intégration économique accrue et renforcée.
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B. Sur les choix fondamentaux
6. Le projet prend en considération les critères d’une bonne
politique de change, à savoir financer les importations
essentielles, soutenir les exportations, promouvoir le crédit
local, protéger les « secteurs naissants » à fort potentiel
d’emplois, compenser les impacts péjoratifs des chocs externes.
7. Sur les critères de convergence à court terme (prix, dette,
déficit), le projet reconnaît la nécessité de fixer des critères
macroéconomiques minimaux (ticket d’entrée) pour l’adhésion
mais surtout le projet considère que la résorption des
différentiels (prix, dette, déficit) n’est pas un prérequis, mais un
objectif de moyen terme, rendu plus aisé à obtenir avec une
politique économique adéquate.
8. Un desserrement de la contrainte d’inflation (4-8 %) est requis
afin de ne pas brider le potentiel de transformation structurelle.
Une inflation modérée stimule le crédit car elle allège la dette
pour les emprunteurs. Elle récompense l’innovation.
9. Ce faisant, la convergence structurelle est fondamentale et des
politiques sectorielles en faveur des chaînes de valeur agricoles
et industrielles à vocation régionale doivent être mises en œuvre
de manière complémentaire.
C. Sur le futur système
10. Le nouveau système sera construit sur une nouvelle monnaie,
sui generis, distincte des monnaies existantes dans la Zone
CEDEAO.
11. Une Banque centrale serait chargée de conduire la politique
monétaire et de change des pays membres de la Zone Éco-
Cedeao.
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12. La mutualisation des réserves de change sera le socle de la
solidarité.
13. Dans la période de transition, la solidarité sera confortée sur
une base politique et institutionnelle. Un mécanisme de
coopération sera mis en place pour atténuer les divergences de
vues et faciliter les convergences économiques.
14. La définition de la future monnaie Éco-Cedeao se fera sur la
base d’un panier de devises représentatif des principaux flux
commerciaux de la Zone, avec quatre devises, l’euro, le dollar,
le yuan et la livre sterling.
15. Le taux de change de la monnaie commune sera flexible mais
administré par la Banque centrale.
16. Un accord de taux de change sera conclu entre les parties pour
l’ancrage de leur monnaie existante à la monnaie Éco-Cedeao
qui servira de pivot. Il sera adopté le principe d’un corridor à
l’intérieur duquel, autour de la monnaie pivot pourront flotter
les monnaies existantes avec une marge de fluctuations fixée
surveillée par l’autorité monétaire de la Cedeao.
17. À terme, sera envisagé le passage de la monnaie commune à la
monnaie unique.
D. Sur les modalités de mise en œuvre
18. Une attention particulière sera accordée aux perspectives de la
digitalisation monétaire.
19. Pour enclencher la transition vers la monnaie commune, un
premier pool d’États réunissant les critères minimaux de
convergence (qui devront être actualisés) pourra se réunir. Par
la suite seront recherchées de nouvelles adhésions au projet en
recherchant celles plus faciles à obtenir.
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20. L’abandon de la garantie du Trésor français accordé aux États
de l’UEMOA sera décidé.
21. La confiance dans la monnaie Éco-Cedeao s’appuiera sur de
nouveaux mécanismes endogènes de sauvegarde et de
crédibilité.
22. Lors de la phase de transition et d’apprentissage des
mécanismes de change, l’attention portera sur le rapprochement
fiscal et budgétaire et la stimulation des marchés financiers
régionaux, deux conditions nécessaires.
23. Enfin, il est clairement admis que derrière les questions relatives
aux choix sur la manière d’opérer la création de la nouvelle
monnaie, sur la future parité et son adossement à un panier de
devises, sur le niveau de flexibilité du taux de change ou sur le
« bon » régime d’allocation des devises qu’il faudra adopter, se
cachent d’autres questions cruciales, à savoir engager la
transformation structurelle des économies ouest-africaines.
24. Pour être porteuses de changements véritables, les propositions
pour accompagner le passage à l’Éco-Cédeao devront être
solides au plan technique, argumentées au plan économique,
acceptées au plan politique et fondées sur des mesures dont les
impacts et les risques futurs seront préalablement évalués. La
question de la reconnaissance des avantages de l’intégration
monétaire et de leur partage pour susciter l’adhésion des
populations est fondamentale pour la réussite du projet.
Fait à Lomé, le 28 mai 2021,
Les Etats Généraux de l’Eco